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Somewhere between desperate and divine _ Moira&James

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MEMBRE

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# Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Lun 30 Jan - 16:00 par James M. Wilde
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« Somewhere... Between desperate and divine »

Moira
& James




Aujourd'hui... Tout va bien. Ou presque. Il a réussi à oublier tous les projets, tous les problèmes, il a réussi à dormir. Le bruit des vagues aide toujours, il y a ce roulement sourd qui s'accorde avec celui qui gronde en lui, particulièrement vivace lorsqu'il se retrouve seul. Mais James retaille les sons, James redéfinit les sens, il les trouve au crépuscule de ses nuits, dans ce rythme qui se constelle entre l'océan et son âme. C'est comme découvrir la paix dans un entre-deux si abstrait qu'elle se voit agonir aussitôt les premières lueurs du jour qui filtrent par les volets, elle n'existe plus. A-t-elle seulement jamais existé ? Les chimères se meurent dans ses regards lorsqu'ils ne sont pas voilés par le sommeil, les chimères se meuvent, redeviennent des ombres qui moirent les prunelles et les rendent abyssales. Il traine sur la terrasse, il regarde son téléphone, posé sur la table en bois qui commence à être rongée par le sel. Il y a la plage en toile de fond, le ciel toujours bleu, ce putain de soleil qu'il fuit car ils ne partagent pas les mêmes morsures, les joggeurs toujours en forme dans la rue. Il est trop haut pour qu'ils se préoccupent de sa présence. Ici ils sourient, ils courent, ils vont vite en direction de leur avenir toujours radieux. Cela le choque depuis qu'ils sont arrivés, de réaliser à quel point à Los Angeles, tout le monde semble aller bien. Ils doivent tous mentir... mentir mieux qu'ailleurs sans doute. Il va peut-être rester sur cette terrasse jusqu'au coucher du soleil, il n'est pas si mal, il n'a rien à glander, et il n'a pas particulièrement envie de voir du monde. Il y a les notes subtiles de la solitude qui le narguent, jusqu'à ce que ses iris se posent sur le piano. Sous ses doigts, de l'électricité soudain, il sent les touches, leur revêtement, il pourrait tracer chaque parcelle de leurs aspérités, et les sons échappés, un à un. Il pourrait... Mais il se rencogne dans le fauteuil particulièrement inconfortable qu'il s'évertue à garder et à utiliser depuis que Greg lui a fait remarquer qu'il l'avait choisi pour son design et non pour l'ergonomie. Il l'emmerde, le blondinet, avec son aménagement intérieur toujours impeccable, entre confort et convivialité. Alors il reste dans ce fauteuil, en son absence comme en sa présence, pour prouver qu'il a tort. Jusqu'à ce que son dos hurle un jour de douleur et qu'il se prenne à le balancer juste en dessous. S'il vise bien, sans doute que ça peut retomber sur l'immonde plante en pot de Wells. L'idée le fait sourire au moment où une vibration le rappelle à l'ordre. Il tend une main alanguie vers l'écran, et découvre un message : « On se retrouve en bas dans une demie-heure ? Tu n'as pas oublié j'imagine... ». Si. Si il a oublié. Il soupire un peu, et son visage se renfrogne, alors que les souvenirs remontent un à un du trou où il s'était évertué à les enfouir. Le clip. Le rendez-vous. La connaissance d'une connaissance d'une connaissance d'Ellis. La petite productrice chicos dans son avion.

Aujourd'hui... Tout allait bien jusqu'à maintenant. Ca a duré une heure. On ne va pas cracher dessus.

***

Gregory se dandine d'un pied sur l'autre. Ils sont un peu en retard mais rien de choquant par rapport aux moeurs du coin, c'est un peu tendance de se pointer en retard, même lorsque le rendez-vous traverse l'Atlantique pour vous voir. Mais son éducation bien comme il faut se voit froissée par cette faute. Si Ellis dit vrai, il s'agit d'une production encore modeste, et la dirigeante elle-même se déplace alors qu'a priori ils ne se connaissent pas. Il trouve que ça mérite d'avoir le sourire et de se pointer avec un poil d'avance. James apparaît par l'escalier, les rejoignant dans la salle principale du petit pub qui occupe le rez-de-chaussée de leur immeuble. Ellen leur fait un clin d'oeil et avance un double expresso en direction de la main de James, telle que leur coutume le veut. Elle est assez bourrue, mais toujours sympa avec eux. Il faut dire qu'il y a peu de jours où ils ne sont pas présents, à consommer son café, son alcool, ses plats aux saveurs discutables, ou simplement à converser avec elle au comptoir. Contre toute attente, c'est James qui a sympathisé avec elle dès la première semaine de leur installation dans le quartier. Les racines irlandaises communes ont aidées, à moins que ce ne soit simplement la qualité du café. Il faut souligner qu'il n'a pas tort, les américains massacrent toute boisson caféinée qui passe dans leurs grands gobelets en carton. Mais ici, c'est un peu le QG des nostalgiques (hypes...) du vieux continent, ou celui de ceux qui cherchent à la comprendre cette foutue nostalgie envers le tyrannique père de la lointaine patrie. Ils se fondent partout, dans les petites salles, ils sont connus sans l'être totalement, les gens ne font pas attention, la ville est trop grande, les habitués changent de routine et deviennent d'autres visages, toujours plus ou moins bronzés. Alors qu'ils fassent de la musique et soient suffisamment reconnus pour remplir de grandes salles, ça n'impressionne pas forcément lorsqu'on est à Santa Monica et à deux pas de la 3rd Promenade. Ici tout le monde prétend être connu ou en passe de le devenir, ici tout le monde est quelqu'un, ce qui fait qu'ils ne sont personne. Hormis pour leurs fans. Et c'est parfois éminemment reposant.

James fait ostensiblement la tronche, rien de surprenant, Ellis et Greg savent qu'il n'a aucune envie de rencontrer un énième producteur qui le décevra avec ses idées ridicules. Ellis essaye de lui sourire, puis lance, pour la onzième fois en deux jours :
« C'est une petite maison, il paraît vraiment qu'ils sont bien. Et ouverts. Ca devrait te plaire, je t'assure. »
Aucune réponse. Il le regarde et boit son café. Greg renchérit :
« Puis ça nous servira d'avoir un contact comme celui-là lorsqu'on rentrera. »
James termine sa tasse et la repose avec une précaution si infinie que deux paires d'yeux le dévisagent. Son regard est frigorifique par dessus la monture des lunettes de soleil :
_ Je n'ai pas encore dit oui pour ton projet débile.
« Notre projet ! »
_ Je n'ai pas encore dit oui pour notre projet débile.
Ellis sourit plus largement :
« Ouais. Mais ça veut dire que tu n'as pas encore dit non ! »
Wilde soupire longuement puis les suit en marmonnant que Greg et lui ont intérêt à assurer pendant la réunion, qu'il en a sa claque de répéter toujours la même chose, qu'il espère que ce n'est pas une de ces filles en tailleur qui jouent à la dame, car sinon il se tire direct. Il remâche les mots qu'il a déjà grogné lorsque Marlowe est revenu, la bouche en coeur, avec la date du rendez-vous : « Puis c'est une femme, c'est déjà, en soi, un foutu problème. »

James conduit jusqu'au studio qui a gentiment accepté que la réunion se déroule dans ses locaux downtown. Gladys est une mémère sympa, elle ne prend pas la mouche devant le débarquement anglais, elle s'est faite depuis un bail à l'idée qu'ils la quitteraient un jour, consciente qu'ils ne peuvent pas éternellement se planquer sur ce continent, même s'il est immense. Les anglais qui sont aussi talentueux doivent l'être dans leur mère patrie, c'est une aberration que de les voir enchaîner les succès ici sans être les maîtres de l'Europe. James, depuis que Greg a posé sur la table un projet très solide autour du nightclub qu'ils pourraient ouvrir dans Londres, n'est plus convaincu de rien. Il les laisse donc dans l'incertitude, partage celle qui gît dans ses entrailles sans vergogne, ne se prononce pas. Il veut entériner la sortie du dernier album, il veut partir en tournée. Après on verra. La vérité, c'est que ce retour qu'il caresse lui-même sans cesse, jour et nuit, le terrifie. L'envie est dévorante, de partir, de rester. La colère qu'il sent renaître lentement dans son esprit est comme une vieille compagne qui passe le seuil de ses avenirs, endommage tous les projets, la décision est plus incertaine encore sous ses regards brûlants. Il ne dit rien tout au long du chemin qui, s'il est court, est encombré à cette heure-ci et les retient une bonne demie-heure. Les mains de James se serrent autour du volant, avec régularité, Greg l'observe sans mot dire. Il ne sait guère ce qu'il préfère entre l'explosion et la froideur.

Ils se garent sur le parking privé puis sortent tour à tour de la Thunderbird, aussitôt décoiffés par la bourrasque qui les accueille. Les studios sont à l'écart du quartier des affaires, un cube tout plat qui semble cuire au soleil tout comme les palmiers alentours. Ils ouvrent eux-mêmes en passant par l'entrée de service, Gladys n'aura qu'à se débrouiller avec la petite qui se pointera dans le hall. Elle a des pieds, qu'elle marche après tout. Greg a bien l'envie d'aller l'accueillir lui-même mais il se dit que s'il quitte James des yeux, il ne restera pas. Ils s'alignent tous les trois d'un côté de la table, comme une sorte de jury. James garde ses lunettes de soleil et son air renfrogné, presque hautain, à gauche. Greg s'assied au centre. Ellis reste appuyé nonchalamment à la table, encore debout lorsqu'elle pénètre dans les lieux, en effet accompagnée de Gladys et de sa jovialité éraillée par la cigarette. Elle statue l'évidence : « C'est là. » Non sans déconner ? Une pièce avec les trois membres de Wild, alignés et presque sages, c'est sûrement là ouais. Bien joué Gladys. Greg dit bonjour avec un grand sourire, Ellis fait de même en tendant la main et l'invite à s'assoir :
« Vous êtes Moira Oaks ? Jeff m'a vraiment parlé de vous. Nous vous remercions encore d'être venue jusqu'à nous. »
Ellis rayonne toujours quand on lui laisse prendre les choses en mains. Un contraste étrange avec le dégradé du trio : sourire ultra-bright du grand, clin d'oeil sans décorum du blond, silence glacé et mâchoire serrée du maigre. James croise les bras devant lui, le message est très clair, d'une limpidité désobligeante. Greg se racle la gorge avant de le quitter des yeux et de revenir à la jeune femme qui lui plaît déjà :
« Alors vous avez je crois une expérience notable dans le milieu du cinéma ? Nous avons des idées plutôt précises pour le clip de Sing for Absolution et jusqu'alors nous avons été plutôt frustrés des propositions artistiques qui nous ont été faites. C'est une chanson particulière... »
James regarde par la fenêtre, comme désintéressé de la conversation, alors qu'il écoute absolument tout avec une précision chirurgicale. Il désosse également les moindres signes qu'elle renvoie, dès qu'il l'observe du coin de l'oeil. Sa posture, son maintien, ses réactions, sa voix, les intonations qu'elle prend lorsqu'elle étaye ses propos. Greg fait l'historique classique de la chanson : blablablabla assez sombre blablablablabla inadéquation de l'artiste par rapport au monde blablablablabla mort de l'âme, mort de l'être blablablabla rapprochement avec la thématique de leur album actuel particulièrement apocalyptique blablablablabla tu as quelque chose à ajouter ?
Merde. C'est à lui que Greg s'adresse. Il était en train de regarder les mains de la productrice sur la table. Un son donc, condescendance suprême, accordée avec le haussement de sourcil :
_ Je ne vois pas pourquoi j'aurais quelque chose à dire.
Il déteste que cette chanson soit réduite à ce genre de banalités. Mais ils savent tous les trois que lui seul pourrait en parler comme il se doit et vu qu'ils sont deux à ne pas totalement assumer l'ambiance très lourde et déprimante de la chanson, encore moins le passé qui s'y rattache, ils se contentent depuis le départ des grandes lignes qui ne recoupent en rien l'essence du morceau.
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MEMBRE

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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Mer 1 Fév - 22:48 par Moira A. Oaks

- Dernier carrefour, Love. Si tu veux faire demi-tour, c’est maintenant.
Moira lève enfin le nez des documents transmis par Jeff et qu’elle décortique sans relâche depuis maintenant plusieurs jours. Elle cligne des yeux en regardant par les vitres de la voiture qu’a louée Sebastian pour une semaine seulement, comme s’il se doutait déjà que leur virée américaine serait certainement plus courte que sa protégée ne l’espère, et elle reconnaît les dernières rues avant le studio où elle a rendez-vous avec les Wild. Déjà ? La vague de stress qu’elle contenait en se plongeant dans ses notes se diffuse dans tout son corps et elle fait mine de ranger ses papiers pour dissimuler le trouble qui la gagne, surtout devant Welsh.
- Pourquoi ? J’ai l’habitude de fuir les entrevues ?
- Oh, non, bien sûr… Je préviens juste.
Elle tique.
- Alors quoi ? Pourquoi ça serait différent aujourd’hui ?
- Oh… Disons que si James Wilde est aussi spécial qu’on le dit, tu risques d’avoir du fil à retordre.
- Je préfère ça, statue-t-elle en tirant une des feuilles du dossier qu'elle survole malgré son contenu qu'elle connaît par cœur. S’il n’y a pas de répondant, on s’emmerde…
Welsh laisse échapper un rire.
- Je savais que tu allais dire ça…
Un silence. Légèrement trop lourd. Moira soupire, un sourire désabusé aux lèvres, et ferme finalement son dossier pour se réinstaller sur son siège, tournée vers lui :
- Allez, crache le morceau. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Mais rien, rien du tout…
- Sebastian…
Il lui jette un œil à la dérobée, puis soupire à son tour, certain de ne pas faire illusion.
- J’aurais vraiment aimé pouvoir décaler mon rendez-vous avec les gars d’Universal, tu sais ? Mais il faut bien entretenir les relations et…
- T’as peur que je ne m’en sorte pas toute seule ?
- C’est pas ce que j’ai dit… lance-t-il en levant un doigt du volant, alors que sa voix se précipite pour éviter le malentendu.
Moira se redresse, faussement indignée.
- T’as peur que je ne m’en sorte pas toute seule.
- Mais non, c’est… C’est juste… Ce que je veux dire c’est qu’avec des gars de leur envergure, ça aurait été plus facile à deux, c’est tout.
- Tu parles comme si c’était le premier groupe auquel j’avais affaire sans toi…
- Moira…
- Les illuminés sont les mêmes dans la musique que dans le cinéma. Ce sont des artistes. J’ai passé ma vie avec eux. Je sais comment les gérer.
- Je sais.
 - Et signer les Wild, c'est enfin faire décoller cette compagnie !
- Je sais.
 - Alors qu'est-ce qu'il t'arrive ? Depuis quand tu essaies de me convaincre d'éviter de rencontrer un groupe ?
Nouveau silence.  Welsh hésite encore une seconde puis souffle, vaincu :
- Tu as raison. Excuse-moi. J'aurais juste voulu qu'on soit tous les deux pour affronter notre premier grand groupe. Surtout que pour un premier, tu ne t'attaques certainement pas au plus facile. J'aurais pu te filer un coup de main, tu sais qu'on fonctionne bien tous les deux. Mais tu ne te laisseras pas faire, hein ?
 - Comme si c'était dans mes habitudes.
Il sourit.
- Bien. Alors oublie ce que je viens de dire. On arrive...

