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Parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies (kenzola)

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# Parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies (kenzola)
message posté Lun 29 Mai - 0:23 par Kenzo A. Armanskij
Parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies
Zola & Kenzo

Hammersmith, Mai 2017 ✻✻✻ Je pris une dernière bouffée. Une dernière bouffée d'air dans cette chambre où j'en avais tant de fois manqué, d'air. Dans cette chambre où j'avais tant pensé à ce que j'avais perdu, à ce que j'avais laissé derrière moi. Cette chambre pleine de regrets, cette chambre où je n'avais jamais été heureuse. Elle était vide désormais. Vide de meuble, vide de sens, vide de vie. Je n'avais plus aucune raison de rester, et pourtant, je ne voulais plus partir. J'y avais mes souvenirs dans cet appartement d'Hammersmith. Je m'y étais échouée. Et quelqu'un avait tenté de m'y reconstruire. Ce quelqu'un dont l'absence se ressentait lourdement depuis quelques mois. Surtout aujourd'hui. Je regardais les murs vierges et attrapais le dernier carton, les larmes aux yeux.. Je fermais la porte derrière moi. Mes yeux se dirigèrent vers la porte de la salle de bain. Cette salle de bain. Celle où j'avais tenté de mettre fin à mes jours. Celle où elle m'avait sauvé. Où elle était parvenue, par son amour, par son amitié à redonner sens à ma vie. Elle avait su faire le choix pour moi, elle avait su me retenir de mourir parce qu'elle savait que c'en était pas terminé avec moi. Elle l'avait senti, quand bien même, je ne ressentais plus rien. Qu'un trou béant. Qu'une douleur sans limites. Elle était parvenue à me sortir d'abysses dans lesquels je m'étais plongée. Elle m'avait sauvé la vie, et désormais, elle était partie. Moi, je n'avais su la sauver. Je l'avais laissé couler. J'avais feint de ne rien voir, de ne rien entendre, de ne rien comprendre. Parce que je ne voulais pas vivre sans elle. Mais désormais, dans cet appartement vide, c'était comme si elle n'avait jamais existé.Alexandra. Mes yeux restaient figés sur la baignoire, autrefois couleur rouge sang. Je serrais la mâchoire. Une larme roula sur ma joue et brusquement je laissais tomber le carton et donnais un coup de pied dans la porte en hurlant. D'un geste brusque, je claquais la porte. Cette partie là, je voulais l'oublier. Ma plus grosse erreur, mon seul véritable instant de faiblesse. Je restai là essouflée, passant les mains dans mes cheveux en tentant de reprendre mes esprits. Je ne voulais plus partir. Je ne voulais plus laisser cet appartement dans lequel elle semblait vivre encore à moitié. Symboliquement. Il avait été à son nom. Sur la boîte aux lettres, on pouvait encore lire Alexandra Wood-Bower. Elle avait fini par rajouter mon nom, pour être sûre que je ne l'abandonnerai plus jamais. Mais elle avait fini par m'abandonner. Lentement, et sans ramasser le carton, je marchais jusqu'à sa chambre, dont la porte était restée entre-ouverte. Je n'étais toujours pas parvenue à vider la pièce. A enlever l'armoire dans laquelle elle avait rangé ses vêtements. J'y sentais encore son odeur. Je ne voulais pas ôter le miroir devant lequel elle s'était tant regardé. Enlever tout ce qui avait fait son quotidien, tout ce qui lui avait appartenu et qu'elle avait laissé derrière elle. Comme moi. Je sursautais. La porte claqua et je séchais mes larmes d'un geste brusque. J'affichais mon éternel sourire au coin. Pourtant c'était lui, c'était Zola. Mais ces derniers temps, je n'étais plus sûre de rien. J'avais cru être en sécurité, être enfin sûre que tout rentrerait dans l'ordre. Mais le départ de Lexie avait tout chamboulé. Mes sentiments, mes désirs, mes peurs. Elle m'avait forcé à vivre avec son absence, elle m'avait confronté à ma plus grande peur. De quoi devais-je avoir peur désormais. Je revins dans le salon et Zola fronça les sourcils en apercevant le carton renversé sur le sol. Je haussais les épaules et fis la moue. « Tu sais bien... Je suis pas très douée. » Je poussais un long soupir et laissais mes cheveux retomber sur mon visage, pour qu'il ne remarque pas mes yeux mouillés. Mais c'était Zola, il allait forcément le remarquer. Je voulais juste croire un instant qu'il pouvait me laisser triste, pour une fois, sans me laisser m'expliquer. Laisse-moi, avec mes démons. En tremblant, je ramassais les vinyles renversés. Bientôt il vint m'aider, mais je le vis se figer devant la porte entre ouverte de la chambre maudite. Il ne dit rien, mais je n'avais pas besoin qu'il parle pour comprendre. J'étais faible. Faible et hantée par un fantôme. Je restai silencieuse, et serrais un peu plus la mâchoire. Je ne voulais pas pleurer, et pourtant je finis par me laisser tomber sur les fesses, et laissais ma tête tomber entre mes genoux. Un bel avenir s'offrait à nous, à la famille dont nous avions toujours rêvé. Ensembles. Lui, moi et Louis. Pourtant, partir, c'était accepter qu'elle ne reviendrait pas. C'était l'abandonner, véritablement. Je ne pouvais abandonner ma meilleure amie. J'avais besoin d'aide. Je relevais les yeux vers Zola, vers celui que j'avais toujours pensé être l'homme de ma vie. Même si tu ne m'aimes plus, aides-moi à surmonter ça. Aide-moi à accepter qu'elle m'a abandonné. Pour toujours.
