Bienvenue sur le forum.
Nous vous souhaitons une agréable visite sur London Calling.
Version #23.
La nouvelle version vient d'être installée, pour découvrir les nouveautés, c'est par ici que ça se passe.
Beach party !
Tous à Brighton pour une fête, de nuit, sur la plage. Rendez-vous par ici.
Les défis, le retour !
Les défis sont de retour ! C'est le moment de venir jouer. Ça se passe par .
Encourager le forum en votant.
Aidez-nous à faire connaître London Calling en votant sur le top-site, merci. Plus d'infos.



Partagez|

Undisclosed desires _ James & Moira

avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 17/10/2016
» Messages : 140
» Avatar : Gwyneth Paltrow
» Âge : 44 ans
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Ven 30 Juin - 5:27 par Moira A. Oaks





Les danseurs sont partout comme autant d’obstacles sur sa route. Moira se débat à contre-courant, se faufile entre les corps brûlants qui se déhanchent en rythme sur la piste bondée. Sa robe noire frôle les silhouettes anonymes qui l’entourent. Elle garde les yeux rivés sur le bar pour ne pas le perdre de vue. La musique hurle tout autour d’elle. Elle aimerait n’écouter qu’elle et s’oublier. Mais partout, les craintes. Partout, le danger qui rôde et cette froideur qu’elle a vue dans les yeux de James, perçue dans ses traits, sentie dans sa voix. L’impuissance anesthésie tous ses élans, l’envie et la colère qui se disputent dans ses veines, la laissant dans une léthargie étrange quand l’effervescence semble se consumer où que son regard se pose. Ses démons grondent de sentir leurs fers de desserrer. Ils raclent ses chairs à l’intérieur, déchirent son ventre pour mieux l’atteindre et déterrer ses peurs les plus profondes pour qu’elle ne puisse plus les silencer. Perdue dans la pénombre du nightclub, perdue dans sa tête, elle ne le sent pas derrière elle. Elle ne le sent pas qui s’approche. Jusqu’à ce que sa main se referme sur sa taille.

Tout son corps se contracte contre sa paume, réflexe incontrôlable qui réveille les sensations honnies des deux premières fois où il s’est risqué à la toucher ainsi. La chaleur de son torse s’invite contre son dos mais si elle se tend entre ses bras, Moira ne doute pas une fois de l’identité de celui qui est venu la trouver. Le murmure de James échoue à son oreille et elle ferme les paupières, sa main glissée sur la sienne toujours contre sa taille, car pour la première fois, elle ne cherche pas à le repousser. Les hurlements de sa raison se taisent comme sa fierté qui s’insurge de son incapacité à le contredire. Moira laisse les griffes de la bête caresser sa peau sans savoir si elle finira par la lacérer. Les risques chantent à son oreille sans qu’elle ne cherche à les nier. Les instincts pourtant piétinent ses résistances. Elle décide de les suivre enfin pour voir jusqu’où James souhaite les emmener. Lentement, cachée par le monde qui se brouille autour d’eux, elle se met à suivre l’appel de ses hanches, arrimée à son corps par ses doigts qui se crispent sur sa peau. Le soulagement de le savoir enfin là se mêle aux sifflements des menaces qui imprègnent chacun de ses gestes. Les battements de son cœur reprennent leur litanie, tambours insatiables qu’elle choisit encore d’ignorer pour ne suivre que ceux du morceau qui fait se mouvoir la foule et les entraîne tous deux avec elle. James s’écarte soudain et Moira se tourne pour capter son regard. Elle s’y abîme pour le confronter, lui impose ses fers puisqu’il vient les trouver. Ses mains le rejoignent, épousent ses courbes alors qu’elle se laisse guider. Son corps ondule contre le sien, suit les percussions assommantes qui les enserrent pour les étouffer. Ses prunelles ne quittent pas James une seule fois quand elle sent sa main descendre jusqu’à ses reins. La danse devient un prétexte dont elle use autant que lui. Ses doigts remontent le long de son bras jusqu’à atteindre l’orée de son cou. Elle s’approche comme la proie qui vient défier son prédateur, s’empare de ses armes pour mieux les esquiver. Dans sa tête la même folie qu’elle voit dans ses prunelles. Mais chez elle l’alarme hurle, hurle sans s’arrêter, maintient ses dernières défenses pour l’empêcher de ployer. Car la promesse demeure, gravée dans ses chairs, fichée à son âme, et alors que James vient lui-même en fragiliser l’ancrage, elle s’y raccroche fermement pour ne pas perdre de vue les frontières qu’elle ne peut bafouer. Moira se souvient de ses mots. Elle se souvient du tremblement de ses mains, de cette peur qu’il semble pourtant bannir ce soir. L’incompréhension vient vicier ses chairs et ses yeux sondent ceux de James pour y chercher ce qu’il tait. Le feu dans son regard s’assombrit alors pour devenir glacial et la phrase qu’il prononce la transperce comme une lame en pleine poitrine. Les oscillations de Moira se font moins amples. Elle ne les arrête pourtant jamais, entretient le mouvement pour s’empêcher de sombrer et tout son corps se redresse pour lui faire face. Elle le jauge, impérieuse sur le terrain où il l’a traînée. Sa main sur son cou se porte à sa mâchoire, lui fait pencher la tête pour lui offrir ses traits. Elle l’observe de longues secondes silencieuse, trop proche et pourtant maîtrisée. Ses prunelles trouvent son regard aux pupilles largement dilatées, les stigmates de la cocaïne criants dans ses yeux comme dans ses faits. Ses dents se serrent. Elle ne caresse plus quand elle le voit se saborder. Mais l’arrogance du rockeur réveille en elle la rivale qu’elle ne peut museler. Les mots quittent ses lèvres, coupants comme son parjure :
- Est-ce bien à moi que tu dois poser la question ?
Ses doigts maintiennent l’inclinaison de son visage pour le priver de toute échappatoire. Elle ne lui permettra pas de fuir l’écueil de ses propres contradictions.
- Je ne fais que suivre le chemin que tu traces quand tu sais pertinemment qu’il conduit à tout ce que tu t’obstines à fuir. Ta bouche me demande de reculer mais tu continues de m’emprisonner entre tes mains. Que sont devenues ces craintes qui te faisaient tant trembler cette nuit-là ? Pourquoi m’emmener jusqu’ici si je dois te repousser ? Qu’est-ce que je fais là, James ?
La tentation devient une arme qu’elle lui retourne pour le contrer. Sa main libre glisse sur ses côtes, son regard toujours planté dans le sien. Elle approche son visage au point de frôler sa pommette et son souffle vient caresser son oreille :
- Qu’est-ce que tu cherches ?
Embrassée contre lui, son nez à la lisière de ses cheveux, elle lutte pour maintenir le rôle qu’elle assume pour le bousculer quand ses propres attaques manquent de la faire chanceler. Car elle se sent glisser sur la pente qu’il fait toujours plus raide. Les sentiments bataillent. L’opposition la pourfend et elle tremble des coups qu’elle ne sait plus comment parer. Ses ennemis se dressent. Les mêmes depuis des semaines : la certitude d’avoir toujours voulu le trouver là, l’inquiétude de découvrir ce qu’il lui en coûtera.

© ACIDBRAIN
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 289
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Ven 30 Juin - 8:35 par James M. Wilde



« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James





Ses doigts ne parviennent plus à la lâcher, il y a dans la réaction brutale de son corps un appel bien plus fort qu’il se surprend à quémander, l’inflexion de la cocaïne rend son toucher plus sensible encore, la texture de sa robe lui évoque celle de sa peau qu’il rêve de dénuder. Crissement de ses pensées qui cherchent à la rejoindre, la chaleur de leurs respirations liées quand il se presse contre elle et laisse la musique les emporter. Plus rien ne prend sens si ce n’est le désir qui déjoue les destins, il ne cherche plus à contredire ce qu’il ressent ployer au creux de son ventre, et ses frissons suivent les battements de son coeur, ceux de sa déraison qui rejoignent la musique. Il la veut pour la contraindre à le voir, il la veut pour la précipiter lorsqu’il souhaitait la garder des naufrages de ses folies, il la veut pour croire encore qu’il pourrait la condamner à savoir le repousser, quand il ne souffre d’imaginer une seule seconde qu’elle apprenne à le faire. Lovée contre lui, tentatrice dans ses ondulations, leurs regards se croisent pour ne plus se quitter, ils tracent leur propre rythme dans l’existence de ces anonymes qui les entourent. Trop conscient de ses gestes, la peau brûle d’avoir enfin le droit de se délivrer sous les caresses qu’elle appelle, le frisson devient lancinant et le plaisir gronde, les joues de James se creusent et ses prunelles cherchent la profondeur des siennes pour les envahir, pénétrer les domaines proscrits, rencontrer les secrets de ses pensées pour imaginer dévoiler ceux de sa chair. Sa main remonte le long de sa colonne dans une lenteur compassée, le froissement du tissu, il s’interdit de venir rencontrer l’épiderme qu’il ne saurait ensuite abandonner. Des jours qu’il en rêve, des jours que les fantasmes s’appuient sur les souvenirs impossibles à précipiter dans l’oubli, des jours qu’il ferme les yeux pour se sentir en elle. Il abandonne la lutte quand il se sait perdu, le défi dans les iris mais jamais dans le corps qui suit le sien pour mieux parvenir à remporter la plus flagrante des défaites. Les sons suintent pour nourrir l’envie, elle devient oraison à une faim qui ne le quitte plus jamais, funérailles d’une raison qu’il ne parvient plus à rappeler. Il ne veut pas. Il ne veut pas. Son index furète le long d'une bretelle, frôle sans jamais toucher quand sous ses doigts il ne peine toutefois pas à rappeler chaque sensation qui y restera à jamais gravée. L’assaut d’une phrase pour retenir la déviance, les mots au profit de tous nouveaux silences. Il les laisse la blesser et contemple l’altérité de sa beauté contrastée par l’affront sur ses traits. La jugulaire palpite au tempo des regrets… Mais ce ne sont pas ceux brandis pour se garder d’une nature honnie, ce sont ceux de ne plus savoir comment céder pour se sentir enfin entier.


