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Undisclosed desires _ James & Moira

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MEMBRE

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() message posté Mer 18 Oct 2017 - 14:34 par Moira A. Oaks





Regarde. Regarde et admire. L’étendue de ton pouvoir. La profondeur de sa dévotion. Chaque frisson qu’il subit sans jamais les laisser t’atteindre. Ses mains qui tremblent sans plus t’étreindre car tu ne lui en as plus donné le droit. Regarde. Observe son visage qui ploie pour ne plus te voir. Ses défenses s’amoindrir à mesure que tu t’acharnes. Sens le souffle aride qui s’échappe de ses lèvres, la chaleur de sa peau qui brûle sous tes doigts tentateurs. Ecoute ses râles, litanies écorchées qu’il n’ose même plus invoquer, douleurs assassines qu’il endure seulement pour te servir. Regarde, Moira. Regarde les sensations que tu délivres et celles que tu enfermes. Regarde l’incomplétude de ta libération, chaque fer que tu scelles quand tu disais te défaire de toutes tes entraves, chaque barrière que tu dresses face au seul qui a jamais eu le courage de venir les briser. Contemple celui que tu brises, celui que tu broies, l’ombre de cet homme qui t’a révélée et que tu punis pour avoir seulement osé. Est-ce cela, le prix de ta résurrection ? Est-ce donc tout ce qu’il reste sous ta peau profanée ? Est-ce ce qu’il mérite pour ne jamais savoir reculer, ce que tu souhaites, ce que tu désires quand tout t’est enfin offert ? Regarde, Moira. Vois les effets de ta damnation, chaque blessure qui accompagne ta délivrance. Est-ce ainsi que tu le veux, Moira ?  Est-ce donc tout ce que tu peux encore lui donner ? Tu trembles, mais tu ne réponds pas. Tu le sais pourtant. Chaque soubresaut te le murmure. Chaque impression te le crie. Tu sais ce qu’il te manque. Tu sais où le trouver. Tu sais ce que tu veux. Alors qu’attends-tu ? Qu’attends-tu ?

Sa main sur sa joue, ses yeux lui reviennent, tremblent de tout ce qu’ils acceptent enfin de voir. Elle lit sa terreur. Elle lit sa peine, chaque sacrifice qu’il a consenti dans le seul espoir de la revoir. Sa douleur se mêle à la sienne, culpabilité insidieuse qui vient enserrer son cœur quand un premier frisson glisse de la peau de James pour assaillir ses chairs. Elle subit la communion, souffrances conjointes pour tuer la solitude qu’elle ne peut plus supporter. Son autre main tremble sur sa clavicule quand elle craint de consentir à tout ce qu’elle a toujours refusé. Se laisser atteindre. Se laisser porter. Lâcher prise en priant pour que la chute la sauve plutôt qu’elle ne l’achève. Elle n'abaisse pas les yeux, fixe son visage, figure méconnaissable qui ne lui a jamais paru si familière. Ses traits se font miroir, reflet brutal de sa perdition, et la vision la percute comme la pire des révélations. Son ventre se tord avec une violence ignoble alors qu'elle se voit lui arracher ses leurres du bout des ongles, lacérer sa chair pour lui enlever chacun de ses rôles, éventrer ses illusions, déchirer ses impostures. Elle se voit tortionnaire, indigne amante aux atours de bourreau. La douleur est trop vive. Elle manque de retirer sa main quand c'est lui qui vient soudain appuyer son contact de la sienne. Sa peau tressaille. Moira se raccroche aux reflets qui tremblent dans ses prunelles. Et son cœur se fracasse contre ses côtes quand elle le voit, livré entre ses mains, découvert entre ses bras, ses blessures données sans fard, ses sentiments abandonnés dans toute leur brutalité. Son pouce trace ses contours sous la rudesse de ses bandages, caresse les anciennes écorchures, les sillons trop creux qui marquent sa peau. Elle lit les insomnies. Elle lit les rages. Elle lit les passions et tous ses excès. Tout ce qui l’effraie. Tout ce qui l’attire. Tout ce dont elle cherche tant à s’emparer. La promesse se matérialise dans le bleu de son regard. Elle sent les chaînes, la froideur du métal qui lèche ses poignets. Mais elle ne les repousse pas. Elle ne les repousse plus. Ses yeux se referment sur l’évidence de son choix, la seule existence qu’elle peut encore embrasser. La fusion est entière. Elle ne peut s’en détourner.  

Et les chaînes pèsent, ploient son échine, alourdissent ses gestes sur son corps enfiévré. Elles affaissent ses épaules qui en acceptent enfin le poids, font s’abaisser son front qui vient rencontrer celui de James. Comme cette nuit-là. Comme cette nuit-là… Mais cette fois, plus aucun masque à subir, plus de barrière à affronter. Sa main sur sa joue remonte se glisser dans ses cheveux alors qu’elle le sent se mouvoir à son tour, reprendre la danse pour les empêcher de s’effondrer. Les tiraillements dans son ventre la pourfendent. Elle soupire contre sa joue, accompagne son geste pour le sentir plus encore. Elle se laisse apprivoiser par la caresse de ses mains, les sent remonter lentement jusqu'à la chaleur de son cou. Son râle s’épanche sur ses lèvres, agonie de l’illusion qu’il efface sous ses doigts. Cette femme-là n'est plus. Ne reste que celle qu'il a toujours su voir, celle qu'il a toujours su atteindre. L'empreinte de Welsh disparaît. Elle s'évanouit sous la sienne, souvenir monstrueux enseveli sous l'intensité qu'il lui donne. James vient empoigner sa nuque et les yeux de Moira se rouvrent pour se noyer dans le mirage qui l'entoure, la douceur mêlée aux instincts les plus brutaux qu'elle ait jamais éprouvés. Ses mouvements rencontrent les siens, perdus dans une cadence qu'elle ne sait pas maîtriser. Moira ploie sous la fureur de son baiser, crispe ses mains sur chaque partie de son corps qu'elle entend fasciner. Elle se débat avec l'étoffe, froisse le vêtement quand chaque entrave se voit crûment rejetée. La frustration la fait geindre contre sa peau. Elle s'empare du tshirt qu'elle passe par-dessus sa tête pour enfin le révéler. Ses mains parcourent son torse, dessinent ses articulations, conquièrent chaque bribe de peau dont elle clame la possession. Le plaisir se diffuse dans ses membres, poison adulé dans ses veines. Elle le laisse malmener ses chairs, consumer ses réticences, emporter ses doutes. La main de James remonte jusqu'à sa joue. Elle la gracie d'un baiser avant de serrer son corps davantage contre le sien, un bras glissé sur ses épaules, l'autre au milieu de son dos. Sa respiration tremble mais elle n'a plus peur. Ses promesses, elle les tient, palpitantes entre ses doigts, chaque serment sublimé contre ses lèvres. Il est là. Il est là, elle le sait. Et dans son oreille, elle ne souffle que la dernière crainte capable de lui résister :
- Reste avec moi...

