Bienvenue sur le forum.
Nous vous souhaitons une agréable visite sur London Calling.
Changement chez les scénarios !
Des changements ont été effectués dans la partie des scénarios, merci d'en prendre connaissance par ici.
Version #24 & nouveautés.
LC vient d'enfiler sa 24ième version, dont vous pouvez découvrir les nouveautés par ici.
Changement !
Du changement a été mit en place au niveau des règles. Rendez-vous par ici pour en prendre connaissance.
The Thames Bridges Trek !
Enfilez vos chaussures, vous êtes attendus pour The Thames Bridges Trek, qui se déroule par .
Trouver des amis.
Rendez-vous par ici pour trouver vos liens manquants.
Encourager le forum en votant.
Aidez-nous à faire connaître London Calling en votant sur le top-site, merci. Plus d'infos.



Partagez|

Somewhere between desperate and divine _ Moira&James

avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 308
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Lun 27 Fév - 19:16 par James M. Wilde



Somewhere... Between desperate and divine
« Imagine I'd be your one and only
Instead I'm the lonely one
You, me, and a lie
Silence is closer
We're passing ships in the night
Into the light, left with nowhere to hide »

Moira
& James




La musique étouffée par la porte à demie-close l’enferme dans les harmonies de la solitude recouvrée, chèrement gagnée lors de ces derniers jours passés à courir les idées et la motivation afin d’organiser la très prochaine tournée. L’aigreur est venue plisser ses lèvres et assombrir son front, Gladys ne semble pas aussi enthousiaste qu’il l’aurait imaginé et les signes annonçant cette démission qu’il craint s’accumulent telles des lueurs qui l’aveuglent et dont il préfère se détourner. Il y a un vacillement dans son monde, son monde si fermé et bien rodé, et ce depuis des années à présent. Il y a un vacillement dans le rire de sa productrice, ce rire un peu plus éraillé, qui suit la ligne d’une fêlure qu’elle ne peut pas encore avouer, car elle sait pertinemment qu’elle la projèterait aussitôt en son âme, son âme déjà tant de fois rafistolée qu’il en perd peu à peu la matière pour l’oublier dans les songes handicapés de ses nuits blanches. Greg a bien tenté d’évoquer avec patience et méthode les détails qui faisaient entière démonstration de l’incapacité de la petite production dans l’entreprise. Impossible de les suivre sur des routes de plus en plus larges, qui les emmènent dans des horizons de plus en plus lointains. C’est le hochement de tête de la sexagénaire qui a statufié la posture de Wilde dans sa chaise soudain trop inconfortable pour que son dos ne soit pas aussi raide que celui des militaires qu’il se plaît tant à moquer. Son regard bleu a cherché les yeux gris de cette femme qui l’a recueilli tant de fois alors que l’aube de l’âge adulte effrayait son coeur adolescent déjà corrompu par des actes auxquels il n’aurait jamais dû être confronté, son regard bleu a sondé les deux puits rassurants de son passé, les territoires si connus de son présent, et il a fallu les baisser aussitôt, parce qu’il entrevoyait déjà la désertion de tous les avenirs qu’il imaginait toujours décorés d’une Gladys, trônant là pour d’autres éternités. Toutes factices, inexistantes, qu’il ne lui faudrait ainsi jamais affronter. Mais l’onirisme des avenirs tracés s’est depuis longtemps fracassé à l’évidence qu’il analyse avec raison mais repousse dans tous les dénivelés de sa folie, rendant tortueuse toute conversation qui menacerait de s’en approcher. Toutes les réunions ont ainsi tourné court, préférant les sous-entendus qu’il n’écoutait que pour nier leur présence, sa participation absente et son visage tourné sur les extérieurs bétonnés du parking. Ils ont fini par conclure qu’il serait sans doute impossible de donner une quelconque matérialité à cette tournée sans qu’il ne consente à quitter ses atours de fantôme, sa substance arrachée depuis des mois par la composition de cette chanson et par le projet déliquescent de ce clip. Ils ne comprennent pas l’importance qu’il y a à occuper des esprits qui se voient de plus en plus happés par l’abîme, ils ne comprennent pas ou ils ne font que le comprendre trop. Alors à son tour de jouer la carte de l’incompréhension pour repousser l’inéluctable. Tout ce qu’il se plaît à condamner à des après ne peut suffisamment exister pour ériger les murs qu’il craint de retrouver autour de sa conscience érodée par cette languide dépression versée entre ses côtes qui semblent à peine pouvoir se soulever pour donner l’élan nécessaire à sa respiration. James se meurt dans sa perdition mais semble trouver de ces parades convaincantes pour endormir son entourage, qui tremble sans comprendre encore exactement pourquoi.

