Bienvenue sur le forum.
Nous vous souhaitons une agréable visite sur London Calling.
Version #24 & nouveautés.
LC vient d'enfiler sa 24ième version, dont vous pouvez découvrir les nouveautés par ici.
Changement !
Du changement a été mit en place au niveau des règles. Rendez-vous par ici pour en prendre connaissance.
The Thames Bridges Trek !
Enfilez vos chaussures, vous êtes attendus pour The Thames Bridges Trek, qui se déroule par .
Trouver des amis.
Rendez-vous par ici pour trouver vos liens manquants.
Encourager le forum en votant.
Aidez-nous à faire connaître London Calling en votant sur le top-site, merci. Plus d'infos.



Partagez|

Undisclosed desires _ James & Moira

avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 17/10/2016
» Messages : 146
» Avatar : Gwyneth Paltrow
» Âge : 44 ans
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Lun 21 Aoû - 11:10 par Moira A. Oaks





Un instant, elle s’est sentie tout perdre. Un instant, elle s’est sentie tomber et jamais le gouffre ne lui a paru si profond. Elle a senti la chute. Elle a senti la froideur d’une cellule sans plus aucun barreau à scier. Elle s’est trouvée sans appui, livrée à ce vide qu’elle ne fait que voir à trop vouloir s’en détourner. Un instant, elle s’est vue perdre James après avoir perdu Sebastian et jamais la peur n’avait si violemment étreint son cœur.

Elle le tient entre ses doigts, refuse de le libérer de sa prise alors qu’elle le sent se débattre avec ses instincts les plus virulents. Le laisser sombrer lui est impossible, pas quand elle n’a plus que lui sur qui reposer, pas quand elle sait qu’il serait incapable d’en revenir. Elle lui impose la chaleur de ses mains, l’empêche de se détourner alors même que ses propres craintes viennent noyer le bleu de ses yeux. Et quand enfin il se fige, c’est tout son monde qui tremble avec lui.

Elle le sent dans son souffle. Elle le voit dans ses yeux. Elle sent la cassure qui fait ployer la bête, la folie balbutier une seconde de trop. Moira le regarde, ne se dérobe pas devant cette main qui s’élève avec une lenteur telle qu’elle ne sait plus qui du temps ou de James en ralentit la course. Ses yeux dans les siens, ses doigts traçant toujours les mêmes douceurs sur ses pommettes, elle le voit. Elle le voit. Et malgré ce contact qu’il leur refuse, elle sait qu’il lui est revenu. Son cœur se perd dans des battements lourds, écrasé sous le soulagement qui l’étreint quand l’horreur déforme tout autour d’elle. James lui échappe, elle le laisse s’éloigner, n’entrave plus rien, opprimée par des pensées qui vrillent ses esprits pour la laisser amorphe, les yeux perdus sur le rouge opaque qui macule le plancher. Elle ne parvient pas à regarder le visage de Welsh. Tout son corps se sclérose, retrouve la paralysie à peine refoulée. Le silence pèse sur ses épaules nues qui frissonnent sans qu’elle ne puisse rien contrôler. L’odeur du sang. Le rouge tout autour d’elle. Le rouge partout.

Quelques mots filtrent entre les lèvres de James. Elle met de longues secondes à en saisir la teneur, perdue sur des rivages pourpres dont elle ne sait plus comment revenir. Ses prunelles se figent sur une des mains de Welsh. Son cœur se soulève. Je suis là, entend-elle. Ses doigts se referment sur le tissu de sa robe, serrent à s’en faire mal. Elle sait. Elle sait qu’il est venu pour elle. Elle sait qu’elle n’a cessé de prier pour qu’il vienne, mais qu’elle a failli le perdre lui aussi. Et alors que sa voix tremble à côté d’elle, Moira ne sait pas s’il est entièrement là comme il le prétend. La culpabilité l’étreint avec une violence monstrueuse et un goût ignoble lui envahit la bouche. Elle respire pour combattre la nausée qui la prend. Les images l’assaillent, toutes plus abominables les unes que les autres. James est avec elle mais sa voix est désincarnée. Elle ne sait plus si elle peut le croire. Elle ne sait plus à quoi se fier. Il dit qu’il revient, mais c’est elle qui se perd.

Le souffle de James s’ébranle alors qu’il formule à demi-mots la question qu’il ne peut réfréner. Le visage de Moira s’abaisse, grimace de ce qu’elle doit se forcer à invoquer. Chaque geste de Welsh semble se redessiner sur sa peau qui se hérisse des sensations honnies. Elle fait non de la tête, sans même savoir si elle parvient à prononcer le mot que miment ses lèvres. Elle se force à respirer. Ses yeux passent lentement sur Sebastian toujours inerte devant elle, fixent sa poitrine jusqu’à s’assurer qu’elle se soulève toujours. Il est vivant. Mais dans quel état ?

Moira manque de sursauter quand James lui fait enfin se rappeler sa blessure et elle passe une main tremblante sur son bras pour effacer le sang et remonter jusqu’à sa coupure.
- Ce n’est rien, c’est juste…
Son timbre la trahit encore. L’entaille est profonde. Elle le sent sous la pulpe de ses doigts qui réveillent la douleur restée muette à cause du déchaînement qui s’est abattu sur elle. Ses dents se serrent. Elle fuit la conversation, trouve enfin la force de se lever pour échapper au regard du musicien. Mais elle se tétanise brutalement quand elle ne peut empêcher ses yeux de venir croiser les siens. Son monde se dérobe sous ses pieds. Elle ne parvient plus à cacher sa peur. Les mots lui échappent sans qu’elle ne parvienne à les retenir.
- Mon dieu, tes mains…
Elle fait à la hâte les quelques pas qui les séparent pour s’agenouiller face à lui et s’emparer de ses paumes pour le forcer à lui montrer ses jointures. Ses phalanges sont méconnaissables, écorchées, tuméfiées, et la terreur s’empare de son ventre quand les pires scénarios se bousculent dans sa tête. Pas ses mains… Pas lui. Il faut qu’il puisse jouer. Par pitié, qu’il ne se soit rien cassé. Qu’elle ne l’ait pas privé de cela. Qu’elle ne lui ait pas enlevé la musique. Il n’y survivrait pas. Il n’y survivrait pas… Ses doigts se contractent sur sa peau sans qu’elle n’en ait même conscience, et elle se lève brusquement en lui lançant d’une voix paniquée :
- Reste là. Ne bouge pas.
Elle s’appuie sur le canapé en le contournant et se dirige d’un pas fébrile jusqu’à la cuisine où elle s’empare précipitamment de son téléphone fixe pour prévenir les secours. Elle lutte de longues secondes contre les spasmes qui l’assaillent pour composer le numéro, échappe un grognement étranglé qui s’évanouit dans l’air devenu étouffant. Elle tombe enfin sur le standard. La placidité du médecin la révolte à l’intérieur. Elle tente de ravaler sa hargne mais ses phrases sont confuses. Elle doit s’y reprendre à plusieurs fois pour expliquer clairement l’urgence, ne parle que deux blessés graves, s’oubliant totalement dans le décompte. Sa voix se précipite. Son cœur est affolé et elle doit faire un effort surhumain pour se calmer quand l’urgentiste tente de la rassurer au téléphone. Il lui demande son adresse. Le timbre de Moira est éteint, répond faiblement alors qu’elle glisse ses doigts sur ses tempes en respirant profondément. Elle ne laisse son interlocuteur couper la conversation qu’après l’avoir supplié encore une fois de faire au plus vite et la tonalité résonne de longues secondes dans le combiné sans qu’elle ne raccroche, comme si elle ne pouvait se résoudre à lâcher sa prise et libérer le dernier espoir auquel elle se remet complètement. Ses doigts redéposent finalement le téléphone avec une lenteur maladive. Moira reste en suspens un temps infini, les yeux perdus sur les contours de l’appareil, les battements de son cœur cognant dans ses tympans. Pendant un temps, on pourrait croire qu’elle s'accroche. On pourrait croire qu’elle ne tient bon. Jusqu’à ce que sa main se porte à ses lèvres pour dissimuler le premier sanglot qui vient la secouer. Les larmes tant refoulées dévalent sur ses joues, s’écrasent sur ses doigts qui tressautent de façon incontrôlable. Elle lutte pour que James ne l’entende pas, un dernier réflexe pour le préserver alors qu’elle n’a pas su lui cacher son effroi quand lui-même doit nourrir les plus grandes peurs à voir ses mains ainsi ravagées. La culpabilité l'étrangle. Son impuissance la paralyse. Elle ne sait plus quoi faire. La cuisine dissimule Moira une longue minute avant qu’elle ne se force à respirer, ravale ses pleurs qu’elle essuie du bout de ses doigts pour se diriger d’un pas rapide jusqu’au congélateur d’où elle sort deux pleines poignées de glaçons qu’elle enveloppe dans un torchon avant de ressortir. Elle ne croise pas le regard de James, refuse de prendre le risque qu’il la lise quand il a déjà tant de raisons de s’inquiéter. Elle revient s’agenouiller face à lui, prend délicatement ses mains qu’elle lui fait poser à plat avant de les recouvrir de glace.
- Tiens, garde ça… murmure-t-elle d’une voix brisée malgré tous ses efforts pour masquer les défaillances de son timbre.
Une main maintenant les glaçons, l’autre caressant distraitement sa paume de l’autre côté, elle ne le regarde pas. Elle n’y arrive pas. La honte est trop prégnante. La peur trop vivace. Et alors qu’elle ne fait que prier pour que ses os soient toujours intacts, elle se détourne entièrement de Welsh, incapable de le confronter même dans son état, terrifiée à l’idée de voir son visage. Elle ne veut pas le graver dans sa mémoire. Elle lui refuse ce pouvoir, l’horreur qu’elle en tirerait et qui imprègnerait ses chairs comme toutes celles qu'il lui a déjà imposées. Sebastian n’est plus ici. Il est mort à l’instant où il a pénétré sa maison. Ne reste que le monstre qu’il est devenu. Et l'ombre de celui qui l’a terrassé.

