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We get some rules to follow _ Alistair&James

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MEMBRE

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() message posté Lun 30 Avr - 19:29 par James M. Wilde


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Alistair
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Inconséquence du je lorsque nous sommes, assis là côte à côte, à brasser l'air opaque de questions usées jusqu'à la corde. Insuffisantes pour m'intéresser, ineptes pour se voir caressées de mon opinion qui s'affadit dans l'air que nous respirons de concert. Gregory meuble et il fait cela très bien tandis que mes pensées parasites survolent, transitent, périclitent pour mieux sombrer. Dans mes yeux rendus noirs d'ennui, plus de lueurs si ce n'est celle du crime commis envers moi. Avoir voulu m'arracher à ma guitare pour venir déblatérer sur notre tournée et notre album, disséquer une musique que je déteste expliquer. Ellis me jette de nombreuses oeillades en biais tandis que je tiens ma main gauche pour l'empêcher de trembler et que la journaliste ne remarque pas cette faiblesse qui me taraude. L'énervement en est la cause, l'énervement et cette fatigue chronique qui m'arrache à la nuit pour la rendre toute blanche, grande ouverte sur l'angoisse de ne plus savoir où porter l'idéal. Quand Eleah ne se glisse pas contre ma peau, l'épiderme se poisse d'effroi, et la came que j'absorbe pour paver les nuits de doute rendent mes journées infâmes à supporter. Ceci dit, depuis que mes mains ont souffert à presque buter Welsh, à laver l'honneur de ma productrice pour savoir le lui dérober aussitôt, je n'avais pas repris ma guitare pour la faire chanter. Je l'ai fait au secret de mon loft, pour m'éviter par là une humiliation trop cuisante si mes doigts ne suivaient pas la cadence, j'ai bien sûr attaqué par le morceau le pire quitte à hurler l'indécence de mon corps estropié.

Tout est dorénavant cicatrisé, des semaines à ménager mes doigts ou plutôt à faire mine de les laisser au repos, je n'en pouvais presque plus, il me fallait les cordes et les harmonies malmenées. J'y suis parvenu pendant des heures avec le même brio qu'avant et quelque chose dans mon estomac s'est déverrouillé dans l'attente de cette délivrance-là. Enfin entier. Entier ou presque. Je suis parti comme une flèche pour les territoires abandonnés du studio et j'y ai convoqué mes deux comparses pour reprendre les hostilités là où nous les avions interrompues. Quelques outrages supplémentaires et chacun a su respirer plus librement. Quelques regards entendus et les sourires sont reparus. Bien plus de peur que de mal, je sais encore jouer mais... Il a fallu que Moira reparaisse. La productrice en son studio c'était là chose normale sans doute, entendre l'oeuvre qu'elle avait choisie d'accoucher dans la douleur et l'horreur. Subir mon corps et les affects jusqu'à vomir. La honte a suspendu la note, l'accord s'est brisé en plein vol, j'ai brandi le rendez-vous pour l'interview à ne pas manquer comme paravent, me permettre de partir comme un lâche, la porte s'est claquée sur notre silence trop encombré. J'ai tenté sur le chemin de cet hôtel à la con de renouer avec les autres projets qui me restent, ceux que nous imaginons avec Eleah, la danse sur Exogenesis pour mieux savoir renaître dans une oeuvre débarrassée du tourment. Des violences ou des heurts que j'ai tous couchés sur une autre. Un autre avenir pour brouiller le passé. Les passés conjugués qui continuent de hurler dans mes oreilles, ma main qui tremble plus et que je comprime pour la silencer.

Ellis se tend, la question tourne et tourne encore et je crois que cette gourde s'adresse à moi. Une question ridicule sur la préparation que nous devons subir chaque jour pour être prêts lors du grand départ. Mon soupir a l'éloquence de mon peu d'intérêt, je la regarde à peine, juste pour noter qu'elle est baisable mais bien trop con pour que je vienne prendre son corps et qu'elle m'épargne ses questions inutiles. Gregory se tait, me regarde pour me laisser causer, je penche la tête doucement, arraché à mes songes et mes souvenirs. Je n'ai pas pu parler à Moira, je n'ai pas pu lui parler. Dire bonjour, au revoir. Juste la fuite en perspective pour mieux la renier. J'ai mis mes deux amis dans une contradiction farouche, je sais qu'il faudra que j'affronte ce que j'ai dessiné pour savoir sauver ce qui peut l'être encore. Et pourtant, seuls ces à-côtés qui deviennent mes passions ne savent s'infiltrer dans mon sang pour venir échauffer tous mes rêves. Seules les harmonies de cette danse entreprise qui pourrait mettre à mal notre départ si jamais je décide de me consacrer pleinement à ce projet au détriment de la promotion de l'album. Projet solitaire auprès de celle qui me permet encore de respirer, les planches du Royal Opera House pour seul soutient. Mon piano et elle. Moi en dehors du groupe, sans la production, sans l'album, sans Moira. Juste mon nom pour seul atour. Je ferme les yeux et commente platement :
_ Merveilleux. Je vois que l'on vous forme de mieux en mieux dans vos écoles de journalisme. À moins que vous ne vous soyez bien plus occupée à tailler des pipes plutôt qu'à étudier pour parvenir jusque dans cette pièce et savoir m'emmerder.
Bien entendu j'oublie que nous sommes en direct. Bien entendu. Je m'en rappelle très soudainement à la pâleur de Greg, au ricanement étranglé d'Ellis, à ces souffles qui se froissent et à cette pauvre fille qui ne sait plus où se mettre. Je fais un geste dédaigneux, presque royal avec ma main qui oublie de trembler, comme si je condescendais enfin à lui répondre :
_ Enfin bref, vu que c'est ma carrière et non la vôtre qui nous occupe, nous serons prêts. Ce n'est pas un scoop. Nous étions prêts au Royal Albert Hall, pourquoi ne le serions-nous pas pour affronter les salles européennes qui nous attendent déjà ? Cette question n'a aucun sens. Passons.
Passons oui. Ils essayent de se raccrocher à mon ironie maladive qui ne forme aujourd'hui qu'un arceau de méchanceté gratuite. J'imagine déjà Joe, mon avocat, à devoir platement s'excuser auprès de la radio qui nous interviewe aujourd'hui. Les minutes défilent ensuite et très bizarrement, la dinde ne m'adresse plus la parole. Je vogue de nouveau sur tous mes songes décharnés.

Greg et Ellis sont retournés jusqu'au Viper quand j'ai demandé à déambuler seul. Ma très grande capacité à enterrer ainsi notre réputation redorée par l'excellence de notre concert les inquiète l'un et l'autre mais ils ne parviennent pas à me tancer quand j'ai enfin consenti à reprendre les répétitions. Pourtant, me consacrer aux heures intenses en studio me fatigue plus que de raison quand j'aimerais uniquement faire courir mes doigts sur les touches du piano pour réécrire Exogenesis comme je l'entends. Demain sans doute, tant pis pour le reste. Ce soir peut-être d'ailleurs, si je ne me laisse pas tenter par sa peau que je convoite dans ma tête bien plus que de raison. Je joue avec mes lunettes de soleil avant de les poser sur mon nez, déambuler comme une rockstar dans les rues de Soho, c'est là un quotidien que je maîtrise entièrement. La fin d'après-midi bruisse d'activité et je crois que personne ne me distingue dans la foule des passants. Parfois les affiches me rappellent à l'ordre, je détourne les yeux pour ne pas croiser ma propre gueule que j'ai déjà bien du mal à soutenir dans le reflet d'un miroir en ce moment. Uniquement dans ses yeux, ses yeux à elle. Je manque de lui envoyer un sms pour entièrement détourner mes lendemains à nos projets et m'arrête en bas d'un immeuble à l'arrogance notable.

On croirait le mien, si ce n'est que celui-ci est bien plus classieux, moins moderne aussi. Mes domaines ont plus les allures de Fort Knox. Je pianote un tout début de phrase mais mon regard se fixe sur une silhouette somme toute familière. Je cligne légèrement des paupières, me mure dans un silence dédaigneux, derrière mes lunettes, oscillant sur le fil de ces affects terribles. Envies et rejets se tourmentent dans mon ventre, avant que je ne fasse un pas, malgré moi, pour confronter le jeune homme qui me prend presque autant la tête que les deux femmes qui me torturent, mais pour bien d'autres raisons. Lui c'est un poison. Lui c'est un écho qui ravive la brèche, ouvre les pans désincarnés pour en sortir une rage que je m'efforce pourtant d'enterrer. Un autre moi au passé, une fureur trop palpable pour ne pas la convoiter elle aussi. J'ai l'arrogance de ma nature, mais je demeure masqué par mes Ray-Ban comme pour demeurer dans une distance qui me permettrait de me tirer dès que je le souhaite.
_ Tiens, tiens, tiens. Pratt. Te faut-il donc hanter mes rues en plus de ma boîte ? Ce n'est pas suffisant que d'avoir à me supporter certains soirs ? Tu as une tendance masochiste, le gosse, ou bien les habitudes d'un stalkeur ?

Je ne souris pas véritablement, il y a cette agressivité au bord des lèvres, toujours là, prête à bondir. Mais j'avoue que de l'avoir ainsi rencontré par hasard est une distraction suffisante pour m'éviter de me plonger dans les contrariétés. J'oublie Moira, j'incline le peu de sentiments qui demeurent sur le souvenir d'Eleah, termine le message qui ressemble à un Haiku. "Demain sans doute, si la vieille se souvient. J." Qu'elle doit nous recevoir, sous-entendu, entre les lignes. Je suis prêt à aller assaillir le Royal Ballet pour que notre si joli rêve de fusion puisse se parfaire. Les répétitions pour la tournée attendront. Encore. Et encore. Et encore.
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() message posté Mer 2 Mai - 10:16 par Alistair H. Pratt
« Huh-Huh. »

« Ouais… Ouais »

« Pas de tes affaires, lôôôôve. Il te faut ce formulaire signé ? Je t’envoie la photo via SMS du putain de document avec mon autographe dessus le temps de monter chez moi. Tu l’as dans cinq minutes, lass. »

« Mais ça ne regarde ni toi, ni mon père, tout ça. Je suis majeur et vacciné depuis longtemps. Fuck ! Depuis quand ai-je à expliquer le pourquoi-du-comment il a fallu me faire neuf points de suture à la main? Ok, fiiiiiine ! J’ai oublié de montrer ma carte d’assurance à l’hôpital. J’en sais rien moi, pourquoi ils vous ont facturé ce prix de fou-là. Mais ils vous remboursent, non ? Et le cabinet ne fera pas faillite à cause de ça. C’est de la foutaise, ton truc, Nessie. C’est moi qui devrais chialer. Tu vas m’enlever de cette maudite filiale à la con. Tout de suite, Agnès. Tout. De. Suite. Je vais prendre ma propre assurance à partir de maintenant. Fuck ! J’irai avec l’État, tant qu’à y être. »

« Comment ça, pas avant mes vingt-cinq ans? C’est dans trois putains de semaines, bordel, Nessie. Vingt et un jours.  J’ai le droit de gérer ma putain de vie comme je l’entends sans ton approbation ou celle de ton patron. »

Alistair pesta et roula des yeux au ciel. Las, il s’accota sur le mur de son immeuble, regarda le bandage sur sa main droite, pendant un moment et fouilla dans le sac en papier qu’il avait dans les bras. Il avala deux ou trois frites et les mastiqua bruyamment, le téléphone collé entre son oreille et l’épaule droite. Il poussa quelques marmonnements, pour signifier à son interlocutrice qu’il était toujours là. Il jeta un regard au nouveau garde de sécurité qui fumait, de l’autre côté de l’entrée. Dieu qu’il avait envie d’une clope. Mais il avait les bras trop chargés et l’assistante de son père n’allait pas le lâcher de sitôt.

