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Calling all comas, Prisoner on the loose _ Moira&James

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MEMBRE

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() message posté Sam 18 Nov - 11:38 par James M. Wilde



« Calling all comas,
Prisoner on the loose.
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A spitting image of me  »

Moira
& James




_ J'ai couché avec elle... J'ai couché avec Moira.

L'écho de mon murmure lâche qui s'est insinué dans l'air moite, alors que j'étais assis sur le lit, juste à côté d'elle. La tête dans les mains, la posture des coupables, l'accablement le long de la colonne vertébrale qui saille. J'ai frissonné de l'hérésie qui devenait réelle, une fois clamée ainsi, incapable d'être tue, effacée, ou encore étranglée. La lame des demis-mots, l'horreur du désaveu. Elle a compris. Elle a immédiatement compris. Elle a même dû comprendre au moment où je suis revenu à l'appartement ce jour-là, dans l'aube glacée, blême de douleur, le regard encore abîmé de noirceurs, les phalanges blessées par l'ébauche du crime. Elle n'a pas vu, mais elle a tout de suite senti le trouble dans ma respiration, la chute amorcée par cette absence que je n'ai pas réussi à justifier sur le seuil d'une porte qu'elle entrouvrait. Je me souviens... Je me souviens de tout, de chaque seconde à sentir la souillure encore brûlante dans mes veines, et ces envies réprimées qui revenaient me narguer, maintenant que j'étais en sa présence et que je rêvais qu'elle soit toute autre, cette autre qui continuait de m'envoûter. Alors j'ai ravalé les mots, je me suis tu dans l'élan passionné d'une pulsation qui irradiait tout mon corps, j'ai souhaité rejoindre le sien. Recouvrer l'ancrage, raccrocher la douceur, m'arrimer au présent promis, et pourtant jeté à l'ignorance des menteurs par deux fois. Come to be... How did it come to be ? Tied to a railroad... Elle s'est laissée ployer, dans la surprise des sens j'ai clamé ses lèvres et dénudé son corps comme jamais je ne l'avais fait, dans cette violence aveugle qui froisse et qui déchire. Puis tout a changé. No love to set us free. Rien de ce qu'elle parvenait à donner dans cette valse saccadée ne suffisait, l'esquisse de ses caresses n'était qu'un frisson de dégoût, l'ivresse bue dans sa bouche qu'un poison des plus âcres. Je ne parvenais pas à reprendre l'ascendant sur ma frustration, et la brutalité s'excitait de se savoir enfin reine de mes gestes. Watch our souls...

Toutes les douceurs enfuies dans le corps d'une autre pour profaner le sien, briser ce qui nous tenait encore pour ravager nos destins déjà déliés. L'envie de Moira substituée sur la peau d'Isolde. J'ai failli vomir, hurler de la déchéance, plus rien de beau dans l'emprise du feu de mes sens, plus rien de la tendresse dans la morsure de mes fantasmes tous délivrés. Our souls... Fade away. Elle a cherché à m'arrêter, la stupeur évanouie, elle n'a fait que repousser l'assaut pour se départir de cet inconnu qui cherchait à la prendre. Je me souviens. Je me souviens de l'envie de la contraindre qui m'a alors dévoré. Je me souviens. And our bodies crumbling. Je me souviens. Je m'en souviens encore. L'envie est toujours là et je sais. Je sais que je ne souhaitais guère la déchaîner sur Isolde ce soir-là, je sais que dans les douleurs de ma haine, toute ma rage se concentre sur l'unique source de ces folies que je porte dorénavant gravée dans mes prunelles. Don't be afraid. Elle m'a giflé. Elle a fini par me rappeler dans la douleur alors que je m'apprêtais à la profaner dans la lubricité et tout mon être s'est tétanisé de se savoir au bord de ce gouffre si longtemps ignoré. I... I... will... J'ai roulé sur le côté, alourdi par mes fautes, puis je me suis redressé accablé sur le lit qui me semblait devenu la couche de l'opprobre. Take... Dans ma gorge se silençaient mes cris de plaisir qui furent glissés dans l'oreille de Moira quelques heures auparavant. Take... the blow... For you. For you. Mensonges.

Je l'ai dit. J'ai avoué. Et devant le théâtre brisé du beau visage de ma compagne, j'ai senti la plus dégueulasse des réjouissances s'insinuer dans mon coeur. J'ai tout jeté aux enfers des exactions. Dans le silence de son effroi, j'ai substitué la peine de l'adultère pour prendre la voix monstrueuse de mon personnage aux sourires déliquescents rongés par l'acide de mes péchés :

_ J'ai baisé ton amie... Et j'ai adoré ça.

I have had recurring nightmares. Je me souviens de tout. De notre rencontre, de notre danse imparfaite, des serments broyés et des idéaux abandonnés sur ses lèvres tremblantes. That I was loved for who I am. Je me souviens qu'il n'a fallu que quelques mots. Quelques mots pour tout assassiner. Quelques mots pour que tout ne disparaisse dans les pleurs ravalés d'une fierté blessée. Quelques mots pour que mes derniers espoirs ne crèvent sous le poids de mes actes. And missed the opportunity... Et que la folie dans mes yeux reparaisse comme la maîtresse de jadis qui murmure aujourd'hui que je n'aurais jamais dû tenter de la quitter.

To be... A better man. Hoodoo referme ses serres sur mon âme en la laissant estropiée.

