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I ain't here to break you, just see how far it will bend _ Eleah&James

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() message posté Mar 24 Avr - 17:18 par James M. Wilde


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Or how to begin again
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Again and again, again and again »

Eleah
& James




L'image est là, imparfaite et magistrale, s'expose dans l'ombre des incertitudes repoussées. Sous les doigts, elle s'alanguit et se façonne. L'image de cette autre si proche de moi, qui par sa seule présence rend les heurts moins durs et les horreurs plus douces. Il y a sous la pulpe qui tremble légèrement sur son corps dénudé de ces explications que je sais n'avoir pas à donner. Brutalité jadis qui cherchait tant l'opprobre, dans les caresses tracées je la retrouve enfin, décharnée de son fiel, débarrassée des armes qui faillirent me disloquer. La respiration cherche la sienne pour apprendre un langage, étancher tous les mots pour ne plus lui répondre que dans des gestes vacillants. J'apprivoise cette communion pourtant connue par coeur comme s'il s'agissait de la toute première fois, perdu dans l'entre deux de mes souvenirs aux échos détestables. Alors les yeux restent ouverts pour la détailler sans dissimulation de ce que provoquent ses attraits, je la regarde et la transperce pour m'approprier son image, l'accoler à la mienne, recoller les morceaux pour ne pas croire régner uniquement sur des cendres. La mesure est troublante, je ne l'emploie que peu, très rarement je m'oublie dans ces caresses indistinctes qui cherchent à rejoindre ma partenaire plutôt que de la prendre. Si la prendre est tentant, je ne saurais me contenter d'une étreinte effrénée qui rappellerait trop de feulements rauques et de mots acérés que je ne sais plus subir sans désespoir désormais. Et si la lenteur est d'une frustration éreintante, je lui reconnais des vertus que j'avais oubliées dans mes parcours empreints de folie. L'intensité est pire quand mes doigts ne font que la frôler, l'intensité mord ma peau, retourne tout mon ventre, j'ai l'impression d'être plus que jamais démuni, écartelé par des envies qui s'amoncellent. La redécouverte qu'elle opère brouille ma concentration, les battements de mon coeur, accélérés par l'appréhension rejoignent ses lèvres dans une communion fervente. Je respire plus profondément, pour m'abrutir de son odeur que je recouvre sans aucune satiété. Impossible d'atteindre l'écoeurement quand c'est une plongée au passé qui grave le présent pour lui permettre de survivre. J'ai l'impression d'avoir oublié quelque chose là-bas, dans la chambre d'hôtel à Galway, il y a si longtemps, l'impression de crever de le reprendre désormais que mon corps et ma tête semblent le réclamer à grands cris. Souviens-toi, souviens-toi... De l'étreinte qui fut. De l'étreinte qui est. Souviens-toi. Tous mes muscles se corrompent dans une attente qui les fait frissonner, c'est l'aube d'une redécouverte qui me frappe et me silence. Je comprends dans la violence d'un écho que ce qui s'allège en moi c'est en fait la disparition de la peur. Celle qui ronge, celle qui menace, celle qui défigure toutes les créations. Cette peur que j'ai apprise dans une nuit de perdition, qui a rencontré la douleur pour la faire éclater. Pas cette douleur qui incombait à ma destruction lente, une douleur pire encore, quand j'ai su que je me détestais. Que je me haïssais suffisamment pour regarder le crime et m'y vautrer encore. Les pleurs... Les pleurs qui ont creusé des sillons effroyables, chaque larme d'acide portée comme une blessure de trop. Tout cela se silence. Toute l'horreur se tait. Et derrière, ce n'est pas l'apaisement, ou encore la noyade. L'apathie ou l'accablement. C'est elle tout contre moi, désormais entièrement nue lovée à ma silhouette, dans les secrets d'une nuit onirique. Je comprends mon envie, j'en comprends les vestiges sur lesquels elle s'appuie. Je comprends la soif et la faim, le vide qui hurle de se combler enfin. Je comprends que de ces condamnations que j'aie tant portées contre moi, je ne supporte plus les rires sépulcraux qu'elles évadent. J'ai envie d'être moi, sans les remords accumulés. Être moi avec elle, être moi en elle. Dans ce décharnement terrible, sans la parade d'un apitoiement maladif, sans la folie de ne plus savoir me regarder. Me déparer est plus symbolique que je ne le croyais, offrir les stigmates, laisser voir tous les heurts, la chair affamée, malmenée, les bleus devenus noirs parfois entièrement estompés, mais leurs ombres malsaines toujours là, portées jusqu'à ployer. Jusqu'à vomir tout ce que je suis, renier tout ce que j'ai été. Mais pas maintenant, pas ici. Pas quand elle me laisse tout loisir de prendre le temps qu'il me faudra. Appréhender le vide pour savoir mieux plonger, naviguer à l'aveugle, les yeux fichés dans ses prunelles. Bientôt dévalant tout son corps quand plus rien ne la dissimule, nos peaux qui se retrouvent, se frôlent, se brutalisent un peu. Je suis perdu, éminemment sûr de moi pourtant. Je sais. Je sais ce que je suis venu chercher. Moi en elle. Elle en moi. Pour que ce mal qui me ronge cesse enfin, et que je sache m'accepter. Cesser cette souffrance, pour me souvenir de ce qui est. Dès que nous sommes l'un contre l'autre.

L'écho devient appel, qui résonne sans discontinuer, trouve le vide, et cherche à le combler. Dans mon oreille, c'est le chant des sirènes qui m'attire, m'accable et me libère. Sa main est sur mes traits et je sais qui je suis. Je sais qui je suis. Je sais que l'impardonnable ne me quittera jamais mais que je peux choisir d'y survivre encore. Je peux choisir de l'accepter. Et l'émotion qui me ravage devient une ivresse supplémentaire, je serre si fort ses doigts dans une reconnaissance animale, ancestrale. Il y a d'autres échos qui viennent faire gonfler son appel, de ces sens inconnus qui délivrent une connaissance fondamentale. Indistincts êtres enserrés, le cri dans les interstices laissés par notre épiderme tremblant, la douleur est toute autre, remplace les accents néfastes pour conjuguer une vérité viscérale. Je la laisse m'étreindre, je l'étreins en retour avec une intensité qui délivre de moi bien plus que je n'avais anticipé. C'est à la fois toutes ces heures à me perdre, et celles à me trouver dans des trivialités absconses, et d'autres minutes à me fuir quand je suis incapable de plus en supporter. Quelques secondes données à une convoitise entièrement dévoilée sous sa paume quand elle chante tout ce que je crève d'entendre, chaque baiser donné en une caresse délicate pour tracer les contours d'un monstre que je lui laisse entrevoir. Et le garçon perdu un soir d'hiver, qui ne s'est jamais véritablement relevé. Les mots deviennent des miroirs, ceux que j'ai dit, ceux qu'elle retourne pour mieux accompagner l'inéluctable choix, définitivement clos par ses lèvres. Les morceaux de nos images écornées fusionnent pour devenir une toute nouvelle fresque, l'évidence parcourt tout mon corps pour le réveiller dans la fureur d'un désir qu'elle vient happer, que je verse dans sa bouche dans la brûlure d'un serment muet. Plus de mots, le tout résonne, s'harmonise, devient les premières notes de cette symphonie à écrire de nouveau, sur elle, en elle, contre elle. Bientôt mes envies arrachent un gémissement dont je nourris sa gorge et les pas s'entremêlent, sans savoir qui d'elle ou de moi mène la danse. Je ne cherche plus rien, juste un support pour son corps menu afin de la rejoindre, qu'il s'agisse d'un mur, d'un meuble ou bien du canapé. Je crois que c'est le canapé, je n'en ai rien à foutre, ma main s'entremêle à ses cheveux pour mieux ployer son cou, chercher la morsure de ses lèvres pour m'y laisser entièrement fasciner. L'ondulation de mon corps, enfin débarrassé des chaînes qu'elle a peu à peu dénouées, la courbure de ses reins de danseuse. Rupture. Le temps de la voir, le temps de la respirer mieux encore, de ne pas rater une seule seconde l'éclat de ses iris sombres quand je laisse sa cuisse ceindre ma taille. J'embrasse ses lèvres une fois de plus, le temps de sourire tout contre elles, quand les mots ne savent plus, quand seul le corps connaît tous les chemins. Ma main se balade langoureusement sur sa taille, chacune de ses côtes, la courbe de son sein avant d'échouer dans le creux de son cou. Battements erratiques sous la peau, je la regarde, je la vois. Il n'y a plus qu'elle. Plus qu'elle et personne d'autre. Ils ont tous tort, ils ne savent pas. Ils ne savent pas. Ce que cela fait... Rappelle-moi. Rappelle-moi. L'appel gravé là dans mes yeux agrandis par une envie qui rencontre le plaisir quand je cède enfin. La fresque palpite de deux vies enlacées, nos corps rejoints dans un souffle brisé, mes doigts qui resserrent leur emprise parce que la sensation m'envahit tout entier. J'attends la corruption, j'attends l'horreur derrière la fièvre de la conquête, j'attends l'angoisse ou la souffrance. Mais rien ne vient déformer le plaisir, alors qu'interdit je la regarde, une longue seconde pour la savoir entièrement, quand le souvenir érode tous mes traits. Pas le souvenir de l'offense, mais bien celui qui fut quand elle s'est un jour retenue à moi ainsi, dans l'étreinte et l'oubli. Mon pouce frôle sa joue, nos lèvres sont si proches mais je ne cherche qu'à respirer chaque souffle qu'elle exhale à chaque fois que je réitère mon assaut. Lenteur d'un jeu qui prend son temps, frôler les abysses sans y plonger totalement, j'attends que son corps m'accepte pour la libérer à son tour, tandis que je la maintiens dans l'équilibre éloquent de ceux qui ne peuvent se contenter de gravir un escalier pour retrouver la décence d'un lit. J'ai un sourire en coin, parce que le rythme me torture plus qu'elle je crois, tant les sensations m'assaillent et tiraillent mes muscles. Inspiration des brûlures de ses lèvres, mes yeux qui dévorent toujours les siens, mon nez qui vient comme la tenter, ma langue qui court un instant sur sa jugulaire. Revenir mieux l'observer, la rencontrer encore dans une intensité qui frôle la douleur avant que mes doigts ne la relâchent pour qu'elle puisse prendre appui sur mes épaules, et imposer le rythme qu'elle choisira. Ce choix toujours, ce choix pour me guider à ses côtés quand tout est neuf, quand tout est si trivial que je ne sais comment appréhender tout ce qui se bouscule dans ma tête. Mon sourire se fane quand mon murmure la frôle dans un aveu terrible :
_ Ne me laisse pas seul. Seul avec moi...
Cette solitude qui a perverti tout ce que j'étais, me ramenant à l'aube de toutes mes folies, je ne veux plus jamais la rencontrer. Reste. Reste. Reste et apprends-moi ce que c'est que d'être à deux, dans l'instant qui nous retient avec la jalousie de ceux qui savent se trouver.
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() message posté Mar 24 Avr - 23:01 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
La peau se laisse deviner, revêt de ces lueurs qui éclairent la pénombre pour la rendre moins incertaine, plus familière encore quand elle la sait déjà par cœur. La pulpe de ses doigts s’emploie à détourer les côtes, à s’arroger une place en imprimant des tracés qui n’appartiennent qu’à elle, dont elle est la seule maîtresse. L’étreinte est étrange, ponctuée de saveurs qui lui reviennent avec une délicatesse infinie que son subconscient n’a pas pu totalement effacer. La mémoire sensorielle, plus puissante que toutes les autres, le reconnaît dans les replis de son corps, dans les os qui saillent par endroits, peut-être davantage qu’autrefois. Qu’importe, ce sont là les mêmes lignes tracées, déjà apprises, déjà conquises. Différentes cependant. Car ils ne sont plus totalement ceux qu’ils ont été. Galway s’éteint au gré de leurs silhouettes embrassées, le souvenir s’affadit pour mieux renaître dans le désir qui gronde dans le creux du ventre, inchangé, incompris. Le seul qui n’ait subi aucun outrage, qui n’ait pas connu les morsures de l’abandon, des silences. L’incertitude d’une émotion trop vaste pour être entièrement comprise l’étreint, navre son souffle qui tremble. Les intensités en partage, il est trop tard pour reculer. Trop tard pour tout rendre afin de ne pas avoir à donner. Le tout qu’il a quémandé, elle le lui a déjà donné. Sans s’en rendre compte, sans même en avoir conscience. Lorsqu’elle s’est agrippée à lui, avec la force du désespoir, elle lui a tout donné. Le plus beau des rires, la plus effroyable des peurs. Tout pour n’avoir plus à s’écœurer d’elle-même, pour sentir les vibrations suffisante dans cette carcasse qui n’en a jamais assez, et trop pourtant, jusqu’à s’épuiser.  Son pouce caresse les marques d’un heurt qui se devine même dans l’obscurité. Une trace plus sombre sur l’albâtre de la peau, imperfection divine que ses avidités cherchent à s’approprier puisqu’il n’est plus temps de les comprendre. Elle ne veut pas savoir. L’ignorance pour seul rempart face à des vérités et des réalités qui ne lui appartiennent pas, et sur lesquelles elle ne souhaite pas marcher. Ce qui est. Maintenant. Qu’importe l’avant. Qu’importe l’après. Juste eux, dans les imperfections tremblantes, dans les souffles erratiques et doucereux de leurs fractures en quinconce. Ses lèvres murmurent, ses doigts affrontent, s’appuient sur ses traits pour le voir, le retrouver, le graver quelque part au fer blanc dans sa mémoire pour l’y retrouver, même dans ses perspectives irrépressibles de fuite. Pour une fois elle n’a pas peur de ce qu’il pourrait imposer, car elle sait, au fond, détenir assez pour lui rendre la pareille. Alors à quoi bon ? Ses épaules s’affaissent légèrement, le joug des dernières tensions qui pourraient étreindre son corps retombe, abandonné avec leurs vêtements d’apparat qui jonchent le sol. Plus de masque, plus de rôle. Plus rien à jouer ou à prétendre, si ce n’est mordre l’indécence fragile de leur natures victorieuses. Eleah ploie face à l’avidité de ses regards, révèle dans des œillades impudiques la ferveur de ses propres désirs. Les pupilles dilatées à l’extrême par la pénombre, elle semble renouer avec cet état d’ivresse qui l’étreignit au cœur des enfers, dans cette boîte de nuit remplie des abîmes du monde. Mais cette fois ci, l’ivresse est différente, car infiniment consciente. Elle n’est pas falsifiée par une drogue quelconque. Elle se donne dans toute sa lascivité, sa hardiesse, et sa témérité. Le spectre de la peur n’est plus, laissé de côté, dissout par ses lèvres lorsqu’elles viennent envahir les siennes. Ses doigts glissent derrière sa nuque, se frayent un chemin dans ses cheveux hirsutes, les agrippe avec ferveur sans chercher à jouer d’une impériosité douloureuse. La danse, enfin. Celle qu’elle convoite, celle qui l’anime, la confuse, et la transcende. Danser avec lui, contre lui, en lui, en elle.

