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I don't mean to suggest... (Benedict)

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MEMBRE

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() message posté Dim 11 Fév - 23:57 par Shinya Nakamura

I DON'T MEAN TO SUGGEST THAT I LOVED YOU THE BEST
Leonard Cohen - Chelsea Hotel #2

Février 2018. Cela fait presque neuf mois que Benedict et Shinya vivent ensemble. Ils ont eu le temps d'apprendre à se connaître, à construire une amitié et à s'habituer, surtout, à vivre avec l'autre. Ils se retrouvent presque tous les soirs autour d'un dîner, parfois ils continuent même de partager leur soirée en discutant ou en regardant un film. Ce sont des activités banales pour des colocataires, mais pour Shinya, elles sont presque devenues nécessaires. Lui qui n'apprécie pas la routine d'ordinaire, s'est surpris à apprécier une compagnie aussi pleine de simplicité et de naturel que celle qu'il partage dorénavant avec Benedict. Même les différences entre leurs deux personnalités ne les empêchent pas de très bien s'entendre, ce à quoi l'asiatique ne s'attendait pas. Au début de leur colocation, Shinya s'imaginait qu'ils se contenteraient de vivre en priorité sous le même toit, sans forcément partager grand-chose ensemble, parce qu'il estimait qu'ils avaient trop peu de points communs pour y arriver. Bien sûr, il n'avait pas pour intérêt de vivre avec Benedict uniquement pour avoir un bel appartement, autrement il n'aurait jamais accepté les conditions que celui-ci lui avait présenté le jour de leur première rencontre. Shinya pensait tout bonnement que, avec leurs caractères respectifs, une forte complicité serait difficile à atteindre sur le long terme. Il s'était trompé. On dit que les contraires s'attirent et, dans leur cas, c'est exactement ce qui est arrivé.

Ce soir, les deux hommes sont rentrés tardivement de leur travail. Shinya est arrivé le premier à l'appartement. Comme il était déjà vingt et une heures, il a à peine déposé ses affaires qu'il s'est lavé les mains et a commencé à cuisiner. Un risotto au fromage et aux champignons de Paris, saupoudré de parmesan et agrémenté de vin blanc - malgré son sevrage, utiliser de l'alcool pour la cuisine n'est pas un problème pour Shinya, il arrive même à trouver des petites bouteilles pour éviter qu'il en reste et qu'il soit tenté de les finir au verre. Des effluves terriblement appétissants émanent de la cuisine jusqu'au salon. Quand Benedict rentre à son tour, il doit aussitôt les sentir. Le japonais entend la porte s'ouvrir puis se refermer, et reconnaît le pas de son colocataire quand il s'avance dans le salon. Ce pas, il le reconnaîtrait parmi des milliers tellement il a pris l'habitude de l'entendre et, à chaque fois, il le rend heureux parce qu'il sait qu'il ne va pas tarder à retrouver Benedict. Depuis quelques temps, bien qu'il le nie lui-même, Shinya pense régulièrement au bel irlandais. Quand leurs regards se croisent, le japonais se met toujours à sourire. Quand il aperçoit Benedict de dos, il ne peut s'empêcher d'observer ses épaules fines et carrées, sa taille de guêpe et ses longues jambes. Il a tendance à le déshabiller du regard, sans que ce soit lubrique. À vrai dire, il l'a déjà imaginé nu, avec une certaine gêne parce que Benedict, comme son prénom l'indique, a grandi dans une famille pieuse dont il a hérité des croyances. Ce simple fait a suffit à persuader Shinya qu'il ne pouvait être que hétérosexuel, donc inaccessible. C'est un cliché stupide, de se dire qu'un chrétien est forcément dérangé par l'homosexualité, mais c'est ainsi qu'a raisonné l'asiatique. Il a à peine avoué son attirance pour les hommes, parce qu'il a trop peur d'être jugé et surtout rejeté. Si son colocataire le repoussait ou décidait qu'ils coupent les ponts entre eux, Shinya serait extrêmement blessé. Son attachement pour cet homme est devenu trop fort pour le laisser indifférent, à tel point que la dernière fois où Benedict a annoncé avoir un rendez-vous avec une fille, le japonais n'a pas été capable de se contenir et a finit par provoquer une dispute entre eux. Depuis ce jour, quelques tensions ont pointé le bout de leur nez dans leur relation, mais les deux garçons tentent de noyer le poisson en faisant semblant que tout va bien, refusant d'aborder ce sujet. D'ailleurs, peu de temps après que son colocataire soit rentré, Shinya rejoint le salon pour venir le saluer avec un sourire chaleureux. « Salut. Tu rentres pile quand j'ai terminé de cuisiner ! Ce soir c'est risotto au fromage. Si tu veux bien, on peut manger maintenant. »  Les deux hommes sont affamés et le japonais ne se fait pas prier pour retourner dans la cuisine. Il y récupère des assiettes et des couverts, puis installe la table dans un silence un peu pesant. Depuis leur différend, ils ont tendance à moins se parler. C'est dans une ambiance un peu étrange qu'ils finissent par se mettre à table et par commencer à manger. Shinya prend la parole le premier pendant le repas, abordant des banalités relativement ennuyantes. « Toi aussi tu as été retenu au travail ? Il a fallu que je règle un problème de dernière minute ce soir, c'était pénible. J'ai cru que je n'allais jamais m'en sortir avec mon patronage, le styliste m'a dessiné un croquis illisible. Qu'est-ce que ça m'énerve... »  Il lève les yeux au ciel et soupire, comme toujours quand il est agacé. Son expression a l'air un peu surjouée, sans doute parce que ce qui irrite Shinya est l'ambiance qui règne entre lui et Benedict, plutôt que les aléas de son métier. Il laisse à son colocataire le temps de lui répondre et de lui raconter sa journée. Le japonais l'écoute, attentif à ses propos malgré son esprit concentré ailleurs. Depuis plusieurs jours, il n'a pas cessé de se ressasser certaines idées qui le dérangent...