Je chemine jusqu'à la salle qui nous a été attribuée, pleine de ce luxe qui caractérise le Royal Albert Hall. Je suis le dernier arrivé, tous les visages rieurs ne sont qu'une insulte supplémentaire à la tourmente que j'ai tracée, mes mains m'élancent rien que de les savoir si inconscients. La folie lèche ma peau, durcit mon regard lorsqu'il tombe sur Moira. Je me souviens. Je me souviens de tout. Le rêve dérobé geint une dernière fois entre nous à présent que les masques sont tous tombés. Le rêve est mort sur le visage désolé d'Isolde et je ne veux pas oublier. Pour la première fois, je grave l'horreur plutôt que de la fuir, je préfère boire la frénésie pour la lui infliger. Je la regarde, je n'oublie pas. je n'oublie pas la promesse arrachée à des attitudes que je ne cesse depuis de réprouver. Le cadavre de l'idéal sous mes pieds qui tracent des routes interdites dans une drôle de démarche qui me donne l'air de revenir ici pour traquer la coupable du drame. Gregory me dévisage, passe sur le strip qui referme la blessure à mon arcade sourcilière, puis tombe sur mes mains. Il a un petit mouvement qu'il ne sait pas comment compléter, l'inquiétude le coupe entièrement dans la conversation qu'il entretenait avec la productrice. Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé ? Quant à moi, je sais que plus rien ne me retient à l'orée de la chute. Je porte mes regards assombris jusqu'à Moira, je ne vois personne d'autre. Je me souviens. Je me souviens de tout, de ce que tu m'as pris. Sens... Sens le précipice sous tes pas. Tu as juré de m'attendre et tu es là, alors tombe... tombe avec moi.
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() message posté Dim 3 Déc - 22:12 par Moira A. Oaks





La porte s’est refermée en un claquement qui a résonné comme un glas dans sa maison vide. Il y a eu un silence. Un tremblement. Puis plus rien. Restée immobile sur les draps, le buste redressé sur un coude, Moira n’a plus fixé que le scintillement du métal sur le dessus de sa commode, le reflet des rayons encore trop matinaux sur la surface polie qu’elle n’osait pas approcher. Elle s’est répété la dernière phrase de James, son dernier serment, son dernier châtiment, l’assurance d’un retour qu’elle a été la première à lui demander et qui désormais pèse sur sa poitrine comme une condamnation qui pénètre ses chairs et tend les muscles de son dos. Elle se souvient de la précaution avec laquelle elle s'est emparée de ce briquet, des minutes trop longues qu'il lui a fallu pour qu'elle trouve la force de quitter son lit pour le récupérer. Son pouce a effleuré la gravure, caressé les trois lettres jusqu'à en apprendre chaque arabesque. Elle l’a admirée longtemps, a choyé la promesse, détaillé la menace. Elle s’est souvenue de ses yeux, du dernier regard que James lui a lancé avant de disparaître dans le couloir et de s’engouffrer dans l’escalier. Elle y a vu la colère. Elle y a vu la terreur. Elle les a reconnues si vite pour avoir exorcisé les siennes contre sa peau cette même nuit. Mais elle n’a pas voulu les fuir. Les mots qu’elle lui a soufflés alors qu’il était déjà de dos tournent dans sa tête depuis qu’elle s’est entendue les prononcer. « Je serai là. » Des promesses tant de fois clamées et qui n’ont jamais semblé si mises à l’épreuve. Aujourd’hui, demain, et tous les jours à venir… Elle se souvient le lui avoir dit un jour. Elle se souvient… Moira n’a pas freiné James dans sa course. Elle n’a pas non plus pressé son retour. Elle a seulement promis d’attendre. Elle a promis de rester, depuis bien longtemps déjà.    

Ses yeux se sont fermés. Puis le froid est revenu envelopper son corps, montant jusqu’à l’étage, soufflé depuis l'escalier. Le frisson est remonté jusqu'à sa nuque, et Moira a enfin trouvé la force de se mouvoir. Elle s'est réfugiée sous l'eau chaude de sa douche, a lavé les injures laissées sur sa peau, dilué la honte chevillée à son être depuis que Welsh est venu le profaner de ses mains et de ses lèvres, l'opprobre maculant l'épiderme qu'elle a souillé à son tour dans l'espoir égoïste de se sauver. Les odeurs sur sa peau s’accrochent, se mélangent pour rejeter un parfum qui l’entête et l’écœure. L’ignoble côtoie l’exquis. Elle doit se rincer plusieurs fois pour s’en débarrasser, mais les sensations demeurent. Moira sent encore la crispation des mains sur ses cuisses. Les souffles enfiévrés contre sa mâchoire. L'horreur pervertit ses souvenirs, mêle les soupirs et les cris. James et Sebastian se confondent, tous deux contre son corps, tous deux contre ses lèvres. La température de l'eau devient brûlante. Moira reste dessous, s'inflige chaque goutte comme une expiation. Son dos se voûte alors qu'elle appuie une main sur le carrelage. Chaque ruissellement sur sa peau mime les caresses qu'elle a subies ou désirées. Tout s'entremêle. Tout se ternit. Elle passe une main sur son visage que l'eau s'empresse de baigner de nouveau. La vapeur envahit la salle de bain jusqu’à troubler toutes les vitres. L’air devient étouffant, brûlant, humide, irrespirable. Ce n’est que lorsqu’elle sent enfin les pulsations accélérées de son cœur que Moira met fin à son supplice. Elle en sort la peau si rouge qu'elle a un temps d'arrêt en essuyant du plat de la main la buée sur le miroir. Elle fixe son reflet et la sensation déferle le long de sa colonne : la certitude de connaître cette femme sans plus savoir vraiment qui elle est.  

