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(james&eleah) let me touch your symphony.

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() message posté Mar 6 Mar - 19:46 par Eleah O'Dalaigh
james & eleah
21h40. C’est ce qu’il lui a dit. C’est le défis qu’il lui lancé, la laissant demeurer toute palpitante, silhouette devenue solitaire dans la frénésie des corps qui ont continué de s’enchevêtrer les uns contre les autres jusqu’à l’aube. Eleah n’est pas repartie avant le petit matin. En rentrant jusque chez elle, les premières lueurs du jour sont venues caresser ses traits fatigués par la nuit passée. Elle était bien, le pas presque sautillant sur les trottoirs déserts, jouant encore de toutes les musiques qui avaient su enfiévrer son corps insatiable, et créer toute une symphonie dans sa tête. 21h40. Les chiffres gravés sur son corps, dans son âme, encrés dans la matérialité d’une rencontre qui lui semble plus toucher à l’onirisme qu’à la réalité. Elle a peur. Elle a envie. Toute sa curiosité devenue obsession dans le courant voluptueux de la nuit. Elle n’a pas réussi à oublier les tensions de son corps, ployant toutes ensembles sous l’influence du sien pour devenir un être hybride. 21h40. Elle y sera. Elle y est déjà. Elle sait déjà que la convaincre relève pour lui du défi impossible à refuser. Elle veut voir jusqu’où il est prêt à aller.  Avide, elle veut boire toutes les inspirations qu’il saura enflammer dans son cœur. Boire jusqu’à s’écœurer, jusqu’à n’être plus capable de rien, rien à part danser. Leurs natures si différentes, transcendant quelque chose d’autre, de plus grand qu’eux. Arpenter l’inconnu d’un univers pour y apporter nuances et lueurs, c’est tout ce qu’elle veut. C’est d’ailleurs sur cette idée qu’elle s’est endormie, n’ayant que le courage de laisser glisser sa jupe à ses pieds avant de sombrer, tombant de fatigue, dans les bras doucereux de Morphée.

***

Il est vingt et une heures. Heure cruciale. Pendant qu’elle termine de sécher ses cheveux avec une serviette éponge, Eleah se délie la nuque, parcoure d’un regard absent les gros titres des journaux de la veille qu’Arthur a laissé traîner sur la table de la salle à manger. Elle repère qu’il a découpé certains articles. Probablement les petites annonces. Peut-être qu’il a décidé de prendre le large finalement, de s’accorder une existence à lui en cessant de squatter chez les uns ou les autres. Une vie cimentée aux canapés et chambres d’amis, ça ne peut pas continuer ainsi. Basculant d’un pied sur l’autre, elle jette un coup d’œil sur son téléphone, fait le décompte méticuleux dans sa tête. Elle pensait que l’envie s’essoufflerait. Que taciturne comme elle pouvait l’être, parfois, elle serait au fil des heures redevenue réaliste, en se mettant dans le crâne qu’arpenter les mêmes sillages de James Wilde n’était peut-être pas un tremplin rêvé pour sa carrière, ni une idée brillante. Et puis la curiosité de sa nature s’est retournée dans son ventre, lui rappelant les sensations exquises des mélodies qu’ils étaient capables de souffler, ensemble, quand tout autour jurait avec leurs harmonies conjuguées. C’est à ce moment -là, précisément, qu’elle s’est mise à croire en quelque chose d’indicible. D’un peu fou aussi.  
« T’as décidé d’y aller, alors ? lui lâche Arthur, enfoncé dans le canapé (probablement prompt à y disparaître aussi) alors qu’il zappe machinalement les différentes chaînes à la télévision, paré de sa nonchalance habituelle (presque légendaire).
- Oui. On verra ce que ça peut donner. répond-elle en ajustant les épis de sa frange, quelques peu indomptables.
- C’est pas moi qui vais essayer de te contredire, ou de te dissuader lorsque t’as une idée en tête. Il marque un temps de pause, émet un soupire qui ressemble plus à un grommellement avant d’ajouter. Cela dit, ce mec a l’air d’un gros con notoire. Les tabloïds de merde l’adorent. Il sait se faire remarquer au moins. Pour la publicité, il est génial.
- Et depuis quand tu t’abreuves de cette littérature ?
- Depuis qu’t’as décidé de t’enticher d’un dépravé. Donc ... Environ cinq heures.
- Tu comprends vraiment rien.
- Bah quoi ? Va pas me dire qu’il n’a rien à se reprocher ce type. Et que c’est pas ça justement, cette noirceur, qui te donne envie de travailler avec lui.
- On ne travaille pas encore ensemble. Et puis ce n’est pas ça du tout qui m’intéresse chez lui. Seulement ses compétences de musicien, et l’opportunité qu’ils incarnent avec son groupe.
- Tu parles. Tu bosses jamais avec quelqu’un juste pour ses compétences. Il t’en faut toujours plus. Elle émet un grognement d’insatisfaction pour toute réponse, folle de rage dès lors qu’il commence à prendre ses grands airs de « je sais tout » ; « je te connais par cœur ». C’est bien ce que je disais. Il t’en faut toujours plus. répète-t-il, pliant les bras et laissant ses deux mains se rejoindre à plat sur l’arrière de sa tête.
- Si tu le dis … lâche-t-elle avec nonchalance, passant en même temps une robe bordeau cintrée à la taille, puis relativement ample, surmontée d’un perfecto en cuir noir.
- Tu rentres ce soir ?
- Aucune idée. Ne m’attend pas. » termine-t-elle l’échange après avoir glissé ses pieds dans une paire de converses blanches, omettant de lui poser les éternelles questions dont elle le gratifie habituellement. Il est d’ailleurs quelque peu surpris de ne pas avoir droit aux « Tu sors ce soir ? » ; « Tu vas où ? » ; « Tu fais attention d’accord ? » et compagnie.

***
Oaks production. Il est 21h30. Elle est pile à l’heure, même légèrement en avance. Le reste de l’habitacle semble relativement désert. Personne pour veiller jusque tard, faire des heures supplémentaires, ou arpenter les couloirs de bureaux en catimini. C’est la seconde fois qu’elle vient aux abords de ce bâtiment. La première fois étant lorsqu’elle avait signé son contrat avec les Spectrum.  Mais elle n’a jamais visité un studio. Jamais vraiment en tout cas. Un coup d’œil à droite, puis à gauche. Elle se sent comme une intruse dans tout ce silence. S’en est presque inquiétant. Quasiment aucune voiture sur le parking. Il n’y a même pas la sienne pour donner un peu de vie à l’ensemble dans la mesure où Eleah ne conduit pas du tout, et n’a même jamais passé son permis. Réajustant son petit sac-à-dos en cuir noir sur ses épaules, finalement elle repère l’entrée du studio 1. Une main sur la poignée : il est bel et bien grand ouvert. Ainsi n’a-t-il pas oublié. Ainsi l’attend-il peut-être, lui aussi. Elle rentre, longe un couloir qui mène jusqu’au studio, rentre d’un pas feutré et absolument silencieux. Il est 21h35. La salle est totalement vide. Pas une âme qui vive. Elle est en avance, faut dire. Et James n’est peut-être pas d’une ponctualité aussi chirurgicale qu’il le prétend. Dans les cinq minutes de battement qu’il reste, elle observe. Des instruments un peu partout. Une batterie. Des guitares. Un piano. Naturellement son inclination va vers celui qu’elle connaît le mieux. Ses doigts viennent longer les courbures du piano, si délicats, comme s’ils effleuraient le pétale d’une fleur immense. Elle s’arrête. Contemple les touches, de loin, sans oser. Comme si les toucher serait sacrilège. Et puis sa curiosité est trop grande, elle ne peut s’en empêcher. Sa main droite aborde les contours des premières touches, hagarde lorsqu’elle appuie quelques notes, confuses, diffuses. Elle a toujours été bien meilleure danseuse que musicienne. Mais elle se souvient, pourtant, de la rigueur de son oncle lorsqu’il lui enseignait le solfège. De son entêtement à la faire jouer chaque jour, au moins un peu, pour éveiller son âme à d’autres choses que les mouvements corporels. Il a bien essayé, à travers le piano, ou le saxophone. Elle n’avait cependant pas l’étoffe d’une virtuose. Pas dans ce domaine-là en tout cas. Mais elle n’a rien oublié. Debout, elle hésite. Un classique de son enfance dissolue. Une valse apprivoisée par son oncle. Elle songe, et finalement ses doigts pianotent les quelques premières notes du Für Elise de Beethoven, appris autrefois par cœur, mais qu’elle n’a jamais réussi à maîtriser en entier, ses doigts manquants de cette dextérité qui sied à tous les musiciens de renom, et leurs permettent de courir sur les touches avec une aisance toute naturelle. Un sourire étreint ses lèvres, un sourire qui a le goût de l’interdit, alors que les notes se réverbèrent dans le silence absolu du studio désert.

« let me touch your symphony »
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() message posté Mer 7 Mar - 0:43 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
& James




Dans le canapé que je connais par coeur, abattu de fatigue, le corps pourtant dans l'irrévérence d'une excitation que je ne sais plus comment noyer, je songe. L'heure suit les battements angoissés de mon coeur, elle défile des craintes interdites sur ma peau, laisse exsangue mes inspirations pour les muer cauchemars. J'ai le regard vide, qui cherche dans le camaïeu de couleurs déversé par l'aube sur la petite table basse, les fils qu'il me faudra tisser pour me relever. Relever le défi que j'ai moi-même scellé, au creux de la fièvre de nos mains jointes. Je referme mes doigts dans l'air, je me souviens de la sensation de sa main dans la mienne et mes phalanges m'élancent. Rumeurs électriques dans les jointures, les forces abandonnées dans un corps insomniaque. Je ne parviens plus à distinguer la logique du temps au moment où Greg pousse timidement la porte du salon pour fureter dans mon dos. Ma voix raille, l'éloquence éreintée dans mon ton moribond :
_ Je ne dors pas.
Le fait est là, les paupières relevées sur le silence qui suit. Il s'en doute, ce n'est pas comme si j'avais l'habitude de trouver le repos, particulièrement chez quelqu'un. Je ne sais pas pourquoi je suis resté ici... Sans doute parce que je me suis senti soudainement très abattu par mes fanfaronnades et que les questions sont venues peu à peu vicier mon esprit. Qu'est-ce que tu fais, James ? Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que tu cherches ? Les réponses sont floues, inaccessibles encore pour qui refuse de faire face à la noirceur que j'ai versée dans le sillage de mes envolées malsaines. Plus de retour en arrière, le point de fuite d'une silhouette éthérée, l'harmonie d'un moment qui grave encore dans ma chair toutes ses intensités. Je cherche, je cherche. Et ma lâcheté me murmure les douceurs que j'ai trouvées à rire à l'ombre de ses mimiques et de ses allures dévoyées. Puis la pulpe de mes doigts dans le creux de sa taille, et sa chaleur contre la douleur immiscée dans mes os. Sa foutue chaleur... Elle m'irradie encore, la mémoire indécente. Je brûle que le temps file pour ne pas avoir à le subir avant notre rencontre. Je sais bien que j'irai. Je sais bien que c'est la seule perspective qui me fera sortir aujourd'hui, et retrouver l'antre du studio que j'ai désertée comme un coupable.
"Il y a une exposition en plein air, à Camden."
_ Ah.
Dialogue de sourds, je ne le comprends que de très loin, je sais juste qu'il opère un rapprochement stratégique pour saisir le dessin de mes traits. Suis-je camé, au comble de mes évasions chimiques ? Même pas... Je lui retourne un regard fatigué :
_ Je ne vais pas à Camden.
Il prend la phrase pour une invitation et vire mes pieds, s'asseyant précautionneusement avec sa tasse de café. Un mug plutôt... Ce garçon n'a aucun sens, les États-Unis l'ont complètement déformé avec leur Americano dégueulasse. Je fais la moue, visant son breuvage et il commente :
"Je ne t'en propose pas j'imagine."
_ Plutôt crever.
"Tu vas quelque part donc ?"
C'est tout Greg, il connaît mes silences, et mes fausses affirmations détournées. Je me passe une main dans les cheveux, me forçant à me redresser :
_ T'as une chemise propre dans celles que j'ai laissées ?
Il hausse un sourcil, incrédule avant de me caresser avec ses mots plein de condescendances :
"Je fais ma lessive, moi. Donc oui, tes fringues d'enterrement sont propres. Tu ne vas pas me dire où tu vas j'imagine ?"
Je plisse des yeux, un léger sourire aux lèvres, tandis que je me dérobe, m'étirant de toute ma taille :
_ Nan. Parce que ça t'occupera la tête toute la journée. Tu me remercieras hein, en allant voir ton exposition nulle à Camden !
Je fuis, à grandes enjambées jusqu'au dressing qui est presque aussi immense que le mien, mais tout chez lui est plus aménagé, plus douillet, plus humain. Il y a de cette personnalité accueillante, qui le caractérise si bien, c'est Wells. Tout dans sa maison, dit "bienvenue", et sans doute le fait que j'y ai à peu près toutes mes affaires de rechange, certaines guitares, mes amplis, même un piano dans une salle aménagée, montre que je prends le message au pied de la lettre. Quand je ne suis pas chez moi, je suis souvent ici. Du moins quand je ne fais pas en sorte de me cloîtrer pour que personne ne puisse me trouver. Des jours d'incertitude à lui ôter le rire, il y en a tant eus dernièrement. Je crois qu'il est très soulagé de me voir reprendre certaines habitudes qui trahissent une notable amélioration de mon humeur. J'aurais tendance à penser qu'il s'agit là du sursaut avant la fin... Mais j'ai toujours été bien plus pessimiste que lui.

