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I ain't here to break you, just see how far it will bend _ Eleah&James

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MEMBRE

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() message posté Ven 13 Avr - 13:25 par James M. Wilde


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Eleah
& James




Le seul indice de ma nervosité réside dans ma main qui se contracte autour de mon verre qui miraculeusement n'est pas encore vide. Le liquide ambré vacille dans un mouvement un brin brusque qui pourrait démontrer que je ne suis guère à mon aise dorénavant que l'attention de Faulkner se resserre sur nous. J'ai l'impression de me retrouver de nouveau lors du Grand Oral de la Royal, face à ce jury engoncé et dont le protocole glissait sur leurs mines fermées pour leur peindre des masques grimaçants. A l'époque j'ai déployé toute l'arrogance dont j'ai été capable, expliquant dans des grandes envolées combien j'étais digne d'être choisi pour l'oeuvre de composition libre qui devait être donnée par l'orchestre de l'institution sur la magnifique scène en plein air. Le spectacle couronnant chaque année la fin du semestre, mettant dans la lumière un seul élève sélectionné parmi un très grand nombre, pour interpréter et faire jouer une oeuvre symphonique. J'avais composé toute la trame lors de notre première tournée mais tous les passes droits accumulés pour combiner ce qui passait pour un hobby et qui deviendrait mon métier avec les cours et les examens n'étaient pas au goût de tout le monde. Et pour Faulkner c'était là insulter l'institution toute entière que d'ainsi ne jamais se montrer pour rafler les honneurs aux premières lueurs de l'été, comme ces rapaces qui fondent sur une proie isolée par ennui ou pour affiner ses talents meurtriers. Le hasard d'un talent, c'est ce qu'elle a voulu me faire avouer lors de l'oral mais j'ai tenu bon. Malgré ma réputation qui commençait à dégouliner sur toute ma silhouette dès qu'un prof osait me remettre à ma place, malgré la presse qui bruissait déjà, malgré mes absences pas toujours justifiées par un déplacement, malgré toute la détestation que certains me portaient. Elle en particulier. J'ai tenu bon, je l'ai regardée bien en face et j'ai argué que je ne voyais pas pourquoi je ne recevrai pas les honneurs si mon travail était jugé brillant juste parce que j'avais des instincts de liberté déjà dévorants. Et qu'après tout, ça n'embarrassait pas la Royal Academy of Music de compter parmi ses élèves quelqu'un ayant déjà sorti un disque et commençant à être reconnu dans le milieu musical. Mais quel milieu avait aussitôt répondu Faulkner, avec toute la hauteur de son mépris. Un milieu détestable comme vos moeurs le sont. Un milieu qui vous ressemble bien. Si vous en êtes si fier, allez donc composer parmi ces êtres débridés. Alors que j'avais à peine vingt ans, la flèche du Parthe était rude... Mais nous avions un historique alors, j'ai tenté de conserver toute la colère que je ne savais pas bien brider. J'ai ravalé ma fierté et je l'ai simplement ignorée pour me tourner vers la présidente du jury qui avait toujours été mon soutien dans tous mes projets. Des vues bien moins obtuses, des idées bien moins austères, elle appréciait plutôt la confrontation brutale de mes deux univers, même si elle désapprouvait les projets qu'elle distinguait déjà, craignant me voir abandonner toutes mes inspirations classiques dès mon diplôme obtenu. Je ne sais pas ce qu'elle peut en penser aujourd'hui, si elle a écouté ma musique, continué de me suivre, compris que les racines enseignées n'avaient jamais été totalement reniées vu qu'elles me constituent tout entier. Mais Faulkner... Ça elle a dû me balancer aux ordures dès que j'ai disparu de son environnement. Je tente de sourire, un sourire qui ne soit ni arrogant ni timide, quelque chose qui montre que je ne suis pas venu l'accabler de mon acidité, ronger jusque sa sphère d'influence à l'aube de la retraite. Eleah fait de même, elle tient, malgré la dureté des mots, les phrases acérées qui cherchent à nous détruire avant même que nous n'osions naître. Que nous osions être. Être enfin.

Mon éducation prend entièrement le dessus, fait assez rare pour le noter. C'est une insulte à mon émancipation mais je digère l'angoisse de me sentir ainsi si prompt à reconnaître les écueils et à manier les armes de ma caste. Tout ce que l'on a su m'inculquer, tout ce que j'ai tenté de drainer de ma tête et de mon âme pour ne pas me retrouver empoisonné, tout ce que je hais. Tout est là, à l'intérieur, jamais mort, jamais éteint. Tout. Rien. J'ai comme une sorte de palpitation qui oscille entre l'euphorie et le malaise. Ma main se pose délicatement dans le dos d'Eleah, ce n'est pas une des caresses avides que je sais tant dessiner contre sa peau nue dès que je le peux, c'est simplement l'écho du même soutien qu'elle est venue puiser précédemment contre moi. Sans y penser, je me rapproche d'elle, prompt à fusionner en une même entité pour faire front. Pour braver la harpie qui cherche tant à nous destabiliser. Je ne vois pas les regards de l'inconnu qui semble faire partie de leur cercle. Je ne vois pas les regards sur elle, quand j'aimerais tant en porter pour la voir, la voir et oublier la peur. Si le rêve se brise, je ne sais comment je pourrais réagir. Si le rêve crève, il ne restera plus rien. Que la médiocrité de l'inavoué. Je ne peux pas le souffrir. Alors toute ma verve se déploie pour nous enclaver dans une conversation aux allures de débat. Et Faulkner ne nous congédie pas. Elle fait mine de n'en avoir cure mais elle nous écoute. L'un et l'autre. L'un après l'autre. Mon sourire est plus prompt quand Eleah caractérise notre univers de délectable. Il l'est. Combien il l'est. J'aimerais le lui expliquer. Lui dire encore, en musique, en pensées, dans tous les gestes déployés. J'aimerais, j'aimerais. La parenthèse fugace s'ouvre pour venir happer la raideur de Faulkner, savoir en rogner tous les angles pour lui rappeler les harmonies qu'elle savait malgré tout nous enseigner. Même lorsque je n'écoutais que d'une oreille. Mais j'écoute aujourd'hui, je suis envouté par les syllabes qui forment les accords d'une pensée que la vieille professeur ne peut que reconnaître. Nos esprits se complètent, s'éprennent d'une ambition croissante au fur et à mesure que nous l'étayons de descriptions qui ne font que dévoiler nos raisons d'être ici. Maintenant avec elle. La franchise de ma comparse me redonne un allant qui semble inébranlable, car c'est ainsi que je mène mes négociations. Et que j'aime qu'on les expose auprès de moi lorsqu'il s'agit de me convaincre. Je hais les contre-temps qui forment des silences inutiles, que l'on me refuse le fond d'une pensée est toujours ce qui me fait broyer les discours ampoulés par des piques horribles. Promptes à destabiliser, promptes à ébranler toutes les personnalités pour en délivrer les infinies vérités. Un peu comme Faulkner en vérité.
"Ensemble ? Votre rigueur ampoulée avec sa musique grandiloquente ?!"
C'est comme un hoquet de surprise qui fait bouger le col à froufrous très hideux de sa robe. Elle nous toise, l'un et l'autre, l'un après l'autre, sans ne savoir si elle peut réellement nous distinguer. Je ne trésaille guère devant l'insulte des mots qu'elle a choisis, qui n'ont rien d'anodin. Ampoulée. Grandiloquente. Tout ce qui sort des cases bien dessinées qu'elle a toujours en tête. Ce qui déborde, ce qui est de trop quand on voudrait que tout soit mesuré. Ce qui échappe à tous les contrôles. Je ne cille pas, et complète avec une passion palpable :
_ Un tout enfin en cohérence avec ce qui nous échappait quand nous demeurions indistincts et confus lorsque vous nous suiviez. Un tout ayant enfin un sens, que vous sauriez voir, lire, ressentir et qui serait loin de vous déplaire.
Faulkner incline sa tête et éructe sur un ton bien plus sec :
"Votre présomption a toujours été effroyable. Vous ne savez pas ce qui me plaît, je le crains, monsieur Wilde."
Alors je laisse tomber mes masques pour dévoiler sans doute un détail trop intime pour être balancé en pâture d'un cercle restreint qui m'apparaît prompt à me juger. J'y suis toujours, face à ces masques grimaçants. J'y suis encore. Je relève la tête, plus fier que jamais de ce que j'ai su créer dans l'infâme survie, de ce que j'ai su rêver. De ce que je sais rêver encore grâce à Eleah. Ma main dans son dos s'affranchit de retenue, la caresse atermoie en tremblements. Mais mon timbre ne flanche pas :
_ Je crois au contraire le savoir depuis bien des années, madame Faulkner. Ava...
Son prénom balancé pour la troubler, mes yeux toujours dans les siens :
_ Je le sais parce que je vous ai vue cet été-là. Je vous ai vue quand vous aviez juré ne pas venir m'écouter, ne pas prêter attention à ma musique sans doute aussi vide que je l'étais à vos yeux. C'est ce que vous prétendiez. Mais je vous ai vue. Vous étiez là, et vous êtes restée, à chaque seconde du concert. Vous savez que ma mère était dans l'assemblée ? Et ce n'est pas son approbation que j'ai cherchée dans un regard. C'est la vôtre. Et quelque part vous me l'avez donnée.
Faulkner est gênée, c'est une femme qui a tout sauf l'habitude de manier le sentimentalisme. Non pas parce qu'elle en est dénuée mais parce qu'elle ne sait simplement pas comment l'exprimer. C'est trivial, trop infamant pour son oreille mais il y a ses prunelles qui brillent. Peut-être pas de rougeur sur son teint paré de maquillage, il ne faut pas croire aux miracles. Mais... Sans doute qu'elle ne s'y attendait pas. A ce que j'aie conservé ce souvenir-là. Mon ton est plus calme :
_ Comme vous l'avez donnée à Eleah, parce que sinon vous ne chercheriez même pas à la guider encore de vos remarques. Les gens qui vous quittent vraiment n'écopent d'aucune leçon de morale. Alors donnez-nous encore cette approbation qui nous manque.
Par pitié. Mais je tais tout ce qui pourrait trahir l'angoisse quand je ne souhaite afficher qu'une détermination farouche. Ma main tremble encore dans le dos nu de celle qui détient tous mes rêves. Et je détiens tous les siens. Quand Faulkner serait capable de nous les arracher... Je n'aurais peut-être pas dû l'appeler Ava. Même si elle semble confuse un instant. Peut-être a-t-elle perdu l'habitude de tant de ferveur quand tout autour de nous est si mesuré. Si poli. Si attendu aussi. Des artistes qui s'exposent sur des clous. Des murs bien blancs. Propres et nets. Je ne sais guère ce qui secoue ses iris et j'ai soudain presque peur qu'elle nous tourne simplement le dos. Sa voix est différente. Loin d'être amicale mais pas distante pour autant. Bien au contraire elle nous regarde, elle nous voit. Son nez se fronce comme si la phrase invoquait en elle des émotions contradictoires.
"Mes deux élèves indomptables sur ma scène ? Ce serait courir au désastre..."
Perdu. Perdu. Perdu. Non. Non. Et je vacille quelque peu, suspendu à ce silence qu'elle manipule pour nous torturer. Vieille fourbe !
"... Sauf si l'on vous surveille de près j'imagine. Alors fort bien. Vous viendrez m'exposer votre parenthèse. Il suffira de prendre contact avec mon assistante que vous avez déjà bien trop harcelée."
Elle esquisse un sourire un peu sec, mais je sais que nous avons remporté la première manche. Et je suis sonné au moment où elle nous abandonne pour rejoindre, impériale, d'autres invités qu'elle salue comme si de rien était. Je peine à reprendre mon souffle, ma main figée dans le dénivelé de ses reins, abandonnée là avant qu'elle ne revienne à la vie. Je lui fais face désormais et je me débarrasse de mon verre que je ne termine même pas. Mes deux mains viennent encadrer son visage :
_ On va la harceler encore hein ? Encore et encore ! Bordel...
Le juron quitte mes lèvres, mon corps incapable de silencer ma nature qui quémande la liberté. Je n'ai d'yeux que pour Eleah. Avant de ne plus maquiller mon orgueil :
_ En plus j'ai gagné ! Elle n'était peut-être pas rouge comme une jeune fille. Mais elle a été émue. Une seconde. Une toute petite seconde.
J'ai un sourire ravageur et j'ai très envie de l'embrasser là tout de suite. Elle me porte chance... Je sais que sans son crédit je n'aurais jamais été capable d'aller fouiller jusque dans ces souvenirs intimes pour les délivrer. Faulkner ne m'aurait même pas laissé causer. C'est le duo qui l'a ébranlée. L'un et l'autre. L'un dans l'autre. J'en oublie le monde autour et ce vernissage sans intérêt avant que je n'entende quelqu'un se racler la gorge. C'est ce type qui semble la connaître et qui s'attarde comme s'il souhaitait nous parler.
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() message posté Sam 14 Avr - 16:47 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
Les mots acérés de Faulkner glissent entre eux comme des lames de rasoir affûtées. Elle manie toujours le vers avec cette langue incisive qui la caractérisait déjà lorsqu’Eleah était adolescente, qu’elle avait intégré dans la fleur de l’âge l’internat qui lui permettrait ensuite d’accéder aux rangs du Royal Ballet. Toute petite alors. Si frêle. Elle les revoyait encore, chuchoter pour dire qu’un corps si étroit ne supporterait pas tous les affronts qui l’attendaient, sauf si elle décidait de se mettre à grandir, comme par miracle. Ses pieds se briseront, disaient-ils. Elle est si fine, si peu élancée, il n’y a rien à tirer de tout cela. Personne pour y croire. Personne pour la soutenir. Elle se souvient cependant du mutisme de Faulkner, qui lorsqu’elle avait treize ans la regardait comme une curiosité en devenir. Elle ne disait rien, non, digne dans sa posture mutique, tandis que ses collègues lui murmuraient à l’oreille lesquelles étaient vouées à l’échec, et lesquelles pourraient prétendre à un avenir. Elle se rappelle des assertions qu’elle glissait au sujet de sa tante, qu’elle avait connu dans sa jeunesse (car oui elle avait été jeune un jour). Une femme remarquable que votre tante, lui avait-elle dit un jour. Il est si dommage qu’un partenaire malencontreux ait brisé sa carrière en la lâchant trop tôt. Avait-elle rajouté, avec une neutralité qu’elle avait d’abord pris pour un réel cynisme. Et puis elle avait reçu mystérieusement une bourse d’étude pour accéder aux années supérieures. Inespéré, alors que ses rêves de petite fille semblaient tous se refermer autour de sa carrure trop asymétrique pour appartenir à un corps de ballet aussi prestigieux que celui du Royal Opera. Quelqu’un avait cru en elle. Quelqu’un, là, quelque part. Dissimulé dans les jugements silencieux. Elle n’avait jamais vraiment su qui, ou comment. Après cela, elle avait juste voulut en être digne. Alors elle avait tout donné. Les cris, les larmes, la peur du vide, la confiance en ces bras puissants qui ne la rattrapaient pas toujours.  De toutes les chutes elle s’était relevée, jusqu’à être tout ce à quoi ils avaient aspiré pour elle. Une jolie poupée maniable, d’une souplesse absolu, pour incarner les rôles mythiques d’héroïnes fragiles. Jamais on ne lui avait proposé des rôles violents, des rôles destructeurs. Rien qui lui permette d’exhiber les retranchements de son être comme la danse contemporaine avait pu le faire. Mettre ses tripes sur la scène, vomir toute la haine qui gronde, au fond de l’être, pour vibrer sur des rythmes incertains, triviaux, indécents de beauté et de laideur entremêlées. Tout dans le classique était devenu un costume trop étroit pour ses aspirations, pour toutes les émotions qui se chamaillait dans son ventre. Les frissons elle avait tenté de les recueillir ailleurs. Dans l’étreinte de corps anonymes, dans les perditions factices. Ce n’était jamais assez. La danse, c’était son rêve, c’était sa vie. Alors pourquoi chercher ailleurs ce qu’elle pouvait y trouver en s’affranchissant de toutes les règles ? Personne n’a compris sa volonté au début. Ni William. Ni ses professeurs. Encore moins Faulkner qui pensait avoir soutenu et créé une image telle qu’elle l’avait rêvée : gracile, maniable, candide. Mais Winnyfried, elle, a compris. Elle savait tout ce qui sommeillait pour en avoir été le réceptacle. Pour avoir dû s’improviser mère de brisures décharnées, et se faire architecte d’âmes à reconstruire. Son choix l’avait émue, car le classique avait été toute sa vie à elle. Mais elle n’avait pas été surprise de ce besoin de toujours plus qui tenaillait depuis l’enfance celle qu’elle considérait aujourd’hui comme sa propre fille. En une discussion elle avait tenté d’expliquer les raisons à Ava Faulkner. L’avait-elle entendu cependant ? Winnyfried n’en avait jamais rien su, et Eleah, encore moins.

