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We get some rules to follow _ Alistair&James

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() message posté Lun 4 Juin - 13:03 par James M. Wilde


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Alistair
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La dispersion des sens et des idées, quand la langue abandonne au seuil d’un établissement hors d’âge, hors du temps, seuls les réflexes sont là et l’essence de l’être qui surnage ses affects. Je délaisse mes costumes et revêts les parjures naturels de mon état soumis à mes humeurs changeantes. Avoir retrouvé l'ombre en pleine nuit a bordé mes yeux de bleu, rappel constant de nombreux doutes et de ces fautes à peine admises, pas encore supportables car trop proches de celle qui les engendra toutes. J’apparais tel que je dois, tel que je suis et tel que je fus. Amaigri, incisif et décontracté, un pied reposant sur mon genou, mes doigts qui pianotent sur le dessus de la table en formica, avalant l’atmosphère du café à chaque bouffée de tabac qui réchauffe ma carcasse. En toile de fond, le chant de l’Italien dans le téléviseur, des mots incompréhensibles, d’autres pensées qui parasitent celles qui tournoient déjà dans ma tête. Le jeu des regards commence à se tisser entre nous, parce que chacun s’observe pour mieux détourer ce qui continue de nous échapper. La ressemblance trop frappante, insupportable pour ceux qui n’ont pas appris à tolérer ce qu’ils représentent. Le saisir dans une image semblable m’est aussi douloureux qu’agréable, la cruauté d’habitudes qui viennent mordre l’épiderme pour le laisser frissonnant devant le portrait déformé de soi. Je bois mon café qui n’est absolument pas Kenyan mais quelque chose dans mes résolutions éphémères m’indique de ne pas courir sur le sentier de la guerre lorsque déjà l’énergie pour esquisser un pas me manque, alors je bois mon espresso et je me la ferme, parce que le café est bon et qu’au fond, c’est bien ce qui compte. N’est-ce pas ? N’est-ce pas… Ce qui compte, décompte des jours depuis les nues qui furent atteintes, fourvoyées dans d’autres enfers, j’ai la mine basse parce que je ne sais plus où je vais, si ce n’est loin de ce que je fuis, et fuis encore. Pas aujourd’hui cependant, quand je tolère sa compagnie pour mieux me rappeler la mienne, les manques, les erreurs et l’ignoble qui continue de suinter par tous les pores de ma peau. Mes iris bleus s’aimantent sur lui quand il parle de mensonge, il y a une seconde de mélancolie sur mon visage, parce que je me rappelle un jour avoir menti sans aucune douleur devant les caméras quand le jeu est devenu plus épineux aujourd’hui, le personnage dépasse l’être, le laisse exsangue et hurlant, oublié et honteux dans le dédale de ce que j’ai déconstruit.
_ Disons que je déforme la vérité. J’ai toujours eu beaucoup de mal à mentir même devant ces connasses qui cherchent à creuser ma vie quand elles n’ont pas l’ombre d’une idée de ce qui s’y trame. Alors il y a des demies vérités qui sont toujours là, murmurées, parce que les gens ne savent plus quoi en faire, la franchise fait peur, elle passe pour une attaque ou une violence. Puis la musique… Sans doute pour qui sait voir, oui. Mais personne ne regarde vraiment, tu ne crois pas ?
Parce que s’ils regardaient tous, s’ils regardaient tous jusqu’à s’aveugler dans la douleur qui fraye dans les paroles et dans les notes ils détourneraient le visage avec pudeur, incapables de soutenir la vision offerte, indécente et vulgaire. Les sentiments crachés, exorcisés sur scène, trop prégnants pour seulement les accepter.
_ Les gens font semblant de comprendre ce qu’on est. Mais ils n’effleurent que la surface. Tu hurles la maladie ou la mort, on prétend que tu es sensible. Tu pleures la vanité et la peur, on dit que tu es pessimiste. L’atténuation du sens, pour qu’il n’y ait plus qu’un putain de bruit de fond. Ouais. Les gens ne voient rien.
Hormis les exceptions, ces personnalités déjà fantasques qui savent entrer en résonance avec ce que nous sommes. Je me penche légèrement en avant pour écouter ce qu’il m’explique sur sa façon de gérer un quotidien compliqué, sur ce qu’il a appris à feindre et j’ai un léger rire presque enfantin :
_ On réagit toujours aux autres. C’est le problème et la solution, la plaie et le poison qu’on fout dedans pour l’atténuer. Les autres sont une putain d’offense permanente. Exactement quand je t’ai vu alors que tu ne souhaitais pas que je le fasse, c’était une blessure supplémentaire à recevoir. Mais le personnage que tu façonnes m’intéresse autant que ce que tu planques dessous. Tu apprendras à mieux feindre, t’en fais pas. Entre escrocs on se reconnaît, c’est tout.

