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You want it darker [Jean]

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() message posté Mer 13 Déc - 10:59 par Invité

YOU WANT IT DARKER
JEAN & GIA
Les derniers jours avaient été fort en émotions. Gia n’était pas habituée à gérer autant de choses au niveau personnel. Elle sortait de deux années compliquées et voilà qu’elle était confrontée à ses vieux démons. Son ex-mari. Jean. L’homme de sa vie, celui avec qui elle avait eu un enfant. Elle se voyait vieillir à ses côtés. Certes, le quotidien n’était pas toujours simple avec leurs boulots respectifs qui leur prenaient beaucoup de temps. Mais ils s’aimaient. Cela leur semblait acquis. Jusqu’au jour où… patatra ! Tout s’était cassé la gueule avec une violence peu compréhensible. Ils n’avaient plus rien. Gi’ avait perdu son poste de responsable du MI5 pendant son internement en hôpital psy. Elle venait tout juste de regravir péniblement les échelons mais elle restait dans une sorte de période probatoire. Ses collègues la regardaient tous avec pitié ou crainte, ce qui lui était insupportable dans les deux cas. Elle s’était jetée à corps perdu dans le boulot dès la sortie de l’hp. Et ça faisait du bien, même si ça ne réglait pas tous les problèmes.

Qu’est-ce qui nous restait quand on avait tout perdu ? Les souvenirs. Un poison qui coulait dans vos veines dont vous redemandiez et qui vous tuait à petit feu. Chaque rue, chaque bâtiment pouvait donner matière à des souvenirs heureux, donc douloureux maintenant. La seule chose qu’avait toléré Gia était le boulot. Son bureau était pour le moment occupée par sa remplaçante temporaire mais il n’avait pas changé. On voyait encore la trace du cadre qu’elle avait accroché pendant tant d’années au mur. Dans lequel il y avait une photo de son mari et de son fils. Il n’en restait maintenant plus que la trace légèrement jaunie du papier peint. Tout est éphémère. Rien ne dure éternellement. La famille, l’amour, le bonheur. Nous sommes tous des morts en sursis…

La journée avait été plus longue et difficile que d’habitude. Et Gi’ savait pertinemment pourquoi. Ses pensées étaient tournées vers Jean. Elle l’avait revu et c’était encore plus perturbant qu’elle l’aurait pensé. Lexie lui avait remonté le moral, elles avaient passés une soirée entre filles et cela lui avait fait du bien. Mais elle s’était rendu compte que tout n’était pas si simple dans sa tête en ce qui concernait son ex-époux. Elle l’aimait toujours et la haine qu’elle avait nourrie pendant deux ans contre lui commençant à s’éteindre, elle se retrouvait à contempler le désastre de leur couple dont elle était en grande partie responsable. De quoi broyer du noir.

Mais Gia était une femme d’action. Elle n’était pas le style à se lamenter. Elle était le style à agir et à foncer dans le lard quand elle voulait quelque chose. Aussi marchait-elle, à une heure avancée de la nuit dans les rues de Londres, deux bouteilles de whisky dans les mains, vers sa destination. Jean n’allait pas être content. Mais elle s’en fichait. Elle devait le voir. Et pour avoir son adresse, elle avait fait marcher quelques vieilles connaissances dans le métier. Elle arriva devant l’immeuble et composa le code d’entrée. Puis, elle monta les marches, le cœur battant. Elle arriva devant la porte où on pouvait lire « Jean Marceau » sur l’interphone. Elle respira profondément. Puis, elle sonna. De longues minutes passèrent avant que la porte ne s’ouvre. Elle afficha son plus beau sourire. Tout en montrant les bouteilles, elle lança :

J’ai un petit cadeau. Je peux entrer ?