L’absence de bruit l’accable au point que sa main se contracte sur son téléphone, devenu l’objet d’une menace qu’il ignore, comme tous les autres indices égrainés dans son sillage, des réflexes honnis car porteurs d’une indicible vérité, y faire face aujourd’hui serait navrer la fuite en avant qui lui permet encore de respirer. Il ne s’était pas aperçu de ce talent magistral qu’il avait eu d’étouffer la souffrance dans l’écrin du bruit, des répétitions, de son piano, de la sono qu’il pousse à fond comme ce soir, pour occuper l’espace qu’il pénètre à attendre. Attendre de délivrer ce qu’il ne parvient presque plus à porter seul. Les soirées dans l’antre du pub se sont également enchaînées, l’ivresse a embrumé le vide, la disharmonie des attitudes poussées dans des travers artificiels. Ellen n’a pas sourcillé, il arrive à James de se présenter dans des états catastrophiques pour se métamorphoser en charmeur le lendemain, même si les moments de charme sont de plus en plus évanescents. Qu’importe au final si ses attitudes agressives permettent de former cette kyrielle de dindes qu’il pourra ravager pour remplir tout le vide de son âme ? Qu’importe… Elles sont là ce soir, comme presque tous les soirs. Ce ne sont pas les mêmes. Et ce n’est pas un soir identique à un autre, car quelque chose a fait bouger le vide, l’a habité d’une présence indistincte et nouvelle. La voix de Moira le tire de cet accablement qui l’a rendu quelques secondes mutique, indisponible à cette réalité perçue comme une fraude, venue déranger les songes qui percent ses esprits sans qu’il ne puisse distinguer leur limite à présent. Le grain de son ton las distille une nouvelle musique qui n’étouffe pas une seule seconde le vague à l’âme qu’il trimballe comme une entité étrangère devenue voisine de son être le long d’un bail sans aucune échéance. La musique est belle, elle vient accompagner le rythme de ses doigts, ce rythme qu’il a retenu malgré lui et qu'il a utilisé telle une armure lorsqu’il se fermait aux arguments simplistes de Gregory et aux sourires coupables de Gladys. Elle paye la frustration accumulée, il la cingle de ses humeurs auxquelles elle semble aussi hermétique que tous ces autres à sa peine. Il lui en veut encore plus que de l’entendre balayer les piques au moyen de quelques certitudes. Il se borne à un silence trop éloquent, le mépris rétorque à la place de son venin qui éclate lorsque l’autre pétasse l’interrompt. Il ferme les yeux. Il perd déjà le rythme d’un échange dont il ne distingue plus les causes, la fatigue est trop prégnante, la colère trop facilement exaltée alors qu’il la calfeutre pourtant sous sa froideur. Il se rattrape à l’aube de ce lendemain évoqué et manque de raccrocher sans préavis avant de s’abandonner à une phrase échappée à ses ressentis les plus profonds. La respiration est excitée par la colère qui ne s’est pas étanchée sur cette proie trop facile, pesante, trop perturbée aussi, il y a l’urgence d’un cri dans sa question aux saveurs d’affirmation. Et il est soudain dessiné de nouveau dans les souvenirs de cette rencontre, rencontre qu’il s’est jouée et jouée encore pour occuper les heures à ne rien trouver pour endiguer ses pensées.

Le souffle. Les mots. L’assurance et la peur. Il les revit pour la énième fois et les dévore. Il y a un sourire étrange sur son visage mangé par les ombres de son refuge, un sourire qui se repaît du flottement qu’il ressent tout au bout du fil. Et dans l’opacité de ses envies, il n’a plus le réflexe de voir échoir la conversation. À l’agacement se substitue peu à peu la curiosité déguisée dans ses silences, il n’y a que sa respiration avide qui trahit encore sa présence. Il entend le cliquetis d’un fauteuil, préambule à une confession qui le cueille sans qu’il ne s’y soit totalement préparé. Il interrompt sa marche inutile dans la pièce, interrompt des gestes indifférents pour délivrer une émotivité exacerbée dans l’air. Et les abysses dépeintes l’avalent. Car ce sont des abysses qu’il connaît pas coeur pour s’y être promené des heures, des jours et des années. Son souffle se perd, sa main frôle le mur, caressant les dalles épaisses qui permettent d’insonoriser les lieux, dessinant les mots dans l’indistincte réalité, les mots qu’il ne souhaite pas prononcer mais que ses pensées précipitent sur ses lèvres. L’ennui… Cet ennui qui se penche sur son épaule depuis que la fadeur des jours a étreint ses nuits de cauchemars, cet ennui qui forme la traine du désespoir, ce désespoir qu’il noie dans la dissolution des heures. L’ennui toujours, et l’incessant combat contre sa chair tuméfiée, l’ennui peint à avoir dessiné sa propre perte, l’ennui d’avoir ressenti le pire et le meilleur au même instant, l’ennui en héritage de l’inavouable, et les abîmes pour l’y enfermer à jamais. L’ennui invincible, l’ennui indicible. Car comment se targuer de crouler sous son poids lorsqu’on a tout, lorsqu’on s’est élevé jusqu’à l’Olympe de sa propre déchéance ? Se tisse dans l’air l’accord de deux êtres perdus dans cette ville de splendeurs, à chasser des mirages, à les distinguer dans la nuit pour refermer leurs doigts sur le vide qu’ils portent, caché, à l’intérieur. Son souffle filtre des mots confiés à l’ombre, qui tombent par erreur dans l’indiscrétion de l’appareil :
_ Et dans l’ennui désespéré de tous les jours, croire encore qu’il ne faut pas abandonner. Croire jusqu’à devoir prétendre… Et dans l’ennui désespérer de sa propre impuissance. Je sais… Je ne le sais que trop.
L’ennui n’est abyssal que si l’on est conscient de ce que l’on a jadis perdu. La voix de James est absente à elle, absente à lui également, s’évade dans l’air discret de son tombeau, s’efface dans l’éther de l’incertitude d’avoir parlé et d’avoir écouté. Il se passe tant de secondes après cela, tant de secondes rendues muettes par la douleur qui l’étreint, le front dorénavant posé sur la surface trop tiède, à trembler sous l’assaut des sentiments qui périclitent sans qu’il ne les ait véritablement conviés jusqu’à lui. Ces sensations il les hait, il les hait pour les masquer sans cesse, il les hait pour se croire seul détenteur de l’inique, seul profanateur de ce qu’elles ont de sacré. Il se rappelle alors que Moira s’est faite l’écho de ce qu’il est, et une partie de lui la rejette à un point tel que sa mâchoire se serre tout comme sa main griffe les dalles. Crissement de l’éternelle fêlure qui disparaît, engloutie par les abysses ainsi dévoilées. Et quelques onces de ce même silence pour la noyer, la peindre sous la moquerie surfaite qui étoile son ton devenu beaucoup plus dur. Qu’a-t-elle perdu pour en savoir autant que lui ? Comment ose-t-elle esquisser la douleur qui le cingle dans la course de toute sa foutue désespérance ? Il a l’envie déchaînée de l’agonir, cette envie qui empanache sa respiration du feu qui se gèle pour ne pas venir la dévorer. Son rire est bas, tranchant, presque désincarné alors que les murs l’étouffent aussitôt. Ce moment de partage si mystérieux, tendu entre eux au détour de l’entente s’étiole dans l’acidité des mots :
_ Votre réputation m’indiffère autant que la mienne… Vous n’êtes qu’un outil qui n’a même pas encore prouvé son utilité. Vous avez véritablement raison, Moira, j’ai hâte de tracer un trait sur vous car toutes les réputations s’avèrent surfaites n’est-ce pas ? Votre professionnalisme légendaire pourrait s’éteindre sous les exigences encombrées de mon caractère. S’avérer aussi creux que vos murmures…
Toutes griffes dehors, la réalisation de l’égarement d’une seconde hérisse l’échange d’un ton borné, glacé par les attaques qu’il porte sur lui bien avant elle en vérité. Mais il retourne la main tendue et esquisse une gifle, il la balance dans le visage qu’il imagine corrompu par la fatigue des exigences invoquées comme des tares. Sa curiosité se tarit sous l’indécence de s’être senti communier un seul instant à une âme aussi brisée que la sienne. Car l’on ne détoure pas ainsi l’ennui si l’on ne l’a pas goûté à s’en étouffer. James se met de nouveau à marcher de long en large, maudit tous les élans car il ne peut plus les justifier, alors il couche des justifications factices pour éloigner les sensations et toutes les renier :
_ Votre philosophie du soir ne m’intéresse pas.
Il a blonde n°1 et blonde n°2, deux grandes philosophes à aller baiser pour oublier l’ennui, cet ennui soudain incommensurable tant il le sent s’accrocher à sa peau et pervertir son âme. Et en écho l’avidité de ce projet, ce clip porteur d’images à ses folies crachées dans l’écrin d’une chanson. Il pense à leurs corps, à toutes, frissonne de l’agonie d’un coeur qui se perd dans des envies peu recommandables, ses envies cherchent à redessiner la silhouette de l’impudente pour la plaquer sur ces femmes toutes semblables pour les détruire entre ses doigts. Mais quelque chose ne fonctionne pas, et sa détestation ne fait que grimper en flèche alors que sa marche se fait plus saccadée et qu’il peine à présent à éteindre tout à fait la rage qu’elle a déclenchée sans même le savoir. En instillant la peur. Il s’arrête d’un seul coup, inspire longuement, très longuement, en fermant de nouveau ses regards pour se plonger dans le noir interdit de son inconscience. Il tient toujours le téléphone dans sa main mais elle ne tremble plus. Il entrave avec lenteur la haine de s’être découvert, la fatigue s’abat ses ses épaules, trop heureuse de se rappeler à lui alors que les minutes l’enfoncent dans la nuit, encore et encore. Sans crier gare, il souffle jusqu’à elle, d’autres interrogations pour balayer les précédentes. Souffre l’attente alors qu’il aimerait la voir décéder à ses pieds pour en terminer :
_ Vous croyez l’avoir trouvée ?
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 17/10/2016
» Messages : 148
» Avatar : Gwyneth Paltrow
» Âge : 44 ans
# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Sam 4 Mar - 10:02 par Moira A. Oaks