Il ne se dérobe pas, se laisse voir dans le noir illuminé par les flashs du nightclub, gifler par la réplique qui tonne telle une injure. Son visage se fige, la vérité y glisse la douleur de se savoir enferré dans les noirceurs qui suintent des phrases qu’il voudrait lui hurler. Reflet des maux dont il se défend en continuant de l’accabler. Le faux devient le vrai, la supériorité superbement dérobée aux foules qui l’acclamaient grave ses stigmates sur son expression devenue moqueuse. Soupçon de cruauté. Mais son souffle s’accélère sous le rythme de la mélopée, elle argue sans discontinuer, et plus le sens exfiltre ses poisons du cadavre abandonné dans le secret de la nuit qu’elle ressuscite, plus la froideur renforce les mouvements qu’il impose pour mieux la rencontrer. L’innocence de la danse déjà bien entachée se substitue à la provocation qui refuse toute entrave. Surtout pas celle qu’il aura su élever dans la peur panique qui le caractérise. Quelle faiblesse fut la sienne quand ce soir il ne peut en admettre aucune. Sa bouche esquisse ce même sourire frondeur qu'il afficha quand elle parvint à les rejoindre presque vacillante sur la scène. Que fait-elle ici si ce n’est servir la démonstration effrontée des pièges qu'il se réserve ? Il s’obstine à s’emmurer dans un silence qu’il prolonge, tandis que la musique qui s’accélère le pousse à l’oppresser plus encore contre lui. Il se laisse frapper par ses mots quand il ne lui ménage guère le loisir de s’échapper, se rencogne dans l’arrogance qu’il broie sous l’inflexion brutale de ses mains dorénavant ancrées dans son dos qu’il cesse de caresser. Elle continue de l’enflammer, ses morsures deviennent des douceurs qui contractent ses muscles sous le tissu de son t-shirt. Il s’oblige à ne pas refermer ses paupières au moment où son souffle vient chanter contre sa joue. Et la question le traverse sans qu’il ne puisse trouver une réponse cohérente si ce n’est cet échec qu’il ne cesse de précipiter à trop le présager. Les portes se referment dans la lourdeur d’un constat auquel il n’est plus étranger, il n’a jamais ignoré les fers les plus acérés de ses certitudes aux atours de fatalisme. Mais s’il ne les ignore pas, il ne les a pour autant jamais acceptés. Il sent sa respiration se saccader et les flammes dévorer tout son être sclérosé, tendu à se rompre quand il cherche à se briser contre elle. La danse devient une lutte, sa bouche glisse le long de sa joue pour répondre à la sienne dans une proximité qui augmente son trouble :

_ À te prouver enfin que tes résolutions ne tiendront jamais. Que restera-t-il d’elles lorsque je déciderai comme ce soir de venir te trouver ? Que restera-t-il, Moira, si ce n’est ce tremblement sous mes doigts, ton corps contre le mien qui crève de m’accueillir ? Que restera-t-il des promesses ou des serments quand je déciderai de te les faire violer ?

Ses yeux dans les siens, le souffle court d’avoir trop parlé sans plus savoir se raconter. Comment pourrait-il subir l’affront de ne pas la ployer quand il a mérité tous les hommages qu’elle devrait lui rendre. Et qu’elle lui rendrait s’il lui prenait la folie d’apposer la brûlure de ses lèvres sur les siennes pour la silencer ? Le moment dure une éternité, sa main remonte le long de sa nuque, il respire l’air qu’elle rejette dans la sensualité d’une fureur qui ne quitte plus son visage avant qu’il n’assène sa dureté héritée de cette culpabilité qu’il cherche à dessiner en elle :

_ Ça ne marchera pas Moira… Ça ne marchera pas et tu le sais

Leur arrangement caduque blesse un idéal qu’il souhaite​ tout à ​coup voir crever.​ La fièvre dans le sang, la pulsation est trop vive et la folie étreint violemment les relents de coke qui continuent de se diffuser dans son épine dorsale. Ses mains franchissent les frontières déjà tombées depuis longtemps, s'emparent de sa nuque quand ses prunelles la dévorent. Tout son corps oscille entre le besoin farouche de la fuir et l’envie de la posséder​, s'invite contre sa peau, se plaque contre son corps tout en entravant tout mouvement qu'elle pourrait opérer pour le contrer​. Il ne danse plus, ​il vient la chercher dans les dénivelés d'un désir qu'il ne sait plus contenir :

_ Tu le sais…

Sous ses doigts, la virulence forme les prémices du plaisir​​. Ce n’est qu’une question de temps pour qu’il ne cède enfin… Une question de temps pour qu’elle abdique à son tour. Ses mains s’entremêlent dans ses cheveux, ​il ploie son cou comme pour la fasciner dans la brutalité, la défier une fois de trop dans la sensualité.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 17/10/2016
» Messages : 140
» Avatar : Gwyneth Paltrow
» Âge : 44 ans
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Dim 2 Juil - 7:45 par Moira A. Oaks





Elle sent la jugulaire pulser sous sa paume, chaque frisson qui le parcourt et qu’il glisse jusqu’à sa peau chaque fois qu’il la frôle. La promiscuité ne lui laisse aucune issue. Elle ne cherche pas à s’en créer. Chaque mouvement pour suivre la musique l’arrime davantage à son corps. Les mains de James dans son dos l’oppressent plus qu’elles ne caressent et dans ses yeux ne persiste que la flamme qu’il disait vouloir étouffer. Elle la sent qui le consume, qui dévore toutes les barrières précédemment érigées, et alors qu’un sourire carnassier déforme ses traits, James dessine sur sa joue les derniers affronts qu’elle craignait. Moira ferme les paupières. Elle se tend sous ses doigts. Le dernier pan de l’armure menace de se dérober : sa résistance à lui, celle dont tout dépendait, l’unique socle sur lequel ses serments reposaient. Que reste-t-il ? Que reste-t-il s’il ne veut plus lutter ? Pourquoi maintenir ses fers s’il vient lui-même en briser les chaînes ? La peur dévale le long de son dos. Son corps la trahit. Les tentations reviennent enflammer ses mains qui resserrent leur prise pour s’empêcher de le posséder. Le désir lui ronge le ventre alors qu’elle sent les doigts de James remonter jusqu’à sa nuque, et son souffle revient brûler sa peau. Les entrailles de Moira se tordent quand elle le sent perdre pied, l’emprisonner totalement pour lui couper toute retraite. L’assertion lui fait brutalement rouvrir les yeux alors que l’animalité s’empare des gestes du musicien. Il siffle encore l’affirmation qu’elle se tue à rejeter, la force à incliner la tête. Moira se raidit contre lui et dans un dernier réflexe qu’elle parvient miraculeusement à retrouver, sa main sur son cou vient encadrer sa mâchoire, retient son visage pour qu’il ne puisse pas approcher. Ses yeux toujours dans les siens, l’incompréhension se mêle à la fureur qui embrase ses muscles quand elle se sent abusée alors même que tous ses sacrifices visent à le préserver lui. Parce qu’il le lui a demandé. Il le lui a demandé ce soir-là. La colère irradie ses chairs, dissout ses tendresses pour ne laisser que l’amertume côtoyer le désir brut en une confrontation qui l’écœure. Le dégoût envahit sa bouche. Elle n’acceptera pas ce rôle qu’il lui impose. Elle ne le laissera pas la faire devenir celle qui cède quand c’est lui qui la tire consciemment dans ses enfers. Elle ne le laissera pas jouer ainsi. Pas avec elle. Ses doigts se serrent sur l’os alors qu’elle approche lentement son visage. Leurs souffles se mêlent dans une chaleur malsaine. Son regard ne le quitte pas une fois quand sa main libre descend soudainement à l’orée de son ventre qu’elle frôle en s’emparant d’un passant de son jean. Elle le tire brutalement vers elle, pousse à l’extrême l’union de leurs corps quand elle continue d’interdire celles de leurs lèvres. Elle n’échappe qu’un murmure, sifflant comme une menace :
- C’est ce que tu veux ?  
Son cœur propulse le sang dans ses moindres capillaires. Son corps entier frémit alors qu’elle appose son dernier masque, le dernier capable de le faire reculer. Un instant. Une brèche. Une fissure. C’est tout ce qu’elle cherche. Sa dernière issue. Une fêlure à éventrer pour en déterrer les ombres qu’il s’obstine à ignorer. Car elle les a vues dans son regard. Elle les a senties dans son dos cette nuit-là, dans chaque tremblement de James qui se répercutait dans ses membres. Elle sait ce qui l’a retenu, ce qu’il s’est tué à étrangler avant même qu’elle ne s’y confronte. Il ne peut prétendre les canaliser ce soir. Pas quand il viole toutes les indécences au milieu des regards sur une piste assaillie. Pas quand ses pupilles déversent sur son corps les envies déchaînées que la drogue fait pulser dans ses veines. Pas quand il menace de la prendre quelques heures à peine après avoir laissé Isolde au Royal Albert Hall. Son regard toujours planté dans le sien, elle voit le noir assombrir ses iris déjà rétrécies par la coke, et alors que les baffles rugissent des sons saturés d’harmonies électroniques, les flashs du nightclub la révèlent plus sulfureuse que jamais. Ses attitudes bousculent toutes ses inhibitions. Elle se fait succube pour effrayer le diable. Sa main toujours à la limite de son entrejambe, sa bouche frôle la commissure de ses lèvres. Elle gronde comme une mise en garde, d’une voix trop ferme pour prétendre la moindre complaisance :
- Je t’ai promis de ne pas franchir les portes que tu garderais fermées, pas celles que tu ouvrirais pour me pousser à l’intérieur.
Elle le tire encore une fois. Son visage s’incline pour capter son regard. Le gouffre se matérialise sous ses pieds, la pente toujours trop raide, prête à la faire chuter. Moira abat ses cartes, les dernières qui lui restent avant qu’il ne rompe seul toutes leurs défenses. Elle le toise, si proche qu’elle manque elle-même de s’enivrer. Mais sa voix ne tremble pas, comme sa main qui adoucit sa prise sur son cou pour lui rendre enfin la liberté de se mouvoir. Elle achève l’ultime estocade, pare une dernière fois avant de rendre les armes :
- C’est ta décision, James. Seulement la tienne.
L’impuissance revient murmurer à l’oreille de Moira, triste compagne qu’elle ne sait comment repousser et son grondement crisse à son oreille, glacial comme une damnation. C’est ta décision, James. Seulement la tienne. Parce que je ne saurai pas te repousser. Parce que je ne peux me détourner de toi si tu viens me trouver. Parce que tous les serments ne sont rien s’ils n’ont pas ton appui. Parce que ça ne marchera pas, James… Ça ne marchera pas et tu le sais. Tu le sais.

