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Undisclosed desires _ James & Moira

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MEMBRE

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# Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Jeu 8 Juin - 16:51 par Moira A. Oaks





Elle s’est surprise à le chercher à son réveil, lorsque son dos a rencontré la fraîcheur du tissu du canapé après avoir passé toute la nuit contre lui. Sa main s’est refermée sur le vide et ses yeux se sont ouverts sur les cendres abandonnées dans l’âtre. Elle a mis des secondes entières à trouver le courage de se redresser pour se convaincre qu’il n’était plus là. Son regard a parcouru la pièce, cherché son sac à dos contre le mur et sa veste en cuir sur le porte manteau derrière la porte vitrée. Mais tout avait disparu. Ses yeux se sont coupés d’une réalité trop vite retrouvée et pourtant repoussée jusqu’au bout. Moira a frissonné un instant, comme caressée par un dernier courant d’air échappé de cette porte qu’ils ne pouvaient que refermer après s’être perdus toute une nuit de l’autre côté, et ses lèvres ont tracé un sourire résigné, adouci par la certitude d’une douleur plus vive encore si James s’était trouvé là. Sa main est passée dans ses cheveux avant de revenir serrer le plaid autour d’elle. Partout, son odeur, jusque dans le creux de ses paumes, et sur le meuble un peu plus loin, les reflets du soleil sur le verre d’un cadre auquel elle n’est pas encore habituée. Elle le regarde longuement. Son sourire s’agrandit. « Je ne vais nulle part, Moira. Nulle part. Je suis là. » Elle le sent. Elle le sait. Elle se souvient.

Holly n’en est qu’à sa deuxième proposition de café quand le bureau de Moira se met à trembler sous ses doigts. Elle fronce les sourcils, cherche quelques secondes son téléphone portable qui vient de vibrer sous ses montagnes de papiers et un drôle de sourire se dessine sur ses lèvres quand elle lit le nom affiché sur l’écran.

« James Wilde :
Tu seras là tout à l’heure ? »


Ses yeux se referment alors qu’elle réalise seulement le soulagement qui l’envahit malgré les doutes qu’elle n’a cessé de refouler depuis son réveil. Il est là. Il l’a dit. Il ne la fuira pas. La mélodie reste la même. Aujourd’hui encore. Moira réfléchit un instant, le bout de son index jouant sur un de ses sourcils, puis elle retrouve un air complice qu’elle avait perdu depuis trop longtemps.

« Ca dépend. Tu me joues quoi ? »

Une voix robotique manque soudain de la faire sursauter.
- Madame Oaks ?
Elle lève les yeux de son écran et appuie sur la touche de son fixe pour lui répondre.
- Je vous écoute, Holly.
- J’ai Neil Ainscough en ligne.
Moira inspire si profondément qu’elle sent sa secrétaire sourire en l’entendant au bout du fil.
- Qu’est-ce qu’il veut encore ?
- Certainement continuer de passer par le standard pour le plaisir de harceler deux personnes au lieu d’une.
Les sourcils de la productrice se haussent brutalement et elle retient très difficilement le rire qui lui secoue la poitrine. Holly devenue mordante ? Mais par quel miracle ? Elle sent la petite devenir étrangement silencieuse, comme choquée elle-même par ce qu’elle vient de laisser échapper. Moira feint de ne rien remarquer alors que son portable se remet à vibrer.

« James Wilde :
Quelque chose d’approprié. »


Elle sourit.
- Madame Oaks ?
- Dites à Ainscough que je serai au Royal cet après-midi et qu’il aura tout le temps de me tenir la jambe à ce moment- là
- Bien, madame. Et s’il insiste ?
- Répétez lui exactement ce que je viens de vous dire.
Puisque sa secrétaire semble dotée d’un sens de la réplique devenu redoutable… Elle a dû traîner un peu trop longtemps avec James ces dernières semaines. Un silence s’impose pendant une brève seconde. Moira sent que leurs rictus s’accordent, et Holly ajoute :
- Comptez sur moi.
Elle coupe la communication et Moira récupère son portable. Le souvenir d’un vieux message de Gregory lui revient en mémoire. Elle a beaucoup à rattraper et trop peu de temps pour en perdre encore. Elle a besoin de les entendre jouer, de retrouver ces terres communes qu’elle a trop longtemps désertées. Et elle a besoin de le voir lui, de dissiper dans ses yeux les dernières craintes qui demeurent et qu’elle ne veut pas voir entre eux. Ni maintenant, ni jamais. Elle récupère son portable et envoie un dernier message avant de s’apprêter à rejoindre Joe dans son bureau :

« Si c’est aussi réussi que votre dernière version de Micro Cuts... Je serai là à 15h. »

Un dernier sourire se glisse sur ses lèvres. Il ne la quitte pas de la journée.

- Gregory ?
Elle a reconnu ses airs d’éternel petit garçon dès sa sortie des coulisses et ses paumes se réchauffent immédiatement quand il se retourne. Elle croit ne jamais avoir été si heureuse de le revoir. Elle le rejoint sur un côté de la scène et tend les bras vers lui pour l’embrasser tendrement sur les deux joues. La voix d’Ellis tonne dans son dos et elle le gratifie de la même attention avant de les observer un moment tous les deux.
- Ca fait du bien de vous revoir. J’ai raté beaucoup trop de choses, n’est-ce pas ?
Le tumulte des partitions qu’on prépare et des derniers instruments à accorder chantonne tout autour d’eux. Moira jette des regards vers chaque pupitre sans se départir une seconde du sourire qui illumine ses traits. Mais son cœur bat d’un rythme trop saccadé pour ignorer son trouble. Elle sait celui qu’elle cherche dans le défilé des musiciens qui rejoignent chacun leur place. Elle tente de cacher les tremblements de son souffle quand elle revient aux deux énergumènes :
- Qu’est-ce que vous avez fait de James ? Jurowski a enfin fini par le jeter dans la Tamise ?

©️ ACIDBRAIN
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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Jeu 8 Juin - 23:39 par James M. Wilde



« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




Sa main passe dans son cou jusqu'à sa nuque. Son odeur est partout. Sur sa peau, ses vêtements, souvenirs teintés du clair-obscur d'une nuit évanouie. La réalité devenue rêve avant d'avoir sombré dans la certitude de la journée, éclairée par le soleil, adoucie après l'orage. Chaque fois que le vent s'engouffre dans le col de sa veste, alors que la vitesse de la Blackbird le cingle, il a la sensation qu'elle lui murmure à l'oreille. Mais rien ne pèse... Rien ne pèse hormis l'absence. Une absence que son esprit ne parvient plus à concevoir, le corps amputé d'elle il se retrouve à dérouler ses frasques. Il a pensé à rejoindre Isolde mais c'est un autre chemin qu'il dessine. Il retourne à son appartement, cela fait bien quinze jours qu'il le déserte. Le jour levé, la lumière est éblouissante au travers de la baie vitrée. Il a gardé sa veste, son pull, son t-shirt, il la respire encore à chaque fois que ses poumons se soulèvent pour embrumer ses songes. Dans le silence des lieux abandonnés, ses yeux tombent sur son piano et la mélodie de ses chimères s'élève aussitôt. C'est elle, c'est son sourire, c'est son rire dans la cuisine. Rachmaninov. Et ses soupirs. Il laisse retomber ses habits sur la moquette... Elle ne l'abandonne pas. Et sous la douche qui l'efface, il a l'impression de la graver dans chaque geste. L'obsession est entière. Acérée. Il la noie une heure durant... Les yeux rivés sur les bords du cadre qu'il a posé sur la commode dans sa chambre. Des mots et des pensées. Il sera incapable de les oublier.

***

Il n'est pas vraiment surpris de découvrir Gregory, allongé dans son canapé, en train de lire un magazine lorsqu'il reparaît transfiguré. Ses traits tirés sont soulevés par une étrange euphorie qui laisse l'ombre d'un sourire sur ses lèvres fines. Il lui dit bonjour en traversant le salon, pieds nus, pour retrouver la seule nourriture qu'il est capable d'ingurgiter alors que son estomac se contracte sous le sceau de l'infamie d'un dîner manqué. Pourtant à la saveur de leurs éternités... Il entend Greg élever la voix, les portes des hauts placards quasiment vides claquent :

« Je suis venu ici souvent. Tu n'y étais pas. »
_ En direct de notre émission favorite, Wells mène l'enquête... Bien déduit Sherlock, j'étais ailleurs.
« Où ? »
Le regard gris de son ami le jauge depuis le grand canapé noir, le batteur en équilibre sur un coude, la curiosité surplombe l'inquiétude. James se verse son bol de céréales avant de revenir lentement armé d'une cuillère qu'il plonge régulièrement dans sa pitance à base de corn-flakes. Il répond la bouche pleine :
_ Loin.
Ses prunelles se posent, contrites, sur la silhouette fine qui s'étire. Leurs yeux se croisent. Dans le silence brisé par le bruit du métal sur la porcelaine, ils se comprennent. James s'est évadé dans sa tête depuis trop longtemps, c'est une phase que son vis-à-vis mesure et encadre toujours précautionneusement sans pour autant venir la froisser ou la pousser plus encore dans ses retranchements. Le sourire en coin du rockeur fait briller ses iris plus bleus que d'habitude. Greg retourne à son magazine pour arrêter de le scruter mais il commente avec parcimonie :

« Tu souris plus. »
James regarde par la fenêtre avant de ponctuer d'un murmure :
_ Oui. Je crois que je vais mieux.

***

Un SMS. Il a sa veste dans une main, son portable dans une autre et Greg lui dit de se dépêcher alors qu'il retient l'ascenseur. Cette idée de se presser pour un ascenseur qui ne dessert que son penthouse le fait toujours rigoler. Il prend son temps, absorbé par son clavier.
« Tu seras là tout à l'heure ? »
Un instant il craint qu'elle ne réponde pas. Il n'y a pas pensé... Il n'a fait que cela. Non. Il ne sait pas. Pas de préambule, pas d'autres allusions. Il ne peut pas. Elle n'est pas longue à se manifester et dans son ventre, quelque chose se dénoue sans qu'il n'ait noté auparavant cette contracture installée. Il ne la perdra pas. C'est ce qu'elle a promis.

Moira Oaks : « Ça dépend. Tu me joues quoi ? »

Ponctuation à leurs échanges et à leur quotidien qui reparaît, le rire de James s'élève dans le couloir où il tarde toujours. Wells grommelle des imprécations qui ne le font pas marcher plus vite pour autant. Il sait ce qu'il veut jouer, la mélodie s'impose dans ses esprits depuis ce matin. Il a besoin d'exorciser ce qu'il ne sera jamais plus en mesure de lui dire. Il tape rapidement alors que les portes se referment presque sur lui, complètement absorbé.

« Quelque chose d'approprié. »

Il ne peut pas mieux avouer. Il sourit largement, Greg l'observe toujours du coin de l'oeil. Elle met plus de temps à répondre. Il appuie sur l'enveloppe au moins cinq fois, l'impatience au bout des doigts. Avant que son soupir ne soit l'aube de son contentement. Quelque chose pétille dans son coeur, la certitude de l'avoir reconnue dans les ombres ce jour-là. Elle était là. Elle a toujours été là. Tout s'envole et le dispose dans une joie qu'il ne croyait plus pouvoir expérimenter. 15h. Elle viendra. Ils partent en taxi, récupérant Ellis sur le chemin qui furète sur un trottoir, accompagné de trois cafés. James parle et parle encore. Les deux autres se regardent, les mots filtrent trop nombreux après tant de mutisme. Mais ils sont joyeux. Il est de nouveau avec eux. Enfin.

***

James est en grand conciliabule avec Jurowski. Les deux génies parlent leur propre language et personne n'y prête attention, même si parfois leurs exclamations retentissent jusqu'aux voutes sans que pourtant le reste des mortels, qui gisent en bas s'en formalisent. Greg et Ellis papotent du match de hockey qu'ils ont suivi tous les deux hier soir, les violons s'accordent. Joyeuse cacophonie qui embrasse les galeries hautes comme pour leur jouer une sérénade. Il y a dans l'air l'euphorie de Wilde, qui glisse des sourires dans certaines des oeillades que l'on distribue avec libéralité dans l'orchestre.

C'est Ellis qui la voit en premier et qui lève une main amicale pour la saluer. Wells ne note rien de différent avant que sa voix ne le flatte et qu'il ne fasse volte-face pour la regarder. Aussitôt, ses dents se montrent sous ses lèvres ourlées, il sait que la journée sera définitivement différente de toutes les précédentes. Son esprit volète. Est-ce lui ? Est-ce elle ? Eux peut-être. Ou aucun rapport sans doute. Il ne sait plus, avec James, ce qui tient de la coïncidence ou des manoeuvres soigneusement tues.

Il rougit presque quand elle lui fait la bise, Ellis est bien moins farouche et il la serre contre lui. Ne pas la voir ces dernières semaine a été vécu comme un douloureux épisode dont ils n'ont jamais parlé. L'évoquer, c'était lui rendre des hommages trop consacrés, son absence impie ne méritait pas cela au risque de se voir instituée. C'est le bassiste qui parvient à répondre en premier :
« Beaucoup de crises égocentriques. Je suis sûr que ça ne t'a pas manqué. »
Gregory se racle la gorge pour en chasser l'émotion qui s'y est lovée :
« Pas tant de choses que ça. J'imagine qu'il t'a raconté. »
L'assertion le surprend presque mais l'évidence est crue. James a été beaucoup là-bas, pourquoi n'auraient-ils pas débattu tous les deux à ce sujet comme ils l'ont toujours fait ? Greg pose sa main sur le bras de Moira, délicatesse tacite pour la rassurer sur sa place toujours soigneusement réservée dans leur drôle d'équilibre.

Soudain on aboie depuis les hauteurs.
_ Bon on s'y met ou on continue à glander en grandes pompes ?
« Pour une fois, ce n'est pas moi qui le dis... »
_ Qu'on fasse descendre la personnalité russe sur le champ !
Son rire une fois encore, la mine faussement outragée du chef d'orchestre qui salue l'assistance avant de noter l'apparition de la productrice.
« Madame Oaks... Voyez ainsi ce qu'il me faut subir... »
Il descend, impérial tandis qu'au même instant Gregory commente la pique de la belle :
« On a bien essayé de lui soumettre l'idée vois-tu mais... »
Il hausse les épaules et désigne James qui vient de se pencher sur la balustrade, le nom l'a comme giflé et son regard s'aimante aussitôt à elle sans qu'il ne puisse se contrôler. Il y a dans la tension de son bras qui s'appuie sur le bois sculpté une sorte de tremblement à peine notable qui secoue l'ensemble de son corps, parsemé par les ombres portées par la galerie qui l'encadre. Les sons disparaissent. Le souffle est devenu une fonction trop prosaïque pour qu'il ne se soucie de le gérer. La voir ici. La voir aujourd'hui. Le temps se suspend et dans ses yeux viennent briller leurs cris enchaînés. Toute​ sa tête s'encombre des souvenirs trop proches pour être repoussés. Sa voix est revêt un voile qui s'abat sur sa mémoire pour venir l'endiguer.
_ Quand tu auras fini de dissiper tout le monde hein... Tu me fais signe.
Son sourcil qui se hausse, le trouble vient de passer.