L’étreinte devient plus rude. Il la serre. Si fort que la conscience qu’elle a de son corps frôle l’intolérable tant elle le veut sans pour autant céder à l’instinct dévastateur qui la parcoure. Elle s’accroche alors, de la même manière qu’autrefois, plus fort encore, jusqu’à frôler la délicieuse douleur. Elle plonge dans ses grands yeux qui la regardent, se noie dans l’éther pour savourer la sensation exquise de n’exister nulle part ailleurs, si ce n’est là, à cet instant, dans ce regard qui lui appartient et qu’elle lui offre pourtant, sans fard, sans doléances. Elle reconnaît dans la ferveur de ses gestes une réalité déjà devinée, murmurée du bout des lèvres. Le cri est partout, acouphène pour d’autres, harmonie terrible pour eux, l’un contre l’autre. La brûlure de sa bouche encore, la saveur gutturale d’un gémissement qui dévale contre sa nuque, qu’elle recueille entre ses doigts pour y broyer la honte. La danse se poursuit, les pas malhabiles, précipités par cette envie de tout savoir avant même d’avoir consenti à apprendre. Mais ils se fichent des règles bienséantes à respecter n’est-ce pas ? Ils les ont toutes balancées dans l’opprobre. Et ils recommenceront, encore, et encore. Ses bras l’enserrent, font de lui son cavalier dans une danse à la fois sublime et triviale. Un sourire l’étreint à l’orée de sa bouche, amusée de cette maladresse dont ils font preuve, comme les adolescents empressés qui subissent plus qu’ils ne dirigent leurs premières étreintes. Elle aime cette spontanéité-là. Elle leur correspond bien. Plus que le confort structuré d’une chambre, d’un matelas sur lequel se lover, d’un cadre dans lequel s’ébattre sans en outrepasser les contours intimes. L’arrière de ses cuisses heurte l’accoudoir, viennent l’enserrer dans un naturel confondant. Étreinte du corps, de l’âme, les deux reliées, les deux ensembles. Elle devine un sourire de sa part, là, tout contre ses lèvres. S’agrippant à lui, bras autour de ses épaules, ses  paupières se rouvrent, se fascinent à son image, revêtent de ces lueurs espiègles qu’ils ont su partager plusieurs fois. Son corps ne lui résiste pas. Un à un, chaque muscle obtempère avec finesse, ploie pour mieux se modeler à lui, aux intensités qui au lieu de se fracasser contre sa peau viennent la sublimer et l’alanguir davantage. Ses atours de femme se réveillent sous ses mains aventureuses, palpitent de toutes les envies libérées sous le grain de la peau, deviennent sans brides et sans fards. Ses doigts font ployer sa nuque, et Eleah le regarde, le voit. L’appel qu’il marque sur sa peau lui arrache un gémissement plaintif. L’ardeur de ses doigts sur son dos se fait plus poignante, cherche à pénétrer dans la chair sans pour autant y imposer la griffure des ongles.  Il la rejoint enfin, la complétion entière, consumée dans son corps qui souffre du premier assaut autant qu’il l’appelle plus encore. Un baiser s’appose sur la courbure de sa nuque, s’érode dans les soupires qu’elle pousse sans aucune honte, secrets d’un langage dont peu parviennent à boire tous les sens dissimulés sans se corrompre. Elle se retient à lui, l’enserre de ses jambes. L’émotion qui l’étreint est exquise, sublimée par leurs voracités respectives qu’ils parviennent à retenir assez pour prendre le temps de se voir. La conscience qu’elle a de lui, de ce qu’il est, de son corps contre elle, en elle, est d'une rare intensité lorsqu’il s’arrête, la regarde, révèle une incertitude qu’elle comprend sans avoir besoin de mettre des mots sur ce qu’elle lit dans l’expression de son visage. Il la frôle, et au lieu de fermer les yeux, tout au contraire, elle s’aimante à ses regards, plonge en eux pour faire ployer les incertitudes tandis que ses doigts reviennent ravager l’arrière de sa nuque. Lenteur cruelle, lenteur cruciale. Sa cambrure s’accentue, se déploie, ondule à l’unisson de son corps sans rien imposer, en offrant tout, lui laissant tout prendre pour mieux le retrouver. L’idée de le voir s’éloigner la caresse, la navre. La prise de ses doigts s’accentue, chaque mouvement oscillant avec une douleur délectable.

« Tu es là … Avec moi. » gémit-elle contre sa bouche, ses mains plus en appui sur ses épaules pour mesurer le rythme. La solitude les nargue, les menace. Eleah déploie les armes pour la repousser. Non … Elle ne l’aura pas. Pas ce soir. Pas maintenant. Il l’a gardée une fois ... D’elle, de lui. De cette solitude abyssales dans laquelle on tombe/sombre, et dont il est chaque fois plus difficile de se départir. Mais pas ce soir. Elle se redresse un peu, danse encore. Un pas, puis deux. L’équilibre se navre, devient totalement incertain. Elle le guide pourtant, leurs peaux retenues désormais par la fraîcheur du cuir du canapé, la complétion seulement quittée pour changer de posture. Ploie, ploie avec moi … L’appel de son corps qui le rejoint, qui le surplombe, le chevauche, juste après l’avoir incité à s’asseoir. Ses bras l’entourent, le serrent. Si fort. Aussi fort qu’autrefois, plus encore. Sa main encadre son visage, l’incite à la regarder, ses lèvres prêtes à boire toutes les tortures sur sa bouche tandis que ses hanches apposent, imposent, dansent avec cette langueur qu’il a su amorcer. « Je suis là … Serre-moi James … » Jusqu’à faire mal, jusqu’à s’étouffer, jusqu’à étrangler cette solitude qui tue toutes les beautés. « Serre-moi … Aussi fort que tu pourras … Comme la dernière fois. » Comme lorsque tu m’as retenue, cette nuit-là. Oui, je n’ai pas oublié. Oui, je me souviens de tout. De Galway. De L’enfer. De ce que disent les autres qui ne comprennent pas. Je me souviens de tout, et surtout de toi, là, avec moi. Alors reste. Reste encore un peu. Solitude en partage. Solitude fracassée contre leurs corps, invincibles lorsqu’ils sont reliés.


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() message posté Jeu 26 Avr - 18:50 par James M. Wilde


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Eleah
& James




Sous les doigts, la reconnaissance des affects qui ont été si longtemps combattus. Sous la peau, l'intensité si dangereuse dont je me suis gardé, pour toujours dérober sans rien savoir délaisser, aveuglé par mes peurs, aveuglé par mes doutes. Il fut un temps où l'étreinte qu'elle m'arrache aurait eu le goût du sang sur les lèvres, la damnation au coeur. Où chaque geste se serait apparenté à une contrition malsaine, à un devoir trop grand pour savoir être jamais rempli. J'aurais renoncé aussitôt la frénésie enfuie, je l'aurais balancée à la froideur pour savoir mieux me distinguer, savoir mieux sauver de moi ce qui pouvait l'être encore, aller lécher les plaies de ma lente agonie dans l'ombre trop jalouse pour y assoir une comparse. Il fut un temps où la douleur se serait tressée dans mes muscles à chaque coup de rein, où la fièvre m'aurait arraché autant de haine que de plaisir. Il fut un temps... Un temps pas si lointain. Où je suis mort de nouveau, où j'ai refermé toutes les portes pour boire l'opprobre et la savoir mienne, une toute dernière fois. Mais le temps révolu ne revient pas m'affranchir de la chair qui m'enclave, le temps révolu ne fait que murmurer de ces anciennes images, un peu fanées, pourtant si précieuses dorénavant que nos souffles les caressent, leur donnent des couleurs pour prolonger l'antan et le faire maintenant. Avant, après, quelle importance quand la survie est immédiate, vorace sur la courbe de son épaule, où j'échoue une expiration si fragile de la savoir entre mes bras. L'envie d'elle est une douleur, mais de ces douleurs que l'on chérit, parce qu'elles nous rappellent que l'on souhaite vivre, vivre encore, encore pour cela, pour tout ce qui peut-être en un instant de ferveur. Les frissons remontent l'échine, je suis les routes innombrables des siens, trouve l'épiderme du bout des doigts et le cajole autant que je le navre. Mes douceurs oscillent, se creusent parfois d'avidités terribles, que je ne retiens pas, à la serrer tel le damné qu'elle outrage, sans jamais concevoir la crainte d'être jugé pour ce que je peux être. Je suis ces lèvres qui l'embrassent comme si elle allait s'évanouir dans le néant que j'exhale, je suis ces mains qui malmènent sa taille pour mieux m'y raccrocher, me garder de la chute, peut-être mieux y sombrer mais avec elle seulement. Je suis le gémissement sulfureux et l'expression si rauque que je frémis à son oreille. Le miel et l'acidité. La promesse et les secrets. La lame et le baiser. Le plus beau. Le plus laid. Là sous la peau, là dans les os. Ces hématomes qu'elle a vus et qu'elle ne guérira jamais. Ces rêves qui sauront m'arracher les cauchemars sans savoir les étrangler. Ces peurs qu'elle a et que je ne saurai pas repousser. L'être décharné et brisé. Demain encore, demain toujours. Mais quelque part, avec elle ici. Dans l'éternité suspendue des minutes où nos corps se rencontrent, où nous esprits s'apprennent sans avoir besoin de tout dire. Tout expliquer. Tout dévoiler pour faire vaciller les beautés, les violenter et finir par les plonger dans la détestation malsaine. Je ne veux pas, je ne veux plus. Je sais que la plus franche des confidences c'est celle que je love en elle, dans une distance absente, à la toucher, à la serrer tout contre moi, pour qu'elle me marque à son tour, pour que jamais plus je n'oublie ce que je ne lui ai pas dit. Ça n'a pas d'importance. Ça n'a pas d'importance. Car elle ne m'abandonnera pas dans le noir que j'affronte à chaque seconde, elle ne m'abandonnera pas. Elle avait le choix de le faire, et elle est là, elle est là. J'appuie mon visage sur ses mains dès qu'elle me touche, imprime mes traits pour les apprendre dans chaque sillon de ses paumes, savoir me regarder. Et je la traque, mes pupilles dilatées, par le désir et par ce qu'elle expose, sans rien masquer en retour. Son impudeur et ce plaisir qui la caractérise, mais aussi toute la convoitise. Une danse enflammée, si dangereuse qu'elle ne m'effraie plus et que j'y goûte en songeant un instant à l'époque où j'ai pu m'en passer. Elle se donne sans pour autant se vendre ou se corrompre, se laisse atteindre sans jamais abdiquer. Et en retour de nos instincts de puissance, qui contractent nos muscles, ne cherche pas à dominer. Et moi non plus. Et pour la première fois, je comprends. Je comprends que dans cet abandon le plus intime qui soit, je n'ai pas l'impression de ployer sous un joug illusoire.