© ACIDBRAIN
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 289
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mar 4 Juil - 13:46 par James M. Wilde
​​​


« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




Toutes les peurs se taisent​,​ assourdies par la musique qui autour d'eux forme comme un mur devenu impénétrable. Dans ses prunelles, il n'y a plus qu'elle, qui jette des traits enflammés de ses doigts tentateurs sur des horizons déjà dévorés par les enfers déchaînés qui y gisent. Il ne peut plus maquiller ce qui l’habite quand chaque regard n’est qu’indécence et luxure, ces deux démons qui cherchent à débusquer l’agneau pour le pousser à devenir loup. La bête la traque, la raideur de son maintien vient rencontrer la tension de ses muscles, la peur se goûte sur la langue qui darde, il ne croit pas avoir un jour eu envie de quelqu’un dans la splendeur et le faste d’une foule avec autant de prégnance. Son désir coule de ses iris assombris jusque dans son ventre qui palpite contre elle, chaque inspiration rencontre les regards qu’elle renvoie, tantôt effrayée, tantôt rongée par la même dévoration de ses sens qui ne cessent de la harceler. Le pouvoir qu’il détient sur elle lèche son échine, le soubresaut est aussi enivrant que ne l’est le portrait de la déchéance qu’il souhaite déployer pour la voir sombrer. Et il le sent… Il sent tout son corps chercher l’inclination pour s’y appuyer, débuter de ployer jusqu’à elle pour venir rencontrer la peau qu’il continue d’admirer et de convoiter. Les serments balancé​s​ à la fourberie de l’oubli, le plaisir de la trahison sous la peau où courent les brûlures qu’elle appose à chaque fois que ses prunelles deviennent plus dures à le dévisager. Il ne recule pas, il ne reculera pas. C’est pourtant sa main qui vient l’empêcher de compléter le mouvement amorcé, et ses pupilles se resserrent sur leur proie avec la volubilité des prédateurs qui cherchent à se montrer sous un jour pacifique. ​Songez une seule seconde à les stopper dans leurs ​instincts les plus meurtriers et leurs crocs se dévoilent. La fureur gronde, le regard abîmé de ce plaisir malsain devient accusateur​.​ ​L​e caprice empêché, la bête enchaînée trépigne et ​gronde, torve et assassine. La menace de Moira en retour est éloquente, le sourire de James s’accentue dans une provocation non équivoque, il y a pourtant sur ses lèvres les pensées les moins amènes, qui tracent ces mots injurieux qu’il ne susurre ​guère. L’injure est sur son visage, il n’est guère nécessaire de la conter pour en connaître le faciès dévoyé. Mais alors qu’il croit qu’elle s’obstinera à battre en retraite, que ses doigts s’enfoncent dans sa peau jusqu’à la meurtrir, le loup sans cesse invoqué trouve l’obscurité de son repaire, les mains de la belle devenue démoniaque retournent les fers pour qu’il en goûte les morsures. Et quand c’est elle qui les applique avec tant de doigté, il se surprend à aimer cela, le plaisir qui s’accrochait à sa peau devient plus ​invincible encore, il dispute la fureur pour laisser son corps déchiré entre des envies toutes nocives et toutefois chéries par son souffle effréné. Il sent sa main chercher à le tenter quand il n’attend que l’appel de ses yeux pour renouer ​avec ​le drame dont il s’est tant méfié, il se laisse happer, la joute apporte les preuves de l’excitation qu’il affiche pour la lui imposer, leurs corps dans une proximité triviale elle ne peut que s’en apercevoir. Le sourire s’accentue même si la note fanfaronne qui ​clamait tout pouvoir​ sur elle​ se brise net lorsque la voix siffle​ l'aigreur​. Le visage du rockeur dévoile la réponse qu’il ne parvient pas à prononcer. Oui. Oui. C’est ce qu’il veut. C’est ce qu’il espère, ce dont il rêve, ​les idéaux déchus qu'il baigne dans l’acidité de sa convoitise. La violence peint son expression enfin délivrée du dilemme quand il la croit prise au piège sans comprendre que la cage est en train de se refermer sur lui. La brutalité dont il ne souhaitait être que l’unique victime s’éprend de sa silhouette qui la malmène ​d'autant plus qu’il se sent entravé par les pensées qu’elle ranime en dotant ses tentations d’un relent infâme aux atours de réquisitoire. Comment peut-elle oser venir excaver ce qu’il parvient enfin à oublier ? Comment peut-elle ce soir le défier quand il aurait toutes les raisons de la briser pour la prendre enfin dans la violence qui l’anime dès lors qu’il la considère tel un objet ? Mais l’objet parle, l’objet plie pour mieux blesser, enfoncer la lame de ses syllabes dans ses esprits amollis par ses contradictions. Docile et douce, elle se ​déploie à sa mesure​,​ dangereuse et blessante. Les mots saignent jusqu’à lui pour étouffer les élans nocifs de sa liberté, son corps se met à renâcler quand elle se plaît à le manipuler, le plaisir devient blessure, le maître se découvre pantin et ne sait guère s’il souhaite voir les fils enfin tranchés sous peine de se savoir perdu ​et condamné à la chute. Impudente​,​ hurle la bête, James se rappelle ses oeuvres et frémit de l’inconscience qui continue de pulser dans ses veines au rythme syncopé de la musique qui dorénavant l’abrutit, les images défile​nt​ dans le cristallin qui brille d’une toute autre lueur quand la réplique le gifle et l’oblige à redescendre du piédestal qu’il avait adopté. Redevenu mortel, le monde autour n’est plus que menaçant, elle, eux, son coeur se serre à se sentir oppressé, l’air lui manque, il voit enfin et cesse de s’aveugler. Non… Non. Ce n’est pas ainsi que cela aurait dû se passer. L’objet devient créature animée, insoumise, inaliénable et il se sent mourir dans la frustration complète de ses désirs devenus monstruosités. Dévoilé par les arguments qu’elle brandit, il a l’impression d’être de ces créatures difformes que l’on jauge pour mieux se prémunir de leur laideur, son regard vrille de la colère qu’il ne parvient pas à endiguer. Il la relâche dans un sursaut qui confine au dégoût, l’impression de cette trahison infâme qu’il précipitait pourtant seul lui donne des allures plus ténébreuses encore, il esquisse un pas pour se séparer d’elle, sa présence devenue importune. Son ton glacé l’abandonne, le déchaînement refusé il ne se voit plus que contraint à regarder en face ses propres stratagèmes, l’ivresse conjuguée à la cocaïne lui donne envie de vomir. Il ne sait à l’instant qui il déteste le plus : celle qui s’est risqué​e​ à lui rappeler ses torts quand il ne pouvait en posséder aucun, celui qui s’est oublié à ​prophétiser la liberté enfin dévoilée quand il ne s’agissait que d’usurper un rôle qu’il est incapable de jouer. Quel plaisir à la perdre s’il se perd seul ? La démonstration de toute puissance échoue lamentablement, les yeux de James s’éteignent quand il murmure :

_ Je ne sais pas ce qui est pire ce soir. Que tu aies tenu ou que j’aie reculé.

I​l se détourne brusquement et laisse la foule le dévorer, il la fend sans considération, l’orgueil froissé rend à la douleur de ses angoisses une toute autre dimension qui le laisse vide, à errer au milieu de ​créatures grimaçant​es​ sans savoir où il fuit si ce n’est le plus loin possible de Moira. Tout son être est vicié par le désir inassouvi dont elle lui a abandonné l’inique héritage et​,​ la suavité érodée par la jou​t​e, ​il ​ne reste que la violence d’un corps qui se consume. La coke rend son parcours frénétique, il n’est pas long à échouer près du bar et à commander deux shots de vodka qu’il s’enfile l’un après l’autre sans prendre le temps de souffler. Ses regards morts viennent trouver la silhouette famélique d’une blonde parfaite qu’il détoure comme un morceau de viande inanimé. Le ​sourire qu’elle arbore l’excite autant qu’il lui déplaît et bientôt ses mots sulfureux viennent trouver les confidences tordues que seuls les noctambules patentés peuvent ​avoir la force de s’échanger. Elle fait mine de ​songer mais la proposition la flatte, surtout ​lorsqu'elle croit le reconnaître bien qu’il se plaise à la tromper en prétendant n’être pas qui il est. L’abdication est complète, s’il n’a pu se délivrer face à Moira, alors il peut bien porter le masque le plus honteux qui soit, celui de l’inconsistance de ces autres qui ne sont rien, quand il aurait dû être tout. Tout avec elle. La fureur décroit soudainement, crève sous le poids du désarroi, particulièrement ​quand ses doigts saisissent la main de la fille pour la traîner dans le​ labyrinthe​ des couloirs. Il ne dira au revoir à personne… Il aimerait la baiser ici, devant tout le monde pour l’humilier mais il ne pourrait souffrir de croiser les prunelles accusatrices de celle qui se plaît à le torturer. Les pensées au comble de l’injustice achèvent de le déprimer, les lumières l’incommodent, il retourne à la nuit.


