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(Piet) Memories are links in a golden chain that bind us until we meet again.

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() message posté Mar 6 Mar - 1:50 par Astrid J. Wheeler
Son long pantalon épais et noir évasé aux chevilles, vole au gré de ses pas et de la brise légère. Le reste de son corps est emmitouflé dans un épais trench de couleur beige, tandis que ses pieds sont sublimés par une paire de bottines à talons hauts de couleur jais. Ses longs cheveux roux tombent en cascade dans des ondulations légères le long de son dos. Comme bien souvent, Astrid n'est pratiquement pas maquillée ; si l'on observe bien, sa peau incroyablement pâle laisse transparaître les premières traces d'une vieillesse encore jeune, sans honte pour autant. Après tout, il n'y a pas de honte à vieillir, c'est dans l'ordre naturel des choses. De petites cernes sont dessinées sous ses yeux verts, se bombant gracieusement lorsqu'elle sourit à pleine dent. Ses lèvres pulpeuses sont cependant dessinées par un rouge à lèvres mat et vif. Cette couleur coquelicot rehausse la tenue terne et hivernale de la trentenaire et lui donne une allure élégante. Comme bien souvent, elle n'a pas conscience de sa beauté naturelle, elle qui ne discerne qu'à peine les couleurs du monde qui l'entoure. Ce rouge à lèvre, c'est sa fille Aéris qui l'a choisi pour elle. Le beige de son manteau est gris lorsqu'elle le regarde, mais elle sait qu'il s'accorde bien avec ce pantalon noir. Astrid a appris à s'y retrouver du mieux qu'elle peut en tâtonnant, et avec l'aide de ses proches. Peut-être est-ce la raison pour laquelle elle a toujours détesté être seule. Au fond, la femme forte qu'elle laisse transparaître n'est-elle pas que le simple masque d'une autre ; une femme plus dépendante de la présence des autres pour l'épingler au quotidien.

Le petit sac en bandoulière d'Astrid se balance contre son buste arqué et fière, d'une façon tout aussi aléatoire et enjoué que la manière dont danse la queue de cheval de sa fille, Riza ; l'enfant, enroulée dans une doudoune en velours bleue marine, ne laisse transparaitre que le bout de sa jupe plissée, ses collants noirs et ses derbies d'écolière. Elle tient la main droite de sa mère avec assurance, jetant régulièrement des regards dans sa direction pour vérifier que tout va bien, ou pour appuyer ses dires. Elle réajuste régulièrement son cartable rectangulaire sur ses épaules ; Puis elle parle des activités en classe, de la façon dont la maîtresse l'a complimenté parce que son dessin sur la consigne du jour était le plus fidèle et le plus réussi. Astrid la regarde avec admiration, caresse ses petits doigts d'une manière tendre. « Bravo ma chérie, je suis fière de toi. En plus, ce n'est pas comme si tu étais avantagée par rapport à tes autres camarades. Ta maman dessine vraiment mal, tu sais. » Il lui arrive de parler d'elle à la troisième personne lorsqu'elle s'adresse à sa petite dernière. Ce n'est probablement pas de l'égo mal placé ou une forme d'autorité supérieure qui s'exprime comme en fut atteint Jules César par exemple. C'est juste sa façon de s'exprimer à Riza, et peut-être une façon d'avoir l'occasion de dire une nouvelle fois que c'est elle, sa maman. Parce que s'il a bien une chose dont Astrid est fière, c'est bien d'être la maman de cette petite bouille. « C'est ce que j'ai dis à la maîtresse. J'ai dis que je dessinais bien mieux que toi ! » La belle rousse s'arrête et regarde sa fille, faussement offusquée. Elle attrape l'enfant avec aisance et la soulève tout en la chatouillant. « Tu as dis ça à la maîtresse ? Vilaine ! » Elle tient sa fille fermement dans ses bras pour qu'elle ne puisse pas tomber et continuer à lui faire subir l'affreux châtiment des chatouilles quelques secondes encore avant de la relâcher. L'enfant rigole à gorge déployée et se tord dans tous les sens avant de se retrouver à nouveau les pieds sur la terre ferme. La mère et la fille atteignent finalement leur voiture. Astrid attache Riza sur son rehausseur à l'arrière du véhicule ; un modèle hybride de couleur argent doté de cinq places. L'enfant se laisse faire, même si elle réitère pour au moins la centième fois la demande de pouvoir s'assoir devant avec elle, comme le fait Aéris. La belle rousse refuse une fois de plus, décrétant qu'elle est encore bien trop jeune. Elle lui embrasse cependant le bout de son nez, puis ouvre sa doudoune avant de fermer la porte, laissant sa fille glousser un instant. Astrid s'assoit à son tour du côté conducteur et démarre l'automobile d'un geste habile. D'un coup de volant, les pneus de sa voiture tournent et crissent légèrement, jusqu'à se retrouver silencieusement sur la route, aux côtés de nombreux autres londoniens, probablement soucieux de rentrer chez eux en cette fin d'après-midi.

