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(alistair&eleah) leave me high and dry.

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() message posté Mer 9 Mai - 23:44 par Eleah O'Dalaigh

leave me high and dry
Ils sont là. Tous. A se regarder dans un atermoiement malsain, à s’observer comme s’ils se connaissaient, alors qu’ils s’ignorent. Ils ne se sont jamais vus, ne tisseront pas de liens en dehors, ou très peu, car la confidence implique une connaissance qui peut très vite devenir une arme à retourner contre son possesseur. Eleah les regarde, silencieuse, comme à son habitude. Elle ne voit que des silhouettes informes aux significations insensées. Elle les entend à peine, les pensées devenues vagabondes depuis que la jeune Maggy, dix-neuf ans, a pris la parole pour évoquer les violences « inexplicables » de son petit-ami. Celles-là même qui l’ont conduite à l’hôpital, un beau soir, avec une hémorragie interne, et quelques côtes fracturées. Inexplicable a-t-elle dit, avec cette innocence candide dans la voix, qui lui a presque arraché un sourire. Inexplicable. Que fait-elle ici ? Pourquoi s’évertuer encore à respecter le serment qu’elle a fait un jour, en prenant son envol ? Tu iras Eleah, n’est-ce pas ? Tu iras ? lui avait-il demandé, avant de la laisser partir. Et depuis trois ans, avec une régularité quasi maladive, elle a tenu sa promesse. De temps en temps, sans prévenir, à raison d’une fois par mois environ, elle vient dans ces groupes de discussion auxquels elle ne croit pas, et dans lesquels elle se sent comme une intruse. Inexplicable. Les récits ne sont jamais les mêmes, mais ont fini par tous avoir un arrière-goût de déjà-vu. Et le sien, dans tout ceci, demeure absent. Mutique, éteinte, à les regarder s’épancher quand elle ignore comment mettre des mots sur les images qui lui reviennent, déformées par ce regard d’enfant qu’elle avait autrefois sur les choses. Sur lui aussi. Surtout sur lui. Elle se souvient à peine des traits de son visage. De ceux qu’il avait, en ce temps-là, et qui savaient l’emplir d’autant d’effroi que d’allégresse. C’est peut-être cela le plus terrible. Qu’elle se rappelle de la tessiture de son rire, lorsqu’il était dans ses bons jours. De la robustesse de ses épaules, et de ses bras, lorsqu’il la faisait virevolter dans les airs. Elle se voyait comme une princesse alors. Sa petite princesse. Sa funambule. Sa funambule … Le surnom se réverbère dans sa tête, se superpose sur le point invisible qu’elle fixe depuis qu’un autre a pris la parole. Sa gorge lui semble sèche, l’espace autour d’elle se rétrécit, lentement, comme la corde autour du cou condamné.  

« Eleah, vous ne saluez pas notre nouvel arrivant ? l’interrompt Megan, celle en charge du groupe aujourd’hui, censée maîtriser les échanges de paroles.
- Si … Si bien sûr. Bonjour … » murmure-t-elle dans un écho indistinct trahissant la surprise, en se redressant légèrement sur sa chaise, en arborant son légendaire sourire de façade, avant que le groupe entier n’entonne le prénom éponyme d’une nouvelle histoire à entendre, à raconter aussi. Alistair. C’est ce qu’elle a cru entendre. Elle ne sait pas. Elle ne sait plus. Tout est inexplicable ici. Ce qu’elle est. Ce qu’elle fut. Tout se brouille et se superpose, sur les confidences qu’ils murmurent, tremblent et revivent.  La session se termine, il est temps, enfin. Elle respire un peu mieux, suit les mêmes mécanismes que d’habitude : rester juste assez longtemps pour que l’on sache qu’elle est venue, pour avoir bonne conscience, boire un café avec les autres, échanger quelques bagatelles, partir, partir enfin. Partir plus légère, en se disant qu’elle a joué son rôle, qu’elle a tenu sa promesse, qu’elle n’a plus qu’à attendre la session suivante. Ses pas la mènent naturellement à la table où sont disposées pâtisseries et boissons. Elle va pour se servir un thé, la bouilloire bouillante dans sa main droite. Son regard se pose sur la silhouette inconnue à ses côtés, celle de celui qu’ils ont introduit juste avant. Elle ose, sans conviction réelle, avec douceur cependant.

« Vous finirez par vous habituer … Au café tiède, aux pâtisseries rassies … Et au reste. » lui murmure-t-elle, bienveillance endormie, prévenance illusoire, quand elle s’emploie d’ores et déjà à vider au plus vite sa tasse pour partir le plus vite possible.

Rejoindre l’extérieur. Embrasser d’autres perspectives. Après les politesses d’usage, enfin elle savoure la fraîcheur du dehors, trouve au parking pourtant pitoyable des airs fascinants. Un sourire l’étreint de se savoir libérée provisoirement de ce fardeau-là. Les rêves renaissent dans sa carcasse éteinte, des couleurs s’étendent sur ses traits blafards. Une idée bruisse à son oreille et fait battre son cœur un peu plus fort. La pulsion d’une émotion qui reparaît, qui vient cajoler tous les élans insatiables pour mieux enfermer ceux qui sclérosent. Elle attend d’être installée dans la rame de métro qu’elle vient de rejoindre pour sortir son cellulaire, et pianoter avec deux doigts un texto qui, ne serait-ce que dans l’écriture, lui arrache des airs plus mutins et décontractés. En une minute elle compose, en ponctuant son message de petits smileys excessivement colorés, qu’elle sait qu’il adorera sans doute : « Salut trésor.  Dis-donc, je passerai revérifier si ton night-club fait autant bar gay à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ce soir. Ou demain, peut-être bien, surprise ! Tu sais que j’adore me faire désirer.   PS : Sois sage en attendant (juste assez).  Eleah.  » Elle tente d’envoyer le message à plusieurs reprises, se heurte au no man’s land du réseau caractéristique des sous-sols. Enfin l’accusé de réception se manifeste lorsqu’elle rejoint la surface. Ce soir. Ou demain peut-être bien. L’envie est là, partout, impatiente. Mais il y a la voix de Maggy, de Morgan, et de tous les autres qui se superposent dans sa tête. Elle a beau essayer, elle ne peut les oublier totalement. Sa funambule … Ma funambule. Eleah resserre les pans de sa veste sur sa silhouette, traverse le trottoir. Il fait si froid ce soir. Ou alors n’est-ce qu’à l’intérieur qu’elle a froid. Ce froid étrange, qui l’emplit à chaque fois.

