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Most of what you see my dear is worth letting go _ Indianna&James

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# Most of what you see my dear is worth letting go _ Indianna&James
message posté Mer 11 Oct - 18:20 par James M. Wilde



« Most of what you see my dear
Is worth letting go
Because
Not everything that goes around
Comes back around, you know
Holding on too long is just
A fear of what's to show »

Indianna
& James




Mes mains amorphes sur le clavier. Je songe... Songe... Songe à désespérer. Avant que la colère qui ne cesse de m'étreindre ne cherche à m'étrangler de nouveau. Les gars me regardent, ils me zyeutent dans une ritournelle de mouvements si peu discrète que je cherche à échapper à l'inquisition en m'enfonçant plus encore dans le canapé en cuir. Crissement désagréable de mes instincts de fuite. Il y a dans la musique de mes silences tout ce que je ne cesse de m'avouer à moi-même. C'est terminé. C'est terminé. Tout est par terre, gît à mes pieds. Je fais semblant de consulter mes mails mais je ne vois strictement rien. Et chaque fois que mes paupières s'abattent, c'est tel le couperet dans mes souvenirs. Il n'y a plus qu'elle, il n'y a plus qu'elle. Mes doigts tremblent, je me tais, j'essaie de songer au rail de coke qui ne suffira jamais pour que je puisse achever la journée. J'essaie de sourire, sans succès. Je sais pourtant que Greg en serait éminemment soulagé, qu'il verrait sur mes lèvres la joie non usurpée du succès de notre album dont la sortie la veille fut accueillie par des critiques flatteuses. Mais depuis le Royal Albert Hall, je ne les lis plus. J'ai cessé de les lire car à chaque fois que je me rappelle le triomphe arraché, ce sont ses mots que j'entends, sa voix broyée par la peur au téléphone. Et mon corps se contracte rien qu'à l'idée. Puis je me rappelle. Je me rappelle de tout ce qui a suivi. Mes yeux se rouvrent, il est 8h55. Ellis bat la mesure de mes angoisses avec son pied, je n'ai même pas le courage de lui dire d'arrêter.
"Il ne viendra pas, il n'a jamais de retard. Il a dû arriver quelque chose."
Si tu savais mon grand tout ce qui arrive sans même que tu ne le saches... Je soupire, choisit une nouvelle cible à mon agacement pour me détourner de ce qui noie lentement tout mon corps dans l'apathie.
"Pourquoi on n'a pas été prévenu hein ? Ça se fait, d'être prévenu."
La nervosité de Greg n'a rien à voir avec l'absence de notre photographe, il a toujours ses prunelles rivées sur moi, je relève les miennes, prêt à affronter ses interrogations mais je me surprends à aussitôt interrompre la question qui se forme déjà sur ses lèvres. Instincts de fuite. Légion. A l'intérieur. La cocaïne pulse dans ma tête, je les entends de si loin :
_ On a qu'à prendre quelqu'un d'autre.
Idée ridicule, idée de sauvetage désespéré. Idée divertissante pour mes esprits trop encombrés. Je fais un geste négligeant, comme si l'envie m'était tout à coup irrépressible puis je me mets à pianoter en cherchant à l'aveuglette un photographe. Wells est dubitatif. C'est son état général dans un sens, et presque quotidien à mon endroit :
"Hmm. Comme ça ? Alors que Barney est notre photographe depuis..."
Je le coupe :
_ ... qu'on est revenus. Il est temps de changer.
"Pas faux. On a toujours l'air d'élèves parfaits sur ses shootings."
Merci Ellis. Voilà un ami, un vrai. Pas comme les autres traitres de ma connaissance, mes iris reviennent au blondinet, je scrute à mon tour, j'essaye même d'avoir l'air détendu, aventureux. J'essaye de me ressembler alors que je suis en complète dissociation comme diraient ces connards de psys.
"Et alors ? Elles étaient bien. Ses photos. On va l'appeler quand même pour le prévenir."
Il farfouille dans son téléphone pour excaver Barney qui doit être pris dans un embouteillage. Ou accablé par un décès. Ou encore endormi dans son plumard. Mon navigateur cependant joue le rôle de complice dans mon infidélité, et il m'affiche bientôt un site des plus sobre, avec un book que je ne parcours même pas, mais que je sélectionne parce qu'il est bien positionné dans les résultats de recherche. Et que la fille s'appelle Indianna. Et qu'accessoirement, quand je vais fouiner du côté des photos qui la représentent dans diverses occasions, elle est... blonde. Et belle. Un flash. Je chasse les sensations qui reviennent en nombre en crispant mes mots que je peine à murmurer :
_ Appelle plutôt celle-là.
"Celle-là qui ?"
_ Magne. Et ne me demande pas de répéter...