J'embrasse et mords très légèrement son cou, une reconnaissance animale, comme pour la remercier de me laisser ainsi libre, même enlacé par ses jambes, sans pour autant me laisser seul. Et quand je feule l'angoisse, lui offre ce cri au creux de nos ténèbres pour ne plus lui mentir, apparaître dans toute l'indécence d'une nature entièrement ceinte de contradictions, l'appelle pour qu'elle me rejoigne enfin, je la laisse me voir. Une seconde suspendue dans une souffrance qui ne dispute guère le plaisir, qui pire encore le renforce quand je ne conçois plus aucune dissimulation. La lenteur de nos corps m'arrachent des soupirs, j'inspire sa réponse dans une délectation abyssale, à la fois entièrement ému et conquis par ses charmes. Plus encore par ses mots. Avec elle. Avec elle. Le rythme plein de langueur devient très intrusif, partout il bat, dans le coeur et sous les tempes. Avec elle.. Je l'embrasse, un baiser enflammé pour lui dire que je sais. Je sais. Avec elle, je sais. La danse se délie, et je me laisse ployer, sans douleur, sans contrainte. Sans jamais voir dans ses gestes ce qui s'apparenterait à une distance déplacée. Je la regarde et la devine, jamais ne la porte aux nues pour la garder dans la trivialité qui demeure nôtre. Avec moi, donc à terre, avec moi, et sur moi, l'envol au rythme de ses hanches. Je ne tomberai pas. Je ne tomberai plus. Pas ainsi. Pas comme ça. Je l'étreins jusqu'à ne plus comprendre, ce qui est d'elle, ce qui est moi, où nos peaux se quittent et où elles se retrouvent. La corruption exquise des chairs entremêlées, et mon souffle en hommage au creux de son cou, cette violence qui s'exsangue peu à peu parce que je la libère totalement, canalisée entre ses reins, brûlée contre sa peau. Je la serre parce qu'elle le demande, je la détiens entre mes bras parce qu'elle devient mon seul ancrage pour ne pas dériver sur les flots tortueux des souvenirs au goût de cendre. Non, jamais. Plus jamais. Les doigts s'enfoncent dans les muscles de son dos pour y tracer des sillages d'une envie qui ne fait plus que croître. Bientôt ses mains à elle qui me raccrochent à l'horizon de ses prunelles et j'y convoite tant d'après, tant de ces à jamais qui furètent sur ma langue, viennent se verser sur la sienne quand enfin nos lèvres se retrouvent dans un combat au firmament de notre mémoire. La nôtre. Pas la sienne propre, pas la mienne menacée par ce dégoût que je traque pour m'en débarrasser. La nôtre enfin qui vibre de l'instant de se savoir entière, je la revois les yeux fermés, sous mes paupières elle se délivre dans une lascivité aux atours sulfureux, et je la serre encore, je la serre bien plus fort que la première nuit qui fut le cri ancestral de notre mélopée. C'est moi qui la cherche cette fois-ci, c'est moi qui l'appelle pour qu'elle me retienne contre elle, et contre moi. La solitude titube de se savoir ainsi navrée par deux êtres qui fusionnent, se souviennent pour mieux s'apprendre une fois de plus. Mais pas une fois de trop. Ce ne sera jamais trop de ce sel bu dans sa bouche, de ces mots tus dans nos soupirs. Notre musique est pleine d'impiété, la danse se désincarne pour mieux nous incarner. Libertés indistinctes qui deviennent de parfaits reflets. Bientôt une seule et même matière pour savoir la hurler. Bientôt.
_ Je me souviens... Je me souviens... De toi.
Cet aveu-là est exempt de faux semblants, le jeu ne se rappelle que d'avoir pu entraver toutes les règles. Contre ses lèvres, la seule vérité, mes yeux se rouvrent, nos fronts se trouvent dans l'indicible communion qui bascule pour mieux donner ce que je cherche à prendre, pour mieux offrir ce qui demeure encore, là, qui palpite dans le coeur et qui fouille chaque sentiment pour mieux les exposer. Mes doigts tremblent tant lorsque je la frôle désormais, et chaque oscillation devient une blessure et un plaisir entièrement enchaînés. Libre pourtant. Toi. Moi. Moi. Toi. Plus qu'un pour exalter ce que nous sommes. Le front de ses enfers dans le lit de ma propre débauche, la réalité s'affadit pour me plonger dans un autre univers. Je sais qu'elle est partout, autour, à l'intérieur de moi, partout à la fois, et ma bouche revient quémander l'air qui me manque pour mieux savoir rêver. À côté d'elle. Contre elle. En elle.
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() message posté Jeu 26 Avr - 23:39 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
Le cœur palpite. Plus fort. Toujours plus fort. La mesure est indistincte, d’une puissance rare. Jusqu’à étourdir. Jusqu’à rendre les folies plus palpables. La fêlure s’expose, nichée dans les replis de toutes les voracités dont ils s’inondent. L’un et l’autre. L’un dans l’autre.  Ses doigts détourent les rouages de son corps, y gravent des promesses mutiques à la morsure des ongles qui s’impriment sur sa peau sans chercher à la marquer de ses fers incandescents. Elle n’a pas besoin de cette impériosité qui la caractérise d’habitude. Qui la pousse à asseoir une domination quelconque sur l’autre, comme pour être sure qu’il ne cherchera pas à l’enferrer quelque part. Les fers ne la menacent pas, pas cette fois-ci. L’émotion est nouvelle, si indistincte qu’elle ne parvient pas à en appréhender les conséquences. Sont-ce de ces émotions que l’on partage, sans fard, mais dont on ne revient pas tout à fait ? Que l’on ne peut reprendre une fois les avoir données ? Il est trop tard. Trop tard. La souffrance est si exquise, même si elle excave tous les abîmes ensommeillés en son sein. Elle veut souffrir un peu plus pour en immortaliser toutes les saveurs dans sa chair, les tatouer sur la peau candide pour ne plus chercher autre chose que cette vibration cruelle, sublime et indécente que les harmonies fracturées de leurs corps parviennent à créer lorsqu’ils se relient l’un à l’autre. Sa respiration s’étiole, lui manque, s’éraille dans sa gorge devenue sèche, aride, insatiable. Le prédateur rôde, fond sur la proie, se confond en un baiser sur ses lèvres qui revêt toutes les avidités langoureuses de sa nature enfouie, première, primitive. Il n’a pas peur, ni d’elle, ni de lui, ni d’eux ensemble. Il ne cherche pas à la garder de ce qu’il pourrait être, laisse toute son essence se fracasser contre sa silhouette sans lui reprocher aucun heurt. Dans la complétion, leurs regards miroitent. Un égal lui apparaît, indistinct au départ, évanescent le temps d’une seconde, juste avant de réussir à le convoquer tout entier, de chasser les souvenirs de la honte, de l’incertitude, des injures aussi. Il n’y a plus rien d’autre à part lui, et elle. Tous les autres, tous les spectres anonymes, ils ne sont plus rien. Arthur. William. Même Faulkner. Même celle qui détient la clef de leur réussite. Même elle ne compte plus quand Eleah prend conscience qu’ils n’ont pas besoin d’eux pour nourrir les rêves qu’ils ont su créer, ensemble, et qui s’embrasent à l’unisson de leurs bouches l’une contre l’autre. De cette certitude-là naît toute la liberté qui enflamme peu à peu sa peau, ce corps qui s’alanguit contre le sien, se modèle, s’offre, tout en devenant guide.  Toute la sensualité qu’elle est capable de convoquer lorsqu’elle danse, chaque courbure, chaque muscle tendu, tout se déploie et s’affranchit, pour que ne demeure que le plaisir et la souffrance rattachée à lui. Rien pour la contraindre, rien pour la retenir. Elle lui offre sans déplaisir ce tout qu’il a demandé, boit en échange chacun des soupirs qui s’échappent de ses lèvres. Elle le voit dans tout ce qu’il sait arborer, de plus beau, de plus laid. La souffrance semble plus palpable chez lui qu’elle ne l’est chez elle, la fêlure plus béante quand il exhale ce cri qu’elle reçoit comme une offrande, qu’elle vient choyer en modelant ses mains contre ses traits pour mieux les apprendre, et le voir, dans toutes les ambivalences d’une nature qu’elle reconnaît comme comparse tout en se promettant d’en respecter les secrets. La réponse donnée, le rythme change, les intensités diffèrent. Elle s’éloigne pour mieux lui revenir dans une convoitise différente, sent sa propre fêlure s’exhiber peu à peu à mesure que les sensations deviennent trop indistinctes et trop puissantes pour être contrôlée. Lâcher prise. Tout donner. Tout.

La marque de ses mains sur son dos devient plus rude, l’étreinte si forte que son esprit ne peut s’empêcher d’avoir cet instinct de recul pendant une fraction de seconde. Se perdre en lui totalement effraie les impulsions de sa nature, plus prompte d’habitude à vouloir tout contrôler et à fuir l’incompréhensible. Chaque caresse la brûle, chaque mouvement est une douleur fragmentée par un plaisir qui lui donne le vertige. La fêlure transparaît dans ses membres qui commencent à trembler, dans ses doigts qui s’impriment sur sa chair avec plus de ferveur encore. Mais plutôt que de se fermer à lui, plutôt que rendre mutique cette fragilité dont elle se pare, elle la lui donne totalement. Plus le plaisir s’accroît dans son ventre, plus il lui fait mal, et plus il l’ébranle. Il la retient pourtant, autant qu’elle le préserve, gardienne devenue féroce de cet écrin dans lequel ils s’enserrent. La danse ne se départit pas de sa langueur, mais devient plus violente, plus animale. Eleah convoque l’impériosité de la nature pour mieux y fracasser la sienne. Les deux en partage. Les deux ensembles. Ses lèvres exhalent des gémissements aux atours de complaintes contre sa peau, ses doigts le convoquent, encore, enfin, avec une ferveur incontrôlée. Sa poigne se resserre sur les cheveux de l’arrière de sa tête, la fermeté du geste contrastant avec la volupté accablante du rythme qu’elle impose, toujours, sans discontinuer, sans accorder de répit ni à l’un, ni à l’autre. Il serre plus fort encore. C’est intolérable. C’est exquis. Son front se pose contre le sien. Ses lèvres tremblent. Ses mains qui viennent la frôler aussi. Le même état, la même ivresse. En miroir, l’un contre l’autre. Il murmure, Eleah recule légèrement son visage, juste assez pour que leurs souffles respectifs se fascinent, que leurs prunelles irradiées par le désir se croisent. Il se souvient. Il n’a pas oublié. Les menaces s’étiolent, il n’y a plus rien pour les retenir, plus rien pour les rappeler. Elle le détient avec cette possessivité illusoire, se donne en échange, sans fard. Pour toute réponse, c’est un sourire qui naît sur sa bouche, qui creuse ses fossettes et fait danser des lueurs dans ses grands yeux sombres. Lueurs rieuses, lueurs tentatrices et délicates à la fois, qui le regardent, le devinent, l’accompagnent, referment autour d’eux les rêves pour les emprisonner ensemble, sans fers, sans armes. Toute sa réalité s’imprègne de ce qu’il est ; chaque tremblement, chaque caresse, chaque mouvement, chaque baiser. Jusqu’à s’y noyer, avec lui, en lui. Ses lèvres lui répondre, dansent contre les siennes à leur tour quand sa paume vient se poser sur sa joue, avant que ses deux bras ne l’entourent. Souviens-toi de moi, oui. N’oublie pas, n’oublie jamais, soupire tout son corps qui cherche à se graver en lui, pour mieux y disparaître. La danse gagne en intensités, devient plus farouche, plus tremblante et poignante à la fois. Elle n’en peut plus. C’est déjà trop. Jamais assez cependant. Ses souffles erratiques trahissent l’inconscience dans laquelle elle se trouve à tout libérer, sans rien retenir. Les repères se fracturent. Elle ne sait plus qui de lui ou d’elle mène la danse, où ils se trouvent, s’il la surplombe ou si c’est elle qui l’entraîne. La vibration qui la parcoure toute entière n’a pas de limites, pourrait naître de son corps autant que du sien. Ensemble, ensemble dans ces élans frénétiques qui mènent à la folie, que certains caractérisent de débauche mais qu’elle goûte comme une beauté inaliénable. Une harmonie nouvelle, incandescente, insolente. Comme eux oui. Comme eux, ensemble, lorsque le plaisir, farouche, insatiable et indécent, les cueille dans un paroxysme aux douceurs violentes.

***

Sa poitrine se soulève au rythme de sa respiration, son souffle subit le contrecoup d’un plaisir abrutissant qui l’a transportée autant qu’il l’a bouleversée. Contre elle, en elle, elle sent tout le corps de James palpite. Elle le serre toujours, refuse de le libérer malgré l’interruption de la danse. Eleah met un certain temps à retrouver les contours de la réalité. Elle a chaud, si chaud, une chaleur qui a rendu sa peau moite et ses membres brûlants de fièvre. Elle ouvre les yeux, rencontre l’obscurité indistincte du plafond. Ses muscles tremblent encore un peu, secoués de spasmes délectables qui la font frissonner de toutes parts. Ses doigts viennent dessiner des arabesques dans son dos, détourent les grains de beauté qu’ils rencontrent. Le silence les enserre, ponctué de leurs respirations respectives. Eleah ne sait pas depuis combien de temps ils se taisent. Depuis combien de temps l’écrin les retient. Elle sait juste qu’elle se sent bien, si bien, presque sereine. Les traits détendus, les joues encore rouges. L’air ambiant, plus frais que leurs peaux nues, vient chatouiller son épiderme, y étend des frissons sur son ventre, sur son sein, sur ses bras. Elle vient mordiller sa lèvre inférieure, goûte sur ses bords devenus sensibles les saveurs de sa bouche encore présentes. Sa voix vient rompre le silence dans un murmure, tandis que ses doigts remontent avec lenteur le long de sa colonne vertébrale, venant prodiguer des caresses dans ses cheveux totalement hirsutes.