Je sors, il est presque midi et je fais quelques pas pour redescendre la rue jusqu'au parking, derrière le Viper, et la tour où j'ai élu domicile. Nous sommes je pense à 200 mètres à tout casser, Greg et moi, un choix mutique, un accord mis au secret de nos rapports. Avant de revenir en Angleterre, nous avons toujours vécu ensemble, depuis l'adolescence, dans la même baraque à Hampstead, puis dans le même petit immeuble à Los Angeles, sans oublier le bouge horrible qu'on partageait à Austin. Alors je crois que ni lui, ni moi, n'étions véritablement prêts à couper le cordon. Surtout lui, faut pas déconner. L'idée me fait sourire, je ne peux même pas le tacler avec ma remarque trop tardive. Je fais un signe à Phil, qui est en train de déménager les fûts de bière et je prends la Blackbird. Il fait beau aujourd'hui, et plus le paysage urbain défile autour de moi, plus mes pensées deviennent des murs qui reflètent toutes les peurs qui en dégoulinent. Elles suintent pas tous les interstices, ma vitesse décroit, et lorsque j'arrive à l'orée de la prod, je vais presque au pas, comme si tout mon corps se refusait à l'affront. Revenir. Reparaître. Dans un domaine abandonné, celui qu'elle m'a pourtant donné. Je me demande si Moira est là, dans son bureau, si elle a trouvé un autre courage que le mien pour risquer de me croiser, mais je secoue la tête, plein d'amertume quand je l'imagine craindre le moment où je braverai l'interdit de la porte de son bureau. Revenir en maître, quand j'ai tout ravagé. J'oublie. J'oublie. Je ne veux pas fixer mes peurs sur une situation qui m'échappe, préférant toutes les beautés offertes dans les volutes du souffle que j'ai embrassé. Quelques trésors à chérir, par pitié... Quelques secondes de plus. Quelques secondes de trop. À créer une toute autre promesse, si elle sait l'entendre. Eleah... Mon sourire s'enferme au moment où j'abandonne sur le parking ma moto, qui prend toujours deux places, comme à l'accoutumée.

Le studio est désert, champ de bataille sans cadavre, les instruments pour seuls témoins de mon retour, un soupir de soulagement délivre ma respiration, portée dans l'air. Vide. Aucune réponse. Que des questions... Les miennes. Celles qui demeurent à peser sur mon échine, depuis la piste de cette danse entamée. Tout mon esprit réclame, les sons, les mots, et les aveux des palpitations partagées. L'un contre l'autre... Je ferme les yeux, et laisse courir ce frisson qu'elle a déclenché et qui secoue toutes mes perspectives. Je ne sais plus. Demain m'est étranger. Je marche, déambule dans l'absence délaissée. Mon fantôme ici, qui me jauge, le prédateur qui veille la proie qui s'est un jour imaginée domptée. Mais les fers sont trop lourds. Les serments s'improvisent des armes qui meurtrissent mon image, désincarnée. J'ose à peine laisser mon blazer sur le canapé, et rode autour du piano, l'avidité au coeur, la peur dans la tête. Je sais ce que je veux lui jouer... Je sais. Toutes les harmonies se soulèvent dans mon esprit, s'élèvent jusqu'aux firmaments qu'elle a su me faire entrevoir la veille. J'en dessine les exquises libertés, j'en goûte l'entêtante texture, les accords glissent sur les souvenirs de son corps. Mes mains caressent les touches, déposent un hommage à l'instrument que j'ai laissé aphone. Puis mes mains lui reviennent, et elles accueillent leur châtiment. Je joue. Encore et encore. Jusqu'à ce que la nuit referme son écrin. Il est 20h35.

Je fouille les ombres, le dos raide, l'angoisse palpable dans mon ventre. Qu'est-ce qui m'a pris ? De la convier ici... Ici il y a tous les échos. Des cris. Des rêves. Des horreurs dévoilées par ma musique. Il y a les stigmates de ma vie, un quotidien jaloux pour qui cherche à l'apprivoiser. Mes guitares, la peinture écaillée de l'une, l'aveu de ma colère d'un jour. Le canapé défoncé de m'avoir trop accueilli, des nuits entières à désespérer. Mes notes, mes écrits, certaines esquisses quand je ne sais comment exprimer ce qu'il y a dans ma tête. Ce ne sont pas des dessins, rien de figuratif. Des traits, des brisures, des courbes. Puis un mot, posé là, tel un aveu muet. La partition gît sur le piano, celle qui m'apparaît être bien plus que je n'ai déjà consenti à donner. À offrir. À exhiber. Dans le silence du studio, en tête à tête. Rien à voir avec la distance d'une représentation sur une scène. Je déglutis difficilement, prends ma veste, mes clefs, précipite mes pas pour quérir une bouffée d'air, me calmer. Sans réfléchir, j'écoute mes instincts, chevauche la Blackbird, fait rugir le moteur, pousse la vitesse jusqu'à en devenir ivre sur la route, n'importe laquelle, laisse exploser mes pensées pour qu'elles ne puissent plus jamais quitter mes lèvres. Et encore moins ressusciter mon corps, et mon désir. De qui que ce soit. Qui soit beau, qui soit délicat. Animal. Inspirant. Fantasque. Grisant. Tout comme elle. Qu'elle vienne donc, si je n'y suis pas. Tant pis hein ? Tant mieux sans doute... Mes dents se serrent, sur l'avenue il y a la contrevoie, je l'emprunte et sans comprendre, je recouvre le chemin de mon tourment. J'ai laissé la lumière allumée. N'ai pas fermé la porte. Bien sûr. Bien sûr. Parce que je savais que je reviendrai. Des pas d'abord, une course à peine le moteur éteint, la moto sur le parking, la respiration qui trahit l'inéluctable envie. Passion dans l'âme, le piano est vivant, je stoppe, interdit, me rencogne auprès de la porte pour mieux la regarder. Les notes sont hésitantes, la mélodie reconnaissable entre toutes, si décalée sur le territoire d'un classicisme sans cesse violé. L'émotion me traverse, il y a tant d'échos à ce morceau, ceux de l'enfance, ceux des balbutiements dans des sourires confiants. Le rire de ma mère. C'est qui Elise, hein, dis, maman ? C'est qui tu veux James, qui tu imagines, qu'importe le visage ou l'instant. C'est l'harmonie d'une confidence, là, sur le clavier. Une confidence... Je ne comprenais pas alors, mais aujourd'hui, je la reçois, et la laisse m'atteindre. Me bouleverser. Que m'avoues-tu ce soir ? Qu'ai-je donc promis de te dévoiler ? Je ne sais plus où la danse s'arrête, je perds le tempo, j'oublie les pas, j'ai juste envie d'encore l'étreindre. La ressentir. La ressentir pour ne plus être vide. Asséché par la peine. Dévasté par la haine. Je tire sur le col de ma chemise noire, défais l'un des boutons pour donner plus d'ampleur à mon émotivité. Dans l'ombre, je l'écoute, j'attends qu'elle termine, avec cette maladresse chétive qui donne une saveur particulière à ce moment volé. J'ai l'impression d'être un voyeur, quand c'est pourtant mon piano qu'elle manie, sans honte, sans aucune nervosité. J'attends qu'elle remarque ma présence, que ses yeux se posent sur l'éloquence de mon visage assombri par des réflexes contradictoires. L'envie de la rejoindre, l'incapacité de bouger. C'est ma voix qui la trouve d'abord, en préambule du rendez-vous que je ne suis pas parvenu à manquer :
_ Es-tu venue habiter l'ampleur de mes silences ?
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() message posté Mer 7 Mar - 17:57 par Eleah O'Dalaigh
james & eleah
La mélodie se réverbère, intrusive dans tout ce silence qui n’en finit plus d’étreindre sa silhouette solitaire. C’est comme être pris au piège d’un immense nuage de brume, qui se dissiperait peu à peu sous la vague de réverbération des touches, appuyées, relâchées, à l’unisson pour créer toutes ensembles une harmonie unique. Ses doigts sont moins hésitants qu’au départ, renouant avec des mécanismes d’antan gravé sous la pulpe. On est loin de la perfection, de l’assurance qu’elle sait porter dans son petit corps lorsqu’il lui faut s’imposer sur des planches impitoyables. Le morceau revêt toutes les fragilités possibles, pourtant Eleah sourit. De cet air rêveur et absent, renouant avec des souvenirs plus délicats de son enfance. De ceux qu’elle a tendance à oublier, tant l’horreur cherche souvent à les engloutir dans son obscurité gluante. Le visage de son oncle se recompose devant ses paupières à moitié closes. « Plus de souplesse dans le poignet » disait-il, avec ce regard appuyé qu’on les maîtres sur leur élève lorsqu’ils veulent en tirer le meilleur, ce qu’il y a au plus profond d’eux. Son index appuie sur la dernière touche, ultime note se fracassant sur le silence toujours identique, quoique plus habité cette fois-ci. Elle sent une présence nouvelle. Quelqu’un, quelque chose qui l’observe. Elle n’est plus seule, non, il y a quelqu’un. Ses paupières se rouvrent avec lenteur sur l’âme enfouie dans le silence, enveloppée par lui. Déliquescente silhouette, qui semble prompte à s’évanouir, qui reste là, au loin, dans un entre deux qui lui permet de s’avancer, ou tout au contraire de reculer encore. La porte est sans doute ouverte. A-t-il envie de s’y engouffrer ? A-t-il envie de courir à l’inverse de toutes les envies qu’il a soufflé à l’orée de son corps ? Il est là, si loin pourtant. Sa main se pose sur la courbure du piano, en caresse les contours de la même façon qu’auparavant. Sans honte, sans gêne. Elle prend la mesure du temps interdit qui passe, de ce territoire qu’elle arpente, et qui n’est pas le sien. De tout ce qu’elle ne devrait pas imaginer, ou toucher, mais qu’elle apprivoise pourtant au gré de pas lents. Il l’a invitée. C’est lui qui a souhaité qu’elle vienne, répondant aux appels de son défi avec une passion naissante qu’elle a senti, et partagé. Une passion qui l’a faite vibrée, et a fait naître en elle une inspiration dévorante.  Mais il est là, si loin. Qu’attend-il ? Qu’a-t-il fait de toute la frénésie ? L’a-t-il abandonné au doute ?

« Hmm ? » Elle a entendu sa voix s’élever, n’y a pas répondu tout de suite. Un murmure innocent s’échappe de ses lèvres, mimant la distraction alors qu’elle est toute aimantée à ce lieu qu’elle découvre. A la manière d’une petite fille à la curiosité avide, tout est bon à voir, à toucher. Et en même temps qu’elle s’approprie, elle se met plus à l’aise. Machinalement elle retire son perfecto, le pose sur le dossier du divan. Puis ce sont ses chaussures dont elle se déleste, sans même se baisser, en grippant le talon avec la pointe, toujours plus à l’aise pieds nus pour arpenter les univers dans lesquels elle a prévu de rester un minimum. Avec la souplesse d’un félin elle se rapproche de sa silhouette, n’hésite pas à faire quelques détours, se hissant sur les pointes pour voir ce qui se dissimule, là, derrière la vitre sans tain. Le local d’enregistrement probablement. « Tu n’es pas si silencieux que ça à l’intérieur. » murmure-t-elle, comblant le silence de toutes autres lueurs, plus doucereuses, en diminuant la distance qui les sépare, jusqu’à se retrouver à sa hauteur, juste en face. « Il y a tant de bruit qui cherche à s’échapper de ce corps … » Elle désigne un point invisible sur sa cage thoracique, sur les côtes qu’elle devine saillantes sous son tee-shirt aux parfums de lessive. « Je l’ai entendu m’appeler … ce bruit … hier soir. Tu ne te souviens pas ? » demande-t-elle, arborant son expression habituelle, mutine et espiègle à la fois. « Alors c’est ici, ton antre ? » questionne-t-elle enfin, sans s’excuser d’être entrée en catimini, de s’être introduite dans le lieu interdit. La porte était ouverte, oui. Elle était ouverte. Et elle n’a pas prévu de la laisser se refermer.  