***

Il est presque une heure du matin lorsqu’elle franchit le seuil du night-club. Les lueurs vacillantes du Viper Room se déchaînent, dédale de musique et de corps enfiévrés par l’alcool. Elle ne retrouve cependant pas l’atmosphère oppressante qui la prend à la gorge dans la plupart des night-clubs londoniens chaque fois qu’elle y entre. Peut-être parce qu’elle reconnaît dans les décors émaciés, et le choix des matières, presque brutes, quelque chose de lui. Un sourire vient éclairer ses traits, elle se hisse sur la pointe des pieds, cherche à repérer les points d’ancrage essentiels : le bar, la scène, les toilettes. Avec lenteur, elle se fraye un chemin entre les corps, sa robe jaune moutarde lui permettant largement de contraster avec les allures monochromes des autres personnes. Rapidement, Eleah rejoint le bar, se perche sur le rebord avant de pouvoir s’asseoir sur un tabouret vacant, et commander à la barmaid un Virgin Mojito à la fraise (avec supplément glace et paille). Elle note au passage que la demoiselle est plutôt mignonne, même en étant totalement débordée. Son pied tapote déjà au rythme de la musique. L’ambiance est électrisante, et l’acoustique sensationnelle. S’en est presque agaçant. A croire que chaque détail, même infime, a été pensé et calculé au millimètre. Dire qu’elle a hésité à venir le soir-même, par crainte de ne pas réussir à se départir totalement de ses morosités. Ce n’est peut-être pas le cas, mais une chaleur nouvelle l’emplit. Tout son corps, porté par le rythme d’un groupe qui vient d’entrer sur scène, se voit accaparé par une chaleur nouvelle. Elle n’a plus froid. Les rêves sont là, partout, sous les doigts. Ses lèvres s’ourlent autour de sa paille, aspirent une gorgée de son cocktail sans alcool. Un cri d’enthousiasme et d’encouragement sort de ses lèvres en même temps que les autres lorsqu’ils entrent en scène. Elle ne sait pas qui ils sont, ces petits jeunes. Mais pour que James ait consenti à les laisser monter sur sa scène, c’est qu’ils doivent avoir quelque chose. Alors Eleah s’enthousiasme plus encore, prête à s’enfiévrer au gré d’une musique en devenir.  
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() message posté Jeu 10 Mai - 7:06 par Alastair H. Pratt
Une dénommée Maggy commence l’odieux bal. Voix singulière parmi les survivants réunis à corps contraires dans cet odieux local vert-hôpital.. Le timbre de la voix aiguë de la jeune fille résonna entre les murs, se répercuta entre les portes et atterrit au milieu d’eux tous, comme une offrande vouée à la guérison : moi qui était un ange, j’ai échoué au milieu des hyènes, aux visages célestiaux, sans merci. Démons sans cœur et sans nuances qui agissaient sous le masque d’êtres divins. Je ne suis qu’une victime. Voici mon âme, allez en paix.

Alistair réprima un frisson et se recroquevilla davantage sur sa chaise de plastique.

Le docteur Taylor avait insisté et insisté. Insisté pour savoir d’où venait sans doute la contagion. Insisté et insisté encore, malgré le silence du jeune homme. À mots doux, subtils et couverts. Insisté pour qu’il y ait, au moins trois ou quatre fois dans ce local sans nom, pour écouter les témoignages et peut-être… parler de son vécu, à lui. Pour se libérer. Libérer cette boule de rage et de culpabilité qui menaçait de le détruire. Et des conséquences qui allaient sans doute le suivre jusqu’à la mort. You don’t want to end up like me.

Maggy avait parlé. L’inexplicable s’était établi, au plus profond de leur êtres. La violence des hommes avait meurtri un ange. Ah bon. Alistair survola l’endroit du regard. Combien  de femmes était assises, autour de lui ? Et combien d’hommes, parmi elles ? Un ? Peut-être deux ? Alistair ferma les yeux d’effroi. Ici, il n’était qu’un prédateur. Un homme bourré d’hormones qui pouvait encore blesser tout le monde. Encore détruire tout sur son passage. Ici, on le voyait comme ceux qui l'avait laissé meurtri dans une chambre d'hôtel. La nausée le terrassa. Il la fit passer aux toilettes.

Lorsqu’il revint de la salle de bain, pâle comme un linge, Megan le présentait déjà au groupe. Les membres anonymes le saluèrent presque à l’unisson, comme une seule entité, comme s’il avait déjà perdu sa propre identité, au détriment de ceux qui avaient voulu lui la enlever. Une voix un peu trop distraite, au fond de la salle fit echo, sans trop de conviction. Alistair lui en fut éternellement reconnaissant.

« Attends…on vient d’écouter l’histoire de cette fille… et tu me demandes mon vécu à moi ? À MOI ? Mais quelle histoire ? Celle d’un imbécile ?  D’un pauvre con ? Y a pas de vécu. On passe au suivant. Tu m’as pas entendu, hein ? On passe au FREAKING suivant. Ouais, c’est ça. Rien à dire. Crois-moi. Non. Je ne suis pas là pour abuser qui que ce soit. Je ne suis pas journaliste. Juste un pauvre con qui s'est fait avoir.  Merci. »

La pause fut atroce. Le café… putain le café virait au gris dès qu’on y ajoutait une goutte de crème. Et puis la femme qui lui avait souhaité la bienvenue en disonnance lui murmura qu’il d’habituerait, à tout ça. C’en était trop. Il posa son café imbuvable sur la table et décampa, sans un mot. Fuck Docteur Taylor. Vraiment.