« Tu me laisserais essayer ? … » La question semble en dehors de toute réalité, totalement indistincte. Un sourire en demi-lune se devine aux commissures de ses lèvres faussement innocentes. « … ton engin démoniaque … Juste une minute … Juste pour voir ce que cela fait ? » lui demande-t-elle, les yeux rivés vers l’obscurité sans fin au-dessus d’eux, avec cet air repus et innocent de petit chat qui s’alanguit, l’air de rien, en pensant que la question passera inaperçue et ne dévoilera pas le potentiel abandon d’une bataille. Peut-être est-elle sur le point de céder. De lui accorder ce lâcher prise qu’il a su convoquer. Peut-être. Peut-être bien.



electric bird.
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() message posté Ven 27 Avr - 16:41 par James M. Wilde


« You wanna know if I know why
I can't say that I do
Don't understand the you or I
Or how one becomes two
I just can't recall what started it off
Or how to begin again
I ain't here to break you
Just see how far it will bend
Again and again, again and again »

Eleah
& James




Indistinctes fractures et désirs en partage. En l'un, en l'autre, frôler le plus abject à chaque assaut. Frôler le pire et le meilleur ensemble. Se regarder toujours et trouver de la beauté aux ombres couchées sur sa peau, à mes mains qui l'inondent. Le rythme force le corps à se faire mal, mais le plaisir se tord dans le ventre et s'enflamme dans les veines, c'est si beau. Si beau quand elle gémit tout contre moi. Si beau quand elle me marque et qu'elle me malmène pour mieux jouer de mes muscles qui rencontrent les siens. Si beau quand je m'abreuve à ses lèvres, substitue toutes les drogues au délicieux langage de sa langue. Si beau enfin quand dans un temps qui implose, je ne sais plus qui je suis et qui paraître. Le devoir s'affadit, il n'en reste plus rien, l'après, l'avant, les fautes et les manques. Plus rien n'est vrai si ce n'est moi et elle. L'étreindre à l'étouffer, me corrompre moi-même à n'en avoir jamais suffisamment, et cette communion tragique qui exulte en des soupirs tordus par le cri qui s'allonge dans nos chairs. Là. Là. Ici, maintenant. La contrainte est trop forte, la savoir entièrement mienne me rend dingue, nos folies conjuguent des explorations crues, bestiales. J'aime qu'elle s'arrime à ma coiffure, j'aime le balancier de ses cheveux au rythme de ses hanches. J'imprime une morsure qui jouxte la menace de mon corps bientôt rompu. Bientôt. Sur la peau, dans la peau, elle se grave. Je me souviens tant d'elle que le passé se morcèle, se réécrit sous mes paupières closes. Quand je les rouvre enfin, c'est pour la nimber des ténèbres dont elle se dépare dans une jouissance qui m'emporte. A ses côtés. Avec elle. Son corps devient le mien, les regards portent des marques qui brûlent les respirations. Trop, tant, jamais assez, pourtant les nerfs qui abdiquent dans un tout dernier spasme. J'accueille sa bouche comme une offrande, le silence de mon cri frôle un firmament, une note qui continue de faire écho dans toute ma tête. Sa note à elle. Si belle. Si effroyable. Je la chéris au paroxysme de la faute exaltée, encore dans son corps, tandis que le néant m'affronte. Je la serre pour m'en garder, la brûlure qui ceint mes reins est aussi exquise que dérangeante, je perds toute notion d'espace, le temps est une donnée confuse. L'écho se perd, se perd enfin pour mieux dessiner un souvenir. Un de plus. Si différent de celui de Galway. Si similaire toutefois. Ce tout sans doute déjà exigé sans même savoir le dire, je sais qu'elle vient de me le donner une nouvelle fois. Ma respiration dessine des pensées absconses nichée dans le creux de son épaule. Je suis écroulé sur sa silhouette qui gît dans l'absence d'un plaisir que j'idolâtre encore. De cette mélancolie cendreuse dont j'ai tant l'habitude, je ne reconnais aucun prémices. Je me sens tout entier tandis que je la serre, l'étouffe, la cajole. Si conscient de sa présence que j'embrasse la ligne de sa mâchoire pour la goûter encore. Respirer nos odeurs emmêlées, une fragrance qui imprime son évidence dans ma respiration langoureuse. J'ai l'impression d'être entièrement mort, d'avoir brûlé dans des Enfers si délectables pour reparaître confondu à son corps. Être siamois plein d'étrangeté dont les contours s'appréhendent depuis le premier regard. Les espoirs demeurent intouchés, toujours là dans ma tête, à tournoyer dans un demi-sommeil qui prête ses errances à des éclats de génie qui seront bientôt oubliés dans l'absence. Un accord que je plaque d'un baiser endormi, mes doigts qui caressent sa taille. Je sais que je l'empêche de se mouvoir, mais je n'ai guère l'envie de bouger. Encore un peu. Encore un peu ainsi, indistincts parages qui nous rendent magnifiés. Le silence est profond, le caveau assoupi du grand appartement joue des lueurs nocturnes qui dansent sur le coin du mur sur lequel mon regard est posé. Je n'ai pas si froid, même si je frissonne à intervalles réguliers. Je reviens à son profil, trace une ligne sur son front, son nez, sa bouche et son menton, une sorte de caresse tacite. Je suis là, je ne bouge pas. Je ne te libère pas tout de suite. Je ferme un instant les paupières quand elle caresse mes cheveux, j'adore ce geste-là, il m'apaise beaucoup. Les mèches se rebellent contre ses doigts, je frôle avec le dos de ma main la courbe de son cou dorénavant qu'elle me regarde.

La question est troublante dans le décalage des pensées, les mots qui les rattrapent sont si inattendus que ma poitrine se soulève d'un très léger rire. Je vais bien. Je crois que je vais bien cette nuit, et c'est une sorte de miracle. Ma voix met quelques secondes supplémentaires pour trouver le chemin de ma gorge, rendue rauque par le plaisir qui ploie encore tous mes muscles.
_ Hmm...
Je semble réfléchir, mais le choix est si évident qu'il ne s'agit là que d'un jeu supplémentaire. Il est pourtant très rare que la Blackbird soient confiées à d'autres mains que les miennes. Il faut véritablement que je sois au confins de l'ivresse pour l'abandonner à Gregory et qu'il la manipule. Mais pour autant, aussitôt je dis oui, j'accède à la requête parce qu'elle m'enchante :
_ Bien sûr, entre mes bras, tes mains sous les miennes, et la vitesse qui menace. Tu pourras essayer mon engin démoniaque comme tu le nommes si bien.
Comme pour illustrer les idées qui gravitent, je recouvre doucement sa main de la mienne, me glisse entre ses doigts. Avant de continuer sur le ton de la confidence, dans un naturel troublant, comme si nous avions toujours été là, dans ce canapé, entremêlés ainsi, à susurrer le monde pour le voir enfin naître.
_ Il m'a fallu des mois... Pour maîtriser son poids. Elle est normalement trop lourde pour mon gabarit, mais j'avais envie... de me confronter à cette brutalité-là.
Mes doigts continuent des arabesques sur son ventre, le tempo d'un souvenir, au rythme alangui de mes mots, soufflés si près de son visage.
_ C'est comme un animal, comme s'il fallait la dompter tout le temps, c'est ce que j'aime je crois. Qu'elle soit si... imprévisible. La sensation n'est jamais la même.
J'embrasse sa pommette, avant de m'éloigner très légèrement, aménageant un glissement de notre position pour qu'elle soit moins oppressée par mon corps. L'épiderme qui quitte la douceur du sien frissonne violemment, la morsure de l'air est plus pénible à subir dans la distinction immanquable. J'ai un petit soupir, d'aise et de désagrément, même si les routes où mes doigts se baladent continuent de goûter le creux et la courbe de sa hanche. J'ai un sourire de fripon, presque adolescent quand je demande :
_ Pourquoi ne pas imaginer que si la sensation te plaît, tu sois maîtresse de la vitesse de notre petite balade ? Il suffira de me guider, me pousser, me retenir, danser dans les airs, tu fais cela d'une façon remarquable.
L'ondulation lente de mon corps qui revient communier à sa peau, pour prolonger la fusion incomplète de nos âmes. Ce sourire toujours, parce que derrière les grandes baies vitrées, le jour point dans des coloris de détresse. Les gris détaillent déjà l'aube pour carcanter les flammes de l'astre et nous baigner dans une lumière fantasmagorique. Quelques heures et elle aura le choix, d'infléchir ou de réprimer, de mener notre balade au rythme qui lui siéra. Mon humeur est si douce, entièrement versée dans ce jour trop neuf pour présager une menace. J'ai envie de lui faire découvrir le lieu où j'ai imaginé l'emmener depuis que nous nous sommes baladés dans les rues sinueuses de Londres. J'espère qu'elle ne le connaît pas. Mes songes traversent mon visage, je sais que je dois partir pour aller chercher notre moyen de transport, la quitter pour mieux savoir la rejoindre. Mais pas tout de suite. Pas encore.
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() message posté Ven 27 Avr - 23:27 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
Repue, rompue, elle ne sait pas, elle ne sait plus. Ce qui importe. Ce qui en vaut la peine. Ce qu’il faut oublier, ou au contraire se rappeler. Tout est insensé quand son corps est fasciné de se modeler à un autre, un égal, un semblable. Sa respiration se fragmente, se fissure. La conscience de ses membres n’est plus tandis que l’onde de plaisir perdure. En lui, en elle. Tous les contours de sa silhouette devenus indistincts : ne se dessine que le profil d’un être hybride. Deux évanescentes lueurs, l’une contre l’autre, l’une à l’autre. La sensation est si pure, si désentravée des accords néfastes qui la tiraillent d’habitude après la complétion intime : elle guette l’envie de fuir, a ce réflexe primaire d’ouvrir les yeux, de regarder lentement tout autour d’elle, comme si la fuite était capable de se matérialiser pour la rappeler à l’ordre. Mais rien ne vient. Rien à part une sérénité rompue de fatigue, et une obscurité qui les enveloppe, les fait disparaître en elle. Comme si après avoir tout donné, il n’y avait plus que ce silence sublime et éreinté, où seuls les corps pulsent encore, où plus rien n’a d’importance. Galway lui revient dans un souvenir incertain. Une douceur amère sur la langue, indistincte parce que c’est un intermède de sa vie que sa conscience a décidé d’effacer à escient. Elle ne l’a pas oublié lui pourtant, ni les intensités fragmentées de sa nature. Peut-être s’étaient-ils déjà trouvés alors, peut-être sont-ils simplement passés à côté. Elle n’était pas prête à le recevoir, à donner ce tout sans fard qui aurait pu les graver l’un contre l’autre bien avant ce soir. Ce qui fut s’étiole pour laisser place à un présent dont les abîmes les encerclent. Abîmes que l’étreinte repousse avec puissance, rempart contre les doutes qui assaillent les êtres de leur nature. Sa main se perd dans un rythme alanguit sur les contours abstraits de son dos, détourent l’omoplate saillante, déposent dans la nervure de sa nuque de délicats secrets avant de laisser filer ses cheveux fins autour de ses phalanges. La respiration devient peu à peu plus lente, se fixe sur la mesure de son cœur à lui qu’elle sent battre puissamment au travers de sa poitrine. Cela ne ressemble à rien de familier, ou de déjà expérimenté. Combien d’êtres déjà consommés ? Combien de silhouettes anonymes auxquelles elle a donné l’illusion d’un tout pour pouvoir égoïstement tout arracher ? Combien ? Jamais elle n’a effleuré la sensation qu’elle éprouve à présent, de vide béant salutaire, et en même temps de trop plein qui brûle, fascine, fait si mal. Un soupire sous-tendu lui échappe, de bien-être, de soulagement. Sa poitrine se soulève, elle ferme les yeux un instant pour faire taire toutes les pensées qui l’assaillent. Plus rien. Plus rien autour, à part lui, et les rêves délicieux qu’ils ont su créer et porter aux nues. Combien de temps une telle harmonie peut-elle durer ? La convoitise désire déjà un toujours. Mais elle sait au fond, que le plus important, ce n’est pas de savoir ce qu’il adviendra ensuite. Cela n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est ce qui est. Là, maintenant. Elle le voit mieux à présent qu’ils sont totalement affranchis des règles qui les composent parfois, malgré eux. Chérir l’instant, le fasciner entre les doigts, en faire une harmonie qui frôle le divin, être reconnaissant de l’avoir capturé suffisamment longtemps pour s’en souvenir, même s’il n’est plus. Son corps pèse plus lourd. Au lieu de le rejeter, d’avoir cette impression coutumière de « trop » après avoir tout arraché, ses bras resserrent légèrement leur prise, protègent l’écrin qui les dissimule encore quand elle sait les menaces qui rôdent, partout, dans la réalité qu’ils ont su quitter, pour se retrouver en un monde pavé de leurs rêves jugés insensés pour tous les autres. Des caresses réveillent les traits de son visage, lui font rouvrir de grands yeux curieux. Eleah esquisse un sourire dans la pénombre, porte sa seconde main dans ses cheveux pour les déranger un peu plus avec lenteur, effleurant les petites mèches du bout des doigts, les faisant parfois rouler entre l’index et le pouce. Quitter un rêve pour retrouver le confort d’un autre. Tracer les contours abscons de perspectives nouvelles. La question lui apparaît telle une évidence en contretemps, la réalité reparaît doucement sans être douloureuse, car elle s’imprègne d’idées qui la grisent.

