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Be careful about first impression... | James Wilde

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() message posté Dim 22 Avr - 9:45 par Alistair H. Pratt
C’est la sonnerie de son téléphone, qui l’avait enfin réveillé. Complètement confus, la tête encore lourde de fièvre et les sinus encore complètement bouchés, il avait répondu en envoyant presque chier Erwan, le batteur du band, qui prenait des nouvelles.
« Max devait aller au Viper Room, ce soir, il t’as texté pour te dire comment ça se passe ? »

Finalement, Alistair l’avait réellement envoyé promener. Quoi ? C’était aujourd’hui qu’il devait y aller ?! Pourquoi personne n’était avec lui ?! Oh ! Parce qu’Erwan avait un examen demain matin ! Et John ? D’accord… d’accord, John avait une bonne excuse. Pourquoi personne ne l’avait averti, hein ? Pourquoi ? Parce qu’il était malade ? Mais c’était eux, les vrais malades !! Envoyer Max là-bas tout seul ? Fallait être cinglé ! Les types du Viper… ils mangeait des gosses comme Max au p’tit déj, comme la comtesse hongroise de je-sais-plus-quand, pour se garder jeunes et encore baisables !

Erwan avait ri de bon cœur. Il connaissait bien Ali et son petit caractère de princesse. Et Alistair lui avait raccroché la ligne au nez.

Il savait que les autres membres du groupe, Max compris, voyaient leur carrière musicale comme un entre-deux entre une vocation et hobby. Ils ne voulaient pas vendre des disques à l’international. Ils avaient leur carrière en dehors du groupe, leurs intérêts propres, leur famille. Jamais ils ne laisseraient tomber tout ça pour se lancer corps et âme, comme il menaçait de le faire. Le chanteur, John, l’avait déjà prit à part, à ce sujet. Ils étaient là pour s’amuser, par pour défoncer les Grammys Awards. Alistair tenait à leur amitié. Alors, il avait refoulé son ambition. Après tout, John avait raison. On attendait de lui à ce qu’il devienne avocat, à long-terme. Pas musicien.

Il savait qu’il n’était pas la personne la plus mature du groupe. Ces gars-là avaient des responsabilités que lui n’avait jamais eu. Et ses petits sarcasmes avaient failli faire bousiller bien des trucs. Mais Alistair était un excellent pianiste et il était loyal envers ceux à qui il tenait.

Mais hey ! Le Viper Room… C’était encore local, même si la BBC y faisait des reportages, de temps en temps non ? Alistair savait que le groupe valait bien ça. Il savait qu’ils avaient tous le talent de passer bien plus haut que les petits bars de quartier, à la sono défaillante et aux studios où il fallait louer à l’heure pour enregistrer.

Il avait texté Maximillian. Une, deux, trois… six fois. Pas de réponse. Putain, il avait fermé son téléphone portable !

Nauséeux, il jeta un coup d’œil vers son cadran. 20h15. Dehors, c’était l’averse. Merde. Max devait sûrement être là, déjà. Il avait dormi toute la journée. Il tenta de se lever de son lit une première fois, sans succès. La deuxième fois fut la bonne. Il ouvrit son macbook et se connecta aux réseaux sociaux pour espionner le compte Twitter de Wilde. C’est ce qu’Alistair avait retenu des leçons de son père : toujours en savoir un maximum sur le mec qu’on va confronter. Wilde venait rentrer de tournée et annonçait une soirée monstre. Un lundi soir alors que la plupart des autres bars étaient vides. Une soirée monstre… Personne n’avait le temps, dans ce type d’évènements et Max était allé se jeter tout seul dans la gueule de loup.

Il prit une douche à l’eau froide pour bien se réveiller et avala d’un coup un cocktail douteux de Gravol et de Tylenol Grippe avant de se regarder dans le miroir. Il avait une mine horrible. Le teint blafard, les cernes qui descendaient jusqu’au menton… On commençait à voir, sur sa tête, la racine de ses cheveux châtains-blonds… Et il avait tellement mal à la gorge… Il pesta. Wilde devrait faire avec. Et avec la lumière du bar, personne n’y verrait rien, de toute façon.

Il enfila à toute vitesse la dernière chemise blanche repassée qu’il lui restait, une de ses meilleures cravates de soie qu’il laissa à moitié dénouée et son veston préféré, un Cifonelli de velours noir, ajusté sur mesure qui lui allait à ravir. Une bonne vieille paire de jeans troués et des converses. Il prit son trench-coat pour ne pas gâcher son veston, son bonnet, pour mieux cacher la vraie couleur de ses cheveux et appela un taxi, avant de descendre dans le hall de l’immeuble.

Ricardo le regarda avec son air affable habituel. Monsieur Pratt voulait-il réellement sortir par ce temps ? Allait-il bien ? Il avait l’air un peu pâle. Devait-il lui appeler un chauffeur ? Alistair le remit poliment à sa place. Il n’avait pas besoin que Ricardo dise au Vieux Con qu’il allait en boîte de nuit, un lundi soir.

Lorsqu’il descendit du taxi, devant le bar, il y avait déjà une dizaine de personne qui attendaient, sous la pluie. Nonchalament, il les dépassa et se dirigea vers l’homme qui ressemblait au videur et se pencha vers lui, en lui montrant discrètement un billet de 5 livres, un autre billet de 50 livres, bien en évidence dans la paume de la main.

« Mon pote Max Berkeley, un rouquin qui a l’air d’un gosse de 16 ans est en entrevue avec le patron. Il vient de me texter. Je suis en retard, toutes mes excuses à toi et à ton boss. »

Finalement entré, il enleva son pardessus et se faufila sans bruit, dans le couloir indiqué. Il voyait déjà les deux silhouettes, dans le contre-jour des projecteurs. Il voulut s’avancer mais un étourdissement le força à s’appuyer contre un haut-parleur, le front en sueur. Il entendit leur démo, au travers du bruit de fond. Il entendit Wilde marmonner que ce n’était pas si mal. Et puis il entendit Max dire :

« Je fais de la musique parce que j'aime ça et que j'ai des choses à dire. Il n'y a pas d'autres raisons. Et si je veux jouer au Viper Room ça a l'air cool, c'est tout. Pourquoi devrait-il y avoir d'autres raisons ? Et si je ne parle pas de moi, c'est simplement parce que je viens pour le groupe. Je ne vais pas chanter tout seul sur la scène si vous acceptez, il me semble. »

Alistair ne put s’empêcher de sourire de fierté. Il adorait Max et son innocence. Lui qui avait eu peur son baby-boy favori se fasse avaler tout rond. Mais il se débrouillait plutôt bien, malgré sa timidité. C’en était attendrissant. C’était sûrement ce qui avait fait flancher un type aussi balaise que Wilde.  Alistair se demanda soudain ce qu’il faisait là. Son regard survola, avec envie le magnifique piano, sur la scène. Wilde venait de leur donner rendez-vous le lendemain matin. Alistair allait faire tout foirer en arrivant comme un cheveu sur la soupe ? Il regarda vers la sortie. Le videur était déjà au courant de sa présence et il ne manquerait pas d’en parler à son patron. S’il reculait, ils allaient tous paraître comme des lâches qui s'abandonnent entre eux, au moindre prétexte. Il se mordit la lèvre et s’excusa intérieurement envers Max pour son intrusion. Maintenant qu'il était là... Fallait se lancer.

Le bruit d’un zippo qu’on ouvre fit écho dans la pièce et Alistair s’alluma une cigarette, malgré la gorge qui lui brûlait. Il laissa tranquillement échapper la fumée, le temps que Max et l’autre s’aperçoivent de sa présence.

« Donc, si je comprends bien, on vous fait un concert intime demain matin 10h tapantes, juste pour vous confirmer ce que vous savez déjà, et on joue jeudi soir prochain ? Faut qu’on prévoit, vous savez, il y a aussi The Barbican qui nous a demandé live. On serait dans de beaux draps si on vous bookait tous les deux en même temps ! Vous allez avoir le temps d’imprimer les affiches et tout ça, vous croyez ? »

( J'ai eu l'approbation des joueurs pour entrer dans leur RP! )
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() message posté Mar 24 Avr - 17:47 par Maximilian Berkeley

Je ne semblais guère convaincre le gérant en disant que je faisais de la musique seulement parce que j'aimais ça alors que c'était la simple vérité. Je ne me voyais pas vivre sans musique. Si on oubliait l'histoire de l'art qui était dans un domaine purement théorique, la musique était la seule chose que je savais faire. La seule chose qui me distinguait vraiment. Qu'attendait-il que je dise de plus ? Quel ton voulait-il que j'adopte ?
« Comment ça, "parfaire mon ton" ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? »
Comme si je pensais que j'allais obtenir une réponse aussi nette que je le désirais. Je n'étais pas devin, je ne lisais pas dans les pensées. Les seules choses que j'étais apte à analyser, c'était les oeuvres d'art et les textes littéraires. Et allez, les films et la musique.

Savez ce que c'est de se sentir stupide ? Je vous arrête tout de suite: non, vous ne savez pas. C'était comment je me sentais à ce moment là. L'homme en face de moi riait à gorge déployée de ma réponse. Apparemment, je n'avais pas bien saisi le sens de sa question que j'avais pris au sens premier. Pour ma défense, on ne m'avait jamais sorti cette expression "être à la rue" (en tout cas personnellement). Je connaissais beaucoup d'expressions et d'élocution. Le jeu en vaut la chandelle. Avoir l'impression de pisser dans un violon pour le faire chanter. Avoir le cul bordé de nouilles. A force de forger, on devient forgeron. Et j'en passe des meilleures. Mais force était de constater que j'avais encore des lacunes en la matière. En soi, j'avais certainement dû entendre "être à la rue" quelque fois dans ma vie mais je n'avais surtout pas fait le lien. C'était des choses qui arrivaient, ma foi.
Il n'en restait pas moins que je sentais le rouge me monter aux joues sans avoir la possibilité de le contrôler. Je détournai le regard tandis qu'il me sortit un large éventail de synonymes pour dire que j'étais "distrait". Je savais qu'il n'avait pas tout à faire tort. On m'avait souvent fait la remarque. Néanmoins, je ne me trouvais pas si à l'Ouest qu'il voulait bien le penser. J'étais assez conscient du monde qui m'entourait même si j'étais souvent plongé dans mes pensées. Je ne savais certes pas vraiment à qui je m'adressais ou est-ce que je me trouvais réellement -si ce n'était une boîte de nuit- mais au moins je savais ce que je faisais là. Je savais ce que je voulais. Et mes propos étaient très maladroits car ce n'était pas vraiment évident de savoir ce qu'il pensait, ce qu'il attendait de moi. Je n'étais pas quelqu'un qui était doué pour lire dans les gens. Je n'étais pas un calculateur dans la vie de tout les jours -et ça me jouait parfois des mauvais tours-, je fonçais dans le tas.
En plus, le gérant ne semblait pas vouloir illuminer ma lanterne concernant son "identité". Mais bon. Dans tout ça, il y avait un grand point positif, c'était qu'il allait se souvenir de moi. Je semblais me démarquer par rapport aux autres personnes qu'il fréquentait. Il termina son verre d'un trait et le claqua contre la table. Il m'indiqua la sortie sans oublier de me rappeler de passer demain -commme si j'allais oublier- et de faire une petite raillerie. Mais ça ne me semblait pas méchant.
« 10h, c'est un chiffre rond, je pense que je pourrais m'en souvenir. » dis-je en haussant les épaules. « Et je pense m'en sortir avec seulement quatre stations de métro de chez moi. »
Je me levai et rattrapai ma clef USB alors qu'il avait copié les chansons sur son ordinateur, sûrement pour les réécouter, qu'il m'avait lancé. Je faillis par ailleurs la faire tomber avant de la rattraper de justesse. Je la rangeai dans une poche de mon sac.