J’ai un petit soupir, repoussant ma tasse d’un air épuisé et avale mon verre d’eau d’une seule lampée, mes esprits malades dessinant déjà quelques lignes de coke supplémentaires histoire de traverser la journée sans encombre. Je pense aux rivages où elle doit être perchée quelque part, aux rêves pour ôter la très lente agonie, pense à son escroquerie si parfaite qu’elle m’aveugle, que je continue à vouloir m’aveugler à son image pour ne pas l’écorner. Par peur de vouloir à un moment soulever les pans parfaits de ce qu’elle a apposé sur son essence pour mieux abattre la trivialité sur ce que nous partageons. Y prendre goût, m’y enivrer pour substituer ma soif dévorante à une autre frénésie. Je fais la moue en considérant ce qu’il confie, le sent piégé par des sentiments d’une humanité que l’on ne peut guère discuter, je ne vais pas lui apprendre à être détaché de tout quand je n’y parviens pas moi-même. Alors je ne fais que ponctuer :
_ Pourtant, c’est ce qui arrivera. La rue pour elle, car tu ne pourras pas jouer le pantin toute ton existence. A moins de trouver bien entendu un autre moyen de pression sur ton paternel, histoire de lui faire lâcher la fille.
Je dépeins d’autres avenirs donnés aux ténèbres où il aurait tout sacrifié ou tout perdu. De ces abandons qu’il m’a fallu expier dans la tourmente un jour pour tout quitter, pour partir, pour que l’on ne me retrouve jamais quand je n’étais plus qu’une créature fragile, sclérosée entre les murs dégueulasses d’un asile. Le vide se rouvre parce que les images transitent devant celles qu’il m’oppose et mes confidences butent contre mes dents serrées, qui interdisent d’ainsi exposer ce que je ne dis jamais. Je le regarde très attentivement parce que ce que je lui demande c’est un acte de foi, et avant de démonter tout ce qu’il baragouine je ne fais qu’articuler, accompagné d’un sourire agressif :
_ Exactement. Juste composer, et rien d’autre.
Je me retire et laisse le silence graver la résolution que j’ai sans doute déjà prise dès lors qu’il m’a balancé sa chanson dans la gueule la première fois. Une chaîne supplémentaire qui vient mordre mes poignets et m’ancrer dans un univers que j’aimerais tant voir imploser. Mes propres termes me reviennent en mémoire. Le problème et la solution. C’est lui, c’est moi. Je n’en ai pas envie et pourtant je ne l’abandonnerai pas. Pourquoi ? Pourquoi ne puis-je pas simplement prétendre me foutre de lui et le laisser crever avec sa maladie et son père psychopathe ? J’ai véritablement mal tout à coup, et ma colère vient troubler le regard que je pose sur lui. J’aboie presque :
_ Des excuses, putain, ce sont des excuses ça, Pratt. Bien sûr que je ne sais rien me préparer, bien sûr que Maria vient encore à la maison faire le ménage car je sais même pas où est le foutu aspirateur dans ma propre baraque ! Et ? Et donc ? C’est quoi la démonstration éloquente que tu tentes de faire ? Que bouffer des céréales c’est chiant ? Bah ouais, c’est même pire que ça, je t’assure, quand tu auras fini par traîner tes propres amis dans la misère, à regarder le mur cloquer au dessus de ta tête alors que tu délireras de douleur. Quand tu auras tout broyé entre tes doigts et qu’il faudra assumer ensemble. Que rien n’aura l’innocence de la jeunesse, ou des premiers plaisirs. C’est pire que la rue ou que l’image qu’on s’en fait. Alors ne me parle pas de ton espionne à la manque ou encore de tes médocs, je te demande de foutre le camp, de te retrouver face à ce choix. Et d’utiliser tous ceux qui t’entourent pour pouvoir le faire, tes amis qui s’inquiètent, la fille que tu protèges, et moi aussi. Parce que tu as raison. On ne fait que réagir aux autres parce qu’on est jamais seuls. Jamais libres. Jamais.
Et quelque chose en moi souffre tout en sachant que je ne le laisserai pas continuer à prétendre et se perdre totalement. J’ai une exclamation dégoûtée et un peu rauque lorsqu’il me parle d’avoir l’impression d’être un étranger. Bordel que c’est vrai. Je déglutis lentement l’amertume du café et de ce que j’ai compris il y a des années.
_ Et tu sais quoi, Breaking News mon grand, tu resteras étranger même dans ta caste d’adoption. Tu seras toujours à la marge, qu’importe où tu te places. Chez les malades, chez les musicos, chez les bourges, chez les clodos. Qu’importe.