Un claquement dans le salon. Un de plus. La bâche continue inlassablement son ignoble besogne, répète le bruit immuable de ce déchaînement au dehors qui a pénétré jusque chez elle et dont Moira n'est pas certaine d'être encore pleinement sortie. L'extérieur se rappelle à sa conscience, s'amuse de ce qu'il a fait entrer dans son monde et enfermé dans son cœur. La haine d'un homme blessé. La violence de l'amour d'un autre. La douceur de deux âmes morcelées. Partout au rez-de-chaussée, les stigmates de ces heures indélébiles se jettent sur sa rétine, gravés dans les murs, inscrits sur sa peau. Sa coupure au coude la lance toujours. L'air est glacial. Elle a l'impression d'être constamment observée. Moira fixe les flammes qui luttent pour s'élever dans l'âtre, imagine la robe déchirée qu'elle a abandonnée dans la salle de bain brûler au milieu des braises. Elle a les jambes repliés sur le fauteuil du salon, les mains jointes autour d'un café auquel elle n'a pas touché. Elle se force à éviter du regard les traces de sang qui ont imprégné son plancher, le carreau brisé de la porte qui donne sur l'entrée et la coulure carmin que personne n'a essuyée sur la vitre. Partout, elle trouve encore des débris de verre, comme des fragments de souvenirs laissés où qu'elle regarde pour l'empêcher de les nier. L'horreur chante à son oreille, sifflée par la brise qui s'infiltre dans chaque interstice dévoilé par le faible rempart installé par les pompiers. Moira la voit partout traîner avec elle cette peur qui menace à chaque instant de lui refaire perdre pied. Un autre frisson la prend et, comme si elle reprenait conscience de son corps, elle remonte le plaid sur ses épaules alors que ses yeux se trouvent une nouvelle fois attirés par le miroitement qui scintille sur la table basse, la lumière du jour se réverbérant sur la surface gravée d'un petit objet qu'elle craint désormais autant qu'elle le chérit. Combien de temps, James ? Combien de temps avant que tu ne reviennes le chercher ? Combien de temps avant que tu ne viennes me l'arracher et que tu me reprennes à mon tour ? Quel sera ton regard quand tu reviendras frapper à ma porte ? L'inquiétude la ronge, attise son désir d'en finir. Mais la vengeance de James a déjà débuté, l'attente épouvantable offerte en premier acte.

Un claquement encore. Quelle heure est-il ? Moira ne sait plus. Elle se rappelle un rendez-vous, une obligation, une célébration donnée quelque part. Elle devait y aller. Peut-être. Sans doute. Elle se souvient d'une joie intense, d'une victoire trop attendue. Des applaudissements. Des accords de piano. Le souffle d'orgues majestueuses. Un concert. Son cœur se soulève. Le pot du Royal Albert Hall, ce jour censé célébrer leur triomphe quand elle se voit ruinée en pleine déchéance. Son esprit fourmille immédiatement des dérobades qu'elle voudrait construire par milliers. Elle ne se voit pas un instant s'y présenter, sourire au milieu des musiciens, prétendre la liesse quand sa gorge ne semble pouvoir livrer que les cris qu'elle s'est tuée à retenir pour ne pas les déverser dans l'oreille de son agresseur. Mais son refus se heurte bien vite à la conscience impérissable de ne pouvoir y échapper. Elle n'a pas le droit de le fuir. Elle y a consenti. Son ventre se tord de n'avoir rien à rejeter. Il sera là. Elle le sait. Il ne lui offrira pas ce répit. Pourquoi le ferait-il quand elle lui a tout pris ? Pourquoi la priverait-il de l'incarnation de son œuvre quand elle l'a elle-même sculptée dans sa chair ? Les yeux de la productrice se referment. Elle mène une main à ses lèvres qui accueille un soupir à peine relâché. La bâche claque encore. Le temps presse, Moira. Elle n'en a jamais tant manqué.  

La porte s'ouvre sur les décorations tapageuses d'une des pièces les plus agréables du théâtre. Les rires se mêlent au tintement des coupes fraîchement remplies. On y sent une odeur de petits fours encore chauds et de pâtisseries savamment disposées en plateau. Moira déglutit. Ses yeux parcourent la salle, rencontrent les regards bienveillants de tous ceux qui ont veillé à la réussite du spectacle deux jours plus tôt. Même les vieilles violonistes la saluent en levant discrètement leurs verres en sa direction. La productrice reconnaît au loin la stature de Jurowski qui lui fait un signe de la main auquel elle met trop de temps à répondre. La raideur de son dos se répercute dans toute sa démarche alors qu'elle cache ses mains glacées dans les poches de son long manteau noir. Même ici, elle reste transie de froid. Elle a caché ses bleus sous une longue écharpe blanche, dissimulé ses peurs derrière un maquillage qui ne lui a jamais semblé si lourd à porter. C'est comme un mensonge qu'elle ne supporterait plus de s'infliger, une tromperie de plus imposée à son existence quand elle les avait toutes sacrifiées cette nuit. Mais l'armure est retrouvée, son rôle endossé comme autrefois, les mèches de son chignon toutes impeccablement attachées à l'arrière de sa tête, l'horreur encore trop fraîche niée par son sourire trop facilement retrouvé. Seul son regard trahit la proie qu'elle cache sous ses allures de dirigeante, trop volatile, trop inquiet, cherchant un seul convive dans la marée qui lui semble l'entourer. Où es-tu ? Montre-toi, je t'en prie.  
- Moira !
Elle sursaute à un point tel que Gregory se sent obligé de s'excuser alors qu'il la rejoint à grandes enjambées, suivi de près par le bassiste qui lui emboîte le pas pour venir l'embrasser. Le sourire de la productrice se laisse un instant attendrir alors qu'elle reconnaît leurs visages inchangés, cette joie viscérale imprégnée dans leurs traits que les nuits trop courtes ne sont pas parvenues à effacer. Leur bonheur perce son cœur quand il ne devrait que le bercer. Ils auraient tous dû se retrouver ainsi, toujours rayonnants, l'esprit occupé par les seules résonances de ce triomphe acté dans les pages des journaux de la veille. Mais elle ne peut les accompagner dans les divagations euphoriques qu'ils ne cessent pourtant de lui dessiner. Elle n'a hésité qu'un instant, lorsqu'Ellis lui a demandé innocemment comment elle allait. Elle aurait voulu tout lui dire. Elle aurait voulu lui raconter Welsh. Elle aurait voulu lui décrire la fissure sur le mur de son salon, les blessures sur son corps et celui de James. Elle aurait voulu confesser ses craintes, expliquer ses peurs, dénouer cette écharpe et libérer sa gorge pour pousser les cris qu'elle tait entre ses dents serrées. Mais elle n'a rien dit. Elle a mimé l'allégresse comme tout le monde l'attendait. Le masque a tenu. Jusqu'à ce qu'il entre.  