Tandis que les mots s’installent, s’arrogent une place entre leurs silhouettes pétrifiées d’incertitudes, ces pensées-là lui reviennent, la caressent, lui donnent enfin la confiance nécessaire pour se lancer à corps perdu dans des négociations qu’elle sait pourtant inutiles. Ils ne triompheront pas de Faulkner. Dans tous les cas, c’est elle qui détient le pouvoir, c’est elle qui les achèvera ou décidera de les porter aux nues. Tous ses nerfs se tendent sous sa peau de manière imperceptible. L’attente est trop longue, trop insupportable. Des vertiges la saisissent. Et puis sa main vient se poser, là, contre son dos. Une tiédeur interdite et frémissante, qui tremble sur son épiderme rendu trop sensible par l’attente. Un tressaillement court le long de sa colonne vertébrale, dévale jusqu’à ses reins. Si toutes ses pensées sont alertes, prêtes à boire toutes les expressions de Faulkner, certaines parmi elles se donnent le droit d’écouter les tremblements de cette main sur la peau. Elle ne bouge pas, se détend peu à peu sous ses doigts, comme pour lui insuffler une partie de cette confiance fragile qu’elle éprouve face à cette grande femme aux traits figés par une aigreur qu’elle pense volontiers factice. James reprend la parole, et l’échange devient si vif, si rudement mené qu’Eleah n’intervient pas. Son cœur bat plus vite à chaque mesure de l’échange. Il glisse son prénom à la dérobée, comme un murmure … Ava … Son cœur bat d’affolement à présent. Elle ne lui jette aucun regard de côté de réprimande, pour lui indiquer que cette intimité-là est dangereuse, mais elle n’en pense pas moins, et son dos se tend à nouveau. Ses regards s’aimantent à l’expression de Faulkner. A ce tressaillement d’émotion qui naît sur son visage, qu’elle distingue sans mal car elle l’a bien trop longtemps étudiée durant sa jeunesse pour l’ignorer totalement. Un nouvel éclat. Une lueur inconnue et qu’en même temps elle reconnaît pour l’avoir déjà vue dans son regard. C’est ainsi qu’elle la regardait, elle, et les quelques autres élèves en lesquels personne ne croyait, mais envers lesquels elle éprouvait pourtant une curiosité. Curiosité. Telle est l’émotion qu’il a su faire naître pour l’ébranler. Elle la voit, elle est là. Mais elle ne dit rien. L’attente est insupportable, sa révélation troublante. Ainsi est-elle venue le voir en concert ? L’attente est interminable. Le mutisme dont elle se pare annonce la chute. Mais la voilà qui rompt le silence d’une question rhétorique, ravivant toutes les lueurs dans les regards de ses interlocuteurs. Son cœur bat si vite à présent. Le ravissement la gagne, est à un ras-de marée difficilement contrôlable dans son petit corps. La dernière pique de Faulkner retombe, après les perspectives enchantées qu’elle a décidé de leur laisser entrevoir. Eleah sourit, ne peut s’en empêcher. Tout son corps tremble d’une excitation qui déborde dès lors que la femme les congédie simplement en tournant les talons. Elle sautille légèrement sur elle-même, son buste comme sujet à de légers spasmes.
« Jusqu’à ce qu’elle ait envie de nous black-lister ! » répond-elle en écho, un ravissement mutin déteignant sur tous ses traits tandis qu’il encadre ses joues de ses mains. Et puis elle ne peut s’en empêcher. L’élan est si puissant, si spontané, que comme une petite fille, elle enroule ses bras autour de ses épaules, le serre contre son corps en ayant ce pas légèrement sautillant. « Encore et encore ! » répète-t-elle, le timbre chargé d’une excitation proche de l’hystérie, avant de se rendre compte que les regards se détournent dans leur direction. Ses joues s’empâtent un peu, elle pose une main devant ses lèvres en se reculant, en retrouvant une posture toute convenable, même si elle ne peut se départir du sourire qui creuse ses fossettes. « En revanche, tu peux toujours courir. » Elle croise les bras, joueuse tandis qu’ils renouent avec l’espièglerie de leurs natures conjugués. « J’avais dit : rosissement de jeune fille. Tu étais loin de cet émoi-là. Tu peux donc saluer les 50km/h, parce que vous allez vous côtoyer pendant un p’tit moment. ». Ses lèvres dévoilent un sourire carnassier, elle rit, se calme cependant en sentant une présence derrière eux. Une présence qui se manifeste par un raclement de gorge. Eleah se retourne, tombe sur la silhouette élancée de William qui se tient toujours avec cet aplomb remarquable qu’ont les danseurs classique de haut niveau.

« Alors comme ça, c’est pour des perspectives comme celle-ci que tu as décidé de tout plaquer ? Son timbre est un fil ténu, mais non incisif. Difficile de savoir s’il s’agit d’une simple remarque, ou d’un reproche. Il semble si éteint dans sa haute carcasse. Si poli aussi. Et si autrefois Eleah trouvait ces airs-là attirants, aujourd’hui elle lui trouve un charme … Triste. Monsieur … Wilde c’est ça ? Ma femme apprécie votre musique. William Aberline. J’étais le partenaire d’Eleah, autrefois. Avant qu’elle ne décide de refermer toutes les portes qu’on s’était efforcé d’ouvrir pour elle, et renonce égoïstement à tout ce qui lui était offert. Ah. Reproche donc. Elle aurait dû s’en douter. Un mécontentement un peu las se greffe sur ses traits. Le ravissement est partout. Elle ne veut que rien ne vienne entacher cela.
- Ecoute William, si tu es là pour me reprocher mes décisions … Alors on va partir. De toute façon on va partir. Je pourrais t’expliquer pendant des heures … Tu ne comprendrais pas. Tu n’as jamais compris … Sa franchise est sans fard, empressée, presque abrupte. Cela l’agace tant qu’il éprouve le besoin de ressasser un passé résolu, qu’il cherche les failles dans les choix qu’elle a pourtant fait à escient.  Retourne à cette vie si idyllique à laquelle tu aspirais tant. Retourne voir ta femme, tes enfants, tes rôles emblématiques et mythiques. Retourne à tous les honneurs que tu as choisi d’embrasser. Mais ne remet pas en cause les choix que j’ai faits un jour. Ils ne regardent que moi … Il n’ose rien rétorquer sur l’instant, semble surpris qu’elle ait osé lui dire tout cela. Elle est si pressée de partir en vérité, de quitter toutes ces silhouettes étriquées. Prends soin de toi William. Peut-être qu’on se recroisera, un de ces jours. Elle lui offre un sourire tendre malgré tout, mais ses doigts se sont glissés autour de ceux de James, appuient sur ses phalanges, le tirent enfin. On s’en va ? » demande-t-elle enfin, mais elle amorce déjà le départ, avec un rire cristallin, le signe que l’intermède n’a pas du tout pu lui faire oublier le goût de la réussite. Elle le tire à sa suite désormais, ignore royalement les regards qui se navrent sur leurs silhouettes dénuées de l’élégance d’une démarche mesurée. Ils passent à côté du bar. Il y a un seau à glace, dans lequel siège une bouteille de champagne. D’un geste gracile elle la saisit au vol, accélérant en même temps le pas au cas où ils auraient dans l’idée de les poursuivre à l’extérieur. Ils débouchent sur le couloir de l’entrée, elle exulte enfin, alors qu’ils ont quitté les jugements des regards : « Bordel de merde. On a réussi ! On va la faire chavirer, j’en suis certaine. Une apothéose avant qu’elle prenne sa putain de retraite ! » Elle lève son petit poing dans les airs, sa silhouette ondule dans l’espace, ses talons bruissent sur le sol carrelé. Bordel. La sensation est si délectable. Elle a envie de courir. De s’époumoner. De se griser. De l’étreindre aussi, si fort, jusqu’à l’étouffer, juste pour avoir rendu cela possible. « Tu m’as fait un peu peur avec ton « Ava … » … De sacrés vertiges … » Elle rit pourtant, à l’idée qu’il ait seulement osé cette familiarité-là. Ça ne leur a pas desservi. « Tu es doué. Je dois le reconnaître. » admet-elle, sans fard, avant d’ajouter avec une moue boudeuse. « Mais prends pas davantage la grosse tête tu veux ? »


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Eleah
& James




Je continue de me morigéner dans la placidité de mes esprits qui s'ouvrent sur des sensations ouatées, atténuées. Le monde se décale, le temps suspendu distingué de toute réalité, et j'ai l'impression d'avoir le loisir d'analyser Faulkner à chaque souffle qui quitte ma bouche close. Les conversations autour de moi se taisent, et je ne suis conscient que de notre trio, relié par des sens incertains, qui glissent, factices, jusque dans mes poumons. J'ai un peu froid, la sueur perle sous ma chemise dans mon dos, les craintes dévalent mon échine pour trouver l'origine d'un affect blessé. Je n'aurais pas dû l'appeler Ava. L'appeler comme s'il m'avait un jour été donné de la connaître, juste parce que nos regards se sont trouvés dans la foule carcantée des invités de la Royal Academy of Music. L'oeuvre de composition libre, mon dernier affront envers elle, celui qu'elle a cueilli de ses lèvres pincées, mais qui n'a jamais atteint ses iris froids dès les premières notes. Je sais qu'elle m'a véritablement découvert ce soir-là, en ce moment unique où je me suis prêté à l'exercice avec toute la liberté que j'avais pu convoquer, sans pour autant détruire les codes qui continuaient de m'enfermer. L'on m'avait interdit le mélange des genres, apparaître avec ma guitare aurait été l'injure de trop quant à une institution qui avait su me protéger, me porter, me parfaire. Et à l'aube de l'obtention de mon diplôme, je lui ai ainsi rendu tous mes derniers hommages, avant de m'échapper. Une oeuvre éminemment classique, pourtant balayée par toutes mes inspirations qui déjà tonnaient dans mon ventre, clamaient leurs vérités pour se savoir enfin, libérées du joug, délivrées sur des scènes immenses. Plus que cette scène académique en tout cas. Je savais que tous les professeurs dont j'avais gagné le respect malgré mon caractère tempétueux seraient de la partie, au milieu de la famille et des amis de tous les élèves concernés, qui constituaient l'orchestre. Mais l'apparition de Faulkner avait été comme une incohérence au milieu d'un univers déjà prêt à imploser. J'ai regretté une seconde n'avoir point poussé le vice jusqu'à venir avec ma guitare pour la voir devenir écarlate de rage mais ce que j'ai lu en elle a été pire encore. Je pense que pendant toute la symphonie, elle m'a détesté plus encore, que de savoir ainsi manier des harmonies si délectables tout en m'apprêtant à leur faire des infidélités farouches. Elle le savait, elle le savait mieux que quiconque, ce monde ne me détiendrait pas au-delà du diplôme. Elle ne savait guère ce qui me poussait à l'obtenir, mais elle avait compris à un moment de mes années d'études que je n'étais pas ici pour honorer la RAM, mais bien pour apprendre à m'en défaire, grapillant ça et là une maîtrise parfaite du bout des doigts, avant d'aller les déchaîner sur d'autres cordes. Ma main tremble encore au souvenir de ce seul regard porté où elle a su me dire au revoir. Au revoir monsieur Wilde. Allez donc vivre vos rêves loin de nous pour savoir exister. Jusqu'à aujourd'hui où mon existence redevient liée à ses jugements, où il me faut admettre que je n'ai jamais totalement su concilier la fracture, oublier ce trou béant qui s'est creusé entre les deux mondes que j'ai un jour juré de savoir aliéner dans ma musique. Ava... Je n'aurais pas dû l'appeler ainsi. Je me sens démuni, comme soudainement très désoeuvré, à la fin du parcours, où une seule seconde serait capable de m'abattre. Je ressens Eleah à mes côtés, je ne sais si elle se désespère de mon coup de poker qui pourrait bien nous enterrer et nous donner dans l'absence d'un manque terrible. De ce que nous ne pourrions consumer ensemble... Puis la lueur. La même lueur dans ses regards, la vieille de nouveau prise entre les deux feux des émotions contraires que je semble savoir déclencher. Elle me déteste, elle me hait de savoir renoncer au paraître pour balancer ainsi l'intime sous couvert de vérité. Mais cela fonctionne, cela fonctionne. Elle me voit enfin, elle nous voit l'un et l'autre, assemblés dans une aventure presque opaque, mais terriblement attirante tant elle semble nous remuer, nous laisser interdits dans l'attente. Je la reconnais à sa façon de jouer de nos tourments, nous laissant mariner dans une incertitude douloureuse, qui gravit tous mes muscles, mon corps rompu par une douleur quasiment délectable. C'est l'euphorie du jeu, l'absence de filet quand tout peut arriver, la chute ou la consécration. J'ai peur de me mettre à hurler pour exiger toutes les réponses, mes doigts se contractent dans le dos de celle qui continue de me soutenir sans flancher. Combien d'autres auraient condamné une telle entreprise ? Combien d'autres m'auraient déjà abandonné ? Combien d'autres effarouchées par la puissance des sensations qui nous bercent ce soir ?

