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Undisclosed desires _ James & Moira

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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Ven 30 Juin - 5:27 par Moira A. Oaks





Les danseurs sont partout comme autant d’obstacles sur sa route. Moira se débat à contre-courant, se faufile entre les corps brûlants qui se déhanchent en rythme sur la piste bondée. Sa robe noire frôle les silhouettes anonymes qui l’entourent. Elle garde les yeux rivés sur le bar pour ne pas le perdre de vue. La musique hurle tout autour d’elle. Elle aimerait n’écouter qu’elle et s’oublier. Mais partout, les craintes. Partout, le danger qui rôde et cette froideur qu’elle a vue dans les yeux de James, perçue dans ses traits, sentie dans sa voix. L’impuissance anesthésie tous ses élans, l’envie et la colère qui se disputent dans ses veines, la laissant dans une léthargie étrange quand l’effervescence semble se consumer où que son regard se pose. Ses démons grondent de sentir leurs fers de desserrer. Ils raclent ses chairs à l’intérieur, déchirent son ventre pour mieux l’atteindre et déterrer ses peurs les plus profondes pour qu’elle ne puisse plus les silencer. Perdue dans la pénombre du nightclub, perdue dans sa tête, elle ne le sent pas derrière elle. Elle ne le sent pas qui s’approche. Jusqu’à ce que sa main se referme sur sa taille.

Tout son corps se contracte contre sa paume, réflexe incontrôlable qui réveille les sensations honnies des deux premières fois où il s’est risqué à la toucher ainsi. La chaleur de son torse s’invite contre son dos mais si elle se tend entre ses bras, Moira ne doute pas une fois de l’identité de celui qui est venu la trouver. Le murmure de James échoue à son oreille et elle ferme les paupières, sa main glissée sur la sienne toujours contre sa taille, car pour la première fois, elle ne cherche pas à le repousser. Les hurlements de sa raison se taisent comme sa fierté qui s’insurge de son incapacité à le contredire. Moira laisse les griffes de la bête caresser sa peau sans savoir si elle finira par la lacérer. Les risques chantent à son oreille sans qu’elle ne cherche à les nier. Les instincts pourtant piétinent ses résistances. Elle décide de les suivre enfin pour voir jusqu’où James souhaite les emmener. Lentement, cachée par le monde qui se brouille autour d’eux, elle se met à suivre l’appel de ses hanches, arrimée à son corps par ses doigts qui se crispent sur sa peau. Le soulagement de le savoir enfin là se mêle aux sifflements des menaces qui imprègnent chacun de ses gestes. Les battements de son cœur reprennent leur litanie, tambours insatiables qu’elle choisit encore d’ignorer pour ne suivre que ceux du morceau qui fait se mouvoir la foule et les entraîne tous deux avec elle. James s’écarte soudain et Moira se tourne pour capter son regard. Elle s’y abîme pour le confronter, lui impose ses fers puisqu’il vient les trouver. Ses mains le rejoignent, épousent ses courbes alors qu’elle se laisse guider. Son corps ondule contre le sien, suit les percussions assommantes qui les enserrent pour les étouffer. Ses prunelles ne quittent pas James une seule fois quand elle sent sa main descendre jusqu’à ses reins. La danse devient un prétexte dont elle use autant que lui. Ses doigts remontent le long de son bras jusqu’à atteindre l’orée de son cou. Elle s’approche comme la proie qui vient défier son prédateur, s’empare de ses armes pour mieux les esquiver. Dans sa tête la même folie qu’elle voit dans ses prunelles. Mais chez elle l’alarme hurle, hurle sans s’arrêter, maintient ses dernières défenses pour l’empêcher de ployer. Car la promesse demeure, gravée dans ses chairs, fichée à son âme, et alors que James vient lui-même en fragiliser l’ancrage, elle s’y raccroche fermement pour ne pas perdre de vue les frontières qu’elle ne peut bafouer. Moira se souvient de ses mots. Elle se souvient du tremblement de ses mains, de cette peur qu’il semble pourtant bannir ce soir. L’incompréhension vient vicier ses chairs et ses yeux sondent ceux de James pour y chercher ce qu’il tait. Le feu dans son regard s’assombrit alors pour devenir glacial et la phrase qu’il prononce la transperce comme une lame en pleine poitrine. Les oscillations de Moira se font moins amples. Elle ne les arrête pourtant jamais, entretient le mouvement pour s’empêcher de sombrer et tout son corps se redresse pour lui faire face. Elle le jauge, impérieuse sur le terrain où il l’a traînée. Sa main sur son cou se porte à sa mâchoire, lui fait pencher la tête pour lui offrir ses traits. Elle l’observe de longues secondes silencieuse, trop proche et pourtant maîtrisée. Ses prunelles trouvent son regard aux pupilles largement dilatées, les stigmates de la cocaïne criants dans ses yeux comme dans ses faits. Ses dents se serrent. Elle ne caresse plus quand elle le voit se saborder. Mais l’arrogance du rockeur réveille en elle la rivale qu’elle ne peut museler. Les mots quittent ses lèvres, coupants comme son parjure :
- Est-ce bien à moi que tu dois poser la question ?
Ses doigts maintiennent l’inclinaison de son visage pour le priver de toute échappatoire. Elle ne lui permettra pas de fuir l’écueil de ses propres contradictions.
- Je ne fais que suivre le chemin que tu traces quand tu sais pertinemment qu’il conduit à tout ce que tu t’obstines à fuir. Ta bouche me demande de reculer mais tu continues de m’emprisonner entre tes mains. Que sont devenues ces craintes qui te faisaient tant trembler cette nuit-là ? Pourquoi m’emmener jusqu’ici si je dois te repousser ? Qu’est-ce que je fais là, James ?
La tentation devient une arme qu’elle lui retourne pour le contrer. Sa main libre glisse sur ses côtes, son regard toujours planté dans le sien. Elle approche son visage au point de frôler sa pommette et son souffle vient caresser son oreille :
- Qu’est-ce que tu cherches ?
Embrassée contre lui, son nez à la lisière de ses cheveux, elle lutte pour maintenir le rôle qu’elle assume pour le bousculer quand ses propres attaques manquent de la faire chanceler. Car elle se sent glisser sur la pente qu’il fait toujours plus raide. Les sentiments bataillent. L’opposition la pourfend et elle tremble des coups qu’elle ne sait plus comment parer. Ses ennemis se dressent. Les mêmes depuis des semaines : la certitude d’avoir toujours voulu le trouver là, l’inquiétude de découvrir ce qu’il lui en coûtera.

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Ven 30 Juin - 8:35 par James M. Wilde



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& James





Ses doigts ne parviennent plus à la lâcher, il y a dans la réaction brutale de son corps un appel bien plus fort qu’il se surprend à quémander, l’inflexion de la cocaïne rend son toucher plus sensible encore, la texture de sa robe lui évoque celle de sa peau qu’il rêve de dénuder. Crissement de ses pensées qui cherchent à la rejoindre, la chaleur de leurs respirations liées quand il se presse contre elle et laisse la musique les emporter. Plus rien ne prend sens si ce n’est le désir qui déjoue les destins, il ne cherche plus à contredire ce qu’il ressent ployer au creux de son ventre, et ses frissons suivent les battements de son coeur, ceux de sa déraison qui rejoignent la musique. Il la veut pour la contraindre à le voir, il la veut pour la précipiter lorsqu’il souhaitait la garder des naufrages de ses folies, il la veut pour croire encore qu’il pourrait la condamner à savoir le repousser, quand il ne souffre d’imaginer une seule seconde qu’elle apprenne à le faire. Lovée contre lui, tentatrice dans ses ondulations, leurs regards se croisent pour ne plus se quitter, ils tracent leur propre rythme dans l’existence de ces anonymes qui les entourent. Trop conscient de ses gestes, la peau brûle d’avoir enfin le droit de se délivrer sous les caresses qu’elle appelle, le frisson devient lancinant et le plaisir gronde, les joues de James se creusent et ses prunelles cherchent la profondeur des siennes pour les envahir, pénétrer les domaines proscrits, rencontrer les secrets de ses pensées pour imaginer dévoiler ceux de sa chair. Sa main remonte le long de sa colonne dans une lenteur compassée, le froissement du tissu, il s’interdit de venir rencontrer l’épiderme qu’il ne saurait ensuite abandonner. Des jours qu’il en rêve, des jours que les fantasmes s’appuient sur les souvenirs impossibles à précipiter dans l’oubli, des jours qu’il ferme les yeux pour se sentir en elle. Il abandonne la lutte quand il se sait perdu, le défi dans les iris mais jamais dans le corps qui suit le sien pour mieux parvenir à remporter la plus flagrante des défaites. Les sons suintent pour nourrir l’envie, elle devient oraison à une faim qui ne le quitte plus jamais, funérailles d’une raison qu’il ne parvient plus à rappeler. Il ne veut pas. Il ne veut pas. Son index furète le long d'une bretelle, frôle sans jamais toucher quand sous ses doigts il ne peine toutefois pas à rappeler chaque sensation qui y restera à jamais gravée. L’assaut d’une phrase pour retenir la déviance, les mots au profit de tous nouveaux silences. Il les laisse la blesser et contemple l’altérité de sa beauté contrastée par l’affront sur ses traits. La jugulaire palpite au tempo des regrets… Mais ce ne sont pas ceux brandis pour se garder d’une nature honnie, ce sont ceux de ne plus savoir comment céder pour se sentir enfin entier.


Il ne se dérobe pas, se laisse voir dans le noir illuminé par les flashs du nightclub, gifler par la réplique qui tonne telle une injure. Son visage se fige, la vérité y glisse la douleur de se savoir enferré dans les noirceurs qui suintent des phrases qu’il voudrait lui hurler. Reflet des maux dont il se défend en continuant de l’accabler. Le faux devient le vrai, la supériorité superbement dérobée aux foules qui l’acclamaient grave ses stigmates sur son expression devenue moqueuse. Soupçon de cruauté. Mais son souffle s’accélère sous le rythme de la mélopée, elle argue sans discontinuer, et plus le sens exfiltre ses poisons du cadavre abandonné dans le secret de la nuit qu’elle ressuscite, plus la froideur renforce les mouvements qu’il impose pour mieux la rencontrer. L’innocence de la danse déjà bien entachée se substitue à la provocation qui refuse toute entrave. Surtout pas celle qu’il aura su élever dans la peur panique qui le caractérise. Quelle faiblesse fut la sienne quand ce soir il ne peut en admettre aucune. Sa bouche esquisse ce même sourire frondeur qu'il afficha quand elle parvint à les rejoindre presque vacillante sur la scène. Que fait-elle ici si ce n’est servir la démonstration effrontée des pièges qu'il se réserve ? Il s’obstine à s’emmurer dans un silence qu’il prolonge, tandis que la musique qui s’accélère le pousse à l’oppresser plus encore contre lui. Il se laisse frapper par ses mots quand il ne lui ménage guère le loisir de s’échapper, se rencogne dans l’arrogance qu’il broie sous l’inflexion brutale de ses mains dorénavant ancrées dans son dos qu’il cesse de caresser. Elle continue de l’enflammer, ses morsures deviennent des douceurs qui contractent ses muscles sous le tissu de son t-shirt. Il s’oblige à ne pas refermer ses paupières au moment où son souffle vient chanter contre sa joue. Et la question le traverse sans qu’il ne puisse trouver une réponse cohérente si ce n’est cet échec qu’il ne cesse de précipiter à trop le présager. Les portes se referment dans la lourdeur d’un constat auquel il n’est plus étranger, il n’a jamais ignoré les fers les plus acérés de ses certitudes aux atours de fatalisme. Mais s’il ne les ignore pas, il ne les a pour autant jamais acceptés. Il sent sa respiration se saccader et les flammes dévorer tout son être sclérosé, tendu à se rompre quand il cherche à se briser contre elle. La danse devient une lutte, sa bouche glisse le long de sa joue pour répondre à la sienne dans une proximité qui augmente son trouble :

_ À te prouver enfin que tes résolutions ne tiendront jamais. Que restera-t-il d’elles lorsque je déciderai comme ce soir de venir te trouver ? Que restera-t-il, Moira, si ce n’est ce tremblement sous mes doigts, ton corps contre le mien qui crève de m’accueillir ? Que restera-t-il des promesses ou des serments quand je déciderai de te les faire violer ?

Ses yeux dans les siens, le souffle court d’avoir trop parlé sans plus savoir se raconter. Comment pourrait-il subir l’affront de ne pas la ployer quand il a mérité tous les hommages qu’elle devrait lui rendre. Et qu’elle lui rendrait s’il lui prenait la folie d’apposer la brûlure de ses lèvres sur les siennes pour la silencer ? Le moment dure une éternité, sa main remonte le long de sa nuque, il respire l’air qu’elle rejette dans la sensualité d’une fureur qui ne quitte plus son visage avant qu’il n’assène sa dureté héritée de cette culpabilité qu’il cherche à dessiner en elle :

_ Ça ne marchera pas Moira… Ça ne marchera pas et tu le sais

Leur arrangement caduque blesse un idéal qu’il souhaite​ tout à ​coup voir crever.​ La fièvre dans le sang, la pulsation est trop vive et la folie étreint violemment les relents de coke qui continuent de se diffuser dans son épine dorsale. Ses mains franchissent les frontières déjà tombées depuis longtemps, s'emparent de sa nuque quand ses prunelles la dévorent. Tout son corps oscille entre le besoin farouche de la fuir et l’envie de la posséder​, s'invite contre sa peau, se plaque contre son corps tout en entravant tout mouvement qu'elle pourrait opérer pour le contrer​. Il ne danse plus, ​il vient la chercher dans les dénivelés d'un désir qu'il ne sait plus contenir :

_ Tu le sais…

Sous ses doigts, la virulence forme les prémices du plaisir​​. Ce n’est qu’une question de temps pour qu’il ne cède enfin… Une question de temps pour qu’elle abdique à son tour. Ses mains s’entremêlent dans ses cheveux, ​il ploie son cou comme pour la fasciner dans la brutalité, la défier une fois de trop dans la sensualité.
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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Dim 2 Juil - 7:45 par Moira A. Oaks