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() message posté Mer 7 Mar - 19:56 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
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La confidence s'assèche dans une note pleine de trouble, son écho trace une saveur fugace jusqu'à la moelle de mes os, le froid s'y désincarne pour se laisser étreindre par la parure des harmonies contraires. Et ma souffrance égale mon envie. Je suis écartelé par ce que j'ai saisi, par erreur, en l'enfermant dans l'écrin de mon imaginaire. Elle y voyage avec l'aisance de ceux qui sont nés pour le constituer, dans une grâce éthérée, que mes noirceurs ne cessent de défier, la valse des instincts ennemis, qui à trop se mirer deviennent des frénésies. L'assaut de mes angoisses tonnent dans ma tête, au moment même où ses regards reviennent me croiser. Le fer de nos défis, les délices de nos peaux embrassées. J'ai froid sans elle. J'ai froid. Mes prunelles la détaillent, exorcisent son image pour lui donner d'autres atours, la graver dans l'éternité d'une attente, à l'émotion invincible et farouche. La vague se soulève, roule à l'intérieur, rappelle les échos d'une nuit sans rêve pour avoir trop pensé à elle. Ma bouche s'entrouvre, boire les contours, avaler les affects, mes joues se creusent de ce silence que j'entretiens quand ses mains caressent le glacis noir du piano. Frisson. Qui court jusqu'à ma nuque. Violence d'une conquête que j'ai sans doute précipitée. Les territoires sans vie veulent se voir ravager. Une fois encore, par l'indicible. Je retiens un pas qui m'effacerait dans l'ombre, demeure immobile, quand mes sens exacerbés se lisent sur mes traits. Tout mon être vibre. Les souffles, la présence qu'elle crée, l'harmonie qu'elle emmène dans ce sillage plein d'assurance. Ma mâchoire se referme, la prégnance du feu qu'elle fait renaître sans me quitter du regard me statufie quelques secondes de plus. Puis, je laisse la porte se refermer d'un geste, coupant par là toute retraite que je pourrais encore imaginer. Le dessin pose des traits délicats dans l'antre de mes désillusions, rencontre circonscrite à ces murs boisés, l'impossible inspiration qui les dérange toutefois. Broyant les logiques d'une physique impropre à notre rencontre onirique. Il est trop tard. Il est trop tard. À l'aube de la collision, je me prends à rêver... À contre-temps de mes erreurs. La saveur est impie, c'est le pécheur qui croit que les crimes peuvent être oubliés sous couvert de divin. Ma création ne l'est jamais totalement. Mais l'intensité qui me transperce au moment de la façonner, elle, tient à l'irréel. Cet irréel que j'entrevois quand elle se dépare, la veste d'abord, les chaussures ensuite, être de contours qui ne supporte pas l'enfermement. La vague me submerge, mes iris aimantés, mon corps entièrement sous dominion, l'oscillation me fait pencher vers elle quand ses mots me rejoignent enfin. Sa phrase est l'écho même de mes écrits, ce bruit qui m'assaille en permanence et que j'ai tant besoin de verser, pour repousser le néant que je ne cesse de me promettre. Elle est là, à deux pas désormais, je relève ma tête en des airs qui rappellent mon éducation, que je ne suis guère parvenu à gommer totalement. Je l'ai appelée, avec toute l'ivresse du désespoir, pour tenter d'oublier. J'ai un léger sourire, les souvenirs font danser des lueurs plus appuyées dans mes yeux éclaircis par sa présence :
_ Mon souvenir est intact. Le bruit ne m'a pas quitté. Pas une seule seconde.

Un pas, je me mets à bouger, habiter tout l'espace dans lequel elle s'est glissée. Mutine voleuse, divinité trompeuse, muse enchanteresse. Être animal. Ma nature ressent tous les cris qui furent portés, les gémissements d'une nuit que j'ai entièrement excavée, bribe après bribe, de ma mémoire paresseuse. Je l'ai habillée de tant de lueurs que je crois avoir ressenti chaque instant dans les secrets de ma chair, avec une infâme clarté, que seules les nuits angoissées peuvent créer. Mon souvenir est intact, en effet. Le bruit incommensurable. Celui qu'elle a su ressentir, et qu'elle n'a fait qu'augmenter. Le sous-entendu vacille entre nous, ma main frôle la peau nue de son avant-bras, une erreur consciente pour vérifier la constance de son pouvoir. La clameur est aiguë quand les épidermes se rencontrent, je ne me suis donc pas trompé. Je n'appuie pas mon geste quand j'ai tant fantasmé toutes les caresses déposées par milliers sur elle. Le rêve et le souvenirs emmêlés, je tourne autour d'elle pour mieux les diffuser, et je réponds sur un ton plus profond :
_ Tu sais ce qui arrive, quand on s'aventure dans l'antre d'une créature, n'est-ce pas ?
Ma voix à son oreille, je fais claquer mes dents près de la chair tendre de son cou, le rire au fond des yeux, cherchant à repousser la peur que je souhaite dompter. Je ne me laisserai pas submerger, pas devant elle, pas devant témoin quand j'ai su tenir jusqu'alors, le regard fier, la mine fermée, pour ne pas hurler de ma honte. J'inspire son odeur, instinctive bestialité, qui fraye sous ma peau en permanence, son parfum ne cesse de m'envoûter. Pourquoi faut-il qu'elle soit si attirante ? Pourquoi ne puis-je m'empêcher de chercher l'ecchymose quand j'en suis déjà entièrement constellé ? Le choc, la brutalité d'une opposition, la doucereuse idée des doigts qui s'apprivoisent. Je me recule, presque abruti par les battements de mon coeur, retire ma fausse menace, allure prédatoriale si facilement recouvrée. Je me débarrasse à mon tour de ma veste, la jetant aux côtés de la sienne, puis ajoute, délibérément, un sourcil arqué, en étirant ma nuque :
_ Que vais-je faire de toi, petite fille ? Te fasciner encore, ou bien te dévorer ? J'hésite...
Mon sourire est entier, je désigne l'ensemble du studio :
_ Mais en attendant de me décider, je ne te dis pas de faire comme chez toi, vu que tu as déjà pris tes aises. Une femme nu pied, c'est toujours un moment de splendeur. Le grain du parquet sous ta peau, le son mat de tes pas... Un café pour compléter le tableau de tes airs indécents ? Il y a du whisky, et puis de ces jus de fruits très chers qu'Ellis aime tant nous ramener quand personne n'en boit.
Ma voix est moins ténue, mon aplomb reprend ses marques, le territoire est mien, elle en a accepté toute la profanation, buvant le même air que moi, ouvrant ses jolis yeux sur les échos de mes compositions, frôlant l'instrument de mes états d'âme les plus jalousement protégés. La danse se poursuit, et je connais toutes les trivialités des lieux qui l'accueillent ce soir.
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() message posté Mer 7 Mar - 21:49 par Eleah O'Dalaigh
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Inconstance troublante que celle du cœur lorsqu’il s’enivre, se grise, s’impatiente. Il est là, palpitant dans sa poitrine, battant des ailes aussi vite qu’un papillon qui n’aurait qu’une nuit à vivre. Eleah a hâte. Mais elle a peur aussi. Une peur sourde qui monte dans son ventre, et lui procure des sensations qu’elle a tendance à fuir d’habitude. Les mots d’Arthur lui reviennent quand la dernière note s’essouffle à travers le silence brumeux. « Ce type est un gros con. Pour la publicité il est génial. De toute façon, il t’en faut toujours plus. » A-t-il raison ? S’agrippe-t-elle à une idée créée par son esprit fantasque ? A-t-elle rêvé ce qu’elle a cru apercevoir ? Si c’est une invention, elle est prête à croire en l’illusion qu’ils dégagent. Lui, seul. Eux, ensemble. Dans les détours de sa nuit, il lui est apparu dans tout l’onirisme de sa nature. Elle s’est rappelée d’autre chose que de la sensation éprouvée le soir où ils s’étaient rencontrés. Deux inconnus partant à la dérive, s’accrochant illusoirement au rivage qu’ils incarnaient l’un pour l’autre. Elle s’est délestée des émotions lourdes qui la tenaillaient, de l’image de son père, de tous les souvenirs d’enfance brisée, pour ne se rappeler de que la passion commune, de l’être auquel elle s’était raccrochée. Le bruissement des peaux qui se découvrent, les frissons qui saisissent l’épiderme lorsqu’il rencontre une chaleur nouvelle, inconnue. La saveur d’un souffle le long de l’échine, la morsure des lèvres avides, la délicatesse des parfums qui s’emmêlent, créant une fragrance unique. Le désespoir des mains qui cherchent à s’agripper à l’indicible sensation d’être en vie. Qui ne sont pas sûres d’y parvenir. Qui fourragent, griffent, retiennent. Toute la sensualité lui est revenue dans un songe impalpable. Elle en a eu honte. Elle en a eu envie. Mais jamais elle n’a eu l’impression qu’il cherchait à lui passer des fers, à faire ployer sa liberté durement acquise. Donner sans rien attendre. Recevoir sans rien espérer. La décadence de leur lien sans nom, sans barrières et sans attaches lui est apparue dans toute sa splendeur. Avec lui, elle n’a jamais eu la sensation de devoir quelque chose. Se justifier. S’expliquer. S’excuser. Toutes ces parades dont se gratifient les amants étriqués dans leurs principes de gens bien élevés. Qui estiment qu’après l’amour, il faut forcément parler, s’émouvoir, payer son petit déjeuner. Toutes ces parades qui elle, la débecte, tant la spontanéité de sa nature ne lui permet pas d’apprécier comme elle le devrait (peut-être) les attentions quotidiennes. Trop débridée sans doute, ce n’est pas cela qu’elle cherche. Eleah veut tressaillir, vibrer, s’impatienter. Vorace, elle veut vivre, sans avoir constamment à se justifier. Il lui en faut toujours plus, Arthur a raison. Toujours, encore, mais avec ce besoin farouche d’être libre. Comprendre cela, c’est détenir les clefs pour la posséder toute entière. Pour qu’elle se donne, sans fard, sans retenue, mais profondément libre, indépendante, oiseau de nuit solitaire aux mille et une couleurs changeantes. L’enferrer c’est prendre le risque de la voir se scléroser. C’est la regarder dépérir, fleur étouffée par une chaleur trop cuisante pour qu’elle daigne y résister sans s’assécher et se flétrir. James était un peu comme elle. Il s’est évaporé. Ou bien était-ce elle qui s’était évanouie. Ils ont disparu ensemble, ne s’offusquant pas de cette liberté partagée le temps d’un souffle éreinté. Cela elle s’en souvient désormais. Cela, elle ne l’a pas oublié. C’est peut-être cela qui l’a tout de suite attirée. De ne pas avoir à se justifier.

« Bien. Ne t’y habitue pas trop. Tu ne pourras plus t’en détacher après. » lui glisse-t-elle à la dérobée, lueur mutine, enfantine, accompagné d’un clin d’œil joueur. Loin d’elle l’idée de l’enferrer. Mais la pensée qu’il puisse y avoir pensé, qu’il ait eu cette envie, lui aussi, la grise et l’encourage. Lui donne une assurance toute nouvelle aussi. Il bouge enfin, délaisse ce corps mutique qui était sien pour parcourir l’espace qui les entoure. Eleah le suit du regard dans un premier temps, puis finit par bouger à son tour. Son aisance trahit ses habitudes, celles ancrées à chaque recoin de cette salle qu’il doit arpenter trop souvent dans tous les coloris de ses humeurs. Une seconde elle imagine le pas empressé, impérieux. Puis le bruissement des pieds plus lents, alourdis. Lentement il devient une image qui lévite dans l’ensemble de l’espace. Et Eleah le suit, silhouette docile, sensible. Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu fais ? Suspendue elle s’arrête, immobile dans le spectre du souvenir qu’il incarne. Sa peau se voit parcourue d’ondes délicates. Juste une caresse. Juste un geste fragile qu’elle ne cherche pas à capturer ou appuyer davantage. Au contraire elle prolonge l’instant, n’amorce rien, se contente d’abaisser légèrement le menton pour distinguer sa présence dans la courbure de son cou. En biais elle lui porte un regard, pince l’intérieur de ses lèvres avec la pointe d’une canine. Il joue au prédateur, tournant autour d’elle comme le loup autour de la proie fragile qu’il cherche à dévorer. Mais est-elle réellement cet agneau fragile ? Où est la faille, dans tout cela ? Elle se le demande, tandis que le jeu se retourne, peu à peu, mené par toute l’insolente inconscience de sa nature. « Bien sûr. C’est pour ça que tu devrais faire attention. Je pourrais te dévorer. » L’antre, quelle est-elle, après tout ? Pourquoi forcément s’imaginer que c’est la sienne ? Pourquoi ne pas retourner sa phrase, s’imaginer que l’antre dans laquelle il se perdra, c’est son univers à elle ? Celle-là même qu’il lui a demandé de lui ouvrir, celle-là aussi dans laquelle elle veut l’entraîner, sirène envoûtante qui entraîne son marin dans les eaux profondes pour l’y noyer et s’abreuver de ce qu’il voudra bien lui donner. Quelque chose tremble dans son ventre pourtant. Une fragilité naissante, une faiblesse muette alors que sa présence l’enveloppe. Très vite, elle renoue avec des sensations encore trop vives. Trop récentes aussi. Son cœur manque un battement dans sa poitrine. Son sang s’essouffle à pulser avec trop de vigueur contre ses tempes. La frivolité reparaît à l’unisson de sa remarque féline. Un rire cristallin lui échappe.