Et tout se rompt. Se rompt. L'attente. Le corps. L'esprit. Je vois à peine partir Faulkner, incapable de réaliser pleinement la chance que nous avons, même si toute mon excitation conjure mes silences et me donne une soif maladive, qui comprime ma gorge et exige une délivrance que je manque d'apposer sur les lèvres charnues d'Eleah. Je ne sais ce qui me retient, peut-être cette présence, haute et distinguée qui nous flanque, lestant ainsi mon contentement avec des échos que je ne comprends pas. J'excave un grognement qui dérange les convives dont je n'ai strictement plus rien à foutre, pignant presque comme un petit garçon :
_ Mais c'est exactement la même chose ! J'argue la demie-victoire, 70 km/h pour savoir récompenser mes talents.
Le rire me cueille aussitôt, tant nos jeux me ravissent et m'emportent. Nous devons sortir de là, pour pouvoir jouer encore dans des décors qui ne puissent pas porter ombrage à nos triomphes. La voix tranchante, le ton un peu trop abrupte à mon goût, il m'arrache à la candeur de mes sentiments exacerbés quand j'ai à peine la présence d'esprit de répondre :
_ Oui c'est moi. Tant mieux. Ma musique est digne d'être appréciée.
Un dédain qui ne doit pas lui plaire mais je ne sais guère quoi faire de ce passé ressuscité, là devant nous, quand nous nous conjuguons avec la fièvre du présent. Les reproches sont aphones, les mots discordants, j'ajoute une ponctuation fiévreuse, dévorant le profil de la danseuse de mes yeux troublés par un plaisir qui me transperce :
_ Oh vous savez, il y a tant de cadeaux empoisonnés que je songe qu'elle a su faire un choix des plus éclairés, bien au contraire.
Et la splendeur de ceux qui ne savent guère suivre les chemins tracés et préfèrent ouvrir des voies incertaines souffle ses firmaments sur mon visage, éclairé d'une fierté sans faille. Je l'admire plus encore. Je sais pourquoi elle est là, avec moi. Moi avec elle. Et ses mots sont alors une aria délicate, d'une franchise notable, celle que nous avons en commun et qui nous pousse parfois à couper court des liens dans une brutalité que les autres ne comprennent guère. Je ne l'enfonce pas, ce pauvre hère abandonné, je ne le connais pas, je n'ai jamais été de ceux qu'on laissait en arrière, j'ai toujours su partir avant. Alors je ne sais comment compatir à une peine que je lis sur ses traits sans en connaître les poisons. On s'en va oui, je ris aussi, refermant mes doigts sur les siens et me laissant emmener dans un pas trop rapide pour que tout le monde ne nous remarque pas. Je balance un haussement de sourcil aux plus outrés, j'entends la glace bousculée par le vol qu'elle subit et exulte dans l'air plus frais de la nuit qui nous caresse depuis la porte ouverte. J'ai un sourire entier, prompt à dévorer l'air pour mieux m'en griser. Mais c'est la bouteille que je lui ôte des mains pour prendre une ou deux goulées, comme ceux qui ne savent faire montre d'aucune élégance. Mon dieu, voyez-vous cela, on ne boit pas du champagne à la bouteille... Hormis dans toutes les bonnes soirées ! Je la lui rends, essuyant ma bouche carnassière avec la manche de mon costume. J'ôte le bouton de ma veste pour me libérer, tire sur le col de la chemise italienne pour me désentraver. De l'air. De l'air.
_ Qu'est-ce qu'il est dégueulasse ce foutu champagne. Il faudrait les poursuivre pour savoir servir ça. Putain...
À bout de souffle, jamais suffisamment pourtant.
_ L'emmener dans notre monde qu'elle ne saura plus jamais oublier, ça... Jamais ! Jamais plus. Elle va savoir ce que cela fait.
Je ris encore, Eleah aussi euphorique que moi, j'attrape sa taille au moment même où nous débouchons sur le trottoir, la circulation joue des sons qui vrillent à mon oreille. Je sens mon coeur battre dans mes tempes. Je la ramène à moi, j'ai tellement envie d'un contact qui frôle l'indécence après m'être si longtemps contenu. Je pose un doigt sur le bout de son nez, le temps d'une petite caresse moqueuse :
_ Je ne peux pas me permettre d'être plus arrogant que ça, sinon je vais exploser, ma belle. Je ne vais plus jamais redescendre et j'ai tant à faire encore ici bas...
Mes deux mains caressent son dos nu désormais, convoitent l'épiderme qu'elles ont tant crevé de brûler depuis qu'il s'est ainsi dévoilé dans cette robe qui m'ensorcelle. Non... C'est elle qui fait ça. Elle et les rêves. Les rêves par milliers, qui tissent une canopée magistrale, le ciel de la ville qui nous appartiendrait presque tant je ne conçois plus de limite à notre empire. Mon étreinte me donne le vertige, comme ceux qu'elle a dépeints, et j'ajoute tout bas, si proche de son visage :
_ Je suis très doué, ça c'est vrai... Mais je suis incapable de l'être si l'on ne me soutient pas, si l'on ne croit pas en ce qui me dévore, si l'on ne se laisse pas dévorer à son tour. Et toi... Toi... Tu as su lui dire cela, lui montrer ce que cela fait. De croire... Croire encore... Encore une fois.
Ses lèvres, ses lèvres, ses lèvres et le goût du champagne que je viens boire là, devenu une saveur bien plus délicieuse sur sa bouche. Mon baiser n'est pas tendre, mon baiser n'est pas mesuré, et ma retenue absentée par l'euphorie palpable délivre ma fièvre et mes intensités. Tu ne m'as pas abandonné. Tu es restée, tu es restée, inébranlable, à jouer, à peindre tous les rêves pour les savoir entiers.
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() message posté Dim 15 Avr - 19:44 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
« Alors là trésor tu rêves ! Il n’y a pas de demie-victoire qui tienne ! » Argue-t-elle en retour, d’une voix un peu trop puissante sans doute, avec une moue qui lui indique qu’elle n’en démordra pas, si bien que les regards se tournent plus encore dans leur direction pour affirmer dans des murmures l’indécence de leur duo totalement importun dans cette soirée pourtant si convenable. Mais elle n’a cure de ce qu’ils peuvent dire, ou penser. Autrefois cela l’aurait pétrifiée, elle serait demeurée-là, mutique, à dompter tous les élans de sa nature pour plaire à leurs beaux yeux d’une superficialité affligeante. Ce soir, plus rien n’a d’importance, à part cette première victoire qu’ils viennent d’arracher aux raideurs frigides de la vieille professeur. Un premier pas vers la dévastation des règles qui cloisonnent leur univers, qu’ils ne pourront pas déshonorer malgré tout. S’incarner dans tout ce que le classique leur a appris à l’un comme à l’autre, mais aller plus loin. Indexer la puissance de leurs caractères conjugués, des fêlures qui les composent et les rendent plus sensible à plus brutalité jugée souvent trop sévèrement. Ils se tairont tous. Ils feront taire leurs langues vipérines pour faire battre quelque chose d’autre dans leur carasse vide de sens. Du sens, du sens. Un sens. Le leur. L’euphorie est si grande tout à coup qu’elle ne tolère aucune injure, aucun jugement même de la part d’une personne qui peut y prétendre. La silhouette de William est balayée, feuille morte sur les horizons d’un passé qui n’a jamais su s’émanciper. Elle sait la déception. Elle sait la blessure. Cette blessure choisie à escient parce qu’elle savait qu’il finirait par vouloir l’enfermer dans des cases auxquelles elle n’était pas prête à se soumettre. Il avait déjà commencé, exigeant d’elle toute l’exclusivité de sa nature, son tempérament offert à ses humeurs taciturnes. Il pensait qu’elle n’existait pas sans lui. Qu’en tant que partenaire, il était celui qui la portait aux nues, l’essence d’un succès qu’il estimait mériter autant qu’elle, puisque c’était toujours lui qui était là pour étendre et être toutes les extensions de ses mouvements. Il n’a pas compris, non. Qu’elle existait en dehors de lui. Qu’elle n’avait rien à lui prouver. Qu’elle ne lui appartenait pas.

La vague renaît dans son ventre. L’intermède n’a pas su la faire ployer. Bien au contraire, les mots de James n’ont fait que l’enorgueillir, la griser plus encore. Toute sa posture se déploie dans une perspective de fuite, le tirant dans son sillage avec cet empressement qu’ont les adolescents qui cherchent à éviter les jugements courroucés de leurs aînés après avoir fait une connerie. Il y a toute cette désinvolture aussi, lorsqu’elle dérobe la bouteille de Champagne, lorsqu’il nargue du regard tous ceux qui les croisent. Même Edmond et Léonor. Léonor qui crève sans doutes de goûter à cette liberté là : celle qui consiste à partir, à tout plaquer, à être avec panache sans avoir à se justifier. Elle se pince pourtant. Mime la stupéfaction, l’outrage face à une attitude totalement inappropriée. Jeu de façade. Jeu de dupe. Elle crève à l’intérieur. Elle crève, comme tous ceux qui hantent cette soirée désincarnée. S’en est trop. L’air est si libérateur. Tout comme son rire. Ce rire qu’il lui semble entendre pour la première fois avec tant de spontanéité, sans fard, sans les noirceurs pour en érailler le timbre. Ses doigts récupèrent la bouteille glacée après qu’il la lui ait prise. Elle s’arrête, glisse ses lèvres sanguines sur le bord du goulot, sent le liquide pétillant perler le long de sa gorge. Mais un spasme d’euphorie l’étreint, un rire irrépressible face à sa remarque décontractée. Elle en perd sa bienséance, sent une goûte de champagne rouler au coin de ses lèvres, jusque sur son menton. Elle étouffe son rire derrière ses phalanges, cherche à s’essuyer sans y parvenir totalement. Il a raison, cela a un goût immonde.

« Parce que ça peut vraiment être bon ? Je trouve ça constamment dégueulasse. Ça ne vaut pas un … » elle tait l’un des noms exotiques de ses cocktails outrageusement sucrés, l’imagine déjà en train de s’insurger face à ses goûts en matière d’alcool. Elle rit à la place, de bon cœur, tenant toujours la bouteille par le goulot, sa silhouette ondulant dans l’air jusqu’à ployer sous son emprise. Ivre de toute cette euphorie qui s’installe entre eux, elle rejoint les désirs qui se chamaillent dans tout son ventre depuis des jours, qui s’accumulent à tracer des rêves qu’ils n’ont jusqu’alors pu que dessiner, mais qu’ils peuvent aujourd’hui entrevoir. Ses bras s’enroulent, trouvent un refuge autour de sa nuque, s’agrippent. Eleah hoche la tête sur le côté, voit toute l’arrogance sur son visage. Une arrogance qu’elle veut détourer de ses doigts, griffer de ses ongles juste pour en convoiter les limites indistinctes. Son corps prend une conscience infinie du sien, les nerfs frémissent, s’engourdissent. Il parle, elle le regarde. Tous ses mots bus sur ses lèvres, convoités sur sa bouche qui énonce tout ce qu’elle a voulu entendre. L’émotion la tient, caressante. Jamais on n’a mis en exergue sa nature de cette façon-là. Jamais on ne lui a murmuré l’impossible sans imposer de barrière. Jamais on n’a convoité cette facette-là de sa nature. Un sourire plus tendre s’empare de ses lèvres, gagne en intensité à l’orée du souffle qu’elle sent venir chatouiller le sien. Sa main vacante posée à la naissance de son cou, elle impose une caresse appuyée de son pouce sur la ligne de sa mâchoire, puis sur sa lèvre inférieure qui finit par fondre sur la sienne dans un baiser sans mesure. Un vertige la fait ployer contre sa silhouette. Toutes les brides se détachent. C’est irrépressible. La pulpe ses doigts s’imprime contre son épiderme, et ses lèvres lui répondent, délicates, d’une douceur féroce en goûtant toutes les saveurs de sa bouche.

« Tant que tu sauras me dévorer … J’irais boire tous les rêves sur ta bouche … Tous … » Ses doigts raffermissent leur prise, ses lèvres indécentes devenant plus possessives. Possessives jusqu’à vouloir mordre, jusqu’à osciller entre des élans indistincts, alliant douceur infinie et intensité brutale. Mais elle se retient encore. Une dernière bride. Rien n’a de prise autour d’eux. Le froid n’atteint pas sa peau nue, ravagée par la tiédeur de ses mains glissées sans honte contre la courbure de ses reins. Les regards sont invisibles. Elle ne voit rien. Rien à part ce qu’ils ont réussi à toucher. Cette première victoire, qui rend les autres possibles. Ils iront jusqu’au bout. Elle le voit. Elle le sait. Tout le reste n’a pas d’importance, parce que c’est à travers cela qu’elle brûle, qu’elle vibre, qu’elle éprouve. Qu’elle vit avec toute la passion dont elle est constituée. Vivre. La saveur est si bouleversante. Elle en veut encore. Toujours plus. « … Tous jusqu’au dernier. » ajoute-t-elle, écho froissé par la brûlure de son souffle qui vient se choyer contre ses lèvres à nouveau. Jusqu’à reprendre conscience du lieu où ils se trouvent, là, sur le trottoir, à brusquer les regards des convives qui sortent de l’exposition. Elle croit entendre une voix familière. Le timbre de crécelle de Léonor. Elle la regarde par-dessus l’épaule de James, à la dérobée. Etouffe un rire contre sa bouche. « Tu crois qu’elle peut devenir aussi cramoisie que son immonde robe rose ? » lâche-t-elle, en se reculant légèrement. Ils sont là, toujours. Pas encore totalement affranchis du monde qui les entoure. Alors quitte à partir, à faire une sortie remarquée. Autant créer une apothéose. Eleah garde la main de James dans la sienne, l’entraîne à sa suite. Spontanément elle vient placer la bouteille de champagne entre les mains d’Edmond, qui par réflexe, la rattrape à la volée.