Eleah ne rit pas, tout à fait sérieuse. De grands yeux se reflètent dans ses prunelles rieuses, une curiosité nouvelle traverse ses traits à l’idée de sa réponse. Peut-être ne lui accordera-t-il pas cet abandon-là, ce lâcher prise qui exige autant d’elle que de lui, parce que cela signifierait qu’il la laisserait, même un instant, au contrôle. C’est une parcelle de sa confiance qu’elle lui offre pourtant en filigrane de sa demande. Un morceau ténu qui trahit que l’idée a germé dans son esprit en quelques heures, qu’elle y a pensé suffisamment pour se dire que peut-être, lui abandonner tout en vaut la peine. Son sourire s’agrandit, devient plus mutin tandis qu’elle se délecte de sa réponse. Tout son corps réagit d’ailleurs, retrouve de sa vigueur comme si un sang nouveau, revigoré, pulsait désormais dans ses veines.

« Je pourrais choisir alors ? … La vitesse … Chaque modulation ? » demande-t-elle, à l’orée de sa bouche, l’expression cisaillant ses traits trahissant tout le ravissement qui la tenaille, alors que ses doigts se replient contre les siens, et que son pouce vient tracer des arabesque sur le dos de sa main. Elle voit bien où il veut en venir oui. Entre ses bras, abdiquer le contrôle tout en étant maître de ce dernier. La liberté d’un partage, entièrement exalté.  « Toi trop fin … Moi trop petite … Les deux ensembles pourraient peut-être la dompter ... » glisse-t-elle dans un murmure, trouvant dans la phrase autant d’ironie que de férocité. Celle qui consiste à s’attaquer à ce qui ne nous sied pas, à enfreindre les codes pour les plier à sa volonté. Elle aime cette hargne, flirtant certainement avec l’inconscience, qui lui fit choisir ce modèle-là plutôt qu’un autre. Des frissons se répandent sur la nudité de son ventre en des ondes délicates chaque fois qu’il la frôle, à chaque caresse divulguée comme un secret contre son épiderme qui recueille, qui grave, qui se souvient de tout, à la manière de la mémoire de l’eau. La quinconce de leurs silhouettes se module un peu, juste assez pour les laisser se lover l’un contre l’autre dans l’espace exiguë du canapé dont le cuir bruisse sous le poids de leurs corps. Il fait un peu plus froid tout à coup. Sur le flanc, ses courbes recueillent sa silhouette qui vient se modeler contre la sienne, retrouvent avec délectation une tiédeur qui s’amenuise à mesure que l’air ambiant étend son empire. « Maîtresse tu dis ? » Espiègle, son sourire est délectable alors qu’elle mime des airs innocents tous factices, quand elle sait déjà les perspectives possibles que sa proposition peuvent dissimuler. « Serais-tu capable de m’abandonner cette maîtrise-là ? … Je pourrais t’infliger une intolérable lenteur … tout le parcours … » A l’unisson de la langueur de ses paroles, sa jambe qui s’entremêle à la sienne, sa cuisse qui se pose contre le haut de sa jambe, et qui remonte à rebours jusqu’à sa hanche. « 50 km/h … Tout du long … Pas plus … » suggère-t-elle, en chatouillant sa joue avec le bout de son nez, un petit sourire de diablesse qui n’a d’égal que celui qu’il arbore, tirant en même temps avec ses doigts un plaid qui git sur le dossier du canapé pour en couvrir leurs silhouettes, et les préserver de la température extérieure. Prolonger le temps. Prolonger l’instant, encore, encore un peu. Ils ont le temps. Il ne fait pas jour, même si ce dernier point au travers des baies vitrées. Ils ont le temps encore, de jouer, de se voir. Elle ne le libère pas, pas encore. « Tu ne résisterais pas à l’appel de l’adrénaline … » Ses doigts jouent sur ses côtes, sa bouche trace une ligne invisible le long de sa mâchoire, son murmure enchanteur mettant en exergue les idéaux qu’il convoite, et déguise, peut-être … Si elle ne s’est pas trompée. « L’appel de cette brutalité … De la sensation qu’elle te procure … Lorsque tu sais réussir à la faire ployer malgré l’étroitesse de ta silhouette … Quand tu sais que c’est toi le maître, et qu’elle ne peut plus rien … A part se plier à ta volonté. » Elle mordille l’intérieur de sa lèvre, le devine mieux à présent que la pénombre est moins entière. Elle est forcée d’admettre qu’elle éprouve une curiosité insatiable, à l’idée de le laisser aux commandes, de sentir la férocité dans ses muscles lorsqu’il lui montrera la maîtrise qu’il sait avoir de son engin démoniaque. « Je suis curieuse de voir … de sentir aussi … Comment tu parviens à la dompter … Quelle férocité tu déploies pour y parvenir … » Son sourire le tance, le nargue, perspectives toujours, mais en partage. Pour donner de la liberté à tous deux plutôt que de n’en privilégier qu’un seul.



electric bird.
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() message posté Lun 30 Avr - 13:23 par James M. Wilde


« You wanna know if I know why
I can't say that I do
Don't understand the you or I
Or how one becomes two
I just can't recall what started it off
Or how to begin again
I ain't here to break you
Just see how far it will bend
Again and again, again and again »

Eleah
& James




Sur le fil suspendu de nos attentes, je dérive et je déraille. Elle rendue à mes bras. Moi contre elle. Elle contre moi. Dans le temps qui s'allonge, le souffle repose pour mieux nous imposer des pensées et des frimas. Pensées délicates qui sous l'analyse de la raison bientôt s'étiolent. Elles ne souffrent guère le poids malencontreux des idées justes quand il ne s'agit que d'idéaux. Les rêves en surnombre pour avoir su goûter à l'air doucereux exhalé dans le plaisir le plus létal. La renaissance pourtant sous les doigts qui survolent un épiderme qui n'en peut plus. Muscles ployés, le corps rompu et l'esprit qui se noie encore. Encore en elle pour ne plus savoir partir. L'envie absente de même en esquisser le premier pas, la fuite impossible ou improbable pour qui ne s'effarouche pas. Un maléfice de plus que je ne suis pas certain de vouloir comprendre quand normalement j'aurais depuis longtemps pris mes jambes à mon cou pour éviter de ressentir ce qui toujours me désespère. Parce que c'est bien trop pour un être incapable de ne rien entacher. Bien trop beau, bien trop dérangeant. Bien trop bon. Ma déglutition se fige à savourer cet instant immortel qui se grave sous sa main qui caresse mes cheveux ou mon dos. Pourquoi chercher quand je l'ai enfin trouvée dans le noir immonde de mes nuits ? Celle qui me ressemble sans jamais chercher à se substituer à mes affects pour venir les navrer. La peur absente de n'avoir pas su naître dans ce ventre repu. Et ce sourire en filigrane de nos émois enfuis. Je la regarde et l'ignorance qui m'étouffait me paraît être un infâme souvenir à enterrer. Car sous mes yeux, dans les siens, je me surprends à réitérer les projets. Prendre. Et prendre encore. Donner plus que cela. Ne rien déchirer avant que la toile ne soit pleine de nos ombres. Prête à crever de ce qu'elle aura subi à nous héberger. Le temps de rêver à deux ce qui est né dans une solitude terrible, inviolée parce que chacune qui chercha à l'habiter fut repoussée avec virulence. Mais Eleah ne cherche pas à l'habiter. Elle ne souhaite que la repousser contre moi pour mieux froisser la sienne. Le mélange de deux altérités, prêtes à fusionner au besoin, à se quitter aussitôt sans arguer la contrainte. À l'idée de la distinction je l'étreins pourtant car il y a dans la sensation quelque chose d'impur qui ouvre un grand gouffre dans mon estomac. Je l'étreins pour mieux savoir la libérer. C'est là ce que je me raconte pour cesser de silencer des futurs dont je conçois déjà l'envie. Le sommeil éteint les projets trop lointains, ils rejoignent la nébuleuse de la mémoire. Passé. Présent. Galway. Maintenant. L'étreindre plus fort encore pour conjurer les perspectives déjà rencontrées. Mon souffle se perd un instant tandis que je rêve vraiment avant de me réveiller de nouveau quand la conversation nous étire au fil du jour qui s'élève. Me lever moi-même devient une incertitude comme si j'en avais entièrement perdu la capacité. Je ne cherche pas à la reconquérir, il y a dans cette sorte de handicap une négation de la réalité qui m'effraie. Celle qui m'attendra sur le seuil du monde lorsqu'il me faudra quitter le nôtre, celle qui continue de me tuer, celle que j'appelle souvent pour savoir en finir sans trouver le courage d'achever l'horreur et m'y étouffer. Je la serre. Je la serre. Je la garde, la respire, la vois en chassant la fatigue, l'embrasse enfin avec fragilité. Ponctuation de nos gestes qui s'échangent sans même les réfléchir. Je niche près de sa joue, quand nous sommes face à face pour répondre dans des murmures versés dans son oreille. Et échapper aux lueurs qui cherchent à convoquer l'après que je ne souhaite pas affronter. Cependant les questions qui s'enlacent sont si légères, aucune lame dissimulée dans leurs détours pour mieux assassiner un présent trop chétif pour savoir survivre si on ne le protège pas de nos songes. Je vois dans ses questions des évidences que je prononce, sans qu'il ne me coûte de transfigurer mes instincts pour imaginer partager une passion qui sans doute est le digne miroir de la musique créée. La vitesse qui se glisse dans le sang, sous les doigts et sur les cordes, dans des accords brisés, rapides, des mouvements d'une violence sans nom là sur la scène. Ce goût de la fièvre qui pulse dans la tête, dans le corps. C'est le même quand parfois je frôle des limites inadmissibles sur le cuir de la Blackbird. Le même rugissement dans le métal trop lourd. Les mêmes menaces qui gisent sous moi quand je dois confronter tous mes instincts. Créer. Tuer. Le tout ensemble. Entremêlés sans plus les distinguer. Une aventure jamais entièrement partagée... Peut-être avec elle. Pourquoi pas quand la promesse de ce tout caressé tinte encore à nos oreilles saturées de gémissements rauques et de mots saccadés.