La radio diffuse des musiques dans la voiture, ne laissant ainsi pas l'espace totalement silencieux. Astrid déteste ça, le silence. Le silence, c'est toujours pesant. Riza chantonne ; les mots, pour la grande majorité, sont incompréhensibles pour le commun des mortels. Astrid fait de même, bien qu'elle connaisse d'avantage les paroles contrairement à sa fille. Elle balance sa tête au rythme des musiques, de gauche à droite, entraînée par les airs de pop-rock dans l'air. À un moment, la belle rousse baisse le volume de la radio. « Avant de rentrer à la maison, j'aimerais bien faire un tour dans une galerie d'art dont j'ai entendu parler dernièrement, qu'est-ce que tu en penses ? » Demande finalement la trentenaire. Elle jette un œil dans le rétroviseur intérieur pour observer Riza. L'enfant hoche vivement la tête, souriant en réponse.  « Oui, c'est d'accord ! » Répond-elle sur une note enjoué. L'enfant ne sait peut-être même pas ce qu'est une galerie d'art, bien qu'Aéris en soit grande amatrice. Astrid moins, puisqu'elle n'est pas toujours en mesure de pouvoir contempler une œuvre d'art à sa juste valeur à cause de son daltonisme. C'est frustrant pour elle, en général. La petite fille quand à elle, n'a que cinq ans ; elle n'est donc probablement assez âgée pour juger si elle aime ou non les galeries d'art, ou les musées. Mais lorsqu'il s'agit de faire quelque chose de nouveau, elle est toujours partante. Et ça peu importe ce que lui propose sa mère. La trentenaire sourit, puis pose doucement sa main gauche sur le levier de vitesse.

L'exposition dont il est question a retenue l'attention d'Astrid par bien des manières. Tout d'abord, il ne s'agit pas de peintures, mais bien de photographies. Mais pas n'importe quelles photographies ; celles-ci sont en noir et blanc. Quoi de plus banal pourriez-vous dire. Mais pour la belle rousse, c'est une opportunité exceptionnelle; Celle d'avoir l'occasion d'observer quelque chose de la même façon que tout le monde. La trentenaire a eu vent de cette galerie d'art par le biais de Facebook, réseau social où elle peut passer d'innombrables minutes. Sa curiosité la pousse toujours à vouloir savoir où en est telle et telle personne dans sa vie. Elle n'est pas le genre de mère qui passe son temps à afficher la bouille de ses enfants dans des publications dont personne n'en a rien à faire, mais elle ne peut nier aimer passer du temps sur cette plateforme pour autant. Elle a donc eu, grâce aux algorithmes très élaborés de Facebook, une publicité pour cette fameuse exposition, cette fameuse galerie d'art. Et Astrid a été séduite presque immédiatement; autant par l'initiative d'exposer des photographies en noir et blanc, que part l'endroit en lui-même. La galerie a l'air plutôt sympa, et en relisant le nom plusieurs fois dans sa tête, elle est pratiquement sûre qu'Aéris lui en avait déjà parlé plusieurs fois. Oui, elle ne retient pas toujours mot pour mot tout ce que peuvent lui dire ses filles, mais elle s'efforce de faire au mieux. Ce n'est pas un robot après tout. La troisième chose qui l'a définitivement convaincu de se rendre dès que possible à cette exposition, et c'est probablement la raison la plus percutante de toute ; c'est cette photographie qu'elle a vu dans le fil d'actualité de la galerie d'art. Au début, elle n'a pas vraiment prêté attention aux gens qui se trouvaient dessus, elle a continué à scroller sur l'écran de son téléphone. Et puis, elle s'est arrêtée un bref instant, et elle a froncé les sourcils. Elle a remonté le fil d'actualité jusqu'à la photo, revenant dessus une seconde fois, et elle a zoomé à l'aide de ses doigts aussi fins qu'habiles, probablement habillés de plusieurs bagues incrustées de pierre; Elle a penché son visage vers l'écran, comme si cela lui permettrait d'être d'avantage sûre d'elle. Ses yeux la trompent parfois, mais son instinct très peu. Elle a examiné longuement un visage en particulier. Celui de Piet, parce qu'elle en était pratiquement sûre à ce moment là : c'était lui. Ça pourrait aussi être quelqu'un d'autre, a-t-elle pensé un instant. Après tout, bien des années se sont écoulées depuis la dernière fois où elle l'a vu en personne. Mais en regardant la description de la photographie, son pressentiment s'est confirmé. C'était bien lui, c'était bien son nom qui était écrit juste en dessous. Il n'en fallu pas plus à Astrid pour vouloir voir cette exposition. Rien que pour avoir la chance d'admirer ces photographies, bien qu'elle n'y connaisse absolument rien de ce côté là. Et peut-être, avec un peu de chance, croiser Piet. Ça serait vraiment chouette, s'est-elle finalement dit en se morfondant d'avantage dans son confortable canapé.