« Tenez Edmond. Cadeau de la maison. Un millésime, pour le caviar de la soirée. » Il ne semble pas avoir compris que c’est lui, et sa divine épouse, qu’elle compare à des œufs de poisson hors de prix. Hors de prix, certes. Mais des œufs de poisson, tout de même. Lorsqu’il comprendra, ils seront déjà loin. « Tu viens chéri ? Désolée de vous abandonner, comme ça, sans bienséance. » Elle se penche vers Léonor, glisse à son oreille en jetant des regards insolents et tentateur vers James. « C’est que j’ai une folle envie de l’entendre me murmurer des indécences à l’oreille. Le champagne voyez-vous, ça me met dans de ces états … Vous devriez essayer sans demi-mesure. » Elle se mord la lèvre inférieure, laisse Edmond à ses airs interdits/outrés et Léonor s’empourprer assez pour atteindre le cramoisi mi-dégoulinant/mi-outré, comme son cher mari. Eleah rit, ne peut plus s’en empêcher. Son bras se glisse sur la taille de James, l’entraîne. Elle n’a même pas pris la peine d’aller récupérer son manteau. Cela n’a pas d’importance. Elle n’a pas froid. La brûlure est partout, incandescente. Celle qui ravit les sens, les laisse à l’affût. Le trottoir défile. Les principes, les carcans s’éloignent. Plus rien pour les retenir. Plus rien pour les entraver. Que la liberté des pas qui défilent, sans plus avoir à se mesurer. Une première victoire à savourer. Mais dès demain, dès demain … c’est une nouvelle lutte qui commencera. Car au-delà d’émouvoir, il leur faudra convaincre. « J’ai envie … de danser. » finit-elle par murmurer. Ils sont proches. Non loin de ce trottoir où elle l’a trouvé, plus tôt dans la soirée, se disputant sans doute avec des pensées absconses. Ses doigts viennent froisser l’arrière de sa veste en se refermant sur elle. Une intensité différente flamboie dans ses regards, se modèlent en lueurs mutines, lui imposent un arrêt. Ses doigts cherchent les siens, s’entremêlent. Son corps pivote, se modèle au-devant du sien, son souffle venant puiser au creux de son cou un parfum qu’elle reconnaît comme familier. Elle end distingue chaque note. Même les plus infimes. « J’ai déjà tant d’idées … Tant d’idées à poser sur ta musique … Cela m’obsède depuis des jours. Chaque note … Ta voix … Propulsée par les muscles de mon corps, là … Partout. » Ses doigts entremêlés guident sa main jusqu’à la courbure de sa hanche, cherchent à le convaincre, à lui faire voir ce qui la martèle depuis des jours. « Tant d’idées … Tant d’envies. C’est presque douloureux … Tu ne regretteras pas … Cela vaut la peine. J’en suis persuadée. » Comme s’il fallait convaincre encore, toujours.



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() message posté Lun 16 Avr - 20:42 par James M. Wilde


« You wanna know if I know why
I can't say that I do
Don't understand the you or I
Or how one becomes two
I just can't recall what started it off
Or how to begin again
I ain't here to break you
Just see how far it will bend
Again and again, again and again »

Eleah
& James




Et les demies-victoires sont ainsi balayées d'une moue carnassière, qui fait ressortir le rouge carmin de ses lèvres, appel sanguin de ses dents. Je rêve, oui je rêve. Je rêve, alangui sur la courbe de sa bouche, je rêve de ces astres qui viennent batailler dans ses prunelles, de l'élixir dispensé par sa langue, du jeu de tous nos maux inconnus. Indéchiffrables et tus. Je rêve, éveillé dans une stupeur délectable, pris au piège de nos destins qui se relient plus fort encore pour ne pas se quitter. Pas maintenant. Pas maintenant. Je rêve de ces lendemains où il nous faudra élever les fantaisies pour les faire épopées. Devenir dans l'interdit d'une note que je n'ai pas encore jouée. Je rêve des harmonies et de son corps offert, des doutes aussi, de beaucoup de chimères. Je rêve. De tout. De tout ce qui pourrait se raccrocher à nous tandis que Fortune semble se pencher sur notre destinée et la bénir ainsi, du ton sec de Faulkner qui résonne dans ma tête. Au diapason des mots. Un désastre. Ou l'excellence. Ou l'excellence. Nos doigts se réunissent pour dessiner la fuite, le ciel couvert de la salle ne porte pas suffisamment d'infinis pour nous contenir, il faut de l'air, il faut une vie effrénée pour savoir vivre les nôtres, multiples, déchaînées et avides. Partout des "oh", des "ah" et des exclamations chagrinées. L'envie toutefois qui palpite dans certains regards qui nous tancent. Je sais que cette liberté est aussi crainte que convoitée, il faut la maudire pour savoir mieux l'aimer. Mais ils en sont incapables, ils ne peuvent corrompre leurs idéaux factices pour boire l'aigre et le miel ensemble, payer le prix d'une vérité emplie d'effroi. Là. Au coeur de nos mains enlacées qui pourraient déchirer dès demain ce que nous souhaitons tant construire. La liberté a un prix. Un prix que fort peu reconnaissent pour n'avoir jamais su le frôler. Rien que les stigmates qui ravagent nos silhouettes sont assez pour leur faire préférer toutes ces chaînes dont ils s'encombrent. Mais pour rêver ce soir, je ne regrette rien, de ce qui fut abandonné, ôté, corrompu, ou brisé. Pour cet instant unique, qui me fait rencontrer une égale sur le cheminement incertain. Confrontation d'affects qui font l'effet d'une noyade. Je n'ai jamais tant aimé être sous l'eau, dans les profondeurs de territoires ancestraux, abysses jamais bravées par l'homme perclus de solitude. Ils le seront par la femme et l'homme dans le secret de leurs mains jointes. Et leurs corps et leurs corps. Le sien, le mien, le nôtre, quel début et quelle fin ? Je serre fort pour mieux me laisser emporter. Loin loin. Des autres et de ces routes inachevées que j'abandonne. Ce monde qui fut, ce monde qui devient sans savoir quoi faire de l'ombre de mes songes. Je suis allé les reposer ailleurs. Contre son front altier.

Je mets un temps certain à les reconnaître, à trouver dans leur austérité les détails d'une rencontre déjà balayée par la solennité des lieux que nous avons froissée. Qui est-il déjà ? Qui est-elle encore ? Rien de plus, rien de moins, que ces couples par milliers qui croient savoir pourquoi il faut continuer à faire semblant. L'envie de ses regards me fait respirer bien plus fort, l'air est sec, le champagne pétille encore dans ma gorge qui picote de tout ce que j'aimerais leur dire. Lui dire à elle. À lui. À mes parents aussi. Mais je me tais car je leur ai déjà par trop accordé de ce temps gâché à ne jamais comprendre. Sa main. Sa main, dans la mienne, la seule vérité qui demeure. Les rires également, qui bruissent de tant de poésie. J'aime son rire, il ne ressemble en rien à ce que je puis connaître et j'ai un sourire bienveillant, qui caresse son visage en écho d'un souvenir. Ils ont tort. Elle lui ressemble lorsqu'on ne prend pas le temps de la voir vraiment. Dès qu'elle s'anime du caractère entier qui fraye dans ses entrailles, alors il n'y plus rien de commun entre les souvenirs et la réalité. Le rire n'est pas pareil, l'euphorie est si brutale chez Eleah, la fracture n'est pas la même je crois. La facture n'a pas été portée par moi. Et je sais, je crois, je songe enfin, que ce pouvoir ne me sera jamais donné. Mon sourire est plus grand. Elle n'est pas comme toi, elle n'est pas comme toi. Nos existences se portent et se complètent, elles ne s'étouffent pas. Elles ne s'étouffent pas. Je ne me laisserai plus jamais glisser le long des récifs moribonds de l'asphyxie monstrueuse et déviante. Son menton perle de sa soif sans mesure et sans manière. Je n'en ai plus non plus, débraillé et bavard, sur un trottoir presque bondé. Je grimace encore :
_ Tu voulais dire bien sûr que ça ne vaut pas un pur malt. Tes smoothies de l'enfer peuvent retourner dans la tombe des mécréants. Plus jamais, plus jamais. Ni le champagne, ni les liqueurs horribles à base de salade.
Grimace plus expressive, mutine. Homme enfant, dont le désir tiraille. Enfant homme qui croit reparaître à l'aube d'une vie à reconstruire sur des cendres si nombreuses. Partout, partout. Misère et détestation. Dans mon corps, dans mon ventre, dans ma tête. Mais pas lorsque je lui parle, pas lorsque je rêve à deux. Deux mains. Deux bouches aussi. Serments fiévreux sur nos langues. Sans distinction, sans décence. L'étreinte langoureuse, mes mains dévorantes. Je tais un murmure rauque qui résonne dans ma gorge, et le monde bascule pour n'avoir pas su me retenir. L'impossible silencé sur sa bouche, nature honnie et adorée, elle en goûte les contours, enflamme les chairs et le souffle de sa phrase. Tous les rêves. Les rêves. Tous les rêves pour renier les cauchemars. La possession de sa main, que je ne combats pas, la mienne vient quérir une fébrilité qui frissonne sous ma veste. Je veux la dévorer encore. À chaque inspiration, je sais. À chaque saveur arrachée, je suis sûr. Sûr de mon choix. Qu'il soit fou, discutable, imparfait ou trivial. Même lâche. Je suis sûr. Certain de moi quand je l'entends frémir. Mes yeux virent au noir d'une aube dévoyée. Ces jusqu'à qui peignent toutes les fins qui n'ont jamais de terme. Mon murmure dépeint tout mon plaisir :
_ Et plus encore.
Plus. Plus. Plus. Jusqu'au dernier qui soit. Plus après cela. Plus jusqu'à ce que cela s'arrête. S'arrête. S'arrête. Bascule, à l'envers du réel où des gens nous dévisagent. J'ai envie de rire, de rire tant, de leur désaveu et du choc. J'oubliais la pudibonderie d'un tel équipage. Est-ce Léonor qui s'excite à prétendre "mon dieu, Edmond, c'est si peu convenable." Si tu savais ma vieille ce que mon sens des convenances pourrait prodiguer là, sur le même trottoir. N'ai-je pas déjà passé la nuit à l'ombre pour avoir été pris sur le fait du très très peu convenable, en pleine rue ? Mes lèvres sourient leur mépris :
_ Je pense qu'il est grand temps d'aller rehausser le teint de madame Mellbrooke.
Je suis son pas, au rythme alangui dans son sillage, j'essuie légèrement de mon pouce le rouge qui orne l'indécence de mes lèvres. C'est comme une caresse ou un appel. Je regarde Léonor dans les yeux, qui défie mon regard, mal à l'aise. Et mon rire part en flèche quand la boutade gît, au milieu du trottoir. C'est parfait, c'est parfait. Mon ironie peint des brûlures à l'acide, refermant ses discours :
_ Enfin... Si tant est que la demi-mesure ne soit pas votre état permanent. Après tout, nous, les artistes... Nous avons l'aptitude de brouiller toutes les normes. Que faire alors, quand on ne se mesure plus, n'est-ce pas ? Sans doute la rejoindre pour aller murmurer l'anormalité qui l'enflamme. Vous ne nous retenez pas...
Inversion des genres, violation de tous les codes, même des politesses qui abrègent les discours, sa main m'emmène plus loin. Nous courrons presque à rebours. Mes doigts sont sur sa taille, mes doigts se baladent dans son dos, jouent avec toutes les coutures, glissent, s'immiscent à la frontière. Les murmures ne sont plus chastes, ils brûlent tous les liens. Ceux déjà rejetés pour n'avoir su se vivre sans blessure. Il y a des doutes abandonnés, en bas de chez elle, quand je l'ai retrouvée. Des conversations et des visages, piétinés dans l'attente. Et des mots repris pour les avoir trahis. Sa main dans la mienne, je la fais tourner sur elle-même, comme pour exaucer tous ses souhaits. Même si la danse augure d'autres pas entrepris, jamais totalement emmenés cependant. Les échos de deux nuits, secousses des sens, douleur d'une frustration qui gronde dans mon ventre. Elle m'arrête avant la porte, modèle des envies dans l'étreinte incomplète. Mes bras la serrent, la retiennent peut-être. Début. Fin. Ni l'un ni l'autre. Entre. Entre. Entre. Oui. Entre.