© ACIDBRAIN
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 297
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mar 22 Aoû - 22:31 par James M. Wilde
​​​


« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




L'ombre... L'ombre est partout, trop proche, avide de le happer tandis qu'elle se reflète dans ses regards pour les rendre mutiques. Prunelles éteintes par les battements saccadés d'un coeur qui ne sait plus comment vivre ses actes. Où qu'elles se posent, le sang est là. Par terre, sur l'ennemi vaincu qu'il hait, sur la peau navrée de la belle qu'il désire, sur ses mains. Ses mains... Il tremble de concevoir ce qu'il ne comprend pas encore. Il tremble de la tragédie mise en place par les acteurs déchus qui sclérosent la scène de leurs exactions. Il tremble. Il tremble de ce qu'elle a su voir, de ce qu'elle ne pourra jamais oublier. Il tremble de ce qu'il sait et qu'il ne pourra jamais pardonner. Il tremble. Et tremble encore. Les pensées se bousculent et brassent l'air devenu irrespirable, presque opaque tant il lui semble impossible de le dissiper d'un seul mot pour le rendre moins lourd. Il ne sait plus comment parler alors il se tait, comme autrefois, fuit le contact pour se montrer esseulé à la lisière du territoire de ses crimes. Que peut-elle bien penser ? Que peut-elle bien penser si ce n'est qu'ils seront à jamais séparés par l'horreur qu'il a su dessiner sous ses yeux impuissants ? Mais elle est là... Elle est toujours là... Il ne regrette pas, l'amertume est plus intense car elle ne s'adoucit d'aucun remords. S'il le devait, il frapperait encore jusqu'à tuer pour elle. Pour elle. À cause d'elle murmure la bête qui ronge le peu de chair dont elle ne saurait se sustenter. Elle est là, tapie dans les ombres qui les entourent et attend son heure qu'elle a sentie trop proche pour reculer. Chaque muscle lui paraît douloureux car il y a en eux les sursauts de cette seconde nature qui hurle de ne pas être la première. La question se suspend, comme pour mieux l'entraver et ses yeux ne peuvent s'empêcher de revenir s'abreuver au portrait de femme déchue qu'elle offre et qu'une partie de lui se révulse d'aimer. D'aimer à en crever. Car les êtres les plus navrés par le sort sont les plus indécents dans leur beauté. L'avidité dévore son visage quand il se surprend à goûter avec une minutie outrageante chacun de ses traits abaissés dans la honte. La bête se plaît à découvrir que sa proie est intacte, quelque chose en James se dénoue pour le laisser abandonné à une sensation détestable qui lui fait aussitôt détourner la tête. Elle est à lui. Elle n'est qu'à lui seul. Ensanglantée mais toujours sienne. Souffrante mais toujours à malmener. Ses instincts perturbés le dégoûtent et il frémit de se savoir au bord de les exprimer. Les mots deviennent des parjures dans ses esprits qu'il tait pour les conserver au secret.

La voix de Moira tremble elle aussi. Leur monde est devenu déliquescent, il leur échappe et se déforme au rythme de leurs peurs qui se nouent pour les étrangler dans des paroles vides et des silences insupportables. Il aimerait la rejoindre pour lui assurer que l'écroulement n'ensevelira pas leurs âmes mais il n'est pas certain de posséder encore la sienne. Puis la réalité le plonge dans l'angoisse quand les phrases rendent leur sens à ses songes qui deviennent d'infâmes réalités. Le pourpre de son sang rappelle les plaies injurieuses qu'il porte comme autant de preuves de ses travers et les tremblements deviennent les frissons d'une douleur bien réelle. Ses prunelles tombent sur les écorchures et les chairs déformées et sa déglutition s'étrangle devant le spectacle de la punition qu'il a toujours appelée tout en sachant qu'il ne pourrait guère la supporter. Il bégaye des automatismes qui souhaitent s'improviser certitudes :
_ Non. Non. C'est déjà arrivé. Elles ne sont pas brisées. Elles ne sont pas... Pas...
Il cherche à lui arracher les preuves qu'il croit déjà détourer. Le contact devient brûlure quand elle expose les causes de la torpeur qui les accable. À l'intérieur il tombe tout à fait, vaincu par l'angoisse, enclavé par la terreur de l'enfermement qu'il ressent jusqu'au bout de ses doigts. Que reste-t-il de lui s'il ne peut plus jouer... Que restera-t-il d'eux s'il ne peut plus lui prouver que le monstre se substitue à l'artiste pour le révéler dans l'infini des créations auxquelles ils s'abreuvent tous les deux ? Que verra-t-elle quand plus rien n'aura de sens, qu'il sera incapable de le graver dans le creux de ses paumes pour le voir rejaillir dans l'écrin de ses regards enflammés ? Que pourra-t-il lui offrir ? Rien... Rien... L'ombre seule demeure quand il croit frôler les folies de jadis à se sauver dans les recoins de son esprit malade :
_ Je n'ai pas... Pourquoi... Pourquoi... Ça recommence. Je ne veux pas y retourner... Retourner là-bas.
Il se perd tout à fait au moment où elle disparait et le monde difforme qui le soutenait encore s'écroule sans qu'elle ne soit là pour le porter. Le décor vacille dévoilant la solitude d'une fatalité qu'il croit avoir provoquée. Quand ? Où ? Il ne sait plus, il ne sait plus. Les murmures arrachent les mots qui se tarissent sur ses lèvres glacées, les images se peignent sous ses regards absents. Moira n'est plus dans ses iris, les champs de ses cauchemars se rétrécissent. Le monstre souffre à son tour, se love contre son coeur qui palpite pour tenter de le ressusciter. Tu ne peux pas... Tu ne peux pas abandonner... Ne laisse pas l'horreur te rattraper quand c'est toi qui doit en devenir le maître. Il mord la bride pour mieux la lui rappeler, redessine les contours pour qu'il ne se sente plus tomber. Je suis là... Je suis là avec toi. Je suis là. Cesse de lutter. Et pour la première fois, James lui laisse la place, rencogne la dureté de ses actes, ravale la saveur honnie de ses fautes pour la savourer jusqu'à la vomir. Il préfère assumer le froid plutôt que de le subir. Il oublie ses mains et la création qui y git pour ne se rappeler que de la destruction qu'il a dessinée. Il se force à regarder la pâleur moribonde de Welsh et son crâne défoncé, se repaît d'un tableau impie qui le détourne de l'esquisse du purgatoire. Il est déjà en Enfer. Il y est depuis si longtemps... Il respire de nouveau, calmant les palpitations saccadées d'un coeur qu'il ignore pour ne plus y laisser éclore la douleur. Elle souffre plus que toi. Elle souffre car elle a découvert un monstre aujourd'hui... Pour s'apercevoir qu'il était déjà là, caché, tapi à l'intérieur de celui qu'elle considère comme un allié. Elle souffre, elle est blessée, tu n'as pas le droit de ployer quand elle dérive déjà. Jusqu'à quels rivages d'ailleurs ? Elle est trop longue... Elle est trop longue... Elle devrait revenir tu ne crois pas ? Pourquoi n'est-elle plus là ? La bête insinue des doutes pour protéger l'homme qui se meurt à l'intérieur de la carcasse qu'elle manipule à loisir. Plus aucun bruit dans la maison si ce n'est sa respiration dans ses tempes et les morsures d'une suspicion qui ressent l'absence comme un abandon. Qu'est-ce que tu crois, qu'elle va revenir pour toi ? Perversion à deux visages, l'un embrasse, l'autre mord. Les pensées le blessent plus encore, cherchent la colère pour le maintenir à la surface. Mais tout est trop neuf, trop fragile pour assurer la survie d'une créature qui n'est plus qu'un hybride malformé. Ni homme, ni bête. Un être en oscillation sur le fil de la folie furieuse pour ne pas disparaître dans l'ombre qu'il nourrit à ne plus savoir de quel côté chuter. Où es-tu ? Où es-tu ? Que fait-elle ? Qu'est-ce qu'elle fait ? Ses instincts lui indiquent son retour et quand les yeux de James la considèrent, ils sont deux créatures à la regarder. L'une la contemple comme la flamme qui saura l'arracher à ses ténèbres, l'autre l'accuse de les trahir avec des feux trompeurs. Elle ne le regarde pas. Elle ne te regarde pas ! Les pensées galopent et s'engouffrent dans les évasions détestables qui lui permettent de ne pas tourner la carte pour se mettre à hurler. Il se laisse volontiers manipuler, pantin sans conscience déjà offert au démon qui le dévore quand les accents de sa voix trahissent une peine qui l'endolorit profondément quand il ne peut plus la boire dans la splendeur de ses regards. Elle ne peut pas la lui dérober. Elle ne peut pas. Elle n'en a plus le droit ! Les fammes de la glace mordent ses chairs blessées mais il tend bientôt sa main, la désentrave pour saisir son visage, la toucher enfin, une animalité si brutale dans la douleur qui empèse leurs postures qu'elle brise la course de son souffle. Il la voit. Il la voit enfin. Et ils sont deux à murmurer, cette raison presque impie qui les fait se mouvoir et donnent à leur cadavre ambulant un sursaut dans la souffrance de la survie qui les condamne. Sa voix n'est pas totalement la sienne, bien qu'elle soit douce quand sa main est trop dure sur le menton de Moira :
_ Jamais... Jamais je ne laisserai quelqu'un te toucher. Jamais. Jamais.