Le fauteuil grince alors qu’elle se réinstalle, le dos lové contre le dossier. Ses pieds passent contre ses chevilles pour se défaire de ses escarpins qui viennent échouer sur la moquette beige de sa chambre d’hôtel et son souffle s’approfondit un instant alors qu’elle entend Wilde respirer à l’autre bout du fil. Elle sent encore la chaleur des mots qui viennent de filer entre ses lèvres, cette vague qui s‘est emparée d’elle au moment de la confession qu’elle a laissée échapper. Son propre aveu la cueille quand elle réalise tous ces indices qu’elle lui a déjà livrés alors que sa vie n’est qu’une succession de maquillages depuis qu’elle ne fait plus que suivre une interminable pente qui ne conduit qu’à une chute que le noir environnant l’empêche de prévoir. Depuis des années elle se sent avancer avec le pas hésitant de ceux qui ne sont pas certains de trouver un sol sous leurs pieds, avec la peur du précipice chevillée au corps qui ne disparaît que quand ses nuits les plus sombres lui substituent le désir impérieux de s’y jeter. Mais elle dissimule, Moira, elle cache cette crainte sous des couches entières de faux semblants, sous cette attitude dynamique et cette pugnacité hors pair, sous ses sourires charmeurs et ses jeux de séductrice, l’image minutieusement travaillée de cette femme à qui tout réussit. On ne demande pas comment se portent ceux qui rayonnent. Et pourtant sa lumière est une lumière noire de nightclub, crue et artificielle, qui assombrit son regard et fait briller ses fautes, qui ne fait plus du monde qu’une foule d’anonymes aux visages déformés par les couleurs froides de leur carnation et leurs sourires si aveuglants qu’ils lui paraissent tous désespérément faux. Elle peine dans cet environnement dont elle se sent perpétuellement étrangère, comme la dernière âme sobre d’un monde devenu ivre, ivre de vie quand elle ne voit que la mort, brûle avec passion quand elle ne sent que le froid. Et dans cette marée humaine qui danse sous ses yeux, elle distingue les autres, ceux qui, comme elle, ne dansent pas, observent la foule sans plus s’y perdre, car ils n’y sont que bousculés chaque fois qu’ils s’en approchent, incapables de suivre les pas fébriles des vivants quand eux ne font qu’attendre, attendre la fin de cette nuit interminable, attendre le silence qui refuse de se faire dans leur tête, attendre le sommeil qui fuit leur corps épuisé… Elle voit leurs fissures qui luisent dans la lumière noire. Et quelque part dans l’ombre, recroquevillé comme elle à l’écart du monde, Moira le voit lui aussi, perdu dans l’effervescence d’un univers qui continue sans lui, et dans un instant fugace qu’elle aurait tant voulu prolonger, elle croit avoir croisé le bleu de ses yeux.