Tout d'un coup, j'entendis un bruit de zippo et ça ne venait pas du gérant. S'il y avait bien une personne à ma connaissance qui utilisait cet objet, c'était Alistair. Je tournai ma tête vers là d'où venait le bruit et vit mon ami, non sans grand étonnement. N'était-il pas sensé être alité ? Bordel, je lui avais dit de se reposer ! Sinon il allait rechoper la crève. Il abusait ! En plus il pleuvait et il y avait un vent de malade au dehors ! Il laissa échapper sa fumée dans un gros nuage de fumée opaque et cancérigène.
Une grande confiance en lui se dégageait d'Alistair. Une assurance sans faille et inébranlable. Alistair avait tout ce que je n'avais pas. A commencer par l'assurance, en effet. L'ambition. Le charisme du bad boy qui faisait fantasmer les adolescentes -et moins adolescentes-. Le fric aussi. A côté de ses vingt-cinq, je paraissais en avoir dix-huit. Vu de l'extérieur, on n'aurait jamais dit qu'il était malade. Alistair était dans son univers sous les projecteurs et les faux-semblants. Il avait grandi dans un milieu d'hypocrite, le milieu de ceux qui étaient nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Bien qu'il voulait s'en séparer, n'en restait pas moins qu'il en avait assimilé toutes les mécaniques. Alistair rêvait d'une autre vie, de percer dans la musique. Ce n'était pas mon rêve, à moi. Mais si un jour la célébrité venait toquer à la porte de  notre petit studio qui ressemblait plus à un cabinet de curiosité moderne qu'autre chose, j'allais venir ouvrir la porte. Car ce genre d'opportunité était rarissime et je ne me sentais pas légitime à briser le rêve de mon ami.
« Alistair ! T'es fou d'être sorti par ce temps. Je ne t'attendais pas ici. » m'étonnai-je.
Je ne voulais pas le mettre dans l'embarras en soulignant le fait qu'il était malade face au gérant. Mais Alistair comprenait parfaitement ce que je ne disais pas: "Je t'avais dit de te reposer". Je ne me sentais pas en position de l'infantiliser.
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() message posté Mar 24 Avr - 19:11 par James M. Wilde


« Be careful about first impression... »

Maximilian
& James




Volubilité de mon caractère qui s'éprend de cette personnalité presque touchante tant elle me semble décalée. Il y a toujours quelque chose que l'on souhaite protéger quand la candeur s'expose au milieu d'un monde qui ne survit qu'en se dissimulant. Dans la valse des masques je sais immédiatement même si je l'ai fort peu fréquenté que Maximilian n'en a qu'un. Son visage seulement. Des traits pour toute parure quand on passe des heures à prétendre. Alors je lui réponds sans repousser la question qu'il se risque à poser, parce que mes phrases confondent et mes jeux indisposent. Ils sont faits pour cela, travaillés sans discontinuer pour n'être jamais découvert devant un être entièrement étranger à mon petit univers. Protégé et défendu âprement pour conserver ce semblant de stabilité qui m'échappe sans cesse. Toujours la spirale menace, là au fond de mes regards, comme si l'on ne pouvait savoir vraiment prévoir ces moments où je dévisserai. Je semble réfléchir tout en battant du pied, dans une cadence trop rapide, ce qui montre que ma décontraction n'est toujours qu'apparente. Signe du manque et de cette fatigue harassante. L'appel de la cocaïne est terrible en ces instants de stress et de trouble, une maîtresse devenue bien trop exigeante depuis que je me suis totalement perdu entre ses bras.
_ Parfaire ton mordant quand il s'agit de répondre à une question clairement piégée qui cherche à s'immiscer en toi. Soit tu te fermes et tu envoies chier ton interlocuteur. Soit tu brodes dans l'arrogance parce que je t'assure que "j'aime ça" n'est pas suffisant dans ce milieu de hyènes. Peut-être que c'est vrai tu vois, que tu aimes la musique et je suis même prêt à y croire mais j'attends une contrition bien pire que l'envie ou l'amour de l'art. Si jamais il nous arrive un jour de travailler ensemble pour peu que vous en valiez la peine... Alors je t'assure que c'est un autre genre de limite que je viendrai chercher. Celle qui confinera à la haine... Voilà pourquoi, je reste sur ma faim. Appelle ça une déformation d'artiste torturé.

Mon sourire est félin. Je n'ai pas pu bouffer le souriceau et sans doute mon ventre se creuse plus encore de frustration. Je ris légèrement à sa boutade qui cherche à le faire retomber sur ses pattes après avoir fait montre de naïveté. J'apprécie cependant qu'il n'y ait qu'une rougeur sur ses pommettes et qu'il ne cherche pas à s'excuser. Je lui aurais botté le train pour cela. On ne doit jamais s'excuser de ce que l'on est ni de ce à quoi l'on aspire. Je soutiens son regard même s'il se fait fuyant avant de commenter.
_ Mouais. Si tu le dis alors ce sera parfait. Les heures et les dates m'échappent toujours quant à moi.
Je hausse les épaules avant d'étirer ma nuque cherchant à transiger avec l'appel incessant qui continue de me malmener. La nuit va être très longue. J'aurais dû dire à Greg de passer. Dans le couloir l'activité semble toujours battre son plein même si je surprends Phil à saluer quelqu'un au cours de notre conversation. Je n'y fais cependant guère attention avant que la porte ne dévoile un jeune homme qui vu sa démarche se croit presque en terrain conquis. On passe chez moi comme dans un foutu moulin à présent ?! Je songe à trouver un gage à Vega pour lui apprendre à laisser passer ainsi la population étudiante même si je me doute bien que mon blondinet à la rue connaît le brun prétentieux qui pénètre ainsi la salle backstage. Mon sourcil se hausse à son entrée et toute mon attention se resserre sur lui. L'attitude d'un prédateur qui flaire un semblable. Tout dans la démarche ou encore les fringues trahit l'appartenance à une caste qui nous a à jamais recrachés corrompus. Cette arrogance qui pave les milieux aisés et qui nous pousse à gracier chacun de nos hauteurs. J'ai une sorte de sourire beaucoup moins amical quand mes paupières se plissent pour détailler ses allures. Je parfais ma pose, croisant mes doigts derrière ma nuque, faussement alangui sur mon grand sofa comme s'il s'agissait de l'instrument de mon pouvoir. Mes jambes se croisent, les pieds venant reposer sur la table basse, nonchalamment. J'ai une petite exclamation pleine de dédain au nom profanateur du Barbican, lâché là, au milieu de mon établissement. Comme si l'on pouvait m'agiter un piètre adversaire pour me voir montrer les crocs afin de protéger mes acquis. Bien au contraire, mon sourire s'agrandit avant que je ne susurre :
_ Oh mais si tu as déjà une scène qui t'attend, mon grand, et une scène aussi exceptionnelle que celle de la concurrence, je t'en supplie vas-y, cours vite et loin et arrête de venir me pomper l'air à domicile. Qu'est-ce que tu crois ? Que je suis en train de me pâmer face aux multiples talents de votre groupe obscur ?
Je laisse passer un silence très étudié, observant un instant ma main où les phalanges sont presque entièrement cicatrisées, avant de me redresser dans la virulence d'un seul mouvement. Qui dénote ma nature, celle terrée tout au fond. Le ton est plus rapide, le phrasé plus assassin :
_ Que tu peux t'amener là pour qu'aussitôt je m'exclame, ivre de joie parce que je vais inscrire un groupe de plus alors que pour vous caser il faut que j'en déprogramme un ? Bordel, où est-ce que tu te crois ? Que je me suis levé en cette matinée grise, en attendant enfin la chance de croiser votre putain de route, histoire d'enfin imaginer les feux de l'Olympe en vous y voyant perchés ? Attends, c'est vrai, par l'Enfer, que tout le monde retienne son souffle, voilà un second membre d'Untitled, ressuscitez votre respect. T'es qui d'abord ? On verra si je consens ensuite à retenir ton nom. Quant aux flyers, petite frappe, ce sera le cadet de tes soucis quand demain il faudra me fléchir. Parce que tout ton numéro me donne grandement l'envie d'être très courtisé.
Dans mes yeux dansent des flammes, d'amusement sans doute, mais d'agacement aussi, même si je dois reconnaître que son entrée royale me le rend aussitôt sympathique. J'ai plus envie de le renvoyer dans les cordes par jeu, que pour véritablement le repousser. Je désigne la carafe et les verres à whisky :
_ Vu tes airs supérieurs, j'imagine que tu ne refuseras pas de boire à ma table quand tu t'y invites sans même y avoir été convoqué ? Pose ton cul quelque part, et viens donc m'expliquer encore ce que je sais déjà et pourquoi tu crois bon de venir soutenir le gamin qui s'en sortait très bien. J'étais sous le charme. Tu brises tout avec ta gueule en avant, j'avais oublié de vomir mon fiel pendant au moins une demie seconde. Dommage.
Je roule des yeux tout en passant une main dans mes cheveux, les hérissant au passage. Si l'on m'avait prévenu que ma soirée serait ainsi égayée, sans doute que je me serai levé de bien meilleure humeur. Quand je pense que Greg rate tout ça, il essaierait déjà de me reprendre à chaque phrase et d'arrondir les angles pour ne pas effrayer nos poulains.
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() message posté Mar 24 Avr - 23:11 par Alistair H. Pratt
« Alistair ! T'es fou d'être sorti par ce temps. Je ne t'attendais pas ici. »

Le jeune homme ne put s’empêcher d’esquisser un demi-sourire qui se voulait à la fois reconnaissant et rassurant et lui fit un clin d’oeil. Max et sa putain de candeur n’auraient jamais fini de l’impressionner et de l’attendrir. Il se serait jeté dans un nid de vipères pour secourir cette innocence-là. Il aurait presque accouru pour lui faire une accolade et lui dire qu’il allait s’en remettre, si ils avaient été seuls. Il voulut se décoller lentement du hautparleur et faire un pas prudent vers lui, en espérant que le vertige qu’il ressentait lui laisserait au moins parcourir cette courte distance avec dignité. Mais le gérant de la boite changea totalement d’attitude, lui qui avait été auparavant charmé par la pureté du blondinet, pour reprendre des airs de tigre prêt à étriper sa proie.