***

Il a composé son numéro. Il l'a fait parce que je l'exigeais, comme toujours. Bien qu'il continue à baragouiner que Barney risque d'être mécontent, et d'appeler la production qui plus est pour se plaindre de sa mise au rencard. J'ai tourné la tête vers la fenêtre quand il a mentionné la prod. Heureusement... heureusement, il n'a pas prononcé son prénom. Je ne parviens pas à le faire moi-même. Pas encore. Pas maintenant. Encore quelques heures avant de me distinguer d'elle, de l'oublier dans des excès qui gommeront ceux qu'elle a opérés à mes dépends. J'ai un rictus amer pour le paysage, je sais que je mens. Je continue de le faire jusqu'à parvenir à me persuader. Indianna avait un planning chargé, tout du moins c'est ce que nous avons cru comprendre au téléphone. Moi je n'ai pas parlé. Greg a donné le nom du groupe, puis tout s'est dégagé. Parce que personne ne l'ignore en ce moment, personne ne peut passer à côté des affiches qui annoncent en fanfare l'album, la pochette exposée comme un cadavre gisant sur le papier. J'ai déjà du mal à me considérer en tant qu'être vivant dernièrement, mais voir mon nom partout, ainsi que les illustrations si longtemps pensées et commandées à l'agence me fait l'effet d'une trahison exposée. Tout le monde doit voir. Tout le monde doit lire. Collaboration fantoche, usurpée et malsaine. Oaks Production. partout son nom allié au mien quand je ne peux même plus me résoudre à l'appeler. Je baisse le regard, je tombe sur mes mains amochées, qui cicatrisent avec une lenteur assassine, stigmates supplémentaires quand le plus voyant est sur ma gueule. La coupure à l'arcade me donne l'air d'avoir fait les sorties des bars, de m'être frotté à l'ivresse et à la débauche. C'est  ce que j'ai prétendu dans un réflexe étonnant pour la couvrir. C'est moi que je couvre toutefois. Moi. Il y a quelque chose dans ses regards que je n'assume pas. Quand elle me voit, je sais. Quand elle m'a regardé le soir de la petite fête organisée, elle a pris plus encore qu'elle ne m'avait déjà arraché. Elle a vu le mensonge, elle l'a même combattu. Elle m'a même ôté cela. Le personnage surjoué qui me sert de défense. Je serre les dents, en pliant ma main droite, par deux fois, pour vérifier qu'elle fonctionne comme elle le doit. Impossible de jouer... Les cordes m'échappent, les touches du piano sont étrangères. Je suis d'une maladresse à hurler. Et j'ai essayé. Encore et encore. Jusqu'à rouvrir les chairs à peine cicatrisées.