« Je croyais pourtant que l’un n’allait pas sans l’autre. Je suis naïve, n’est-ce pas ? » minaude-t-elle, le pas presque sautillant dans l’espace de la pièce. Elle s’arrête à côté d’une guitare électrique, ne peut s’empêcher de toucher. Il lui faut toujours toucher, mettre de la matérialité sur les choses qui l’entourent. Elle s’interrompt pourtant lorsqu’il parle, exprimant les idées toutes simples avec une délicatesse étrange, presque incongrue, qui jure avec toutes les lignes acérées de sa silhouette chétive. « Le jus de fruit hors de prix, c’est parfait. » repond-elle en contretemps, investissant ses quartiers plus encore en s’arrogeant une place, assise sur l’accoudoir du divan, une jambe repliée sous une fesse, le coude posé sur le dossier. Son pieds dans les airs se met à tournoyer dans le vide, trace des arabesques inconscientes. Elle ne peut s’empêcher de bouger, tout le temps, même lorsqu’elle devrait demeurer immobile. « Alors, tu vas pouvoir jouer ? » s’enquit-elle, impatiente, des lueurs curieuses partout dans ses prunelles chocolat. Elle n’est pas venue jusque-là pour récupérer un CD, ou entendre des extraits déjà enregistrés. Ce n’est pas ça qu’il veut lui prouver. Cela, elle en est persuadée. « C’est que je ne suis pas encore tout à fait convaincue, tu sais. » ajoute-t-elle, défiante, espiègle. Soucieuse aussi de voir jusqu’où il peut aller, de quels doutes il est prêt à s’affranchir, et si elle est prête à le suivre, là-bas, quelque part, pour mieux l’entraîner.



« let me touch your symphony »
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() message posté Jeu 8 Mar - 1:16 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
& James




Les reflets de mon profil sur la vitre tamisée de la régie, un coup d'oeil pour la méconnaissance du moi, détourner les yeux pour m'oublier. Je ne sais pas ce que je fais ici, à hanter des terres qui portent en elles tant de désaffection que leurs humeurs m'abattent pour peu que je les foule. Mais elle est là, avec moi, à irradier l'air, à soulever le sol pour me faire entrevoir des horizons interdits, où la nature farouche, dérangée dans son sommeil ensorcelé, hérisse ses beautés à l'ombre du fauve qui s'en approche. Mais qui est le fauve ici ? Suis-je encore une bête, les griffes émoussées, les passions haïes et les avidités tant bues que je ne sais plus que m'y empoisonner ? Est-elle venue pour me châtier, appuyer les blessures, les faire saigner une dernière fois pour que ma carcasse s'effondre à ses pieds, tordue, exposée et exsangue de tous les univers que j'ai pu y cacher ? Les lui offrir ce soir, n'est-ce pas m'arracher mes dernières défenses, murs de soutien qui serpentent autour de mon âme pour la maintenir en vie, et risquer effondrer tout ce que j'ai construit ? Ai-je seulement construit quoique ce soit ? Ou n'ai-je fait qu'amasser les ossements, pour demeurer dans l'antre, à les ronger avec langueur ? Alors mes esprits pleins d'alarmes se réfugient dans l'éternité qui nous relie, celle que nous avons arrachée à ce firmament d'une rencontre fugace, la trompeuse découverte, qui étendit ses affres, laissant derrière elle tous les sillages qui couvent encore de feux inassouvis. Quand je l'ai vue dans ma mémoire, lors de cette nuit sans sommeil, j'ai entraperçu la pulsion qui me fit l'étreindre, et vu si clairement le réflexe contraire qui me poussa à la relâcher ensuite. La laisser repartir, non pas pour oublier, mais pour humer dans l'abandon les parfums obsédants d'une liberté sans borne. J'ai connu tant de corps, j'ai eu peu de relations. Elles ont toutes des atours sanglants, pour peu que mes envies se soient muées en impiétés. Les murs me terrifient, les cases m'effarouchent, m'enfermer quelque part, c'est me sentir frôler les élans d'une folie qui un jour a bien failli ne plus jamais me recracher. J'ai besoin de ce vide, qui me fera tomber, de chemins inconnus à braver, ou parcourir, à grands pas, sans souffle, sans sommeil, pour me sentir exister. Et cette nuit avec elle, j'ai su être. Être simplement, en elle, magnifique et sans pulsion malsaine qui m'aurait fait enfoncer mes serres pour putréfier sa chair. Non, le frisson implacable, l'abandon qui cisaille le corps, rend amorphe l'esprit, mais l'âme qui cherche à fusionner, à apprendre un langage. Un langage étranger. Le sien. Le sien. Si proche et si semblable, et pourtant si opaque. Les syllabes sur la langue, tous les morphèmes en moi. Encore, s'il te plaît. Je secoue la tête, son murmure est fantasque, comme toute sa personne. J'ai bien peur de ne pas pouvoir déjà, mais mes invasions exaltées se font à demi-mot. Je suis bien incapable de dire, ce que je ne saurais m'avouer. C'est si douloureux de croire encore. La survie a un prix bien cher désormais. Si je jauge son pouvoir sur ma peau, je prends toute la mesure du mien. Ses yeux brillent, et son souffle se brouille, une seule seconde seulement. J'inspire avec une once de volupté. Une prétention imparfaite, je joue un rôle attribué, su par coeur et pourtant usurpé. Je suis bien incapable aujourd'hui de broyer un être qui me fascine autant... J'ai failli à la tâche, chez Moira, et la défaite de tous mes instincts mis à mal m'a laissé presque mort. Je n'ai pas su la détruire, je n'ai pas dépéri pour autant, j'ai juste rendu un pouvoir dont je ne peux plus user sans trembler. Alors elle a raison... Elle a toutes les capacités, toutes les armes pour m'atteindre, car sans doute n'ai-je aucunement l'envie de défendre une carcasse que je traîne sans but. Désarroi des rêves abandonnés. Recouverts ce soir, à chaque mouvement de sa langue pétillante. Je murmure contre sa nuque :
_ Peut-être est-ce ce dont j'ai cruellement envie. Crever dans les replis soyeux de ton univers pour mieux renaître...

Parenthèse onirique pour relever ce qui peut l'être encore. Peut-être. Pourvu que... Renaître par ses attraits de femme, les blessures infligées, consenties, voire souhaitées. Une souffrance en absolu désir. Celle qui me meut encore, quand je m'imagine habiter les confins d'un monde inconnu, à découvrir, à conquérir peut-être pour mieux verser l'ode à la liberté implacable qu'il porte. Je m'éloigne mais poursuit le défi que nous nous sommes lancés :
_ En auras-tu la force, Eleah ? De m'achever ?
Sens propre comme au figuré de mes craintes. Parvenir ou disparaître. Une ombre qui rejoint l'absence de couleur pour se dissoudre. Plus de mal, plus de bien, rien d'autre que la torpeur des sens qui me torturent. Mais pas maintenant. Pas maintenant. Pas encore... Je ne suis pas prêt. J'ai encore à offrir vu qu'elle semble l'exiger. Son rire me navre autant qu'il m'excite, je la regarde s'ébattre, glisser un geste sur la guitare, et le claquement de ma langue retentit dans l'air vibrant entre nos deux silhouettes, comme si je désapprouvais ses libéralités alors qu'elles m'enchantent. Personne n'ose jamais rien autour de moi, les ombres sont si denses, mais elle les traverse sans même s'en apercevoir, je crois :
_ Si toi tu es naïve, je suis prêt à être canonisé. Bonne réponse cependant... Je ne sais jamais choisir de toute façon.
Je lui souffle une sorte de baiser, comme s'il était empoisonné, mais je m'affaire jusqu'au frigo que j'ai mandé, entre bon nombre de requêtes, qui ont peu à peu transformé ce studio en un lieu de vie à part entière. Je prends la première bouteille qui vient, et sers son verre en premier, j'ajoute une paille, je sais qu'elle aime ourler ses lèvres autour, je n'ai pu m'empêcher de les fixer avec la régularité des enivrés lorsque nous étions dans le carré VIP. Puis je prends mon temps, pour préparer mon breuvage favori, un café kenyan qui délivre tous ses arômes tandis que je le manipule, pour finir par refermer d'un geste brusque le percolateur. Le bruit de l'écoulement est ténu, ces machines design sont les affidés des conciliabules, elles n'osent pas les interrompre. Je lui ramène son verre, une fois ma tasse en main, je le dispose entre ses jolis doigts, si fins, si graciles. Je sirote mon espresso, mes yeux rivés à sa silhouette, dans cette posture si détendue qu'on la croirait véritablement reine des lieux. Peut-être l'est-elle ce soir, car je l'ai élue pour me rejoindre dans mes incertitudes. Elles ne franchissent pas mes lèvres quand j'émets sur un ton aussi guilleret que le sien alors qu'elle me pique de ses espiègleries :
_ Impatiente, hein ? Dévorée par l'attente, toute la journée...
Je me penche un peu, déposant ma tasse déjà vide, sur la table basse, auprès du canapé, son visage déjà proche, je ne me lasse pas de ses airs. En gros plans, ils sont un enchantement de vie, sans cesse en mouvement, composition de maître, la fièvre dans les iris, l'acharnement à exister sur les lèvres.
_ Oui, Beauté, je vais jouer. Je vais jouer pour toi, parce que tout ton corps hier m'a réclamé. Je vais jouer jusqu'à pénétrer dans ta tête, détourner tes pensées, faire entrer un peu plus de moi que tu ne détiens déjà.
J'ai continué le mouvement, les mots soufflés dans un tempo croissant, alors que je me penche inexorablement, pour encadrer son corps, mes deux mains appuyées de chaque côté de ses épaules. Mes yeux dans les siens, mon expression plus acérée, mes lèvres sourient mais le sourire n'atteint pas mes iris. Mon murmure est tangible, le début d'une musique qu'elle m'arrache presque contre mon gré, des tons assombris par la demande, détourés par l'envie, alliés aux tessitures de la nuit pour mieux dépeindre ces autres jours que je promets... Ou qu'elle condamnera :
_ Et si tu n'es pas prête à m'absorber, si tu n'es pas suffisamment solide pour me boire, si l'émotion n'étreint pas ta gorge, si la saveur n'embrume pas tes sens, si l'harmonie n'est simplement pas là. Si tu ne me ressens pas, Eleah... Alors tu partiras, d'accord ? Alors ce sera terminé, et ce ne sera pas grave, l'on gardera un souvenir frauduleux, et des excuses par centaines pour s'être encore manqués. Ce ne sera pas grave, ce sera une porte, qu'on laissera irrémédiablement close.
J'embrasse délicatement sa joue, comme pour lui dire au revoir :
_ Bois ton jus de je ne sais pas quoi. Tais-toi deux secondes si tu en es seulement capable et écoute...