Elle écoute les confidences qu’il finit par lui souffler, frissonne à l’entendre ainsi prononcer des mots qu’elle a si souvent pensés sans jamais trouver personne à qui les dire, car il est des choses que même Sebastian ne saurait comprendre, malgré tous ses efforts pour la maintenir debout lorsque ses jambes s’obstinent à ployer. Observer ce monde si désespérément vide et croire à s’en abrutir qu’il reste encore quelque chose à y trouver. Faire mine de le chercher pour tous ceux qui vous demandent encore d’essayer. Elle ferme les yeux sans rien répondre, se laisse bercer par le silence qui les étreint. Mais son esprit bataille, perdu dans ses impressions qu’elle ne sait plus bien lire et les interrogations qui viennent une à une s’emparer de son cœur. Pourquoi cet appel au milieu d’une soirée dont il semble rester l’attention principale ? Pourquoi ces confidences alors qu’il l’a si sèchement repoussée chaque fois qu’elle s’est risquée à l’approcher ? Pourquoi cette confiance tout à coup, au point de lui offrir cet aveu qu’elle-même ne se permet pas de faire à ceux qui lui sont le plus proche ? Il naît au fond d’elle la certitude d’une brisure, de quelque chose qui s’est rompu et qui laisse échapper le liquide noirâtre des secrets trop longtemps retenus qui pourrissent et vicient l’âme de leur détenteur. Elle récupère l’offrande avec la douceur qui lui est commune, sans imposer son appui ni même sa présence dans ce silence qu’elle refuse de rompre, sait qu’elle la gardera précieusement pour tous ces moments où il ne laissera plus voir que la rugosité de son caractère à travers ces mots tranchants dont il use à en faire oublier la poésie qu’il sait tracer dans ses textes. Des mots qui reviennent plus affûtés encore après ce rire froid qui la fait se tendre sur son siège et rouvrir les paupières sur un monde qu’elle aurait aimé fuir encore quelques secondes. Elle réprime le soupir las qui menace de s’échapper de ses narines alors qu’elle contient les réponses hargneuses qui ne demandent qu’à glisser sur sa langue. La morsure est plus douloureuse encore après la caresse qui l’a précédée, ajoute à l’affront la colère de s’être presque laissée prendre par la fêlure de son timbre au point d’en oublier à qui se tenait au bout du fil. James Wilde revient dans la splendeur de ses excès jusqu’à se rouler dans un mépris qui tranche trop avec la façon qu’il a eue de s’adresser à elle jusque-là. Sa posture se faire plus ferme sur son fauteuil. Elle se redresse, galvanisée par les indices qu’il lui a précédemment donnés et qui l’empêchent de croire complètement à ce verbe assassin qu’il lui oppose. Sa voix gronde à son tour, sans la violence dont celle de Wilde s’est parée, mais avec la même arrogance dissimulée sous les fausses rondeurs de son ton qu’il distinguera sans peine.
- C’est vrai, concède-t-elle, comme il se pourrait qu’il tienne assez longtemps pour que ce soit votre réputation qui fléchisse la première. Craignez-vous tant de perdre à ce jeu-là que vous souhaitez en précipiter la fin ?
Elle le traîne de nouveau dans leur jeu rhétorique, cette joute qui n’en est pas vraiment une et qui, derrière les provocations qu’elle embrasse, leur permet finalement de se confier ce que leurs caractères ne sauraient offrir dans une discussion simple. Son ton mutin fait diversion, dissimule l’amertume de s’être vue une nouvelle fois rabrouée alors qu’elle ne fait qu’être là quand lui s’impose. Elle l’entend marcher, d’un pas plus saccadé encore qu’auparavant, comme mu par une colère dont elle ne parvient pas clairement à percevoir la source. Les attaques claquent de nouveau sur sa langue, et Moira encaisse en contractant sa main sur le téléphone. La sagesse voudrait qu’elle se taise encore, convaincue de l’inutilité de la moindre réplique, mais c’est sa fierté qui parle encore, et le désir de ne pas lui faciliter la tâche alors que c’est lui qui est venu envahir ses terres en lui passant cet appel.
- Et pourtant  vous m’appelez si tard alors que derrière votre porte on semble se languir de votre savoureuse compagnie. Se pourrait-il que plus rien n’ait de saveur, même ces plaisirs-là ? Alors dites-moi, qu’est-ce qui vous intéresse, monsieur Wilde ?
On pourrait croire la question purement factice, comme une simple pique qui ne se soucierait même pas de la réponse. Et pourtant, il y a chez Moira cette envie viscérale de savoir, qu’elle ne s’avoue pas réellement et qu’elle masque derrière un ton provocateur suivant une tactique étonnamment semblable à celle de son rival. L’air se fait lourd dans cette chambre d’hôtel, et elle jurerait sentir sa présence dans la pièce, comme lorsque ses mains se sont posées sur son dossier ce jour-là, faisant se tendre tous ses muscles jusque dans ses lombaires. Elle se force à respirer, se cale sur son souffle sans même s’en rendre compte. Les secondes s’écoulent sans qu’elle n’intervienne encore. Elle lui laisse la main, lui laisse le choix, celui de répondre, celui de la fuir, celui de raccrocher dès maintenant ou de poursuivre sur le chemin qu’il a pris en composant son numéro. Sa voix lui revient enfin, moins pressante mais plus grave, et les sourcils de Moira frémissent un instant alors qu’elle le sent fuir des terrains trop intimes pour être encore découverts. Il referme les portes à peine ouvertes, la chasse une nouvelle fois de son antre et retourne s’y terrer. Seul un dernier grondement l’invite à rester près de l’entrée, une question à laquelle elle aurait dû s’attendre et qu’elle avait presque oubliée, perdue dans ces émotions qu’il est venu frôler en la rappelant inconsciemment à des souvenirs qu’elle s’applique à étouffer sous les centaines de responsabilités dont elle s’accable en espérant ne plus pouvoir penser qu’à cela. Alors que l'interrogation de Wilde s’éteint dans le combiné, les doigts de Moira reviennent caresser les feuilles sur son bureau et relever le portrait de cette jeune fille qui accapare toute son attention depuis que Gloria lui a envoyé ses profils. Elle le regarde encore, comme si elle voulait y déceler des détails qui lui auraient encore échappé. Mais elle s’accroche toujours à ce regard sombre, ces deux iris noirs dont elle ne parvient pas à se détacher, comme face à une couleur qui lui parlerait trop.
- Oui, finit-elle par statuer sans même un tremblement dans la voix, comme enhardie par cette volonté de sortir victorieuse de ce défi qu’il ne cesse de lui rappeler dans chaque coupure que sa langue lui inflige.
Elle inspire, les yeux encore rivés sur la photographie, avant de la laisser retomber sur la surface plane du bureau et de retourner s’adosser d’un geste trop raide. Elle siffle :
- Mais ce que je pense n’a que bien peu de valeur, n’est-ce pas ? Après tout, je ne suis qu’un outil et les outils ne pensent pas. Ils exécutent.  
L’aigreur se faufile entre ses lèvres comme échappée d’un vase devenu trop plein. Il y a dans sa posture qui se contracte et ses bras croisés l’expression claire d’un orgueil qui s'insurge après avoir été trop maltraité. Les désirs se confondent avec ses réticences. Elle se noie dans ses envies qui se chamaillent, à vouloir l’apprivoiser et le fuir. Ses mâchoires se contractent alors qu’elle se maudit de ne pas savoir prendre une décision claire chaque fois qu’elle le concerne, lui. Tout n’est qu’idées embrouillées et espérances floues. Espérances folles. Une folie qui brille à la lumière noire.