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() message posté Ven 20 Oct 2017 - 12:56 par James M. Wilde
Spoiler:
 




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Moira
& James




Dans la demeure mutique de tes yeux, mon existence restaurée, tenue par ton joug, relevée par ta douceur, forgée par ta passion. Il n'y a pas de découverte, il n'y a même pas de surprise à te voir accepter ce que je suis. Il n'y a que la douleur du choix qui nous lie quand nous étions déjà enchaînés l'un à l'autre. Je te vois, je t'ai vue le tout premier jour. Je t'ai voulue la toute première nuit qui nous fit nous fracasser. J'ai absolument tout exigé de toi et sans le comprendre, peu à peu, j'ai tout promis. J'ai tout promis, Moira. Mes promesses mordent ma peau quand mes doigts griffent la sienne. A force de mes libertés scellées sous ses lèvres, je finis par éventrer l'étoffe, qui cède pour la dénuder. Je lui promets dans l'étreinte les mots qui s'étranglent dans ma gorge, je dessine tous ces peut-être devenus certitudes à chaque fois que je suis le rythme de ma délivrance, inféodé à lui, inféodé à elle. Deux tortionnaires que j'idolâtre dans une passion qui hurle et qui grogne, animale et furieuse dans mon corps ressuscité sous ses prunelles. Les lambeaux du bustier de sa robe retombent sur ses épaules, mes gestes disputent toute la douceur délivrée par ma langue, la brutalité fusionne tous mes serments pour les coucher contre elle, les graver dans sa chair pour que l'oubli ne soit plus jamais permis. La lenteur imposée précipite mes murmures rauques, échoués sur son visage, bientôt sur l'épiderme révélé par les entraves vaincues. Dévorer ses parfums, me nourrir d'elle alors qu'elle m'a semblé si longtemps interdite, la frénésie pulse sous mes tempes, je n'entends plus que l'harmonie de nos corps embrassés. Je ferme mes paupières pour relire l'évidence arrachée dans ses iris, la consommer avec langueur, l'intégrer à mon être. Elle m'a vu, elle m'a entièrement vu et pourtant je ne tremble plus. La peur glissée dans mes veines s'oublie dans les plaisirs offerts, et plus jamais octroyés, troqués, dégradés par l'atermoiement que je ne peux plus supporter. Elle me veut. Je le sais. Elle me veut encore, malgré l'horreur, le sang sur mes mains, la rage dans mon corps, la violence dans ma mémoire. Mes doigts frôlent la blessure recousue, et cachée par le bandage, preuve du drame qui nous force à nous consumer, avant de s'enfoncer dans son dos pour l'accompagner plus violemment contre moi. Plus d'excuse. Plus d'excuse si elle veut tout ce que je suis, je me sais incapable de résister désormais. Le mensonge d'une nuit passée, reniée tel un écart qu'on ne peut mentionner sans se maudire disparaît dans chaque inspiration brûlante que je quémande contre sa clavicule. Je ne partirai pas. Je ne partirai plus. Je ne suis pas capable de m'en aller. De t'abandonner une nouvelle fois pour me rappeler d'autres douceurs aux atours de salut. Je ne veux pas être gracié. Je ne veux pas. Je ne peux pas. Je n'en ai pas le droit. Alors condamne-moi encore... Encore... Encore...