Il avait tenté d'étudier toute la matinée, comme un enfant sage.  Les règlements municipaux en opposé aux règlements des comtés, les droits et responsabilités du contribuable anglais et leurs juridictions. Ses livres étaient remplis de gribouillages obscènes, de partitions qui restaient en marge et de paroles de chansons avortées, entre deux extraits de verdict. Il n'arrivait pas à se concentrer. Alistair aurait eu un pistolet sous la main et aurait cessé cette torture sans hésitation. Bang ! Une dernière note. Et un silence. Un peu de plomb dans le crâne et tout ça aurait été terminé. Il avait rageusement jeté ses livres sur la moquette et était resté un bon dix minutes à osciller d’avant en arrière comme un débile. Son clavier se trouvait pourtant près de lui. Il avait caressé les touches rêveusement mis n'avait pas osé les enfoncer. Plus depuis ce foutu concert au Viper Room, jeudi soir.

Ils avaient joué comme des braves devant une foule enragée qui en demandait toujours plus. Au début, il y avait eu une vague de plaintes au départ de ceux qui exigeaient d'entendre encore et encore un groupe qu'ils connaissaient bien. Et puis la foule s'était tue pour les écouter et s'était déchainée dans un élan d'approbation. Debout derrière son clavier électronique, Alistair avait fermé les yeux et s'était laissé submergé par la houle humaine qui le happait et qui le transportait haut, très haut, vers tout ce qu'il ce qu'il avait aspiré. Il avait laissé son corps trembler à la vibration des acclamations et des passions, pendant que John les présentait à tour de rôle. Et puis il avait ouvert les yeux et regardé les membres de son groupe descendre de la scène. Il ressentit un vertige indescriptible. Tout était terminé.

Il était resté au bar à siroter son Ginger Ale, en broyant du noir, alors que déjà, Erwan roulait déjà des pelles avec un type qui le dévorait des yeux et que John était entouré de nanas hystériques. Max était en pleine conversation avec Cassandra, qui les suivait toujours. John avait fini par pouvoir le rejoindre au comptoir. On devait hurler, pour se faire comprendre.

« C'est malade Ali!!! Putain, j'aurais jamais cru à ça!!! ... Ta main a tenu le coup, cette fois? Tu nous a fait une petite peur là, l'autre jour. Écoute, j'ai parlé à un de mes cousins. Il est vraiment pas trop mal au clavier non plus. Il te remplacera jusqu'à la fin des cours, hein? Je crois que tu n'es pas loin de la fin de ton diplôme, de toute façon. Qu'en dis-tu? »


Ali lui avait glissé un regard en coin. Juste avec le ton, il savait que John n'en avait pas parlé à Max. Il avait observé Max qui riait avec Cassandra, dans la foule et avait vidé le reste de son ginger ale pour quitter le Viper Room sans même saluer John.

Il allait bientôt craquer. Ses examens avaient atteint leur flamboyante apogée mais tout ça n’était qu’une odieuse parure pour retarder sa chute vertigineuse vers le pavé. Son père l’apprendrait tôt ou tard, oh ça, Alistair le savait. Son père pencherait sur les reçus de médicaments. Et il comprendrait. Du plus loin qu’Ali ne pouvait se souvenir, son père se ventait de la manière dont le règne Thatcher avait géré la crise du Sida, dans les années 80.  Et du mépris paternel des homos devant ce que le vieux appelait « les lépreux des temps modernes».

La chute serait atroce. Alistair leva la tête et regarda son immeuble avec mélancolie. Depuis trois ans, c’était son chez lui. Le jeune homme était tombé amoureux des moulures et des fenêtres en arches. Ses parents avaient proposé de refaire tout, mettre du stainless, de l’électronique et du blanc partout. Il avait insisté pour qu’on garde le living room intact. Cette atmosphère des années 40, avec son tapis persan, ses gros fauteuils de bois d’acajou, damés à l’ancienne et son vieux sofa de cuir, à la fois sobre et élégant, l’avait charmé. C’était le pied à terre à Londres de son grand-père, paraissait-il. Son père l’utilisait à peine, qu’il disait. Pourtant, lors son aménagement, Alistair avait trouvé un soutien-gorge de la toute dernière mode de chez Victoria’s Secret, oublié derrière une grosse armoire.

Lorsque Harold Gerald Alexander Pratt saurait que son propre fils était un pédé sidéen, il serait sans merci. Alistair allait tout perdre. Ne restait que les A en droit, pour retarder sa déchéance. Pendant qu’il était en train d’espérer voir son fils à ses côtés, au cabinet, pour prendre le relais, le vieux con ne regarderait peut-être pas ailleurs…

Alistair avait finalement réussi à se lever de sa crise d’angoisse et de son sofa, à se doucher, à se raser et à s’habiller. Le miroir brisé de la pharmacie lui renvoya cent fois son propre reflet. Il soupira, s’habilla et sortit de chez lui.

Il envota un SMS à Persée. Elle était occupée avec son Jules. Il n’osait pas déranger Max. Ils ne s’étaient pas reparlés, depuis ce foutu concert. Alistair savait que les Untitled devait y donner quelques concerts prochainement. Mais sans lui. En tout cas, c’est ce que John avait décidé.

Il avait déambulé pendant des heures. Dommage que le Lucky Star était fermé, à cette heure. Il aurait joué sur leur piano à queue et en aurait profité pour parfaire une ou deux idées de chansons. Mais le vide l'avait rattrappé et il était resté debout devant la façade comme un con. À quoi bon jouer quand le groupe ne voulait plus de lui? Il s’était arrêté au premier fast-food du coin et avait commandé deux cheeseburger extra-cornichons et une frite en surplus. Pour tenter de noyer le néant qui s'élargissait de plus en plus, en lui. Puis, il avait repris, d’un air morne, le chemin de la maison. Il avait lancé, distraitement un coup d’œil vers son Iphone. Son père avait appelé. Le message vocal lui glaça le sang. L’angoisse était remontée le long de sa gorge et il s’était appuyé sur le mur de pierre de l'édifice.

« Harry, il y a un problème avec tes soins médicaux. Rappelles-moi immédiatement. Nous devons discuter »

Il avait composé le numéro personnel de son père. Et c’était Agnès, sa secrétaire, qui avait répondu. Elle avait le même âge qu'Ali ou presque et avait son diplôme en droit, elle. Elle était splendide, brillante et surtout très loyale. Trop, sans doute. Mais elle venait d’un milieu pauvre et avait un accent écossais à couper au couteau. Se rendrait-elle compte un jour que d’être avocat n’avait rien à voir avec l’idéalisation qu’elle s’en faisait ? Qu'elle devrait défendre les pires crapules et écraser les plus faibles avec des tournures de phrases hypocrites? Qu'elle n'aiderait personne d'autre que la fortune de son patron et les cons qui allait l'abuser et la dénigrer sans cesse? Et que les clients ultra huppés de son père n’accepterait jamais qu’une femme, encore moins avec cet accent barbare, les défendent dans leur cause de divorce à dix millions d’euros ?

Alistair ne pouvait s’empêcher de la moquer et d’avoir pitié d’elle. À chaque fois qu’il avait cette fille au bout de la ligne, ses propres «rrrr» à lui roulait juste un peu plus. Ses «oooo» se transformaient, devenaient plus graves et s’allongeaient et les « you» devenaient automatiquement des «ye», sans même qu’il y consente volontairement. Sa mère - qui pourtant roulait elle-même un peu trop ses R lorsque l’intoxication à l’alcool était suffisante – l’aurait réprimandé. Pour survivre dans leur caste, il fallait s'élever au dessus de la masse et ne pas s'abaisser à parler comme eux.

Nessie se mit de lui expliquer les procédures en long et en large, comme s’il était déjà avocat, comme s'il était déjà l'associé de son père. Pratt & Pratt enfin unifiée. Alistair se pinça l’arrête du nez, Il en avait marre.  

« Huh-Huh »
….
« Listen, lass, ye speak a leeeeeguage I dinnae unduuuhrrstand. Dis… je me suis toujours demandé… Ça fait quoi, de baiser un mec qui a presque 50 ans de plus que toi ? »

Le cornichon, flétri et constellé de petites tâches brunes, qu’il sortit du sac lui donna la nausée, alors que Nessie bégayait comme une conne, à l’autre bout de la ligne. Il allait en remettre, la noyer dans ses petits mensonges sur la justice sociale et la laisser s’étouffer dans la honte.

« Laisse. Harold et Maude me suffit. J'ai pas besoin d'imaginer comment mon père sonne quand il... »

Une voix familière retentit non loin.

_ Tiens, tiens, tiens. Pratt. Te faut-il donc hanter mes rues en plus de ma boîte ? Ce n'est pas suffisant que d'avoir à me supporter certains soirs ? Tu as une tendance masochiste, le gosse, ou bien les habitudes d'un stalkeur ?


Alistair sentit son estomac se tordre et la bile lui remonter le long de l’œsophage. Il laissa, bien malgré lui, tomber le sac en papier. Les frites se répandirent sur le trottoir et il les regarda rouler dans rue, d’un air résigné. Du coin de l’œil, il vit le garde de sécurité réagir à l’arrivée de Wilde. Alistair secoua la tête et lui jeta un regard noir. Le garde de sécurité s’excusa d'un « Pardon, Mister Pratt » à mi-voix et entra à l'intérieur de l'immeuble. Le jeune homme fit comme si de rien n’était et leva les yeux au ciel, en levant deux doigts, pour signifier à l’intrus d’attendre indéfiniment, le temps qu’il finisse ce maudit appel.

« Huh-Huh. Hey. Liiiisten lôôôôve, j’ai un autre appel, je te mets en attente, juste une minute. Rremêmbah. Nôôôôôô weee dâ teeeeeeeth. »

Il raccrocha et tourna lentement la tête vers le propriétaire du Viper Room. Il lança un regard indifférent vers le contenu de son déjeuner, répandu sur l’asphalte et sortit son zippo pour s’allumer une cigarette. Il expira la fumée avec soulagement.

« C’est pas quelque part dans le DSMV… DMSV, c’est quoi déjà, l’abréviation ? Bref, ça aide à la défense, de croire qu’un quartier au complet t’appartient, juste parce que tu existes et que t'y respire. Personnalité narcissique sévère. Troubles asociaux. Un truc du genre. Hôpital psychiatrique pour dix ans au lieu de la prison à vie, quelque chose comme ça. Ouais, je crois que c’est dans le DSMV. Je te dis ça comme ça. Je pense que ça pourra te servir, d'après ce que j'ai lu dans les journaux à potins, chez le dentiste.»