© ACIDBRAIN
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 308
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
message posté Mar 7 Mar - 0:24 par James M. Wilde



Somewhere... Between desperate and divine
« Imagine I'd be your one and only
Instead I'm the lonely one
You, me, and a lie
Silence is closer
We're passing ships in the night
Into the light, left with nowhere to hide »

Moira
& James




Il se demande pourquoi elle s’est ouverte ainsi, la question le taraude et tourne, tourne encore, dans le vide de la pièce, dans l’insonorisation de son corps qui se répercute sur les murs. Il est venu jusqu’ici pour échapper au bruit, pour échapper à cette soirée qui devrait le happer pour éviter que ses pensées ne se distillent dans l’air et ne lui reviennent en pleine gueule pour l’abrutir. Mais les voir tous ensemble, souriant, riant à la dernière phrase d’Ellis, au bon mot de Greg, savourer la chaleur d’une soirée classique entre faux amis qui ne se connaissent guère et ne se connaitront pas plus après cela, si ce n’est dans la désincarnation de leur chair, c’était soudain au-dessus de ses forces. Il a distribué le sourire de trop il y a une heure, à blonde n°1, parce qu’elle faisait mine de s’intéresser à la musique et au dernier album. Ta musique est tellement plus subtile que celle que l’on entend ce soir, tellement plus… Elle avait levé son visage parfait vers le ciel déjà parsemé d’étoiles pour faire mine d’y puiser une inspiration étudiée, avant d’arrondir de ses lèvres de pute le mot : suave. Elle l’avait allumé en passant sa langue sur ses dents blanches, il avait souri, souri de cette façon pincée lorsqu’il s’y oblige, de ce sourire qui n’atteint jamais ses yeux, puis il s’était excusé. Il en avait profité pour pousser la sono à fond histoire de lui montrer à quel point sa remarque sur sa musique si subtile et si suave lui avait plu. Il avait abandonné le navire. Il adore le métal, il adore cette puissance et les mots qui y sont hurlés dans les détours de notes franches, et pourtant parfois effroyablement émouvantes. Elle s’est crue intelligente à venir l’encenser, mais elle ne comprend rien, il y a autant de rage dans ses propres compositions, et autant de délicatesse dans la chanson qui passait alors, tout cela n’a rien à voir, il n’y a pas de classement dans ses goûts ou ses inspirations, il suffit d’écouter. D’écouter et d’entendre, de s’ouvrir juste un peu pour le comprendre… Mais ce genre de nombriliste, californienne au bronzage impeccable, prétentieuse étudiante de UCLA qui croit avoir compris la quintessence de l’existence en ayant choisi l’option philo est bien incapable de l’entrevoir. C’est elle qu’il va choisir finalement, elle. Il va l’emmener tout à l’heure, l’emmener et lui faire ravaler son putain de rire et ses remarques à la con. Bordel… Il enrage, il enrage à cause de cette contrariété qui vient s’accumuler à toutes les autres, il enrage parce que Moira se confie à lui, comme s’il savait l’écouter, comme s’il lui fallait l’écouter à son tour, et parce que l’instant d’une seconde pleine de magnificence il s’est laissé aller à lui répondre, et à s’ouvrir aussi. Pourquoi… Pourquoi… Il souffre dans la stupeur du dévoilement, il souffre la faute et il la lui fait payer aussitôt, avec tous les intérêts, il n’est pas ladre dès lors qu’il s’agit de mordre et d’insinuer la cruauté. Car elle l’a vu ce soir, car elle a l’esprit pour le reconnaître, pour comprendre les mots et entendre la musique d’une âme qui se blesse sans cesse. Elle l’a vu et il ne le supporte pas. L’instant se meurt car il l’étouffe, l’instant fracasse toute la honte de s’être su, de s’être su à deux, une seule seconde. Sa gorge se serre sous l’étau de la colère, il y a tant à débattre encore, tant à calfeutrer, tant à lui dérober pour qu’elle ne s’approche jamais. L’échappée d’une soirée s’est transformée en l’évasion de sa nature de toute une vie. Une vie à maîtriser les masques, une vie à mettre en cage pour qu’on le laisse en paix, une vie à souffrir ce qui est et qui ne pourra jamais être changé. Une vie face à une seconde de trop. Une vie qui résonne parce qu’elle a rencontré la sienne. Une vie de plus à haïr donc… La souffrance rend son souffle prégnant, la douleur est plus aiguë encore qu’elle n’improvise rien pour lui répondre, elle démontre par son silence qu’elle l’a reçu avec toute la décence de ceux qui savent, toute l’indécence de ceux qui lisent les regards, les déchiffrent, les dessinent et les enserrent. Tout comme lui. C’est insupportable, si insupportable que la démesure de la réplique équivaut au poids de son trouble, il sait faire mal, il sait comment, il connaît les instants, c’est un art dont il a percé les secrets depuis bien longtemps. Depuis toujours prétend-t-il, à trop se déformer lorsqu’il se regarde et qu’il ne voit que le néant. Le fauteuil bouge encore, la proie n’est pas morte bien sûr, elle ne se laissera pas faire. Malheureusement pour lui. Le retour de la joute le fait frémir, il reconnaît sous la douceur du ton qui la caractérise presque toujours cette arrogance qui lui a donné envie de la détruire lors de la réunion. Il tranche aussitôt, d’un ton où filtre la cruauté de son caractère :
_ Si la fin se précipite, alors je gagne, c’est aussi simple que cela. Et si je perds, je vous assure que vous n’y gagnerez strictement rien et qu’au final votre frustration excitera mon incommensurable joie. Je gagne encore. Toujours.