✻✻✻
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# Re: Parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies (kenzola)
message posté Lun 5 Juin - 0:36 par Zola Monroe

parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies
kenzo armanskij & zola monroe
Je pris un temps fou à me décider. Planté devant cette maudite porte. C’était peut-être l’une des dernières fois que je la verrais, d’ailleurs. Je me revoyais encore, il y a quelques années, complètement pété, m’arrachant les phalanges à force de cogner contre cette porte, gueulant comme un perdu le prénom de Kenzo. Je revois aussi Alexandra me dire de foutre le camp et de dégager avant qu’elle ne prévienne les flics. Je revoyais aussi tous ces instants précieux, ces fleurs parmi les pierres, ces moments de grâce que Kenzo et moi avions pu partager dans cet appartement. Ça n’était pas le mien, et pourtant j’y avais des souvenirs, douloureux et magnifiques. Malgré tout, je me sentais presque incapable d’y entrer pour une dernière fois. Une page qui se tournait, probablement. Cela faisait toujours cette sensation, ce pincement au coeur, de laisser derrière soi tout un pan de notre existence. Ça n’était pas que le départ précipité et brutal d’Alexandra m’attriste particulièrement, non. Mais il attristait Kenzo, oui. Alexandra avait eu le mérite d’être là pour elle quand je ne l’étais pas, elle avait pris soin de Kenzo quand j’étais occupé à nous détruire, moi et notre couple. Je n’osais imaginer l’état d’esprit de Kenzo, à l’intérieur. La page devait être encore plus difficile à tourner pour elle. Elle était sensible, au fond, surtout quand il s’agissait de personnes qu’elle appréciait. Kenzo ne le disait pas. Elle ne disait jamais. Et pourtant, je n’avais pas besoin de mots pour décrypter ce qu’elle pensait, ce qui lui brisait le coeur et ce qui lui retournait les tripes. Je n’avais pas besoin de l’avoir en face de moi pour savoir qu’elle était déchirée, déchirée par le manque et par l’incompréhension. Je prenais une grande bouffée d’oxygène, un peu nerveux à l’idée de devoir faire face à tous les souvenirs qui se cachaient, comme embusqués, dans l’appartement d’Alexandra. Je devais rentrer, et ne pas fuir. Même si fuir mes problèmes pour éviter de faire face à mes responsabilités était l’une de mes spécialités.