Psalmodies d'un fou qui puise dans la douleur qu'elle oppose toutes les vérités qui les frôlent quand il est incapable de se cacher. Les vérités se scellent quand il se met à distraitement répondre à sa caresse, furetant contre sa paume du bout de ses doigts blessés. En cette soirée qui les fait tous deux basculer, la possessivité du monstre s'imprime contre la peau de son visage avec les atours d'une menace quand les sentiments de James se versent contre sa main avec la délicatesse de ses serments renouvelés. Elle est là. Elle est là. Ils sont deux à le dire, deux à y croire. Et consentent à ployer pour cesser de martyriser un corps déjà trop tuméfié. Le silence retombe avec le poids d'un carcan qu'ils sont pourtant deux à porter, James place ses mains sous la glace avec docilité et recouvre une voix qu'elle connaît bien qu'elle soit prête à s'étioler :
_ Ça va aller.
Pour elle. Pour lui. Ses sourcils se froncent de la souffrance qui pulse dans ses mains avant de se froncer plus encore quand il comprend que l'extérieur menace à grand renfort de sirènes et de voix alarmées. Il se lève avec un automatisme confondant, assemblant son masque brisé à la hâte pour faire illusion. Il ne peut les subir alors qu'il est à terre... S'il peine à supporter toute forme d'autorité invitée dans son existence, celle du corps médical lui est la plus pénible pour l'avoir subie dans son intimité. Toute sa posture change. Il se scinde de Moira pour ne pas l'accabler davantage quand il ne peut que lui offrir un visage des plus froids dont il use pour se protéger. Tout le monde parle vite, tout le monde parle trop. Deux médecins lui sont attitrés et il ne cède à leurs injonctions qu'en voyant que c'est elle qui se paralyse de peur à considérer ses blessures quand elle néglige celles qu'elle porte. La colère reparaît un instant sur ses traits, il la toise avec cet air accusateur qui sait ne pas pouvoir batailler sur un terrain déjà conquis par d'autres envahisseurs en blouse blanche. Si son arcade se voit bientôt strapée dans des gestes experts, le diagnostic sur ses mains est plus lent à paraître. Une lenteur qu'il ne parvient pas à supporter quand il se sent dépossédé. D'elle. De lui-même. Ils se trouvent séparés, renvoyés à des horizons trop lointains. Quand il regarde par dessus son épaule, il ne l'aperçoit plus.
_ Est-ce que vous avez soigné son bras ?
« Cessez de bouger, monsieur Wilde. »
Il se tord le cou à vouloir la regarder. Fait voler l'un des cotons qui cherchent à nettoyer ses articulations quand il a la certitude que cette conne ne veut que mieux le torturer.
_ Je vous ai posé une question !
Aboie-t-il, la rage réapparaissant dans sa voix pour la porter dans le salon tout entier. Elle semble se tasser sur elle-même avant d'employer cette voix doucereuse que l'on sert aux simples d'esprit :
« Mes collègues s'occupent de madame Oaks. Je vous assure. Laissez-moi regarder de nouveau votre main gauche s'il vous plaît. »
La glace a su réduire les gonflements et il lui arrache son trophée quand elle a le malheur de le brûler de nouveau avec son désinfectant satanique. Il grogne :
_ Mais foutez-moi la paix. C'est bon, rien n'est cassé bordel !
Il agite chaque doigt de sa main devant son nez, mouvement qui lui fait souffrir le martyr mais qui en effet prouve qu'aucun os n'est brisé. Quelque chose en lui se tranquillise à cette idée que l'infirmière confirme du bout des lèvres, agacée :
« Arrêtez de la bouger bon sang ! Vous allez faire sauter le point. »
Quelques minutes plus tard elle a gagné une manche sans le départir de son honneur blessé, il fait les cent pas sur la terrasse derrière la bâche installée à la hâte par les pompiers. Il les entend murmurer quant à Sebastian sans que son coeur ne rate toutefois un seul battement. État critique. Il entend mais ne conçoit rien, occupé par la colère qu'il peine à maintenir enfermée en lui. Ses doigts manipulent gauchement une clope qu'il manque de faire tomber, pestant dans la solitude qu'il a aménagée pour pouvoir se calmer, tout en s'assurant que ces enculés s'occupaient bien de Moira et non pas du mort. Il l'appelle ainsi dans sa tête. Le mort. Comme une fausse vérité, interdisant les pensées qui cherchent à le submerger maintenant qu'il est seul. Il ne parvient pas à remettre sa bestialité en cage, elle est là, au bout de ses doigts qui ont encore envie de déchirer l'éther pour mieux l'agonir de ne pas savoir l'emporter. Il ne souhaite que s'assurer qu'elle va bien, qu'elle est sauve pour mieux disparaitre et aller soigner ce que l'infirmière a bien été incapable d'apaiser. La honte d'être apparu tel qu'il est devant celle qui semble la seule pourtant capable de l'accepter. Une interrogation demeure enfiévrée sous sa peau... Pourquoi a-t-elle souhaité le ramener sans une once de dégout ? Pourquoi a-t-elle subi le regard du monstre sans presque vaciller ? La peur qu'elle soit telle qu'il l'a rêvée. La peur que la réalité rejoigne ses chimères pour toutes les délivrer quand il est bien incapable de les museler.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 17/10/2016
» Messages : 146
» Avatar : Gwyneth Paltrow
» Âge : 44 ans
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mer 23 Aoû - 22:18 par Moira A. Oaks





Ses mains sur les siennes, le froid mordant sa peau blanche, Moira réentend ses plaintes, se les répète toujours sans oser une fois lever les yeux vers lui. Elle lutte pour retenir les tremblements de son souffle, maquiller la tension qui transparaît déjà dans toute sa posture. Elle ne veut pas l’effrayer, pas quand elle le sent déjà au bord du gouffre. Mais ses mots tournent dans sa tête, tournent jusqu’à l’abrutir. Je ne veux pas y retourner… Retourner là-bas. Où ? Où te perds-tu ? Il ne peut pas s’y égarer seul. Il ne peut pas. Il ne reviendrait pas… Moira appuie inconsciemment sa prise sur ses paumes, terrorisée à sentir la perdition si proche de les avaler tous les deux. Elle voudrait le regarder. Elle voudrait lui dire tout ce qu’il attend certainement, tout ce qu’elle lui doit quand il subit tous les feux pour l’en avoir tirée. Mais la peur l’enferme là où elle ne peut l’atteindre, paralyse ses caresses sur sa peau tuméfiée. La déraison revient sur le territoire à peine déserté de sa terreur, et elle manque cette fois de s’y abandonner tout à fait quand elle se voit brutalement tirée de ses dérives par la main de James qu’elle sent lui échapper. Ses yeux alarmés plongent dans ceux du musicien alors qu’il vient chercher son visage d’une main trop ferme. Son corps entier se contracte, réflexe incontrôlable d’un libre arbitre déjà trop bafoué, pourtant elle ne le repousse pas, s’accroche à son regard quand tout se dérobe sous ses pieds. Elle se fige, puis se fissure. La douceur du timbre de James cingle son esprit, les mots râclent l’intérieur de son crâne pour se graver dans sa tête. Jamais je ne laisserai quelqu’un te toucher… Te toucher. Te toucher. Son cœur s’ébranle. Elle le regarde toujours, mais elle ne sait plus qui se tient devant elle. La possessivité envahit les iris de James, brûle sous ses phalanges qui encadrent son visage. Ses avidités… Elles sont là. Elle les sent. Elles la dévorent. Jamais Moira ne les a vues si proches. Et jamais elle n’en a eu si peur. Elle demeure immobile, acculée sous son regard, incapable de se dérober quand ses craintes s’unissent à des envies qu’elle voudrait vomir et qu’elle nourrit pourtant chaque fois qu’il pose les yeux sur elle. Ses impressions se déchirent. Son monde entier se brouille. Ne restent que les reflets bleus qu’elle reconnaît dans ses prunelles, et la chaleur de sa voix qui lutte pour atteindre ses mains qui continuent de trembler. Moira ne sait plus ce qu’elle peut croire, elle ne sait plus ce qu’elle devrait dire. Les émotions sont trop vives, extrêmes, contradictoires. Elles suintent des entailles infligées par Welsh, noient sa raison qui a perdu depuis longtemps toute capacité à s’exprimer. Les doigts de James glissent sur sa peau. Elle ferme douloureusement les paupières alors qu’il poursuit ses appels contre sa paume. Ça va aller, dit-il… Ça va aller…
- Promets-le moi.
Moira affermit sa prise sur ses mains, la honte revenant enserrer son cœur, les mots à peine prononcés. Elle ne relève pas les yeux. Elle lui demande trop. Elle lui a déjà trop demandé. Mais tout s’ébranle autour d’elle. A l’intérieur. Et alors qu’elle ne sait plus à quoi se raccrocher, il est tout ce qui la retient encore de totalement sombrer.

Elle sent soudain James se tendre sous ses mains et son visage se redresse brutalement pour se tourner vers l’entrée de sa maison. Les sirènes retentissent enfin un peu plus haut dans la rue, et leurs sons tapageurs font naître chez la productrice autant de soulagement que d’angoisse alors que le calme illusoire dans lequel ils s’étaient retranchés se voit arraché par la réalité qui vient violemment se heurter à la lisière de leur monde. James se lève trop vite, Moira peine à accompagner son geste, trahie par ses jambes qui refusent encore d’effectuer sans faillir même les actions les plus simples. Elle abandonne la glace à moitié fondue sur le plancher. Mais alors qu’il se fige, séparé d’elle, la productrice s’avance d’un pas maladroit jusqu’à la porte d’entrée, glissant seulement une main sur le bras de James avant de le dépasser. Ses doigts viennent frôler avec lenteur le métal froid du verrou. Elle grimace en sentant un frisson naître le long de sa colonne au souvenir de celui qui l’a fermé la dernière fois et elle se force à refouler la sensation qu'elle sent l’envahir en tournant fermement le mécanisme pour ouvrir aux secouristes qui viennent de se garer devant chez elle. Le temps si longtemps ralenti semble brutalement vouloir rattraper son retard, et Moira se retrouve happée par la déferlante qui s’abat sur son pallier. Un premier médecin se présente. Il ne peut retenir l’expression troublée de son visage au moment où il la découvre, la peau si blanche qu’elle laisse ressortir plus encore les ecchymoses qui marquent son cou, le regard agité, le sang partiellement essuyé sur son bras… Il reste figé une seconde à peine avant de reprendre contenance, mais Moira coupe court à ses questionnements avant même qu’il n’ouvre la bouche. Sa voix paniquée supplie les médecins d’aller s’occuper de James et Sebastian alors qu’elle montre d’un geste la direction du salon. Les deux premiers avancent dans la pièce quand un troisième reste près de la productrice dont le choc évident les inquiète pour le moment plus que son état de santé. Mais l’urgence se matérialise rapidement quand l’un des secouristes lance précipitamment à ses comparses, une main déjà posée sur la carotide de Welsh :
- Le pouls est faible. J’ai besoin de monde ici.
Il ne remarque pas James retranché près du piano. Il faut l’arrivée du reste de l’équipe pour que l’une des urgentistes remarque sa présence, tout à fait en retrait, et pose les yeux sur ses mains méconnaissables. Deux infirmières entrent à leur tour, chargées de matériel médical, et se pressent pour s’agenouiller à la hauteur de Sebastian quand le reste de l’équipe prend le temps d’observer l’ensemble de la situation, la vie des deux autres ne semblant pas en danger. Les dégâts dans le salon, les blessures de Moira, les mains du rockeur, la ceinture débouclée de l’homme inerte sur le plancher… Le scénario se dessine progressivement dans leurs esprits et un regard leur suffit à reconsidérer l’état de la femme qui leur a ouvert. Ils l’entendent lancer depuis l’entrée alors qu'elle repasse la porte vitrée pour chercher James du regard :
- Ses mains. Regardez ses mains, je vous en supplie…
Le médecin resté près d’elle s'interpose pour l’empêcher d’avancer.
- Madame, attendez…
- Il est pianiste !
Sa voix déraille et les larmes reparaissent au coin de ses yeux maintenant que la présence des médecins ne la force plus à tout contenir au fond d’elle. Les secouristes échangent un regard avant d’acquiescer chacun de leur côté et de faire en sorte de les séparer sans heurts, l’une d’entre eux emmenant James jusqu’à la table de la salle à manger pendant qu'un autre installe Moira dans un coin du canapé.
- Vous devez soigner ses mains, je vous en prie. Il faut qu’il puisse jouer. Dites-moi qu’il pourra encore jouer…
- Madame Oaks, calmez-vous. Votre bras...
- Vous n’écoutez pas ce que je vous dis… balbutie-t-elle alors qu’elle s’efforce de trouver James quand il demeure hors de portée.
- Ma collègue s’occupe de votre ami, mais vous avez une vilaine coupure. Laissez-moi regarder, s’il vous plaît…
Elle ferme les yeux en prenant une large inspiration, et sa poitrine s’abaisse en une secousse qu’elle ne parvient pas à contrôler. Tout lui échappe. C’est à peine si elle réalise encore le ballet qui se joue autour d’elle. Et sa voix brisée répète sans cesse les mêmes phrases :
- Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai fait, Seigneur…