Elle sent la jugulaire pulser sous sa paume, chaque frisson qui le parcourt et qu’il glisse jusqu’à sa peau chaque fois qu’il la frôle. La promiscuité ne lui laisse aucune issue. Elle ne cherche pas à s’en créer. Chaque mouvement pour suivre la musique l’arrime davantage à son corps. Les mains de James dans son dos l’oppressent plus qu’elles ne caressent et dans ses yeux ne persiste que la flamme qu’il disait vouloir étouffer. Elle la sent qui le consume, qui dévore toutes les barrières précédemment érigées, et alors qu’un sourire carnassier déforme ses traits, James dessine sur sa joue les derniers affronts qu’elle craignait. Moira ferme les paupières. Elle se tend sous ses doigts. Le dernier pan de l’armure menace de se dérober : sa résistance à lui, celle dont tout dépendait, l’unique socle sur lequel ses serments reposaient. Que reste-t-il ? Que reste-t-il s’il ne veut plus lutter ? Pourquoi maintenir ses fers s’il vient lui-même en briser les chaînes ? La peur dévale le long de son dos. Son corps la trahit. Les tentations reviennent enflammer ses mains qui resserrent leur prise pour s’empêcher de le posséder. Le désir lui ronge le ventre alors qu’elle sent les doigts de James remonter jusqu’à sa nuque, et son souffle revient brûler sa peau. Les entrailles de Moira se tordent quand elle le sent perdre pied, l’emprisonner totalement pour lui couper toute retraite. L’assertion lui fait brutalement rouvrir les yeux alors que l’animalité s’empare des gestes du musicien. Il siffle encore l’affirmation qu’elle se tue à rejeter, la force à incliner la tête. Moira se raidit contre lui et dans un dernier réflexe qu’elle parvient miraculeusement à retrouver, sa main sur son cou vient encadrer sa mâchoire, retient son visage pour qu’il ne puisse pas approcher. Ses yeux toujours dans les siens, l’incompréhension se mêle à la fureur qui embrase ses muscles quand elle se sent abusée alors même que tous ses sacrifices visent à le préserver lui. Parce qu’il le lui a demandé. Il le lui a demandé ce soir-là. La colère irradie ses chairs, dissout ses tendresses pour ne laisser que l’amertume côtoyer le désir brut en une confrontation qui l’écœure. Le dégoût envahit sa bouche. Elle n’acceptera pas ce rôle qu’il lui impose. Elle ne le laissera pas la faire devenir celle qui cède quand c’est lui qui la tire consciemment dans ses enfers. Elle ne le laissera pas jouer ainsi. Pas avec elle. Ses doigts se serrent sur l’os alors qu’elle approche lentement son visage. Leurs souffles se mêlent dans une chaleur malsaine. Son regard ne le quitte pas une fois quand sa main libre descend soudainement à l’orée de son ventre qu’elle frôle en s’emparant d’un passant de son jean. Elle le tire brutalement vers elle, pousse à l’extrême l’union de leurs corps quand elle continue d’interdire celles de leurs lèvres. Elle n’échappe qu’un murmure, sifflant comme une menace :
- C’est ce que tu veux ?  
Son cœur propulse le sang dans ses moindres capillaires. Son corps entier frémit alors qu’elle appose son dernier masque, le dernier capable de le faire reculer. Un instant. Une brèche. Une fissure. C’est tout ce qu’elle cherche. Sa dernière issue. Une fêlure à éventrer pour en déterrer les ombres qu’il s’obstine à ignorer. Car elle les a vues dans son regard. Elle les a senties dans son dos cette nuit-là, dans chaque tremblement de James qui se répercutait dans ses membres. Elle sait ce qui l’a retenu, ce qu’il s’est tué à étrangler avant même qu’elle ne s’y confronte. Il ne peut prétendre les canaliser ce soir. Pas quand il viole toutes les indécences au milieu des regards sur une piste assaillie. Pas quand ses pupilles déversent sur son corps les envies déchaînées que la drogue fait pulser dans ses veines. Pas quand il menace de la prendre quelques heures à peine après avoir laissé Isolde au Royal Albert Hall. Son regard toujours planté dans le sien, elle voit le noir assombrir ses iris déjà rétrécies par la coke, et alors que les baffles rugissent des sons saturés d’harmonies électroniques, les flashs du nightclub la révèlent plus sulfureuse que jamais. Ses attitudes bousculent toutes ses inhibitions. Elle se fait succube pour effrayer le diable. Sa main toujours à la limite de son entrejambe, sa bouche frôle la commissure de ses lèvres. Elle gronde comme une mise en garde, d’une voix trop ferme pour prétendre la moindre complaisance :
- Je t’ai promis de ne pas franchir les portes que tu garderais fermées, pas celles que tu ouvrirais pour me pousser à l’intérieur.
Elle le tire encore une fois. Son visage s’incline pour capter son regard. Le gouffre se matérialise sous ses pieds, la pente toujours trop raide, prête à la faire chuter. Moira abat ses cartes, les dernières qui lui restent avant qu’il ne rompe seul toutes leurs défenses. Elle le toise, si proche qu’elle manque elle-même de s’enivrer. Mais sa voix ne tremble pas, comme sa main qui adoucit sa prise sur son cou pour lui rendre enfin la liberté de se mouvoir. Elle achève l’ultime estocade, pare une dernière fois avant de rendre les armes :
- C’est ta décision, James. Seulement la tienne.
L’impuissance revient murmurer à l’oreille de Moira, triste compagne qu’elle ne sait comment repousser et son grondement crisse à son oreille, glacial comme une damnation. C’est ta décision, James. Seulement la tienne. Parce que je ne saurai pas te repousser. Parce que je ne peux me détourner de toi si tu viens me trouver. Parce que tous les serments ne sont rien s’ils n’ont pas ton appui. Parce que ça ne marchera pas, James… Ça ne marchera pas et tu le sais. Tu le sais.

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mar 4 Juil - 13:46 par James M. Wilde
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Toutes les peurs se taisent​,​ assourdies par la musique qui autour d'eux forme comme un mur devenu impénétrable. Dans ses prunelles, il n'y a plus qu'elle, qui jette des traits enflammés de ses doigts tentateurs sur des horizons déjà dévorés par les enfers déchaînés qui y gisent. Il ne peut plus maquiller ce qui l’habite quand chaque regard n’est qu’indécence et luxure, ces deux démons qui cherchent à débusquer l’agneau pour le pousser à devenir loup. La bête la traque, la raideur de son maintien vient rencontrer la tension de ses muscles, la peur se goûte sur la langue qui darde, il ne croit pas avoir un jour eu envie de quelqu’un dans la splendeur et le faste d’une foule avec autant de prégnance. Son désir coule de ses iris assombris jusque dans son ventre qui palpite contre elle, chaque inspiration rencontre les regards qu’elle renvoie, tantôt effrayée, tantôt rongée par la même dévoration de ses sens qui ne cessent de la harceler. Le pouvoir qu’il détient sur elle lèche son échine, le soubresaut est aussi enivrant que ne l’est le portrait de la déchéance qu’il souhaite déployer pour la voir sombrer. Et il le sent… Il sent tout son corps chercher l’inclination pour s’y appuyer, débuter de ployer jusqu’à elle pour venir rencontrer la peau qu’il continue d’admirer et de convoiter. Les serments balancé​s​ à la fourberie de l’oubli, le plaisir de la trahison sous la peau où courent les brûlures qu’elle appose à chaque fois que ses prunelles deviennent plus dures à le dévisager. Il ne recule pas, il ne reculera pas. C’est pourtant sa main qui vient l’empêcher de compléter le mouvement amorcé, et ses pupilles se resserrent sur leur proie avec la volubilité des prédateurs qui cherchent à se montrer sous un jour pacifique. ​Songez une seule seconde à les stopper dans leurs ​instincts les plus meurtriers et leurs crocs se dévoilent. La fureur gronde, le regard abîmé de ce plaisir malsain devient accusateur​.​ ​L​e caprice empêché, la bête enchaînée trépigne et ​gronde, torve et assassine. La menace de Moira en retour est éloquente, le sourire de James s’accentue dans une provocation non équivoque, il y a pourtant sur ses lèvres les pensées les moins amènes, qui tracent ces mots injurieux qu’il ne susurre ​guère. L’injure est sur son visage, il n’est guère nécessaire de la conter pour en connaître le faciès dévoyé. Mais alors qu’il croit qu’elle s’obstinera à battre en retraite, que ses doigts s’enfoncent dans sa peau jusqu’à la meurtrir, le loup sans cesse invoqué trouve l’obscurité de son repaire, les mains de la belle devenue démoniaque retournent les fers pour qu’il en goûte les morsures. Et quand c’est elle qui les applique avec tant de doigté, il se surprend à aimer cela, le plaisir qui s’accrochait à sa peau devient plus ​invincible encore, il dispute la fureur pour laisser son corps déchiré entre des envies toutes nocives et toutefois chéries par son souffle effréné. Il sent sa main chercher à le tenter quand il n’attend que l’appel de ses yeux pour renouer ​avec ​le drame dont il s’est tant méfié, il se laisse happer, la joute apporte les preuves de l’excitation qu’il affiche pour la lui imposer, leurs corps dans une proximité triviale elle ne peut que s’en apercevoir. Le sourire s’accentue même si la note fanfaronne qui ​clamait tout pouvoir​ sur elle​ se brise net lorsque la voix siffle​ l'aigreur​. Le visage du rockeur dévoile la réponse qu’il ne parvient pas à prononcer. Oui. Oui. C’est ce qu’il veut. C’est ce qu’il espère, ce dont il rêve, ​les idéaux déchus qu'il baigne dans l’acidité de sa convoitise. La violence peint son expression enfin délivrée du dilemme quand il la croit prise au piège sans comprendre que la cage est en train de se refermer sur lui. La brutalité dont il ne souhaitait être que l’unique victime s’éprend de sa silhouette qui la malmène ​d'autant plus qu’il se sent entravé par les pensées qu’elle ranime en dotant ses tentations d’un relent infâme aux atours de réquisitoire. Comment peut-elle oser venir excaver ce qu’il parvient enfin à oublier ? Comment peut-elle ce soir le défier quand il aurait toutes les raisons de la briser pour la prendre enfin dans la violence qui l’anime dès lors qu’il la considère tel un objet ? Mais l’objet parle, l’objet plie pour mieux blesser, enfoncer la lame de ses syllabes dans ses esprits amollis par ses contradictions. Docile et douce, elle se ​déploie à sa mesure​,​ dangereuse et blessante. Les mots saignent jusqu’à lui pour étouffer les élans nocifs de sa liberté, son corps se met à renâcler quand elle se plaît à le manipuler, le plaisir devient blessure, le maître se découvre pantin et ne sait guère s’il souhaite voir les fils enfin tranchés sous peine de se savoir perdu ​et condamné à la chute. Impudente​,​ hurle la bête, James se rappelle ses oeuvres et frémit de l’inconscience qui continue de pulser dans ses veines au rythme syncopé de la musique qui dorénavant l’abrutit, les images défile​nt​ dans le cristallin qui brille d’une toute autre lueur quand la réplique le gifle et l’oblige à redescendre du piédestal qu’il avait adopté. Redevenu mortel, le monde autour n’est plus que menaçant, elle, eux, son coeur se serre à se sentir oppressé, l’air lui manque, il voit enfin et cesse de s’aveugler. Non… Non. Ce n’est pas ainsi que cela aurait dû se passer. L’objet devient créature animée, insoumise, inaliénable et il se sent mourir dans la frustration complète de ses désirs devenus monstruosités. Dévoilé par les arguments qu’elle brandit, il a l’impression d’être de ces créatures difformes que l’on jauge pour mieux se prémunir de leur laideur, son regard vrille de la colère qu’il ne parvient pas à endiguer. Il la relâche dans un sursaut qui confine au dégoût, l’impression de cette trahison infâme qu’il précipitait pourtant seul lui donne des allures plus ténébreuses encore, il esquisse un pas pour se séparer d’elle, sa présence devenue importune. Son ton glacé l’abandonne, le déchaînement refusé il ne se voit plus que contraint à regarder en face ses propres stratagèmes, l’ivresse conjuguée à la cocaïne lui donne envie de vomir. Il ne sait à l’instant qui il déteste le plus : celle qui s’est risqué​e​ à lui rappeler ses torts quand il ne pouvait en posséder aucun, celui qui s’est oublié à ​prophétiser la liberté enfin dévoilée quand il ne s’agissait que d’usurper un rôle qu’il est incapable de jouer. Quel plaisir à la perdre s’il se perd seul ? La démonstration de toute puissance échoue lamentablement, les yeux de James s’éteignent quand il murmure :

_ Je ne sais pas ce qui est pire ce soir. Que tu aies tenu ou que j’aie reculé.

I​l se détourne brusquement et laisse la foule le dévorer, il la fend sans considération, l’orgueil froissé rend à la douleur de ses angoisses une toute autre dimension qui le laisse vide, à errer au milieu de ​créatures grimaçant​es​ sans savoir où il fuit si ce n’est le plus loin possible de Moira. Tout son être est vicié par le désir inassouvi dont elle lui a abandonné l’inique héritage et​,​ la suavité érodée par la jou​t​e, ​il ​ne reste que la violence d’un corps qui se consume. La coke rend son parcours frénétique, il n’est pas long à échouer près du bar et à commander deux shots de vodka qu’il s’enfile l’un après l’autre sans prendre le temps de souffler. Ses regards morts viennent trouver la silhouette famélique d’une blonde parfaite qu’il détoure comme un morceau de viande inanimé. Le ​sourire qu’elle arbore l’excite autant qu’il lui déplaît et bientôt ses mots sulfureux viennent trouver les confidences tordues que seuls les noctambules patentés peuvent ​avoir la force de s’échanger. Elle fait mine de ​songer mais la proposition la flatte, surtout ​lorsqu'elle croit le reconnaître bien qu’il se plaise à la tromper en prétendant n’être pas qui il est. L’abdication est complète, s’il n’a pu se délivrer face à Moira, alors il peut bien porter le masque le plus honteux qui soit, celui de l’inconsistance de ces autres qui ne sont rien, quand il aurait dû être tout. Tout avec elle. La fureur décroit soudainement, crève sous le poids du désarroi, particulièrement ​quand ses doigts saisissent la main de la fille pour la traîner dans le​ labyrinthe​ des couloirs. Il ne dira au revoir à personne… Il aimerait la baiser ici, devant tout le monde pour l’humilier mais il ne pourrait souffrir de croiser les prunelles accusatrices de celle qui se plaît à le torturer. Les pensées au comble de l’injustice achèvent de le déprimer, les lumières l’incommodent, il retourne à la nuit.


​***​


​« J’en étais sûre ! »​

​L​​e ton haut perché de Marcy vient trouver ses tympans fort heureusement déjà protégés par les ravages du concert. Il peine à la comprendre au milieu du bruit qui les enserre comme de celui qui continue de le bercer​ à l'intérieur​, alors qu’un large sourire ne cesse de traîner sur ses lèvres. Ils ont bien travaillé, le sentiment d’accomplissement est plus que mérité. Sa copine trépigne, parce qu’il met un temps certain à comprendre qu’elle cherche à attirer son regard sur un point particulièrement obscur dans la foule. Il demande plusieurs fois « quoi ? Mais quoi ? » avant de trouver lui-même ce qui semble porter au comble de l’excitation la folle qui danse entre ses bras. Cette énergie toujours inconsidérée le ravit, il la trouve particulièrement belle lorsqu’elle agit de cette manière. Il reconnaît James et Moira, enlacés sur la piste de danse, alors qu’ils se regardent et semblent se parler. De loin, il peine à trancher, s’agit-il de désir ou de hargne ? C’est difficile à dire alors que la foule alentour masque la majeure partie de la scène, mais le rapprochement est trop tendancieux pour être innocent. Il s’étonne lui-même de ne pas être arrivé à cette conclusion logique bien plus tôt, même si Marcy complète sa pensée :

​« C’était sûr que ça finirait comme ça ! Un regard comme le sien, ça ne trompe pas… »​

​E​​llis opine mollement, complètement donné à des considérations multiples et complexes. Ce n’est pas que la nouvelle le chagrine en vérité, c’est plutôt qu’il imagine déjà la mine d’enterrement de Gregory s’il l’apprenait. Connaissant Wilde, qui plus est, il est clair qu’il ne souhaite pas faire étalage de… de quoi d’ailleurs ? Il est un peu prématuré de parler de relation quand ces deux-là semblent en entretenir plusieurs depuis qu’ils se sont rencontrés, entre les périodes fastes et les disputes qui les ​opposent parfois. Car depuis quelques semaines, Ellis et Greg savent parfaitement reconnaître ce qu’ils surnomment dans le plus grand secret « l’échelle Woaks ». C’est un jour parfois tumultueux en terme de météorologie Woaks, puis c’est une matinée radieuse, avant que la fin d’après-midi ne tourne à l’orage. Douce moquerie qu’ils réservent à leurs heures perdues quand James se plaît à s’isoler totalement avec la productrice, ce qui ne donne pas toujours les résultats escomptés. Bien que les moments de véritable tempête se sont comptés sur les doigts de la main, surtout que sans qu’ils ne le sachent, leur échelle est totalement faussée, inconscients qu’ils demeurent des moments les plus entremêlés des deux protagonistes dont ils ne saisissent que les humeurs les plus déchiffrables. Et justement, Ellis ne sait trop ce qu’il en est quand il les perd de vue… Il n’est pas long à murmurer à Marcy de tenir sa langue tant qu’ils n’en sauront pas plus et il lui faut promettre bien plus que de raison pour finir par avoir gain de cause. Le titre change, une électro-pop beaucoup trop énergique pour eux, ils brisent leur duo alors que la grande brune rejoint le carré VIP et que le bassiste sonde la foule. Moira semble revenir dans sa direction, mais sans son ombre qui a visiblement mis les voiles.​ Ce qu'il découvre sur son visage stoppe tout élan qui le portait à s'écarter, il fronce légèrement des sourcils.​ Il regarde derrière lui, et plutôt que de rejoindre le groupe, il avance en sens inverse pour couper la route à sa productrice. Sa large main glisse sur son épaule comme pour la rappeler parmi les vivants et il lui dit d’une voix posée​, volonté subite de faire disparaître la contrariété qu'il croit deviner sur son joli minois​ :

​« Je ne sais pas ce qu​'il​ se passe ou ce qu​'il​ est en train de se passer. Mais quoique tu fasses, continue. Il y a bien trop longtemps que James ​a perdu toute volonté de s’exalter pour quoique ce soit. Et depuis qu’il t’a rencontré​e​… Tout est en train de changer. Le changement, c’est ce qu’il y a de bien, on ne sait jamais ce que ça donnera. »​

​I​​l lui sourit, un sourire qui n’a plus rien de charmeur, c’est un sourire simple, celui que l’on arrache à une confession spontanée. Sur l’échelle Woaks, il estime que ce qu’il a surpris avec indélicatesse sur la piste de danse ne peut qu’ouvrir sur un temps que l’on ne pourrait redouter, car il sera marqué de l’insigne de la nouveauté. Il hausse une épaule, statuant là la confidence, avant de repartir vers les rivages du grand sofa, lui laissant tout loisir de penser.


