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Welcome to the FireHouse BFF(F)

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# Welcome to the FireHouse BFF(F)
message posté Dim 9 Juil - 22:49 par Frank Turner
Frank & Ethan Welcome to the FireHouse BFF(F)Je n'aime pas les gens ! Et si l'on s'arrêtait à cette réplique, l'on pourrait aisément croire que je suis du genre pas sociable ! Je vous concède une part de vérité dans cela. Il est vrai, que je ne suis pas le genre de type que l'on sort avec entrain. D'ailleurs rare sont ceux qui me sortent. Je suis à Londres depuis une vingtaine d'années environ et pour tout, vous avouez, je me suis fait peu de véritables amis. Toujours adepte de l'approximation, je vous dirais qu'on peut les compter sur les doigts d'une main (la gauche). C'est encourageant hein ? Après si l'on ajoute les collègues et autres, bien sûr que le cercle social s'agrandit, mais pour moi ça ne compte pas. Je n'accorde du temps qu'aux victimes et à mes amis et comme eux sont peu nombreux, je suis forcé de reconnaître que mon boulot a une place plus conséquente sur ma vie privée. Ma vie est si palpitante, je vous jure ! Quoique ces derniers temps l'ironie tente à disparaître, au profit d'un emploi du temps assez chargé. Ça commence par la fusillade. Pas de morts, juste une bande d'adolescents en panique pour la plupart et quelques petites blessures. Sans réfléchir, j'ai dégainé la cape de super-héros et me suis précipité à l'intérieur. Mes collègues parlent d'inconscience, d'héroïsme pour pallier à un manque de reconnaissance…Je les emmerde tous autant qu'ils sont à penser que je ne suis qu'une tête brûlée en mal de sensations fortes. Des vies étaient en danger, le temps de la réflexion était un luxe que nous ne pouvions nous payer, alors j'ai foncé. La balle s'est logée dans mon épaule, rien de grave. Bon de vous à moi, j'ai douillé sévère et je douille encore pas mal. Je remercie toutefois l'inventeur de la Vicodine et un collègue concilient qui m'en a apporté il y a peu. Ne manquant pas de me sermonner d'avoir quitté l'hôpital comme un voleur. Ai-je oublié de préciser que j'en ai fait qu'à ma tête, encore une fois ? Vous l'aurez compris, les ordres ce n'est pas mon truc, mais je peux toutefois me prémunir de la moindre attaque et vous dire que si j'ai mis les voiles, c'est pour la bonne cause. Et si toutefois, j'ai encore quelques détracteurs, je les emmerde tous autant qu'ils sont. C'est dit !

Mon visage porte encore les stigmates des coups. Rien de bien méchant que l'on se rassure, une coupure à l'arcade sourcilière gauche et à une lèvre inférieure. De nous deux, c'est l'autre connard qui a pris le plus. Quel autre connard me diriez-vous ? Hey, je ne vais quand même pas tout vous servir sur un plateau doré. Un peu de suspens que diable ! Disons que j'ai cassé la gueule à un pervers narcissique et que je peux me féliciter d'avoir encore joué les héros, sauf que cette fois, je m'en balance totalement. Mon esprit est ailleurs pour ne rien, vous cachez et à cet instant, c'est de la présence d'un ami dont j'ai besoin et pas n'importe lequel. Ethan Hemsworth ou mon BFFF. Ne cherchez pas à comprendre, c'est un code entre nous et mieux vaut ne pas comprendre croyez-moi. Ce type est un ami, non que dis-je, c'est mon pote, l'un des doigts de ma main gauche. On s'est rencontré il y a plus d'un an, mais passé la petite embrouille de moto (oui, je n'aime pas que l'on approche ma bécane d'un peu trop près) et les quelques verres que je lui ai ensuite payé, j'ai compris très rapidement que ce gars deviendrait un pote, le genre qui pourrait aisément me faire sortir malgré mon caractère d'ours mal léché. Le genre que l'on se plaît à nommer bro en toute circonstance. Le genre que l'on appelle quand rien ne va. Bon, j'avoue que rien ne va, mais que par le biais des quelques sms que nous avons échangés, je n'ai rien laissé paraître. J'ai encore un peu de fierté quand même.Je ne suis pas ce genre de personne de toute façon. L'excuse d'un bœuf entre pote et d'une aide pour des travaux achevés serait suffire pour le faire débarquer. Ça et une bonne bouffe doublée d'une bonne boisson cela va de soit.