Il a fallu de longues minutes au médecin pour qu’il tente une première fois de la toucher et qu’elle se laisse finalement faire sans plus demander à ce que James passe en priorité. C’est à peine si elle a réagi lorsque l’urgentiste à anesthésié son bras autour de la plaie avant de la recoudre. Moira s’est éteinte, laissée amorphe par un trop plein d’informations qu’elle n’a plus voulu encaisser. Tout s’agite autour d’elle. Elle entend mais ne répond rien. Elle a lutté jusqu’au bout pour ne pas se tourner vers Sebastian. C’est tout juste si elle a entendu les échanges des médecins le concernant. Puis Welsh a été transporté jusqu’à l’hôpital le plus proche. Elle se souvient du bruit de la civière. Elle se souvient. Son souffle est étonnamment calme. Son bras ne la lance plus. Elle a compté quinze points. Elle ne fait plus que cela, compter, s’occuper l’esprit de peur de se noyer dans les sifflements rauques qui résonnent dans sa tête, de plus en plus fort alors qu’elle ne peut plus ignorer les regards inquiets que se lancent les médecins autour d’elle. Elle craint leurs murmures. Elle craint le silence qui plane autour d’eux chaque fois qu’ils s’aventurent à la regarder. Et James n’est toujours pas revenu… Où est-il ? Comment va-t-il ? Elle ne veut plus demander aux secouristes. Elle ne leur fait pas confiance. Elle voudrait le voir. Elle voudrait tellement le voir.
- Madame Oaks ?
La voix grave du médecin la fait sursauter. Il vient de s’agenouiller près d’elle comme le font les adultes avant de parler à une enfant.
- J’aimerais que vous veniez avec nous.
Les sourcils de Moira se froncent. Elle laisse échapper une voix d’outre-tombe.
- Où voulez-vous m’emmener ?
- A l’hôpital.
- Je n’en ai pas besoin… Je vais bien.
- Madame Oaks…
- Je vais bien.
- Madame Oaks, s’il-vous-plaît… Faites-moi confiance. Venez avec nous.
- Pourquoi ?
Elle sent l’hésitation du médecin et vient enfin croiser son regard. Elle répète :
- Pourquoi ?
- Nous aimerions faire quelques examens.
Le « nous » des décisions collégiales… Elle lève les yeux vers le reste de l’équipe médicale amassée autour d’elle comme un jury surplombant le banc des accusés. Les battements de son cœur s’accélèrent. Elle murmure, soudain plus ferme :
- Je n’ai besoin de rien. Je veux seulement qu’on me laisse tranquille.
- Ecoutez…
- Où est James ?
- Monsieur Wilde va bien, je vous assure.  
- Je veux le voir.
- Il peut venir avec vous si vous le souhaitez. Mais il faut que vous nous suiviez.
- Je n’ai pas envie de venir.
- Madame, croyez-moi. Cela ne peut pas attendre.…
- Je ne ferai pas vos stupides examens. Laissez-moi.
Elle tourne la tête vers le mur fissuré, espérant clore un débat qu’elle se sait trop faible pour gagner. Mais l’urgentiste se voit soutenu par toute son équipe et après être revenu chercher du courage dans le regard de sa collègue, il revient à la charge, le ton si doux qu’il en devient écœurant.
- Madame Oaks, je comprends ce que vous traversez…
- Vous comprenez ?
Le ton cassant de Moira cingle l’air alors qu’elle revient planter son regard dans le sien, les poings serrés si fort qu’elle s’en blanchit les jointures.
- Vous ne comprenez rien du tout. Vous ne savez pas de quoi vous parlez.
- Vous n’avez rien à craindre. Nous voulons seulement vous aider.
Il se risque à tendre une main vers elle mais Moira retire brusquement son bras. Son regard se fait glacial. Elle voit presque son vis-à-vis trembler.
- Ne me touchez pas !
- Madame Oaks…
- Laissez-moi tranquille.  
- S’il-vous-plaît, écoutez…
- Sortez de chez moi !
Moira bondit du canapé, le regard fou planté tour à tour sur tous ceux qui la dévisagent comme une folle échappée d’un asile. Elle les désigne chacun du doigt, et sa voix claque dans le salon, un cri mal assuré qui semble lui déchirer la gorge.
- Je vous ai dit de sortir ! Allez-vous-en ! Sortez de chez moi !
Elle repousse farouchement le médecin qui s’approche, forçant ses collègues à intervenir à leur tour. Ils tentent par tous les moyens de la raisonner, mais Moira n’entend plus. Elle ne veut plus entendre. Trop lui a été imposé ce soir. Tout lui a été arraché depuis que Welsh a franchi le seuil de sa maison. Sa confiance. Ses choix. Sa force. Son corps. Elle ne peut plus supporter la moindre décision qui ne soit pas la sienne. Et elle ne peut accepter qu’on vienne mettre un nom sur ce qu’il vient de se passer. Ses cris continuent, élans libérateurs d’une volonté destructrice qui ne sait plus contre quoi se battre pour exister. Mais ils deviennent sanglots à mesure qu’elle fatigue, éreintée par les exigences d’un environnement qu’elle n’en peut plus de combattre, moralement à bout quand elle se sent encore emportée par des courants contre lesquels elle ne peut rien, prisonnière d’une passivité qu’elle rejette sans parvenir à s’en défaire. Les médecins s’éloignent, mais elle ne sait plus si elle en est la cause. Le monde se tait autour d’elle. Elle recule et se laisse glisser sur le sol au moment où ses jambes rencontrent le tissu du canapé. Recroquevillée sur elle-même, un bras passé autour des genoux, elle se noie entièrement dans cette détresse qu’elle s’est tuée à brider. La bride vient de se rompre. C'est elle qui finit par tomber.

© ACIDBRAIN
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 297
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Jeu 24 Aoû - 9:12 par James M. Wilde
​​​


« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




L'air pèse les remords qui cherchent à le mordre pour lui arracher l'éclat de sensations qui le ravagent déjà, alors qu'il tremble sur la terrasse, adossé au mur mais vacillant, cette putain de clope enfin allumée et glissée entre ses lèvres. Chaque bouffée étouffe les mots qui le condamnent quand les pensées filtrent des sons devenus informes. Il ne les comprend plus, il repousse leur sens pour ne pas tomber, la chute trop infernale à affronter maintenant qu'elle l'a empêché d'y goûter. Pourquoi a-t-il promis ? Pourquoi a-t-il promis ? Il s'entend encore le murmurer avec la ferveur d'un châtiment que l'on accepte pour ne plus savoir y échapper. "Je te le promets." Absente elle aussi, perturbée, digne image de leurs rôles dévastés, évidés par une blessure endurée à deux qui prend les atours d'une meurtrissure. Une meurtrissure qui ne saura jamais cicatriser. "Je te le promets." Sa voix éraillée parle au silence de la retraite qu'il utilise pour se planquer, il a mal partout, mais la souffrance la plus intense s'accroche à son coeur qui le frappe pour le maintenir en vie. L'élan de crever... L'impossible élan désormais. Il y a cette certitude accrochée à sa peau qui la hérisse, le frisson renouvelle un sentiment qui ne le quitte plus, la possessivité est partout imprimée sur ses traits, dans ses muscles et surtout dans ses regards qu'il distribue sur le jardin qu'il ne reconnaît pas. Pour cause... Il n'est pas resté ici. Il n'est pas resté alors qu'il aurait dû. S'il avait été là, rien de tout cela ne se serait produit, et la promesse n'aurait pas été brûlante sur l'épiderme, amère sur la langue, à rebours de ses manques. "Je te le promets..." Des mots pour des regrets. Des mots pour ces choix empruntés à la folie qui le caractérise et qui le meut encore. Il ne parvient pas à s'en débarrasser.