​***​


​« J’en étais sûre ! »​

​L​​e ton haut perché de Marcy vient trouver ses tympans fort heureusement déjà protégés par les ravages du concert. Il peine à la comprendre au milieu du bruit qui les enserre comme de celui qui continue de le bercer​ à l'intérieur​, alors qu’un large sourire ne cesse de traîner sur ses lèvres. Ils ont bien travaillé, le sentiment d’accomplissement est plus que mérité. Sa copine trépigne, parce qu’il met un temps certain à comprendre qu’elle cherche à attirer son regard sur un point particulièrement obscur dans la foule. Il demande plusieurs fois « quoi ? Mais quoi ? » avant de trouver lui-même ce qui semble porter au comble de l’excitation la folle qui danse entre ses bras. Cette énergie toujours inconsidérée le ravit, il la trouve particulièrement belle lorsqu’elle agit de cette manière. Il reconnaît James et Moira, enlacés sur la piste de danse, alors qu’ils se regardent et semblent se parler. De loin, il peine à trancher, s’agit-il de désir ou de hargne ? C’est difficile à dire alors que la foule alentour masque la majeure partie de la scène, mais le rapprochement est trop tendancieux pour être innocent. Il s’étonne lui-même de ne pas être arrivé à cette conclusion logique bien plus tôt, même si Marcy complète sa pensée :

​« C’était sûr que ça finirait comme ça ! Un regard comme le sien, ça ne trompe pas… »​

​E​​llis opine mollement, complètement donné à des considérations multiples et complexes. Ce n’est pas que la nouvelle le chagrine en vérité, c’est plutôt qu’il imagine déjà la mine d’enterrement de Gregory s’il l’apprenait. Connaissant Wilde, qui plus est, il est clair qu’il ne souhaite pas faire étalage de… de quoi d’ailleurs ? Il est un peu prématuré de parler de relation quand ces deux-là semblent en entretenir plusieurs depuis qu’ils se sont rencontrés, entre les périodes fastes et les disputes qui les ​opposent parfois. Car depuis quelques semaines, Ellis et Greg savent parfaitement reconnaître ce qu’ils surnomment dans le plus grand secret « l’échelle Woaks ». C’est un jour parfois tumultueux en terme de météorologie Woaks, puis c’est une matinée radieuse, avant que la fin d’après-midi ne tourne à l’orage. Douce moquerie qu’ils réservent à leurs heures perdues quand James se plaît à s’isoler totalement avec la productrice, ce qui ne donne pas toujours les résultats escomptés. Bien que les moments de véritable tempête se sont comptés sur les doigts de la main, surtout que sans qu’ils ne le sachent, leur échelle est totalement faussée, inconscients qu’ils demeurent des moments les plus entremêlés des deux protagonistes dont ils ne saisissent que les humeurs les plus déchiffrables. Et justement, Ellis ne sait trop ce qu’il en est quand il les perd de vue… Il n’est pas long à murmurer à Marcy de tenir sa langue tant qu’ils n’en sauront pas plus et il lui faut promettre bien plus que de raison pour finir par avoir gain de cause. Le titre change, une électro-pop beaucoup trop énergique pour eux, ils brisent leur duo alors que la grande brune rejoint le carré VIP et que le bassiste sonde la foule. Moira semble revenir dans sa direction, mais sans son ombre qui a visiblement mis les voiles.​ Ce qu'il découvre sur son visage stoppe tout élan qui le portait à s'écarter, il fronce légèrement des sourcils.​ Il regarde derrière lui, et plutôt que de rejoindre le groupe, il avance en sens inverse pour couper la route à sa productrice. Sa large main glisse sur son épaule comme pour la rappeler parmi les vivants et il lui dit d’une voix posée​, volonté subite de faire disparaître la contrariété qu'il croit deviner sur son joli minois​ :

​« Je ne sais pas ce qu​'il​ se passe ou ce qu​'il​ est en train de se passer. Mais quoique tu fasses, continue. Il y a bien trop longtemps que James ​a perdu toute volonté de s’exalter pour quoique ce soit. Et depuis qu’il t’a rencontré​e​… Tout est en train de changer. Le changement, c’est ce qu’il y a de bien, on ne sait jamais ce que ça donnera. »​

​I​​l lui sourit, un sourire qui n’a plus rien de charmeur, c’est un sourire simple, celui que l’on arrache à une confession spontanée. Sur l’échelle Woaks, il estime que ce qu’il a surpris avec indélicatesse sur la piste de danse ne peut qu’ouvrir sur un temps que l’on ne pourrait redouter, car il sera marqué de l’insigne de la nouveauté. Il hausse une épaule, statuant là la confidence, avant de repartir vers les rivages du grand sofa, lui laissant tout loisir de penser.


​***​


​E​​ncore un détour et il pourra traîner sa proie jusqu’à la sortie. La foule est encore plus dense par ici, et Jessy, la fille qu’il a choisi d’emporter pour le reste de sa nuit broyée par la déception ne cesse de s’arrêter pour saluer une connaissance dont il n’a strictement rien à foutre. Son mécontentement va croissant tandis que ​l'étau de ses doigts​ se resserre sur son poignet, avant qu’il ne vrille à son oreille​, profondément agacé​ :

​_ Un seul arrêt supplémentaire et je t’assure que j’irai trouver quelqu’un qui percute plus rapidement ce qu’impliquent mes invitations.​

​​​​E​​lle se mord la lèvre alors que ​le pouce​ de James​ la suit​,​ avant que sa main ​ne ​vienne empoigner sa taille sans aucune équivoque. La seule perspective de la dénuder appelle une déraison plus déviante encore qu’il ne l’aurait présagé​e​, et il n’est pas certain d’être particulièrement ravi de se savoir si prompt à recouvrer des habitudes qui ne semblent absolument pas l’avoir quitté. Comme quoi… L’on ne change jamais. Ses pensées frôlent l​e​ pessimisme le plus achevé, la fille suit dorénavant la cadence, suffisamment ivre pour être rendue au comble de l’excitation la plus affichée par quelques phrases où filtraient les élans de la débauche et les atours brûlants de la vulgarité. Il sait les reconnaître… Les filles​ suffisamment​ désespérées pour qu’elles croient bon de tout accepter, le désespoir plus grand encore quand la torpeur d’une nuit ​inavouable les laisse abîmées par la pâleur d’une aube où elles se voient abandonnées. Il les connaît par coeur, il sait même leur parler. Il apprécie particulièrement qu’elles soient de cette caste qui ne se plaît pas à minauder, elles savent quand écarter leurs cuisses et quand se taire, elles ont la frénésie des putes que l’on a même pas à payer, parce qu’elles croient prendre quand il n’y a pourtant plus rien à donner. Un corps troqué pour un moment de luxure où s’oublier, c’est tout ce qu’il souhaite à présent. Le bleu de ses yeux s’est terni dans l’abandon du champ de bataille, il fouaille le sol comme à la recherche des cadavres tombés, et quand il manque de bousculer quelqu’un, il met quelques secondes à réaliser qu’il s’agit d’elle. Le destin ricane​ :​ elle​,​ abandonné​e​ dans le noir où il a cru s’enfuir​.​ ​L​ui​,​ donné à des travers qui le constituent pour ne plus apparaître que sous les froideurs de ses masques les plus altiers. Sa main broie soudain le pauvre poignet de Jessy qui ​peine à comprendre ce qui peut arrêter leur course mais la voilà depuis longtemps oubliée. Morceau de chair traîné dans l’immensité du ventre de la bête pour croire en ressortir indemne quand sur son visage se dévoile ​un​ mélange différent ​de celui plus ​dangereux qu’il lui a opposé bien plus tôt. Il regarde Moira une dernière fois, et son masque se craquèle de cette douleur qui compresse son âme à se savoir déchu. Tombé du piédestal, il ne reste que lui et la souffrance d’un corps endolori qui ne quémande qu’une délivrance ​bestiale et honteuse. Ses yeux brillent d’un ultime sursaut d’intensité, sa bouche se serre, une seule seconde pour rêver cette impossible éternité. Il n’a pas le droit de la vouloir… Il n’en a pas le droit. Et pourtant… Pourtant​, il l'entend​, le grattement derrière la porte dorénavant close, refermée pour n’avoir pas su la franchir lui-même. Ça aurait dû être toi, Moira. Ce soir… ​Toi dans la splendeur de mon triomphe pour savoir le goûter comme jamais. Il abaisse ses paupières et emporte Jessy dans son sillage. La blonde glisse un air presque moqueur jusqu’à la productrice, elle croit avoir gagné tous les privilèges dont l’autre se voit ​privée, quand il n’y a que des perdants ce soir. La défaite comme seul panache des fuyards.