Dans la folie de mon appel bestial, mon corps enchevêtré au sien, je ne sais plus quelles pensées me transpercent. Les miennes, les siennes. La condamnation pieusement appelée se glisse à mon oreille, comme si je l'avais moi-même portée. Et pour la première fois, mon être vibre sous chaque mot, chaque inflexion, chaque éternité renfermée dans une seule phrase. Je ne me débats pas, aucune panique, et aucun choix. L'angoisse si longtemps ressentie devient une étrangère, chassée par l'amante que j'enferme entre mes bras, prisonnière consentante et pervertie par mes fureurs. Mes doigts s'enfoncent plus encore, marquent sa peau, réponse viscérale à son murmure. Tous nos passés se mélangent, indistincte mélopée qui dévoile nos blessures. Chaque coupure assassine, chaque vérité tue dans la lâcheté de nos silences. Ma bouche caresse son oreille avant que ma voix n'exécute la sentence qui n'existe que parce qu'elle est vécue à deux. Je ne suis plus l'unique condamné, ma solitude à jamais pénétrée par sa présence :
_ Je suis là, Moira, à t'attendre... Je te l'ai dit. Je te l'ai dit...
Je le lui ai dit ce soir-là. Dans les pleurs et dans les cris, dans la demie-teinte de tout ce que nous ne pouvions pas avouer dans ce studio trop enfumé, chargé de nos contradictions. De ce que nous ne pouvions avouer, et encore moins supporter. Laisse-moi t'attendre, désormais. Laisse-moi t'attendre. Car je suis revenu. Je suis revenu. Je reviendrai toujours. Je suis revenu... pour toi. Pour toi. Je le sais. Je l'ai toujours su. Je cesse de combattre, ma voix libère mes sensations exprimées sur sa peau enfiévrée, le plaisir teinté par mon abnégation dans chaque gémissement. J'oublie le passé apparu tel une fraude, j'imagine mes avenirs entièrement reliés aux siens, à chaque sursaut de mes reins, il y a un lendemain. Seul. Seul. Non. Plus jamais. Seul avec elle. Avec elle. Le présent disparaît au profit de l'instant qui s'échappe. Je sens son corps trembler, la brûlure courir le long de mon dos à chaque fois qu'elle me touche. J'achève le bustier que je tords pour mater mon ivresse, façonnée par son corps, fascinée par ses mots. Les chaînes blessent, accompagnent mon plaisir dans une douleur que j'accueille enfin pour l'avoir toujours souhaitée. Attendre. Attendre puis céder. J'attends, je ne sais même plus tant mes nerfs sont à vifs, mes chairs dévoilées, mes pensées jetées dans mes soupirs et les cris que je cherche à lui arracher. Attendre. Attendre qu'elle m'achève, pour croire exister enfin tel que je dois. A travers elle. En elle. Et qu'elle ne puisse exister en dehors de mon prisme. Je reste... Moira. Car il n'y a plus nulle part où étreindre ma solitude, si je ne peux la vivre à tes côtés.
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() message posté Sam 11 Nov 2017 - 1:35 par Moira A. Oaks





La douceur au creux des mains, la fureur au fond des yeux. Il y a dans son corps la dualité honnie de son être, la déchirure reniée de son existence, l'essence même de ce qui demeure quand les artifices ont tous été vaincus, pourfendus les uns après les autres par chacune des armes que James lui a faites goûter. Sa passion consume ses incertitudes. Il noie ses craintes dans sa caresse, achève son armure de sa violence. Chaque part de lui s'attaquant à l'une des siennes, Moira ne peut rien contre l'accomplissement qui s'opère, l'union incessamment repoussée qui s'imprime enfin contre sa peau. Les lambeaux de sa robe dévoilent les lignes magnifiques de son corps ravagé, amaigri dans la peine, puis façonné pour tromper, détruit dans la rage, et possédé enfin par le seul homme à l'avoir deviné. James la voit. Il ne se détourne pas. Il la regarde toujours, amant brisé, sauveur inguérissable, copie troublante de sa propre image qu’elle admire car elle ne l’effraie plus. Moira lit les mêmes nuances dans ses yeux, la même résignation face aux douleurs qu'ils ne savent endiguer, la même volonté pourtant d’étreindre le mal jusqu'à l'étouffer, l'écraser contre la peau de l'autre, l'accabler jusqu'à ce qu'ils l'oublient, une seconde seulement, une seconde qu’ils laisseront s’étirer jusqu’à n’en plus pouvoir. Moira ferme les paupières, touche, effleure, oppresse. Sa conscience ne sait plus ce que dessinent ses doigts. Elle suit l’ossature encore saillante, le tissu rêche des bandages de ses mains, la chaleur de son front corrompu par la sueur. Le bleu des ecchymoses côtoie les rougeurs de la peau trop embrassée, camaïeu violacé d'un drame imprégné dans leurs chairs, estompé sous leurs lèvres. Moira découvre deux monstruosités fusionnées dans le noir, chimère effroyable qu’elle ne fait qu’adorer. Et dans son cœur bat le supplice de savoir cette union si fragile, la peur impérissable de voir disparaître tout ce que James a ressuscité sous ses doigts. Ses yeue rouvrent pour capter son regard. La supplique quitte ses lèvres, dernier sacrifice qu’elle peut exiger, dernière demande qu’elle ne peut lui épargner. Les mains du musicien l’enserrent. Elle comprend l’appel avant même qu’il ne le formule. L’écho de sa voix résonne dans tout son corps qui tremble d’accueillir le serment qu’elle a toujours cherché.