Il se passa la main dans ses cheveux d’un air distrait et regarda les passants se déplacer autour d’eux comme si Wilde n’était qu’une apparition de son imagination. Il reprit lentement une bouffée de nicotine en l’expirant par les narines, comme si le temps s’était arrêté. Une boule se forma dans sa gorge et il ne put s’empêcher de regarder à terre. Les pigeons et les mouettes s’approchaient déjà de ce qui devait être sa pitance et son réconfort précaire. Deux mouettes se battaient pour un de ces cornichons qu'il adorait tant. Alistair ne bougea pas, fasciné par la rapidité à laquelle les oiseaux et la vermine s’emparait de ce que, deux minutes auparavant, le pianiste prenait pour acquis. Écoeuré, il leur lança son mégot et avança d'un pas rageur vers la faune urbaine. Les oiseaux s’envolèrent dans un nuage, tourbillonnant autour d'eux, les isolant du reste du monde, pour un instant.

« Et pour me voir le minois dans ton troquet, t’as pas trop à t’en faire, tu ne le verra plus. Décision du groupe. Contrairement à moi avec tes grosses affiches à la con. Les Untitled seront là, pour faire exploser ta boîte, t’en fait pas. Avoue que ça fait ta petite journée, hein ? T’aime ça hein ? Ça te fait sentir mieux dans ta gloire éphémère ? Paraît que l’album tient sur le fil de fer. Pour le reste, est-ce que j’ai vraiment besoin de te faire un dessin pour retrouver mon adresse ?»
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() message posté Ven 4 Mai - 14:36 par James M. Wilde


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Me reviennent en mémoire les éclats de regards torturés sur la scène du Viper, une scène où la conquête s'est opérée au milieu d'un jeu d'équilibres contraires. Mon inversion de la programmation, préférant la jeunesse à un groupe plus installé, laissant couler l'affront dans quelques sourires de circonstances n'a pas plu aux moins amoureux de ma nature changeante. Ils venaient voir Hell and Fire et le moment de plaisir auguré allait se corrompre en des sons étrangers. Troquer l'inédit quand l'on sait prendre son pied sur des terrains connus, la frustration bruissait partout, déliait les langues et faisait battre mon sang. Chacun connaît les règles du Viper ou plutôt leur absence. La tyrannie de décisions qui confèrent à l'anarchie, l'ambivalence d'affects trompés, falsifiés, sans cesse recomposés pour mieux les détruire. Il m'est arrivé par pur caprice de reprogrammer des groupes qui me tapaient sur le système. De malmener des musiciens pour qu'ils finissent par partir, parfois même en pleine représentation. Une soirée lors de l'année de notre installation faillit même tourner au pugilat tant mes harangues venaient fouailler la virulence de certains. Les Hell and Fire m'en veulent. Je le sais. Le leader n'a pas particulièrement bien accueilli le rapt de ce concert qu'ils avaient somme toute amplement mérité. Mais... Il y a de ces exigences que l'on n'a pas à expliquer. Des intensités qui, si elles se disputent finissent par se navrer avant même d'avoir su naître. Je voulais les Untitled sur ma scène ce soir-là. Les observer depuis mes hauteurs, cloîtré dans les ombres de l'étage, là où seule l'incandescence de ma clope trahit ma présence. Pouvoir les vivre sans être vu, sans que l'on ne puisse contrarier la communion viscérale avec cette musique qui me plaît. Le regarder lui aussi. Évoluer derrière son clavier. Répondre à l’âpreté de la foule. Savoir la soustraire à sa froideur pour la gagner. Il a su s'arroger cette place-là. Celle que seule la frénésie la plus prégnante peut procurer. Celle que je m'octroie dès que je suis sur les planches. La violence sous les doigts, la passion dans les veines. La douleur de les voir tous répondre à des harmonies qui trahissent ma nature en l'exposant sous leurs yeux indignes. Le voir me rappelle avoir frôlé des instincts que je cherche à claquemurer pour les sentir si proches en ce moment. Si proches de mes pensées désormais qu'elles rencontrent cette sorte de semblable. Écorché et agaçant. Insupportable dans son personnage comme l'est mon propre masque.

Pourtant, sous les voûtes de cet immeuble trop huppé et vomissant un âge d'or passé, j'hésite presque à entreprendre une conversation qui pourrait coûter plus que je ne suis déjà prêt à payer. Ces ténèbres qui m'accablent parce que je me laisse confronté à l'horreur dans ma tête. Résonnent, résonnent. Résonnent à me désespérer. Quand je le regarde, le désespoir est plus prégnant, il ploie sous le poids d'idéaux blessés. Pourquoi ce gosse a-t-il l'air si proche de l'abîme ? Je sais pour l'avoir côtoyée tout au long du chemin ce qu'il faut concéder pour la sonder longtemps. Peut-être est-ce déjà trop tard. Je reste là. Je reste. A le regarder vissé à son téléphone, farfouiller dans son sachet dégueulasse d'un fast-food de merde. Si je surprends quelques bribes de conversation, le voir ainsi singer un accent écossais à couper au couteau me fait légèrement sourire. Je le sais moqueur et je ne suis guère surpris de le voir user d'armes dégradantes pour obtenir ce qu'il souhaite de son interlocutrice. Mais quand je l'interpelle, je ne m'attends pas à la réaction épidermique qui le saisit et qui comble chez moi des appétits acérés qui peinent à ne pas s'imprimer sur mes traits. Mon sourire est carnassier lorsque j'embrasse la déchéance de son repas gisant désormais à nos pieds. Je commente en m'allumant une clope, la flamme du zippo en argent que je manipule avec expertise allume un éclat de perversité dans mes yeux, presque un miroir de sa propre gestuelle. Je me demande si son orgueil lui a aussi fait graver un monogramme sur le briquet :
_ Voilà qui ne manquera à personne. Tu me remercieras d'avoir achevé ce qu'on peut difficilement qualifier de repas.
Quel gros foutage de gueule quand ma maigreur de cadavre indique à tous que je tiens debout grâce au secours de la coke et de l'alcool, increvable et stellaire au rythme de la musique et de mes humeurs assassines. J'oublie sans cesse de bouffer, pire encore en ce moment la nourriture m'écoeure, me semble viciée par ces actes que j'emmêle à ma chair hérétique. Son accueil est tout aussi tranchant que le mien et mon besoin d'opposition exulte dans un rire macabre avant de le fixer longuement derrière mes lunettes de soleil. Trop longuement pour que ce ne soit guère étudié.
_ Ils ont dû dire aussi, attends que je me rappelle... Trouble maniaque dû à un délire de supériorité. Narcissique sévère ? Je prends aussi, une case de plus où aller m'enfermer pour que mes interlocuteurs aient l'illusion de la sécurité. C'est si commode le joug de la médecine pour cela. Chacun à sa place, surtout personne en dehors...
Il ne peut voir que mes paupières se plissent quand je joue avec le faux et le vrai, dévoilant sans qu'il ne puisse réellement le savoir que s'ils n'ont pu me contenir dix ans, ils ont pourtant tenté. Mes joues se creusent tandis que j'inspire une bouffée trop longue de nicotine qui tombe dans mon estomac vide comme une pierre, les souvenirs reviennent me happer mais je les repousse. Les laisse s'enterrer sous d'autres plus récents qui ont prouvé que jamais je ne guérirai. Ils m'ont détraqué plus encore que je ne le fus en tombant entre leurs mains décharnées. J'oublie aussi promptement qu'elle n'est apparue l'image de l'asile qui me hante. Je devais être un peu plus jeune que lui. Je ne sais pas, je ne sais plus. J'essaye de renoncer à la réalité pour mieux me contrôler quand l'agressivité qui survole mon épiderme fait légèrement trembler mes doigts. A moins que ce ne soit le manque. J'attends qu'il morde encore, encore un peu plus avant de me tirer, de retourner dans mes enfers bien plus nombreuses dorénavant qu'il en fait partie, quelque part, à graviter ainsi autour de moi. Du moins ce que j'ai cru jusqu'à ce qu'il ne me détrompe. La nouvelle m'arrache un grognement animal, non pas pour les insultes qui pleuvent mais bien pour ce qu'il m'annonce au détour de ses phrases. Je relève mes lunettes de soleil dans un geste brutal, viens les percher sur mon crâne avant d'aboyer :
_ Putain ! Quoi ? Qu'est-ce que tu me racontes comme conneries ?
Je roule des yeux pour commenter sur un rythme plus rapide, qui trahit mon agacement :
_ Je passe sur ta touchante inquiétude quant à ma putain de renommée, j'en pleurerais presque, mais je ne vois vraiment pas ce qu'elle vient foutre-là. Tu veux bien m'expliquer pourquoi t'es planté là comme un con quand ton soit disant groupe prend la décision de t'évincer ? Tu veux bien me dire pourquoi c'est même possible que tu te sois laissé faire ?
Je crache le mot telle une injure qui me fait frissonner. Que l'on ploie ainsi par une décision collégiale me répugne, surtout quand elle me semble sortir des limbes de la folie. Un pas de plus me fait gagner du terrain pour le toiser :
_ Oh mais peut-être que c'est toi qui te sens bien mieux désormais que tu n'as plus à t'exposer, hein ? Donner tes tripes sur scène, donner un peu d'âme dans un écrit qui ne ressemble pas à un tube commercial, ça a été trop pour toi ? C'est à peine croyable. Alors t'en a rien à foutre, c'est ça ?
Je pose un doigt accusateur sur son épaule et appuie une menace qui se déploie dans mes iris, quand les mots tombent entre mes dents serrées :
_ Parle ! Vas-y, je t'écoute, toi qui as toujours tant à dire. Une seule raison valable d'abandonner une chance que certains convoitent toute leur vie.
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() message posté Dim 6 Mai - 8:52 par Alistair H. Pratt
« Chacun sa place et personne dehors »

Alistair répéta sans s’en rendre compte les mots de Wilde. Sa place. Mais quelle place, vraiment ? Celle d’un truand à cravate qui roulerait en roll-royce parce qu’il savait bien corrompre les mots des autres et mentir devant une salle d’audience et émouvoir un jury ? Une crapule qui savait vivre à coup de paraître et de lois tordues ? Ou un sidéen qui allait vivre dans la rue et mourir de la tuberculose dans une chambre d’hôpital glauque, faute d’arriver à se payer ces médicaments qui coûtaient une fortune ? Vraiment, quelle serait sa place ?

Le jeune homme frissonna bien malgré lui et aspira une bouffée de cigarette, avec nervosité. Il se permit d’observer l’homme en face de lui comme une pièce lugubre dans un musée. Le corps un peu trop maigre, les joues creuses, les arêtes du corps un peu trop tranchantes. Il esquissa un sourire mauvais. N’était-ce pas à un tremblement de la main, qu’il voyait là ? Et ses lunettes fumées, qu’est-ce qu’elles cachaient, hein ? Des yeux injectés de sang ? Il l’avait vu des centaines de fois, ce tremblement. Chez des étudiants d’Oxford qui venait de finir un examen, après une suite infinie de nuits blanches. Dans les orgies qu’il fréquentait jadis, dans les milieu huppés où les gosses de son âge s’alignaient des lignes et des lignes pour contrer le non-sens de leur existence et avoir un semblant de connexion humaine. Sur la table basse du boudoir de sa mère, alors que ses parents étaient partis à Aberdeen pour un mariage, dans cette soirée un peu trop décadente. Ces gosses en veston bien coupés, les joues toujours un peu plus pâles, qui suppliaient pour qu’on étale encore la ligne blanche sur le bois d’acajou et qu’on roule le billet de cent livres pour en profiter. Il avait plané, comme les autres. S’était senti comme le roi de la Terre. Il était monté jusqu’au soleil, comme Icare.