Sans qu'il ne le comprenne, un sanglot sec le secoue avec la spontanéité de son corps poussé dans des retranchements dont il peinait à se souvenir et il se recroqueville par terre, dans l'ombre abandonnée par les pantins qui continuent de bruisser à l'intérieur de la maison. Du bruit pour continuer. Du bruit pour persister, plus que du bruit. Sa respiration devient laborieuse, l'angoisse la commande en des vagues saccadées, sa main se contracte sur son t-shirt. Il étouffe. Il étouffe à se rappeler de tout sans que sa mémoire ne lui dévoile véritablement les détails qu'il serait bien incapable de boire sans les vomir ensuite. Le sang... Les chairs... D'autres images viennent se superposer et lui arrachent une sorte de cri interdit, qui demeure bloqué dans sa gorge. Il consume la cigarette d'une seule inspiration qui ne suffit pas à le calmer. Ça ne suffira pas... Ça ne suffira pas. Il se maudit de ne rien avoir d'autre pour faire passer la peur qui l'envahit, il n'a pris que ses clefs en partant, bien qu'un réflexe maladif lui fasse tâter par deux fois l'ensemble des poches de son jean pour y dénicher l'étui argenté qui traîne encore sur le piano chez lui. Le mégot abandonné, ses doigts passent dans ses cheveux, tentent de glisser un contact apaisant qui finit par mimer les mains de Moira sur son visage quand elle l'a rappelé à elle. Il retrace son geste, cherche à reconnaître son identité sans parvenir à ne sentir que le vide sous sa peau, le vide et le froid. Il n'est pas là. Il n'est pas totalement là. Il se souvient... Combien de fois, combien de temps, dans cette même posture, à se balancer dans le silence d'une voix absente, à toucher son visage pour croire encore exister. Le jardin s’éclipse et les murs sont partout. Quels étaient les mots déjà ? Les mots... Le langage le quitte. Plus rien. Plus rien. Plus rien. Si ce n'est la douleur. La douleur d'une mémoire trop proche, trop lointaine enfin, le passé embrasse le présent, le baiser passionné lui vole le peu de forces qui restaient accrochées à son corps, et il se tapit tout à fait, ferme les yeux, bercé par sa tourmente qui ne cesse d'augmenter. "Je te le promets... Pourquoi... Pourquoi..." Sa voix cassée interroge les ombres qui ne répondront pas. Plus de mots pour maquiller le visage du monstre, plus de mots pour se faire passer pour ce qu'il ne peut plus être. Les costumes de sa vie trop longtemps arborés, usés, devenus trop étroits pour cette colère qui ne cesse d'augmenter.

Dans le silence... Dans le silence, les cris de Moira. Ses yeux se rouvrent brusquement quand il comprend qu'on cherche à la lui arracher. Les forces reparaissent, brutales, la réalité le raccroche, il se lève, absent à lui, présent à elle. Il n'y à qu'elle qui compte désormais. Il ne reste plus qu'elle sur ces terres désolées qu'il a laissées ensanglantées. Son geste virulent soulève la bâche que les secours ont maladroitement installée pour reparaître dans la lumière crue du salon où tonnent des imprécations au paravent des bonnes intentions en blouses blanches. Il les méprise. Tous autant qu'ils sont, avec leurs mots trop doux et leurs idées promptes à tuer sous couvert de soigner. D'un seul regard, il embrasse la scène qui lui peint une Moira échevelée, peu coopérative, arrachée aux attitudes amorphes qu'il ne souffrait plus d'observer pour les connaître trop et savoir leurs ravages par coeur. La fougue le tance, allonge son pas qui vient interposer son corps déjà tendu à rompre au milieu de la mêlée, il n'a même pas besoin d'ouvrir la bouche pour que le sens surgisse de ses traits rendus à l'animalité trop prégnante, insidieuse, invaincue pour n'avoir guère été entièrement consommée. Les médecins l'observent, bête curieuse qui vient les détourner de leurs devoirs, le plus grand qui semble s'ériger en tant que chef de la petite bande désoeuvrée fronce des sourcils, comment peut-on oser venir bloquer la digne marche de la médecine ? Ces gens sont-ils donc tous rendus fous, à l'état de sauvagerie qui dénigre les bons soins qu'on leur prodigue ?
"Nous souhaitons juste l'emmener pour nous assurer que tout va bien. Vous pouvez venir si vous voulez."
_ Elle vous a demandé de partir.

Le ton est calme. Trop calme pour ne pas faire reculer l'infirmière qui s'est occupée de sa main la plus abîmée qu'il a déjà refermée en un poing trop serré. Moira continue de hurler, les regards de James la détourent sans totalement la voir, comme trop surpris de la découvrir dans l'agressivité la plus crue. Il ne supporte pas qu'ils aient pu la perturber ainsi, alors qu'elle apparaissait déjà si fragile... Sa déglutition est lente, il n'entend qu'un mot sur deux, ses oreilles bourdonnent déjà :
"... inquiétons... état... préoccupant."
Il murmure, la voix perturbée :
_ Elle vous a demandé de partir, elle ne veut pas de vous ici. Partez. Faites ce qu'elle dit.
Mais les bonnes intentions réveillent leurs enfers à peine assoupis, ils rugissent et dévorent ses yeux qui reviennent à eux après s'être brûlés sur les expressions bouleversées de Moira. Qu'ils la laissent tranquille, qu'ils ne posent pas leurs doigts froids sur elle, qu'ils reculent, qu'ils reculent. Ils sont tous là, tout autour, à s'interroger du regard et à argumenter. Trop de bruit, trop de voix, et celle de la productrice qui se fêle en un cri trop animal pour ne pas caresser sa violence de la détresse qu'elle trahit. Il a mal... Il a mal pour elle et le calme se brise quand il se met à lancer, sur le rythme de la menace la plus évocatrice, sa voix hérissée des gestes qu'il aimerait émailler sur leurs gueules trop veules :
_ Laissez-la tranquille, bande de connards, elle vous a demandé de vous barrer et je vous assure que c'est ce que vous allez faire. Virez de chez elle, virez avant que je ne vous indique la putain de sortie.
Il fait un pas, un autre, les médecins reculent, mais il ne cherche qu'à s'interposer, entre eux et elle. Il se redresse bien qu'il se demande comment il parvient à s'ériger en bouclier quand il se sent morcelé de l'intérieur. Je te le promets. Je te le promets. Sa propre voix tourne dans sa tête, l'encombre, le rend fou.
"Mais monsieur Wilde..."
_ Sortez !
Un aboiement brutal, un de plus, celui de trop, il tremble mais il ne bouge pas. Il tremble de la peur dans leurs yeux qui découvrent une seule seconde la bête immonde qu'ils ont eu tort de réveiller. L'infirmière qui l'a réparé pose une main apaisante sur le bras de son collègue, le signal de la retraite, l'adversaire trop instable pour le combat qu'ils ont juré de mener. Au royaume des fous, l'on ne peut que choisir de cloisonner la horde plutôt que de savoir la convaincre ou la pourfendre. Ils partent dans un silence de plomb, la porte se referme sur le royaume abandonné. Moira s'est effondrée depuis quelques minutes à présent, et James ne sait plus qui il est. Il entend la respiration de l'âme navrée à ses pieds, la confond à la sienne, leurs douleurs se rejoignent et finissent par l'emporter. De cette musique là, il ne sait comment jouer, il finit par céder à son tour, après avoir gagné la certitude que la réalité ne viendra plus perturber la sphère de son cauchemar. La réalité est trop violente pour la brutalité qui lui permet de respirer. Ses yeux se ferment, le soupir qui désunit ses lèvres serrées est une blessure supplémentaire, il se laisse tomber aux côtés de Moira, la considère longuement à ne plus savoir quel langage adopter. Les mots infâmes quand il aimerait seulement lui annoncer la paix, cette sérénité promise qu'il ne sait comment réaliser.

Maladroitement, il glisse un bras dans son dos sans pour autant oser la toucher, il attend qu'elle comprenne qu'il est là, qu'elle accepte la présence qu'il l'a entendue appeler quand tous l'assiégeaient. Quand il sent les oscillations devenir plus languides, le plat de sa main s'immisce dans le creux de son dos, cherche à la rappeler comme elle le fit quand il désespérait. Ressens-moi. Ressens-moi. Ça va aller. Je te l'ai promis. Ça va aller. Il attend encore, les secondes et les souffles emmêlés, le temps échappe à sa compréhension, il pourrait égrainer leurs vies reliées ou leurs morts annoncées. Il la touche avec une précaution infinie, tremblant de cette bestialité qu'il ravale, relents acides dans son ventre qui se tord. Sans identité. Sans identité. Il se souvient de ses traits froids sous ses doigts, son visage méconnaissable sous ses mains tuméfiées. Mais le corps de Moira est chaud, il brûle. Il brûle et consume les sens pour le laisser incapable de les lui narrer. Son pouce la caresse avec la lenteur des interdits, corps profané qu'il a pourtant clamé dans la pire des violences. Son bras s'anime d'un soubresaut, il la regarde quand il aimerait qu'elle le voie. Regarde-moi... Regarde-moi. Mais c'est lui qui détourne les yeux pour les poser dans l'incertitude de la nuit qui les étreint. Il a l'instinct de l'en protéger, se presse contre elle, quand il se retient de la lover dans une étreinte qui forcerait les limites déjà par trop violées. Les siennes... Les miennes... Sa psyché la rejoint. Son corps s'y refuse. Il est trop près d'elle, il le sait. Elle est si loin, pourtant. Sous sa main qui trace les muscles angoissés de son dos, il craint de la voir s’étioler. Son regard vide sonde le plancher, les promesses l’aveuglent. Trop nombreuses, elles se brouillent, devenues indéchiffrables.
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 17/10/2016
» Messages : 146
» Avatar : Gwyneth Paltrow
» Âge : 44 ans
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Lun 11 Sep - 8:58 par Moira A. Oaks





Moira n’entend pas le silence brutal qui les écrase. Elle ne voit pas James qui s’est dressé en rempart une fois de plus, les médecins qui osent à peine reprendre leur argumentaire maintenant qu’il les confronte. Elle s’enferme dans son corps, prisonnière de ses sens. Les cris résonnent à l'intérieur de son crâne, agonisent entre ses dents serrées. Elle ne sent plus rien que les tiraillements dans son ventre qui se tord de dégoût à chaque frisson qui se glisse dans ses muscles quand les mêmes images l’assaillent pour dissoudre la réalité et ne laisser que ses restes les plus immondes. Ses paupières se scellent pour la priver du tableau qu’elle se hait tant d’avoir convoqué. Elle se détourne pour ne pas voir James prendre les coups qu’elle ne peut parer quand il en a pourtant déjà trop subi pour la protéger. Les sanglots malmènent sa poitrine pour se bloquer dans sa gorge qui brûle de tout ce qu’elle emprisonne de peur de se laisser submerger. Les voix des médecins s’affaiblissent. Elle ne comprend plus la teneur de leurs mots, assourdie par ceux qui ne cessent de tonner dans sa tête. Les mêmes dégradations. Les mêmes menaces sifflées à son oreille. Le même ton rocailleux qu’elle voudrait occire dans les tréfonds d’une mémoire qui la torture. Je ne le laisserai pas t’avoir… te détruire… personne ne pourra plus venir s’en emparer… Je te l’ai dit… te détruire… Je te l’ai dit… Moira… Pardon… Pardon… Un gémissement se meurt dans sa gorge. Son cœur s’acharne dans ses tympans, tente d’atténuer les cris qui hurlent dans sa tête de ne plus savoir se libérer. Un peu plus loin, les médecins finissent par disparaître mais elle n’ouvre pas les yeux pour les voir quitter sa maison. Elle ne regarde pas James. Elle se recroqueville sur elle-même, le dos arrondi contre le devant du canapé. Et ses mains tremblent. Elles ne cessent de trembler.