La vision d’horreur qu’il me narre m’arrache une sorte de frisson détestable qui court le long de mon échine parce que très étrangement je visualise bien le mec qu’il a cru croiser dans cette sorte de mirage. Ma voix est plus posée, un peu triste également, mon timbre étire mon offrande aussi empoisonnée que celle de son père au fond. Car l’on dépend toujours des autres, de ses bienfaiteurs comme de ceux qui vous tyrannisent. Il dépendra de moi. Je dépendrai de lui aussi. L’idée me donne le vertige, comme s’il me fallait me balancer une seconde fois dans le vide pour sentir l’impact à ses côtés.
_ Plutôt que de continuer à osciller, autant plonger, je t’assure qu’ensuite… Enfin non je vais pas te mentir, ce n’est pas simple. Ce n’est pas plus simple pour moi aujourd’hui que quand je m’accrochais encore aux idéaux de ma famille, que lorsqu’on ne me voyait pas comme un putain de taré. Ca n’a rien d’agréable, on ne se sent mieux que l’espace de quelques secondes avant de réaliser que le piège s’est refermé. Et que tu crèves d’angoisse à l’intérieur. Sauf que… Je te laisserai pas crever. Si tu sais te relever, t’auras pas à t’en faire pour ce qu’il faut payer, ton traitement, ou ton loyer. Je te laisse cette troisième solution, je te filerai ce qu’il faut et regarde, c’est pas merveilleux, je te demande même pas de t’agenouiller en échange.
J’écarte les bras avec une moue dérangeante sur le visage avant de railler :
_ Si t’avais été une nana, sans doute que je n’aurais pas pu me targuer d’éthique parce que j’en ai absolument pas… Mais au fond, qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Convaincs tes potes que tu n’es plus une menace, ou plutôt que la menace fait partie du deal. Et montre-moi que ce que j’ai aperçu n’a pas été un foutu hasard. Le reste, ça n’est que beaucoup de douleur, mais c’est celle dont tu décideras. Et ça, ça change tout.
S’il avait eu des nibards, je l’aurais sauté au passage, en échange de sa carrière et du fric. Je suis très conscient de mes deal qui n’ont absolument rien de gratuit. J’opine doucement et ajoute :
_ Alors au bordel et à ta future rébellion. Essaye de me dépasser. C’est tout ce que je te demanderai dans un premier temps. Jusqu’à ce que je vienne demander ce que tu ne pourras pas donner. Car je demande toujours bien plus que ce à quoi on est prêt.
Je hausse un sourcil provocateur, me souvenant d’avoir jusqu’alors gagné contre tout le monde et surtout contre moi. Les sacrifiés qui tracent mes routes et mes méandres de leurs sangs versés psalmodient ensemble et me retournent l’estomac. Ceux qui furent donnés en échange de ma survie, ceux qui osèrent approcher, croyant l’invitation sans revers aucun, avant que le vide ne se dessine enfin, passé le seuil. J’ai tant promis de rattraper ces autres qui savaient se lier à moi, mais je n’ai pas pu. je n’ai jamais pu les épargner. Et je me demande s’il en sera pareil de lui, quand il comprendra. Que mes envies n’ont pas de limite, qu’elles ne s’effraient d’aucune loi, qu’elles ne surseoient jamais au mal qui pourrait être fait.
_ Ca ma va, Alistair. On verra combien de temps ça t’ira, à toi. Oh, une dernière chose… Invite-moi à Aberdeen. J’ai envie de montrer à ton père qu’il est en train de perdre son emprise sur son fils.
Je balance ça dans l’élan le plus désintéressé qui soit extérieurement quand toute mon attention se resserre sur lui, comme pour commencer à évaluer tout ce qu’il sera prêt à offrir en échange de notre pacte.
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() message posté Jeu 7 Juin - 23:27 par Alistair H. Pratt
Des excuses. Tout ça n’était que des excuses. Alistair ne put s’empêcher de rougir de honte et se détourna un instant pour trouver un ancrage illusoire sur le petit écran, accroché au-dessus du comptoir. Le soap italien par excellence. Le jeune homme se souvint vaguement avoir vu le même épisode encore et encore lors d’après-midi de fainéantise, à Rome, pour parfaire son italien. Giulia venait d’apprendre qu’elle avait une tumeur au cerveau et que Leo la trompait avec une autre femme et puis, bien sûr, elle revoyait son bel Ermes dans la rue et… Il frappa la table d’un air rageur.