​***​


​E​​ncore un détour et il pourra traîner sa proie jusqu’à la sortie. La foule est encore plus dense par ici, et Jessy, la fille qu’il a choisi d’emporter pour le reste de sa nuit broyée par la déception ne cesse de s’arrêter pour saluer une connaissance dont il n’a strictement rien à foutre. Son mécontentement va croissant tandis que ​l'étau de ses doigts​ se resserre sur son poignet, avant qu’il ne vrille à son oreille​, profondément agacé​ :

​_ Un seul arrêt supplémentaire et je t’assure que j’irai trouver quelqu’un qui percute plus rapidement ce qu’impliquent mes invitations.​

​​​​E​​lle se mord la lèvre alors que ​le pouce​ de James​ la suit​,​ avant que sa main ​ne ​vienne empoigner sa taille sans aucune équivoque. La seule perspective de la dénuder appelle une déraison plus déviante encore qu’il ne l’aurait présagé​e​, et il n’est pas certain d’être particulièrement ravi de se savoir si prompt à recouvrer des habitudes qui ne semblent absolument pas l’avoir quitté. Comme quoi… L’on ne change jamais. Ses pensées frôlent l​e​ pessimisme le plus achevé, la fille suit dorénavant la cadence, suffisamment ivre pour être rendue au comble de l’excitation la plus affichée par quelques phrases où filtraient les élans de la débauche et les atours brûlants de la vulgarité. Il sait les reconnaître… Les filles​ suffisamment​ désespérées pour qu’elles croient bon de tout accepter, le désespoir plus grand encore quand la torpeur d’une nuit ​inavouable les laisse abîmées par la pâleur d’une aube où elles se voient abandonnées. Il les connaît par coeur, il sait même leur parler. Il apprécie particulièrement qu’elles soient de cette caste qui ne se plaît pas à minauder, elles savent quand écarter leurs cuisses et quand se taire, elles ont la frénésie des putes que l’on a même pas à payer, parce qu’elles croient prendre quand il n’y a pourtant plus rien à donner. Un corps troqué pour un moment de luxure où s’oublier, c’est tout ce qu’il souhaite à présent. Le bleu de ses yeux s’est terni dans l’abandon du champ de bataille, il fouaille le sol comme à la recherche des cadavres tombés, et quand il manque de bousculer quelqu’un, il met quelques secondes à réaliser qu’il s’agit d’elle. Le destin ricane​ :​ elle​,​ abandonné​e​ dans le noir où il a cru s’enfuir​.​ ​L​ui​,​ donné à des travers qui le constituent pour ne plus apparaître que sous les froideurs de ses masques les plus altiers. Sa main broie soudain le pauvre poignet de Jessy qui ​peine à comprendre ce qui peut arrêter leur course mais la voilà depuis longtemps oubliée. Morceau de chair traîné dans l’immensité du ventre de la bête pour croire en ressortir indemne quand sur son visage se dévoile ​un​ mélange différent ​de celui plus ​dangereux qu’il lui a opposé bien plus tôt. Il regarde Moira une dernière fois, et son masque se craquèle de cette douleur qui compresse son âme à se savoir déchu. Tombé du piédestal, il ne reste que lui et la souffrance d’un corps endolori qui ne quémande qu’une délivrance ​bestiale et honteuse. Ses yeux brillent d’un ultime sursaut d’intensité, sa bouche se serre, une seule seconde pour rêver cette impossible éternité. Il n’a pas le droit de la vouloir… Il n’en a pas le droit. Et pourtant… Pourtant​, il l'entend​, le grattement derrière la porte dorénavant close, refermée pour n’avoir pas su la franchir lui-même. Ça aurait dû être toi, Moira. Ce soir… ​Toi dans la splendeur de mon triomphe pour savoir le goûter comme jamais. Il abaisse ses paupières et emporte Jessy dans son sillage. La blonde glisse un air presque moqueur jusqu’à la productrice, elle croit avoir gagné tous les privilèges dont l’autre se voit ​privée, quand il n’y a que des perdants ce soir. La défaite comme seul panache des fuyards.


​***​


​I​​l se retrouve dans un quartier quasiment inconnu de Londres, échappé de l’appartement minuscule de cette traînée qu’il n’a réveillée ce matin que pour arracher aux heures les plus matinales de quoi apaiser une faim qui ne cesse de revenir le harceler. Le corps rompu et l’esprit abandonné à la simplicité d’un plaisir commun, il marche sur le trottoir jusqu’à trouver un chemin, quel qu’il put être quand il n’a pas envie de rentrer. Sa main tâtonne dans la poche de sa veste, il cherche à voir qui l’a appelé. Sa soeur, une fois pour dire bonne nuit et lui rappeler dans un soupir amusé les plus élémentaires des convenances : « et alors, on ne dit même plus au revoir à sa soeur adorée ? ». Greg qui essaye de maintenir le ton de sa voix dans un calme des plus relatifs qui ne sait tromper personne, et certainement pas James « juste pour savoir où tu es et si la fille valait la promenade ». Rien de bien particulier, même si les messages, l’un comme l’autre, le font légèrement sourire quand il attend que son répondeur sorte de l’éther la seule voix qu’il cherche à entendre en cette fin de matinée. Moira lui manque… Moira lui manque. C’est une constante qui l’affole et lorsqu’il se souvient de ses actes donnés à la nuit écoulée, il cherche à effacer la peine au moyen de ce lien qu’ils maintiennent pour mieux tromper un quotidien bien trop occupé à se joindre qu’importe la raison. Ses doigts tapent rapidement un SMS, pour la rappeler à lui quand il n’a fait que l’abandonner après avoir tant joué avec ses sensations : ​​« Dois-je espérer que l’alcool t’ait ôté une partie de ta mémoire, ou qu’elle soit miraculeusement intacte en cette merveilleuse journée ? Celle qui suit notre putain de concert au Royal Albert Hall ! »​​ La joie dans son texte revient alléger sa tête encombrée par la culpabilité, il se plaît à sourire plus encore une fois qu’il frôle la touche d’envoi pour mener son message à bon port, et se dire que seules comptent les victoires opérées à deux, plutôt que les dérobades infligées​ dans leur solitude respective​. Cette euphorie quasiment artificielle le porte toute la journée où il se replie dans son appartement afin de profiter d’une solitude devenue nécessaire pour réparer les heurts. Il traîne entre le canapé, le piano, et le lit, où il dort, ​feuillette des bouquins​, s’occupe pour ne pas trop penser. Il est déjà fort tard quand il s’aperçoit qu’il s’est laissé dériver sur l’écriture d’un titre qui le poursuit sans discontinuer depuis des semaines à présent. Rythme lancinant qu’il parfait peu à peu, des mots viennent​​ l’accompagner. Des mots qu’il tait à tous, surtout à lui en vérité. Il ne les écrit que pour éviter de les lire et de les savoir par coeur. La vibration de son téléphone pénètre sa retraite sans qu’il ne comprenne de prime abord d’où provient la perturbation du mutisme musical dans lequel il s’est enfermé. Il décroche uniquement quand il reconnaît le nom qui s’affiche. La précipitation dans sa main trahit des sentiments dont il ne sait que faire à trop les cloisonner :

​_ Alors cette mémoire ? Comment se porte-t-elle ?​
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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mar 25 Juil - 9:29 par Moira A. Oaks





Elle s’accroche à la rudesse de son jean quand sa main ne demande que la douceur de sa peau. Dans ses yeux brillent des feux contraires alors qu’elle le repousse tout en espérant secrètement qu’il résiste, qu’il balaye enfin les défenses qu’elle érige sans plus savoir ce qu’elle s’acharne à protéger. Le monde autour d’eux les enferme, la musique leur laisse l’impression d’être seuls au cœur de la marée. Sa main dans son cou reçoit chacune de ses pulsations. Elle sent sous ses doigts les tremblements qu’elle ne peut que reconnaître à les subir dans ses propres chairs. Les tentations bataillent dans son ventre. Ne reste que la colère pour encore les tenir, la fierté atteinte comme dernier bouclier pour conserver son rôle quand lui les a tous abandonnés. Et alors qu’elle le force à voir tout ce qu’il feint d’ignorer, le visage de James se fige dans une froideur qui manque de brutalement faire glisser le masque de sa rivale. La respiration de Moira s’arrête comme les battements de son cœur alors qu’elle le voit violemment redescendre des hauteurs d’où il la toisait. Les flashs de la boîte de nuit l’empêchent de reconnaître toutes les nuances de ses traits. Elle ne sait plus qui domine de la peur, du dégoût, de la rage ou de l’envie alors que son corps se raidit contre le sien, et la répulsion avec laquelle il la relâche la laisse brutalement interdite au milieu des danseurs qui semblent retrouver brusquement leur matérialité. Les silhouettes anonymes la bousculent de toute part bien qu’elle lutte pour ne pas perdre le regard de James et sa phrase la cueille avec tant de prégnance qu’elle reste inerte face à lui quand il fait volte-face pour échapper à ses regards. Elle ne fait pas même un geste pour le rattraper, tétanisée sur la piste, étranglée par les liens qu’elle vient elle-même de resserrer. Le rockeur disparaît, englouti par la foule, et elle reste un long moment immobile à regarder la masse se refermer derrière lui. La chaleur ambiante l’étouffe. La musique l’assourdit. Elle respire une large bouffée d’air vicié par la sueur et l’alcool. Le mélange est infâme. C’est plus qu’elle ne peut en supporter. Moira s’engouffre dans la première brèche qu’elle trouve, dans la direction opposée à celle de James pour creuser une distance qui ne lui a jamais parue si salutaire. Evitant comme elle le peut les obstacles sur sa route, elle se faufile en direction de la première sortie qu’elle aperçoit, écrite en néons rouges disposés sur un mur un peu plus loin. Le regard fixé devant elle, elle ne remarque pas la silhouette imposante du bassiste, manque de très peu de le dépasser sans même noter sa présence, avant que le contact de sa main sur son épaule ne la fasse sursauter. Elle met un temps trop long à le reconnaître, trop perturbée pour retrouver de suite des pensées claires, et ce n’est que lorsque sa voix lui parvient qu’elle se raccroche à la réalité qu’elle cherchait à fuir. Les battements de son cœur se saccadent de se sentir brutalement découverte alors qu’elle est incapable de savoir réellement ce qu’elle s’évertue à cacher … Les mots du bassiste la cueillent et ses sourcils se froncent. Elle n’est pas certaine de comprendre toute la subtilité de ce qu’il lui confie, et si elle reconnaît sur ses traits les sourires sincères qu’il lui lance parfois, elle ne parvient pas à lui donner le sien en retour. Ellis la regarde un moment, si serein quand elle ploie sous la lourdeur écrasante de ses doutes qu’elle ne trouve aucune réplique à lui lancer, complètement décontenancée. Le musicien fait un dernier geste avant de se perdre dans la foule à son tour, laissant derrière lui l’écho de ses mots que Moira se répète sans savoir encore ce qu’elle doit en penser. Le changement… Comment peut-il l’appréhender si calmement quand elle en craint chaque revers ? Comment croire qu’il sera bénéfique quand elle n’a vu que les ténèbres dans les yeux de James, quand tout ce qu’elle lui offre ne semble que l’inciter à frôler des extrêmes toujours plus troubles, des parts de son être toujours plus sombres que lui-même a peur d’affronter ? L’air est trop lourd. Ses propres contradictions lui retournent le cœur, et Moira se hâte jusqu’à pousser la porte métallique donnant sur le parking du club. Le froid mord ses épaules nues. Elle se contracte sans pourtant reculer, ne fait qu’un pas sur la côté pour faire reposer son dos sur le mur près de la sortie. Une main glissée derrière ses reins pour protéger sa robe de l’humidité des briques, l’autre se porte à son front encore trempé de sueur. Elle ferme les yeux, relâche un soupir qui se dessine en une épaisse fumée blanche échappée de ses lèvres. Dans son dos vibrent toujours les pulsations acharnées des moreaux qui s’enchaînent à l’intérieur. Mais dans sa tête, les mêmes images se répètent, les mots d’Ellis les accompagnent, et ses résolutions crèvent de ne plus savoir comment tenir. « Quoique tu fasses, continue… » Pourquoi ? … Les incertitudes encore. Partout. Son impuissance ricane. Les premiers regrets frémissent. Tout se confond et se mélange en une mélasse poisseuse qui coule dans ses veines pour alourdir tous ses mouvements. Elle n’a plus de notion de temps, de morale, de rien, et les souvenirs trop de fois sollicités deviennent flous, lentement corrompus par le désir insidieux de pouvoir les effacer. Que cette nuit n’ait jamais eu lieu. Que les aveux de James n’aient jamais eu lieu. Que leur relation ne soit rythmée que par les seules provocations de leurs jeux bravaches sans qu’aucun d’eux ne soupçonne encore la dangerosité de l’attirance sous-tendue. Que l’insouciance reparaisse à défaut d’une absence de désir.
- Hé… ?
Les sourcils de Moira se froncent. Elle rouvre péniblement les yeux, tirée de ses réflexions par l’intonation légèrement appuyée qui l’incite à penser qu’on a certainement déjà cherché à attirer une première fois son attention. Elle tourne le regard sur sa gauche pour tomber sur un homme d’une trentaine d’années, vieilli par une barbe visiblement entretenue avec soin, qui tend vers elle un paquet blanc.
- Vous voulez une cigarette ?  
Elle manque de refuser machinalement, précaution devenue réflexe, tant de fois réitérée pour s’éviter les tentations d’un mal dont elle a mis plusieurs années à s’abroger. Mais étonnamment elle se retient, pèse sérieusement la proposition pour la première fois depuis bien longtemps, et tend finalement ses doigts graciles pour s’emparer du bout d’un filtre qu’elle porte à ses lèvres. L’homme allume son briquet qu’il lève vers elle pour la laisser tirer une première bouffée de  nicotine qui flatte ses poumons honteusement reconnaissants. Elle recrache délicatement la fumée dont elle détaille les volutes imparfaites qui se dissipent dans l’air glacial de l’hiver. Les gestes reviennent avec une triste facilité, automatismes enchaînés à un passé honni qui vient se rappeler à elle à chaque moment qui la rapproche de ses anciens démons, pas toujours entièrement vaincus. Le goût du tabac sur sa langue lui rappelle la cigarette volée à James le jour de leur première entrevue. Elle grimace. Il n’y a pas de jeu pour justifier son geste aujourd’hui, aucun rôle à tenir pour garder l’avantage, seulement l’invitation d’un homme certainement aussi perdu qu’elle dans une soirée qui ne tient pas toutes ses promesses et qui balaye vers les issues de secours ceux qui ne parviennent pas à tenir le rythme. Elle amène à nouveau le filtre à ses lèvres, les vapeurs de cigarettes ne lui ayant jamais paru à la fois si délicieuses et fades, concessions amères à un plaisir honteux qui n’est là que dans l’espoir de l’en priver d’un autre.

L’inconnu parle depuis de longues minutes à présent et Moira répond sans véritablement l’écouter. Ses intentions sont aussi claires que ses maigres tentatives pour les dissimuler. Peu d’esprit. Pas de jeu. Seulement les échanges plats rendus inévitables par le jury des bonnes mœurs quand les deux parties savent pourtant dès le début les desseins de chaque phrase ainsi formulée. Et alors que celles de son interlocuteur se parent de doubles sens adorablement prévisibles, la productrice regarde un moment celui qui se veut son prétendant, choisit de ne pas encore lui couper les ailes malgré toutes les raisons qui lui hurlent depuis le départ de couper court à la conversation. Le bout incandescent de sa cigarette peint sur son visage un rouge flamboyant qui n’atteint pas ses prunelles demeurées d’un froid terrible depuis qu’il l’a abordée, un détail qu’il semble trop naïf ou sûr de lui pour remarquer. Seul son sourire feint la chaleur que son vis-à-vis attend d’elle. Mais son compagnon d’infortune s’obstine, imperturbable. Les échanges se font plus tendancieux et Moira se tourne vers lui, le dévisage comme elle ne l’a plus fait avec un inconnu depuis des années. Au fond de son âme git le désir monstrueux de briser les chaînes qu’elle se sent porter, qu’importe la manière, qu’importe le complice. Elle le regarde sans un mot et si l’homme se laisse admirer, il se fourvoie largement sur la nature de sa convoitise. Car elle sait le manque qu’elle cherche à effacer, l’attachement maladif dont elle veut s’affranchir, l’homme qu’elle cherche à retrouver sur les traits trop grossiers de celui qui lui fait face. Les secondes deviennent minutes consumées au rythme de sa cigarette qui se rapproche dangereusement de sa fin. Les prunelles de l’inconnu se teintent de reflets licencieux à mesure qu’elle s’attarde à le considérer sans encore lui permettre d’approcher. Il incline enfin la tête, la presse dans son choix et Moira se redresse pour ne pas lui laisser un ascendant qu’il n’a certainement pas mérité. James a su les acquérir, tous, toujours… Ses traits se crispent alors que la comparaison glaçante se glisse pernicieusement dans ses esprits. Elle ne s’était encore jamais risquée à prendre James pour étalon. Elle  serre les dents, puis soupire une dernière fois avant d’écraser son mégot sur le mur. Son prétendant bombe le torse, une main dans la poche, l’autre déjà prête à venir quérir sa taille, mais son visage se fige douloureusement quand elle décline poliment son offre, ses lèvres ourlées d’un sourire que James aurait immédiatement su déchiffrer comme la plus factice de ses attentions. Moira retient la grimace que cette certitude lui inspire. Elle remercie son compagnon pour la cigarette avant de regagner la porte du club d’un pas las malgré le froid qui se glisse sournoisement dans son dos. L’homme ne la suit pas, pour son bien comme pour le sien, sans doute.