Il ne met pas une minute pour prendre place derrière les grandes orgues qu'il convoite comme un oiseau de proie depuis des années. Ses doigts caressent les touches usées et bientôt, c'est son introduction qui anime les soufflets. Les harmonies le traversent, elles le caressent. Jamais il n'aurait cru pouvoir un jour avoir le droit de manipuler un instrument aussi extraordinaire que ce dernier. Megalomania. La bien nommée. Le désespoir de cette nuit-là et toute sa hargne à un jour la retrouver. La retrouver elle et la reconquérir. Il le sait. L'orchestre se joint à la mélodie, sa voix murmure d'abord et s'envole après qu'il ait plaqué la fureur de ses accords. Take off your disguise... I know that underneath, it's me. Sa voix partout, qui joue avec l'accoustique, qui fusionne avec l'orgue, les aigus la cherchent. Il ne la voit pas non. Mais lorsqu'il ferme ses yeux, il la sait juste là. Avec lui. Dans les ténèbres soulevées où il est venu la déranger. Dans l'espoir que le voyage lui permette de la retrouver. Avant que la parenthèse ne se referme. Ne se referme.
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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Ven 9 Juin - 12:50 par Moira A. Oaks





Les sourires des garçons suffiraient à dissiper toutes les peines du monde et son cœur déjà léger bat de tout le bonheur qu’elle sent à retrouver l’équilibre de son univers dont Gregory et Ellis sont devenus deux piliers, peut-être sans s’en rendre compte. L’étreinte des bras du bassiste lui fait échapper un rire qu’elle ne cherche même pas à maquiller alors qu’elle se laisse attendrir par la timidité évidente de son comparse. Elle se force à ne pas balayer tout de suite la salle du regard pour rester un moment avec eux et sourit plus encore à la remarque d’Ellis qui lui fait lui répondre immédiatement :
- Détrompe-toi… Je crois que tout m’a manqué.
Les quelques mots du batteur lui font tourner le regard vers lui et elle se tend légèrement, rappelée à des manquements dont aucun d’eux n’est conscient. Non, James ne lui a rien dit. Il n’en a pas eu le temps. Son sourire tremble légèrement alors qu’elle se force pour ne pas le laisser se faner. Le geste de Gregory lui fait baisser les yeux un instant. Elle ne trouve rien à lui répondre, craint le silence trop long qui menace de s’installer et c’est une autre voix beaucoup trop familière qui la sauve. Ses yeux s’ouvrent grands alors qu’elle lève la tête vers les orgues et immédiatement elle sait le morceau que tout le monde se prépare à jouer. Un frisson lui fait croiser les bras pour dissimuler son trouble. Il ne lui faut pas plus d’une seconde pour comprendre. Les mots de James lui reviennent l’esprit. Quelque chose d’approprié… Elle entend toutes les paroles avant même les premiers accords soufflés par cet instrument monumental et la seule appréhension suffit à malmener ses nerfs qui se tendent avec une prégnance qu’elle peine à camoufler. Les souvenirs. Les souvenirs partout. Et dans son corps, toutes les émotions qui s’insurgent de se voir endiguées, comme avant.

Le ricanement qui suit l’exclamation à l’étage se répercute dans son ventre et réchauffe tous ses muscles. James va bien, elle en est sûre à présent et ses dernières inquiétudes s’éteignent avec l’écho de son rire. La silhouette immense de Jurowski les rejoint et elle sent son sourire devenir encore plus franc au moment où il l’interroge.
- Allons, un grand gaillard comme vous, il en faudra plus pour m’attendrir…
Ses yeux se plissent d’un air taquin qui trouve son miroir en Gregory avant qu’il ne l’incite à lever les yeux d’un mouvement de tête, et son regard se fait happer par celui qui la fixe depuis la balustrade. Les secondes s’étirent. Elle les laisse s’imposer, incapable de se dérober. Son souffle s’ébranle à chaque image qui revient dans sa tête, qui se glisse sous sa peau pour en suivre les frissons, qui retrace chaque caresse échouée sur son corps quand elle devrait tout taire. Elle le regarde, et pour la première fois depuis longtemps, elle a l’impression d’à nouveau savoir le lire. La pique de James leur offre une issue dans laquelle ils s’engouffrent tous les deux. Elle lève les mains en signe de reddition et lui lance en reculant vers l’un des escaliers pour descendre de scène et se poster dans le couloir, entre deux rangées de gradins :
- C’est vous qui menez la danse, monsieur Wilde.
Depuis le début. Jusqu’à la fin.

- Holly ? Vous avez les billets ?
Les jours passent. La légèreté reste. Le bruit des talons de Moira étouffé par la moquette ne suffit pas à dissimuler l’enthousiasme de sa démarche, un détail que son équipe ne se lasse pas de noter car il lui donne enfin l’impression d’un renouveau qui était devenu presque inespéré tant ils l’ont attendu. L’air est moins lourd, les réunions sont moins pesantes, et même le café paraît meilleur. La petite secrétaire aussi a retrouvé son sourire, rassurée par celui de sa patronne et les cernes qu’elle voit lentement disparaître sous les yeux de James. On raconte que les répétitions du Royal Albert Hall jouissent d’un nouvel élan qui ne les a jamais fait tant frôler la perfection qu’ils traquent, et que Moira s’y rend presque chaque fois. La production toute entière semble retrouver ses couleurs, et l’échéance toute proche du concert tient tout le monde dans une euphorie communicative et étonnamment apaisante après les turbulences qui les ont tous épuisés.

Moira sourit aux trois employés qui lui lancent un joyeux « Bonjour, madame Oaks ! » en la croisant dans le couloir et le visage espiègle de Holly apparaît quand elle se penche au-dessus de son bureau. Elle chantonne :
- Oui ! J’ai les douze.
- Parfait.
La secrétaire les lui tend et Moira se laisse quelques secondes pour admirer les inscriptions à l’encre noire qu’elle connaît pourtant déjà par cœur et chérir encore le sentiment de tenir tout leur projet entre ses doigts.
- Elles sont toutes dans le carré or, comme vous me l’aviez demandé. Vue imprenable sur la scène.
Le sourire de la productrice s’agrandit. Holly poursuit en attrapant un post-it  collé sur le côté de son écran d’ordinateur :
- J’en ai donc… Deux pour monsieur Gyte, deux pour vos parents, deux pour madame Mackenzie, une pour mademoiselle Kaitlyn Dawn, une pour monsieur Philip Baxter, une pour Ella Wilde, deux pour vous et…
- Le compte est bon, Moira la coupe-t-elle.
Holly cligne un instant des yeux :
- Madame Oaks, il en reste une.
- Celle-là, c’est pour vous.
Les yeux de la petite s’arrondissent comme des soucoupes. Elle balbutie :
- Mais… j’ai déjà précommandé mon billet dès l’ouverture des ventes !
- Et vous choisissez fort mal vos places…
Holly la fixe sans comprendre, les joues virant à un rouge écarlate.
- Gradins J, siège 62, à une distance considérable de la scène, derrière un pilier avec un peu de chance ou un homme deux fois plus grand que vous… J’ai vu votre nom dans le registre. C’est Michele qui vous a reconnue.
Moira revient enfin croiser son regard. Elle a tellement l’impression de torturer cette pauvre enfant qu’elle finit par ajouter, un sourire tendre dessiné sur les lèvres.
- Vous avez fait beaucoup pour ce concert, pour cette entreprise, toujours avec la même discrétion. Je sais que vous ne l’avez pas fait pour qu’on vous remarque. Ça ne m’a pas empêchée de le faire. Vous n’avez rien à faire perchée là-haut.
Holly reste pétrifiée, son billet entre les doigts. Moira repose le reste du paquet, n’en garde que deux, et ajoute :
- J’ai fait annuler votre réservation, vous avez dû être remboursée il y a environ une semaine. Maintenant faites-moi plaisir, envoyez tout cela à leurs destinataires. Donnez l’invitation d’Ella Wilde à son frère, il doit la rappeler depuis des semaines. Et allez profiter de ce concert comme il se doit. Vous l’avez amplement mérité.
Elle lui glisse un clin d’œil avant de repartir, laissant sa secrétaire figée sur son siège derrière elle. La porte de son bureau la dérobe et le visage de Holly se décrispe lentement. Elle regarde son billet qu’elle a toujours entre les mains sous le regard attendri de ses collègues qui profitent tous de la naissance du plus radieux de ses sourires.

De retour à son bureau, Moira observe un moment les deux tickets qui lui restent, comme pour étouffer la dernière hésitation qui l’étreint. Son pouce joue avec le coin cartonné du premier. Elle lit pour la cinquième fois le numéro des places, plus reculées par rapport aux autres, moins visibles depuis la scène. Elle respire en pinçant les lèvres, puis se décide enfin à s’emparer de son vieux stylo plume offert par son père à l’obtention de son diplôme et d’une carte entièrement blanche. Elle travaille plus qu’à l’accoutumé les rondeurs de sa calligraphie, passe un temps considérable à se relire avant de glisser le tout dans une enveloppe qu’elle dissimule dans son tiroir jusqu’au soir venu. Elle poste le tout elle-même, refusant jusqu’à mettre Holly dans la confidence de peur de l’impliquer dans une décision qui ne concerne qu’elle seule. Les mots écrits de sa main se répètent dans son esprit, entre résolutions et incertitudes.

« Monsieur Wilde,

je sais que certains désaccords ne meurent jamais et je mentirais en disant que vous apprécierez la totalité du concert. Mais je pense très sincèrement que vous regretteriez de ne pas avoir assisté à celui-ci.
Laissez-vous au moins l’occasion de me dire que je me suis trompée.

Amicalement,
Moira A. Oaks »


Le bruit dans la salle devient de plus en plus prégnant à mesure que les gradins se remplissent. L’air est électrique, lourd de toute l’excitation qui gronde et se transmet de corps en corps, à chaque nouveau spectateur qui pénètre dans le Royal Albert Hall. A l’abri des regards, cachée dans les coulisses, Moira observe la foule, y cherche des visages familiers pour s’occuper l’esprit et contenir la tension qui ne cesse de lui tirailler le ventre. Derrière elle, les équipes s’activent, arrangent les derniers détails dans l’effervescence propre à chaque concert. L’angoisse cherche à pénétrer les veines de la productrice, pourtant elle bute, ploie devant la solidité d’un lien pleinement retrouvé, sans cesse entretenu, pour donner ce soir cette assurance sans faille qui empêche Moira de craindre la conclusion de cette soirée. Ils ne peuvent pas manquer ce concert. Ils sont tous trop fermement unis pour cela. Et James n’a jamais été aussi prêt. Elle l’a senti dans ses regards, dans cette humeur mutine conservée depuis qu’ils se sont retrouvés, et dans les performances toujours plus impressionnantes qu’il a livrées à chaque répétition. Elle l’a senti car il ne se cache plus et plus un seul jour ne passe sans qu’il ne se manifeste auprès d’elle, en revenant s’inviter régulièrement dans son bureau sous les yeux dépités de Holly qui a fini par abandonner l’idée de l’arrêter, en lui téléphonant parfois pour un problème sérieux, très souvent sans raison, et en lui laissant quelques messages les rares fois où il n’a pas l’occasion de lui parler directement. Leur équilibre demeure même s’ils feignent de le croire inchangé. Ils n’ont jamais reparlé de ce soir-là. Il n’y a rien à dire qu’ils ne savent déjà.

Une agitation différente attire soudain son attention derrière elle et ses sourcils se froncent alors qu’elle jurerait avoir reconnu la voix de Gregory. Elle se penche en arrière avant de s’enfoncer dans les couloirs, sa robe noire frottant contre les grandes caisses de matériel quand elle se faufile entre les techniciens dont certains profitent allègrement du dévoilement de ses jambes lorsqu’elle enjambe les fils électriques. Elle suit les grognements du musicien étouffés par l’activité tout autour, et finit par le trouver au détour d’une pièce avec Ellis en train de retourner le mobilier.
- Qu’est-ce qu’il se passe ?
- Il se passe... Il se passe que j'ai perdu...
- Il a perdu son objet favori...
- Putain ! Ça va ! J'ai perdu James. Je ne sais pas où il est passé. Encore.
Moira hausse les sourcils une seconde avant de se rappeler les débuts houleux du concert au Viper et le retard du groupe dont elle n’a jamais douté de l’identité du fautif. Sa respiration se fait un instant plus lourde alors qu’une de ses mains s’agite sur l’étoffe de sa robe pour canaliser sa pointe de stress. Gregory finit par abandonner ses recherches après un dernier échec dans un recoin de la pièce et sort avec Ellis sur les talons. Moira les suit, remonte le couloir jusqu’à la scène alors que le batteur se met à fouiller des endroits improbables, jusqu’à vérifier derrière le moindre rideau et ouvrir les boîtes de transport des guitares. A la limite des coulisses, ils balayent les gradins du regard, comme si James avait soudain pu décider de tout envoyer valser et d’assister pour une fois à l’un de ses propres concerts. Gregory laisse échapper un soupir dépité :
- Pourquoi faut-il que ce soit toujours pareil ? Il le fait exprès... J'en suis sûr. Rien que pour me persécuter. Il sait pourtant que ça me stresse ! Connard de guitariste croisé diva...
La bouche de Moira se tord alors qu’elle cherche à garder son calme malgré l’urgence. Ce n’est pas la première fois que James disparaît juste avant l’ouverture d’un concert, et il ne manquerait jamais le coup d’envoi de celui-là, elle en est sûre. L’enjeu réside surtout dans le fait d’éviter une syncope du batteur à quelques minutes du lever de rideau. Ses yeux continuent de parcourir la salle alors qu’elle cherche où James aurait pu se réfugier sans que Greg n’ait encore pensé à l’y débusquer. Sa loge est exclue, comme les toilettes des hommes. Trop trivial. Il ne se serait pas risqué à montrer le nez dehors et Greg a déjà dû fouiller jusque dans le ventre monstrueux des orgues. Moira soupire un instant. Puis elle plisse le regard quand elle remarque soudain les galeries au sommet du Royal, toujours privées de lumière, gardées à l’abri des regards pour conserver la surprise de l’entrée en scène de James qui doit se jouer là tout à l’heure. Tout voir sans être vu… Elle sourit et murmure sans même recroiser les yeux de Greg.
- Je crois que je sais où il est.