J'appuie mon index sur ses lèvres, puis je me retire, avant de rejoindre le piano, mes mains suivent ses traces, je touche à rebours des caresses qu'elle a offertes aux contours de l'instrument, puis prends place sur le tabouret. Mes doigts frôlent les touches, esquissent les premières notes de Für Elise, avec un léger sourire entendu, mais ne continue pas, l'écho de sa présence, la brûlure des touches où elle a mis ses doigts. Je me réapproprie le délicat outrage. Mes yeux la regardent, cherchent l'assentiment fébrile qui saura me faire basculer. Ici il n'y a pas de micro, il n'y a pas de scène, nous sommes sur un pied d'égalité. Elle est à la fois loin, elle est pourtant bien trop proche, suffisamment pour distinguer mes yeux qui tombent sur mes phalanges blessées. L'écho de mes paroles : ce ne sera pas grave, une porte close, une parmi des milliers. Je lui reviens, plus intense, transformé par l'épreuve que je me vois prêt à passer. Une déglutition, mes mains sur le clavier. Une porte close... Ne me repousse pas, ne me repousse pas. Pas quand tout nous est encore possible. Tout et plus encore. Mes prunelles s'embrasent des lueurs du défi, ma symphonie rugit dans ma tête endolorie, mes paupières retombent, j'ai choisi le troisième mouvement. Redemption. Titre honni, titre gravé dans la douleur d'une existence entière, la mise au monde de mes idéaux classiques versés dans la bouche dévorante des influences rock. Une pièce héritée de ces années à apprendre l'art de composer comme il se doit, à la Royal Academy of Music, toujours bravache, pourtant déjà très enflammé dès lors qu'il s'agissait de l'exercice de composition libre. Mes profs l'auraient adorée celle-ci, et l'auraient en même temps haïe. Hybride, indécente, symphonie ni suffisamment céleste pour rejoindre celle des grands maîtres, ni totalement désincarnée dans la modernité pour savoir s'en affranchir. Un ailleurs entre deux, la cohérence juchée dans mes esprits, l'harmonie de mes regards sur le passé. Le piano est lent, l'introduction ménage mes mains plus douloureuses encore maintenant qu'elles se sont acharnées presque toute la journée. Trois temps. Une valse, une danse. C'est dans le ton de nos étreintes... Tempo doux, la fièvre en dessous, un peu de Bach dérobé dans l'écriture. Puis, la délivrance de ma voix, qui se confie dans la solennité du studio. Let's start over... again. Mélopée alanguie, qui tressaille de l'impossible chanté. Why can't we start it over again ? Nous sommes loin des cris, des hurlements poussés dans les espaces immenses d'un stade ou d'une salle de 30.000 personnes. C'est elle. Et moi. Ma voix entre nous, une sorte de murmure, une plainte. Just let us start it over again... Je quémande, l'impossible. Cet impossible, ce refus révolté, de ma nature pleine de cette destruction, pourtant vaincue le temps d'un rêve. And we'll be good. This time we'll get it... La montée plus intense, la noyade des harmonies qui frottent, la mélodie du chant en soutien. Get it right. Mes yeux se rouvrent, la cherchent enfin, le souffle court, les mains qui suivent les accords plus plaqués, plus rapides, toujours trois temps, un grondement, un roulement, qui berce, berce, berce encore. Mes prunelles. Les siennes. Je les appelle, je les convie, je les convoite. Sens... Sens... Ressens-moi. Juste là. Juste ici. Maintenant. It's our last chance... to... Le pont est douloureux, ma voix est plus tendue et le mot s'arrache à moi, presque brisé. Impossible. Impossible. Jamais. Jamais. Forgive ourselves. Le pardon, jamais. Non. Non. Personne pour l'accorder. Surtout pas moi. Surtout pas moi. Tous mes jugements corrèlent et la douleur, palpable, presque déchirante étreint mon souffle, brusque mon corps, bousille ma maîtrise. Mes doigts se figent, immobiles, les notes en suspens, incomplètes, arrêtées dans l'air encore suspendu par tous mes actes aux combles de l'infamie. La rédemption avorte, mes prunelles tremblent, je romps le contact visuel, sentant la rage fouailler mes chairs. Ce ne sont pas mes mains, c'est ma tête. Ma putain de tête. Je regarde mes doigts, toujours en arrêt, figés dans cette souffrance qui déchire mes phalanges une nouvelle fois. J'entends presque les os rencontrer la chair tuméfiée, les coups s'accélérer. Le vice, la foudre, ma respiration angoissée. Je reste là, à considérer mes cauchemars se dérouler sur l'impuissance, mon morceau incomplet, sans outro, les accords toujours présents tout autour de nous, enfouis en moi au fond des plaies. Le bruit, le bruit partout. Et plus rien pour l'exorciser.
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() message posté Jeu 8 Mar - 19:14 par Eleah O'Dalaigh
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La remarque qu’il lui destine se teinte de toutes les obscurités dont ceux qui l’entourent cherchent à la prémunir. Cela ne fait pas vingt-quatre heures qu’ils se sont revus, et déjà deux personnes ont essayé de la prévenir. «  Il détruit tout ce qu’il touche … » avait dit Jason, le videur de la boîte nocturne. Et les mots d’Arthur, se réverbérant encore contre son âme, fond sonore de cette réalité dont elle ne fait plus partie pendant d’infimes secondes, mutique. Ses grands yeux plein de vie s’ouvrent sur ce qu’il aperçoit de sa propre destinée. « Crever dans les replis soyeux de ton univers pour mieux renaître. » L’expression est si belle, chargée d’un onirisme qui la transperce de part à en part. Mais elle densifie l’opacité derrière laquelle il se calfeutre. Cette obscurité qui l’attire, dont elle voudrait le dévêtir, la lui arracher avec les ongles pour savoir ce qui se dissimule, là, derrière. Toujours plus. Jamais assez. L’avidité est telle qu’elle en devient intrusive, voire malsaine. Son ventre se noue, s’échauffe de tout ce qu’il ignore encore. Elle veut comprendre ce qui l’a amené à vouloir crever, quelque part, n’importe où. A-t-il vraiment atteint ce point de non-retour ? Ce désespoir qui ne permet aucun retour en arrière ? Qui raye à jamais les champs des possibles ? Elle ne peut y croire. Dans son monde à elle, l’opacité n’est jamais entière ou irrémédiable. Des lueurs vacillent, même dans la plus étouffante des noirceurs. A quoi se raccrocher sans cela ? A quoi croire encore, quand on pense qu’il ne reste rien, hormis peut-être les cendres des brasiers qu’on a provoqué ? Eleah veut marcher sur les cendres refroidies, insuffler au Phoenix endormi ce qu’il lui faut d’espoir pour reparaître dans toute sa splendeur. Toujours plus. Jamais assez. Elle veut sentir cette indécente musique qui lui permit d’être comme le plus coriace des virus. Qui le maintint en vie encore, et encore, et encore alors que n’importe qui aurait déjà été terrassé par les aléas de la vie. Qu’est-ce qui le fait tenir ? Qu’est-ce qui fit s’assécher son corps sur l’ossature, au point d’en ôter tous les élans vivaces ? Elle ira chercher l’hybride jusque dans les territoires interdits de sa nature honnie. Elle ira, conquérante inconsciente d’un voyage proscrit. Cette volonté la taraude déjà. Jusqu’au bout des doigts, dans chaque tressautement du cœur, la conscience infinie de cette volonté abrasive s’étend/s’éprend de chaque parcelle de son petit être. Elle ne voit plus que cela. Cette envie qu’il a su faire naître, sans même peut-être en avoir conscience. Sa question la cueille pourtant. Saura-t-elle l’achever ? Est-ce le prix à payer pour leurs natures conjuguées ? Peut-être. Parce qu’elle n’est pas prête à se laisser enchaîner, pieds et poings liés. Toujours plus. Jamais assez. Egoïste peut-être dans sa volonté de puiser jusqu’à l’essence des êtres qui l’inspirent.

« Mon univers n’a rien de soyeux. Tout dépend de ce que tu souhaites y trouver. »

Un sourire entendu s’empare de ses lèvres. Elle le suit du regard, dans ce rôle qu’il déploie à la perfection. A l’évidence il en a appris les assurances et les répliques par cœur. Loin de se laisser impressionner, elle vient mordiller le bout de son auriculaire. D’un geste mécanique elle saisit le verre qu’il lui tend, porte le breuvage à ses lèvres, les saveurs sucrées et fruitées ourlant sur sa langue, étanchant sa soif de délices. Le regard devient plus ravageur lorsqu’il la tance, défiant toutes les idées qu’il se fait de la passion qu’il a su faire naître en son corps. Ce ne sont pas des certitudes qu’il lui lance. De simples suppositions, sur ce qu’elle a pu éprouver, sur la façon qu’elle a de s’émouvoir.

« Si c’est vrai, tu n’as pas le droit de me décevoir. » le défie-t-elle, sans bouger, figée dans l’équilibre incertain de sa position sur l’accoudoir du divan trop souvent occupé. Tout au plus penche-t-elle légèrement la tête sur le côté, époussetant sa frange au passage qui aurait bien besoin d’être recoupée, car elle lui obstrue légèrement le regard. Un rictus s’étire au coin de ses lèvres mutines. Eleah goûte à l’assurance du personnage, est à la fois troublée du pouvoir qu’il dépose à ses pieds, et incertaine quant à ce qu’elle doit en penser. Elle s’enorgueillit un peu de savoir que de manière implicite, il admet avoir pensé à elle, à eux ensemble. Qu’elle ait pu de quelque manière que ce soit investir ses pensées de la même façon qu’il a su troubler et intriguer les siennes. Il est si prêt, ses traits éclairés par la lumière pourtant tamisée de la pièce. Sans peine elle se remémore des contours, frôlés, caressés. Il est plus amaigri que dans son souvenir, les pommettes saillant davantage sous la peau diaphane. Le regard est le même, plus sombre peut-être. Sans honte, sans fard, elle s’y réverbère, le soutient sans faillir, sans reculer. Le voilà qui parle une fois de plus, ses mots prenant les atours d’une mélodie impromptue dont elle n’a guère envie d’accepter le sens. Trop résolu à la voir s’étioler, à distinguer l’impossible et invraisemblable beauté qu’ils seraient capables de créer, le voilà qui convoite les abandons, appréhende tout ce qu’elle saura délaisser. Parce qu’il est déjà persuadé. Elle le voit dans son regard, dans cette nervosité intrinsèque qu’il essaie désespérément de masquer. Est-ce cela qu’il souhaite au fond ? Qu’elle referme la porte ? Qu’elle le laisse, âme vagabonde et isolée ? Mais elle n’en est plus capable. Il est trop tard. Au-delà de toute vraisemblance, elle veut savoir. Elle veut comprendre ce qu’il est. Il ne peut plus fuir. Elle ne peut pas reculer. Alors face au poids de ce qu’il impose, face aux décisions dont il la pare, elle résiste. Eleah ne lui fait pas l’affront de l’interrompre, mais juste après qu’il ait embrassé sa joue, réveillant par ce geste les intimités troublées par l’absence et le temps passé, ses doigts se referment autour de l’encolure de son tee-shirt, le retiennent, impérieux sans chercher à faire ployer sa volonté. A l’orée de sa bouche elle le retient, le toisant entre ses cils, abaissant un regard sur la ligne de ses lèvres, dérivant sur les contours de sa mâchoire avant de s’aimanter à ses yeux en nuances obscures.

« Tu dis que je parle trop, mais tu es pire que cela. Plutôt que de refermer toutes les portes avant même de les avoir ouvertes, entrouvre-les. Joue James. Joue pour moi, et nous verrons. Ne condamne pas les possibilités avant même de les avoir touchées. » Ses doigts libère le vêtement froissé par ses intentions. Doucement, elle dépose son jus à peine entamé sur la table basse, toutes les attentions détournée vers ce corps qui s’installe et se modèle bientôt derrière l’imposant piano. Elle voit presque sa silhouette miroiter sur le noir luisant et policé de l’instrument. De sa concentration elle ne perd rien, même quand il amorce les premières notes du Für Elise. Sa posture se redresse, position d’écoute. Toutes les frivolités s’étiolent pour laisser place à l’attention dévouée. Les intensités se chamaillent dans leurs regards échangés. Une forme d’excitation se noue dans son ventre, l’impatience de tout ce qu’elle a pu imaginer. Il ne peut pas la décevoir. C’est impossible. Trop de choses qui s’insurgent dans sa tête, qui s’entremêlent. Témoin de ce qui s’y passe : sa cheville n’en peut plus de tournoyer dans les airs. Et puis la première note, d’une délicatesse inattendue. Une fragilité ténue, qui englobe la pièce dès les premiers accords, la saisie directement. Son corps toujours mouvant d’habitude s’immobilise. Le pied ne tournoie plus. Ses mains ne cherchent plus à polir davantage le cuir du divan. Sa colonne s’étire légèrement, lèvres entre-ouvertes, souffle incertain, happé, oublié au profit de chaque touche qui l’entraîne et l’attire dans l’univers idéalisé.

