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(james&eleah) let me touch your symphony.

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() message posté Mer 28 Mar - 14:32 par Eleah O'Dalaigh
james & eleah
Est-ce le sang qui pulse, inlassablement, sur la peau fine de ses tempes ? Ou n’est-ce que l’ignoble musique qui se réverbère, qui empoisonne chacun de ses muscles sclérosés par des tensions naissantes ? Chaque fibre de son épiderme est dans le rejet absolu de cet ignoble qu’ils parcourent. Elle se sent perdre pieds, la tête incapable de revenir à la surface de cette marée humaine nauséabonde. Les poumons s’emplissent d’un air toxique, les paupières se plissent dans l’obscurité pour mieux voir, mais ne distinguent que des ombres qui s’alanguissent dans des mouvements disloqués, monceaux de chairs qui la révulsent car elle ne les connait que trop bien, dans tous leurs excès factices. Ces mêmes excès qui cherchent à étouffer les désespoirs, les rêves brisés, les destinées jonchées d’horreurs inavouables et inavouées. Il fait si chaud, mais Eleah sent le froid la gagner peu à peu. Un frisson de dégoût la parcoure lorsqu’une silhouette chavirant lui effleure la hanche. Elle s’éloigne toujours un peu plus de cette main qu’elle a cru bon de lâcher. Il est trop tard pour reculer, ne compte que la chute. La chute qui commence par une descente qui n’en finit pas. L’attente est trop longue, les pas sur le sol toujours trop lents. Lorsqu’elle entend sa première injure, un poids se libère de ses épaules pour être remplacé par un autre. Elle est soulagée de savoir qu’il va bien, lui en veut cependant de se complaire encore dans des caprices où il s’égare pour mieux qu’elle vienne le trouver. Son ventre se tort : elle en vient à regretter ce qu’ils ont mangé tout à l’heure tant cela lui pèse sur l’estomac tout à coup, l’endroit ayant ce don de rendre tous les plaisirs écœurants. Les lueurs vivaces de son regard s’affadissent peu à peu, font corps avec les lueurs vacillantes des néons. Les injures prolifèrent et avec elles, toutes les beautés éclectiques de sa personnalité  se resserrent jusqu’à n’être plus que des portes closes, massives. Un sursaut la traverse lorsque James apparaît dans l’embrasure. L’idée de lui demander de partir, alors que c’est elle qui l’a amené ici, ne lui traverse même pas l’esprit une seconde. Elle le lui a déjà dit. Il n’était pas obligé. Il avait le choix. Ce choix il l’a fait, et le voilà, dans une posture étrange, à la fois éminemment connue et étrangère. La fêlure ne lui a jamais semblé si visible, transparaissant dans toutes les lignes saillantes de ses traits devenus plus abruptes. Ses airs acérés la laissent mutique le temps d’un souffle. Elle le regarde. Il la voit. Et sans qu’elle ne sache pourquoi, des élans de sa nature se réveillent, l’étourdissent presque. La violence intrinsèque devient une compagne dont elle reconnaît le visage, et elle l’appelle, doucement, lentement, cri strident qui vient de l’intérieur, qui vous nargue, vous insupporte, et en même temps vous transcende. Ses pupilles s’agrandissent sur sa réponse qui ne lui plaît pas : mais elle le sait, il a raison. Il les lira toutes. Les injures, les élans de haine. Le plus troublant c’est de le regarder, d’avoir l’impression bouleversante que les deux visages ensemble ne sont que le reflet d’un même miroir. L’un sans l’autre, c’est un visage incomplet. C’est une identité incertaine, abstraite. N’existe-t-elle pas en dehors de lui ? Existe-t-il en dehors d’elle ? Les contours se brouillent parfois, et c’est ce qui la maintient dans ses résolutions de toujours aller le chercher, où qu’il aille. L’élan est égoïste, car en allant le trouver, c’est elle-même qu’elle veut préserver. Cela Arthur le sait. C’est peut-être pour cela qu’il est si terrible avec elle, secouant les fers de leurs libertés arrachées dont ils détiennent l’un et l’autre les clefs pour se libérer. Mais consentent-ils à le faire ? A détruire le joug qui les maintient tous deux ensembles, forgés dans un serment fait dans le sang et les larmes ? Non. Peut-être pas. Il est encore trop tôt pour cela. Ou trop tard.

Arthur s’articule, sort de son antre putride. Il est pâle, plus pâle que la mort, mais cela ne se voit guère tant les yeux sont attirés par les traînées de sang essuyées qui maculent son visage. Eleah le suit du regard, avec cette insistance discrète et méticuleuse, prête à l’évidence à parer tous les coups et toutes les injures avec l’aplomb que lui confère la lassitude. Il déploie ses longs doigts fins, passe ses mains tremblantes dans ses cheveux fins, mais dont il a une épaisseur terrifiante, comme sa sœur. Ses jambes se traînent, il ressemble à un pantin de bois, aux articulations fragiles, qui tient debout sans pour autant avoir l’air d’être suffisamment ancré dans le sol pour ne pas perdre l’équilibre. Il y a comme un contraste entre sa posture et les relents acérés de ses phrases. On dirait que son corps le dérange, qu’il en est le prisonnier, bougeant les bras pour se départir d’un froid qui ne l’a plus quitté depuis longtemps, et qui lui donne parfois l’impression d’être fiévreux alors qu’il est simplement fatigué. Fatigué de tout, de tout le monde. Cette fatigue-là est née quand il avait six ans. Elle ne l’a plus quitté depuis. Elle s’est simplement métamorphosée en aigreurs, bruissant dans toutes les fibres de sa chair éteinte, désabusée. Elle a évolué en même temps que lui, est devenue l’essence de son être à défaut d’en être une compagne passagère. Le dédain qu’il a de lui-même et des autres parle en premier. Injurier lui redonne assez d’énergie pour se maintenir debout sans avoir envie de s’écrouler comme une pierre. A moins que ce ne soit son orgueil qui parle. C’est certainement cela qui l’a poussé à se relever. Il ne le connaît pas, il n’en a rien à foutre. Mais par principe il le hait, juste parce qu’il a su faire naître quelque chose dans son corps à elle. Il la connaît par cœur. Quand elle est transportée, il le sait avant tous les autres. Il connaît ses intentions, ses faiblesses. Et lui il le hait, parce que sans rien dire il a su éveiller toutes les avidités de sa nature, quand lui-même a conscience de la voir s’éloigner tous les jours davantage, victime d’une impuissance qu’il a pourtant résolument créée.

« Tu m‘étonnes. » répond-il dans un écho, à peine surpris de le savoir désormais coutumier des repères comme celui-ci. Il reconnaît volontiers qu’il a le mérite de parler sans détours. De là à éveiller en lui des intérêts autres que taciturnes, il ne faut pas pousser. D’un geste imprécis il ouvre le robinet, passe ses mains sous l’eau glacée avant d’ausculter son reflet dans le miroir. Sa vision est un peu floue. Pas assez cependant pour lui épargner la vue de son profil dégueulasse. Eleah est toujours dans son sillage, a fait fi du reste sans même s’en rendre compte. Elle vérifie d’un geste habitué s’il n’a rien de cassé, voit que comme souvent, il y a eu plus de peur que de mal. Elle reconnaît que les drames ne sont pas systématiques. C’est pour cela qu’elle lui en veut aussi. Il a cette capacité indécente à l’empêcher de vivre, à interrompre ses épopées nocturnes, parfois juste pour le plaisir de savoir qu’elle sera toujours à sa disposition, et que tous les autres, à côté, n’ont aucune importance quand sa vie à lui est en péril. Elle ne prendra jamais le risque de le laisser. De ne pas y aller pour vérifier que tout va bien. Non, elle ne peut pas. C’est là la seule chaîne qui les maintienne encore, et dont elle n’a jamais su s’affranchir. Les injures se poursuivent, s’insinuent dans sa chair de femme comme des aiguilles douloureuses. Elle ne dit rien, se confronte à quelque chose de peu coutumiers. D’habitude ses compagnons de soirées ne l’accompagnent pas jusqu’aux repères poisseux où Arthur se niche. Aucun d’entre eux ne se confronte jamais à lui, demeurent dans cet entre-deux qu’il déteste ais qu’il n’a jamais à affronter en personne. La scène revêt pour elle des inédits troublants. Ils échangent, elle les observe, spectatrice incertaine d’une conversation triviale entre deux être sans fard. A la réponse crue de James, Arthur émet presque un petit rire sarcastique, comme s’il ne s’attendait pas à une telle franchise, départie de toutes les bienséances.  « T’as raison fais la chier, elle n’en sera que plus avide. »

Eleah reste statique. Se dit qu’elle devrait peut-être lever un bras pour signifier qu’elle est toujours là, que c’est de son corps dont ils parlent. Mais non, elle ne fait rien. Dans un premier temps elle regarde le profil de son frère avec insistance, regarde la façon dont il essuie avec imprécision les traces de sang sur son visage. Elle s’abreuve de son rire. Ce rire sarcastique qu’il a depuis l’enfance, incapable qu’il est de rire avec une spontanéité innocente, ou espiègle. Son cœur se serre si fort dans sa poitrine qu’une boule vient se loger au fond de sa gorge. Le bruissement de son sang dans ses veines devient sourd. Elle n’entend plus rien de l’échange, ne voit que les deux silhouettes aux antipodes qui se découpent devant ses yeux. Elle passe de l’un à l’autre, regardant James à présent, avec une intensité telle qu’il doit deviner qu’elle le regarde. Est-ce cela qu’il veut ? Est-ce cela qu’il cherche ? Qu’elle s’abreuve de ce qu’il pourra lui donner avant de le laisser dans un endroit immonde, comme celui-ci. Piétiner les harmonies qu’ils auront su créer pour oublier l’idée qu’ils ne pourront pas aller plus loin, qu’ils seront arrivés au bout de tous les possibles ? Son poing se resserre, ses ongles viennent meurtrir l’intérieur de sa paume, pincent la chair pour retrouver un semblant de contenance. Mais il n’y a plus rien à part un grand vertige. N’est-elle que ce qu’Arthur a dépeint ? Ne vaut-elle pas mieux que cela ? Les noirceurs la happent à son tour. Nonchalamment son regard se détourne, contemple une tâche d’humidité devenue noirâtre sur le mur. Elle entreprend de remonter. Dans le bruit. Dans l’enchevêtrement des corps. Eleah fait un pas, puis deux, ralentit en sentant sur son bras une caresse illusoire. Elle regarde l’instigateur du geste, s’arrime à ses airs sombres avant de se détourner et de disparaître dans l’embrasure de la porte.

Arthur se redresse enfin de toute sa hauteur, plus longiligne encore lorsqu’il parvient à se tenir à peu près droit. Il excave de la poche arrière de son jean un paquet de clopes écrasé par son propre poids, en extirpe une, un peu de guingois, qu’il coince entre ses lèvres. Ses doigts furètent à l’intérieur de sa poche avant, en sortent un petit paquet d’allumettes. De ces paquets que l’on trouve en nombre dans les vieux pubs ou les motels de bas quartiers. Il en a une collection monstre, de ces petits paquets. Il en craque une, embrase sa clope avec une méticulosité surprenante pour un homme dans son état. Les effets de l’alcool se sont dissipés dans la douleur. Il est abruti, anesthésié, mais plus aussi ingérable qu’il ne l’était plus tôt dans la soirée. Il a eu ce qu’il voulait. Il peut se relever, désormais. Il le regarde dans le reflet du miroir, empreint d’une lassitude qui ne l’a pas quitté, qui poursuit sa domination encore lorsqu’il répond dans un murmure : « Tu crèveras … Tout seul. » Un silence s’installe entre leurs deux corps. Arthur ne le regarde même pas, semble réfléchir, alors qu’en réalité, il connaît déjà une des réponses possibles. « Ce n’est pas pour nous qu’ils viennent. C’est pour eux-mêmes. » Il recrache une bouffée de fumée, grimace un peu de la douleur lancinante qui s’étend comme une aura dans sa tête. Puis sans rien ajouter, il entreprend de remonter à son tour. Sa jambe droite lui fait un peu défaut, ne suit pas la première avec autant de fulgurance qu’il ne l’aurait voulu. Le rythme est lent, sa paume s’appuie sur le mur poisseux. A plusieurs reprises il manque de chavirer, est surpris de constater que sa frangine n’est pas là pour le supporter de son petit corps. D’habitude elle passe son long bras autour de ses épaules, le porte comme le fardeau qu’il incarne pour elle. Ils mettent parfois des heures à rentrer. Ils ne parlent pas. Ou alors ils parlent de tout, au contraire. Il aime ces instants-là, forme de complicité étrange et malsaine qui naît de la terreur. Mais cette fois-ci il ne la voit nulle part, ni dans l’escalier, ni ailleurs lorsqu’il arrive en haut, enfin. « Merde, tu la vois, quelque part ? Vous êtes venu avec ta bagnole ?» demande-t-il à la silhouette qui se découpe à ses côtés, sans être certain qu’il s’agisse de James tant il est dans le cirage. Il entend aussi des bruits gutturaux sur sa gauche. Un couple en train d’expérimenter une nouvelle méthode d’expertise buccale. Ça ne lui inspire pas grand-chose sur le coup.

Est-ce le sang qui pulse, inlassablement, sur la peau fine de ses tempes ? Ou n’est-ce que l’ignoble musique qui se réverbère, qui empoisonne chacun de ses muscles sclérosés par des tensions naissantes ? Elle perd pieds, croule sous le poids des âmes qui sont à la fois trop, et pas assez. Elle a traversé la foule, laissant son corps se tordre et s’alanguir entre les silhouettes mouvantes. Et puis elle l’a croisé, anonyme sans visage, avec ce verre offert, proposé sans contrepartie, si ce n’est une danse. Qu’est-ce qu’une unique danse ? Rien, ce n’est rien. N’est-elle que cela ? Une danse à offrir ? Une carcasse qui s’offre et se retire ? Ses lèvres se sont portées au verre de l’inconnu de passage. Elle l’a vidé d’une traite, en trois longues gorgées, prise tout à coup d’une soif insatiable. Boire, boire tout, tout qui pourrait brûler cette boule toujours coincée au fond de sa gorge. Où est-il ? Où sont-ils ? Le sang pulse, ses yeux s’agrandissent dans la pénombre. Quelque chose se modèle contre son dos. Devant, derrière, au bout d’un moment elle ne sait plus, disparaît dans les rythmes alanguis de ceux qui l’entourent, l’accaparent. Où est-il ? Où sont-ils ? La question lui semble si grotesque tout à coup qu’elle se met à rire toute seule, renoue avec ses airs détachés et cristallins, ses rires d’une insouciance qui jure avec tous les complots alentour. Elle met un temps incertain à se rendre compte qu’elle est au milieu de la piste de danse, qu’elle a le vertige. Sa gorge est sèche. Depuis combien de temps n’a-t-elle rien bu ? Elle a pourtant un arrière-goût d’alcool en bouche. D’alcool, et de peut-être autre chose. Ne lui a-t-on pas donné quelque chose à boire, à l’instant ? Il n’y a pas une minute ? Les frontières du temps se brouillent. Elle ne sait plus depuis combien de temps elle est là, ni ce qu’elle y fait. Tous ses sens se déploient, à l’affût de tout ce qui les entoure. Son cœur cogne contre sa poitrine, oisillon affolé qui cherche à s’envoler hors de ce corps gouverné par une force extérieure et imprévue. Un instant elle se souvient. Que c’est folie de boire dans le verre d’un inconnu. Qu’il ne faut pas. Jamais. Tout le monde le sait ça, même les plus fous. Il est trop tard cependant. L’esprit rationnel a quitté le navire, et, acculée par la foule, elle rit encore, s’accapare avec sensualité la silhouette d’une jeune femme qui danse, elle aussi. Ses doigts se posent sur sa hanche, la guident, murmurent à ce corps de sylphide qu’elle arbore, qui la nargue, mais qu’elle ne sait pas faire bouger avec élégance. Et puis quelque chose d’autre la happe. C’est sans fin. Elle ne réfléchit pas. Elle ne peut pas. Il est trop tard pour cela.