A peine a-t-elle retrouvé les couloirs du Maze que la puissance brutale des basses revient la percuter en pleine poitrine. Moira se coule entre les corps hypnotisés par les sons électroniques, esquive plusieurs couples venus s’éloigner de la ferveur de la piste, glissant sa main sur la paroi pour retrouver le chemin du carré VIP. Ses yeux se plissent pour s’orienter dans la pénombre. L’obscurité se fait plus oppressante encore dans cette partie exiguë du club. Elle avance lentement, foule un terrain qui lui semble étrangement hostile, quand elle fait soudain un pas rapide sur le côté pour éviter deux fêtards qui semblent se hâter vers la sortie. Le temps se fige. La musique s’éteint dans sa tête. Elle ne met qu’une brève seconde à reconnaître James avant que son regard ne s’aimante à la crinière blonde qui le suit, tirée derrière lui par ce poignet qu’il serre entre ses doigts blafards. Le cœur de Moira rate un battement. Il ne lui en faut pas plus pour comprendre, et quelque chose se fêle sur son visage alors qu’elle vient replonger ses iris dans les siens, fissure qui se fraye un chemin jusqu’au traits de James quand il s’attarde malgré lui pour la regarder. A cet instant, elle sait... Elle sait qu’elle n’a besoin que d’un geste, d’un appel pour qu’il abandonne la femme magnifique qui le suit, d’un regard pour faire tomber les barrières qu’elle n’en peut plus de tenir et qu’il la rejoigne ce soir, maintenant. Elle le sait. Elle le sait. Mais elle ne fait rien, reste statufiée face à lui, la colère disparue dans les reflets trouvés dans ses yeux, la chaleur intacte dans le creux des paumes. La douleur avec laquelle James finit par se dérober résonne en elle comme la cruauté des choix déjà regrettés. Elle le suit des yeux alors qu’il s’éloigne, croise l’air conquérant de cette garce magnifique qui semble si prompte à croire en sa victoire quand Moira sait qu’elle n’aura sur la langue que les cendres de leur défaite conjointe. Un instant, la productrice se redresse, vient chercher dans l’appui du mur sous sa main la retenue nécessaire pour ne pas dévorer les quelques mètres qui les séparent et voler sous ses yeux celui dont elle croit naïvement s’être emparé. Une seconde, elle manque de commettre l’irréparable, de tirer de son orgueil de femme le courage d’assumer jusqu’au bout les désirs qui la rongent et ne font que tout engluer dans une fadeur écœurante. Une seconde, elle manque de ployer, de précipiter le dernier acte de leur déraison pour s’assurer seulement de le vivre. Une seconde, elle tremble. Une seconde. Avant que la peine ne noie ses ardeurs et que son regard n’offre plus que la compassion froide que lui inspire cette jeune fille. Si tu savais pense-t-elle. Si tu savais tout ce que tu risques alors qu’il n’y a plus rien à gagner. Emporte avec toi ces dernières bribes de fierté dans tes prunelles, car crois bien qu’il n’y en aura plus demain sur tes jolis traits, quand tu n’y verras plus que la honte et l’aigreur d’avoir un seul instant cru pouvoir me surpasser quand tu n’as jamais été que la consolation sans saveur d’un jeu auquel nous avions tous les deux perdu.

La porte métallique se referme sur leurs deux silhouettes et Moira s’adosse faiblement au mur derrière elle, respire profondément, comme au bord de l’asphyxie. Les sons autour d’elle reprennent, cacophonie incessante qui broie les pensées qui se bousculent dans sa tête. Les yeux fixés sur la sortie, elle hésite un moment à rebrousser chemin et rejoindre celui qui a manqué de lui offrir ses bras il y a quelques minutes à peine. Elle sait qu’elle n’aurait qu’un geste à faire pour lui faire réitérer son offre, qu’un geste à faire pour renouer avec les promesses perfides d’une chaleur passagère pour prétendre un instant ne plus sentir le froid tout autour. La tentation se glisse contre sa peau, fait se hérisser sa nuque sur laquelle elle passe une main tremblante. Mais son regard revient sur la piste un peu plus loin, et au milieu de tous les danseurs qui se déhanchent au rythme des percussions qui vibrent dans son dos, elle reconnaît Ella et Gregory, rayonnants sous les projecteurs du nightclub, se trémoussant l’un face à l’autre en suivant des pas qu’ils semblent connaître par cœur, comme une chorégraphie maintes fois répétée que frère et sœur ne peuvent supporter de manquer à l’instant où les premières notes du morceau s’élèvent dans la pièce. Moira les regarde longuement. Son visage s’apaise à mesure qu’elle les observe, incarnation éclatante du  bonheur qui aurait dû marquer cette soirée jusqu’au bout, sublimer leur triomphe pour le garder immaculé. Les battements de son cœur ralentissent. Elle oublie les fourmillements dans ses mains. Et malgré ce dernier regard qu’elle porte à la sortie, elle revient vers la lumière, retourne se plonger dans la ferveur qu’elle n’aurait jamais dû quitter et retrouve ceux qui ne se doutent certainement pas un instant des noirceurs qui ont maqué de les atteindre. Le sourire irrésistible de Gregory l’accueille dès ses premiers pas sur la piste. Elle danse jusqu’à la fermeture du Maze, danse pour ne plus s’écouter penser, danse pour ainsi se retrouver, et dans chaque pas oublier ceux qu’il a guidés, sa main sur sa taille, son souffle dans son cou si proche de la brûler.

Elle s’est réveillée le lendemain l’esprit alourdi par les harmonies brutales qui l’ont poursuivie jusqu’au petit matin, quand ils l’ont laissée devant chez elle, les traits creusés par la fatigue mais habités de cette joie qui ne les a pas quittés de la nuit. Elle a pris le temps de saluer chaque convive, allant jusqu’à embrasser Ella et Marcy sur les deux joues, comme les garçons, avant de sortir du taxi qui devait tous les ramener. Elle a fait un signe de la main en regardant la voiture s’éloigner, puis le silence l’a étreint, étrangement pesant maintenant que plus personne n’était là pour le partager. En entrant chez elle ce matin-là, Moira est restée un long moment dans l’entrée, à observer cette bâtisse comme une étrangère qui la découvrirait pour la première fois. Elle a observé les murs si familiers comme si quelqu’un en avait changé les couleurs, effacé les teintes chaleureuses pour ne laisser qu’un environnement terne et froid, sans aucun son pour l’habiter. Sans autre vie pour l’animer. Et pour la première fois, elle a senti cette solitude s’insuffler jusque chez elle. Elle l’a sentie rentrer par chaque ouverture de sa maison, imprégner les murs pour la capturer. Pour la première fois depuis qu’elle s’est installée ici, le silence lui a pesé.

Ses yeux se plissent d’inconfort quand elle descend les escaliers illuminés par le soleil déjà haut, après avoir gommé sous la douche les stigmates des nuits trop courtes dont elle n’a plus vraiment l’habitude. Son pas lent la traîne jusqu’à la cuisine où elle met un temps considérable à préparer son café, puis elle se coule jusqu’à la baie vitrée donnant sur son jardin, avant de plonger le nez dans sa tasse, le regard amorphe et la mine éreintée. Elle n’a aucune idée de l’heure qu’il est et ne cherche pas à s’enchaîner tout de suite aux considérations élémentaires d’une existence qu’elle sent perpétuellement sur le point de basculer. Son esprit est lourd et pourtant il fourmille. Il y a dans ses prunelles l’étincelle des réflexions qui continuent de tourner dans sa tête, des phrases qui se confrontent et se répètent sans qu’elle ne cesse de les disséquer. Chaque clignement de ses yeux tapisse les mêmes images sur ses paupières closes, les pupilles de James dilatées par la coke, l’air hautain de cette jolie blonde qu’il a emmenée dans son sillage, le sourire délicat d’Ellis quand il l’a retrouvée sur la piste de danse, les regards inquiets de Gregory quand il a remarqué l’absence de son ami, encore une fois envolé… Moira met de longues secondes à réaliser la sonnerie discrète qui revient régulièrement lui indiquer qu’un message non lu est conservé dans la mémoire de son téléphone portable et lorsqu’elle l’entend enfin, elle se surprend à prier pour qu’un seul nom ne s’affiche et que disparaisse le poids de cette inquiétude viscérale qui refuse de la quitter chaque fois qu’elle craint la brisure d’un lien qu’elle se sent incapable de perdre sans définitivement sombrer. La précipitation fait légèrement trembler sa main quand elle s’empare de l’appareil, et le soulagement qui l’étreint laisse échapper un profond soupir au moment où elle lit le nom qui s’affiche sur l’écran. « James ». Elle ne peut retenir la naissance d’un sourire qui s’accentue à la lecture du message. Elle reconnaît enfin l’espièglerie insouciante qu’elle aurait tant voulu voir cette nuit, sans les pièges qu’elle n’a cessé de distinguer dans ses gestes et dans ses yeux. Le bonheur simple du lendemain de leur triomphe s’immisce enfin dans ses veines et elle si elle repose le téléphone sans répondre immédiatement, c’est uniquement pour décrocher à un appel de son père qui, feignant de ne pas entendre le timbre rocailleux de sa voix, a simplement voulu inviter sa chère fille à déjeuner en fin de semaine pour la remercier d’avoir pensé à ses vieux parents pour ce somptueux concert. Moira ne se dérobe pas, son humeur radicalement adoucie depuis ses peurs enfin enterrées. Voilà longtemps qu’elle n’est plus repassée à Hertford. Elle ne peut pas le lui refuser.

Elle a longtemps cherché ses mots. Elle a hésité à l’appeler. Elle a voulu le faire sans jamais frôler la touche sur son écran, incapable de savoir comment aborder la suite de leurs échanges après les limites si dangereusement frôlées cette nuit. Elle s’est occupé l’esprit à force de coups de fil et de paperasse sans jamais parvenir à se concentrer pleinement sur sa tâche, toujours perdue dans les souvenirs abruptement gravés dans sa mémoire malgré tous ses efforts pour en minimiser l’impact maintenant que James semble lui être revenu. « Il revient toujours », disait Greg. Et elle se surprend à s’accrocher maintenant aux mêmes prophéties. Ses hésitations laissent passer les heures sans qu’elle n’ait encore su trouver de quoi lui répondre, et la soirée est déjà bien avancée quand une notification fait soudainement vibrer son téléphone sur la table basse. Ses sourcils se froncent alors qu’elle s’empare du cellulaire et son cœur s’emballe brusquement dans sa poitrine quand elle découvre une annonce du Q Magazine. Immédiatement, elle se précipite jusqu’à la table de sa salle à manger où son ordinateur portable est resté ouvert. Elle ferme les dossiers en cours, ouvre son navigateur internet pour entrer l’adresse du site du magazine qui ne lui a jamais semblé plus long à charger, et ses yeux s’écarquillent quand elle découvre le titre du dernier article posté : « La sauvage Odyssée du rock et du classique. Wild : un Voyage dont on ne reviendra pas ».

La dernière victoire. L’ultime reconnaissance. L’apogée de sa carrière cryptée en langage binaire. Les chairs de Moira s’embrasent et ses iris tremblent à lire et relire les termes enchanteurs de la critique pour s’assurer qu’elle n’est pas en train de rêver. Son cœur tambourine dans ses tempes alors qu’elle ne parvient pas à reprendre pied. Ils voulaient le Royal Albert Hall. Ils ont obtenu l’Angleterre, cette boudeuse terre natale enfin prompte à laisser une seconde chance à ses enfants prodigues, artistes accomplis mais parfois ingrats revenus chercher la rédemption dans les bras d’une mère patrie précédemment rejetée. Le silence étreint la productrice quelques secondes encore. Puis elle exulte son cri résonnant dans son salon comme celui d’une jeune fille fraîchement diplômée. Ses deux poings se dressent au-dessus de sa tête, restent en l’air des secondes entières avant qu’elle ne vienne plonger ses doigts dans ses cheveux blonds. Elle relit les louanges, s’en abreuve jusqu’à frôler l’ivresse et bientôt elle ne tient plus. Ses doigts tremblants s’emparent de son téléphone, cherchent le numéro de James trop de fois repoussé et elle ne perd pas une seconde se plus avant d’appuyer sur son prénom pour établir la communication. Chaque sonnerie qui la nargue rend sa respiration plus saccadée encore. L’attente est une torture qu’elle chérit avec avidité. Et quand le timbre facétieux de James se glisse à son oreille, elle ne peut maquiller l’excitation qui s’est emparée du sien. Son sourire s’élargit plus encore, les ténèbres de leur dernière nuit déjà presque oubliées :
- Ca dépend… Tu veux la version honnête ou la plus facile à assumer ?
Sa taquinerie tient une seconde à peine. Elle ne peut attendre de partager avec lui la liesse qu’ils ont manqué d’assassiner.
- Mais tu t’occuperas de mes gueules de bois plus tard… James Wilde, je veux que tu te connectes sur le site du Q. Tout de suite !
Son cœur s’acharne contre ses côtes alors que chaque seconde passée devient une épreuve qu’elle n’est pas certaine de pouvoir endurer. Elle se lève de sa chaise et fait les cent pas autour du piano, revenant sans cesse devant son ordinateur pour relire une ligne qu’elle connaît pourtant déjà par cœur.
- Lis moi ça. Je veux t’entendre le lire, James.
Son agitation lui donne des airs si attendrissant qu’on la croirait rajeunie de vingt ans. Et elle s’entend ponctuer à chaque phrase que le rockeur prononce :
- On a réussi, James. Tu as réussi. On l’a fait, nom de dieu !
Elle ne retient plus ses mots. Elle ne contrôle plus sa voix. Tout revêt des atours de libération, épilogue si difficilement atteint qu’elle a cru de trop nombreuses fois se le voir arraché. Et maintenant qu'elle le tient, ce sont toutes ses peurs qui s'évanouissent enfin, dévalent le long de sa robe légère pour s'étaler inertes sur ses pieds nus. La sensation est exquise. Elle ne veut que la laisser durer. Encore. Toujours.

Soudain, trois coups résonnent depuis l’entrée. Trois bruits sourds qui la font se redresser et lancer avec précipitation :
- Attends une seconde, je crois qu'il y a quelqu'un…
Le téléphone toujours maintenu à l’oreille, elle continue d’une voix enjouée alors qu’elle se glisse d’un pas bondissant vers l’entrée. Il y a dans ses esprits trop de bonheur qui fourmille pour qu’elle ne réalise un seul instant l’heure trop tardive pour une visite désintéressée. Elle ne prend pas le temps de regarder par le judas et sa main ouvre le battant d’un geste si enthousiaste qu’elle manque de se heurter à la silhouette qu’elle dévoile. Moira sursaute brutalement et tout son corps se raidit à l’instant où elle le reconnaît. Elle n’a que le temps de souffler :
- … Welsh ?
Son épaule la repousse sans qu’elle ne puisse esquiver. Welsh pénètre dans la maison, referme la porte derrière lui et reste de longues secondes statufié, sa lourde main posée à plat sur le battant, le regard tremblant posé sur elle. Le silence pèse violemment sur eux, lourd à les étouffer, et Moira se contracte, le téléphone maintenu en l’air près d’elle sans qu’elle n’y prête même plus attention. Son souffle se bloque dans sa gorge. Elle met un considérable à trouver la force de balbutier :
- Qu’est-ce que tu fais ici ?
Welsh la regarde. Il la regarde et dans ses yeux, elle sait. Elle sait déjà qu’il s’est perdu.

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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mar 25 Juil - 13:21 par James M. Wilde
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« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James



Sa voix dégage les horizons couverts de sa conscience, jusqu'alors encore assombris de souvenirs qu'il a bien du mal à assumer quand il les sait dictés par ces instincts qu'il a souhaité oublier. Les instincts s'adoucissent aussitôt qu'elle lui parle, la bête enragée par sa frustration s'apaise et choisit de se montrer docile. À la faveur de la nuit qui tombe leurs premiers mots ressemblent à des confidences. Il a élu domicile auprès de la baie vitrée pour voir le vide se noircir, une place qu'il affectionne particulièrement et son sourire renaît alors que l'ombre ne faisait que le lui arracher. Sa boutade tire un rire qui ondule la surface de sa mémoire et il choisit d'enfouir ses fautes de la veille, de toutes les croire aphones quand elles hurlent pourtant leur désarroi.