She comes along
She gets inside
She makes you better than anything you've tried
It's in her kiss
The blackest sea
And it runs deeper than you
Dare to dream it could be



Il avait chuté, comme à chaque lendemain. Et puis Rome l’avait tout bousillé.  Lui et ses repères. Rome l’avait recraché sur une ligne qu’il commençait à peine à explorer. La ligne blanche avait pris des airs de cendre.

Et il s’était rappelé que la coke lui donnait mal à la tête, le lendemain. N'importe quelle excuse pour cacher qu'il avait vu l'abîme de trop près.

Alors qu’il repoussait toujours un peu plus l’intrus, en lui déblatérant que de toute façon, il ne le reverrait plus dans son bar de merde, pour une histoire de groupe. C’est ce qu’il voulait non ?

Et puis Wilde lui avait lançé le gant au visage. Il avait appuyé son putain d’index osseux sur son épaule. Le contact lui avait donné l’impression d’électrochocs. Un violent frisson d’horreur agita son corps. Pendant une seconde, il crut voir le teint hâlé sur la main qui le pointait et entendre l’italien chantant au travers des aboiements du musicien. Le corps du jeune homme se raidit et ses onfles s’enfoncèrent jusqu’au sang dans ses paumes. Il tourn lentement la tête vers cet odieux point qui lui transperçaient presque la chair et prit une longue inspiration, avant de finir par pouvoir articuler.

« Personne ne me touche, dude. PERSONNE. Et si tu y tiens tant que ça, faudra t’éclater ces phalanges à peine cicatrisées qui ne sont même pas capables d’arrêter de trembler. T’as compris dude ?

Il fit un pas de plus vers le musicien.  Il ne se rendait même plus compte qu’il montrait les dents. Il ne se rendait même plus compte que sa voix avait prit un ton qui frisait l’hystérie et la rage pure. Il ne se rendait plus compte qu’une passante avait soudainement changé de trottoir, que la recrue à la sécurité de l’immeuble, à l’entrée avait appelé Ricardo, qui regardait la scène d’un air inquiet. Il ne se rendait plus compte que la sonnerie de son Iphone ne cessait d’hurler, dans la poche de son blaser. Nessie était après tout une femme persévérante, fallait lui donner ça.

« Tu veux que je parles, pauvre con ? Que je te vides mes tripes, là, sur le trottoir, hein ? Parce que toi, tu les vident, tes boyaux, sous tes airs de tyran et sous tes ray-ban, caché au deuxième étage de ton bar?

Il inspira, les narines déployées et le regard dardé vers le musicien. Il avança d’un autre pas.

« Tu penses que j’ai peur de tes groupies alcoolo, qui siphonnent les émotions qu’ils récoltent sur scène, comme des camés, comme s’ils se regardaient dans un sacré miroir en pensant qu’on parle de leur propre vie, sans même penser d’où ça peut même venir, tant que ça les arrache de leur métro-boulot-dodo ? Tu penses que tout ça me fait peur ? Je me poignarderais l’estomac sur scène que tout le monde applaudirais à tout rompre sans rien comprendre de ce qui se passe réellement. Mes tripes, je peux les exposer encore et encore. Je n’ai pas peur de saigner, moi. Et j’en ai rien à foutre de tes groupies ou de ton chiffre d’affaires. »

Il reprit son souffle. Alistair ne se rendait même plus compte qu’il haletait. La sonnerie de son téléphone retentit, une nouvelle fois.

« Tu veux savoir pourquoi ils m’ont viré, hein ? Tu veux savoir ? Parce que Max leur a raconté que je t’ai menacé. Parce que cette putain de nuit blanche les a débousolés. Je leur fais peur. Comme toi, tu fais peur à tes putain de musiciens. Tu en sais quelque chose, d’être en groupe ? Parce que tu crois que je ne l’ ai pas remarqué, le putain malaise et la peur dans les yeux des mecs de ton propre band, en ta présence, lors de cette fucking matinée où tu jouais au chat et à la souris avec des débutants, parce que ta vie merdique manque de sens ? Tu sais c’est quoi, voir la peur dans les yeux de gens qui, pour la première putain de fois dans ta vie, te prenne pour un égal et non un enfoiré de merde qui essaie de profiter de tout le monde ? Ils ont leur vie, leur famille, leurs études, leur boulot qu’ils adorent. Ils vivent la musique au jour le jour, comme un hobby, comme une façon de s’amuser, de passer de lemps, de s’occuper, d’attirer les filles, les garçons, d’avoir du fun et leur quinze minutes de gloire. Moi…. Moi je n’ai pas ça. J’ai pas ça, mec! Je vis dans une putain de prison. 1% problems, dude, comme ils diraient. Et mon seul échappatoire, c’est mon piano. Et mon piano, c’est ce qui va me perdre. C’est tout ou rien, tu comprends pas ? Moi, j’explose et je détruis tout sur mon passage. Et les Untitled, que tu le crois ou non… ce sont mes potes. Et on ne détruit pas la vie de ses potes.»
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() message posté Ven 11 Mai - 13:33 par James M. Wilde


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Une place. Une place. Ce que chacun crève d'acquérir dans un monde qui s'affaisse, se replie sur lui-même jusqu'à s'effondrer. Une place à convoiter dans la douleur de ne jamais l'atteindre, et saigner l'indulgence des siens, boire à la source de l'offense pour mieux s'y corrompre, y disparaître pour usurper le rang de ces autres que l'on hait. La haine en cortège d'une ascension vouée à l'échec car en définitive l'on est dans l'inconscience de tout, dans l'effroi de soi, cette solitude décharnée qui étend son empire le long du parcours pour le rendre détestable. Soi. Un. Seul. Une place unique et pourtant une place indistincte, déjà refermée pour servir de tombeau à l'idéal que l'on a cru porter. Une place que je continue de défendre, de creuser, quitte à m'y ensevelir, loin de tout, du monde, des cris d'agonie. Ils sont à l'intérieur, ils tournent, tournent, et tournent encore. Ils me donnent le vertige. Je crois les entendre sous la peau d'Alistair, scarifier les injures que je me suis destinées, ces mots qui feulent et grognent, la tension des muscles et la colère pour les agiter. J'ai l'ascendant sur ce stress que j'insinue en lui, je creuse et creuse en effet pour dévoiler cette retraite qu'il a choisie, envahir sa place pour en dessiner les contours. Lui murmurer un infini trompeur pour savoir nous délivrer peut-être. Regarde, regarde, ressens les murs pour tous les effondrer. Regarde. Regarde-moi. C'est ce qu'il fait, c'est ce qu'il ose et quelque part, j'en conçois autant de peine que d'orgueil, à étendre devant lui la toile de mes noirceurs, exhiber l'indécence pour qu'il connaisse le prix de ce que je quémande. De lui plus que quiconque désormais que j'ai compris que la faille béante, gravée dans ses regards farouches, excavant de sa musique des notes enchanteresses et de ces cris qui m'enivrent, que cette faille si semblable à celle que je continue de porter m'appelle et m'obsède. Je ne sais encore s'il s'agit-là d'un retour malsain à une Génèse qui créa le monstre que je suis devenu. Je peine à voir les perspectives offertes dans nos rencontres troubles, je n'en ressens que les arêtes acérées qui m'écorchent. Et ne puis réellement retenir ces élans qui m'y précipitent, avec autant d'aigreur que d'excitation.

Je le toise tout en malmenant ma clope que je fume dans les sursauts de mes tremblements. Je n'en dissimule aucun tandis qu'il dévale les preuves de mes perditions et bientôt nos regards se mirent dans une détestation mutuelle. Les cernes que j'arbore ne laissent que peu de place à des imaginaires complexes quand ma gueule émaciée trahit les outrages, les envies et aussi l'inflexion d'un désespoir qui me ronge. L'oscillation de mes humeurs me laisse perdu, rendu à l'aube d'un recommencement perpétuel, et lorsque j'esquisse les projets qui furent murmurés contre la peau d'Eleah, ne plus la ressentir tout contre moi leur donne des allures de vestiges. Je règne en maître sur des ruines que je forge. Une place de choix, n'est-ce pas ? Pourquoi ne pas y convoquer mon semblable pour hurler en choeur à l'orée du précipice ? Le contact s'opère, provocateur dans une intimité que je me permets pour mieux l'insulter. Une proximité que j'abhorre dès lors qu'on me l'impose sans que je n'aie pu en amorcer les prémices. Le premier pas est toujours mien quand je ne puis supporter qu'on m'envahisse. J'ai hérité de mes actes ce peu de propension à l'étreinte ou aux gestes affectifs pour peu que je me carcante dans mes instincts de rejet. Il y a des jours où un geste me donne envie de hurler. D'autres où mon corps brûle de se fracasser sur celui d'une compagne. M'apprivoiser est un très long chemin lorsque je ne choisis pas l'être que je confronte. Je l'ai choisie elle toutefois. Elle. Elle peut me toucher ou m'étreindre. Il n'y a aucune chaîne entremêlée à ses doigts. Non... Les fers ce sont ceux que j'appose. Là maintenant. La violence du rejet est telle qu'elle me secoue entièrement. Je cesse aussitôt mes tortures mais je ne recule pas, me contente d'abaisser ma main dans un murmure qui pourrait être apaisant :
_ Ne me tente pas...
La folie transite dans mes prunelles, c'est cette virulence dans laquelle je me suis noyé qui fracasse mes côtes. Je la tiens en bride par une sorte de miracle. Il est dangereux. Pour lui. Pour moi. Tandis qu'il parle, je laisse tous ses discours se graver, se frayer un chemin jusqu'à mon coeur qui bat trop vite et bien trop fort. Bien trop fort. Trop. Il est tout ce que je suis, tout ce que je déteste de moi et qui me meut pourtant. Je sais qu'un pas en arrière pourrait signifier la retraite. Je ne l'esquisse pas. Nous sommes si proches désormais que nos violences ennemies savent se rencontrer. J'ajoute en une sorte de grondement sans regarder alentours quand mon discours est pourtant pour ces tiers qui envahissent une scène qu'ils n'ont pas à convoiter :
_ Allez vous occuper ailleurs bande de voyeurs. Je parle au gosse. Je ne vais pas le bouffer. Et lui non plus. Barrez-vous.
J'ai un sourire avenant, recherche derrière la rage à saisir une fragilité qu'il exhale :
_ Je ne suis pas ton ennemi. Et coupe ce putain de téléphone pour qu'on cause.
J'ai encore la saveur de son discours ininterrompu, là dans le ventre et je digère le flot des mots que je goûte, cisèle, excave à l'envi. Des tripes il en a à revendre. Voilà pourquoi je refuse pertinemment qu'il abandonne et se laisse balayer par des arguments ridicules. Je sens la colère, la peur derrière. Je répète dans une nuance terrible, une fois de plus, demeurant vissé là, à sa hauteur, sans plus le toucher :
_ Je ne serai pas ton ennemi. Pas uniquement, tout du moins.
Les syllabes se tendent mais j'exergue une douceur plus prégnante, sans plus le tancer de ma morgue. Il y a une dureté dans les mots, une lassitude sur mes traits. Et toujours cette fascination dans les yeux :
_ Vu que tu as su hurler tout ce que tu crois être, permets moi de te dire calmement ce que tu dois devenir. Je sais que tu as le trouille, je sais. Je la sais cette peur au point de la porter sous mes côtes et de l'entendre briser le peu de certitudes que je parviens à convoquer. Je le sais parce que je te vois. Je te vois même très bien. Pris dans ta hargne, à balancer des discours enragés pour mieux faire oublier que tu trembles. Et tu sais pourquoi tu trembles Alistair hein ? Tu sais pourquoi ?
Une inspiration saccadée car malgré le calme apparent de mon ton, mon discours s'emballe, et la passion y fraye son empire. Une passion palpable parce qu'elle me ploie. Me donne encore l'instinct de persister.
_ Tu trembles parce que tu te tiens sur le seuil. Tu convoites mais tu ne prends pas. Tu veux mais tu n'oses pas. Tu crois mais tu ne sais pas. Tu ne sais pas encore même si tu le ressens. Le prix de la scène. Ce que ça coûtera. À toi. Oh oui ça te coûtera très cher. Et aux autres aussi. Les êtres tels que nous, petit, n'ont pas de limite. Voilà pourquoi ils ont tous peur. Et que l'on tremble aussi. Pas devant eux. Mais devant tout ce qu'on aura à donner et à prendre. Prendre et prendre encore.
Le discours d'un serpent mais aussi celui dictée par une vérité que j'ai frôlée il y a bien longtemps. À n'en avoir jamais assez. À ne savoir me contenter de ce que mon père rêvait pour moi et qui m'étouffait. À avoir tant à exprimer. Aujourd'hui. Demain. Hier. Toujours.
_ Qui sont-ils pour te juger ? Qui sont-ils pour enfermer ce que tu es ? Tu parles d'égal mais ils ne sont pas nos égaux. Pas sur scène. Pas dans la corruption de la musique. Pas dans la souffrance que l'on hait et adule en même temps. Leur souhaiter être comme nous ce serait le comble de la cruauté tu ne crois pas ? Greg et Ellis, ils ont peur, tu dis vrai. Mais pas de moi. Ils ont peur pour moi. Car ils savent. Ils savent aussi. Ce qu'ils me doivent. Ce qu'il en coûte de me relever. Ils ont peur de ne pas pouvoir le faire un jour. De faillir. Alors fais en sorte que cette peur te nourrisse, fais en sorte de ne pas flancher. Pas encore. Pas tout de suite. Et reposes-toi sur eux. Ils ne sont rien sans toi. Tu ne seras rien sans eux. Ça entachera leur vie peut-être. Mais ça n'est pas un choix Alistair. Ça n'en est pas entièrement un. C'est juste une putain d'évidence. On ne sacrifie pas ce que l'on est. Et tes amis, s'ils le sont réellement ne devraient pas te le demander. Si ce sont tes potes alors qu'ils le prouvent plutôt que de te laisser crever comme un chien. Je ne te laisserai pas crever. C'est hors de question.
Et mes mots sortent de mes lèvres pour trancher une détermination qui me transcende :
_ C'est hors de question. Ton échappatoire tu l'auras. Je t'apprendrai comment...
Je ne sais pas pourquoi je lui promets cela. Sans doute parce qu'il m'émeut. Sans doute parce que sans Greg et Ellis qui m'ont soutenu, tenu à bout de bras, parfois contré, souvent suivi, je n'aurai pu prendre cet envol aux atours de destruction. Mais c'est ce que je suis. Ce que je suis. Cette mort repoussée jusqu'à l'infamie. Et c'est ce qu'il est aussi.
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() message posté Dim 13 Mai - 9:35 par Alistair H. Pratt
Se débattre, encore et toujours des mains fantomatiques qui le macèrent et le pétrissaient sans son consentement nuit et jour, dans un capharnaüm de rires indécents, à l’instant où il arrêtait d’être vigilant.