Pour donner une idée de l'ambiance de la dernière chanson:
 

Même après deux succès fracassant, ils devaient encore partager la scène. Les cinq morceaux venaient de s’achever dans leur climax. Un climax qu’il avait lui-même composé. Un aveu qui se concluait dans la mort. Leur chanteur, John, les présentaient à tour de rôle.

« And Aliiiiiistair Pratt, at the keyboooooard !

Alistair resta un long moment, fusionné à son clavier pour recevoir tout l’amour engourdissant de la foule, juste au dessous d’eux. Il resta un moment debout, à ressentir les vibrations humaines, la sueur dégoulinant sur son front et son torse, incapable de bouger alors que son groupe désertait déjà la scène.

Puis, il finit par descendre, las et rompu. Rompu de tous ce qui s’avérait être la fin. La fin de sa participation au groupe de musique, son diplôme en droit. Le début d'une autre sorte de fin, aussi. Le sida et les souvenirs hantés qui lui revenaient de plus en plus, sans crier gare. Il s’écrasa au bar et commanda un simple ginger ale, inconscient de la frénésie autour de lui.
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() message posté Mar 15 Mai - 17:44 par Eleah O'Dalaigh

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Les esprits s’électrisent, s’enfièvrent tous ensemble sur les notes endiablées qui périclitent et se répercutent contre les murs de la salle. L’enthousiasme qui vient embrasser sa silhouette est entier : Eleah renoue avec la frivolité légère de sa nature lorsque les petits jeunes, sur scène, donnent tout ce qu’ils ont dans leurs tripes pour les transporter. Elle n’est pas assez pointilleuse en matière de musique pour essayer de chercher les failles, l’indolente inexpérience qui corrompt la jeunesse même la plus vive. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’ils savent emporter la foule avec eux. Qu’ils sont tous là, corps enchâssés, à les suivre au rythme qu’ils veulent bien imposer. La frénésie est grisante : elle a presque chaud, à tressauter sur son tabouret de bar, rendant l’équilibre plus précaire encore qu’il ne l’est déjà. Ses lèvres s’ourlent sur son breuvage coloré/sucré à outrance, en apprécient la fraîcheur quand des rougeurs apparaissent déjà sur ses joues mutines. Entre deux morceaux, elle pivote sur elle-même, se permet un sourire enjôleur adorable à l’égard de la jolie barmaid en commandant un autre verre. Le bout de son pied tape la mesure qu’ils défendent, qu’ils couchent sur les instruments devenus mutiques maintenant qu’ils ont quitté la scène. L’exaltation est entière dans son corps, et même si elle est venue en solitaire, l’ambiance est suffisamment agréable pour ne pas lui donner l’impression d’être empesée dans sa solitude. Ses regards ne le cherchent pas particulièrement dans les dénivelés de la foule, ou quelque part à l’orée des coins plus sombres, et des accès destinés aux privilégiés du Viper Room. Ils s’adonnent à cette frivolité insouciante qui la caractérise parfois, en se s’aimantant à personne en particulier, en modelant des envies sur tous les corps sans en privilégier aucun, car elle admet volontiers avoir du mal à oublier les intensités que James a su tracer sur son corps. Elle a cette naïveté peut-être de se dire que s’il veut la voir, il viendra la trouver. Qu’ils sauront se croiser, là, quelque part, sans avoir besoin de se traquer. Et s’ils se ratent, les occasions ne mourront pas lorsqu’elle franchira le seuil. Les possibilités sont infinies, les rêves encore trop vivaces pour être enterrés. Cela elle le sait, sans avoir besoin de le murmurer dans une incantation fébrile. Il saura la trouver s’il fait le choix de le faire, et sinon, ce soir, au moins aura-t-elle passé un agréable moment. Un moment qui aura su lui faire oublier le temps de quelques heures les fêlures suppurantes, gisant quelque part, à l’intérieur d’elle. Les blessures qui suintent chaque fois qu’elle fait cet effort factice de les écouter geindre, narrer leurs fractures, leurs misères, leurs drames. Comme s’il fallait gagner un concours, tenter de remporter le trophée de l’existence la plus sordide. Les morcellements de sa propre histoire la bouleversent à chaque fois. Si elle devait se faire conteuse à son tour, elle ne saurait par quoi commencer. Comment débuter ce qui se termine irrémédiablement dans le sang, les larmes et l’oubli. Surtout l’oubli, qui a étendu tout un empire sur ses sens, les engourdissant suffisamment pour ne laisser que des souvenirs fragmentaires, épisodiques, transcendés par l’onirisme qui les accompagne souvent. Tu devrais tenter des séances d’hypnose, lui avait-il conseillé avec bienveillance. Mais veut-elle seulement se rappeler ? Veut-elle véritablement combler le vide qui s’est formé à l’intérieur à force d’ignorer une réalité trop intolérable pour être totalement acceptée ? Le veut-elle ? Sont-ce ceux là, les morceaux manquants ? Les seuls capables de l’emplir, de l’éloigner de ce néant qui la ceint parfois de manière troublante, jusqu’à l’étouffer, et la laisser absente ? Ses pupilles dilatées par l’obscurité se fixent sur un invisible point à l’autre bout de la salle. Sa conscience dévale jusque dans sa poitrine, y sent son cœur qui pulse sans frénésie, mais avec puissance.