T'es qui d'abord ? On verra si je consens ensuite à retenir ton nom. Quant aux flyers, petite frappe, ce sera le cadet de tes soucis quand demain il faudra me fléchir. Parce que tout ton numéro me donne grandement l'envie d'être très courtisé.


Et merde. Alistair avait tout ruiné. Il se maudit intérieurement, lui et sa grande gueule.

Il nota la main aguerrie de l’autre et la fureur dans ses yeux. Il était entré en territoire ennemi, il le savait. Il s’était attendu à un échange pincé, comme quand on mord dans un citron alors qu’on s’attendait à déguster une orange. Comme quand il discutait avec son père. Mais pas à cette virulence-là. Oh que non.

Tout son corps lui disait de reculer d’un pas, de retourner se coucher, de s’éloigner au plus vite du prédateur qui, sans doute, avait reniflé à cent mille à la ronde son sang bleu et qui ne digérait pas cette pestilence. Il crut voir, au fond des yeux de l’artiste toute cette haine acide que lui-même cachait au fond de lui et qu’il n’osait pas laisser sortir. Il l’enviait de tout son être. Sa liberté, sa rage exposée au grand jour, sans qu’on lui dise de se contenir et de faire attention à ses manières. Alistair ne recula pas. Après tout, c’était pour finalement avoir accès à toute cette liberté, à laisser déferler tout ce courroux envers cette maudite classe qui l’aliénait, qu’il était là. Et pour Max. Max et sa putain candeur qu’il fallait conserver à tout prix.

Il haussa les épaules de son air nonchalant, et fourra les mains dans les poches de son jeans troué, un sourire narquois flottant sur ses lèvres.

« Holy Fuck. Je ne savais pas que cette boîte était le passage secret du château de Buckingham. Avoir su, qu’on rencontrerait la Reine, je ne serais pas arrivé avec ces haillons. Je crois qu’Ali est assez facile à retenir. Mais on s’en fout si vous n’y arrivez pas, hein. Ce qui compte pour vous, c’est que je suis le pianiste des Untitled, point. Pour le reste, je crois que mon ami Maximillian vous a très bien rendu le topo de ce qu’on fait. Le reste, bah, vous le verrez demain.»

Il laissa l’autre le détailler, tourner autour de lui, rouler des yeux et se hérisser. Alistair se tint prêt à y laisser sa peau et quelques dents. Mais l’autre lui fit un sourire carnassier et l’invita à prendre place. Le jeu ne faisait que commencer.

_ Vu tes airs supérieurs, j'imagine que tu ne refuseras pas de boire à ma table quand tu t'y invites sans même y avoir été convoqué ? Pose ton cul quelque part, et viens donc m'expliquer encore ce que je sais déjà et pourquoi tu crois bon de venir soutenir le gamin qui s'en sortait très bien. J'étais sous le charme. Tu brises tout avec ta gueule en avant, j'avais oublié de vomir mon fiel pendant au moins une demie seconde. Dommage.


Il se laissa tomber lourdement sur le sofa aux côtés de son rouquin favori et sans attendre, se pencha vers la table basse pour s’emparer de la carafe de whisky et inspira son contenu d’un nez expert et fit une moue admirative. Un bon scotch de qualité, en fut de chêne. Le genre de scotch qui vieillissait tranquillement dans la distillerie du clan de sa mère. Les effluves boisées et fumées du liquide ambré réveillèrent de vieux souvenirs bons et mauvais et il ne put s’empêcher de froncer les sourcils et d’avaler sa salive.

Depuis cette fameuse aube dans un hôtel de luxe à Rome, il avait un an et demi de cela, Alistair ne buvait plus et ne se droguait plus. Il s’était retrouvé sans passeport, le bras troué de piqures de seringues et le derrière en sang, sans même se souvenir de ce qui s’était passé, hormis d’avoir pris un ou deux verres de trop avec trois jolis mecs qui lui avait chanté la pomme en italien et poudré le nez. il était rentré en Angleterre et n'en avait jamais parlé à qui que ce soit. Et ce n’était pas ce soir qu’il allait recommencer cette débauche. Il sentait déjà la brûlure du cocktail de médicaments lui remonter le long de la gorge. Ne serait-ce que prendre une gorgée serait une catastrophe assurée. On le retrouverait dans dix minutes à ne plus pouvoir aligner deux mots et à pisser dans un coin de la pièce, comme un camé. Avec un geste presque aristocrate, il prit un des verres, l’examina pour voir s'il était bien propre et y versa une généreuse rasade de liquide ambré. Puis, il enfonça le verre dans les mains de son ami, avec un regard bien appuyé qui voulait dire « Crois-moi vieux, tu vas en avoir besoin. »

Il se pencha et fourra la main sous son veston pour y trouver une autre liasse de partitions et de paroles qu’il posa sur la table basse, à côté de la carafe et posa une main brûlante de fièvre sur l’épaule de son ami. Son ton trahit toute la fierté qu’il ressentait pour le rouquin.

« Le soutenir ? Vous êtes pas sérieux, là ? Vous l’avez dit vous-même, Wilde. Maximillian Berkeley ne fait pas que bien se débrouiller, il représente tout le groupe et le message qu’on veut faire passer, dans nos paroles. Mieux que moi, en tout cas, pas vrai, hein ? Moi, je ne suis que le pianiste, je vous l’ai dit. Nah. Je venais juste m’assurer de l’heure de votre petit concert privé, pour louer la van qui va trimballer la batterie et mon clavier. Et Max avait oublié le dernier morceau sur lequel on travaille sur le coin de la table  et je suis venu le lui remettre. On trouve important de montrer qu’on n’assoie pas notre cul sur les mêmes chansons tout le temps et qu’on continue toujours de composer. Pas vrai, Max ? »

Il fit un sourire forcé au rouquin. Il savait qu’il s’enfonçait de plus en plus et qu’il n’en ressortirait pas vivant. Il n’avait pas parlé de ces partitions au groupe. En fait, cela faisait trois semaines qu’il bûchait dessus comme un forcené. D’habitude, ils composaient ensemble mais il devait sortir cette chanson de son système. Il avait prévu la présenter aux mecs, comme une sorte d’offrande, avant de leur annoncer qu’il avait contracté le VIH. La mélodie était à la fois douce, suave et poignante, avec des silences forts, au travers des notes. La partition du piano était complète. Il y avait ajouté les quelques accords de basse et de guitare qu’il connaissait. Les autres gars y mettraient ce qu'ils y voudraient... si ils ne le foutaient pas en dhors du studio à coup de pied. C’était la meilleure pièce qu’il avait jamais composée. Une chanson sur un type atteint du virus et qui devait expliquer à sa copine qu’il l’avait probablement condamnée à mort, elle aussi, malgré lui. Il y avait mis toutes ses tripes et ses angoisses, sa peur de mourir, sa peur d’être rejeté par ceux qu’il considérait comme ses frères. Pourquoi présentait-il ça à un dégénéré comme Wilde ?

Pour tenter de ramasser le gâchis qu’il avait créé. Donner une excuse bidon pour sauver la face de son meilleur ami, quitte à se faire dévorer par le tigre et à se faire rejeter une bonne fois pour toute des Untitled. L’angoisse lui monta à la gorge. Il la cacha en souriant de plus belle et en resserrant son étreinte sur les épaules de Max.

Non, il ne ressortir vivant du Viper room.
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» Schizophrénie : Ma santé mentale va bien
() message posté Ven 27 Avr - 12:40 par Maximilian Berkeley

A entendre cet homme, la musique était un univers perfide dans lequel seuls les plus forts survivaient. A l'entendre, j'avais plus de chance de survivre dans une arène des Hunger Games que dans ce domaine. Ce n'était pas la formulation exacte mais c'était comme ça que je le comprenais. Il semblait prêt à "m'enseigner" comment y résister comme l'indiquait le terme: "parfaire". C'était rassurant, tout ça. J'esquissai un petit sourire nerveux en regardant le gérant. J'essayai de faire mine que j'étais "à l'aise" ou en tout cas que j'étais moins gêné que je ne l'étais réellement. En voyant son sourire, je croyais sérieusement qu'il allait me dévorer tout cru en ne laissant que les os. J'étais redevenu un enfant à côté de lui. Mais merde ! J'étais un adulte mature (faisons comme si c'était le cas) et responsable. J'avais confiance en moi et en mes capacités. Pourquoi je flanchais ? Je savais que j'avais réussi à séduire le serpent. J'en étais même sûr, je le sentais. Ça peut certainement sembler prétentieux. Et ça l'était, je vous rassure. Mais ça avait le mérite d'être la vérité. Ses dernières paroles m'avaient convaincues dans ce sens. Mon argumentaire -aussi pauvre que le tiers-monde- avait été très bancal mais efficace, à ma grande surprise. C'était décidément son attitude désinvolte, ses mots et la vision qu'il avait du monde de la musique qui me déstabilisaient. Il me donnait le sentiment d'être une petite personne à côté de son égo. C'était difficile, pour moi, de se confronter à ces fortes personnalités.