Astrid gare sa voiture dans une rue perpendiculaire à celle où se trouve la galerie d'art. Elle a suivi le GPS intégré à son véhicule durant de longues minutes avant d'en arriver là. L'orientation, ce n'est vraiment pas son fort, et d'autant plus quand il s'agit de trouver un lieu qu'elle n'a encore jamais eu l'occasion de visiter. Même après tant d'années à vivre à Londres, la belle rousse se surprend encore à découvrir des coins dans cette ville. Elle détache Riza de son siège, puis ferme la voiture à clé avant de prendre sa fille par la main. L'enfant a délaissé son cartable et aborde une démarche beaucoup plus dynamique, voir même incontrôlable maintenant qu'elle est libérée des poids de ses petits livres. Astrid arrive tout de même à la tenir près d'elle, mais elle sent que l'enfant est déjà bien excitée. Les deux Wheeler pénètre finalement dans les lieux ; l'endroit est incroyablement silencieux. Mais ce n'est pas un silence désagréable et pesant comme ceux que la trentenaire redoute d'ordinaire. Astrid aime les musées et les galeries d'art pour leur étrange ambiance. C'est confortable, envoutant dirait-elle même. Rien à voir avec le calme ordinaire et dérangeant. La belle rousse regarde autour d'elle, posant ses yeux partout à la fois. Elle sourit, reste bouche-bée. Elle s'avance vers les premières photographies. Elle a lu les noms des artistes exposés aujourd'hui dans cette galerie ; sûrement parce qu'on lui a donné les billets pour Riza et elle avec une brochure où ils sont indiqués très clairement et distinctement. Mais ces noms ne lui disent rien pour autant. Astrid ne saurait différencier les photographies des différents artistes au premier coup d'oeil. Sa fille, Aéris, le saurait sûrement elle, pense-t-elle songeuse, alors qu'elle s'approche plus près d'une première œuvre. L'homme est comme enfermé dans une ouverture circulaire, ses mains fermement posées contre les parois d'une manière presque diagonale. Sa tête est encastrée entre ses genoux. Il est nu, totalement nu. Et cela devrait être choquant, dérangeant peut-être. Mais ça ne l'est pas. C'est juste beau, c'est satisfaisant, parce que c'est suggéré, sans être montré pour autant. Astrid continue d'observer la photographie qui semble la transporter, tandis que Riza tire sur sa main avec insistance. Elle regarde autour d'elle avec admiration, parce que l'endroit est beau, et épuré. Ce n'est pas comparable avec le genre d'endroit qu'elle fréquente habituellement -ces lieux étant principalement son école et sa maison-. Elle a envie d'explorer plutôt que de regarder les photos. Alors d'un geste habile, elle se détâche de la faible emprise de sa mère, et se met à courir dans l'un des couloirs de la galerie. Immédiatement, Astrid relève la tête et la tourne vivement la dans la direction vers laquelle sa fille est partie. « Riza ! Reviens ici tout de suite ! » S'écrit la belle rousse dans une voix chuchotée, parce que l'endroit est tellement silencieux qu'elle n'ose pas hurler. Elle se met à courir derrière son enfant, qui malgré ses petites jambes, prend rapidement de la distance. Les talons hauts d'Astrid claquent contre le sol dans un bruit persistant et redondant. Elle déteste se faire remarquer, surtout de cette façon. On va probablement croire qu'elle ne sait pas s'occuper de sa fille. Et bien qu'Astrid n'accorde pas beaucoup de crédit à ce que les autres peuvent penser d'elle en général, lorsqu'il s'agit de ses enfants, c'est une toute autre histoire.