La voix s’élève. Météore dans l’horizon obscur de ses pensées. C’est toute une vie, passant à la vitesse d’une comète qui n’en peut plus de mourir, qui l’étreint toute entière, sans qu’elle ne sache réellement pourquoi. Ses sanglots de petite fille, morts tous ensemble lorsqu’elle les a quitté. Morts avec elle, dans la froideur de sa peau nue, mortifiée. La douceur de son sourire. Son parfum unique qu’elle n’a jamais pu oublier tout à fait. La tessiture de son rire, enchanteur. Ses expressions enfantines, les fossettes au creux de ses joues blanches. Cette manière qu’elle avait de les regarder, comme s’ils incarnaient toutes les beautés de son univers brutalisé par une violence que sa nature n’avait jamais pu supporter. Tout. Tout est là, en filigrane de cette voix qui la pénètre, éraille son souffle, la fait trembler de cette fragilité oubliée derrière les masques de frivolité illusoire. Larmes de joie, de désespoir. Tout se rencontre au fond de sa gorge, se devine dans l’expression indicible qui s’empare de ses traits, expressifs tout à coup dans une tristesse d’une beauté sans fard. Elle entend les paroles, son corps en saisit le sens. Mais elle est si loin, silhouette flottante. Elle le voit, son regard la guide, elle s’y harponne. Et puis la brisure dans son timbre. Une cassure imprévisible. Ses yeux s’ouvrent plus encore sur l’image qu’il lui renvoie, de fragilité mêlée à la douleur, âme morcelée jusqu’à l’essence. Qui crie, qui n’en peut plus, qui s’étrangle sur les accords à jamais perdus. Le goût du pardon honni, proscrit. Celui amer sur la langue, car l’on estime ne plus y avoir droit. Plus jamais.
Durant une seconde elle attend. Les notes meurent dans le silence tout autour d’eux. Eleah se lève, sans bruit, ne dérangeant pas les tranquillités brisées par l’incertitude. D’un pas feutré elle contourne le piano, les pas d’une lenteur infinie, comme si elle cherchait à se déplacer dans l’opacité d’un monde inconnu et proscrit. Se modeler à ses contours pour en arpenter les sillages. La seconde suivante elle apparaît à ses côtés, assise sur sa droite, le dos droit, les genoux l’un contre l’autre. Ses yeux s’aimantent à son profil totalement figé tandis qu’il regarde ses propres mains. Si loin, partit dans un ailleurs terrifiant sur lequel elle n’a aucune emprise. Elle ne sait pas où il est allé, s’il daignera en revenir, ce qui l’y a entraîné. Mais sa main gauche s’élève, gracile. Avec délicatesse elle se pose sur le dos de sa main, sur laquelle les stigmates d’une violence passée s’étendent encore. Violence qu’elle masque d’un baume, de sa main tiède et trop petite, qui la recouvre sans s’y imposer. Son autre main vient caresser les touches du piano, cherchent à deviner les chemins qu’il a emprunté. Sans certitude, une note. Puis une autre. C’est presque cela, l’amorce de ce qu’il vient de lui jouer. La fragilité délicate qu’il a su créer. Embellir la pièce de musique, ne rien laisser se briser. Elle s’arrête pourtant, le rend à cet art auquel il appartient tout entier, et dans lequel elle n’est qu’une passagère fugace et incertaine.

« Continue …S'il te plaît. » murmure-t-elle, souffle d’une douceur infinie alors que sa tempe, lentement, se pose sur son épaule. Puis un léger balancement, silhouette qui se repose, puis se laisse émouvoir, réveiller par les notes incertaines. Il n’a pas recommencé à jouer. Elle lui laisse ce choix. Mais la mélodie toujours gravée dans sa tête lui permet d’imaginer sans peine, même dans le silence tapissé d’une pièce dans un entre deux mutique. Son coude se surélève à hauteur de son épaule, jouent dans l’air. Sans bruit, appréhendant l’espace autour d’elle les yeux fermés, elle pivote, disparaît du banc sur lequel elle demeurait jusqu’à alors à ses côtés. Une marche sur les premières notes fragiles. Juste une marche, sur un fil invisible. Le pied qui se déroule sur le sol, les doigts qui se déploient dans l’air, jouant avec les  silhouettes oubliées qu’ils rencontrent. La précipitation des notes, plus aigües, le pas qui s’accélère. Let's start over... again. avait-il scandé. Tout en se souvenant du timbre, toujours imprégnée de la tessiture, ses mains prennent appui sur le bord courbé du piano. Sa jambe s’élève, part dans une arabesque courbée vers l’arrière, la puissance du geste suivant l’ascendant de la voix sans chercher à jurer avec elle. Pivot, nouvel appui. C’est son bras qui s’étend sur la surface polie de l’instrument dont elle s’éprend. La danse ne dépasse jamais l’espace de ses contours, le piano devenu comme une extension du corps. Elle en fait presque le tour, avant de revenir au point de départ. De nouveau assise à son côté, mais les jambes en sens inverse cette fois-ci. « Joue mes harmonies … Et je danserais sur les tiennes. » souffle-t-elle, son épaule effleurant la sienne, les silhouettes en quinconces, prêtes à s’ignorer … Ou bien se pardonner.



« let me touch your symphony »
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MEMBRE

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() message posté Ven 9 Mar - 13:26 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
& James




Ce que je souhaite trouver, je ne sais guère encore, j'ai déjà trop cherché les récifs qui accueilleraient mon corps démantibulé par les flots de ces nombreux souvenirs. Ensevelir, enfouir, chercher à revivre l'inique pour le vomir enfin, m'en départir une dernière fois, accueillir l'accalmie d'un temps serein. Silence. Point d'orgue à l'épopée tragique, rejoindre l'oubli. Pathétique néant, pour celui qui un jour s'est improvisé dieu, pour habiter la musique des êtres, la rendre grandiloquente, implacable pour qu'ils puissent se débarrasser des limites imposées. Tant d'altérités, bousculées tout autour. Et au-dedans. Au-dedans. Tous ces sons imparfaits, qui me tiennent compagnie, depuis la tendre enfance, versés par les cris de mes parents, renforcés par leur lâcheté de classe, rendus assassins par leurs mensonges qui se voulaient altiers. Dans notre milieu, voyons, jamais l'on ne se dépare du faux, pour prétendre être soi. L'accomplissement d'une façade. L'écroulement au-dedans. C'est un bruit continu, qu'un corps ne peut jamais entièrement contenir. C'est un bruit qui surpasse toutes les émotions, et qui explose dans des infinis de noirceurs. J'ai tant voulu les hurlements. Je les ai couchés sur tant de mes congénères, en public, et en privé. Je jette mes regards sur elle, pour comprendre l'envie, pour mieux m'en prémunir, mais rien ne parvient à me l'ôter. Je souhaite trouver l'imperfection d'une âme. La goûter pour mêler le doux à toute l'amertume, et la sentir s'infiltrer dans mes veines, saigner d'une dernière indécence. Peaux embrassées, morsure d'une autre, accepter la blessure que j'ai su infliger. Emmêler l'inconscience. L'impuissance à prétendre perd ma voix dans un murmure. Aveu d'avidité, la passion du bout des yeux qui glissent sur son corps :
_ Tout... Tout ce que tu consentiras à donner.
Tout ce que je n'ai jamais su voir, tout ce que je n'ai pas encore pu dire. Tout ce que j'ai dérobé, délivré de l'offense dans d'autres éternités. Changer de paysage, parcourir tant de distance à ses côtés et un jour chercher les murs... Pour ne plus les trouver. Pour ne plus les trouver. Je me sens plus à l'aise, sa façon d'être m'ôte un instant les chaînes qui engourdissent mes membres, rendent inertes mes esprits. Je reprends l'avantage, l'espace parcouru avec facilité, les épaules détendues, le teint sans doute moins blême. Une mimétique d'une autre que soi, pour mieux me souvenir qu'elle est ma semblable et pourtant mon contraire. Puis j'accélère la danse, de peur de la voir s'atrophier avant même qu'elle ne puisse devenir. Les mots, les pas, les regards que je lui lance, parfois farouches souvent caressant. Deux temps pour l'instant. Du toi. À moi. Je me demande si j'ai su frapper juste quand elle me rend mes attentions ainsi, prunelles fichées dans les miennes. La déception... Elle me tance tel un mauvais présage quand elle est si présente dans tout le défilé des images affreuses qui me tiennent compagnie. Déçu. Décevant. Déçu de moi. De tout à la fois. C'est cela mourir par anticipation et quelque chose à l'intérieur s'insurge avec violence comme pour la protéger de ce qui pourrait navrer les lueurs qu'elle arbore. Mais l'incertitude étend son empire sur la conversation, rend mes mots tranchants mais les sens équivoques et elle les saisit tous sans mal. Je dévoile des points de fuite à notre jolie fresque quand je sens pourtant tous mes muscles saillir sous la peau à la seule idée qu'elle puisse seulement tourner les talons. Murmure d'inacceptable, je me sens presque prêt à me mettre à genoux, pour qu'elle demeure auprès de moi. Tout pour ne pas sentir le néant se refermer, tout mais pas cela. Me mirer dans l'offense, réverbérant une solitude méritée, c'est pire que mourir en enfouissant ma peine dans son corps. C'est pire.

Je ne réponds rien, acceptant la sentence, sa bouche trop proche, son souffle qui brûle les mots que je viens d'oser prononcer. J'aimerais qu'elle relâche son emprise, celle de sa phrase qui serpente jusqu'à moi pour faire battre mon coeur plus vite. J'ai chaud, j'ai froid, le trouble emplit mes iris et le silence dépose sur mon front toute son éloquence. Ma main caresse le tissu qu'elle vient de libérer, et je m'éloigne comme si je la fuyais. Puis tout m'échappe, les notes quittent mes mains pour rencontrer mes mondes, excaver les secrets, je ne sais rien retenir, je ne fais que donner. Donner encore, jusqu'à l'absolu du déni, qui secoue tout mon corps, rend la pulpe électrique, et les tonalités trompeuses. L'enchantement vacille, montre son masque grimaçant, le voile se déchire laissant transparaître la malignité de la déraison qui habite ma tête. La fixité d'un instant me fait la découvrir statique, les couleurs qui s'échappaient en tout sens de son être deviennent des aplats, francs et sublimes, ciselés sur ses traits. Un seul instant qui pénètre mes chairs, lèche les contours des plaies. C'est comme le vitriol versé directement sur les blessures, qui se creusent et se rouvrent. Toujours là. Toujours là. Dans la tessiture qui bascule, cherche à rejoindre ce qu'elle rencontre, cherche à saisir ce qu'elle offre enfin. Mais c'est trop. Trop à saisir, trop à porter. Trop à boire quand la bête est déjà rassasiée, écoeurée de tout le lustre terrible qu'elle a su revêtir. Ma silhouette ploie, avec violence, et ces ombres qui m'effraient m'avalent, me dévorent. Tout entier. Le passé trop récent hurle les échos de tout le déni qui l'a construit, et je la ressens de nouveau, comme si elle était là, à mes côtés, ses grands yeux noirs, ses cheveux sombres, et entre ses doigts, tout l'univers onirique que nous avons su dévoyer. J'ai de nouveau vingt ans. Mes mains. Les siennes. Le clavier devient un autre monde dans lequel je ne cesse de chuter. L'abîme est sans fin, le tonnerre de mon crime résonne, fait vibrer l'ossature qui me semble si fragile. Jamais je ne cesserai de tomber. Jamais... Jamais plus. Je suis encore là-bas, là-bas. Au milieu du sang, à chialer sur un corps inanimé. A sentir l'animal hurler d'une désespérance qui ne s'éteindra qu'à l'aube de la mort. Qu'elle vienne, qu'elle vienne. Puis un contact. Dans tout ce froid qui sclérose le corps, l'aérienne caresse angélique qui vient pénétrer l'hérésie. Tout l'épiderme palpite, en dessous, cherche à reprendre la vie qui s'échappe, s'écoule des plaie et se distille dans l'air. Le frisson devient une sorte de sursaut. Peur ancestrale, mes yeux s'écarquillent sur son apparition, les prunelles fixées à son visage. Je ne la reconnais pas, ou bien je la reconnais trop pour ne pas pâlir plus encore. J'ai l'air d'un fantôme. Mais c'est elle l'ange trompeur. Le langage n'est plus, dans mes yeux, tant d'effroi, de passion, et de cet amour qui croit revoir l'âme qui fut le réceptacle de sa folie. Mes lèvres blêmes d'avoir embrassé les contours glacés de la mort. Et un prénom, comme un impact, réappris par coeur depuis que j'ai dû le ressusciter pour faire face à ce que je suis devenu. Mes doigts tremblent tant sous les siens, mais la douleur se fige, puis atermoie pour mieux périr. Elle vient de me l'ôter. Pour en verser une autre, sans doute pire encore. L'adoration la plus triviale m'arrache une inspiration viscérale, pour saisir son odeur mais... le charme se rompt. Ce n'est pas la sienne, ce n'est pas la sienne. Qui es-tu, qui suis-je ? Pourquoi la musique retentit-elle quand mes regards te cajolent ? Des notes, et pas de bruit. C'est si joli je crois. Mon essence vibre tout autour de moi, cherche à reparaître, m'arrachant à l'oubli. La mélodie me guide jusqu'à elle, et mes paupières chassent les dernières ombres qui savaient se superposer sur la réalité. Les lumières sont violentes, j'ai soudain tant de mal à la voir, à subir l'entremise de sa présence, et la gêne effondre tous mes masques. Je ne suis plus rien ici, quand sa douceur me frôle. Sa tête lovée sur mon épaule, dans le silence qu'elle dépare des monstres, pour le rendre à sa suavité. Elle demande encore... Et j'ai un sourire si triste, si timide soudain. L'émotion me transperce et la communion qu'elle goûte du bout des doigts, présence aussi fragile que moi, m'enserre d'une infinie chaleur. Je ne la mérite pas. Et pourtant je la chéris avec l'intensité hérétique qui apaise mon corps.