Le taxi nous emmène jusqu'au studio qui nous a été indiqué en catastrophe, mais lorsque nous arrivons, il s'agit plutôt d'une sorte d'usine désaffectée. Je regrette mon choix. Elle doit se prendre pour une artiste inspirée... Je hais les artistes. J'ai déjà bien du mal à me supporter. Alors les autres, c'est peine perdue.
"... pour l'interview ?"
Je tourne lentement la tête vers Ellis qui me regarde. Encore. Ça doit être une sorte de mode aujourd'hui.
_ Hmm ?
Ton mal-aimable, voire renfrogné. Qu'ils me laissent, bordel, qu'ils me lâchent.
"Moira t'a dit à quelle heure nous devions nous présenter demain pour l'interview ?"
Impact. En plein ventre. En pleine gueule. J'accuse le coup en expulsant l'air de mes poumons avec violence. 15h. Il a fallu 15h pour que l'un d'eux finisse par parler d'elle. J'ai cru que j'aurais moins de répit que cela. Comme quoi... Les miracles arrivent.
_ Non.
Échelle Woaks : -80. Ponctuation virulente. Le taxi stoppe et je sors aussitôt avant d'épiloguer. Non. Non elle n'a rien dit. Non je n'ai pas demandé. Non je n'appellerai pas. Non je ne lui parlerai pas non plus. Non pas maintenant. Non pas aujourd'hui. Non pas demain. Non. Putain. Non. Non. Non. Non. Non. N...
"Merci d'avoir accepté de nous recevoir aussi rapidement. Vous comprenez, en ce moment, on peut difficilement se passer de ce genre de couverture. Je crois que nous avons lu que vous aviez déjà collaboré avec le magazine, on les a prévenus, ils sont ravis que vous acceptiez de remplacer Barney. Il faut dire que se péter le poignet le matin-même pour..."
Par l'Enfer, la ferme ! Je ne m'entends plus penser.
_ Passionnant.
Ma voix est trouble, et grave. Je m'ennuie, je n'ai pas envie d'être ici, je n'ai pas envie d'illustrer l'interview de demain. Je n'ai pas envie de faire semblant d'exister. Non. Leitmotiv. Je la traverse presque d'un coup d'oeil, je la visualise sans totalement la considérer.
_ On s'en branle de la vie ridicule de Barney et de son foutu poignet. On commence oui ?
J'avance. Vers le bâtiment laid et austère, les mains dans les poches de ma veste, renfrogné après mes aboiements de circonstance. Greg hausse les épaules et semble s'excuser auprès de la jeune femme :
"Ce n'est pas l'exercice qu'il préfère."
Sourire contrit des deux trainards, expression plus fermée encore de ma part car personne n'avance dans la direction que j'ai empruntée. Personne ne le peut... Il n'y a plus que moi sur cette route désormais. Plus que moi. Et je le sais.
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# Re: Most of what you see my dear is worth letting go _ Indianna&James
message posté Dim 15 Oct - 19:37 par Indianna L. McCarthy

 
« Sticks and stones, they may break these bones. But then I'll be ready. Are you ready? It's the start of us waking up, come on. Are you ready? I'll be ready. I don't want control, I want to let go. Are you ready? I'll be ready cause now it's time to let them know you are ready »  What about us, Pink
 

 
James & Indianna

 
Nolan lui avait lâché la main rapidement, partant déjà retrouvé ses camarades de classe. Depuis quand était-il devenu si indépendant, si sûr de lui ? Elle n'eut pas vraiment le temps d'y réfléchir davantage que le portail de l'école se referma, engloutissant avec lui une foule de petits êtres. De toute façon, Indianna ne faisait pas partie de ces mères inquiètes qui tentaient de forcer un passage jusqu'à la classe. Elle n'était pas institutrice, elle ne le serait jamais, elle laissait le soin à une personne formé de de faire ce travail. Et puis elle n'aurait jamais eut la patience pour cela. En soit, elle estimait qu'elle était déjà mère, ce qui représentait le rôle le plus difficile à tenir pour elle. Mère célibataire de surcroît, mais qu'elle avait choisi d'assumer jusqu'au bout. Cependant, elle n'était pas toujours d'accord avec le mode éducatif anglais, le trouvant trop rigide, pas assez ouvert sur la créativité et l'environnement extérieur. Soit, elle enseignait ce qu'elle savait de tout cela à son gamin en dehors des heures de classe. Mais elle restait dans les clous, du moins elle essayait, en l'emmenant à l'école, en se pliant à cette réalité qui était l'enseignement obligatoire. Et puis elle s'était déjà mis plus ou moins l'institutrice à dos en ne respectant pas toujours les heures d'arrivée ou en autorisant Nolan à rester à la maison au lieu d'être à l'école. C'était une maman anticonformiste qui s'assumait, qui ne voulait pas que son gamin ressemble à tous les autres. Elle ne voulait pas que Nolan colle à ce que l'enseignement national attendait de lui. Elle le voulait ouvert, curieux, aventurier, un peu comme elle au même âge. Elle savait que l'école l'avait dans son radar, qu'on la regardait comme un animal de foire parce qu'elle n'avait rien de classique, parce qu'elle défiait l'autorité et les règles. Mais elle ne voulait pas pour autant que son fils soit coupé du monde, alors elle faisait le minimum, tout en rechignant à préparer un goûter pour 30 gosses quand arrivait le début des vacances.