La trentenaire finit par rattraper sa fille un peu plus loin, ne prêtant plus attention aux photographies qui les entoure. Sa fille s'est immobilisée devant un homme, lui tirant le pantalon dans un pincement au niveau de sa cuisse. « Bonjour Monsieur. » dit-elle à l'homme bien plus grand qu'elle. Astrid attrape sa fille par le bras dans un geste fluide, et la prend dans ses bras. « Non mais ça va pas de t'éloigner comme ça Riza, tu sais que je déteste ça. » Elle étudie sa fille un instant, passant maternellement une main sur sa joue rebondie, puis elle considère ensuite l'homme que l'enfant a dérangé sans vergogne. Elle s'exclame aussi tôt sans avoir le temps de poser les yeux sur lui, son regard est toujours porté sur sa fille à ce moment-là. « Pardonnez ma fille, elle manque parfois un peu de manière. » Elle fronce les sourcils, abordant une mine faussement outragée vers son enfant, ce qui provoque un rire de cette dernière en retour. Sa fille est définitivement aussi espiègle que têtue, au grand désarrois d'Astrid. Le visage de cette dernière se détend presque automatiquement, et elle sourit avec bienveillance et douceur, comme à son habitude. Finalement, les yeux clairs d'Astrid se pose sur la silhouette masculine la dépassant d'une tête. Ensuite, les sourcils de la trentenaire se haussent dans une tonalité de surprise. Ses lèvres s'entre-ouvrent légèrement, tandis qu'elle exécute un petit sursaut afin de replacer correctement l'enfant entre ses bras. Riza commence déjà à être trop lourde pour la force de ses bras. Mais là n'est pas le sujet de sa préoccupation à ce moment précis. Elle étudie longuement le visage de l'homme qui se dresse avec prestance devant elle. « Piet ? » Finit par demander Astrid, sur le ton à la fois de l’interrogation et de l'exclamation. Elle sait que c'est lui, après tout, elle sait que la galerie d'art lui appartient. « Oh mon dieu, je suis tellement heureuse de te voir, je n'étais pas sûre qu'en venant ici j'aurais la chance de te croiser ! » Le sourire de la belle rousse s'élargit, resplendit de part sa dentition blanche et régulière. Ses yeux sont pétillants, trahissant sa surprise et sa sincérité. Elle est vraiment contente de le voir. La trentenaire repose l'enfant au sol lorsqu'il devient trop difficile de la porter, mais elle ne lâche ni la main de l'enfant, ni son regard vers cette vieille connaissance. Elle se sent cependant obligée de se justifier, et ajoute un instant plus tard. « Je ne sais pas si tu te rappelles de moi, je suis Astrid. On s'était rencontré à Paris, au musée de la parfumerie, puis on s'était recroisé une deuxième fois avant que je reparte à Londres, tu te souviens ? » Elle le tutoie comme s'ils s'étaient quittés la vieille. Et elle s'adresse à lui comme s'il s'agissait d'une personne qu'elle a eu l'occasion de côtoyer de nombreuses fois. En réalité, leur dernière rencontre remonte à plus de dix ans. Astrid a depuis pris de l'assurance, de la féminité, de l'âge aussi. Mais son aisance à parler aux autres et sa joie de vivre n'ont eux, jamais cessées d'exister depuis. Et peut-être qu'au travers de son timbre de voix, de son sourire éclatant, Piet finira par la reconnaître, finalement.

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() message posté Dim 6 Mai - 0:26 par Piet I. Bradford