Oui, c’était inattendu. Mais Gia avait toujours été une nana impulsive et surprenante.          
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Dona Nobis Pacem

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() message posté Dim 17 Déc - 10:40 par Jean Marceau
Je m’enfilais encore une tasse de café chaud. Ca faisait combien, aujourd’hui ? Je n’en savais rien. J’étais rentré tard. Premier jour avec mon nouveau binôme. Encore une jeunette, mais qui avait pas mal d’expérience et qui semblait déterminée à accomplir sa mission. Je n’avais pas encore vraiment d’avis sur elle, de toute façon même si l’a priori semblait bon je ne pouvais pas non plus lui faire confiance ; je restais convaincu que même si ce n’était peut-être pas encore le cas maintenant, il y avait des chances pour qu’elle bosse pour ma hiérarchie en sous main et que son objectif reste de me faire plier dès que possible. Honnêtement, je ne lui en voulais pas, elle ne ferait alors que son boulot, j’avais encore assez de pragmatisme pour m’en rendre compte. Mais ça ne voulait pas dire que j’en étais ravi. Je retournais m’asseoir avec ma tasse, devant mon vieil ordinateur portable, qui me servait à compulser tous les rapports envoyés par la police américaine, qui avait été un peu plus longue à réagir que les canadiens. Le FBI était un monstre d’organisation, mais putain le mec qui m’avait rédigé ces notes ne devait pas être plus anglophone que moi au départ ; c’était assez difficilement déchiffrable. Mais instructif. La personnalité de ce nouveau tueur semblait incroyablement complexe et même le rapport du profiler qui avait bossé sur le sujet était totalement fouillis ; il reconnaissait lui-même qu’il était très difficile de dresser un profil cohérent avec une si grande disparité des victimes, certes toutes des personnes « importantes » et « publiques », mais qui n’avaient pas grand-chose en commun sous la surface. Et même si ces personnes étaient connues on ne pouvait pas parler de célébrités. Vous parlez d’un casse-tête… Je ré-épluchais la liste de tous les vols recensés entre le moment où les canadiens s’étaient rendus compte que le tueur américain était sur leur sol et le moment où ils pensaient l’avoir perdu. Ca faisait une sacrée liste. Et aucun nom qui ressorte.


Soupir. Cette affaire était un vrai casse-tête.


J’entends sonner et en me demandant qui peut venir à cette heure, je fronce les sourcils. Je termine mon café, et je pousse du pied la bouteille de whisky qu’il y avait au pied de ma chaise jusque sous le bureau. Dans le même temps, je refermais mon ordi et le verrouillais. J’étais prudent, plus que jamais, depuis deux ans. Les affaires sur lesquelles je bossais m’avaient depuis impliqué plus d’une fois personnellement et ma façon de me jeter corps et âme dans ces enquêtes m’avait mis en porte-à-faux ; j’avais même déjà été filé une ou deux fois par des gangers d’Europe de l’Est. Bon, mon flingue était toujours derrière la porte, dans le holster caché sous mon manteau, bien attaché à son crochet. L’appart’ était loin d’être nickel, mais rien qui empeste dans l’évier et pas de linge sale qui traîne partout, c’était déjà ça. J’ouvrais finalement après un petit temps de battement, et eus la surprise de découvrir Gia. J’étouffais un juron, alors qu’elle se présentait avec une bouteille et me parlait de cadeau. Je n’avais pas envie d’explications ce soir. Et vue son attitude la dernière fois, elle attendait sûrement quelque chose de moi. Encore. Je fronçais les sourcils, avant de me décider à répondre.



| Salut. |


Oui, salut. Et c’était tout. Je réfléchis encore. Pèse le pour et le contre. Bon, ce sera au moins une chose de réglée. Je m’écarte sur le côté, lorgnant sur la bouteille.


| Ok, mais j’ai du boulot, alors tu pourras pas rester. |


Inutile de dire que je me sentais un peu floué qu’elle soit là, parce que ça voulait dire qu’elle s’était servie de ses bases de données et de son métier pour me retrouver. Et je n’aimais pas trop ne pas avoir eu mon avis sur la question. Mais soit, crevons l’abcès. Je me retourne vers elle alors que nous sommes encore dans l’entrée.


| Et donc, que fais-tu ici ? |
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() message posté Ven 22 Déc - 19:09 par Invité