_ Ne t'en fais pas, tu retrouveras vite l'habitude de nuits courtes et de lendemains brumeux.

Un blanc. Pas suffisamment enfouies visiblement pour qu'elles n'excavent pas déjà ces avenirs qu'il ne peut s'empêcher de lui peindre. Cette projection d'une union qui ne devrait pas être, dont l'idée seule le fait frissonner. Il ne sait plus s'il s'agit de peur, il ne sait plus. La peur est devenue inaccessible depuis que le désir la pourchasse. Il saisit l'offre tel le damné qui entrevoit enfin la lumière, joue à se faire attendre quand c'est lui qui n'a fait que patienter pour qu'elle rappelle enfin.

_ T'es sûre ? Il faut que je me lève pour ça...

Il fait mine de bailler quand il est déjà debout à marcher d'un élan renouvelé en direction du bureau qui accueille son ordinateur. Son coeur bat d'une douce appréhension, il a très difficilement résisté pendant des heures à cette balade numérique qui lui aurait dévoilé les titres couronnant sa conquête, la couronnant d'une défaite affadie par la critique bien trop souvent méprisée pour se voir ainsi choyée par ses cris et ses harmonies. Ou... l'honorant d'un triomphe tout entier. Il clique sur le lien qui apparaît, il n'a plus aucune patience maintenant qu'il devine dans les inflexions de Moira beaucoup trop de cette joie qu'il crève de partager.

Le silence retombe quand il entrevoit les gros titres, et sa gorge se bloque d'une émotion qui émane par vague de toute sa personne. Son souffle accéléré trahit l'oraison céleste de son triomphe devenu entier, il s'apprête à le dévorer, ne se fait guère prier. Et peu à peu, son phrasé devient éloquent, l'envie de profiter de l'instant presque impur tant il est viscéral ploie toute sa contenance quand il précipite les mots :

_ Tu veux que je lise quoi ? Le moment où ils disent que "The 2nd Law est un album comme il y en a peu, qui marque les mémoires à peine les a-t-il gracié de ses sons électriques. Les Wild ont su mourir il y a quelques années, oubliés dans une terre étrangère, dont seulement quelques vicissitudes d'une existence rompue nous parvenaient. Les Wild ont su renaître hier soir. Il y a des renaissances que l'on attend de pied ferme. Il y en a d'autres que l'on craint. La leur n'appartient à aucune de ces catégories. La leur est si intense qu'elle fait l'effet d'un renouveau de notre scène britannique tout entière. La scène en ressort ravagée..." Ou... Ou... Attends, là ! "L'album sort aujourd'hui et nous vous implorons de le découvrir pour vous voir tout comme nous transportés dans le monde que seul James Wilde sait peindre aux côtés de ses deux acolytes de toujours." Ah ! Ça c'est bien vrai. Putain... Putain !

Son souffle est si court à présent, il vient de blêmir de ces intensités qui transitent entre eux, il peste presque de ne pas pouvoir la saisir entre ses bras, alors qu'il étreint le téléphone à défaut, entre ses doigts tremblants. Il ne parvient qu'à dire, nerveux, quasiment bouleversé :

_ On a réussi... Oui. On a réussi.

Elle. Eux. Lui. Il se sent transporté par une sorte d'extase qui le caresse de plaisirs auxquels il n'avait plus depuis bien trop longtemps goûté. Il a l'impression d'avoir perdu quinze ans soudainement, de se retrouver emporté par cette frénésie des jeunes années, où le succès venait de l'envoler vers les firmaments qu'il ne cesse de vouloir habiter. Il entend à peine ce qu'elle dit, n'émet qu'un son pour confirmer qu'il la laisse vaquer jusqu'à la porte. Il ne note pas l'heure, il ne note pas le silence horrifié qui vient de broyer leur bonheur, élu bien trop vite pour se voir consacré. Il ne note que le prénom, qui dissone comme un crissement malfaisant. Sa respiration se bloque.

Sonon monde bascule. Bascule. La chute est invincible. Brutale. Arraché au triomphe, il se sent projeté sur la terre viciée de ses enfers et la découvre avec horreur à ses côtés. Tous les sons extérieurs se taisent. Il n'y a que sa voix à elle versée dans le secret de son oreille. Les mots de l'agneau qui s'est oublié à coucher auprès des loups. Moira... Moira... Sa main se contracte nerveusement autour de son smartphone et il parvient à articuler :

​​_ Je vais te rejoindre. Tu m'entends Moira ? Je serai là, je te l'ai dit. Je te l'ai dit.

Le ton sépulcral de la phrase tonne sous son crâne qui ploie dans la douleur, une voix posée dans un calme apparent pour toute parade au drame qui s'amorce quand il se maudit d'être ici, enfermé, impuissant, inutile. Dans un souffle saccadé par la peur il se force à raccrocher. Il tremble de tout son corps, un tremblement diffus qui s'est invité sur les dernières syllabes qu'il a murmurées dans le téléphone. Son esprit divague, voyage jusqu'à des scénarios qui l'affolent et l'atteignent, l'adrénaline broie ses entrailles, il a une sorte de haut le cœur et sa gorge se serre. Les clefs. Il oublie sa veste. Puis il court. Il court. Il crève d'angoisse dans l'ascenseur où le miroir glacé lui renvoie son image déformée par la colère qui commence à remplacer tous les autres sentiments pour qu'il puisse tenir. Tenir et la rejoindre. Comme il le lui a promis. Il bouscule Phil, il n'a pas le temps de s'excuser, le rêve éveillé le porte sur le parking en de grandes enjambées. Quand la moto rugit, la roue arrière dérape de la vitesse qu'il lui inflige encore cantonné aux emplacements réservés au Viper qui défilent en des couleurs trop vives, qui l'éblouissent au rythme de son cœur qui bat bien trop vite. Le trajet ne lui a jamais paru si compliqué à appréhender, dans sa tête, chaque rue est analysée pour savoir laquelle emprunter, qu'importe la signalisation pour parvenir plus rapidement jusqu'à elle. Il slalome, double à une vitesse déraisonnable, s'engouffre dans des ruelles piétonnes pour éviter la circulation qui se densifie peu à peu sur l'avenue. Il ne laissera personne le retenir. Il ne laissera personne l'empêcher d'honorer ce serment gravé au fer rouge sur sa peau qui le brûle de ne pouvoir la glisser entre Moira et l'autre ordure qui s'est présentée sur son seuil. L'air ravage son visage et ses pensées, elles s'envolent de plus en plus sombres, et il accélère, il accélère encore, toujours. Pourquoi est-ce si long ? Pourquoi ? Des gens invectivent le chauffard, il les entend à peine. Il y a des hurlements dans ses esprits écoeurés, une déraison infâme qui lui crie que rien de tout cela ne serait arrivé s'il avait été là. Là, auprès d'elle, dans cette maison qu'il n'aurait jamais dû quitter. Il aurait dû rester. Affirmer la possession malsaine et envahir son quotidien quitte à le dévoyer. Quitte à oublier Isolde, la gamine, ses devoirs et sa prison salutaire. Tout cela... Tout cela ne signifie rien sans elle, rien. La pensée éclate dans sa tête, les verrous difficilement posés et maintenus menacent de céder. Sa couardise abrutit son cœur, entrave sa respiration, il ne sait plus quoi faire ou quoi tenter. Ses mains se contractent autour de l'accélérateur. Il n'a jamais franchi de telles limites et il sent le poids de la Blackbird vouloir le dominer. Il lutte avec acharnement, un virage manque de la coucher mais il rééquilibre le bolide au dernier instant. Il reconnait son quartier... Il aurait dû être là. Il aurait dû assumer. Il coupe le contact et prend à peine le temps de caler la moto en travers du trottoir qu'il remonte déjà l'allée. Ses regards alarmés distordent l'espace, la porte paraît lointaine, implacablement close. Son souffle s'accélère. Il est à peine surpris de la trouver fermée, et son monde vire au noir, il sent la folie venir lécher ses veines et les enflammer : ce que cela implique lui est insoutenable, inconcevable quand toutefois son pessimisme a murmuré les dangers et les horreurs que cette porte pourrait dissimuler. La main blême autour de la clenche, il ne prend pas la peine de secouer le battant. Inutile. Jamais il ne parviendra à le défoncer. Il maudit sa condition. Il aurait dû être ici. Il aurait dû la clamer avant l'autre et s'imposer. Il aurait dû. Car elle voulait qu'il reste. Elle le voulait. Alors qu'il contourne la maison par la pelouse en se précipitant, il se souvient de leur dernier baiser. La culpabilité sur les lèvres qui frissonnent. Que ça ne soit pas trop tard. Trop tard. Par pitié. Tout. Je donnerai tout pour la revoir telle que je l'ai laissée. Tout. Par pitié. Pas comme ça. Pas quand je lui ai promis d'être là. La baie vitrée... La seule solution qui s'impose quand il croit devenir fou de ne pas savoir ce qu'il peut bien être en train de lui faire subir. Un pas de plus, un pas de plus. Un pas de plus... Et il saura.
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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mer 26 Juil - 14:20 par Moira A. Oaks