Son attention se disperse lorsqu’elle l’entend s’écrouler au comptoir du bar. Silhouette juvénile, rompue par l’adrénaline qu’ils ont su déployer avec brio sur scène pendant qu’ils y étaient. Il y a pas mal de filles qui papillonnent autour de lui. Qui gravitent alentour, avec les joues roses, le regard pétillant d’envies indécentes depuis qu’il a su nourrir tous leurs imaginaires en faisant glisser ses doigts sur son piano. Satellitaires, elles n’osent cependant l’aborder. Elles restent encore à bonne distance, brident les envies qu’elles ont de sautiller avec impatience autour de lui pour s’enquérir de ses impressions. Il semble si las à côté. Comme exténué. Déchargé de poids dont elle l’ignore jusqu’à l’essence. Il a plutôt un joli minois, c’est vrai. S’ils sont amenés à avoir du succès, la probabilité qu’il nourrisse les fantasmes de quelques groupies fanatiques n’est pas à écarter. Un sourire sibyllin étreint les lèvres d’Eleah, qui se retourne une fois de plus, pour commander un verre d’eau fraîche. Elle le fait glisser dans la direction du jeune homme, avec un air entendu.

« Alors trésor, déjà rompu par une notoriété naissante ? » lui glisse-t-elle avec douceur, pendant que le verre s’achemine jusqu’à lui. « Bois un coup, ça ira mieux après. »

Elle le regarde en biais. Avec plus d’attention cette fois-ci, en évitant scrupuleusement les œillades assassines dont la tancent ses admiratrices en devenir. Pas assez rapides les filles. Il ne lui faut pas tant de temps que cela pour le reconnaître. Pour mettre sur les traits de son visage les paroles enténébrées par une colère sourde du « nouvel arrivant ». Quel était son prénom déjà ? Ah oui. Alistair. Alistair, c’est vrai.

« Vous étiez vraiment bons ce soir. Ne le soyez pas davantage les prochaines fois, ou vous allez faire de l’ombre au groupe vedette du Viper. » Elle le gratifie d’un clin d’œil entendu, n’aborde à escient pas le fait qu’ils se sont déjà croisé, plus tôt dans la soirée, et que le hasard leur joue là un tour très fortuit. Ce n’est pas quelque chose que ces humeurs crèvent d’aborder. « Je t’offre un verre pour t’offrir une échappatoire au succès … » Elle jette un regard entendu vers les donzelles qui n’attendent qu’un regard de sa part pour les inviter. « … Ou tu préfères t’y adonner à outrance ? » A ce succès qu’il peut embrasser, là, ce soir, sans de réelles difficultés. Mais en a-t-il vraiment envie, de ce revers ? Sont-ce des intensités qu’il souhaite traverser ?

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() message posté Mer 16 Mai - 0:15 par Alastair H. Pratt
C’était toujours comme ça. À chaque pratique. À chaque concert. Même ceux dans les bars de quartiers où cinq personnes, y compris Cassandra et la petite sœur de John, venaient les applaudir à tout rompre, au travers des joueurs de billard qui n’en avait rien à foutre. L’impression de s’élever de plus en plus haut à chaque note, de transcender son corps et de quitter la réalité pour mieux aller se brûler les ailes sur les projecteurs de la scène. Le dernier silence, les projecteurs qui s’éteignaient, d’un coup et la chute vertigineuse qui s’ensuivait le laissaient toujours un peu meurtri et morose, comme si l’euphorie et la frénésie autour de lui n’existait plus en dehors de la musique elle-même. Comme si le retour subi à la réalité le frappait en plein visage et le laissait sanguinolent sur le plancher du bar, comme un papillon écrasé. Après trois ans à faire de la musique ensemble, Max et les autres l’avaient plus ou moins compris. Il fallait laisser à Alistair le temps, parfois court, parfois long, de réintégrer son propre corps, en silence. Max et John s’étaient enfin parlés. Il n’y aurait pas d’Untitled sans Alistair. Alistair savait que les gars fêtaient leur deuxième succès au Viper quelque part dans la vaste salle et que quand il serait enfin prêt à les rejoindre, Erwan proposerait joyeusement qu’ils aient manger un morceau, tous ensemble, en narguant le pianiste sur son éternelle commande de cheeseburger-pas-de-putain-de-fromage-jaune-déguelasse-mais-du-fromage-suisse-bordel-de-la-laitue-et-des-foutues-tomates-fraîches-par-pitié-et-extra-extra-extra-cornichons-avec-du-vrai-café et du fait que les cuisiniers devaient sans doute se promener avec son pain hamburger entre les fesses avant de le lui servir. Wilde avait raison. Les membres du groupe le soutenaient du mieux qu’ils pouvaient, à leur façon.

Ses parents s’étaient inquiétés, jadis, de ces euphories et ces silences rompus et mélancoliques. De ce côté un peu trop impulsif qui lui faisait prendre tous les risques du monde et dire les pires vacheries alors qu’il ne voulait que se rapprocher et combler une impression de vide affreuse.  De cette tendance à ne plus savoir qui était un ami ou un ennemi. À être méfiant envers ceux qu'il connaissait, par crainte d'être abandonné et à accepter de suivre ceux qui voulait le détruire. Le diagnostic avait été murmuré sur le bout des lèvres, lorsqu’il avait eu vingt ans. Dysphorie chronique. Borderline. Tout avait été balayé sous le tapis et on n’en avait plus jamais reparlé. Un bon avocat n’est pas atteint de trouble de l’humeur et de la personnalité.

Si son père savait…

Oh! Il avait remarqué les jeunes filles qui l’avaient suivi au bar. Elles avaient la discrétion d’éléphants dans une boutique de porcelaine. Seul et isolé, il était sans doute moins intimidant que Max, Erwan et John, voilà tout. Qui donnait de l’importance au pianiste du groupe, quand on pouvait se taper le chanteur ou le batteur?  Il les entendait glousser, juste derrière lui.