Moira se redresse pour admirer le bâtiment cubique tout aussi banal que ses confrères dispersés aux quatre coins de Los Angeles. Elle prend une grande inspiration, rentre dans la peau de cette productrice qui prend doucement de l'ampleur dans le milieu musical. Elle referme le dossier de Jeff, rassemble ses affaires alors que Sebastian entre dans le parking privé  et se gare près d'une magnifique Thunderbird bleue sans couper le moteur.
- Eh bien, mon salaud ! laisse-t-il échapper. Si c'est leur carrosse, on pourra au moins dire que ce sont des hommes de goût.
Moira sourit en ouvrant la portière. Il faut avouer que la bagnole en impose. Mais elle est déjà trop concentrée pour se laisser distraire même par une carrosserie aussi reluisante. Elle regarde encore le bâtiment, silencieuse, comme avant chaque entrée dans l'arène.
- Allez ! Tu vas les bouffer, ma belle !
 - Va t'occuper de tes petits-fours, toi !
Elle sourit alors qu'il la gratifie d'un dernier clin d’œil. Puis elle se retourne et ses escarpins se mettent à claquer sur l'asphalte brûlante du parking jusqu'à l'entrée. Le soleil implacable illumine son chemisier blanc alors que la chaleur californienne l'a convaincue au dernier moment de laisser sa veste dans la voiture. Elle regretterait presque d'avoir mis son pantalon de tailleur noir si sa coupe ample ne l'empêchait pas de tomber tout de suite sous le coup d'une déshydratation avancée. Lorsqu'elle passe les portes, toute marque de trac est maquillée derrière son sourire avenant et la détermination qui habite ses prunelles. Elle n'a pas le droit de se planter aujourd'hui et ne vient pas de traverser près de 9000 kilomètres pour revenir avec l'amertume d'un refus. Et il est surtout hors de question de donner raison à Welsh sous peine de l'entendre répéter combien ils auraient sans doute été plus convaincants ensemble, parce que l'union fait la force, que leurs talents se complètent, qu'il aurait été le gant de fer quand elle se serait chargée du gant de velours, et encore d'autres phrases toutes faites qui deviendraient son lot quotidien pour gâcher au moins ses deux prochaines semaines.

Dès son entrée dans le studio, elle tombe sur une dame d'un certain âge qu'elle reconnaît immédiatement tant son rôle de pionnière dans l'industrie musicale fait d'elle une figure incontournable du métier. Son « madame » se fait immédiatement envoyer sur les roses avec une taquinerie qui lui plaît aussitôt, parce que, quand même, il est inutile de rappeler son âge à une vieille dame et que vu là où elles se trouvent, elles peuvent bien laisser de côté les codes de conduite de cette vieille Elisabeth. Elle n'en saura rien de toute manière. Moira sourit, savoure cette bienveillance teintée d'espièglerie qui l'accompagne dans les couloirs du studio pour rejoindre la salle de réunion. Cette chère Gladys est décidément exactement comme on la lui a décrite, et peut-être plus attachante encore. Il se dégage de cette femme la force tranquille de ceux qui n'ont plus rien à prouver et toute la richesse de son expérience dans ce regard qui semble capable de jauger en quelques secondes les nouvelles têtes qui se présentent devant lui. La rencontre la fascine autant qu'elle l'impressionne tant Moira travaille déjà pour se montrer à la hauteur alors qu'elle n'est toujours par face aux Wild. Gladys devient son tour de chauffe, celle sur laquelle elle teste ses premières armes avant de devoir en user face à James Wilde et son groupe : sourire charmeur, œillade espiègle, rire discret et air sérieux lorsqu'on parle musique... Tout semble pour le moment se passer relativement bien et elles sympathisent jusqu'à arriver dans la salle de réunion où les trois membres du groupe sont déjà là, alignés d'un côté de la table comme les jurés d'un concours de nouveaux talents, prêts à auditionner leur prochaine candidate. Au vu de la mine sombre du maigrichon du bout de la table caché derrière ses lunettes noires, les derniers participants ne les ont pas vraiment emballés et il est temps que la compétition se termine. Le dos de Moira se crispe une seconde alors qu'elle réentend les mises en garde de Sebastian concernant ce fameux Wilde dont elle se demande si la réputation est ou non usurpée. Mais bien vite, son attention est attirée par le salut jovial des deux autres musiciens et elle s'accroche aux signaux beaucoup plus positifs qu'ils renvoient pour ne pas se laisser aller à un pessimisme qui agirait nécessairement en sa défaveur. Elle se rapproche donc de la table et serre sans hésiter la main que lui tend le bassiste.
 - Monsieur Marlowe, heureuse de vous rencontrer. C'est donc à vous que je dois la joie d'avoir retrouvé un vieil ami de lycée ? Je n'avais plus eu de nouvelles de Jeff depuis au moins quinze ans. Je vous en dois une.

Elle sourit et se contente d'un signe de tête pour les deux autres en s'asseyant. Wilde croise les bras devant sa poitrine, clairement décidé à ne pas lui faciliter la tâche. Les sourcils de Moira se froncent un instant alors qu'elle ne voit que son reflet dans ses lunettes noires. Elle se sent déstabilisée une seconde par l'attitude qu'il choisit de lui opposer dès le départ mais ne répond pas tout de suite, choisit la patience plutôt que de le provoquer, préférant attendre de voir s'il se décidera à ouvrir la bouche quand les politesses d'usage laisseront place aux choses concrètes. Peut-être n'est-ce là qu'une tactique éminemment réfléchie pour voir de quoi elle est faite. Le défi qu'elle s'imagine la fait se redresser sur son siège alors qu'elle se détourne de lui pour regarder Wells qui la questionne gentiment sur ses liens avec le monde du cinéma. Elle croise ses phalanges en appuyant ses coudes sur la table et répond sur un ton avenant inspiré par le visage étonnamment attendrissant du batteur :
 - Le cinéma a été mon univers pendant plus de douze ans, en effet, et j'ai eu la chance de participer à des projets très différents. Notre compagnie dispose ainsi de plusieurs contacts qui pourraient se montrer précieux pour l'élaboration de ce clip, tous très professionnels.
Elle continue de l'écouter, penche légèrement la tête sur le côté lorsque ses soupçons se confirment : elle est loin d'être la première à qui ils font appel pour ce tournage, et assez de producteurs se sont visiblement succédés pour que Wilde se mure derrière une nonchalance criante. Il ne la regarde pas, préfère la vue offerte par la fenêtre, et Moira évite de l'interpeller, attend encore l'exposé de Wells quant à leur vision du morceau en espérant que cela lui délie la langue.
- Je ne sais pas ce que mes concurrents vous ont déjà proposé, mais nous ferons de notre mieux pour suivre vos idées concernant ce morceau, surtout s'il revêt une importance particulière au sein de l'album. J'ai étudié les paroles de la chanson que Jeff m'a transmise, mais j'aimerais savoir ce que vous voudriez véritablement faire passer à travers ce clip...
C'est encore le batteur qui reprend d'un ton oscillant entre l'ennui de se voir répéter un topo qu'il a certainement fait devant chaque producteur depuis le début de leurs recherches et une évidente volonté de bien faire. Moira tente de se concentrer sur chaque mot qu'il prononce, mais une impression désagréable la perturbe, comme un regard qui la disséquerait derrière des verres opaques. Elle sent les œillades de Wilde et lutte pour ne pas le fixer en retour, ne l'observant que de manière furtive en espérant le voir réagir à l'une des précisions de son acolyte. Mais rien n'y fait, et alors que Wells le tire de force hors de son silence, la réplique qu'il siffle est cinglante, faisant se hausser un instant le sourcils de la productrice. Elle le regarde cette fois un long moment, cherche à lire dans son attitude la vérité sur ce qu'il pense et maudit les lunettes qui le masquent. Elle n'aime pas être privée des yeux de ses interlocuteurs, surtout lorsqu'ils détiennent le pouvoir de décision et elle est certaine rien qu'à le voir que Wilde décide de beaucoup de choses au sein du groupe. Le temps reste en suspend quelques secondes pendant lesquelles l'air semble s'alourdir. Alors, Moira récupère les paroles de la chanson dont les marges sont remplies des dizaines de notes qu'elle a griffonnées au fil des jours, et elle finit par ajouter d'un ton qu'elle parvient à garder neutre :
 - En effet, la chanson en dit bien assez.
Lentement, elle laisse son dos retrouver le dossier de sa chaise, choisit d'éviter encore la confrontation et de prendre la tangente. Plutôt que d'aller débusquer la bête tapie au fond de sa caverne, elle décide de l'attirer dehors. Elle donne ses idées en offrande en espérant la séduire, son expertise en pâture pour amadouer l'animal dissimulé derrière sa barrière de verre, et sa voix gronde d'une détermination sans faille, ferme dans le ton, caressante dans les termes :
 - C'est un texte très fort que vous avez là, ce qui est toujours plus difficile à adapter justement car il est facile de tomber dans le piège de la surenchère. Beaucoup aiment ajouter le poids de l'image à celui déjà véhiculé par des mots forts, enfoncer le clou en pensant renforcer l'impact du morceau. Je ne suis pas de cet avis.
Elle dissimule le frisson qui la parcourt alors qu'elle sait qu'elle s'élance déjà sans la moindre sécurité et qu'une telle prise de risque ne mène qu'à des réactions extrêmes, dans le bon comme le mauvais. Mais si elle veut l'attention de Wilde, elle ne doit par faire dans la demi-mesure et il lui faut s'affirmer tout de suite.
 - Votre chanson se suffit à elle-même. Je ne voudrais pas la dénaturer avec des effets trop imposants et une réalisation surchargée. J'avais à l'esprit un clip beaucoup plus sobre qui laisse toute l'attention à la musique et surtout à ce texte. Peu d'effets spéciaux ou de jeux sur l'éclairage, un scénario très simple... Juste de quoi porter ce morceau sans jamais le reléguer au second plan.
 Elle observe les trois musiciens tour à tour, cherche l'approbation dans leurs yeux qui la détaillent, mais c'est sur Wilde qu'elle reste le plus longtemps, consciente depuis le départ qu''il s'est fait son plus grand rival aujourd'hui. La frustration la gagne encore alors qu'il lui refuse toujours ses prunelles. Elle ne baisse pourtant pas le regard, attend qu'il s'exprime, quitte à ce qu'il n'ouvre la bouche que pour lui envoyer une de ces piques dont on le dit coutumier. Amenant ses doigts sous son menton, elle pousse la provocation jusqu'à l'interroger pour la première fois directement :
 - Etait-ce le genre d'idées que vous aviez en tête ?
« Si James Wilde est aussi spécial qu’on le dit, tu risques d’avoir du fil à retordre » avait dit Welsh. Elle ne demande qu'à rencontrer la légende.
 
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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Jeu 2 Fév - 13:38 par James M. Wilde



« Somewhere... Between desperate and divine »

Moira
& James




C'était sûr et certain qu'elle allait être en tailleur. Oh certes, on pouvait lui reconnaître d'avoir eu l'extrême extravagance de ne pas avoir ajouté à son attirail de parfaite productrice sérieuse jusqu'au bout des ongles une veste qui l'aurait rendue d'autant plus glacée. Au premier coup d'oeil qui la balaye des pieds à la tête, il décide de continuer sur sa lancée et de montrer qu'il s'ennuie. L'ennui n'est pas feint, il est réel et ressenti jusque dans ce pied qu'il secoue nerveusement sous la table, croyant par là sans doute accélérer la course du temps qu'il préférerait consacrer à toute autre chose qu'à ce rendez-vous. Greg le voit et se rembrunit quelques secondes avant de faire de son mieux pour compenser l'humeur qu'il filtre. L'optimisme déborde aussitôt de son sourire, il a pris la mode de la Californie ou plutôt l'a-t-il imposée en arrivant, et l'on aurait alors enfin cerné la véritable cause de cet enthousiasme dégoulinant que l'on voit sur tous les visages, surjoué sur toutes les affiches. En fait Greg les a tous contaminés, l'on avait pas prévu ça, c'est une façon de reconquérir le territoire en s'attaquant au revers de l'ancienne colonie, c'est sûr. Ils auraient eu Greg à l'époque, les anglais n'auraient jamais perdu la guerre d'Indépendance. L'esprit de James vagabonde jusqu'à suivre les courants chauds que l'on distingue dans l'air, par la fenêtre, cette distorsion de l'image le séduit toujours autant. Il a l'impression que tout ce qu'il porte à l'intérieur, tous ces affects emmêlés dans lesquels il se perd, sont soudain projetés en dehors de son corps jusqu'à brouiller l'air lui-même. Un coup d'oeil dans sa direction, discrètement, elle sourit en tendant sa main à Ellis qui la serre gentiment, sans pression excessive. C'est un gentleman, il sait mettre à l'aise d'un seul regard, d'un seul geste ou d'un seul mot, une sorte de pouvoir en symétrie de celui de James qui peut produire l'exact opposé chez un interlocuteur pour peu qu'il le veuille. Le malaise peut se distiller dans un déshabillage trop appuyé du bout des iris, se projeter dans un geste qui sera à la fois sec et déplacé ou encore s'abandonner à l'outrage dans l'ébauche d'un mot. Mais là il n'en a même pas envie, elle n'a l'air de valoir aucun effort, ou pour être plus exact il persiste à aussitôt l'enfermer pour qu'elle n'en vaille aucun. Ellis répond sur un ton qui s'accorde à celui de Moira :
_ Je jouais avec Jeff avant d'être récupéré par ces deux-là. Ravi de vous avoir rappelée à vos années lycéennes. Il a été si prolixe que j'ai été curieux.
C'est sa manière de dire qu'il est déjà presque convaincu, tout en lui assurant son suffrage lorsqu'il lâche doucement sa main, toujours souriant. James se renfrogne encore plus, la décision semble lui échapper et il n'apprécie guère qu'on le force à jouer sur les cordes faussement chantantes de la camaraderie déjà entérinée par Jason, Joël, Jude ou quoique soit le nom qui ait été prononcé. Tu parles, le type il l'a sautée et il en a un souvenir mémorable, ou bien il a toujours voulu se la faire et c'est pour ça que sa "conviction" est si éloquente. Faiblard... Il fait bouger le dossier du fauteuil en se portant légèrement sur l'arrière, pour se reculer encore plus de ce qu'il considère comme un assaut. C'est de pire en pire, tout ceci ressemble à un traquenard. Après que Greg ait entamé les formalités sur un ton très informel, parce qu'ils sont musiciens, pas des connards endimanchés tels qu'elle doit en fréquenter en soirée, il lève la bride et laisse caracoler ses a priori alentours, au rythme qu'il a retenu de ses hauts talons sur le sol. Allez, qu'elle se présente, oui oui, elle est super forte, elle a travaillé dans le monde du cinéma, elle fait mine d'être très à l'aise. Fais donc semblant ma belle, ta légère crispation ne m'a pas échappé. Un autre coup d'oeil, il regarde la façon qu'ont ses mains de se placer alors qu'elle brosse un portrait très rapide des atouts de son ancien milieu. Bah pourquoi tu n'y es pas restée hein ? Ses joues se creusent un peu plus tandis qu'il esquisse une légère moue moqueuse qui disparaît bien vite au profit de son observation méticuleuse de l'aridité de l'extérieur. Il aperçoit sa voiture sur le parking. L'échange profondément rasoir s'interrompt lorsque Gladys entre en posant un verre de limonade maison à côté de la productrice en lançant :
_ Tenez, ma chérie, je suis certaine qu'ils ne vous ont rien proposé. Ils n'auront donc rien à boire, mais je n'allais quand même pas vous laisser frôler l'insolation.
Elle repart sur un clin d'oeil, avec ses airs de grand-mère ancienne star du porno, à cause du maquillage et de cette façon d'esquisser aussitôt une sorte de rentre dedans sympathique qui détend tout interlocuteur. James aime bien Gladys, elle a été là dès leurs débuts à LA, et elle les a vaillamment portés jusqu'aux plus grandes salles américaines, tout de suite séduite par leur musique tellement torturée et anglaise, leur talent extravagant, leurs envies débordantes, et leurs airs d'adolescents perdus, comme s'ils avaient été abandonnés au bord de la route. C'est surtout James, le plus maigrichon, qu'elle a eu envie de remplumer et de choyer. Gladys se souvient de son travail dans les maisons pour enfants difficiles, ces gosses jetés à la rue qui sont perclus d'angoisse et de violence. Son parcours accidenté et beaucoup de gouaille l'ont emmenée jusqu'au glamour de Santa Monica, mais elle a tout de suite reconnu chez lui ce même air, sec et distant, ce besoin de s'isoler, de ne surtout pas être approché par quiconque qui soit étranger à son monde intérieur. Elle a manoeuvré doucement, elle arrive à le faire sourire assez facilement maintenant. Mais pas aujourd'hui... Wilde hausse les épaules, il en aura plus tard de la limonade, il sait comment obtenir de Gladys ce qu'il souhaite sans comprendre que c'est plutôt elle qui souhaite l'accommoder du mieux qu'elle le peut. Sauf qu'elle encourage Gregory dans son entreprise de retour aux bercails. Il avait cru qu'elle serait frileuse quant à l'idée, il avait cru trouver chez elle un frein derrière lequel il aurait pu se planquer. Mais non... Vieille chouette. Greg termine ses formalités :
_ Oui, c'est tout à fait ce genre de profils assez composites qui nous intéressent. Souvent, les boîtes de production de visuels ne connaissent étrangement pas la musique qu'ils sont censés accompagner, et nous voudrions éviter, en effet, qu'il y ait un précipice entre l'ambiance donnée au titre par le clip et son caractère premier. Vu que vous êtes une petite structure qui côtoie des groupes similaires au nôtre, ça attire la confiance. Après je crois que nous... (il regarde James, tendant une perche qu'il ne saisit absolument pas) avons pensé à certaines choses oui, mais rien de totalement arrêté, car ça bloquerait toute collaboration harmonieuse.