​***​


​I​​l se retrouve dans un quartier quasiment inconnu de Londres, échappé de l’appartement minuscule de cette traînée qu’il n’a réveillée ce matin que pour arracher aux heures les plus matinales de quoi apaiser une faim qui ne cesse de revenir le harceler. Le corps rompu et l’esprit abandonné à la simplicité d’un plaisir commun, il marche sur le trottoir jusqu’à trouver un chemin, quel qu’il put être quand il n’a pas envie de rentrer. Sa main tâtonne dans la poche de sa veste, il cherche à voir qui l’a appelé. Sa soeur, une fois pour dire bonne nuit et lui rappeler dans un soupir amusé les plus élémentaires des convenances : « et alors, on ne dit même plus au revoir à sa soeur adorée ? ». Greg qui essaye de maintenir le ton de sa voix dans un calme des plus relatifs qui ne sait tromper personne, et certainement pas James « juste pour savoir où tu es et si la fille valait la promenade ». Rien de bien particulier, même si les messages, l’un comme l’autre, le font légèrement sourire quand il attend que son répondeur sorte de l’éther la seule voix qu’il cherche à entendre en cette fin de matinée. Moira lui manque… Moira lui manque. C’est une constante qui l’affole et lorsqu’il se souvient de ses actes donnés à la nuit écoulée, il cherche à effacer la peine au moyen de ce lien qu’ils maintiennent pour mieux tromper un quotidien bien trop occupé à se joindre qu’importe la raison. Ses doigts tapent rapidement un SMS, pour la rappeler à lui quand il n’a fait que l’abandonner après avoir tant joué avec ses sensations : ​​« Dois-je espérer que l’alcool t’ait ôté une partie de ta mémoire, ou qu’elle soit miraculeusement intacte en cette merveilleuse journée ? Celle qui suit notre putain de concert au Royal Albert Hall ! »​​ La joie dans son texte revient alléger sa tête encombrée par la culpabilité, il se plaît à sourire plus encore une fois qu’il frôle la touche d’envoi pour mener son message à bon port, et se dire que seules comptent les victoires opérées à deux, plutôt que les dérobades infligées​ dans leur solitude respective​. Cette euphorie quasiment artificielle le porte toute la journée où il se replie dans son appartement afin de profiter d’une solitude devenue nécessaire pour réparer les heurts. Il traîne entre le canapé, le piano, et le lit, où il dort, ​feuillette des bouquins​, s’occupe pour ne pas trop penser. Il est déjà fort tard quand il s’aperçoit qu’il s’est laissé dériver sur l’écriture d’un titre qui le poursuit sans discontinuer depuis des semaines à présent. Rythme lancinant qu’il parfait peu à peu, des mots viennent​​ l’accompagner. Des mots qu’il tait à tous, surtout à lui en vérité. Il ne les écrit que pour éviter de les lire et de les savoir par coeur. La vibration de son téléphone pénètre sa retraite sans qu’il ne comprenne de prime abord d’où provient la perturbation du mutisme musical dans lequel il s’est enfermé. Il décroche uniquement quand il reconnaît le nom qui s’affiche. La précipitation dans sa main trahit des sentiments dont il ne sait que faire à trop les cloisonner :

​_ Alors cette mémoire ? Comment se porte-t-elle ?​
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 17/10/2016
» Messages : 140
» Avatar : Gwyneth Paltrow
» Âge : 44 ans
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Hier à 9:29 par Moira A. Oaks





Elle s’accroche à la rudesse de son jean quand sa main ne demande que la douceur de sa peau. Dans ses yeux brillent des feux contraires alors qu’elle le repousse tout en espérant secrètement qu’il résiste, qu’il balaye enfin les défenses qu’elle érige sans plus savoir ce qu’elle s’acharne à protéger. Le monde autour d’eux les enferme, la musique leur laisse l’impression d’être seuls au cœur de la marée. Sa main dans son cou reçoit chacune de ses pulsations. Elle sent sous ses doigts les tremblements qu’elle ne peut que reconnaître à les subir dans ses propres chairs. Les tentations bataillent dans son ventre. Ne reste que la colère pour encore les tenir, la fierté atteinte comme dernier bouclier pour conserver son rôle quand lui les a tous abandonnés. Et alors qu’elle le force à voir tout ce qu’il feint d’ignorer, le visage de James se fige dans une froideur qui manque de brutalement faire glisser le masque de sa rivale. La respiration de Moira s’arrête comme les battements de son cœur alors qu’elle le voit violemment redescendre des hauteurs d’où il la toisait. Les flashs de la boîte de nuit l’empêchent de reconnaître toutes les nuances de ses traits. Elle ne sait plus qui domine de la peur, du dégoût, de la rage ou de l’envie alors que son corps se raidit contre le sien, et la répulsion avec laquelle il la relâche la laisse brutalement interdite au milieu des danseurs qui semblent retrouver brusquement leur matérialité. Les silhouettes anonymes la bousculent de toute part bien qu’elle lutte pour ne pas perdre le regard de James et sa phrase la cueille avec tant de prégnance qu’elle reste inerte face à lui quand il fait volte-face pour échapper à ses regards. Elle ne fait pas même un geste pour le rattraper, tétanisée sur la piste, étranglée par les liens qu’elle vient elle-même de resserrer. Le rockeur disparaît, englouti par la foule, et elle reste un long moment immobile à regarder la masse se refermer derrière lui. La chaleur ambiante l’étouffe. La musique l’assourdit. Elle respire une large bouffée d’air vicié par la sueur et l’alcool. Le mélange est infâme. C’est plus qu’elle ne peut en supporter. Moira s’engouffre dans la première brèche qu’elle trouve, dans la direction opposée à celle de James pour creuser une distance qui ne lui a jamais parue si salutaire. Evitant comme elle le peut les obstacles sur sa route, elle se faufile en direction de la première sortie qu’elle aperçoit, écrite en néons rouges disposés sur un mur un peu plus loin. Le regard fixé devant elle, elle ne remarque pas la silhouette imposante du bassiste, manque de très peu de le dépasser sans même noter sa présence, avant que le contact de sa main sur son épaule ne la fasse sursauter. Elle met un temps trop long à le reconnaître, trop perturbée pour retrouver de suite des pensées claires, et ce n’est que lorsque sa voix lui parvient qu’elle se raccroche à la réalité qu’elle cherchait à fuir. Les battements de son cœur se saccadent de se sentir brutalement découverte alors qu’elle est incapable de savoir réellement ce qu’elle s’évertue à cacher … Les mots du bassiste la cueillent et ses sourcils se froncent. Elle n’est pas certaine de comprendre toute la subtilité de ce qu’il lui confie, et si elle reconnaît sur ses traits les sourires sincères qu’il lui lance parfois, elle ne parvient pas à lui donner le sien en retour. Ellis la regarde un moment, si serein quand elle ploie sous la lourdeur écrasante de ses doutes qu’elle ne trouve aucune réplique à lui lancer, complètement décontenancée. Le musicien fait un dernier geste avant de se perdre dans la foule à son tour, laissant derrière lui l’écho de ses mots que Moira se répète sans savoir encore ce qu’elle doit en penser. Le changement… Comment peut-il l’appréhender si calmement quand elle en craint chaque revers ? Comment croire qu’il sera bénéfique quand elle n’a vu que les ténèbres dans les yeux de James, quand tout ce qu’elle lui offre ne semble que l’inciter à frôler des extrêmes toujours plus troubles, des parts de son être toujours plus sombres que lui-même a peur d’affronter ? L’air est trop lourd. Ses propres contradictions lui retournent le cœur, et Moira se hâte jusqu’à pousser la porte métallique donnant sur le parking du club. Le froid mord ses épaules nues. Elle se contracte sans pourtant reculer, ne fait qu’un pas sur la côté pour faire reposer son dos sur le mur près de la sortie. Une main glissée derrière ses reins pour protéger sa robe de l’humidité des briques, l’autre se porte à son front encore trempé de sueur. Elle ferme les yeux, relâche un soupir qui se dessine en une épaisse fumée blanche échappée de ses lèvres. Dans son dos vibrent toujours les pulsations acharnées des moreaux qui s’enchaînent à l’intérieur. Mais dans sa tête, les mêmes images se répètent, les mots d’Ellis les accompagnent, et ses résolutions crèvent de ne plus savoir comment tenir. « Quoique tu fasses, continue… » Pourquoi ? … Les incertitudes encore. Partout. Son impuissance ricane. Les premiers regrets frémissent. Tout se confond et se mélange en une mélasse poisseuse qui coule dans ses veines pour alourdir tous ses mouvements. Elle n’a plus de notion de temps, de morale, de rien, et les souvenirs trop de fois sollicités deviennent flous, lentement corrompus par le désir insidieux de pouvoir les effacer. Que cette nuit n’ait jamais eu lieu. Que les aveux de James n’aient jamais eu lieu. Que leur relation ne soit rythmée que par les seules provocations de leurs jeux bravaches sans qu’aucun d’eux ne soupçonne encore la dangerosité de l’attirance sous-tendue. Que l’insouciance reparaisse à défaut d’une absence de désir.
- Hé… ?
Les sourcils de Moira se froncent. Elle rouvre péniblement les yeux, tirée de ses réflexions par l’intonation légèrement appuyée qui l’incite à penser qu’on a certainement déjà cherché à attirer une première fois son attention. Elle tourne le regard sur sa gauche pour tomber sur un homme d’une trentaine d’années, vieilli par une barbe visiblement entretenue avec soin, qui tend vers elle un paquet blanc.
- Vous voulez une cigarette ?  
Elle manque de refuser machinalement, précaution devenue réflexe, tant de fois réitérée pour s’éviter les tentations d’un mal dont elle a mis plusieurs années à s’abroger. Mais étonnamment elle se retient, pèse sérieusement la proposition pour la première fois depuis bien longtemps, et tend finalement ses doigts graciles pour s’emparer du bout d’un filtre qu’elle porte à ses lèvres. L’homme allume son briquet qu’il lève vers elle pour la laisser tirer une première bouffée de  nicotine qui flatte ses poumons honteusement reconnaissants. Elle recrache délicatement la fumée dont elle détaille les volutes imparfaites qui se dissipent dans l’air glacial de l’hiver. Les gestes reviennent avec une triste facilité, automatismes enchaînés à un passé honni qui vient se rappeler à elle à chaque moment qui la rapproche de ses anciens démons, pas toujours entièrement vaincus. Le goût du tabac sur sa langue lui rappelle la cigarette volée à James le jour de leur première entrevue. Elle grimace. Il n’y a pas de jeu pour justifier son geste aujourd’hui, aucun rôle à tenir pour garder l’avantage, seulement l’invitation d’un homme certainement aussi perdu qu’elle dans une soirée qui ne tient pas toutes ses promesses et qui balaye vers les issues de secours ceux qui ne parviennent pas à tenir le rythme. Elle amène à nouveau le filtre à ses lèvres, les vapeurs de cigarettes ne lui ayant jamais paru à la fois si délicieuses et fades, concessions amères à un plaisir honteux qui n’est là que dans l’espoir de l’en priver d’un autre.