Sur le trajet retour de l'école, elle reçu un texto de confirmation pour son shooting de l'après-midi. Elle se sent d'attaque, même si l'ampleur du projet est assez nouveau pour elle. Indianna revient de loin. Elle n'a pas de vraie carrière dans la photographie, n'est même diplômée. Elle agit à l'instinct, elle s'inspire, elle n'est pas conventionnelle la non plus. Au départ, elle ne pensait pas gagner sa vie en prenant des photos, comme si une simple passion devait le rester, sans devenir plus au risque de s'y perdre. Mais elle avait croisé la route des bonnes personnes, elle avait eu une chance insolente aussi, sans doute. Titulaire d'une licence en journalisme, rien ne la prédestinait à se retrouver ici aujourd'hui. Elle qui avait voyagé à travers le monde, qui avait dû pour-parler avec des négociants du pétrole, avec des peuples opprimés et tout un tas de personnes influentes, avait délaissé son job de chargé de mission humanitaire. Indianna avait commencé par être embauché pour des mariages, pour pas cher, puis elle avait élargit son réseau. Elle avait créé un blog, s'était développé sur la toile comme à la ville. Et finalement, cela commençait par payer. Aussi, elle avait rendez-vous aujourd'hui avec un groupe de musique, Wild, pour les shooter en vue d'une importante interview. Elle avait été étonné d'être contacté pour ce genre de contrat mais n'avait pas refusé, prête à relever le défi.

Indianna est entrain de s'attacher les cheveux en une longue tresse quand elle aperçoit le taxi arriver. Très vite, elle analyse ses futurs sujets. Elle ne connaît pas leur groupe, mais elle s'est renseigné et a écouté quelques titres. Pas pour faire de la lèche, non, mais plus pour coller au maximum avec l'image qu'ils renvoient, aux messages qu'ils veulent faire passer. L'un d'eux tire la tronche et elle reconnaît le leader du groupe. Elle se rapproche d'eux, faisant claquer ses bottines noir sur le sol en granit. « Merci d'avoir accepté de nous recevoir aussi rapidement. Vous comprenez, en ce moment, on peut difficilement se passer de ce genre de couverture. Je crois que nous avons lu que vous aviez déjà collaboré avec le magazine, on les a prévenus, ils sont ravis que vous acceptiez de remplacer Barney. Il faut dire que se péter le poignet le matin-même pour... ». Indianna serre leurs mains avec enthousiasme quand le leader, James si elle se souvient bien, se montre indésirable. Le premier, Greg, lui fait un sourire navré. « Pas de problème. Je suis ravi de réaliser cette séance », dit-elle avec un large sourire. Elle se moque pas mal de l'attitude austère de l'autre, c'est pas cela qui va lui bouffer sa journée. « On s'en branle de la vie ridicule de Barney et de son foutu poignet. On commence oui ? ». Elle le voit gagner du terrain vers le lieu du shoot, boudeur.  Elle trouve cela presque drôle. Il a tout de la rock star blasée, de celle qui se donne un air sombre juste pour cultiver son statut d'écorché. Greg s'excuse à nouveau pour lui mais Indianna le rassure. Elle en a maté des plus coriaces, elle s'en tape de sa mauvaise humeur. Elle entraîne le reste du groupe à la suite et ignore superbement James qui sa tapit dans un coin, presque comme une bête blessée. Elle leur donne quelques consignes et finalement, crie dans sa direction : « Je croyais que vous étiez pressé ? Parce que la photo va pas se faire toute seule. » Il se tourne vers elle et elle le toise. Indianna n'est pas du genre à se mettre à dos des clients, elle sait que son travail repose sur leur porte-feuille, mais elle est consciencieuse également. « Vous comptez faire cette tête là tout le long ? Juste pour savoir si je dois réévaluer ma séance en mode dark place. »

 
(c) black pumpkin

 
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# Re: Most of what you see my dear is worth letting go _ Indianna&James
message posté Aujourd'hui à 15:21 par James M. Wilde



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Greg trouve la fille jolie, c'est clairement inscrit sur sa tête alors qu'il lui sort son sourire des plus charmeurs. Charmeur, charmant, sympathique, parfois goguenard. Nous sommes avec Wells les deux versants d'une même pièce, il est aussi solaire que je suis ombrageux, aussi positif que mon pessimisme me dévore. Bien plus sain quand la cocaïne palpite dans mon sang et me peint des flashs dérangeants sur la rétine, d'une nuit honnie pour ne plus savoir comment en accepter le souvenir. Mes serments me reviennent dans la gueule, et les murmures d'une autre viennent pervertir les phrases anodines qui s'échangent sur le terrain vague où nous nous regardons en chien de faïence. Elle a l'air professionnel, sans trop cependant de cet égo que trimballent souvent les photographes à se croire maîtres d'une réalité dont ils sont malencontreusement captifs. Ils ne font qu'imprimer une enveloppe, peinte en couleurs vives ou délavée en noir et blanc, blafarde sur le papier, sans âme, ni odeur, ni saveur. Du vide sur une page. Placardé sur une affiche. Du vide qui répond à la musique et rien d'autre. J'ai un grand mépris pour le réalisme. Car le réalisme est trop cru, me blesse, m'incommode, et me rappelle que je suis un captif moi aussi. Tout comme cette femme que je juge et que pourtant, je ne connais guère. Un captif comme un autre. Comme un autre.