Une confiance en péril, sous nos doigts conjoints, c'est là ce que je promets. Et son sourire ravage ma tête pour mieux l'habiter. Je souris en retour, savourant ce que cela convoque de joie lorsqu'il s'agit de plaire à l'autre en s'oubliant. Je mordille sa lèvre qui s'approche, mords l'affront pour goûter la saveur de ce que je viens d'accepter sans frustration aucune. J'opine presque sentencieusement, soudain aussi sérieux qu'elle ne le fut en attendant ma réponse.
_ Le rythme et la sensation. Entre tes mains, dessinés. Sous les miennes... Juste mesurés. Oui... Tu pourras.
Et véritablement la perspective me plaît car elle vient danser dans mes regards, déjà tournés vers l'après-midi qui nous attend à ainsi franchir d'autres lignes que je n'ai jamais frôlées. Ce partage sur l'instrument de mon pouvoir toujours jalousement protégé. Je suis monté sur une moto dès que Ellis et Greg m'ont offert la première lorsque j'ai eu 18 ans. Un plaisir toujours renouvelé jusqu'à ce que je rencontre la Blackbird que je traîne depuis les USA. Un monstre lâché dans des territoires aux airs d'infinis... Qu'est-ce que j'ai pu partir seul sur les routes immenses en imaginant ne plus jamais reparaître. Je souris avec une émotion palpable quand elle imagine le duo que nous pourrions former sur la bête déchaînée. L'image me nargue et m'enchante tour à tour. Un baiser plus dévorant comme pour imaginer une conjoncture dangereuse que forcément j'embrasse avec prégnance. Aller plus loin encore. Encore et encore. C'est ce qu'elle est. C'est ce que nous sommes. Ce nous s'éveille comme une terminologie étrangère que je laisse pénétrer dans mes chairs. Mon cœur bat plus vite pour savoir le terme plonger plus profondément que jamais. Le nous proscrit depuis... Depuis... Battements erratiques qui agrandissent mes prunelles qui la détaillent, la bête à l'affût, qui se réveille tout à fait à apprendre sa compagne. La fausse innocence dont elle se pare la fait presque rugir et mon cœur m'étrangle quand des flammes viennent se moirer dans mes iris. Idées qui se prolongent, l'affront tout entier qui dispute les instincts les plus prégnants désormais. Le jeu de nos deux corps, le mien implacable et immobile, le sien qui nargue des sensations éteintes et toutefois déjà prêtes à renaître. Satanique créature qui m'enserre. Mon expression se fige entre le désir et le défi, qui oscillent dans la lenteur de ses mots. Le plaid retombe comme une sentence et mes paupières se plissent à comprendre que peut-être... Oui peut-être je serais capable de me plier à son joug. De laisser mes envies enchaînées pour subir la torture qu'elle choisirait. Pas sans combattre cependant. Mon léger sourire en coin tenaille mes idées. La narration devient une comptine obsédante et mes paupières se ferment pour savourer ses caresses qui versent trop de flammes sur ma peau pour la laisser entièrement au repos. Mon corps répond légèrement, inclinant les quelques sursauts d'une fureur qui gronde et qu'elle appelle, ma tête se penche pour mieux lui rendre ses obligeances de succube. Ma langue court un instant sur sa jugulaire, darde une menace que je susurre. Et les mots continuent à tracer leurs brûlures, à réveiller une nature jamais entièrement alanguie qu'elle devine si bien. Cette liberté palpite en cage, frappe la cage thoracique pour mieux savoir s'exprimer et je gronde un soupir en hommage à ce qu'elle offre. Le partage convie une morsure sur son épaule que j'apaise aussitôt de mes lèvres avant de la confronter, mes doigts parcourant la cuisse qu'elle a lovée contre ma taille.
_ Je n'abandonne toujours que pour mieux reprendre ce que j'ai su offrir...
Mes doigts frôlent, remontent son épiderme avec une lenteur assassine.
_ Et le partage n'est rien d'autre qu'un combat. C'est juste que...
Mon nez frôle sa joue de la même façon qu'elle le fit pour moi, ma main est moins sage quand elle s'immisce entre nos deux corps joints.
_ ... Perdre ou gagner devient un synonyme empoisonné. Et on le goûte jusqu'à crever.
Caresses indécentes mais jamais entièrement consumées par un plaisir qui reparaît à l'orée de ma bouche si proche de la sienne. Boire ce poison-là. Encore. Oui encore. Et en trouver un autre pour mieux me laisser envahir quand elle sera tout contre moi sur cette foutue moto.
_ Si je te laisse maîtresse dans un élan, le revers viendra porter tous les ravages de l'abandon. Et alors tu ceindras ma taille pour sentir la puissance que je convoque. Tout contre moi. Tout contre toi. Ensemble.
Dans l'abandon et dans la conquête. Dans le jeu de pouvoir et la déraison. Aller dans la lenteur infâme et dans la vitesse la plus nue pour qu'elle sache tout voir. Subir et provoquer. La vague naît pour mieux se retirer et ma maîtrise sur mon corps tiraille tous mes muscles quand mes lèvres échouent ce feu sur sa langue. Ma main cesse ses invitations avec une pointe de sadisme. Je ne sais plus qui je me plais à torturer. Entre nos souffles enchâssés, je lui promets :
_ La brutalité. La nôtre. Dans une heure. Si tu tiens jusque-là...
Mon sourire contre sa bouche est tentateur. Un peu moqueur aussi et je me desentrave de son corps avec des frissons contradictoires pour savoir reprendre mon identité qui tangue un peu lorsque je me redresse sur un coude. Je cherche à retrouver ma veste de costume en entamant quelques acrobaties sur le canapé qui geint son mécontentement avant de trouver mon téléphone. Je réponds rapidement au SMS de Greg sans vraiment dissimuler l'écran aux regards d'Eleah dans un naturel confondant. [il]"Pas là aujourd'hui. Démerde-toi. Ce soir pour répéter. Phil gérera le Viper."[/i] Il ne manque plus que "stop" à la fin de chaque phrase pour mieux ponctuer ma prose télégraphique. Je laisse le fil Twitter indiquer ses vingt six milliards de notifications quotidiennes parce que des inconnus me parlent comme s'ils me connaissaient avant de surplomber Eleah, mes mains de chaque côté de sa silhouette, et d'embrasser son nez. Je mordille ma lèvre inférieure.
_ Qu'est-ce que tu fais encore là ? Je te conseille de disparaître sinon je t'assure que je ne te libérerai jamais de ce putain de sofa.
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() message posté Lun 30 Avr - 19:39 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
Les sensations englouties par la pénombre, il ne reste rien. Rien à part leurs deux âmes devenues mutiques, alanguies dans le jour naissant qui les enserre. Ses doigts tracent des rêves sur son épiderme, ses idées s’envolent, alourdies par la satiété qui la nargue et rend inertes la plupart de ses muscles. Elle est bien, si bien, comme vidée de toute substance, l’énergie déployée par l’envie de fuir totalement absente.  L’étrangeté de l’émotion la ceint en même temps que ses doigts qui la convoquent dans des effleurements légers. Elle court après les souvenirs, cherche à en excaver un seul qui ressemblerait à cette sensation-là. Mais elle a beau fouiller partout, dans les moindres recoins de sa mémoire, elle n’en trouve aucun. Pas vraiment en tout cas. Rien d’évident ou de semblable. Rien pour la rassurer sur ces chemins incertains qu’ils ont décidé d’emprunter ensemble comme une évidence, avec cette insouciance presque inconsciente qui les a fait s’arrimer l’un à l’autre sans imaginer les conséquences. Un frisson la parcoure, frôlement d’un air plus frais qui s’empare de ses membres, et qu’elle repousse en se parant de son corps, retrouvant la conjecture de leurs deux êtres. A quoi bon se projeter trop loin ? Là où les « Et si » et les « Si seulement » sont les maîtres incontesté d’un empire ? Elle ne veut pas de ces univers-là, trop abscons à son goût pour être poursuivis. Le futur s’étiole au profit d’un présent auquel elle préfère s’abandonner toute entière. Vivre maintenant, se donner à toutes les certitudes rêvées qui se figent dans l’instant qu’ils savent graver contre leurs peaux tissées ensemble. Rien d’autre. Rien à part cela. L’ignorance pour tout rempart contre les heurts, la liberté comme arme acérée contre les injures qu’il pourrait glisser sur sa peau. Ses caresses l’enserrent, l’enferment avec elle sans pour autant avoir la prétention de le retenir. Elle ne veut pas le voir partir, pas maintenant. Elle n’est pas prête à regarder sa silhouette se découper dans cette absence dont il sait se parer, parfois, et contre laquelle elle devine ne rien pouvoir. A part l’accepter peut-être, et demeurer elle-même. Se dire qu’il s’agit d’un mal nécessaire, le prix à payer pour entrevoir les intensités les plus pures, les plus crues aussi. S’il est là, c’est qu’il le veut. Le choix immortel et invincible, quand elle fait de lui une règle primordiale à respecter pour que leur union fonctionne, et continue de rêver, encore un peu, juste assez.

Eleah ne dit rien pendant quelques secondes, s’attend à éprouver cette sensation d’obligation qu’elle éprouve parfois dans l’intimité. Entretenir la conversation pour rassurer. Pour signifier à l’autre que ce n’était pas si mal. A la place de cela, c’est le jeu qui se réinstalle avec un naturel confondant. Sans qu’elle ait besoin de se forcer, ou d’imaginer des propos adéquats. Elle s’aperçoit qu’elle n’a pas besoin de ménager son orgueil de mâle, de saluer ses prouesses pour le mettre sur un piédestal rassurant. La spontanéité, sans fard, sans apparat ni mensonge revêt toutes ses indécences. Les plus belles, les plus triviales. Ses regards s’arriment aux siens, ne cherchent pas forcément à deviner ce qu’ils dissimulent, ne le quittent pas pour autant. Seul un sourire l’étreint, de ceux moins prononcés que ceux qu’elle arbore devant le monde. Un sourire serein, alors qu’elle sent son souffle devenir plus régulier contre sa peau. Il dort, peut-être. Ses caresses se poursuivent, pour ne rien briser de l’harmonie qui est, pour éviter tout désaccord sur cette partition qu’elle trouve si belle. Si simple pourtant. Si simple dans la complexité qu’ils exposent tous deux, à se voir sans pouvoir se regarder totalement, à se confier tout en taisant, à escient, les noirceurs indicibles qui les compose. Sa question le réveille. Imaginer des après nimbés de leurs rêves n’est pas si cruel que cela finalement. Et le rejet épidermique qu’elle éprouvait de cette chevauchée sur sa moto n’est plus aussi terrible maintenant qu’elle en distingue les possibles perspectives. Elle éprouve presque de l’impatience, au-delà de cette appréhension qui la nargue toujours. Le baiser est plus fragile tout à coup, ses lèvres d’une douceur vulnérable quand il vient se calfeutrer près de sa joue. Il pense. Bien trop. Bien plus qu’elle. Elle le devine sans avoir besoin de chercher à analyser les failles, ou de détailler les fêlures. Peut-être parce qu’il est des émotions qu’il connaît et appréhende mieux qu’elle. Pour Eleah, la cassure remonte à une enfance si lointaine qu’elle n’a rien connu d’autre que la fuite. Elle y est née, y a construit les fibres de son être les plus intimes. Il y a des émotions dont elle ignore les conséquences pour ne s’être jamais donné le temps de les appréhender, de les consumer, et de les souffrir ensuite. C’est peut-être en cela que résident à la fois toutes les forces, et toutes les fragilités de sa nature. On ne craint pas ce qu’on ignore, pas de la même façon en tout cas que lorsqu’on en a déjà payé le prix. Instinctivement ses doigts remontent le long de sa colonne vertébrale, viennent tracer les secrets d’une compréhension mutique en une caresse contre sa nuque, tandis que ses questions façonnent une échappée dont il décidera de s’emparer, ou de broyer les contours.  

Son sourire s’agrandit, de s’apercevoir qu’il ne cherche pas à navrer les perspectives dont elle le nargue. Tout revêt les atours d’un jeu dangereux dont les seules limites seront celles qu’ils sauront murmurer. Un rire l’étreint contre sa bouche alors qu’il y appose la morsure de ses lèvres. Elle savoure sans honte, sans contrition non plus, la saveur inaliénable de cette proposition qui cache autant de frissons que de dangers. Cela adoucit ses craintes, quasiment oubliées, jamais totalement absentes puisqu’elles se rappellent à son souvenir dans un sursaut de conscience. La route qui défile, les mécanismes qui ploient et se durcissent dans une vitesse devenue abrupte. Le cœur qui bat plus vite contre la cage thoracique, s’acharne, prompt à exploser. Le vide qui rugit dans le ventre, les bras qui s’agrippent un peu plus lorsque le bitume se rapproche à chaque virage. L’odeur du vieux cuir, du tabac imprégné dans les fibres de la veste, de l’essence aussi. La terreur dans le corps, dans l’esprit, à s’apercevoir que l’instrument est une torture, qu’il va trop vite, bien trop vite pour émerveiller l’enfant qui en apprivoise les sensations pour la première fois. Et le rugissement du moteur, comme un râle de plaisir et d’agonies mêlées. Elle se souvient oui, de ce qui fut et qui engendra ce qui est. Cette peur tapie dans les tréfonds de son âme, qu’elle n’a jamais pu oublier sans véritablement savoir pourquoi. Ces peurs insensées qui se nichent dans l’inconscient, et sont aussi virulentes que la peur du vide, des espaces clos, du noir, ou de mourir. Ses mots dessinent leur duo atypiques, cherchent à dissimuler les composants de la peur qui font battre son cœur plus fort, et rendent l’excitation ambivalente. L’expression qu’il arbore alors la rassure. Assez en tout cas pour faire taire le feulement apeuré dans son ventre, et faire renaître une brûlure plus délectable. Les barrières explosent, broyées par le baiser qu’il impose, contre lequel elle ploie, avant de s’en emparer à son tour, tentatrice, espiègle impudique. Elle ouvre de grands yeux, à sentir qu’il la regarde avec intensité. Ses prunelles se font plus caressantes, cherchent à le détourer, à jouer de ses désirs, plus qu’à s'en emparer. Son cœur bat plus vite, à l’étourdir, à se suspendre au bord de ses lèvres qui s’entre-ouvrent, tandis qu’il murmure des défis infinis auxquels se conjuguent toutes ses indécences. Eleah se voit tiraillée entre l’insatiabilité de ses désirs et l’envie puissante de résister, encore un peu, juste assez pour ne pas trahir cette brûlure qu’il sait convoquer dans son corps avec une aisance cruelle qui pourrait presque l’agacer.  Elle tremble légèrement au bord de sa bouche, son souffle aux abords du sien, aucune décence dans les envies qui la parcourent, aussi fulgurantes que bouleversantes.

« Mais ce qu’on offre … On ne le récupère jamais tel qu’on l’a donné … » le tance-t-elle, ses doigts agrippés sur le bord de son épaule, leur pulpe s’imprégnant dans sa chair pour y modeler les sensations déployées contre sa peau, et contre lesquelles elle cherche à lutter par principe, pour ne pas tout lui abandonner sans lutter au préalable. Elle est si réceptive cependant, toujours. A toutes les sensations qui l’inondent, de la plus grisante  à la plus terrible. Dévorante jusque dans les fibres de l’être, à ne savoir résister longtemps à aucun murmure qui sache la faire frémir, trembler, ou même pleurer. S’émouvoir, toujours, tout le temps. C’est tout ce qu’elle est. C’est tout ce qui la compose. Il l’a compris, trop bien peut-être. « Le revers pourrait te happer toi aussi … Tu pourrais t’y perdre à ton tour … » suggère-t-elle dans un sourire plus pernicieux, presque pervers. Elle n’a pas peur. Pas peur de ce qu’il évoque, de ce qu’il suggère. Tout au contraire elle s’y retrouve, s’impatiente déjà de ces intensités-là, conjuguées, partagées, arrachées. Rien qu’à l’idée, la brûlure dans son ventre frôle l’intolérable, et ses lèvres impriment de délicates morsures contre la peau de son cou, le temps de s’arrimer à sa bouche, de voir s’embraser tous les murmures. Le désir devenu impérieux, un léger râle de frustration lui échappe lorsqu’il se plaît à la torturer un peu plus en se reculant. Elle le retient, juste une seconde, juste un peu, avant de le libérer à contrecœur. Mais avec un sourire éloquent, elle lâche spontanément un : « … Vile petit tentateur. », le reproche roulant sur sa langue comme une injure et un appel trivial.