Au bout d'un instant, alors que Benedict est encore en train de parler, Shinya redresse sa tête, dirige son regard de son assiette jusqu'aux yeux clairs de l'irlandais et lui coupe d'un seul coup la parole. « Benedict. »  L'intonation de sa voix se fait sèche, ferme. Ses lèvres restent entrouvertes un bref instant, tandis qu'il cherche par quels mots commencer. Il a besoin d'exprimer son agacement et sa fatigue face aux tensions qui règnent entre eux depuis quelques temps. Il a l'impression que Benedict arrive à se satisfaire de leur routine, comme si rien ne s'était jamais passé, et ça l'énerve au plus haut point. Comment peuvent-ils continuer à ignorer que quelque chose ne va plus entre eux ? Shinya ne le supporte plus. Si ça continue ainsi, il deviendra incapable de vivre plus longtemps avec cet homme et il ne veut pas en arriver là. L'idée de quitter Benedict l'effraie encore plus que celle de continuer à faire semblant que tout va bien. Quand le japonais réussit à reprendre la parole, il a d'abord l'air d'hésiter, avec sa voix qui se fait petite et discrète. « Il faut qu'on parle. Il le faut vraiment. »  Shinya lâche ses couverts, les dépose de chaque côté de son assiette et avale une gorgée d'eau comme si cela allait lui donner du courage. Son regard a fuit un instant dans le vide avant que ses yeux ne se plantent à nouveau dans ceux de son interlocuteur avec un air sombre et triste. « Depuis notre dispute, il s'est passé quelque chose, je le sens bien. On fait semblant mais c'est stupide. Je ne le supporte plus, Benedict. »  L'asiatique prend une grande inspiration. Il sent venir les larmes, qu'il réfrène avec une force étonnante. Ses poings se serrent sur la table, à tel point qu'il est évident qu'il est en train de prendre sur lui pour réussir à exprimer ses émotions. « Je ne veux pas qu'on continue comme ça, autrement je songerai à partir. »  À défaut de pleurer, les yeux de Shinya deviennent vitreux. Son cœur bat la chamade et son souffle s'accélère un peu sous l'effet du stress. Outre sa colère, c'est aussi son angoisse qui le ronge. Quelques temps après leur dispute, les deux hommes ont discuté ensemble pour essayer d'apaiser les tensions. Shinya s'est excusé en prétextant qu'il était fatigué et à fleur de peau. Il a hésité à avouer à Benedict que ça l'avait blessé d'apprendre qu'il ait un rendez-vous galant, mais puisqu'il ignorait lui-même pourquoi il avait réagi ainsi, l'asiatique avait été incapable de s'expliquer auprès de son colocataire. Cependant, ses propos avaient été révélateurs de ses tendances sexuelles, sans qu'elles soient pour autant clairement évoquées. Et si Benedict avait compris ? Et s'il était dérangé par l'idée que son petit colocataire soit attiré par les hommes, sans oser le lui avouer ? Une multitude de raisons pour expliquer la distance qui s'est installée entre eux. « Mais je ne suis pas sûr de vouloir en arriver là. »  Sa voix s'étrangle sur cette dernière phrase. Faire un tel aveux n'est pas chose facile et si son besoin de parler n'avait pas été si puissant, Shinya aurait préféré s'abstenir, tellement il lui est douloureux de parler à cœur ouvert.