Wilde avait cessé de le percer de son doigt accusateur. Les menaces d’en venir aux mains, de s’entredéchirer et de s’éventrer, pour mieux éclabousser le trottoir de matière enfin humaine fusaient, à peine masquées, des deux côtés de l’abime. Alistair espèrait presque cette danse macabre. Elle le distrairait, le temps de succomber, le temps de s’écrouler, le temps de se déverser, aux rires tonitruants, dans sa tête.

Mais Wilde avait baissé la main lorsqu’il l’abait demandé. Entre un ou deux feulements de l’autre, Alistair ferma les yeux et apprécia le vide que le contact a laissé. Le soudain relâchement de la tension dans ses épaules et la fugace impression de s’appartenir.

Il entendait à peine le grondement de la rockstar envers ceux qui les observaient. Il n’avait pas encore besoin d’ouvrir les yeux pour sentir que le camé avait toujours le regard rivé sur lui et que le concierge s’était replié à l’ordre donné, derrière son bureau, dans les ombres de l’immeuble. La terreur du pauvre vieil homme, coincé entre sa loyauté et son incompréhension de ce qui se tramait là, dans la rue. Le concierge allait en parler à son père, Alistair le savait.

Qui était le pire, vraiment ? Son père ou Wilde ? L’ordre ou la décadence ? La prospérité ou la célébrité ? La prison dorée ou la rue ? La mort à petit feu ou celle plus fulgurante qui ne le laisserait sans doute pas voir ses trente-cinq ans? L’ennui ou l’abysse ?

Son téléphone explosa, à nouveau.

«  Je ne suis pas ton ennemi. Et coupe ce putain de téléphone pour qu'on cause. »

Le jeune homme ouvrit les yeux et se brûla les lèvres contre sa cigarette qui s’était consumée trop vite. Il vomit un flot de jurons et attrapa son téléphone, dans la poche de son blaser. Appel manqué, appel manqué, appel manqué, appel manqué, appel manqué, appel manqué, appel manqué. Sa boîte vocale pleine et trente-et-un SMS rageurs et hystériques qui le menaçait du pire, si ce foutu document signé n’arrivait pas à la seconde près. Il jeta son mégot et sortit une autre cigarette qu’il alluma lentement.

« Elle me fait chier, cette foutue pétasse. Mais je l’adore, au fond. T’as pas idée comment. C’est juste con qu’elle se sente obligée de baiser mon père pour survivre parce qu’elle a plus de talent que ça. Parce que mon père, il te donne toujours l’impression que ta vie entière dépend de lui. Ta vie, tes drôles de choix, ta mort. Tu sais que c’est con, tu sais que ça doit être faux. Tu sais que c’est complètement irrationnel, à la limite faustien, que ça pue le croquemitaine de ton enfance, doublé de l’nge-gardien qu’ils te promettent à la messe. Tu ne comprends jamais tout ce qu’il dit. Avec lui, tu es toujours sur la limite. Mais il arrive à le faire. C’est viscéral. Fouilles-moi comment. Tu veux pas qu’elle débarque, la Nessie. Parce qu’elle va débarquer, oh god, crois-moi. Elle va débarquer, la petite catin. On a vingt minutes. Alors ouais. Cause, Wilde, cause, je t’écoute. »

Et il ferma son téléphone.

« Je ne serai pas ton ennemi. Pas uniquement, tout du moins.»

Alistair eut un petit rire dédaigneux et expira sa fumée. Combien lui avait dit qu'ils n'étaient pas son ennemi? Combien? Puis au flot des paroles, son air moqueur tomba et il dévora les mots de l’autre qui le déshabillait entièrement là, sur le béton, sans même le toucher. Il écouta Wilde lui parler de peur, de rage, de masques, de limite et de coût. De prix de sang à payer, le sien et celui des autres. De celui de Max qui le protégerait presque de lui-même. De leur peur et du soutien. Du ravin qu’il voyait, sous ses pieds. Alistair avait cessé de se moquer et regardait le trottoir, sans s’en rendre compte. Il voyait bel et bien la faille dont Wilde lui parlait, à ses pieds. Il sentait presque les mains froides de son esprit l’y pousser, peu à peu. Un pas de plus et il tombait. Wilde avait raison. Il restait là à regarder le vide dans lequel il avait si peur de se lancer.

Il leva le regard vers le musicien et le détailla en silence, comme s’il le voyait pour la première fois et se passa la langue ses lèvres, pour chasser le goût de cendre.

« Je suis déjà en train de crever, dude. Je suis déjà en train de crever. De perdre mes défenses et mes murs aux mains de l’ennemi. Je retarde la conquête à coup de placebo, tu as raison. Peu importe le choix que je ferai. Il y en a un qui sera juste plus long et plus sadique que l’autre. Qui va me faire vivre une mort lente et morne. Si je comprends bien, tu m’offres le choix… Non, désolé… tu me dis que mon salut est de m’intoxiquer de ce qui me ravage et de laisser tout m’envahir et éclabousser tout en dehors de moi. Tu me dis que toi, tu vas m’apprendre comment. Comment avoir les joues creuses, le regard fiévreux et le corps qui tient à peine debout. Comment vivre le peu de temps qui reste à vivre et créer une impression et une mémoire, au travers des autres vies. Que la seule différence, entre toi et moi, qu’on verra à la fin, c’est que toi, tu mourras d’une overdose et moi, de la tuberculose. Mais que le temps qui nous reste, on existera vraiment au lieu de survivre. Vas-y vieux, Je t’écoutes. Apprends-moi. »
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() message posté Dim 20 Mai - 12:48 par James M. Wilde


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Le fil tendu de nos humeurs conjointes, le regard trouble de l'errance, déshérence d'un absolu jamais véritablement atteint. Bu jusqu'à l'écoeurement sans jamais savoir le consumer. En moi, bataillent des aveux déjoués par mes frasques. Certaines vérités les transcendent et prolongent mes mots pour mieux le rencontrer, le rencontrer pour la première fois sans doute. Loin d'autres regards qui sauraient nous défigurer. J'essaye de le convaincre qu'ici et maintenant nous pouvons un bref instant être deux égaux sans faux semblant, sans nos parures pleines de haine qui nous tiennent hors de portée de nos semblables. Mieux encore, que nos parures nous constituent, nous donnent des allures uniques qu'il nous faut revendiquer pour ne pas crever. Crever là. Comme deux chiens oubliés. Car la mort est commune. La mort ressemble à tout le monde. La mort est l'égalité la plus absurde. La plus absolue pourtant. Je le vois exécuter des gestes saccadés envers ce portable qui cherche à venir percer la promiscuité d'un entretien qui ne peut souffrir l'intervention d'un tiers. J'ai des entrevues jalouses de cet extérieur qui saurait les corrompre ou les déformer. Je n'admets aucune perturbation. Mais devant son discours qui peint de ces tableaux que je connais par coeur pour m'être brûlé la rétine à trop les contempler, ou encore pour avoir asséché ma gorge dans des discours farouches qui cherchaient à la agonir, je demeure perplexe, puis amusé. Un rire sourd atermoie en une sorte de grondement qui soulève mes côtes. Une saccade qui me fait mal tant certains de mes muscles semblent fatigués aujourd'hui. Je grommelle en haussant un sourcil :
_ Bordel, rappelle-moi surtout à ne jamais faire en sorte que nos deux paternels se rencontrent. Ça déclencherait une foutue apocalypse tant ils sont semblables. Faut croire que certains vieux connards savent apposer une emprise sur leur progéniture. Mais j'te rassure, beau gosse, un jour, ton père, tu le verras juste comme un médiocre, quelqu'un qui s'accroche à son petit pouvoir parce qu'il ne lui reste plus que ça. Ton père, ce ne sera plus qu'un héritage désuet. Plus rien.
Vision prophétique que je ne sais atteindre encore toutefois. Mon père je l'ai vu ainsi, comme un être qui ne cherchait qu'à me carcanter pour savoir exister. Un héritage désuet en effet. Mais bien trop lourd. Bien trop lourd. Je ne sais si je parviendrai un jour à me débarrasser de cette envie que je planque, encore maintenant, de lui complaire quand je me dégoûte de seulement ressentir un tel lien. Je secoue la tête et l'écoeurement sur mon visage est très visible dans la lumière blafarde du jour. Parce que mon père a su abuser de son pouvoir jusqu'à me faire enfermer. Parce que c'est allé jusque là, et qu'après, je n'ai nourri qu'une haine prégnante, une haine pire encore que celle que j'avais déjà accumulée. Une haine déçue de tout ce que le berceau familial pouvait représenter.