Oui, les travaux étaient achevés depuis quelques jours. Rachel désireuse de me faire une petite surprise, avait fait appel à des professionnels pendant ma courte convalescence pour terminer les travaux, me délestant ainsi de cette charge devenue, pesante, je le confesse. La firehouse était donc à présent terminée. L'ascenseur du bas fonctionnait à merveille. La cuisine à l'américaine me rappelait sans cesse mon chez-moi américain. L'îlot centrale, où la belle promesse de soirée conviviale lorsque le mode « sociable » sera activé. Tout était parfait, à sa place, mais il manquait quelque chose…quelqu'un. Rachel avait mis les voiles le lendemain de la soirée de cauchemar, 48 h auparavant. Depuis je n'avais que très peu de nouvelles. Le strict minimum dira-t-on, mais pas assez pour moi. La savoir dans un hôtel, loin, sans protection, ne me rassurait pas, vraiment pas du tout. Mais je devais m'y faire, c'était sa décision. Mon portable vibra à nouveau, me sortant aussitôt de mes pensées confuses. Une fois encore mon BFFF me pondit un roman, qui eut l'effet de me faire sourire aussitôt. Sacré Ethan, je ne pouvais ne pas lui répondre, c'était évident.

« Aller le BFFF, ramène-toi avec le matos, je t'attends avant le coucher du soleil. C'est connu, les meilleures bières se sirotent avant le coucher du soleil. Et c'est quoi cette histoire d'opération secrète avec tonton Ethan ? Bowie n'a rien voulu me dire… Mouais te connaissant, j'ai de quoi flipper. Aller à toute. Le code de l'entrée, c'est 2829. Oui, j'ai un digicode pour moi tout seul. Le summum de la branchitude hein ?! Par contre, n'aie crainte, j'ai un peu la gueule dans le cul + mon plâtre, on peut dire que je ne suis pas très swagg. Faudra faire avec. Mes amitiés à Madame ! »

J'ai pressé la touche « envoyée » sans prendre le temps de me relire. Puis, non sans difficulté, j'ai quitté mon Oxford, un vieux fauteuil club en cuir marron, style vintage que j'ai payé une blinde, mais dans lequel mon cul aime se poser. Puis, je me suis dirigé vers mon tourne-disque, y ait glissé sans surprise « Ashes to ashes » de Bowie attendant patiemment l'arrivée d'Ethan à qui j'avais beaucoup de choses à raconter.
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Guyliner.

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# Re: Welcome to the FireHouse BFF(F)
message posté Mer 23 Aoû - 0:40 par Ethan I. Hemsworth