Eleah roule sur le côté, le libère de sa cuisse, sent le cuir du canapé tout contre son dos tandis qu’elle repli son bras derrière sa nuque. Elle ne bouge presque pas, le corps toujours alangui par une oisiveté passagère, et délectable. Elle le suit du regard sans vraiment le voir, sujette à une fainéantise qui n’est que le contrecoup de leurs ébats, et de la frustration dont elle ne lui tient pas rancune en réalité. Bien au contraire. Sans s’en rendre compte, ses doigts déposent des caresses sur sa peau lorsqu’elle passe à l’orée de la sienne. La fatigue la tient un peu. Elle serait bien restée là, jusqu’à ce que le jour s’ébatte au-dehors. Suspendre le temps, encore. Juste assez pour renouer avec la sensation qu’ils ont su créer. L’écran de son téléphone s’illumine dans les lueurs tamisées de la pièce, est presque agressif à l’œil, si bien qu’Eleah n’a pas la curiosité de convoiter cet espace qui ne lui appartient pas. Elle se confond juste dans une sérénité troublante, à sourire légèrement en regardant les lumières vaciller sur les hauts murs. Elle est bien. Si bien. Elle pourrait rester ainsi toujours, sans se lasser. Sa remarque l’éveille tout à coup, lui fait prendre conscience de ce temps qui défile, qui ne les attend pas. L’énergie reparaît dans son corps, tout comme les lueurs mutines dans ses regards.

« Pour me libérer … Il faudrait que tu sois mon geôlier … Or … » Son sourcil se hausse, ses regards le défient, sa jambe se replie peu à peu, tandis qu’avec lenteur, ses doigts viennent tracer d’indécentes caresses légères contre les courbures de son corps, les modelant pour mieux en comprendre les appuis, et déceler les failles de la posture. « Tu es dans mon antre ici. » affirme-t-elle, avec un certain aplomb, sa main venant se saisir de son poignet, s’apprêtant à faire chanceler un à un ses appuis pour renverser sa position, et prendre le dessus. Mais c’est sans compter le miaulement intempestif qui s’élève à côté d’eux, depuis le sol. Interrompue dans son élan, Eleah fronce les sourcils, pivote la tête avec lenteur pour se confronter à l’image de son gros chat qui les regarde, la tête renversée sur le côté, en se léchant la patte avant. « Qu'est-ce que tu fais là toi ? » lâche-t-elle, avant de pouffer de rire, en profitant pour se redresser un peu sur ses coudes. « Une heure tu as dit ? Hmm … » Un baiser se pose sur ses commissures, pensif, songeur. A regret, son corps le libère, l’étreinte se délie. Ses jambes se déplient, et avec souplesse elle se lève, sans chercher à parer sa nudité totale, ni même à trouver quoi que ce soit pour s’habiller. Une fois debout, elle prend la chatte dans ses bras, vient caresser l’arrière de ses oreilles au pelage reflétant des nuances bleutées, tout en l’entendant ronronner contre sa peau. Coquine. Elle avait disparu quelques jours plus tôt, prompte à aller manger à tous les râteliers du quartier quand ça lui chantait. Elle soupçonnait la voisine du dessous de lui donner de mauvaises habitudes. Le temps de quelques pas dans la pièce, et Eleah la libère. Arrêtée devant la première marche des escaliers, elle jette un regard désinvolte vers James.

« Trésor, si tu ne t’actives pas plus que ça, on est pas prêts de partir. » lance-t-elle, renvoyant son pantalon trouvé au passage dans sa direction, accompagné d'un sourire équivoque. Elle gravit déjà les marches vers la salle de bain, sa silhouette ayant disparu à l’étage lorsqu’elle lance, avec un sursaut dans la voix, comme si elle avait oublié de préciser quelque chose. « Au fait, fais gaffe à la chatte, elle a tendance à griffer ou croquer toutes les jambes inconnues qui lui passent sous le nez. » Trop tard. L’animal, si beau pourtant à regarder, a déjà planté ses petites griffes dans l’innocence du mollet tout tendre et pas encore paré par un vêtement.




electric bird.
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MEMBRE

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() message posté Jeu 3 Mai - 17:11 par James M. Wilde


« You wanna know if I know why
I can't say that I do
Don't understand the you or I
Or how one becomes two
I just can't recall what started it off
Or how to begin again
I ain't here to break you
Just see how far it will bend
Again and again, again and again »

Eleah
& James




Échoué sur les rivages d'une mémoire bafouée, qui cherche encore la sensation exquise pour la reconnaître quand il s'agit de l'aube d'une découverte. Pourquoi est-ce si simple quand tout chavire encore ? Pourquoi est-ce si doux quand l'amertume tangue, tempère la gorge trop lasse, les mots retracés se silencent. Mon âme en perdition se raccroche pour cesser de sombrer, et pourtant, pourtant, j'ai l'envie de disparaître contre sa peau, m'y tatouer une dernière fois pour que la réalité flanche. Est-ce une autre de mes lâchetés ou bien au contraire l'éclat éblouissant d'une flamme qui consent à me sauver ? Les pensées brouillent des pistes et se diffusent, la peur s'infiltre entre chaque battement, car lorsque l'on croit conquérir quelque chose, l'on souffre de le perdre, toujours. Le perdre en cours de route pour n'avoir pas su dessiner tous les virages, se perdre alors sans avoir su renoncer. A moi. A elle. Je ne sais pas, je sais bien trop. Le changement d'une nature indomptée étend une menace qui s'essouffle à trop avoir étanché la violence dans d'autres corps. Le mouvement qui s'effraie de peur de rencontrer tous les rivages, consentir à bouger devient un décalage qui fait virer le monde ensommeillé dans une tessiture enchanteresse. Mes oreilles s'emplissent du vide de nos silences, de certains de nos rires, s'empressent de laisser verser d'autres rêves et perspectives pour ne plus jamais rencontrer le doute aride qui m'étreint dès lors que je me distingue d'Eleah, pour affronter la solitude. Profondément dérangée par elle, profondément blessée de n'être pas l'unique convive de mes débauches, l'aspiration à faire vibrer un lien si délectable est telle une injure indélicate. Se laisser ainsi prendre au piège sans ressentir aucune menace porte le trouble dans mes yeux qui se posent sur elle, l'émotivité est là, sous l'épiderme qui se frôle, les années s'enfuient pour renouer avec des souvenirs anciens et innocents. Quand un jour ce put être doux, l'évidence au creux de deux mains jointes et des serments d'éternité à violer sans contrainte. Avant de dessiner toutes les injures, de déchaîner un monstre que j'étais déjà. Le plus détestable n'avait pas encore été commis. Mais de serments plus rien que ce qui n'a pas su brûler. La seule promesse qui survit au coeur de nos vies si semblables. Celle de se savoir au présent plutôt que d'envisager des avenirs que nous nous empresserions de détruire. C'est là ce que je fais. C'est tout ce que je fais. Plus rien de sûr toutefois, plus rien de clair. Boire le trouble sur ses lèvres est une aventure qui ne cesse de me captiver. Mon doigt file le long de son bras pour suivre la nervure d'une veine bleutée, le plus beau des dessins que j'achève dans sa paume, y glissant mes propres doigts au repos, avant qu'ils ne s'oublient à des tentations bien moins chastes. Destiner ses souffles à chaque détour de mes mots, la vitesse évoquée mais pas encore acquise, elle s’immole dans d'autres incandescences. La savoir suspendue à une idée qui apparaissait encore hier l'impossible ivresse dont nous ne goûterions jamais les parfums. Ils nous enivre désormais, rien que dans nos imaginaires qui s'opposent, se convoitent, se dressent à échafauder d’irrésistibles plans. C'est ce futur là qui nous grise, le futur immédiat, à portée, que l'on frôle, refuse, dévore enfin. Il n'y a jamais eu rien de plus sûr dans mes caresses que ces évocations qui présagent l'instant. Indolente et incontestée maîtresse de son sort, les idées ploient mais pas son corps, pas totalement. Des envies impies s'enflamment dans mes iris, boire son odeur me peint des plaisirs ressuscités que je refuse pour ne pas les éroder. Peut-être pour mesurer ce pouvoir qu'elle me délaisse et m'arrache en un battement de cil, même si dans le secret de sa bouche je quémande la preuve du désir. Ses doigts s'enfoncent, un frisson qui m'éprend saccade le ton de ma réponse :
_ Exactement... On le reçoit en retour, étranger dans une déformation... presque inacceptable. C'est tout ce que je souhaite.
Être ainsi blessé à mort par une rencontre, devenir l'autre pour l'investir sans jamais parvenir à l'étouffer, changer à mon tour, réchapper de l'exil corrompu, survivre au néant, et à la peur. La peur qui dévoie tout, qui rend incapable de créer. Même de jouer ces notes qui m'échappent. Jouer de nouveau, est-ce possible seulement ? Partir... Ou mieux rester ? Cette lutte des affects qui dissimule tant de beautés, tant d'horreurs. C'est mon souffle qui se perd, parce qu'elle répond, parce qu'elle se retient, parce qu'elle se laisse dévorer et me dévore en une seule seconde. La sensation est crue, d'une brutalité terrible dans un corps alangui, évidé par l'étreinte, jamais totalement rassasié. Dévoiler ce qui gît en moi, dans les feux dévorants de mes besoins à l'intransigeance harassante convoque une intimité toujours soigneusement évitée à toute autre. Quitter ces filles qui ne comptent pas, c'est toujours savoir qu'elles ne subiront pas l'insatiable tourmente, les plaisirs qui grondent, et ceux qui veulent trop. Tout. Tout. Ne jamais lier personne à mon être qui ne sait que se consumer, c'est oublier la nature pour la renier toujours. Je la laisse brûler contre sa peau sans rien cacher. Je la laisse voir, ressentir, et trembler. Je tremble un instant avec elle, et l'émotion dispute l'avidité d'une pulsion. Mon murmure exhale la contradiction :
_ Me perdre. Te perdre. Les deux à la fois, toujours.
C'est déjà le cas en cette seconde qui fraie dans la tourmente, mes prunelles se donnent à des enfers où elle incarne toute leur dangerosité. Je la laisse y danser, et romps avec perversité l'étreinte avant de ne pouvoir que la prolonger. J'ai un sourire en coin quand elle laisse choir l'injure :
_ Et tu n'as rien vu encore de ce sadisme-là.