Son regard s'aimante au sien. Elle ne parvient pas à s'en détourner. James s'approche et Moira ne distingue plus que cette rage qu'elle a tant craint de le voir arborer. L'amant se fait traqueur, allié trahi revenu confronter celle qui l'a trompé. Elle le retrouve plus mutilé encore qu'elle ne pensait l'avoir laissé. Sa main se contracte autour du briquet qu'elle a gardé dans la poche de son manteau. La froideur du métal pénètre sa paume. Elle passe son doigt sur la gravure, blesse sa peau sur les lettres qui s'incrustent dans la pulpe de son pouce. Elle ne parvient pas à le saluer. Elle s'immobilise, ne fait que le regarder. Greg se tend aussi à côté d'elle. Tous sentent le piège sur le point de se refermer sans savoir comment ils y sont tombés. Mais Moira le sait. Elle est la seule auquel il était destiné.

©️ ACIDBRAIN
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() message posté Jeu 7 Déc - 18:49 par James M. Wilde



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Moira
& James




Galerie de masques grimaçant le malêtre, désincarnés sur des visages morts. Ils rient trop fort. Ils parlent creux. Les sonorités discordantes étranglent ma gorge, les exclamations tombent à plat à mes pieds, freinant ma course inutile qui ne sait exactement où s'arrêter. Je marche, ralenti par ma peine, blessé par ma colère qui s'en nourrit et se réverbère dans la rondeur de phrases obséquieuses que l'on me sert. Amères. Amères. Je hoche la tête, je réponds à une question sans même en comprendre le sens, tout le monde se froisse de mon allure sans jamais oser formuler l'évidence au détour d'une salutation d'usage. Je porte trop fièrement les stigmates de la guerre qui continue à dérouler ses hurlements à l'intérieur de tout mon corps. J'exhibe avec trop de panache les blessures qui déforment ma chair en relevant la tête pour dérober aux plus curieux celles que je cache, tout au fond, et qui suintent encore d'une souffrance trop aiguë pour qu'elle puisse seulement se transférer sur des mots sans les rendre incompréhensibles. La fierté déplacée des vaincus. Brisés, jetés à terre, la puanteur de la défaite qui exhale sa traitrise. Ils ne savent brandir qu'une seule arme médiocre quand ils sont bien incapables de se battre avec... La tête haute pour des mots interdits, risibles, désincarnés maintenant que tout a été usurpé par l'ennemie. Les mots m'échappent. Langue étrangère trop éreintée contre une autre, rapt d'une musicalité estropiée. Elle ne sert plus à rien entre ces mains étrangères, ravagée par les serments qui l'enferrent et la meurtrissent. Je n'ai plus de langage que celui de l’hypocrisie fantasque qui habille mon quotidien dépravé, c'est mon seul héritage. Emprunté à cet autre que je ne peux plus être, incapable que je suis de me dissimuler dans sa carcasse devenue trop exiguë pour toute la folie qui empanache mes pensées. S'ils ont un rôle qui sonne faux à mes oreilles douloureuses, le mien est un simulacre en noir et blanc au milieu d'une vie trop braillarde. J'essaye d'y échapper en marchant plus vite encore, vers le buffet, vers l'alcool qui en dégueule, mais les voix me poursuivent. Oui. Oui. D'accord. On va faire ça. Quelle riche idée. Mon regard a accroché Moira, porté le premier coup brutal et acéré que confère la froideur de notre passé, analysé par mes deux yeux éteints. Rien. J'aimerais tout enflammer pour ne posséder que des cendres entre mes mains blessées, plutôt que les courbes de son corps, gravées sous la pulpe de mes doigts. Plus rien à consumer. Et sûrement pas sa peau dissimulée, masquant les preuves que je sais par coeur pour les avoir précipitées. Cette exactitude triviale et dérangeante, le rouge sur la peau blême, la balafre de nos sentiments trop crus, trop faux, trop ineptes pour seulement subsister. Délivrés en partage d'un futur qui n'existe pas. Qui n'existera pas. Je vis dans un présent qui interdit tout lendemain. Un pas. Pause. En pause de ma détestation. Ma main autour du verre qui m'apparaît immatériel maintenant qu'il substitue au souvenir du fantasme la cruauté d'une réalité triviale. Comme tous ces gens autour. Bonjour encore. Bonsoir. Qu'importe. Je pars d'un rire d'une violence terrible, les lambeaux du costume de mon existence me lacèrent la langue :
_ Qu'aurait été cet orchestre sans moi, hein, Jurowski ? Une philarmonie sans faille, c'est une musique sans âme.
"Je vois que vous n'avez pas le triomphe modeste, Wilde."
Le triomphe. Quelle vaste hérésie. Je ne triomphe de rien quand tout m'a été dérobé en une nuit. Sur pause au présent, devant la ruine de mes imaginaires aux cheveux de feu, la ruine de mes espoirs désuets, trop subtiles pour résister à l'appétit de mes perditions. Mon salut évanoui, la douceur que j'y planquais avec la jalousie de ceux qui y goûtent pour la première fois et qui ne savent pas trop ce que c'est, un souvenir de plus pour enterrer tous les autres. On est toujours fébrile devant l'inconnu. Inconnu violé par mes serments idolâtres. Prières sectaires d'un fou pour une divinité trompeuse. Mes yeux lui refusent la grâce de ma colère renouvelée qui se mélange à l'alcool que j'avale pour ne pas continuer à me noyer. C'est du champagne. Je déteste le champagne. Particulièrement ce soir.
_ Ça vous étonne encore ? Après tout ce temps passé ensemble, je croyais que vous seriez à l'abri de ce genre de surprise...
"Je suis un grand enfant. Je rêve encore de me faire avoir par la vérité qui se serait dissimulée au détour d'un faux-semblant."
Je souris, avec douleur, mes yeux brillent d'une sympathie qui s'étanche dans des pleurs que je ne me suis pas permis de verser.
_ Il n'y a rien derrière les faux-semblants, c'est le silence de cette vérité que nous dissimulons sans cesse, à coup de symphonie, mon ami...
Mon masque craquèle, je cache mes tremblements dans les poches de ma veste. Merci. Oui. Merveilleux. Encore. Les projets fusent et m'écoeurent car je les vois disparaître dans le néant que je me destine. Sur pause. Pour que ça ne fasse plus mal. Pour que ça cesse. Une seconde. Une seconde. Par pitié.