Un bref coup d’œil glissé subtilement lui confirma ce qu’il sentait déjà. Très jolies, dignes d'une partie de jambes en l'air rapide et efficace, mais trop maquillées. Des regards vides, si vides et les joues déjà rouges d’enivrement. Celle à gauche qui trépignait sur place, lorsque son regard la frôla… avait-elle seulement 16 ans? Depuis que son père lui avait donné toute une raclée, lorsque ses parents l’avaient surpris sur le bord de la catastrophe avec une jeune Persée de douze ans qui se faisait passer pour plus vieille que ses quinze ans à lui… Alistair avait appris à lire les signes. Il se détourna en soupirant, touilla dans le fond de son ginger ale avec un cure-dent mâchonné et regarda la salle derrière lui. Sous les lumières déchainées, il espérait presque voir une grande tête rousse dépasser les autres. Peine perdue. Dieu qu’il avait été con. Mais qu’il avait été con! Qu’avait-il espéré, hein? Transformer la Bête en Prince Charmant? Derek l’avait averti, pourtant il avait…

« Alors trésor, déjà rompu par une notoriété naissante ? Bois un coup, ça ira mieux après. »

Il regarda le grand verre glisser vers lui, au ralenti et resta immobile, le corps raidi, à observer les glaçons danser dans le liquide incolore, au travers des petites bulles pétillantes. Lentement il leva les yeux vers sa voisine qui lui fit un sourire espiègle. Déjà, elle semblait moins perdue et plus stable que les autres. Plus naturelle. Mais où l’avait-il croisé, celle-là? Où?? Il attrapa le verre avec méfiance et le renifla. De l’eau. Bordel, ce n’était que de l’eau minérale. Il poussa un léger soupir de soulagement et fit un signe de tête à la jeune femme avant de caler le breuvage sans autre préambule. Mais où l’avait-il vu? Et puis, il y eut un déclic. Le café gris, les pâtisseries rassies et la petite voix en dissonance dans le fond de cette salle lugubre, vert-hôpital. Il reposa le verre déjà vide, sans la regarder, incertain de ce qu’il fallait faire ou dire. Avait-il vraiment envie de revenir là-dessus? De laisser ses tripes sur le comptoir du bar alors qu'il venait tout juste de les déverser, à mots couverts, sur scène? Il n’avait aucune intention de revenir là-bas. Aucune.

Heureusement, l’autre semblait l’avoir compris et continuait à lui sourire doucement, avec son petit air de fée des bois. Et puis une de ses courtisanes, là derrière, sans doute alarmée par le geste téméraire de la jeune femme fit un pas vers lui en ouvrant la bouche. C‘en était trop. Alistair choisit le moindre mal. Son visage se fendit dans un sourire angélique qui faisait craquer tout le monde et il se déplaça de deux sièges pour s’assoir aux côté de la fée Clochette et clore le clapet des adolescentes en chaleur, derrière lui.

« Vous étiez vraiment bons ce soir. Ne le soyez pas davantage les prochaines fois, ou vous allez faire de l’ombre au groupe vedette du Viper. »

Son sourire s’agrandit davantage et il prit cet air moqueur qu’il savait si bien manier.

« Si tu parles des Hell and Fire, ma chère, on est déjà en train de leur composer leur requiem. »

Il leva la tête vers les ombres du deuxième étage, vers la zone VIP du club et de la balustrade qui les surplombait. Il plissa des yeux, en essayant de trouver une maigre silhouette aux travers des ombres. Mais Wilde avait sans doute son harem de groupies à divertir et bien d’autres choses à faire que de s’occuper d’un pauvre pianiste.

« Pour ce qui est du groupe du … du tyran de la boîte… ça prendra juste plus de temps… et d’apprentissage, comme il dit. Ouais… comme il dit. »

Il resta un moment à regarder les ombres et lança un regard malin derrière lui et clama, assez fort pour qu’on l’entende.

« J’accepte le verre avec joie, chérie à condition que je puisse t’en payer un en retour pour qu’on se fasse un toast à tous les échappatoires du monde. »
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() message posté Jeu 17 Mai - 17:01 par James M. Wilde


« Don't leave me now
Don't say good-bye
Don't turn around
Leave me high and dry
I hear the birds on the summer breeze,
I drive fast, I am alone in midnight
Been tryin' hard not to get into trouble,
But I, I've got a war in my mind
I just ride, just ride,
I just ride, just ride »

Eleah
& Alistair
& (James)




Spoiler:
 

Et mon regard s'illumine alors que nous sommes en pleine répétition au studio, les échos déchirant de la guitare s'affadissant peu à peu tout autour. Plutôt que de charger mon organisme d'un énième café, je choisis l'un de ces jus de fruits hors de prix qu'elle a elle-même consommé ici, un certain soir, pour flatter mes papilles d'une fraîcheur bienvenue. Je suis en nage, cela fait cinq heures d'affilée que nous martyrisons nos muscles, nos voix, nos mains, et les soupirs enfiévrés de mes deux comparses appellent les derniers sursauts de ma clémence.
_ Oui, oui. On arrête.
Je suis rompu de toute manière, mes mains sont extrêmement douloureuses, même si la pulpe de mes doigts est électrisée tandis que je parcours l'écran de mon smartphone pour découvrir ce que dissimule la petite enveloppe à son nom. Le message est comme elle, évanescent, tentateur, ajoute à la fièvre, dissipe toute torpeur. Aujourd'hui. Demain. J'ai un sourire qui trahit mes résolutions de passer au Viper et de m'y attarder pour saisir son image à l'orée d'un coin sombre, quand mes mots se font joueurs pour distancer l'envie de la revoir :
"Peut-être que j'apparaitrai alors. Au moment où tu ne t'y attendras pas. Peut-être. PS : Et toi, ne le sois surtout pas."
Je masse longuement mes phalanges qui subissent une rééducation forcée qui n'a rien du ménagement que m'intimaient les médecins lors de la visite de contrôle qui me fut infligée par Gregory. J'ai fini par céder devant son insistance larmoyante qui menaçait de déborder d'un instant à l'autre si je ne me pliais pas à la contrainte pour soulager la peur. Une peur accumulée au fil de ces semaines où je n'ai pas tenté de jouer de nouveau devant des yeux indiscrets, sauf ceux de la très jolie plante qui dessine tous mes projets. Les gars sont dorénavant tranquilles, ils me savent capable d'enquiller deux heures non stop de concert endiablé, la tournée ne subit plus que la menace de mes instincts fuyards. Mes absences sont nombreuses, je ne suis au Viper que lorsque mes poulains sont programmés, je ne suis qu'au studio par caprice, à des horaires où Moira n'apparaîtra pas. Elle ne se risque plus à cet étage de toute manière et je ne m'aventure plus jamais au sien. Je regarde les gars et lance, l'air de rien, une lueur de malice égarée dans mes yeux :
_ On joue au Viper ce soir ? Sans annonce, sans effet de manche, deux ou trois titres ?
"Si tu veux sortir des titres du nouvel album, je te rappelle qu'on s'est engagés auprès de la production pour ne les jouer que lors de la t..."
_ La prod, je l'emmerde.
Et sur cette conclusion, nous avons tous hoché la tête.