Je trace une ligne brouillée sur son front, du bout du doigt, ligne de vies incertaines, celles qu'il nous faut rêver. Musique. Point d'arrêt. Accords de nos mains qui s'entrelacent, d'autres fers que nous modèlerons à loisir. Prison de chair, la plus délectable. Et sa chanson, qui s'élève en sa bouche, est une mélopée. Mon souffle se perd, l'envie brutalise mes poumons, les aveux sont tout proches. Je les abandonne sans sourciller, la vérité ne me menace plus quand je ne puis que l'offrir en partage :
_ Dans ma tête, à chaque heure, il y a tous les sons que tu disposes. D'autres irréels troublants et troublés. Je connais le chemin, je ne peux l'emprunter que si tu me laisses le crier. Tu as parlé de cri, et c'est vrai. Tout ce que je retiens. Tout ce que tu détiens. Fracassé sur la scène. En partage de nos rêves.
La courbe de sa hanche sous mes doigts qui tremblent, non pas de peur, mais de la splendeur effroyable d'une union prophétique. L'autre c'est moi. L'autre c'est toi. L'un ne peut se distinguer. L'un ne peut se dire si tu n'es pas là pour le jouer. Son corps, vecteur de ma musique. Ma musique comme une portée de chaque mouvement. La voix au coeur. Le coeur au corps. Encore. Je connais la douleur, parce qu'elle me transperce. D'avoir envie autant d'un autre pour savoir exister est une souffrance et un délice. Tant. Tant. Trop. Pas assez. Jamais. La conviction est là, ma bouche à l'orée de la sienne. Et mes mots qui l'embrassent :
_ Je ne regrette pas. Je ne regretterai jamais car j'ai su faire un choix. Je t'ai choisie toi plutôt que de m'abandonner. J'ai su survivre encore. Tu pourras tout arracher, le plus beau et le plus laid. Je sais. J'ai su quand tu as dansé l'autre soir. J'ai su alors. Dans toutes tes avidités, tu ne m'as pas contraint. Tu m'as attendu, tu as choisi aussi.
Tu es là. Tu es là. Je suis là. Je serai là tant qu'il le faudra. Mon murmure, incandescence sur sa peau :
_ Danse encore avec moi.
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() message posté Mar 17 Avr - 23:29 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
Les « plus jamais » marquent sa langue, son rire s’accentue pour toute réponse. Ils chavirent dans l’air frais salvateur de la nuit qui vient emplir leurs poumons asphyxiés par les bienséances. La libération est entière. Délectable. L’écrin de leur binôme atypique les enferme, là, sur le trottoir bondé. Elle ne voit plus personne. Lui. Elle. Les deux ensembles. Plus rien ne compte. Plus rien n’a de sens, à part cela. Ses regards s’agrippent à ses doigts qui cherchent à s’affranchir des brides, à cette chemise sur laquelle il tire, comme s’il cherchait à arracher ce rôle qu’ils ont su incarner, mais qu’ils prennent un plaisir délectable à jeter en pâture aux regards alentours. Qu’ils prennent le rôle, qu’ils en dévorent l’image et tous les faux-semblants du masque. Qu’ils s’abreuvent de tous les sourires factices dans lesquels ils ont su s’incarner ce soir pour mieux vaincre. Qu’ils prennent tout ce qu’ils ont su composé, puisque ce n’est pas là l’essence de ce qu’ils sont. Non, sous les masques dévots, ils sont insaisissables. Ils sont les frissons sur l’épiderme assoiffé de désir : ils courent, courent, dévalent les courbes alanguies pour se précipiter dans les recoins les plus introuvables. Ils s’essoufflent à vouloir toujours plus, à n’en avoir jamais assez. Mais cette impression-là est si délectable au fond. C’est une douleur brutale à l’aura lancinante, qui gangrène tout sur son passage, pousse à l’obsession la plus puissante. Son rire lui répond, emplit de cette euphorie qu’elle reconnaît telle une consœur. Elle le regarde toujours, de ce regard discret qui se délecte sans pour autant chercher à décortiquer les expressions offertes sans fard. Elle les recueille dans sa mémoire, les y grave, pour se rappeler toujours la tonalité de ce rire. Un rire qui le transfigure, rend les traits affadis par les tourments dont elle ignore les véritables contours à leur jeunesse passée. Il semble avoir perdu quelques années tout à coup. Plus encore que lorsqu’il conjugue son espièglerie maligne à la sienne. Les rêves s’arriment à sa bouche, prennent toutes les saveurs de sa langue aux arômes lointains de champagne. Dans sa poitrine, son cœur bat plus fort, pulse d’une impatience conjuguée à l’euphorie. Elle veut partir, marteler le sol de ses pas feutrés pour qu’ils puissent disparaître ensemble dans une nuit qui leur appartient. Tout leur appartient ce soir. La victoire qu’ils ont su cueillir ouvre le champ des possibles, ne leur impose aucune limite si ce n’est tous les élans qu’ils seront capable d’invoquer et de poursuivre. Rien que cette idée : d’un infini partager, d’un chemin sans fin, sans cassure, sans règle. Rien que le songe d’un rêve absolu, propulsé par les harmonies changeantes et brutales de leurs deux natures imparfaites, cela la fait presque trembler à l’orée de sa peau. Ses doigts sont plus impérieux alors. Ils s’imposent, marquent son épiderme d’avidités encore contrôlées, ne cherchent pourtant pas à contraindre. Non, ils ne contraignent pas, car ils sentent. Ils sentent le prolongement de la vibration à l’intérieur de ses côtés. Ils sont sur la même fréquence, la même note. Ensemble. L’un avec l’autre. L’un dans l’autre. Ils peuvent tous s’injurier, elle n’en a cure. Elle ne voit plus rien. Rien à part cette euphorie qui les font faire partie, pièces asymétriques, d’un seul et même ouvrage.

La mine outrée de Léonor, agrippée au bras de son cher et tendre apparaît en toile de fond. Eleah se recule, constate avec une délectation non feinte que son rouge à lèvre a marqué son territoire. La morsure est aux notes carmins, velouté sur le doigt comme une crème. Elle vient mordiller sa lèvre inférieure pour contraindre un sourire trop irrépressible, entreprend d’aller froisser leur couple favori de la soirée. C’est qu’ils sont si guindés, tous les deux. Une image tout à fait grivoise lui traverse l’esprit avec la fulgurance d’un songe. Lui couine-t-elle aussi à l’oreille que « c’est si peu convenable », chaque fois qu’il vient l’honorer de ses performances dans le lit conjugal ? Elle voit ça d’ici. A-t-elle ces airs effarouchés là chaque fois que dans l’obscurité de la nuit, sir Edmond vient glisser ses doigts adipeux sur le dénivelé siliconé de son sein ? Son humour caustique vient chagriner leur humeur et renforcer l’outrage. James rit. L’affront est si terrible pour eux. Vont-ils seulement s’en remettre ? Ils diront pendant des jours « A ces deux-là, ils étaient si inconvenants, c’est honteux » tout en enviant la liberté qu’ils affichent, défendent, transcendent. Le jeu est délectable, et en même temps, Eleah a hâte d’en finir. Partir. Partir enfin. Loin de tous ces êtres dépourvus de sens, qui ne savent que consommer, qui ignorent comment voir. Produits détestables d’une société élitiste qui décida de les contraindre, de les asservir plutôt que de les entendre. Mais ont-ils seulement quelque chose à dire ? La question demeure entière. L’ironie de James arrive à point nommé pour renforcer l’injure. Les notes rougeâtres qui s’étendaient sur le visage de Léonor prennent des teintes cramoisies. Avec son teint trop cuit, cela ressemble davantage à du lie de vin désormais. Quant à Edmond, il a une veine apparente sur la tempe. Signe d’un agacement naissant. Non, qu’ils ne les retiennent pas … Jamais. Qu’il n’y ait rien pour les retenir. Rien à part les limites indéchiffrables de leurs propres envies. Celles qu’ils connaissent, celles auxquelles ils aspirent. Celles qu’ils ignorent encore aussi. Un rire se déploie dans sa gorge tandis qu’ils s’éloignent de leur couple maudit. Il est si cristallin, tant et si bien qu’elle renoue totalement avec ses airs de petite fille. Elle mène la danse sur le trottoir, ponctue le rythme. Les pas sont précipités au début, cherchent d’instinct à fuir au cas où la victoire les rappellerait pour s’arracher à eux. Ils s’éloignent, jusqu’à n’être plus que des étrangers de passages sur les trottoirs sinueux de Londres. Le rythme de ses pas ralentit un peu, juste assez pour marquer cet entre-deux où ils se trouvent. Quitter l’euphorie pour renouer avec autre chose. Quitter le lieu des victoires pour retrouver ce trottoir où elle l’a découvert plus tôt dans la soirée, si loin alors, inatteignable. Elle s’aperçoit qu’elle ne veut pas le voir s’éloigner. Qu’elle veut continuer de boire toutes les avidités sur ses lèvres, tous les rêves qui vacillent à leurs commissures et naissent des langueurs de sa langue.

Un soupire la traverse de part en part. Son corps ploie tout entier sous son invitation, réponse au murmure qui vient de lui échapper. Avec grâce elle pivote sur elle-même, revient à ce corps délaissé pour être mieux conquis à nouveau. Ses doigts glissent entre les siens, entremêlent les promesses cachées de leur projet insensé. La porte est là, dans son dos. Cet entredeux étrange. Celui-là même où elle l’a surpris, plus tôt, si loin, confusément abstrait. Ses yeux sombres le regardent depuis le contrebas, décrivent des allers-retours, allant d’un trait de son visage à un autre. Admettre la souffrance, admettre tout, même le plus indicible. Ce n’est pas si simple. Mais elle n’a ni honte, ni pudeur. Il y a tant d’envie qui se chamaillent dans son corps : elle ne veut pas les brider, les brusquer ou les taire. Elle veut qu’il les voit, les prenne, s’en abreuve ou les abjure. Elle ne veut pas être quelqu’un d’autre. Elle veut être là, entière, même si cela fait mal. Ses doigts glissent autour de sa taille, viennent froisser une fois de plus l’arrière de sa veste. Tout son corps s’éprend de ses appels, se tend, comme sur un fil, pour se rapprocher du sien. Chaque mot prononcé, chaque aveu, chaque syllabe. Elle les boit tour à tour. Oubliant tout ce qui fut. Tout ce qui sera. Ne compte que ce qui est. L’envie d’être se conjugue à la sienne. A lui, en lui. Se perdre quelque part, là, dans ce corps perclus de failles, éminemment fort pourtant malgré l’ossature aride sous la chair, parce qu’il a su se relever, encore et encore. Ses doigts tremblent contre sa peau devenue éminemment sensible, abattent toutes les barrières qui pouvaient se dresser encore. Folie. Folie. Partout. Jusque dans les tremblements de ses doigts qui frôlent, qui savent étendre leur pouvoir dans une onde qui se répand partout, partout, jusque dans les recoins de son âme. Le cri est là. Elle le sent à travers ses doigts, dans ce contact inachevé, au goût de trop peu, de pas assez. Fracassé, oui. Le mot est bien choisi. Leurs cris trop souvent tus, suppurant d’avoir été trop longtemps incompris, fracassés sur lui, sur elle, en partage, ensemble.

« Ne retiens plus rien … Donne-moi ce cri … Qu’il rencontre le mien. Qu’ils se fracassent ensemble … Oui … » Ses mains agiles remontent le long de ses bras, viennent encadrer les lignes de son visage. Son cœur bat si fort tout à coup. Il pèse davantage. Il fait plus mal. Il rend les impressions vertigineuses, et son corps pèse peut-être légèrement plus lourd contre le sien. Il ploie face à tout ce qu’il lui offre, sans contrepartie, sans exigence. Juste ce qui est, dans tout ce que cela peut impliquer. L’émotion est entière. Tout. Tout avoir, là, à portée de sa bouche, de ce souffle qui la nargue, l’attire, la repousse, l’attire encore. Le plus beau. Le plus laid. Tout. Il l’a dit. Il l’a dit oui. Il n’y a plus de barrière, plus de rempart. Plus rien à part l’avidité d’un besoin, d’un désir, d’une envie : celle de tout consumer, de tout donner aussi. Elle en a envie aussi. Cela lui fait mal, si mal. L’expression qui s’agrippe à ses traits n’a plus rien de mutine. C’est comme une douleur, mais si délectable. Il ne sourcille pas. Il n’hésite plus. Le revers de ses phalanges vient tracer une ligne invisible le long de sa mâchoire, s’échoue sur l’arrière de sa nuque. Pour toute réponse, ses doigts l’attirent, se referment avec délicatesse dans ses cheveux, sur l’arrière de sa nuque. Son souffle le happe, boit les mots pour les retenir, les graver encore. Ses lèvres tremblent, caressent les siennes sans les contraindre, sans apposer la morsure de l’impériosité d’un baiser. Elle le regarde. Elle le voit. Elle le sait. Il la sait aussi. Elle le sent.

« Reste dans ce cas … Reste avec moi. » Un murmure qui résonne, prend des allures familières. L’impression de l’avoir déjà prononcé, de le murmurer une fois encore, l’étreint sans que les souvenirs ne l’assaillent pour autant. « Je danserai … Pour toi … Contre toi … En toi. » glisse-t-elle, les mots découpés tour à tour, morcelés par le bout de son nez qui effleure sa tempe, sa joue, son souffle qui le nargue, son corps qui l’invite. Franchir la porte. Laisser l’entre-deux incertain. Le choix lui appartient, toujours. Sa main se tend dans son dos, rencontre le clavier de l’interphone sur lequel elle compose le code appris par cœur. Elle appuie sur la poignée, recule, quitte le trottoir. Ses ongles s’impriment sur l’intérieur de sa paume, tout son corps se détache pour reculer à l’intérieur. Cet intérieur qu’il décidera de franchir, ou non. Mais un murmure le tance malgré tout, tandis que ses traits renouent avec un sourire mutin, espiègle : « Abandonne-toi avec moi … Survis avec moi … Danse … Danse. » Rejoins-moi, rejoins-moi, aurait-elle pu murmurer encore, le tirer, le contraindre. Fracasser toutes ses avidités contre sa silhouette. Il la suivrait si elle le contraignait. Il répondrait à tous les appels qu’elle a su entendre dans son corps et se réverbérer dans le sien sans commune mesure. Mais cela serait si simple. Si simple quand elle sait pouvoir jouer encore, lui laisser le soin délectable du choix, jusqu’à la limite, jusqu’à être sure. Le plus beau. Le plus laid. Tout ce qu’elle sait être vrai. Il l’a dit. Elle le sait plus que jamais. Et l’attente est là, tandis qu’elle continue de reculer dans le hall, prête à y disparaître, ses doigts sur l’intérieur de ses phalanges à présent, glissant, glissant encore, toujours plus loin, toujours plus près de la brisure, ou de la conjecture.




electric bird.
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() message posté Jeu 19 Avr - 23:04 par James M. Wilde


« You wanna know if I know why
I can't say that I do
Don't understand the you or I
Or how one becomes two
I just can't recall what started it off
Or how to begin again
I ain't here to break you
Just see how far it will bend
Again and again, again and again »