« let me touch your symphony »
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() message posté Mer 28 Mar - 19:16 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
& James




Et cette musique partout qui continue à nous abrutir, s'insinuer jusqu'à créer la douleur de tessitures étrangères, versées dans les oreilles déjà saturées. Et cette musique qui geint son mal-être sans discontinuer. De la musique. Que du bruit. Celui que je voudrais enfin trahir pour fuir au loin, sur des rivages aphones qui me verraient abandonner une partie que je ne sais plus jouer. Mon personnage exhibe ses fissures et à chaque regard qu'elle porte je sens toute l'introspection qu'elle opère se glisser à l'intérieur, venir chercher des réponses à des questions proscrites. La conversation danse pour nous échapper, déliée par les comportements déviants d'Arthur, appelant les miens dans des échos de forfaiture. Je la vois au milieu des fauves, à enténébrer chacune des beautés qu'elle a su arracher à la torture de cette vie et j'aimerais qu'elle s'en aille à son tour. Qu'elle fuie avec moi un univers malsain pour retrouver les mensonges des fantasmes que nous avons su nouer pour mieux déjouer le désespoir. Mais je n'entends plus les harmonies. Et les pas incertains remplacent ceux que nous avions ébauchés dans notre solitude à deux. Dorénavant distingués, la fusion à peine évoquée sur le ton du secret s'abandonne et s'étiole au profit d'une réalité qui le déchire. La voilà piétinée par d'autres cris, ceux qu'elle entend pourtant quand elle me fixe ainsi. Je tente de conserver toutes les barricades qui me permettent de tenir, de demeurer debout sans m'écrouler dans le tumulte de l'effroi qui ceint mes os prêt à les briser. Je crois n'avoir jamais voulu une ligne de coke avec plus de frénésie qu'à l'instant où je détaille la démarche incertaine de ce frère que je préférerais ignorer. Car les fers qu'il applique savamment sur son corps si menu sont aussi détestables que risibles. Comment ai-je pu me tromper ainsi avec tant de fièvre quand elle m'apparaît désormais si étrangère. Les espiègleries semblent ne jamais avoir pu exister, des échos d'un énième mensonge que j'ai accolé à quelqu'un pour croire m'en sortir quand les issues sont depuis longtemps closes. Inexistantes pour mes élans décérébrés. Je deviens plus ombrageux tandis que toute son essence se navre pour ne pas résister à l'horreur qui nous étrangle. Et mes yeux sont si froids alors que je constate le masque brisé qui gît presque à ses pieds. N'es-tu donc que cela ? Et moi qui suis-je ? Un être aveuglé par une fraude, qui cherche à élever des sensations maudites aux nues pour en oublier la laideur ? Le prix de nos rêves écornés me laisse un goût si amer, j'oublie toute la douceur connue côte à côte derrière ce piano qui disparaît. Musique éteinte et notes décharnées. Mon cœur bat de ce songe hérétique, cherche à me faire détourner la tête quand pourtant je semble la toiser, interdisant tous ces mots qui pourraient savoir nous relier. Je devrais abandonner. Ici. Maintenant. Il est encore temps de reculer. De gommer tous les choix et d'effondrer tous les discours qui sonnent creux à présent qu'ils ne peuvent plus se dire. Je ne prends pas la peine de contredire ce frère qui la connaît sans doute bien mieux que moi. La faiblesse murmurée par sa posture, confirmée par ses airs las me renvoient à toute cette douleur insoutenable qu'elle avait su me faire un instant oublier. Un instant bien trop court. Mes prunelles distillent une peine immense qui pince ma bouche, et je la ravale dans un sursaut sentencieux qui me fait caresser son bras comme un au revoir. La solitude de deux abrutis. C'est ce qu'elle délaisse derrière sa démarche ténue. Deux abrutis et quelques éternités de désespoir.
_ Ouais, sans doute. On crève toujours seul de toute façon.
Je secoue la tête pour moi-même. Crever. Une imposture que je n'ai jamais réussi à entériner, comme s'il fallait toujours que l'on me trouve, toujours que l'on me sauve, ou pire encore que je sache survivre à toutes les brutalités. Elles mordent mon corps, elles empèsent ma tête, mais jamais je n'ai pu entièrement m'abandonner à l'inique couardise qui m'aurait fait ainsi gagner tous mes jeux à la fois. Echec. Echec. Point d'orgue d'un destin.
_ Je n'y arrive pas encore. À crever. Alors ça n'a aucune importance.
Plus rien n'en a véritablement de toute manière, si ce n'est... Si ce n'est... Je la ressens encore, la lueur infernale qu'elle a su faire pénétrer jusqu'à mon âme, cette seule note déchirante quand elle s'est mise à danser. L'un à l'autre. L'un dans l'autre. Mon désespoir frôle l'incomplétude de mes raccourcis trop faciles, et je regarde Arthur comme pour me tancer moi-même. Est-ce vraiment ce que je souhaite, l'utiliser comme ça, pour qu'elle me décharne jusqu'à ce qu'il ne demeure que l'ossature ? Noircie par la souffrance, qu'elle n'aura pas su arracher ? Mon coeur qui frappe encore, comme lorsque l'on se noie et que la survie nous violente pour nous pousser à rejoindre la surface. J'ai un coup d'oeil pour les ombres, je m'aperçois qu'elle n'est plus là et j'en suis alarmé. Je croyais... je croyais qu'elle demeurerait ici, jusqu'à ce que nous sortions. Je reviens au frère à défaut de pouvoir regarder la soeur, et me confronte à cette phrase que j'ai si souvent opposée à tous ces signes trahis par l'amitié ou par l'amour. Les caresses, les mots doux, les inquiétudes pleines de larmes, les yeux agrandis par la peine quand ils me découvraient. Gregory. Isolde. Moira... Tous à traquer la déchéance pour savoir insuffler cet espoir auquel se raccrocher. Ma voix est tranchante, presque sourde :
_ C'est tellement plus simple de résumer leur dévotion comme ça. S'ils le font pour eux, c'est donc qu'il n'y a strictement rien à se reprocher, rien à donner en retour. N'use pas cette rhétorique éculée sur moi. Ce n'est pas moi qu'il faut convaincre.

La fumée pour toute parure, j'inspire l'odeur de clope, qui me rassérène quelque peu, me donne envie d'en allumer une à mon tour, et je le laisse passer, tout en le voyant boitiller. Je ne sais pas trop pourquoi, mais à force de suivre sa démarche vacillante, je lui offre un support, le rattrapant au détour d'un pas qui le fait trébucher. Il est si léger lui aussi... Il a beau être grand, il s'est laissé corrompre par une douleur trop prégnante pour savoir se nourrir et ce n'est pas moi qui vais le sermonner. Ni l'épargner. Non au contraire, si j'offre mon aide, je grogne en l'aidant à progresser le long de cet escalier interminable :
_ Quel putain de poids mort tu fais. Allez, magne, j'aimerais me tirer...
Mais il s'agite soudain, captant enfin l'absence qui ne cesse de me tarauder. Je la cherche déjà dans la foule resserrée par la musique qui pulse. C'est un corps en mouvement, toutes ces charognes exhalent leur putréfaction dans un ensemble indistinct, affreux, malsain. J'ai envie d'y plonger... Tous mes instincts qui me poussent pourtant à me préserver d'habitude s'amenuisent dangereusement. Je pose Arthur contre le mur, sans aucunement le ménager :
_ La ferme, bouge pas, je reviens avec elle. Et ne me force pas à te chercher, j'en ai rien à foutre de ton cadavre. Mais elle, elle risque de vouloir te retrouver. Va savoir pourquoi.
J'abandonne le grand échalas sur le côté, tapote son bras comme pour m'assurer qu'il tient debout, montrant par là que ma conception du rien à foutre est assez discutable. Je n'ai pas de dernier regard cependant, tandis que mon pas se presse pour me laisser entièrement dévorer. Les chairs me frôlent, me touchent, me brûlent, j'ai une détestation pour elles qui rencontre des désirs immondes, bientôt saccadés dans mon souffle. Trop de monde, trop de gens, la sensation d'enfermement se noue avec l'envie de perpétrer l'horreur, et je dérive, dérive encore, pose mes regards sur des centaines de visages, ne m'arrêtant sur aucun tant ils m'apparaissent grotesques. Le sien, le sien. Lui seul m'importe, et mon coeur se remet à frémir, virevolter ses appels contre mes côtes, pour me rappeler aux sensations reniées. J'essaye de me souvenir pourquoi... Pourquoi... Pourquoi je cherche ainsi une complète inconnue, pour la ramener à son frangin dégénéré, afin qu'ils rentrent ensemble et disparaissent dans leur antre. Pourquoi me mêler d'un accord infernal, qui ne manquera pas de finir par m'écorcher tant je serai bien incapable d'y trouver une place ? Hormis celle qui consistera à rester à la marge ou encore à me faire écarteler par des instincts contraires. Ceux qui me dictent de la sauver. Ceux qui me hurlent de la fuir. De la laisser à sa liberté illusoire, inutile, qui ne rencontrera jamais la mienne, celle qui se termine par la mort. Mais c'est cette mort justement qui me crache à la gueule et me tourne le dos. Elle me vomit ici, incomplet, au milieu de tous ces cadavres en mouvement, tandis que la vie mordille mon épiderme, charrie tant de musique dans mon sang. Une toute autre musique... Pas celle que j'entends. Celle qui demeure, là, au-dessous de l'amertume. Celle qui n'a pas pu se dissoudre, qu'importe les moyens pour l'étouffer. Celle qui prend le pas sur ma respiration alarmée au moment même où je reconnais sa chevelure, où je distingue ses traits, entièrement transfigurés par un mal que j'ignore. Je ne m'arrête pas, je tire, je pousse, je violente ces autres qui n'existent pas, cherche à rejoindre le seul rivage que je ressens, chavirer à l'intérieur de moi, à peine écroulé par mes idées de fuite. Le choix. Le choix. C'est lui qui tonne, implacable, invincible au moment où mes doigts se referment sur sa main pour l'attirer à moi. J'ai un regard alangui sur ce déchaînement qui la transperce, et tout mon corps semble se modeler au sien quand je la réceptionne contre moi. Tant pis pour sa partenaire, la soif inextinguible me fait frémir, et les beautés à peine recouvrées se figent dans l'interdit d'une seule seconde. Elle est sous l'emprise de quelque chose... Elle continue de danser, je cherche à l'accompagner sans la contraindre, mais ma main ne peut s'empêcher de saisir son menton pour qu'elle me regarde. Je plonge dans ses pupilles dilatées, approche ma bouche, animal, pour respirer son souffle. Dans mes iris se bousculent tant d'envies que je semble soudain sous l'emprise de la même drogue qu'elle, ma main la touche, ma main la serre, je ne la fais pas danser, je crois que tout mon corps se dénoue entièrement tout contre elle. C'est pire que des pas, c'est pire que la première danse sûrement, car je ne sais pas comment l'arrêter. Trouver la force est presque impossible tant mon être vil s'arrime à sa déchéance, cherchant à y puiser toutes les noirceurs que je pourrais y boire. Elle rit je crois, un rire déformé par la substance qu'elle a avalée. Inconsciente. Folle. Tentatrice. Troublante. Ma colère dispute mon désir, elle ressent trop, et moi aussi à travers elle. Elle est si malléable dans une magnificence falsifiée. Tout ce que j'ai voulu interdire dans ces putains de toilettes me reviennent en pleine tête, les avidités dégoulinent dans mon corps, les envies d'elle sont devenues légion, et ma musique m'arrime toujours, cherchant à surplomber cette autre trop infâme pour seulement s'accrocher à des êtres tels que nous. Alors ce sont d'autres pas que je dessine, un autre ensemble que je cherche à renouer, pour qu'elle l'entende aussi. Pour qu'elle revienne, s'accroche, se laisse déjouer par d'autres délectations. De ces délectations qui pourraient nous sauver, quand tout ici nous a laissés immanquablement solitaires. Pourquoi l'ai-je seulement abandonnée pour qu'elle vienne se perdre sans moi ? Je devrais la contraindre à sortir de là, la rappeler à l'ordre, mais quelque chose se refuse à la réalité qui faillit enterrer l'harmonie, la tuer avant qu'elle ne puisse être. Ma main remonte son bras jusqu'à son cou :
_ Eleah... Eleah...
Son prénom pour qu'elle me voie, qu'elle me voie et qu'elle reparaisse, même entièrement consumée par la drogue, disinhibée par une déraison que j'aimerais lui peindre sans heurt. Sans qu'elle n'hérite de la honte qui l'embrassera le lendemain. Mon murmure brûle sa joue :
_ Ne lutte pas. Laisse-toi porter... Aucun désespoir, rien qui ne puisse t'atteindre jusqu'ici. Ça n'a pas à être une douleur. Je ne te lâche pas. Je ne te lâcherai pas. Tu ne seras pas seule.
Voir mon monde une seule seconde, sans le revers de ces heures assombries sans personne pour m'accompagner. Ma main dans la sienne sur le fil de la perdition, sans jamais l'y précipiter. Reste avec moi. Reste avec moi. Je ne te lâcherai pas... Je ne t'abandonnerai pas ici, seule dans le noir, seule à jouir d'une déchéance qui ne te ressemble pas. Alors rends-la moi. Un souffle indélicat :
_ Donne-moi l'ignominie pour t'en débarrasser. Tu n'es pas enfermée. Jamais...
Rappelle-toi qui tu es, et noie plutôt ce qu'il a dit dans d'autres avidités. Celles qu'il te jalouse pour ne pas savoir les ressentir seul.
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() message posté Mer 28 Mar - 22:41 par Eleah O'Dalaigh
james & eleah
Arthur s’arrête sur l’assertion que James prononce. Evidence pour tous, qu’il devrait voir lui aussi mais qu’il abjure. Seul. Le mot se réverbère dans toute sa carcasse désincarnée, et il ne peut y croire. La solitude n’a jamais été pour lui autre chose qu’une compagne éphémère. Parce que chaque fois, où qu’il se cache, elle est là. Si ce n’est à ses côtés, ses murmures lui tiennent compagnie, dans sa tête. Elles se ressemblent tant. Eleah. Elle aussi. Les deux silhouettes se brouillant l’une dans l’autre dans son esprit tuméfié par la drogue et les excès. Ses lèvres frémissent à la seule idée qu’il puisse dire vrai. Qu’ils soient destinés tous deux, parasites, à crever seuls dans les ténèbres d’un monde qu’ils auront pourtant choisi. La solitude c’est pour les autres, il n’en sera pas la victime. Parce qu’il préférera la tirer avec lui dans les ténèbres plutôt que de la laisser s’enfuir. Il ne la veut pas libre. Pas sans lui en tout cas. Ils sont biens nés ensemble, tirés d’un même ventre dans les cris de douleurs. Alors pourquoi ne seraient-ils pas l’un avec l’autre, à la toute fin ? C’est le seul équilibre en lequel il croit, le seul dessein qui le grise au-delà de tous les plaisirs factices qu’il s’offre, sans jamais être capable d’éprouver autre chose que cette amertume qui le ronge et fait pourrir de l’intérieur toutes les parcelles de son âme. « Pas quand on décide d’entraîner quelqu’un d’autre avec soi. » répond-il alors, avec un aplomb qui témoigne de l’égoïsme dont il est capable de faire preuve, parfois. Ses lèvres se fendent d’un sourire sarcastique qui lui donne un air inquiétant. La sympathie qu’il pourrait inspirer est absente, la spontanéité étranglée dans ses regards qui ne reflètent pas grand-chose sur l’instant, à part cette fatigue latente qui le caractérise tout entier la plupart du temps. Il se reconnaît dans l’assertion suivante. Ne pas réussir à crever, c’est l’ironie qui frappe les désespérés. Ceux avec un pied dans la tombe, l’autre cimenté à la vie. Tiraillé entre les deux ils arpentent un entre-deux où se conjuguent les deux facettes : les immondices de l’obscurité, les beautés éclectiques des vies étincelantes. Rejetés de part et d’autre ils ne peuvent choisir leur camp, doivent se contenter d’être balloté de l’un à l’autre, inlassablement, jusqu’à ce que le hasard en décide autrement. Eleah a réussi à choisir. Depuis le départ, elle n’a pas laissé la mort s’abattre sur elle. Elle a sauté dans le camp des vivants avant qu’il ne soit trop tard, et qu’il n’y ait plus de retour possible. Pour cela aussi il la hait. D’avoir eu une force qu’il n’aura jamais. Jamais ainsi en tout cas, car sa personnalité à lui est plus réservée, plus alanguie aussi. Elle a bien essayé de le tirer. Chaque fois plus fort. Elle n’a jamais totalement réussi. Il n’y a jamais consenti. « Comme les cafards … Increvables. Eradiquez-les et ils finissent toujours par remonter, tôt ou tard. » Son visage se brouille derrière une bouffée de nicotine. Ses poumons se gonflent, s’engorgent. Il ignore ce qu’il lit alors sur les traits de son visage. Comme le soubresaut d’une incertitude, qu’il ne pensait pas distinguer chez lui. Sous ses airs dédaigneux, peut-être attache-t-il encore de l’importance. Le détachement n’est pas entier. Il n’a pas besoin d’être clairvoyant pour le deviner.