J’entrais. Kenzo était dans la salon, terriblement vide, des yeux rougis qu’elle avait tenté de cacher, mais qui ne trompait personne. Des cartons à ses pieds, renversés. Quelque chose de terrible se dégageait de la pièce. Là était la fin, la fin d’Alexandra, de son amitié avec Kenzo. C’était terrible, je n’avais aucune difficulté à l’imaginer. Kenzo était dépitée, comme hagarde, toujours aussi faible face à l’abandon de sa meilleure amie. Elle essayait de ne rien laisser paraître, c’était dans sa nature. Se protéger, toujours être forte, ou du moins sembler l’être. Toujours tenter de sauver les apparences. « Tu sais bien... Je suis pas très douée. » expliqua-t-elle brièvement. Un petit sourire se dessina sur mon visage. C’était un sourire entendu, un sourire sans grande signification. Il n’y avait rien à dire, aucune signification à donner. Kenzo n’y arrivait tout simplement pas. Elle se mit frénétiquement à ranger quelques vinyles, comme une machine. Ses mains tremblaient et elle respirait bruyamment. Je la regardais faire, et l’aidais, sans jamais la lâcher du regard. Finalement, au bout de quelques instants, ce qui devait arriver arriva. Elle s’effondra sur le sol et se replia sur elle-même ; elle rentra sa tête entre ses genoux, sa façon à elle de se protéger, de mieux rentrer dans sa carapace. C’était à moi d’intervenir. Si Alexandra avait pu être son soutien quand rien n’allait dans notre couple, alors j’allais être son pilier aujourd’hui face à l’absence d’Alexandra. Je m’accroupis à ses côtés et passa mon bras autour de ses épaules. Kenzo releva la tête, et ce que je pus lire dans son regard océan me déchira. Elle était perdue, je le sentais. Une page se tournait, définitivement, le début d’une nouvelle vie à mes côtés, et avec Louis. Mais cela l’effrayait. Cela l’effrayait de devoir mener une vie sans son amie de toujours. Cela l’effrayait de devoir se montrer forte sans son pilier sur lequel se reposait, cela l’effrayait de devoir faire face à son rôle de mère et à moi sans Alexandra. Sans attendre qu’elle fonde en pleurs, j’attirai celle qui était pour moi la femme de ma vie contre moi. La sentir près de moi suffisait à me réconfortait un peu, à écarter ce mal-être que j’avais senti dans ses yeux et à faire déguerpir ce frisson qui me tordait l’échine. « Ça va aller » murmurai-je, « ça va toujours, au bout du compte ». C’était une phrase bateau. Oui. Mais elle était terriblement vrai. Nous surmontions les épreuves que la vie pouvait nous balancer, toutes. Le départ d’Alexandra n’en n’était qu’une parmi tant d’autres. « Elle serait fière de toi, tellement fière de toi, tu sais » continuai-je. Elle l’avait toujours été, pensai-je intérieurement. « Moi je le suis, en tout cas. Ça va être difficile, mais tu verras, tout ira bien. Oui. Tout ira bien ». Mon optimisme puant, mielleux. Toujours. Le pire, c’est qu’au fond j’y croyais. J’étais persuadé que l’avenir nous offrirait des jours meilleurs, que nous allions enfin devenir des parents, que Louis nous reviendrait, que notre couple n’en serait que plus fort. J’y croyais comme un imbécile, mais si une partie de moi savait que rien ne serait facile. Rien. Mais Kenzo avait besoin de ces mots, elle avait besoin de réconfort, besoin de croire encore - tout comme moi..
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# Re: Parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies (kenzola)
message posté Lun 5 Juin - 23:11 par Kenzo A. Armanskij
Parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies
Zola & Kenzo