Alors je balaye les fantômes d'un geste de la main et je tente de lui peindre des avenirs où il serait le maître des inflexions choisies, façonnées par caprice ou par volonté. Je le cisèle pour mieux le trouver, le trouver et le voir, lui dénier toute parade ou dérobade qui pourrait encore lui servir à se dissimuler. Il n'est plus l'heure pour les masques quand je sais percer le sien à en avoir bien trop portés. Sonder les abîmes pour mieux plonger, plonger sans rien craindre du fracas, des os, des chairs et des idées. C'est ce que j'offre sans presque sourciller, mon visage devenu sérieux, mon agressivité mêlée à cette passion qui palpite et ranime mon corps. Je ne lui laisserai pas le temps d'échapper, non. Je ne lui en laisserai pas l'opportunité, pas lorsqu'il est si proche de succomber à un destin qui l'a élu. Parfois il n'y a pas de choix, il n'y a que la cruauté d'une évidence, que l'on doit subir. Le silence éloquent qui ponctue la fin de mon discours nous laisse le loisir de nous observer, je penche distraitement ma tête sur le côté, comme ces prédateurs qui cherchent à voir leur proie pour repousser un instant l'instinct de la chasse. Je ne serai pas ton ennemi, je ne le serai pas, pas aujourd'hui. Demain non plus. Et quand les aveux tranchent l'air entre nous, je sais que la métaphore qu'il emploie n'est pas une poudre aux yeux soufflée pour mieux m'impressionner. Je me souviens de cet évanouissement brutal, du son discordant sur le clavier lorsqu'il s'est effondré au Viper. Le son élance des chimères sous mon crâne et me donne soudain mal à la tête, j'ai l'impression qu'elle menace d'exploser. Car la cruauté du constat pénètre mes muscles, ploie mes os. Il est en sursis. Il est en sursis, il dit vrai. Aucune pitié cependant ne vient atermoyer dans mes iris qui continuent de le sonder, je ne fais que tracer les contours d'une évidence plus acérées encore que je ne l'aurais crue. S'il va crever, alors il n'y a plus qu'une seule voie à emprunter. Une voie que je tracerai pour lui autant qu'il en aura besoin, aussi longtemps qu'il le faudra. Car il sait. Il sait mieux que quiconque. Mieux que quiconque ce que c'est que de se savoir condamné. Une seconde mes paupières se ferment, je laisse toutes les résolutions se joindre en un choeur dissonant, une seconde pour boire le poison qui doit empreindre son corps pour l'abattre. Une fatalité qui rencontre la mienne. Sauf que la mienne, je me la suis infligée n'est-ce pas ? N'est-ce pas ? Suis-je seulement digne de l'entraîner dans l'obscurité de ce que j'ai su tracer comme méandres alors que ces méandres ont été dessinées par les horreurs que j'ai infligées. Par mes mots, par mes mains, par mes actes. Qu'importe. Qu'importe.

Mon regard retourne percer ses défenses et je murmure :
_ Tu le sais. Tu le sais mieux que moi. Personne n'aura rien à foutre de notre mort, parce qu'à la fin, Alistair, à la fin, on est seul. On est seul face à soi, et tout s'évide dans le néant que l'on rencontre. Les sons en héritage, et rien d'autre. Rien d'autre que ces harmonies-là. Alors oui, c'est ce que je dis, c'est que tu es déjà mort si tu restes là à attendre la condamnation. Bordel, fais donc en sorte de la mériter. Mon corps se ravage, peut-être, mais il survit, il survit parce que j'ai encore quelque chose à faire ou à dire.
J'ai un sourire en coin, l'agressivité dans les yeux :
_ Autant faire en sorte que ce soit éloquent. Non ? Chaque foutue démonstration comme si c'était la dernière. Je vais t'apprendre, le môme, je vais t'apprendre et on va commencer par deux choses toutes simples, écoute-moi bien. Concentre-toi un peu.
Je fais un geste pour l'emmener plutôt que de rester planté-là sous le auvent de l'immeuble comme deux piquets qui se toisent :
_ Je te dois un déjeuner déjà. Non c'est pas l'un des trucs à faire, ça c'est un bonus. Tu veux bouffer quoi ? De la merde comme ce que tu as abandonné aux piafs tout à l'heure ? Whatever. Ce que je dis, c'est que déjà donc on se barre pour échapper à ton monstre du Loch Ness. Ça lui fera les talons aiguilles, apprends à te barrer, ça désarçonne beaucoup l'entourage. Mais surtout, et là je suis plus que sérieux, Alistair.
J'évite de promulguer un contact corporel mais alors que nous marchons un peu, au milieu de la fièvre d'une population qui ne dort jamais véritablement dans notre quartier, je distribue des oeillades régulières, n'ayant pas réajusté mes lunettes de soleil qui demeurent juchées sur mon crâne, en ébouriffant mes cheveux.
_ Ce que tu vas faire, c'est te ramener au prochain concert de ton groupe au Viper. Sans prévenir personne. Et tu vas virer le petit connard qu'ils auront choisi à ta place pour te remplacer. De la façon que tu souhaiteras, j'ai pas de grandes exigences, mais tu vas me le faire déguerpir pour qu'il soit clair pour tout le monde que les Untitled c'est vous quatre, et pas un mec inutile sorti d'un chapeau à la dernière minute. De toute façon si ça coince auprès de... Comment s'appelle-t-il déjà ? Jack ? Jake ? Jerry ? John ? Par l'enfer, je m'en tape de son nom, mais si ça coince, on lui rappellera que j'ai choisi pour ma scène quatre branleurs identifiés, pas un de plus, pas un de moins. On va commencer par faire ça. Et tu verras, que tes amis, si tu as les bons arguments, ils seront-là. Pour te soutenir, pour t'accomplir aussi.
Une pause le temps d'inspirer l'air fleurant bon le béton, mes discours me réveillent et je me sens déjà bien plus vivant qu'il y a seulement une heure quand j'étais coincé en interview avec l'autre quiche.
_ C'est quand même mieux que de t'enfermer dans ton immeuble de bourges à réviser... C'est quoi d'ailleurs la torture que tu as choisie hein ? Un truc à la con, laisse-moi deviner, architecte ? Nan trop artiste. Manager ? Non. Trop commun. Ne me dis pas commerce...
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() message posté Mar 22 Mai - 9:02 par Alistair H. Pratt
Des centaines de corps affluaient, les frôlaient et se dispersaient autour d’eux, sur le trottoir, alors que le temps filait, encore et toujours, comme du sable glissant entre les doigts. Leurs propres murmures noirs se mêlaient aux bruits de la circulation et aux brides des conversations quotidiennes qui les effleuraient. « N’oublie pas d’acheter du lait. », « On mange quoi, pour dîner ?», « Je vais chercher les enfants à la garderie. » Tout cela semblait si irréel, aux oreilles d’Alistair, alors que les deux hommes se faisaient face et lançaient leur venin, leurs arrêts de mort, sur la place publique. Comme si leurs tombes étaient déjà creusées là, dans le béton londonien et que chacun d’eux toisait l’autre comme des spectres de Dickens, conjuguant passé, présent et futur dans un même échange funeste.  L’héritage qu’il resterait de leur Scrooge respectif et du rythme de leur descente aux Enfers.

Alistair ne put s’empêcher de grimacer, lorsque Wilde osa comparer la rencontre de leurs pères à l’apocalypse. Il les avait lu, les articles du People. Avec encore plus d’obsession qu’avant, depuis qu’il était tombé dans les pommes devant celui qu’il se jurait un jour d’anéantir. Wilde Sr. était un magnat de la finance. Et Wilde Jr. n’avait pas suivi sa trace. Voilà tout ce qu’il savait de la relation père-fils. Mais le musicien nageait encore et toujours dans l’or, non ? Putain, il avait son club et son propre appartement tendance à Soho. Alistair doutait avoir le même destin. Dès que son père apprendrait… Ce serait fini. Il pouvait nommer une centaine de groupes de quartiers, qu’il avait affronté sur la scène d’un pub de Camden Town, qui aurait mérité la renommée. Une centaine. Les Untitled étaient vraiment bons. Mieux que la plupart. Mais d’autres aussi auraient dû être célèbres. Mais ils n’avaient pas les contacts.

Tout était une question de contacts, dans ce foutu milieu. Et d’argent. Le jeune homme se doutait pourquoi John l’avait toléré aussi longtemps, malgré ses piques acides qui faisaient fondre tous les contacts. Il avait l’argent. Et un peu de talent pour la composition.

ll secoua la tête et regarda encore une fois les mouettes se disputer le pain hamburger à coups de bec. Il cracha par terre, dans leur direction et inspira une nouvelle bouffée de cigarette, avec distraction.

« Tu n’es pas le premier à me dire ça. Ni le dernier. Si nos pères se rencontraient… Moi, je crois qu’ils sont sur le même diapason, tu vois. Ils vibrent en même temps, dans une note funeste. Je crois qu’ils ont déjà tout prévu. Tout. La troisième guerre mondiale, l’apocalypse. Notre rencontre à toi et moi et ce qu’on va se dire. Connaissant mon père, il a tout prévu ça. Au point où je me demande ce qui m’appartient, dans tout ce foutu acte de rebellion envers ma destinée. Je dois aller à Aberdeen, la semaine prochaine, me pavaner comme un trophée en hilt. Je l’ai promis à mon père. Je l’ai promis pour sauver la réputation d’une fille que j’aime bien, tu vois. Pas comme tu penses. Oh non, pas comme tu penses. Parce que mon père a su nous surprendre là où ça faisait mal et nous piéger dans son grand jeu de cartes. Un joker qui sortira, quand personne ne s’attendra de rien. Tu savais que Pratt, ça voulait dire « farceur» en vieil anglais, hein ? Des putains de Jokers. Alors tu me parles d’héritage hein ? Que ça va être désuet et tout… On se joue une guerre muette, mon père et moi, sans qu’il le sache… ou peut-être le sait-il déjà, au fond ? Qui va crever en premier, hein ? Qui ? Moi d’une  balle dans la tête à force d’étudier et de mener une vie dont je n’ai rien à foutre ? Moi du sida ou lui de vieillesse ? Les sons en héritage, comme tu dis. Les sons en souvenirs et en requiem… Qui se souviendra d’un musicien qui échoué à la rue ? Je n’ai plus de demi-mesure, tu comprends ? C’est tout ou rien. Si je meurs, je meurs comme un mendiant. Ou comme une fucking star. »

Il regarda le mégot de cigarette qu’il tenait à la main et la fumée qui s’en échappait. Au loin, il vit un taxi noir s’arrêter au coin de la rue et une tête rousse flamboyante en émerger, vêtue d’un tailleur bleu pastel. Il jeta son mégot aux mouettes et inspira par le nez, avec un air ennuyé.