YOU WANT IT DARKER
JEAN & GIA
Pendant tout le trajet, Gia s’inquiète. Elle connait bien son ex-mari. Et elle sait que trouver son adresse via le boulot n’est pas la meilleure manière de montrer patte blanche. Elle s’en fout. Tant pis si elle le met de travers, ce ne sera pas la première fois. Pourquoi souhaite-t-elle venir le voir ? Pour faire le ménage dans sa tête. Certes, Lexie l’a aidée mais le principal intéressé sera le mieux placé pour lui faire prendre conscience de là où elle en est. Car depuis leur rencontre dans ce putain d’entrepôt, ça tourne en boucle. La haine s’est calmée, étrangement et Gia se sent presque vide. Creuse. Elle a vécu avec ce sentiment pendant deux ans, se réveillant à ses côtés et s’endormant dans ses bras. La haine l’a porté, soutenu et sans elle, elle se serait écroulée. Et maintenant qu’elle est partie, elle se rend compte que l’on peut vivre sans. Comme un enfant à vélo à qui on a enfin enlevé les petites roues et qui se rend compte que, non, il ne tombe plus. Et cela la perturbe profondément. Alors, comme elle n’est pas le genre à se laisser abattre, elle préfère avancer et espérer trouver des réponses auprès de Jean. Après tout, il est bien le seul à avoir traversé la même chose qu’elle, la perte d’un gosse. Gia a pris son arme de service, non pas pour buter son ex-mari, quoiqu’elle y avait déjà pensé deux trois fois, mais juste comme réflexe. Elle a l’habitude d’être toujours armée, sait-on jamais. Mieux vaut être prudente. Elle reste la directrice du MI5, en probation peut-être mais elle a pas mal d’ennemis qui aimerait bien se faire un manteau de sa peau.

Gia s’est donc présentée chez Jean, entrant le code en bas qu’elle a obtenu de la même manière que l’adresse. Elle n’a pas poussé le vice jusqu’à demander un double des clefs et se contente donc de sonner, le cœur battant, au bord des lèvres. Et s’il n’ouvrait pas ? Et s’il la renvoyait ? Et bien tant pis, elle aura essayé. Malgré un côté réfléchi, Gia est parfois impulsive. Cela lui a souvent porté préjudice au travail. Peut-être que question vie privée, cela va enfin lui être utile et l’aider à avancer ? En tout cas, ça vaut le coup de le tenter.

La porte s’ouvre sur Jean. Une fraction de seconde et il la reconnait. Et son visage change du tout au tout. Il s’assombrit, fronçant les sourcils. Gia ne s’attendait pas à autre chose. Elle lui a pourri la tronche pendant une année entière, forcément ça laisse des traces. Et ce n’est pas parce qu’elle se ramène avec une bouteille de whisky que ça va forcément lui servir de laissez-passer. Il la salue froidement et Gia sent son sourire couler sur son visage. Mais elle se ressaisit. Elle doit le faire. Elle doit lui parler. Elle doit faire le point pour savoir où elle en est par rapport à lui. Elle le connait. Elle voit qu’il hésite. Elle reste immobile, comme figée, attendant la sentence qu’il va prononcer. Et finalement, un miracle. Il s’écarte légèrement pour la laisser passer, lui précisant qu’elle ne pourra pas rester. Elle hoche la tête.

Ne t’en fais pas, je ne te dérangerai pas longtemps.

Gia rentre et ferme la porte derrière elle. Mais elle n’a guère le temps d’aller plus loin que l’entrée avant que Jean ne se retourne et lui demande ce qu’elle fout là. Elle l’observe avant de répondre :

Rassures-toi, je ne suis pas là pour te prendre la tête ou péter de la vaisselle. Je voulais simplement parler. Parler de tout ça. Tout ce qu’on ne s’est pas dit depuis des années. Tout ce qui nous ferait du bien. Pour passer à autre chose. Enfin tourner la page. A défaut de guérir, au moins cautériser la plaie purulente qui nous bouffe tous les deux.