Ils entreprennent la remontée. La jambe gauche d’Arthur se fait plus traînante, comme à son habitude. Elle l’a toujours ralentit, depuis qu’il est petit. C’est le problème de la marmaille qui n’en fait qu’à sa tête. Il faut la remettre à sa place parfois. Il faut tuer la mauvaise graine avant qu’elle ne soit en mesure de germer. C’est ce qu’il avait l’habitude de maugréer avant de leur flanquer une raclée. A l’évidence les préceptes d’éducation ne sont pas les mêmes pour tout le monde, et au début, ils avaient écopé d’un géniteur avec un sens aiguë du devoir, et de la paternité. Quelle drôlerie que de s’apercevoir qu’il n’avait peut-être pas tort. Tout aurait été si simple, si cela s’était terminé là, avant que le mal ne prenne racine, et n’engendre des monstres. Concentré sur le dessein qui le pousse à remonter, Arthur grogne pour toute réponse, s’appuie sur la silhouette offerte en y imposant l’inertie de son poids. Une marche, puis une autre. L’ascension est interminable. Lorsqu’ils arrivent enfin, Arthur chavire sur le côté. Son dos rencontre la surface dure d’un mur. La musique cogne contre ses tempes, stimule les relents d’alcool et de drogue qui affluent encore dans son sang. La montée est passé mais il est prit d’un vertige. Il répond, partant dans un rire empreint de sarcasme : « Alors quoi, tu t’inquiètes pour son p’tit cul, finalement ? » Il rit, rit encore, rit jusqu’à s’étouffer et se laisser retomber sur le sol. Ses genoux cèdent, il tombe avec lenteur, ferme les yeux un instant, assis, les jambes légèrement repliées alors que la silhouette de James disparaît dans la foule. Il ne la cherche même pas du regard, étourdi comme il est. Il se contente de sombrer, les paupières alourdies par ses excès, avec la conscience qu’un lendemain l’attend, encore, une fois de plus.

Le gouffre l’avale. Les odeurs se mélangent. Les corps entassés deviennent un amoncellement ignoble dans lequel elle se perd volontiers, comme pour faire partie de l’engrenage à son tour. Les frontières du passé et du présent se brouillent, celles de la réalité également. Un rire nerveux lui échappe, trahit la fulgurance de l’inquiétude qui l’a traversée. Et puis le néant s’ouvre, offrant toutes les sensations qu’il cache en son sein obscur, ignoble. Sa langue claque contre son palais asséché. Elle veut boire encore. Elle en veut plus que ce petit verre offert par un étranger. Un autre rire la tance. Tout est si grotesque autour. Cette fille qui quémande. Cette autre qui glousse bêtement à l’oreille d’un inconnu. Cet homme qui empoigne, sans honte, sans fard, offrant aux regards une scène crue et indécente qui amuse plus qu’elle n’insurge. Rien n’a de sens. Sa tête chavire sur le côté, sa hanche bascule. La danse est étrange, en contretemps du rythme de la musique sur laquelle ils s’enchevêtrent, tous autant qu’ils sont. Elle met un temps trop long à se rendre compte. La drogue étend son emprise, l’accable de fatigue le temps d’une minute, comme un coup reçu derrière la tête, avant qu’elle ne s’éveille avec toute cette effervescence à l’intérieur, qui n’en peut plus, qui crie et se tort. L’euphorie s’installe. Toute l’humanité terrifiante autour d’elle devient tout à coup attirante. Elle les voit comme un seul corps, mué par une musique abyssale dont elle distingue enfin les indélicats secrets. Elle veut être avec eux. Faire partie de l’ouvrage. Ses doigts délicats glissent sur la courbure d’une hanche, impriment un mouvement. Tout son corps appelle une chaleur éreintante capable d’égaler celle qui la taraude. Impérieuse, elle se modèle davantage contre son inconnue de passage. Homme, femme, monstre ou sylphide, elle ne voit plus la différence. Les yeux fermés, elle laisse les silhouettes anonymes l’accaparer, profaner les barrières de son corps dans des effleurements insensés. Ils la révulsent, mais en même temps, ce n’est jamais assez. Elle ne comprend pas cette ambivalence. Alors elle rit, rit encore, les paupières closes, l’esprit éreinté. Ses ongles cherchent à griffer un épiderme, n’importe lequel, aspirent à des émotions plus puissantes. Mais voilà qu’un autre corps vient se modeler au sien, l’accapare, injurie tous les autres en les envoyant de côté. Elle entend une injure sur sa droite, est bien incapable de résister. La danse se poursuit, ne s’interrompt jamais. L’euphorie est si violente qu’elle a l’impression que son cœur va éclater. Elle ne le voit pas au début. Il est un anonyme parmi tant d’autres, auquel elle s’arrime, s’agrippe, son bras menu venant se refermer derrière sa nuque, son corps se plaquant contre le sien afin d’en appréhender tous les contours. Des contours pas si inconnus que cela en vérité, qui l’appellent, l’interpellent. C’est sa voix qui bruisse à son oreille, lui parvient malgré le tumulte alentour, malgré la foule dont s’exhale des chuchotements immondes. Un sourire indécent se loge sur ses lèvres devenues mutines tout à coup. Elle rouvre de grands yeux, distingue d’abord ses propres désirs avant de d’observer les contours des mots qu’il prononce. La prise autour de ses épaules se resserre, elle ne sait plus si c’est son cœur qu’elle sent battre ou bien le sien. L’idée devient démente, la grise, l’assassine.

« Tu es là … ? » murmure-t-elle à l’orée de sa bouche, avec cette espièglerie étrange, décuplée par la drogue dont les effets ne vont pas tarder à atteindre leur paroxysme.  L’assertion n’en est pas une, dissimule les questionnements qui taraudent son subconscient. Il est là, oui, encore. Il est là. Elle le sent. Pourquoi est-il là ? Elle veut le sentir davantage. Ce n’est jamais assez. L’euphorie est insatiable. Sa bouche avide, aride, asséchée. Elle a si soif tout à coup. Des conséquences elle ne distingue rien, de la honte, elle n’aperçoit pas même les prémices. Ne compte que cette soif inextinguible. Ses ongles impriment une meurtrissure sur la main qui s’est entrelacée. Elle la libère, ses doigts délaissant les siens pour venir encadrer les contours indistincts de son visage. Elle le voit à peine, tout en ayant une conscience infinie de son corps.  L’invitation qu’il murmure est si troublante qu’elle ne peut y résister. C’est une mélodie qui bruisse à son oreille, et que malgré l’ivresse, elle conçoit. Son souffle vient brûler sa joue, éradique les barrières qui auraient encore pu soutenir les sursauts de sa conscience. « Tu es là … » murmure-t-elle encore, sans sourire cette fois, avant que sa bouche ne vienne quémander l’indécence de la sienne, s’abreuvant à la source des mots honnis, proscris, offerts pourtant dans une offre qui frôle avec l’agonie. Tu n’es pas enfermée … Son âme tressaute, l’envie d’y croire est si puissante qu’elle ravive tous les élans impérieux de sa nature. Ceux qui n’en ont jamais assez. Qui veulent se nourrir de tout, surtout des lueurs offertes, même dévoyées. Toutes les noirceurs qu’il a pu lui laisser entrevoir lui apparaissent d’un seul coup comme des harmonies différentes, loin de toutes celles que l’on peut normalement attendre, ou espérer. Mais elle les veut toutes. Elles aussi ne seront pas épargnées.

« Je veux l’ignominie … Je veux tout. Tout pour être entière. » parvient-elle à articuler,  avec lenteur cependant, tant son souffle est altéré par les effets de la drogue qui augmente son rythme cardiaque. Une lenteur qui jure avec la fulgurance de son geste, lorsque ses doigts se referment sur l’arrière de sa nuque, happant encore son visage pour imposer ses lèvres sur les siennes avec une avidité différente, plus impérieuse, ses baisers revêtant les allures de morsures qui finissent par dériver de long de sa mâchoire, sur la courbure du cou,  se refermant sur la chair qui lui apparaît presque fragile alors. Tout son corps l’accule, s’agrippe pour ne laisser l’opportunité d’aucune fuite. L’ignominie de ses avidités s’éprend de ce qu’il lui offre. Peu importe les conséquences. Peu importe la chute. Mais alors qu’elle se perd dans le tourbillon de ses propres désirs farouches, il y a comme une fracture. La drogue atteint son paroxysme. Dessine en son ventre l’impression d’une chute terrifiante. Brusquement elle s’immobilise. Ses lèvres tremblent contre la peau de sa nuque. Il y a des visages autour d’eux qui s’accumulent. Les mêmes que tout à l’heure pourtant, mais qui lui apparaissent certainement pour la première fois dans toute leur laideur. Elle ose relever les yeux légèrement, regardé par-dessus son épaule. Les faciès se superposent, déformé par sa vision pour devenir des êtres immondes, et terrifiants. Le délire change de couleurs. L’euphorie l’abandonne pour laisser place à une peur terrassante, peuplée de monstruosités qu’elle a l’impression de regarder avec ses yeux de petites filles. Les tremblements dans son corps partent du ventre. Ses doigts agrippent plus fort le corps qu’ils enserrent, comme pour se retenir au bord du précipice. « Où est-ce qu’on est ? » Un homme se rapproche brusquement d’eux. Il n’est que de passage pourtant, mais Eleah sursaute, incapable de demeurer totalement immobile, ses membres secoués par des spasmes de terreur tandis que ses pupilles n’ont jamais semblé si dilatées. Elle cherche à se dissimuler. Son subconscient tente de rationaliser tout ce qui l’assaille. Mais les assauts des délires chimiques sont trop puissants, trop inédits aussi pour qu’elle puisse y résister. Les frontières se brouillent encore à l’apogée de la crise. Ce qui est, ce qui fut. Celle qu’elle est, celle qu’elle fut. « Il faut partir … Ní mór dúinn a cheilt (Il faut se cacher). » Son regard devient frénétique, regarde à droite à gauche, cherche un inconnu qui ne viendra jamais mais qu’elle appréhende pourtant, comme s’il était là. « Ní mór dúinn dul (Il faut partir) » murmure-t-elle encore, la langue maternelle se mélangeant à un anglais indistinct. Son parfum l’accapare, toute la présence de ce corps contre le sien dont elle prend conscience, peu à peu. Mais la fulgurance des idées est telle qu’elle peine à suivre le rythme. Elle a chaud, elle transpire. Des sueurs froides. Son cœur bat si vite. Adrénaline. Euphorie. Terreur. Tout cela ensemble. Sans répit. Sans échappatoire. Elle en a oublié Arthur. Elle en a oublié tout. Son délire frise avec la folie, l’humeur change encore. Elle rit, cette fois-ci. Tressautement de sa conscience qui lui murmure qu’elle est bien ridicule, d’avoir peur de l’invisible. Mais le rire est glaçant, meurt dans les tremblements qui continuent de la parcourir tandis qu’elle s’agrippe, encore et encore, toujours plus éloignée, là pourtant. « Tu es là … Ne me lâche pas. » murmure-t-elle, supplique à son oreille, en espérant que le cauchemar se termine, le plus vite possible. Les yeux fermés, ensevelie sous les obscurités, tout se met à tourner à vitesse croissante. Alors elle s’accroche, quitte à lui faire mal. « Serre-moi … Serre-moi plus fort. » Quitte à lui faire mal à son tour, quitte à briser les os sous la chair, quitte à faire craqueler et réveiller l’humanité qui s’enfuie, effrayée par les effluves qui coulent dans son sang. Ne pas laisser la folie l’enfermer. Etre libre, libre enfin, de se réveiller. Rien pour l’atteindre. Non rien.