Puis il disserte. C'est plat et chiant. Ca ne ressemble en rien à la chanson qui a donné jusqu'au titre de l'album. James se raidit de plus en plus dans son fauteuil et il commence à jouer avec un stylo qui traine devant lui, le faisant passer entre les doigts de sa main gauche avec dextérité, sans discontinuer. Il a compté jusqu'à 122 passages lorsqu'il tourne de nouveau son regard sur elle, passant du chemisier blanc jusqu'au bout de ses ongles manucurés. Il met un petit moment à comprendre que Greg l'interpelle et l'envoie chier sans autre forme de procès, ce qui lui vaut une moue peinée qu'il ne relève pas. Il revient à elle au moment où elle semble le dévisager. La barrière des lunettes de soleil lui permet de la fixer à son tour sans qu'elle ne puisse rien lire, si ce n'est sur sa bouche qui se pince sans qu'il ne bouge d'un pouce, ne se dérobant pas à elle, tout en lui interdisant de pouvoir se raccrocher à quoique ce soit. Le silence se tend entre eux et Ellis se racle la gorge, pour le meubler, avant que la phrase de Moira ne vienne commenter d'abondantes notes en marges de ce qui semble être les écrits de James. Le constat qu'elle pose pulse violemment l'adrénaline dans ses veines et le réveille tout à fait. Il ne bouge pas mais c'est la légère inflexion de son cou qui trahit qu'elle vient d'obtenir son entière attention par sa pirouette très habile. Il la voit différemment, changeant ses perspectives pour les fondre dans ce qui ressemble à quelques gouttes tombées de ses espoirs souvent déçus voire outragés. Il ne peut la contredire, et cela l'agace aussitôt, les espoirs se dérangent de la vague plus instinctive qui les surpasse de loin, ce besoin de piéger l'être qui s'improvise esprit voguant sur ses propres terres intimes. Il attend les idées pour toutes les briser en punition mais elles s'accordent étrangement aux siennes sans qu'il n'ait pu se prémunir d'un léger sourire en coin qui éclot à l'aube d'un langage commun. Il n'a plus de prises que celles qu'il a déjà dessinées sur la falaise de ses terreurs, dépeintes dans cette chanson. Alors qu'elle se ménage un silence pour rassembler ses propos, la main de James cesse son manège et repose avec une lenteur composée le stylo qu'elle tenait. Il se frustre à la voir vagabonder sur ses deux acolytes mais jubile quand elle termine sur lui et demeure accrochée par ce qu'il analyse aussitôt comme une provocation qui s'élance dans une phrase. Il penche la tête et sans se presser le moins du monde, saisit la monture des lunettes pour dévoiler ses yeux toujours fixés sur elle. Il les range dans l'encolure de son t-shirt et ne cille pas, ses prunelles si intrusives soudain qu'il a l'impression d'être tout à côté d'elle et qu'elle ne parle qu'à lui seul. Il aménage un nouveau silence qu'il ne fait que rompre avec froideur et un unique mot, balancé en retour :
_ Oui.
Il entend la respiration de Greg exhaler la tension qu'il avait accumulée jusqu'à présent, rassuré de le voir enfin participer à la réunion qui tourne plutôt en leur faveur. Sachant qu'il ne faut pas trop en demander à James et qu'il s'agit déjà d'un morceau de bravoure que de lui avoir arraché un "oui" glacial, il se met en devoir d'étayer après un hochement de tête :
_ Nous ne voulons pas d'effets de manche inutiles, nous préférerions que l'ensemble soit sobre comme vous l'avez suggéré et que la subtilité d'une image ne fasse que renforcer le texte, si bien qu'une ambiance tamisée, avec un seul personnage nous sembl...
James décolle son dos du fauteuil et se penche en avant, ses mains osseuses mimant la posture de Moira et en la fixant toujours, il coupe Wells sans ménagement :
_ Pourquoi êtes-vous là ?

Greg n'a pas le temps de s'offusquer car la question le surprend également et il lui jette une oeillade éloquente et troublée, lui laissant la parole car il ne parvient guère à voir d'où il veut en venir. James ponctue son discours d'un geste qui balaye l'air, les sous-entendus semblent suffisants mais le silence s'abat sur eux si bien qu'il l'enfonce en évadant sa voix comme s'il n'avait pas parlé depuis des jours. Le discours est nerveux, soutenu, cadencé sans que ses iris ne la lâche une seule seconde :
_ Qui fait un bond au-dessus de l'Atlantique, traverse un continent entier pour venir rencontrer un groupe qui a déjà un ancrage de renom sur une scène américaine qu'il est toujours difficile de conquérir. Qui se pointe pour rencontrer trois types, pour une collaboration de quelques semaines pour un clip obscur, en subissant le décalage horaire, la pression d'une réputation qui esquisse déjà le rejet ? Est-ce un intérêt déguisé dans une perspective de moineau qui joue à l'oiseau de proie, pour dépecer ce qui pourrait le nourrir tout l'hiver durant, une avidité malencontreuse ? Un élan masochiste ? Une passion pour l'avion peut-être, des envies de vacances californiennes ? Que sais-je encore, le plaisir de nous rencontrer, nous sommes flattés, il nous manquait quelques midinettes, particulièrement au Royaume-Uni. Maintenant que le cota est remonté, dîtes-moi donc... Pourquoi êtes-vous ici, pourquoi êtes-vous venue jusqu'à nous ? La question est simple, je veux juste la bonne réponse.
Il se retire de nouveau après son assaut, se rencogne dans le dossier, passant une main nonchalante dans ses cheveux. Ses yeux ne l'ont pas lâchée, et il semble que ses lèvres arborent dorénavant une expression entre la moquerie et cette même avidité qu'il vient de dépeindre dans son discours. Ses idées sont peut-être les bonnes mais si ses intentions sont les mêmes que tous les autres, elle peut prendre son billet de retour et ne plus reparaître. Il laisse choir pour terminer, avec un haussement de sourcil :
_ Je vous écoute Moira Oaks. Vous avez toute mon attention, profitez-en.      
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MEMBRE

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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Lun 6 Fév - 12:19 par Moira A. Oaks

Elle se concentre pour ne pas faire blanchir la jointure de ses doigts à trop les serrer. Sa voix qui ne tremble pas la rassure comme ce sourire qu'elle parvient à conserver malgré le regard de Wilde qu'elle sent fréquemment se poser sur elle à travers ses lunettes noires. Moira se raccroche aux efforts assez visibles des deux autres pour se montrer les plus avenants possibles et meubler chaque silence délaissé par leur leader, mais l'air reste lourd car tous attendent cette quatrième voix qui manque à leur quatuor pour qu'il soit complet. Wilde reste silencieux, le visage souvent tourné vers l'extérieur, comme un petit garçon qu'on aurait forcé à rester à table lors d'un déjeuner de famille le dimanche et qui se demande s'il serait assez rapide pour s'échapper par la fenêtre avant qu'un des convives ne le rattrape par la peau du cou. Pourtant, si Moira feint d'ignorer son attitude en répondant avec application aux deux autres musiciens, elle ose croire qu'il ne perd pas une miette de ce qui se joue dans cette pièce, sans quoi leur collaboration serait de toute manière impossible : elle ne travaille pas avec les je-m’en-foutistes, elle n'a jamais su le faire et ne le saura jamais. La venue de Gladys la fait presque sursauter alors qu'elle venait de glisser une nouvelle œillade vers lui, et la taquinerie de la maîtresse des lieux l'aide aussitôt à se détendre.
- Merci, Gladys. Vous êtes adorable.
Elle sourit à son clin d’œil et jette un regard complice à Wells et Marlowe suite à la petite pique qu'elle a lancée au groupe. Ses yeux accompagnent ensuite Gladys jusqu'à ce qu'elle disparaisse de nouveau, reconnaissante pour l'aide qu'elle lui apporte et dont la vieille femme est probablement consciente. Plusieurs décennies passées dans le milieu de la production ne lui laissent certainement aucun doute quant au caractère anxiogène de toute première entrevue, a fortiori lorsqu'elle concerne un groupe de la trempe de celui des Wild. Moira ne touche pas encore à son verre, trop concentrée sur les paroles de Wells et toutes celles que son acolyte ne dit pas, mais elle se sent moins tendue, rassérénée par l'impression illusoire ou non d'avoir une alliée non loin d'elle. Elle note les remarques quant à son expérience qui sont pour le moment toutes en sa faveur et acquiesce suite à la description de leurs attentes qui correspondent tout à fait à ses espérances. Les efforts du batteur pour tirer Wilde de son mutisme se soldent pourtant tous par un échec cuisant, et la productrice peine de plus en plus à suivre la conversation tant son esprit n'est plus accaparé par ce refus obstiné du chanteur de prendre part à la discussion. Ses coups d’œil se font plus fréquents, plus appuyés aussi, entre la main tendue et la provocation, pour le tirer de ce mutisme qu'il conserve comme une distance presque agaçante. Elle le voit récupérer un stylo sur la table et le faire virevolter entre ses doigts avec une dextérité qui semble crier à elle seule toutes les réunions qu'il a faites passer en usant de ce stratagème. Elle hésite encore entre l'offense et l'amusement, se contente d'attendre son heure avec une impatience qui finit par se lire dans sa posture de plus en plus raide. Et c'est finalement Wells qui lui donne l'occasion d'aller le débusquer, lorsque cette perche tendue à nouveau repoussée permet à Moira d'enfin jouer avec ses propres mots pour attirer son attention. Wilde ne bouge pas une seule seconde, mais il a cessé de la fuir, et si l'impression d'être en chute libre après avoir sauté sans parachute fait bondir le cœur de Moira dans sa poitrine, elle stimule encore plus sa détermination à lui faire embrasser les idées qu'elle lui propose. Sa voix s'enhardit avec la confiance qu'elle a gagnée et elle leur donne toutes ses réflexions, consciente du danger qui plane sur elle en prenant parti aussi tôt dans la conversation. Mais elle ne peut prendre le risque de perdre Wilde maintenant qu'elle le tient. Elle leur livre donc son plan sans fioriture, prend soin de descendre les maisons de production avec lesquelles leurs divergences d'opinion ne sont plus un secret depuis longtemps. Puis vient le silence, un silence interminable pendant lequel il la regarde, toujours à l'abri derrière ses lunettes noires. Lentement, il dépose le stylo qu'il tenait. Un frisson lèche l'échine de Moira, mais elle ne se démonte pas. Elle achève sa proposition, cherche un soutien dans les regards de Wells et Marlowe avant de revenir sur celui qu'elle attend le plus, dans un mélange de fébrilité et d'appréhension. Et dans un dernier élan, elle le provoque enfin, rentrant dans le jeu qu'il lui dessine depuis son arrivée à se refuser à elle. Plus personne n'ose prendre la parole, pas même les deux musiciens qui fixent comme elle l'énergumène au bout de la table, tous pendus à ses lèvres qui ne se sont presque jamais desserrées. Avec une lenteur que Moira sent bien trop étudiée, Wilde attrape enfin la monture de ses lunettes et dévoile le bleu de ses iris dont la productrice ne se détourne certainement pas après avoir tant attendu son regard. Son dos se tend encore dans le silence qu'il laisse durer sans qu'elle le lâche un seul instant, jusqu'à ce qu'il souffle un mot. Un seul.

Elle entend le soulagement de Wells à côté de lui mais se fait violence pour dissimuler au contraire ces émotions qui la prennent aussitôt, laissant seul un sourire en coin étirer la commissure de ses lèvres. La satisfaction se lit sur ses traits moins durs alors que le batteur saute sur l'occasion pour reprendre sa réflexion dans l'ambiance enfin adoucie par ce simple « oui », Mais Moira l'écoute à peine, comme elle met plusieurs secondes avant de quitter Wilde pour le regarder à son tour. La rencontre semble décidément tourner en sa faveur, et elle lutte pour contrôler l'excitation qu'elle sent naître dans son ventre. Les idées qu'elle avait déjà reviennent se bousculer dans sa tête, plus précises à mesure qu'elle les repense maintenant qu'elles peuvent légitimement espérer voir le jour. L'enthousiasme de Wells la conforte dans son imaginaire qu'elle laisse divaguer, quand brusquement son attention se voit à nouveau attirée par Wilde qui se décolle de son dossier pour la première fois. Sa question fuse si vite qu'elle n'a pas le temps de se préparer à l'estocade. Elle cligne plusieurs fois des yeux, sincèrement décontenancée pour la première fois depuis qu'elle est entrée dans cette salle. Les deux autres semblent aussi déroutés qu'elle et laissent leur leader se lancer dans une tirade aisément à la hauteur de la réputation qui est la sienne. Moira l'écoute en plissant légèrement les yeux, ne cherche jamais à endiguer le flot qu'il lui jette à la figure, impassible sur son fauteuil malgré les fourmillements sous sa peau qu'elle peine à cacher. Son sourire en coin reparaît sur ses lèvres lorsqu'il achève en retournant s'enfoncer dans son siège car elle sent le défi qui se profile, la véritable épreuve qu'il dessine après ce simple tour de chauffe. La joute est trop savoureuse pour qu'elle le quitte des yeux un seul instant, un jeu dans lequel il excelle maintenant qu'il s'est débarrassé de la barrière de ses verres teintés, et elle s'amuse jusque de ce haussement de sourcils qu'il lui lance en achevant sa provocation. Un lourd silence se réinstalle entre eux alors que Wells et Marlowe semblent définitivement exclus de la manche qui s'amorce. Elle ne cherche pas à les y raccrocher. Elle se laisse encore quelques secondes avant d'imiter son rival à son tour, se reculant dans son fauteuil pour s'y adosser complètement, et ses doigts viennent caresser son menton d'un geste distrait alors qu'elle ne lâche toujours pas Wilde des yeux une seconde.
- La bonne réponse... Mais quelle est votre bonne réponse, monsieur Wilde ?
Elle hausse un sourcil à son tour, soudain aussi arrogante que lui.
- Parmi tous celles possibles, laquelle vous séduirait le plus ? Je pourrais vous dire qu'apparaître en crédits d'un clip des Wild serait une vitrine de choix pour une compagnie modeste comme la nôtre. Cela ne serait pas un mensonge. Peu vendeur, en revanche. Je pourrais vous dire que j'ai été touchée par ce morceau d'une manière telle que je ne m'imagine pas manquer de prendre par à sa consécration à l'écran ? Légèrement gros, peut-être, mais toujours flatteur. L'envie d'un retour à Los Angeles pour fuir la grisaille londonienne, sinon ? La joie de quelques retrouvailles et peut-être un contrat en plus pour égayer mes vacances ? Joindre l'utile à l'agréable, il n'y a rien de plus plaisant... Ou alors vous dire que ce n'est que pour l'argent ? La promesse d'un investissement rentable ? C'est ce que disent les producteurs honnêtes, n'est-ce pas ?
Elle plisse légèrement les yeux, cherche à jauger celui qui a décidé de se faire son adversaire sur ces terres désertiques qu'elle retrouve après tant d'années. Le silence qu'elle impose à son tour dure quelques secondes, jusqu'à ce qu'elle se penche de nouveau sur la table en refaisant se joindre ses phalanges toujours sans accorder un regard à Wells et Marlowe.
- En vérité, nous savons tous les deux qu'aucune ne saurait vous satisfaire, et je n'ai de toute manière jamais aimé les jeux de hasard. Ce que je peux dire importe peu,  il n'y a qu'en faisant que je saurai vous en convaincre...
Son regard se fait plus défiant alors qu'elle s'accorde une dernière pause, et ses lèvres formulent enfin d'un ton qu'elle abaisse consciemment :
- Alors laissez-moi faire.
Elle avance ses pions, le met au défi de stopper la partie qu'il a  lui-même commencée, car si c'est le jeu qui l'intéresse, il ignore encore qu'elle l'affectionne tout autant que lui.
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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Lun 6 Fév - 20:23 par James M. Wilde