Alistair avait fait une entrée des plus royales, de celle qui pouvait autant t'attirer le respect d'autrui qu'une forme de mépris. Le gérant hélas faisait parti de cette deuxième catégorie. Dès cet instant, je sus que j'allais devoir rester ici quelques minutes encore. Rien qu'à cette idée, je m'assis lourdement sur le sofa avant que mes jambes ne cèdent sous mon poids. Est-ce que cela se voyait que j'étais pâle ? J'eus l'impression d'assister à un combat de tigres entre Alistair et le gérant auquel je n'apportais aucune contribution comme une brebis égarée.
Face aux propos de mon ami, le gérant le mettait au défi aussi clairement que de l'eau de source. Je n'osais même pas regarder la scène, j'avais les yeux rivés sur mes genoux. Ils ne m'avaient jamais paru aussi intéressant à étudier d'un point de vue artistique et philosophique. J'étais affligé, en fait. Au fond, je me doutais que si c'était Alistair qui était venu au lieu de moi, ça aurait fini de la même façon. Il avait un fort caractère tout en étant moins réfléchi que John et moins positif qu'Erwan. Il se montrait à mon opinion très insolent, tout autant que le gérant était méprisant. Ah oui, ce dernier ne se prenait pas pour de la merde. J'avais envie de me cacher dans un trou de souris, qu'ils oublient tout les deux ma présence malgré le fait que j'étais tenté de calmer le jeu. Mais c'était comme se mettre entre deux chiens enragés.
Le gérant somma Alistair de s'asseoir et je sentis mon ami s'asseoir à côté de moi. Putain de bordel de merde sa mère la concubine. Le gérant avait déjà changé d'avis ? Je tournai ma tête vers le "responsable" et lui lançai un regard impassible tandis qu'il versait un verre de scotch avant de me le mettre dans la main. Je le regardai alors avec un air interrogatif, les sourcils froncés. Mais je n'avais pas soif et je n'avais pas besoin d'alcool pour l'instant. Je déclinai la proposition en secouant la tête. En plus il savait que je ne buvais pratiquement pas d'alcool. Je ne lui en voulais pas particulièrement, en vérité. Il avait juste voulu m'aider. Au fond, je savais que ce que j'avais acquis n'était pas vraiment en péril. Je sentais juste encore un échange pénible se profiler au loin.
Je le regardais qui fouillait dans son veston pour y sortir une liasse de partitions. Mes sourcils étaient déjà froncés à la base. Ils se froncèrent encore plus. Qu'est-ce qu'il foutait ? Je suivais ses gestes du regard. Il posa les partitions sur la table. Je n'écoutais que d'une oreille distraite le début de ce qu'il disait. J'étais très tenté de prendre les feuilles pour voir de quoi il s'agissait. C'était quoi cette histoire ? J'avais déjà montré toutes les partitions au dénommé Wilde -Alistair venait d'éclairer ma lanterne sur son nom-. En plus, mon ami fit comme si j'étais au courant de tout ça en m'adressant un sourire appuyé et forcé, m'enlaçant par l'épaule comme si de rien était. Je lui lançai un regard paniqué pendant qu'il me donnait la parole.
J'essayai de faire comme de rien était que tout était normal en dirigeant mon regard vers Wilde en acquiesçant avec peut-être un peu trop de conviction. Mentir ? Je ne savais pas faire moi. J'étais musicien et guide. Pas acteur ou politicien.
« Euhm... Oui, on essaye toujours d'écrire des textes qui seraient meilleurs que les précédents sur vraiment des sujets qui nous tiennent à coeur tout en exposant des problématiques du monde d'aujourd'hui dans lequel nous vivons actuellement. »
Ne notons pas les pléonasmes pour faire du remplissage. Pour illustrer mes propos, je pris les partitions après avoir posé mon verre toujours plein et le lisait un peu en travers en essayant d'avoir l'air naturel pour improviser au mieux. Alistair me prenait au dépourvu là ! Wilde allait cramer direct que je n'avais pas été mis au courant. C'était sûr et certain.
« Je pense que vous avez saisi l'esprit d'Untitled. On ne veut pas faire de la musique que seule une catégorie de personne pourrait apprécier ou se sentir concernée. On veut pouvoir s'identifier au travers des chansons. Et peut-être aussi sensibiliser les gens à certains sujets de société comme l'harcèlement sexuel ou les maladies sexuellement transmissibles dont je trouve encore qu'on ne parle pas assez. Voilà la raison d'être de ce nouveau morceau. »
Est-ce que j'étais cohérent dans mes paroles ? Plus je parlais plus j'avais l'impression de m'enfoncer. Mais ça, Wilde commençait sûrement déjà avoir l'habitude.
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() message posté Ven 27 Avr - 18:40 par James M. Wilde


« Be careful about first impression... »

Maximilian
& Alistair
& James




Les deux faces d'une même pièce, l'une martelée par des épreuves qui l'ont rendue ombrageuse et manipulatrice, l'autre satinée par les caresses de temps sans doute cléments. Deux opposés pourtant éminemment liés comme ils l'esquissent dans leurs gestes, leurs regards et ces quelques mots qui filtrent l'inquiétude ou encore la sympathie. J'y reconnais beaucoup de signes encourageants même si mon visage froid ne les expose guère. Pourtant il y a dans cette jeunesse une originalité farouche et des idées nombreuses. Presque trop nombreuses parfois. Un brin d'idéalisme. Beaucoup de bons sentiments éculés aussi. Mais comment totalement leur en vouloir quand c'est là le privilège de ce qu'ils sont, d'un âge où si l'on ne rêve guère à un monde meilleur l'on désespère bientôt à ne plus rien attendre ? Il y a encore en moi, arrimé à mon cœur et pas encore noyé par tout l'acide de mes pensées, ces idéaux qui ressemblent à tous ceux qu'ils apportent sur mon seuil. Et si l'austérité de mes regards n'est là que pour mieux les ébranler, dans mes prunelles la flamme distinguée se niche pour mieux brûler. Je ne les lâcherai pas. Je mordrai jusqu'à ce qu'ils saignent, qu'ils sachent mettre en exergue ce qui caractérise l'art, cette souffrance communiée pour la voler au cœur des autres et ainsi la faire sembler moins lourde à porter. Mordre, tordre et corrompre. Faire mal pour mieux sentir enfin. L'excellence d'une note ou la perfection d'un seul mot. Le monde de chimères grimaçantes dont j'essaye d'effrayer Maximilian est celui où surnagent mes pensées. Elles se gravent, se perdent et s'abîment tour à tour. La création à un revers inique qui sera peut-être leur damnation. Ou bien s'en sortiront-ils toujours exempts. Nous n'avons pas le même parcours. Et l'ignominie n'est pas gravée dans le creux de leurs mains.

Le mal-être du plus gentil semble conjuguer la fureur de son ami. Un bel ensemble de hargne et de douceur. Combien de fois ai-je ainsi montré les crocs quand la candeur de Greg exposait tout l'amour qu'il trouvait dans la musique, se voyant ainsi moqué par bien plus rustre que moi de ces adultes déliquescents et arrogants. Suis-je cela désormais ? Pas totalement j'espère. L'arrogance sur les lèvres mais la passion au corps. Toujours. Encore. Je zyeute l'écroulement de Max abdiquant dans le sofa par contrainte et je ne puis retenir un sourire amusé devant la courbure de son corps. J'ai presque envie de lui dire que ça va bien se passer. Mais l'autre frappe, m'échauffe facilement et l'apathie maligne qui menaçait mes esprits se voit totalement repoussée par cette entrée fracassante. Il y a de la vie dans ce corps et dans ces mots qui tranchent. Bordel. C'est cela que j'aspire à provoquer. Alors cette proie de choix je ne la ménage pas. Je le jauge, je l'écrase de ce phrasé qui me caractérise. Rapidité de tous ces termes qui sortent de ma bouche comme autant de lames forgées par ma langue serpentine. La moquerie qui inonde les tournures, l'ironie dans les ponctuations. La suffisance pour mieux songer à tout ce qui pourrait être s'ils s'avéraient tous deux à l'aune de mes imaginaires. Pourvu qu'ils ne s'écroulent pas dans la déception la plus cruelle qui soit. Mais le dénommé Ali ne recule pas. Non. Il ne cède pas un pouce de terrain. Et la flamme innonde le bleu de mes yeux qui devient magnétique quand ils se posent sur lui. Je ricane méchamment :
_ On ne vous a donc pas prévenu que j'avais un caractère de diva ? T'inquiète, marmot, je retiendrai ton nom s'il en vaut la peine. Quand à ces façons que vous avez bordel de merde... Entre l'un qui me marmonne qu'il fait de la musique par amour de l'art et l'autre qui est "juste" le pianiste, permettez-moi de vous dire que vous ne savez absolument pas vous vendre. Je suis presque au comble du désespoir. Presque. Heureusement que nous sommes au rez-de-chaussée, je tomberai de moins haut.
Je roule des yeux avec emphase mais ne dissimule pas mes intrusions lorsque je fixe le brun pour mieux le détailler. L'on m'a toujours dit que dévisager les autres était très malvenu. Voilà pourquoi j'ai débuté très tôt.