Une main sur mon épaule que je chasse avec virulence parce que j'en devine les intentions et les contours. Le poids de son amitié est trop lourd ce soir... Je ne la mérite pas. Un geste que je regrette aussitôt à cause de la douleur qui fuse dans mes articulations. Puis que je savoure, en inspirant mes torts et ma juste rétribution. Je fais volte-face avec un ennui si théâtral qu'il fait tonner le rire de Jurowski. L'orage au-dessus de ma tête quand il était déjà sur mon front. Je coupe Mère Théresa dans son pathos :
_ Oui ça va. Non c'est rien. C'est un nouveau style pour faire ressortir mon teint. Le rouge est à la mode cet hiver. Lâche-moi la grappe. Le tiroir-caisse est encore opérationnel, que tout le monde se rassure et cesse de se triturer ses trois neurones. Comment allons-nous demander à l'énergumène de service ce qu'il se passe, sans le vexer et sans qu'il pique sa crise ? Par l'enfer, je vais bien ! Ce ne sont que des coupures superficielles et elles guériront. Ouf, Greg, tu n'es pas au chômage ! Et la prod ne perd pas sa vache à lait !
Ma voix est allée croissant, j'ai gardé mes yeux sur Wells mais englobé l'auditoire et ses messes basses devenues trop bruyantes dans ma réplique mordante. Les gens demeurent interdits puis rigolent, pour laisser passer le malaise d'une blague où suinte ma cruauté. Et pour la première fois, alors que tout mon corps se contracte, quémande l'absolu de ma rage pour y enfouir l'horreur et l'exorciser sur le dos de ces coupables, ceux qui ne savent rien et qui devraient payer leur ignorance, je décide de les épargner. La magnanimité de mon expression trop figée, la condescendance en plus quand je tapote l'épaule de Greg qui ne rit pas. L'inquiétude se glisse dans ses yeux, plus prégnante encore quand il me voit bloquer ma mâchoire pour interrompre le flot de mes paroles. Ellis apparaît en renfort, ou plutôt en rempart, nous protège de sa carrure quand ma fatigue me fait souffler tout bas, éreinté :
_ Tout guérit Gregory... Tout. Toujours. Malheureusement.
Tout se referme. Tout disparaît. Je termine mon verre avant de demander à l'un des serveurs, derrière le buffet de le remplir de nouveau. Puis je le lève. Tout se referme. Rien. Rien. Il ne restera rien. Rien que la vérité. Et le silence derrière. Ellis se décale pour me laisser reprendre mon rôle, abandonné dans une respiration qui m'a fait par trop pâlir :
_ A nous tous ! Pour avoir été tels que de coutume. Tels qu'attendus. Inébranlables dans nos acquis, inénarrables dans nos travers, ineffables dans nos splendeurs trop caricaturales. Tels que nous fûmes. Tels que nous serons. Identiques dans notre réussite. Inchangés dans nos a priori. Mais qui se soucie encore des a priori quand nous sommes passés maîtres dans l'art de la supercherie ? C'est cela être artiste. C'est cela, se mettre au service de ces êtres menteurs. Merci, oui, d'avoir menti avec nous, cela a plu. Cela plaît toujours car nous y avons tous cru, au moins un soir. Un soir...
Je bois une longue gorgée supplémentaire. Attendu. Identique. Inchangé. Rien. Tout. En un seul soir. Mes yeux retournent à Moira pour y pénétrer la fureur de mon assertion. Je suis tel qu'hier. Tel que demain. Nos passés ne portent que la pâleur de jours semblables. Nos futurs avortent de n'avoir su se dessiner côte à côte. Je n'en veux pas. Je les voulais sans toi. Je les ai rêvés avec elle. Mensonges. Je bois. Je refuse à mes rêves trompeurs de s'élever dans mon souffle saccadé et les étouffe alors que mon aigreur dégouline un instant sur la dureté de mon visage recomposé. Je tourne mon verre dans sa direction :
_ Merci d'avoir été identique à ton image. Peu de gens peuvent se vanter d'être tels qu'ils apparaissent. On se sent... dans ta production... effroyablement remercié par tes promesses. Que tu tiens toujours, bien entendu. Qui pourrait en douter en te regardant.
La familiarité affleure dans ma réplique, Ellis regarde Moira, cherche sur son visage la confirmation de ses peurs, ou l'espoir mérité suite à ce triomphe qui semblait encore acquis il y a deux jours. Mais à chaque mot que je porte, c'est l'équilibre qui se rompt. Celui de notre splendeur de fantoche et surtout celui que nous avons dessiné depuis des mois, aux côtés de toute l'équipe devenue telle une famille. Mais l'on ne hait jamais plus fort que les membres de sa famille, paraît-il...
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() message posté Sam 9 Déc - 18:14 par Moira A. Oaks





Il se pavane, vedette estropiée, héros sans armure, roi déchu recraché au milieu des pauvres gens qu’il tente encore d’éblouir quand tous ne remarquent que les signes évidents de sa disgrâce. Il traîne sa carcasse jusqu’aux coupes de champagne, boit en espérant que les autres oublient les stigmates qu’il arbore. Mais les regards s’éternisent et les rires se crispent. Tous observent le rockeur comme un fauve imprévisible, attendent de savoir où s’arrête la feinte et où commence la vérité crue. Les paroles deviennent murmures pour ne plus couvrir sa voix. On veut l'entendre. On détaille sa démarche. On cherche à se rassurer en se remémorant les comportements excentriques dont il est coutumier. Après tout, ce n’est que Wilde. Et ce n’est pas sa première démonstration du genre. Une simple parade pour faire oublier son retard. Rien qu’une entrée dramatique pour rappeler qui leur a permis de toucher les hauteurs qu’ils ont atteintes tous ensemble. Tous ensemble... Il paraît pourtant bien seul au milieu de cette foule aujourd'hui. Seul et encerclé. Un fauve pris au piège au milieu des chasseurs. Mais sa proie est là aussi. Il la toise. Il la sent. C'est comme un baroud d'honneur, la dernière morsure qu'il destine avant de s'écrouler. La saignée sera pour elle. Moira l'a lu dans ses yeux à l'instant où il est entré.  