Hammersmith, Mai 2017 ✻✻✻  Un mois. Ca sembait si proche, et à la fois si loin. Un tout petit mois, ce n'était rien comparé aux années qui s'étaient écoulées. Mon bébé m'avait été arraché. Je ne l'avais pas entendu pousser ses premiers cris. Je ne l'avais pas tenu au creux de mes bras. Je ne l'avais pas mit au monde, on me l'avait arraché. Arraché. Tout comme mon coeur. Je me revoyais encore, à vomir mes tripes et à espérer y laisser le foetus. Je me voyais encore pleurer dans les bras d'Alexandra et lui dire que ma vie était foutue. Que j'allais être comme Elise, ma génitrice. Toujours absente, toujours maladroite et détestable. La peur m'avait laissé croire que je n'étais pas destinée à être mère. Mais elle s'était transformée lorsque j'avais senti mon ventre plat. Vide. Comme je l'avais été, ces six années. Incapable de parler, tétanisée. Détruite. D'avoir compris trop tard, d'avoir tant hait. Un si petit être, si fragile. Et merveilleux. Louis avait grandit à l'intérieur de mes entrailles, et il était parvenu à la perfection parmi tant d'horreur. Je n'étais pas à la hauteur. Je n'étais pas à sa hauteur. Louis était un enfant doux, intelligent et curieux. Il donnait le sourire aux gens et ne perdait que très rarement le sien. Mon enfant était un ange triste, toujours protecteur, mais à jamais seul. Aucun autre enfant n'avait vécu ce qu'il avait vécu. Il changeait de famille, il changeait d'identité, il changeait de vie. Le cauchemar se transformait en rêve, mais à quel prix? Il grandissait, d'un coup. Il perdait son innocence en entrant dans le monde des grands, ce monde fait de vices et de mensonges. D'échecs et de renaissances. Mais il s'adaptait, brillamment. C'était toujours merveilleux de l'entendre m'appeler maman. De le serrer dans mes bras, de l'écouter me raconter ses histoires. De l'entendre me dire que je lui avais manqué. Mais j'avais peur qu'il ne m'aime jamais vraiment. Qu'il s'attache à une image, à l'idée de la mère parfaite, et que je ne sois pas cette mère parfaite. Cette princesse des contes de fées, la maman disparue de cendrillon. Louis rêvait d'un conte de fées, faits de jeux et de triceraptops géants. Mais la vie était cruelle. Elle m'avait arraché à mon bébé, et désormais, elle me donnait une seconde chance. Mais pour combien de temps? Les rêves étaient-ils éternels? Etait-il possible que jamais rien ne nous fasse baculer dans le cauchemar? J'avais peur. Terriblement peur. Je craignais que mon enfant ne s'en sorte pas, qu'il n'accepte pas la réalité, et que les traumatismes le submerge. J'étais trop jeune. Mais j'en avais envie, et je me sentais prête à donner corps et âme jusqu'à mon dernier souffle pour cet enfant. Notre enfant. Je relevais les yeux vers Zola. Cette seule personne qui ne m'avait jamais quitté, qu'importe les circonstances. Il n'avait jamais cessé de m'aimer. Alors pourquoi tu ne me regardes pus comme avant? Je battais des cils et reniflais. Je n'avais jamais envisagé qu'Alexandra puisse m'abandonner, et désormais, toutes mes croyances s'en étaient allées. Retournées. Balayées. Par le vent glacial qu'elle avait provoqué dans ma chute. Ce jour là, en rentrant du travail. Un vendredi soir. Notre soir. Ce soir là, j'avais mangé une pizza seule. Entièrement. Puis une seconde. Celle d'Alexandra. Parce que le livreur, connaissant nos habitudes, s'était pointé à vingt-et-une heures pour retourner le couteau dans la plaie. Seule, j'avais regardé des émissions de la téléréalité, dans l'espoir que ça la fasse revenir que je tombe aussi bas. Elle n'était pas revenue. Ca faisait six mois. Sans nouvelles, sans un mots. Comme si elle était morte. Et partir d'ici, c'était l'enterrer. Enterrer ces années d'amitié, enterrer celle qui m'avait sauvé la vie. Qui m'avait permis de rencontrer mon fils. Je me blottis dans les bras de Zola et pleurais doucement. Mon coeur battait toujours un peu plus fort près de lui. Je plongeais mon visage dans le creux de son cou et respirais doucement. Je l'écoutais me réconforter, et hochais doucement la tête. Il avait raison, j'avais les épaules pour surmonter cette épreuve. Mais je ne le voulais pas. Pas sans elle. Je n'avais pas encore fait mon deuil. J'avais encore quelque chose à lui dire, des au revoirs. Des adieux. A jamais. Je levais la tête vers Zola et lui montrais mon poignet. Du cellophane entourait ma peau, sur laquelle était gravé à l'encre noir toujours en arménien. Je reniflais, et passais doucement la main sur mon visage en haussant les épaules.  « Je voulais qu'elle reste quelque part... » Peut-être qu'elle était fière, en effet. Mais elle n'était pas là pour me le dire. Elle m'avait abandonné. Et elle 'm'avait emporté, avec elle.