Je te l'ai dit. Je te l'ai dit.
Elle se souvient. Elle se souvient de ses promesses et des doutes qui ont suivi. Elle se souvient de ses larmes et des colères qu'elles n'ont su éviter. Elle se souvient des cassures. Elle se souvient des cris. Elle se souvient du désir déjà trop prégnant, déjà bâillonné, enfoui tout au fond d'elle pour s’en préserver. Elle se souvient de chaque regard, chaque geste, chaque attention qui l'a un peu plus faite échouer. Il a fallu attendre. Il a fallu céder. James avait promis ce soir-là. Elle n'avait pas su le croire. Mais cette nuit, plus une seule réserve, plus la moindre prudence.
- Tu ne m’attendras plus. Je suis là, James… Je suis là, je te le promets.
Pour la première fois depuis qu’il l’a connu. Pour la première fois depuis qu’elle s’est perdue il y a dix ans. Pour la première fois, elle se reconnaît. Moira conquiert. Elle se laisse prendre. Chaque geste est contraint par l’absolu de son choix. Sous ses mains, James tremble encore. Elle se délecte de chacun de ses soubresauts, lui en impose de nouveaux chaque fois qu'il lui en laisse le pouvoir. Sa respiration s'ébranle quand il achève son bustier et Moira s'enhardit davantage, comme délivrée des derniers poids capables de l’entraver. Son regard s'enflamme. Elle attrape sa nuque de ses deux mains, animale comme il n'a jamais pu l'admirer. Envoûtée par ses désirs, elle impose son rythme, amplifie ses mouvements pour enfin le faire ployer. Ses iris le condamnent. Elle se veut maîtresse, un temps encore, se prouver qu'elle le peut, se prouver qu'il le souhaite. La musique de son souffle calquée sur le sien, elle mate ses résistances à chaque ondulation, ne laisse plus de répit à ses dévorations. Ses propres nerfs se tendent, cherchent la délivrance tant convoitée, et la prise de ses doigts s’affermit quand elle refuse de capituler. Pas encore. Pas avant qu’elle ne l’ait entièrement subjugué. Pas avant qu’il cède, qu’il abandonne, qu’il ne puisse jamais reprendre ce qu’il lui aura laissé. Une de ses mains se plaque sur le canapé derrière James, serre le tissu pour retenir ses émotions. Elle s’accroche à sa nuque, le visage dérobé dans la chaleur de son cou. Elle poursuit ses assauts, grogne de l’effort qu’elle doit déployer pour se canaliser. Mais la frontière se brouille alors qu’elle le sent s’embraser sous ses doigts. Le rythme se perd. Un mouvement. Un autre. James se tend entre ses bras. Elle le tient, elle le sait, et la sensation est plus vive encore qu’elle ne l’avait imaginé. L’air glacial brûle ses poumons. Elle se contracte, se défend, s’acharne quand la vague cherche déjà à l’emporter. James plie. Elle l’entend geindre à son oreille, et la convulsion atteint ses chairs, abrupte comme une victoire sèchement arrachée. Sa peau tressaille et la crispation atteint tous ses muscles jusqu’au bout de ses doigts. Son gémissement étouffé contre l’épaule du musicien, elle rentre ses ongles dans la toile qui crisse dans son dos comme si elle la scarifiait. Le déchaînement résonne jusque dans sa tête. Son corps succombe. Elle s’effondre, éreintée.

L’anarchie de son souffle agite sa poitrine de longues minutes sans qu’elle ne parvienne à la dompter. Le froid lèche son dos. Elle frissonne mais s’interdit de bouger. A l’abri de son regard, la tête reposée sur la naissance de son épaule, Moira se fige, paralysée à l’idée de rompre un équilibre qu’elle ne sait même pas appréhender. Elle sent les battements de James résonner dans sa poitrine alors qu’il respire tout contre elle et ses yeux se rouvrent sans oser le regarder. La réalité s’imprime sur sa rétine, avenir trouble qu’elle a peur d’approcher. L’air se rafraîchit encore. Elle se presse davantage contre la chaleur de la peau pour s’en imprégner. Son cœur s’accélère. L’inquiétude reparaît. Mais sa main retombe lentement du canapé, se glisse sur la nuque de James qu’elle effleure sans s’arrêter. Elle s’enivre de son odeur, refuse ces craintes qu’elle a trop longtemps écoutées. Les questions affluent dans sa tête. Elle refuse de les affronter.

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() message posté Dim 12 Nov 2017 - 11:59 par James M. Wilde



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Tout se tait. Tout se tait. Le chorus dans ma tête qui murmure toutes mes angoisses, l'absolu de ma déraison qui palpite dans mes veines, et enfin l'aigreur de me savoir à sa merci, étranglée dans ma gorge par les gémissements qu'elle me soustrait. Je cesse de combattre, je me laisse une dernière fois fasciner par sa volonté redevenue impériale maintenant que mes serments tordent mon ventre d'un mélange de plaisir et de peur. Je la regarde, je ne vois qu'elle. Je n'entends plus que son souffle et les mots qui produisent l'écho de nos destins emmêlés par le dessin de nos corps insoumis, bientôt rompus pourtant. Je ne me souviens plus de rien, il n'y a que sa promesse qui résonne dans ma cage thoracique, au rythme de mon cœur, qui vient remplacer l'autre qu'elle me fit et qu'elle vient de trahir. Mes mains blessées se raccrochent à son corps dans le désespoir de mon absolution, mes nerfs à vif, douloureux d'une attente enfin corrompue par un désir comblé. Pour quelles aigreurs futures ? Je ne parviens plus à me les représenter... L'après n'existe plus, il n'y a qu'un seul fil tendu jusqu'à elle, qui vibre des gémissements arrachés à sa chair brûlante. Qui enflamme la mienne une dernière fois, mourante dans le brasier entretenu par nos masques ôtés. Il n'y a plus qu'elle. Il n'y a plus que moi. Des ruines. Rien. Rien. Plus rien d'autre. Le monde s'effondre, je pense que je crie son prénom dans un souffle perturbé par la damnation que j'accepte. Qui grave tous les derniers frissons qui s'étendent sous ses doigts à chaque fois qu'elle frôle mon dos. Mon existence se trouble, il n'y a que cette conscience de la serrer contre moi dans la violence de ma passion aveugle. Je distingue les coloris passés de nos râles animaux versés à mon oreille, qui se peignent dans le crissement de la toile, écho funeste à ce que je continue d'oublier. Moi. Elle. Rien. Tout. Tout se tait. Tout se tait. Car je n'existe plus si je ne sens pas l'aveu de sa chair comblée par la mienne, dominée par nos sens enivrés. 