L’angoisse se glisse comme un serpent autour de sa cheville, remontant sa jambe pour onduler le long de sa colonne. Le frisson est atroce. Moira se fait violence pour ne pas trembler alors que les yeux de Welsh la fixent avec une immobilité effrayante. Le temps s’englue dans une lenteur terrible, lui laisse sentir un à un chaque danger qu’elle a laissé passer le seuil de sa porte. Sa déglutition est si douloureuse que son visage se contracte. Elle est incapable de bouger. Une voix lui parvient, si lointaine qu’elle met une seconde entière à réaliser que James est toujours avec elle au téléphone. Son cœur s’emballe. Il est toujours là. Il sait. Il sait que Welsh est ici. Sa respiration s’accélère. Elle sent la peur qu’il ne peut entièrement maquiller sur la fin de sa phrase alors qu’elle perçoit les tremblements de son souffle. Elle l’entend se mouvoir et sa main se contracte sur le téléphone à en fissurer l’écran. Non. Non, ne raccroche pas, je t’en prie... La communication se rompt. Son monde entier vacille. Elle doit faire un pas en arrière pour s’éviter de chanceler. La solitude écrase sa poitrine, se déverse sur sa gorge qui se serre alors qu’elle laisse lentement retomber son bras. Face à elle, Welsh la regarde, toujours impassible. L’air est irrespirable. Les murs la compriment. Elle se force à respirer. Ses mains se serrent de chaque côté de sa robe. Elle plante ses iris dans ceux qui la jaugent, déplie lentement son dos pour se redresser. Elle s’accroche à la promesse de James, s’appuie sur la certitude qu’il viendra pour ne pas flancher. La détermination réchauffe ses paumes. Elle s’entend lancer, presque ferme :
- Tu ne devrais pas être ici.
Welsh semble enfin cligner des yeux. Il gronde en retour :
- Non, je ne devrais pas… Je ne devrais pas… Il y a tellement de choses dans ma tête qui ne devraient pas y être, Moira.
La productrice se tend alors qu’elle suit du regard son ancien collaborateur qui se déplace d’un pas hasardeux dans l’entrée. Il l’observe un moment sans rien dire, laisse s’installer la lourdeur de l’air qu’il ne peut faire semblant d’ignorer. Puis il incline lentement la tête sur le côté.
- Tu as l’air tendu, Love.
Le surnom fait se contracter l’échine de Moira tout le long de sa colonne. Elle se fige alors que Welsh continue de fureter sans prendre encore le risque d’approcher.
- Ça a pourtant l’air d’aller bien pour toi. J’ai lu… J’ai lu des articles. C’était bien alors, le concert ? Hein ? Il paraît que c’était… Comment ils ont dit déjà ? Ah oui ! « Un voyage dont on ne reviendra pas ». Je l’ai raté, excuse-moi. Je voulais être là, vraiment, mais j’étais…
- Qu’est-ce que tu veux ?
Le ton cinglant de Moira le coupe. Welsh revient croiser son regard et sa tête se penche progressivement de l’autre côté. Son visage se pare d’un sourire qui semble presque amusé, effrayant.
- Oh oh… Qu’est-ce qu’il se passe, Love ? C’est comme ça que tu reçois ton très cher Welsh, maintenant ?
Moira reste droite. Elle répète sa phrase, insiste sur chaque syllabe, la voix aussi dure que son regard.
- Qu’est-ce que tu veux ?
Sebastian soupire, son sourire toujours collé aux lèvres. Il regarde ses pieds un instant, comme s’il réfléchissait, avant de jeter un œil à l’escalier.
- Tu sais ? Je me souviens de tant d’heures passées ici… Des journées entières… Des nuits complètes à t’écouter, puis à dormir dans cette chambre en face de la tienne, pour ne pas te laisser seule. Tu t’en souviens, hein, Moira ? Tu t’en souviens, dis-moi ? Combien de confidences, ta tête posée sur mon épaule ? Combien de larmes écrasées du bout de mon pouce ? Y avait-il encore le moindre secret entre nous ? Une moindre parcelle de ta vie que tu ne m’aies pas dévoilée ? Nathan, Harry, tes parents, ton enfance, tes rêves et tes doutes… Tous ces regrets accumulés. As-tu oublié de m’en dire un seul après toutes ces années ? Un seul, Moira ? Non… Je ne crois pas. Il y avait cette confiance entre nous cette… connexion. C’était simple. C’était… un équilibre. On avait tout. Ce socle commun sur lequel s’appuyer, et cette entreprise florissante. Tu sais ? Celle que nous avons construite ensemble. Celle que j’ai construite avec toi. Pour toi. Celle que je t’ai donnée pour te sortir de cette cage dans laquelle tu t’étais enfermée. On y était arrivé, Moira. On en était sorti. Ensemble. Nous n’avions plus que l’avenir à tracer maintenant que le passé était derrière nous. C’était fini. Enfin terminé… Alors je me suis demandé une chose très simple : comment on en est arrivé là ?
Il respire lourdement et revient planter son regard dans celui de Moira.
- Comment, après tous ces sacrifices, toutes ces épreuves traversées ensemble, on a pu en arriver là ?
Sa voix s’abaisse alors, tremble d’un timbre rauque que Moira ne lui connaissait pas. Immobile face à lui, son cœur commençant doucement à accélérer dans ses tempes, elle le fixe toujours quand il commence doucement à s’approcher. Il murmure :
- Parce que tu n’as pas pu oublier tout cela, n’est-ce pas ? Tout ce que j’ai fait pour toi, tout ce qu’il s’est passé entre ces murs et en dehors, tout ce que j’ai donné pour que tu aies la force de te relever... Parce que tu sais ce que tu serais devenue sans moi, n’est-ce pas ? Tu sais où tu en serais aujourd’hui.
Les mots de Welsh lui rappellent ceux prononcés dans son bureau il y a des semaines, jetées à la figure de James quand il viciait de ses sous-entendus immondes les souvenirs d’une relation qu’elle se surprend encore à chérir. Moira ferme les yeux un instant, mais c’est sa propre voix qu’elle entend, sifflante comme une injure, alors qu’elle tenait le rockeur acculé contre la baie vitrée. « Tu lui dois au moins cela… Maudis-le autant que tu le veux mais tu lui dois cela. »
- Tu t’en souviens ?
Elle revient à Welsh, ses dents prêtes à déchirer sa lèvre. Mais il continue d’approcher et le frisson qui la prend lui fait faire d’instinct un premier pas en arrière.  
- Tu t’en souviens, n’est-ce pas ?
Elle se recule vers la porte vitrée de son salon, ses côtes se soulevant à un rythme de plus en plus saccadé.
- Tu n’as pas oublié. Comment le pourrais-tu ? Comment le pourrais-tu quand tu me dois chaque souffle que tu expires, chaque putain de seconde que tu passes sur cette terre alors que tu hésitais à t’en priver autrefois ? Qu’aurais-tu fait sans moi, hein, Moira ? Qu’aurais-tu fait si je ne t’avais pas retenue tous les jours, toutes les nuits ?
Elle garde le silence. Il avance encore. Le souffle de Moira se met à trembler et la voix de Welsh se renforce, moins sûre à mesure que la colère vient imprégner chaque syllabe.
- Tu ne sais pas ? Vraiment ? … Allons, Love, bien sûr que tu le sais. Tu le sais chaque fois que tu repenses à ce que tu m’as fait. Tu le sais car c’est cela qui t’a empêchée de me regarder pendant toute la durée de ce foutu procès. Cela aussi tu t’en souviens. Je n’ai pas oublié non plus…
La distance continue de s’amoindrir. Sebastian rôde comme un prédateur. L’air se tend. Tout s’accélère.
- Tu sais tout ce que j’ai fait pour toi. Tu connais ta dette. Tu te souviens de tout car tu le vois chaque matin dans ton miroir. Chaque jour que tu vis, tu me le dois. Chaque ride sur ton beau visage, tu me la dois. Tous ces moments passés avec moi… Tout… Tu t’en souviens, hein Moira ? Tu t’en souviens ? Alors dis-le. Dis-le moi, Moira…
Il avance encore.
- Dis-le-moi maintenant. Dis-moi que tu t’en souviens.
Un pas brutal le porte soudain à un mètre d’elle et sa voix hurle l’ordre déjà trop répété :
- Dis-moi que tu t’en souviens !
- Oui.
La voix de Moira se précipite, tremblante comme un hoquet, et Welsh s’arrête, son souffle assez proche de la productrice pour qu’elle le sente. Le temps se fige quelques secondes avant que l’envahisseur ne recule lentement, les mains en l’air comme s’il rendait les armes. Il échappe un rire nerveux. Glaçant.
- Excuse-moi, Love. C’est… Toute cette histoire, tu sais ? Je suis un peu… Je ne voulais pas te faire peur.
Des soubresauts soulèvent les côtes de Moira qui semble oublier comment respirer. Elle ne peut se résoudre à le perdre du regard alors qu’il se détourne, ses traits revêtant les airs fragiles de ceux qui ne savent plus quel choix opérer. Il se passe une main dans les cheveux et souffle comme une concession amère :
- Joe a été bon, hein ? J’aurais dû… Je n’aurais pas dû le sous-estimer. J’aurais dû…
Il échappe un ricanement rauque, perdu dans des pensées qu’il lui livre sans pleinement le réaliser.
- Tu sais le pire dans tout ça ? C’est que… Ha ha… C’est moi qui te l’ai trouvé cet enfoiré ! Encore tout frais, tout jeune, pas encore assez de réputation pour te coûter trop cher. Je savais qu’il était bon ! Je te l’ai pris pour ça. Et je me suis… je me suis fait baiser. Comme un con...
Il recule légèrement, secouant tristement la tête quand l’aveu se fait entier.  
- J’ai tout joué, Love. J’ai tout joué parce que je devais gagner… Je devais gagner ce jour-là.
Un soupir désabusé se fraye un chemin entre ses lèvres. La mollesse de ses pas le traîne jusqu’au porte-manteau qu’il regarde d’un air distrait. Ses doigts frôlent lentement les étoffes avant de s’accrocher à un blazer noir qu’il observe sans un mot. Les secondes s’étirent sans que Moira ne se risque jamais à intervenir. Elle l’entend chuchoter :
- Je t’ai toujours aimée dans cette veste… Tu la remettras certainement à la fin de l’hiver, hein, Love ? J’aimerais bien.
Il approche son nez de la manche qu’il se met à respirer. Moira dans son dos se tend plus encore, la colonne vissée à la porte vitrée. Les alarmes hurlent dans sa tête sans qu’elle n’ose rien faire pour reprendre le contrôle d’une situation qui lui échappe complètement, dépossédée de sa liberté d’action quand la peur s’immisce lentement dans chaque fibre de ses muscles. Et les mots de Welsh reprennent, caressants comme une menace délicatement dissimulée.
- Tu as toujours su dépasser toutes les autres. Tu étais toujours plus belle, plus attirante, quoi que tu fasses. Je t’ai tant regardée, Moira, pour essayer de me défaire du mirage que tu représentais. J’ai cherché à t’effacer, à te trouver des défauts à force de te détailler. Mais chaque fois, tu ne faisais que me fasciner davantage. Je me demande souvent comment tu faisais pour ne pas le voir… Et je crois que j’ignore encore si j’aurais aimé que tu le voies avant… Avant…
Il soupire en relâchant le vêtement et se remet enfin à se mouvoir, son pas lourd le portant jusqu’à la porte d’entrée.
- Tu sais, j’ai beaucoup réfléchi, Love. Ce que tu as fait ce jour-là… au procès. Je ne t’en veux pas, je sais… Je sais que je t’ai obligée à le faire. Ça… Ça ne s’est pas passé comme prévu. Ce n’était pas ce que je voulais. Je sais que toi non plus. J’ai mis la compagnie en danger. Je t’ai obligée à prendre parti pour protéger les affaires. Je comprends, tu sais ? Tu ne voulais pas... Mais on ne fait pas toujours ce qu’on veut. On est parfois… contraint. Par la force des choses. Je le sais. Tu ne voulais pas me faire de mal. Et je ne veux pas t’en faire non plus. Alors je me suis répété cette même phrase, tous les jours, chaque minute passée loin de toi… Comment en est-on arrivé là, Moira ?
Le bruit du verrou claque comme une mise à mort et Moira se presse contre la porte. Welsh demeure dos à elle. Le temps s’écoule avec la lenteur des supplices cruellement savourés, et sa voix s’excave de profondeurs qu’elle n’avait jamais atteintes.
- Mais on le sait tous les deux, n’est-ce pas ?
Sebastian se retourne avec une minutie effrayante, le regard métamorphosé, les mâchoires serrées comme une bête prête à bondir. Il se rapproche, rôde comme un chasseur attendant le moment opportun pour fondre sur sa proie ainsi condamnée.  
- On sait qui est arrivé.
Les yeux de Moira s’écarquillent dès l’instant où elle comprend. Un frisson lui mord l’échine. Sa voix se fait suppliante.
- Sebastian…
Mais il continue d’avancer.
- J’ai essayé de te le dire.
- Arrête ça.
- J’ai essayé, tu te souviens ? Mais tu ne m’as pas écouté.
Il vient l’oppresser contre la porte, les deux mains posées à plat de chaque côté de ses épaules. Moira se tend en arrière jusqu’à faire reposer son crâne contre les carreaux, son regard toujours planté dans le sien. La chaleur de Welsh se joue de la proximité de son corps et elle serre toujours son téléphone dans sa main, s’y raccroche comme à un talisman pour ne pas ployer.
- Si seulement tu m’avais écouté…
Il lève la main jusqu’à son visage mais Moira le repousse d’un geste sec dès qu’il la frôle.
- Ne me touche pas !
Les yeux de Welsh s’ouvrent grands. Il recule légèrement son visage, et un sourire sadique déforme ses traits. Il siffle :
- Tu lui dis la même chose, dis-moi ?
Moira se fige. Il insiste avec la certitude de toucher juste.
- Est-ce que tu lui dis la même chose, à lui ?
La culpabilité de Moira se lit dans ses yeux et Welsh s’en abreuve comme un assoiffé, nourrissant la haine qui revient embraser ses prunelles, intacte comme au premier jour. Il gronde, de plus en plus menaçant quand elle se mure dans un silence qu’il prend comme une insulte.
- Réponds-moi, Moira…  
Elle refuse, se rencogne contre la porte et Welsh emprisonne brutalement ses poignets de chaque côté de son corps, sa patience si fragile déjà proche de s’étioler.
- Est-ce que tu le repousses aussi, Moira ? Est-ce que tu le rejettes comme tu le fais avec moi ? Est-ce qu’il crève lui aussi de savoir qu’il ne pourra jamais te toucher ? Effleurer une à une chaque courbe de ton corps ? Sentir la chaleur de ta peau contre sa paume ?
Il se rapproche jusqu’à glisser son nez sur la pommette de celle qu’il détient entre ses bras, la forçant à incliner le visage pour mieux la respirer. Moira se tétanise contre lui, la crispation de ses muscles se faisant plus douloureuse à chaque souffle qu’il glisse contre sa peau.
- Sebastian…
- Est-ce que tu le tiens toujours comme tu me tiens moi ? A revenir chaque jour le narguer de tes charmes sans jamais les lui offrir ? A ignorer ses regards quand ils se font toujours plus appuyés, toujours plus brûlants, toujours moins « professionnels » ?
Le terme est sifflé comme une injure quand sa voix ne cesse de se renforcer. Son nez descend dans son cou. Il boit ses parfums, sa prise toujours aussi ferme sur ses poignets.
- Arrête, je t’en prie…
- Réponds-moi.
- Sebastian…
- Réponds-moi !
Les doigts de Welsh s’emparent brutalement de sa mâchoire, maintiennent son visage bien droit face au sien quand il plonge ses iris brûlants dans son regard qui ne cesse de trembler. Moira attrape viscéralement son poignet de sa main libre alors que l’autre est toujours entravée. Elle cherche à adoucir son emprise qu’il appuie encore davantage chaque fois qu’elle cherche à le repousser. Il est si proche de ses lèvres que chaque mot qu’il prononce menace de lui faire les frôler. Welsh l’admire, attend qu’elle le regarde sans plus chercher à se dégager. Puis il murmure enfin la question qui le ronge depuis des mois, s’accroche à sa peau, refuse de le quitter :
- Il t’a baisée, dis-moi ?
Moira se fige tout contre lui. Les images l’assaillent brutalement quand sa gorge retient les mots qu’elle se refuse à prononcer. Welsh approche son visage de sorte à murmurer à son oreille :
- Dis-moi…
L’absence de réponse le fait enrager. Le sang pulse dans ses doigts qui la maintiennent toujours pour l’empêcher de le fuir et quand Moira ferme les paupières pour échapper à ses prunelles, il la pousse violemment contre la porte pour la forcer à le regarder. Ses yeux lui reviennent. Il y plonge pour lire ce qu’elle s’obstine à lui cacher et se tétanise soudain, comme si elle l’avait giflé. Un murmure quitte ses lèvres blêmes, douloureux comme un râle :
- Je le savais…
C’est lui qui quitte son regard, comme terrassé. Moira referme les yeux, incapable de contredire ce qui la hante depuis que tout lui rappelle cette nuit, ce désir consumé incrusté dans chaque parcelle de son être, imprégné dans sa peau, emprisonné dans sa tête. Et la voix de Welsh se brise à son oreille, de plus en plus tremblante à mesure qu’il perd pied.
- Alors c’est ça ? Hein ? C’est lui que tu as choisi ? Cet immonde fils de pute qui t’ajoutera comme un nom supplémentaire à la liste des traînées qu’il a débauchées ? C’est ça que tu veux ? Où se situe ton nom, d’ailleurs ? Avant ou après la gamine qui a failli tous nous faire crucifier ?
Il la plaque durement contre la porte, sa deuxième main venant comprimer sur sa taille. Enfin libérée, Moira appuie son avant-bras sur le sien en espérant le faire plier et Welsh remarque enfin le portable qu’elle tient toujours. Il cligne des yeux un moment avant qu’une douceur glaciale ne vienne imprégner ses traits.
- Oh ! Mais j’y pense… Avec qui tu étais au téléphone tout à l’heure, hein, Love ? C’était peut-être lui ? Est-ce que je vous ai coupés, dis-moi ?
Les coups de Moira se font plus durs alors qu’elle cherche toujours à se défaire de son emprise, la simple idée qu’il atteigne James lui rendant des forces qu’elle ne soupçonnait même pas. La main large de Welsh écrase ses doigts, tente de récupérer le portable que la productrice continue de serrer.
- Tu permets que je regarde ?
- Sebastian ! Lâche-moi !
- Allons, Love… Laisse-moi voir. Nous n’avons plus de secret l’un pour l’autre, après tout. N’est-ce pas ?
- Je t’ai dit de me lâcher !
La main de Moira sur son poignet s’affermit mais Welsh serre davantage sa mâchoire en réponse. L’adrénaline pulse méchamment dans les veines de la productrice et alors qu’il manque de lui arracher le smartphone, elle le fracasse contre son crâne pour se dégager.
- Ça suffit !
L’arme improvisée va s’écraser au sol alors que Welsh fait un pas en arrière pour encaisser le coup. Il s’arrête un instant, tétanisé par le choc, et la regarde pour la première fois dans la position qu’il a toujours refusée : cet ennemi qu’il devient à trop avoir voulu rester son allié. L’injustice l’écœure, il ne brûle que de la vomir et son regard tremblant devient furibond. Moira n’a pas le temps de réaliser l’impact du coup qu’elle vient de porter que Sebastian fait brusquement les deux pas qui le séparent d’elle pour la projeter contre la porte. Un carreau cède. Moira se crispe violemment, le verre brisé rentré dans toute la longueur de son coude, mais le son strident n’arrête pas Welsh qui hurle en comprimant ses épaules si fort que ses doigts rentrent littéralement dans sa peau.
- Qu’est-ce que tu crois, Moira ? Que c’est encore toi qui fixes les règles ? Que tu peux encore me dicter quoi faire, quoi dire, quoi penser quand tu n’as jamais voulu voir ce qu’il se passait pourtant sous tes yeux ? Que tu peux me repousser maintenant alors que j’ai passé dix ans de ma vie à te donner tout ce que j’avais ? A ne vivre que pour toi ? A crever de te vouloir tous les jours sans que tu n’aies jamais un seul geste qui ne soit pas teinté de cette amitié mièvre que tu me balançais à la figure chaque fois que je m’approchais de toi ? Tu n’as pas voulu voir ! Tu n’as pas voulu entendre ! Alors je vais te montrer, et cette fois-ci tu ne fermeras pas les yeux…
- Welsh !
- C’est terminé, Moira…
- Arrête !