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Chaque journée, c'est la même routine. Le fait de réaliser les mêmes tâches au quotidien est un besoin viscéral pour Piet. Il n'a que trente ans, mais il se comporte déjà comme un vieux garçon. Le jeune homme pétillant qu'il était il y a dix ans a dorénavant laissé place à un adulte trop sérieux, qui se raccroche à ses petites habitudes comme à une bouée de sauvetage. C'est cet adulte qui, tous les matins, se lève à la même heure, mange la même chose au petit déjeuner, observe le même tableau suspendu au-dessus de sa table avant de se rendre au travail, vêtu d'un costard impeccable. Seule trace de sa joyeuse jeunesse : les couleurs ou les motifs parfois étonnants de ses costumes. Ce jour-là, Piet est habillé d'un pantalon et d'une veste noirs, sous laquelle il porte un sous-pull gris et à col roulé, tout ce qu'il y a de plus sobre. Il passe inaperçu dans les rues londoniennes, marche avec un air renfrogné et le regard perdu dans le vide. En soit, il est invisible. Pour bien des gens, la vie de Piet peut sembler ennuyante et morose, tant les imprévus n'y ont pas leur place. Vivre des bouleversements, quand ils sont bons, est une chose toujours bénéfique. Du point de vue de l'asiatique, c'est absolument terrible. C'est la raison pour laquelle il s'obstine à ce que rien ne change jamais, parce qu'il s'imagine que c'est la seule façon de garder le contrôle sur son avenir et, ainsi, de ne jamais être désagréablement surpris par ses lendemains. C'est une idée absurde, pourtant Piet a réussi à se persuader que c'est ce qu'il y a de mieux pour lui, ce qui a le don d'irriter ses proches et sa collègue. Ce matin encore, quand il arrive au travail, cette dernière lui lance un « Salut » nonchalant, sans même lui lancer un regard. Elle arrive quelques minutes après lui à la galerie, balance son sac dans leur bureau, puis retire son manteau avant de regarder son collègue avec un sourire un peu moqueur. « Je parie que tu es arrivé il y a un bon quart d'heure, hein ? Piet, est-ce que tu prendras un jour le temps de vivre pour autre chose que pour ton boulot ? » Si Piet n'avait pas d'affection pour la jeune femme, il l'aurait sans doute envoyée balader, mais leur amitié de longue date lui coupe l'envie de se montrer désagréable avec elle, alors il affiche un petit sourire à peine sincère et se contente de hausser les épaules en levant son sourcil épais, ce qui signifie que la question qu'elle vient de lui poser lui passe tout à fait au-dessus de la tête. « Au lieu de dire n'importe quoi, mets-toi au boulot, justement ! » Malgré son air sérieux, Piet laisse échapper un petit rire avant de s'installer à son bureau et de s'atteler à des tâches administratives. Il se plonge à peine dans ses documents que sa collègue comprend qu'il est temps d'ouvrir les portes de la galerie et de s'installer à l'accueil.

À la galerie d'art, deux photographes sont actuellement exposés. Le premier est un homme d'âge mûr, qui a raconté à Piet qu'il s'intéressait aux lumières et aux ombres, en particulier sur les corps dont les courbes sont capables de créer des contrastes fascinants. La seconde est une jeune femme clairement prometteuse. Lorsque Piet est tombé sur une série de ses photographies, chez un ami à lui, il en est tout de suite tombé amoureux et a demandé à pouvoir contacter l'artiste pour lui proposer de l'exposer. Tout comme pour le premier photographe, elle s'intéresse aux corps, à l'étrange façon dont ils sont capables de se contorsionner. Si Piet et sa collègue ont décidé d'exposer les deux artistes en même temps, c'est pour les similitudes qui se trouvent dans leurs travaux respectifs ; tout d'abord le noir et blanc, ensuite le travail sur le corps humain. Les visiteurs, comme d'habitude en semaine, se font peu nombreux ce jour-là ; la majorité vient pendant les week-ends ou lors des soirées de vernissage. Parfois tout est calme dans la galerie, à tel point qu'on peut percevoir le moindre bruit. Le sol est couvert d'un parquet clair qui grince un peu sous les pas des visiteurs et les murs sont blancs. Lorsqu'aucune œuvre n'est exposée, les lieux ont d'ailleurs l'air lugubre et austère, mais il suffit que des tableaux ou des statues y soient installés pour rendre l'espace plus beau et plus flamboyant. La superficie de la galerie est moyenne, atteignant presque les soixante dix mètres carré. La pièce où sont exposées les œuvres forme un L. Un petit accueil se trouve à l'entrée des lieux, où se tient la collègue de Piet la majorité du temps. Contrairement à lui, elle est plus souriante et plus chaleureuse, raison pour laquelle elle se doit d'être la première personne à accueillir les visiteurs. En général, Piet se tient à l'autre extrémité du L, tout au fond de la galerie, où se trouve une petite porte donnant sur un minuscule bureau. À côté de la porte du bureau, une étroite baie vitrée donne vue sur la salle d'exposition, ce qui permet à Piet de garder un œil sur la galerie pendant qu'il travaille. Comme ils ont installé du film solaire sur la vitre, les visiteurs ne peuvent pas apercevoir Piet lorsqu'il se trouve de l'autre côté. Ce qui est amusant, c'est que l'effet miroir provoqué par le film solaire incite parfois les visiteurs à se regarder dans la baie vitrée comme dans un miroir, ce qui a le don de faire sourire Piet quand il les surprend en train de se refaire une beauté ou de vérifier qu'ils n'ont rien entre les dents...