***

L'ambiance à l'étage VIP est empesée par les rires et les hurlements. Il faut dire que la jeunesse ne les ménage guère et les nouveaux fans des Untitled se pressent désormais qu'il s'agit de leur second passage dans mon établissement. Un passage que nous avons abondamment mis en valeur sur la toile, l'ère des flyers étant quasiment révolue de toute manière. Nos réseaux sociaux bruissent, nous les soutenons et assurons une publicité régulière à leur endroit, sans trop dénigrer les autres qui permettent que le nightclub soit presque toujours plein. Une fois la scène évidée de leur musique si particulière, presque rude pour ceux qui ne sont pas habitués à ce que l'on donne autant de sa personne, Phil m'approche, glissant sa timidité entre deux pétasses qui me font la conversation quand je n'entends strictement rien à ce qu'elles me racontent. Je l'aperçois presque comme mon salut et ne me fait guère prier pour leur couper la parole et lancer :
_ C'est prêt ?
"Oui quand tu veux. On coupe les lumières à ton signal."
J'ai un coup d'oeil perçant vers l'étage inférieur, où je sais qu'elle est là. J'avais demandé à Paul et à Vega de m'avertir aussitôt qu'elle paraîtrait mais ils n'ont même pas eu à se manifester tant quelque chose s'est aussitôt réveillé à son entrée. Je ne sais pas, peut-être son sourire, peut-être le fait que je l'attendais, presque certain qu'elle choisirait ce soir, ou bien le profond ennui qui m'accable aussitôt enlevé de mes épaules dès lors qu'elle est apparue. Peut-être. Peut-être. Peut-être tout. Peut-être rien. Je crois qu'elle discute avec Alistair, je suis à peine surpris de les savoir connectés comme si les accents du destin se moquaient légèrement de ma trogne, en réunissant deux obsessions en une seule image. J'embrasse une dernière fois le portrait qu'ils offrent, j'aimerais aller féliciter le musicien, aller le soutenir mais... Les distances que je maintiens vis à vis de lui m'en empêchent. Il y a trop de chemin. Trop de verrous à lever encore. Trop de folie conjuguée qui me menace. Je m'évade et emprunte l'escalier qui me mène directement dans la salle backstage et je tape sur mon portable au moment où j'aperçois Ellis et Greg, déjà prêts. Pas d'habit de scène, pas vraiment de préparation si ce ne sont nos répétitions devenues plus fréquentes désormais que le voyage se profile. Toutes les dates sont pleines, c'est un carton. Quelque part, l'échéance m'enivre et me fait peur, tout ensemble. Partir, rester, toutes les envies se mêlent et me perturbent. Je préfère profiter de l'instant, sur mes terres, et porter les flammes sur les titres que nous avons choisis de mettre en valeur ce soir. Deux nouvelles chansons. Une ancienne. Parce que j'emmerde la prod, j'emmerde Moira, et tous les papiers que j'ai su signer. C'est infantile, presque malsain mais qu'importe. Je gèrerai les retombées demain. J'écris dans mon sms que j'envoie :
"Maintenant."

Et la salle du Viper vire au noir tandis que Phil enclenche une sirène qui ressemble à celle d'une apocalypse. D'accord, je le confesse, je suis bien incapable d'apparaître sans decorum, après tout, c'est ce qui a fait notre célébrité. Je laisse deux longues mesures de mes souffles saccadés, les gens se demandent ce qu'il se passe mais déjà ceux qui nous connaissent le mieux murmurent : "ils sont là... ils doivent être là... ce n'était pas prévu..." Non, ça ne l'était pas. J'attendais qu'elle soit là. Peut-être. Peut-être pas. Peut-être avais-je juste l'envie de la scène que j'ai boudée pendant presque deux mois. La sirène se coupe au moment même de l'accord qui se plaque sur le piano à queue, et la salle se rallume dans une ambiance différente, les spots balayent la fosse de lueurs rouges et angoissantes et j'entonne Apocalypse Please en promettant dans la ferveur cette fin du monde pleine de tapage, dans une rythmique harassante. Je ne cherche pas à la regarder, je sais qu'elle est très loin de moi, mais sans doute l'inflexion de ma voix sur les paroles "Proclaim eternal victory, Come on and change the cause of history" trahissent ma conscience d'elle et de tous les enfers promis par notre idéal relié. Le piano délie mes doigts et les douleurs atermoient avec l'instinct qui ne m'abandonne plus, le trauma est passé, les stigmates de la haine depuis des semaines ravalés. Grâce à elle. A lui aussi, ce jeune homme qui en est perclus et qui m'occupe pour ne pas trop songer. Le titre change, sorti d'autres âges, mais choisi spécifiquement pour Eleah parce qu'il lui va si bien. Je récupère ma Manson et mon énergie gravite rapidement au sommet d'une forme ressuscitée, parce que la scène me fait cela. Mieux que la came, mieux que l'ivresse je crois. Agitated me rappelle la brutalité d'une écriture de jeunesse, et j'apprécie les mots qui dévalent de mes lèvres à toute vitesse, quand à un moment, je désigne la direction de la brunette, un mouvement qui me vaut des hurlements d'autres filles qui se croient concernées : "You try to make me crazy You make me agitated But we're not suffocated So why should it affect you That my loving was so untrue? You do it to me sweetly To my yeah yeah You do it to me lovely To my yeah yeah ". Je renoue avec de ces sourires pleins de ravages, avant d'égarer des minutes furieuses dans l'outro qui plaisent tant à Greg et à Ellis car elles nous permettent d'improviser et de nous relier sans commune mesure. Beaucoup de regards et même quelques rires, parce que les années s'envolent et que je me demande même pourquoi je ne me précipite pas déjà sur les routes du 2nd Law Tour quand j'ai toujours souhaité être ici. Là. Maintenant. Sur les planches.