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() message posté Lun 12 Fév - 12:52 par Benedict J. Hughes

꧁ I don't mean to suggest... ꧂

« On n'a qu'à essayer. Ça marche. Mais si dans un mois ça ne se passe pas bien, je partirai. Est-ce que ça te convient ? » La voix de Shinya raisonne encore dans ma tête, alors que lentement, j'avance dans le froid de ce mois de février. Mes joues sont rougies, mes yeux sont humides face à l'agression d'un vent sec et hivernal qui s'abat violemment sur moi. Mes jambes poussent avec nonchalance sur les pédales de ma bicyclette. Comme depuis plusieurs jours, je tarde pour rentrer chez moi. J'emprunte les chemins les plus longs, les ruelles les plus étroites, les croisements les plus fastidieux. Je fais tout pour repousser l'échéance. Celle de me retrouver en face de cet homme, celui avec qui je partage mon appartement depuis maintenant neuf mois. Je me rappelle encore la première discussion que j'ai eu avec lui, les premières paroles échangées, la glace se brisant déjà petit à petit. Je me rappelle de la joie que j'ai ressenti alors qu'il me proposait de faire cet essai d'un mois. Finalement, huit autres se sont écoulés. Le jeune asiatique accompagnent mes jours et mes nuits, tel le parfait colocataire dont j'ai toujours rêvé. Et pourtant ; pourtant, aujourd'hui je ne supporte plus ces soirées en tête à tête. Et pourtant, je n'ose plus regarder ce fidèle ami dans les yeux. J'essaye tant bien que de mal de faire semblant, de feinter l'indifférence. Faire comme si tout allait bien, sourire, discuter comme si de rien n'était ; Je n'ai jamais su faire ce genre de chose, mais cette fois, j'essaye vraiment. De toute mes forces, je m'accroche. Je ne veux pas perdre cette personne qui m'est si chère. Combien de temps pourrons-nous continuer ainsi, combien de temps pourrons-nous vivre dans cette médiocre mascarade ? Chaque soir, je ne suis plus sûr de pouvoir en supporter d'avantage. Je souris une dernière fois à Shinya, avant de claquer la porte de ma chambre ; et une fois dans l'obscurité la plus complète : je m'effondre. Je m’effondre d'une souffrance sourde, indétectable. Parfois, les émotions sont trop nombreuses, et trop lourdes à porter. Elles finissent par nous rabaisser, jusqu'à ce que nous nous retrouvions à ramper sur le sol. Je finis par m'endormir, en me demandant à quel moment tout a dégénéré de façon aussi irrémédiable. Tout était parfait, au début. On commençait à se découvrir, à s'apprécier. Dois-je vraiment en arriver à la conclusion que ce sont toujours les sentiments qui finissent par faire foirer n'importe quelle situation ? C'est une réflexion que je me suis déjà faite auparavant. Et là voilà qu'elle revient sur le tapis, une fois de plus.