Elle s’avance jusqu’au salon et s’assit dans le canapé. L’appart est propre, pas extraordinaire mais propre. Elle pose la bouteille sur la table basse et laisse Jean se servir. Elle se sert elle-même un verre et l’avale cul sec, histoire de se donner du courage. Le breuvage ambré lui brûle les tripes mais ça fait du bien. Elle inspire profondément puis, elle se lance :

J’ai été injuste avec toi pendant des années, Jean. Aveuglée par la douleur que je sentais au fond de mes tripes, je t’en ai voulu autant que je t’ai aimé. Je ne pouvais pas être auprès de toi et je m’en veux. Je sais que je n’ai pas été un soutien pour toi alors que j’aurai dû. J’ai cherché à tout prix un coupable. Cela m’a aidé à ne pas sombrer définitivement dans la folie. Je ne l’ai pas voulu. J’ai conscience de t’avoir fait énormément de mal et je tenais à m’excuser de cela. Mais depuis que je t’ai revu…. Je ne sais plus où j’en suis. Je suis heureuse d’avoir senti cette haine dévorante et irrationnelle s’envoler. Mais une fois partie, je me suis sentie… Vide. Seule. Je pense avoir ressenti ce que tu as ressenti pendant si longtemps, mais je peux me tromper. Et… Il y a autre chose…

Le plus dur restait à venir. Quelque chose qu’elle venait de conscientiser au moment même où la porte de l’appartement s’était ouverte sur lui.

Je ne peux pas te tourner le dos, Jean. Je me rends compte que dans toute cette merde que j’ai dans la tête et dans le cœur, il reste des sentiments pour toi. Voilà. Tu me connais. Tu sais que je cherche juste à être honnête avec toi et à faire le point. Je n’exige rien. Je te le dis, c’est tout.

Paf. Et voilà. Les pieds dans le plat, ça s’appelle. Elle se resserre un verre de whisky qu’elle s’enfile cul sec une fois encore.          
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() message posté Jeu 4 Jan - 19:35 par Jean Marceau
Bien sûr que Gia s’était renseignée sur moi. Je l’avais imaginée dès le début en train de me suivre à distance, genre en se posant des alertes sur les mises à jour de mon dossier, peut-être même de mon casier, en tout cas de tout ce qui pouvait me concerner. Je la pensais peut être pire qu’elle n’était en réalité, ou peut être me montrais-je simplement parano, allez savoir, il n’en restait pas moins que je me retrouvais encore à douter d’elle, de sa stabilité psychologique et de tout le reste. Gia avait toujours eu cette faille en elle, même quand elle était sans doute une des femmes les plus badass que l’on pouvait imaginer. Elle avait la tête froide. Mais elle avait cette lueur, dans le fond de ses yeux… Difficile de passer à côté. Je ne pouvais pas le nier, j’avais toujours redouté que ce moment arrive. Le moment où les boulons qui maintenaient l’équilibre et la sûreté de son âme ne finissent par péter, défonçant tout ce qui se trouvait dans les environs. Je ne pouvais pas dire que j’étais plus confiant dans mes propres capacités ; il était évident pour moi depuis des années que j’avais en moi le même genre de… De quoi ? De folie ? Je ne savais pas. Mais je l’avais ressenti à l’époque de Kat’, en France. Cette pulsion, qui manquait parfois de s’enflammer. Cet appel du vide, quelque part. Mais pas seulement du vide, du rien. D’un terrible brasier. Comme si j’étais un volcan endormi, mais que le réveil ne pouvait produire qu’une catastrophe. Je luttais depuis deux ans, depuis la mort de mon fils. Cela voulait dire aussi que c’était peut être me retenir qui m’avait laissé ma raison s’effilocher peu à peu… Peut être.


Ou alors ce n’était qu’une excuse que mon esprit construisait pour se justifier.


Gia me dit qu’elle ne me dérangera pas longtemps et je lui lâche un regard un peu alourdi par le fait que j’imaginais assez bien que ça ne serait pas le cas. Gia avait souvent tenu parole dans sa vie, mais si elle avait ramené une bouteille, c’était qu’elle envisageait tenir jusqu’à ce qu’elle soit vidée, sans doute. Je lui laisse de la place pour rentrer mais elle comprend bien que cela ne la rend pas vraiment pour autant bienvenue chez moi. Alors elle s’explique. Tente de me rassurer, visiblement. Elle voulait parler. De ces non-dits. Pour passer à autre chose. Je soupire à nouveau, ostensiblement. Peu importe ce qu’il en ressort ; je suis déjà convaincu que nous n’allons plus tarder à nous mettre à crier, et qu’une fois qu’elle sera repartie, je n’aurais d’autre choix que de m’ouvrir une nouvelle bouteille, en espérant comme avec les autres me noyer dedans pour de bon.