« Somewhere... Between desperate and divine »

Moira
& James




Elle ne trahit aucun des signes qu'il cherche à traquer à chaque fois que ses prunelles reviennent à elle, cette oscillation mesurée, de plus en plus appuyée, harassante, prompte à détailler le malaise qu'il aimerait tant lui voir arborer. Au bout de quelques minutes qui tendent l'ennui sur la nouveauté d'un intérêt ténu, il sait qu'il ne parviendra à rien s'il s'entête à demeurer mutique, même s'il aurait pu jouer à cela des heures pour voir s'il était capable de la faire craquer en s'enfermant entre les parois dégoulinantes de son opiniâtreté et de son sadisme. Mais il n'a pas toute la journée, il n'a que cette heure alanguie caressée par les rayons du soleil qui dessinent les questions que personne ne pose encore, sur la table froide et anthracite. Elle habille son discours de gestes mesurés, elle décore les mots d'une voix assurée, il y a tant d'informations sur elle qu'il les collectionne en se gaussant déjà de cette longueur d'avance qu'il croit posséder sur chaque personne qu'il croise. Ce talent qui trace des portraits à la serpe, n'épargne ni les amours propres, ni les délicatesses dues à cette retenue que l'on agrège aux moeurs. Que leur monde est étroit, que leur vision est pâle. Alors qu'il dévoile le prisme de ses regards et les oriente sur elle seule, le décor extérieur perdant pour lui tout intérêt, il ouvre une porte en condescendant à la jauger directement, entrouvre le territoire de ses envies multiples, dans l'espoir encore balbutiant qu'elle s'y élance sans renâcler. Il s'attend à ce qu'elle soit comme tous ces autres qui soudain aveuglés par ce qu'ils devinent, se précipitent en arrière pour refuser le saut qui manquerait de les jeter dans son monde. Ils sont tous ainsi, sclérosés par leur avidité médiocre, inféodés à l'idée de leurs gains, éblouis par le lustre du nom mais pas suffisamment pour consentir le sacrifice qu'ils devinent dans l'absence de ses sourires, ou dans la froideur de ses prunelles. Alors ils détruisent toutes les chimères, les enferment dans un discours prévisible, débile, faussement enragé alors qu'ils ne cherchent qu'à caresser les nues qu'ils connaissent, si basses que James ne les aperçoit plus. Qu'ils crèvent tout en bas de leurs falaises trop planes, qu'ils dégringolent les ridicules monticules de leur ambitions trop communes, il ne daignera même pas les observer. Il attend donc qu'elle chute, élance tous les discours pour l'entrainer au loin, oscillant entre l'envie déraisonnable qu'elle comprenne et la cruauté que lui arrache toujours le genre humain lorsqu'il se rencogne dans une passivité déguisée en enthousiasme fourbe. Il attend l'argumentaire vide, le sens qui tourne en rond, il attend qu'elle ouvre sa jolie bouche pour la lui fermer définitivement, se lever, passer peut-être par la fenêtre pour contrevenir aux prévisions qui indiqueraient que tout homme normalement constitué préfère sans doute la porte, qu'elle balbutie, papillonne, s'écrase sur les murs qu'il lui destine, se perde entre les dédales de ses pièges. Il attend, il attend et la jauge avec une dureté qui ne se déguise plus alors que les secondes s'envolent, il y a sur son front un brin de prétention, au coin de sa bouche quelques soupçons de mépris, et dans ses iris bleues l'éternité de ses noirceurs qui vacillent à se voir rassérénée. Rien aujourd'hui. Et rien demain.

Il aménage à sa très prochaine déception l'aigreur de tous ses doutes soudainement renforcés, se complait dans tous les signes de sa détresse tandis qu'il parle avec l'aisance de ceux à qui l'on ne répond jamais, soit par crainte, soit parce que l'on n'a guère les clefs qui donneraient au langage la même fluidité mutine pour contrer les attaques dissimulées dans les mots ou les silences. Les yeux de la productrice se plissent, elle tient le coup d'une façon qu'il saurait admirer s'il n'était déjà replié dans la conviction d'avoir trop aisément gagné. Puis tout à coup, il y a ce sourire en coin, qui répond au pincement de sa bouche, les gestes qu'elle tait qui se retrouvent dans la raideur de ses propres muscles à ne pas exprimer tout ce qui gît dans chaque rencontre que précipite jusqu'à ses pieds l'ignorance du destin. S'il est toujours gravé dans la dureté du marbre, la profondeur de son regard brille subrepticement de ses attentes si nombreuses qu'elles s'avèrent telle une légion ancestrale, rugissant des revers et des déceptions. L'un de ses doigts glisse sur la surface de la table pour recouvrer la froideur métallique du stylo, mais c'est comme s'il tendait la main jusqu'à elle pour fouiller ce qu'elle dévoile peu à peu. Sa gorge bouge d'une déglutition qui évade sa tension pour savourer les quelques secondes qui tracent un dialogue pour contrebalancer les mots trop souvent laissés à la fadeur du vide. Elle évite le piège avec un talent quasiment céleste, ses yeux sourient ce que sa bouche interdit encore. Il ne l'interrompt pas car dès les premières syllabes, il sait qu'elle a compris. Dans les jeux de James il n'y a aucune règle, ni bonne ou mauvaise réponse, ni ligne droite ou encore voie dégagée. Il n'y a que des biais, des envolées qui projettent l'être dans d'autres ténèbres, des notes qui déchirent l'air et l'âme, des paroles qui veulent toucher le ciel et fêler le coeur. L'arrogance dont elle fait montre est si tentatrice qu'il inspire l'air comme pour se nourrir de tout ce qu'elle lui livre dans son discours. Ce besoin de contrer l'offense, cette envie de trouver le jeu deviné à l'aube de la rencontre, ce narcissisme qui le provoque, cette retenue qu'il devine. Ses doigts jouent avec son minois avec une élégance rare si bien qu'il ressent tous les élans qui le poussent à vouloir la pourfendre pour qu'elle entaille ses airs de l'abyssale tristesse que toutes les femmes aussi parfaites dissimulent. Cette folie de venir le trouver derrière les tentures de ses provocations qui savent tour à tour autant le dévoiler que le dissimuler l'enchante autant qu'elle l'enrage. Il lui faut beaucoup de maîtrise pour renfermer les signes qui trahiraient ses ressentis, même si son visage qui fut avenant le temps de l'éclair de la reconnaissance profonde qu'elle sut convoquer redevient d'une placidité si intense qu'elle en est blessante. Il la laisse terminer sur la défiance de ses mots, sur quelques prémices farouches de ses airs, et il étire quelques syllabes qui sonnent comme une porte refermée sur le monde qu'il vient de lui dérober par pure malveillance. La laisser faire... Que sa présomption l'étouffe, du moins juste le temps de cette seconde affûtée comme une lame qui cherche à blesser l'orgueil qu'elle a laissé paraître :
_ Je ne vous laisserai jamais faire... La réunion est terminée.

Le mouvement qu'il ébauche est sans appel, il se lève avec la droiture des résolutions inébranlables, masque son amusement profond en ajoutant un geste à l'attention de Greg et Ellis pour qu'ils se carapatent plus vite. Du coin de l'oeil il cueille sa réaction, se maudit de ne pas avoir l'opportunité de s'en nourrir tout à fait. Ses deux comparses font ostensiblement la tronche mais sont tellement rodés à ses caprices qu'ils ne cherchent pas à le dissuader, sachant que le résultat lorsqu'on lui force la main est souvent pire que la voie passible du silence. Ils esquissent un sourire contrit, presque peiné, un bel ensemble qui renforce la mise en scène voulue par Wilde, Ellis s'excuse d'un léger haussement d'épaules, laisse tomber un ténu "dommage" qui tourbillonne jusqu'à elle. James tient la porte pour les encourager à la prendre, n'ayant pas eu un regard pour elle lorsqu'il a contourné la table, même s'il en a largement profité pour admirer la virginité de son chemiser qui glisse sur sa peau claire. La porte semble se clore, leur entrevue aussi. Sur deux d'entre eux seulement. Au dernier instant, James ne suit pas et s'isole avec elle, le dos contre le battant qu'il referme sans ménagement, un son qui déchire l'air embrumé par cette chaleur intense qui s'installe plus l'après-midi semble avancer sa marche parfumée par le sel et les embruns. La mer accompagne même les parkings et les zones industrielles à Los Angeles, elle roule ses tourments, et si on ne l'entend guère, pourtant on sent sa présence presque divine. Il goûte le silence qui cherche à dévoiler sa présence en s'habillant de sa respiration lente, attendant qu'elle comprenne et revienne de la stupeur qu'il a voulu dérober à toute son assurance. Il laisse passer ses iris sur ses épaules, sa coiffure légèrement dérangée par le trajet en voiture, le désespoir exquis de ceux que l'on repousse sans raison apparente. Il brise la tourmente sur quelques mots qui réveillent l'espace qui les encercle :
_ Je hais les réunions. Je préfère jouer. Dans tous les sens du terme... Et vous l'avez parfaitement compris. Il n'y a jamais de bonne réponse lorsque l'on joue à mes côtés, il n'y a que des joutes à relever. Je n'ai pas menti, je ne vous laisserai pas faire, alors il faudra vous imposer. Vous semblez avoir des idées et même des convictions, sachez que le monde en manque cruellement. Le mien plus encore.
Il quitte la porte qui ne se rouvre guère sur l'incompréhension de Greg ou d'Ellis qui ont dû arriver à la conclusion qu'il s'agissait là soit de continuer à la pourrir en solitaire, soit de la repêcher par une complaisance malsaine. Depuis le départ ce clip ne les traîne que dans des ambiances qu'ils n'apprécient que peu à trop les deviner dans les regards perdus de leur ami. La voix de Gladys perce, un peu plus loin, ils ont dû aller se réfugier auprès du réfrigérateur et de son abondance en limonade ou en bière. James fait un ou deux pas dans son dos avant de poser les deux mains sur le dossier du fauteuil qu'elle occupe, de par et d'autre de ses épaules, sans jamais la toucher une seule seconde :
_ Convainquez-moi, Moira, convainquez-moi de vos inspirations, convainquez-vous des miennes, j'attends de voir ce que vous saurez peindre sur ma musique ou sur mes mots, je sais déjà que votre élan n'est pas de les déformer. Vous êtes la première à avoir annoté les paroles, la seule sans doute à chercher à accompagner plutôt qu'à corrompre. Ça me suffit. Ça et...
Il reparaît dans son champ de vision en venant s'assoir à côté d'elle plutôt qu'en face, ayant suffisamment envahi de sa présence l'espace de ses pensées ou de ses parfums :
_ Votre désamour du hasard. Il n'y a pas de hasard. Il n'y a que des choix. Je vous choisis. Ne me le faites pas regretter.
Il paraît plus insouciant tandis qu’il la regarde très attentivement, moitié affalé dans ce fauteuil à côté d’elle, qu’il fait pivoter du bout du pied, contre la table, avec une régularité de métronome, comme pour temporiser les pensées qui assaillent son esprit alors qu’il les maquille toutes, d’un air faussement avenant. Soudain il se met à observer le plafond, assez coloré, contrairement à la plupart des plafonds, parce que Gladys trouve que cette salle de réunion est rendue ainsi beaucoup plus agréable. Elle n’a pas tort, le ton ocre appelle les appétits du soleil qui glisse ses couleurs jusqu’aux différentes dalles où s’encastrent les lumières éteintes. La voix de Wilde est lointaine, il délaisse un détail important, qui retombe entre eux :
_ Une dernière chose… J’ai en tête un archétype très particulier pour la figure féminine, parce qu’il y a toujours une femme perdue, quelque part, dans l’entre deux des songes. Vous allez trouver une brune, petite, pas un de ces cadavres ambulants qui dénaturent tous les tapis rouges alentours. Elle aura un regard… un regard spécial. Un regard…
Il s’abîme dans les mots qui se perdent, le silence les envoute un instant. Ses iris reviennent jauger celles de Moira. Sibyllin, il conclut :
_ Vous trouverez bien. Vous avez promis de me satisfaire en refusant le piège d’une réponse trop simple. Tenez votre promesse…
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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Dim 12 Fév - 12:33 par Moira A. Oaks

Elle le regarde comme un fauve tout juste sorti de sa cage qu'elle appâterait avec un morceau de viande pour tenter de lui faire oublier qu'elle-même est constituée de chair. La crispation de ses muscles ne fait qu'accentuer les battements acharnés de son cœur alors que toutes ses idées lui sont données en pâtures, servies avec cette provocation qui veut s'attirer au moins l'estime que l'on voue à un adversaire. Elle fixe son regard de prédateur, attend que la bête accepte l'offrande, sans jamais adopter pleinement son rôle de proie car elles préfèrent toujours la fuite, et fuir n'est pas dans sa nature. Elle affectionne trop la lutte, l'affrontement, qu'il soit dans les idées ou les actes. Elle aime bousculer autant qu'on la bouscule, frôler les limites que tant d'autres ont en horreur. Toute sa vie n'est plus qu'une succession de défis qu'elle entretient pour ne jamais se laisser retomber dans une passivité qui lui serait fatale, car elle n'a plus le loisir de se perdre dans les affres du néant sans se laisser immédiatement séduire par ses appels. Le rien lui parle trop, sa tentation est brûlante. Chaque seconde passée à s'en approcher est un pas de plus sur la pente glissante qu'elle contemple depuis des années déjà avec la certitude de s'y enfoncer un jour. Alors elle s'entoure de travail et d'enjeux, joue sur tous les fronts dans l'espoir de toujours trouver quelqu'un à qui se confronter, quelqu'un pour lui envahir l'esprit et l'empêcher de penser à ces désirs destructeurs qui lui pourrissent l'âme. Et elle croit trouver la flamme dans ces yeux bleus qui la toisent celle d'un ennemi tel qu'elle n'en a que rarement connu et qui l'intrigue assez pour qu'elle refuse de s'en détourner même un instant. Moira ne pense plus aux deux musiciens laissés à un simple rôle de figuration quand tout semble se jouer entre elle et Wilde. Elle observe chaque torsion de sa bouche, chaque plissement de ses paupières, pour y déceler l'indice qui saura la rasséréner ou l'anéantir tout au contraire. Un instant seulement, elle croit approcher l'ombre d'un sourire, une nuance fugace dans ce regard qui la détaille mais qui disparaît aussitôt, noyée dans le flegme qu'il lui oppose presque incessamment depuis qu'elle est entrée dans la pièce. Son impassibilité lui répond avec une froideur qui attaque sa chair comme une coupure au bout des doigts. Elle se fait violence pour ne pas tressaillir, tenir encore quelques secondes et qu'il la libère de cette emprise qu'il conserve à demeurer maître du jeu. Mais lorsque le fauve bondit sur sa proie, c'est bien sur elle que se referment ses crocs.