« Foutaises. Ermes va finir par la tromper ou lui dire qu’il ne peut pas quitter sa femme et elle va crever toute seule dans une chambre d’hôpital, pour une idylle de cinq minutes. Non, mais quelle conne. »

Le vieux Giuseppe se retourna en fronçant les sourcils et lui fit signe de ne pas gâcher son émission. Une émission qu’il devait sans doute avoir vu un bon millier de fois, depuis la mort de sa femme. Alistair lui fit un sourire désolé. C’était lui, le con. C’était lui qui avait tout pris pour acquis et qui s’était laissé enliser dans cette vase scintillante qui le suffoquait. C’était lui qui se laissait mourir à petit feu parce qu’il avait peur de perdre son confort. Mais quel confort? Hein, quel confort?

Les paroles de Wilde se répercutaient dans sa tête comme une balle perdue qui ravageait tout. Il ne serait jamais en paix. Jamais. Il le savait depuis longtemps. Il avait cru pouvoir s’échapper de son milieu, de ses obligations, se fondre dans la masse avec extase et vivre ses rêves d’adolescent avec des camarades de la classe prolétaire. Fonder un groupe et jouer juste pour jouer. S’amuser. Faire trembler la tôle d’un simple garage de banlieue londonnienne sous la vibration des amplis de fortune, devant des petites copines en émoi, comme les autres mecs enfiévrés de testostérone de son âge. Alistair y avait vraiment cru, à son idylle de cinq minutes.

Mais les autres mecs le regarderaient toujours avec méfiance et avec une certaine envie. Avec une certaine haine non avouée, sans doute. Pourquoi toi et pas nous? Pourquoi? C’était la question silencieuse qu’il lisait dans tous les regards. Une question qui prendrait des airs de mépris lorsque viendrait le temps de quémander un toit. Comment as-tu pu en arriver là avec tout ce qu’on t’a donné et qu’on n’a jamais eu, nous? Comment? John, Max et Erwan étaient bien gentils. Ils l’avaient acceptés à bras ouverts, au début. Mais il y avait un mur de verre entre eux et lui. Un mur de verre qu’il avait tenté de fracasser sans jamais réussir à égratigner. Les petits surnoms étaient apparus doucement, surnoisement sans que ni lui, ni eux ne s’en rendent compte. Madame la Marquise, le Petit Prince et tout le fossé boueux qui allait avec.