Il ne la rejoint pas. Il ignore le reste de son groupe. Gregory et Ellis le fixent, comme statufiés, tiraillés par cette angoisse née dès qu'ils l'ont vu arriver, l'arcade sourcilière bleuie et strippée, les mains cachées sous d'épais bandages, le drame visible à même ses traits dont ils ne parviennent cependant pas à déchiffrer la nature. Ils le regardent comme le héros mal assorti d'une mauvaise pièce de théâtre, surjouant ses travers quand les plus dangereux sont gravés à même sa peau, sur chaque égratignure qu'il ne cherche même pas à cacher. James se faufile entre les invités, répond à toutes leurs attentions, mais semble les appeler autant que les fuir, comme une protection cherchée au cœur d’une foule qui ne sait que l'étouffer. Le jeu dure, et Moira ne cesse de se tendre. Les garçons se sont tus eux aussi. C'est tout ce qui la sauve quand elle serait bien incapable d’entendre ce qu'ils pourraient lui dire, trop obnubilée par la scène qui se déroule au ralenti sous ses yeux. La menace gronde, elle la sent partout, jusque dans le petit objet qu'elle serre toujours entre ses doigts. Moira n'entend plus que son murmure au milieu des chuchotements qui ont progressivement remplacé les exclamations joyeuses et le chant des coupes qui s'entrechoquent. Elle se demande un long moment si James savoure l'attente qu'il lui inflige. Mais pour Wells, elle semble déjà insupportable. Le batteur s'éloigne d’un coup, sans même un mot, les yeux rivés sur le danger qui gronde et qui s'est une nouvelle fois emparé des traits de son ami. Moira le regarde se rapprocher du rockeur, manque de détourner les yeux quand il arrive à la hauteur de James, comme pour respecter une intimité qu'elle sait avoir délibérément violée cette nuit, mais elle revient subitement sur eux quand la soufflante qui claque au visage de Greg attire l'attention de tous les convives qui tentent de feindre avec un certain retard une légèreté pourtant disparue de leurs regards depuis de longues minutes. Les mots cinglent. La colère transpire dans chaque syllabe. Mais pour Moira, le coup est d'une violence sans nom. Les mots de James la ramènent brutalement des mois en arrière, quand elle avait déjà dû parer dans les secrets de son studio une colère si brutale qu'elle avait cru un long moment être incapable de la vaincre. Elle se souvient des offenses, des accusations si semblables à celles qu'elle décèle dans les subtilités de son discours aujourd'hui... Il avait pourtant fini par céder. Il s'était souvenu. Il avait accepté sa main cette nuit là, une main qu'elle croit sentir encore dans la chaleur de sa paume alors que ses doigts parcourent le briquet comme pour s'accrocher au lien qu'elle sent se défaire un peu plus à chaque souffle que James expire. Mais cette fois, Moira n'a plus aucune arme pour le contrer. La culpabilité bâillonne ses véhémences, bloque les mots dans le fond de sa gorge qui se tord en une douleur si aiguë qu'elle peine à la camoufler. Il ment. Il ne pense pas ce qu'il dit, elle ne peut pas y croire. Mais elle ne parvient pas à lui répondre. Elle n'en a plus le droit. Plus après ce qu'elle lui a fait. Les termes qui la giflent excitent un sentiment d'injustice qu'elle étouffe immédiatement sous le poids des regrets qui l'accablent et elle baisse le regard alors qu'Ellis s'excuse à son tour pour rejoindre ses deux comparses. La tension gagne les dos et les visages tout autour d’elle. L'insouciance s'enfuit, chassée par la froideur qui gagne toute la salle, et Moira s'excentre, s'éloigne du buffet pour trouver refuge dans un coin moins fréquenté de la pièce. Sa respiration devient irrégulière. Sa peau transpire alors qu'elle tremble de froid. Elle observe la porte à la dérobée, détaille la sortie si proche qu'elle refuse pourtant de prendre sans plus savoir ce qui tient du courage ou de la lâcheté. Elle s'enferme dans des pensées teintées de noir, de rouge et de sang, subit les mêmes images repassées en boucle depuis que James a quitté sa maison, les mêmes craintes qui se matérialisent les unes après les autres quand elle faisait tout pour s'en débarrasser. Elle garde les yeux clos, porte une main à son front pour tenter de retrouver une contenance qui lui échappe dangereusement. Mais la voix de James tonne de nouveau, lui fait faire volte-face pour le voir lever son verre et appeler toute l'assistance à en faire de même. Moira le fixe, triste maître de cérémonie au milieu de ces regards qui l'observent sans plus savoir quoi penser. Les mots filent comme autant de caresses trompeuses que Moira reçoit telles des coupures. Ses mensonges se confondent aux siens. N'en reste que le fiel qui découle entre les lèvres de James, maculant son visage pour le rendre si glaçant qu'elle peine à le regarder. Tous les autres tiennent leur rôle. On sauve les apparences, on sourit, on lève son verre. Mais Moira n'en a pas, et ce n'est que lorsque James la désigne du sien qu'elle réalise le vide entre ses mains. Elle se tend sous son manteau, pétrifiée alors que tous les regards se tournent vers elle, habités d'une joie devenue aussi vacillante que le sol sous ses pieds. Elle ne parvient plus à se mouvoir et son malaise s'entend dans chaque tremblement de son souffle jusqu'à ce que Michele Finley, dans un réflexe altruiste que Moira ne saisit qu'au dernier moment, survienne avec une coupe de champagne qu'elle lui tend pour lui permettre de trinquer avec eux. Les doigts de la productrice se referment machinalement autour du verre alors qu'elle écoute les derniers mots de James, les attaques à peine dissimulées qu'il lance et qu'elle a l'impression de voir déchiffrées par tous ceux qui la dévisagent. La douleur dévore ses entrailles alors que ses mots pénètrent ses chairs comme des lames qui s’enfoncent et se tordent dans son ventre. Chaque invective est une injure, le pire dénigrement qu’il puisse lui vouer quand elle lui a offert les tréfonds de son âme dans l’horreur de cette nuit, quand elle a sacrifié toutes ses impostures pour lui montrer la laideur qu’elle se tue à camoufler et qu’il s'est permis d'exiger depuis le premier jour. Elle sait ce qu’elle devrait lui dire. Elle sait toute l’injustice qui imprègne son discours qu’elle s’interdit pourtant de combattre. Les réponses bouillonnent dans ses esprits. Moira les retient pour l'épargner, mais elles se répètent, tournent et tournent encore. Des promesses, tu m’en avais faites aussi. Tu m’en avais faites. Tu m’avais juré de me guider à travers mes ombres. Tu m’avais promis de maintenir fermées les portes que j’essayerais d’ouvrir. Et qu’as-tu fait ? Qu’as-tu fait, James ?  