Le coup est si brutal qu'elle ne contrôle plus les traits de son visage qu'elle a tant cherché à contenir depuis les premiers mots de leur échange. La stupéfaction ouvre grand ses paupières alors que ses yeux suivent les mouvements qu'il ébauche à guider tout le monde vers la sortie. Elle les observe tous avec un immobilisme criant, glisse tout juste un regard à Wells et Marlowe pour les pousser à intervenir. Il ne peut pas avoir le dernier mot si vite ! Ils avaient l'air de croire en ses idées ! Qu'ils parlent, bon sang ! Mais rien n'y fait et il ne lui donnent qu'un regard compatissant en passant à côté du fauteuil dans lequel Moira se rencogne une fois que les trois musiciens l'ont dépassée. Elle ne les voit même pas passer la porte, soupire profondément contre ses phalanges lorsqu'elle entend le battement claquer. D'un geste sec, elle repousse son dossier vers le centre de la table, l'éloigne d'elle comme s'il se riait lui aussi de son échec. La défaite est rude, fait naître en elle autant de regrets que de colère. En une seconde, elle décompose toute leur conversation, cherche la faille qui l'a faite s'effondrer et se maudit plus encore de ne pas la trouver. Se pourrait-il qu'elle se soit simplement fourvoyée ? Qu'elle ait vu en Wilde un joueur lorsque son narcissisme n'acceptait en réalité aucun rival ? L'incompréhension la pourfend comme la rage qui en découle. Elle fulmine en silence, s'en veut de ne même pas avoir eu le réflexe de protester. Mais à quoi bon ? Elle avait été prévenue. Les mots de Welsh se répètent dans son esprit, plus sifflants encore. « Spécial » avait-il dit. Elle réprime un rire mauvais qui s'écrase de nouveau contre ses doigts. Savent-ils seulement de qui ils parlent ? L'amertume lui envahit la bouche et elle grimace. Sa main vient chercher le verre de limonade que lui a apporté Gladys et elle le porte à ses lèvres pour ravaler son aigreur. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle l'entend.

Un souffle. Un simple souffle dans son dos qu'elle remarque seulement maintenant. Quelqu'un est encore là, et elle ne doute pas un seul instant de l'identité de celui qui est resté derrière elle, adossé contre la porte, la gardant prisonnière d'un monde qu'il continue de contrôler tout à fait. Quelques secondes à peine se sont écoulées depuis que Wilde a guidé ses acolyte vers la sortie, mais alors qu'elle sent qu'il la regarde encore, Moira se tend subrepticement sur son siège, et sa main repose le verre d'un geste si mesuré que l'on ne peut que deviner la méfiance qui pulse soudain dans ses veines. Le silence les confine encore de longues secondes, jusqu'à ce que sa voix revienne se glisser jusqu'à elle. Elle écoute sans se mouvoir, fronce légèrement des sourcils lorsqu'elle croit comprendre qu'il n'est pas resté pour la repousser plus violemment encore, bien au contraire. Elle l'entend se décoller de la porte, se tétanise sur son siège à chaque pas qui le rapproche d'elle, jusqu'à sentir ses mains se poser sur son dossier, dans une proximité qui amène un nouveau frisson tout le long de son épine dorsale. Ses muscles se crispent comme prêts à contrer un assaut qui refuse pourtant de venir, et elle écoute les mots caressants qu'il lui donne après avoir tant malmené ses convictions qu'il dit pourtant chérir. Elle lutte pour n'écouter que les paroles de Wilde quand tout son corps la met en garde contre une menace qu'elle ne sait encore identifier et ses yeux s'accrochent immédiatement aux siens lorsqu'il reparaît enfin devant elle. Elle ne comprend pas encore tout à fait ce nouveau jeu qu'il lui propose, le regarde s'asseoir, encore enfermée dans une étrange léthargie alors que toutes ses idées s'entremêlent. Elle entend ses compliments, le baume qu'il applique sur les plaies qu'il lui a infligées. Elle entend ses mises en garde, le défi qu'il lui lance et qui n'acceptera aucune faille. La productrice penche la tête légèrement sur le côté alors qu'elle récupère lentement ses moyens, soudain consciente de ce qu'il cherche à faire. Wilde ne s'est pas davantage imposé dans sa sphère, préférant s'installer à côté d'elle, dans une position qui n'est enfin plus celle de l'opposition. Elle l'observe de longues secondes pour se convaincre qu'il ne cherche pas encore à l'élever pour mieux la faire redescendre. Mais le fauve semble avoir rentré ses griffes et doucement, elle fait aussi pivoter son siège pour se tourner vers lui.
- Je ne suis pas sûre de bien saisir les règles du jeu que vous me proposez. Mais si nous sommes deux à en bannir le hasard, il se peut que je puisse être l'adversaire qui vous manquait sur les quelques parties qui nous attendent.
Elle trouve encore au fond d'elle la force de poursuivre sur le même ton que lui malgré sa position moins impérieuse. Elle le laisse conserver la main sur l'échange pour que les dernières crispations s'atténuent d'elles-mêmes, lui concède la place de meneur pour s'éviter la brûlure d'un second coup d'éclat. Lentement, Moira retrouve sa confiance, rassurée par les perspectives qu'il lui a ouverte et la quasi-certitude d'avoir finalement remporté son pari. Elle s'enhardit, laisse les idées qui lui viennent redessiner le style du clip qu'elle avait en tête. Wilde lève les yeux vers le plafond. Elle ne suit pas son regard, observe ses traits qui se perdent dans une réflexion qu'elle ne se permet pas d'envahir. Elle lui laisse le temps de revenir à elle, n'interrompt ni ses pensées ni ses paroles. Un instant, elle hésite à prendre des notes, mais résiste à la tentation de peur de perdre le début de lien qu'ils semblent enfin avoir noué. Ses traits frémissent encore lorsqu'elle sent à quelle point la description de cette femme est précise, comme une figure beaucoup trop claire pour n'être que vaguement esquissée dans son esprit. La curiosité lui fait un instant plisser les yeux, mais elle garde farouchement pour elle toutes les questions qu'elle rêverait de poser, consciente de la jalousie avec laquelle les artistes gardent pour eux toutes leurs sources d'inspiration. Ses doigts sont revenus à son menton lorsqu'elle retrouve les yeux de Wilde et elle le laisse conclure toujours sans le presser. Refuser le piège d'une réponse trop simple... Elle a l'impression étrange de découvrir la maxime qui dictera toute leur collaboration.
- Il me reste de nombreux contacts à Los Angeles. Certains me doivent un ou deux services... Je la trouverai.
La productrice utilise le futur comme si aucune inquiétude ne venait assombrir ses perspectives. Elle sait pourtant que sa réelle épreuve se dessine maintenant, et qu'elle ne pourra s'attirer la confiance de Wilde qu'en trouvant cette fille qui semble porter le poids de tout ce projet sur ses épaules. Les premiers contacts qu'elle pourrait joindre lui viennent déjà en tête alors qu'elle cherche déjà à dessiner dans son esprit le visage de cette figure féminine si chère au rockeur. Lentement, son visage se penche de nouveau, et elle souffle à son attention :
- Vous semblez avoir une idée très précise de ce que vous voulez sur ce clip...
Elle avance sur le fil ténu de ses ambitions, oscillant entre son besoin d'informations et le tempérament imprévisible d'un artiste qu'elle ne veut pas brusquer de peur qu'il se referme à nouveau. Elle sait pourtant que c'est lui qui détient toutes les clés de ce morceau du simple fait que ses compagnons ne soient même plus conviés à l'échange.
- Tout ce que vous pouvez me dire sur le scénario que vous envisagez pourra m'aider à trouver l'actrice qu'il vous faut. Si au contraire, c'est le scénario qui dépend d'elle... Alors je viendrai avec mes premières propositions d'ici trois jours.
Trois jours pour une première sélection. Elle entend déjà Welsh s'étouffer quand elle lui annoncera a nouvelle. Mais rarement un projet lui a autant tenu à coeur : la promesse d'une oeuvre qui vaille la peine de s'y consacrer pleinement mêlée au désir de faire ravaler à Wilde cet affront qu'il a osé lui faire. La perspective est exquise. Trop pour qu'elle s'en détourne.
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MEMBRE

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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Dim 12 Fév - 21:43 par James M. Wilde



« Somewhere... Between desperate and divine »

Moira
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La regarder lui manque déjà tandis qu'il maquille sa présence dans sa respiration parée de silence, observant le théâtre déserté par sa brutalité. Il détaille dans ses pensées la stupeur qu'elle a dévoilée au moment où ses mots l'ont atteinte, il se la remémore et la sublime, la peint avec la précision avide de celui qui se nourrit des sensations les plus affirmées, la renferme pour ne plus jamais l'oublier. Un sourire acide flotte sur ses lèvres, tandis qu'il goûte l'image, tandis qu'il se frustre à ne plus pouvoir observer que les dénivelés de son dos. Le soupir qu'elle relâche saccade un instant son souffle, il ferme les yeux pour le savourer avant de les rouvrir plus scrutateurs que jamais. S'il doit se contenter de deviner les émotions que dévoilerait plus aisément son minois, il opère la minutieuse observation de chaque geste qu'il peut lui dérober : ce geste d'agacement qui fait glisser le dossier sur la surface grise de la table, la nervosité qui s'éprend de ses bras, cet immobilisme qui trahit la fureur. Une fureur presque palpable tandis qu'il la dévore. Ses prunelles glissent le long de sa nuque, suit la courbe de ses épaules, et chaque mouvement aussi infime qui soit fige son visage dans une expression effroyable qui oscille entre la dureté glacée de sa mâchoire qui se serre et la teinte flamboyante qui s'étend dans ses iris qui continuent de fouiller le tableau arraché à son oeuvre. Et comme souvent avec les femmes, ses instincts maladifs la décomposent, dénudent ses sensations, ressentent ses chairs qui se froissent dans l'incompréhension, goûtent le nectar de la fatalité qui doit lentement hérisser sa peau. Dans sa tête, il y a les échos de son propre souffle et du sien, lorsqu'il s'est arrêté dans sa gorge. Sous ses doigts il y a le battement régulier de son sang qui brûle autant que cette envie de ployer, autant que cet affront qu'il a aimé porter jusqu'à ses certitudes vacillantes. Il imagine ses phalanges serrées, il imagine la douleur amère dans son ventre, et lorsqu'elle boit à ce verre, il songe à ses lèvres qui n'arrondissent plus ces mots prompts à séduire, prompts à le chercher dans l'atmosphère opaque qui constitue son manteau d'arrogance. Sa respiration est plus lourde, prégnante dans la cadence de mille images qui se superposent à l'éblouir. Sa main s'appuie sur le pan de la porte comme pour se raccrocher au décor qui vacille... Elle vient tout juste de l'entendre. Son sourire s'affirme, il inspire la tension délectable qui vient l'étreindre, qui l'étreint lui aussi. Le verre se pose au ralenti de la dévoration, elle a peur de lui. Elle a bien raison d'avoir peur. Il n'a pas ressenti ce pincement si subtil dans les entrailles depuis bien longtemps. Depuis trop longtemps. L'envie de détruire. L'envie de créer.

Les mots sont fluides, le jeu débute réellement lorsque les vérités se fixent dans l'air alourdi par cette compréhension qui atermoie. Ils ne se savent pas encore, il ne fait que la découvrir, détourer son bon sens, deviner ce qu'il dissimule. Le bon sens, elle vient de l'envoyer paître au moment même où elle est restée sur ce fauteuil pour l'écouter lui, pour continuer la danse, plutôt que de lui foutre sa main dans la gueule et tourner les talons. C'est ce qu'elle aurait dû faire, il est ravi qu'elle n'esquisse aucun geste de retraite. Il n'y a que cette méfiance qui ne quitte pas son regard, cette méfiance qu'il a cherchée à installer dans ses prunelles, telle une coquetterie qui leur manquait cruellement. À présent qu'il la tient, la tension le quitte quelques minutes, le temps de converser sur un relatif pied d'égalité. Il ne ment guère, il apprécie la ferveur qu'il imagine dans le travail minutieux de préparation qu'elle a produit, il aime encore plus le goût de la joute qu'il semble avoir éveillé chez elle. Il n'y a de méfiance que chez ceux qui cherchent à se défendre, sinon l'on choisit la fuite. La fuite et la frayeur. Il y a encore les vestiges de ce sourire de satisfaction sur son visage, celui qu'elle a dessiné lorsqu'elle a visé juste, trop juste sans doute pour qu'il ne se méfie pas également. Il se souvient du frisson qu'elle a laissé échapper, il se souvient des muscles dessinés dans l'encolure de son chemiser. Il laisse le temps à ses défenses de se rétablir, les regarde prendre leurs aises dans des gestes dorénavant maîtrisés. Elle lui fait face, le sourire de James ne disparaît pas mais il y manque la chaleur que l'on viendrait quérir dans une expression qui tend à rassurer. Il ne cherche nullement à lui épargner la versatilité de son caractère, et aucune culpabilité ne vient traverser le bleu magnétique de son regard. Il ouvre les mains comme pour lui concéder un avantage qu'elle n'a définitivement pas, avant de lâcher un presque moqueur :
_ Peut-être... Faisons donc mine de le croire pour l'instant.
Est-elle l'adversaire qu'il recherche ? Que cherche-t-il d'ailleurs ? Il n'est pas certain de le savoir réellement, elle ne semble être qu'une distraction bienvenue dans son paysage morne, et surtout l'étincelle qui servira à embraser le projet qui l'empêche de trouver le repos depuis des mois maintenant. Il laisse passer sa main dans ses cheveux en l'observant, l'on n'observe guère quelqu'un ainsi lorsqu'on a une quelconque notion de bienséance. Mais s'il les maîtrise toutes, ces notions désuètes, il les hait tant qu'il ne s'en embarrasse plus. Qu'elle prouve ce dont elle est constituée, il est prêt à la croire, tout comme il est prêt à la rejeter aussitôt si elle s'écarte de ce qu'il subodore. Elle reparaît telle qu'elle fut au début, précise, téméraire, les yeux de James se plissent de redécouvrir ce qu'il se plaît tant à mettre en péril, cette confiance qu'elle a le bon ton de ne pas transformer en prétention pour se garder sans doute d'un autre revers. Il la lâche au moment où il se laisse de nouveau envahir par toutes les subtilités de ses inspirations. Cette fille qu'il imagine et qu'il croque de quelques mots négligés, il la voit si bien, il la voit tous les jours, il la voit toutes les nuits. Il la veut telle que le passé l'exige pour revêtir le costume de l'hérésie de ses paroles, il la veut à la fois parfaitement impériale, et magistralement détruite. La mutique Moira le laisse dériver sur le fil de ses idées, il entend presque la retenue qu'elle s'impose dans cette façon qu'elle a de ne rien demander aussitôt que la description quitte ses lèvres. Il se sentait prêt à lui détailler un portrait exact de ce qu'il attend mais se silence au dernier instant, préfère le vague pour la laisser incertaine. Il espère la voir ébranlée par cette recherche qui semble devenir une quête aussi infernale qu'impossible mais sa confiance demeure arrimée à ce lien ténu qui se tisse entre eux. Il revient à elle, son sourire n'est plus là mais il n'oppose plus cette expression bornée qu'il avait encore quelques minutes plus tôt, de l'autre côté de cette table trop grande.
_ J'ai hâte de vous voir essayer Moira... Je ne doute pas un seul instant de votre pugnacité.