Eleah
& James




Quitter le carcan pour redécouvrir l'outrage d'une liberté acérée. Là sur les joues, là dans le coeur. Les joues sourient de se savoir graciées enfin par les baisers glacés de l'air nocturne. Le coeur bat tant de ces méfaits que l'on quitte, de ceux que l'on s'apprête à commettre aussi. Et si sa main parachevait toute l'oeuvre qui faillit basculer ? Et si sa main gravait d'autres doutes que ceux qui s'accumulent en moi, mais de ces doutes imparfaits, ceux que l'on rencontre à chaque fois que l'on ne peut connaître l'autre totalement, quand pourtant l'on crève de le savoir enfin ? L'autre c'est elle, la femme mutine qui me mène parce que je choisis de me laisser emporter, sur d'autres territoires que ceux que j'ai navrés. Je me sais incomplet, abandonné aux méfaits que j'ai aussi choisi de porter, menacer l'union pour qu'elle ne soit jamais. Elle n'est plus désormais. De moi à elle, de moi à Moira il n'y aura strictement rien, plus que des papiers sans doute, des mots froids, et parfois des regards tristes de n'avoir pas pu. De n'avoir pas su supporter l'infamie d'un besoin, dévorant et nuisible, jusqu'à faire grandir la haine et la frayeur dans toute ma tête, la murmurer dans mes muscles. Les chairs mordues par les fers de trop nombreuses promesses que j'étais bien incapable de tenir, car tous les fers menacent mes envies, mes libertés contraires qui cherchent toujours à m'émanciper de ceux qui souhaitent tant me garder de qui je suis. De l'essence destructrice et corrompue qui tournoie dans mes entrailles, des blessures qu'elle dépose, ouvre, souille, jusqu'à atteindre la blancheur de l'os, en révéler tous les contours. Et les briser. Les briser. C'est ce que j'ai fait pour m'enfuir, ma main dans celle d'Eleah. Ma main dans la sienne, je la serre plus fort. Et cherche dans les regards opaques des promeneurs de la nuit s'ils sont bien capables de distinguer ce qui demeure incomplet et qui souffre. Souffre. Et souffre encore. Une souffrance jamais achevée. Jamais assez. Jamais trop non plus. De cette souffrance-là, on ne se rassasie pas. J'étreins ses doigts, j'aimerais lui murmurer l'hommage. Lui faire comprendre qu'elle n'est pas un pis-aller, de ces compagnes que l'on traque pour mieux gommer les étreintes de la précédente, pour mieux oublier celle qui aurait dû compter. Compter suffisamment pour me donner l'envie de rester. De rester après l'horreur pour la gommer sur son corps. Quand je n'ai su que partir. Partir. Partir enfin. Rompre le lien. Mes doigts entre les siens, je glisse, je me retire du précipice. Je suis toujours moi. Je suis toujours. Je suis. Je crois. Je crois, ce sont toutes les croyances unies entre nos doigts. Il faut comprendre, il faut savoir, il faut laisser s'écrire les instincts les plus fous. Pourquoi cataloguer l'unité du duo, l'accident des destins, dans des facilités aveugles ? Pourquoi croire que la blessure s'étanche quand nos bouches se joignent ? Pourquoi croire que c'est si simple que cela ? Un être, un autre, le remplacement des corps pour assouvir l'âme. Quelle facilité d'esprit. Comme ces mots qui cherchent à la contraindre. Elle ressemble à Rebecca. Elle balance Moira. Il faut donc tout résoudre, tout résumer, tout écrire bien fort, dans le dénivelé du papier, pour comprendre, pour compter. Non. Non. Non. Jamais. Jamais. Les pas sont plus rapides, mon coeur cherche à échapper aux discours qui ressemblent tant à ceux que firent mon père, à tout vouloir analyser quand rien n'avait de sens, car tout se ressentait. Pourquoi personne ne comprend ? Pourquoi ? Sauf elle, sûrement. Elle qui vibre, elle qui ploie. Oh ploie encore, ploie encore tes reins quand ma bouche abandonne des secrets dans ta gorge pour y fleurir des rires. Je cesse les réflexions, tais les pensées mais laisse aller les contradictions qui vrillent tous mes nerfs. J'ai mal. Elle me fait tant de bien. J'ai mal pourtant. J'ai mal à l'aube de l'étreinte, parce que nos bras enlacés ne suffisent pas. Ils ne suffisent pas aux feux qui rugissent dans mon corps. Ce foutu corps que je croyais maudit, presque mort. Enfiévré par l'horreur des cauchemars, navrés des cris, torturé par les gémissements infamants. J'aimerais gémir encore, tout contre elle, car le cri que je lui promets n'aura rien d'indicible. Il portera l'aveu, jusque dans sa tête, jusque dans ses chairs alanguies contre moi. Elle me regarde, elle me voit, elle cherche les accents des méfaits qui traversent mes yeux. Mes prunelles trop grandes peignent tous mes désirs. Je les lui promets dans ce qu'ils ont d'absolu et frivole, de léger et de dur, de fantasque et de doux. Je lui promets tout. Tout. Tout ce qui est ce soir, quand je suis proche de l'abandon. M'abandonner à ses pieds claironne toutefois dans ma tête les choeurs d'une victoire. La mienne. La sienne. La nôtre. La nôtre. Mes doigts avides portent mon pouce contre sa lèvre inférieure, une caresse indistincte pour tracer la brûlure de ce qu'elle offre en miroir de mes résolutions. Être. Être juste moi. Être en elle, être en moi. Cesser de combattre ce qui ne peut que pervertir mes esprits encombrés de trop de sons pour ne plus les crier.

J'attends la rebuffade, l'ultime dérobé à mes impiétés mutiques pour qu'elle s'engouffre chez elle et me quitte. L'écho de ces certitudes dorénavant absentes, que j'ai murmurées dans le studio. Quand tu partiras... Quand tu partiras. Pas ce soir, pas ce soir en tout cas. Les lendemains n'ont plus d'importance face à toutes les saveurs d'un instant fatidique, qui nous unit dans la folie dévoilée par mes phrases. Le partage alourdit nos deux corps, rend les gestes moins souples, il y a tant à dire, il y a tant à quémander, quand elle promet ce cri qui viendrait compléter la fêlure du mien. Juste l'union la plus brutale pour ne pas falsifier ce que nous sommes. Juste deux corps, juste deux âmes, et pas de futurs assombris par un réalisme trompeur. Tous ces gens qui cherchent à vouloir que l'autre abdique pour savoir être mieux. Tous ces gens qui promettent la flamme pour échapper à la morsure du feu. Tous ces gens qui baisent sans rien donner, qui prennent sans rien offrir, qui cherchent à contraindre ou à blesser. Qui cherchent l'autre dans une image biaisée de soi. Non pas le miroir, mais un simple reflet, pour mieux échapper à ses propres regards. Je la laisse me voir, je la laisse se mirer, mes yeux sont aux siens ce que je ne dis jamais. Il y a dans l'échange autant de désir que de douleur, autant d'envie que de cette peur rentrée, que je ne dissimule pas. Mes doigts tremblent parce que la dernière fois qu'ils ont étreints un corps, ils ont cherché à le marquer, à rentrer dans la chair pour savoir la détruire. Retrouver l'absolu d'une monstruosité, elle apparaît à son tour, dans l'éclat des iris offerts et condamnés. Cela non plus, je ne le lui épargne guère. Je ne détourne pas tout ce que mes envies font peser dans mon corps quand je la sais ne pas me menacer dans la danse ainsi chantée. Son baiser est impie, son baiser est aussi avide que le mien, je ploie à mon tour sous la force de ses lèvres, la laisse rencontrer l'angoisse et le plaisir naissant, qui gît à l'intérieur. Elle a choisi, elle a choisi. Je n'ai pas à prétendre. Je n'ai plus à prétendre. Je n'ai plus à promettre ce qui sera. Je ne veux que donner ce qui demeure, ce qui demeure sur sa langue, comme le plus beau des serments. Celui qui n'a aucune entrave. L'écho de ce que son sommeil a déjà demandé, j'ai un sourire délicat, ceux que seule la mélancolie est capable de créer. La nuit déjà éteinte dans l'écrin de la mémoire, chérie toutefois tant elle fut abstraite. Je ne me suis jamais attardé entre des draps étrangers sans souffrir ce qu'il faudrait reprendre dès l'aube soupirée aux premières heures de la fuite. Il n'y a rien à reprendre, car Eleah ne souhaite que ce que je suis capable de donner. Et je ne veux que ce qu'elle m'offrira. L'offrande me fait presque gémir contre sa bouche au rouge dérangé par nos brusqueries. La porte s'ouvre, dévoile son invitation, morsure de ses ongles, je me laisse corrompre par un frisson farouche. Je demeure sur le seuil, l'oscillation est délectable, car les pas qu'elle entame, demandent cette complétion que je suis seul à pouvoir décider. Elle pourrait imposer le désir, elle connaît déjà la ferveur du mien, sait combien il est facile de déjouer toutes les peurs au seuil de la sensualité, qu'un esprit comme le mien peut rapidement se taire sous l'assaut effréné de son corps, que je ne résiste pas aux appels qui s'invitent dans mes veines et rend chaque discours plus perdu que le précédent qui fut porté. Et pourtant elle attend, elle laisse concevoir ce choix qui pave déjà la brève accolade de nos vies. Un pas en arrière, et je peux me laisser dans la sérénité malingre, fuir une fois de plus, ce qui pourrait réveiller tout ce qui m'effraya, aller simplement oublier dans l'alcool ce corps aux courbes enchanteresses, demeurer dans l'incertitude de mes désirs incomplets. Laisser des points de suspension, à l'aube de nos phrases. Reprendre ce que je n'ai pas su donner. Mais je sais déjà, le choix je le connais. Je ne fais que jouer avec l'attente, pour mieux y succomber. Je regarde à droite, en direction de la tour que l'on distingue d'ici, du grand penthouse qui demeure dans l'ombre. Les ténèbres là-bas. Les ténèbres en moi. Mon visage s'est fané, non pas parce que l'envie s'étanche, mais parce qu'elle devient si prégnante que je retiens toute précipitation qui pourrait éroder le plaisir. Je veux qu'elle me désire. Qu'elle ait mal encore un peu, quand la souffrance de nos corps est d'une alchimie confondante. La frustration. La frustration depuis presque une semaine. Une semaine à la vouloir, une semaine à fermement me l'interdire. Une semaine à attendre que ce soit trop. Trop et tant, dans le sang, dans la tête, dans les muscles, dans les pensées. Mes yeux reviennent ployer les ombres du hall où elle disparaît, la pulpe de ses doigts glissant au bout des miens. Frisson encore, un sourire en coin, démoniaque. Le choix. Le choix est fait, depuis la foule, depuis la peur, depuis cette drogue qui l'a rendue absente et éminemment là. Contre moi. En moi. Mes doigts rattrapent les secondes, le temps bat dans mes tempes un staccato brutal, les phalanges se replient pour mieux la suivre encore. Et les ténèbres m'avalent.

Je connais les étages, ils sont bien trop nombreux, je passe devant elle dans un silence qui ne pèse jamais. À chaque seconde des regards, à chaque seconde une caresse sur ses doigts, mais je retiens la fièvre, je la claquemure pour mieux la lui promettre. La lumière trop brillante de l'ascenseur dévoile cette envie dont je la fais maîtresse, et la cage étroite me laisse le loisir de la frôler avec tous les desseins que je forge à chaque battement de mes paupières. Mon sourire flotte sur mes lèvres, je ne la touche plus, je suis en train de la dévorer du regard, sans maquiller l'avidité de mon inspection tentatrice. Le décalage est exquis, la désirer de loin sans la toucher, le miroir de l'ascenseur renvoyant mille feux dans la pâleur artificielle qui rend tous les honneurs à la trivialité des corps. Ma veste est froissée, ma peau exsangue apparaît à la bordure du col ouvert, mes joues se creusent tandis que la montée fait grimper toute la fièvre de l'attente. Bon dieu que ces machines sont lentes, trop vieilles, trop usées. Sa robe et son dos nu, qui se dévoile encore, dans le reflet aux mille couleurs. Bordel que c'est bon quand je la sais ici, à deux pas, pourtant partout, sur ma peau, dans mon corps, dans ma tête. Ses cheveux épars dessinent des mèches abandonnées dans sa nuque. Inspiration. Je ne parle jamais. Je ne dis pas un mot. Et les étages défilent, défilent, défilent tant. J'aurais pu la prendre là, dans ce putain d'ascenseur, presser son corps contre la paroi métallique, prendre tout dans une rapidité malsaine, comme tant de fois. Comme tant de fois. Mais... Ça n'aurait pas la saveur de ce qui gronde, là, dans le ventre. Ce qui s'apparente désormais à une torture, surtout quand je ne la touche pas. Plusieurs fois mon poignet semble tressaillir, chercher le mouvement pour la rejoindre enfin, mais chaque fois je plaque ma main, et mon sourire devient prédateur. J'ai envie de toi. J'ai envie de toi. De toi entièrement offerte, de toi dans tout ce que tu es, dans ces lieux qui te ressemblent tant, qui sont à toi comme ils semblent te détenir parfois. Te retenir peut-être, pour ne pas fuir trop loin. Un peu comme mon appartement que je n'ai jamais su quitter depuis mon retour, parce que j'ai choisi. J'ai choisi d'y rester. Je reste ici. Ici. Ici. Le dos contre le mur, la bouche entrouverte sur mon souffle infernal, car plus les chiffres frôlent le dernier étage, plus je sens la corruption des chairs vouloir mettre un terme à cette douleur assassine. J'espère qu'elle la ressent aussi. Jusqu'au coeur. Le cri, le cri. Le cri est là. Presque palpable. Encore un peu, encore un peu de temps. Je pousse mon manège jusqu'à désigner les battants qui s'ouvrent pour enfin nous libérer, quand mes mots sont si rauques :
_ Après toi...
Après toi, après toi, contre toi, en toi. J'ai si peu de langage dorénavant que celui de mon corps brûle tant de savoir s'exprimer. La danse, la danse. Encore un pas. Un pas puis toi. Après. Toi.
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JAMES & ELEAH
Le choix résonne, transpire, suppure, tremble enfin. Partout il est là, vibrant dans ses chairs, réveillant les avidités de son âme. Paume contre paume, pulpes griffées, dérangées, rattachées. Ses doigts glissent, suivent la ligne des phalanges avec une infinie lenteur, rendent au choix qu’il détient désormais toute la cruauté de ses leurres. Il peut se tromper. Il peut saisir la facilité. Fuir, partir, c’est si simple. Rester, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Surtout lorsque personne n’est là pour vous y contraindre. Eleah le sait mieux que personne. Ce choix-là, elle veut le lui laisser, encore, toujours. Parce qu’au fond elle sait. Elle sait avec une clairvoyance infinie que le tout offert ne peut souffrir de ce qu’elle saurait imposer. Le tout doit être libre pour être délectable, entièrement soumis à ses propres décisions et aux conséquences de celles-ci, qui l’élèveront, ou le détruiront. Sous la contrainte, toutes les beautés ne fleuriraient pas avec la même intensité. Cela n’aurait pas la même saveur. Cela serait insensé. Elle le veut tout entier. Tout ce qu’il saura lui donner. Mais sans fard, sans les fers des envies indistinctes qu’elle pourrait poser sur ses poignets pour l’enchaîner. Tout. Tout. Rien si c’est ce qu’il désire, si c’est le néant qu’il souhaite embrasser plutôt que ses lèvres. Elle ne l’y poussera pas, elle n’ira pas le chercher. Le choix demeure : celui de partir, de rester. Eleah ne cherche cependant pas à masquer les envies qui grondent dans son ventre. Ses pupilles alourdies par la contrition d’un désir inassouvi se dilatent dans la pénombre. L’idée qu’il la suive, d’avoir la possibilité de déverser toutes les avidités qu’elle nourrit sur son corps, de savoir qu’il ne la repoussera pas parce qu’ils sont faits de la même essence à ce niveau-là, tout cela la fait trembler à l’intérieur, tant ses nerfs sous la douceur de l’épiderme rafraîchit par l’air nocturne. Elle s’est souvenue de la première fois, des intensités conjuguées de leurs deux natures pourtant si différentes. Elle n’a pas pu oublier totalement les sensations exquises, l’émotion vertigineuse qui vous saisit de part en part lorsque vous réalisez ne vous heurter à aucune limite, à aucune barrière. Pouvoir être. Sans honte. Même si cela fait mal. Même si vous devez trembler pour vous frayer un chemin jusqu’à l’intensité recherchée. Jusqu’à la limite du tolérable. N’avoir peur de rien. Craindre tout au contraire. Vouloir vibrer jusqu’à l’intérieur, ployer sous ce désir-là même s’il vous ébranle. Tout, jamais assez. Elle ne le désirera peut-être jamais autant qu’en cette soirée, alors que les saveurs conjuguées d’une victoire toute neuve sont encore sur leurs langues espiègles. Elle est cependant prête à prendre le risque de le regarder s’éloigner, de refermer la porte sur une silhouette qui s’éteint. Demain sera tout autre. Peut-être inchangé. Elle ne lui en tiendra pas rigueur, car pour le « tout » convoité, la patience n’est qu’un faible coût à payer. Dans la pénombre elle le regarde, distingue un éreintement sur sa figure qu’il lui est difficile d’interpréter sans erreur. La certitude qu’il la suive s’étiole, s’amenuise. Elle ne perd pourtant pas ce sourire qui étreint ses lèvres, lumineux, mutin. S’il lui faut partir pour mieux lui revenir, l’idée ne lui déplaît pas. Elle n’en éprouvera qu’une frustration succincte et très éphémère. Car l’idée qui la caresse est plus malingre, plus pernicieuse, plus vorace aussi. Le tout doit être donné en toute liberté de conscience, parce qu’il n’y a rien de plus désirable qu’un choix assumé, sans hésitation, sans culpabilité, sans honte. Impériale parfois jusqu’au bout des ongles, elle lui a déjà dit, haut et fort. Pas de demi-victoire. Pas de demi-mesure. Pas d’abandon factice, incertain, éphémère. Tout doit être entier ou ne pas être du tout. Elle ne veut plus de ces infinis illusoires, de ces choses que l’on offre parce que l’on sait que l’autre crève de les recevoir, que c’est là l’instrument qui nous permettra d’asseoir notre désir sur l’autre. Chercher à dévorer, carnassier, avec cet égoïsme qui consiste à ne rien souhaiter donner en échange. Un sens unique qui rassasie un instant, mais qui ne remplit pas, non.