Lorsqu'une femme aux cheveux roux et sa fille entrent dans la galerie, la collègue de Piet se trouve aux toilettes, ce qui signifie que les deux nouvelles venues ne sont accueillies par personne, si ce n'est pas un silence complet. Piet, enfermé dans son bureau, ne les entend pas non plus arriver. Quand il sort enfin de sa petite pièce en faisant doucement grincer la porte, les deux visiteuses sont en train d'observer les photos. Piet ne remarque pas assez vite le pas pressé de la petite, qui s'approche aussitôt de lui. Ce n'est que lorsqu'elle vient tirer son pantalon en le saluant qu'il l'aperçoit. Il se retourne alors vivement, prend un air surpris quand il remarque que la personne qui lui adresse la parole n'est qu'une gamine qui arrive tout juste à la hauteur de ses cuisses. Mais que fait cette enfant dans la galerie ? Les sourcils de Piet se froncent à cette remarque. Lui qui n'a pas d'enfant et n'en fréquente que très rarement n'a pas la fibre paternelle, et ce n'est pas le visage poupon de la petite qui va l'inciter à se montrer moins stricte qu'à l'ordinaire. Le regard un peu sévère, il l'observe et commence à lui lancer avec sa voix grave et imposante : « Qu'est-ce que tu... ». Sa phrase reste en suspend tandis que la mère de la fillette apparaît, pour la sermonner avec une douceur qui étonne Piet. On ne peut pas vraiment dire qu'elle dispute sa fille, étant donné la fausse mine outragée qu'elle adopte en la grondant. Quand elle détourne son attention vers le galeriste afin de s'excuser, elle affiche aussitôt une surprise qui se trouve partagée. Le visage de la femme ne paraît pas inconnu au métis qui, pour sa part, fronce ses sourcils, cherchant dans son esprit dans quel contexte il aurait déjà pu la rencontrer. Ce n'est que lorsqu'elle lui parle de Paris et de leur rencontre qui s'est déroulée il y a dix ans que tout s'éclaire. À ce souvenir, Piet ouvre de grands yeux et s'exclame : « Astrid ! » Il reste bouche bée, incapable de prendre tout de suite la parole. Discrètement, il détaille le visage de son interlocutrice : elle a à peine changé en l'espace d'une décennie. Ses traits ont pris une certaine forme de maturité et de discrètes pattes d'oie ont commencé à apparaître au coin de ses yeux. Elle a toujours les mêmes cheveux roux et volumineux, un détail qui avait frappé Piet lors de leur première rencontre car il les avait trouvés très beaux. La première chose qu'arrive à prononcer Piet n'est qu'une minable onomatopée, un « Oh ! » de surprise, mais très vite il poursuit avec un air sérieux, étrangement accompagné d'un sourire chaleureux : « Que fais-tu ici ? Le monde est minuscule ! ». Son regard se pose vers la petite asiatique qui se tient à côté de sa mère, visiblement fière de la bêtise qu'elle a commis plus tôt. « C'est ta fille ? Le temps a sacrément filé on dirait... » Comme à son habitude, Piet est capable de lancer une plaisanterie sur un ton tout à fait sérieux, ce qui donne l'impression que sa question sonne comme une remarque un peu acerbe. Ce n'est pourtant pas le fond de sa pensée, il remarque simplement que la dernière fois qu'il a rencontré Astrid, elle n'était pas encore maman et que, en dix ans, elle a visiblement construit une vie de famille. Il faut un instant avant que Piet se fasse la remarque que la petite est typée asiatique. Elle a un visage typique de l'ouest de l'Asie, ce qui est bien loin des origines du mari qu'Astrid lui avait présenté en photo des années plus tôt. Dans les souvenirs de Piet, celui-ci était plutôt originaire d'Amérique du Sud. Aurait-elle changé d'époux ? C'est une question qu'il ne se permet pas de lui poser et, à vrai dire, il n'est pas assez curieux pour avoir envie d'en connaître la réponse.