Point de moquerie cette fois-ci, juste un constat qui opère une promesse de paix très relative. Surtout lorsqu'il penche la tête sur le côté alors qu'elle cherche à obtenir de lui les détails qu'il dérobe. Et qu'il se plaît à dérober quelques secondes encore, rien que pour le plaisir de la voir échafauder quelques plans pour se tirer du caprice d'un artiste. Comment combler ce que l'on ne peut même pas entrevoir ?
_ J'ai en effet une idée très arrêtée de ce que je souhaite obtenir.
Il ne dit rien en disant tout. Il sera de la partie, heure par heure, jour après jour, il ne la lâchera pas dans l'entreprise qui le tenaille autant qu'elle le hante. Il ne sera guère comme ces chanteurs qui ne voient dans l'habillage de leurs compositions que quelques images de circonstance. Il y a dans ce titre tant de lui qu'il ne souffrira pas d'être défiguré par une autre. Laissé dans le noir de ses besoins déviants. Il lui faut les exprimer, il lui faut un media pour s'y soustraire complètement, exorciser ce qu'il peut avant d'être entièrement dévoré. Elle peut voir le basculement s'opérer en lui, une seconde uniquement il y a cet élan protecteur, ce besoin qui ressemble à de la terreur, de protéger ce qu'il doit, de ne laisser personne approcher ce qui le constitue, alors que ses traits se figent et que son regard s'éteint. Mais le dévoilement ne dure guère, il reprend la main sur ses ressentis en les étouffant un à un, avant de se montrer prolixe :
_ Trois jours. Pas un de plus. Le scénario est simple, je veux des ombres sur le groupe, nous serons là sans l'être, l'on peut nous deviner, mais pas nous voir, sûrement pas nos visages. Nos mains plutôt. Au milieu des ombres que nous tissons, il y a cette jeune femme, c'est elle qui capte la lumière, elle irradie au début, mais peu à peu, la chanson la cueille, elle entend les mots, elle pressent leur sens, dans une fixité de terreur, elle sonde alentours mais elle ne fait que deviner l'écueil. Et l'ombre pervertit sa lueur, elle passe au gris, elle passe à l'ombre, elle disparaît.
Plus il détaille, plus sa voix se modèle dans une narration rythmée par les sensations qu'il dépeint, il semble les ressentir autant que les projeter, sans que cela ne l'atteigne vraiment. Il parvient à se couper de l'écho ancestral, il parvient à le taire, à raconter une histoire dont il n'aurait aucune véritable part, mais ses yeux ne quittent plus Moira. Ses yeux sont sur elle, comme s'il la narrait dans les paysages tortueux qui gisent dans sa tête.
_ Simple, voyez-vous. Le scénario ne doit pas encombrer la musique, je veux une langueur, celle du rythme, et un jeu sur la plastique, les lumières et les teintes particulièrement. Un décor dénudé, c'est elle le sujet, et c'est elle le décor. Elle est à la fois tout. Et elle n'est strictement rien.
Ce rien sonne bizarrement, il est si froid qu'il étend une rigidité dans ses épaules, il s'écoute mais il ne s'entend plus. Il y a une pause, comme s'il songeait, une pause durant laquelle il suit son visage, y cherche les signes de la compréhension qu'il veut y deviner. Il déteste se répéter. Il inspire, longuement, avant de reprendre un ton précis qui détoure ses exigences :
_ Je ne me contenterai pas d'un catalogue de belles filles sur du papier glacé. Je veux les voir en vrai, et si l'une me semble convenir, je veux même lui parler. Organisez ça comme vous le souhaitez, il suffit qu'elles paraissent, le studio fera parfaitement l'affaire à moins que vous ne dégotiez les locaux du tournage dans le temps imparti. Pas besoin de les dénuder, je ne fais pas mon marché, qu'elles portent une robe blanche et simple, ça suffira.
Il se penche soudain en avant, sourit en coin, et ajoute doucement :
_ Préparez-vous Moira, nous allons passer quelques temps côte à côte, à débusquer l'innocence. Espérons que nous saurons la reconnaître. Je suis très mauvais perdant.
La dernière phrase le fait se retirer avec lenteur, il cherche dans la poche intérieure de sa veste le paquet qui tient compagnie à ses clefs, et le capuchon de son zippo, alors qu'il allume une clope et inspire la nicotine avec avidité, claque comme une ponctuation fatidique. Dans le jeu qui s'ouvre, il ne sait exactement ce qu'il est en train de miser, et ce qu'il cherche tant à remporter.
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MEMBRE

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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Ven 24 Fév - 14:40 par Moira A. Oaks

La tension de son dos la visse sur son siège qu’elle tourne face à lui mais sans la détermination qui l’aurait animée autrefois. Son visage est moins avenant. Sa voix moins sûre. Seul son regard conserve cette flamme qu’elle refuse de perdre, cet instinct qui la maintient dans une position presque rivale à défaut d’une opposition franche, car la joute n’a de saveur que si elle nourrit l’estime. Elle observe son sourire dont elle n’est pas certaine de saisir toutes les subtilités, ne lâche pas ce ton mutin qu’elle garde avec lui depuis le départ et qu’il semble apprécier assez pour être revenu la cueillir malgré cette rupture dans l’échange qu’elle interprète de plus en plus comme une manière de marquer son territoire. Il demeure maître du jeu, maître de ses créations, maître de la discussion, et après avoir senti la morsure de ses crocs, Moira laisse la bête retrouver l’orée de sa tanière, reste sagement à la frontière qu’il lui a indiquée, trop proche pour qu’il ne la voie plus, trop loin pour qu’elle l’envahisse. Leurs yeux se confrontent alors qu’il la détaille autant qu’elle. Il n’y a plus personne pour distraire l’avidité de leurs regards, personne non plus pour meubler les silences qu’ils caressent à chaque fin de phrase. Étrangement, elle s’offusque moins déjà de ses moues presque moqueuses, des haussements de sourcils qui ponctuent ses piques, ou de cette froideur qu’il conserve à son égard, comme si tous ses agissements depuis son entrée dans cette pièce la convainquaient déjà de ne plus s’attacher avec lui aux codes de conduite que l'élite anglaise lui a patiemment inculqués. Alors elle observe, sourit légèrement suite à ce semblant de compliment qu'il souffle et qu’elle choisit de considérer en tant que tel comme une douceur perdue dans le flot acide qu’il lui lance depuis qu’il la confronte, une caresse sur une fourrure encore trop rêche pour être aussi enveloppante qu’elle le pourrait, mais qui a le mérite de se glisser délicatement jusqu'à elle. Moira s’en contente, car elle pressent que même celles-ci risquent de se faire rares.

Les considérations purement professionnelles leur permettent de trouver le confort d’une conversation aux chemins moins sinueux, plus rassurants. Wilde prend le temps, impose encore sa volonté dans ses silences et ses regards. Un instant, Moira croit qu’il entretiendra son mystère jusqu’au bout, jouant de ce pouvoir qu’il conserve pour lui rendre la tâche toujours plus ardue, tester des limites qu’il a déjà éprouvées par son jeu malsain et cette proximité qui a guidé ses mains si proches de ses épaules. Lui demander de trouver seule le visage de cette femme à peine effleurée par sa description lacunaire, sans indice sur son identité ou son rôle, voilà un défi qui pourrait certainement le faire jubiler plus encore. Mais c’est une nuance toute autre qui vient s’emparer de son regard, comme une flamme devenue vacillante au fond de ses prunelles. Les sourcils de Moira se froncent alors qu'elle voit ses yeux la quitter une brève seconde. Elle ne sait pas ce qu’elle lit dans son regard éteint, sent simplement la tension qui revient jouer le long de son épine dorsale et qui la force à lutter pour n'effectuer aucun mouvement qui le tirerait de ses pensées. Le temps s'étire alors qu'elle grave l'image dans sa mémoire, mue par l'instinct farouche d’y voir autre chose qu'un simple moment d'absence sur ses traits figés. Mais Wilde reprend soudain sans sourciller comme si la faiblesse n’avait jamais eu lieu, au point que Moira doute de la véracité de ses sens. Elle cligne des yeux, bouge légèrement sur son fauteuil dans un effort un peu trop visible pour se reprendre, et le déluge de ses paroles lui revient, précis, implacable. Les images du clip se dessinent plan après plan, simples, comme une évidence. L'expression sur le visage de cette jeune fille, le jeu sur la lumière, seules les mains des musiciens visibles dans la lumière sans que l'on sache jamais si elles sont ou non meurtrières… Une esthétique marquante sans se perdre dans des démonstrations d’effets. C’est tout ce qu’elle espérait. Elle demeure un long moment mutique à regarder la raideur de ses épaules lorsqu’il achève le tableau qu’il lui dépeint. Il y a dans ce discours qui semble détaché quelque chose qu’elle ne parvient pas encore à identifier, une nuance qu’elle sent pourtant dans les vibrations de son timbre, dans ces gestes qu’il ne fait plus, et dans ce regard qui fond sur elle. Les interrogations continuent de se succéder dans son esprit et elle les musèle toutes les unes après les autres, convaincue qu’il ne s’ouvrira pas davantage et que lui forcer la main ne la mènera qu’à une rupture qu’elle a déjà dangereusement frôlée.
- Simple, souffle-t-elle finalement. Mais amplement suffisant.  
L’idée la séduit. Il n’y a qu’à se donner à son regard pour s’en rendre compte. Travailler avec Wilde est une aventure qu’elle ne sait pas encore comment considérer, perdue entre la tentation du défi qu’il représente à lui seul et l’inquiétude de se laisser brûler par ses ardeurs. Mais le projet l’enchante, et alors qu’elle continue de construire chaque séquence du clip dans sa tête, une autre idée fait se plisser ses paupières, et elle lui demande :
- Avez-vous déjà pensé à un réalisateur en particulier ?
Car si tel n’est pas le cas, elle sait celui qu’elle contactera en premier.

Le choix de la jeune fille qui accompagnera le groupe semble revêtir pour Wilde une importance qui dépasse la simple alchimie que l’on souhaite normalement connaître avec les acteurs d’un clip. Bon nombre des précédents artistes que Moira a connus ne voyaient même dans ces réalisations qu’un passage obligé qui les éloignait trop de leur univers qu’ils voulaient strictement musical, ce qui les conduisait à lui laisser entièrement les rênes des courts métrages, du choix des acteurs au scénario en passant par les techniques de réalisation qu’elle ne travaillait finalement qu’avec les équipes du tournage. Tout au plus demandaient-ils à voir le visage des comédiens sélectionnés par la production, dans un souci plastique bien plus qu’humain. S’ils n’avaient pas besoin d’apparaître à l’image, cela était mieux encore. Mais il y a dans toutes ces exigences que Wilde formule les désirs jaloux d’un contrôle sur son œuvre qu’il veut total et qui convainc encore Moira de la dimension très personnelle de cette chanson qu’il veut entièrement maîtriser, de sa genèse à son consécration à l’écran. Des sentiments contradictoires tenaillent encore la productrice, entre l’excitation de travailler avec un passionné, seul moyen pour elle de donner vie à une création qui ait du sens, et la difficulté de construire à deux une œuvre qui ne tient ses ancrages que dans le cœur d’un seul tant qu’il refuse de lui ouvrir les portes d’une partie de son monde. Trois jours pour lui trouver une sélection d’actrices qui pourraient convenir, la chose lui paraissait jouable, bien que complexe. Mais les mener jusqu’à lui en un temps si court, toutes en même temps… Moira sent les battements de son cœur s’alourdir rien qu’à s’imaginer la tâche qui l’attend. Trouver les filles, les contacter, les convaincre de venir, les… les habiller ? Seigneur. Elle entend déjà la toux étouffée de Welsh au moment où elle lui annoncera l’aventure dans laquelle elle s’est engagée. Jusqu’ici, le nom des Wild ne faisait qu’impressionner un peu son collaborateur, comme tout esprit rationnel qui sent qu’on l’emmène se frotter à un plus gros poisson, et comme tout habitué des dîners mondains qui ont fait des rumeurs du grand monde leur principal sujet de conversation. Il se souvient avoir plusieurs fois entendu chez certaines de ses connaissances bien nées le nom de James Wilde, le fils prodigue et néanmoins renié d’un ténor de la city pour ses frasques trop connues et son tempérament fréquemment qualifié d’irascible. On se délecte des histoires le concernant qui percent régulièrement dans les journaux, pour les détails souvent croustillants qu’elles contiennent et les affabulations qu’elles permettent. Car il n’est pas cibles plus réjouissantes que celles qui font partie du même cercle que soi, et que sentir une faiblesse dans le monde si parfaitement ordonné de Wyatt Wilde est toujours une rassurante satisfaction pour tous ceux qui n’ont pas eu sa réussite. Alors, quand Moira a émis l’idée de répondre à cet appel de Jeff, Welsh n’a pas tardé à lui faire part de ses premières réticences, à lui conseiller la prudence, une conduite plus raisonnable encore que d’habitude… Mais il avait omis une patience à toute épreuve, car il lui en faut pour retenir les phrases qui menacent de franchir ses lèvres lorsqu’il achève l’exposition de ses dernières exigences, éviter de lui confier ses premiers doutes quant à la faisabilité d’une telle entreprise en si peu de temps si les photographies ne lui suffisent pas. Elle se mord la langue pour ne surtout rien dire, lutte plus encore pour garder son visage impassible, ne pas lui montrer plus de faiblesses que celles qu’il a déjà entrevues. Qu’importe les moyens employés ou les prochaines nuits sans sommeil. Il faut qu’elle lui trouve cette fille et alors seulement il cessera peut-être de la regarder avec cet air prédateur qui n’attend que sa prochaine chute pour la dépecer du bout de ses griffes. Le voir se pencher vers elle l’aide à canaliser cette inquiétude qui se diffuse dans son corps en la cachant à nouveau derrière l’appel du jeu. Sa provocation réveille ses élans combattifs et elle ne sait réprimer le sourire en coin qui vient étirer la commissure de ses lèvres.
- Moi aussi, gronde-t-elle simplement, toujours sans le quitter des yeux.
On ne sait plus vraiment si elle n’évoque que cette recherche dans laquelle ils se lancent tous les deux ou le bras de fer dans lequel elle s’est engagée avec Wilde, et elle joue sur cette ambiguïté comme une manière de lui indiquer que malgré cette manche qu’il remporte haut la main, elle compte bien lui montrer son répondant dans les jours à venir. Cette actrice à trouver ne sera que la première victoire d’une longue série. Elle s’en fait la promesse et le met au défi de la contredire.

Moira le regarde chercher un briquet dans une de ses poches et s’allumer une cigarette qui lui rappelle le temps où la nicotine était également son amante régulière. Elle n’en use plus régulièrement depuis presque deux ans, mais sent toujours cette pointe de désir à la vue des arabesques de fumées qui s’élèvent du bout incandescent. Comme un tic pour occuper ses nerfs, les doigts de sa main gauche se mettent à jouer sur la table et elle laisse le silence les envelopper de nouveau, comme un cocon à la fois geôlier et protecteur. Ne pas savoir lire en lui plus que ce qu’il consent à lui offrir la frustre autant que cela l’attire, comme tout ce qui se défend d’une réponse trop simple. Elle sourit. Wilde est étonnamment logique en un sens…
- Votre réputation est faussée, vous le savez, monsieur Wilde ? Je crois que vous êtes grandement sous-estimé…
Dans son talent, peut-être. Dans son caractère, sans aucun doute. « Spécial »... L’euphémisme en est presque comique. Et pourtant, elle pressent que ce qu’elle découvre aujourd’hui ne fait encore qu’effleurer toute la flamboyance de son tempérament. Cette chanson à elle seule le lui a soufflé dès qu’elle a lu le texte.