Ses doigts menacent de quitter les siens, toujours avec cette infinie lenteur. Les dernières phalanges passées, ne reste que le bout des ongles. Elle sent les tressaillements qui parcourent ses doigts tandis qu’il les ratrappe, sent son cœur battre plus fort, une mesure différente, intrépide, propulsée par l’attente qui devient torture maintenant qu’elle se délecte des contours du choix qu’il vient de commettre. Le crime est délectable. Elle frissonne, prend une conscience terrible de toutes les fibres de tissus qui enferment sa peau derrière sa robe. La mesure de leur pas change. Rapides, sans être précipités. Son sourire s’agrandit, revêt toute la félinité de sa nature. Elle le suit, glisse une caresse gracile de son pouce sur le plat de la main qui l’entraîne, conjugue aux douceurs de légères morsures en appuyant ses ongles contre sa peau. Les caresses se répondent, l’enchantent. Elle voudrait courir, plus vite, toujours plus vite. Mais elle se retient, ne cherche pas à brusquer la mesure qu’il impose. La frustration est si grande qu’elle devient douleur dans son ventre. Une douleur puissante, qui tremble, rend sa gorge sèche, ses nerfs plus sensibles. C’est exquis. L’attente. L’attente intolérable, qui oblige à brusquer, à retenir tout ce qui se déchaîne à l’intérieur. La cage d’ascenseur se referme derrière eux. A escient, se prêtant au jeu qu’il a décidé de commencer, elle se met en face. Sur le côté, ses doigts viennent jouer avec les boutons des différents étages, appuient, démarrent l’interminable ascension. Premier étage. Son sourire est plus diffus désormais, plus félin, plus tentateur. Troisième étage. Ses doigts caressent le bouton d’arrêt d’urgence dans une provocation subtile. Cinquième étage. Son regard s’aimante au sien, se promet de ne pas chavirer. Pas tout de suite. C’est si dur pourtant, il lui faut se contraindre. Encore, et encore, encore. La douleur est plus grande, aussi grande que la frustration qui l’oblige à museler tous les élans spontanés de sa nature. Sixième étage. Le jeu la fascine, la façonne. Son regard se fixe sur un point, au niveau de sa carotide qu’elle perçoit à côté du col de sa chemise. Elle s’imagine y apposer ses lèvres, sentir le sang qui pulse sous la ferveur de ses morsures. Septième étage. C’est interminable. Elle déglutit doucement, se refuse à regarder le décompte, à détourner les yeux. Comme si regarder, c’était trahir tout cette impatience qu’elle nourrit. Neuvième étage. Les portes closes tressaillent, s’ouvrent enfin. Le « Après toi » résonne dans sa tête. Elle l’entend à peine, comme suspendue au bout d’un fil. La courbure de sa hanche se déploie, et avec une lenteur maîtrisée, elle mime un sourire courtois de reconnaissance, se glisse à l’extérieur de l’ascenseur.

« Merci. » murmure-t-elle, poussant le vice jusqu’à l’extrême, jouant le jeu jusqu’à en éroder les limites.

Le couloir est long, si long jusqu’à la porte close. Mais elle prend son temps. Un temps infini, avec une démarche plus suave. Elle s’arrête devant la porte, tire ses clefs de la pochette en cuir. Le rabat s’ouvre enfin, et la première elle s’y engouffre. Aucune lumière. Aucune autre vie. Aucune si ce n’est la leur. Leurs corps qui tremblent, qui battent, qui vibrent dans l’obscurité chatoyante de la grande pièce éteinte. Eleah n’allume aucune lumière, demeure dans la pénombre seulement dérangée par les lueurs de la nuit qui transparaissent par les hautes ouvertures. Sans bruit, elle prend de l’avance, glisse ses clefs sur la console de l’entrée, retire ses chaussures dans son sillage. Elle se laisse lentement avaler par la pénombre, se modèle dans cet espace appris par cœur, dans lequel il est encore un inconnu de passage. Elle reparaît à l’orée de son dos, peu après qu’il soit entré, qu’il ait refermé sur eux les doutes du dehors. Elle ne le touche pas. Pas encore. Mais tout son corps se modèle peu à peu dans son dos en une présence. Une présence au souffle court, mais aux gestes mesurés. Mesurés pour torturer, encore, juste un peu, juste assez. Sa main s’avance, vient détourer la sienne. Elle tremble légèrement, trahit peut-être tous les élans qui grondent. Son souffle s’éraille un peu plus, se rapproche de l’arrière de sa nuque, dérive jusqu’à la courbure du coup. Elle le touche désormais. Trop. Pas assez. Sans contrition, tout le devant de son buste, lové contre son dos, malmené par l’attente.

« Dis-moi … » murmure-t-elle à son oreille, sa bouche venant effleurer les parcelles accessible de sa peau, tandis qu’elle le contourne, jusqu’à pouvoir le regarder, jusqu’à  lui faire face. « Dis-moi ce que tu veux. » fredonne-t-elle encore, souffle éraillé, offert, qui torture pourtant. Un sourire se devine dans son timbre, joueur, tentateur, douloureux aussi. Le tout résonne dans sa poitrine. Ce tout qu’elle est prête à prendre, oui. A prendre, mais pas seulement. Il y a ce tout, imparfait et insensé, qu’elle veut donner aussi. Donner pour mieux prendre. Alors juste après avoir déposé un baiser furtif dans les secrets de son cou, elle se recule. D’un pas, puis deux. Plus petite, pas assez grande, elle relève légèrement la tête. Le regarde. Le tance. Le devine. Le nargue. L’appelle. Ses pouces se glissent sous les manches étroites de sa robe sur ses épaules, les font glisser avec une lenteur calculée le long de ses bras, dévoilent en poursuivant l’effet d’attente un corps qui se dépare, une nudité qui s’offre, sans fard. Et ce regard toujours. Qui s’agrippe, qui ne ploie pas, qui confronte autant qu’il tente, qui trahit tout ce désir qu’elle éprouve, qu’il a su faire naître, mais dont elle veut aussi le torturer. Toujours. Jusqu’à en avoir mal. Jusqu’à ployer, ensemble. L’un contre l’autre.

electric bird.
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() message posté Lun 23 Avr - 17:42 par James M. Wilde


« You wanna know if I know why
I can't say that I do
Don't understand the you or I
Or how one becomes two
I just can't recall what started it off
Or how to begin again
I ain't here to break you
Just see how far it will bend
Again and again, again and again »

Eleah
& James




La porte se ferme. Sentence. Distance de sa silhouette qui disparaît dans des ténèbres familières pourtant opaques. Mes yeux ne savent pas encore les transpercer, il y a de ces mystères que l'on tolère pour les savoir très bientôt à portée. Le choix s'écrit dans l'immobilité disputée par mon souffle erratique. Ces "pas assez" chantés par la respiration qui caresse mes envies qui grondent. Je sens leurs griffes qui déchirent la chair, viennent percer la peau. Le frisson court sur l'épiderme, distingue des routes contraires, vers l'esprit, vers le corps. La matérialité brutale et animale, survolée par des pensées de plus en plus triviales. Divines parce qu'elles sont crues. Je ne cherche pas à la porter sur ce piédestal qui lui arracherait toute son humanité quand au contraire elle est plus proche que jamais, d'une bestialité qui nous unit et qui claironne toute sa beauté à mes tympans saturés par la pulsation de mon sang. C'est un pas qu'elle dessine, c'est un battement sourd contre mes côtes, et dans mes tempes. Tempo langoureux. Puis menaçant de déborder de mes lèvres muettes. Tempo aux allures de ravages. Sous la jugulaire aussi, qui trahit une soif devenue dévorante. Je ne bouge pas, je ne bouge pas. J'étire lentement ma nuque, prédateur en territoire ami, pour éviter de m'élancer sur sa trace quand c'est elle qui dessine l'entrevue. Pénétrer ses domaines dénote déjà une assertion qui ne peut plus être disputée, l'envie est dans la tonalité de la porte qui claque encore. L'écho est dans mon coeur. 1. 2. 3. Valse des idées mordorées par ce souffle qu'elle élance au milieu du silence. C'est un manteau distingué sur mes épaules droites, je sens qu'elle me contourne, j'ai un sourire et mes paupières se ferment. Mon existence vire au noir. Velours de ce contact que je pressens sans pour autant le reconnaître. J'ai envie qu'elle me touche. J'ai besoin qu'elle me touche. J'ai l'impression que ces ténèbres familières seraient capable de m'avaler tout entier et de désintégrer mes idéaux si elle ne se reliait pas à moi. L'ombre me rappellerait dans des cris de fureur, dompterait son esclave pour reconnaître les fers ceints autour de ses poignets. Elle rappellerait tous les cris, dissimulerait dans les reins du silence la lame d'autres gestes qui traceraient alors toute la honte sur mon front. J'ai besoin qu'elle me touche pour savoir être là. Être là, ici bas, avec elle, plutôt que dans l'horreur du néant qui étend son appel. Encore. Encore. Et encore. Sourdement dans les os qui se blessent d'être cet ancrage par trop matériel quand l'éther me permettrait de renaître apaisé. Mais je ne souhaite guère l'apaisement. La paix pour moi est une condamnation terrible, dans la paix il y a le tourment des juges et des accusateurs. Ces voix innombrables qui me précipitent dans une angoisse qui dévaste tout. La création, les beautés, et tout ce que nous aimerions construire. J'ai besoin qu'elle me touche et elle le fait enfin. Sa main sur la mienne, la mesure d'une torture délicate quand tout le corps convoque une étreinte enflammée. Une mesure. Un silence sous les doigts, je sens sa respiration aussi corrompue que la mienne. Un jeu sans fin qui nous enferme. Enferme-moi encore pour murmurer combien je sais me sentir libre si tu es là... Encore. Encore. Et encore. Ma main réagit sous ses doigts, le miroir d'une caresse, comme pour modeler l'être qui souffre de se remémorer la dernière fois que fut imposée l'étreinte. Telle une condamnation. Je ne veux pas me condamner. Je ne veux pas. Je ne veux plus. J'aimerais me souvenir, j'aimerais me rappeler. Ce que cela peut être, de choisir entièrement de se glisser dans l'autre, pour se savoir vraiment. Ai-je vécu cela, ai-je vécu cela sans la souffrance qui pulsait dans mes veines, sans la morsure des chaînes que je ne peux plus porter. Parce qu'elles font trop mal. Elles font trop mal. Sauf quand ses doigts se posent. Ma tête vient chercher la sienne, un mouvement à rebours pour mieux sentir le feu de son souffle dans mon cou. Revenir. Revenir. Revenir en arrière et gommer l'exécrable pour se rappeler ce que cela peut-être. Revenir. Revenir auprès de toi, comme la nuit qui fut et que l'oubli détient entre ses serres tranchantes. Revenir. Revenir là-bas. La rencontre de nos corps ainsi est si intime soudain, si... évidente aussi. Ma respiration se perturbe d'avoir autant besoin de ce qu'elle demande à mon oreille. L'évidence. L'évidence.