Et la musique l’avait happé aussi fermement sinon davantage que toute autre drogue. La coke n’était qu’une pincée de sucre, à côté des envolées et des manques atroces que la musique créait en lui. Et elle ne le lâcherait plus jamais, quitte à le consumer jusqu’à la moelle. À la barrière de verre s’était ajouté une odeur de brulé, de folie et de consomption qui faisait maintenant peur à ses petits copains de garage. Mais il avait besoin d’eux, besoin de leur fraîcheur, besoin de leurs repères alors que lui avait complètement perdu les siens.  

Le jeune homme se recroquevilla comme un enfant sur la banquette et resta silencieux, à regarder sa cigarette se consumer dans sa tasse comme une métaphore de sa propre existence. Puis, il réalisa que Wilde était toujours devant lui, à attendre une réponse à son offre. Il s’alluma une autre cigarette.

« Garde tes élans de sainteté pour la musique. Pousse-moi davantage dans le vide, demande-moi l’impossible encore et toujours et détruis-moi de toutes tes forces pour je puisse reconstruire mes harmonies et te dépasser, ouais. Je vais te dépasser, je te le jures. Pratt va enterrer Wilde. Même quand je serai mort et toi, toujours en vie. »

Il soupira lourdement expira un nuage de fumée.

« Être logé et nourri en échange de suivre exactement ce que tu vas me dicter pour mon propre bien ou pour mieux m’embraser? Non, mais tu t’écoutes? Est-ce que ton père te parlait comme ça, aussi? En terme d’échange et de don inconditionnel de soi pour mériter les bardeaux sur sa tête et la pitance quotidienne dans des couverts en argent? Est-ce qu’il n’arrêtait pas de te rabattre les oreilles que tu lui devais tout ton confort et que si ce n’était pas de lui, tu ne serais absolument rien? Est-ce qu’il t’a dit ça, à toi aussi?»

Alistair darda ses yeux verts dans l’azur glacial en face de lui, dans un air de défi.

« Tu veux montrer à mon père qu’il n’est rien? Soit. Vas-y, je ne sais pas ce que je donnerais pour voir ça. Tu vas recevoir une jolie carte avec une jolie calligraphie dorée d’ici deux jours pour assister à ma chute aux premiers rangs. Je te promets que tu ne regretteras rien et que ton séjour à la ville de granit, où ciel et terre ne font qu’un, te suivra toute ta putain de vie. Je te promets que tu ne regretteras rien et que ma musique comblera tous tes rêves les fous. Pour le reste, je refuse. Je refuse ton toit, ta bouffe et ton fric. Tu peux te les foutre là où je pense. Je me débrouillerai.»
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() message posté Mar 12 Juin - 13:49 par James M. Wilde