L’inconnu parle depuis de longues minutes à présent et Moira répond sans véritablement l’écouter. Ses intentions sont aussi claires que ses maigres tentatives pour les dissimuler. Peu d’esprit. Pas de jeu. Seulement les échanges plats rendus inévitables par le jury des bonnes mœurs quand les deux parties savent pourtant dès le début les desseins de chaque phrase ainsi formulée. Et alors que celles de son interlocuteur se parent de doubles sens adorablement prévisibles, la productrice regarde un moment celui qui se veut son prétendant, choisit de ne pas encore lui couper les ailes malgré toutes les raisons qui lui hurlent depuis le départ de couper court à la conversation. Le bout incandescent de sa cigarette peint sur son visage un rouge flamboyant qui n’atteint pas ses prunelles demeurées d’un froid terrible depuis qu’il l’a abordée, un détail qu’il semble trop naïf ou sûr de lui pour remarquer. Seul son sourire feint la chaleur que son vis-à-vis attend d’elle. Mais son compagnon d’infortune s’obstine, imperturbable. Les échanges se font plus tendancieux et Moira se tourne vers lui, le dévisage comme elle ne l’a plus fait avec un inconnu depuis des années. Au fond de son âme git le désir monstrueux de briser les chaînes qu’elle se sent porter, qu’importe la manière, qu’importe le complice. Elle le regarde sans un mot et si l’homme se laisse admirer, il se fourvoie largement sur la nature de sa convoitise. Car elle sait le manque qu’elle cherche à effacer, l’attachement maladif dont elle veut s’affranchir, l’homme qu’elle cherche à retrouver sur les traits trop grossiers de celui qui lui fait face. Les secondes deviennent minutes consumées au rythme de sa cigarette qui se rapproche dangereusement de sa fin. Les prunelles de l’inconnu se teintent de reflets licencieux à mesure qu’elle s’attarde à le considérer sans encore lui permettre d’approcher. Il incline enfin la tête, la presse dans son choix et Moira se redresse pour ne pas lui laisser un ascendant qu’il n’a certainement pas mérité. James a su les acquérir, tous, toujours… Ses traits se crispent alors que la comparaison glaçante se glisse pernicieusement dans ses esprits. Elle ne s’était encore jamais risquée à prendre James pour étalon. Elle  serre les dents, puis soupire une dernière fois avant d’écraser son mégot sur le mur. Son prétendant bombe le torse, une main dans la poche, l’autre déjà prête à venir quérir sa taille, mais son visage se fige douloureusement quand elle décline poliment son offre, ses lèvres ourlées d’un sourire que James aurait immédiatement su déchiffrer comme la plus factice de ses attentions. Moira retient la grimace que cette certitude lui inspire. Elle remercie son compagnon pour la cigarette avant de regagner la porte du club d’un pas las malgré le froid qui se glisse sournoisement dans son dos. L’homme ne la suit pas, pour son bien comme pour le sien, sans doute.

A peine a-t-elle retrouvé les couloirs du Maze que la puissance brutale des basses revient la percuter en pleine poitrine. Moira se coule entre les corps hypnotisés par les sons électroniques, esquive plusieurs couples venus s’éloigner de la ferveur de la piste, glissant sa main sur la paroi pour retrouver le chemin du carré VIP. Ses yeux se plissent pour s’orienter dans la pénombre. L’obscurité se fait plus oppressante encore dans cette partie exiguë du club. Elle avance lentement, foule un terrain qui lui semble étrangement hostile, quand elle fait soudain un pas rapide sur le côté pour éviter deux fêtards qui semblent se hâter vers la sortie. Le temps se fige. La musique s’éteint dans sa tête. Elle ne met qu’une brève seconde à reconnaître James avant que son regard ne s’aimante à la crinière blonde qui le suit, tirée derrière lui par ce poignet qu’il serre entre ses doigts blafards. Le cœur de Moira rate un battement. Il ne lui en faut pas plus pour comprendre, et quelque chose se fêle sur son visage alors qu’elle vient replonger ses iris dans les siens, fissure qui se fraye un chemin jusqu’au traits de James quand il s’attarde malgré lui pour la regarder. A cet instant, elle sait... Elle sait qu’elle n’a besoin que d’un geste, d’un appel pour qu’il abandonne la femme magnifique qui le suit, d’un regard pour faire tomber les barrières qu’elle n’en peut plus de tenir et qu’il la rejoigne ce soir, maintenant. Elle le sait. Elle le sait. Mais elle ne fait rien, reste statufiée face à lui, la colère disparue dans les reflets trouvés dans ses yeux, la chaleur intacte dans le creux des paumes. La douleur avec laquelle James finit par se dérober résonne en elle comme la cruauté des choix déjà regrettés. Elle le suit des yeux alors qu’il s’éloigne, croise l’air conquérant de cette garce magnifique qui semble si prompte à croire en sa victoire quand Moira sait qu’elle n’aura sur la langue que les cendres de leur défaite conjointe. Un instant, la productrice se redresse, vient chercher dans l’appui du mur sous sa main la retenue nécessaire pour ne pas dévorer les quelques mètres qui les séparent et voler sous ses yeux celui dont elle croit naïvement s’être emparé. Une seconde, elle manque de commettre l’irréparable, de tirer de son orgueil de femme le courage d’assumer jusqu’au bout les désirs qui la rongent et ne font que tout engluer dans une fadeur écœurante. Une seconde, elle manque de ployer, de précipiter le dernier acte de leur déraison pour s’assurer seulement de le vivre. Une seconde, elle tremble. Une seconde. Avant que la peine ne noie ses ardeurs et que son regard n’offre plus que la compassion froide que lui inspire cette jeune fille. Si tu savais pense-t-elle. Si tu savais tout ce que tu risques alors qu’il n’y a plus rien à gagner. Emporte avec toi ces dernières bribes de fierté dans tes prunelles, car crois bien qu’il n’y en aura plus demain sur tes jolis traits, quand tu n’y verras plus que la honte et l’aigreur d’avoir un seul instant cru pouvoir me surpasser quand tu n’as jamais été que la consolation sans saveur d’un jeu auquel nous avions tous les deux perdu.

La porte métallique se referme sur leurs deux silhouettes et Moira s’adosse faiblement au mur derrière elle, respire profondément, comme au bord de l’asphyxie. Les sons autour d’elle reprennent, cacophonie incessante qui broie les pensées qui se bousculent dans sa tête. Les yeux fixés sur la sortie, elle hésite un moment à rebrousser chemin et rejoindre celui qui a manqué de lui offrir ses bras il y a quelques minutes à peine. Elle sait qu’elle n’aurait qu’un geste à faire pour lui faire réitérer son offre, qu’un geste à faire pour renouer avec les promesses perfides d’une chaleur passagère pour prétendre un instant ne plus sentir le froid tout autour. La tentation se glisse contre sa peau, fait se hérisser sa nuque sur laquelle elle passe une main tremblante. Mais son regard revient sur la piste un peu plus loin, et au milieu de tous les danseurs qui se déhanchent au rythme des percussions qui vibrent dans son dos, elle reconnaît Ella et Gregory, rayonnants sous les projecteurs du nightclub, se trémoussant l’un face à l’autre en suivant des pas qu’ils semblent connaître par cœur, comme une chorégraphie maintes fois répétée que frère et sœur ne peuvent supporter de manquer à l’instant où les premières notes du morceau s’élèvent dans la pièce. Moira les regarde longuement. Son visage s’apaise à mesure qu’elle les observe, incarnation éclatante du  bonheur qui aurait dû marquer cette soirée jusqu’au bout, sublimer leur triomphe pour le garder immaculé. Les battements de son cœur ralentissent. Elle oublie les fourmillements dans ses mains. Et malgré ce dernier regard qu’elle porte à la sortie, elle revient vers la lumière, retourne se plonger dans la ferveur qu’elle n’aurait jamais dû quitter et retrouve ceux qui ne se doutent certainement pas un instant des noirceurs qui ont maqué de les atteindre. Le sourire irrésistible de Gregory l’accueille dès ses premiers pas sur la piste. Elle danse jusqu’à la fermeture du Maze, danse pour ne plus s’écouter penser, danse pour ainsi se retrouver, et dans chaque pas oublier ceux qu’il a guidés, sa main sur sa taille, son souffle dans son cou si proche de la brûler.

Elle s’est réveillée le lendemain l’esprit alourdi par les harmonies brutales qui l’ont poursuivie jusqu’au petit matin, quand ils l’ont laissée devant chez elle, les traits creusés par la fatigue mais habités de cette joie qui ne les a pas quittés de la nuit. Elle a pris le temps de saluer chaque convive, allant jusqu’à embrasser Ella et Marcy sur les deux joues, comme les garçons, avant de sortir du taxi qui devait tous les ramener. Elle a fait un signe de la main en regardant la voiture s’éloigner, puis le silence l’a étreint, étrangement pesant maintenant que plus personne n’était là pour le partager. En entrant chez elle ce matin-là, Moira est restée un long moment dans l’entrée, à observer cette bâtisse comme une étrangère qui la découvrirait pour la première fois. Elle a observé les murs si familiers comme si quelqu’un en avait changé les couleurs, effacé les teintes chaleureuses pour ne laisser qu’un environnement terne et froid, sans aucun son pour l’habiter. Sans autre vie pour l’animer. Et pour la première fois, elle a senti cette solitude s’insuffler jusque chez elle. Elle l’a sentie rentrer par chaque ouverture de sa maison, imprégner les murs pour la capturer. Pour la première fois depuis qu’elle s’est installée ici, le silence lui a pesé.