Le regard de Moira se perd une seconde sur la vue offerte par la fenêtre et la lumière qui a légèrement décliné sur les paysages désertiques. Le temps se rappelle cruellement à elle comme s’il lui filait déjà entre les doigts alors que rien d’officiel ne la lie encore aux Wild. Mais tous deux savent leur accord déjà entériné dans leurs regards et ces quelques phrases éloquentes bien qu’officieuses. Elle ne lui fera pas l’affront de rebrousser chemin maintenant. La blessure serait plus profonde pour elle encore que pour lui.
- Il me semble que beaucoup de travail m’attende pour les jours à venir, dit-elle en revenant vers lui alors que son dos se redresse déjà lentement dans son fauteuil. Je ferais certainement mieux de ne pas perdre de temps.
Elle lui lance un sourire entendu, et ajoute :
- Je vous donne rendez-vous dans trois jours ?
72 heures pour trouver la figure qu’il est le seul à connaître et la traîner jusque dans ses griffes. Cette aventure est une folie. Une folie effrayante. Grisante.
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MEMBRE

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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Sam 25 Fév - 0:14 par James M. Wilde



« Somewhere... Between desperate and divine »

Moira
& James




Il regarde la vague rouler dans ses yeux clairs. Une vague lente, de celle des émotions contraires, presque contradictoires. L’aventure en vaut-elle la peine ? La peine vaut-elle de rencontrer les désagréments d’une nature indéchiffrable ? Et cette nature vaut-elle que l’on s’y penche au risque d’y tomber ? Il imagine qu’elle songe mais les songes se taisent. Les siens dévorent l’espace le temps d’évoquer la perfection de son tableau déchu, le silence mord ses lèvres qui s’assèchent sur les mots qui lui semblent galvaudés, trop éloignés des ressentis, ces ressentis qu’il toise presque de son mépris de peur de les esquisser dans l’air qu’elle respire. Il est encore trop tôt pour s’y donner, trop tôt pour effleurer les dangers en présence étrangère. Sa confiance, elle ne la mérite guère, elle n’a encore rien fait pour cela si ce n’est acquiescer à ses caprices et faire montre de cette arrogance de femme piquée au vif dès lors qu’on la bouscule d’une remarque acérée ou d’un sourire affable. Il a balayé l’idée même d’un réalisateur, l’a regardée comme si elle lui demandait s’il était déjà allé jusqu'à la Lune en marchant sur l’air, a simplement haussé les épaules comme s’il s’agissait là de considérations trop prosaïques pour son art ou sa sphère. Il a fini par dire du bout des lèvres : « J’imagine que vous saurez vous en sortir… Si je ne vous paye pas pour votre réseau, pourquoi alors, vais-je bientôt me demander ? » Elle a l’air de savoir qui pourrait faire l’affaire et sur ce point, il lui laisse la liberté qu’il n’a pas à conquérir, il sait très bien qu’il rognera les ailes de quiconque s’évertuerait à déformer ses pensées ou ses idées si bien que quelqu’un connaissant suffisamment son métier fera amplement l’affaire. Puis l’avalanche se poursuit. Il en demande trop, il en demande tant d’emblée sur un temps extrêmement court qu’il se demande à quelle seconde sa bouche se pincera de dépit, mais elle tient l’assaut admirablement, comme depuis le début de cette réunion, elle ne recule pas, bien au contraire, elle s’enfonce un peu plus dans les envies qu’il peint. Il ne sait encore comment considérer cet appétit qu’ils semblent partager pour un ouvrage commun, qui leur ressemblera forcément, à l’un et à l’autre. Discrètement, quelque chose à l’intérieur de son âme se frustre, quelque chose se froisse. Il va lui falloir donner ce qu’il distille dans ses silences et dans ses ténèbres, et si la nécessité lui semble viscérale, elle lui est également extrêmement dérangeante. Les réticences de Gregory lui reviennent en mémoire, peintes avec l’exactitude des souvenirs. Quelques mots murmurés dans les ombres des hier, pourquoi t’infliges-tu cela ? Pourquoi… Il a fait mine de ne pas comprendre mais ses yeux se sont détournés pour aller sonder les horizons dans lesquels il ne distinguait que des récifs. Pourquoi ? Parce qu’il le faut. Comme il faut que cette Moira Oaks assume le choix qui la fit demeurer dans ce fauteuil, car le temps dérobé par sa seule présence file déjà, mordore l’air, orange les fenêtres qui se pâment dans les douceurs du crépuscule. Trop d’attentes et bien trop de minutes à consacrer à la réalisation du fantasme, car le réaliser c’est perdre le goût de courir après lui.

À sa provocation répond son adorable grondement, la vague roule encore entre eux dans ce silence qu’il embrume des effluves de nicotine. Le défi caresse sa peau et la hérisse une fois encore, il se recule en mordillant le filtre, satisfait et quelque peu désabusé. À la fois sûr de son choix, tout en étant persuadé de l’échec. C’est une sensation aussi contradictoire que celle qu’il lit parfois dans sa façon de se tenir, il y voit tant d’alarmes qu’il choisit de ne pas les entendre. Ses yeux glissent jusqu’à ses doigts qui pianotent sur la table, et sans même s’en apercevoir, il retient la rythmique de son geste, rythmique sur laquelle son coeur se cale, dans un staccato qui le réveille soudain. Elle sourit et il répond avec la paresse d’un lion, un sourire qui s’étend cette fois-ci jusqu’à ses iris qui brillent de cette attente qu’il choisit de ne pas dissimuler. Il y a la hâte des jours à venir, des promesses à tenir. Il paraitrait presque sympathique, tout du moins jusqu’à ce qu’elle argue de sa réputation. Il glisse ses deux mains derrière sa tête, dans une posture très faussement détendue, et son sourire s’élargit encore plus mais quelque part ses prunelles se glacent. Il met une ou deux secondes à répondre, d’une voix profonde, alors qu’il esquisse un geste rapide pour récupérer sa clope au bord de ses lèvres blêmes :
_ Vous ne savez même pas à quel point…
Ils le prennent tous pour un énergumène insatisfait, corrompu par le star système, tellement imbu de lui-même qu’il distille les caprices comme d’autres distillent les rires dans la lenteur des après-midis passés entre amis. Ils lisent la surface, les faits, les racontars, les élucubrations qui font d’une poussière quelques montagnes, ils voient son éducation à l’anglo-saxonne, bourgeoise et raffinée, sans cesse bafouée par son intempérance et ses provocations, ils voient ses libéralités quant à la société, ils voient dans sa musique une rébellion permanente pour mieux savoir la contrer lorsqu’elle explosera. Mais ils ne comprennent pas les racines d’un mal qu’ils prennent pour la façade d’un mal appris, ils ne distinguent pas la profondeur des abîmes car ces abîmes là, à peine entrevus, font trop peur. Alors il faut nier leur existence pour atténuer la corruption, et renvoyer au rôle de fantasque celui qui devrait être pris pour un fou. Il n’ajoute rien pour éclairer ses dires, il n’esquisse pas non plus de geste pour la retenir, bien au contraire :
_ Faites donc cela. Trois jours, tenez vos délais, complétez le portrait de ce professionnalisme barbant que je me fais de vous. L’image impeccable trahie par la virginité de vos atours. Peut-être verrons-nous pourquoi les images finissent toujours pas être écornées…
Il se lève sur cet augure funeste, écrasant sa cigarette dans l’un des cendriers avec une violence à peine contenue, comme si l’élan de venir briser l’image à peine évoquée était déjà prégnant dans son caractère. Il ne la regarde pas, une fois encore l’abandonne à cette salle de réunion, et sa voix glisse lorsque la porte s’entrebâille :
_ À très bientôt Moira Oaks.
Il ne cherche pas à voir si elle le suit, passe le couloir pour revenir vivement jusqu’à l’arrière salle de la petite boîte de prod, où Gladys est en train de tenir la jambe à Greg et Ellis. Ils lèvent tous les trois leurs interrogations sur son visage mais il ne répond à rien, se contente de saluer sa productrice de la main, un léger sourire au coin des lèvres. Puis il claque dans ses doigts pour indiquer la sortie, comme s’il fallait s’arracher au plus vite. Ce n’est qu’une fois dans la voiture qu’il annonce, presque solennellement, ayant laissé Gladys rejoindre Moira pour la raccompagner voire la réconforter, connaissant l’animal :
_ Elle est pas si mal. On verra si elle fait l’affaire, je lui ai laissé sa chance.
Dans le rétroviseur, il a le temps de voir le sourire satisfait d’Ellis avant de démarrer. C’est en faisant sa manoeuvre qu’il aperçoit la blancheur de son chemisier, et qu’il tourne la tête, ses yeux dissimulés par ses lunettes de soleil. Il semble la regarder longuement, sans que son visage n’esquisse aucune expression. Et pourtant, à l’intérieur de lui, la vague… la vague roule encore, et s’échoue sur son coeur, qui suit toujours le rythme de ses doigts.



« Imagine I'd be your one and only
Instead I'm the lonely one
You, me, and a lie
Silence is closer
We're passing ships in the night
Into the light, left with nowhere to hide »


Deux jours. Deux jours et quelques heures pour caresser les premières ondes de la nuit. Son appartement résonne des basses lourdes et stridentes d’un son rock-métal, poussé presque à fond, qui fait trembler les murs et qui secoue le sol. Les harmonies brisées se répercutent dans sa cage thoracique et il se sent exister, vivre quelques minutes en courant les métaphores d’un titre qu’il connaît par coeur et qu’il affectionne. Le brouhaha ne plaît pas totalement au petit groupe qui s’est cantonné à sa terrasse, Ellis et Greg bien sûr, mais quelques filles aussi. Cinq blondes. Qui rient forts, qui se ressemblent toutes. Il ne sait même pas laquelle ou lesquelles il a dragué en bas jusqu’à les faire monter depuis le pub, vers 22h avec les gars. Est-ce que c’est la grande bringue qui est appuyée à la rambarde et qui le regarde régulièrement . Ou bien est-ce celle de dos, qui a élu l’un des fauteuils particulièrement inconfortable, certainement plus encore pour le tas d’os qu’elle doit être ? Qu’importe en vérité, baiser l’une, baiser l’autre, ça ne changera pas grand chose. Il pousse le son un peu plus encore, le temps de sentir exploser le paroxysme dans sa tête, la note accablant ses esprits tellement elle les traverse. Il ne supporte plus d’attendre. Patienter devient douloureux, car il lui faut faire face à une envie plus prégnante que par les jours qui ont défilé avant sa rencontre avec Moira. Tant que le clip était cantonné à un nébuleux projet, il ne s’imposait guère dans sa tyrannie chaque seconde et chaque minute. Mais à présent que l’échéance est lancée, il y a cette fébrilité qui s’accroche à sa peau, qui l’empêche de dormir plus encore, qui transforme ses journées en éternité et ses nuits en ennui effroyable. Blonde n°1 le regarde toujours, alors pour lui refuser sa complète attention, il ferme les yeux et tâtonne jusqu’à la poche de son jean pour sortir son smartphone. Sans réfléchir, il compose le numéro récupéré auprès d’Ellis, qui s’est assuré de conserver l’ensemble des coordonnées. Un simple effleurement, un acte presque inconscient. La tonalité de l’attente la rend plus abyssale, le titre suivant s’enclenche et crache par les baffles une pugnacité agressive qui l’électrise. Il entend à peine que l’on a décroché, a oublié dans la seconde de cette écoute ce qu’il était en train de faire. Alors il ne répond pas immédiatement au questionnement logique lorsqu’on décroche, il n’y a que la voix du chanteur de heavy métal qui hurle des désirs inavouables. Une chanson que James adore, une chanson qu’il aurait aimé composer, même s’il ne s’agit pas de son genre de prédilection. Il fait quelques pas, le son reflue, le bruit d’une porte qui se pousse, il semble s’être isolé et daigne enfin se faire connaître :
_ Dois-je vous rayer d’emblée de mon répertoire ?
Une attaque. Sourde et froide, où l’ironie arrondit la question sans la rendre pour autant moins menaçante. Il n’a pas dit bonsoir, il se fiche de la déranger voire de la réveiller. Il continue, implacablement :
_ Ou dois-je croire encore que nous nous retrouverons demain, comme convenu ?
Il se trouve dans la pièce insonorisée, où gisent nombre de ses guitares, et qui ouvre sur une fenêtre hermétiquement close et aveuglée. Une pièce sombre, où le bruit de ses pas est avalé par l’épaisseur du sol qui ressemble à une sorte de tatami. Il y vogue pieds nus, jouant à suivre la seule source de lumière provenant de la porte entre-ouverte. Il attend et laisse le malaise empreindre l’atmosphère. Il l’appelle parce qu’il piétine. Il l’appelle pour rejeter la faute de ces sensations devenues invincibles, qui l’arrachent à sa soirée pour ne le contraindre qu’à la seule perspective du projet. Il esquisse le début d’une phrase :
_ Votre réputation Moira…
Mais il semble interrompu, grogne ostensiblement. Blonde n°2, la maigrichonne, vient de glisser sa silhouette de papier à cigarette par l’ouverture pour geindre un très mignon et très agaçant :
_ Tu viens James ? Je m’ennuie et je…
La réponse n’est pas longue, tranchant l’air et l’ombre où se devine sa posture raidie par l’énervement :
_ Eh bien ennuies-toi, et surtout casse-toi, je téléphone.
Aucune marque d’affection, juste une froideur violente. Elle ne demande pas son reste, sur une moue contrariée elle disparaît. Le ton de James se fait soudain bien plus présent au bout du fil, après des secondes de ce silence happé par sa respiration, pour se calmer. Une question soudaine, étrange :
_ Et vous, vous vous ennuyez, dîtes-moi ? Une fille comme vous, ça ne s’ennuie jamais n’est-ce pas ?
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MEMBRE

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# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Lun 27 Fév - 14:32 par Moira A. Oaks





L’air autour d’eux reste si lourd qu’elle peine à conserver la droiture de sa silhouette et seuls les frissons qui ne cessent de la parcourir tendent suffisamment ses muscles pour qu’elle ne s’enfonce pas davantage dans son siège. Ses yeux le détaillent avec une curiosité maladive, poussés par cette fascination qu’elle sent déjà pulser dans son corps comme un poison diffus dont elle ne saurait se défaire. Elle ne perçoit que sa chaleur qui parcourt ses veines, attisée par la colère qu’il lui inspire du bout de sa langue assassine et qui pourtant ne parvient pas à prendre le pas sur ce désir brûlant qu’elle a de savoir ce que lui cachent ses prunelles. Elle s’accroche à ce moment fugace qu’elle conserve précieusement dans sa mémoire, cette seconde légèrement plus longue pendant laquelle il s’est perdu dans un ailleurs qu’elle crève de découvrir sans oser encore en forcer la porte. Elle gronde seulement en réponse à ses griffures, réplique d’une fausse caresse chaque fois qu’il la provoque, toujours sur le fil désespérément fin d’une conversation sur laquelle il conserve tout pouvoir. Elle ne  s’approche plus comme elle s’est risquée à le faire, garde cette distance derrière laquelle il s’est retranché et qu’elle ne cherchera pas à amoindrir aujourd’hui. Ainsi acquiesce-t-elle seulement d’un signe de tête à l’évocation de son réseau dont elle usera pour trouver leur réalisateur, sans même relever la pique qui a une nouvelle fois habillé la fin de sa phrase, et elle garde comme un trésor cette étincelle enfin dépourvue de froideur qui a un instant seulement réchauffé son regard, comme l’illusion d’une complicité disparue trop vite. Car le bleu glacial qui colore ses iris s’assombrit de nouveau malgré son geste faussement nonchalant et il la toise derrière son sourire de façade. Elle se tend encore, fixe ses doigts lorsqu’ils viennent récupérer la cigarette au bout de ses lèvres, et son murmure réveille encore chez elle cette envie farouche de tester ces excès qu’il lui promet, de le mettre au défi de tenir cette réputation qu’il embrasse malgré la tension qui est revenue manger ses traits. Les sourcils de Moira se froncent imperceptiblement alors qu’elle le dévisage, cherche une faille qu’il ne lui offre pas et dissimule même admirablement, comme un exercice qui lui serait devenu trop familier. Les prunelles de Moira insistent quand sa voix demeure éteinte, mais l’obstacle demeure insurmontable et alors que le silence s’appesantit trop pour feindre une simple pause dans leur joute incessante, elle amorce la fin de cette réunion qu’elle n’est même pas certaine de pouvoir qualifier comme telle. Les gestes s’emballent, comme les mots de Wilde qui reviennent claquer dans l’air, revigorés par l’appel d’une liberté qu’il semble avoir perdue trop longtemps déjà. La cigarette vient s’écraser brutalement dans un cendrier et c’est tout juste s’il ne bondit pas de sa chaise pour rejoindre la porte. Moira se lève à son  tour, le suit des yeux pour ne pas manquer ce dernier regard qu’il ne lui offre finalement pas. A sa dernière salutation, elle répond d’une voix trop bancale pour être pleinement convaincante :
- Comptez sur moi, monsieur Wilde.
Et le battant se referme sur sa silhouette trop maigre.