Elle grimpe les dernières marches d’un pas plus lent, comme si elle ne voulait pas effrayer la bête venue se terrer ici. L’endroit est étonnamment calme malgré le bruissement qui résonne depuis les gradins un peu plus bas. Elle s’y glisse plus qu’elle n’y entre, et son cœur malmené se rassure à l’instant où elle distingue sa silhouette blanche dans la pénombre. James porte déjà ses habits de scène, il garde le regard tourné vers la foule sous ses pieds. Elle ne sait pas s’il l’a sentie arriver. Moira l’observe un moment avant que sa voix ne murmure :
- Inutile de te dire que Greg est à deux doigts de la crise de nerfs, en bas ?
La productrice sourit alors qu’elle s’approche doucement, jetant à son tour un regard aux spectateurs massés autour de la scène. La tension dans l’air est encore montée d’un cran. Il est bientôt l’heure. Elle revient à James, n’ose pas réduire trop la distance qui les sépare. Ils n’ont que très rarement été seuls depuis cette nuit-là, et les frontières sont toujours aussi floues depuis qu’ils se sont risqués une fois à se perdre de l’autre côté. Elle souffle seulement :
- Comment tu te sens ?


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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Sam 10 Juin - 9:59 par James M. Wilde



« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




Rendu à ses pensées, à l'ombre d'un pilier, il clope tout en regardant le monde continuer de tourner. Il a l'impression de s'être aménagé une retraite similaire à celle du Viper et de sa salle VIP, en modèle macroscopique, et un public bien plus endimanché. Il a fallu veiller à ce que tous les détecteurs de fumée du RAH soient désactivés dans les coulisses car où qu'il se trouve, James finissait par les déclencher. Se voir ainsi débusqué par une électronique aussi ridicule avait le don de le mettre sur les nerfs, surtout cette dernière semaine. L'équipe de maintenance ne compte plus les carcasses de ces appareils que l'on a retrouvé planquées un peu partout, jusque sous les sièges. Il faut dire qu'Ellis a été particulièrement utile sur ce coup-là, avec sa haute taille et son côté peu regardant quant aux normes de sécurité. Ce soir, il ne déclenchera pas d'alarme, même si elle demeure à hurler dans son coeur qui palpite le long d'une valse endiablée. Ses esprits songent que de toute façon, personne ne pourrait remarquer le bip malingre au milieu des éclats de voix qui se pressent tout en bas, alors que les corps se frôlent, se saluent, se bousculent, bruissent sans discontinuer. Ses lèvres se pincent autour du filtre, son oeil absent suit les silhouettes sans parvenir à en accrocher une seule. À chaque bouffée, il dissipe la brûlure du tabac par la robe capiteuse du verre de Margaux qu'il sirote gentiment. Les échos des jours passés le traversent, il y a son ton de voix qui assène des vérités dans un rythme acharné. Il revoit la figure cendreuse de Greg à chaque fois et il sourit. Quelle heure peut-il être ? Il doit être en train de le chercher. Partout.

La veille, lors de la répétition générale, l'on a cru que l'on ne pourrait jamais plus l'arrêter. Combien de reprises sur des détails, combien de ses piques arrachées à sa perfection maladive. Il les a tous rebaptisés, ça n'était jamais assez bien, jamais suffisamment précis, jamais aussi beau que dans ses esprits compliqués. Les garçons se sont mis à échafauder des plans où ils pourraient le vendre, au plus offrant, le plus rapidement possible. Tyran de petite taille au rabais, à saisir d'urgence. Même Ellis, dont le calme olympien est depuis longtemps éprouvé a failli le passer par dessus la balustrade, histoire de voir s'il savait voler. Heureusement, ou malheureusement selon les points de vue, Moira n'a pas dévié de ses attentes et plus encore les a toujours confortées. Alors pas de musicien volant au programme mais d'autres heures à le supporter. Ils ont bien eu une pause au moment où l'escogriffe s'est absenté pour téléphoner à sa soeur, ayant comme à chaque fois repoussé le moment de se manifester. Il ne faut pas trop lui en demander, il a déjà consenti à envoyer la place, même s'il a fallu mandater Kaitlyn jusqu'à la poste la plus proche pour s'acquitter d'une partie de la tâche. Il ne sait même pas combien coûte un timbre d'ailleurs... Le verre est porté à ses lèvres, un court moment il la cherche et il la trouve sans peine. C'est bien la seule de l'assemblée à avoir osé porter une robe aussi verte qui manque d'éborgner quiconque s'aventure seulement à la regarder. Peut-être que le mauvais goût vestimentaire est un truc de famille. Bien. Premier rang. À côté de Moira. Il ne sait pas pourquoi ce détail le rassure mais alors que l'angoisse manque de l'oppresser, il se raccroche à cette seule touche de couleur au milieu de l'océan de créatures difformes qu'il considère depuis son piédestal. 

Il ne voit pas ses parents, son père dans son costume trois pièces qui lui donne une certaine allure malgré son âge, Gladia qui se presse auprès de lui pour regagner son siège après être allée vérifier l'état de son maquillage dans les toilettes. Ils sont magnifiques et ils sourient, l'on pourrait presque croire qu'ils sont réellement heureux d'être ici ce soir. Cependant, Wyatt a soigneusement menti à son adorable et froide épouse lorsqu'il s'est agi de prendre la décision de venir. Il n'a pas mentionné Moira, il a fait mine que leur fils les avaient invités. Sans doute sa mère eut été trop peinée de se savoir ainsi oubliée dans un évènement aussi retentissant de sa carrière. Elle a pris cela pour un signe de temps meilleurs, déjà dessinés en vives couleurs à l'horizon de ses pensées, effaçant les tons carmins des derniers entrevues, elle fomente l'idée de convier James pour dîner. Ella leur fait un signe, radieuse car bien mieux placée qu'eux, le père lui fait un clin d'oeil, ce clin d'oeil que James a l'habitude de distribuer aux gens qu'il aime. Et si le principal intéressé voit sa sœur esquisser son geste, il ne cherche pas à savoir à qui il s'adresse, ses prunelles de rapace déjà fixées sur Holly. La petite Holly, la si mignonne Holly. Sur son trente et un elle a su étonnamment rester simple et la robe gris perle qu'elle porte lui donne un air un peu vieilli, beaucoup moins innocent que ses éternels tailleurs de jeune femme. Il sourit en la voyant sautiller sur place alors que tout naturellement elle semble lancée en grande conversation avec Ella. Il se demande quelques secondes ce qu'elles peuvent bien se dire mais son esprit renâcle à trop analyser une situation qu'il domine sans pour autant ne rien comprendre. Le stress serre sa gorge, il pousse difficilement sa dernière goulée de vin dans un claquement de langue presque agacé. Ses angoisses résonnent à l'intérieur et tout autour de sa solitude. Et même l'idée de Greg qui à présent doit le chercher dans les moindres placards ou sous les tapis ne l'amuse plus autant qu'elle ne le fit un quart d'heure plus tôt. 

En rajustant sa veste blanche, ses pensées rejoignent celle qui les occupent toutes quand ses yeux caressent l'autre femme de sa vie, belle à tomber dans une robe rouge qui rend sa chevelure plus brutale que jamais. Le feux dans ses entrailles n'atteint pas son visage qui se glace à se sentir convié jusqu'à sa peau tout en sachant ses lèvres attirées par une toute autre bouche que la sienne. Ses doigts tremblent autour du filtre, il met la frénésie malsaine sur le compte de sa peur, toujours présente avant ses entrées en scène. Et tandis qu'il sonde la marée humaine une fois de plus, le son de ses pas bouscule son équilibre. Il a soudain très froid et il oublie sa femme pour imaginer celle qui vient d'apparaître jusqu'à la tranquillité de sa retraite. Il n'a pas besoin de sonder l'obscurité pour savoir qu'elle est là. Combien de fois ces jours derniers ? Combien de fois l'a-t-il vue ou appelée, qu'importe l'heure, qu'importe l'occasion ? Chaque jour... Chaque jour pour se raconter que le temps passé loin d'elle ne revêt en rien la trivialité de cette absence qui le taraude pourtant. Car dès qu'il la voit, l'obscurité s'enfuit et ses pensées moins lourdes se dissipent dans leurs mots soufflés sur l'air des confidences alors que leur sens n'est en rien capital. 

Sauf ce soir. La solennité de cette solitude enfin partagée contracte sa posture déjà profondément malmenée par la nervosité. Les cheveux brillants sous les assauts du gel, les yeux rendus presque fous par une attente devenue impossible quant à ce combat qu'il s'apprête à mener, la tenue virginale lui donne l'air d'un ange déchu craché sur terre pour venir damner ces autres qui brassent de l'air à ses pieds. Un faux sourire, trop forcé pour être naturel :
_ Ce n'est pas drôle s'il n'est pas persuadé que je l'ai abandonné... Je l'ai déjà tant fait. Encore quelques minutes. Quelques minutes de plus.
Sa voix presque absente survole la foule avant qu'il ne lui offre ses regards trop approfondis par une crainte grandissante qu'il étrangle avec l'habitude de ces artistes qui l'ont bien trop vécue. Le rail de cocaïne qu'il s'est interdit lui manque... Sans surprise elle l'observe et pose la seule question qui s'impose. Cette fois-ci son sourire est menu mais sincère, son murmure la rejoint alors que sa main se tend sur la rambarde pour venir envahir son espace sans pour autant se permettre de la toucher :
_ À chaque fois que je les observe grouiller ainsi juste avant le moment fatidique, j'oscille entre l'envie de les voir tous brûler et celle de m'enfuir jusqu'à des territoires que j'interdirais à quiconque. 
La confession est sincère, il la lui glisse avant de rire légèrement, pour alléger son stress :
_ Mais Greg a déjà failli mourir une fois... Je vais l'épargner pour ce soir.
Ses prunelles rient quant aux souvenirs brisés de cette Amérique devenue chimère avant de se fixer à Moira dans une observation mutique. Il laisse le silence les étouffer puis dit le plus doucement du monde :
_ Ce rêve qui se concrétise, je le porte depuis mes quinze ans. À concevoir ce droit que nous gagnerions enfin d'être là, adulés comme des dieux dans un décor martelé par les sursauts de notre Histoire. Ça représente... 
Il balaye l'air de son autre main pour englober comme les infinités d'une existence déjà trop longue et son sourire filtre l'émotion qui le traverse profondément. Il la regarde encore avant d'ajouter sur un ton presque cassé :
_ Merci Moira... Merci. 

***

Il est passé à côté d'elle et il l'a respirée avant de s'enfuir dans les coulisses et de retrouver ses comparses de toujours, avec l'écho de ces hommages enfin rendus à celle qui a concrétisé leur rêve éveillé. Ces remerciements qu'il lui avait jadis furieusement refusés dans l'aigreur d'une rencontre qui les a précipités dans des dangers qu'ils goûtent avidement tout en s'enorgueillissant de les renier. Greg pousse un soupir qui ressemble à un hurlement étouffé et James ironise, échauffant tous ses muscles en venant chercher sa première Manson :
_ Allez Blondie ! Un peu de nerfs. On a une guerre à remporter. 
Ils suivent les codes établis, parlent de tout sauf du concert avant de se renfrogner dans ce sérieux enfiévrée qui se voit enfin exorcisé quand les lumières s'éteignent et que le public se met à rugir. Royal Albert Hall ou pas, les plus fervents fans sont dans la salle et ils traitent l'espace comme n'importe quelle salle de concert. James marche derrière Ellis et retrouve sa position initiale, la marrée humaine hurle mais il ne les voit plus et bientôt c'est Jurowski qui réveille les divinités enclavées dans les murs de cette institution quand l'orchestre fait sa grande entrée. La musique s'élève, Dance of The Knights, la guerre dans le ventre, la peur devenue témérité. Le rockeur inspire profondément, chassant les dernières traces de ses angoisses en soulevant ses épaules et les faisant rouler. À peine le classicisme s'est-il élevé au front du silence que le chef d'orchestre lance les violons sur Unsustainable. Aux premières notes de sa guitare, déformée par le dubstep, les spots le dévoilent, ainsi qu'Ellis, sous les hautes colonnades à l'italienne. Greg est en plein centre de la scène, esseulé sans se départir de son énergie si communicative. Ombres charismatiques qui brillent en pleines lumières. Deux secondes de peur... Pour l'éternité de la conquête. La musique fait le reste, et son monde l'emporte. Il emporte la foule avec lui. 

***

Ella est échevelée, tant elle se trémousse sur des rythmes qu'elle connait pourtant par cœur (vu qu'elle a eu le droit d'écouter l'album avant même qu'il ne sorte) et qui semblent la ravir pour l'emmener bien loin de son quotidien toujours sage. Ses yeux brillent et alors que les musiciens font une courte pause pour se désaltérer, la guitare de son frère entreprend un titre qu'elle espérait l'entendre jouer. Elle semble soudain trépigner, et elle manque de rendre sourde sa voisine, Moira en l'occurrence, en lui hurlant dans l'oreille :
« Ils vont jouer Bliss ! Ils vont jouer Bliss ! »
Le ton est si stridant que l'on comprend quel amour elle voue pour cette chanson. Et en effet, Bliss démarre sans que James ne manque d'ailleurs de regarder sa soeur droit dans les yeux alors qu'il cherche à découvrir sur elle la réaction qu'il rêvait de trouver. Elle se connecte à lui presque religieusement, et n'entonne pour une fois aucune des paroles, pour se voir baignée par la signification que son frère a un jour couchée sur le papier. Le refrain explose et il joue à la désigner, un geste presque impérieux pour la voir se libérer et elle se remet à danser, suspendue à lui et aux aigus qu'il trouve, comme autrefois. Cette chanson est à elle et elle le sait. Elle le sait depuis des années et à chaque fois qu'elle l'entend, elle le revoit partir ce jour-là. À chaque fois. Et à chaque fois que le terme du titre la pousse à des élans plus passionnés elle se promet de continuer. De continuer à lui donner ce qu'il a toujours cherché chez elle, et ce qu'il a toujours su trouver. Ella a l'impression d'être seule dans la salle, James s'est concentré sur d'autres âmes anonymes et elle laisse la vague venir la ravir quand il enchaîne ses cris sur le falsetto qu'elle attendait. Son frère a refermé ses yeux mais elle sait qu'il songe à elle. Et c'est visiblement suffisant pour qu'elle paraisse plus radieuse encore qu'elle ne l'a été en arrivant ici. 