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Mes yeux qui demeurent rivés sur son visage tandis qu’il vocifère en direction de l’écran dont je ne suis ni l’intrigue ni les enjeux d’un couple qui se déchire, avec toute la maestria italienne qu’il est capable de déployer dans ce genre de feuilleton. Même si la grandiloquence des mots et surtout des gestes ne m’est pas inconnue quand les échos retracent des ires toutes aussi ridicules quoique majestueuses. Les rapports amoureux de ma jeunesse ont tous été parés de cris et de ces adultères dont semble s’offusquer Alistair. Je ne sais même pas pourquoi je commente, peut-être simplement pour meubler le silence et endiguer tous les souvenirs qui ont une fâcheuse tendance à remonter des abîmes où ils étaient soigneusement enfouis, ces derniers temps.
_ Bien sûr qu’il va la tromper, la fidélité est une fable. D’autres excuses pour avoir l’air dénué d’instinct, j’imagine…
Quitter sa femme pour une autre, encore plus ridicule si l’on en croit la situation sociale de cet Ermes dont je détaille la mise quelques secondes avant de revenir à mon sujet d’étude favori. Il est enflammé, même pour les accents éculés et ridicules des sentiments. Je l’ai été aussi, cela me rappelle les grandes tirades longuement servies à mon père un soir d’été, quand je ne comprenais pas pourquoi il restait dans ce mariage tout en sautant tout ce qui bougeait. Pourquoi ? Pourquoi ? J’ai fait exactement la même chose au final, non ? Sauf que nous n’étions pas mariés. Sauf que je l’aimais à en crever. Ou peut-être pas suffisamment. Le vieillard et tenancier nous zyeute et maugrée pour mieux nous détourner de son feuilleton qu’il aimerait sans doute savourer en paix. La hargne de l’artiste décroît puis meurt, aussi rapidement qu’elle s’est élevée, en réaction à mes arguments plus qu’au sort de cette pauvre fille sans doute aucun. J’attends qu’il songe, j’attends qu’il se rende à l’évidence, parce que le poids de mes mots est éloquent. Non pas parce que ce sont les miens, mais bien parce qu’il crève de s’enliser dans une situation qui ne cesse de lui échapper. Une prison pour mieux dégénérer dans des avenirs tracés par un autre. Pourquoi ? Pourquoi ? Pour un appartement et d’autres doucereux carcans qui le laisseront amer, dénaturé, avant que la mort ne vienne le saisir ? Continuer à compenser le manque qui le rongera par une petite scène en ville, comme celle du Viper, caracoler un peu pour retourner se nicher dans sa robe ridicule d’avocat, et porter des plaidoiries aux nues comme les curés clament des homélies ? Convertir un jury qui ne songe qu’à être libéré de l’outrage, retourner bouffer tranquillement et baiser leur femme, oubliant l’indignité d’un accusé par l’hérésie d’une vie sans saveur ? Quel bien y-a-t-il en cela, quelle gloriole peut-on tirer d’un métier consensuel, où les mots peuvent tous se substituer à d’autres en fonction du cas que l’on traite ? La clope dévoile ses incandescences, je l’imite parce que la bouffée de nicotine qu’il exhale me tente aussitôt, je compense le manque de cocaïne, cela devient compliqué à gérer. Si j’échappe encore aux sermons de Gregory, c’est bien parce qu’il les tait par peur de plus encore me repousser dans les autres projets qui me portent loin de lui. J’écoute le petit, je ne le contredis même pas en songe quand il imagine me surpasser. Je n’en ai strictement rien à foutre, mon éviction serait sans doute une peine plus délectable encore que toutes celles que j’ai déjà pu m’infliger seul. Suis-je en train de chercher en lui la preuve de la fraude de mon existence ? A me confronter à cette fin prophétisée mille fois, jamais totalement frôlée pourtant ? J’ai un sourire mystérieux, je fume dans un silence entendu, tandis que mes yeux délivrent autant de noirceurs que l’idéal qu’il vise. Je ne lui rognerai jamais les ailes… Si je m’efface un jour, si je disparais, ce ne sera que pour lui offrir cette liberté que je risquerais d’interdire dans un élan malade. Corrompu. A moins que je ne l’interdise pas.
_ Je serai peut-être crevé moi aussi. Qu’importe. L’on saura que tu es prêt lorsque je ne servirai plus de challenge. Ce jour-là. Ce jour-là seulement, tu partiras, je n’aurai plus rien à t’apporter, et tu sauras que plutôt que de m’enterrer, tu seras devenu ce que tu dois. Juste toi. Sans moi dans l’ombre, sans ma personnalité à détruire. Je n’existerai même plus.
J’ouvre mes doigts comme pour délivrer une parabole, parce que cette envie qui le tance est une envie adolescente. Celle que j’ai tant exploitée pour décharner mon père en pensée. Puis un jour, j’ai juste compris qu’il fallait qu’il me quitte, qu’il me quitte une dernière fois, et que le barème, ce n’était pas lui, c’était moi. Alistair le comprendra sans doute un jour, que je ne souhaite pas qu’il me dépasse, que je ne souhaite pas qu’il me détruise, mais bien que dans le duel, il saisisse enfin la légitimité que je ne lui disputerai jamais. Cette légitimité d’artiste, qui l’emmènera sur des routes que nous pourrons peut-être parcourir côte à côte, même de loin. Mais il n’est visiblement pas encore prêt à comprendre ça. Je ne serai pas ton ennemi. Pas tout le temps. Et certainement pas comme ça. Je clope en plissant mes paupières et finis par ponctuer :
_ Mais en attendant, c’est ça, focalise-toi là-dessus.
Et apprends que je ne suis là que pour t’accompagner, je ne ferai que te montrer la voie, tu la paveras tout seul. Tout seul.