Mais peut-on vraiment parler de sentiments cette fois ? Il est vrai que la relation que j'entretiens avec Shinya a évolué au fil des mois. Après la découverte de l'autre, il y a eu l'appréciation. Ce jeune homme si atypique a su retenir mon attention, assez pour que mon regard commence à se poser plus que nécessaire sur lui. Je me suis surpris plus d'une fois à l'admirer, jusqu'à parfois rester bloquer sur l'accoutrement d'un simple T-shirt et pantalon de pyjama sur lui. J'aime observer la moindre de ses expressions, cela me semble être de plus en plus important. Je commence à remarquer des détails futiles, comme la façon dont le rictus de ses lèvres se relève lorsque j'arrive à le faire rire, son déhanché lorsqu'il traverse le salon en ma présence. J'ai toujours été très observateur, à défaut d'être bavard ; mais je ne rougis en général pas de façon aussi virulente quand on me surprend à ausculter quelqu'un du regard. À quelles conclusions suis-je censé arriver ? Je ne préfère pas vraiment y songer. Surtout que s'il ne s'agissait que de ça, je pourrais encore le supporter. Ce n'est pas vraiment désagréable d'apprécier le physique de son colocataire, d'avoir des bouffées de chaleur quand en rentrant j'entends la douche couler ; et ce n'est pas non plus un crime. Ce qui semble plus lourd à porter, c'est sûrement les cachoteries par rapport à ma maladie. Il y a des fois où je voudrais tout dire à Shinya, pensant qu'il comprendrait. Mais dans d'autres moments, je le sens plus fermé d'esprit, comme s'il risquerait de me juger si j'en disais trop. Je me rappelle encore de cette conversation, celle qui nous a mené à parler d'homosexualité. Je viens d'une famille très pieuse, mais j'ai probablement su casser les codes de la chrétienté en me baladant de la main d'une fille à celle d'un garçon lorsque je n'étais encore qu'un adolescent. Au final, j'ai rapidement eu la désagréable impression d'être la personne la plus tolérante entre mon colocataire et moi. J'ai senti le jeune homme très fermé sur le sujet, comme s'il y avait une sorte de blocage. Sur le coup, j'aurais presque pu interpréter ça comme de l'homophobie, mais j'ai préféré laisser à mon interlocuteur le bénéfice du doute. Peut-être qu'à Tokyo, ce sont des choses mal venues. Seulement, on sait tous que dans l'imaginaire collectif, le VIH est bien souvent associé à l'homosexualité. Que pensait alors ce jeune homme si je lui avouais être porteur de cette maladie ? Bien que ce soit une femme qui me l'ait transmise, que dirait-il alors qu'il semble plutôt intolérant à ce genre de sujet ? Ne vaut-il mieux pas garder le silence dans ce genre de cas ? J'apprécie grandement Shinya, j'aime sa vivacité d'esprit, son enthousiasme, sa jovialité. Nos conversations sont souvent enrichissantes et divertissantes ; mais j'imagine qu'il vaut mieux garder certaines zones dans l'obscurité pour le bien-être de tout le monde.