***

Souvent il revient à Jurowski, leur entente tacite se noue d'un seul coup d'œil. Il n'aurait jamais cru que l'orchestre serait autant intégré à son album qu'il ne le paraît ce soir. Il a l'impression d'en faire partie tout en le remodelant à loisirs et les sensations qu'il en retire l'épanouissent dans des attitudes facétieuses et fantoches, impériales et autoritaires, selon les instants qu'il entrevoit dans son monde entièrement revêtu des harmonies nées dans sa tête. Plusieurs fois il a regardé Isolde et la gosse qui s'est rapidement trouvée juchée sur son siège, une ou deux fois il a gracié Holly d'un sourire aguicheur qui l'a presque faite se liquéfier, sa soeur est venue communier avec lui lors de Bliss qu'il a choisie en son honneur ce soir. Mais la plupart du temps il revient à Moira, il ne peut pas s'en empêcher. Il vient de prendre la mesure de la robe qu'elle arbore, détail qu'il a à peine considéré alors qu'il était auprès d'elle avant le début des hostilités : elle est à couper le souffle, plus belle que n'importe qui alentour. Plus attirante que dans ses souvenirs qui sont toujours prolixes. Maintenant que leur triomphe semble bien amorcé il la fustige de ses attentions très nombreuses mais toutes aussi indéchiffrables pour qui ne l'a pas autant côtoyé qu'elle. Parfois c'est un haussement de sourcil, rarement un geste esquissé, souvent juste ses yeux qui viennent interroger les siens, avec toujours la même rengaine au fond de ses iris : Vois. Vois ce que nous avons pu dessiner. Vois... Et ressens-moi. Une fois encore. Une fois encore Moira. 
Il y a dans son attitude libérée autant de ces chemins innombrables qu'il cherche à lui dévoiler. Tous ceux qu'ils ont tracés ensemble. Tous ceux qui restent encore. Tous ceux qu'ils ne pourront plus jamais parcourir, enfin. La respiration délicate, il lui sourit dans le noir recouvré. Il sait qu'elle vient de se lever pour rejoindre les coulisses... Et il est presque peiné de ne pouvoir la rejoindre aussitôt pour disserter. Il fonce jusqu'à Greg avant de lui murmurer :
_ Dis-lui combien nous atteignons cette excellence promise. Bordel, écoute-les ! Elle n'a pas à rougir de ses risques. Et putain Greg ! Nous non plus !

Électrique il repart, transpirant, fatigué et malgré tout hyperactif. L'entracte se tait quand la foule comprend qu'aucun répit ne lui sera laissé. Derrière son piano, il souffle la confidence portée par sa fièvre :
_ J'espère qu'il n'est pas trop tard pour t'ouvrir une partie de mon monde.
Le concerto débute, notes plaquées et bientôt étreintes par l'ensemble de l'orchestre, le maestro russe tient toutes ses promesses, il soutient le piano sans jamais l'écraser sous le faste. Parenthèse distinguée pour une assistance rompue par la frénésie. Quelques rangées plus loin, sous les lumières tamisées, Gladia tarit une larme du bout de ses doigts pâles. Elle le revoit, derrière le grand piano noir. Sérieux, sous ses cheveux sombres, le regard froncé. Son petit garçon. Les harmonies de l'enfance peignent la mélancolie sur son visage qui se dérobe à son mari. Et pourtant... En ce seul instant qui s'élève au delà de toutes les aigreurs, Wyatt vient glisser sa main dans la sienne. Et il l'étreint. Car devant eux, en ces minutes enchanteresses, leur fils leur est rendu, tel qu'il fut un jour. Depuis bien trop longtemps oublié. 

***

Cinq minutes encore leur annonce le manager qui zyeute le déroulé de l'entracte depuis les écrans de la régie. Greg observe le profil de James, sage derrière le Kawai, alors qu'il s'éponge abondamment les cheveux au moyen de la serviette qu'on lui a distribuée. Il murmure pour Ellis, un souvenir soufflant ses réminiscences sur leur front :
« On a l'impression de le voir au grand concert de la Royal Academy... »
Il y a dans les gestes de James tous les réflexes éprouvés des enseignements reçus, puis soigneusement rejetés. Toutefois ingurgités. Cette façon de manier le piano, de donner le rythme sans jamais dévier, et l'expression fermée qui rend à sa concentration des atours de repos arraché à l'angoisse, son regard posé et toutefois lointain. Ellis tapote l'épaule de Wells, Moira vient d'apparaître et le blondinet lui sourit aussitôt. 
« Il m'a demandé de te dire que nous étions divins, parfaits, indépassables. Les meilleurs, somme toute. Mais nous le savions déjà ! »
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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Lun 19 Juin - 17:18 par Moira A. Oaks





Le sourire de Moira se fait presque moqueur quand elle sent l’odeur de cigarette. Elle ne compte plus les remarques cassantes d’Ainscough à ce sujet, trop content d’avoir trouvé pour une fois une raison tout à fait légitime de se plaindre de James, autre que les éclaboussures de ses frasques qu’il ne rappelle même plus depuis qu’il a compris être le seul à réellement de soucier de l’immoralité du personnage dans la collaboration qui les concerne. Même les deux mégères violonistes, pourtant ses plus fervents soutiens depuis le début des répétitions, ont fini par abandonner l’idée de n’avoir pour James aucune estime, convaincues depuis longtemps par son génie musical et adoucies par certains traits de caractère qu’elles respectent malgré tout chez ce rockeur excentrique, son perfectionnisme et le charme ravageur de son sourire dans ses bons jours s’y trouvant naturellement en bonne place. Les carcasses des détecteurs de fumée découvertes dissimulées un peu partout se sont d’ailleurs étrangement multipliées depuis qu’Ainscough s’en est plaint la première fois, une provocation que Moira devine éminemment réfléchie et qu’elle n’a jamais cherché à endiguer, secrètement heureuse de voir enrager cet idiot fini, et mue par la certitude qu’être la productrice de Wilde ne la force pas encore à devenir sa mère. Aujourd’hui pourtant, elle sait que son geste n’est nullement protestataire. Cette cigarette, sa retraite et son verre de vin… Le rituel est complet et la tension manifeste qu’elle voit dans ses muscles achève le tableau qui la convainc de ce trac qu’il conserve encore avant chaque entrée en scène, et particulièrement ce soir. Son regard se fait bienveillant car son stress la rassure. Il n’est que le meilleur garant de sa volonté de bien faire. Toutefois elle penche la tête légèrement sur le côté à l’ébauche de son sourire. Elle sent qu’il se force quand il n’en a pourtant nul besoin avec elle et Moira souffle sa question pour dévoiler ce qu’il vient cacher ici et porter seul. La main de James glisse sur la balustrade. Moira se perd une seconde à la regarder avant de revenir à lui quand il échappe son murmure. Son rire est étonnamment apaisant bien qu’encore trop frêle pour pleinement la convaincre. Elle lui sourit à nouveau avant de replonger dans son observation de la foule.
- Ils se consumeront tous ce soir. Il ne peut en être autrement.
Sa voix ne tremble pas une fois. Elle ne peut concevoir un autre dénouement que celui-là. Cette œuvre est trop grande, à tel point que même le cadre du Royal Albert Hall lui paraît parfois trop restreint pour la contenir. Elle déborde chaque fois qu’ils se risquent à la jouer, envahit les esprits et les cœurs avec tant de force que l’indifférence n’est pas admise. Qu’on l’aime, qu’on la haïsse, pourvu qu’on la ressente. C’est tout ce qu’elle demande, et tout ce qu’ils obtiendront. Elle ne remarque qu’après un moment que James est revenu à elle et ses prunelles s’arriment aux siennes quand elle accueille ses confidences à peine soufflées. Elle inspire profondément alors qu’un nœud qu’elle ne réalisait pas semble se défaire dans son estomac car elle sent dans la fragilité de son sourire venir les mots qu’elle ne pensait pas tant avoir besoin d’entendre, les remerciements les plus purs, offerts sans obligation, donnés sans faste et sans témoin, seulement pour elle. Ses lèvres tremblent de l’émotion qu’il provoque. Elle remercie secrètement la pénombre de lui permettre d’espérer pouvoir le lui cacher. Son regard manque de se dérober plusieurs fois, expression d’une pudeur qu’elle peine à maquiller. Ses propres mots s’éteignent quand elle aimerait tous les lui donner. Elle lui sourit presque pour s’en excuser alors qu’en bas le bruissement s’intensifie encore à l’approche d’une échéance qu’ils ne peuvent plus ignorer. Elle trouve la force de lui souffler :
- C’est ton soir, James. Ils sont tous là à t’attendre. Vous avez tous les trois tracé votre chemin jusqu’ici. Il n’y a plus qu’un pas à faire.
Elle retient jusqu’au bout cette main qu’elle rêve de poser sur sa joue, un geste qu’elle se serait permis autrefois sans qu’aucune pensée ne vienne le pervertir de ses craintes. Elle conserve la distance qu’elle ne rompt que dans son regard.
- Alors, fais-le. Grave ton passage en ces lieux, qu’ils ne l’oublient jamais, comme tous ceux qui sont venus se perdre à l’intérieur aujourd’hui.
Et que le Royal Albert Hall hurle de tout ce qu’ils s’apprêtent à lui infliger.

- Moira ?
Elle reconnaîtrait cette voix même au milieu d’une salle trois fois plus grande. Les traits de Moira s’illuminent alors qu’elle s’excuse auprès des notables qu’elle était venue saluer dans les gradins pour aller rejoindre presque en courant les bras grand ouverts que lui tend son père.
- Vous avez pu venir ! Je suis tellement heureuse de vous voir.
- C’est devenu tellement difficile de te voler à tout ce petit monde, on n’allait pas rater une occasion pareille !
La productrice pince les lèvres en s’écartant, faussement vexée quand elle sait le reproche mille fois mérité.
- Ne l’embête pas ce soir, idiot ! Tu ne vois pas qu’elle est assez préoccupée comme ça ?
- Ca va, maman.
Moira vient lui embrasser les deux joues.
- Tu as cette marque entre tes sourcils quand tu es angoissée depuis tes quatre ans, chérie. On ne trompe pas une mère.
- Je te dis que ça va.
Eileen lui sourit.
- Je sais que tu gères tout cela très bien, chérie. Ne t’inquiète pas.
- Comment se sentent tes poulains ?
Moira revient à son père, jette malgré elle un regard furtif aux galeries qu’elle vient de quitter avant de répondre d’une voix sûre.
- Ils sont prêts. Ils ne le seront jamais plus qu’aujourd’hui, crois-moi.
Duncan sourit. L’assurance de sa fille le ravit. Il passe sa large main sur son bras en la dévorant des yeux.
- Parfait. File. Tu as à faire.
Moira lui embrasse la joue avant de s’écarter, mais la main de son père retient délicatement la sienne. Elle se retourne pour poser sur lui un regard interrogateur qu’il dissipe de son souffle rauque.
- Tu es belle, ma fille.
Le sourire de Moira est splendide, le même depuis toutes ces années. Elle caresse la main de son père du bout du pouce avant de s’enfuir vers les coulisses.

Le noir englobe tout et les monstres exultent dans le monde enfin devenu leur. Les cris résonnent entre les colonnades, profanent les décors classiques du Royal Albert Hall et l’inspiration de Moira s’approfondit brusquement. Elle respire la frénésie, la fièvre à peine contenue, l’harmonie brutale qui anime les publics de chaque concert et qui lui semble plus percutante que jamais dans cette salle. La tension se glisse dans chaque fibre de ses muscles. L’orchestre s’élance aux ordres du génie russe, mais l’excitation est trop grande pour contenir les applaudissements de la foule qui continue de hurler. Moira frissonne au premier rang, la sensation est exquise. Pour un soir, ils sont ici sur leurs terres et ils les rendront ravagées, consumées comme les passions, broyées comme leurs retenues, saccagées comme les cordes de l’orchestre soudain dévorées par les rugissements du dubstep. James apparaît dans les galeries et fait tourner toutes les têtes jusqu’alors aimantées à la scène. Il se tient, majestueux, prince des ombres en apparat immaculé, surplombant ceux qui ont choisi pour une nuit de se faire ses sujets. Les cris redoublent. En quelques secondes, la vague s’abat sur les gradins, emporte la foule avec elle. Ils sont à eux, pour un soir. Ils les marqueront pour toujours.

Le cri d’Ella provoque le rire le plus franc de la productrice qui se met à la sonder pour trouver dans ses yeux toutes les étoiles que James disait être certain de provoquer. Et une fois encore, ses prophéties s’accomplissent. Cette chanson est une des premières à s’être imposées dans la setlist du Royal, hommage incontournable que Moira a immédiatement entériné. Ce soir ne pouvait pas être le plus grand concert de James sans que sa soeur n’y soit pleinement intégrée. Il y a tant d’amour dans les yeux d’Ella que Moira détourne finalement les siens de peur de s’inviter dans une intimité qui ne la concerne guère. Son regard revient s’arrimer à la scène et se nourrir des jeux de lumières qui soulignent les silhouettes des Wild, tous trois magnifiques devant l’orchestre, parfaits dans leur jeu, conquérants dans leurs airs, déjà glorieux, toujours grandioses. Le rythme survolté de Bliss bouscule l’assistance, s’accompagne des chœurs enfiévrés des spectateurs qui entonnent le refrain avec quasiment la même ferveur que James. Leurs ardeurs ne peuvent pourtant jamais surpasser la sienne. Pas ce soir. Sur aucun morceau. Les titres s’enchaînent. Chaque chanson est un nouveau combat qu’ils remportent avec brio. Le nouvel album dévoile toute son envergure, porté par l’ensemble des musiciens massés sur les planches. Mais les iris de Moira s’attardent toujours sur la même silhouette, car elle le voit. Elle ne voit que lui chaque fois qu'il lui revient. Elle reconnaît ses appels à chaque signe qu’il lui lance quand il se tourne vers elle. Et chaque fois les sensations reniées l'assaillent, les souvenirs impies se glissent contre sa peau qui frissonne de chaque geste qu'il a un soir esquissé. La mélodie est la même. La mélodie est la même. Mais chaque note la condamne quand elle ne faisait autrefois que l’étreindre. Les rythmes s’emballent, excitent ses pulsations qui diffusent l’anarchie de ses sens dans chaque portion de ses chairs. Ses paumes se réchauffent, refoulent les mensonges qu’elle porte comme autant d’armures sur sa peau déjà marquée de ses lèvres, brûlées sous ses mains. Elle le regarde, et chaque fois qu’il lui revient elle sait. Elle sait qu’il ne ment pas. Elle sait qu’ils ne mentent plus.