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() message posté Lun 4 Juin - 10:45 par Astrid J. Wheeler
Les souvenirs refont surface comme une trainée de poudre dans la mémoire de la trentenaire. Un instant, tout semble défiler à vive allure dans sa tête. Dix ans se sont déjà écoulés depuis leur dernière rencontre. Pour Astrid, cela lui semble être arrivé hier, tant tout s'est déroulé si vite. Peter, leur maison à Brixton, la famille d'accueil, Aéris, son travail à Amanda Lacey, Riza... et puis la mort de son mari. Un intervalle de seulement dix ans s'est écoulé entre tous ces événements. Il est parfois déconcertant de se rendre compte qu'un si grand nombre de choses peut se passer en un si petit laps de temps. La vie de la belle rousse n'a jamais été aussi bien rempli qu'à présent. Le sourire de la jeune mère ne défaille pas, même si les émotions qui la traversent sont à la fois fortes et contradictoires. La dernière fois qu'elle a croisé Piet, Peter était encore vivant... Un pincement au cœur s'octroie dans sa poitrine, même si les souvenirs restent pour la plupart heureux. La trentenaire tente de ne pas y penser à ce moment-là, se concentrant uniquement sur l'homme qu'elle a en face d'elle. Et quel homme ! Avant de l'avoir devant elle, Astrid n'aurait pas parié que Piet ait été si grand. Ses cheveux couleur jais sont méticuleusement coiffés et volumineux, sa silhouette est élancée, longiligne, enveloppée dans des vêtements sobres et sophistiqués à la fois. Il a de l'allure, c'est ce à quoi elle songe un bref instant. Il est même charmant. Rien ne semble avoir été laissé au hasard. Et il n'a plus rien à voir avec le jeune adulte aux traits encore enfantins qu'elle avait connu autrefois. Même sa voix lui semble plus grave, plus masculine. Mais peut-être n'est-ce qu'une impression. Le sourire de la femme s'élargit, alors que son interlocuteur lui demande ce qu'elle fait ici, ajoutant que le monde est minuscule. Sur ce dernier point, Astrid ne pouvait qu’acquiescer ; pendant longtemps, elle ne songeait pas revoir Piet un jour. Et sa connaissance de cette galerie d'art n'a été qu'un pur hasard, une suggestion anodine dans son fil d'actualité Facebook. Mais la vie fait parfois bien les choses, et il est donc important de savoir saisir les opportunités lorsqu'elles se présentent, et semblent aussi évidentes. « Et bien, dans un certain sens, je te rejoins sur ce point, même si je dois confesser que j'avais eu vent de ta présence ici grâce aux réseaux sociaux. C'est ce qui a piqué ma curiosité et qui m'a convaincu de faire un petit tour par là d'ailleurs. » Elle marque une pause, plongeant ses yeux clairs, empreints à une légère espièglerie, dans les perles noires de son interlocuteur. Ses intentions ne sont que sincérité et douceur en vérité, mais Astrid n'ose pas non plus cacher qu'elle avait légèrement orchestré tout ceci dans sa tête depuis le moment où l'existence de cette galerie d'art lui avait été révélé; tout comme le fait que l'un des objectifs de cette visite est celui d'avoir la chance de croiser l'homme qu'elle a à présent devant elle. « Mais il y a encore peu de temps, je n'aurais jamais soupçonné que tu puisses être sur Londres ! Depuis combien de temps vis-tu ici ? » Son sourire s'élargit, tandis que ses yeux pétillent d'impatience dans l'espoir d'en savoir plus.