BEST
FUCKING
FRIENDS
FOREVER

Je n’ai pas beaucoup d’amis. Je n’en ai jamais eu. Je pourrais m’étendre sur tout un tas de défauts, m’épancher sur mon enfance de paria et terminer mon monologue sur une morale mielleuse à base d’on est tous différent et il faut s’accepter les uns les autres. Mais non. Je n’en ferai rien. En vérité, je n’ai pas eu une enfance si anormale que ça, si l’on considère qu’avoir un frère en hôpital psychiatrique n’a rien de trop dingue. Je n’étais pas le petit gamin réservé toujours en marge, dans son coin. J’ai même toujours eu une sacrée grande gueule. Il n’empêche que je peux compter mes amis sur les doigts d’une main. Et ça d’aussi loin que ma mémoire s’en souvienne. Quoi que, est-ce qu’un ancien beau-frère compte ? Ce n’est pas censé être une pièce rapporté à la famille ? Et une patiente ? Je parie que c’est très peu recevable sur l’échelle de l’amitié, et je ne parle même pas de celle du professionnalisme et de l’éthique. Ces deux-là je les emmerde royalement depuis que je travaille en tant que psychologue. Parce que je les aime, ces gamins. C’est là tout le paradoxe : je peux me foutre royalement des gens, je peux être un sacré connard quand je veux -diriger une banque, ça aide-, mais eux, je les aime. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi. Je les regarde comme je regarderai mon frangin. Je le vois souvent en eux parfois. Ca doit expliquer bien des choses en fin de compte. Mon frère… C’est la raison principale au fait que mes proches sont triés sur le volet. Très longtemps nous n’avons été que tous les deux, sans trop d’enfants autour de nous, ceux s’aventurant à jouer avec nous étant rares. Ouais, les mômes peuvent être cruels. Ils l’étaient avec Adam, « Adam le barjot ». Pour moi seul mon frère comptait, alors s’il était seul, je tenais à l’être avec lui. Les choses se sont améliorés au lycée, j’ai rencontré une fille, ses amis sont devenus les miens ainsi que ceux de mon frère peignant souvent avec elle pendant que les autres et moi-mêmes répétions. Un groupe, ouais, carrément. Je crois que ma sociabilité a atteint son pic à cette époque-là. Après ça, il y a eu l’Australie, Amanda, l’intime conviction que j’aurais pu vivre en parfaite autarcie avec elle et rien qu’elle. C’était sans compter sa fratrie nombreuse bien sûr, mais elle constituait la majeure partie de mon cercle sociale. Pourquoi je raconte tout ça ? Peut-être parce qu’en arrivant à Londres, je pensais que ce serait encore pire. Ca l’a été dans un sens, impossible de compter les soirées passées seul à cuver dans un bar, à chialé la perte du grand amour de ma vie. Puis un petit miracle s’est produit. Ce petit miracle s’appelle Frank. Sans lui, il n’y aurait peut-être pas eu d’Indianna, ni d’Helga, ni aucune autre amitié. Je serai surement resté au chaud dans ma solitude. Enfin, si je dois rendre justice à cette histoire, c’est plus à sa Harley qu’à Frank lui-même que je dois tout ça, à commencer par notre amitié. Une bécane somptueuse, autant que la mienne, celle que je venais de vendre à l’époque. Pas que j’en avais eu envie… Elle était là, pile sur mon chemin, reluisante. Je me souviens avoir marché, l’air de rien, puis être revenu sur mes pas, ne pouvant pas passer à côté. Je n’ai pas mis les mains dessus, j’ai quand même des manières ! Mais putain, c’était pas l’envie qui m’avait manquée ! Le fameux Frank en revanche, je crois bien qu’il a manqué de m’en foutre une. Ce que je comprends. Qu’un inconnu reluque votre bijou avec insistance, d’une c’est louche, de deux ça flatte autant que ça agace. On sait que le type est super envieux, oh ça je l’étais, béa d’admiration, complètement perdu dans ma nostalgie, mais on souhaite juste qu’il s’éloigne. Je m’en serai sûrement collé une à sa place, parce que je n’aurais pas été d’humeur à taper la causette, sûrement pas, alors que ce genre de type espère souvent le contraire. Ils sont là à vous tenir la jambe pour vous entendre baragouiner tout plein de termes techniques dont ils pigent à peine la moitié… Je ne lui ai toujours pas demandé si c’était parce que moi je m’y connaissais vraiment, ou si ma belle gueule m’a sauvée, pour qu’il fasse l’effort de me taper la discute plutôt que de me virer. Ça a d’abord chauffé bien sûr, mais c’est ce qu’il a fini par faire. Sans ça je n’aurais toujours pas d’autre meilleur ami qu’Adam.

Aller le BFFF, ramène-toi (...) Le code de l'entrée, c'est 2829. Oui, j'ai un digicode pour moi tout seul. Le summum de la branchitude hein ?! Par contre, n'aie crainte, j'ai un peu la gueule dans le cul + mon plâtre, on peut dire que je ne suis pas très swagg. (...)

Ca, ce n’était que le énième sms échangé, sans doute le plus court, et surtout une invitation que je ne pouvais pas décliner. La dernière phrase avait toute son importance, la partie « pas très swap » précisément. Un détail ? Non. Le détail qui me poussa à enfiler ma plus belle chemise et mes pompes italiennes. J’hésitais à oser le veston pour en ajouter une couche mais abandonnai l’idée, ne voulant pas être trop mauvais. Je me voyais bien lui afficher tout mon swap en pleine figure, juste pour le plaisir. Ca le ferait sûrement rire, je l’espérais, parce qu’il en avait bien besoin. Ouais… Dans tous ces sms, beaucoup d’évènements s’étaient entremêlés. Un ‘’connard narcissique’’ tout d’abord avec lequel il s’était battu, une fusillade dans un collège dans lequel il était intervenu, s’était blessé au passage, et finalement, une femme. Je dois avouer que c’était elle qui me rendait le plus curieux, mais aussi le plus inquiet. Cette histoire sentait l’amour impossible à plein nez. Je me demandais si je devais vraiment abandonner ma mission avec Bowie, lui qui voulait trouver une amoureuse pour son père.