« T’as raison, dude. Le monstre du Loch Ness nage déjà dans notre direction, à contre-courant. J’aperçois déjà son long cou de cygne, au travers de la flotte humaine. On décampe. Maintenant.»

Il jeta un dernier regard vers la vermine qui grugeait les derniers vestiges de son repas.

« Je n’avais pas vraiment faim, de toute façon. Un café. J’ai besoin de putain de café. J’en connais un, italien, pas loin, pas trop achalandé. Suffit d’éviter les parties de foot.»

Alistair tourna les talons d’un coup sec et fut reconnaissant que Wilde le suive, au même rythme. Il crut entendre, derrière lui un « HAROLD GERALD ALASTAIR BRAT! » débordant de haine vengeresse et d’hystérie aigue mais il n’y prêta pas attention. La foule les avait ensevelis de toute façon. Et elle savait où l’attendre, non ?

Ils échouèrent dans un café italien méconnu, au fond d’une ruelle. Le vieux Giuseppe le reconnut, le salua chaleureusement de la main et pointa le jeu de dames, en face de lui. Alistair lui répondit, dans sa langue natale que, ce serait pour un autre jour, cette fois-ci. Wilde avait gardé ses distances. Le jeune homme lui en était reconnaissant. Plus qu’il n’aurait osé l’admettre. Ce ne fut que lorsqu’il eut son triple expresso allongé entre les mains dans un verre, qu’il brisa le silence et hocha la tête, à tous les conseils donnés. Puis Alistair éclata d’un rire franc, presque enfantin.

« Pratt. PRATT. Pratt & Pratt, dude ! Mais ça ne te dit rien ?  Fuck… Putain de Fuck… J’oublie qu’on vit dans notre petit monde et qu’on se croit bien grand, toi et moi, hein ? Qu’on se croit le centre du monde parce qu’on s’appelle Wilde ou Pratt. Que le monde entier connaît notre destinée. Juste parce qu’on sort d’un vagin et pas d’un autre. Non… pas commerce. Pas comme ton géniteur… Non…Moi, J’ai été programmé depuis la naissance – fuck non, depuis la conception,  pour transcender le Barreau britannique. Le fucking Barreau britannique, tu imagines ?

Alistait but une gorgée de son espresso et laissa le liquide amer couler dans sa gorge et pencha la tête de côté, en mimiquant l’attitude de son adversaire, un peu plus tôt.

« D’accord. D’accord pour les branleurs identifiés. Je m’en tape de John et de son foutu cousin consanguin. Il sait pianoter, le type, très bien ,même. Mais c’est tout. Juste pianoter. Il ne connaît rien dans la vibration qui te passe au travers du corps à chaque fois que t’appuies sur une touche. Il ne compose pas, ce type. Alors ouais, quoi d’autre, Wilde ? Putain… tu le sais comme moi que c’est moi qui aie composé ce truc, qu’on t’as mis à bas en douze heures à peine. Vas-y. Blaste, vieux. Pique où ça fait mal, comme nos vieux l’auraient fait. Qu’est-ce que je dois changer, pour être comme toi ?»
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() message posté Mar 22 Mai - 19:10 par James M. Wilde


« We get some rules to follow
That and this
These and those
No one knows
We get these pills to swallow
How they stick
In your throat
Tastes like gold »

Alistair
& James




Au milieu du néant qui gît dans leurs têtes, ne demeure que la gravitation de nos mots acérés. Du bruit. Du bruit tout autour, partout. Ils parlent pour ne rien dire, une prose sans fond, sans fin, une existence banale qui me laisse frissonnant de dégoût et de désarroi, me brûle sans cesse pour ne plus savoir le goût que cela a. La famille, la paix, l'amour même, l'organisation d'un quotidien sans heurt. La vision se disperse, elle se fait flammes et déjà cendres, une idylle déformée par mes envies, trop nombreuses et trop nourries, pour qu’elles ne sachent construire ou satisfaire cet appétit qui croît, qui dévore tout. La complaisance d’une normalité qui m’échappe, élance des obscurités dans ma tête que je ne prends même plus la peine de déchiffrer. Comment font-ils ? Comment font-ils pour ne pas sombrer ? La simple question me tance et me tourmente. Une vie stoppée par l’éclatement d’un crâne, un corps balancé du haut du troisième étage d’un petit immeuble de banlieue. Qui finit par flotter dans la Tamise. Comment font-ils pour continuer de se parfaire dans un tel carcan ? Je me souviens pourtant. Je me souviens de la maison de Reb, dans la périphérie d’Hampstead, une normalité sans misère, une vie rien qu’une vie, sans luxe aucun, la chaleur d’un foyer qui ne cherchait guère à m’étouffer. J’y ai passé des heures, des jours, des semaines. Les pavillons tous semblables, une uniformité qui m’apaisait, l’on pouvait y disparaître, ne plus y être soi. Quelque chose s’y complétait, dans une naphte doucereuse, qui me protégeait. De moi et d’eux. De mon père surtout. Car la mère de Reb, elle m’aimait. Elle m’aimait pour ce que j’étais. Pour tout ce que je représentais. Elle ne s’horrifiait pas de nos crises hystériques ou encore des déchirures que nous nous infligions. Elle m’aimait comme un fils. Un fils. Puis il n’y a plus eu que le froid et la mort. Le lien rompu. Tous les autres ensuite. Plus rien à construire dessus, plus d’obligation non plus quand je les avais niées dans le sang. Plus rien en somme. Appartenir au passé simple. Ne m’appartenir qu’à moi. Et à tous ces autres qui crèvent de me voir me désincarner sur scène sous leurs regards plein de fièvre. Dans la fièvre et les cris. Les échos des mots de mon père fêlent les souvenirs. Ces gens ne t’aiment pas. Ils ne t’aimeront jamais. Ils ne t’aiment pas James.

Mes paupières balayent avec langueur et peine les images qui ne cessent de me harceler. Depuis que j’ai frôlé le pire, une fois de plus, une fois de trop. La construction difficilement rêvée s’est brisée dans les pleurs, et les râles. J’ai réussi à abandonner quelqu’un d’autre. Oh… Elle n’est pas morte. Pas comme Rebecca. Bien sûr. Bien sûr. Mes souvenirs s’engluent dans l’hémoglobine, mes doigts se serrent, retiennent mes fantômes qui continuent de s’évanouir au loin. Les images heureuses de temps recomposés, toutes corrompues. Comme lui. Par ce qui semble le frapper. Victime des autres. Victime de soi. Le même résultat. J’ai mal pour lui… Parce que sous l’éclat de ses fureurs, la maladie le consume et le pourrit. L’empathie malsaine grimpe sous ma peau, susurre à mon oreille. Moi c’est lui. Lui c’est moi. Ami et Ennemi à la fois. Je ne sais pas. Je ne sais pas encore tout à fait. Les raccourcis sont faciles pour croire encore appartenir à l’humanité. Ne suis-je pas fracturé par le même bruit, l’absence de sens que j’injurie tout autour de moi ? L’infamie de l’absence que je continue de dissimuler ? Il n’est pas comme moi. Il n’est pas comme moi, il ne peut pas. Je ne lui souhaite pas et pourtant je continue de l’emmener, de tenter des discours, de brouiller des pistes pour mieux les parcourir à rebours. La condamnation tonne entre nous. Deux victimes contraires. Le sort et la folie. Il n’a pas choisi. Moi non plus sans doute, je n’ai pas choisi ce soir-là. Que ça finisse ainsi. Mais… C’est ce qui s’est produit.
_ Tout ou rien, hein ? Alors fais donc en sorte que ce soit tout. Ne réfléchis plus; ni au bien que cela procurera, qui confinera au plaisir et à l’indécence. Ni au mal qu’il faudra porter à ton compte, à celui des autres aussi. Ton père ne te tient que parce que tu le laisses encore faire. J’ai laissé le mien faire aussi. Il peut m’atteindre mais je sais également que ce que j’ai construis, il ne pourra jamais l’enlever. Le faire disparaître. Pas une nouvelle fois. Laisse donc la symbolique à celui qui n’a plus que cela, ton paternel c’est tout ce qu’il manie. Des obligations fausses et des devoirs que tu peux très bien fuir. Quel moyen de pression il restera ? Celui du fric c’est ça ? Et alors ? Tu n’auras plus rien. Plus de pouvoir, plus de devoir. Juste le vide et tes compositions, juste ça.
Une évidence qui plane et qui s’abat, une autre prophétie qui doit être bouffée, jusqu’à en crever. Jusqu’à se retrouver face à son reflet pour le défigurer. Il a de ce talent qu’on ne trouve chez personne. Ou chez très peu. Une corruption latente, un mal qui le dévore bien plus que son putain de virus. Tout aussi létal, je le crois volontiers. Je hausse les épaules, détaché. Combien de réputations brisées, d’honneurs déçus, d’aides repoussées aussi pour la liberté si factice. Une liberté que l’on saigne de savoir inapte à convenir au rêve. Je précise :
_ Et si tu ne peux pas lui échapper, pas tout de suite, pas encore. Alors mens, ploies, prends tout ce que tu peux et oublie ce que tu devras. Au moment d’honorer un serment, parfois il faut le briser. C’est peut-être amoral mais… Ton paternel n’a aucune moralité. On ne gagne pas à la régulière avec ces gens-là. Cette fille, pourquoi il faut que tu y ailles pour elle ?