Mon visage se parchemine à l’évocation de mon père et un instant je porte mes regards sur la fenêtre qui laisse voir des passants toujours plus ou moins pressés, sur le trottoir beaucoup moins encombré que là d’où nous sommes partis. Je pourrais me taire. Je pourrais. Mentir. Dire que ce trait de caractère je ne l’hérite pas de lui. Prétendre que mes promesses n’ont pas d’iniques revers comme l’aide qu’il apporte à chacun. Prétendre ne strictement rien lui devoir au fond, quand il a tant clamé le contraire. Mais je sais. Et mon père sait aussi. Que mon destin eût été si différent s’il n’était pas intervenu cette nuit-là. Que je ne serai pas ici, à parler devant Alistair, si je ne l’avais pas appelé au secours, en chialant comme un môme perdu, alors que j’avais 21 ans. Et qu’il y avait un cadavre devant moi. Je reviens à mon interlocuteur, mon regard est si froid :
_ Il ne m’a dit que cela, chaque jour, chaque putain de jour. Et quelque part, dans le pire qui me soit arrivé, je lui ai donné raison. Je ne lui ai plus vraiment parlé après ça.
Parce que mon père savait. Mon père sait. Il est le seul à savoir ce que je suis vraiment, il sait le monstre, il sait l’horreur, il sait tout ce qui fracture ma personnalité, ce qui me ronge, ce qui me hante. Il a même sans doute cru que m’enfermer était la solution… Mais je ne peux pas pardonner. Pas pardonner le regard qu’il a porté sur moi. Pas pardonner l’asile. Je balaye l’air :
_ Et puis qui t’a dit que tu devais exactement suivre mes ordres hein ? Où est la rébellion là-dedans ? J’exige toujours qu’on ploie, je crève d’envie qu’on s’oppose à moi. Si peu de personnes osent, si tu savais.
J’ai une légère moue bienveillante, en mordillant le filtre de ma cigarette, avant de mettre sur le tapis cette invitation à Aberdeen. En vérité, bien plus que le bordel, je veux être là quand il s’écroulera. Juste après. Je veux être là pour l’épauler si besoin était. Je veux être là pour le voir transcender son personnage. Mais je ne le lui dis pas. Je ne lui dis pas comme ça :
_ J’espère bien, j’aime beaucoup être diverti.
Le débat s’arrête là, cette aventure s’ouvre devant nous et une part de moi s’en réjouit, sans doute parce que l’escapade est impromptue. J’ajoute, en souriant de toutes mes dents devant ce sursaut d’opposition qui me ravit d’autant plus de sa part dorénavant que je lui ai exposé mon caractère :
_ Oh mais comme tu voudras. Accroche-toi à ta fierté, c’est tout ce qui reste parfois, alors ne l’écorne jamais. De toute façon, si tu finis par gribouiller plus que trois notes, ce ne sera vraiment plus un sujet de conversation que ce concept si éculé qu’est le fric que tu gagneras.
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