« let me touch your symphony »
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() message posté Jeu 29 Mar - 19:17 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
& James




Les perspectives dessinées deviennent des fresques horrifiques quand je sais les avoir déjà regardées pendant des heures. Des jours. Une vie entière même. À déchaîner les ténèbres sur une autre, pour l'entrainer jusqu'à la perdition et enfin y survivre ou y périr. Ensemble plutôt que de renouer avec cette solitude qui m'accable, voûte mes muscles et pourfend ma pensée pour me laisser incapable de composer. Accompagner l'errance pour lui donner des échos moins sépulcraux, je n'en suis pas capable. Toujours il me faut ce miroir, cette femme qui saura m'enivrer jusqu'à la chute, muse et démon, juge et bourreau, victime et coupable. Comme lui... Comme ce qu'il susurre en imaginant l'entraîner jusqu'en Enfer pour ne pas y crever dans l'horreur, à confronter l'abandon et la folie sans personne pour savoir la partager. Mais c'est un leurre. C'est un leurre. Je l'ai appris à mes dépends, je sais que nos élues ne le demeurent qu'un temps trop court pour les éternités que nous pourrissons, comme des parasites, à nous y accrocher. À boire et boire encore tous les poisons jusqu'à les expurger tout contre elles. Jusqu'à... Jusqu'à... Mon trouble est impossible à réprimer, et ma sentence irrévocable :
_ Alors elle mourra avant toi. Mais c'est peut-être tout ce que tu souhaites...
Elle est morte avant moi. Elle est morte avant moi. Avant de ne pouvoir supporter tous les ténèbres provoquées, toutes les horreurs qui s'y dissimulaient. Avant de savoir y résister comme je l'ai appris, dans la survie la plus détestable. Les êtres qui nous accompagnent ne perdurent pas à nos côtés. Nous finissons par les tuer. Mes yeux se détournent, mes aigreurs me transpercent et notre ascension est si lente que les douleurs qui parcourent mon corps se propagent jusqu'à ma tête. Je n'ai pas assez bu. Ne me suis pas assez camé pour supporter tous les détours de mon âme en une soirée trop neuve pour encore savoir en apprendre toutes les failles et suffisamment m'en protéger. J'abandonne mon fardeau, me contente de dresser mon majeur pour toute réponse à son sarcasme quand d'autres instincts me font braver la foule pour enfin savoir la retrouver. Oui. Oui. Le constat est brutal et la douleur plus grande encore de me voir démasqué avant même que je ne sache rendre triviale mon inquiétude. J'ai peur. Peur soudain de ne jamais la revoir, de la perdre ce soir, de semer derrière nous toutes les harmonies conjointes qui peuvent encore lier l'absolu que nous avons voulu frôler. Le cafard n'a pas été éradiqué, ni par la coke, ni par la haine portée, ni par la honte qui continue de se tisser sous ma peau hérissée de frissons. Le parasite recherche la lumière pour chasser les ombres murmurées contre d'autres succubes, les lueurs aveuglantes pour ne pas laisser ses regards dégénérer sur le noir et ses abysses. Y perdre même le rêve si fragile qu'elle a à peine su ressusciter. Ce rêve je m'y accroche, autant pour elle que pour moi, effrayé par les tourments, rendu avide de sentiments pour les avoir tous précipités dans l'oubli. Aride de sensations, abandonnées sur ses lèvres que j'aimerais de nouveau embrasser. Puiser la chaleur qui me manque cruellement contre son corps, plutôt que de me laisser empeser par les parfums soufrés d'une autre concubine que je pourrais arracher à la foule qui m'entoure. Des corps. Des corps. Aussi morts que le mien. À peine des êtres, et aucune âme à l'intérieur, qui puisse s'irriguer de tant de légèreté que celle qui la constitue. Aucune âme n'ayant suffisamment souffert pour savoir à quel point il est bon de s'élever. À quel point il est délectable de le faire à deux, dans la brûlure la plus dévorante ou dans l'émotion la plus poignante. Eux, tout autour, ils se gavent mais ne dévorent pas, ils remplissent un vide sans même laisser leurs chairs se ravir de se savoir embrassées, mises à nues contre d'autres. À côté. Jamais totalement ensemble. La désunion d'une transpiration acide, les mains qui me touchent sont toutes des injures quand seuls ses doigts pourraient me rendre quelques instants de cette grâce absente. Il y a une fille qui me reconnaît, elle attrape le bas de mon t-shirt et sa main remonte mon ventre comme un territoire consacré à la luxure. J'attrape son poignet, le lui rend en y imprimant une force qui m'échappe, quelques secondes durant. Mes désirs effleurent ma peau et me rendent malade, je me détourne, me vois sauvé par l'entremise d'un destin pervers, mouvement de foule aux dizaines de visages grimaçants, avant que le sien n'apparaisse, que mon corps ne s'aimante, vrillé par l'indécence de son comportement sans qu'aucune bride ne soit capable de la retenir. Elle est tout à la fois, la tentation et le rejet, l'absolu et la frustration. Ce qui me nargue et me répugne. Ce dont je crève avec langueur, contre la douceur de son épiderme offert. Bordel que c'est enivrant, dangereux. Ses prunelles absentes ne semblent pas me reconnaître, mais sa main glisse jusqu'à ma nuque, élance des frémissements que je ne cherche plus à contraindre quand j'interdis tous les gestes que je brûle d'esquisser. Ce serait si simple. Si facile. De tout avoir, de tout prendre, de profiter d'une autre emprise pour y apposer la mienne. Mais quelque part, je m'y refuse, non pas parce que la morale en ressortirait immanquablement froissée, mais parce que je la veux consciente, lorsque je viendrai lui dérober tout ce qu'elle offrira. Alors mes mots s'immiscent dans la danse, flottent jusqu'à elle, pour mieux la convier à l'impiété que je pressens au moment même où ses lèvres dessinent tous les outrages. Encore dans sa tête, bientôt sous ses mains quand son emprise se fait violence. Mes muscles résistent quelque peu, avant que je ne me charge de les dompter, la peur étreignant toutes mes envies qui hurlent à l'intérieur de mon ventre, et brutalisent mes côtes. Je me laisse profaner par son regard, découvrir par l'union de nos corps impudiques sur la piste surpeuplée. Elle reparaît, inchangée et effroyable dans tous les accents que j'ai appris à déchiffrer sur son visage. Aucune réponse si ce n'est une caresse supplémentaire sur sa joue, pour confirmer ma présence qui cherche déjà à l'envahir. Ses parfums aux relents empoisonnés me narguent, et mes appétits se déploient, ma main dans le creux de ses reins l'attire plus encore. Impossible de lui résister, improbable retenue qui s'évanouit quand ses ongles me griffent. J'appose un murmure rauque à l'orée de ses lèvres, mes yeux perdus dans la dilatation des siens, prêts à perpétrer l'infamie qu'elle appelle à grands cris. Bruits de déchirure, bestialité au fond de l'âme, respiration insoumise qui suit le rythme de pensées de plus en plus opaques. Mon visage entre ses mains, je me sens dénudé, exposé devant elle dans toute mon imposture révélée. Plus rien de cette distance glaciale que j'ai tenté de parfaire quand je souhaitais échapper à son emprise, je m'y donne, entier, tel que je fus, tel que je suis et tel que je serai. Sa phrase une fois encore, l'appel enivrant et enragé d'une nature qui complète la mienne. Je suis là. Je suis là. Là où j'ai choisi d'être. D'être encore pour exister en toi. Mes mots versent la fièvre dont elle m'abreuve dans un baiser enragé, auquel je réponds, la passion sur la langue, le feu de son désir qui encense le mien. La musique me taraude, cherche des envolées qui furent interdites, abandonnées trop tôt pour devenir proscrites. Elle reparaît entière, jouée contre nos lèvres avides, sous la pulpe de mes doigts qui l'accompagnent dans un voyage dont l'onirisme se teinte de la drogue trompeuse qui s'infiltre dans ma bouche. Je la goûte à mon tour, la clame dans la déraison de l'ignoble que je quémande, mes doigts sont durs, délivrent la frénésie à peine dérobée. Ne rien lui cacher. Offrir tout ce qu'elle saurait venir chercher. La promesse se consume, devient une oraison que je me plais à laisser choir, dans les replis intimes de mon corps. Encore en vie. Encore libre. Grâce à elle, à travers les croyances honnies que je me charge de lui consacrer. Libre. Libre. Libre toi aussi. À chaque seconde où nous serons ainsi. Reliés. Je me laisse dévorer, emporter par ce désir qui ne cesse de pervertir mes muscles, abandonnant les peurs au seuil du plaisir. Oubliées, rejetées pour ne savoir me contenir, qu'importe les vérités qui furent, je ne brimerai rien qui puisse la repousser.

Sa voix étrangère et amie, dont l'articulation pataude trahit les excès qui la ploient, mais les mots sont fervents, et dans la ferveur enroulée de son souffle, je murmure tous les avenirs qui sauront nous arracher à la putréfaction de nos angoisses.
_ Tout... Tout. C'est ce que je te donnerai. Tout pour te compléter.
Qu'importe ce qu'il faudra subir, qu'importe jusqu'où cela ira, les fers qui m'ont jadis retenu et encombrés ont été brisés par une autre, et la monstruosité de mon être n'en est que plus dangereuse, prégnante, infaillible désormais qu'elle a su me vaincre. Il ne reste que ma trivialité, ses serres qui brandissent mes rêves, tous portés contre les lèvres d'Eleah qui semble tant vouloir les boire. Alors donner... Tout. Vu qu'il n'y a plus rien à retenir qui ne se soit un jour échappé. Je sais. Je sais. Qui je suis. La bête n'est plus mon ennemie, car je ne cherche plus à la contraindre. Je l'ai assumée, assumée jusqu'à ce soir où j'apparais contre elle, avec bien trop d'envies pour ne pas toutes les souffler contre sa peau. Sa bouche revient sceller tous nos serments, aussi infernale que le sont mes pensées et je me sens dériver vers l'opprobre, jusqu'à découvrir dans tout ce qui me caractérise d'indécence, celle qu'elle rencogne, si semblable, si perfide. Avidité jumelle qui corrèle à mes désespoirs, ma survie qui pulse dans mon sang, qui demande tout ce qu'elle saura imposer, la douleur comme l'harmonie. Mais il n'y a plus rien d'harmonieux dans ses gestes, qui se précipitent pour me contraindre, une contrition que j'absorbe, que tout mon corps subit dans une frayeur palpable. J'interdis la peur, je délaisse même l'idée de jamais tourner les talons, lui réponds au contraire, cherchant sa chevelure, maintenant sa nuque pour qu'elle continue de me braver ainsi, dans la violence qui me consume tout entier. Un être à ma mesure. Un être qui ne connaît pas de limite quand il sait enfin oublier toutes celles qui furent imposés par d'autres. Plus de limite, pas quand elle me malmène, pas quand elle cherche tant à arracher tout ce qui me constitue, la ferveur d'un cri, la blancheur cadavérique de l'os, les pensées impies, les désirs irrépressibles. Encore. Encore. Déchire-moi encore, ainsi entre tes bras. Le baiser s'interrompt, l'étreinte se prolonge, mes doigts malmènent le tissu de sa robe sur sa taille mais je la sens se tendre, découvrir le décor dévoyé qui nous tient lieu de cathédrale. La cérémonie diabolique s'interrompt, et j'échappe un soupir enragé contre son cou, revenant péniblement à la surface de nos eaux troubles. Mais le charme se rompt, il y a dans ses gestes une détresse prégnante, et la passion se mue soudain en peur. Non... Non. Pire encore. En terreur. Les sursauts de son corps menu viennent prolonger la délectation de mes nerfs saturés et je peine à comprendre. Moi et elle. Elle et moi. Chairs indistinctes et souffles encerclés. Elle me serre si fort, mes angoisses sans le truchement du désir me font déraisonner. Je suis obligé de fermer les yeux et de me concentrer sur sa voix pour la laisser m'étreindre avec plus de prégnance. Mes doigts glissent dans ses cheveux, mes lèvres murmurent dans le creux de son oreille :
_ Je suis là. On va s'en aller, Eleah... On va s'en aller.
La drogue commence à l'entraîner au coeur de ses abîmes cruelles, et mes doigts la retiennent, cherchent à la préserver en marquant sa peau pour qu'elle ne se laisse pas totalement envahir. J'essaye de recueillir son visage entre mes mains, aperçois ses pupilles dilatées. Des mots s'échappent de ses lèvres tremblantes, de l'irlandais. Je ne comprends pas tout, uniquement le contexte. Atch n'a jamais su tout m'apprendre. Partir. Partir. Cacher. La terreur l'étreint, je l'étreins plus encore, sentant la fièvre la ravager sous mes doigts. La panique désormais maîtresse de sa silhouette, je ne la relâche pas, il serait dramatique de l'abandonner dans un délire qu'elle expérimente sans doute avec toute la candeur des premières fois. Ce sont les pires, l'angoisse est incommensurable quand le corps ne tient pas.
_ N'aies pas peur. N'aies pas peur. Tu n'es pas seule, personne ne te fera de mal. Personne.
Ma voix est douce, contraste avec son rire hystérique, ses tremblements de plus en plus soutenus, maladifs, prégnants sous la peau devenue bien trop fine. Le supplice est entier, ses mots sont pleins de ces alarmes qu'elle seule peut voir et que je ressens en tenant son corps dans mes bras. Je suis là. Je suis là. Ma main revient tisser des caresses dans sa nuque, puis l'oblige à nicher son visage dans le creux de mon cou pour qu'elle n'ait plus à voir tous ceux qui continuent de danser tout autour, inconscients du drame qui cherche à morceler cette femme chétive que je serre contre moi. Et serre encore. Encore. Parce que j'en nourris le besoin. Parce qu'elle me le demande. Parce que tous mes esprits se concentrent, distillent des instincts qui me poussent à la protéger. Des arabesques dans ses cheveux, et des murmures, d'autres murmures pour la laisser s'arrimer à une réalité qui cherche à la fuir :
_ On va s'en aller d'accord ? Partir. Je vais t'emmener, Eleah. Te ramener chez toi. Viens. Viens. Accroche-toi à moi.
Je passe ses mains tremblantes autour de ma nuque et l'enlève du sol pour l'emporter telle une princesse navrée, délirante, son minois toujours dissimulé à l'ombre de mon odeur. Tableau déchu de toutes les délicatesses que je continue pourtant de prodiguer, du bout des doigts, contre sa cuisse. Naviguer entre les corps déchaînés n'est pas simple, plusieurs fois je repousse avec brutalité un opportun pour qu'il ne puisse pas frôler sa peau, puis bientôt la marée nous recrache, abrutis et exsangues. Je la maintiens et ne suis pas long à retrouver Arthur, échoué au bas du mur où je l'ai abandonné. Je pousse son pied doucement avec le mien, pour le réveiller et lance afin de couvrir le bruit :
_ Viens, on se tire de là, elle ne va pas bien. Ouvre la voie, t'es plus grand.
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() message posté Jeu 29 Mar - 23:23 par Eleah O'Dalaigh
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La complétion est presque entière. Elle atteint des intensités que même la drogue ne parvient pas à endiguer. Tout son corps se déploie dans un appel plein de ferveur, ses doigts cherchent à s’accaparer, s’imprègnent, insatiables de serments proférés comme des injures, recueillis pourtant sur sa bouche comme des délicatesses sans apparat, sans fard, sans mensonge. Elle le distingue dans un camaïeu de couleurs, tantôt sombres, tantôt écarlates, jamais fades, toujours éclatantes. Les envies se voient propulsées par la drogue, et à cause de l’indolente perdition chimique, elle n’est pas capable de feindre, de se dissimuler derrière les façades d’une nature frivole et superficielle. Ses mots grattent toutes les surfaces qu’elle a su créer, réveillent les appétits terrifiants de l’être qui se tapit depuis trop longtemps, là, sous la chair, qu’elle a cru bon d’étrangler plutôt que de tenter d’en comprendre les aspects. En fond sonore, les mots d’Arthur lui reviennent. L’injure est entière, si loin de ce à quoi elle aspire. Il ne comprend pas. Il ne comprendra jamais. Il ne sait rien des sensations possibles lorsqu’il n’existe plus rien à part la voracité de deux êtres, l’un contre l’autre, l’un dans l’autre, en quinconce d’une réalité qui peut bien se dissoudre dans toutes les aigreurs  possibles tant qu’elle les laisse intacts, enfermés mais sans chaînes, prisonniers consentants, pris dans la camisole de désirs violents et insatiables. Sa voix s’éraille, la tessiture gronde en contretemps dans son oreille assourdie par la musique qui tambourine, puissamment, inlassablement. Rien n’a jamais eu autant de sens, mais en même temps, elle éprouve une sensation de flottement naissant. Comme si son corps ne lui appartenait plus, se voyait détaché pour se projeter sur celui qui l’accapare, cherchant à s’y perdre, enfin. Le « tout » qu’il murmure est un souffle acide dont elle se repaît sans aucune honte. Son cœur bat plus fort encore, son ventre gronde, les avidités se tordent pour créer le supplice. Eleah pose de grands yeux devenus noirs sur sa silhouette, voit disparaître la silhouette fragmentée qu’elle appréhendait de lui pour ne distinguer que l’unité d’un homme. Ses doigts s’arriment aux contours de ses traits, y apposent les ongles pour indexer les serments dans d’invisibles griffures.