Ses yeux se plissent d’inconfort quand elle descend les escaliers illuminés par le soleil déjà haut, après avoir gommé sous la douche les stigmates des nuits trop courtes dont elle n’a plus vraiment l’habitude. Son pas lent la traîne jusqu’à la cuisine où elle met un temps considérable à préparer son café, puis elle se coule jusqu’à la baie vitrée donnant sur son jardin, avant de plonger le nez dans sa tasse, le regard amorphe et la mine éreintée. Elle n’a aucune idée de l’heure qu’il est et ne cherche pas à s’enchaîner tout de suite aux considérations élémentaires d’une existence qu’elle sent perpétuellement sur le point de basculer. Son esprit est lourd et pourtant il fourmille. Il y a dans ses prunelles l’étincelle des réflexions qui continuent de tourner dans sa tête, des phrases qui se confrontent et se répètent sans qu’elle ne cesse de les disséquer. Chaque clignement de ses yeux tapisse les mêmes images sur ses paupières closes, les pupilles de James dilatées par la coke, l’air hautain de cette jolie blonde qu’il a emmenée dans son sillage, le sourire délicat d’Ellis quand il l’a retrouvée sur la piste de danse, les regards inquiets de Gregory quand il a remarqué l’absence de son ami, encore une fois envolé… Moira met de longues secondes à réaliser la sonnerie discrète qui revient régulièrement lui indiquer qu’un message non lu est conservé dans la mémoire de son téléphone portable et lorsqu’elle l’entend enfin, elle se surprend à prier pour qu’un seul nom ne s’affiche et que disparaisse le poids de cette inquiétude viscérale qui refuse de la quitter chaque fois qu’elle craint la brisure d’un lien qu’elle se sent incapable de perdre sans définitivement sombrer. La précipitation fait légèrement trembler sa main quand elle s’empare de l’appareil, et le soulagement qui l’étreint laisse échapper un profond soupir au moment où elle lit le nom qui s’affiche sur l’écran. « James ». Elle ne peut retenir la naissance d’un sourire qui s’accentue à la lecture du message. Elle reconnaît enfin l’espièglerie insouciante qu’elle aurait tant voulu voir cette nuit, sans les pièges qu’elle n’a cessé de distinguer dans ses gestes et dans ses yeux. Le bonheur simple du lendemain de leur triomphe s’immisce enfin dans ses veines et elle si elle repose le téléphone sans répondre immédiatement, c’est uniquement pour décrocher à un appel de son père qui, feignant de ne pas entendre le timbre rocailleux de sa voix, a simplement voulu inviter sa chère fille à déjeuner en fin de semaine pour la remercier d’avoir pensé à ses vieux parents pour ce somptueux concert. Moira ne se dérobe pas, son humeur radicalement adoucie depuis ses peurs enfin enterrées. Voilà longtemps qu’elle n’est plus repassée à Hertford. Elle ne peut pas le lui refuser.

Elle a longtemps cherché ses mots. Elle a hésité à l’appeler. Elle a voulu le faire sans jamais frôler la touche sur son écran, incapable de savoir comment aborder la suite de leurs échanges après les limites si dangereusement frôlées cette nuit. Elle s’est occupé l’esprit à force de coups de fil et de paperasse sans jamais parvenir à se concentrer pleinement sur sa tâche, toujours perdue dans les souvenirs abruptement gravés dans sa mémoire malgré tous ses efforts pour en minimiser l’impact maintenant que James semble lui être revenu. « Il revient toujours », disait Greg. Et elle se surprend à s’accrocher maintenant aux mêmes prophéties. Ses hésitations laissent passer les heures sans qu’elle n’ait encore su trouver de quoi lui répondre, et la soirée est déjà bien avancée quand une notification fait soudainement vibrer son téléphone sur la table basse. Ses sourcils se froncent alors qu’elle s’empare du cellulaire et son cœur s’emballe brusquement dans sa poitrine quand elle découvre une annonce du Q Magazine. Immédiatement, elle se précipite jusqu’à la table de sa salle à manger où son ordinateur portable est resté ouvert. Elle ferme les dossiers en cours, ouvre son navigateur internet pour entrer l’adresse du site du magazine qui ne lui a jamais semblé plus long à charger, et ses yeux s’écarquillent quand elle découvre le titre du dernier article posté : « La sauvage Odyssée du rock et du classique. Wild : un Voyage dont on ne reviendra pas ».

La dernière victoire. L’ultime reconnaissance. L’apogée de sa carrière cryptée en langage binaire. Les chairs de Moira s’embrasent et ses iris tremblent à lire et relire les termes enchanteurs de la critique pour s’assurer qu’elle n’est pas en train de rêver. Son cœur tambourine dans ses tempes alors qu’elle ne parvient pas à reprendre pied. Ils voulaient le Royal Albert Hall. Ils ont obtenu l’Angleterre, cette boudeuse terre natale enfin prompte à laisser une seconde chance à ses enfants prodigues, artistes accomplis mais parfois ingrats revenus chercher la rédemption dans les bras d’une mère patrie précédemment rejetée. Le silence étreint la productrice quelques secondes encore. Puis elle exulte son cri résonnant dans son salon comme celui d’une jeune fille fraîchement diplômée. Ses deux poings se dressent au-dessus de sa tête, restent en l’air des secondes entières avant qu’elle ne vienne plonger ses doigts dans ses cheveux blonds. Elle relit les louanges, s’en abreuve jusqu’à frôler l’ivresse et bientôt elle ne tient plus. Ses doigts tremblants s’emparent de son téléphone, cherchent le numéro de James trop de fois repoussé et elle ne perd pas une seconde se plus avant d’appuyer sur son prénom pour établir la communication. Chaque sonnerie qui la nargue rend sa respiration plus saccadée encore. L’attente est une torture qu’elle chérit avec avidité. Et quand le timbre facétieux de James se glisse à son oreille, elle ne peut maquiller l’excitation qui s’est emparée du sien. Son sourire s’élargit plus encore, les ténèbres de leur dernière nuit déjà presque oubliées :
- Ca dépend… Tu veux la version honnête ou la plus facile à assumer ?
Sa taquinerie tient une seconde à peine. Elle ne peut attendre de partager avec lui la liesse qu’ils ont manqué d’assassiner.
- Mais tu t’occuperas de mes gueules de bois plus tard… James Wilde, je veux que tu te connectes sur le site du Q. Tout de suite !
Son cœur s’acharne contre ses côtes alors que chaque seconde passée devient une épreuve qu’elle n’est pas certaine de pouvoir endurer. Elle se lève de sa chaise et fait les cent pas autour du piano, revenant sans cesse devant son ordinateur pour relire une ligne qu’elle connaît pourtant déjà par cœur.
- Lis moi ça. Je veux t’entendre le lire, James.
Son agitation lui donne des airs si attendrissant qu’on la croirait rajeunie de vingt ans. Et elle s’entend ponctuer à chaque phrase que le rockeur prononce :
- On a réussi, James. Tu as réussi. On l’a fait, nom de dieu !
Elle ne retient plus ses mots. Elle ne contrôle plus sa voix. Tout revêt des atours de libération, épilogue si difficilement atteint qu’elle a cru de trop nombreuses fois se le voir arraché. Et maintenant qu'elle le tient, ce sont toutes ses peurs qui s'évanouissent enfin, dévalent le long de sa robe légère pour s'étaler inertes sur ses pieds nus. La sensation est exquise. Elle ne veut que la laisser durer. Encore. Toujours.

Soudain, trois coups résonnent depuis l’entrée. Trois bruits sourds qui la font se redresser et lancer avec précipitation :
- Attends une seconde, je crois qu'il y a quelqu'un…
Le téléphone toujours maintenu à l’oreille, elle continue d’une voix enjouée alors qu’elle se glisse d’un pas bondissant vers l’entrée. Il y a dans ses esprits trop de bonheur qui fourmille pour qu’elle ne réalise un seul instant l’heure trop tardive pour une visite désintéressée. Elle ne prend pas le temps de regarder par le judas et sa main ouvre le battant d’un geste si enthousiaste qu’elle manque de se heurter à la silhouette qu’elle dévoile. Moira sursaute brutalement et tout son corps se raidit à l’instant où elle le reconnaît. Elle n’a que le temps de souffler :
- … Welsh ?
Son épaule la repousse sans qu’elle ne puisse esquiver. Welsh pénètre dans la maison, referme la porte derrière lui et reste de longues secondes statufié, sa lourde main posée à plat sur le battant, le regard tremblant posé sur elle. Le silence pèse violemment sur eux, lourd à les étouffer, et Moira se contracte, le téléphone maintenu en l’air près d’elle sans qu’elle n’y prête même plus attention. Son souffle se bloque dans sa gorge. Elle met un considérable à trouver la force de balbutier :
- Qu’est-ce que tu fais ici ?
Welsh la regarde. Il la regarde et dans ses yeux, elle sait. Elle sait déjà qu’il s’est perdu.

© ACIDBRAIN
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 289
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Hier à 13:21 par James M. Wilde
​​​


« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James



Sa voix dégage les horizons couverts de sa conscience, jusqu'alors encore assombris de souvenirs qu'il a bien du mal à assumer quand il les sait dictés par ces instincts qu'il a souhaité oublier. Les instincts s'adoucissent aussitôt qu'elle lui parle, la bête enragée par sa frustration s'apaise et choisit de se montrer docile. À la faveur de la nuit qui tombe leurs premiers mots ressemblent à des confidences. Il a élu domicile auprès de la baie vitrée pour voir le vide se noircir, une place qu'il affectionne particulièrement et son sourire renaît alors que l'ombre ne faisait que le lui arracher. Sa boutade tire un rire qui ondule la surface de sa mémoire et il choisit d'enfouir ses fautes de la veille, de toutes les croire aphones quand elles hurlent pourtant leur désarroi.