Les lumières s’éteignent sur le cri de James qui achève les élans martiaux de Survival. La salle rugit en réponse, la puissance qui se déchaîne les englobe tous et Moira la respire, la respire encore pour s’en abreuver. Ses paupières se rouvrent sur le Royal Albert Hall toujours plongé dans l’ombre. L’entracte qui s’annonce lui offre la seule possibilité de retrouver les garçons dans les coulisses. Délicatement, elle vient passer sa main sur le bras d’Ella qui met de longues secondes à la remarquer et à cesser d’applaudir pour se pencher et entendre la productrice s’excuser avec un large sourire que la jolie brune lui rend au centuple. Moira s’échappe des gradins et court vers les accès privés pour les atteindre avant le retour des lumières. Quelques mots mystérieux résonnent dans les enceintes alors qu’elle avance dans les couloirs. Ils font naître un sourire délicat sur ses lèvres quand elle les devine soufflés pour Isolde qu’elle a installée un peu plus haut avec sa fille avant de retrouver James dans les galeries. La confidence caresse des secrets qu’elle ne cherchera pas à révéler. Elle ne se concentre que sur les premières notes qui embrassent les honneurs dus à l’édifice qu’ils conquièrent. Mais ses pensées se dissipent au moment où elle reconnaît les silhouettes de Gregory et Ellis, tous deux tournés vers la scène d’où proviennent les harmonies du concerto de Rachmaninov, certainement l’une des pièces qui leur a demandé le plus de travail pour être jouée ce soir. Avant même qu’elle n’ait le temps de les rejoindre, le bassiste la remarque et fait se retourner Wells dont le sourire illumine plus encore celui qu’elle arbore. Moira court presque jusqu’à leur hauteur avant d’attraper chacun leur tour leur visage trempé de sueur et d’embrasser leur joue dans l’euphorie qui la consume toute entière.  
- Vous êtes beaux ! échappe-t-elle en passant de l’un à l’autre. Qu’est-ce que vous êtes beaux !
Les distances se rompent dans la frénésie qu’ils partagent et Moira ne le réalise même plus. Les confidences de Greg lui font jeter un œil à la scène une seconde seulement avant qu’elle ne revienne à eux, ses mains toujours sur leurs épaules.
- Encore mieux que cela ! Si vous saviez. Vous êtes…
Elle balaye l’air de la main pour excuser les mots qui lui manquent. Elle les regarde avec des yeux d’enfant émerveillé sans parvenir à faire passer les fourmillements dans ses doigts. Ce triomphe qui se profile, elle en a tant rêvé, a tellement tout risqué pour lui, pour la folie d’y croire, d’y croire avec eux… Tout se concrétise sous ses yeux. Elle le sait au moindre tremblement qu’elle sent sous ses pieds à chaque ovation de la foule. Jamais elle n’a éprouvé une telle intensité partagée avec toute une salle et chaque seconde se grave dans sa mémoire pour ne plus jamais la quitter. Les accords de James s’intensifient brutalement derrière eux. Cette fois, elle ne résiste pas à la tentation de faire un dernier pas pour se permettre de le voir. Installé là, seul au piano, devenu le cœur de l’orchestre, on jurerait que cela a toujours été sa place. Et alors qu’elle le regarde, silencieuse dans les coulisses, elle a l’impression d’avoir enfin trouvé la sienne.

Le souffle des orgues s’éteint dans un dernier râle majestueux et la salle exulte dans une ultime démonstration. Les hurlements se fondent entre les mains qui s’entrechoquent, depuis bien longtemps douloureuses. Les sifflements retentissent entre les colonnades. Dans le noir qui cette fois laisse durer son emprise, Moira trouve le reflet des yeux d’Ella et cède à l’élan qui la fait la prendre dans ses bras. Il n’y a plus de mot pour décrire ce qu’elle ressent. Leur triomphe est entier. L’effervescence ne sait mentir. La productrice s’écarte, radieuse, et serre gentiment les épaules de la belle avant de s’enfuir en courant pour regagner les coulisses. Son cœur frappe contre ses côtes à un rythme acharné, Megalomania encore emprisonnée sa poitrine, les cris de James enchaînés dans sa tête. Explorers. Micro Cuts. Toute leur histoire dévoilée en un concert, toutes leurs émotions retranscrites sur chaque morceau. Elle veut être là quand il descendra les dernières marches qui  mènent aux orgues. Elle veut partager la fièvre qu’elle ne sait plus comment contrôler, trouver dans son regard la même fierté qui fait scintiller le sien. Sa course achève sa coiffure depuis trop longtemps malmenée. Les applaudissements. Les applaudissements partout. Et au loin, des silhouettes qu’elle balaye à peine du regard quand elle n’en cherche qu’une, dans une tenue blanche qu’elle n’a jamais si bien porté : celle d’un ange qui le temps d’un soir est parvenu à retrouver ses ailes.

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Lun 19 Juin - 17:29 par James M. Wilde



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Moira
& James




Et beaux, ils le restent. Ils demeurent stellaires dans l’arène de leur règne d’un soir, à se savoir invaincus à la face de leurs aînés qu’ils écrasent de leurs harmonies tapageuses. L’élan est immense, il roule sur la foule qui devient monstrueuse, corps anonymes, marée hurlante, indélicate, manipulée par ses démons rendus divins, le pouvoir qu’elle leur octroie à présent inaliénable. La pause offerte au recueillement classique les a laissés plus avides encore, comme ces camés à qui l’on promet une dose après les en avoir privés pendant des jours, jusqu’à exciter une faim innommable. James les transcende, il les envahit, il les provoque, il les unit. Il y a chez lui la sensation de communier avec chacun d’entre eux, il s’abreuve à leur passion, il purge la sienne au passage, le va-et-vient de cette connexion impure, presque triviale, suit les hurlements de sa voix et ceux de sa guitare, la rythmique acharnée de la batterie, le soutien inébranlable de la basse. Mais l’on sent qu’il lui manque encore quelque chose, il demeure incomplet tant qu’il n’a pas pu tous les boire pour les rejeter, ôter de son être leurs saveurs impies pour toutes les condamner. Puis… Take a Bow. Le morceau si particulier, dont l’électronique épure les relents du rock qui continuent pourtant de tournoyer dans toute l’immense salle et dans les coeurs déchaînés, offre un répit à sa voix qui suinte comme une psalmodie. Bientôt, il les désigne tous, il les maudit, il les vomit. Dans ses paroles, l’instinct de sa défiance, et son ton qui acère la méfiance dont il est constitué. L’ange devient diable, sa carnation trop pâle dévoile sa véritable nature, et ses yeux… ses yeux flamboient sur l’assemblée de ses fidèles, à qui il se met à promettre les enfers qui sont ainsi son quotidien. Et dans la catharsis, les flammes, dans la délivrance, l’infamie. You will burn in Hell, yeah you’ll burn in Hell, for your sins… L’écho des dernières notes hurle puis se réverbère en chacun. Un bref instant, l’on ne sait qui écope de la damnation. Toutes les créatures qui le louent, ou ce dieu infernal qui les hait en cette soirée si particulière. Megalomania n’est que l’éloge funèbre du concert qui marque sa carrière. Qui la porte aux nues. Qui l’envole vers ces cieux dont il se méfie. Car il connaît leurs miroirs, il connaît leurs faux-semblants. Il connaît la beauté de leurs couleurs chatoyantes, tout comme la morsure de leurs vérités dissimulées dans les flammes. Élève-toi Icare. Élève-toi une dernière fois. Et brûle d’avoir seulement osé…

***

Ce sont les yeux encore habités par son délire de puissance qu’il reparaît parmi les vivants. Arraché à ses ombres profanes, il semble encore nimbé par les lueurs des projecteurs qui le poursuivent telle une aura. Il dispute sa folie à un plaisir qui ne peut connaître aucune limite, seule celle qu’il décidera lui-même de poser. Il s’est élevé tel un dieu cette nuit et il croit ne plus jamais pouvoir déchoir de son Olympe, les applaudissements dans le ventre, la mine enfiévrée de la foule scarifiée dans l’âme. Tout paraît lointain, son souffle encore saccadé, la fatigue qui tiraille ses muscles encore menés par un sursaut d’adrénaline intense, les mots de Greg et d’Ellis qui viennent de le rejoindre, auxquels pourtant il répond sans discontinuer, incapable de stopper la mélopée de leur triomphe. Cela fait à peine deux minutes que la lumière s’est éteinte et pourtant ils se sont félicités en boucle, certains de leur victoire qui se consumait dans chaque prunelle de l’assistance et qui bruissait dans leurs cris de contentement. Il tient ses amis par la taille, trio uni de leur jeunesse, ils paraissent aujourd’hui indissolubles, créature à trois têtes qui rit, qui s’exclame et qui tonitrue. Les iris de James fouillent alentours, ne voient rien si ce n’est le camaïeu brouillé de cette extase qui continue de le porter. Ce soir, il sait plus que jamais pourquoi il s’est un jour décidé à braver les interdits pour devenir ce qu’il est. Ce soir, il sait qu’il n’y a rien de meilleur que ces instants arrachés à la plus brutale des conquêtes. Ce soir, il sait. Jusqu’à ce que ses yeux s’aimantent à elle, silhouette tentatrice et échevelée, et que corrèlent dans ses esprits bien trop ouverts sur le monde de ses sensations ses envies les plus enclavées. Ses yeux se mettent à la dévorer, la fièvre leur donne une intensité peu commune et il sent tout son corps secoué par l’onde des plaisirs, qu’il vient de puiser dans des milliers de victimes consentantes, rejoindre l’âme de sa prisonnière favorite, celle sans qui le festin n’eut pu être consommé. L’indécence de son expression bataille avec la satiété de sa nature comblée par une prestation sans faute aucune. Déjà Greg s’est détaché et sautille, transpirant auprès de Moira pour la serrer contre lui, Ellis se joint à l’embrassade, James n’est pas long à venir arracher sa part à l’accolade de groupe. Et les mêmes mots reviennent, tous en vrac :
_ Tu as vu, hein, tu as vu leur putain de réaction ? Ils l’aiment cet album, mieux encore, ils l’adulent, ils l’ad…
« Jamais ça n’a été comme ça, Moira, merci ! Merci mille fois, tu peux pas savoir comme… »
« Je crois que je me rendais pas compte, je me suis pas rendu compte, puis il y a eu ce moment où… »
_ Je sais qu’ils n’oublieront pas, je le sais, je le sens, je le sens jusque dans mes foutues tripes, je…
Des souffles courts, et leurs bras qui la serrent, impossible de savoir qui ou quoi, l’euphorie est telle qu’elle ne cesse de se communiquer entre eux. Puis ils se désolidarisent sans doute pour éviter d’étouffer leur productrice qui leur a permis de frôler leur rêve puis de le vivre ensuite. Ils s’observent tous à l’envi et pouffent volontiers, parce que personne ne semble tenir en place. Mais James regarde Moira, il la regarde encore, il la regarde toujours. Un sourire s’est empreint de ses lèvres, sourire ravageur de son charme sans entrave, et sans que même il n’y songe au préalable, c’est lui qui revient à elle et qui l’étreint pour la toute première fois. Une étreinte viscérale, une envie fulgurante, ce besoin de la serrer contre lui, de la serrer pour que les remerciements portés dans le secret de leur rencontre sous les arcades soient soudainement palpables. Il sent son coeur s’accélérer, toutes ses sensations à fleur de peau recueillent son corps fin comme une offrande supplémentaire à sa divinité, ses mains froissent sa robe, il inspire son odeur avec l’animalité de ses sursauts et bientôt, la rockstar s’oublie pour redevenir l’amant de cette soirée passée depuis sous silence. L’indécence dans son regard s’est quelques secondes glissée sous sa peau, le merci qu’il réitérait au creux de son oreille devient un baiser déposé sur la courbe élégante de son cou. Les autres ne voient rien, deux corps enlacés, les ombres des coulisses où passent toutes les équipes qui commencent déjà à démonter le décor d’un soir de fantasme devenu éternel. Ses lèvres se posent, la sensualité électrise son souffle, et sans que Greg ne s’oublie à lancer un goguenard « Eh ! Ne la vole pas pour toi tout seul. » il aurait baladé sa langue jusqu’à trouver sa bouche. Le baiser incomplet fait rugir ses instincts, il la relâche avec une brusquerie terrible, le choc glisse sur ses traits qui maquillent bientôt une réplique :
_ Ne sois pas jaloux, blondie, c’est moi qu’elle préfère de toute façon.
Dans les mots, l’assurance de leur jeu restauré, mais dans ses prunelles qu’il retourne sur elle, alors qu’il se sauve un peu plus loin, cette fièvre qui demeure, le trouble de s’être senti glisser une fois encore. Une fois encore jusqu’à elle. Il disparaît. L’abandonne à ses deux comparses qui continuent de la couvrir de compliments hautement mérités.

Il n’est pas long à retrouver Isolde, impériale dans sa robe carmin, elle l’attend avec Leela, toutes deux décoiffées et souriantes. Il y a une sorte de grâce altière dans l’attitude de sa compagne, celle que l’on usurpe lorsque l’on croit tomber et que l’on refuse pertinemment la chute. Il se passe une main dans les cheveux, presque inquiet de son apparence qui continue de brûler dans l’air dès qu’il le fend en des enjambées très rapides. Les équipes d’ingénierie le félicitent et il leur rend un signe, très peu avare ce soir de ce genre de libéralité. Sur le visage de la belle, il cherche la conquête lue dans tous ces idolâtres qui l’indiffèrent, mais il ne parvient à voir que cette joie franche sans y détourer la passion dévorante qu’il a immédiatement trouvée lorsque… lorsque… Son esprit se perd un instant, c’est la première fois qu’il se risque à comparer deux mondes qu’il n’imagine pas unir sans les briser, et sous son euphorie se glisse la frustration qu’il trimballe depuis des mois à tenter de se sustenter quand il ne jouit que dans la plus douloureuse dévoration. Les mots trouvent leur chemin sans même qu’il ne les prémédite, il ne rentrera pas. Les prunelles opaques d’Isolde se fanent. L’univers offert se referme lorsqu’il tourne les talons, sur des excuses doucereuses et des projets nouveaux. Ceux de toute sa vie, une vie dont il commence à la couper pour ne pas supporter qu’elle en soit le pantin qu’il ne parvient toutefois pas à manipuler. Faut-il qu’il soit un dieu pour tous quand il crève de ne l’être que pour une seule. Une seule… Mais une part de lui ne réussit plus à offrir de ces parures faciles à ses incohérences, il sait celle qu’il souhaite emporter en son royaume où il règne en maître.