Frimeur !

Tapai-je vite fait avant de filer. Je n’avais plus de superbe Harley moi, rien que mes pieds. En bon irlandais, j’étais sûrement sensé prendre la voiture pour faire dix mètres, alors traverser Londres d'est en ouest à pieds… Seulement j’avais pris la voiture tous les jours pendant plus de dix ans quand je vivais en Australie, j’en avais marre. Trop de pensées m’assassinaient tout le temps l’esprit pour que je me concentre sur la route de toute façon. Je marchais d’un pas pressé, ne voulant pas faire languir le BFFF trop longtemps, essayant de remettre tous les éléments concernant ses dernières mésaventures en ordre, partagé entre l’excitation de le voir et l’inquiétude de ce qu’il pourrait me révéler. Au premier Italien croisant ma route, je m’arrêtai pour commander deux pizzas -j’avais promis de me charger de la bouffe- et cherchai le numéro de la caserne non loin de là. Ouais, une caserne. Monsieur ne se refuse rien. Comme il m’avait fait de la peine avec son bras dans le plâtre, et qu’apparemment c’est un devoir moral de soutenir nos héros nationaux, je transportais avec moi une petite sacoche pleine d’outils pour l’aider à avancer ses travaux. Je n'avais rien dit quand il avait fait allusions aux travaux restants et à son bras plâtré dans un de ses sms, préférant le surprendre.

28/29 c’est l’âge que tu prétends avoir quand tu dragues ?

C’était juste pour l’informer de mon arrivée imminente. Sacoche sur l’épaule et pizzas sous le bras, un air de musique très familier m’accueillit avant le maître des lieux.

« T’en as jamais marre de celui-là ? »

De la pure provoc’. Bowie, c’est sacré ! J’aime bien, bon, je penche plus pour Iggy, mais ça, je me garde bien de le dire devant Frank. Ouais, Bowie c’est son Dieu. Dire que n’importe qui est mieux que Bowie dans la maison de Frank c’est commettre un blasphème. En parlant de la maison de Frank…

« Bordel de merde. Tu t’es bien foutu de ma gueule. »

Je soulevais ma sacoche à bout de bras pour lui montrer tout l'attirail à l’intérieur. Inutile donc. Sans tout cet encombrement, je me serai volontiers arrêté chez un fleuriste. Un bouquet de roses bien "ringard" pour fêter notre bromance. Mais entre le romantisme -je ne peux pas accepter que les roses soient ringardes- et la faim, il fallait bien choisir ! Pas sûr qu'il mérite ni les fleurs ni la pizza par ailleurs. La firehouse n’avait plus rien du gros chantier qu’elle était la dernière fois que j’étais venu. Je n’avais pourtant pas rêvé, il m’avait bien parlé de travaux à faire. Bordel de merde Je cherchais déjà les instruments des yeux. De là où j’étais, je ne voyais qu’une impression globale du lieu et c’était déjà dingue ! Je me demandais ce que donnait le studio de répète de ses rêves. M’avançant un peu dans l’espace, je déposai les pizza sur le comptoir de cuisine, explorant au passage, toujours sous l’aval du propriétaire.

« T’as une marraine la bonne fée ? »

J’ignorais encore avoir tapé dans le mille.  