✻✻✻
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# Re: Parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies (kenzola)
message posté Ven 9 Juin - 12:50 par Zola Monroe

parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies
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Je détestais la voir comme ça. Je détestais voir Kenzo malheureuse. Au fond, quand elle souffrait, je souffrais aussi. Ses larmes étaient les miennes. Alors, oui, c’était une vision des choses un peu pompeuse et qu’on croirait directement sorti de je ne sais quelle comédie romantique. Moi-même, j’avais du mal à croire à toutes ces balivernes que l’on dit et redit sur l’amour. Et pourtant, quand je voyais Kenzo, ces expressions toutes faites prenaient forme, prenaient vie dans la sienne. C’était comme si je n’étais pas complet sans elle ; surtout, je n’étais que l’ombre de moi-même quand elle n’était pas là pour me pousser, pour me motiver, pour que je continue à me battre. Sans elle, je serais sans doute mort à l’heure actuelle, drogué à mort dans une ruelle sombre, au fond d’un caniveau. Je lui devais tout. Je lui devais de ne pas être un déchet complet ; c’était bien grâce à elle et pour elle que je m’étais toujours battu contre ces vieux démons. Tout cela occultait presque le fait qu’elle, et plus précisément notre relation, était ce pourquoi j’avais sombré en premier lieu. Mais cela n’était qu’un détail, comparé à tout ce que la jeune femme avait pu apporter de bien dans ma vie. Elle m’avait donné un fils, n’était-ce pas là le plus important ? On pense souvent aimer quelqu’un, et puis la femme que vous aimez vous donne un enfant, et vous découvrez alors une toute autre forme d’amour. Une toute autre façon d’apprécier quelqu’un. Le mariage n’était qu’un lien insignifiant et superficiel à cause de ce que pouvait représenter la naissance d’un enfant. J’aimais Kenzo, et je n’avais pas honte de le dire ou de le prouver. Toutefois, l’idée que notre amour était devenu une habitude me repoussait. Je refusais de le croire, je le refusais en bloc, peut-être parce qu’au fond je savais qu’il y avait une part de vérité dans ce constat. Même si je me refusais souvent à l’avouer, notre relation était au point mort, ces temps-ci. Je l’aimais toujours, c’était indéniable, mais peut-être que… qu’une sorte d’étincelle s’était éteinte. Mais je refusais en tout point d’admettre que notre amour était une habitude. Qu’au fond, je n’avais toujours connu qu’elle. Oh, il y avait eu d’autres femmes, évidemment, mais aucune d’entre elle n’avait été Kenzo. Aucune d’entre elles ne m’avait apporté ce que Kenzo m’avait apporté. Elles ne m’avaient pas donné le plus magnifique des garçons, elles ne m’avaient pas donné Louis. Louis qui, bientôt, arriverait dans notre foyer. Je n’avais jamais perdu espoir, depuis que j’avais appris son existence. Ce bonheur, le plus pur de tous, nous avait été arraché à sa naissance ; on nous avait privé de notre enfant et notre amour en avait pris un sérieux coup. Mais aujourd’hui, Louis balayait tous mes doutes. Enfin, nous allions être des parents, et j’étais persuadé que tout irait pour le mieux après. Louis allait être notre bénédiction, je le croyais.

L’image de Kenzo pleurant au milieu de ce salon vide balayait d’un revers tous mes doutes, toutes mes idées niaiseuses et mes inquiétudes à propos de notre relation. Là, alors que la jeune femme sanglotait doucement dans mes bras et que je tentais de la réconforter face à départ d’Alexandra, là, tout prenait son sens. Il n’y avait plus qu’elle et moi dans ce bas monde. Est-ce que ça n’avait pas toujours été le cas, au fond…? Tous mes doutes et toutes mes inquiétudes s’envolaient face aux larmes de celle que j’aimais. Je n’avais toujours voulu que son bonheur, et même si je ne pouvais rien faire quant à départ d’Alexandra, j’espérais au moins parvenir à sécher ses larmes. Je voulais être là pour elle, qu’elle sente qu’elle pouvait s’appuyer sur moi quand les choses n’allaient pas - je savais bien que Kenzo, même envers moi, demeurait quelqu’un de secret. Elle n’était normalement pas du genre à s’épandre en pleurs et en sentiments. Preuve en était qu’elle ne m’avait probablement jamais dit qu’elle m’aimait ; et même si je n’en n’avais pas besoin, j’espérais qu’un jour, Kenzo ait assez confiance en moi pour s’abandonner complètement, s’abandonner comme moi j’avais pu le faire. Kenzo renifla, et, doucement, se redressa. Elle me tendit son poignet qui, entouré de cellophane, portait une inscription. Quelque chose en arménien, et même si je n’en comprenais ni l’alphabet, ni le sens, je me doutais qu’il s’agissait d’un tatouage important, avec une signification très personnelle. Même si j’étais triste pour elle, j’étais aussi touché de sa réaction. Alexandra aurait probablement apprécié. « Je voulais qu'elle reste quelque part... » Je lui souris doucement. J’avais toujours trouvé leur amitié merveilleuse, et j’aurais aimé avoir pu connaître quelque chose de similaire - j’étais certes proche de Tancredi, mais je savais aussi que notre amitié ne ressemblait en rien à celle de Kenzo et d’Alexandra. « Tu sais, on dit qu’il y a trois degrés dans la disparition » soufflai-je. « Le premier, c’est quand la personne disparaît physiquement. Le deuxième, c’est quand tout ce qu’elle a crée de tangible est détruit » Je marquai un temps d’arrêt. « Le troisième, c’est quand il n’y a plus personne pour se souvenir d’elle ». Peut-être que Kenzo allait me rétorquer que ce n’était qu’un tissu de connerie, et surtout que ça ne lui ramènerait pas Alexandra, mais je trouvais cette idée réconfortante, se dire que personne n’avait jamais disparu tant qu’on s’en souvenait encore. Je m’étais désespérément raccroché à cette idée, après le décès de ma mère, et ça m’avait aidé à faire mon deuil. « On ne peut rien changer pour Alexandra. Mais tu as encore le pouvoir de la faire vivre, encore un peu ».