Il reparaît, tremblant toujours de l’adrénaline qu’il ne laisse pas mourir, mais solitaire quand il lance à la cantonade :
_ On se casse ? Nous n’avons violenté qu’une partie de la nuit… Il en reste encore suffisamment pour notre appétit.
Le regard de Greg est surpris, celui d’Ellis semble ravi. Il a l’impression que cela fait une éternité que James n’est pas sorti avec eux en dehors du Viper, et bientôt, à l’unisson ils lui demandent :
« On va où ? »
_ Au Maze.
L’enthousiasme explose, dans l’air filtrent leurs jeunes années et les souvenirs trop nombreux que ce lieu semble réveiller. Wells évite de demander pourquoi James ne rentre pas auprès d’Isolde alors que c’est ce qu’il avait prévu à l’origine, il sait que la question serait malvenue alors que son ami apparaît plus heureux qu’il ne l’a été ces derniers temps. Ils commencent à s’organiser, entre la douche, les vestiaires, le moment où il faudra convier un taxi pour le départ. Et alors que le trio se reforme pour se précipiter, James glisse un regard par dessus son épaule, ses yeux tombant directement sur Moira :
_ Tu viens, bien entendu.
Une affirmation jetée en pâture à leurs forfaits. Il attend de voir si elle relèvera le défi de les accompagner, tout en ne sachant guère ce qu’il préfèrerait. Risquer d’outrepasser toutes ses limites en la traînant dans ses excès de noctambule, ou usurper les heures à festoyer loin d’elle, quand il ne souhaite que de l’avoir à ses côtés.​
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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mar 27 Juin - 13:05 par Moira A. Oaks





Dans sa tête, l’ouragan, et autour d’elle tous les complices de leurs dévastations. Les techniciens s’écartent sur son passage en appuyant leurs regards, la gratifient de leurs sourires épuisés mais radieux. Moira passe sa main sur les épaules de plusieurs d’entre eux, s’arrête une seconde à peine chaque fois, mais ne peut s’en empêcher auprès de ceux qui la suivent depuis des années. Son pas s’accélère encore. Elle veut être certaine d’être là au moment où James descendra des orgues, et quand elle arrive enfin sur le côté de la scène, son sourire tremble de l’émotion qu’elle retire à les voir enfin, tous les trois, liés comme indissociables, solaires bien que leur œuvre frôle de si près les ombres. Moira les regarde de longues secondes sans un mot, leur laisse cet instant hors du temps qui les grave dans la mémoire du lieu mythique qu’ils viennent de conquérir. Elle savoure les échos de leurs voix dans la pénombre des coulisses et le tremblement de leur timbre quand ils réalisent l’étendue de leur triomphe. Elle s’accapare chaque son, chaque mot qu’elle perçoit de là où elle se trouve pour les garder comme autant de trésors dont elle ne veut jamais se départir. Le visage radieux de Gregory se tourne alors vers elle et les yeux de Moira se plissent, rieurs, à le voir bondir jusqu’à elle pour la prendre dans ses bras, oubliant toute la timidité qu’il avait encore il y a quelques jours à peine. Ses mains sur ses  épaules, elle pouffe en sentant ses pieds à la limite de se décoller du sol avant qu’Ellis ne les rejoigne pour prendre part à l’accolade. Les remerciements affluent, les impressions s’affolent et la productrice tente de suivre comme elle le peut. Mais ses émotions se retrouvent dans les leurs et toutes se portent les unes les autres pour exciter les pulsations de son cœur qui semble prêt d’exploser dans sa poitrine. Elle se perd avec eux, boit la liesse ainsi partagée. Jusqu’à ce qu’elle le voie. Le regard de James capte le sien sans qu’elle ne parvienne à s’en détourner et les exclamations d’Ellis et Gregory deviennent un bruit de fond dont elle ne cherche plus à comprendre la teneur. Elle plonge dans le bleu de ses yeux, en oublie le bruit tout autour et les clameurs qui commencent à peine à s’atténuer du côté des gradins. Elle se fige jusqu’à ce qu’il rejoigne le groupe à son tour et pour la première fois depuis le début de leur collaboration, Moira sent presque le trio devenir quatuor, sa silhouette capturée par leur folie à tous les trois, embrassée par leurs ardeurs, fusionnée à leur symbiose. Elément du groupe resté en coulisses. Guide mystérieux qu’on ne voit jamais sur scène. Moira respire le succès qui brille dans chacune de leurs prunelles, ne sait plus où donner de la tête quand chaque attention l’attire vers l’un puis vers l’autre. Elle rit sans s’arrêter, attendant qu’ils s’écartent, mais alors que l’air lui est rendu, elle ne parvient toujours pas à le respirer. Ses yeux toujours dans ceux de James, elle ne lui offre que son sourire quand tous ses instincts violentent son cœur dont elle s’efforce d’ignorer les suppliques. Sa respiration laborieuse étrangle les tremblements de son souffle. Elle reste face à lui, les images de ses trop nombreuses sollicitations sur scène gravées sur sa rétine. Elle ne sait plus ce qu’elle attend, si elle attend même quelque chose, quand James rompt brutalement toutes ses digues et libère le flot des émotions qu’elle avait tant de mal à retenir. La stupeur la laisse interdite entre ses bras, tétanisée lorsqu’elle réalise ce geste qu’il a pour la première fois. Le souffle retenu dans sa gorge, les yeux grands ouverts, elle reste quelques longues secondes figée contre lui, incapable de réagir. Mais les sentiments qu’il rappelle lui font oublier toutes ses retenues et elle finit par glisser ses bras autour de ses épaules pour l’étreindre à son tour. Ses yeux se ferment pour se noyer à son contact. Elle respire ses parfums comme elle le fit un soir sur son pallier. Ses poumons s’imprègnent de son odeur comme si l’absence avait de nouveau vicié ses chairs alors qu’il ne s’est plus jamais éloigné d’elle. Le manque coule pourtant si semblable dans ses veines et son appui s’affermit sur ses épaules malgré les freins qu’elle continue  de s’imposer. Car la litanie reprend dans sa tête, promesse inattaquable qu’elle ne peut bafouer. Elle réentend les mots portés dans les secrets d’une nuit passée sous silence, serments inévitables pour ravaler leurs faiblesses, limites infranchissables pour préserver l’insatisfaction de leurs équilibres. Le mirage du bien pour échapper au vide. L’illusion du tout pour éviter la chute. Elle s’abrutit à vouloir y croire. Elle s’y raccroche comme une damnée. Mais elle sent les frontières qui se brouillent sous les mains de James, les résistances qui se froissent comme l’étoffe de sa robe. Son dos se tend et pourtant elle l’accueille, n’écoute pas une fois les menaces qu’il dessine dans chacun de ses gestes. Les lèvres de James échappent un murmure qu’elle entend à peine car elle les sent qui glissent le long de son cou. Le baiser échoue sur sa peau. Le frisson la prend toute entière. Elle rouvre brusquement les yeux, se raccroche au monde autour d’elle pour ne pas se perdre dans le sien. Pourtant, sa main remonte jusqu’à son cou, ses doigts à la limite de sa nuque. Elle prolonge l’étreinte, s‘oublie juste un instant, protégée par la pénombre qui dissimule son geste aux yeux des rares capables de le noter. Et elle sent la pente. Elle la sent qui revient sous leurs pieds, plus raide encore depuis qu’ils s’y sont laissés glisser une première fois. Mais elle referme les paupières, la dissimule encore, continue de prétendre conserver l’équilibre quand James la pousse chaque fois à fragiliser ses appuis. Les pulsations de son cœur sous ses doigts, la perdition au bord des lèvres, sa promesse se dresse comme unique parade. Je ne les forcerai pas, James. Je ne les forcerai pas… La voix de Gregory retentit derrière eux. Sa respiration s’affole de la crainte d’avoir été démasqués. James s’écarte brutalement sans qu’elle ne le retienne, une main pourtant laissée sur son épaule comme un ancrage qu’elle refuse d’abandonner. Le ton de leurs jeux ancestraux replace leurs déguisements échoués à leurs pieds. Moira tente en vain de retrouver le sourire dont elle aurait dû se parer et alors que James s’éloigne. Sa main retombe comme une caresse sur son bras. Mais la parenthèse cette fois ne se referme pas. Elle ne se referme plus.

James disparaît. Les yeux de Moira le suivent jusqu’à le perdre dans les secrets des coulisses. Sa nuque se hérisse comme si son souffle la frôlait toujours, la faisant passer une main dans son cou pour en balayer les frissons. Gregory et Ellis reviennent comme une diversion mille fois bienvenue mais son corps toujours ploie sous les sensations qu’elle ne parvient pas à taire. Le regard de Moira peine à se maintenir. Elle craint qu’on y lise tout ce qu’elle se tue à enfouir sous des mensonges qui lui semblent tous dépassés. L’effervescence qui demeure chez les deux musiciens lui permet encore de cacher son trouble. Elle met de longues minutes à retrouver la maîtrise de ses sens.

Elle ne l’aperçoit pas avant d’entendre la voix de James dans son dos et Moira se recule presque quand elle se retourne tant elle n’imagine pas une seconde son appel valable également pour elle. Les iris du musicien reviennent alors provoquer les siens et elle lit dans ses yeux l’ultime défi qu’il pouvait lui infliger ce soir avant même qu’il ne le formule. Moira le regarde de longues secondes sans plus savoir à qui elle laisse le temps de reculer. L’incompréhension envahit ses traits alors que la brûlure des lèvres de James dans son cou lui rappelle encore cette limite qu’ils ont manqué de franchir. Ses murmures lui reviennent « Je n’accepterai pas de te perdre… Je ne veux pas. Je ne peux pas. » Alors pourquoi la pousse-t-il toujours à frôler la chute dont il dit vouloir la garder ? Pourquoi exciter toutes ses tentations quand elle ne cesse de s’en défendre ? Moira est trop longue à répondre et le regard du rockeur la toise avec l’arrogance de celui qui sait les épreuves qu’il est en train d’infliger. Les phalanges rendues blêmes, ses doigts contractés sur sa robe, la productrice hésite trop longtemps pour espérer pourvoir le nier. Mais derrière les promesses qu’elle se répète et les appels à la prudence de son cœur qui continue de frapper ses côtes, elle se heurte violemment à un besoin de réponse qu’elle ne sait plus ignorer : celui de savoir enfin ce que James cherche à prouver. Les mots filtrent entre ses lèvres qui tracent un sourire comme une fêlure dans ses dernières résolutions :
- Bien entendu.

Elle s’est enfermée dans une des loges, prétextant une retouche maquillage pour aller quérir un dernier moment de solitude. Moira se regarde dans le miroir illuminé par les vieilles ampoules qui lui donnent un teint presque blafard. Les questions affluent dans sa tête. Elle n’a plus la force de les repousser. Le regard de James lui semble toujours rivé sur elle. Elle jurerait qu’il l’observe quelque part dans la pièce. Elle inspire et se redresse, debout face au miroir, et ses doigts parcourent sa peau, sa pommette sur laquelle le fond de teint s’est effacé, la ligne de sa mâchoire et le creux de son cou. Elle frôle l’endroit où se sont posées ses lèvres, échoue sur la clavicule qu’il a un soir embrassée. Et la même phrase dans ses esprits paniqués, la même incertitude qu’elle ne peut museler. Qu’est-ce que tu es en train de faire ? … Son souffle tremble. Elle déglutit pour retrouver le contrôle de ses membres et tire son mascara de sa pochette, redessine ses cils, corrige rapidement son teint. D’une main gracile, elle replace les mèches de sa coiffure que ses épingles ont laissé échapper. Bien droite devant la glace, elle se regarde encore, cherche sur les traits de cette femme la détermination qu’elle a l’impression de voir filer entre ses doigts. Qu’est-ce que tu es en train de faire ? Elle s’empare de ses affaires et sort d’un pas précipité qu’elle ne freine qu’une fois à l’abri de son reflet. Moira rejoint la scène qu’elle découvre brutalement dénudée, les derniers décors déjà désossés pour rentre au Royal Albert Hall sa sobriété d’antan. Les pensées se taisent, ses inquiétudes étranglées pour repousser la fuite. Son regard cherche les garçons et s’accroche à la carrure d’Ellis un peu plus loin. Ils sont tous là, et si son cœur continue de battre d’un rythme acharné, elle les rejoint le sourire aux lèvres pour lancer d’une voix presque assurée :
- Tout le monde est prêt ?
Ses iris croisent une fois ceux de James. Ils s’y arriment trop longtemps. Trop longtemps pour dissimuler le tremblement de ses lèvres. Trop longtemps pour ne pas révéler ce que son maquillage continue de dissimuler à ceux qui ne la connaissent pas comme lui : l’image toujours parfaite retrouvée comme une armure, la stratégie ancestrale qui face à lui ne cesse de la trahir.

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mar 27 Juin - 14:16 par James M. Wilde



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L’eau glacée ne calme pas les soubresauts qui se sont emparés de son coeur depuis qu’il a déchu de scène pour reparaître presque dénudé dans les lueurs blafardes de son quotidien compliqué. Il sent encore ses doigts à l’orée de sa nuque et il frissonne violemment, alors que la douche oblige son corps à rendre les armes, brûlant sous les aiguilles de chaque goutte qui mord sa peau. Les cheveux encore humides, il s’affranchit de chacune de ses craintes plus les pensées envahissent le trouble pour le rendre tumultueux. L’envie semble soudain si prégnante qu’elle creuse son ventre et le rend d’une nervosité plus palpable encore que celle qui le taraude dans ses habitudes angoissées. Il sent… Ses gestes glissés qu’elle a esquissés sans jamais le repousser, il sent l’appel, celui de son besoin devenu dévorant, il sent la frénésie qu’il a la déraison de vouloir lui imposer quand pourtant il a posé tous les interdits lors d’une nuit devenue empoisonnée. Il peine à se souvenir des causes quand les craintes reculent, il peine à les brandir pour ériger des murailles quand il les sait proches de se briser. Et que tout son être souhaite les écrouler, ce soir plus que jamais, tant la victoire s’apparente à la brutalité de la conquête. Pourquoi s’interdire des territoires maudits quand il semble pouvoir tous les envahir sans que rien ne l’arrête ? La contradiction se meut dans son dos pour électriser tous ses sens, et bientôt, quand ses pas le font retourner sur la scène tel le profanateur qui la souilla quelques minutes plus tôt, la splendeur de ses crimes ne fait que le laisser dans des airs magistraux, les habits de scène virginaux toutefois troqués contre ceux du deuil de ces soirées qu’il use et abuse en se perdant dans le noir. Paré de son éternel jean, ton sur ton avec son t-shirt trop sobre, la carnation blême de ses humeurs tranche violemment dans la lumière tamisée. Greg et Ellis sont en train de parler à un beau diamant vert, il se porte à leur hauteur et clame, railleur, en reposant ses yeux inquisiteurs sur elle :
_ Depuis quand on fait la sortie des maternelles avant d’aller en boîte ?
Ella ronchonne gentiment, même si son regard trouve celui de son frère pour y allumer une lueur aussitôt rieuse. Trop de temps écoulé sans qu’ils ne profitent d’une nuit côte à côte, quelque chose de proscrit selon les résolutions paternelles mais Wyatt est loin, inconscient de tout ceci, tel que James semble le croire.
« Tu as peur de me confondre avec ces filles prépubères que tu débauches ? Je suis trop vieille selon tes critères, tu sais bien, il n’y a pas de danger ! »
Greg murmure un « touché » tandis qu’Ellis part d’un grand rire. La réaction de James est plus mutine encore quand il s’entend confesser d’un ton doucereux :
_ Mes critères changent je crois…

Et celle qui les bouleverse tous fait son apparition à cet instant précis sans qu’il ne puisse retenir le regard appuyé qu’il réserve à l’impromptu de la situation. Il perd le fil de sa phrase, appuie ses airs cyniques sur elle, cherche à détourer le malaise qu’il a cru surprendre au moment de son invitation déplacée. Le tremblement qu’il aperçoit ébauche son sourire en coin, il ne peut que narguer la position délicate dans laquelle il cherche à la précipiter, sans comprendre encore qu’il ne fait que chanceler lui-même. L’assurance qu’elle souhaite mettre en exergue ne le trompe pas une seule seconde, mais il se détourne d’elle, comme pour lui laisser quelques secondes de ce répit nécessaire dans le jeu malsain qu’il a dessiné par ses instincts pervers. Marcy trottine derrière elle, reflet antagoniste de la classe perpétuelle de la productrice, sa nymphomanie l’ayant comme de coutume poussée à arborer une robe trop courte et un maquillage trop prononcé.