Elle n'a pas l'air de s'ébranler de mon ton ou de mon attitude. Je ne les aurais pas réformés pour ses beaux yeux cependant, je n'en suis pas capable aujourd'hui. J'en serai encore moins capable demain. Mon malêtre gronde, mes mains me font souffrir de n'être que deux prédateurs inertes quand elles frissonnent encore de l'épiderme qu'elles ont violenté. Je ferme les yeux un instant. Seul auprès du bâtiment que je fais mine de toiser au milieu du salvateur oubli qui résonne comme une psalmodie. Non. Non. Non. Encore non. Jamais plus. Greg est mal à l'aise, il doit remplir le vide à son tour, celui que je distille autour de moi pour l'éloigner comme tous les autres. Je frotte distraitement mon arcade, appuyant un peu trop pour rappeler une douleur qui me projette dans l'instant présent. Je déglutis. Elle m'interpelle, me rappelle à l'ordre, s'octroie une sorte de droit que je conteste vaguement d'un grognement agacé. Ellis se marre, un rire un peu éraillé d'une soirée trop longue qui s'éternise encore et glisse sur ses paupières bleutées. Il fermait le Viper hier. Mon propre club que je dénigre comme le reste, tout m'échappe, tout me contraint, tout m'accable. Même elle... Et ses réflexions malvenues. Je fais volte-face et me recompose un visage humain, alors que mes yeux viennent lui rendre toute sa matérialité. Je la scrute longuement, la détaille, l'incise pour essayer de dévoiler un vide qui pourrait venir répondre au mien. Mais à première vue, elle a l'air banalement saine. Je hausse les épaules, patiente (difficilement) jusqu'à ce que les gars me rejoignent, puis me dépassent, menés par la silhouette féminine et volontaire. Petits chiens obéissants. Et traitres avec ça. Je plisse des paupières, j'apprécie moyennement que l'on m'ignore. Je finis par suivre le mouvement, en trainant ostensiblement pour l'emmerder, même si Ellis et Greg jettent régulièrement des oeillades en arrière pour s'assurer que je suis là. Je gratte l'un des bandages qui me gêne, avant de finir par fourrer mes deux cadavres dans mes poches pour les dissimuler. La seconde réplique me fait sortir de mon apathie. Elle ose, encore, me bousculer quand pourtant rien n'indique qu'on puisse se le permettre seulement. Le goût de la joute ressuscite, langoureusement. Le réflexe des moribonds pour combattre le néant :
_ Parfaitement, je compte faire la gueule. C'est ma nature, je fais la gueule tout le temps. On ne vous avait pas prévenue ? C'est moi l'emo-gothique-poète-torturé-malingre-phtysique de la bande.
J'aboie un peu mais mon humour saille dans mon accent, elle est parvenue à me détendre un bref instant. L'oubli si longtemps appelé sans savoir l'apprivoiser vient dans sa conversation gouailleuse. Je hausse un sourcil, la provoque pour continuer sur le même ton ironique :
_ Puis ne vous plaignez pas, c'est la mode, les filles aiment les mauvais garçons de façade, ça plaira au public. Je vous mâche donc votre putain de travail. Je suis livré avec les airs adéquats et même avec les accessoires. C'est pas merveilleux ?
Référence à mes blessures. Même pas besoin d'un faux maquillage pour ça. J'ajoute, mon éternel sourire en coin reparaissant :
_ Je suis parfait.
Mes comparses rigolent, saisissent au vol l'air qui s'allège, le respirent, le goûtent, et sans vraiment nous concerter, nous nous observons tour à tour, comme bien souvent quand nous sommes sur scène, ou sur des shootings justement. Ils me laissent en avant, convention pour que je n'apparaisse pas si petit que je ne le suis, et qu'on comprenne qu'au final, je suis le leader de Wild. L'évidence même. Plus besoin de réfléchir, à force des années. L'oubli supplémentaire, qui pourra vibrer et s'éterniser au rythme des instructions de la photographe, que nous suivons avec bonne volonté. Ou presque...
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