Mais il se laisse entraîner plutôt que de rompre l’échange, et le voilà accroché au besoin de lui montrer ses torts, à la délectable déraison qui consiste à la contredire. L’envie racle sa colère et la précipite, c’est comme une autre douleur qui s’enchevêtre à la souffrance primale qu’il vient de dévoiler, sauf qu’elle pique son intérêt. Une douleur trop agréable pour qu’il la renie. Son doigt survole l’écran mais ne le touche guère, il cherche à menacer de la rupture mais ne menace que son propre enfermement. Il mord une fois encore, il cherche à la faire taire avant de mettre le point final à la conversation, afin d’en demeurer le maître et de masquer le fait qu’il a manqué de perdre la main. Cette main qui tremble. Et tremble toujours. Elle est trop fière, lui est trop fou, il faut qu’il étanche la rage pour la délivrer tout contre elle, c’est un lien supplémentaire sans qu’il ne puisse s’en apercevoir.  Elle le perce avec l’aisance de ceux qui continuent à écouter, elle délaisse les questions à ses pieds, les délivre dans le silence saccadé de sa respiration. Il manque de s’étouffer sur un rire plus cynique encore, et pour calmer les nerfs qui sont à vif, il tâtonne la poche arrière de son jean pour en sortir l’étui métallique gravé à ses initiales. Le cliquetis accompagne le rire, le rendant presque robotique, il s’approche du piano, ses pieds nus frôlant avec rapidité le sol, et s’arrête pour y déposer l’un de ses vices sur le vernis de sa surface. Il cale le téléphone entre son oreille et son épaule, et se concentre sur le sachet qu’il secoue doucement, près de son visage, comme s’il partageait ses mouvements avec elle, qu’il l’entrainait plus loin encore dans le trouble de ses silences. La vérité c’est qu’il a besoin de se ressaisir et se contrefout de ce qu’elle pourrait penser, ses doigts tremblent encore contre le plastique, il lui faut quelques secondes supplémentaires de mutisme pour déposer une dose suffisante sur le miroir de l’étui déployé. La lame de rasoir qu’il utilise patiemment pour tracer la ligne qui l’emmènera jusqu’au creux de la nuit est autant aiguisée qu’elle crisse sur la surface polie, alors que les mots évident son aigreur, des vérités pour la silencer enfin, pour la repousser dans la lumière tamisée de sa chambre d’hôtel, pour oublier la proximité qu’il a tendue :
_ Sommes-nous si proches que vous puissiez dire quelle saveur m’intéresse ou non ? Vous élevez vous donc si haut que vous imaginiez une seule seconde que votre intérêt m’est plus intense que l’autre gourdasse qui n’attend que ma présence pour jouir ? Peut-être… Peut-être pas, peut-être n’est-ce là que ma perversion qui me pousse à vous torturer la veille de notre confrontation, que je puisse montrer votre insuffisance en l’ayant créée. Je ne m’intéresse à rien, n’est-ce pas ce que l’on murmure ? À rien si ce n’est à la musique, à la scène et aux femmes. Mais la vérité, c’est que je collectionne les vices pour frôler la ligne, frôler la ligne, la briser, percer le voile et voir ce que l’on masque. Ce qui m’intéresse ce sont les ombres, ce que l’on enferme, ce que l’on cache, ce qu’on souhaite ne pas écouter pour le hurler, forcer les choses pour qu’on les subisse…
Sur ce mot sa langue caresse, il y a le soupçon du vice qui glisse sur ses lèvres, mais son verbiage se délivre rien qu’à l’idée de la remuer un peu, ou encore de déranger l’image qu’elle pourrait concevoir. À provocation, il répond, provocateur lui aussi, et l’air le rend presque exsangue, tout est lourd, dégoulinant des émotions qu’il dévoile, alors que les murmures filtrent à travers le téléphone, que ses yeux caressent une toute autre ligne. Son coeur s’accélère, à l’idée de l’impulsion de la cocaïne dans son sang, à l’idée du sang qui pulse aussi dans ses veines à elle. Le vide les étreint pour mieux délivrer la seule question qui le tue avec lenteur, et le oui qu’elle laisse tomber sans faillir secoue son épine dorsale et lèche ses sens, le calme revient, extérieurement toutefois, mais dans sa tête s’entrechoquent d’autres avidités, celles de la voir, de regarder la fille qui pourrait être celle qu’il recherche. Il inspire cette envie avec fébrilité mais elle balaye le sursaut de son contentement par une remarque acerbe, le renvoie une fois encore dans les cordes, sans qu’il ne renâcle d’ailleurs. Un sourire s’étend sur ses lèvres, il aime tant l’avoir froissée et son orgueil s’élève jusque dans sa voix grave, qui gronde avec colère, une colère contenue, avec une peine intense :
_ Vous n’êtes pas que cela, et c’est un putain de problème…