La brochette au complet me fait face. Ali-fax,stair,thurgie semble jauger la qualité du whisky qui me coûte une blinde et je fais une moue ombrageuse avant de la dissiper quand je surprends son regard appréciateur. Je grogne :
_ Manquerait plus que tu me dises que la qualité est médiocre et je te fous ma main dans la tronche.
Je hausse un sourcil interrogateur quand je le vois remplir un verre pour Max et s'en dispenser lui-même. Je ne cherche pas quand cette simple bizarrerie suffit à nourrir mes pensées. Mais parce que c'est gratuit et parce que ça m'amuse je me penche en avant pour les regarder l'un et l'autre :
_ T'es quoi ? Le seigneur des m'as-tu vu pour préférer que ton pote goûte à ta place ? T'as peur de t'empoisonner Princesse ? T'inquiète le poison viendra pas de l'alcool.
Je souris en coin, sous-entendant la virulence de mon langage et les tournures très complexes de ce qui gravite dans ma tête en permanence. Mordre. Mordre encore. Mais l'on me balance une pitance dont je m'empare sans demander mon reste. Je quitte les rives de mes inspections pour plonger la tête la première dans mon premier langage et me tais tout à fais tandis que mes prunelles détourent les nouvelles harmonies qui s'étendent là sur le papier froissé. Et l'âme derrière qui s'expose cruement. Le morceau se joue entre mes inspirations, survole le silence bientôt interrompu par Max qui brode tant qu'il peut sur un morceau dont il ne sait strictement rien vu la façon dont il bredouille. Je commence à appréhender la perdition qui le caractérise quand il panique. Chute libre que je romps en ramenant l'intensité de mon regard sur eux. Je ne dis d'abord rien avant de repousser le morceau avec lenteur sur la table basse. Il y a là dedans exactement ce qui m'anime. Cette blessure qui suinte, les remords et le néant. Condamnations de mille voix dans une torture immense. Et un très bref instant cette impression dévore mon visage quand mon attention se resserre sur Ali pour le confondre dans le jeu qu'il vient de lancer. J'ai un sourire navré comme pour m'excuser par avance de ce qu'il est venu subir jusqu'à moi. Il ne faut pas une minute de plus pour confirmer mes doutes quand ma voix est plus profonde, plus posée. Je penche la tête sur le côté :
_ Tu as écris ça.
Ce n'est pas une question. Je lui laisse le temps d'encaisser ce qui ressemble à une accusation glaciale, commentant le petit paragraphe commercial que le rouquin vient de sortir :
_ Par pitié. Tu crois que tu n'as pas oublié une cause perdue dans un coin ? Les enfants estropiés par la guerre ou encore les âmes déterrées qui errent sans pouvoir dormir ou bouffer dans les pires taudis qui soient ? Les femmes sourdes et aveugles et les nains ? Bien sûr qu'on écrit pour la marginalité et par la marginalité... Pour quoi d'autre bordel ? Parce que dès lors qu'on a quelque chose à dire on se place en dehors pour toucher ceux qui désespèrent. Et ceux qui veulent ressentir ce qu'il y a de pire. Ce qu'il y a de plus délectable.
Un geste d'emphase même si mon ton est légèrement moins aride. Je le malmène moins me substituant déjà au rôle que je me suis donné tout seul à son encontre. Pour l'imaginer ne plus ainsi survendre ce qu'il fait mais parler avec une sensibilité plus palpable.
_ Les sujets je m'en tape si tu savais. Pas parce qu'ils ne me touchent pas mais parce qu'il s'agit de l'inspiration que je n'ai pas à discuter quand vous n'avez pas à discuter la mienne. C'est la sensation... La sensation qui hurle entre les phrases que je veux saisir, former pour qu'elle s'élève encore. Qu'à un moment, qu'importe le sujet que tu aborderas, il soit bouleversant parce que c'est vous qui le vivrez là sur une scène. L'impudeur qui vient violenter un public. D'où ce foutu live de demain. Et là j'en reviens à toi...
Le ton est dur mais également plus bouleversé qu'il ne le fut précédemment. Je pousse plus avant les partitions pour les lui rendre comme une sorte d'hommage.
_ Je veux que votre groupe joue ce morceau-là. Demain. Tu l'as amené jusqu'à moi. C'est ce que je souhaite entendre. Les effets de manche ne sont rien s'il n'y a qu'une promesse éteinte derrière. Je veux que tu t'exposes vu que tu as fait ce choix. Tu aurais pu te la fermer et cesser ton manège. Alors termine donc ce que tu as débuté.
Je me recule doucement. La houle qui retire ses exigences pour mieux les acérer. Je ne me moque plus et avec tout le sérieux du monde j'ajoute :
_ Qu'il manque des portées n'est pas mon affaire. La nuit est longue. Montrez que vous en êtes capables ou bien ne venez pas. Ça ne sera pas la peine.
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() message posté Sam 28 Avr - 9:08 par Alistair H. Pratt
_ T'es quoi ? Le seigneur des m'as-tu vu pour préférer que ton pote goûte à ta place ? T'as peur de t'empoisonner Princesse ? T'inquiète le poison viendra pas de l'alcool. »

C’est au tour du jeune homme d’avoir une petite moue dédaigneuse. Les épisodes scandaleux du chanteur sont bien documentés dans les tabloïds américains et londoniens. Il se souvenait avoir lu un article là-dessus dans le People. Il s’était moqué de la pauvre fille, à l’époque. Comment pouvait-on tomber dans les serres d’un mec pareil ? Était-ce une fille ? Alistair haussa les épaules. On s’en foutait. Maintenant, il n’avait plus trop envie de rire. Wilde n’est pas du genre à avoir à mettre du GHB dans le verre de ses groupies pour avoir ce qu’il désirait. Du moins, pas encore, même à son âge. Et probablement pas avant une dizaine d’années.  Mais ces types à Rome n’en aurait pas eu besoin non plus. Et pourtant…

Il s’adossa au canapé pour réprimer un frisson et se permis de détailler son adversaire dont ses yeux bleus le brûlaient déjà. La menace de recevoir un poing sur la gueule l’avait presque fait rire. « Allez viens ducon, avait-il pensé. Viens m’éclater la lèvre et faire couler le sang. Viens te fendre les phalanges sur ma peau corrompue, pour une histoire de bourbon. On verra d’où provient le vrai poison » Il n’attendait presque que ça. Mais Max était là. Il s’éclaircit la gorge et fit un geste nonchalant et désigna la carafe.

« Dude. Un mec comme toi devrait savoir qu’un scotch de cette qualité se boit avec de l’eau, pour bien dégager les effluves du chênes et de la fumée. Et tu l’as dit, la corruption ne vient pas de l’alcool et j’ai pas envie de gâcher ce liquide-là avec l’atmosphère. Ce truc-là se boit avec de bons potes, pour célébrer. Max a raison de célébrer. Pas moi. Pas encore. Et t’es pas notre pote. »

Il avait dit la dernière phrase avec tout le fiel dont il était capable. N’importe quoi. Tout était n’importe quoi, depuis qu’il était arrivé dans cette boîte. Tout ce qui comptait, c’est que son ami s’en sorte indemne. Il continua à broder et broder encore. Il refusait de laisser Wilde gagner la partie. Il refusait qu’il traite son ami comme un enfant, comme un amuse-gueule. Il refusait qu’un type comme lui, qui avait vécu en prince damné toute sa vie, s’en sorte sans ecchymoses alors que toute la vie d’Alistair partait en l’air, pour une connerie. Ça devenait personnel.

Il était venu pour rappeler à un simple gérant que Max n’était pas son esclave et qu'ils ne le permetteraient pas qu'il s'enrichisse encore plus sur leur dos. Il était venu jouer un rôle d’agent et négocier les termes, parce qu’il savait que Max n’y penserait pas. Ne penserait pas aux trucs pratiques. Et que Max était trop gentil. Dans un monde de vipères, on ne pouvait pas espérer avancer candidement sans se faire mordre. Alistair était venu montrer les crocs que son ami n’avait pas et n’aurait jamais, grand bien lui fasse.

Et puis, tout avait dégénéré. Sans réfléchir, il avait sorti la partition sur laquelle il travaillait jour et nuit. Il la gardait constamment sur lui, depuis trois semaines. Une partie de lui espérait que Wilde ne la lise même pas. Qu’il émette un commentaire acide sans même regarder. Pour prouver à je-ne-sais-qui que ce type n’était là que pour faire du fric, comme tous les autres de sa maudite caste. Et qu’il se fichait du reste. De la musique et de l’art. Qu’il n’y avait plus d’autre passion que la grandeur et la richesse, chez lui. Mais le chanteur avait lu. Alistair avait même cru voir, pendant une fraction de seconde un masque tomber. Mais ce n’était qu’une autre chimère, non ? Et puis Maximillian avait bredouillé un truc répétitif à la con du style pub de détergeant. Alistair ne put s’empêcher de se pincer l’arête du nez. Lui-même aurait dû y penser. Son ami était incapable de bluffer, même si sa vie en dépendait. Il adorait Max juste pour ça. Parce que ça faisait du bien de croire quelqu’un du premier jet, pour une fois. Il allait répliquer lorsque Wilde darda son regard froid sur lui.

« Tu as écrit ça. »

Alistair resta interdit, incapable de parler. Il était encore vivant. Il sentit qu’on venait de lui arracher son armure d’un coup sec. Que cet homme l’avait deviné, l’avait épinglé comme un spécimen brisé, alors qu’il n’avait même pas encore parlé à son groupe. L’artiste avait démasqué sa trahison et ses remords. Et il les balayait de la mains comme on jette un mégot de cigarette. Et puis Wilde se mit à déblatérer sur la foutaise que représentait les enjeux sociaux au profit de la musique, la vraie, pour mieux intimider Max, encore et toujours. Les ongles d’Alistair s’enfoncèrent dans ses paumes.

Puis le musicien se tourna vers lui. Il y avait quelque chose dans ce regard qui lui échappait. Quoi ? Alistair ne savait plus. Un drôle de truc qu’il n’arrivait pas à nommer et qu’il ne voyait pas souvent. Il recula sur le sofa et plissa les yeux, désorienté. Et si Wilde ne s’en foutait pas ? Et si… Mais les dents de requin revinrent et l’artiste poussa la partition lentement vers lui. Pendant un instant, Alistair eut l’impression qu’il n’y avait qu’eux, dans une pièce noire, dans un duel qu’il allait perdre. Que son ami était de l’autre côté d’un mur de verre, incapable de le sauver du naufrage qui l’attendait.

«_ Je veux que votre groupe joue ce morceau-là. Demain. Tu l'as amené jusqu'à moi. C'est ce que je souhaite entendre. Les effets de manche ne sont rien s'il n'y a qu'une promesse éteinte derrière. Je veux que tu t'exposes vu que tu as fait ce choix. Tu aurais pu te la fermer et cesser ton manège. Alors termine donc ce que tu as débuté. Qu'il manque des portées n'est pas mon affaire. La nuit est longue. Montrez que vous en êtes capables ou bien ne venez pas. Ça ne sera pas la peine. »

Il se leva d’un bond, ses yeux verts bouillant de rage, rivés sur ceux du gérant. Il aurait le prendre par le collet Lui pisser du sang dessus. Wilde venait de le mettre au défi. Un défi que lui même savait difficile. Une chanson se terminait-elle en une seule nuit, avec tout un groupe qui n’en connaissait même pas les partitions? Alistair aurait parié que le gérant lui-même n’avait jamais fait ça de sa sainte vie. Si tout foirait demain, ce serait entièrement de la faute du gosse de riche, comme toujours. Comme si Alistair avait choisi cette vie-là. C’était cela que Wilde voulait démontrer? Il sentit la bile lui monter à la bouche. Ça y est, il allait dégueuler. Il inspira profondément, pour contrôler son estomac. Il sourit au gérant d’un air mauvais et consulta sa montre d’un air détaché. 22h49. Il se tourna gracieusement vers Max et mit doucement la main sur son épaule, en lui fourrant les nouvelles partitions contre la poitrine. Il pointa l’homme en face de lui sans même le regarder et dit, d'une voix la plus calme et douce possible.

«Appelle John et Erwan et dis-leur de se magner jusqu’au studio... S'il-te-plait. Mettons 23h10, hein? Le café italien de l’autre côté de la rue va bientôt fermer et il est hors de question que j’avales la merde que Starbucks s’époumonne à nommer « espresso ». J’amène du vrai café pour tout le monde. Elisabeth II, là, elle a raison. Si on n’est pas capable de rocker un simple morceau, on ne vaut rien. Et on vaut bien plus que sa Majesté ne le croit. »

D’un coup sec, il attrapa le verre de whisky et l’avala d’un trait. L’alcool lui brula la gorge. Il en avait besoin bien qu'il savait qu'il allait le régurgiter bientôt. Pendant une seconde, Alistair se sentit redevenir vivant. Puis il posa le verre sur table, en le cogna deux fois sur la surface, avant de tapoter l’épaule de son ami.