Le baiser m'électrise mais je ne bouge plus, j'attends sans doute qu'elle soit devant moi et rouvre mes paupières. Les pupilles dilatées détourent son visage dans la pénombre de la nuit de la cité. Jamais véritablement endormie, jamais véritablement sereine, vibrant sur la même corde que ce cri que nous souhaitons nous rendre. Un sourire en réponse du sien et l'absolu de ce que je lui ai chanté la toute première fois. Why can we start it over again ? Encore. Encore. Et encore. Je souffle tandis qu'elle joue avec sa robe et que ma déglutition s'alanguit dans l'assaut de son image. En clair-obscur d'une nudité qui s'offre peu à peu, mes iris la détaillent, embrassent les contours que je frémis de caresser. Le timbre revêt une gravité qui frôle des notes impudiques :
_ Tout. Je veux tout ce que tu es. Tout ce que tu voudras être.
Tout ce que tu seras pour moi, dans la clameur d'un choix perpétuel, un futur sans borne car il n'appelle rien de stable, rien qui puisse promettre de se scléroser. Tout. Tout. Et rien à la fois. Que ce qu'elle voudra donner. La confrontation de ses regards fige les miens. Nous sommes dorénavant si proches, mais pas assez encore. L'un dans l'autre pourtant. L'un dans l'autre quand mon corps se délie, lui rend tous les hommages de cette mise à nue qui ne peut être solitaire. Mes doigts viennent chercher sa joue, mon pouce trace sa pommette quand je répète :
_ Tout ce que tu as voulu être un jour. Tout ce que tu as pu imaginer.
L'énumération est exquise, car elle ne revêt aucune limite, aucune borne, aucune réalité qui la rendrait putride. Mon autre main vire ma veste, je me sens plus léger. Et toujours cette robe qui tombe, mes doigts qui ne bougent toutefois pas de son visage, qui le quittent au contraire pour retrouver la distance impie. Le jeu encore, le jeu toujours. Je peine à ne pas violenter la chemise italienne, estropier les boutons devient un nouveau jeu, quand mes mots égrainent mes discours :
_ Tout ce que tu seras. Tout ce que tu ne seras jamais.
Combien y-a-t-il de boutons sur une foutue chemise ? J'en rate un parce que son corps dévoile plus que je ne sais admettre sans perdre la mesure de tous les temps. Tout se brouille et se dispute sous mon crâne. Lenteur. Lenteur d'un firmament qui m'aveugle et me ploie. J'ai fait un pas sans même m'en rendre compte, aimanté à sa peau qui se dénude et se donne dans des harmonies qui rappellent la mémoire diffuse. La pulpe de mon index frôle l'un des grains de beauté sur son épaule. Ponctuation d'un rêve presque éveillé, j'ai l'impression que le souvenir en trace des contours parfaits. Ma voix est plus tendue tant le désir la traverse :
_ Tout ce que tu donneras. Tout ce que je saurai prendre.
Je baisse la tête désormais car elle est contre moi, sa peau me frôle, nos deux pâleurs embrassées, la ceintures qui teinte quelque peu quand je ne peux vraiment m'en émanciper sans venir gracier sa hanche d'une caresse. Je manque d'y laisser ma main, l'attirant plus à moi, mon souffle effréné contre sa joue, mes lèvres qui dispensent un baiser bien trop chaste :
_ Tout, Eleah. Je veux tout parce que tu sais. Tu sais. Tu sais déjà...
Ce que cela fait de brûler. Ce que cela fait d'avoir peur. Ce que cela fait de savoir détruire, et prendre, et tout garder. Ce que cela entraîne, de magnificence et de pauvreté. Ce que cela octroie de puissance et de dégoût. Ce que cela provoque de frustration et d'amertume que de se silencer sans rencontrer un autre qui saura tout convoiter sans rien détenir. Tout prendre sans rien garder. Tu sais. Qui je suis. Et je sais qui tu es. Ma main relève son menton, mes lèvres rencontrent les sienne, une douceur ténue qui distille bientôt tout ce que je quémande. Ce tout en partage de sa bouche, nos dernières parures rejoignent le sol ensemble, l'opacité mêlée d'une abdication consentie, j'attire plus encore son être à moi. L'un contre l'autre. L'un contre l'autre, mes doigts dans le creux de ses reins, la promesse d'une union sans pour autant chercher la corruption d'une violence. Le souvenir reparaît, vient rencontrer les autres qui tournoient tels des vautours pour me rappeler ce que je suis, mais je ne les écoute pas. Je préfère garder les yeux grands ouverts pour m'enivrer de sa bouche et de la douceur de sa peau. Reprendre les marques qui furent un jour portées, effacer les blessures, réapprendre ce qui est. Ce qui est et ce qui sera. Le plus beau ployant tout le plus laid que je renferme. Je romps notre baiser car l'attente frôle l'intolérable, mais pourtant c'est sa main dans la mienne que je porte à mon visage, à mes traits, lui laissant des contours qui manquent de m'échapper. Rappelle-toi, rappelle-toi. Rappelle-moi ce que ça fait. Ce que ça fait. De s'offrir sans se tuer. De prendre sans rien menacer. Rappelle-toi ce qui était. Ce qui est. Et tout ce qui sera sous l'assaut de nos caprices. Le tout et le rien, sans convoitise, sans mensonge. Rappelle-toi. Rappelle-moi. Mon regard plonge en elle, tout mon corps vient se modeler au sien. Pour se souvenir, pour se rappeler. La douleur dans le ventre, mais rien qui soit à l'aune de l'horreur. Ma main presse la sienne sur ma joue. Dis-moi que je suis là. Dis-moi. Là contre toi. Là en toi. Rappelle-moi à toi.
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() message posté Lun 23 Avr - 20:07 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
Mesure du cœur qui compte à rebours, qui s’impatiente et se suspend, qui cherche à comprendre en quémandant tout, tout le temps. Ce tout qu’il murmure. Ce tout qu’il offre, scande, crie, souffre et convoite. Ce tout sans commencement et sans fin, démaquillés de tous les fards qu’ils sauraient lui imposer. La demande est indécente. L’offrande l’est plus encore. Mais toutes deux se regardent en miroir et se reconnaissent, comparses oubliées dans les étreintes terrassantes qui cherchaient à corrompre plutôt qu’à connaître, à vaincre plutôt qu’à s’abandonner. Tout. Il se réverbère dans le corps, fait trembler l’épiderme prit de vertiges. Ce tout imparfait qu’il inscrit dans un passé, un présent, et un futur, mais sans barrières ni hontes. Sans la sensation putride de devoir taire ce qui fut pour ne pas scléroser ce qui est, et condamner ce qui sera. Exister en elle et en dehors. Là, quelque part. Dans cet entre-deux qui appartient seulement à ceux qui savent se voir sans se parer des mensonges qui les maintiennent en vie. Le plus beau. Le plus laid. Il l’a dit. Il a tout dit. Modeler tout sous les doigts dans une image : la sienne, la leur, les deux ensembles. Terrifiante, imparfaite, triviale, d’une beauté incomprise, perçue par eux à défaut d’avoir été acceptée par d’autres. L’image se grave contre sa rétine, devient une toile de fond dans sa conscience devenue brûlante, les cruautés impérieuses et fuyantes de sa nature se voyant adoucies par l’idée étrange d’apercevoir un égal. Quelqu’un qui sait sans avoir à demander l’indicible, sans fouiller dans les abîmes pour mieux les mettre en exergue, les laisser exsangues, impures, impies, quand elles sont là pourtant, tapies partout, essence de l’être qui se dévoile mais demeure incompris. Ses lèvres s’entre-ouvrent, cherchent à détourer plutôt qu’à asseoir leur emprise, voudraient dévorer mais se contentent d’esquisser ses contours. Elle se refuse cette emprise qu’elle abat sur les autres d’habitude, telle une arme tranchante, comme le fil du rasoir aiguisé sur la gorge offerte, et qui passe aux yeux de certains pour une passion irrépressible quand il ne s’agit que d’un leurre parmi d’autres. Elle s’y refuse tant qu’il ne la quémande pas, décide de ne rien imposer qui ne soit pas consenti, demandé ou choisi. La sensation est saisissante. Troublante d’une vérité qu’elle a oubliée à force de chercher des intensités que certains sont incapables de comprendre, ou même d’éprouver.

La pulpe de ses lèvres effleure la peau sensible qui recouvre la jugulaire, sent le sang pulser sous l’épiderme. Elle réapprend son odeur, en perçoit des notes toutes différentes de celles qu’elle connaissait déjà. Plus boisées, plus subtiles. Son cœur bat plus lentement dans sa poitrine, mais avec une puissance différente. La douleur se fraye un chemin dans ses membres, atermoie les souffles qui s’éraillent sans pour autant éreinter le jeu qui se déploie, s’installe, devient la seule règle capable de les faire ployer ensembles. Eleah se dépare de sa robe, adoptant cette lenteur infinie capable de créer l’attente, de susciter l’attente, de broyer les fers des barrières qu’il s’impose encore. Ses pupilles s’agrandissent dans la pénombre, déjà suffisamment habituées à l’obscurité incertaine pour y distinguer les lueurs vacillantes. Elles s’agrippent aux siennes, s’aimantent, miroitent de ce clair-obscur qui les nimbe avant de les absorber, l’un avec l’autre, l’un contre l’autre. Le noir, partout, autour d’eux. La lumière sur sa peau qui se dépare, qui dévoile et offre ses attraits de femme sans aucune honte, avec cette lueur impudique dans le regard qui fait écho au timbre de sa voix lorsqu’il murmure. Un léger sourire espiègle, complicité renaissante, se glisse à la commissure de ses lèvres tandis qu’elle se brûle à le voir, à convoiter ces doigts qui tentent de se libérer de l’emprise de vêtements superflus. Aucune aide pour l’aider à ôter les fers de fibres tissées, c’est un délice de deviner l’impatience maîtrisée qu’il dissimule, là, à l’intérieur, quand elle glisse des appels sensuels contre sa peau à chaque seconde. Ses doigts contre sa joue l’appellent, la convoquent. Eleah relève la tête, oscille sur le côté. Sa hanche amorce une ondulation, ligne courbe pour laisser glisser sa robe le long de ses jambes. Ses lèvres se mordent, taisent les frustrations qui grondent, sont remplacées par l’impiété de pensées qui l’assaillent à le regarder, là, juste là, si près, si loin pourtant, à jouer avec les mêmes règles. Elle crève d’envie de l’aider avec cette chemise, de glisser ses doigts de part en part pour entendre le déchirement de l’étoffe. Elle déglutit doucement, la gorge sèche, assoiffée d’un désir désormais trop malmené pour n’être pas étanché. Alors tandis qu’il parachève son déboutonnage, elle parfait sa propre nudité, abandonne les dentelles superflues, frémit de la tiédeur de la pièce qui enveloppe son épiderme. Il s’avance, et dans une intensité non contrôlée, elle le reçoit. Sa peau se love, cherche sa comparse, se tend à peine sous les morsures des obstacles qu’elle rencontre. Son regard suit le sillage de son index sur son épaule, sur le grain de beauté qui accompagne la seule cicatrice, en forme de croissant de lune, qui marque son corps. Elle reconnaît le geste qu’il augure, se souvient, dans une pensée diffuse, des tracés déjà composés par ses mains. L’amorce d’une valse quand ses doigts s’approprient sa hanche pour se rapprocher, l’amorce d’un pas lorsque ses doigts à elles s’arriment sur l’arrière de sa nuque, glissent sous les plis de la chemise pour l’aider à s’en déparer totalement.

« Tout … » murmure-t-elle, écho de ses phrases, soufflé, presque gémit contre sa tempe, quand elle brûle déjà, corrompue par ses chairs, soucieuse de le précipiter avec elle quand le sentiment de voir tout se dérober sous leurs pieds l’étreint jusqu’au vertige. « Prends tout … » répète-t-elle contre son oreille, les paumes de ses mains détourant ses côtes pour s’imprimer sur la peau de son dos, y détourer les muscles qui saillent, acérés sous l’épiderme translucide, malmenés par des tourments dont elle ne sait rien, mais qu’elle devine, là, en filigrane de ses caresses qui suivent la ligne de sa colonne vertébrale. Nudité crue, sans fard. Tout. Elle prendra tout. Tout pour s’oublier quelque part, contre cette peau qui appelle la sienne, la nargue et la fascine. L’émotion qui l’étreint oscille avec la douleur, les intensités trop nombreuses pour n’être pas troublantes. Mais elle veut tout prendre. Elle n’a pas peur. Pas de ce qui est. Car au creux de sa peau, c’est une intensité différente de toutes celles qu’elle montre d’habitude qui se dévoile. Une intensité qui revêt les atours d’un cri, terrible, mais doux aussi. Son souffle s’étiole lorsqu’il impose la distance de ses lèvres. Elle rouvre de grands yeux sur lui, incertaine au début, avant de le voir. De le voir enfin. Sa main la guide contre ses traits : ceux qu’elle a déjà vu, qu’elle reconnaît pour la première fois. Les images se superposent, n’en forment plus qu’une seule. Ses doigts se pressent légèrement contre ses traits, tout son corps ploie contre le sien, s’impose, se modèle autant qu’il cherche à y disparaître.

« Reste … Reste avec moi. » murmure-t-elle encore, son bras venant se refermer autour de ses épaules avec une force différente, tandis que ses phalanges demeurent arrimées à son visage. Elle le regarde, juste assez, juste le temps pour ses lèvres de se rapprocher de ses traits tandis que ses doigts s’impriment pour l’inciter à se rapprocher de son visage. Un baiser se pose sur sa mâchoire, dérive sur sa joue. « Personne … » Il est sur sa pommette à présent, sillonnant la peau jusqu’à la tempe. « Personne à part toi … » Le tempe enfin, où ses lèvres demeurent un peu. « Toi … Moi … » Elle embrasse son front, ses phalanges marquant cette joue qu’elle maintient toujours avec fermeté, pour l’en convaincre, pour qu’il embrasse le choix sans redouter ce qu’il est. « Tes harmonies … Contre les miennes … » Un baiser sur la paupière de son œil, qu’il ne craigne pas de la regarder, qu’il la voit, sans le masque des autres pour venir ternir tous ses traits. « Le plus beau. Le plus laid. Tout … » Son nez légèrement retroussé, qui vient frotter le bout du sien. « Là … Avec moi. » Ses lèvres enfin, que sa bouche accapare, scellant le pacte par une morsure indécente et espiègle. « … En toi … En moi. » souffle-t-elle encore, tout son corps lové contre le sien, appelant sa présence, entière. Toutes les harmonies, se fracassant contre la pâleur de leurs peaux nues. Le plus beau. Le plus laid. Tout. Tout ce qui est.

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