| Tu penses vraiment que ça va nous être utile, ou c’est ta psy qui t’as suggéré de trouver le courage qui te fait défaut depuis deux ans ? |


Pan, c’était gratuit. Mais je la suis jusqu’au canapé, même si je m’asseois plutôt sur un fauteuil non loin, pour l’avoir en face, pas à côté. J’étais attiré par habitude à ses côtés, mais j’étais aussi nauséeux à l’idée qu’une femme qui m’ait fait tant de mal se retrouve à nouveau en position de m’en faire un peu plus. Je soupire encore en attrapant deux verres sur le meuble de salle à manger. De collection, comme tous les autres. J’ai toujours aimé boire dans de bons verres, adaptés à la boisson qu’on servait. IL n’y avait que les néophytes pour ne pas comprendre l’intérêt de les avoir ; certains arômes se dégageaient mieux selon le type, la forme et la composition du récipient. Je l’avais appris auprès de mon père, une vie avant aujourd’hui. Je ne la regarde pas, quand elle inspire un grand coup avant de se lancer. Je sirote mon verre, mon regard perdu au niveau de ses chaussures, du sol alentours. Elle m’explique toute sa douleur, et reconnaît qu’elle a été injuste. Elle m’explique que m’en foutre plein la gueule l’a aidée à tenir.


Je la dévisage pour la première fois depuis le début de son explication. Sévèrement, y compris quand elle m’explique que me revoir l’a « soignée ». Et qu’elle m’aime toujours. Je suis frappé par la révélation. J’ai tellement mangé, la première année après la mort du petit, les premiers jours avaient été durs, mais alors les fois où j’étais allé la voir pendant son séjour en résidence surveillée… Je me ressers un verre, sans lui en reproposer. Il est passé depuis longtemps, le temps de l’amabilité, de la politesse entre nous. Nous nous connaissons trop pour enrober nos sentiments de ce vernis si lisse qu’affectionnent tant les gens. Je la laisse se resservir. Je me sens piégé, étouffé par sa révélation. C’était ce que j’avais voulu entendre, chaque jour, chaque heure, presque chaque minute. Pendant les premiers mois, en tout cas. Après,c’était devenu trop dur. Je déglutis péniblement. J’aurais pu en chialer de soulagement, de frustration et de rancœur, de colère pure. Mais non. Je m’en ressers un ; le niveau de la bouteille descend déjà.



| Tu ne m’as pas seulement poivré la gueule, Gia. Tu m’as pas non plus laissé tout seul, pas seulement. Pas plus que ta faute est de m’avoir fait endosser tout ça. Le pire, là-dedans, c’est que tu m’as abandonné à moi-même, à cette part de moi que je refoule depuis vingt ans. J’ai fait des choses très mauvaises pour faire mon boulot, pendant deux ans. J’ai piétiné la loi et je lui ai chié dessus. J’ai mis des gens en danger. J’ai ouvert le feu sans autorisation. Et même sans réel besoin. J’ai cogné et fait parler des suspects avec des méthodes qui me vaudraient un emprisonnement à vie dans mon pays comme dans le tiens. Le problème Gia, c’est pas ce que tu m’as fait à moi. C’est ce que tu m’as laissé faire aux autres. |


Elle savait ce que j’étais, au fond. Elle avait lu mon dossier, elle avait sondé mon âme et connu mon corps, les marques qu’il portait.


| Je ne sais pas si je t’aime encore. Une partie de moi, sans doute, t’aimeras toujours. Mais je n’ai pas besoin de plus de folie dans ma vie ; je dois déjà affronter mon reflet chaque matin dans le miroir. |


Dur, cruel. Quelque chose en moi était mort en même temps que mon petit garçon, et je ressentais à cet instant précis la douleur fantôme de cette chose perdue, comme si la douleur m’avait jadis arraché les deux bras, et que je revivais la chose.
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