« Tout … » répète-t-elle, avec cette fascination dans le regard qui frôle l’hérésie. Car on ne lui a jamais offert autant de façon consentie. Il a toujours fallut qu’elle aille briser les barrières, qu’elle soit l’être ignoble qui pourchasse tel un prédateur, et se repaît de sa proie jusqu’à avoir bu l’intégralité de son essence. Arthur n’avait peut-être pas tort. Peut-être qu’elle a été ce qu’il a dit. Parce qu’elle n’a pas su faire autrement. Parce qu’il n’y a jamais d’abandon absolu véritablement consentit, sauf pour ceux qui n’ont plus rien à dissimuler, qui sont alors capables de distinguer ce qu’il peut y avoir, juste après, juste derrière, qui n’ont plus rien à perdre si ce n’est tenter. Tenter une ultime fois encore pour exister, toujours. Même dans un souffle. Même dans un bruissement de chairs. Frôlant les déraisons, les gestes perdent de leur mesure. Le désir devient violence, trahit toutes les ambivalences de son être capable d’osciller parfois entre une passion crue, avide, et au contraire une fragilité absolue et troublante. Elle ne ressent pas les rejets attendus de son corps, ou les tensions qui lui laisseraient penser à un malaise délétère. Non, toutes ses morsures, il les absorbe. Elle réentend sa voix en filigrane, cri sublime et impie tout à la fois. Et au lieu d’avoir la raison de la repousser, il déraisonne en lui rendant ses gestes, en oppressant sa chair à son tour, en contraignant les tissus qui l’enveloppe, ses baisers devenues morsures rendues, proférées, partagées. Son souffle se perd à chercher le sien, ses doigts s’agrippent sur les cheveux sensibles de l’arrière de sa nuque. Ce n’est pas assez. Ce n’est jamais assez. Elle en veut plus, toujours plus. C’est une douleur lancinante. Une douleur qui vibre dans sa cage thoracique, mais qui peu à peu, se métamorphose, devient autre chose de plus immonde, de plus incontrôlable aussi.

La folie des désirs se voit remplacée par une terreur absolue. Ils sont là, partout, spectres déformés cherchant à souiller toutes les harmonies qu’elle veut pouvoir nourrir, entrevoir, transcender. Les visages deviennent difformes. Ses pupilles les transforme tour à tour pour créer des immondices sataniques, ici pour la corrompre, l’entraîner, la briser. Au bout d’un moment ils revêtent tous les contours d’un même visage. Le sien. Celui qui incarnera toujours pour son âme d’enfant l’absolu de la terreur, qu’elle a oublié dans ses précisions, dont la drogue ravive pourtant les contours sans aucune pitié. Elle essaie de se raccrocher à la voix de James, aux intonations brûlantes, aux charmes de sa tessiture. Mais elle se perd, encore et encore. Lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle ne sait plus où elle est, elle s’agrippe, cherche à retrouver une route, une lueur quelconque. Tous les sons qui assaillent sa tête lui apparaissent dans toute leur horreur, et des tonalités rythmiques, bientôt, elle n’entend plus que des cris, dissimulés dans la pénombre. Ses murmures caressent son oreille, mettent un temps trop long à lui parvenir. Ses lèvres asséchées par la peur soufflent des tremblements sur la peau fine de son cou. Il la maintient debout, car bien qu’elle ait l’impression de s’agripper de toutes ses forces, le sol lui semble se dérober sous ses pieds, être un gouffre gluant prêt à l’absorber.  La peur d’être seule dans ce néant-là la taraude, l’affole. La terreur devient folie, rend ses regards perdus frénétiques. Elle rit, comme pour se rassurer, ré-invoquant son personnage avec cet espoir candide qu’il puisse la sauver. Mais à la fin c’est sa voix qu’elle entend, toujours. La même, semblable, mais différente à la fois. Partir. Partir. Partir. C’est le mot qu’elle entend dans la pénombre. Le mot qui la déraidit un peu, juste assez pour que ses jambes consentent à se replier, et ses pieds à quitter le sol. Ses mains se referment autour de sa nuque, ses yeux se ferment sur la courbure du cou, cherchent à s’y dissimuler, à y disparaître. Elle s’accroche, mais le monde vacille. Dans sa tête, tout tourne trop vite. L’obscurité est terrifiante. Elle a envie de crier, de hurler, mais aucun son ne sort de ses lèvres devenues mutiques. Ils rencontrent d’autres silhouettes, chaque fois qu’elle ose ouvrir une paupière, ce sont d’autres masques immondes qui lui apparaissent. Les siens. Les leurs. Tous ceux qui l’entourent, dont les mensonges lui donnent envie de vomir. Eleah tremble, tremble encore. Le froid qui s’est insinué dans ses veines a des relents de morts. Cette mort qu’elle reconnaît comme une compagne étrangement familière, qui lui prend la main, la regarde tendrement en lui offrant un sourire en demi-lune. Sans s’en rendre compte, elle recommence à murmurer des paroles indistinctes. Des morts de syllabes plus que des mots entiers. Cela n’a aucun sens. C’est insensé.

Arthur met un temps relativement long avant de réagir. Il dormait, alourdi par le contrecoup des péripéties nocturnes. Un grognement le tance quand il revient à lui. Durant une minute, c’est le trou noir. Il ne se souvient pas de l’endroit où il se trouve, ce qu’il fait là, ni ce qui a bien pu se passer. Et puis son regard se porte sur la silhouette de James, alourdie par celle de sa sœur, là, entre ses bras. Il grogne encore, rencogne des vertiges dans un coin plus enfoui de sa tête pour se hisser sur ses jambes. Une forme de colère pulse à ses tempes tandis qu’il se déploie sur toute sa hauteur, conscient que son équilibre ne tient toujours qu’à un fil. « Qu’est-ce que t’as foutu ? C’est toi qui l’a mise dans cet état ? » Comme s’il fallait forcément quelqu’un à blâmer. Il fait à ses yeux le coupable idéal, le crime est parfait. « Je peux m‘en occuper. T’en as assez fait. » figure-t-il, en tendant ses bras toujours légèrement tremblants, prêt à la récupérer pour peu qu’il le laisse la prendre. Et puis il réalise qu’il est faible. Trop faible. Il peine déjà à traîner sa propre carcasse, alors celle de sa sœur en plus, ce n’est même pas la peine d’y songer. Il y a pourtant une forme d’inquiétude dans ses injures. « Et merde. » lâche-t-il, avant d’entamer le redéploiement vers la réalité de son pas boitillant.

Lorsqu’ils arrivent à l’extérieur, c’est comme une libération. L’air frais vient chatouiller les visages. Arthur prend une longue bouffée d’air, se sent presque agressé par la fraîcheur extérieure qui jure avec les brûlures de l’intérieur. Eleah quant à elle, s’est un peu calmée. Il n’y a plus que son buste qui tremble, et ses lèvres au s’abreuve encore et encore d’un parfum connut par cœur, désormais. La frénésie de ses mots insensés s’est muée en sonorités plus adoucies, toujours dépourvues de sens, mais moins affolées. Le paroxysme atteint, il n’y a plus qu’à attendre la chute, la redescente progressive, qui anesthésie le corps et l’esprit. Elle se sent si fatiguée tout à coup qu’elle est incapable d’ouvrir les yeux, de distinguer où ils se trouvent, jusqu’où ils décident d’aller. Elle reste immanquablement agrippée, se refuse à le laisser partir, même quand ils doivent essayer de rejoindre le véhicule. Peut-être dort-elle. Ou n’est-ce qu’un rêve qui s’enchevêtre parmi tant d’autres. Les délires se brouillent, rejoignent des souvenirs. Les deux se mélangent, son corps se calme. Quelque chose la berce. Un mouvement. Elle ne sait pas réellement ce que c’est, mais c’est apaisant. Elle rêve. Oui surement. Personne pour la voir. Personne pour l’entendre. Le rêve se déploie, ses lèvres s’entre-ouvrent.

« Too-ra-loo- ….loo-ra-li … » fredonne-t-elle, sans même s’en rendre compte, la voix affaiblie par la fatigue, la drogue encore, les frontières diffuses, confuses, alors que son pouce prodigue une caresse inconsciente contre une infime parcelle de peau. « loo-ra-loo-ral, hush now …don't you cry …. » Elle se souvient. De sa tessiture, si douce, si calme, comptine qu’elle leur murmurait avant qu’ils ne s’endorment. Peut-être qu’elle dort à présent. Eleah ne sait pas. Elle ne sait plus. Elle dort oui, bercée par le rythme d’un cœur qui pulse, comme un écho, se réverbère dans tout son corps. Arthur est à côté, un peu plus loin. Il les regarde, et pour la première fois, ses yeux trahissent autre chose que de la lassitude, ou de la fatigue. C’est une tristesse profonde qu’il dissimule, se remémorant lui-même, les tessitures oubliées, noyées par les excès. Il ne dit rien. Il n’y a rien à dire. Tout est perdu.

hop:
 

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() message posté Ven 30 Mar - 0:47 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
& James




La peau qui se soulève de se savoir profanée, et pourtant appeler l'étreinte jusqu'à la rupture, jusqu'à ce que le corps ne puisse plus tenir, vriller les nerfs jusqu'à avoir mal. Mal que ce ne soit pas assez. Assez de sa bouche ou de ses lèvres. Assez de l'intimité de son esprit qui ouvre un trou noir au fond de ses iris dévorants. Tomber. Tomber dedans. Ne plus vouloir remonter. Les lèvres qui se froissent de ne pas savoir compléter ce que j'aimerais lui dire. Lui dire encore pour qu'elle sache tout. L'univers tournoie autour de nous, et mes bras la retiennent pour ne pas tomber. Ne pas la lâcher. Impossible. Jamais. L'irrésolu qui aspire à une nouvelle altérité, qui consentirait enfin à ployer, parce que recueillir l'autre entre mes bras décharnés a enfin un sens. Le sens que j'ai voulu effacer et corrompre dans la violence que je ne peux plus déployer. Si ce n'est ainsi, pour me détruire dans la ferveur, et mieux ressusciter au fil des charmes de sa langue. Des heures. Une seconde. Eternelle ritournelle qui sature mon coeur qui ne sait plus s'ébattre sans pleurer. L'émotion me ravage, la vague est si fragile mais pourtant m'engloutit tout entier et je distingue le monde au travers de toute l'indécence de ses élans avides. Vides. Vides. Pourtant restaurés, tant que les doigts se referment sur la peau et la brûlent pour la faire frémir de l'indélicat tourment de deux amants oubliés, ici dans la foule anonyme. Tournoie, tournoie mon souffle jusqu'à toi. Tournoie, tournoie mon coeur pour chavirer l'horreur, versée pourtant dans les infinis de nos lèvres reliées. Retrouver l'aridité d'un souffle qui n'est plus partagé me fait tourner la tête, mais je l'enlève pour qu'elle ne se perde pas. Si légère, si légère contre moi, petite poupée empoisonnée, délirante de ces noirceurs que tu as bues sans moi. Mes doigts se resserrent pour mieux la tenir, comme pour ne jamais la laisser s'échapper. Le temps, le temps... Le temps de la laisser partir. Mais pas maintenant. Pas maintenant. Tous mes instincts se nouent pour recouvrer la nature oubliée, abandonnée et déjouée dans le sang et l'ébauche d'une damnation qui ne m'a pas achevé. Elle s'accroche à moi. Elle s'accroche et cherche encore ce contact, elle n'a pas peur, ni de mes gestes ni de mes mots. Elle semble les vouloir et je les lui donne sans renoncer, éteignant les angoisses dans la bestialité d'un geste presque trivial, entièrement dicté par des réflexes qui transfigurent mes traits. J'apparais moins renfrogné en revenant vers Arthur, libre dans les regards portés, sans cette distance immonde qui me fait frayer à la marge d'un monde qui pourtant m'appartient. La nuit transige avec des pulsions, dessinées dans mes iris, avant que ma voix ne tombe sur ce frère que je relève de ses cauchemars pour servir notre liberté. J'aspire à l'air extérieur comme une bête trop longtemps enfermée, mes respirations sont plus amples et mon mépris est tout entier face aux accusations dont je fais l'objet. Je ne prends même pas la peine de me défendre, laissant choir jusqu'à lui tout le poids de mes pensées qui se déchaînent pourtant à l'intérieur de mon crâne, réclamant un prix à l'infamie. Mais je n'ai pas le temps pour un combat de coqs, même si l'ébauche de ses idées me tend plus encore, mes mains se figent, marquent plus encore l'épiderme d'Eleah que je ne compte pas laisser échapper. Je ne peux pas. Je ne peux pas. Pas maintenant. Pas quand tout l'orage est encore déchaîné à l'intérieur de ma carcasse et menace de m'effondrer. Je ne tiens que pour la porter. J'ai un léger pas en arrière tout en arguant avec froideur :
_ Je vais te la rendre, arrête de flipper. Maintenant bouge, Arthur, je veux sortir.
Et mon malaise est tout entier, là, imprimé sur la peau de mon visage qui commence à frémir d'angoisses qu'elle m'a faites partager, à force de les brasser dans son sein. Je la berce doucement tandis que je marche sans m'arrêter, la grande silhouette de son frère en éclaireur, qui écarte les gens plus parce qu'il titube à moitié que parce qu'il les effraie. Je note qu'il boîte, qu'il boîte vraiment. Que ce n'était pas là un symptôme de sa consommation d'alcool qui aurait raidi tous les muscles de sa jambe. Un détail qui glisse en moi, qui vient accompagner tous les autres indices que j'ai collectionnés ce soir, qui forment une harmonie encore indicible tant elle m'est étrangère. Mes idées qui cherchaient à me corrompre pour me préserver de la collision m'ont quitté, déçues de ne pas suffisamment me manipuler. Toutes remplacées par des désirs qui peinent à démordre de mon corps, enchaîné contre Eleah, sans espoir d'une autre liberté que celle qu'elle me prodigue. Ses murmures qui frôlent les délires attirent certains mots que je verse dans sa oreille en grand secret. Juste des mots, comme des caresses pour l'apaiser, et la laisser sombrer dans le confort d'une présence qu'elle n'a cessé d'invoquer, à tournoyer dans la foule. J'inspire l'air à grandes bouffées, m'arrêtant quelques secondes pour respirer. Je lève mon regard sur la nuit qui débute son abdication, s'enrubannant de pastels épars pour venir souffler l'aube sur la ville. Nos nuits aux noirceurs conjuguées me donnent le vertige et m'ôtent toute sensation rationnelle quant à des lendemains irréels. Demain ? Qu'y-a-t-il donc demain si ce n'est l'envie de sa peau, sa langue serpentine contre moi et mes déraisons, pour toutes les boire sans retenue ? Les notes déliées sur son corps, l'harmonie des touches de mon piano pour qu'elle m'entende. Qu'elle m'entende et me ressente.