Les instincts prennent le pas sur tout le reste et dans un élan brutal, la jambe de Moira vient frapper le genou de son ancien collaborateur, le déséquilibrant à peine assez longtemps pour qu’elle se rue sur la poignée de la porte et se réfugie dans le salon. Le sang se met à couler le long de son bras sans qu’elle n’en sente même la brûlure tant son attention reste entièrement rivée sur la bête qui se redresse devant elle avec la lenteur des prédateurs qui ne doutent pas un instant du piège dans lequel leur proie s’est enfermée. Moira cherche à rétablir la distance quand son cœur percute violemment ses côtes. Sa respiration s’approfondit chaque seconde un peu plus. Elle ne se retourne jamais, s’obstine à lui faire face, convaincue qu’aucune issue le lui laisserait le temps de s’échapper. Elle recule pourtant quand elle le voit franchir l’embrasure. Welsh s’arrête pour la détourer du regard. Il gronde, un sourire sadique au bord des lèvres :
- Tu sais ? J’ai toujours admiré cette force que tu gardes en toi… Celle qui nous a permis de te reconstruire année après année.
Il fait un pas pour approcher.
- Je n’aurais jamais pensé que tu la retournerais un jour contre celui qui a tout fait pour la sauver.
Il avance encore jusqu’à s’arrêter près de la table basse.
- Regarde-toi… Regarde ce que tu es devenue grâce à moi. Regarde ce que tu dégages du simple fait que je t’ai rendu la capacité de le faire. Tout ce que tu es, tout ce que tu as fait depuis que ta vie s’est écroulée, c’est grâce à moi !
La haine vient réchauffer les paumes de Moira alors qu’il reprend sa marche sans jamais dévier son regard du sien.
- Il y a tant de fois où j’ai rêvé de me relever la nuit, si tu savais Moira… Tant de fois où j’ai rêvé de franchir la porte de ta chambre pour te rejoindre… Tu étais si seule. Tu n’avais que moi. Comment aurais-tu pu me repousser ?
Le dégoût vient lécher les lombaires de la productrice et elle recule d’un pas sans encore toucher le mur derrière elle.
- J’aurais dû te prendre ces nuits-là, graver dans ton corps tout ce qui l’est déjà dans ta tête pour t’empêcher de le nier. La vérité, tu la sais. Tu la sais et tu la combats parce que tu as peur de t’attacher. Parce que tu as peur de refaire les mêmes erreurs, de connaître les mêmes souffrances. Je le sais… Tu me l’as répété tant de fois après tes cauchemars. Tant de fois… Mais tu peux lâcher prise. Tu peux avoir confiance. Ce temps-là est terminé. C’est terminé, je te le jure. Je l’ai traversé avec toi. Et je suis toujours là à t’attendre. Alors cesse de me fuir.
Les sourcils de Moira se froncent tant elle ne distingue plus les chemins où il souhaite l’emmener et ses yeux s’écarquillent quand elle l’entend s’enfoncer dans une folie où elle ne le reconnaît plus. Les mots la tenaillent. Elle cesse de respirer.
- Tu m’aimes, Moira. Tu es obligée de m’aimer. Tu le sais parce que toute ta vie tourne autour de moi… Parce que je t’ai sauvée des ruines où tu étais piégée. Je t’ai sauvée Moira. Je t’ai sauvée... Et tout ça est derrière nous désormais. J’ai tout repoussé avec toi. Tu peux vivre maintenant. Tu peux vivre avec moi. Il n’y a plus rien pour te retenir, il n’y a…
- Tu te trompes…
Welsh sursaute comme si elle venait de le frapper et la douleur déforme le visage de Moira qui détourne un instant les yeux de peur de le confronter. L’aveu glacial tant de fois banni se bloque dans sa gorge pour l’empêcher de le ravaler. Sa voix se brise de tout ce qu’il la force à exorciser.  
- Tu crois que tout est derrière moi, que chaque épreuve traversée ne laisse plus de séquelle. Tu dis qu’il n’y a plus que l’avenir, parce qu’il est tellement plus simple de le croire, tellement plus agréable de penser que ce qui est derrière ne revient plus. Mais c’est moi qui n’en reviens pas, Sebastian.
Ses yeux se posent douloureusement sur son vis-à-vis qui reste statufié, la posture raide, incapable de réagir quand elle souffre chaque mot qu’elle est contrainte de lui confier.
- Tout ça, cette vie qui continue jour après jour… Ce n’est qu’un piège de plus, un que j’ai choisi de peur de trouver pire si j’en sortais. Parce qu’il me protège des regards de ceux qui pensent apaiser le mal quand ils ne font que me rappeler sans cesse qu’il existe. Tu ne le vois plus parce que je le maquille comme avec tous les autres. Mais il reste… Il reste et je ne m’en déferai pas. Tu ne peux rien y changer…
Welsh quitte son regard, inspire comme un forcené. Ses lèvres tremblent de tous les mots qui se bousculent sans qu’il ne parvienne à en formuler un seul. Il n’accepte pas. Il ne comprend pas. Ses mondes fantasmés s’effondrent quand il tente à mains nues d’en retenir les gravats.
- Mais… Tout ce que j’ai fait, tout… Tout ce que j’ai créé avec toi… Tu ne peux pas faire comme si ça n’existait pas, tu ne peux pas ! Il y a quelque chose ! Il y a forcément quelque chose ! Quelque chose de vrai, quelque chose que tu ressens pour moi !
Moira secoue la tête.
- Non…
- Tu ne peux pas…
- Je suis désolée, Sebastian.
Welsh se retourne, les deux mains à l’arrière du crâne quand Moira se mord les lèvres pour retenir les larmes qu’elle sent perler au coin de ses yeux. L’accalmie dure quelques secondes pendant lesquelles elle croit enfin distinguer une issue pour eux deux. Elle inspire profondément, écoute son cœur alourdir lentement ses pulsations malgré la douleur qu’elle sait avoir infligée. Elle hésite à s’approcher, à tendre une main pour attendrir la bête et enfin l’apaiser. Tous les souvenirs partagés avec lui se rappellent à ses esprits comme ce soutien permanent qu’elle ne saura jamais lui rembourser. Et un instant seulement, elle pense avoir retrouvé le Sebastian qui ne lui a jamais tant manqué. Jusqu’à ce qu’il se fige, dos à elle, ses deux bras retombant lentement de chaque côté de son corps, et Moira se tend avant même qu’il ne gronde d’une voix si grave qu’elle résonne un long moment dans sa poitrine :
- Et lui ?
Le cœur de Moira s’emballe. Welsh se retourne pour la transpercer de son regard, la jalousie revenue si prégnante qu’il la crache dans chaque mot qu’il lui assène.
- Pourquoi l’accepter, lui ? Pourquoi l’acceptes-tu si tu me refuses, moi ?
- Sebastian…
- Je veux que tu me répondes ! Je veux… Je veux que tu le dises, maintenant, avant que… Avant que je…
Le désespoir et la rage se mêlent dans ses veines jusqu’à investir ses prunelles. Ses gestes se saccadent, comme incontrôlés. Moira recule encore d’un pas quand il se met à hurler :
- Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ? Un pauvre musicien défoncé à la coke, qui n’attire que les putes et les scandales avec l’arrogance des salauds de son milieu qu’il ne dénigre que quand il n’a plus besoin de leur blé ! Ce fils de chien à qui l’on passe toutes ses saloperies parce que deux notes  à peu près justes ont le malheur de se faufiler parfois entre les injures qu’il déverse sur quiconque a le malheur de remettre en doute sa putain de supériorité ! Un connard qui t’a déjà plantée tant de couteaux dans le dos que je ne sais même plus les compter ! Pas une fois je ne t’ai trahie, Moira. Pas une fois. Et c’est lui que tu choisis ? Lui que tu… Putain !
Moira se redresse dans toute la hargne qu’il réveille à s‘attaquer au seul qu’il n’aura jamais le droit de toucher. Ses iris foudroient les siens alors qu’il cherche encore à l’intimider en parcourant brutalement deux pas dans sa direction.
- Dis-moi ce qu’il a ! Dis-moi ce qu’il t’a fait ! Comment… ?
Le silence comme dernière provocation, elle le toise sans se détourner et les cris de Welsh résonnent dans la pièce, résonnent sans plus s’arrêter.
- Pourquoi ? Pourquoi lui ? Putain, réponds moi !
- Parce qu’il a su voir.
La phrase à peine soufflée l’arrête brutalement et Welsh se met à la jauger comme un adversaire redevenu entier. Moira s’impose face à lui, noie sa peur dans la haine qui incendie ses chairs. Elle achève son offensive pour le voir enfin à terre.
- Tu devrais partir.
Welsh cligne des yeux, sa tête basculant vers l’arrière comme s’il venait de recevoir un coup sur le crâne.
- Quoi… ?
- S’il-te-plaît, va-t’en.
Il penche son visage sur le côté, l’observe de très longues secondes. Il ne croit pas ce qu’il vient d’entendre, se repasse la scène comme pour se convaincre qu’elle a lieu, et ses côtes se secouent en un rire à peine soupiré.
- Oh non, Love… Je suis désolé.
Il recommence à s’approcher et Moira se fait violence pour ne pas reculer.
- Va-t’en, je t’en prie...
- Tu vas me donner ce que j’aurais dû prendre depuis le début.
- Arrête !
- Tu vas me le donner parce que j’y ai droit. J’y ai droit, tu entends ? Et je ne le laisserai pas me l’arracher.
- Sebastian, arrête !
- Je vais te le prendre et personne ne pourra plus venir s’en emparer. Non… Plus personne. Et surtout pas lui. Je ne te laisserai pas faire.
Les pas de Welsh s’accélèrent jusqu’à le mener dangereusement à sa hauteur.
- Tu me le dois, Moira.
- Arrête-toi !
- Tu me le dois !
- Va-t’en !
La gifle part et l’atteint en plein visage. Elle sent ses ongles racler sa mâchoire, tracer sur la peau les sillons de l’infamie. Welsh passe ses doigts sur la griffure, détaille la lymphe ensanglantée qui teinte ses phalanges avant de relever vers la productrice des yeux fous de rage. Son timbre rauque murmure une dernière fois :
- Non, Moira, pas aujourd’hui…
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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mer 26 Juil - 16:10 par James M. Wilde
​​​


« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James



Et soudain il les voit. Le temps se fige dans l'horreur du voyeurisme qui lui est imposé, une seconde qui confine à la douleur la plus vive bientôt remplacée par la haine la plus crue. Enchevêtrement de corps, adulés, haïs, de couleurs, de bruits, le fantasme frôle avec une sensualité détestable tous les cauchemars, accouchant du dégoût et de la peur. Un mélange aussi tentateur que détestable. La violence de son coeur combat le précipice dans lequel il crève de se jeter pour battre enfin de la rage si longtemps interdite. L'air devient rare, ses ongles griffent la vitre, il croit suffoquer sous l'assaut de la colère. Il aimerait pouvoir hurler, son esprit est plein de ces cris qui meurent sur sa langue. Ses jointures sont blafardes quand il attrape le dossier. L'impact brise le verre, James balance la chaise de jardin en bois brut sur la baie vitrée et achève de se frayer un passage alors que les bris retombent en pluie sur le parquet. Le verre mord l'étoffe, un autre son de déchirure qui n'égale en rien celle qui se produit à l'intérieur de lui. Il n'entend plus, son monde est devenu mutique, habillé par l'infamie qui résonne tant et plus dans sa tête à le rendre malade. Les secondes où palpite l'angoisse engluent le temps, la langueur manque de le faire défaillir, l'image honnie continue de défiler dans ses regards pour le vaincre. La culpabilité assène ses poisons au rythme de ses pas, c'est à cause de lui qu'elle... qu'elle... Sa respiration s'étrangle. Il ne considère aucun détail, s'accroche à la vision qui le terrorise pour venir la brouiller, l'arracher de ses yeux pour qu'il ne puisse plus jamais s'en souvenir. Lui avec elle. Lui en train de la souiller. Mais sa mémoire ne meurt jamais, bête tenaillée par l'avidité, elle se plaît à dévorer chacun des drames qui lui sont soumis pour les recracher à la gueule de son porteur et plus avant le torturer. Jusqu'à le noyer. Jusqu'à le noyer. Le bruit des éclats sous ses pas précipités, la scène fragmentée qui déjoue tous ses sens et qui crisse dans ses pensées. Elle... Lui. Non. Non. Non. La réalité le crucifie, elle boucle des chaînes innombrables qui lui donnent l'impression de ne pouvoir l'atteindre aussi rapidement qu'il ne le souhaiterait. Sa respiration est dans ses tempes, étouffée par la note aiguë qui brise sa raison pour la rendre inconsciente. La voix du monstre qui mugit car l'on ne peut plus le museler. Déchaîne-toi. Vas-y. Tu le peux. Tu le dois. Vas-y ! Donne-le moi. Donne-le moi. Tout repart en accéléré. Il ne met que quelques secondes à atteindre Welsh, encore moins pour le saisir par l'épaule et l'arracher à elle. Elle. Elle, il ne peut même pas la regarder, la peur menace, la peur le trouve, son cri ne retentit que pour cueillir l'adversaire quand il ne souhaite pourtant qu'en couvrir sa victime.

_ Lâche-la espèce de connard, il n'y a que moi qui puisse la toucher !

La voix de Wilde est déformée par l'aveu, presque méconnaissable, teintée de cette possessivité inassouvie et implacablement assumée après l'avoir tant abhorrée, rejetée, maudite. Les murs cèdent, ils n'ont d'ailleurs jamais existé, une fable de plus, susurrée chaque jour pour l'entraver. La frénésie se déverse en son sein au rythme de la perversion échappée au contrôle de son geôlier, elle le saisit tout entier, grave des réflexes qu'il ne pourra plus jamais renier. Ces habitudes malsaines qui ont si souvent traversé sa jeunesse, troublé ensuite tous ses avenirs à s'imposer au détour de l'ivresse... Les habitudes reviennent, reparaissent intactes, le goût de la brutalité qui palpite dans les muscles, l'envie de ressentir la chair tuméfiée sous les phalanges, le besoin d'entendre les os se briser. La note continue, cisaille son être qui cherche à plonger dans la violence qu'il connaît, qu'il n'a jamais su oublier. Jamais pu oublier. Jamais. Jamais. Il sent qu'il s'enfonce dans les méandres qui peignent la gangue de ses nuits blanches. La délivrance des instincts lui donne bien plus de force que l'on ne pourrait soupçonner, il appuie dans l'élan de sa rage la carcasse de Sebastian contre le mur avant de le saisir à la gorge dans l'étau de ses doigts blêmes. Il ne la regarde pas, il ne peut pas. Il ne peut pas. Le goût du sang se mêle à l'aigreur de la peur, sa voix siffle. Une phrase pour elle, ainsi rendue à son altérité, quand il ne fait mine que de l'ignorer :

_ Pousse-toi...

Du coin de l'oeil, le champ libéré, l'inconscience bénie tant qu'il n'a pas à voir le tableau de la déchéance et de la destruction. Welsh a la ceinture débouclée, la joue griffée, la bile bloque sa déglutition. Elle a su le combattre... Mais pendant combien de temps ? Combien de temps ? L'idée qu'il ait pu la corrompre retourne son estomac quand il interdit ses pensées de divaguer vers des horizons qui achèveraient de le consumer. Il cherche à reprendre pied dans la houle de ses sensations qui menacent de l'emporter. Il serre de plus en plus fort l'infâme pour le désemparer, mais se retient encore de délivrer ce qui filtre par ses prunelles devenues malveillantes. Le monstre accompagne l'horreur de la musique qui s'élève à l'intérieur de lui : Regarde ce qu'il a fait ! Regarde ce qu'il t'a pris ! Vas-tu le laisser indemne ? Il l'a touchée. Il l'a touchée pour la voler à toi. La respiration de James compresse ses poumons qui peinent à quérir l'air nécessaire tant les images assaillent sa rétine, toutes ignobles, la folie est là, si proche, si proche... Le goût dans sa bouche lui rappelle l'horreur qu'il a trop souvent embrassée.

Welsh est revenu de sa surprise, il tente de se désentraver, se glisse hors de l'étreinte mortifère comme une anguille qui ne rêve que de mordre, James esquive le premier coup porté, il en rend aussitôt deux qui viennent caresser son échine d'un plaisir non dissimulé, l'enchaînement des traitres qu'il a appris par coeur depuis que l'on s'est risqué un jour à le malmener en le croyant chétif. Coup de coude au foie, direct au plexus. Impact sourd des os qui rencontrent la chair, il ne sent pas la souffrance dans sa main qui se distille jusqu'à son bras, il ne sent rien, si ce n'est l'euphorie malsaine qui le cloître pour continuer de blesser l'ennemi qu'il repousse contre ce mur une seconde fois, jusqu'à en fendre le plâtre. Le mur se fissure du traitement qui lui est réservé, piètre terrain donné à ces hyènes qui gémissent en songeant à s'assassiner. Les mots se bousculent, seule sa respiration quitte ses lèvres, la haine demeure sur sa langue, incapable de se dire. Il cherche encore à le maîtriser plutôt qu'à l'abattre, son bras vient oppresser la gorge de Sebastian comme pour le défier, mais c'est un autre regard qu'il cherche dans un réflexe plein de cette terreur qui s'est libérée dans les premiers sursauts de la douleur. Où es-tu... Où es-tu ? Que t'a-t-il fait ? Dis-moi qu'il n'a pas su te briser... Dis-le moi. Il cherche ses iris et s'y connecte pour taire la peur et reprendre l'obligeance des bourreaux quand il n'est pour l'instant que l'invité importun d'une hallali que l'on aurait souhaitée en petit comité. Dis-le moi, je t'en supplie. La voir, la voir enfin. Il déraisonne, la réalité d'une situation qui lui échappe le gifle brutalement. L'image de Moira le meurtrit et soulève un tumulte dans son corps qui lui paraît soudain étranger. Il n'est plus. Elle ne peut plus être. Ils n'ont jamais existé. Il s'enfonce de plus en plus, plonge dans les replis d'une nature qui transparaît dans ses yeux assiégés par ses allures de prédateur. En la voyant, il disparaît.

Il hume l'air, n'a pas le temps d'être certain de ce qu'il dévore des yeux, Welsh profite de cette distraction pour répliquer. Il repousse James, son poing l'atteint en pleine arcade qui éclate sous le coup porté. Sa vue se brouille, son monde vire au rouge, la colère ressuscite et sort du tombeau empanachée par la haine la plus vivace : au trouble du sang qui dégouline sur sa paupière, il voit enfin la vie qui lui est destinée. La vie qu'il aurait dû choisir, ne jamais quitter. La seule existence qui tolère les engeances et leurs crimes. Le monstre rugit de plaisir, il est enfin entier, le visage de James change, au creux du regard qu'il retourne, le miroir de ses fautes. Tue-le. Tue-le pour ce qu'il a fait. Brise sa carcasse, pourfend sa chair, boit donc son sang pour qu'il n'ait jamais eu l'outrecuidance d'exister ! Ce que Sebastian semble lire le pétrifie une seconde de trop, proie qui s'est improvisée prédateur, elle reconnaît la lame du chasseur, et le rockeur fond sur lui en une seule enjambée, le cueille à la taille pour le plaquer au sol, qu'importe la chute qu'il doit essuyer. Les corps gisent sur le parquet, mais l'un domine l'autre, vient parer une main déjà absente, la tête a heurté le revêtement dans un bruit mat qui semble tout surpasser, la symphonie déviante des nuits enténébrées. Que cette musique lui plaît... Oui. C'est ça. C'est ça, vas-y. La toute puissance revient planter ses griffes dans le dos de Wilde qui apparaît dans la splendeur de ses talents les plus honteux : l'instinct de tuer dans les prunelles glacées, le plaisir de se savoir capable de le faire sur les lèvres exsangues, la certitude d'y parvenir dans chaque pulsation de son âme qui se perd à côtoyer la profondeur des ténèbres qu'elle retrouve enfin. Broie-le ! Le monstre hurle à présent et le fait disparaître dans l'étalage de la plus ignoble brutalité. Ce qu'il est. C'est ce qu'il est. Le poing de James s'abat sur Welsh, une fois, deux fois, trois fois. Il n'y a plus de mesure quand dans ses respirations animales et saccadées filtrent des phrases incomplètes, le langage l'ayant quasiment abandonné :

_ Plus jamais... Plus jamais... Tu ne pourras plus jamais la souiller.