« C’est parti, on vous attendait » confirme Greg d’une voix chantante. Il semble à peine redescendu de son extase, ce qui lui donne la folie de distribuer des clins d’oeil très facétieux à Moira quand il osait à peine lui faire la bise quelques semaines auparavant.

Tout ce petit monde s’achemine de concert jusqu’à la voiture qui patiente pour eux, un véhicule noir qui les avale un à un sans renâcler à la tâche et si James prend place aux côtés de sa soeur, il se retrouve face à l’objet de sa tyrannie à qui il n’adresse pas un seul regard tout au long du trajet, tantôt en grande conversation avec sa cadette, qui les félicite tant et plus quant à leur prestation, tantôt abîmé dans la contemplation de la nuit qui défile par la fenêtre. Mais en vérité, c’est le reflet du visage de Moira contre le verre qu’il traque, ses traits brouillés par l’obscurité qu’il se plaît à dévorer, excitant plus encore une convoitise qu’il ne parvient plus à tenir en bride. Ça n’est que lorsque Ellis conte l’origine de leur destination qu’il se permet de détendre ses doigts, qu’il surprend crispés au point de s’enfoncer dans sa cuisse, un rappel de cette douleur constante qu’il s’inflige en ne se laissant pas totalement fondre sur sa proie.
« Ça fait un bail qu’on connaît l’endroit, mais si c’était un petit pub qui s’improvisait nighclub à un moment donné, c’est devenu bien plus à la mode aujourd’hui. Tu sais, gamine, c’est le carré VIP qui s’illumine en fonction du rythme des basses… »
Ella semble percuter et affiche un sourire ravi en se rappelant de la soirée de ses 20 ans qu’ils ont passée là-bas tous ensemble et si James ricane en racontant combien sa soeur doit avoir un souvenir éroné de l’endroit tant il l’a raccompagnée ivre chez papa et maman, son rire n’est que factice et échoue dans l’air qu’il peine à respirer quand Moira le partage à quelques centimètres.

Il s’extrait de l’habitacle en semblant fuir son exiguïté et réarrange le col de sa veste en cuir qu’il resserre autour de son cou avant de mener les déambulations du groupe jusqu’à une porte réservée au personnel. Le videur les reconnaît aussitôt et leur ouvre, en les saluant d’un aimable signe de tête avant que la musique ne les cueille, à peine insonorisée par les murs trop fins du couloir qu’ils empruntent. Ils ne sont pas longs à croiser le pas martial d’Ellen, la gérante du Maze, qui semble poursuivre de ses invectives un membre du personnel peu scrupuleux. Elle stoppe cependant sa course vengeresse en reconnaissant le visage de James, à qui elle lance un presque bourru :
« Tu ne devais pas aller te la péter sur des airs classiques grandiloquents ce soir, Wilde ? T’as changé de projet ou ils ont enfin compris qu’une engeance telle que toi n’était pas crédible dix minutes ? »
_ Chut Ellen, le dis pas si fort, ma productrice est là et si elle réalise la fraude, elle risque de me virer.
« Ah pardon, entretenons le mythe encore un peu alors. Vous connaissez le chemin les mecs hein ? Virez du passage, vous gênez mes serveurs. »
Et elle file telle Minerve en grande équipée, non sans venir embrasser le trio et serrer la main de Moira à qui elle sourit largement, visiblement heureuse de la compter parmi ses hôtes. Ellen est une petite brune très maigrichonne aux cheveux coupés courts, garçonne et tatouée, elle arbore son éternel marcel noir qui dénude ses épaules où les os saillent, mais dans ses airs, il y a cette franchise qui l’a aussitôt liée aux garçons trop habitués de ce lieu cultissime dans leurs jeunes années pour abandonner leurs pénates. Greg, après avoir presque frôlé les lèvres d’Ellen, attitude qui dévoile la promiscuité de leur lien, la regarde partir sans retenir une oeillade pour sa silhouette gainée dans son pantalon de cuir :
« Je crois que j’aimerais bien encore être serveur ici parfois… »
James a un air soudain très nostalgique, avant qu’Ellis ne dissipe les rangs :
« Dis surtout que ça te permettrait de subir ses foudres au quotidien, ouais. »

Ils suivent le couloir avant d’emprunter une galerie qui les emmène aussitôt au carré VIP, désespérément vide, et qui en effet s’illumine au rythme de la musique électronique dont la rythmique syncopée fait pulser la piste quelques pas plus loin. Moins modernes que le Viper, les lieux font apparaître une serveuse visiblement éprouvée par la furieuse hiérarchie à défaut de tablette connectée directement logée dans la table basse. Ils passent tour à tour leur commande et prennent place, non sans une sorte de dérobade de James qui pousse Greg pour pouvoir s’assoir à l’extrémité du canapé en U, ce qui lui permet de voir Moira contrainte de se placer juste en face de lui une fois de plus. Ses prunelles la dévisagent longuement, comme pour la narguer et poursuivre le jeu qui n’a rien de hasardeux quand on sait qui en dessine les règles. La conversation des autres disparaît et l’arrogance au bord des lèvres qu’il trempe distraitement dans son verre de scotch, il l’observe et la dénude littéralement des yeux alors que la musique change, plus lourde et plus intense, comme pour suivre le déroulé langoureux de ses songes. Il y a dans ses airs les interdits qu’il a clamés, tous tendus contre elle pour venir hérisser sa peau, et la pousser à ployer ou à tourner les talons. La défaite pour elle, la défaite pour lui, l’évidence de la fraude. Ses iris glacés remontent l’ensemble de son corps pour venir la chercher et lui signifier l’inclinaison d’une pente qu’il ne maîtrise plus pour la dessiner de plus en plus acérée. Qu’elle parte, qu’elle parte ou qu’elle sache le repousser, c’est après tout ce qu’elle a prétendu il n’y a pas si longtemps. Chez lui, gravée au fond de l’hérésie arrachée à la scène, grogne la bestialité d’une nature qu’il a par trop libérée au fil du concert, la déraison dégouline dans ses yeux qui continuent de la déshabiller pour mieux la départir de ses attitudes si factices. Chaque phrase qu’elle ébauche l’agace, chaque geste qu’elle trace le révolte, il a l’impression de la porter au rang des coupables quand il se sent prêt à commettre la faute. Plus rien de cette douceur. Peu à peu le trouble de sa rage. Mais un importun brise le rythme de cette danse mutique, Ellis coupe son champ de vision en s’arrogeant le droit de l’enlever à lui, l’invitation tonne telle une discordance et la bouche de James se tord, la grimace de jalousie ostensible pour qui le regarde, même s’il se tance intérieurement de dévoiler une réaction aussi triviale quand son ami a tous les droits de lui offrir la distraction qu’ils ont tous deux méritée. Il se contracte, la posture figée, le mécontentement en bandoulière qui sculpte ses traits dans la pénombre électrique. Qu’elle parte. Qu’elle parte. Ou qu’elle sache le repousser… Sauf qu’il aimerait être celui qui tend cette main si polie jusqu’à elle, il aimerait esquisser le sourire amical d’Ellis pour la convier dans une danse sans heurts, la serrer contre lui sans vouloir la posséder. Ses doigts tremblent autour du verre, il ravale la hargne qui pulse dans ses veines en étanchant les mots qu’il souhaiterait substituer à ceux du bassiste à grandes gorgées.
« Je suis sûr que tu as envie de danser. »
Grand connard. La pensée le gifle, la jalousie continue de le mordre. Il s’entend ponctuer sur un ton incisif :
_ Elle est sans doute venue uniquement pour cela… À quoi bon se perdre jusqu’ici si ce n’est pour continuer ce qu’elle a débuté tout juste devant nous.
Devant moi. Devant moi. Les mots brûlent ses lèvres à devenir d’autres mensonges indéchiffrables. Il la veut pour lui seul quand il détourne la dureté de ses prunelles pour lui rendre sa liberté.
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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Jeu 29 Juin - 9:27 par Moira A. Oaks





Elle a tenu son regard jusqu’à ce que James l’en libère et sa poitrine s’est enfin soulevée pour lui rendre l’air dont elle se privait. Moira a détourné les yeux sans plus savoir où les accrocher, balayant la salle comme une étrangère perdue entre tous ces visages pourtant si familiers. L’enthousiasme qui les habite tous peine à l’atteindre quand ses pensées ne sont tournées que vers les dangers qu’elle décèle dans les prunelles de James chaque fois qu’il lui revient. Elle sait la folie qui l’a prise encore, cette fierté qui parle bien avant la raison, ce besoin de lui tenir tête alors même que son obstination met en péril l’équilibre précaire qu’ils ont voulu bâtir. Les rires qui résonnent dans le théâtre déserté de leur triomphe ne lui tirent que des sourires factices pour entretenir l’illusion dont elle se pare pendant qu’elle cherche parmi eux un visage dont l’absence serre encore davantage les nœuds qu’elle sent naître dans le creux de son ventre. Elle ne trouve pas Isolde. Elle ne la voit pas, ni elle ni sa fille.  Elle inspire encore, se répète quelques secondes que son amie doit certainement les rejoindre plus tard, après avoir laissé Leela en garde chez elle. Mais alors que ses yeux reviennent interroger ceux de  James, elle réalise qu’Isolde ne sera pas avec eux cette nuit. Son cœur s’écrase violemment contre ses côtes. Elle cherche une explication qu’elle peut accepter de croire, une qui ne ressemble pas à un mensonge uniquement venu soulager sa conscience. Isolde a dû rentrer se coucher avec Leela. Elle ne pouvait certainement pas la faire garder ce soir. Ce n’est que cela. Ca ne peut être que cela. Pourtant, Moira fixe le seul décisionnaire de cette soirée et dans chaque regard qu’il ne lui rend pas, elle croit lire les attitudes qu’elle ne lui connaissait plus depuis des mois : celles de l’homme farouchement libre qui est venu un jour de novembre pousser la porte de son bureau.

Le groupe une fois complet s’achemine vers la voiture et Moira entre pour se caler dans le coin sur la banquette. Ses yeux ne croisent ceux de James que quand il se place juste en face d’elle, et la vague encore la prend toute entière. Moira maquille la sensation en feignant d’écouter le discours d’Ellis qui leur raconte l’origine de leurs liens avec le Maze, mais elle n’écoute que son cœur qui semble avoir décidé de monter lui briser les tempes. La tension revient se jouer de ses muscles. Elle respire à peine, ne parvient pas à se concentrer, et si les rires d’Ella ont le mérite de lui faire distribuer quelques sourires sincères, elle continue de se faire violence pour ne pas regarder son vis-à-vis. Moira s’abîme dans l’observation des rues londoniennes, le défilé des lampadaires qui se dessine en reflets blancs sur les vitres. Les éclats de voix enjoués du groupe rebondissent dans l’habitacle qui semble rétrécir plus encore chaque minute et la productrice se presse dans le coin de la banquette, les deux jambes repliées contre la portière pour s’assurer de ne jamais frôler celles de James. Il ne la regarde pas. Pourtant, elle le surveille à chaque instant, coups d’œil précipités qu’elle ne peut s’empêcher de lui lancer alors que l’agitation autour d’elle la laisse absolument en dehors. Le trajet lui semble interminable. Elle lit chaque pancarte pour s’occuper l’esprit. Mais ses doigts jouent toujours nerveusement sur sa robe, s’attaquent à l’étoffe à défaut de la peau qu’ils se souviennent avoir un soir embrassée. Moira attend l’échéance, elle attend de savoir. Savoir ce qu’il veut lui dire. Savoir ce qu’il cherche à provoquer. Et ce n’est qu’à ce moment précis qu’elle le voit. Ses iris plongent brutalement dans les siens. Leurs reflets se confrontent et sa gorge se serre si douloureusement qu’elle doit se forcer à déglutir. Elle maintient pourtant son regard, y cherche les réponses qu’il refuse toujours de lui donner. Maintenant qu’elle le lit, elle sait. Elle sait qu’elle n’est pas la seule à toujours le regarder.

Elle manque de sursauter lorsque la voiture se stationne et alors que James semble s’enfuir aussi rapidement qu’il le peut, elle met de longues secondes à s’extraire de l’habitacle, soucieuse de réinstaller entre eux une distance qu’ils ne cessent briser. Elle suit finalement Gregory qui a tendu une main pour l’aider à sortir, la gratifiant d’un nouveau clin d’œil qu’elle ne se lasse pas de découvrir, et elle pénètre avec leur joyeuse bande dans l’antre qui a accueilli les premiers exploits des Wild. La musique électronique tonne entre les murs, faisant résonner sa rythmique dans leurs cages thoraciques qui vibrent à chaque impact qui percute les caissons de basses. La lumière artificielle colore le nightclub en teintes changeantes, savant mélange qui suit les ambiances de chaque morceau hurlant dans les baffles. Alors qu’elle approche du bout du couloir, Moira cherche à se remémorer sa dernière soirée en boîte de nuit si elle en exclut ses passages au Viper. Le souvenir ne lui revient pas. Il doit être si vieux désormais…

Ses réflexions se font interrompre par l’apparition d’une petite brune aux airs légèrement masculins qui font immédiatement naître chez Moira un sourire en coin qu’elle laisse s’agrandir très franchement dès les premiers mots que la gérante prononce. La productrice hausse un sourcil en direction de James avant de répondre avec entrain à la main qu’Ellen lui tend, convaincue dès les premières secondes qu’elle se trouve en face de quelqu’un qu’elle a de bonnes chances d’apprécier. L’interlude lui permet de retrouver un semblant d’assurance ainsi que les prémices du jeu pour oublier quelques secondes avec James les dangers du défi qu’ils se sont lancé. L’air lui paraît enfin moins lourd jusqu’à ce que le groupe s’achemine vers le carré VIP. Moira suit Ella qui s’assied à sa gauche sur le canapé et ne rate pas une miette de la manœuvre de James qui parvient encore à se placer juste en face d’elle. Elle refuse cette fois de le lâcher des yeux et prolonge la rivalité de leurs regards jusqu’à en oublier de se tourner vers la serveuse lorsqu’elle lui commande son verre. Les sons tapageurs qui s’élèvent des enceintes comme les discussions qui s’ébauchent à côté d’elle disparaissent pour lui laisser tout le loisir de détailler les iris de James qui se teintent d’une couleur de plus en plus sombre à mesure qu’elle refuse de baisser le regard. Le jeu se pervertit. Les règles se troublent et son dos frissonne de la crainte qu’elle ressent à n’en détenir aucune. Il la dévisage sans lui laisser aucun répit, et si sa fierté l’empêche de céder, c’est une chaleur bien différente que Moira sent naître dans le creux de ses paumes, celle d’une colère qui s’insinue sournoisement dans ses veines pour maudire cette froideur avec laquelle il choisit de la confronter. Le but de ses manipulations lui échappe. La dangerosité de sa position la fait frémir. Elle ne sait plus quelle attitude adopter, se tétanise toujours sans se dérober. L’air s’alourdit d’une impression malsaine qui la fait se tendre sur le canapé. Et James la dévisage. Il la dévisage toujours. Les mâchoires de Moira se serrent et dans une ultime provocation, elle choisit enfin de se détourner. Ses prunelles cherchent celles de Gregory, d’Ellis, de Marcy même, qu’importe. Elle prend part à la conversation, ignore celui qui l’espionne puisqu’aucune arme ne lui permet de le contrer. Elle vient trouver dans sa Marguarita le courage de ne pas lui revenir, de noyer les élans qui la poussent toujours vers lui alors même qu’il n’a jamais paru si glacial. Ou au contraire, si brûlant qu’elle ne peut accepter de l’approcher. L’alcool flatte sa gorge et inhibe sa conscience. Elle vide son verre trop rapidement pour que la prudence ne soit guère malmenée, et lorsqu’Ellis se lève pour l’inviter à danser, elle n’hésite pas un instant avant de prendre la main qu’il lui tend, impatiente de se tirer du piège dans lequel James l’a enfermée. Elle se risque à lui jeter un dernier regard quand elle se lève, le toise sans plus savoir ce qu’elle attend de lui, et sa réplique cingle l’air comme une gifle qu’il voudrait lui asséner. La productrice se redresse, son orgueil depuis trop longtemps familier de ses piques pour se laisser si aisément blesser, et elle répond avec un sourire capable de tromper toute l’assistance, sauf lui :
- Il faut bien que certains aillent au bout de ce qu’ils prétendent.
Elle le transperce une dernière fois de son regard et laisse Ellis la guider jusqu’à la piste.