Paul est resté là, patientant dans la somnolence d'une musique trop douce pour le déchaînement qui a manqué de nous ensevelir. Lorsque j'ouvre la portière pour m'engouffrer avec elle dans les bras, il cherche mon regard dans le rétroviseur et je ne sais que dire. Il doit se demander ce que je suis venu chercher ici, dans la moiteur de la déchéance d'une humanité qui normalement ne me concerne pas. Alors que mes mains sont encore amochées de ces violences qui n'ont pas été évoquées mais que tout le monde a fini par apprendre, à la dérobée. J'ai l'impression qu'il réprouve mais il se contente de me demander si c'est terminé pour ce soir.
_ Je crois oui... Je crois. On va où il te dira.
Je désigne Arthur qui forcément doit pouvoir se rappeler l'adresse, avant de retomber dans un mutisme uniquement perturbé par des gestes que je glisse tout contre elle, dans son dos, pour continuer de la ployer dans le sommeil où elle se laisse dériver. La comptine est charmante, évanescente, les mots délient d'autres soupirs, et des souvenirs les accompagnent. Ils dévalent le visage du frère d'Eleah sans que je ne parvienne à déchiffrer ce qui peut tenir de la souffrance ou de la simple fatigue. Je crois connaître ce qu'elle chante, ma grand-mère furetait jusqu'à notre grande chambre, pour nous fredonner les mêmes airs, les mêmes mots qui furent toujours ancrés. La mélancolie courbe légèrement ma nuque, tandis que je murmure plus que je ne chante, tout près de son visage "And l'd give the world if she could sing, that song to me this day." Ma gorge se serre dans le défilé de la nuit moribonde, les rues s'élargissent pour nous libérer du joug de ce quartier corrompu, mes paupières se ferment à leur tour, cherchant à graver sa chaleur en moi plus encore. Je sais que quand je devrai la relâcher, alors j'aurai froid. J'aurai si froid, je crois. Mes insomnies m'abattent, tandis que les désirs enfouis finissent par s'éteindre, tout comme les heures enfuies de notre rendez-vous qui me paraît si lointain que je me demande si je ne l'ai pas rêvé. Mes yeux se rouvrent pour jeter un coup d'oeil à Arthur :
_ Elle n'a pas l'habitude, mais elle s'en remettra. Je ne sais pas ce qu'on lui a filé, mais je ne pense pas que ce soit autre chose qu'un ecsta ou un acide.
Ma main balaye avec lenteur ses cheveux de son visage pour y lire les symptômes qui s'envolent peu à peu. L'effet est trop court pour que cela ne l'amoche et je l'imagine aisément demain s'écrier, ses doigts en l'air, que c'est vraiment une drogue dégueulasse, tout comme elle a ainsi catalogué la clope. Elle aura oublié sans doute toute l'ivresse de nos corps et un instant je ne sais si cette idée me rassure ou me froisse. La voiture ralentit avant de se garer près du trottoir et Paul nous indique que nous sommes arrivés. Je jette un regard par la fenêtre comme pour regarder l'immeuble où elle prétend aménager un lieu où chacun se sent en sécurité. Bien. À l'abri. Des promesses pour prolonger l'ivresse que je refuse toutefois, rompu par la fatalité du jour qui commence à percer jusqu'à nous.
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() message posté Sam 31 Mar - 22:34 par Eleah O'Dalaigh
james & eleah
Arthur se rencogne un peu plus derrière son antipathie à chaque pas qu’ils s’éloignent de l’antre dévorante où ils se sont échoués. Les mots de James lui reviennent, murmures sentencieux que son subconscient a laissés intacts. Alors elle mourra avant toi. Son esprit alangui par la drogue, la fatigue, l’alcool et la violence s’éveille peu à peu de sa torpeur. Il jette un coup d’œil par-dessus son épaule, alors même qu’il fraye un chemin maladroit pour les extirper du gouffre, sa jambe traînant légèrement derrière lui comme le poids d’une existence trop lourde à porter. Il observe cet homme qu’il ne connaissait pas quelques heures auparavant, qu’il voit déjà comme un fléau, une lueur trop dangereuse pour qu’il ne cherche pas à l’étouffer avant qu’il n’étende son emprise. Ils ont toujours été deux. Binôme étrange, atypique. Chaque fois qu’elle a voulu indexer quelqu’un dans leur univers, il a su trouver les leurres, les injures aussi, pour les faire partir. Quant à lui, il ne s’est jamais suffisamment épris de quelqu’un pour avoir envie d’autre chose, pour nourrir un désir autrement qu’égoïste. Ils ont beau être du même alliage, ils n’ont pas été forgés dans le même moule tous les deux. Certaines choses lui ont fait défaut. Il n’a jamais pu pardonner. Il n’a jamais pu oublier la honte, le mépris, les injures qui ont façonné celui qu’il est devenu. C’est là toute la différence. Elle a su s’élever. Il est resté en arrière, traînant la jambe en façonnant une colère monstrueuse. Il n’éprouve plus grand-chose aujourd’hui. Tout a un goût de cendres. Sauf lorsqu’elle rit. Sauf lorsqu’elle pleure. Ressentirait-il une infinie douleur de la voir mourir avant lui ? Serait-ce une émotion pure, enfin ? Il se le demande parfois. Il éprouve une fascination étrange face à cette idée-là. Une curiosité malsaine. Son regard dérive de nouveau sur les corps qui les entourent. Il se perd un peu plus dans ses pensées, parvient à rejoindre la surface enfin. L’air de l’extérieur lui semble presque agressif sur le coup, tandis que des frissons le parcourent. Il le regarde encore, se statufie face aux deux silhouettes qui se découpent devant sa rétine. L’un contre l’autre. L’un dans l’autre. L’image le dérange. Mais il doit se rendre à l’évidence : ce tableau-là, il ne peut pas en faire partie. Une aridité naît sur sa langue. Ses yeux se plissent dans l’obscurité, il fait craquer ses cervicales avant de chercher du regard un véhicule quelconque.

« Bagnole avec chauffeur... Ça va, on s’refuse rien. » le pique-t-il, ne pouvant s’empêcher d’avoir à son égard une pointe de sarcasme désagréable supplémentaire. Arthur hausse machinalement les épaules, avant de rentrer dans la bagnole. Il vérifie qu’il monte bien à son tour, au cas où il aurait dans l’idée de se barrer avec elle. « Allez vers Soho … J’vais vous guider au fur et à mesure. » Parce qu’il a surtout une mémoire visuelle, et qu’il est incapable de retenir une adresse par cœur. En revanche il visualise plutôt bien ce qui l’entoure. C’est ça qui le sauve bien souvent, qui lui permet de se retrouver même quand il est dans des états seconds. Alors de manière lasse il indique les directions, une à une, parfois en bougeant son long index, parce que les mots ont dû mal à venir. Faut dire qu’il frôle la somnolence. Qu’il est loin d’avoir récupéré. De temps à autre il jette des coups d’œil sur son côté, n’est pas vraiment d’humeur à faire la conversation. Il ne l’est jamais, de toute façon. Le fredonnement lui parvient. L’arrête dans un geste. Pendant une seconde un vide absolu l’étreint. Il l’entend lui répondre, poursuivre cette comptine qu’à l’évidence il connaît, lui aussi. Il ne peut s’en empêcher alors. Comme s’il venait de profaner là un territoire interdit sans s’en rendre compte. « Chante pas. Ça va la réveiller. » Le ton est abrupte. Il ne le regarde même pas. La magie de l’instant, il la prend au creux de sa paume et l’y broie sans aucune honte. « Détrompe-toi. C’est pas la première fois. Elle était pas si candide que ça, à une période. »

Mais cela n’atteint pas Eleah. Elle est si loin à présent, si loin. Le calme est revenu dans son corps. Un calme qui frôle la léthargie, comme si tous ses membres avaient été anesthésiés. Elle ne dort pas d’un sommeil profond. Elle est dans cet entre-deux incertain, où réalité, rêves et souvenirs s’entremêlent les uns aux autres pour former un tout indistinct. Le murmure de James lui parvient. Elle n’est pas triste. Non, elle esquisse comme un sourire lointain, engourdi par le sommeil, en effleurant la peau de son cou avec le bout de son nez, s’y plongeant davantage, ayant perdu toute notion du temps, ou de l’espace. La sensation est agréable. Contraste totalement avec les vertiges d’un peu plus tôt. Si elle devait rechercher un seul effet en consommant de la drogue, ce serait l’euphorie du début, et l’accalmie de la fin, comme celle-ci. C’est si paisible. Toutes les tensions évanouies, il lui semble ne plus rien éprouver de troublant ou de négatif. Rien de l’atteint. Elle se sent protégée, maintenue dans un cocon de chaleur sécurisant qu’elle ne voudrait pas voir se briser. Demeurer ainsi, toujours. L’idée est caressante. Le ronflement du moteur s’interrompt, ils se sont arrêtés, visiblement.

« C’est là. » déclare Arthur lorsque le véhicule s’arrête devant le grand bâtiment. Un quartier qui jadis ne comptait que des usines, de métallurgie et de textile. Toutes les architectures industrielles avaient été rasées, refaçonnées en immeubles proprets. Toutes, sauf ce bâtiment et ceux adjacents, laissés tels quels, réaménagés à l’intérieur en lofts spacieux et atypiques. « Tu la montes ou quoi ? » demande Arthur en s’extirpant du véhicule, arborant une silhouette toujours un peu chancelante. Il n’est pas plus en état que tout à l’heure de la transporter jusqu’en haut. Alors un peu plus, un peu moins. Il entame l’ascension vers le loft de sa sœur, emboîte le pas, met un temps très long à se souvenir du code de l’interphone, en bas du bâtiment. Il entre en premier, se concentre, farfouille dans le sac d’Eléah qu’il a récupéré dans la bagnole pour trouver ses clefs. Heureusement ils ont eu la présence d’esprit d’installer un ascenseur. Pour aller au dernier étage, là-haut, tout près des toits, c’est plus commode. Ses mains tremblent lorsqu’il s’efforce de mettre la clef dans la serrure. Il y parvient enfin, ne prend même pas la peine d’allumer la lumière. Les premières lueurs du jour filtrent par les baies vitrées immenses. Il n’y a qu’une seule pièce, découpée en espaces non clos. La hauteur de plafond est colossale, comme dans ces halls d’usine où défilaient les petites mains tout le jour.  La cuisine a moins de hauteur, car au-dessus, on distingue comme une mezzanine, que l’on peut rejoindre par un escalier en colimaçon en fer forgé, et qui mène à la chambre d’Eleah, en partie cloisonnée, ouverte néanmoins sur l’extérieur grâce à une véranda qui donne à la fois un accès à une terrasse, mais aussi aux toits.  D’emblée, Arthur suit une ligne droite. Il s’affale dans un canapé d’angle en vieux cuir, y disparaît totalement, avec nonchalance, il n’a déjà plus conscience.

Eleah dort d’un sommeil quasiment profond à présent. Ses bras sont demeurés intacts, agrippés. Ils ont refusé de lâcher leur prise. La drogue a un effet si terrassant qu’elle peine à comprendre ce qui se passe, où elle se trouve. Un murmure la traverse de part en part alors qu’elle se sent un peu ballotée. « … On … Où … ? » Des mots indistincts, alors qu’elle entre-ouvre légèrement les yeux, reconnaît dans un balancement un environnement familier sans pour autant être sure qu’il s’agisse de la réalité à laquelle elle appartient. Je suis là. Les mots lui reviennent, lointains, comme venus d’un autre monde. Elle essaie de reprendre conscience, d’ouvrir les yeux, parvient à articuler un indistinct : « Tu … Là … » Peut-être la prise cherche-t-elle à se relâcher, à se libérer. Elle ne sait pas. Tout son corps lui semble si lourd, terrassé par une fatigue qui n’a rien de naturelle. Ses doigts se referment autour des siens, les agrippent dans un soubresaut de conscience. Elle a l’impression d’être sur son lit. Sur une surface plane. Quelque chose de moelleux en tout cas. Sa posture est changeante. Un soupire sous-tendu la traverse de part en part. Elle murmure : « Reste …. » et puis même dans l’inconscience, son instinct qui revient, qui est là, toujours là. L’instinct qui lui dit toujours de n’imposer aucun fer, aucune bride qui ne serait consentie. Elle ajoute alors : « Reste … Si tu veux. » Laisser le choix, toujours. Même quand tout le corps appelle une autre présence, même quand il crèverait d’être le seul. Car ce choix, c’est la clef de tout. Toujours.


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() message posté Mar 3 Avr - 0:15 par James M. Wilde


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Eleah
& James




Les fureurs abandonnées au loin, l'antre se clos en bâillonnant les basses dans le bruit mat des portes qui se referment dans notre sillage. Sentence d'une nuit échue, les faux rires mis en demeure pour n'avoir pas su nous arracher à cette réalité qui tangue dangereusement sous nos pas, je regarde le ciel pour reprendre des distances. Que je ne puis atteindre. Son souffle alangui dans mon cou, je dénoue trop d'indices de sa présence pour savoir les chasser de ces endroits où ils se rencognent, et tombent jusqu'à l'âme à l'ombre des interrogations que je silence. Mes bras en hommage à un tout que je me crois incapable de former, je sclérose pourtant sa silhouette contre moi, la protège des vagues qui étreignent mon corps en le laissant trembler dans les ombres de la nuit. Ondes fugaces de souvenirs rapidement repoussés, je m'engouffre dans le véhicule tout en la tenant avec la précaution des fauves qui trimballent leur proie. Ne rien abîmer de ce qui la constitue de peur de ne savoir maîtriser les instincts qui tambourinent encore. Arthur prend quelques hauteurs dans son mutisme et je ne saisis pas une seconde les convoitises froissées qui se muent en jalousies farouches, je ne vois dans ce frère que cette épave échouée à bonne distance, qui ne parvient pas réellement à me tenir compagnie quand toute mon attention demeure rivée sur elle et sur la chaleur de sa respiration contre les pulsations de mon sang qui s'abattent sous ma carotide. Même ses réflexions qui se veulent mordantes glissent sur ma carcasse qui les a par trop étanchées, je commente rapidement :
_ Arthur. Paul. Et c'est pas mon chauffeur.
Je n'épilogue même pas même si Paul se fait l'écho de mon constat. Non mais. Chauffeur quelle horreur pour un gars comme ça. Ma voix est égale, l'agressivité enfuie car je ne fais que couver Eleah de mes regards pour veiller son sommeil sans comprendre pourquoi mes iris demeurent fixes, caressant son visage comme pour en graver ces détails arrachés à l'intime dorénavant qu'elle semble fleurter avec les prémices du sommeil. Soho, c'est vrai... Au moins Paul n'aura-t-il que peu de chemin à faire pour rentrer et retrouver ainsi ses devoirs abandonnés. Je l'imagine aisément songer à la solitude de Vega laissé en plan en plein rush, dérangé dans son système de valeurs quand le voilà obligé de ne pas les honorer à cause de moi. Cependant, au delà de ce seul coup d'oeil que nous échangeons et de mes mots rassérénant, je ne cherche guère d'excuses à ces exigences balancées à la faveur de la nuit quand d'habitude j'associe mes errances à la vitesse déchaînée de la Blackbird ou à la neutralité d'un taxi. Ils échangent quelques indications pataudes avant que mes indiscrétions ne se voient comblées par cette chanson excavée d'une enfance devenue entremêlée le temps de quelques secondes. Même la musique qui gémit dans l'habitacle se tait, me laissant dans le silence de ces oublis à rebours qui tracent sur ma langue un goût loin d'être désagréable. J'aimais quand Gran me chantait cette comptine, elle avait un accent dont je riais beaucoup me demandant pourquoi ma mère avait tout fait pour le masquer alors que cette sonorité m'apparaissait charmante. L'interruption d'Arthur se veut violente et me fait légèrement sursauter, brisant l'instant qui s'élevait au-dessus de nos trivialités. Je me tais cependant, préférant prendre la joue d'Eleah dans ma paume avant de tracer une caresse du bout du pouce sur sa tempe. Rêve... Rêve à tous ces endroits où nous ne serons jamais. Rêve et dérive sur les aléas d'une nuit qui t'échappe et se referme déjà sur les aspérités les plus crues de l'humanité. Je te sens encore sous ma peau. Alors rêve que ce ne soit guère le cas... le frère achève le tableau d'une décadence entamée et je cherche sur son visage si paisible les erreurs d'un passé lointain qui l'aurait enchaînée aux mêmes exactions que les miennes. Je ne sais quoi en garder. Est-ce un trouble iridescent ou des accents noirâtres à mes angoisses ? Celles qui me tracent à côté d'elle dans des dérives qui nous enchaîneraient dans des sentiments brutaux et ulcérés. J'en ai envie. J'en ai tant envie à présent que les feux de notre danse se sont glissés jusque dans les dénivelés de ma chair. Son sourire adoucit les peurs, dessine l'esquisse de mes lèvres dans une décontraction qui m'emporte auprès d'elle comme si nous étions dorénavant coupés du monde et des autres qui nous menacent. Je ne suis pas ravi que le trajet se soit interrompu, encore bercé par ses odeurs sucrées qui me plaisent et attirent des convoitises enchaînées contre mon cœur et allongées dans ma tête. Mon front rejoint un instant la courbe de son crâne comme un hommage à l'abandon que je ne peux me résoudre à perpétrer. J'ai pourtant l'impression de le devoir quand la sentence se grave. C'est là. Ici. Maintenant. Terminé. Mes doigts s'impriment dans ses vêtements quand Arthur me sort de ma rêverie assombrie. L'aube ouvre ses bras pour m'emporter. Je l'emporte contre moi, obtempérant en silence, les battements de mon incertitude dans mes tempes à chaque pas dessiné. Je fais à peine attention au décor, le pan de ma veste glissé sur la peau découverte de ses jambes nues pour les protéger des morsures d'un hiver expirant ses derniers frimas. Je délaisse des instructions dans mon sillage :
_ Merci Paul. Tu diras à Greg que je ferai la soirée de demain. Qu'il se repose. Je ne veux même pas le croiser.
Je le laisse dériver dans les rues encore dégagées tandis que l'ascension se dessine. La lourdeur des portes de l'ascenseur qui se referment, mes épaules qui ploient légèrement. Le malaise s'évanouit dès que je la regarde. Les tribulations de mon guide occupent les esprits encombrés qui cherchent à s'assoupir sans m'en ménager une seule occasion. Les changements de décors successifs me laissent bien trop conscients de mon rôle d'étranger invité en des territoires proscrits. J'ai l'impression qu'Arthur se mure plus encore dans son mutisme ombrageux pour me rappeler ma place et d'ailleurs il m'abandonne rapidement à mon sort. Je reste en plan, interdit dans l'espace que j'apprivoise en humant l'air, cherchant dans ses fragrances quelques notes connues.