« Sortons d’ici. De toute façon, il n’y a plus rien à discuter avec lui avant 10h21 demain matin, s’il arrive à se lever, encore. »

Et Alistair repartit d’où il était venu. Dehors, il marcha comme un prince tout au fond du stationnement du Viper Room et se plia en deux pour expulser tout l’acide qu’il retenait en lui. Il resta là, penché vers le sol pour regarder la mixture laiteuse des médicaments et de l’alcool s’évaporer dans l’eau de la pluie, vers les égouts.

Il était encore vivant. Le serait-il encore demain, à 10h12? Il ferma les yeux un moment et laissa la pluie froide lui asperger le visage.

« Je suis désolé, Max. Je suis vraiment désolé. »

Wilde avait raison. La nuit allait être longue. Très longue. Mais il serait là, le lendemain. Même si le gérant ne daignait pas se lever, ce qu'il allait probablement faire. Mais Alistair serait là, avec les Untitled. Et avec une chanson qui allait lui coûter toute son âme.

La chanson d'Alistair:
 
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() message posté Lun 30 Avr - 21:54 par Maximilian Berkeley

« Alistair ! » réprimandai-je mon ami quand il commençait à parler de se battre pour du whisky.
Mon ton lui imposait implicitement de ne pas s'énerver. Il savait que je n'aimais pas la violence -si ce n'était dans la fiction-. La violence n'avait jamais rien résolu et n'engendrait que du négatif. Et j'aurais démonté la première personne qui m'aurait dit que c'était faux. Selon moi, Alistair n'aurait pas dû répondre ainsi aux provocations de Wilde. Mon ami renchérissait sur la façon de bien boire un whisky de cette qualité dans une optique de provocation. Encore. Et tout cela n'était que le début de la fin. Je pouvais encore encaisser tout ça.
Ça n'avait pas durer longtemps.
Puisque Alistair dégaina une répartition dont je n'avais absolument pas connaissance. Un morceau qu'il avait commencé à écrire tout seul. Qu'il présenta comme étant le travail de l'ensemble du groupe. Il allait avoir des explications à fournir dès qu'on allait être sorti et vite.  Parce que l'énervement montait de nouveau en moi comme la lave dans un volcan. Non vraiment, il abusait. S'il continuait comme ça, il allait finir comme Camille dans Thérèse Raquin de ce cher Zola. Retrouvé au fond du fleuve. Sauf que ce fleuve, ce ne sera pas la Seine mais la Tamise. Nous étions à Londres, nous faisions comme nous pouvions.
Je paniquai littéralement quand il me demanda d'improviser sur cette chanson qui m'était totalement inconnu. J'étais de retour au collège quand j'étais interrogé sur une leçon par le professeur alors que j'avais été absent lors du cours concerné et qu'on ne m'avait pas refilé le contenu pour que je puisse rattraper. Sauf que là c'était bien pire. Je sortais un argumentaire franchement bateau et sans âme car je n'avais pas la possibilité de lire les paroles convenablement et que l'on n'en avait jamais parlé auparavant. En même temps, comment Alistair voulait-il que je fasse ? C'était lui qui faisait de la merde, là ! Wilde ne tarda pas pour m'en faire la remarque. Mais il était marrant lui ! Comment parler des sensations et tout ce qui s'en suivait quand nous n'avions pas nous-même écrit le texte ? Ou même lu ? Ça m'énervait. En plus il le savait. Il savait que c'était Alistair qui l'avait écrit.
Comme si nous n'étions pas assez au bout du rouleau, le morceau qu'il voulait entendre le lendemain, c'était celui-là. « Putain ! » jurai-je à voix basse en faisant un mouvement d'énervement. Il venait du coeur celui là. Mais il devait passer presque inaperçu à côté de l'emportement d'Alistair qui se leva avec colère pour planter son regard dans celui de Wilde. Je me levai à mon tour mais plus calmement même si ma colère n'en était pas moins forte. Il me demanda, sans me regarder, d'appeler John et Erwan.
Il était marrant lui aussi. Erwan avait un examen le lendemain. Il ne pouvait pas se permettre de rester éveillé toute la nuit alors que la suite de ses études reposaient sur cet examen. Franchement, bien jouer Alistair ! J'allais vraiment finir par te noyer dans la Tamise.
Mon ami but un verre de whisky cul sec avant de le claquer sur la table basse. Je le regardais avec des yeux assassins. Il me tapota l'épaule en me disant que nous devions partir. Avant de suivre Alistair, je jetai un regard désobligeant à Wilde.

Quand je rejoignis Alistaire sur le parking, je le vis vomir ses tripes sous la pluie.
« T'aurais pas dû boire ce whisky. » lui reprochai-je.
J'ouvris mon parapluie et sortis mon portable afin de prévenir le reste du groupe. Alistair s'excusa. Je lui jetai un regard agacé sans lui répondre avant d'appeler en premier Erwan tout en commençant à marcher vers la station de métro. Je ne laissai même pas l'occasion de laisser à mon ami l'opportunité de payer le taxi. Trop occupé à parler au téléphone. Prendre le métro, cela n'allait pas lui faire de mal.
Au final, c'était plus facile que prévu de convaincre Erwan de bien vouloir faire nuit blanche. Dans notre malheur, nous avions de la chance puisque son examen débutait à treize heures et quelque. Si Wilde avait l'amabilité de ne pas faire sa diva, il allait être dans les temps. John, quant à lui, a un peu râler après Alistair mais avait quand même accepté. Il nous fallut un certain temps en transport pour arriver au studio. J'avais à peine adresser la parole à Alistair de tout le trajet.
Pendant toute la nuit, quand je n'étais pas entrain de somnoler à moitié, j'étais d'une humeur massacrante. J'aurais mordu le premier qui s'approchait trop près de moi. Mais contre toute attente, ce que l'on pensait impossible était presque possible. Aux alentours de 8h30, nous avions réussir à pondre un truc pas trop dégueulasse. Mais je n'estimais pas ça exceptionnel non plus. Nous étions tous sous pression. Avant de nous rendre au Viper Room de nouveau, j'avais été cherché de quoi me changer chez moi car depuis la veille, j'avais toujours les mêmes habits. Mais je n'avais pas eu le temps de prendre une douche donc je forçais sur le déodorant. Alistair avait réussi à louer un van à la dernière minute -heureusement pour lui-.

Quand nous arrivâmes au Viper Room, Untitled au complet, on était en effervescence. Nous n'avions pas dormi de la nuit du coup on était tous fatigués. Erwan me paraissait très stressé, lui qui était d'un naturel si décompressé habituellement. En même temps, il s'était surmené et il avait double raison d'appréhender, contrairement à John, Alistair et moi-même. John lui était d'un calme olympien. Même ses cernes n'avaient pas eu raison de son allure toujours assez imposante.
Par ailleurs, quand Wilde daigna enfin arrivé, il fut le premier à le saluer en lui serrant la main avec fermeté et conviction tandis que je restai en retrait pour ma part.
« Wilde. Lui, c'est Erwan. Je suis John. Et vous connaissez les deux autres. »
C'était simple. Direct. L'assurance suintait par tout ses pores. Il avait une voix grave mais suave. Une voix posée, profonde. Il aurait pu faire de l'ASMR. Nous étions tous différents à notre façon. Pas l'un de nous ressemblait à un autre. Et c'était ce que j'aimais dans Untitled.
Nous commençâmes à installer tout le matos. John me réprimandait car il me trouvait un peu "mou". Pendant que j'aidais Erwan qui jacassait comme une pie à propos de son examen prochain à installer la batterie, je vis qu'il avait pris Alistair à part pour lui parler. Entre deux allers-retours, je les regardais de lui, intrigué.
Puis vint le moment de montrer à Wilde ce qu'à quatre on savait faire. Malgré la fatigue, nous donnions tout le peu d'énergie qu'il nous restait pour interpréter la chanson du mieux qu'on pouvait. Je ne trouvais pas ça tout à fait satisfaisant, mais ce qu'on avait fait en une nuit était assez potable au fond. Quand nous eûmes terminé la représentation, j'appréhendai sincèrement. J'étais incapable de savoir ce que pensait Wilde. C'était une sensation horrible.
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() message posté Mar 1 Mai - 8:56 par Alistair H. Pratt
La nuit avait dure.

Très dure.

Alistair tenait à peine debout. Qu’est-ce qui l’empêchait de s’écrouler ? Il ne savait plus trop.

Le groupe s’était rassemblé dans leur petit studio une heure plus tard. Trois mines longues, basses et moroses l’avaient accueilli alors qu’il ramenait deux thermos de café frais. Ils n’avaient pas échangé un seul mot. Déjà, il sentait leurs regards noirs dans son dos. Il avait posé les thermos là, dans un coin de la pièce exigue et sans préambule s’était assis devant son clavier électronique pour y jouer et chanter, par cœur, le morceau qui allait le perdre.

Et ils avaient répété, répété et répété. Sans relâche, comme des forcenés. Chaque accord avait été revisé. Le ton de la voix du chanteur avait été presque – presque – maîtrisé. Alistair y avait donné tout ce qui restait de lui.

Puis, une fois la camionnette louée de peine et de misère, à force de menaces vides, ils étaient tous rentrés chez eux pour se changer. Max ne lui avait pas adressé la parole de la nuit. Alistair ne s’était jamais senti aussi mal. Allait-il perdre son ami ?

Le jeune homme s’était rendu d’un pas lent vers la salle de bains et avait ouvert la pharmacie. Il avait dévissé les flacons, rassemblé les cachets dans sa main et avait avalé sa trithérapie comme on le fait avec du cyanure.

Lors qu’il referma la porte de la pharmacie, le miroir lui refléta un visage qu’il ne reconnaissait plus. Toute la haine qu’il ressentait pour lui-même et ses conneries assombrissait son regard, au travers de ses cernes. « tait-ce vraiment lui, qu’il voyait dans la glace ? Le clône de lui-même qu’il avait entrevu sur Oxford Street ?

Ou Wilde ? Était-ce Wilde qu’il voyait, dans ce putain de mirroir ? Il fit un sourire haineux, carnassier à son reflet. Celui-ci lui répondit avec le même fiel. La glace craqua lorsque son point atteingnit la surface. Au moins, l’autre, l’inconnu ou Wilde ne riait plus de lui. Du moins, pour l’instant.

Une petite coupure seulement. Il observa le sang rouge sur sa main blanche. Il bougea les doigts. Là. Ça allait. Il poyrrait encore jouer du piano ce matin.

Alistair désinfecta la plaie et lui mit en bandage de fortune. Il enfila un T-shirt noir et un veston propre de la même couleur, ses foutues lunettes et ses clés. Le Viper Room les attendaient.