Les aveux s’égrainent, trop nombreux et il veut la fuir, il veut la fuir à présent pour qu’elle ne puisse rien dire d’autre. Il se penche sur l’étui et inspire l’ensemble de la ligne, une seule inspiration sauvage  et le vice s’incruste sous sa peau, palpite jusqu’à ses prunelles dilatées. Il se fiche de son orgueil froissé, de sa confusion ou encore de ses attentes, il la nie à présent que la cocaïne réveille ses appétits, le projette dans les lueurs électriques de ses esprits tout à coup donnés à toutes les routes qui s’ouvrent et se dégagent. L’accablement le quitte peu à peu et son état dépressif se navre sous l’assaut de la drogue conjugué à la nouvelle de cette fille dénichée par celle qu’il ne peut considérer totalement comme une alliée. Il observe alentour et le rai de lumière l’attire, tel un papillon vers la flamme il fait le chemin à rebours, coupe court à la phrase énigmatique qu’il a presque oubliée au profit de son rail, et précipite les syllabes pour l’abandonner :
_ D’ailleurs, c’est pas que je m’ennuie hein, mais je dois aller imposer ma savoureuse compagnie à… Melany ou Naomi ou Cindy, quel que soit son prénom. À demain Moira.
Son prénom glisse entre ses lèvres avec la même caresse et il raccroche en abandonnant son téléphone dans la retraite de la salle. Le bruit retourne jusqu’à lui, tente de le ployer mais il tient bon, marche sur le parquet, se déplace le dos droit et la mine enfiévrée, et ses iris assombries tombent aussitôt sur cette prétentieuse et factice ingénue, il tend la main et elle le rejoint avec un automatisme confondant, ayant su lire autant l’aube de ses pulsions que l’exigence impérieuse de son geste. Greg se retourne, l’inquiétude passe sur son visage mais James ne peut la lire, il le regarde à peine :
_ Tu étais où ?
Le sourire de James est étrange, mystérieux :
_ Au téléphone. Je voulais juste parler…
Il prend la main menue qu’il ne broie pas, pas encore. Et il l’entraine au travers de l’appartement, décide de choisir la sortie pour aller la baiser un étage plus bas, chez Wells pour être plus tranquille. Et Ellis met une main sur l’épaule du blondinet, l’air de dire « bah qu’est-ce que tu veux, on a l’habitude non ? ». Qu’il s’évade, qu’il disparaisse, qu’il ait l’air absent, qu’il culbute des filles à tous les étages, comme s’ils vivaient encore dans une immense colloc de la taille d’un immeuble… Peut-être. Ou peut-être pas.

***

Every step we take that's synchronized
Every broken bone
Reminds me of the second time
That I followed you home
You shower me with lullabies
As you're walking away
Reminds me that it's killing time
On this fateful day
See you at the bitter end

Il se réveille avec les espérances qu’elle murmura. Il se réveille à côté d’un corps pâle qu’il ne reconnaît pas. Il s’extirpe des draps et cherche son paquet de clopes pour en griller une mais comprend que la chambre n’est pas la sienne et que ses cigarettes ne s’entassent pas sur la table de chevet. Il délaisse le corps, il ne cherche pas à la réveiller et remonte avec lenteur, drapé dans une serviette éponge qui tranche sur sa peau blême. Rouge sur blanc. Presque éblouissant. Les cheveux en vrac, la mine aussi, il passe la tête par la porte de son appartement en poussant précautionneusement le battant. Tout a été rangé, nettoyé, sur le parquet il n’y a plus rien de ses excès, et une odeur de café fraichement moulu et passé traîne jusqu’à lui, alors qu’il suit le sillage des fragrances, arrivant dans la cuisine où derrière le bar américain Greg est en train de terminer de ranger la vaisselle. Il sourit légèrement, James lève la main pour le saluer encore dans le brouillard de sa nuit d’excès. Il doit être 9h, sans parler il se sert une tasse de café avec la minutie de ceux qui ont encore les pensées ensommeillées. Le sourire de Greg s’accentue mais il ne se permet aucun commentaire, il a dormi dans le lit de James avec Mandy, sus-nommée Blonde n°4, et ils viennent de terminer le petit-déjeuner. Elle est partie sur un chantant « salut », personne n’abandonne le batteur sans avoir un sentiment radieux lové au creux du ventre, qui fait rosir les joues et ourle la bouche de quelques secrets que l’on meurt de distiller dans l’oreille de sa meilleure amie. Rien à voir avec les yeux brillants et le teint cendreux que l’on hérite à trop fréquenter James, à subir l’assiduité des nuits et l’acidité des jours. Ils ne se disent rien, hormis lorsque Greg lève son regard gris jusqu’à la pendule :
_ On part dans une demie-heure, va prendre une douche.
Sans grogner, Wilde s’exécute, il y a dans leur duo une sorte d’organisation héritée des années d’horreur qu’ils taisent soigneusement. Le ton est léger, il n’y a rien d’inhabituel dans l’inflexion de sa voix, mais Wells craint ce rendez-vous comme la peste.