Je frissonne violemment. A moins que ce ne soit elle. Je ne sais plus très bien. Mon identité et la sienne se confondent, me laissant anonyme dans l'immensité du salon, la bouche échouée sur sa peau, à laquelle je m'abreuve à défaut de langage recouvré. Je ne sais pas quoi dire. Qu'est-il possible d'avouer dans la splendeur du caveau de l'humanité, où les seuls témoins qui demeurent s'enlacent pour ne pas disparaître ? Humanité rompue. Humanité foutue. Je n'en fais plus partie tant que je respire ses parfums. Mon visage se masque dans ses cheveux pour mieux maquiller la fraude anéantie. J'ai tant conscience de son corps contre le mien que ma solitude toujours invincible hurle sans discontinuer, dans l'érosion de mon désir bientôt mâtiné par la douceur qui me fait caresser sa tête avec langueur. Je la sens si fragile, dans l'absence de nos murmures, elle est plus menue que jamais contre moi. Le décharnement de sa posture brisée m'émeut et je déglutis, ravalant ma propre peur pour étreindre la sienne et la faire taire. La cathédrale de notre cérémonie hérétique me paraît hostile. Trop grande. Trop habitée par ces souvenirs qui reviennent avec la nouveauté d'un vécu trop récent pour ne pas paraître factice. Le grésillement de la ligne téléphonique. L'aplomb d'une voix étrangère. Ma fureur et les éclats de verre. Je l'étreins de ma jalousie mâle et protectrice, enserre son corps pour l'enlever du sol en recouvrant mes facultés dans une rapidité d'artifice. Je ne sais pas comment je tiens encore debout. Aller ailleurs. Voilà ma seule pensée. Réflexe de la proie qui se sent encore chassée par la réalité. Fuir. Fuir. Fuir plus loin pour oublier. Le sol paraît tangeant, impropre à nos enfers, je choisis donc d'aller perturber ceux de ces cieux toujours interdits. Si longtemps fantasmés. Je la soulève sans peine, dans le tremblement de mon corps éreinté, dans la farouche nécessité de nous rendre aux ombres de ses appartements. La lumière ici est si crue que j'ai l'impression que l'on cherche à m'arracher Moira du corps et de l'âme. Pour la dissocier de mon être et la rendre à l'indépendance qu'elle a toujours clamé. Je ne veux pas. Je ne veux pas. C'est la seule certitude qui gît, à chaque battement plus ténébreux de ces pensées qui se tressent pour devenir le monument de mon déni. J'assure ses bras autour de ma nuque, et je plonge mes iris dans les siens. Je ne pars pas. Je reste là. Nulle part où aller n'est-ce-pas ? Si ce n'est plus haut encore pour nous sauver du réel qui nous griffe, de la morsure prégnante du froid qui s'infiltre sous la bâche. Quelques pas, le son de l'intime dérangé dans l'écrin d'une nuit irréelle, je mets quelques secondes à trouver l'escalier, les yeux soudain attirés par les ténèbres qui s'y tapissent, renfermés tout en haut. Quelques notes au piano. Les accords trop lourdement plaqués. Je frissonne en la tenant plus recroquevillée encore si c'est possible. L'ascension est mutique, sentencieuse, nos respirations troublent nos silences trop graves. Il y a le seuil effleuré puis mon regard revenu à elle, celui d'un amant qui dispute le sentiment de conquête avec la sensation de profaner un terrain qu'il a toujours brûlé d'envahir. C'est un mélange d'orgueil appuyé par mes prunelles sur sa peau, le tremblement avoué de mes craintes au bout de mes doigts qui caressent son genou, la colère d'hésiter dans ma nuque trop droite. Je n'attends pas son assentiment, je le cherche pourtant au moment même où je pénètre la chambre et où la faible luminosité du rez de chaussée me dévoile le théâtre du lit proprement fait que je choisis pour tombeau à nos étreintes. La fatalité m'arrache un soupir éteint par la fièvre, j'ai chaud, j'ai froid, j'ai gagné le droit d'être ici, je ne sais toutefois pas ce que je fais là. Je la pose au sol, nos corps semis dénudés et nos vêtements absents ou froissés, voire déchirés, nous donnent l'air de créatures arrachées à un conte et projetées dans la modernité. Je n'ai pas lâché sa main, je la guide jusqu'à son lit, et lorsqu'elle s'y allonge, je la rejoins dans le même mouvement, un ensemble presque symétrique de deux êtres qui se croient indissociables. Je repose sur le côté, elle me fait face, j'ai toujours sa main dans la mienne, je caresse ses phalanges avec la gaucherie de ma condition imposée. Dans le noir, je distingue à peine ses traits. Mais je vois avec clarté ses yeux. Car je les connais. Je les connais sans mesure. Je les connais dans la passion de notre chemin de croix. Mes doigts quittent sa main, effleurent son visage, je continue à l'admirer tout en m'appropriant des droits qui paraissent hérités de ma nature bestiale et indomptée. La seule qui survive. Pourquoi n'ai-je pas toujours été ici, c'est là la vraie question. L'écho de mes pensées sonne faux, je sais que mon esprit masque d'autres évidences que je déjoue en continuant de tracer les contours du visage de Moira, comme si je lui redonnais vie, essence divine sous la pulpe de mes doigts, instrument déraisonnable de cette vie qui la retient, enchaînées par ces serments qui ont la cruauté de ne pas tonner tels des mensonges. Ça serait plus simple. Je crois. Sans doute. Je tremble. De fatigue. De cette peur que je ne m'avoue pas. Et de tous les mots qui semblent défaillir pour ne jamais percer la barrière de ma bouche. Je n'ai rien à dire. Je ne sais plus parler. Tout cela me semble accessoire, désuet, il y a trop de musique dans nos silences. Ma respiration est lourde de ce que je ne dis pas, je m'attarde sur sa joue, puis à l'ombre de sa mâchoire, mes doigts gomment les bleus dans son cou, les marques qui crient trop fort cette réalité implacable. Je glisse pour me rapprocher d'elle, mes jambes s'immiscent et s'entremêlent, mon corps a tant d'inutilité sans qu'il ne soit relié au sien. Carcasse de vaincu. L'évidence en trophée. Une lame enfoncée dans le dos qui demeure tendu. Aucune victoire quand tout est joué depuis l'aube de nos tous premiers échanges. Mon amour... L'ai-je dit ? Seulement soufflé ? Pensé peut-être. Écho d'une autre, fatalité d'un sentiment trop proche, trop invincible pour ne pas le laisser me brûler un peu. Un peu plus. À jamais. Je l'ai promis... Bien avant même qu'elle ne l'exige.
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() message posté Sam 18 Nov 2017 - 0:25 par Moira A. Oaks