Le flux des passants devient une douleur, quelqu’un me bouscule au passage et tout mon corps se tend, déjà au comble de l’angoisse de se savoir ainsi enclavé. Il faut que l’on bouge, il faut partir de là, je ne supporterai pas plus longtemps leur incessant ballet avant de les cramer à l’acidité de mes phrases. J’emporte le petit dans une direction illusoire, puis bientôt me laisse mener à mon tour, car après tout, un café à l’italienne, c’est plus qu’une bonne destination. Mes traits blafards retrouvent des couleurs à l’appel de la caféine et je lance un :
_ Bien dit. Un café c’est très bien.
J’ai besoin d’un espresso. De deux ou trois en réalité pour me sortir du brouillard. J’ose un dernier regard envers notre monstre roux, je lui distribue un sourire en coin, d’une malignité presque facétieuse avant que nous ne disparaissions sous ses cris.
_ Elle plaisante pas la petite dame. Harold ? Really ?
Je ne retiens guère ma moue amusée en remerciant Wyatt de m’avoir baptisé plus sobrement. D’un côté, c’est souvent le cas pour les parvenus, sauf quand ils se trouvent en mal de reconnaissance et font pire que ces noblesses ridicules et sclérosées. Les lieux qui finissent par nous accueillir obtiennent aussitôt mon assentiment qui se lit clairement dans ma posture qui se décontracte dès le seuil franchi. Je laisse le gamin échanger des sympathie avec le tenancier surtout que de l’Italien je ne connais que les quelques mots pataud que je sais balancer depuis la scène d’un stade. Ah et demander à une fille si elle veut me suivre aussi. Le reste se passe en général de mots ou de discours très développés… Je commande un double espresso, un kenyan, avec de nombreuses précisions sur la température, le verre d’eau minérale que je veux en accompagnement, ainsi que la torréfaction. Parce qu’on déconne pas avec le café. Jamais. Même si je ne torture pas le vieux autant que je l’aurais fait de la serveuse d’un Starbucks où j’évite toujours de foutre les pieds. Je pose des questions sur les lieux aussi, puis je finis par secouer la tête devant son rire, même s’il attire un sourire plus entier qui s’éprend de mes lèvres.
_ Ah, terreur, sache que j’ai beaucoup fait appel aux avocats mais jamais à Pratt & Pratt. Comme je me tiens très éloigné de Wilde & Swanson. Putain le barreau… La cour des menteurs. Je meurs rien qu’à t’imaginer avec leur foutue perruque. On devrait brûler le type qui impose encore ça. Bref, ta programmation faut maintenant la foutre en l’air. Plus encore que ce que tu as déjà fait.
Je sors une clope en tapant mon paquet sur le coin de la table et glisse le filtre entre mes lèvres avant de l’allumer. Le concept des endroits non fumeurs dans toute cette ville m’est totalement étranger. C’était encore pire aux USA.
_ Une fois John remis au diapason et le pianoteur balancé à la rue, tu t’attaques à la composition. Pas à tes examens. Tu deviendras pas avocat de toute façon, comme je suis jamais devenu chef d’orchestre ou compositeur classique, on est d’accord. Partant de là, ton rôle ça va être de contraindre ton connard de père de te laisser partir. Arrête d’être lâche, arrête d’avoir la trouille, il est vieux, il est terminé ou quasi. Quand t’auras gravi la scène, le gosse, c’est plus jamais à Pratt & Pratt qu’on pensera en entendant ton nom. Tu crois que quelqu’un dans cette ville se souvient du cabinet de conseil de mon vieux, ou encore de ses affaires florissantes ? J’ai gagné en écorchant le patronyme, et tu sais pourquoi Wyatt m’a laissé partir sans plus jamais venir me faire chier ? Parce que la honte a été plus grande que le reste. Mon père a honte de moi et me trimballer désormais c’est pire que d’afficher une tare.
Je descends mon espresso et repose la tasse dans la soucoupe qui chante de mon geste virulent :
_ Fais en sorte qu’Aberdeen soit synonyme de scandale et tu seras sur le bon chemin. Et je t’assure que plus jamais il ne te forcera à t’afficher à ses côtés. Avale la honte, bois-la jusqu’à ce que tu la dégueules. Qu’elle l’éclabousse et qu’il se la ferme. Qu’ils se la ferment tous. Qu’il apprenne à son tour ce qu’est l’absence de choix.
Je tire sur le filtre en plissant des paupières face à sa dernière interrogation. Être comme moi. Être comme moi. Je laisse mourir les hurlements dans ma tête, et les rires du monstre qui miaulent que pour être comme moi, il faudrait plus de sang sur ses doigts. Les couleurs s’enfuient et ne demeurent que mes phalanges blêmes qui tremblent autour du filtre.
_ Je ne veux pas que tu sois comme moi. Je veux que tu sois comme tu dois être. Ce sera déjà un bon début. Je veux que tu luttes, je veux que ça fasse mal, je veux que tu me haïsses et que tu m’idolâtres. Je veux que tu te souviennes du chemin à tracer. Je veux que tu t’insurges. Je veux que tu saches parfois te la fermer. Aussi que tu viennes ouvrir ton âme en studio. Devant moi. Dans la fadeur des néons, dans les jours les pires. Dans les jours plus cléments aussi. Je veux que tu viennes bosser, qu'on enregistre, qu'on regarde ce que ça pourrait donner. Après John se la fermera. Crois-moi...
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() message posté Hier à 8:42 par Alistair H. Pratt
La sonnette du café retentit et ce qui ressemble à un couple de touristes japonais égarés fit interruption dans le minuscule café vide. Ils demandèrent l’accès aux toilettes, dans un anglais approximatif. Le vieux Giuseppe leur sourit sans un mot et leur montre le minuscule couloir, tout au fond de la salle. Alistair les suivit distraitement du regard, en silence alors que le couple toisaient le décor vieillot, les affiches d’équipes de football italiennes jaunies, les étendards sportifs délavés au plafond et les banquettes de cuir rouges élimés. Il y avait un vieux portrait de la Reine, sur un mur derrière le comptoir qui devait bien dater des années 70, au travers des drapeaux italiens poussiéreux. L’absence de musique et la fumée acre de la cigarette de Wilde allaient en symbiose avec l’ambiance.

Une fois le couple sorti, Giuseppe fit un clin d’œil à ses seuls clients et alluma un vieux téléviseur qui surplombait le comptoir et ne fit plus attention à eux. Il n’y aurait plus d’autres clients avant au moins le dîner. Et encore. Il n’y avait pas de partie de foot prévue à l’horaire. La grande télé HD, accrochée au mur du fond, seule preuve qu’on avait dépassé le 21e siècle, resterait noire et silencieuse, ce soir. Le son du zippo du pianiste retentit dans le café avant qu’un flot de dialecte italien, provenant du sitcom qui se jouait à l’écran n’envahisse la pièce dans une sourdine réconfortante.

Alistair avait observé Wilde commander son café - avec les mêmes demandes aristocratiques qu’il infligeait lui-même au Starbucks ou dans les fast-food - sans un mot et avait faillit éclater de rire. Peu importe les demandes farfelues, le vieil italien servait le même café à tout le monde, un verre d’eau minérale ou un peu de lait, de sucre ou de vapeur en plus ou en moins. Il tendait le café, brut et laissait les gens y ajouter leur fantaisie, à leur gré. Kenyan ? Oui, Monsieur, voici votre Kenyan à la température désirée. Peu importe d’où venait le café, vraiment. C’était le meilleur en ville.

Pourquoi être revenu dans ce café, après Rome ? Alistair ne savait pas trop. Son père l’y avait emmené, une ou deux fois, quand il était encore enfant. Quand il n’y était pas encore question d’avenir ou de cabinet. Quand son père était encore extasié par son esprit curieux et par ses questions embarrassantes de môme. Quand il était encore fier. Giuseppe et sa femme servaient des gelato divins, à l’époque. Maintenant, le vieux n’en avait plus l’énergie, ni la clientèle. Peu importe. Ce café lui rappelait que la vie n’était pas si sale. Giuseppe était seul maintenant, comme lui. Ils se faisaient une partie d’échecs ou de dames au moins deux fois par semaine. Et c’est ce qui comptait.

« Je t’assure, la perruque, c’est le dernier de mes soucis. On est pas habitué aux déguisements et aux masques, toi et moi, hein ? Une foutue toge ou une perruque ne change pas grand chose. C’est comme ton jacket de cuir et tes cheveux hérissés, dans tes shows. Ou la teinture noire que je me fous dans les cheveux, tiens. Du show. Quand à la cour des menteurs… »

Alistair expira un rond de fumée, d’un air songeur.

« Je sais pas toi. Au fond, je m’en fous. J’ai passé ma vie à réagir aux autres. À obéir ou à me rebeller. Mon père a presque raison. Je suis doué pour jouer au caméléon. À changer de couleur pour survivre. À jouer aux fendants pour mieux aplatir, le temps de fuir en douce. Bordel, tu le sais, non ? Ça ne paraissait pas assez quand on s’est vu, la première fois ? Tu m’as bien eu. Est-ce que je veux être ça ?

Alistair secoua la tête d’un air désespéré et leva sa tasse vide dans l’air, vers le comptoir, le temps d’une obscure pause publicitaire.

« La fille… Je ne sais pas quoi te dire, sérieux. C’est… C’est la fille du concurrent direct de mon père, tu vois. Une donzelle que je connais depuis dix ans. Aussi fucked up, sinon plus. Une épave à la recherche d’un port. Comme moi. Cette fille c’est… c’est un peu comme la petite sœur que j’ai pas eu. Une petite sœur un peu sotte, parfois et complètement paumée. Une fille qui fait de son mieux. Elle… elle n’est vraiment pas prête à vivre dans la rue, elle. Mon père a découvert des trucs sur elle et son père, un peu par ma faute. Parce qu'il est malin, mon père. Il menace de tout révéler, si je ne le suis pas au doigt et à l’œil. C’est tout. Y a juste ça, d’accord ? Le reste ne te regarde pas. Ça ne regarde personne. Juste elle. Même pas moi. »


Giuseppe lui fit un signe et enclencha simplement la machine espresso. Quelques minutes plus tard, une tasse fumante l’attendait sur le comptoir écaillé et le sitcom reprenait. Alistair se leva et récupéra sa tasse pour rassoir.

« Tu me parle de fric et de vide. Non mais sérieux Wilde… t’as déjà vécu à la rue, dis ? Je veux t’entendre. T’as déjà été à la rue, hein ? Est-ce que tu sais comment te faire cuire un œuf, toi ? Parce que moi, je ne sais pas. Y a cette fucking bonne qui venait à tous les jours me faire à manger et faire le ménage, tu vois. Je l’ai renvoyée. Parce que je ne voulais pas qu’elle trouve les putains de médicaments et qu’elle le dise à mon père. Alors je mange des Corn Flakes et du fast-food. C’est tout. Tu sais combien coûte ces foutus médocs ? 1000 livres. 1000 putains de livres. Je les paie de mes poches, si tu veux savoir. Du moins pour l'instant. Parce que le Monstre du Loch Ness, la Grande Ventouse, c’est aussi Œil-de-Faucon. Quelque chose ne va pas dans les reçus ? Elle le sait, la catin. Quand mon père m’aura déshérité, tu crois que l’assurance-médicaments du pays pourvoira même si je n’ai plus d’adresse ?  Tu ne peux pas savoir à quel point j’aimerais vivre d’amour et d’eau fraîche mais fuck… même toi, t’as eu un certain capital de départ pour bâtir ta putain de renommée et ton putain de club. Et tu me demandes de partir, à zéro et de composer. Juste composer. »

Il posa son menton sur sa main, d’un air pensif et observa distraitement le drame qui se jouait à l’écran.

« Tu me demandes de me jeter dans le vide. Comme si je me jetais du cinquantième étage d’un édifice pour m’éclater la tête dans la rue. Vraiment. T’es conscient de ça, hein ? Je suis pas con, Wilde. Je sais que je ne pourrai pas continuer longtemps, comme ça. Mon destin revient au même. Je le sais. Le mensonge ne pourra pas durer bien longtemps et je suis fatigué, de bluffer tout le temps. Tu vas rire mais j'ai toujours eu l'impression d'etre un étranger dans ma propre caste. Comme si je n'avais pas la bonne identité et qu'on m'avait arraché une partie de moi. Comme s'il y avait deux Alistair. Ouais deux Alistair. Et il y en a un qui me fout la trouille. Je suis peut-être bon à faire enfermer. Alors ouais... au fond, ce que tu me demande... Au final, ça revient au même. Suffit de se jeter dans le vide, comme tu dis et de se servir de cette trouille absolue pour créer."

Il regarda sa tasse et soupira.

«John n'est pas un mauvais bougre, crois-moi. Il veut juste protéger les autres. Et je suppose qu'il essaie de me protéger de moi-même. Va. Je foutrai le bordel à Aberdeen. C’est ridicule à quel point c’est simple. C’en est écoeurant. Vraiment écoeurant. On croirais que toute la planète a atteint le 21e siècle. Mais non. Y a qu’à regarder ce petit café pour le comprendre. »

« Et ouais, je viendrai au Viper et en studio aussi longtemps tu le voudras. Pour apprendre. Jusqu’à ce que j’en sache assez pour me rebeller à nouveau. Ça te va ? C’est le seul deal que je puisse te promettre. »


Cocorosie - Lemonade ( pour mettre de l'ambiance:
 
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