EXORDIUM.
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# Re: Welcome to the FireHouse BFF(F)
message posté Mer 23 Aoû - 23:48 par Frank Turner
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« Ashes to ashes » continuait à tourner sur le tourne-disque, laissant quelques notes enivrer la pièce. J'arrive presque à m'imaginer vingt ans en arrière, face à la mer de San Francisco, lors de ce que l'on pouvait appeler à l'époque, des soirées dansantes. Oui, je sais, le terme paraît peut-être un peu désuet. Mais pas autant que la multitude de cocktails qu'ils servaient à ces soirées d'été. Il y en avait pour tous les goûts. Fraise, pomme, pastèque, chocolat, banane et j'en passe et des meilleurs. Nous assistions même à quelques mélanges d'étonnants qui conduisaient certains à se précipiter vers la plage ou dans les bouées pour vomir cette indigeste potion. Ah les années 80 ! C'était bien, c'était audacieux, c'était kitsh. Tout ça pour en revenir à « Ashes to ashes » qui continue à tourner sur la platine. Quelle histoire me diriez-vous ! Voilà que le Major Tom de Space Oddity, l'astronaute perdu dans l'espace se transforme ici en toxico en plein délire. « We know Major Tom's a junkie » Ceux qui arrivent à me fréquenter, connaissent ma dévotion pour David Bowie. Une dévolution qui m'a poussé à offrir à mon fils, en guise de deuxième prénom, le patronyme d'un génie. À sa mort, j'ai décidé de me remettre aux vinyles et me suis procuré toute une collection de disques que je me plais à écouter sur cette machine qui ravit mes oreilles. Je suis un nostalgique, par chance Bowie est encore trop jeune pour me traiter de Has-been, ce que je ne suis pas voyons. Oui, je ne suis pas du genre mp3, mp4 ou que sais-je encore. D'ailleurs, si je le pouvais, je me procurais un walkman pour écouter mes cassettes. Bon ok, je suis un de ceux qui pensent que « c'était mieux avant » Ceux qui n'ont pas connu les quarante-cinq tours, les walkmans et les cassettes, ne peuvent pas savoir, ils ne peuvent pas comprendre. Personne ne le peut d'ailleurs ! J'ai commencé à écouter Bowie quand j'étais plus jeune, comme des millions d'adolescents, j'imagine. Je ne saurais vous dire pourquoi lui et pourquoi sa musique, alors que les autres se cantonnaient aux Michael Jackson, Madonna et autres icônes de la décennie des 80's. Bien sûr je n'y étais pas insensible, cependant le seul qui avait grâce à mes yeux se nommait entre-autre Ziggy Stardust « Heroes » me faisait rêver, « Space Oddity » planait et « Life on Mars » me procurais mille et une sensation, que j'étais tout bonnement incapable d'expliquer. J'écoutais Bowie souvent, mais plus encore lorsque j'allais mal. Son génie, sa folie, sa musique offraient plus de couleurs à ma vie, du moins à l'une des périodes les plus sombres de ma vie. Ce n'est peut-être pas anodin que je l'écoute encore aujourd'hui.

Mon portable vibra à nouveau. Peut-être, devrais-je opter pour le mode normal, au risque de passer à côté d'appels importants. C'est une habitude chez moi, j'ai cette fâcheuse tendance à toujours mettre mon portable en vibreur. Il est sûrement temps de prendre de nouvelles habitudes. Ainsi, je déverrouille l'écran tactile de mon portable qui laisse apparaître en guise de fond d'écran, le visage de Rachel et le mien par extension. Je me souviens encore de ce selfie, près du musée de Madame Tussaud. Oui, en bon anglais d'adoption que je suis, je ne pouvais me résoudre à ne pas lui présenter ce musée, qui nous a bien fait marrer au passage, et ce, malgré la horde de touristes (merci les vacances d'été) et la chaleur. Si j'avais su, j'aurais opté pour des sandales types spartiates, au lieu de me taper les vieilles converses et le jean qui va avec. Personne n'a jamais pensé à inventer un ventilateur de poche en de telles circonstances ?! Et alors que je me souviens encore de nos blagues d'adolescents, je me laisse peu à peu dévorer par cette triste mélancolie inhérente à la nostalgie d'une période révolue. Par chance, en m'enquérant de l'arrivée de mon nouveau texto, je ne puis m'empêcher de réprimer un léger sourire. Ethan encore et toujours cet abruti. Le seul capable de me faire sourire à cette heure. D'ailleurs et ce même, si je le voulais, je ne saurais vous expliquer notre lien, tant il est atypique. Je ne connais Ethan que depuis une année à peine, mais à nous voir ensemble, l'on pourrait aisément croire que nous nous connaissons depuis des années. Nos histoires se ressemblent elles aussi, j'imagine que c'est pour ça que nous nous sommes si bien trouvés. Je m'enquiers donc de son message, certainement le plus court jamais reçu, mais pas assez pour me délester de l'envie de lui envoyer un autre micro roman de mon cru.