_ Ne t'en fais pas, tu retrouveras vite l'habitude de nuits courtes et de lendemains brumeux.

Un blanc. Pas suffisamment enfouies visiblement pour qu'elles n'excavent pas déjà ces avenirs qu'il ne peut s'empêcher de lui peindre. Cette projection d'une union qui ne devrait pas être, dont l'idée seule le fait frissonner. Il ne sait plus s'il s'agit de peur, il ne sait plus. La peur est devenue inaccessible depuis que le désir la pourchasse. Il saisit l'offre tel le damné qui entrevoit enfin la lumière, joue à se faire attendre quand c'est lui qui n'a fait que patienter pour qu'elle rappelle enfin.

_ T'es sûre ? Il faut que je me lève pour ça...

Il fait mine de bailler quand il est déjà debout à marcher d'un élan renouvelé en direction du bureau qui accueille son ordinateur. Son coeur bat d'une douce appréhension, il a très difficilement résisté pendant des heures à cette balade numérique qui lui aurait dévoilé les titres couronnant sa conquête, la couronnant d'une défaite affadie par la critique bien trop souvent méprisée pour se voir ainsi choyée par ses cris et ses harmonies. Ou... l'honorant d'un triomphe tout entier. Il clique sur le lien qui apparaît, il n'a plus aucune patience maintenant qu'il devine dans les inflexions de Moira beaucoup trop de cette joie qu'il crève de partager.

Le silence retombe quand il entrevoit les gros titres, et sa gorge se bloque d'une émotion qui émane par vague de toute sa personne. Son souffle accéléré trahit l'oraison céleste de son triomphe devenu entier, il s'apprête à le dévorer, ne se fait guère prier. Et peu à peu, son phrasé devient éloquent, l'envie de profiter de l'instant presque impur tant il est viscéral ploie toute sa contenance quand il précipite les mots :

_ Tu veux que je lise quoi ? Le moment où ils disent que "The 2nd Law est un album comme il y en a peu, qui marque les mémoires à peine les a-t-il gracié de ses sons électriques. Les Wild ont su mourir il y a quelques années, oubliés dans une terre étrangère, dont seulement quelques vicissitudes d'une existence rompue nous parvenaient. Les Wild ont su renaître hier soir. Il y a des renaissances que l'on attend de pied ferme. Il y en a d'autres que l'on craint. La leur n'appartient à aucune de ces catégories. La leur est si intense qu'elle fait l'effet d'un renouveau de notre scène britannique tout entière. La scène en ressort ravagée..." Ou... Ou... Attends, là ! "L'album sort aujourd'hui et nous vous implorons de le découvrir pour vous voir tout comme nous transportés dans le monde que seul James Wilde sait peindre aux côtés de ses deux acolytes de toujours." Ah ! Ça c'est bien vrai. Putain... Putain !

Son souffle est si court à présent, il vient de blêmir de ces intensités qui transitent entre eux, il peste presque de ne pas pouvoir la saisir entre ses bras, alors qu'il étreint le téléphone à défaut, entre ses doigts tremblants. Il ne parvient qu'à dire, nerveux, quasiment bouleversé :

_ On a réussi... Oui. On a réussi.

Elle. Eux. Lui. Il se sent transporté par une sorte d'extase qui le caresse de plaisirs auxquels il n'avait plus depuis bien trop longtemps goûté. Il a l'impression d'avoir perdu quinze ans soudainement, de se retrouver emporté par cette frénésie des jeunes années, où le succès venait de l'envoler vers les firmaments qu'il ne cesse de vouloir habiter. Il entend à peine ce qu'elle dit, n'émet qu'un son pour confirmer qu'il la laisse vaquer jusqu'à la porte. Il ne note pas l'heure, il ne note pas le silence horrifié qui vient de broyer leur bonheur, élu bien trop vite pour se voir consacré. Il ne note que le prénom, qui dissone comme un crissement malfaisant. Sa respiration se bloque.

Sonon monde bascule. Bascule. La chute est invincible. Brutale. Arraché au triomphe, il se sent projeté sur la terre viciée de ses enfers et la découvre avec horreur à ses côtés. Tous les sons extérieurs se taisent. Il n'y a que sa voix à elle versée dans le secret de son oreille. Les mots de l'agneau qui s'est oublié à coucher auprès des loups. Moira... Moira... Sa main se contracte nerveusement autour de son smartphone et il parvient à articuler :

​​_ Je vais te rejoindre. Tu m'entends Moira ? Je serai là, je te l'ai dit. Je te l'ai dit.

Le ton sépulcral de la phrase tonne sous son crâne qui ploie dans la douleur, une voix posée dans un calme apparent pour toute parade au drame qui s'amorce quand il se maudit d'être ici, enfermé, impuissant, inutile. Dans un souffle saccadé par la peur il se force à raccrocher. Il tremble de tout son corps, un tremblement diffus qui s'est invité sur les dernières syllabes qu'il a murmurées dans le téléphone. Son esprit divague, voyage jusqu'à des scénarios qui l'affolent et l'atteignent, l'adrénaline broie ses entrailles, il a une sorte de haut le cœur et sa gorge se serre. Les clefs. Il oublie sa veste. Puis il court. Il court. Il crève d'angoisse dans l'ascenseur où le miroir glacé lui renvoie son image déformée par la colère qui commence à remplacer tous les autres sentiments pour qu'il puisse tenir. Tenir et la rejoindre. Comme il le lui a promis. Il bouscule Phil, il n'a pas le temps de s'excuser, le rêve éveillé le porte sur le parking en de grandes enjambées. Quand la moto rugit, la roue arrière dérape de la vitesse qu'il lui inflige encore cantonné aux emplacements réservés au Viper qui défilent en des couleurs trop vives, qui l'éblouissent au rythme de son cœur qui bat bien trop vite. Le trajet ne lui a jamais paru si compliqué à appréhender, dans sa tête, chaque rue est analysée pour savoir laquelle emprunter, qu'importe la signalisation pour parvenir plus rapidement jusqu'à elle. Il slalome, double à une vitesse déraisonnable, s'engouffre dans des ruelles piétonnes pour éviter la circulation qui se densifie peu à peu sur l'avenue. Il ne laissera personne le retenir. Il ne laissera personne l'empêcher d'honorer ce serment gravé au fer rouge sur sa peau qui le brûle de ne pouvoir la glisser entre Moira et l'autre ordure qui s'est présentée sur son seuil. L'air ravage son visage et ses pensées, elles s'envolent de plus en plus sombres, et il accélère, il accélère encore, toujours. Pourquoi est-ce si long ? Pourquoi ? Des gens invectivent le chauffard, il les entend à peine. Il y a des hurlements dans ses esprits écoeurés, une déraison infâme qui lui crie que rien de tout cela ne serait arrivé s'il avait été là. Là, auprès d'elle, dans cette maison qu'il n'aurait jamais dû quitter. Il aurait dû rester. Affirmer la possession malsaine et envahir son quotidien quitte à le dévoyer. Quitte à oublier Isolde, la gamine, ses devoirs et sa prison salutaire. Tout cela... Tout cela ne signifie rien sans elle, rien. La pensée éclate dans sa tête, les verrous difficilement posés et maintenus menacent de céder. Sa couardise abrutit son cœur, entrave sa respiration, il ne sait plus quoi faire ou quoi tenter. Ses mains se contractent autour de l'accélérateur. Il n'a jamais franchi de telles limites et il sent le poids de la Blackbird vouloir le dominer. Il lutte avec acharnement, un virage manque de la coucher mais il rééquilibre le bolide au dernier instant. Il reconnait son quartier... Il aurait dû être là. Il aurait dû assumer. Il coupe le contact et prend à peine le temps de caler la moto en travers du trottoir qu'il remonte déjà l'allée. Ses regards alarmés distordent l'espace, la porte paraît lointaine, implacablement close. Son souffle s'accélère. Il est à peine surpris de la trouver fermée, et son monde vire au noir, il sent la folie venir lécher ses veines et les enflammer : ce que cela implique lui est insoutenable, inconcevable quand toutefois son pessimisme a murmuré les dangers et les horreurs que cette porte pourrait dissimuler. La main blême autour de la clenche, il ne prend pas la peine de secouer le battant. Inutile. Jamais il ne parviendra à le défoncer. Il maudit sa condition. Il aurait dû être ici. Il aurait dû la clamer avant l'autre et s'imposer. Il aurait dû. Car elle voulait qu'il reste. Elle le voulait. Alors qu'il contourne la maison par la pelouse en se précipitant, il se souvient de leur dernier baiser. La culpabilité sur les lèvres qui frissonnent. Que ça ne soit pas trop tard. Trop tard. Par pitié. Tout. Je donnerai tout pour la revoir telle que je l'ai laissée. Tout. Par pitié. Pas comme ça. Pas quand je lui ai promis d'être là. La baie vitrée... La seule solution qui s'impose quand il croit devenir fou de ne pas savoir ce qu'il peut bien être en train de lui faire subir. Un pas de plus, un pas de plus. Un pas de plus... Et il saura.
Revenir en haut Aller en bas
Undisclosed desires _ James & Moira
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
» Entrer dans la danse [U.Desires]
» Undisclosed Desires
» Navid ϟ I want to satisfy the undisclosed desires in your heart
» Undisclosed desires (Alta)
» MARCUS ♦ undisclosed desires.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
London Calling. :: Zone 1-2-3 :: North London :: Camden Town-