Je pose mon vélo dans la cage d'escalier, et grimpe les marches deux par deux jusqu'à l'appartement. Je marque un temps d’arrêt avant d'ouvrir la porte de l'appartement. Mes doigts se stoppent à quelques centimètres de la poignée. De l'autre côté du mur, à seulement quelques pas de moi, j'entends le bruit des assiettes et des casseroles. Je sais automatiquement que Shinya est en train de préparer à manger. C'est une mélodie que je connais par cœur, une habitude inconsciente mais rassurante, qui signifie que je suis bientôt de retour dans mon chez moi. Je prends une longue inspiration, puis j'ouvre finalement la porte. Une odeur délicieuse de nourriture s'en émane immédiatement, me rappelant que je n'ai rien avalé depuis le midi. La lumière tamisée et la chaleur dans laquelle baigne la pièce principale est réconfortante. Lupin est le premier à me souhaiter la bienvenue chez nous, m'offrant son affection accueillante et habituelle. Je pose mon manteau à carreaux noir, blanc et gris en tweed sur le porte manteau accroché au mur de l'entrée, et balance ensuite mon cartable en cuir marron sur la chaise de mon bureau. Mes richelieus cirés claquent contre le vieux parquet et raisonnent dans la pièce principales. C'est un colocataire souriant qui se dresse finalement devant moi. « Salut. Tu rentres pile quand j'ai terminé de cuisiner ! Ce soir c'est risotto au fromage. Si tu veux bien, on peut manger maintenant. » me dit-il sans détour, d'une voix enjouée. La dernière zone d'ombre semble se dresser une fois de plus devant moi, devant le reste, alors que je tente de reproduire ce sourire amical qu'il m'offre. Cette zone d'ombre qui me fait véritablement perdre pied, et qui me rendu confus depuis des semaines. Lorsque j'essaye d'encastrer les éléments ensembles, ça ne colle pas. C'est comme s'il manquait un élément. Ou que j'avais les mauvaises pièces du puzzle. Cette dispute, elle a été l'élément déclencheur de tout ce désordre dans ma tête. Rien ne va ensemble. La façon dont il s'adresse à moi, les signes qui prouve son intérêt concernant ma personne ; j'ai bien vu comment il me regarde parfois. Mais la façon agressive dont il réagit lorsque l'on pourrait aborder le sujet de l'homosexualité me laisser perplexe ; je ne peux me renier définitivement, je me suis déjà laissé aller à l'idée d'être en couple avec Shinya, comme une sorte de fantasme le soir, entre mes draps au moment de m'endormir, qui ne se réalisera jamais. J'ai rapidement laissé tombé en me rendant compte qu'il pouvait être très fermé à propos de ça. Mais alors pourquoi avoir réagis de façon aussi virulente, lorsque plusieurs semaines plus tard, je lui annoncé avoir un rencard avec une jeune femme ? Il a semblé jaloux, mais l'était-il de moi ou de la fille que j'allais voir ce jour-là ? Finalement, le rendez-vous ne s'est pas concrétisé, et pour cause ; je n'avais en tête que cette foutue dispute avec mon ami. Plus tard, il a justifié ça par le fait d'être à fleur de peau et d'être très fatigué. J'ai hoché la tête, et fait mine que ces excuses étaient recevables à mon sens ; mais elles ne l'étaient pas. Cela ne justifie pas cet excès de colère. Shinya n'est clairement pas intéressé par moi, comment pourrait-il l'être alors que la simple appellation d'un homme avec un homme semble le mettre dans tous ses états ? Mais alors, pourquoi a-t-il réagit de cette façon, pourquoi les mots qu'il a dit, les sous-entendus que cela aurait pu engendré ne semblaient plus du tout coller avec l'image que je m'étais faite de lui ? « Salut, hm... C'est parfait, je meurs de faim ! » Ai-je finis par répondre d'un ton faussement enthousiaste, plongeant les mains dans les poches de mon jean bleu nuit. Je suis donc mon colocataire jusqu'à la cuisine, où je l'aide à mettre la table pour que l'on puisse manger derrière le plus rapidement possible.

En vérité, je n'ai pas si faim que ça ; mon estomac est noué, comme tous les soirs depuis plusieurs semaines lorsque je rentre à l'appartement. Mais plus vite on aura mangé, plus vite je pourrais prétexter être fatigué et aller me réfugier dans ma chambre. D'ordinaire, nous passions toujours nos soirées ensemble, Shinya et moi. Mais c'est un quotidien que je ne pense plus possible compte tenu des événements récents. Tout ça sonne faux, et je déteste ça. Je reste très silencieux, alors que d'habitude je raconterais en large et en travers ma journée à mon ami. Je finis par m'assoir, laissant le jeune asiatique me servir copieusement dans mon assiette. J'avoue n'avoir jamais aussi bien mangé que depuis qu'il habite ici avec moi. J'essaye de manger sain depuis que j'ai été diagnostiqué porteur du VIH, et Shinya m'aide vraiment dans cette tâche. Je commence à manger le risotto en soufflant un peu dessus puisqu'il sort tout juste de cuisson. « C'est très bon. » Me suis-je laissé dire à mon interlocuteur, les yeux rivés sur mon assiette. Lupin s'est installé par terre à côté de moi, quémandant pour un peu de nourriture. Je n'y prête qu'à peine attention, bien trop perdu dans mes pensées. Ce silence pensant, Bon Dieu, cela me rappelle les soupers avec ma famille. Je donnerais à peu près n'importe quoi pour ne plus avoir à revivre ça encore une fois. Mon colocataire me coupe dans le courant de mes souvenirs, en me demandant soudainement si moi aussi j'ai été retenu par mon travail ce soir, m'expliquant par la suite qu'il a eu quelques galères de son côté avec le styliste. D'ordinaire je me serais volontiers prêté au jeu d'en savoir plus sur ce fameux patronage, mais là le cœur n'y est pas. J'observe Shinya rouler des yeux avant de lui répondre en tapotant de ma fourchette la nourriture dans mon assiette. Je ne croise pas son regard et me contente de trouver un intérêt particulier pour un morceau de champignon trônant sur le haut de mon repas. « J'avais une réunion parents-professeurs ce soir en effet. Ça s'est bien passé mais certains parents m'ont retenus plus que de raison pour me dire qu'ils avaient regardé mes vidéos sur Youtube et qu'ils voulaient me féliciter. » Un sourire insouciant s'est dessiné sur mes lèvres, tandis que je me remémore la scène. Je me retiens bien évident d'expliquer à mon ami que comme depuis plusieurs jours, je tarde volontairement pour rentrer.