Les gens se pressent, la foule devient une marée difforme, je l'aime ainsi, infernale, transpirante, dégueulasse, grimaçante. Alors en étant en si bon chemin de la complétion, je change d'avis au dernier moment, et plutôt que de débuter un titre qui aurait été plus doux, je choisis le plus grandiloquent de l'album et termine notre passage éclair sur Supremacy ce qui me vaut un sourire en coin de la part de Greg qui sait ô combien ce titre me plaît tant je peux jouer des aigus qui constituent ma tessiture. Les gens la connaissent déjà par coeur, bien plus que la seconde chanson d'ailleurs, oubliée entre temps, et mon personnage se déploie entièrement, caracolant sur scène, vecteur de ma guitare aussi noire que mes fringues.
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() message posté Jeu 17 Mai - 23:22 par Eleah O'Dalaigh

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Ses doigts furètent sur les bords de son verre, peignent les inexactitudes qui se trament dans sa tête, mais qui pour autant n’affadissent en rien les sourires qu’elle déploie comme des armes absolues pour conquérir. Conquérir, ou simplement se calfeutrer, là, derrière l’obligeance d’airs décontractés, sous couvert d’un faciès dont on ne cherche pas la douleur tant la douceur y est indécente. De la poudre aux yeux, du fard aux joues. Parfois elle se regarde dans le miroir, déparée de tous ses attraits, et elle se reconnaît à peine. Elle ne sourit pas, rendue à ce subterfuge qu’elle incarne depuis si longtemps qu’elle a fini par se convaincre d’y croire. Elle ne sourit pas, et durant un instant, elle sait. Oui, elle sait pertinemment que le vide est là, partout, suintant par les pores de sa peau blanche. Sous la peau, dans le corps, entre les reins, inatteignable et insensé, jusqu’à tordre le ventre et y étouffer des cris qu’elle ne sait plus pousser.  Pendant une courte seconde, les bruits étouffés de la scène lui parviennent : ils sont en train de déployer un nouvel attirail, pour un autre groupe sans doute. Les corps se déforment autour d’elle, ne composent plus qu’une sorte de magma dont elle peine à discerner les contours. Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu veux ? La question meurt dans un écho, tout au fond de sa conscience. Elle n’en sait rien. Elle n’a jamais véritablement su. Être là, maintenant, nulle part ailleurs. C’est ce dont elle a envie. Ce n’est pas la réponse à la question qu’elle se pose, pas tout à fait, mais elle lui convient très bien pour l’heure. Ses regards furètent dans les recoins plus sombres, s’aventurent furtivement vers ce qui lui semble être le carré VIP. Elle ne voit rien, rien à part l’enlisement désespéré de ses humeurs taciturnes. Il faut que la musique reprenne pour la tirer des songes dans lesquels elle se glisse, que les lumières s’agitent sous la ferveur de ses yeux. L’enthousiasme reparaît tel une seconde nature, le voile d’aigreur abandonné pour la laisser à l’incandescence d’une frivolité plus légère et festive. Elle aurait dû quitter son point d’ancrage au bar pour se rapprocher de la scène, pour vivre avec moins de distance les premiers pas des Untitled sur une scène qu’ils semblent vouloir dévorer toute entière. Mais il y a toujours ce temps où elle se fait observatrice, où elle détoure de regards appuyés les territoires qu’elle pénètre avant de s’y aventurer tout à fait. Elle a aimé l’énergie qu’ils ont déployée, sans demi-mesure. Elle l’a aimée même dans la distance, et est persuadée de s’en enchanter si elle les voit de nouveau se produire sur scène. Son sourire se fait plus rêveur, les arômes acidulés de son breuvage que James qualifierait d’infernal glissent sur sa langue. Ses mains distraites lissent sans conviction aucune les plis de sa robe lorsqu’il apparaît à ses côtés.