Le silence implacable qui les enserre ne fait qu'accroître la cacophonie qui résonne à l'intérieur de son crâne, chœur infernal de voix écorchées qui viennent crier l'horreur exorcisée dans son étreinte, la rappeler à elle comme une partie de son être refusant le bâillon qu'elle voudrait lui faire porter. Son cœur bat la mesure d'une symphonie dissonante, la douceur des mains qui l'enserrent se confrontant au staccato des craintes qui reviennent toutes ensemble en une pluie d'épingles dans son dos. Elle se recroqueville comme une enfant, l'innocence de sa peau blanche déjà bafouée par les blessures qui parcourent son corps. La coupure sur son coude la lance de nouveau. Elle ne la sentait plus jusqu'alors. C'est tout son être qui hurle soudain de trop s'être tu, d'avoir trop parlé, de ne plus savoir que dire. Le tremblement de ses muscles réveille les meurtrissures oubliées. Elle sent la douleur qui lacère sa gorge, la brûlure sous les bleus qui colorent son cou, l'élancement dans son dos trop de fois heurté. Ses doigts se raidissent sur la nuque de James quand le froid vient encore mordre ses épaules. La réalité semble s'abattre sur elle comme un couperet trop longtemps esquivé. C'est à peine si elle distingue l’homme qui la tient dans ses bras dans la tourmente qui s'est emparée de son être, et quand elle le sent enfin se mouvoir, son corps entier se crispe en un sursaut contre lui avant de comprendre qu'il n'a aucunement l'intention de la quitter. James la soulève sans qu'elle ne livre la moindre résistance, et alors qu'elle trouve dans ses yeux les certitudes qui lui manquent, Moira laisse aller sa tête contre son épaule, ferme les paupières en même temps que ses bras autour de son cou. Elle ne demande pas où il souhaite l'emmener, semble le savoir déjà alors que la lumière chaude du salon se voit remplacée par les teintes plus crues de l'entrée. Chaque pas qui les rapproche de l’étage berce ses peurs comme pour les rendormir, les apaiser un temps encore, tant que leur parenthèse subsiste. Moira sait qu’elle se brisera. Elle entend l’extérieur qui tonne dans chaque claquement qui gifle la bâche au rez-de-chaussée, les vérités étouffées contre leurs peaux qui renaissent déjà, soufflées par les bourrasques qui s’insufflent dans son salon. Leur parenthèse brisera. Mais pas encore. Pas encore.

Le pallier grince comme une frontière qui s’offusque d’être traversée et Moira rouvre les paupières quand elle sent la tension dans les bras de James, les tremblements de ses doigts qui frôlent son genou. Elle sent l'hésitation qui le parcourt et le pincement atteint son ventre quand elle se remémore enfin le sanctuaire inviolé qu'elle s'apprête à le laisser pénétrer. Jamais un homme n'est entré dans cette chambre. Aucun de ses amants n'a même jamais vu l'intérieur de cette maison. Elle leur a toujours refusé ce droit, a gardé cette demeure comme un refuge qui ne saurait tolérer une âme de passage, un être sans substance, utilisé sans autre but que celui de répondre aux besoins d'un instant, au désir sans relief. Des passades insignifiantes pour se convaincre encore de sa séduction, des sensations brutes pour tuer le vide à l'intérieur, rencontres sans lendemain, histoires sans avenir, conservées dans le secret des hôtels de la périphérie de Londres et les appartements de ses conquêtes dont elle ne se souvient parfois même plus des visages. Certains ont tenté de s'introduire dans son antre, romantiques aveuglés par la perfection de son jeu et l'élégance de ses mensonges, des hommes prêts à crever pour l'amour qu'ils pensaient reconnaître dans ses yeux quand elle ne maquillait que la vacuité qu'ils ne savaient tordre. Ils étaient les pires, ceux qu'elle repoussait avec le moins de ménagement, ceux dont l'affection la dégoûtait avec le plus de virulence alors qu'elle les voyait amoureux d'un leurre, envoûtés par une imposture, trompés par les artifices dont elle ne savait plus se défaire. Incapables de voir. Incapable de sentir. Ils l'étaient tous. Elle s'est vue les haïr à chaque étreinte, s'est entendue les maudire à chaque souffle arraché entre leurs bras, s'est imaginée les briser chaque fois qu'ils jouissaient sur son corps, leur faiblesse laissée à nu dans chaque tressaillement relâché entre ses cuisses. Que le fade. Que le vide. Jusqu'à lui. Que peut-elle encore craindre de dévoiler quand elle se voit entièrement sue ? Quel risque prend-elle à le laisser envahir son monde quand il est le seul à avoir jamais su en distinguer les contours ? Sa main passe sur le bras de James, efface les frissons qu’elle distingue sur sa peau pour l'encourager à entrer. Il n'y a plus rien à défendre, désormais. Rien à cacher. Ni aujourd'hui, ni demain.