Un nouveau silence s'installe à table, où l'on entend plus que le bruit des couverts et la respiration haletante de Lupin. Je finis par reprendre la parole, même si tout semble sonner atrocement faux. Marie-Joseph et tous ses apôtres, à quoi tout cela rime-t-il vraiment ? « Il faudra que tu prennes en photo ton patronage lorsque tu l'auras termin... » Mais je n'ai pas le temps de finir ma phrase, que Shinya me coupe dans mon élan en m'interpelant par mon prénom d'une manière qui me rappelle ma mère lorsqu'elle avait quelque chose de désagréable à me dire. Je relève la tête, et pour la première fois depuis le début de la soirée, je fixe intensément du regard mon colocataire. Mon cœur s'emballe inutilement, une fois de plus. Je n'ai pas l'habitude d'entendre le jeune asiatique s'exprimer de façon aussi ferme avec moi, et cela m'angoisse presque automatiquement. « Oui ? » Ai-je répondu d'un ton faussement innocent tout en haussant les sourcils. Je sais exactement de quoi il s'agit. Mon ami n'est pas un idiot, il doit sûrement ressentir les choses de la même façon que moi. Quelque chose s'est brisé depuis la dernière fois, et depuis, malgré le fait qu'on essaye de recoller les morceaux ensemble, tout semble allait de travers, tout semble surjoué telle une pièce de théâtre de la parfaite petite ménagerie.  « Il faut qu'on parle. Il le faut vraiment. » Je rabat mes sourcils vers le bas et les fronce, avant de baisser les yeux une nouvelle fois sur mon assiette. Il a raison, mais Dieu seul sait à quel point je déteste les confrontations. Je suis comme un animal sauvage, une petite bête qui fuit au premier danger. J'aime me cloitrer dans ma bulle, éviter toute altercation. Je déteste par dessus tout me disputer, j'évite tout cela avec précaution. Les engueulades me rendent malade, horriblement triste et m'affecte énormément. On pense parfois que certaines choses ne m'atteignent pas ou que je peux vivre confortablement avec. Le soucis se situe d'avantage dans le fait que j'intériorise énormément tout ce que je ressens. Devant Shinya, là, j'ai l'air indifférent à ce qu'il se passe. Je fuis son regard et semble plus agacé qu'autre chose ; en vérité, je souffre énormément de cette situation, parce que j'ai l'impression que je vais perdre l'un de mes plus précieux ami d'un instant à un autre si je ne réagis pas de la bonne manière. Je ne réponds rien pour le moment, et mon colocataire enchaîne sur une autre réplique. « Depuis notre dispute, il s'est passé quelque chose, je le sens bien. On fait semblant mais c'est stupide. Je ne le supporte plus, Benedict. » Au moins, nous sommes d'accord là dessus ; ce n'est plus supportable. Je n'en attendais pas moins de mon interlocuteur. Comme je le disais plus tôt, il n'est pas stupide, et ressens bien les choses correctement. J'ai toujours eu tendance à penser que Shinya est le genre de personne à se voiler la face par moment ; surtout quand il s'agit de son alcoolisme dont il dédramatise totalement les répercussions. Mais sur ce coup-là, il semble tout à faire mesurer l'ampleur de la situation. Je finis par lâcher ma fourchette à mon tour, alors que j'observe les poings de mon ami se serrer sur la table. Je pose mes mains à plat sur le même support, le regardant avec plus d'insistance qu'auparavant. Mon cœur me donne l'impression d'être piétiné en miette lorsque mon interlocuteur enchaîne finalement sur une menace. « Je ne veux pas qu'on continue comme ça, autrement je songerai à partir. »  Je jugerais que ses yeux soient devenus plus humides en disant cela. En tout cas, je sens les larmes me monter automatiquement, et le rouge s'emparer de mes joues devenues pourpres. Quel idiot je fais. Était-on vraiment obligé d'en arriver si loin, de se faire aussi mal avant de discuter ? J'aurais dû prendre les choses en main avant. Lâche, fuyard, dégonflé. J'ai préféré éviter la confrontation car j'ai du mal à y voir clair dans cette histoire. La dernière altercation que j'ai eu avec Shinya semble avoir vraiment rendu confus mon esprit. J'étais persuadé d'avoir un colocataire qui ne s'intéresserait jamais à moi d'une autre façon qu'en simple ami. Et j'ai l'impression aujourd'hui d'être en face d'une personne un tantinet possessive ? À moins qu'il ne me dise pas tout ? Je ne sais plus comment me positionner par rapport à tout ça, et cela me rend mal à l'aise.