Puis elle voit le regard de Piet se poser un peu plus bas à ses côtés. Astrid dirige ses yeux dans la même direction, s'arrêtant ainsi sur sa fille. L'enfant lève la tête vers l'homme qui doit lui paraître gigantesque depuis là où elle se trouve. Elle tripote le bout de sa jupe en laine bleue marine, fait osciller ses pieds de haut en bas, puis de droite à gauche, légèrement anxieuse qu'on lui porte soudain toute cette attention. « C'est ta fille ? Le temps a sacrément filé on dirait... » Finit par s'exclamer Piet. Le ton qu'il emploie pourrait en surprendre plus d'un, mais Astrid se rappelle alors le caractère plutôt sérieux de l'homme. Elle n'en tient donc pas compte. Pour ce qui est de la jeune enfant, cette dernière réplique la concernant lui donne l'opportunité de répondre en premier lieu, puisqu'après tout, c'est d'elle dont il est question, n'est-ce pas ? « Oui, moi je suis Riza, et c'est ma maman d'abord. J'ai un papa aussi, on ne le voit pas, mais il est là, il veille toujours sur nous. Et bientôt, il deviendra une grosse baleine bleue qui traversera l’Antarctique. » Instinctivement, Astrid renforce l'emprise de sa main sur sa fille, fronçant légèrement les sourcils. Elle est quelque peu déconcertée par ce que l'enfant vient de dire sans même sourciller. Elle ne s'attendait pas à ce que Riza parle aussi aisément de son père devant un inconnu. La belle rousse délaisse la main de sa fille pour poser la sienne sur la tête de l'enfant, caressant le haut de son crâne, comme pour la rassurer ; à moins que ce soit elle-même qu'elle tente de calmer. Piet doit se sentir vraiment perdu avec tout ce charabia, même si l'idée principale est plutôt claire. Elle jette un regard bienveillant dans la direction de l'enfant. Beaucoup de parents se seraient empressés de reprendre leur enfant en train de raconter des inepties pareilles, mais pas Astrid ; il faut dire qu'elle est plutôt mal placée pour la juger, puisque c'est elle qui lui a inculqué ces croyances. Riza en a par la suite fait sa propre interprétation, pour ce qui est de la mort, et de ce qu'il se passe après. La belle rousse ne voit pas où est le mal, surtout quand on est si jeune. « C'est bien ma chérie, tu as raison. Et si tu allais explorer un peu la galerie maintenant, pendant que Maman discute avec Piet ? » Riza hoche la tête de haut en bas avec enthousiasme et court un peu plus loin, sans pour autant disparaître du champ de vision d'Astrid. Cette dernière s'empresse d'ajouter d'une voix plus autoritaire. « Ne t'éloigne pas trop ! » Ce à quoi l'enfant répond positivement, déjà bien étalonnée par les demandes habituelles de sa mère.

Après quoi, Astrid soupire, puis pose à nouveau son regard sur son interlocuteur. Un petit rire s'extirpe de ses lèvres, nerveux probablement. La belle rousse n'a pas vraiment envie de s'attarder sur le sujet que sa fille a lancé avec toute l'inconscience du monde un instant plus tôt. Elle se doute que des questions doivent à présent subsister dans l'esprit de l'homme, et à juste titre. Mais peut-être que Piet est bien trop poli pour oser s'aventurer sur ce terrain là. D'un côté, la trentenaire l'espère, puisqu'il y aurait bien plus joyeux comme sujet à évoquer que la mort de son mari. Un léger blanc s'installe, que la trentenaire ne peut s'empêcher de combler presque aussitôt. « Hm, bon du coup, tu as déjà eu une réponse plutôt partielle... Mais oui, Riza est mon enfant. Nous l'avons adopté au Japon il y a cinq ans, avec Peter. » Sa voix semble plus fragile à l'annonce de ce prénom, même si sa tristesse se cache derrière un beau sourire attendri. Astrid ajoute dans la continuité : « J'ai une autre fille, Aéris, bien plus grande, que j'ai adopté elle aussi. Pendant de longues années nous avons été une famille d'accueil pour les enfants en situation délicate... » La belle brousse croise ses bras contre son buste, passant une main dans sa crinière de feu. « Tu l'as peut-être croisé d'ailleurs, elle adore les galeries d'art, elle a sûrement déjà dû venir ici ! » Ses paroles calmes et enjouées s'accompagnent de gestes de la main, comme pour argumenter ses propos. Astrid, dans toute son innocence, est de ce genre de mère qui pense que ses enfants sont reconnaissables à dix mille lieues à la ronde. Mais bien qu'Aéris partage la même crinière ardente que sa mère adoptive, il y a peu de chance pour que Piet sache de qui il s'agit, ou se rappelle d'elle, même s'il a croisé un jour.

Un instant plus tard, la trentenaire ne souhaitant pas accaparer toute la conversation avec sa vie, et surtout piquée par une curiosité qui la caractérise bien, s'exclame d'une voix enthousiaste. « Mais bon, assez parlé de moi ! De ton côté, tu es toujours avec... Si ma mémoire est bonne, Elise... Non, Elisa ? » Astrid brûle d'impatience d'en savoir plus sur son interlocuteur. Si elle avait pu, elle aurait épié son profil Facebook, mais malheureusement, elle ne l'a pas trouvé. Difficile d'abreuver cette soif de savoir par conséquent. Mais heureusement pour elle, ils avaient encore tout leur temps pour se raconter leur vie mutuelle.

"Memories are links in a golden chain that bind us until we meet again." (@J. WINSPEAR // beerus)

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