Je m'attends à la vague de panique mais la panique ne vient pas. Les espaces sont vastes et dans le noir qui s'éveille peu à peu de lueurs éparses, je n'en distingue pas les limites. C'est comme avec Eleah, les frontières se brouillent, son domicile ne cherche pas à m'enferrer et très rapidement j'en appréhende les contours sans même consentir à les frôler. Les ouvertures sont vertigineuses, presque comme chez moi hormis les hauteurs que nous n'atteignons pas ici. Mais distinguer les alentours m'indique que les vis à vis sont inoccupés. J'en conçois une sensation très aérienne, peut-être empruntée à la fatigue qui croît peu à peu dans mon échine. J'abandonne le fantôme qui est allé s'échouer quelque part et sans trop réfléchir vise la direction du seul escalier que j'aperçois. Elle n'a pas menti, chez elle l'on ne se sent pas mal, je ne peux encore prétendre m'y sentir bien. Mais c'est là sans doute un effet que je ne caresse même pas dans mes fantasmes, mes pas guidés par ses souffles ralentis, ses lignes recueillies dans le creux de mes bras. Lignes infinies tant que je ne les briserai pas. Je monte doucement, cherche à assurer mes appuis pour ne pas la réveiller et découvre avec une sorte d'émotion les détails brumeux d'une intimité envahie malgré moi. Tous mes codes sont défaits, l'échec d'un départ qui se poursuit sans apparaître viser un but identifié. Combien de femmes raccompagnées chez elles, baisées à la faveur d'un divan, d'un fauteuil, d'un mur, d'un lit. Anonymes parures d'intérieurs désuets. Aucune accroche pour aucun souvenir invité dans ma tête. Plus rien si ce ne sont que des soupirs qui s'éraillent pour avoir été trop expirés. Mais ainsi rendre des hommages à une inconnue qui n'en est pas une, un écho du passé renoué jusque dans chaque muscle qui s'éveille de se savoir transpercé d'une sensation incongrue, mélange d'excitation et de ferveur, touches d'angoisse et d'horreur. Jamais. Jamais. Pas de retour en arrière... Je n'ai fait que partir, abandonner les théâtres en ruines pour déserter les heurts. L'abandon est facile, je l'ai réitéré il y a si peu de temps. Alors qu'est-ce que je fous ici ? Je me tends mais la marche un peu brusque se voit flattée par sa voix qui s'élève jusqu'à moi, pose ses langueurs sur la créature farouche qu'elle sent m'habiter. Je réponds quelques mots, des murmures si doux qu'ils contrastent toute l'incompréhension qui continue de geindre en moi pour la rendre aphone.
_ Chez toi. Je suis là. Je suis là...
Les mots portés tant de fois, promis sans feinte mais qui s'effondrent de tant de failles toutefois. J'ai tenté de la déposer sur son lit mais elle semble se raccrocher à moi. Encore. Encore. Je suis là. Je suis là. Encore. Encore. Pourquoi ? Pourquoi le dire si c'est pour la laisser comme toutes les autres ? Même celles que j'ai aimées ? Je l'abandonne d'ailleurs, regarde son petit corps recroquevillé sur le drap, soigneusement déposé pour ne pas l'arracher au refuge du sommeil. Je rabats la couette comme pour réinstaurer le cocon dans lequel j'ai su l'enfermer. J'ai froid maintenant. J'ai si froid en ne la serrant pas. Je reste. Reste. Moi. Elle. Au même moment. Pause infâme qui brûle mes entrailles. La négation absente. Avant même qu'elle ne s'oublie dans la liberté ébauchée. Le choix est fait, il est fait depuis que je l'ai revue hier, et que j'ai échoué toutes mes questions à son encontre pour savoir ressusciter en reniant toute la honte. C'est elle que j'abandonne sur le seuil de la mezzanine, la honte meurt au moment où je souffle :
_ Je ne t'abandonne pas.
Je ne partirai pas. Parce que pour la première fois, je ne m'y sens pas contraint. Je ne te dois strictement rien. Et pourtant je ne veux que rester. Mes doigts se referment en deux poings. L'incompréhension verse ses feux et ma colonne vertébrale laisse courir un dernier frisson. Les chemins s'élargissent, deviennent des multitudes, écheveaux d'éphémères instants. Je n'en choisis aucun. Je me glisse auprès de celle qui danse les heures arrachées à la mort, retrouvant son odeur, entièrement envahi par elle désormais que me voilà tout autant protégé par l'édredon. Je me modèle à son corps, dans son dos mon bras rétablit un contact, ceint sa taille, mes doigts sur le tissu froissé de la robe, là sur son ventre. Ma respiration se love dans sa chevelure et je m'autorise à entièrement la respirer, les yeux fermés, dans une intimité propice à tous les fantasmes qui peignent tous mes rêves. J'oublie les heures pour les ensommeiller, la nuit m'étreint. Mais c'est Eleah que je garde contre moi. Je ne sais pas combien de temps je me suis assoupi. Des minutes, des heures ou des années. Mon cœur rate un battement et le sursaut racle mes muscles pour les brutaliser, j'ouvre brusquemment des regards alarmés sur la chambre, en demies teintes des illusions d'un jour à peine éclos, je ne sais plus où je me trouve. Ailleurs. Pas chez moi. Pourquoi ? Pourquoi ? Les boucles souples de ses cheveux noirs glissent entre mes doigts, j'essaye de convoquer un visage quand je ne vois que celui de Reb, imprimé dans ma tête à cause de mon cauchemar. J'inspire. Longuement. Jusqu'à l'hérésie. Me droguer d'une odeur qui m'apaise, je la reconnais enfin et la réalité rejoint mes chairs qui s'alourdissent d'une fatigue qui n'a guère été repoussée en si peu de temps. Je rétablis ma prise sur son corps, je me suis distingué d'elle dans mon sommeil trop agité. Ma silhouette irradie dans son dos, je glisse mon nez à l'orée de sa nuque pour me soustraire à mes angoisses, ma main plus jalouse que jamais sur sa hanche comme pour marquer ma paume d'une possessivité qui me rassure. Je suis là. Elle aussi. Encore. Encore une fois.
 
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() message posté Mar 3 Avr - 20:09 par Eleah O'Dalaigh
james & eleah
Les repères s’étiolent tour à tour, nargués par l’onirisme d’un rêve étrange qui se referme sur leurs deux silhouettes en quinconce. Un soubresaut de conscience la traverse, elle reconnaît dans l’entrebâillement de ses paupières l’espace connu, familier, et cela la rassure. Qu’importe ce qui a pu se passer, qu’importe les conséquences. Se savoir chez elle, dans l’écrin d’intimité qu’elle a su créer, finit de l’apaiser. Il n’y a plus rien pour la soustraire à ce sommeil qui crève de l’emporter. Rien hormis  cette notion qu’elle a de lui. Une notion pleine et entière alors que ses bras ne peuvent se résoudre à le libérer totalement de leur prise. Ses phalanges se replient légèrement sur son tee-shirt lorsqu’il s’emploie à la déposer sur son lit. Tout son corps se tend, se recroqueville, semble mettre un temps infini à retrouver le sens d’une posture indépendante, sans ses mains à lui pour la protéger de l’extérieur. La fraîcheur de la pièce l’étreint, puis le vide, soudain. Il n’y a plus rien de sa silhouette, plus rien à quoi se raccrocher, plus rien, non, à part un vide béant qui l’impressionne. La panique l’étreint, juste assez pour amorcer un semblant de réveil. Les frontières entre rêve et réalité se brouillent plus encore, alors qu’elle se trouve dans cet entre-deux incertain, à lutter contre l’envie puissante qui cherche à l’entraîner dans d’autres bras. Elle quémande, implicite. Suggère, invite. Eleah ne voit pas passer les secondes flottantes où il hésite à la rejoindre, où il s’éloigne pour mieux lui revenir. Déjà elle s’enlise dans une tiédeur nouvelle, ses membres détendus de se savoir chez eux, sa tête trop lourde pour se soulever encore. Les odeurs des draps l’embaument, un soupire de bien être lui échappe, les effets de la drogue à présent dissipés pour laisser place à un éreintement cuisant contre lequel elle n’a pas la force de lutter.

Ses paupières balbutient encore légèrement en sentant le matelas bruisser à ses côtés. Il est là, oui. Elle ne sait pas si elle le rêve, s’il appartient à cette réalité étrange qu’elle a dû quitter à un moment donné. Elle ne sait plus quand exactement. Tout est si loin, si abstrait. Mais elle se rappelle de sa tessiture, des murmures de sa voix dans l’obscurité parfois terrifiante d’une nuit parcourue de lueurs trop changeantes pour n’être pas effrayantes. Une chaleur nouvelle l’accule, se modèle contre son dos en une présence. Sa tête se tourne, légèrement, en même temps que ses genoux se replient un peu. Son subconscient reconnaît son odeur comme une comparse devenue familière au gré du temps passé à en humer les notes. Un sourire de bien être rassurant s’étend contre ses lèvres. Elle ne le voit plus, elle dort, mais sa paume vient malgré tout se poser sur son bras, raffermir la prise qu’il a autour de sa taille. Tu es là, oui. Ne m’abandonne pas, ou abandonne toi en moi. Sa respiration légèrement irrégulière devient une mesure. Elle pourrait danser sur elle. C’est une mélodie, alanguie par l’essoufflement, par d’autres pensées aussi dont elle ignore pourtant les contours. Elle dort, plus rien n’a de sens. Les battements de son cœur tentent de se calquer sur ceux qui tambourinent contre son dos. Les heures peuvent défiler, il n’y a rien pour les retenir. Rien, que du silence, des bruits étouffés venant d’un extérieur sans âge, sans contours. Eleah frôle le réveil en le sentant s’agiter à ses côtés. Ce n’est pas assez pour lui faire ouvrir les yeux, pour qu’elle se lève et l’interroge. Elle prend conscience de sa présence. Une conscience différente de celle alanguie par les excès de la nuit. Une conscience pleine et entière, qui ne lui fait pas peur, qui l’attire au contraire. Elle ne sait ce qui le tourmente, imagine les évanescents cauchemars qui étreignent souvent ceux qui doivent vivre avec une fracture, moribonde et douloureuse. Ces cauchemars-là, ces rêves aux atours terrifiants, elle les connaît mieux que quiconque. Ils sont ses compagnons de route, constants et épisodiques tout à la fois. Elle sent son inspiration trembler contre sa nuque, ne bouge pas pour lui laisser en main tous les secrets d’un rêve qui n’appartient qu’à lui seul, sans le laisser craindre de l’avoir réveillée. Ses doigts s’arriment à sa hanche avec plus de ferveur, trahissant peut-être les angoisses sous-jacente. Du haut de sa somnolence, Eleah se retourne, sa silhouette venant se lover contre la sienne en lui faisant face.

« Dors … » souffle-t-elle, murmure qui se dissout dans le silence de la pièce où il ne fait pas si sombre, où toutes les lueurs qui transparaissent par les ouvertures immenses dansent contre les murs. Elle a glissé ses doigts autour de sa taille, sa paume venant se loger sur son dos. Le bout de son nez, les souffles suspendus à ses lèvres, tous ont rejoint le territoire familier de son cou, y apportant le rythme régulier d’une respiration tranquille alors que le sommeil la happe encore, l’étreint avec une douceur qui s’imprime sur ce corps qui ne lui appartient pas, qu’elle ne cherche pas à contraindre, mais contre lequel elle se modèle avec délicatesse, pour le garder d'un sommeil trop rude.