La pénombre de sa chambre l'enveloppe comme une étole qu'elle sent caresser sa peau alors que James la dépose lentement pour l'accompagner jusqu'à son lit. La fatigue qui pèse dans tout son corps la guide docilement jusque sur les couvertures qu'elle ne prend même pas la peine de défaire. Il la rejoint sans un mot, sa main entourant toujours la sienne comme un lien qu'ils ne pourraient rompre sans définitivement se perdre. Elle le regarde sans discontinuer, enfermée dans un entre-deux qu'elle ne sait pas comment appréhender. Les promesses de lendemain s'étiolent tout en s'accrochant à sa peau. Le silence qui reparaît siffle comme une menace qu'elle combat sans jamais achever. En bas, les claquements de la bâche se sont pourtant éloignés. Elle et James semblent s'être terrés à l'étage pour fuir un ennemi qui viendra inévitablement les débusquer, pour voler chaque seconde qu'ils peuvent avant que tout ne s'effritent entre leurs mains liées. Moira sent la caresse de James sur ses doigts, mais elle n'y répond pas. Elle ne fait que le regarder, détailler ses traits pour y trouver les certitudes qui lui manquent, chaque assurance glissée entre ses lèvres qu'elle sent encore parcourir sa clavicule. L'ombre que son corps projette dissimule la moitié du visage de James, et le portrait qu'elle peint lui paraît pour la première fois ne pas correspondre à l'homme qui git avec elle sur sa couche. Car il l'a laissée le voir, il l'a laissée admirer toute sa difformité jusqu'à la lui offrir quand elle l'a exigée. Il n'a plus menti. Il n'a plus triché. Plus de part de lui honteusement camouflée. Plus de rôle à jouer. La pâleur de sa peau la frappe dans la lumière blafarde qui traverse la fenêtre de sa chambre. Il a gardé son jean. Elle voudrait se débarrasser du cadavre de sa robe mais s'interdit de bouger, comme si le moindre geste pouvait rompre les liens qui la maintiennent dans cet équilibre fragile qui l'empêche de s'effondrer. Les doigts de James se glissent contre sa joue. Elle a l'impression de le voir dessiner toutes ses failles, garde les yeux ouverts pour ne pas se dérober. Il repasse sur les ecchymoses, y revient toujours comme pour reconnaître le drame qui les a reliés, puis il s'approche enfin, retrouvant sa peau comme une amante entièrement conquise. Les bras de Moira se glissent tout juste au-dessus de ses épaules quand elle se fige soudain, une seconde qui s'étire comme l'écho des mots qu'il a à peine prononcé. Sa voix tourne dans sa tête, répète son soupir comme pour se convaincre qu'elle ne l'a pas imaginé. Mon amour... Le mot s'imprime dans son crâne pour ne jamais le quitter. Moira s'abyme dans ses pensées, n'écoute que le souffle de James quand elle peine à retrouver le sien. Sa respiration tremble un instant encore, avant que sa main ne remonte la nuque du musicien pour se glisser dans ses cheveux, l'hésitation bientôt balayée par la caresse de ses doigts. Mon amour... Elle l'a entendu tant de fois, confié par tant de bouches différentes. Mais elle croit enfin en retrouver le sens.  

Les heures s'éteignent les unes après les autres sans qu'elle ne soit parvenue à trouver le sommeil, hantée par les mêmes sons qu'elle entend comme hurlés depuis l'entrée. Le claquement lourd de sa porte. L'éclatement du verre rentré dans son coude. Les cris de Welsh. La baie vitrée. Le bruit sourd du coup contre l'arcade de James. Leurs deux corps heurtant le plancher. Les déchirures. Les hurlements. Toute la violence rentrée dans son crâne comme une gangrène prête à tout empoisonner. Et dans son dos, elle sent venir la chaleur d'un jour déjà trop retardé. Ses yeux se rouvrent pour découvrir les nouvelles teintes qui imprègnent sa chambre, le camaïeu de gris dilué dans les premiers rayons d'une matinée que Moira n'a fait que redouter et qui s'immisce dans leur retraite encore bien trop tôt. Bien trop tôt... Ses gestes s'affermissent sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte, sa main toujours dans les cheveux de James appuyant sa caresse comme pour l'empêcher de l'oublier. Elle le sent se tendre presque imperceptiblement. Il sent l'aube, lui aussi, et avec elle les promesses d'un autre jour qu'ils ne peuvent éviter d'affronter. Les craintes si difficilement tues fouaillent leurs ventres à leur donner la nausée. Combien de temps encore avant que tout ne vacille de nouveau ? Combien de temps ? Attendre la fin est un calvaire. La savoir si proche est infâme. Sa main descends sur sa nuque. Elle s'entend murmurer :
- Je sais.
Deux mots pour conjurer l'illusion. Une évidence qu'elle accepte pour seulement choisir quand elle interviendra. Son souffle tremble alors qu'elle glisse son pouce le long de son cou. Elle se recule avec une telle douleur qu'elle croit un moment ne pas parvenir au bout de son geste. Elle cherche le regard de James, mais ne le force pas à lever les yeux. Sa peine se heurte à la conscience d'avoir toujours su comment cela se terminerait. Il doit partir. Il ne peut pas rester. Il reste trop d'ombres. Trop de choix auxquels ils doivent encore se plier. Leur parenthèse faiblit. Elle se brisera, elle le sait.  

©️ ACIDBRAIN
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MEMBRE

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() message posté Sam 18 Nov 2017 - 10:02 par James M. Wilde



« Please me
Show me how it's done
Trust me
You are the one
I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart »

Moira
& James




Les mots échangés ne peuvent être repris. Ils n'ont pas le pouvoir d'être remplacés. Rejetés. Reniés. Ils se gravent dans l'altérité d'une autre mémoire et ne nous appartiennent déjà plus. Transitent et transigent jusqu'à nous destiner d'autres avenirs dont on osait à peine rêver. Pourtant j'ai appris à mentir. Jouer. Maquiller mes crimes de mes emphases, redessiner le trouble de mes errances à chaque cri, les colères comme parade pour cette absence qui me ronge, blessure que je dissimule et qui finira par me tuer. Chanter n'est pour moi qu'une autre façon de rejouer quelques minutes ce que j'ai su graver au passé de mes rages. Croire un seul instant être un autre et ne plus me regarder à chaque souffle. Ne plus me juger à l'aune de mes manques, ne plus déformer mes phrases pour les rendre tous sourds et que dans la cacophonie dont je me pare ils ne puissent deviner le silence qui m'accable. Mais ce soir j'ai cessé d'être un autre. Ce soir pour elle, j'ai accepté de me laisser voir pour exister dans toute la monstruosité de mon être. Ce soir... Entre ses bras, la survie s'est affadie, le rêve s'est transformé, je me suis aperçu que je vivais encore. Encore. Encore un peu. Pour elle. Par elle. En elle. Dans le regard qu'elle me porte alors qu'elle caresse mes traits. Dans ces gestes qu'elle se permet pour venir troubler les frontières et les faire disparaître. J'existe. Et ça ne fait pas aussi mal que je ne l'aurais cru. Pas depuis qu'elle m'a serré contre elle, pas depuis qu'elle m'a supplié de rester. Demeurer ici, à l'orée de ses yeux. Demeurer moi, encore un peu. Sa main joue dans mes cheveux et je me berce de la sensation d'être revenu des limbes, revenu d'un long séjour qui m'avait arraché à ma conscience, abandonné au vide qui rugit sous ma peau. Sous ma peau... C'est elle désormais. Je m'abandonne à l'idée d'être enfin rentré chez moi quand j'en suis parti il y a bien trop longtemps. Et sous l'assurance de sa douceur qui dessine les mots tendres qui se sont oubliés par ma bouche pour la rejoindre, je ferme les yeux. Je suis en sécurité. Enfin...

Le monde disparaît, alors que j'ai pris l'habitude de le quitter, c'est lui qui me rend à un sommeil sans rêve, paisible, où le bonheur envisagé pénètre mes chairs alanguies, ma respiration qui vient grâcier sa peau meurtrie. Je repose, je la sens contre moi, conscience de cette autre qui me rend à la vie, me met au monde une seconde fois, sans ne plus y paraître décalé. Ma main entremêlée à la sienne, les mots et les promesses au creux de l'âme qui se répare à l'ombre des nouvelles confidences qu'elle m'a forcé à dévoiler pour corrompre son sein, m'y graver, remplacer les mots qui furent joués par ma voix bientôt embellis par ce langage que seul mon corps connaît. Contre le sien. Le noir qu'elle vient habiter à mes côtes, les ténèbres percés par la lumière qui ne dissimule aucun juge... Nos souffles enlacés, cadence des contours de la solitude si longtemps éprouvée. Un. Puis deux. Deux. Pour exister. Encore... Encore un peu.

Si mes paupières s'entrouvrent, ça n'est que pour cueillir ses nuances qui habillent ses cheveux. L'aube dessine un délicat manteau sur nos deux silhouettes abandonnées à leurs douleurs conjuguées. Je ne réalise pas. Jusqu'à ce que sa main imprime ses craintes sur mon épiderme pour y lover les sursauts du désespoir que dessine la fadeur d'une journée éclose. Mon calme trahi, débusqué jusqu'au coeur de mes illusions bientôt déjouées par les obligations que j'ai soigneusement évité d'affronter en me rencognant dans le sommeil. Le nom d'Isolde glisse dans ma tête une musique presque étrangère et mes iris se ternissent, oubliant les couleurs d'un rêve pour s'habiller du deuil d'autres serments bafoués. Les mots de Moira sont un outrage, je les reçois avec plus de brutalité qu'elle ne les a prononcés. Je préfère m'arranger avec la vérité, les syllabes distinguent un rejet dans mon corps qui se tend, car elles m'évitent ainsi de n'avoir à le coucher sur sa peau que je cesse de frôler. Temps d'arrêt de mes erreurs, la douleur me redonne un masque qui me paraît bien trop lourd à arborer. Son corps me quitte, recul d'un renoncement de plus, de trop. Mon regard trouve le sien par inadvertance, partagé par la peine et ces mensonges déjà murmurés en pensées, déchiré par la réalité et le mal qui s'y tapit toujours, déjà prêt à me mordre pour de nouveau m'empoisonner. Une seconde pour porter une condamnation que je lui consacre dans la froideur de la chambre, trop solennelle pour être ignorée, trop brutale pour être justifiée. Une seconde pour rattraper tous les avenirs et les voir mourir dans l'écrin de cette nuit refermée quand je détourne la tête et me lève sans parler. Mes mains tremblent de toutes les perspectives devenues étrangères, je ne sais plus comment dissimuler en sa présence car elle a tout fait pour me l'interdire à jamais. Alors je ne dissimule rien, ni la peine, ni la douleur, ni la colère. Et encore moins ce geste qui ponctue les pas qui m'éloignent déjà. Du lit. De l'intimité de cette chambre. D'elle. Et du mirage qu'elle a eu tort de me faire miroiter. Je dépose mon briquet dans un claquement sourd sur le dessus de la commode, celui qui arbore fièrement mes initiales, fatuité de ce passé dans lequel je me drape, trop droit, trop sclérosé dans la désertion de mon orgueil. Lui aussi m'a été dérobé. Tout comme ces rêves déjà meurtris par la blessure de mon éveil. Revenu à la mort, je réajuste mes fringues, m'approche du seuil sans hésiter, laissant derrière moi la négation de toutes ces promesses que je ne peux plus retirer. Attends-moi... J'ai promis de ne pas m'en aller. Attends-moi... Mes mots sont bien plus durs :
_ Je reviendrai le chercher.
Mes pas précipités dans l'escalier, la porte qui claque d'une disparition trop temporaire, je quitte la scène de mon crime pour nier l'avoir jamais commis. Mais sa mémoire ne sera jamais effacée... Si la mienne s'est habituée à mes mensonges, mes avenirs sont gravés dans ses souvenirs qui ne m'appartiennent plus. Avenirs à deux, dénigrés mais impossibles à effacer. Deux pour les supporter. Plus qu'un pour les enterrer. Deux. Un. Le moteur couvre ces espoirs que je n'ai pas su dire et que pourtant elle sait. Car je les ai rêvés tout contre elle.
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Undisclosed desires _ James & Moira
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