Quatre. Cinq. Les battements de son coeur ne suivent plus la cadence, tant la violence le morcèle. Il s'oublie à vouloir survivre quand son hôte ne cherche plus qu'à savourer la mort pour fouiller dans les chairs ensanglantées le tourment depuis si longtemps invoqué. Six. Les images se fanent, l'odeur de leurs sangs qui s'emmêlent continue de l'enivrer. Sept. Il ne s'arrêtera pas, il n'en a pas envie, Welsh gargouille des imprécations qui meurent dans une supplique. Huit. Il ne s'arrêtera plus, la jouissance est trop parfaite. La bête s'est délivrée, elle somme la mise à mort, gravée sur le visage de James entièrement consumé par cette folie qu'il n'a plus goûtée depuis des années. Les murs s'étiolent, il se sent enfin libre, rendu à la plus détestée de ses attitudes, recueilli tel le déviant qui improvise une religion dévoyée pour se sentir raccroché à cette humanité qu'il hait. Les prières se délitent dans les feulements, l'animalité ne reconnaît aucun dieu qui ne soit consacré à ses pulsions, l'individu rendu à sa monstruosité pour seul maître. Neuf. Plus jamais. Plus jamais. Plus de mur, plus de chaîne, plus de ces masques à revêtir dans la douleur de chaque journée. Plus rien si ce n'est ce qu'il est. Ce qu'il est depuis des années. Ce garçon rendu fou par des envies qu'il est incapable d'étancher. Et il en veut encore. Le sang abreuve la bête. Sa soif devient inextinguible. Encore... Encore... Encore... Elle ne s'arrêtera pas.
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MEMBRE

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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Lun 7 Aoû - 15:49 par Moira A. Oaks





Son souffle dans son cou. Ses dents sur sa peau. Sa jambe entre les siennes. Sa main contre sa cuisse. Moira sent tout. Elle sent tout et elle ne peut rien. Il ne s’arrêtera pas. Son corps entier se tétanise, incapable de le contrer. Elle scelle ses paupières, refuse de voir le spectacle de sa déchéance qui se marque déjà à même ses chairs. Chaque geste que Sebastian échoue sur elle la dépossède d’une partie de son corps. Il en corrompt chaque parcelle, la dévore pour la laisser décharnée entre ses doigts. La main de Moira se brise sur le poignet de son bourreau, la douleur comme dernière échappatoire quand toutes les autres lui ont été arrachées. Le cœur dans les tempes, la respiration anarchique, elle se concentre sur la déchirure qui irradie son coude, l’étau qui lui comprime la gorge, pour oublier les doigts qu’elle sent glisser entre ses jambes. Ses dents fendent sa propre lèvre. La terreur perle au coin de ses yeux. Elle se met à compter, compter les secondes pour étouffer les grondements que Sebastian fait dégouliner sur sa peau. Elle ne le supplie plus, endure chaque éternité qu’elle a l’impression de subir entre ses bras, chaque seconde qui la rapproche d’un dénouement qu’elle sait inévitable tant Welsh en savoure chaque prémisse. La profanation s’accomplit, invincible, implacable… Puis chancelle soudain sous les mains obscènes qu’elle sent se contracter en un sursaut sur son corps.

Le fracas est tel qu’elle ouvre brutalement les yeux. La surprise renforce durement la poigne de Welsh sur sa gorge alors que le bruit du verre qui se brise sur son parquet force Moira à tordre le cou pour se tourner vers la baie vitrée. Le regard troublé, elle ne voit qu’une ombre fondre sur eux et avant même qu’elle ne le reconnaisse, James repousse son assaillant, libérant enfin sa trachée qui laisse brusquement passer l’air en une douleur abominable. La violence avec laquelle il l’arrache à son agresseur lui fait plaquer une main sur le mur pour retrouver son équilibre, l’autre immédiatement portée à la peau tuméfiée de son cou. Elle tousse de longues secondes pour recouvrer son souffle, puis relève les yeux pour découvrir la confrontation effroyable qu’elle n’a pourtant cessé d’implorer. James ne la regarde pas et son cœur s’abat contre ses côtes, le soulagement indicible de le savoir enfin là se mêlant à l’effroi tenace de le voir confronter celui qu’il a de trop nombreuses fois rêvé d’anéantir. L’écho de son cri retentit dans le salon et elle se fige contre le mur, les yeux grands ouverts, giflée par cette possessivité criante qu’il ne cherche même plus à cacher. La violence de ses instincts la cueille, elle se raidit contre le mur, le regard figé sur lui alors qu’elle voit sa main se serrer sur la gorge de son rival. Elle est incapable de bouger, paralysée par le tiraillement de ses sentiments qui ne cessent de s’entredéchirer et alors que Welsh peine encore à revenir du choc, elle n’entend qu’une phrase tout juste soufflée qu’elle met plusieurs secondes à saisir. Moira reste un long moment immobile avant de reculer d’un pas tremblant, incapable de s’opposer à la moindre injonction alors même qu’il ne consent toujours pas à la regarder. Elle s’arrête quand elle sent le canapé derrière ses jambes, garde les yeux rivés sur la scène qui se joue devant elle, soulignant toute son impuissance dans un combat dont elle se sait pourtant la seule origine. La tension de l’air l’empêche de respirer. Sa main vient instinctivement se poser contre la plaie sur son coude. Elle ne prend même pas le temps de se rendre compte de la profondeur de l'entaille, obnubilée par le cauchemar qu’elle voit se réaliser sous ses yeux. Mais le temps reprend brutalement sa course quand Sebastian parvient enfin à répliquer. James évite son poing, rend l’attaque au centuple et chaque coup résonne chez Moira comme si elle le recevait en plein ventre. Elle porte une main à sa bouche pour contenir les cris qu’elle crève de hurler. Le mur se fissure. Welsh retombe dans l’étau à peine desserré, la gorge écrasée sous l’avant-bras du rockeur qui le toise avec une haine enflammée. Mais James tremble. Moira le voit au moment où il se tourne vers elle pour la regarder, et alors qu’elle croise ses prunelles, elle ne sait lui offrir que l’image terrifiante de cette ruine qu’elle a trop frôlée, les marques rouges dans son cou tournant au violacé, le sang coagulé maculant son bras gauche, les yeux encore brillants, pleins de ces larmes qu’elle n’a pas laissées couler. Elle ne se dérobe pas et pourtant elle sait… Elle sait au moment où Welsh attaque qu’elle vient de le condamner.

Un hoquet paniqué s’échappe de ses lèvres. James encaisse le coup de plein fouet. Le sang gicle de l’arcade. Moira couvre de ses deux mains le bas de son visage sans parvenir à sortir de la sclérose qui la garde inanimée. Elle se recroqueville sur elle-même, interdite près du canapé, quand tout s’accélère et s’ébranle autour d’elle. L’appel du sang hurle. Plus rien ne peut les arrêter. James se jette sur son adversaire, s’effondre avec lui pour le laisser cogner le sol qui vibre de l’impact essuyé. Le premier coup résonne et Moira se contracte atrocement. Le bruit sourd lui retourne le cœur, suivi d’un autre, plus fort encore. Welsh ne trouve pas une fois la force de répliquer et James frappe sans plus retenir ses poings. Moira compte encore. Elle compte chaque fois que les phalanges rencontrent le visage bientôt méconnaissable de celui qui a voulu la briser. Les cris de James la giflent. Ses coups s’acharnent. Un. Deux. Trois. Moira étouffe, ne sait plus respirer. Elle tend une main mais son élan s’arrête quand le quatrième coup s’abat sur Welsh. Il ne bouge déjà presque plus. Cinq. Les os cèdent. Leurs craquements résonnent un temps infini.
- James !
Moira parvient enfin à retrouver sa voix mais les coups pleuvent encore. L’ossature déjà brisée ne laisse plus échapper que le son humide des chairs broyées. Le bruit est atroce. Elle compte toujours. Six.
- James, arrête !
Sept. Il va le tuer. Les yeux de Moira s’écarquillent au moment où la phrase envahit ses esprits. Il va le tuer. Huit. Le même son qui lui martèle le crâne. Elle ne peut plus le supporter. Le poing de James se lève encore. Il faut qu’elle l’arrête avant qu’il ne soit trop tard. Il faut qu’elle l’arrête.

Neuf. Moira pousse brutalement sur ses jambes pour se sortir enfin de la léthargie dans laquelle elle s’est plongée. Elle tremble tant qu’elle manque de s’écrouler avant d’arriver à la hauteur de James et elle tombe à genoux face à lui pour s’emparer de son visage qu’elle le force à relever.
- Regarde-moi ! James, regarde-moi !
Les pouces tremblants sur ses pommettes, elle le maintient face à elle jusqu’à ce que ses yeux lui reviennent et Moira se fige, le souffle coupé à l’instant où elle décèle cette folie devenue entière, cette violence brutale dont il l’a toujours gardée et qui enténèbre désormais ses iris à tel point qu’elle ne les reconnaît plus. Pour la première fois, elle le voit. Elle le voit et toute son échine se tend alors qu’elle refuse de détourner les yeux. Elle découvre le monstre, se laisse dévorer par son regard dément quand la chaleur de sa peau brûle sous ses doigts qui peinent à se décrisper. Le sang qui coule toujours de l’arcade rend la vision plus effrayante encore. Pourtant, elle tient, s’impose face à lui pour l’empêcher de se noyer dans des abysses dont elle ne pourrait plus jamais le tirer. Sa voix vacille des peurs qu’elle réprime. Son murmure s’étrangle alors qu’elle s’accroche à son visage pour ne pas perdre pied elle aussi. Il est son dernier ancrage. Tout ce qui reste. Tout ce qui reste.
- Arrête, je t’en prie… Ne fais pas ça. Ne te fais pas ça, James.
Ses pouces dessinent une caresse qui tremble sur sa peau. La respiration de Moira se saccade quand elle craint plus que jamais de ne pas être capable de le récupérer. Elle appuie la douceur de ses mains, la conjugue à celle de son timbre pour mater les instincts meurtriers qui ont pris possession de lui. Elle ne peut pas le perdre. Pas maintenant. Elle ne peut pas. Il faut qu’il lui revienne. Qu’il lui revienne, par pitié… Ou tout ce qu’il aura fait n’aura servi à rien. Il est là, quelque part. Elle le sait. Il le faut. Ses mains tremblent. Elle le tient toujours. Reviens-moi. Reviens-moi...
- Ne te perds pas. Je t’en supplie, ne te perds pas…

© ACIDBRAIN
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# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Sam 19 Aoû - 15:11 par James M. Wilde



« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




Il n'est plus vraiment là. Il y a dans les gestes et dans les voix cette valse brutale qui l'emporte bien loin de toutes les réalités qu'il est en train d'effacer sous ses doigts. Les poings serrés, la douleur arrachée par la bête qui se déchaîne dans des sifflements rauques, il fouille l'infamie pour encore mieux l'exciter. La symphonie de la mort est parfaite, elle le renvoie à des temps qui paraissent immémoriaux, reparus dans la violence des sens qui cèdent à la folie après avoir bien trop subi. Il a un jour été un homme... Un jour... Un jour si lointain qu'il s'efface au profit des souvenirs qui l'ont regardé devenir une bête traquée, brutale et sanguinaire. L'élan est gravé dans les chairs qu'il exhibe, le sang de l'ennemi fait pulser le sien et la colère à s'être trop jugée telle une erreur revêt les atours de la fatalité. Elle n'est pas rancunière, elle retrouve son vaisseau favori et brisé pour l'habiter d'un tout nouvel enfer. Les coups, les cris, les mots, les souffles... Tous se toisent pour ne plus savoir se considérer. Plus de sens dans l'oubli du cauchemar ressuscité.

Il ne sent pas ses mains, c'est son bras fourbu qui s'élève pour pouvoir mieux frapper mais quand ses yeux se voient arrachés au territoire de chasse il peine à comprendre ce qui peut se passer. L'incohérence est trop virulente, la vision du sang versé ne peut subir celle de son visage qu'il découvre dévasté. Les prunelles de James sont absentes, encore trop pleines de ces envies qu'elles ne cessent de hurler. Le temps d'arrêt fige le massacre dans un tableau indélicat, son souffle rauque la caresse comme pour la repousser, les dents serrées filtrent un grognement presque animal, la bête dérangée la tance de s'imiscer sur le champ de bataille. Un mouvement pour se défaire de ses doigts, son visage cherche à lui échapper mais la douceur de ses doigts le rattrape. Le sang perle et empoisse le contact qui lui paraît trop intime et trop cru. Il tremble du retour qu'elle le force à opérer, il ne veut pas revenir, il ne veut pas la retrouver... Cette cage et les barreaux promis. Non... Non. Non tout mais pas ça. Il ne veut pas la voir se peindre dans ces regards alarmés qu'elle tend jusqu'à lui. Non. La fureur ressurgit, tournée vers elle cette fois avant qu'elle ne soit dévoyée par les bleus qu'il découvre échoués sur sa peau.

James s'interdit dans l'entre deux de sa folie, écartelé entre l'envie de s'y cloîtrer et celle de rejeter ce qui ne cesse de pervertir son coeur. Les yeux dissèquent l'image proscrite, glissent avec lenteur sur son visage, y cherche les traces d'un autre passé qui balaye bientôt tous les autres. Il ne sait plus. Pendant un court moment, il se voit en train de serrer cette gorge pour la forcer à taire ses injures et ses paupières s'ecarquillent d'une monstruosité dont il ressent la culpabilité. Sa respiration se bloque et lui ôte tout langage, il ne peut que la regarder avec horreur avant que ses iris ne reviennent se noyer dans les siens. Et plutôt que le rejet qu'il cherche à découvrir, il entend ses mots qui ne veulent que le ramener. Il peine à déchiffrer leurs sens quand leur poids se grave pourtant dans son corps contracté par la terreur, soeur siamoise de ses folies, elle s'outrage d'avoir été quelques minutes oubliée et le mord avec virulence. Il tremble plus encore, les odeurs reparaissent, avivent les cauchemars pour les rendre plus vrais. Les parfums métalliques du sang, la saveur recouvrée du tourment, le relent ignominieux de la honte. Qu'a-t-il fait ? Qu'a-t-il fait ?

La douceur l'accable, il la porte comme une énième blessure à se persuader ne pas la mériter, les pensées reviennent en bloc, assaillent sa posture avant que dans une lenteur maladive il ne porte sa main tuméfiée à quelques centimètres du visage de Moira, comme pour frôler le mirage qui est descendu jusque dans ses enfers pour le voir s'y perdre. Non... La douleur est infâme de se savoir su. Vu ainsi tout entier, le désespoir du monstre qui ne peut tolérer d'exister dans le prisme de ses yeux à elle. Sa main ploie sous le poids de la tourmente et de la damnation, s'il frôle sa peau il refuse de la profaner. Il arrête son geste, sa voix toujours absente et laisse retomber son bras le long de son corps. Elle est là... Elle est là. Alors pourquoi est-ce plus douloureux encore ?

Il quitte le couvert de ses regards, échappe à quelques secondes de souffrance en brusquant ce geste qu'il n'a pas complété, il tourne la tête pour qu'elle ne puisse plus l'absoudre de ses mains. La lenteur de l'effroi s'attarde sur l'inertie de Welsh et James se désolidarise du corps encore chaud qu'il faillit envoyer à la tombe. Il porte sa main à son arcade, efface le sang qui coule toujours pour effacer la faute qu'il continuera de porter. Une de plus pour tenir compagnie à toutes les autres. Encore frissonnant, à genoux lui aussi, dans la contrition des pécheurs quand il était encore quelques secondes avant rencogné dans la posture des divinités vengeresses, il ne sait plus que voir. Quand ses yeux reviennent à elle, le soulagement allège la peine quelques secondes avant de ne le blesser farouchement. Elle est là. C'est terminé. C'est terminé. Elle est toujours telle que tu l'as connue. Mais il n'est sûr de rien. Le trouble lui arrache toutes ses capacités. Et s'il coasse quelques mots, ce ne sont pas ceux que ses prunelles trahissent :
_ Je suis là.
Il ment. Il est encore loin, car à chaque fois qu'il la voit, c'est le goût tendancieux de ses crimes qu'il ressent se verser sur sa langue et empreindre ses chairs. Ses murmures se perdent, il ne la touche pas. Il en est incapable. Sa voix excave la seule incertitude qui continue de le hanter :
_ Il n'a pas... Il n'a pas...
La terreur le ronge toujours, d'imaginer un seul instant que l'autre ait pu se glisser dans son corps pour ne plus jamais la quitter. Il y a quelque part un sursaut de tyrannie qui lui reproche de ne pas l'avoir tué. La bestialité court sous sa peau fiévreuse, impossible à oublier. Il la scrute à présent, avant que l'état de son bras ne le sorte de sa letargie. Son visage blêmit, lui donnant les allures d'un fou échappé du cimetière :
_ Tu saignes.
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