Son front se plisse aux pensées qui la cinglent, sifflements aigus d’une partie d’elle qui admire sa chute plus qu’elle ne la déplore. La honte la fustige. La culpabilité l'étreint. Tout se mélange en une mixture ignoble qui tapisse sa bouche pour mieux l'empoisonner. Le froid qui traverse la bâche lèche sa peau meurtrie. Elle frissonne quand la colère embrase ses chairs en une dualité infâme. Elle maudit autant qu’elle implore. Se flagelle autant qu’elle dénonce. Et chaque lutte qu’elle sent cogner dans sa poitrine achève la promesse de Welsh qu’elle l’entend encore verser à son oreille. … c’est fini. Je te le promets. Je te le promets. Elle déglutit pour ravaler ses peurs, mais la douleur se fait pire encore. Son visage se crispe. Elle se sent étouffer. James se rapproche doucement, mais elle ne le sent pas arriver car Sebastian est là. Il est toujours là. Son odeur… Son odeur sur sa peau. Son odeur partout. Elle n’arrive pas à s’en débarrasser. Elle la sent où qu’elle respire, incrustée dans son corps, imprégnée dans sa robe, infiltrée dans sa tête. L’odeur de Welsh est partout... Moira passe une main dans son cou, frotte sur sa peau pour la faire partir. Elle repasse, repasse encore, fait rougir l’épiderme à vouloir arracher les relents de cette dégradation qu’il lui a infligée. Mais elle la sent, elle la sent toujours… La peau brûle mais ne s’en défait pas. Welsh est là, enfoncé dans ses chairs, arrimé à son être comme une ombre fusionnée à la sienne. Il est toujours là… Le regard de Moira se perd sur les traces brunes qui marquent le plancher, stigmates indélébiles d’une horreur qu’elle ne parvient pas à occulter. Ses mains continuent de griffer son cou alors qu’elle s’enfonce chaque seconde un peu plus dans les tréfonds les plus écorchés de sa mémoire. Sebastian est partout. Son emprise ne la quitte pas. Personne ne pourra plus venir s’en emparer. Personne… Elle se répète la phrase, se la répète encore… Son dos frissonne. Elle sait qu’elle le croit.

Moira sent le bras de James se glisser dans son dos et tout son corps se contracte pour la ramener brutalement à la réalité qu’elle continue de repousser de tout son être. Ses yeux se plissent d’une douleur qu’elle ne sait pas comment appréhender, souffrance diffuse qui embrase son corps mais laisse intacte ses chairs. Elle ne veut pas de lui. Elle ne veut pas qu’il la voie. Pas maintenant. Pas ainsi. Pas lui… Et pourtant elle crève de ne pouvoir le rejeter, perdue dans des ombres qui ne l’ont jamais tant effrayée. Elle se trouve encerclée. Partout le sang. Partout le noir. Et le sol qui continue de se dérober sous ses pieds. L’impuissance l’étrangle. Elle referme les yeux, refuse de se voir, ruine méconnaissable d’une femme qu’elle ne distingue plus alors que Welsh l’a broyée sous ses paumes. Le soupir de Moira s’évanouit dans l’air froid du salon. Sa posture se rompt. Sa résistance craquèle. Et son dos s’affaisse lentement pour accepter finalement le contact de la main de James qui vient frôler sa peau. Ses jambes se pressent contre sa poitrine. Elle respire profondément mais les soubresauts reprennent, plus puissants encore alors qu’il l’empêche de fuir en la ramenant à lui. Les doigts de Moira s’enfoncent dans ses cheveux blonds, râclent son crâne avant d’empoigner ses mèches pour mimer cette prise qu’elle n’a plus sur rien. Ses côtes se soulèvent encore. Elle se retient tant qu’elle le peut. Mais les larmes dévalent enfin ses joues au moment où elle lâche prise et tout s’exorcise sans qu’elle ne parvienne plus à rien endiguer. Son corps suit l’appel de James sans qu’elle ne cherche à s’en détourner, se laisse aller jusqu’à reposer maladroitement contre lui. Elle ne se donne pas encore tout à fait, la tension de ses muscles la laissant interdite contre sa poitrine. Mais elle se perd dans sa chaleur, reçoit l’apaisement qu’il dessine du bout des doigts sans jamais la brusquer et ses sanglots redoublent maintenant qu’il est là pour les recevoir. Les sentiments se déversent, la haine viscérale mêlée aux remords qui l’accablent, musique effroyable qu’elle sait avoir entièrement composée, aveuglée par ses désirs, appuyée par sa lâcheté… Elle n’a pas voulu voir. Sebastian le lui a dit. Elle n’a pas voulu voir. Elle le sent pourtant désormais, dans chaque vague qui irradie depuis son coude, dans chaque tressaillement qui revient profaner ses chairs : l’inéluctable promis, la destruction enfin entière, chaque parcelle de son être fendue, prête à rompre, uniquement maintenue par ce contact qui demeure dans son dos. La voix de Moira se déchire dans le fond de sa gorge, laisse filtrer ses plaintes entre ses dents serrées. Elle se laisse guider contre James quand il l’invite à s’appuyer davantage. Ses pleurs persistent de longues minutes encore sans qu’elle ne puisse plus les assécher. Ses poings se serrent sur le tissu de sa robe qu’elle voudrait voir brûler. Le monde autour se referme. Elle ne voit que les ombres. Elles l’attendent depuis des années.

Les sanglots se sont tus quand son corps s’est éteint, rompu par la fatigue, enlisé dans un calme extérieur qui ne fait que dissimuler le déchaînement qui persiste dans sa tête. L’humiliation ne quitte pas ses chairs, le vice imprégné sur la langue. Elle frissonne de temps à autre, sursaut glacial d’une nature qui refuse de se voir entièrement dévorée quand Moira ne sait plus s’il y a encore quelque chose à sauver. Son coude la lance de plus en plus. L’anesthésie ne fait plus effet. Mais son souffle est lent, et son regard bien qu’immobile reste résolument ouvert, fixé sur les mêmes taches sombres que le sang épongé a abandonnées sur le sol. Les dents de Moira se serrent quand elle repense encore aux mêmes sons : les coups si brutalement portés, le bruit de la chair qui éclate, des os qui se brisent… C’est une haine farouche qui réchauffe progressivement ses entrailles et pulse dans ses muscles brutalisés, une haine qui ne nait que de la peur de ne pas pouvoir contredire les mots de Welsh qui continuent de la pourchasser. Elle les maudit. Elle les repousse. La colère tente de museler sa souffrance. Il ne peut pas gagner ainsi. Il ne peut pas… Le vent souffle contre la bâche qui bruisse dans son dos. Elle se tend encore et bouge pour la première fois depuis une éternité, un mouvement ténu, ses jambes nues se frôlant légèrement à la morsure du froid. Quelque chose en elle voudrait se lever, mais le poids sur sa poitrine est encore trop lourd pour la laisser se mouvoir. Et sa propre voix tourne dans ses esprits, litanie incessante d’une essence qui refuse de mourir. Sebastian ne peut pas gagner. Il ne peut pas. James est venu. Il est encore là. Moira sent sa chaleur dans son dos, sa présence toujours matérialisée par cette main qui ne l’a pas quittée. Une boule se forme dans sa gorge quand elle réalise tout ce qu’il ne pourra plus oublier, ces images gravées dans sa tête qu’il ne pourra pas effacer : cette femme perdue, blessée, ployée jusqu’à la cassure… Son cœur frappe durement sa cage thoracique. Elle ne veut pas n’être que cela. Il ne peut pas la voir ainsi. Il ne peut pas. Je ne le laisserai pas t’avoir… Ses yeux se plissent. Elle est encore là. Elle est encore là. Personne ne pourra plus venir s’en emparer… Elle est encore là. Je te le promets.

Leurs deux voix ensemble. La dissonance la percute. Ses yeux s’écarquillent. Tout son dos se tend et elle se tourne enfin vers James. Il ne la regarde pas, perdu lui aussi, ailleurs, loin d’elle. Il est là, pourtant. Il le lui a promis, une fois encore. Il est toujours là… La douleur s’intensifie dans sa gorge. Il faut qu’elle le voie. Qu’il la laisse le voir. Regarde-moi… Sa main vient chercher sa joue, toujours tremblante, trop ferme pourtant pour lui permettre de se dérober. Ses yeux le sondent, et le trouble s’abat sur son cœur avec la violence des coups portés au monstre pour l’empêcher de l’anéantir. Son souffle tremble mais elle ne se détourne pas. Elle ne lit que son regard, y cherche ce qu’il admire encore quand on a tout voulu lui arracher. Dis-moi que je suis encore là… implore-t-elle. Dis-moi que tu ne vois pas que les ravages qu’il a laissés derrière lui. Je t’en prie… Dis-moi que tu me vois encore. Dis-moi que tu me vois… Et dans sa main qui s'affermit, le besoin brutal de le lui montrer. Le désir vital de se retrouver avant de perdre tout ce qu'il a su réveiller. Tout ce qu'elle est. Tout ce qu'elle fut. Et ce qui mourra si elle le laisse encore un instant morcelé.