Ma gorge se serre, mes mains toujours figées dans l'incomplétude la plus grotesque, mais ça n'a soudain plus aucune importance, ma honte arrachée par sa silhouette, disparue en un pas, revenue dans un autre. Mes yeux la suivent, mes yeux la traquent, dessinent sa silhouette, cherchent les mots qu'elle tente de transmettre. Le langage disparu, je suis comme une entité imparfaite, enfermée dans un corps, incapable de me dire, incapable de fuir. Les murs invincibles du doute, d'une condamnation portée sous l'implacable silence qui rend aphone. Sa main, sur le piano, la caresse qui court sur mes phalanges. L'écho d'une découverte, le charme d'un accord qui glisse sur une courbe. Sa jambe est un arpège. Les lignes de sa danse deviennent une partition et je la lis... Je la vois. Moi. En toi. Je l'entends, chanter de tout son corps la mélodie qu'elle protège. Je l'entends si bien, et ma prison de chair s'étiole avec langueur. Le long de son bras, j'appuie tous mes espoirs, et l'accord se trace, dans la timidité malingre de mes doigts qui caressent les touches plus qu'ils ne les enfoncent. Un temps. Un autre. Ma musique dans son corps. Non... Pas seulement. Son corps dans mes harmonies. Ce sont ses gestes qui guident mes mains, ce sont ses équilibres qui les interrompent, ce sont ses souffles qui les déploient enfin. Le lien se tisse, et la musique reprend, l'enchanteresse tire les fils pour coucher l'absolu qu'elle seule sait danser. La musique se fourvoie, la ligne se voute, je trouve un lyrisme qui dépeint les acquis pour les rendre incertains. Accord réduit en mineur, des notes déliées, pour les embrasser aux suivantes, bruissement d'un nouveau genre, qui lui ressemble mieux. Mes doigts se font funambules, ils courent sur elle, dans l'éther embrasé. Elle, le piano, mes mains, moi. La symphonie renaît et mon corps ne tressaille pas quand elle me rejoint. Semblable. Contraire. Ma main gauche poursuit l'hommage, incapable d'interrompre l'harmonie indicible qu'elle m'a abandonnée. Ou plutôt restituée en partage de ses gestes. Je cherche son contact, les doigts libres jouent avec une mèche de ses cheveux, avant de suivre la nudité de son bras, pour renouer le serment que j'ai déjà porté. A Galway sans doute. Malgré moi. Dans un murmure divin. Mon épaule s'appuie un peu plus, quémandant son soutien :
_ Tant que la musique continue, n'est-ce pas ? Tant que la musique continue...
Je ne suis pas encore mort, je ne suis pas vivant non plus, mes doigts quittent les touches, la musique s'interrompt. Pourtant, elle se prolonge quand ma main s'entremêle à la sienne. Je tourne la tête avec lenteur et souffle sur les ombres de son visage :
_ Ne la laisse pas s'éteindre, s'il-te-plaît. Je la veux libre, à tes côtés.
Ma main étreint la sienne, le serment est entier, empêche-moi de partir. Empêche-moi de rester. Ne pose pas des fers, que je ne saurai supporter. Libre contre tout. Libre contre toi. Enfin chantée sans l'entremise de la contrainte, sans le poids de mes humiliations. Mon pouce glisse des arabesques dans sa paume :
_ Tu peux tout exiger, je ne retiendrai rien, je n'en ai plus la force. L'on te dira que tu te trompes, l'on prétendra que tu cours un danger. Et ce sera vrai, tu sais, ce sera vrai. Ma nature est changeante, mes envies ne connaissent pas les bornes que les autres lui posent, mais tout ce que je souhaite, c'est graver quelque chose, sursaut d'éternité dans l'étreinte éphémère. Je suis enfiévré, passionné, con parfois, j'ai des colères dévorantes, j'ai des perditions si effroyables, je ne vis que pour mieux ressentir. Tu seras en danger. Mais je le serai aussi... Ne l'oublie jamais, même quand tu douteras. Ne l'oublie pas.
Ma voix est ténue, la confession si délicate parce qu'elle dévale la courbure de son cou, mon autre main frôle sa joue pour qu'elle me regarde, accompagne un mouvement, comme pour continuer l'harmonie qui résonne encore dans l'immensité du studio. Deux silhouettes solitaires, qui vibrent de mieux se retrouver :
_ Je t'offrirai, tout ce que tu voudras.
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() message posté Sam 10 Mar - 23:15 par Eleah O'Dalaigh
james & eleah
Le point de rupture est là, sous ses yeux. Elle n’en connaît ni les purulents travers, ni les cicatrices enflammées. Il n’y a que la faille, béante, palpable sous les doigts comme l’est le plus indécent des outrages. Elle le sent s’éloigner peu à peu, disparaître de la réalité à laquelle ils appartiennent tous deux. Que doit-elle faire ? S’approcher ? Vaincre l’espace qui les maintient encore éloignés l’un de l’autre, s’infiltrer dans les recoins les plus torves de son être pour y distinguer toutes les infinies noirceurs ? Interdite, toujours hantée par cette musique qu’il a su faire naître, les notes vibrent encore dans son corps, les souvenirs en filigrane d’impressions retrouvées. Incertaine et à la fois assurée, lorsqu’elle le regarde elle distingue quelque chose qu’elle n’avait pas vu si bien jusqu’alors. Dans son instant de faiblesse, il se révèle tel qu’il est. Une partie de lui, arrachée à la musique divulguée, incomplète. Incomplète, comme eux, peut-être ? La cruauté de la nature est implacable lorsqu’elle se voit déparée de tous ses leurres, de tous ses attraits. Il ne l’a jamais attirée autant que dans cet instant-là, moment d’impuissante où elle l’observe, spectatrice intrusive, les mains tremblantes, le corps sclérosé par toutes les incertitudes. Etre brisé par quelque chose. Quoi, elle l’ignore. Mais un morceau de son âme s’identifie à la sienne alors. Une parcelle infime et fragile, qu’il a déjà vue sans s’en rendre compte dans les attraits charnels de leur échappée sensuelle, sans sommeil, à Galway. Une partie qui se réveille, trop endormie par la frivolité derrière laquelle elle se claquemure. Galway. Le nom de la ville reparaît dans sa tête de façon toute différente. Comme lui. Comme eux ensemble. Rencontre manquée que cette première fois où ils se sont vus, aperçus, trouvés sans pour autant savoir se distinguer. Curieux hasard que de les réunir encore. Curieux, ou éminemment cruel, allez savoir.  Tandis qu’elle l’observe, silhouette modelée sur le divan trop souvent sollicité, une impression familière la saisie toute entière. Tu es là. Je te vois. Et je sais … Oui … Je sais. Elle ne sait pas les raisons. Elle ne sait rien de ce qui le poussa jusqu’au point de non-retour. Mais elle reconnaît la souffrance, terrassante, celle qui créé la fracture irrémédiable dans l’esprit et vous rend comme spectateur du monde qui vous entoure. Le bruit est sourd, et strident à la fois. Ne demeurent qu’une chaleur étouffante, ou au contraire un froid terrifiant. C’est cela la souffrance contre laquelle il lutte. Celle qui prend parfois les atours d’un monstre, et rend celui ou celle qui la porte monstrueux avec elle. Cette souffrance elle la connaît. La colère qui l’accompagne, également. De la voir s’éprendre de quelqu’un d’autre, c’est une sensation toute nouvelle qui la frôle. Il lui fait penser à Arthur. A toutes les frasques dans lesquelles il sait se complaire, juste pour la canaliser, cette colère. L’entendre moins fort. La broyer dans les cris. L’étouffer dans une frénésie prête à tous les heurts. Se mettre en danger aussi, frôler le précipice, être sur un fil ténu suspendu au-dessus de gouffre, et manquer d’y être précipité au moindre balayement du vent. Si différents. Si semblables aussi.

Poupée diaphane elle se lève, arpente, parcoure. Sans bruit elle le rejoint, sa silhouette se découpant sur les travers de la sienne. Il tremble encore, les doigts parcourus de spasmes incessants sous les siens alors que sa paume vient recouvrir le dos de sa main. Sans mot dire elle demeure, ne juge pas, ne dit rien. Chaque tremblement est une onde qui remonte le long de son bras menu, s’aventure jusqu’à l’os, la fait presque frissonner. Elle aurait peut-être dû lui demander les raisons. S’aventurer, inconsciente et solitaire, sur les chemins périlleux du pourquoi. Tenter de boire la confidence au bord de ses lèvres. Rassasier la curiosité de sa nature, constamment insatiable malgré la prudence de ses instincts. Mais elle ne demande rien, laissant à ses secrets le soin de se renfermer en lui-même, de constituer ce rempart profondément enfoui, qui n’appartient qu’à lui, et à lui seul. Elle ne veut pas savoir. A quoi bon ? Pour quoi faire ? La résolution de ne rien exiger de lui pour ne rien avoir à lui offrir en retour se dessine comme une évidence. Il est comme elle. Elle est comme lui. De ces êtres que les fers brûlent, rendent fous d’aigreurs et de malveillances. Tout mais pas cela. Pas une liberté illusoire, acquise par erreur, mais une liberté sans fard et sans heurts. Ancrée dans le présent jusqu’aux battements de ses cils, Eleah vit pour devenir, rarement pour regarder en arrière. Fuite en avant diront certains. Promesse illusoire et naïve d’un avenir forcément meilleur. Elle n’a cure des autres, de ce qu’ils veulent croire, des cases dans lesquelles ils veulent l’enferrer pour mieux comprendre. Elle veut vivre, créer, s’émouvoir. Rire, se passionner, jusqu’à n’en plus pouvoir. Tout pour oublier le vide, celui tout au fond d’elle. Jamais réellement compris, jamais réellement contenté. C’est peut-être ce vide qui la rend insatiable de tout, qui lui fait exiger toujours plus. Allez savoir.

Avec douceur elle quémande, ce qu’elle sait qu’il peut encore lui donner. La musique est toujours là, autour de lui. Elle l’enveloppe, fait partie de lui autant qu’elle fait désormais partie d’elle. Il ne lui a fallu qu’une fois pour s’en imprégner, pour ne pas l’oublier, pour être capable de la lui rappeler aussi. C’est ce qu’elle entreprend dans l’amorce des premiers gestes graciles. Danse sur une musique étiolée, sur les harmonies tremblantes de celui qui a su les créer. Son corps tremble presque lui aussi, au souvenir des notes brisées. Chaque muscle cherche à souvenir des accords, à leur rendre hommage, jusqu’à la fêlure. Fêlure qu’elle peut danser, elle aussi. Elle pourra danser tout, tout ce qu’il voudra bien lui donner. C’est cela créer. Se donner à son art, sans honte, sans jugement, sans fard. La symphonie renaît, mais Eleah ne sait plus si c’est son corps qui la porte, si l’onirisme enjoint la réalité, ou si vraiment il a recommencé à jouer. Peu importe. Elle le rejoint, silhouette en quinconce, observant son profil. Son épaule contre la sienne, renouant avec les impressions sensibles lorsque ses doigts si tremblants tout à l’heure viennent tracer un sillage invisible le long de son bras. Une vague de frissons la parcourent. Entre ses cils, son regard suit  l’amorce du geste, se trouble, se rassure enfin. Elle relève légèrement le menton, cherche à s’aimanter à son regard, le trouve enfin.

« Tant qu’elle continue … Et plus loin encore. » affirme-t-elle en écho, murmure empreint de lueurs en lesquelles elle croit, et plus encore que cela. Le serment prend des atours nouveaux, revêt des intensités nourries par l’intimité du partage. Ce partage qu’elle abjure, qu’elle quémande. Qui l’attire et la repousse, et cela, tout à la fois. C’est à lui de quémander. Ne pas la laisser s’éteindre, jamais, non jamais. Tout son visage se tourne vers le sien. L’amorce d’un geste, ses doigts qui courent dans l’air, des rêves qui s’agrippent à ses phalanges avant de rencontrer dans un effleurement les contours anguleux de ses traits. Elle frôle la ligne de la mâchoire, geste rassurant, sans être intrusif.  