Erwan n’arrêtait pas de jacasser sur son maudit examen. Max continuait de faire comme s’il n’avait jamais existé, même s’il tentait d’attirer on regard. Il installa son clavier Yamaha, le brancha aux amplis et vérifia le son à l’aide de ses écouteurs   tout seul.

Puis Alistair sentit une grosse main, sur son épaule.

« T’as une minute, Ali ? »

Il hocha la tête et suivit John dans un coin du stage, en croisant les bras, d’un air morne. John baissa la tête et tenta de lui sourire le plus chaleureusement possible.

« Écoute vieux. J’étais en rogne hier soir. Je le suis toujours. Mais je tenais à te dire que cette chanson… putain cette chanson, elle est super. Les paroles te démolissent et l’harmonie est à couper le souffle. On aurait eu deux autres semaines pour la pratiquer et c’était un chef-d’œuvre. Déjà, ça passe très bien. C’est touchant ton truc. Je ne savais pas que tu écrivais comme ça. Je te pensais… je ne sais plus, Ali. »

il sourit à nouveau, d’un air navré.

« Tu sais Ali, on est habitué, maintenant, à ton drôle d’humour et à ton caractère de star. T’es généralement un gars vraiment cool au fond et on t’apprécie. Mais là… là Max m’a raconté. Ça n’a plus rien de cool, tu comprends ? C’est pas toi, ça. C’est pas la Lady Di sympa qu’on connaît. J’en ai discuté avec Erwan et bah… Max sera sûrement d’accord. T’as besoin d’une sacrée pause, vieux. Je… Je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête mais… Mais tu sais, on a nos vies, on a nos jobs et notre famille, nous. Toi, tu as besoin de régler la tienne. Tu devrais vraiment te concentrer davantage sur tes études. Et relaxer. T’as vraiment besoin de relaxer. Tu sais qu’on est là, si t’as besoin de parler ? No matter what, man. Erwan aurait passé sa nuit à jouer à des jeux vidéos, malgré ce qu’il raconte, de toute façon et Max va s’en remettre. On va trouver un autre pianiste, le temps que tu démêles ta vie un peu et que tu retrouves tes priorités ? En attendant… allons montrer à ce Wilde ce qu’on sait faire. D’accord, vieux ?»

Il lui avait fait un clin d’œil et tapé l’épaule. Puisque ça devait être son dernier morceau chez les Untitled, Alistair s’élança sur son clavier comme on enlace une dernière fois son amant. Les notes solitaires et tordues du piano avaient percé le silence. La lituanie angoissée et inlassable de la basse avait rententit et la guitare y avait ajouté sa plainte, comblée par les paroles à la fois froides et pleines de désespoir du chanteur. Le ton était à parfaire.  Quelques notes manquaient et Erwan improvisait, comme toujours.

Sa main lui avait fait mal et le bandage de fortune s’était teinté de rouge. Mais qu’importe !! Il sentit un drôle de picotement, dans ses yeux, lorsque le dernier couplet survint. Il se mit même chanter, sa voix un peu nasillarde faisant écho à la voix trop parfaite de John pour crier l’exaspération et la résignation du protagoniste.

Et le silence tomba. Alistair ferma les yeux.

Ne restait plus que le putain de verdict bidon de Wilde, à présent.
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() message posté Mer 2 Mai - 19:44 par James M. Wilde


« Be careful about first impression... »

Maximilian
& Alistair
& James




C'est comme si Greg était perché-là, sur mon épaule, à me dire de me calmer, encore et encore. Un ronron agaçant d'une sauterelle à la ritournelle simple. Un criquet. Qu'importe, un putain d'insecte qui me vrille les oreilles. Ne réponds pas. Ne réponds pas. Ça ne sert strictement à rien. Ne réponds pas. Ne rénchéris pas. Pour une fois. Pour une f... Au diable la sauterelle, je fais un geste nettement saccadé par la colère en balayant mon épaule comme pour en chasser cet esprit malin et inutile avant de faire exactement l'inverse que ce que me dicte ainsi ma conscience. Fragilité de ces acquis qui s'écroulent dès que le challenge vient hérisser ma peau. C'est une répugnante caresse, un souffle acide craché-là en pleine gueule que l'on ne peut s'empêcher d'inspirer à pleins poumons. La violence feule, quelque part, entre les syllabes contraintes par ma diction qui se ralentit soudainement. Porter la sentence d'une vindicte qui viendra plus tard. Plus tard. Pas maintenant. La voix de Greg est toujours en écho à ma raison qui vacille, au fond de mes iris bien plus durs :
_ Un mec comme moi n'a pas besoin de conseils d'un prépubère pour savoir boire son scotch sec. Surtout lorsqu'il ne sait célébrer qu'en face de ses amis quand il est bien plus savoureux de le faire en face de son ennemi. Mais t'as raison, je suis rien pour toi, ni ton pote, ni ta foutue Nemesis. Rien. Juste un bruit de fond qui te dit qu'il est grandement temps de disparaître de ma vue.
Et mon visage se ferme, la réprimande de Maximilian me frôle sans pour autant savoir me rattraper. La partition seule y parvient. Elle y parvient dans la surprise la plus totale, et c'est l'outrage de plus. Plus, mais jamais trop. Ça n'est jamais assez. Ça ne sera jamais assez pour mes envies ou mes idées. Le regard change, et j'ai soudain l'impression d'entrer en résonance avec ce petit connard, l'espace de secondes dérangeantes qui me font légèrement vaciller. Suffisamment pour que mes exigences soient létales. Quitte à flancher, autant quémander l'excellence de cette jeunesse quand l'ennui me menace toujours. Braver les futurs heurts d'une déception trop cruelle. Et la déception ne vient pas. Non... C'est autre chose qui gronde et qui se dresse, là dans son mouvement plein de rage. J'en reste une brève seconde pantois, et toute la dévoration de ma nature semble alors se frayer un douloureux chemin par tous les pores de ma peau. Je le regarde, je le regarde, et je ne vois plus que lui tandis qu'il me toise. Je soutiens la violence, pire encore je l'acclame et il y a un sourire dérangeant qui vient danser sur mes lèvres fines. C'est ça... Exactement cela, juste-là, qui vibre à l'unisson. J'ai l'envie de le déchaîner plus encore, de venir confronter cette matière brute qu'il planque avec tant de difficulté, lui dire de la relâcher, de façonner le monstre pour qu'il rencontre le mien. Mais je ne dis rien. Je ne dis strictement rien tandis que mon oeil isole sa silhouette pour la graver quelque part. Avant que je ne fasse mine de me lasser, de laisser tomber-là cette confrontation qui ne peut avoir réellement lieu ici, et maintenant, en présence de témoins. Les mots tombent et se précipitent, je les écoute à peine, suffisamment cependant pour tomber d'accord sur sa caricature du Starbucks qui sert des cafés à l'infamie notable. Non, c'est vrai, ils ne valent rien. Ce groupe ne vaut rien s'ils ne savent pas me convaincre et accéder à ce caprice. Je ne dis pas au revoir, et je les congédis dans un silence presque macabre, non sans un dernier regard pour l'un et l'autre. Max me tance lui aussi, et je le provoque d'un dernier signe de la main, comme pour lui dire que la confrontation n'est que partie remise.

Dans la nuit, alors que le Viper bat son plein, j'appelle Greg, je convoque Ellis dans un sommet qui me fait brasser l'air et peiner à expliquer ce qui se passera demain, dès 10h. 10h. Pas 10h11. Ou 10h21. 10h. Les gars se posent backstage, la musique fait vibrer tous les murs et les rires forment des vagues si denses qu'elles menacent de nous submerger. Mais c'est ma fébrilité maladive qui manque de le faire, tant je cause en tout sens :
_ Ouais, un groupe de jeunes. Ils vont venir... Je vous ai dit qu'ils étaient quatre ? Et y en a un, il paraît vraiment jeune. L'autre c'est une vraie tête de con. Enfin... Et donc la chanson, si tu savais. Elle est... Exactement comme on les veut. C'est exactement ce que j'attendais. Depuis... Depuis... Fallait les entendre. En direct, pas depuis un ordinateur de merde. Il est arrivé comme ça, le p'tit, un peu dans la lune. Ils vont venir. Il faut qu'ils viennent.
"Nan mais ralentis deux secondes... Ils vont venir quand ? Pour un concert cette semaine ? Déjà ? Le planning est..."
Je coupe Blondinet 1er pour parader jusqu'à lui :
_ Mais non, tu comprends définitivement rien. Demain, pour nous convaincre. En vrai j'aurais pu leur dire oui, mais je l'ai pas fait.
J'en suis presque surpris à bien analyser la situation que j'ai su dessiner. Destiner peut-être, à des jours mornes et inoccupés quand pourtant les projets sont en nombre et que je n'ai pas le temps pour tout ça. Ni moi, ni eux d'ailleurs. Ellis secoue la tête :
"Mais... Je comprends pas. Tu leur as demandé de venir jouer comme ça, un matin ? Mais... Tu te lèves pas le matin, j'te rappelle. Depuis quand on auditionne les débutants deux fois ? D'habitude on les sélectionne puis ils réussissent ou se pètent les dents sur la scène. Tu dis que tu as écouté leurs morceaux en plus et..."
_ Nan. C'est celui-là que je veux. Le morceau qui n'est pas encore terminé.
Maman Greg s'insurge :
"Quoi ? Tu leur as demandé de jouer un truc pas fini, comme ça ? Du jour au lendemain ? James !"
_ Quoi ? Quoi ?! Quoi encore ? Je voulais ce morceau-là. Les autres sont plus... Moins... Il y a moins de tripes dedans, d'aigreur, de douleur.
Ellis grommelle en levant les yeux au ciel :
"Ça nous manquait tellement comme ambiance, c'est sûr... L'aigreur, la douleur et la prise de tête permanente, on avait oublié ce que c'était depuis... Hmm... Deux heures peut-être ?"
"Ne me dis pas que tu les as forcés à bosser toute la nuit alors que tu es déjà convaincu..."
J'ai un sourire tout entier, et je piétine :
_ Mais bien sûr que si ! Où est le fun sinon, Mère Supérieure, hein ? Tu leur feras un gros bisou pour les consoler.
"Je devais aller avec Marcy acheter des trucs demain matin."
Je lance une oeillade enflammée et moqueuse à mon bassiste préféré :
_ Attends voir Ellis, ta nympho en vadrouille ou bien un groupe tout neuf à écouter, qui serait capable de te retourner. Bien plus que lorsque Marcy te baise d'ailleurs. Bien que retourner Marcy par contre ne soit pas si difficile que ça... Choix délicat...
"Putain, tu fais chier."
_ Je sais.
"Je te préviens, mets ton bordel de réveil, parce que je t'assure que ni lui, ni moi, on viendra te chercher dans ta tour d'ivoire pour que tu sois à l'heure. Et Marcy n'est pas si facile que ça, si tu veux tout savoir !"
De concert, Greg et moi nous écrions :
_ Depuis quand ?!