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# Re: Parfois mon sang ne fait qu'un tour parce que j'ai peur que tu m'oublies (kenzola)
message posté Dim 18 Juin - 23:11 par Kenzo A. Armanskij
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Hammersmith, Mai 2017 ✻✻✻  J'étais passée à l'acte. Parce que je demeurais déjà en enfer, et que je ne pouvais m'attendre à pire. Je n'avais pas supporté de repousser Zola une fois de plus. Alors je m'étais taillée les veines et j'avais regardé l'eau se colorer doucement. J'avais fermé les yeux, apaisée. Et puis à mon réveil, elle pleurait et me suppliait de rester avec elle. Je n'avais su lui demander l'aide dont je nécessitais. Je m'étais sentie pesante, encombrante. J'avais voulu disparaître et alléger son coeur. Mais en la voyant ainsi paniquée à l'idée que je meurs, j'avais compris qu'elle aussi avait besoin de moi. Elle m'avait montré que je servais à quelque chose, que mon but avait une existence. Aujourd'hui, elle n'avait plus besoin de moi, mais Louis avait besoin de moi. Et Zola. Du moins, j'en avais été convaincue, jusqu'à il y a quelques temps. Jusqu'à ce qu'Alexandra parte. Je n'avais plus de certitudes sauf celle d'être mère, et d'avoir un rôle à tenir. Je ne voyais que ce qui s'imposait à moi, mais le monde et les gens étaient devenus un mystère. Je n'étais plus réellement là. J'agissais mécaniquement parce que j'y étais habituée, mais mon esprit navigait sans cesse entre passé et futur. Entre ce que je ne retrouverais jamais et entre ce que j'allais vivre avec mon fils. Sans elle. Je relevais les yeux vers Zola. J'avais voulu mourir, parce que la réalité, je ne la supportais plus. Il avait failli mourir pour les mêmes raisons. Nous étions des survivants. Nous avions survécu à la perte d'un enfant et nous en avions été récompensé. Quelle était la récompense pour la perte d'une meilleure amie? Le bon d'achat pour une nouvelle copine? Je ne voulais pas quelqu'un d'autre, j'avais besoin de ma meilleure amie. Il fallait croire que j'étais condamnée au deuil, perpétuel. La vie était trop courte, les relations encore plus. Nous sommes des êtres fragiles, instables, cruels. Mais nos liens se doivent de survivre à tout. Même à l'abandon. Je regardais mon poignet et j'eus un sourire aux mots de Zola. Il avait raison. Je n'oublierai jamais Alexandra, et elle resterait à toujours en moi. Je ne parviendrai jamais à penser à elle. Je passais les mains dans mes cheveux, pour me reprendre et pris une longue respiration : « C'est vrai, mais... » Je pris le temps de respirer, le regard dans le vide, puis je fronçais les sourcils en secouant la tête : « Je n'ai jamais perdu de proche... Louis c'était différent, je n'étais pas habituée à sa présence comme je l'étais à celle d'Alexandra. J'ai la sensation que tout cela n'a jamais existé, ou que quelque chose a changé. Que je vais changer, parce que je me suis construite à ses côtés... » Je reniflais doucement et levais les yeux vers celui que j'aimais depuis toujours. Tout est si différent désormais. J'attrapais ses doigts et les serrais entre les miens. Je vins à nouveau me blottir contre lui et je soufflais : « Il ne me reste que nous, Zola... Si tu me quittes... » Je laissais ma phrase en suspend. Si tu me quittes, je n'aurai plus rien. Je voulais que tout se passe pour le mieux, mais les choses semblaient décidées à foirer. Et je ne voulais pas décevoir la seule personne que je n'avais pas encore déçue : mon enfant.
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