Elle sent le regard d’Ellis. Elle sait ce qu’il soupçonne. Elle sait qu’il a compris. Mais elle ne lui répond pas. Elle reste fixée sur James un temps trop long, jusqu’à ce que Finley change discrètement d’appui, passant d’une jambe à une autre pour attirer son attention et la sortir de sa paralysie. Moira cligne des yeux, balaye la salle du regard sans vraiment oser s‘accrocher à quiconque et n’offre qu’un sourire qui peine à convaincre en levant timidement son verre sans rien ajouter. L’attaque n'est pas le relevée. Elle essuie l'affront sans contre-attaquer, pour la toute première fois. Moira se détourne presque immédiatement, libérant l’assistance qui retourne avec un certain soulagement se réfugier en petits groupes, préférant feindre l’ignorance que de se positionner sur ce qu’ils viennent de voir. Les discussions reprennent, le bruit couvre les centaines de phrases qui tourmentent la productrice pour avoir refusé de les prononcer. Dos au buffet, la productrice vide sa coupe d’un trait, l’amertume du champagne dégoulinant sur sa langue pour s’ajouter à cette qu’elle n’en peut plus de ravaler. Mais le répit n’est que de courte durée alors que Michele revient se glisser près d’elle pour entamer une conversation que Moira voudrait clore immédiatement. Sa voix sonne trop fort. Ses attentions lui pèsent. Chaque geste qu'elle amorce l'agace quand elle voudrait simplement être seule. Pourtant, elle se tait une fois encore, se plie à la platitude de cette conversation car elle sait que sa collègue ne cherche ainsi qu’à l'aider à faire passer un embarras qu’elle n’a pas pu s’empêcher de sentir. Mais la comédie est branlante et le regard de Moira continue de fuir. Elle se sent guettée, observée, en insécurité constante depuis qu'elle est entrée au Royal. Tout se dérobe. Tout lui échappe. James l’avait faite le choisir comme unique ancrage. Et il vient en quelques mots de tout lui arracher.  

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MEMBRE

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() message posté Lun 11 Déc - 20:04 par James M. Wilde



« Calling all comas,
Prisoner on the loose.
Description:
A spitting image of me  »

Moira
& James




Elle ne parle pas. Elle ne parle pas. Le silence de son déni se réverbère jusqu'à moi et éclate dans ma tête. Point d'orgue de notre oraison funèbre, les écorchures se fondent sur notre peau comme un linceul qui fusionne à l'acide de nos erreurs conjuguées. Conjurées entre nos lèvres scellées. Morsure. Je n'ai l'envie que de la vomir aujourd'hui, ma main tremble autour de mon verre à le briser. Déjà vide. Bientôt plein. Vide encore. Oscillation de mes humeurs malingres, dissolues à chaque gorgée que je m'impose comme un repentir vers mon état de nature. Elle me fixe, muette, mutique, aphone de ma détestation, les regards qui la percent la rendent à une distance presque invincible, le mien qui la détoure pour l'étouffer de ces souvenirs que je rejette la peignent en une déformation qui lui impose une déchéance honnie. La divinité au front de mes injures, elle n'est plus qu'une humaine trompeuse et rendue vile de la couardise qui la sclérose. Elle devient diaphane sous mes prunelles troubles, inexistante au milieu de ma haine qui lui donne d'autres visages, d'autres incarnations, qui se servent de son silence pour mieux me rejeter et me maudire. Les apparences glissent sur tous les visages, mais les nôtres demeurent pleins de cet effroi que nous nous infligeons, le boire, le boire, le boire encore pour mieux se rappeler du goût détestable de notre désamour. Mon effroi est brûlant, le sien me contraint dans une posture pleine de cette brutalité orgueilleuse, je relève le menton, fier d'une attaque qui rouvre mes propres plaies. La voir saigner ne fait qu'exciter mes douleurs, et je m'y complais, prêt à détruire de moi ce qu'elle a su créer, à chaque note, à chaque geste, à chaque caresse. Le fracas de celui que j'aurais pu être entre ses bras, chaque brisure du personnage désavoué qui devient une meurtrissure infligée à son corps abandonné. Ma mémoire peint nos plaisirs tels des outrages. Son corps abandonné... Vide. Plein. Vide. Vide. Plus rien à l'intérieur. D'elle ou de moi. Je pose mon verre avec la solennité de l'abandon. Ponctuation au massacre que je présage en songes, sans savoir si je saurai véritablement l'opérer. Il y a dans mon regard la provocation des vaincus. Achève-moi. Achève-moi. Viens me faire mal quand je souffre déjà. Plonge tes ongles dans ma chair, rappelle donc mes failles pour que je m'y noie, et que je t'y fasse disparaître. Je la regarde. Je la regarde. Elle ne parle pas. Tout mon monde vire au noir. Je sombre. Je détourne les yeux car ma haine fracasse la disharmonie dans ma tête pour jouer des hurlements bestiaux qui réclament la mise à mort. D'elle. De moi. De nous. Nous. Le nous se confond et devient cet inacceptable prolongement de nos deux êtres entremêlés. L'échec de notre union s'insinue entre les cendres âcres de mes délicatesses échouées sur la peau d'une autre. Ma propre chair m'étouffe et me ploie, mes épaules tressaillent, Gregory me parle mais je ne l'entends pas. Il est suffisamment proche pour détailler mes traits navrés par mes pensées obscures et pourtant, il n'en distingue pas l'essence, seul Ellis penche la tête pour tenter d'entendre mes silences pleins de ces cris que je ne peux porter. Dis quelque chose. Dis quelque chose. Rappelle-moi à mes erreurs et fait-les moi bouffer. Mais elle ne parle pas. Elle ne parle pas. Ellis la détoure, revient à moi, fait des liens et remplit le bruit blanc des rires et des conversations qui tentent de nous ensevelir. Ne plus nous voir. Nous oublier. Vide. Rien... Rien.