Je laisse le jeune homme terminer de s'exprimer, avant de prendre presque automatiquement la parole à mon tour. « Ce n'est pas ce que je veux moi non plus. » C'est sorti d'une façon pressée mais tout à fait naturel, d'une voix timide trahissant cependant ma sincérité. Mes sourcils sont toujours froncés, et je baisse le regard avant de l'ancrer à nouveau dans les yeux de mon ami, hochant légèrement la tête. « Tu as raison, cette situation ne peut plus durer. » Je prends une longue inspiration. Que dire de plus ? Suis-je censé faire le premier pas dans cette discussion houleuse ? Ce n'est vraiment pas mon fort. Je me racle la gorge, et passe l'une de mes mains à l'arrière de ma nuque, grattant machinalement la naissance de mes cheveux s'y trouvant là. «Hum, je ne sais pas par où commencer... Mais cette fameuse dispute semble être un bon point de départ. J'ai... J'ai l'impression que, hum, j'ai dû mal à emboîter les éléments ensemble, ça me rend vraiment, hum, perplexe, confus. J'ai l'étrange sentiment que quelque chose sonne faux, que tu n'as pas été totalement honnête avec moi la dernière fois qu'on en a discuté. » Je marque une pause, me rendant soudainement compte à quel point les mots ont du mal à sortir, à quel point il est vraiment difficile d'exprimer ce que je ressens de manière intelligible. « Est-ce que j'ai raison ? » Ai-je ensuite demandé afin de conclure ma réplique, d'une voix encore moins affirmée que précédemment. Cherchant à adoucir les bords, je m'empresse de rajouter seulement un instant plus tard, ne laissant pas encore à Shinya le temps de me répondre. « Tu sais, je déteste vraiment me disputer avec les autres. Et au début la justification que tu m'as donné, je m'en suis contenté parce que, hum, parce que c'était plus facile. Je voulais plus y penser, ça m'avait tellement boulversé sur le moment. » Je marque une nouvelle pause, baissant les yeux, cherchant mes mots. « J'ai même totalement foiré mon rencard, tellement je me sentais mal. Mais au final, les non-dits, plus j'y repense, et plus ça commence à me peser. Alors, je préfèrerais que tu me le dises si quelque chose ne va pas avec moi. » Voilà, les fondements d'une discussion grave sont posés. Je sais que je ne peux plus revenir en arrière, et que quoi qu'il arrive, je ne pourrais plus fuir à partir de ce moment. Je suis fais comme un rat, et peu importe ce que Shinya va me dire, je serais bien obligé d'y répondre, et d'agir avec lui en conséquence. Je me dis que peut-être, d'une certaine manière, il n'apprécie pas ma façon d'être, peut-être même a-t-il compris que j'étais bisexuel. Peut-être que je l'agace par ce mode de vie étrange, cette façon que j'ai de vivre dans mon monde, dans ma bulle et de me laisser porter au gré du vent, emportant avec moi des zones d'ombre et de mystère où personne n'a encore jamais mis les pieds. Cela m’effraie au plus au point, car au delà de devoir faire tomber les murailles qui entourent mon jardin secret, au delà de crever l’abcès, j'ai peur de perdre mon interlocuteur, ce colocataire, cet ami, ce confident, cet homme auquel je tiens tellement.


@Shinya Nakamura
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