La musique pulse tout autour d’eux mais demeure trop faible pour faire taire les voix qui se déchirent dans sa tête. Moira suit les pas d’Ellis, un sourire sincère dessiné sur les lèvres qu’elle doit pourtant se forcer à maintenir tant ses esprits sont tous tournés vers les noirceurs dont James ne cesse de l’entourer. Les incertitudes dansent tout contre elle, la poussent et la bousculent comme un pantin au milieu des danseurs galvanisés par la seule promesse d’une nuit enfiévrée. Les réflexes sauvent l’apparence calculée de ses pas alors qu’elle ondule et tourne à chaque appel du bassiste. Elle danse pour tenter d’oublier, ferme les yeux pour se laisser emporter. Mais ce sont ceux de James qu’elle croise encore au moment où elle rouvre les siens et son cœur frappe encore contre ses côtes comme une alarme qu’elle voudrait étouffer. Il ne se passe qu’une seconde avant que Moira ne le prive à nouveau de son regard et retourne se perdre au milieu de la foule, suivre les pas d’Ellis pour rester hors de portée. Elle le sent pourtant dans son dos. Elle le sent comme s’il la traquait. Et alors que son cavalier lui fait glisser ses bras autour de ses épaules, elle revient chercher les prunelles de James, confronter son prédateur comme pour le voir approcher. Des secondes entières passent sans qu’elle ne se détourne une fois. Sa respiration se bloque dans sa poitrine, ne reste que l’automatisme de ses pas qu’Ellis continue de guider. Dans sa tête, les mêmes questions qui se bousculent à toutes vouloir se précipiter, les mêmes craintes qu’il réveille à se faire son tortionnaire quand il ne devait que la protéger. Elle le fixe sans plus savoir comment l’atteindre, le supplie de lui dire ce qu’il est venu chercher… Jusqu’à ce qu’un jeune homme un peu trop ivre la bouscule sur le côté. Moira perd James de vue, s’accroche au bassiste qui fait un pas agile pour la rattraper. Ellis rit quand elle revient croiser son regard, retrouve le rythme pour continuer de mener. Mais la productrice se tourne dès qu’elle le peut vers le carré VIP et son ventre se tord brutalement quand elle le trouve déserté par l’instigateur de la soirée. Ses iris cherchent James un moment sans parvenir à le trouver et son cœur accélère encore pour faire concurrence aux basses qui tambourinent dans les enceintes. Ses sourcils se froncent alors qu’elle observe chaque recoin du nightclub pour l’y débusquer. Le morceau s’achève, Ellis s’écarte gentiment et elle peine à revenir à lui avant de lui sourire malgré la crispation qui refuse de l’abandonner. Elle se hisse sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue et lui dire à l’oreille :
- Regarde, je crois que Marcy t’attend près du canapé. Ne laisse pas ta belle s’ennuyer. Je vais me commander quelque chose à boire.
Elle passe son pouce sur son menton avant de s’échapper en direction du bar, les traits aussitôt tendus dès que plus personne n’est là pour les observer. Lentement, elle se fraye un chemin au cœur de la foule qui suit le rythme soudain langoureux qui accompagne les lumières progressivement tamisées. La fièvre envahit la piste. Mais dans son corps, les sensations sont toujours les mêmes. Les mêmes peurs qui lèchent ses lombaires. Les mêmes inquiétudes qui imprègnent sa poitrine. Les mêmes brûlures qui embrasent son ventre. Et dans chaque frisson qui parcourt ses chairs, elle se sent prête à perdre pied.

© ACIDBRAIN
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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Jeu 29 Juin - 14:27 par James M. Wilde



« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James





Chaque seconde. Chaque seconde, il la fixe. Il ne peut s’en empêcher, c’est un réflexe maladif, alors que ses résolutions s’enfuient pour déshabiller devant tous ses instincts les plus torves. La jalousie palpite toujours dans son coeur, la musique le taraude, elle continue de le harceler, envahissant tout son corps, à moins qu’il ne s’agisse uniquement de l’image de Moira confiée à un autre, quand ce soir il crève de s’imaginer être le seul à pouvoir la toucher. Il crispe ses doigts sur son jean au moment où elle passe ses bras autour des épaules du bassiste, vide son verre d’un trait et assèche sa langue qui ne parvient plus à former une quelconque syllabe. Le brouhaha des conversations glisse sur sa peau hérissée, la colère gronde, la complétion de ses triomphes déjà rendue amère par l’alcool. La première fois que leurs regards se connectent, il brûle de la happer pour l’enfermer plus encore, mise au secret du jeu inédit dans lequel il la traque cette nuit, mais si elle s’est laissée abîmer jusqu’alors, cette fois-ci elle le fuit. Sa froideur retombe tel le couperet sur ses épaules tendues par ses calculs les plus fourbes. Dans ses esprits qui tordent sa réalité, il y a les desseins qu’il recouvre à les avoir bien trop ébauchés au creux des insomnies les plus inavouables, la déraison soulève son coeur et révèle une nature jusqu’alors soumise par un quotidien qui le maintenait dans sa cage dorée. Les barreaux dissous dans les cris, rognés par les applaudissements, il se retrouve à courir dans la délectation des espaces immenses que sait tracer son âme délivrée jusqu’à elle. Des territoires où il l’enchaîne à la toiser, des territoires où il déchaîne ses envies pour les lui imposer. Plus de maître que celui qu’il a choisi un jour dans le sursaut de ses folies, ce qu’il reste de lui lorsqu’on ôte les fers. Moira lui revient mais elle le découvre confié à la fureur qui glisse sur son visage pour le refermer à elle, la phrase mutine de sa proie revient le tancer et le mordre… Et il ne prétend plus. Une seule infinité pour délivrer ce qu’il planque, cette envie d’elle presque palpable et qui fouaille ses chairs pour les faire saigner, la douleur de se savoir enclavé par la plus horrible des évidences, le plaisir qu’il trouve à ses incohérences. En demander encore. Et s’imaginer lui prouver qu’elle n’est que le miroir de la faute pour la savoir enfin à sa portée. Tu ne m’échapperas pas… Reflet évidé de lueurs, l’opacité du drame qu’il précipite pour remporter le défi de son inconscience, gagner pour céder enfin et l’accuser ainsi d’être l’instigatrice de la trahison. Mais c’est lui qui trahit… et sa bouche sourit méchamment de le savoir sans toutefois l’assumer totalement.



Ella s'est penchée en direction de Gregory, pour converser sur un ton de connivences, comme bien souvent, ils sont comme frère et soeur eux aussi, il la connaît depuis qu'elle sait marcher ou quasiment.

« J’ai loupé un épisode ou alors il sort avec Moira à présent ? »

« Hein ? Princesse, excuse-moi mais tu dis absolument n'importe quoi… Moira et James ? »

Il a un sourire en coin, il se sent déstabilisé et à la fois éminemment sûr de lui, l’incrédulité se meut en rire qui frise d’ironie. James reste silencieux même s'il a sans doute entendu l'amorce d'une conversation qui lui déplaît, ses lèvres figées en une ligne dorénavant blême. Marcy s'invite dans l'indiscrétion dont elle raffole, elle supporte mal que le rockeur la boude et l'ignore ainsi quand il y a quelques années, il ne se gênait pas pour balader ses mains sur son corps quand l'envie lui en prenait, elle a l'impression d'être en disgrâce, et une sorte de colère inopportune vient provoquer son commentaire, alors qu'elle se contente d'habitude amplement des attentions d'Ellis.

« Hmm. Nan nan, je suis d'accord, ça fait un quart d'heure qu'il ne cesse de la regarder. James est accroché… »

Greg manque de cracher une gorgée de son Bloody Mary tant l'idée lui paraît gagner l'ampleur de la plus brutale des hérésies. Une telle pensée est trop dangereuse, la concevoir c'est précipiter la maigre stabilité de leurs avenirs et il cherche un instant le soutien de son ami qui fuit aussitôt tous les regards, en se levant sans mot dire. Il ne leur répond pas, pire encore, l'éloquence de son silence suit sa posture comprimée par la rage qui l'habite. Les entendre s'immiscer dans ce qu'il ne cesse de craindre, de considérer comme le plus infâme scénario de sa vie enténébrée, le rend ombrageux. En quelques secondes, il disparaît et se laisse avaler par la foule, abandonnant Marcy et l'ébauche d'un sourire sur son visage de poupée, Ella presque interdite et songeuse quand à l'assertion portée, et Greg dans la perplexité la plus profonde.



Le bruit du métal sur le rebord en verre, le crissement remonte sa colonne vertébrale et le fait frissonner. Il ouvre son étui où les lettres gravées s'usent au rythme des abus, les réflexes reprennent, ils ne l'ont jamais véritablement quitté : la lame, une ligne. Droite. Parfaite. Il se regarde un instant dans le miroir, alors que les lumières de la boîte viennent porter des ombres jusqu'ici, le rouge de la honte, et celui de l'envie. Il la revoit danser, sa silhouette se confond aux traits de son visage, ciselés par ses humeurs trop changeantes. Les phrases tournent et le hantent. Les promesses à tenir et qu'il souhaite violer, les peurs qu'il rejette et qu'il veut condamner. Ce soir elles ne tiennent pas, ce soir elles ne peuvent pas renverser la convoitise qui sourde dans son ventre depuis les firmaments de la scène qui sont venus y cracher les premières gouttes d’acide. Les peurs se rongent dans les plaisirs inassouvis. Les questions crèvent et les mots fuient. Il n'écoute aucun d'eux lorsqu'il penche la tête pour inspirer le mal qui vient de nouveau pulser dans ses veines, ressusciter l'adrénaline pour balayer l'angoisse qui le guette. Son reflet se dilate dans ses prunelles, le battant de l'étui claque lorsqu'il le referme et le glisse dans la poche de son jean, l'excitation se distille dans ses muscles et vient bercer sa tête déjà trop encombrée. La musique du club le cueille et le transporte au moment où il reparaît dans la salle, il frotte distraitement son nez, ses yeux se baladent sur les corps échauffés, suivent les courbes pour les pervertir, il se glisse contre elles, se fraye un passage en les frôlant, sent les mains parcourir ses vêtements, son sang enflammer ses sens, ses appétits hurler au rythme du battement sourd qui vrille ses tympans. Le hasard le porte quelque part, il se laisse emmener, ne contraint plus son parcours avant de croiser par erreur le déroulé du sien. Moira dans ses prunelles, il ne l'imagine pas, elle est si proche, elle est si seule, et la faim creuse des sillons dans ses entrailles, les démons y grognent en choeur, symphonie malsaine qui ne lui a jamais parue aussi belle. Il la rejoint sans qu'elle ne le voie, le pas s'accélère, la musique s’alanguit, sa main attrape sa taille avant qu'il ne vienne accueillir sa silhouette pour la lover contre lui. Dans son dos... comme cette nuit-là. Comme cette nuit-là... Il la respire, signale sa présence d'un murmure qu'il couche à son oreille pour qu'elle ne quitte pas l'entrave en la croyant étrangère :

_ Je sais bien mieux que lui ce dont tu as envie... Danse avec moi.

Miroir de l'invitation honnie, plus tentatrice et plus dangereuse, l'orgueil porté sur le visage. Son invitation à lui, celle qu'il a ravalée dans une grande gorgée de vodka tout à l'heure et qu'il ne peut plus étouffer. Il n'embrasse pas sa peau quand il en a pourtant une envie qui contracte ses doigts sur son corps, avant qu'il ne la relâche pour lui laisser tout loisir de lui faire face, et quand il croise ses iris bleus, il y plonge comme tant de fois ce soir, s'oppresse à elle à cause de la folie des êtres qui les entourent, à cause de celle devenue invincible à l'intérieur de lui. Le rythme, le rythme et Moira, puis tout qui disparaît. Sa main est toujours glissée sur sa taille, elle furète dans le creux de ses reins, il est trop proche, il aimerait l'être plus encore pourtant. La frustration gémit, elle s'accroche à sa peau comme la curiosité de tous ces regards qui dégoulinent sur eux sans qu'il ne les considère seulement. Ses prunelles changent déjà, l'inquisition guette à l'orée de ses caresses, les mots quittent ses lèvres pour l'atteindre de plein fouet. Le velours devient métal ciselé, les blessures sont déjà si nombreuses :

_ Qu'est-ce que tu fais là, Moira…

Une question pour toutes les autres. La pulpe de ses doigts qui la presse contre lui. Pourquoi. Pourquoi. Pourquoi me fais-tu cela ? Alors que jamais tu ne tiendras. Le défi est entier, palpite dans l’oeil qu’il ouvre sur elle pour déverser l’océan de ses envies contraires, nourries à la cocaïne, endiablées par ses désirs.

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Undisclosed desires _ James & Moira
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