***

10h42.
Le réveil tonitrue tandis que ma tête élance des douleurs qui geignent et geignent encore. Dans tous les muscles la passion inassouvie, trahie ainsi par mes méfaits, détournée par l'alcool et sans doute une ligne de trop. L'excitation à la rencontre d'une frénésie qui n'aura pu être étanchée, servir dans l'ombre du Viper, me poster dans le perchoir sans y convier aucune fille. Impossible. Pas en ce moment. Pas quand mon corps crève d'elle. Bien plus. Bien trop. Jamais assez non. Et distinguer l'envie pour mieux la repousser. Je la retrouve dans quelques jours, dans quelques jours et les flammes pourront s'éteindre. Ou bien se déchaîner. J'ai un sourire encore plein de rêves complexes, avant que je ne comprenne. 10h55. Aucun problème. Je me lève brusquement, rattrape des fringues par terre, assemble du noir ton sur ton, chose aisée vu ce code vestimentaire que je traîne tel un deuil accroché à ma peau toujours plus blême. La lumière m'abrutit au travers des persiennes, fait tonner la migraine qui frappe ma tempe pour mieux me rappeler à l'ordre. Aucun problème, voyons. Je manque de m'étaler de tout mon long sur la moquette, tandis que je tente d'enfiler mon jean tout en marchant, les cheveux en vrac, mes lunettes de soleil sur le nez pour éviter d'avoir plus mal encore. Porte. Couloir. Ascenseur. J'appuie sur le bouton au moins vingt fois, je descends les étages qui défilent tous mes a priori. Si nombreux tout à coup. Je traverse le couloir de service, et alors que je pénètre dans l'atmosphère lourde du nightclub, où les lueurs tentent de s'infiltrer sans véritablement y parvenir, si ce n'est par l'ouverture de la double porte où le matériel fraie son passage, je me glisse doucement, ma présence pénétrant les limbes qui sont miennes. Je dérobe une bouteille de flotte auprès de l'immense bar qui repose, briqué de près par Kaitlyn avant la fermeture, j'en avale une très longue gorgée qui ne dissipe guère l'aigreur dans mon estomac, qui tournoie, tournoie. L'appréhension et l'attente, réunies pour creuser leur tombe. Je tapote mon paquet de clopes dans ma main, le filtre étanche les mots que je pourrais porter, je le mâchonne distraitement avant de faire jouer mon zippo qui claque brutalement. Greg sursaute, il supervise l'installation de la jeunesse, je lui fais un très léger sourire en coin. Oui ça va, je suis là. Ni en retard, ni en avance. Le plus proche part toujours au dernier instant, voilà un fait qui est bien connu. Ellis est déjà tout sourire, à serrer les pinces de toute la ribambelle des Untitled, les aidant volontiers aux divers branchements. C'est tout lui ça, les rires faciles, l'expertise qui ne cherche pas à fasciner, encore moins à contraindre. Gregory me zyeute un instant comme pour vérifier que je tiens bien debout et s'éloigne pour se joindre aux bruissements. J'aime l'air électrique tout autour, et sans encore faire corps avec les deux membres de ma plus proche famille, je m'appuie dos au mur, dans une distance ombrageuse, les volutes de ma cigarette dessinant ma présence. Je n'aide personne, je les regarde tous, les uns, les autres. Les visages connus, les inconnus qui s'avancent, le calme et l'appréhension, tour à tour qui dansent.
"Merci d'être venus, on avait hâte de tous vous rencontrer."
Je ne ponctue pas, je fais juste un geste pour signifier que j'entends tout mais que je n'ai strictement rien à dire tant que la musique n'emplira pas la pièce. Wells fronce ses sourcils blonds, mais me laisse à mon personnage tout en affichant un grand sourire avenant, prompt lui aussi à mettre à l'aise nos convives qui viennent de subir une nuit blanche par ma faute. Je passe une main dans mes cheveux, très distraitement, comme pour mettre de l'ordre dans le bordel monstre d'une nuit trop courte, semie-insomniaque, agitée. Le bordel demeure, rébellion capillaire que je ne cherche pas à mâter. Je finis par ostensiblement braver un silence reparu dorénavant que tout est installé, serre la main de John, fait un signe de tête à Erwan, nargue Max d'une moue, puis vire mes lunettes de soleil au moment où mes yeux tombent sur Alistair.
_ Non, je ne les connais pas. Pas suffisamment, en tout cas. Pas encore...
Je rejoins les deux autres, Wild au complet dans un alignement qui se courbe pour me laisser toute ma place, un peu devant, à l'écart en partie. Le groupe et son leader identifié, les iris qui jouent ce rôle connu par coeur, Ellis qui secoue la tête comme pour me renvoyer à mes airs de Diva, Greg qui cherche à étouffer son rire, moi qui hausse les épaules. Pas trop vivement, car tout mon corps ploie sous ce mal de crâne. J'ai hâte de ce son dévastateur qui viendra remplacer la douleur, la broyer un instant pour disputer son règne. Du bruit pour moins souffrir. Du bruit. Partout. A l'intérieur, au dehors. Marlowe dit doucement :
"C'est quand vous voulez, j'imagine qu'on a pas intérêt à laisser planer le suspens plus longtemps."
Il hausse un sourcil à mon encontre, je lui réponds en secouant mon majeur pour lui dire d'aller carrer son avis sur mes suspens étudiés où il le souhaitera. Mes observations cependant s'abîment dans des détails qui pourraient paraître anodins. Les doigts blessés d'Alistair, la vivacité d'Erwan, ou encore la conscience très professionnelle de Maximilian. Un bel ensemble, disparate, complexe. Sans maquiller cette impatience qui contracte mes muscles, je continue de cloper, savourant la première note, me laissant captiver. Je ne joue pas de ma fatuité, bien au contraire, il y a chez moi une fixité terrible qui s'arrime à ma silhouette et la laisse gravée-là, tendue à rompre, à savourer les notes tandis que mes yeux se perdent dans des songes peints par chaque harmonique, chaque parole soufflée. Les mots s'accordent, la version discutable est un peu brutale, sans ambages, sans ses élans de perfection que j'ai acquis. Sans la grandiloquence de ma musique qui me vaut autant de respect que de remarques désobligeantes. Il y a quelque chose de plus brut, de plus viscéral, de plus neuf. De plus envoûtant parce que je bascule dans un univers en devenir, pourtant empli d'émotions très palpables. Peut-être est-ce là une impression ridicule, mais il y a chez Alistair comme une chute pleine de panache dans sa façon de malmener son clavier numérique. Bordel... Ce que cette ligne de piano donnerait sur un instrument de qualité. La guitare qui joute en partage du calvaire. Ils sont bons. Ils sont bons. Ils savent. Pas tout. Mais ils savent comment l'interprétation revêt des exigences de succube, prête à vous laisser-là sur scène, vidé, exsangue. La douleur plane et je la reçois sans même la parer, sans chercher à la fuir. Mes iris se bouleversent, élèvent une tempête farouche le long du rythme de la basse. Le coeur convoite le tempo. Deux voix qui portent le cri. Puis plus rien. Plus rien. Que le silence. Cet encombrant silence quand on en a jamais assez. J'ai le regard rivé sur le sol parce que trop d'émotions se fourvoient en mon sein. J'ai le vertige, ma tête hurle des avenirs embrumés. Ce qu'il y aurait à faire, à supporter, à convaincre. A parfaire, à élever. A joindre aux harmonies qui sont miennes peut-être. Les conditionnels deviennent des évidences et Greg et Ellis, distribuent des sourires, saluent les artistes en les applaudissant, mais cherchent le contact qui manque. Mes yeux pour savoir. Ici il n'y a qu'un semblant de démocratie quand seuls mes caprices finissent par trancher. J'ai envie d'être seul, seul pour comprendre, rejouer la musique pour mieux m'en imprégner, la frustration me fait bouger mes phalanges qui crèvent de caresser les cordes de nouveau. Il est temps. Plus que temps de renouer. Cesser de fuir l'inexorable. Je n'ai pas le loisir de remonter vérifier la ténacité de mes élans, je relève mes iris vaincus sur Gregory et hoche subrepticement la tête. Quelque part, mes deux amis relâchent des soupirs satisfaits, laissent pleuvoir les compliments qui peuvent enfin se dire :
"C'était vraiment vraiment bien. Il est rare qu'on ait pareil ensemble ici. Souvent c'est... Je ne sais pas, souvent sans aucune profondeur en fait."
"Ouais, l'interprétation est souvent difficile parce que sans la foule, on sait que ça n'est pas pareil. Bravo les gars. Ce morceau est génial."
Deux paires d'yeux qui attendent ma phrase. La sentence finit par tomber, grave, posée :
_ Vous aurez donc 1200 spectateurs jeudi soir. 5 titres, pas plus, il faut qu'on rogne sur l'autre groupe déjà programmé. Ils feront office de première partie. Ils ne vous porteront pas dans leur coeur d'être ainsi diminués, mais qu'importe, je m'en branle.
Pas de préséance, tant pis pour eux, ils avaient qu'à être meilleurs. Une place spéciale qui démontre que je mets en valeur ces quatre inconnus plutôt que de leur laisser la difficile tâche de chauffer une assemblée. Quand on débute c'est l'horreur. Cependant, je murmure :
_ La place que vous venez de gagner, ne me la faîtes pas regretter. Il n'y a pas de seconde chance. Pas avec moi.
Pas de merci, pas de bravo, je pense que c'est amplement suffisant. Et le dernier coup de dague que j'inflige car rien n'est jamais acquis. Gratuit. Donné sans que le poison ne se distille à la première bouchée.
_ Si le public vous recrache vivants alors on discutera. De ce qu'il y a à améliorer.
L'avenir vacille le long de la ligne de fuite, l'immense salle inoccupée ressemble à un caveau où des morts en sursis se toisent. Mes prunelles reviennent à Alistair et cherchent quelque chose de l'abandon terrible qu'il a esquissé pendant le morceau. Cherche une seconde de compréhension tandis que les armes s'émoussent. Et ma tête se penche légèrement, le seul remerciement qu'il aura de ma part. Si rapide que l'instant s'étiole avant d'exister pleinement. Je reviens au rouquin pour mettre fin à toute hostilité dorénavant qu'ils ont pour l'instant remplie leur part du contrat.
_ Alors ? Après une putain de nuit blanche, ose encore me dire que la musique ça n'est qu'un amour sans danger... Sans contrition.
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