Le silence qui suit sa sortie s’abat sur ses épaules et sa silhouette si raide se tasse enfin alors qu’elle s’appuie sur la table pour recouvrer ses esprits. Sa main vient passer sur ses tempes avant de s’enfoncer dans ses cheveux et elle respire profondément un air qu’elle relâche en un soupir trop profond pour masquer les émotions dont elle peine à se défaire. Tout s’entrechoque dans sa tête qui ne lui a jamais semblée si lourde : l’arrogance meurtrie, la satisfaction boiteuse, la colère aussi, et cette fascination qu’elle ne comprend pas, qui dissèque une à une chaque seconde de cette discussion qu’elle a subie plus qu’elle n’a menée. Ce n’est pas son rôle d’habitude. Elle aime contrôler l’échange, le mener où elle le souhaite, chercher ces garanties qu’elle attend avant de se lancer dans le moindre projet. Mais Wilde est un animal sauvage. Ses règles ne sont pas celles du monde duquel elle vient. Elle a connu tant d’artistes, des créateurs perdus dans leur univers fantasque, si rarement capables de redescendre des cieux qu’ils ont construits que les suivre revient à suivre le bord d’un gouffre les yeux bandés. Mais toujours, elle était parvenue à garder la main sur les nécessités qui sont les siennes, quitte à passer par un agent moins déconnecté des réalités que leur client. Et pourtant, malgré cette frustration qui vient enfoncer ses ongles dans sa chair, elle ne parvient pas à reculer cette fois, à refuser ce contrat comme Welsh le lui conseillerait surement s’il avait été là. Il ne saura rien de cette réunion d’ailleurs, rien de plus que le résultat qui reste gravé dans son esprit : les Wild les ont choisis, et ils ont trois jours pour se montrer à la hauteur.

Une dernière inspiration lui donne la force de se relever et elle récupère ses papiers avant de rejoindre à son tour l’arrière salle où elle espère pouvoir échanger quelques mots avec les musiciens. Mais elle arrive tout juste pour voir la silhouette du bassiste disparaître derrière la porte et la surprise la fait marquer un autre temps d’arrêt. Seule Gladys demeure dans les locaux et lève les yeux vers elle en l’entendant approcher. Un souffle étrange s’échappe des narines de Moira alors qu’elle rejoint la vieille productrice. Elle plisse légèrement les yeux en arrivant à sa hauteur. Est-ce de la compassion qu’elle lit dans son regard ? Elle ne sait pas si elle doit s’en réjouir.
- Tout va bien, ma chérie ?
demande Gladys avec un intérêt certain.
- Je crois, oui…
Elle ne parvient pas à être plus affirmative, comme si un instinct lui murmurait d’être sincère avec son aînée, l’une des rares en qui Wilde semble avoir confiance. Un sourire énigmatique se dessine sur le visage de Gladys marqué par de trop nombreuses cigarettes, à la fois triste et encourageant.
- C’est un sale gosse, gronde-t-elle d’une voix plus chaleureuse qu’inquisitrice, mais ce n’est pas un mauvais garçon dans le fond. Ne vous laissez pas impressionner. S’il n’avait rien vu en vous, il vous aurait envoyée balader depuis longtemps…
Réussir à faire naître un sourire sur le visage de Moira est un drôle de miracle que son homologue parvient à créer étonnamment vite. L’Anglaise la remercie d’un simple regard alors que Gladys la guide vers la sortie et l’accompagne jusque sur le parking. Les dernières chaleurs de l’après-midi reviennent l’assaillir et ses yeux se perdent un instant sur le désert environnant, quand un bruit de moteur singulier attire alors son attention un peu plus loin, jusqu’à la Thunderbird occupée par les trois musiciens. Son regard passe sur eux un instant, mais c’est encore sur les mêmes lunettes qu’il s’accroche, ces verres noirs qui masquent le bleu glacial des iris de Wilde qu’elle sent encore posés sur elle. Elle ne se détourne pas, toujours pas, jusqu’à ce que ce soit lui qui rompe le contact en s’échappant du parking, et elle le suit jusqu’à ce qu’elle le perde de vue, attisant une dernière fois cette sensation indescriptible qui vient s’emparer de sa poitrine.

- Moira ?
La voix de Welsh à sa gauche la fait presque sursauter alors que son collaborateur toujours au volant de leur voiture de location attendait sagement que la réunion se termine depuis déjà un bon quart d’heure. S’il avait su, il aurait certainement accepté cette dernière coupe de champagne proposé par Hammersmith… Moira cligne des yeux une seconde, puis se tourne une dernière  fois vers la vieille productrice à laquelle elle offre son plus beau sourire.
- Merci pour tout, Gladys, lui souffle-t-elle en se penchant vers elle.
Puis elle ajoute sur le ton de la confidence :
- Et il faudra absolument que vous me donniez la recette de votre limonade. Elle est délicieuse…
Quelques dernières politesses soldent la fin de leur journée alors que ses talons reviennent marteler l’asphalte jusqu’à ce qu’elle retrouve l’habitacle de sa voiture. A peine a-t-elle eu le temps de s’asseoir à l’avant que Sebastian l’alpague déjà.
- Alors ?
Moira laisse reposer son crâne sur l’appuie-tête et ferme les yeux en relâchant un profond soupir. Son collaborateur la fixe un instant avant de lui offrir une moue plus empathique que déçue, et il souffle de son timbre rauque en desserrant le frein à main :
- Je t’avais prévenue, hein ? Tout le monde dit qu’il est spécial ce type. C’est pas grave. Y en aura d’autres. Je vais passer un coup de fil à Holly pour lui demander d’avancer nos bill…
- On signe, le coupe-t-elle sans lever la voix.
Welsh hausse les sourcils en se tournant vers elle, cherche son regard qu’elle ne lui offre pas.
- Quoi ? Tu… Tu l’as eu ?
- Premier casting dans trois jours.
- Trombinoscope, tu veux dire ?
- Casting.
Sebastian la fixe encore alors que la voiture s’est arrêtée en plein milieu du parking sans qu’il s’en rende compte. Et alors que Moira se tourne sans un mot vers sa fenêtre, il secoue lentement la tête de droite à gauche en soufflant un misérable :
- Oh, putain…



Moira renvoie un message à Welsh pour lui confirmer la référence des robes qu’elle a retenues, soupire, et laisse retomber son front dans ses mains alors que ses yeux la supplient de fuir cet écran qu’elle fixe depuis deux jours à s’en décoller la rétine. Même les nuits ne sont plus pour elle synonyme de repos alors que les appels téléphoniques ne se soucient plus des convenances même passé minuit et que l’anxiété qui lui martèle le crâne parvient à la réveiller même les rares fois où elle se donne au sommeil. Jamais une recherche d’acteurs n’a été si intensive, si pressée et si complexe à la fois. Une brune avec un regard… Elle soupire encore. Lentement, sa main passe sur la pile de photos fournie par une de ses vieilles amies, dénicheuse de talents hors pair au bras si long qu’elle pourrait relier les deux côtes des Etats-Unis. Gloria Stern est de ces femmes d’un autre temps qui parviennent pourtant à s’ancrer dans leur époque avec une agilité presque féline. Ses cheveux teints noir corbeau encadrent un visage que l’on pourrait croire sévère avant de croiser son regard de chatte, et elle conserve avec panache cette classe des femmes qui semblent avoir eu soixante ans toute leur vie. Figure du monde cinématographique depuis des décennies à Los Angeles qui l’a vue émigrer enfant, elle est de ces femmes qui laissent leur trace partout où elles passent, et l’une des rares à pouvoir encore utiliser un porte-cigarette sans qu’on la taxe de ringardise. « L’important, c’est qu’on se souvienne de toi », dit-elle à toutes ses recrues. Ce petit accessoire est depuis toutes ces années une arme encore plus efficace que son verbe sans gêne et ses airs de séductrice invétérée qui tranchent avec cette élégance qu’elle a chevillée au corps. Elle a certainement été belle autrefois et pourtant Moira n’a jamais su se l’imaginer avec trente années de moins. Un seul coup de téléphone a suffi pour s’octroyer son aide car Gloria, en plus d’être à la tête d’un formidable réseau, jouit d’une mémoire sans faille, en particulier concernant ces petits jeunes qui ne manquent pas d’ambition. Toutes deux se sont rencontrées sur plusieurs projets du temps où Moira cherchait encore à faire ses preuves, par hasard tout d’abord, puis par un hasard forcé ensuite, car leur duo étrange fonctionne remarquablement bien. En tant que directrice de casting, Gloria lui déniche les perles rares sans même avoir besoin de la consulter, et une seule audition suffit bien souvent à faire engager les acteurs qu’elle présente en entretien. Moira voulait des filles ? Gloria les avait trouvées, même avec pour seules informations « une brune avec un regard », et ce malgré le rire ponctué d’un souffle chargé de nicotine qu’elle a laissé échapper en entendant sa demande. Elle lui a envoyé les clichés d’une vingtaine de filles, de 17 à 26 ans, toutes disposant selon ses termes d’un « petit quelque chose qui marche à l’écran ». Moira n’en doute pas. Elle ne doute jamais de son flair. Mais alors qu’elle passe d’une photo à une autre, l’indécision continue de torturer son esprit déjà ankylosé par la fatigue qui ne la quitte plus. La plupart de ces filles ont de superbes yeux clairs, suivant les codes de beauté d’une industrie écrasante qui a fait des yeux bleus et verts un quasi incontournable des icônes du cinéma. Seulement trois ont les yeux bruns. Elle en enlève une, ainsi que quatre autres d’ores et déjà jugées trop maigres. Puis elle regarde les activités principales que conservent la plupart des filles. Les mannequins aussi éliminées d’office. Pas de sac d’os, a dit Wilde. Si elles se savent belles en plus, ce rôle n’est pas pour elles. Six autres sont encore écartées de manière plus arbitraire. Un regard… Cette fille doit avoir un regard, et celles-ci ne lui inspirent rien. Puis elle en supprime une dernière dont le nom de famille ne lui est pas inconnu : fille d’un élu local. La petiote ne doit pas être habituée à être bousculée, et encore moins à ce qu’on lui dise non. Inutile de la présenter à Wilde, il ne l’aimera pas. Commencer leur collaboration sur un incident diplomatique avec Papa appelé par sa petite poussinette en pleurs n’est pas non plus dans ses plans. Elle recompte les feuilles. Neuf. Neuf gamines à livrer entre les griffes du rockeur. Sa bouche se tord comme si elle culpabilisait presque de les laisser à sa merci. Gloria les briefera certainement. Elle sait y faire. Ses doigts recommencent leur valse de cliquetis sur son clavier pour envoyer le cinquante-quatrième mail de la journée :

« Mesdemoiselles,
en vue du tournage du prochain clip des Wild…
(…)
Merci de confirmer votre présence avant 11 heures demain matin.
Très cordialement,

Moira A. Oaks
Directrice générale
Oaks Company…
Et bla, et bla, et bla, et bla, les titres, les titres…. »


Elle clique sur « envoyer » et retourne s’enfoncer dans son dossier en se massant les tempes. A onze heures, Welsh partira acheter les robes en fonction des réponses qu’elle aura reçues, puis toutes les filles se retrouveront chez Gladys pour passer sous l’œil acéré de James Wilde. Elle les passe en revue une dernière fois, étudie chaque faciès, chaque expression de leur visage, puis elle s’arrête sur un des portraits, toujours le même. Cette fille n’est pas vraiment jolie. Pas comme beaucoup de ses concurrentes en tout cas. Mais elle a une peau remarquablement blanche  et surtout, Moira s’arrête chaque fois sur ses deux yeux noirs… Un regard. La productrice cherche le bas de la page avec les quelques infos livrées par Gloria : Hanna Perry, dix-neuf ans, étudiante en psychologie. Un sourire en coin barre son visage quand elle lit ces derniers mots. Bon courage avec lui, ma grande.

Soudain, la sonnerie de son téléphone la tire de ses rêveries et dans le silence qui a gagné la soirée déjà bien entamée, ses yeux se plissent d’inconfort tant le son semble criard. Elle s’empare de son cellulaire sans même remarquer le numéro inconnu qui s’affiche, persuadée de retrouver Welsh au bout du fil, et elle souffle d’un ton légèrement trop las :
- Oui ?
Mais ses sourcils se froncent alors qu’elle se tend subrepticement sur son siège. Personne ne lui répond hormis les vocalises rauques et les guitares malmenées typiques d’un groupe de métal qu’elle peine à reconnaître à travers le son déformé du téléphone.
- Allô ?
Elle hésite un instant à raccrocher, pensant à une erreur de numéro composée par un portable fourbe dans la poche arrière d’un métaleux. Mais elle arrête son geste au moment où elle perçoit ce souffle, ce bruit sourd et régulier qui lui indique bien que quelqu’un l’écoute à l’autre bout du fil. Elle se fige, patiente, écoute son cœur qui accélère progressivement l’allure à mesure que l’attente s’allonge. Puis, l’illustre inconnu semble se mouvoir. Les tonalités de la musique changent comme s’il s’éloignait des baffles. Un autre bruit qu’elle n’identifie pas, puis une rupture dans l’acoustique, comme si une porte s’était refermée derrière lui. Et enfin, sa voix perce de l’autre côté du combiné, et elle la reconnaît au premier mot qu’elle prononce. Wilde… La tension s’empare cette fois de tous ses muscles et elle se crispe sur le combiné. Ses mots sont aussi coupants que dans son souvenir et elle sourit étrangement, comme si l’inverse l’aurait déçue.
- Pas encore, monsieur Wilde, même s’il semble que vous ayez hâte.
Petite pique envers ce ton qu’il emploie toujours et cette manière abrupte d’entamer la conversation. Elle ne s’en vexe pas pour autant, comme déjà résignée à cette tendance de son caractère.
- Nous nous retrouvons demain, comme convenu.
Il apprendra vite qu’elle ne revient pas souvent sur sa parole, surtout quand son honneur est en jeu, et plus encore quand le défi qu’elle se lance revêt des saveurs qui frôlent l’attaque personnelle. Elle s’est démontée une fois face à lui. Il ne la désarçonnera plus si facilement. Moira écoute pourtant, avec cette avidité qu’elle retrouve, et elle tique en entendant le timbre fissuré de sa voix. Il semble fatigué, presque perdu, et elle manque de rompre le silence à sa place pour l’aider à lui dire la raison de son appel. Il entame finalement une phrase mais se voit interrompu par un miaulement féminin qui ne lui laisse aucun doute sur le type de femme qui vient de faire irruption dans la pièce. Elle ne relève pas le ton brutal qu’il emploie pour la renvoyer et au contraire serait prête à la maudire à son tour car elle sent les propos de Wilde qui s’emballent, comme réveillés par l’invasion impromptue d’une midinette comme on en trouve des camions entiers en Californie. La respiration de l’artiste se fait plus saccadée, presque sifflante au bout du fil, et Moira frissonne sur son siège alors que ses yeux se ferment quand elle comprend la question. L’ennui… Le compagnon inavouable de cette vie dessinée pour les grandes choses. Celui qui la suit dans toutes ses nuits noires. Elle le cache bien derrière ses tailleurs haute gamme et ses airs de conquérante. On ne questionne pas la vie de ceux qui portent leur réussite sur le dos. Son apparence irréprochable est devenue son armure, une diversion qui détourne le monde des blessures qu’elle renferme. On s’accroche à ses sourires lumineux et à ses beaux yeux clairs. On oublie les chairs putréfiées qui se cachent sous ses chemisiers blancs, la gangrène qui infeste sa peau et gagne du terrain chaque jour depuis six ans. Sa bouche se pince alors qu’elle hésite quant à la réponse qu’elle doit lui fournir, entretenir l’illusion ou la pourfendre tout de suite comme si elle était certaine qu’il saurait la découvrir un jour. Cet ennui qu’il lui décrit, il semble l’étouffer ce soir alors qu’il l’appelle et elle réalise cette surprise qui ne l’étreint même pas. On n’écrit pas une chanson comme la sienne sans se perdre des journées entières dans le vide. Alors, Moira s’enfonce dans une position plus confortable sur son siège, et elle souffle d’un ton qui frôle la confidence :
- Vous n’avez pas idée comme l’ennui est parfois abyssal… Mais ce n’est pas ma réputation, n’est-ce pas ? Et ce n’est pas la vôtre non plus.


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Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
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