Jouer toujours, jouer pour repousser l'inacceptable, le laisser dicter l'impossible et y courir. Y courir et y choir. Mon ventre se navre de ne plus la sentir entremêlée à moi, et si je tape distraitement sur le clavier de mon portable, je jette quelques regards d'amant sur sa silhouette allongée, prise dans l'étau de l'atemporalité de l'atmosphère. Cette sérénité qui empreint mes épaules, m'empêche même d'insulter amplement Gregory quand le mordant que je parviens encore à convoquer ne cherche plus l'infamie de la douleur. Notre asymétrie reparaît, elle s'inverse quand elle me provoque, ma respiration siffle entre mes dents serrées parce que j'impose plus de tentation à ainsi la tenter. Son antre, son domaine, son existence dérobée dont elle demeure la créatrice, prête à ployer tout l'univers qui nous entoure. J'inspire profondément, si près de répliquer quand la réalité miaule ses brusqueries et m'arrache un haussement de sourcil ostentatoire. Je regarde le gros félin qui quémande, commentant avec ironie :
_ Tu la convoites toi aussi, n'est-ce pas ?
Pas la même faim sans doute, je me laisse dans cette liberté restaurée, appuyé sur l'accoudoir, un brin vautré, tout en ne ratant pas une miette du spectacle de sa nudité, bientôt parée de la fourrure domestique qui ronronne à grand bruit. L'image se fait gravure indécente, je ne peux m'empêcher de plisser des yeux pour railler :
_ Ne me dis pas que c'est une chatte... Car dans ma tête tous les jeux de mots les plus graveleux sont en train de défiler.
J'ai un sourire plus grand, je mords ma lèvre inférieure tout en penchant la tête sur le côté pour regarder la chute de ses reins. Bordel... Tentation incarnée qui dévale ma peau avant qu'elle ne me toise. Je souris toujours quand elle m'indique de bouger.
_ Oh tu sais, j'attends juste de me rincer l'oeil pour mieux me motiver.
Elle disparaît quasiment quand je consens enfin à me lever dans mon plus simple appareil et la précision vient trop tard, les griffes mordent la peau qui ne se fait pas prier pour se percer. La brûlure me tance, mes regards noirs tombent sur l'animal fautif quand je gueule sans préambule :
_ Par l'Enfer, animal satanique !
Et le gros chat continue ses méfaits, car comme j'essaye de bouger et d'échapper à sa vindicte, l'animal mord et prend la course pour un jeu, mes injures ne l'effrayant pas une seule seconde :
_ Bordel de dieu, laisse-moi tranquille, saleté. Putain, d'accord, je m'en vais. Je m'en vais. Ah non. Non. Non. N'y pense même pas à venir poser tes sales pattes sur mon putain de costume. Non. Ça suffit ! Maintenant, j'ai dit...
Le débat s'amenuise tandis que j'opte pour la retraite étudiée en lançant :
_ A dans une heure, Beauté ! Non pas toi, mauvais sujet. Va te faire voir si j'y suis. Je t'emmerde, panthère naine.
La porte claque, j'empêche ce foutu chat de sortir avec moi, ma chemise encore ouverte, ma veste sur l'épaule. J'en suis encore à boutonner le tout quand je croise le voisinage, une dame très convenable je crois, qui porte ses courses matinales et que je salue l'air de rien, guilleret, comme s'il était tout naturel de se pavaner ainsi, dans des habits froissés. J'ajoute même un "Madame" tout engoncé et très provocateur, comme s'il s'agissait là d'une marquise quelconque, méritant une légère pirouette qui ressemble à une révérence caricaturale. Bientôt la porte extérieure claque et fait écho à tous les délices qui furent promis, ravagés, comblés... Mais ça ne suffit pas. Pas encore. Jamais. J'ai le sourire et il fait un peu froid. J'ai le sourire et je ressasse les images le long du chemin qui défile des sensations que j'ai l'art de convoquer. Elle est à côté. A l'intérieur. Autour. J'ai le sourire, et je vais bien. Aujourd'hui, je vais bien. Car à peine éloigné, je sais pouvoir revenir, revenir pour replonger dans mon rêve éveillé, continuer de murmurer l'oubli contre sa peau. Quérir mon engin diabolique pour venir le faire rugir sous ses fenêtres. Une heure et je serai là. Une heure seulement pour pouvoir lui dire. Lui dire ces après et les faire maintenant.
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() message posté Ven 4 Mai - 22:49 par Eleah O'Dalaigh
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JAMES & ELEAH
L’aube est un murmure, encore légèrement évanouie, à peine éveillée, qui vient caresser de ses lueurs leurs corps nus enlacés. Elle peint ses contrastes alanguis sur les murs, se réverbère dans les pièces au goût de volupté.  La notion du temps qui passe se distille, devient totalement absconse, insensée. Demeurer là toujours, dans cette satiété étrange, dans cet entre-deux sans entraves, où rien d’autre n’importe que ce qui est. Les futurs indistincts s’étiolent, les passés murmurés s’ébruitent. Le calme pour toute parure. Parure sublime et légère, dont elle n’éprouve aucun déplaisir à se vêtir, puisqu’elle n’est rien d’autre que douceur sur la peau malmenée par l’étreinte, encore abasourdie par elle. Ses regards s’abandonnent à son image, se greffent sur les contours de l’ossature qui se découpe dans le jour en demi-teinte. Quelle heure est-il ? Cela n’a pas d’importance. Hier est encore là, victorieux, emplis de ces promesses dont ils pourront nourrir ce demain qui se dévoile déjà dans tous ses atours. Et l’entre-deux s’étend, vole encore quelques secondes quand la fin est proche. Rien dans son ventre ne trahit le besoin de s’émanciper de sa présence, de quitter l’espace confiné de l’étreinte pour s’arroger d’autres pouvoirs, ou étendre de nouveaux empires. Ses yeux suivent une ligne invisible le long de ses côtes, visibles à travers l’épiderme translucide, s’aimantent à la courbure qui enjoint l’épaule à la nuque, se perd dans les épis de ses cheveux hirsutes.  Le naturel confondant qui les relie l’un à l’autre la trouble. Il ne ressemble à rien de ce qu’elle connaît déjà, n’a pas même les allures de ces êtres auxquels elle s’arrime d’habitude. Elle ignore tout de ses pensées, de ce qui le nargue à l’intérieur, ou le tiraille. Mais elle reconnaît dans un partage le trouble qui les habite, cette appréhension toute naturelle qui envahit ceux qui savent suffisamment déchirer des êtres pour se demander pourquoi, cette fois-ci, ce n’est pas tout à fait comme d’habitude. La fêlure n’est pas entre eux. Elle les habite. L’un. L’autre. L’un et l’autre, mais pas l’un dans l’autre. Il n’y a pas de menaces qui cherchent à étendre leurs griffes, à s’emparer de ce qu’ils ne consentent pas à donner. La satiété est entière, dans les seules choses qu’ils ont bien voulu donner. Ce n’est pas tout. Ce n’est peut-être pas assez. Jamais tout à fait. Cela l’est en tout cas, pour aujourd’hui, pour ce soir, les lendemains rapprochés permettant d’imaginer d’autres avidités à poursuivre pour mieux les sublimer. Ses doigts se referment autour des siens, s’entremêlent aux serments incertains gravés dans la pulpe confuse de leurs épidermes conjoints. La légèreté reparaît entre eux, oscillant avec les règles de jeux plus triviaux, sur le fil d’un rasoir aiguisé, capable de rendre la peau plus douce, ou au contraire, de la faire saigner. Les murmures sont des caresses divulguées au coin de ses lèvres, chaque mot est recueilli avec une délectation sans faille, surtout lorsqu’il tremble, frémit, tressaille avec elle. Onde partagée, onde qui le parcoure pour mieux se fracasser contre son corps à elle, alangui par les frustrations de passions déchaînées, inassouvies. Sa gorge devient plus aride à l’écouter, à l’entendre. Réprimer toutes les avidités devient une lutte acharnée à l’intérieur. Tout lui concéder, tout prendre. La tentation est si grande, si prompte à se laisser aller. Mais les fers de sa liberté durement acquise brûlent ses poignets, s’enorgueillissent à l’idée de résister, juste un peu, juste assez. Ses ongles malmènent un peu son épiderme, caressent plus qu’ils ne griffent, détourent plus qu’ils n’imposent. L’intimité se resserre, les règles du jeu plus pointilleuses. Elle respire son souffle, se recule à l’orée de ses lèvres pour mieux le voir, admirer les lueurs qui dansent dans ses regards avides de ces perditions infinies qu’il murmure. Pourquoi n’a-t-elle pas peur ? Pourquoi la perspective de ces perditions-là ne la terrifient-t-elle pas ? C’est au contraire tout ce qui l’attire et la fascine. Tout ce qu’elle dissimule sans forcément avoir trouvé quiconque pour comprendre. Un râle sous-tendu d’insatisfaction la tance lorsqu’il se recule, rompt sans ménagement les préambules d’une étreinte renaissante. Un sourire espiègle s’installe pourtant, paresseux, sur ses lèvres moribondes. Il lui en coûte autant qu’elle de s’adonner à ce sadisme-là, elle le devine avec aisance. Elle se promet d’en jouer davantage, la prochaine fois. Si seulement elle existe. Oui, il y en aura d’autres, elle n’est pas sure de pouvoir se contenter de cela.

Un instant elle cherche à renverser les ancrages, à déroger aux règles que le jeu impose. Mais c’est sans compter les miaulements surréalistes, prêts de leurs oreilles. Un rire franc et cristallin s’échappe de ses lèvres à sa remarque, sa tête part légèrement en arrière, recevant le soutient moelleux d’un coussin largement malmené. Si l’étreinte se délie, la légèreté demeure inchangée, inattaquable dans cette complicité renaissante qu’ils n’ont pas véritablement eu besoin de créer depuis l’essence. Ses doigts s’emparent de l’animal, le lovent contre la candeur illusoire de sa peau nue.

« N’écoute pas le vilain monsieur pervers Valhalla, il est d’une grossièreté, ha ! » Sa langue claque sur son palais, tandis qu’elle prend une voix légèrement supérieure, très proche de ces petites bourgeoises engoncées dans leurs tailleurs, qui arpentent les soirées mondaines aux bras de leurs gros maris, en gratifiant leurs petits animaux de compagnie de tous les surnoms les plus ridicules. Un peu comme Léonor en somme, et ce cher Edmond. Sauf qu’à côté de cela, déambuler totalement nue, avec une cambrure indécente, ne la dérange pas du tout. Au contraire, son regard est sulfureux lorsqu’elle le regarde, par-dessus l’animal qui ronronne en frottant sa tête contre son épaule. Ses lèvres miment un « o » parfait d’indignation, totalement feint, surjoué, tandis qu’elle libère la chatte et envoie valser un autre pan de sa tenue vestimentaire. « Sadique. Pervers. Et voyeur avec ça ! »

Elle disparaît à l’étage, dissimule d’ores et déjà un rire derrière ses doigts en l’entendant jurer, précisant à escient en contretemps les vices délectables de l’animal. Une vraie teigne, quoique joueuse au fond. Un enfer pour ceux qui s’aventurent dans son sillage, et qui la plupart du temps, subissent le courroux de ses griffes pernicieuses. Eleah rit toujours à l’étage, même après avoir entendu la porte se refermer derrière lui. Elle se glisse sous l’eau chaude qui s’écoule, la laisse ruisseler sur les détours de son corps en emportant avec elle les marques de la possession charnelle toute récente. L’odeur greffée contre sa peau, sur sa nuque, dans ses cheveux … Tout s’étiole, ne devient plus qu’un nuage mousseux qu’elle semble déjà regretter. Trop vite, la peau redevient d’une blancheur immaculée, nimbée des odeurs factices des parfums qui la composent, connus par cœur, plus insipides que la fragrance qui les lie l’un à l’autre. Sa paume vient masser ses épaules, tour à tour. Un petit bleu étend sa marque sur sa hanche. La fatigue se rappelle à sa mémoire, s’étend dans ses muscles plus sensibles tout à coup, encore vibrant des émotions éprouvées. Rien n’est suffisant pour lui faire oublier l’heure cependant. Cette heure qui défile, trop vite, trop lentement pour les éloigner l’un de l’autre, pour laisser un interstice possible à cette réalité qu’elle ne veut pas encore rejoindre, et qui pourrait décider de s’infiltrer.  Encore un peu de cet entre-deux qui n’appartient qu’à eux, qui à défaut d’être un havre envié de tous, est celui sur lequel ils se sont échoués, ensemble, pour savourer les méfaits de leurs deux natures victorieuses, conjuguées, l’une à l’autre. L’impatience et la curiosité s’enjoignent pour faire renaître la curiosité insatiable en son sein. De manière succincte, elle essuie ses cheveux totalement en désordre, passe un jean, enfile un tee-shirt et un pull blanc à mailles épaisses, sans s’encombrer de l’inconfort d’un soutien-gorge pour l’entraver.  Des frissons la parcourent lorsque la fraîcheur de l’eau ruissèle de ses cheveux pour se frayer un chemin dans son dos.

Vingt minutes à peine. Vingt minutes avant de retourner à la parenthèse. Celle-là même dont elle ne s’est pas totalement libérée, l’intermède étant trop court pour véritablement étendre son empire. La tasse est fumante sur le comptoir, brûlante lorsqu’elle la porte à ses lèvres. Elle songe à son engin démoniaque, à la sensation de vitesse. Son ventre se noue un peu, assez pour lui couper l’appétit, et pour que toutes les curiosités dévorantes ne soient pas suffisantes pour galvaniser la peur qui naît et monte. Le temps s’étire, la crainte naissante rend les minutes plus longues. Et ce rebours, toujours. Eleah picore quelques grains de raisin en évidence sur le comptoir, pianote en même temps sans conviction sur son téléphone. En quelques minutes elle compose un message pour Arthur, ne s’étend pas dans des précisions inutiles. Un « Ok. » très succinct lui répond en un temps record, signe qu’il est suffisamment conscient pour s’aimanter à son téléphone, et que de fait, elle n’a pas trop à s’en faire. Un instant elle hésite. Plus que cinq minutes. Cinq minutes avant l’heure cruciale, avant le début d’un intermède inconnu qui l’effraie autant qu’il l’attire. Elle regarde son téléphone, en long, en large, et en travers, avant d’oser ce qu’elle ne fait jamais d’habitude : le laisser-là, sur le comptoir. S’émanciper des contraintes reliées à cette petite boîte noire lumineuse, décider en tout état de conscience de se glisser dans l’entre-deux, et n’y conviant personne d’autre. Le choix, matérialisé devant ses yeux, qui la tiraille même lorsqu’elle referme la porte sur ses pas incertains.

Le vrombissement d’un moteur. Celui de tous les enfers mécaniques qu’elle redoute. Eleah resserre les pans de sa veste en cuir autour de sa silhouette menue, lutte contre le froid, assez vif dans les lueurs d’une matinée plus éveillée désormais. L’engin se rapproche, surmonté de son dompteur, et d’instinct, Eleah se recule un peu sur le trottoir lorsqu’il s’y arrête, dans un équilibre qui lui apparaît directement comme précaire. Une si petite béquille, pour maintenir une chose aussi lourde : cela ne présage déjà rien de bon. Sa mine est un peu renfrognée. Ses regards détourent, suivent les lignes du véhicule avec scepticisme. Jusqu’à ne voir plus qu’elles, et tout ce qu’elles savent lui inspirer, au-delà de tout ce que James a su murmurer à son oreille.

« Tu ne lui as pas donné un nom d’actrice porno quand même ? » bougonne-t-elle, ourlant légèrement sa lèvre dans une moue réprobatrice, référence à tous ces motards qui estiment nécessaire de prénommer leurs motos avant de les « chevaucher ». Comme si cela les rendait plus humaines, plus sensuelles aussi. Quelle idée. « Tu as fait le plein ? Non parce que, je ne sais pas où on va, mais si tu me fais le coup de la panne, je te préviens, tu te débrouilles, et tu pourras toujours courir pour que je te montre mes seins. » Elle tourne un peu autour de l’engin, les bras croisés devant sa poitrine, en pleine analyse des complots potentiels qui pourraient se dissimuler derrière les différents rouages. « Et des casques ? Tu as deux casques ? C’est primordial le port du casque … Que ce soit à vélo, à skis, à rollers … » S’en suit une énumération tout à fait explicite des sports nécessitant une protection, alors qu’elle daigne enfin se rapprocher de sa silhouette, toujours avec la même moue de circonstance. « Et si jamais la roue crève, comment on fait ? Sur les voitures, tu as une roue de secours au moins, alors que là … et puis s'il n'y a pas de visière, aux casques ... C'est un coup à s'étouffer avec une bestiole ... C'est pas hygiénique franchement. Elles sont étanches, les visières ? » Sa remarque se perd, le verbiage se dissipe un peu tandis qu’elle joue nerveusement avec les épis de sa frange.





electric bird.
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