© ACIDBRAIN
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 297
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Mar 12 Sep - 23:07 par James M. Wilde
​​​


« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




Le silence. Le silence et l'obscurité. Il sent la naphte qui ne cesse d'étouffer Moira, cherche à l'atteindre sans pour autant oser. L'entre deux de sa posture rend ses muscles plus douloureux encore, l'angoisse brimant les gestes quand il ne sait comment les encourager. Le toucher absent qu'il prodigue lui fait mal et un bref moment l'accent de la panique envahit tous ses traits qui se bouleversent à considérer ce qui meurt et ne pourra plus jamais vivre entre eux. L'insouciance qui demeurait en filigrane de leurs échanges, brulée par son ire régulière et dorénavant destituée au profit de la crainte de ne plus jamais pouvoir lui sourire, ou encore l'étreindre sans songer à l'image qui continue de tonner dans sa tête, rendant toute réalité impropre à dessiner. Elle est là, près de lui, presque dans ses bras tandis que les sanglots versent leur peine dans l'étreinte interdite, mais ce qu'il ressent c'est la disparition de toutes ses certitudes. Le désaveu d'un lien toujours là, si douloureux qu'il refuse de se briser. La douleur encore présente quand le vide n'est plus permis. Alors pourquoi la ressentir si ce n'est plus que dans l'absence ? Pourquoi la détourer sans plus jamais la voir ? Et ne regarder que lui... Les ravages du forfait, la destruction ignoble des instincts de Welsh. Si proches des siens qu'il pourrait les goûter. Son coeur se soulève, ses doigts se crispent, il cherche à échapper au rapprochement infamant quand son esprit cherche pourtant à le navrer dans une évidence sulfureuse. N'a-t-il pas eu ces attitudes là avec elle ? N'a-t-il pas provoqué mille fois les élans d'un démon qui continue de se considérer évanescent de peur de se dévisager ? N'est-il pas semblable à Sebastian ? À la convoiter toujours quand elle se tord de peur et de chagrin ? À disputer la peine viscérale au désir de la rejoindre coûte que coûte pour la faire sienne et l'arracher une dernière fois à une tourmente aveugle ? Il se dit que tout est différent. Il se dit que l'opprobre qu'il cherche à peindre dans la vie de Moira est unique, que la déchéance à deux, à bout de souffle et dans la sueur des plaisirs représente une autre destinée que celle où elle serait détruire, abandonnée, déchue. Brisée. Frisson qui court le long de son échine au son de l'ignominie. La déesse désavouée qu'il adule encore. Qu'il adule malgré la chute. Et quelque part... À cause de la chute. L'aveu lui fait fermer les yeux. Il ne peut ignorer que la souffrance cajole toutes les aspérités auxquelles il se raccroche. Sur lesquelles il se blesse pour mieux croire exister. Moira déchue, c'est la savoir à sa portée. Il se maudit et il se hait. Il savoure l'aigreur et les pensées trop mélangées pour y comprendre ce qui git et palpite en son sein tourmenté par cette douleur qu'elle ne parvient pas à étancher tout contre lui. Qui le rend sourd, à compter les secondes où il a l'impression de la perdre... À trop la savoir semblable aux horreurs qui continuent de le briser dès que la mémoire lui est rendue telle une sentence de plus.

Elle s'est tue. Et le silence des pleurs ravalés est pire que celui qu'ils ont su remplacer. Il caresse sa nuque, touche avec douceur la naissance de ses cheveux, cherche à gommer les gestes et les réflexes qui voulurent chasser la honte, ces réflexes arrachés à la folie qu'il reconnaît comme ceux qui ravagent toute son existence et dont il n'aimerait guère voir la sienne damnée. L'image d'une soeur dans la déchéance dispute l'envie de la garder de toute blessure, celles qui furent infligées par un autre n'ont pas la même distinction que les seules qu'il aimerait porter. Il se distingue de Welsh, se force à cette solitude éternelle qui pave ses jours, hante ses nuits, pour ne demeurer que le monstre qui s'est dévoilé. Stigmates sanguinolents sur le plancher. Les caresses continuent, des notes subtiles bientôt oubliées dans une mélodie pleine de fureur. L'impuissance le cueille, comme elle a su le trouver trop de fois aujourd'hui, et ses propres tremblements se diffusent jusqu'à se voir brimés par la tension qu'elle distille sans qu'il ne parvienne à en saisir l'origine. Mélodie différente, harmonies broyées, il rouvre ses yeux, la lueur ternie de la fatalité lui donne envie de hurler. Il sursaute presque lorsqu'elle le touche, avant de comprendre qu'elle ne cherche qu'un contact auquel se raccrocher. Il la regarde alors, ne lui interdit guère le miroir du trouble qui l'envahit tout entier quand il sent le geste trop brutal pour être simplement dicté par la terreur. Une seconde. Dilatée. Il plonge dans ses ténèbres. Et il y sombre. Il cueille la violence de sa douleur, et l'avidité de son besoin. Il goûte la fièvre, il savoure la peur. Il se noie dans la haine qu'elle a arrachée au sort, et la conjugue à celle qu'il conçoit de n'avoir pu le ployer. Il lèche les plaies, s'en inflige de nouvelles pour se faire amant de sa difformité. Et il souffre. Il souffre de la regarder, il souffre de ce qu'elle cherche, et de ce qu'elle n'a aucune peine à trouver. Il souffre de la voir renaître femme, sans pouvoir étouffer le désir dans l'étreinte d'une victime, il souffre de la peindre divinité de ses sens, déraison de ses envies quand il ne peut plus la cacher derrière les interdits qu'il a si longtemps érigés. Qui est-elle si elle est ici ? Là, avec lui ? Qui est-elle, si elle le touche et l'implore de la voir ? De la dessiner dans la ferveur de ses regards ? Qui est-il ? Qui est-il à son tour à la savoir si proche soudain, à fouailler un désir d'elle toujours plus prégnant à présent qu'elle le toise. Non... Non. Ne me demande pas cela. Non... Pas à présent que je n'ai plus la possibilité de te protéger de ce que j'ai dû délivrer. Non. Pas aujourd'hui. Pas maintenant. Pas avec moi. Son coeur palpite du cri qu'il aimerait retourner, mais ses yeux se teintent de la dévorer. Dans ses iris, la déformation de l'âme qu'il a toujours convoitée. Dans ses prunelles, l'erreur de se l'être seulement refusé. Je te vois. Je te vois. Non. Non... Oh mais si... La bête ploie ses épaules, un défi d'arrogance quand elle ne veut toutefois qu'être traquée. Traquée enfin par ce prédateur qu'elle reconnaît. Qu'elle a immédiatement compté comme le plus fervent de ses alliés. La bête durcit ses regards aux atours de convoitise, elle désarme les défenses, arrime les doigts pour mieux appeler la délivrance sous couvert de liberté. Oui... Je te vois. Je te vois. Je t'ai toujours sue. Je t'attends depuis si longtemps à présent. Alors sacrifie l'homme et ses angoisses pour venir me trouver, nourris-toi de l'égoïsme de ton corps, du désespoir de ton âme. Paye ton dû, damne ton être en cherchant à le sauver. Et damne-le, lui, au passage pour qu'il me soit rendu. Blesse-le une dernière fois, et je te le donnerai. Je te le promets...
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 17/10/2016
» Messages : 146
» Avatar : Gwyneth Paltrow
» Âge : 44 ans
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Jeu 21 Sep - 8:42 par Moira A. Oaks





Le monde devenu aphone ne laisse que la brûlure de sa joue sous sa paume, dernier sens aux aguets quand tout se ternit autour d’elle. C’est à peine si elle le voit, visage perdu dans les souvenirs vaporeux d’une vie qui a autrefois été sienne. Les identités s’estompent. Seul son regard la capte, un instant si teinté de terreur qu’il se fait miroir du sien. Ses doigts s’impriment sur sa peau de peur qu’il ne se dérobe. Elle s’arrime à ses yeux, s'accroche au tremblement de ses prunelles, seuls éclats qu'elle distingue dans les ombres qui la cernent. Son souffle se saccade. Les sensations qu'elle n'a plus la force de retenir se déchaînent dans sa poitrine. Le désir honteux se love au creux de son ventre, il envahit ses yeux, traque sa proie ainsi offerte, parce qu'elle le sent... Elle le sent s'éveiller sous ses mains, retrouver dans son regard les feux qu'elle a déjà vus lécher ses chairs pour la corrompre et vicier son être pour la posséder toute entière. Son cœur percute violemment ses côtes. Ses doigts tressautent des fourmillements qui les assaillent, supplications d'un corps qui refuse de mourir dans l'apathie qu'on a voulu lui imposer. Chaque muscle se contracte à lui faire mal, réveille les instincts qu'elle voudrait repousser mais ne sait que boire, sa conscience trop meurtrie pour savoir les réprimer. Moira lit la menace dans les yeux qu'elle contemple, le danger promis dans chaque nuance de leurs iris. Mais plus aucune voix dans sa tête ne vient brider ses élans, toutes assassinées des mains de son bourreau qu'elle sent encore sur chaque blessure qui lance, lance encore, pour l'empêcher de fuir. La chaleur sous sa peau la consume. La colère se mêle à l'envie qui appuie une nouvelle fois ses doigts sur le visage du seul à avoir su la trouver. Sa respiration s'accélère. Sa vue se trouble encore davantage. James s'efface, happé par une lutte qui ne fait de lui qu'un martyre quand elle ne cherche plus qu'à se tirer des griffes qui ne cessent de la scarifier. La pulsion hurle dans tout son être, saisit son cœur pour en précipiter les battements. Elle oublie les ecchymoses. Elle oublie les coupures. Le besoin viscéral irradie ses veines, brûle son âme pour ne laisser place qu'aux instincts qui la maintiennent en vie. Son corps s'anime malgré ses fissures, se redresse pour saisir sa dernière chance de survie. Elle doit se retrouver... Retrouver l'emprise. Rassembler les débris de ce qu'elle fut pour nourrir ce qui reste. Ses désirs. Ses choix. Chaque morceau de chair profané. Chaque sacrifice consenti. Et tous ceux qu'elle n'a pas encore acceptés. Qu'importe la souffrance. Qu'importent les dommages. Il n'y a plus qu'elle et cette existence qu'elle accepte enfin de mener. Elle et ces désirs qu'elle cesse enfin de refouler. Parce qu’ils sont tout ce qui la définit encore. Ce qui refuse toujours de mourir et qu’elle ne peut encore nier sans disparaître entièrement. Elle regarde encore ces yeux bleus qui la fixent. Mais James n’existe plus quand sa main passe à l'arrière de sa nuque. Elle ne voit plus sa peur. Elle ne craint plus la chute. Elle l'y entraîne pour avoir voulu la sauver.  