« Frimeur moi ? Depuis, quand tu me prends pour un gros Bill ?! Namého ! Je pourrais frimer lorsque tu auras laissé parler ton côté artistique sur ce merveilleux plâtre qui grime mon bras gauche ! Je suis sûr que je pourrais en tirer un bon prix sur Ebay. Frimeur ! Pfff »

Sans hésiter j'appuis sur « envoyer » et déjà je me sens mieux, fier de nos gamineries. Il faut quand même que je range un peu, certes les travaux sont finis, mais la tasse de café, le verre et la bouteille bien entamé de Jack Daniels me semble en trop sur la table basse du salon. Ni une ni deux, le surplus disparaît non sans mal. C'est fou tout ce que je fais avec ma main gauche d'ordinaire. Euh…. Oui, j'imagine que dit comme ça, c'est comme qui dirait un peu louche. Passons, c'est mieux comme ça. Je rejoins dès lors la cuisine et constate presque avec surprise que le frigo est plein. « -Rachel ! » murmurais-je pour moi-même avant de sortir de quoi se faire un petit apéro. « -Je vais lui faire un super cocktail tropical tiens ! Avec de la pastèque » Oui, je parle seul, ça m'arrive, mais que l'on se rassure tout va bien. À noter aussi ma nouvelle addiction à ce fruit gorgé d’eau. Je vais quand même ne pas me risquer à me faire amplement charrier. Finalement, il n'y a rien de mieux que deux bonnes bières bien fraîches et peut-être même une bonne bouteille. Mais out le grand plateau, avec un bras dans le sac ce n'est même pas la peine d'y penser. J'entreprends donc plusieurs aller-retour entre l'îlot central et le grand salon où je dépose tout sur la table basse qui fait face à mon imposant canapé. Punaise, je l'ai payé une blinde celui-là, mais ça valait le coup. Canapé qui ne vaudra toutefois jamais mon fidèle Oxford, style vintage.

Et voilà que mon portable sonne. Je n'ai tellement plus l'habitude de l'entendre agir de la sorte qu'il me faut bien trois voire quatre secondes pour percuter. Ethan encore et toujours et de toute évidence, il semble être arrivé à bon port. J'ai d'ailleurs à peine le temps de lire le message que l'on frappe déjà à ma porte. Sans attendre une seconde de plus et le sourire aux lèvres, je me précipite vers la porte pour faire face à un Ethan de toute évidence bien équipé. « -Pour ta gouverne, c'est 35/37 mon échelle de drague. Et on peut dire que Mr est très swagg en plus de ça. Tu l'as fait exprès hein ?! » dis-je gaiement en lui faisant de la place pour le laisser entrer. Et à peine arrivé, le voilà déjà en train de remettre en question la playlist musicale. Attention Ethan, tu t'aventures en terres hostiles là ! « -C'est une déclaration de guerre là ! Bowie c'est sacré, et même si à présent, il bouffe les pissenlits par la racine, je continuais à lui déclarer mon amour. Même bon, je te tolère, Iggy Pop ce n'est pas si mal » Je savoure l'instant pour mieux me foutre de sa pomme en le voyant constater que le sac d'outils qu'il porte à son épaule est de trop. « -Il me fallait bien une excuse pour te faire bouger tes petites miches. Et puis voir la tronche que tu tires, ça n'a pas de prix. » Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'avait pas fait les choses à moitié, le contenu de sa sacoche en disant long. « -Ah comme c'est mignon ! Perso, je préfère les pizzas aux outils, mais c'est original. Tu veux que je les mette dans un vase ?! » dis-je en continuant à le charrier gentiment. « -Fais comme chez-toi en tout cas. » Je l'accompagne vers l'îlot central le laissant déposer les pizzas sur le comptoir avant qu'il ne se retourne pour me poser la question qui tue.

« - Ouais ça se pourrait bien » J'avance vers le frigo cogitant déjà à ce que je pourrais dire de plus tout en me saisissant de deux bières. J'en tends une à mon comparse. « -Savoure, de base, je voulais faire des cocktails à la pastèque, c'est ma nouvelle lubie. » Puis je ne sais pas pourquoi, je suis devenu un peu plus sérieux « - C'est Rachel qui a fait appel à une société pendant que j'étais à l'hosto contraint à bouffer la merde et à rester sagement allongé. Tu sais, elle bosse au GOS. Tu as certainement déjà dû la croiser. Elle est en pédiatrie. Pas grande, magnifique pourtant, les cheveux sombres, regard pétillant, une petite cicatrice sur la lèvre inférieure. Enfin bref ! Les gars ont vraiment du sacré boulot. Ils m'ont même installé cette foutue climatisation. Et comme tu le vois, on a de la place, beaucoup de place. » Oui vous l'avez remarqué, j'essaie non sans mal, de dévier le sujet histoire de ne pas passer pour le gros blaireau amoureux et triste d'être confronté à l'impossibilité d'un tel amour. D'ailleurs, qui a parlé d'amour ?! « -Alors, comment tu trouves ?! »
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