« Erratique, fébrile, puissante, éphémère … » Ses doigts continuent de tracer ses contours, graciles, curieux, impériosité maintenue en joug par le besoin de partage. « Passionnée, indécente, violente … délicate … » l’énumération se poursuit, de tout ce dont elle rêve, de tout ce dont elle a envie pour cette musique qui les transporte tour à tour, puis ensemble, l’un à côté de l’autre. « Mais toujours libre. Farouchement libre. » Un sourire entendu s’empare de ses traits. La lueur mutine renaît dans le fond de ses yeux, frôlant avec l’insouciance. Celle qui l’habite d’habitude. La rend à ses expressions de jeunesse quand elle devrait se comporter comme une adulte. Les doigts qu’il vient de saisir se referment autour des siens, promesse mutique, gravées dans leurs deux chairs qui à défaut de s’être appris par cœur, commencent à se reconnaître enfin. Son regard s’agrippe à ses mots, suit les lèvres qui bougent, s’abreuve du sens. Elle entend ce qu’il dit, peine à croire à un tel abandon. Les sentiments sont tels qu’elle ne sait quoi en faire. Refuser le présent qu’il lui fait. Refermer la porte qu’ils ont entrouverte. La refermer tant qu’il est temps. Se lever. Partir. Vite. Ecouter tous ceux qui la préviennent. S’éloigner encore, toujours plus loin. Regagner le vide, la frivolité incomplète, les créations imparfaites. Pourquoi ne doute-t-elle pas alors ? Parce que le « tout » résonne dans son âme. Ce « tout » dont elle a rêvé. Dont elle a eu peur. La complétude de quelque chose. Toujours plus, oui, jusqu’au tout. Pour vibrer enfin jusqu’à avoir mal. Jusqu’à souffrir, oui, mais pas de cette souffrance qui vient des tréfonds de l’âme. Vibrer dans celle qui naît de l’absolue volonté de tout posséder, de tout avoir, tout en sachant qu’il y a ce quelque chose, indicible, qui ne nous appartiendra jamais totalement. Il y a une seconde où elle ne dit rien. Où ses expressions s’entrechoquent sur ses traits. Son regard, de l’un à l’autre.

« Joue dans ce cas … Joue avec moi. » lui glisse-t-elle, murmure soufflé auprès de ses lèvres, comme un appel. Qu’il ne joue pas que pour elle. Qu’il joue avec elle, comparse égale, camarade sur la même latitude. Que le jeu soit beau, que le jeu soit pur. Qu’il soit prétentieux, enfiévré, dévorant comme lui, lumineux, espiègle et impertinent comme elle. Qu’ils jouent ensemble. Lui pour elle. Elle pour lui. Et qu’ils voient jusqu’où leurs deux univers,  météores éphémères, sont capables de s’aventurer. « Je ne veux rien. Je veux tout. Donne-moi ce que tu veux, rien de plus, rien de moins. Je prendrai ce que tu m’offriras, et tu auras tout, tant que tu n’exigeras pas de moi ce que je ne pourrais pas te donner. »



« let me touch your symphony »
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() message posté Dim 11 Mar - 1:10 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
& James




Et appuyer l'avenir sur le feu de tes croyances, imaginer l'après parce que tu sais le rêver, quand je ne vois plus qu'un horizon détruit et désabusé. Sur l'écho de mes murmures, elle peint des avenirs, qu'ils appartiennent à ce jour bientôt éclos, ou bien à ces lendemains qui se compteront par milliers, qu'importe. C'est l'imaginaire de deux esprits reliés ensemble par la musique, c'est l'hérésie d'une foi qui me caresse et dont je ne me suis jamais cru moins digne que ce soir. Mais elle la porte, elle la grave, les mots tombent sur ma peau pour s'y insinuer et déjà dans ma chair, c'est ressentir le plus viscéral des présents. Mon coeur qui bat, le sang qui se répand, la chaleur au creux du ventre, la douceur dans nos doigts qui ont su se rejoindre. C'est la vie qui affermit ses droits, déchirant le linceul, me laissant démuni à ses côtés, éminemment fragile, pourtant effroyablement là. Ici et maintenant, avec elle. Et c'est la déraison qui reprend tous ses parcours, sous la peau la damnation de ses attraits, si demain est avec elle, alors demain me reverra. Mes compositions ne seront pas matière morte, abandonnées dans l'outrage, reniées dans les actes malsains, elles pourront encore se vivre et se rêver, même si c'est dans sa tête, la mienne ouverte pour distiller tout ce qu'il est possible de transmettre. Mes yeux ne quittent pas le refuge offert par ses prunelles, et je les analyse, avec tant de passion que je perds toute notion qui pourrait m'indiquer l'heure, le jour, voire l'année. Je tombe dans ses avidités, cherche l'erreur d'un jugement, car il y a l'envie de s'insurger. Si elle me repousse maintenant, alors je serai libre de crever, comme je l'ai prétendu. Ce sera simple, ce sera splendide de clarté, une déchéance indue pour un être malveillant. Presque indolore. Si ce n'est la douleur du renoncement, qui dévore et qui pourrait m'ôter jusqu'à l'infime conscience qui me reste. La délivrance des dévoyés, ceux qui ont réussi à tomber en dépression devant leur propre portrait. Toutefois, dans ses yeux noirs, aucun signe de dégoût. Je cherche la froideur, je ne trouve que des brasiers que je viens d'éveiller. Il y a tant de candeur, mais à la fois aussi la force du choix qu'elle opère. Puis elle déroule tout, les promesses et les souhaits, le plus beau et le plus laid, l'inique et l'imparfait. Si nous continuons ainsi, je suis bien incapable de prédire où nous irons nous ensevelir. Peut-être sous le plus magnifique des horizons, qui tissera ses racines dans nos corps rompus de s'être trop offerts ? L'un à l'autre ? Peut-être ne reste-t-il plus que cela, elle et moi. Moi, puis elle. Puis rien après. C'est le voeu pieux que je prononce dans le silence qui m'étreint, quand elle parle ainsi des harmonies que nous porterions jusqu'à l'au-delà d'un monde que nous ne connaissons pas. Ses doigts courent sur mon visage et mes yeux s'écarquillent, je comprends à peine qu'elle puisse vouloir entrer en contact avec moi. Ne voit-elle rien de cette blessure qui suinte ? N'a-t-elle pas peur de se voir souillée ? L'attention est si subtile, c'est une caresse sans possessivité, c'est comme si dans ce seul geste elle me rendait la liberté que je ne cesse de puiser dans mes chansons, sans jamais savoir véritablement la saisir. La liberté m'échappe, mes mains refermées sur le vide d'une incompréhension presque éternelle. Les épithètes pleuvent, tous d'une beauté sans nom, c'est l'ivresse de tout ce que j'ai toujours convoité, les contraires, les opposés, le choc des brutalités qu'on apaise en les fantasmant dans des strophes. La lame des mots qui tranchent la mémoire, ressuscitant tous les souvenirs, sans jamais blesser l'âme. C'est une chimère cela aussi, car l'âme se blesse toujours à revivre ce passé psalmodié dans mes chansons. Ma voix réitère, tout bas, pour ne pas effaroucher ce que nous promettons :
_ Libres.
Aucune obligation, recevoir et partir dès lors qu'on le souhaitera. Nous l'avons déjà fait, n'est-ce pas ? Nous sommes fait du même matériau, celui qui se détériore dès lors qu'on cherche à le contraindre ou le contenir. C'est très étrange... Depuis toujours c'est ce que j'ai souhaité, être libre aux côtés de quelqu'un, qui le resterait autant que moi. Ça n'a jamais fonctionné, l'enfermement s'est dessiné dans les mots, la peur des liens dans les chairs écoeurées. La liberté à chaque fois assassinée par ceux qui la portaient aux nues. Son sourire si rayonnant peut-il nous garantir de l'ornière ? Alors je promets tout. Tout. L'absolu de ce qui reste, ce qui demeure encore jalousement gardé au fond de moi. Tout ce que je n'ai pas su préserver de l'horreur mais qui survit quand même, blessé, meurtri, affamé par la luxure, déformé par la drogue, déchiré par la rage. Tout, même si ce n'est guère grand chose. Tout pour ressentir ce qui peut se tracer à deux et croire une dernière fois que je peux être libre sans enfermer quelqu'un dans l'affront le plus ignoble.

Les émotions contraires, partout sur son visage. J'essaye de toutes les déchiffrer, de les saisir, de les comprendre, de me les approprier. J'ai peur de trop lire de moi sur ses traits, de croire à une fêlure qui serait partagée quand la mienne est béante, me rend aveugle, prompt à des raccourcis trompeurs. Mais nos yeux qui demeurent connectés, pour assurer ce qui vibre si fort. Ça ne peut pas être une coïncidence. Tout cela est trop intense, trop parfait. Les choix de ses mots deviennent d'innombrables pièges, ses lèvres qui prêtent l'ultime serment, qui dessinent l'ultime exigence. Si proche. Si proche des miennes. Jouer d'elle, jouer avec elle, tout cela pourrait tant m'échapper, une nouvelle fois. Je le sais, je le sens bien dans tout ce qu'elle éveille et que j'ai cherché à étouffer. Mais rien n'y fait, mes ambitions sans pareilles s'appuient sur tous ses rêves, me peignent déjà des scènes grandiloquentes, des évasions au public enchanté, un autre genre de triomphe. Une terre vierge, à conquérir, à deux. Elle parle encore, elle est si envoutante dans la détermination qu'elle arbore, l'incohérence dans la bouche, ces baisers de l'absurdité d'une vie morcelée, qui me plaisent tant. La limite est posée, à la fin de la phrase, la seule qui sache garantir sa liberté. Ne rien arracher qui ne soit abjuré par choix, en toute conscience de ce que l'on abandonne à l'autre. Et pour une fois... Pour une fois, je n'entends pas la bête se relever, hurler aux balivernes pour mieux justifier toute sa hargne, dégouliner de possessivité malsaine pour mieux détruire et dévorer. Non. Elle ne se manifeste pas, elle ne demande rien de plus qu'elle n'a déjà. Elle est complète, elle est là, elle est libre elle aussi maintenant qu'elle a tout vicié de ses actes. Elle sait. Elle sait que plus jamais je n'aurai la force de la cloisonner. Alors elle me laisse à mon existence, car au fond, elle n'a jamais véritablement existé hors de moi. Elle n'est que moi. Je ne suis qu'elle. Et mes envies déraisonnent de ne pouvoir atteindre la délivrance d'un échange, consenti, un véritable partage qui n'inclurait pas tout son lot de souffrance. Même si je ne me fourvoie pas, de la douleur il y en aura. Il y en a toujours dans notre monde, se livrer n'a rien d'anodin. Mais c'est une douleur que l'on s'inflige à ne plus savoir la taire, ce n'est pas l'impulsion d'une destruction dégénérée dans la folie. Suis-je guéri ? Ou tout au contraire, aussi libre que je ne l'ai jamais été, plus dangereux qu'hier ? Joue avec moi. Jouer avec elle. Le sens se brouille, mes lèvres se posent sur les siennes, un baiser chaste, qui scelle cette promesse qu'elle me fait, que je lui rends avec toute la douceur de mon corps décharné. Une seconde d'un contact hérétique, pourtant effroyablement beau. Ma bouche qui se modèle à elle, pour goûter la saveur du partage, dans la brièveté d'un instant déjà refermé. Serment porté, appuyé dans la douceur, ciselé par les mots :
_ Avec toi alors. Ensemble, le temps de savoir se dire... Rien de plus, rien de moins. Ma symphonie avec l'art de tous tes mouvements. Emmène-moi, je te suivrai. Disparais comme autrefois, je ne te traquerai pas.

La liberté vibre, c'est la toute première fois que je sais la promettre ainsi, sans discuter de ce que j'y gagne, sans écarteler l'autre de ce que je cherche. J'ai un sourire perdu, ce demain qu'elle dessine est d'un tout nouveau genre. Le silence retombe et nous berce quelques instants supplémentaires. Je suis en paix, je m'aperçois que grâce à elle, j'ai simplement moins mal, et cela me fait espérer que l'aventure promise ne connaitra de terme que lorsque nous serons prêts l'un et l'autre à la clore. J'ai la gorge serrée, incapable de totalement me convaincre que je ne me fourvoie pas. Je choisis de me laisser porter... Si je ne crois pas en moi, je crois en elle. Je ne supporterai pas de la navrer, ou de lui faire du mal. Je m'enfuirai d'abord, ce que j'aurais dû avoir la force de faire avec Moira. Dans mon regard, je lui promets de l'épargner, je grave ses airs presque graves et choisis de me condamner avant d'être la cause de ce qui la perdra. Je serre sa main une fois encore, avant de passer mes doigts dans mes cheveux, recouvrant quelques unes de mes expressions fantasques, entre la timidité et l'assurance troublante :
_ Je comprends donc que tu es convaincue. Je savais bien que tu ne résisterais pas. C'est tout mon charme ça, tu sors un piano, une voix un peu brisée, et les filles sont à mes pieds.
Je lui fais un léger clin d'oeil, puis désigne la partition sur le piano :
_ Tu sais que tu t'embarques dans une aventure entièrement à construire. Trois mouvements, trois histoires. Et tant de détails que je souhaite faire retentir en toi.
Mon sourire s'agrandit, le projet m'enivre presque, révèle une autre énergie qui n'a pas encore été entièrement évidée par la peine. C'est la seule chose qui me tient, la seule qui puisse encore justifier l'air que nous partageons.
_ Oui parce que j'imagine que ça tombe sous le sens, je ne veux pas d'un clip, je veux un live. Une représentation. Unique.
Et je fais "un" en agitant mon doigt devant son visage comme s'il s'agissait là d'une évidence.
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