Trois quart d’heures plus tard, ils sont sur la route, les cheveux humides de James achèvent de sécher dans les embruns et la douceur de l’air, et ils retrouvent le parking qu’ils semblent avoir tout juste quitté hier. Ils ne sont pas les premiers arrivés, mais James tient à retrouver Gladys dans la petite cuisine de la production, alors que Greg va jusqu’au Studio n°2 qu’il sait occupé par leurs nombreux convives. Gladys sourit, radieuse dans une robe orange vif, qu’elle porte avec une manucure rose fushia. C’est un soleil à elle toute seule et le rockeur s’en voit presque aveuglé. Il referme la porte derrière lui, croise les bras, montrant par là qu’il ne veut guère d’accolade maternelle aujourd’hui. Il y a dans son visage blême les traces de ses excès, dans ses prunelles encore légèrement dérangeantes la marque de ses égarements. Elle l’observe, bataillant toujours avec un plateau immense qu’elle charge de la fameuse limonade et de nombreux verres, tous de collection, tous dépareillés. Elle l’observe avec cet oeil de mère qui sait sans avoir besoin de s’appesantir. Elle glisse, l’air de rien :
_ Il va falloir lever le pied Jim, sinon tu ne vaudras plus rien, sur une scène ou ailleurs. Je sais ce que c’est, la vibration qui cravache les nerfs, mais moi le doc m’a dit un jour que j’avais plus le droit qu’aux mentholées si je voulais pas clamser, alors ça me ferait mal que tu t’écroules avant, parce que j’imagine que les menthol et toi, c’est pas le grand amour hein ?
Il secoue la tête, roule des yeux, grommelle dans son coin comme un mauvais garnement, quelque chose qui ressemble à « ouais c’est ça, c’est ça. » Elle est la seule à pouvoir l’appeler Jim. Pour bien préciser, elle est la seule à pouvoir l’appeler Jim ou encore Jimmy sans manquer s’en prendre une. Elle ne le fait que lorsqu’ils sont seuls, comme cette fois là, au tout début, où elle a su le faire parler de l’Angleterre. Ils étaient ici, elle avait fait une sorte de ragoût et c’était dégueulasse. Mais ça faisait un bail qu’on avait rien cuisiné pour lui, et il s’était senti chez lui. Il marche et vient l’embrasser sur la joue, la seule concession avant de grogner :
_ Je me magne, sinon la coinçouille en chemisier va encore faire des histoires.
C’est purement gratuit, Gladys lui balance un torchon qu’il évite d’un mouvement de tête et il file sans demander son reste. Les mains dans les poches de son jean, son t-shirt blanc tout simple par dessus, il s’amène jusqu’au studio qui lui semble surchargé de monde. Il embrasse les visages du regard, Greg papote gentiment avec Moira, après lui avoir dit bonjour, en lui demandant si ça n’a pas été trop dur d’organiser tout cela en si peu de temps. Il est assez détendu, le cheveux propret et le visage ouvert, il la remercie même, d’un sourire très professionnel. James ne connaît pas la femme très élégante aux cheveux noirs, ni le débonnaire vieillissant qui lui tient une conversation assez enjouée. Il ne dit pas vraiment bonjour, il ne se fend que d’un signe de tête et rejoint Moira, son attention focalisée sur elle pour éviter à tout prix de regarder dans le fond de la pièce, derrière la vitre qui les sépare de la rangée de filles venues se montrer pour décrocher la place. Ils sont encore du côté de la régie, et le silence s’installe sans qu’il ne s’en dérange d’aucune façon, il y façonne son arrogance qui affermit sa démarche, et qui aiguise son regard toujours fixé à la productrice dont il cherche à navrer le sourire. Il se porte à sa hauteur et Greg s’écarte pour lui laisser la place, avec l’harmonie terrible de ceux qui ont appris à se connaître par coeur. La démarche se fait presque féline, sa tête se penche doucement sur le côté, il ne garde pas la distance telle que le voudrait l’usage, il est trop proche sans doute, dans une familiarité qui n’est que feinte. Mais ses iris sont froides et son sourire absent. La voix est la même que la veille, mordante, filtre cette provocation qu’il n’a pas su perdre entre les cuisses de celle qu’il a déjà totalement oubliée. Et il expose ce qui aurait pu demeurer au secret, ce qui aurait dû sans doute, comme pour le désacraliser :
_ Comme convenu dans la nuit, me voilà. On commence ?
Greg se tend légèrement, dérangé par les indices d’une conversation dont il a été complètement isolé. Il ne sait pas pourquoi ce détail le dérange mais il n’aime pas l’idée qu’ils se soient parlé, certainement pas en dehors de tout horaire classique. Avec James, ça ne devrait pas le surprendre mais il y a le trouble d’une fixation qu’il prophétise sans pouvoir réellement la prouver. Le principal intéressé ne regarde personne si ce n’est elle. À la périphérie de ses yeux, il y a les robes blanches et l’anonymat de celle qui pourrait être, mais il se retient encore. Il se retient oui, parce qu’il veut la saveur de la découverte, il veut la frustration de l’attente à présent qu’elle peut être brisée.
Revenir en haut Aller en bas
Somewhere between desperate and divine _ Moira&James
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

London Calling. :: Moving along :: Présents alternatifs
Page 2 sur 2
Aller à la page : Précédent  1, 2
» Kurai Hoshi, La lame divine / Kurama, le roi rouge
» Effondrement de l'école ''Grace Divine''Canapé Vert
» Quelle desperate Housewife, etes-vous ?
» Desperate Housewives [Dramédie, Soap]
» Academy-divine

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-