Ses paupières finissent par se rouvrir sur une réalité toute confuse. Elle n’a aucune idée de l’heure qu’il est. Devine à la luminosité de la pièce que Londres doit être pluvieuse, comme souvent à cette période de l’année. Une tension traverse ses muscles qui se réveillent tour à tour. Son cœur bat plus vite, tout à coup. Il y a une paume posée contre son ventre, celui-là même qui est d’une chaleur apaisante, mais qui crie aussi, de n’avoir pas été nourri depuis trop longtemps. Son visage bouge, se tourne avec prudence. Les contours d’un visage endormi s’apposent contre sa rétine. Elle n’ose faire un seul mouvement, par peur de le réveiller, de briser cet instant si calme d’apaisement. Avec douceur, elle retire la main qui l’entoure, se glisse telle une anguille à l’extérieur de l’étreinte. Déployant ses jambes à l’extérieur du lit, un léger étourdissement l’étreint lorsqu’elle se hisse. Le monde vacille légèrement autour d’elle. Elle a mal au crâne, comme si elle avait trop bu, ou … Eleah cherche à se concentrer, à convoquer les souvenirs de la soirée passée. Spontanément elle se masse les tempes, est prise de vertiges en s’apercevant que les images sont confuses. Elle se rappelle des harmonies. De la découverte du chant. Des perspectives rêvées de leur duo, de la nourriture aussi. Pour le reste, il lui faut se concentrer davantage. Cela se mélange un peu. Elle disparaît plus loin sur la mezzanine, se glisse derrière la porte qui mène à la salle de bain. Avec appréhension elle jette un regard sur son reflet dans le miroir, se heurte sans surprise à une mine défaite effroyable. Son mascara a coulé sous ses yeux, sa frange n’est plus qu’un épis douteux … Sans attendre elle se défait de sa robe imprégnée d’une odeur terrible, la délaisse dans un panier avant de s’aventurer sous l’eau d’une douche brûlante. La pièce s’engorge d’un nuage brumeux, ses muscles se délient un à un et avec eux, ses idées. Le puzzle est imparfait, certaines pièces manquantes. La présence de James dans son lit est un mystère dont elle préfère silencer les énigmes le temps que sa mémoire lui revienne. Une chose est certaine : ils n’ont pas couché ensemble. Non, elle serait dans une autre tenue, si c’était le cas. Elle a pourtant une conscience étrange de son corps, comme si les souvenirs d’un passé plus lointain se rappelaient à elle avec plus de détails que ceux de la veille. Elle quitte la chaleur de la douche, enferme ses cheveux dans une serviette en séchant toutes les parcelles de son corps. L’odeur de propre lui donne l’impression de faire peau neuve. Comme si de rien n’était. La légèreté étend de nouveau son empire sur ses sens. Après avoir enfilé une robe claire légère, elle passe un kimono coloré en soie bleue autour de ses épaules, en noue la ceinture autour de sa taille avant de redescendre, sans bruit, de la mezzanine où James semble sommeiller toujours. Dans le salon, elle porte un regard sur le divan désert. Il y a un mot sur la table basse. Arthur qui lui indique qu’il est partit faire un tour, qu’elle ne doit pas s’inquiéter. Un soupire l’étreint de part en part. Elle se saisit d’un crayon de papier déposé sur une console en bois, l’entortille dans ses cheveux pour les maintenir en l’air dans un équilibre scabreux. Eleah est sereine, quoiqu’incertaine. Dans la cuisine, sous la mezzanine, elle met le percolateur en route pour faire du café, pose une tasse en évidence, au cas où elle ne l’entendrait pas se lever. Elle a cru comprendre qu’il aimait cela. Au moins une chose qu’elle n’a pas oublié. Pour elle-même, elle verse de l’eau bouillante dans une tasse, et un sachet de thé vert. Puis elle entreprend de remonter, sans bruit, sur la pointe de ses pieds nus, avec son mug tout contre sa paume. Elle passe à côté du lit sans le réveiller, disparaît plus loin derrière la porte transparente qui mène à une véranda, remplie de plantes. On dirait presque une serre en fer forgé, en réalité. Beaucoup de cactées, de plantes grasses, d’orchidées aussi qui apprécient la chaleur du lieu. Et son fameux plan de chanvre, qui atteint des hauteurs impressionnantes. Au milieu, il y a comme un petit divan, et une petite table. Et de l’autre côté, une autre porte qui permet d’accéder aux toits. Elle adore cet endroit, cela lui permet d’avoir l’impression d’être dehors, tout en étant protégée du froid, et de la pluie extérieure. D’ailleurs, cette dernière crépite sur le dôme en verre. C’est une journée comme une autre. Enfin … pas tout à fait. Car une impression demeure. Celle de lui devoir quelque chose, d’avoir éprouvé sa présence dans une sensation de détresse immense. Les souvenirs sont fractionnés, confus encore. Eleah s’assied, s’installe, replie ses jambes, finit par les étendre en travers en tournant sa cheville dans le vide au rythme d’une chanson qu’elle fredonne, inconsciemment, sans même articuler les paroles. Du bout des doigts elle se saisit d’un magazine littéraire, repère une annonce pour une conférence, puis une autre. Son esprit s’éveille. Les souvenirs s’alanguissent. Les sensations demeurent.  Les idées renaissent aussi. Celles qu’ils ont su faire frémir la veille, avant que les noirceurs de la nuit ne les happent. Elle se souvient des harmonies, oui, elle ne les a pas oubliées. Et les sensations renaissantes les laissent comme gravées, là, dans son ventre, sous cette paume qu’elle a senti vibrer. L’un contre l’autre. L’un dans l’autre. Tout est si lointain, si abstrait, et en même temps, il est des choses qu’elle sait. Oui, elle sait, désormais.


« let me touch your symphony »
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() message posté Mer 4 Avr - 18:44 par James M. Wilde


« Let me touch your symphony »

Eleah
& James





L'ombre des cauchemars qui dessine les volutes de ses cheveux noirs, l'instant au passé d'une seconde qui m'étouffe avant que je ne sache de nouveau respirer. Ma main rétablit une emprise illégitime sur la tiédeur d'un corps en vie contre le mien, qui refuse avec virulence les morsures de la mort. Elle bouge tout contre mes tourments pour les dissiper au moment où elle se retourne. Rencontre maudite au carrefour de tant de chemins étiolés. Etoilés sous ses paupières closes, je les caresse des yeux avant de ne la laisser m'étreindre, distinguant mes crispations dans l'alanguissement dont elles crèvent de sombrer, à l'orée de sa peau. Mes jambes s'entremêlent aux siennes, la corruption d'un lien dans l'entre-deux des rêves pour repousser tous les cauchemars, j'accompagne son souffle en l'attirant encore plus dans mes bras. Et dans l'étreinte, je me surprends à obtempérer. J'obéis dans l'indistincte seconde qui me fait exhumer le sommeil des méandres d'une existence fracturée. J'oublie la fracture pour la laisser se refermer. Le temps d'une trêve, le temps d'un souffle que nous échangeons avant que je ne me laisse dériver à ses côtés. Le chemin suit la pulpe de ses doigts dans mon dos, se fait tortueux quand sa tête se niche auprès de mon cou, incandescent au moment où nos respirations s'emmêlent pour me projeter dans les ténèbres. Où elle m'attend. Et je les embrasse pour n'avoir pas su y sombrer. L'un contre l'autre. L'un à l'autre. Le temps que les heures passent et me laissent solitaire. J'ai un réflexe qui cherche à la retenir au moment où elle quitte la couche d'une nuit impromptue mais ne me réveille pas. Mon sommeil est trop lourd, il cherche à restaurer l'aplomb de son règne sur ma carcasse rompue, les lois de son royaume trop de fois trompées dernièrement pour que je puisse y échapper. Je m'y plie tout entier, enfoncé dans le matelas, les lignes de mon corps se jouant de la courbure des draps qui dessinent un havre que je referme sur mon épaule, presque jusqu'à mon nez, ne laissant plus que mes cheveux en bataille dépasser du tissu d'une douceur effroyable. Son odeur tout autour, mes inspirations sont amples pour la graver, les désespoirs sont si loin quand le néant me berce, des images le percent, de la musique surtout, et quelques fois, mes doigts battent une mesure régulière sur l'oreiller déserté à côté de ma tête. Un temps, c'est toi. Attends, c'est moi. Mes doigts se referment sur le vide, tâtonnant à côté jusqu'à ce qu'ils ne trouvent rien à plus convoiter. La quête abandonnée rouvre mes paupières alourdies sur une lumière tamisée. Je n'ai pas de sursaut, mes souvenirs reparaissant à la seconde où j'inspire sans violence. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je me sens en sécurité. Je laisse mon univers sur le côté, renversé par mon corps qui refuse toute station qui remettrait toutes mes idées dans la banalité de l'ordre. Je les laisse encore un peu tourner en rond, tout en préférant à des pensées inutiles des détails anodins que je me mets à compter. Les objets qui trainent sur sa table de nuit, des vêtements qui reposent dépliés sur une chaise, sans doute ceux qu'elle a oublié de porter, le son lointain d'une goutte d'eau qui s'écrase sur la céramique. Je la cherche quelque peu mais ma conscience la sait au loin, mes sens trahiraient sa présence si elle se trouvait encore là, à portée de mes regards. Je pose précautionneusement mon pied sur le sol froid, laisse un frisson soulever ma peau avant de ne trouver la force de me lever. J'ai une sorte de léger vertige, dans l'appréhension d'un espace qui n'est pas la mien, et parce que je me suis oublié à trop dormir quand ma tête n'en a plus l'habitude. J'ai encore sommeil, et mes songes ensuqués cherchent à trahir une volonté qui vacille sur des jambes fragiles. Je pourrais retourner dormir dans ce lit étranger et me couler dans la chaleur sous l'édredon, laisser tous les mots en suspens dans l'air que je respire. Mais mes épaules se contractent au souvenir d'un cauchemar que j'ai dû faire, et je me détourne du lit, trouvant sans peine la porte qui dévoile la salle de bain. J'ouvre le robinet et passe de l'eau sur mon visage cave, avant de faire l'inventaire de mon état. Mes fringues sont froissées, mes cheveux sont dans un désordre monstre, que je peine à mâter du bout de mes doigts humides, avant d'abandonner complètement la partie. Je frôle mon arcade, tâte la plaie refermée qui ne me fait plus du tout souffrir désormais. Une ligne assombrie maquillée par mon sourcil, cela ne se distinguera plus d'ici quelques semaines, à moins de chercher le stigmate de la faute. Mes doigts tremblent sous l'eau glacée, je me penche pour boire quelques gorgées qui descendent difficilement dans mon estomac barbouillé. Manque d'alcool, manque de came, je sais les quelques tremblements qui m'agitent et me font frotter mes avant-bras comme si j'avais froid. Je me force à ravaler une envie conjuguée à des excès que je souhaite abandonner quelques jours durant, et les yeux fermés pour dérober mon reflet à une inspection qui me taraude, je finis par me maîtriser. Je défroisse ma chemise noire, je parviens bien mieux à dénouer les boutons dorénavant que l'agilité dans mes mains se restaure. Et comme chaque matin, j'exerce mes doigts pour chasser toute rigidité malsaine qui aurait su les ployer durant l'avanie du sommeil. J'ai une gueule un peu plus reposée, mais mes yeux demeurent agrandis par la détestation qui révulse encore mes chairs. J'ai besoin d'un verre ou d'un café. Le premier qui saura rencontrer la chaleur de mes doigts. Je m'extirpe de la salle d'eau, un peu plus présentable, sans avoir osé pousser l'invitation jusqu'à utiliser la douche. Je suis sur un territoire complètement étranger, comme tout ce qui la concerne depuis que nous nous sommes retrouvés. Je n'erre jamais ainsi à l'aventure de l'appartement d'une conquête, en général je me tire sans rien laisser derrière moi. J'envisage cette solution mais quelque chose me l'interdit au moment où je passe ma veste sur mes épaules. Pourquoi partir si je ne sais même plus où aller ? Rentrer chez moi certes, mais dans l'étrange seconde où je cherche à recouvrer tous mes instincts, j'ai l'horreur de constater qu'ils ne se laissent guère convoquer. La perspective de mon appartement trop froid et trop grand ne m'attire pas vraiment, alors je laisse tomber les habitudes pour forger une allure incertaine. Une créature par trop précautionneuse qui se penche sur la rambarde pour embrasser de ses yeux assombris par ses réflexions absconses un décor presque familier. J'aime ce loft immense qui se compose d'un charme arraché à une histoire trop récente de notre pays pour que l'espace ne soit engoncé. Un coup d'oeil plus large me fait distinguer sa silhouette dans la véranda et j'ai une sorte de sourire évanescent, qui trahit encore l'entre-deux du sommeil d'où je n'ai pas vraiment su m'arracher.

Le grand bar américain de la cuisine est cependant tentant, surtout quand je distingue en esquissant quelques pas dans l'escalier la blancheur d'une tasse qui tranche sur le revêtement. Un café, voilà ce que ce sera. Je ne lui fais aucun signe qui trahirait mon retour, je ne sais même pas si elle a noté un quelconque mouvement, ne sachant trop ce qu'elle fabrique et si son regard est tourné vers la chambre. J'ai plus d'allant à présent que je vise un but qui fait grogner mon ventre d'une anticipation brutale et mes doigts se baladent sur la machine, en en perçant tous les secrets d'un seul regard. S'il y a bien des entités mécaniques avec lesquelles je m'entends parfaitement, ce sont ces bestioles-là. L'arôme du café qui s'écoule me fait humer davantage l'atmosphère et répondre à ces odeurs presque divines un murmure satisfait. Je ne résiste pas à une première tasse que j'avale avec la ferveur de mon addiction, avant de manipuler le percolateur pour réitérer mes exploits. La tasse de nouveau remplie, je reprends l'ascension, recherchant sa présence sans même m'y forcer. J'ai envie... J'ai envie... De la distinguer dans une journée suspendue dans l'inconnu de notre étrange accord. Je ne sais plus trop où je vais, mais je me porte volontiers jusqu'à elle, poussant la porte pour me laisser dériver au milieu de la faune qui m'accueille. J'aime l'idée de cet endroit, beaucoup moins aseptisé que mon domicile, qui ne comporte aucune terrasse, sans doute parce que chacun sait que si j'avais la possibilité d'aller caresser les nues à la faveur de la nuit, je finirai par m'y balancer. Je joue avec une plante grasse que j'ai déjà vue chez ma soeur, avant de laisser ma voix trouver Eleah et sa retraite bercée par la chanson qu'elle fredonne. Mon sourire est plus grand :
_ C'est bien la première fois que je me sers un café chez quelqu'un au matin. Un second café même.
Je désigne ma tasse comme pour illustrer cette libéralité que j'ai saisie sans me retenir, et laisse couler une gorgée supplémentaire qui flatte mes papilles :
_ Il est pas mauvais d'ailleurs. D'habitude, les gens ont des goûts très discutables en terme de variété.
Je cesse de chatouiller la succulente pour tomber dans un fauteuil de jardin dont les coussins m'accueillent aussitôt. Je ne vais peut-être plus jamais bouger d'ici mine de rien. Je penche la tête sur le côté et laisse quelques secondes de silence qui me font l'observer. Je cherche les méfaits de la drogue sur son visage, en trouve quelques-uns mais ne lui fait pas l'affront de les commenter. Je sirote mon café même si mes yeux trahissent des souvenirs qui se confondent à tant d'idées que je ne saurais dans quel langage les exprimer. Tout est si indistinct avec elle, les mots de mes promesses suivent ma déglutition, je ne les reprends guère, ne cherche plus à me faire l'annonciateur d'une fin que je ne souffre pas d'entrevoir. Pas sous la caresse de la pluie entre la transparence des vitres qui nous enferment. Ma voix est aussi légère que toutes les pensées que je laisse se brouiller dans mes esprits insondables. Je ne veux pas de raison, je ne veux pas de cause ou de conséquence, je ne veux que ce battement-là, qui me fait la détourer avec lenteur. Le jeu se restaure, je n'évoque pas vraiment ce que fut la terreur de son corps contre le mien au milieu de la folie de la foule. Ce que j'ai découvert n'est que l'écho de ce que je savais. Je savais déjà qui elle était quand j'ai décidé d'offrir les harmonies qui grondent sous ma peau et qui déchirent mon univers. Je ne le protègerai pas... Pas d'elle en tout cas.
_ C'est aussi la première fois que je pionce chez une femme sans la toucher.
Je m'étire longuement, un sourire plaqué sur ma gueule, un sourire solaire en ce jour plein de grisaille, qui danse dans mes yeux :
_ J'espère que tu notes à quel point je suis un gentleman accompli. Un gentleman qui saura sans doute convaincre la vieille Faulkner, non ? L'illusion fonctionne... Il faut en profiter.
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