"... ce qui se passe ?"
"Laisse-le tranquille."
"Mais c'est juste que... tes mains James... Tu es sûr que ça va ?"
"Gregory, laisse-le tranquille."
Mes yeux reviennent à Greg, ma douleur clôt ses lèvres en une ligne blême, je cherche à repousser le verre du bord du buffet, avec la maladresse de mes doigts engourdis par les bandages. Il complète le mouvement, je ne le remercie pas, je n'en ai pas la force, mes faux honneurs rendus à toute l'équipe ont coûté tant de mon énergie viciée par ma souffrance que je me sens plus enfermé encore. Détaché de tous. De moi également. De tout le monde... Sauf d'elle. Un seul coup d'oeil en biais m'indique qu'elle converse, blafarde, avec Finley, comme si de rien n'était et ma colère redouble. Comment peut-elle oser m'imposer l'ignorance après m'avoir tout arraché ? Comme peut-elle m'abandonner dans ce silence infâme qui tue mes sens, me rend à mes instincts les plus détestables pour me dessiner amputé ? Rends-moi ce que tu m'as volé ! Rends-moi mon masque fracassé, qui devient pantomime de mes idées enfuies. Rends-moi la violence de nos disputes, l'harmonie de nos désaveux. Oppose-toi à moi pour que je puisse exciter ma haine sur tes pensées, broyer tes arguments en imaginant briser ton corps, fêler ton âme et te l'arracher à mon tour. Parle-moi. Parle-moi... Mon désespoir tremble du bout des doigts qui se crispent sur la nappe trop blanche. Flash. A chaque regard, il y a un souvenir honni. Je ferme les yeux pour me sentir plus seul que je ne fus en entrant dans cette pièce, tout tourne autour de moi, les mots, les sons, les odeurs m'écoeurent, la présence des convives me fait mal. Quelqu'un me frôle et je me crispe, chaque geste devenu une autre déloyauté pour dessiner la kyrielle des trahisons qui se gravent sur ma peau déchirée. La trahison de Moira me carcante, la faute rejetée de toutes mes forces sur ses silences me donne le vertige tant elle ouvre un trou béant dans mon ventre pour dévorer les sensations et les sentiments désunis par la coke, l'alcool et la douleur. A l'intérieur, palpite le néant de nos serments qui paradent tels des fantômes, déjà oubliés, reniés, rejetés, haïs, toute la famille de nos démons sur l'autel de ma mélancolie de ce matin échu en destruction. Je ne savoure les souvenirs déformés que pour mieux reconstruire mon habit de ténèbres, m'éloigner de tout ce qu'elle possède encore de moi, abandonner les palpitations de nos errances côte à côte pour n'hériter que du froid de ma carcasse abandonnée. Mes paupières se rouvrent, les garçons conversent à voix basse à mes côtés, me bercent d'une présence sans savoir comment me l'imposer. Mes yeux s'aimantent à Moira, cherchent les mots qu'elle ne m'oppose pas sur son front assombri par les tourments. Tortionnaire trop lâche pour admirer son oeuvre, je ne la laisserai pas me fuir. La victime retrouvera son bourreau. Une fois de plus. Une dernière fois ? Je me déplace avant même de comprendre ce que je cherche, il me faut quelques pas pour graver ma détermination embrumée par l'alcool dans ma silhouette diminuée, contractée par la déraison de ce vide qu'elle continue de m'imposer. Je coupe Finley, je ne sais même pas ce qu'elle dit, je viens de fendre la foule sans dissimuler une seconde la direction de mon acharnement, je n'ai rien à foutre de dévoiler ce qui s'est déjà consumé pour ne devenir qu'un cadavre encombrant nos chemins tortueux. Que la messe soit dite et que l'absolution nous soit enfin refusée pour que nous nous quittions sans plus d'espoir. Vide. Vides.
_ C'est nouveau chez toi, l'instinct de fuite ? C'est fou comme ça peut t'ôter tous tes attraits, en l'espace de quoi... Une journée ?
Michele détourne la tête, destinataire de mes indiscrétions sans sentir nulle légitimité à son rôle d'arbitre qui échoue au moment même où je repose mon regard glacé sur elle et ajoute :
_ Vous êtes encore là ? Je crois que c'est le bon moment pour dégager.
J'ai toujours eu la notion des convenances... Le monde autour s'affadit dans le lointain de mes esprits enragés. Ils se tournent entièrement vers elle, choeur monstrueux qui jappe déjà de sentir sa proie à portée. Je n'ai plus de verre pour occuper mes mains, ma démarche nous a écartés des autres convives, l'intimité rendue à notre désertion trop flagrante la fait apparaître telle une compagne trop encombrante. Je la regarde sans la voir, détaille tous les traits que je connais par coeur pour mieux les rejeter dans la difformité de mes souvenirs fabriqués. La fadeur du factice pour remplacer la brûlure de ma propre faiblesse, déposée dans ses entrailles comme l'on abandonne les armes avant d'avoir même combattu. La guerre survient trop tard, elle prend le visage d'une mutinerie assassine. Mon corps la cherche, j'interdis tous mes gestes, droit, trop fixe, de peur de m'oublier à la retrouver par erreur. Mes instincts déviants me débectent. J'ai peur de son silence que je remplis de haine pour mieux savoir l'habiter. Il y a des territoires que l'on ne peut fouler qu'après les avoir souillés :
_ Tu ne me dis pas merci ? Mon discours était pourtant adapté à mes services rendus. Je vois qu'on n'est plus payé de rien désormais.
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Calling all comas, Prisoner on the loose _ Moira&James
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