Ses chaînes se brisent pour en greffer d'autres qui cisaillent ses poignets quand elle vient enserrer son cou. Ses lèvres scellent ses fers, un instant tremblantes, soudainement brutales. Ses retenues s’effondrent. Sa douleur s'embrase. Elle passe sa jambe par-dessus les siennes alors qu’elle envahit sa bouche, encadre son visage dans chacune de ses mains pour entièrement l’entraver. Le baiser la violente, racle les chairs nécrosées pour la défaire du poison qui la ronge. La chaleur de sa peau cautérise les plaies béantes que Welsh a creusées de ses ongles. Elle la parcourt de ses mains, la malmène pour la fusionner à la sienne, plongeant dans le col du t-shirt pour atteindre ses épaules. La culpabilité n’est plus. Ne reste que les appétences qu’elle déverse sur celui qui a osé venir la trouver, qui a osé regarder le tableau le plus ingrat qu’elle pourra jamais donner : son existence en miettes, ses fragments brisés, souillés dans l'opprobre, dissouts dans la haine qui contracte ses muscles et brusque ses gestes. Elle se remémore l'illusion. Elle se rappelle l'imposture, image factice, simulacre d'une femme qu'elle n'a jamais su retrouver, leurre insupportable qu'elle ne peut plus incarner. Sebastian a ruiné ses atours, écartelé ses artifices, libérant cette nature qui s'affirme dans la tendresse qu'elle ne sait plus donner. Partout le désir animal, le pouvoir trop longtemps arraché, cette identité qu'elle a perdue à trop vouloir se protéger. L'urgence s'exprime dans chaque geste qu'elle échoue sur le corps qu'elle domine. Elle empoigne ses cheveux, écrase ses lèvres, achève la maîtrise qui n'a jamais fait que l'étrangler. Ses instincts s'enhardissent du plaisir honteux qu'elle en retire, l'égoïsme poussé au point d'en oublier celui qu'elle sacrifie pour se sauver. Il la trouve cette nuit, mais c'est elle qui le perd, la distance si grande quand ils n'ont pourtant jamais tant communié, leurs douleurs à fleur de vie, leurs mensonges six pieds sous terre. Les ombres bruissent autour d'elle, mais elles n'osent plus approcher. Leur douce proie n'est plus. C'est maintenant elle qui les effraie.  

© ACIDBRAIN
Revenir en haut Aller en bas
avatar
MEMBRE

» Date d'inscription : 30/09/2016
» Messages : 297
» Avatar : Matthew Bellamy
» Âge : Trente six ans
» Schizophrénie : Nope.
# Re: Undisclosed desires _ James & Moira
message posté Jeu 21 Sep - 13:54 par James M. Wilde



« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




Qu'est-ce que tu fais ? Elle a ses mains sur mon visage et elle ne me lâche pas. Elle me regarde mais elle ne me voit pas. Je suis seul face à elle et je ne sais plus où poser mes regards sans dévoiler plus encore ce qu'elle est bien incapable de lire. C'est comme exprimer enfin ce qui ne peut que se perdre dans le néant. C'est inutile. Imparfait. Impropre. Infâme. La panique m'encercle et me sclérose, elle bat mes tempes, accélère ma respiration. Ne me touche pas. Ne me touche pas. Mais elle continue, elle s'impose, elle s'enflamme. J'ai honte de la virulence de mon propre désir que je sens racler mes chairs et rendre fébrile ma peau au moment où ses jambes m'enserrent. Je tremble. De dégoût, de peur, d'effroi. Je tremble parce que je me sens prisonnier de moi, prisonnier d'elle, prisonnier du tourment qui nous est imposé. Dépossédé du choix et de cette envie qui s'imprime dans le creux de mes mains, qui m'échappe déjà. Je cesse de la regarder. Mes prunelles se dérobent quand mon visage ne le peut pas. Qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi... Pourquoi... La même question, posée il y a si peu de temps et pourtant cela me paraît dorénavant une éternité d'une souffrance tacite enfin pleinement exprimée. J'ai mal. J'ai mal. À chaque fois qu'elle me touche, j'ai mal. Je souffre cet espace approprié, je souffre son souffle sur moi, ses doigts sur mon visage devenu celui d'un étranger parce qu'elle ne sait plus me reconnaître. Je ne peux pas. Je ne peux pas. J'ai envie de la repousser, j'ai envie de la prendre, je suis cerné dans une contradiction qui me ploie et me désarme. Qu'est ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu fais, Moira ? Je le sens, lui, l'être tordu en moi, empreindre ma carcasse et la donner aux feux que j'ai si longtemps ignorés pour ne plus jamais les voir ou les consommer. Je le sens emprunter des chemins interdits quand j'ai tant de mal à distinguer les routes dorénavant closes devant moi. Rien. Rien. Rien. Il n'y a plus rien d'elle à cet instant. Il y a sa bouche, sa langue, sa passion et ses doigts. Mais il n'y a plus rien d'elle quand elle m'ignore, m'utilise et me broie. Jamais personne n'a osé. Jamais personne n'a osé m'utiliser alors que j'ai tant précipité mes infamies sur quiconque consentait d'un regard ou d'un geste. L'unique moyen de demeurer le maître de mes plaisirs, la seule façon de pré-exister quand j'insinuais ma hargne dans un autre corps pour oublier la peur qui gisait dans le mien. Cette peur. Cette même peur partout, qu'elle déclenche, délivre à chaque caresse devenue blessure sur mon corps. Mes mains rendues amorphes par sa volonté, les hésitations mortes chez elle, les hésitations enserrées entre mes bras qui ne la ceignent pas. J'ai peur de la vouloir, j'ai peur de ce que je ressens, la colère, la peine et la douleur, la frustration, la rage et l'excitation. Ses mains passent les barrières de mon t-shirt, j'ai l'envie de hurler. Personne. Personne n'a le droit d'oublier de m'apprivoiser. C'est trop rapide, trop soudain, trop brutal. Je n'ai rien déclenché, je n'ai rien décidé non plus et la domination que j'ai cédée sans même la disputer m'est exécrable. C'est donc cela ? Ce que je fais ? Ce que je fais à toutes ces autres que je manipule entre mes mains ? C'est ce que j'impose sur les corps ? Ce que je déclenche sur les esprits ? Qu'est-ce que tu fais ? Moira ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce que je fais ?

Je fais ce que je dois. Je fais ce que je lui dois. Je l'embrasse, je réponds à la fureur de sa langue, ma peau frémit sous la pulpe de ses doigts. La honte m'abandonne sous l'assaut du désir qui me brûle et m'enivre à chaque brutalité qu'elle emploie. Mon regard revient sur elle, devenu celui du prédateur qui ne peut que s'éveiller pour gommer l'angoisse qui continue de pulser dans mon coeur. J'essaie de le retenir, j'essaie de contenir la haine dont il se sert pour profaner les chairs en quête de plaisir. J'essaie mais je n'y parviens pas. Mes mains se referment, serrées, deux poings qui me cinglent d'une douleur que j'ai soudainement le besoin d'amplifier. La mienne. La sienne. La nôtre enfin scellée entre nos lèvres perdues, nos corps abandonnés. Comment oses-tu ? Après tout ce que j'ai fait ? Comment oses-tu t'approprier mon être quand je suis venu clamer le tien. Comment oses-tu m'utiliser ? Je ne t'appartiens pas. Je ne t'appartiens pas. Non. Non. Jamais. Mais il a corrompu la damnation en m'offrant en pâture, je ne sais plus ce qui m'appartient encore quand la solitude contre un corps que je désire comme un dément ne m'a jamais autant cerné et laissé démuni. Je suis seul. Seul face à elle et je ne la reconnais pas. Je sais ce qui pulse, je sais ce qu'elle vient chercher dans cette usurpation d'un rôle qui normalement m'est réservé. Je sais ce qu'elle vient arracher, dévorer sur ma carcasse que j'ai dû promettre de lui offrir en venant la sauver. Je te le promets. Je te le promets. Les mots sont amers, je préférerais les graver sur sa peau pour qu'elle saigne de l'offense. Et pourtant... Pourtant... Une part de moi se laisse dominer. Une part de moi accepte d'abandonner la danse. Une part de moi cherche à être fascinée. Elle me fascine déjà, violente, hargneuse, manipulée par ses chairs violées par un autre, qu'elle cherche tant à refermer. Mes doigts desserrent leur emprise sur le vide qui m'étreint, cessent de malmener mes articulations blessées et, tremblants, ils la frôlent. Le contact apparaît déchéance, j'ai l'impression de m'inviter quand on ne veut pas véritablement de moi. J'enrage, je gronde à la porte que je gratte, les yeux abîmés par une colère que je ne sais qu'étouffer dans le désespoir le plus farouche. Ma caresse est abominable, adoucie par mes désirs, bientôt affranchie par ma frustration, mes doigts s'enfoncent dans ses cuisses pour la plaquer à mon corps qui souffre de se voir ainsi manipulé, qui souffre plus encore en attendant la délivrance que je gémis presque contre ses lèvres. Fais-le. Fais-le, Moira. Vite. Vite. Je suis en train de me perdre, mais ce n'est rien, ce n'est rien, si tu parviens à te retrouver contre moi.
Revenir en haut Aller en bas
Undisclosed desires _ James & Moira
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

London Calling. :: Zone 1-2-3 :: North London :: Camden Town
Page 3 sur 3
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
» Entrer dans la danse [U.Desires]
» Undisclosed Desires
» Navid ϟ I want to satisfy the undisclosed desires in your heart
» Undisclosed desires (Alta)
» MARCUS ♦ undisclosed desires.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-