Alistair. Le prénom se réverbère dans sa tête. Son manque d’intérêt pour la gent féminine qui papillonne autour de lui l’amuse. Elle ne comprend pas cet épuisement qui semble le terrasser, comme si toute sa prestation sur scène l’avait vidé de toute substance, qu’il y avait laissé une partie de son âme et l’ensemble de ses tripes. Elle-même éprouve plutôt une montée en puissance de l’adrénaline lorsque son corps fait bruisser le parquet. Après une représentation, l’euphorie est si entière qu’elle peine souvent à la canaliser. Elle se sent si victorieuse, les salves d’applaudissements encore dans la tête. Cette sensation-là est sans doute celle qui lui manque le plus depuis qu’elle a quitté la compagnie du Royal Ballet. Elle offrait la possibilité de représentations régulières, chose plus rare depuis qu’elle s’est tournée vers la chorégraphie.  Un instant, ses pensées se détournent vers ce projet qu’ils ont su porter aux nues. Les saveurs indécentes de leur victoire arrachée aux principes frigides de Faulkner renaissent sur sa langue, étendent toutes leurs brûlures sur les rouages de son corps qui se souvient avec une précision infinie, presque dérangeante. Une chaleur délicieuse se répand dans ses entrailles, illumine ses traits d’espiègleries cachées tandis qu’elle amorce le dialogue, faisant fi de tous les a aprioris qu’elle peut nourrir au sujet d’Alistair, et surtout de leur première rencontre. Il lui décoche un sourire de diablotin à tomber (elle croit apercevoir une fille rougir derrière), et saisit l’échappatoire qu’elle lui offre. Ravie, Eleah pivote légèrement sur son tabouret, pour pouvoir l’observer tout en gardant un œil sur le reste de la salle. Son orgueil lui interdit de l’admettre, mais elle éprouve tout de même une curiosité insatiable, ne serait-ce qu’à l’idée. Qu’il se montre. Qu’il se dévoile, dans cet univers qui lui appartient, qui saurait le porter. La pique d’Alistair sur le groupe concurrent la cueille, un rire l’étreint. Il ne manque pas d’ambition. Il lui rappelle James, dans les airs assurés, presque insolents qu’il arbore, sans aucune honte.

« Un requiem, carrément ? Tu ne doutes de rien toi dis-moi … » glisse-t-elle, une complicité maligne dans le regard. A vrai dire, elle ne connaît pas les Hell and Fire. Ni la plupart des groupes qui se produisent au Viper Room, hormis les Spectrum peut-être, dont elle a chorégraphié le dernier titre en date. Même les Wild, elle ne connaît d’eux que ce que James lui a fait entendre, une fois, dans le dénivelé d’une partition aux atours de confession. Elle a déjà entendu leurs plus gros titres bien sûr, mais n’a jamais assisté à l’un de leur concert. D’eux, elle ne sait rien. D’eux, elle veut tout découvrir. Surtout de lui. De lui en particulier, sans mentir. Ses regards s’arriment au profil observateur d’Alistair, qui traque une silhouette dans les obscurités de l’étage. La même, peut-être. La seule à savoir hanter de ses lueurs le Viper, à y régner en maître. Un rire franc l’étreint face à ce nom qu’il utilise pour le désigner. Un rire si spontané qu’elle en vient à ne pas réussir à le contenir.

« Du tyran ?! C’est comme ça que vous le qualifiez ? » Elle se calme un peu dans son hilarité, les joues plus roses, gravant le qualificatif dans sa tête en se promettant de le lui ressortir, un jour. Elle n’est pas totalement surprise, quand elle voit l’orchestration des détails, la minutie avec laquelle tout a été pensé au Viper. Une rigueur qui doit passer pour tyrannique, à moins que ce ne soient les élans de son caractère qui lui valent cette réputation. Franchement amusée, Eleah poursuit sur sa lancée : « J’imagine que la scène, c’est une lutte perpétuelle. Un combat acharné, à chaque représentation. On en ressort jamais indemne, on laisse toujours une infime partie de soi … Mais chaque victoire … Chaque victoire est absolue. Rien n’égale ça … Rien. C’est un long chemin à parcourir … Vous en êtes à vos premières batailles, les réussites viendront. Soyez patients … Et acharnés. Devenez des tyrans … Pour tous les transcender. » ajoute-t-elle avec un air sibyllin, désignant cette foule dont la ferveur s’est faite sentir jusque dans la chair. Sa proposition de trinquer l’enchante. Eleah lève son verre, et prononce en écho un : « Ça me va ! A tous les échappatoires du monde alors ! » Son verre s’entrechoque au sien, et avec un faux accent français, elle entonne joyeusement un «  Tcheen ! » affadit par la brutalité du noir qui s’abat sur toutes leurs silhouettes festives. Les regards curieux s’élèvent, des murmures s’échangent. Se dressant légèrement sur son tabouret, en étirant son cou, Eleah inflige une morsure délectable à l’intérieur de sa bouche, murmurant à son comparse un : « Quand on parle du loup … »

Les pupilles dilatées dans la pénombre, ses regards cherchent à sillonner la foule pour se frayer un chemin jusqu’à la scène. Jusqu'à eux. Jusqu'à lui. Elle a envie de se rapprocher, d’être de ces papillons qui se brûlent les ailes sur des lueurs incandescentes, d’être au plus près. Mais elle n’a pas non plus envie de délaisser Alistair, dont les humeurs l’intriguent presque autant que la ferveur qu’il indexe dans sa musique acérée. La grandiloquence dans laquelle les Wild font leur entrée ne la surprend pas, bien au contraire elle répond à toutes les attentes qu’elle aurait pu avoir. L’acclamation est entière, saisit la salle comme une vague, en un seul mouvement. La musique a suffisamment de puissance pour leur parvenir, et pour que tous les gens arrimés au bar se laissent transporter et interrompent leurs conversations le temps du concert imprévu. Les battements de son cœur suivent la tessiture, battent la mesure du rythme qu’ils pulsent au gré de leur premier morceau. C’est comme suffoquer, à l’intérieur. Être au bord de l’éclatement. C’est terrifiant. C’est délicieux. Elle ne peut retenir la salve d’euphorie qui l’étreint dans un même élan que tous les autres, à l’unisson, incapable qu’elle est de vivre quelque chose à moitié. Son timbre surtout la grise, cette passion suffocante qu’il déploie lorsqu’il joue, à s’y détruire, à s’y exténuer. Les notes qu’il parvient à toucher, frôlant l’irréel, d’une puissance qu’elle a l’impression de voir parfois osciller avec une fragilité bouleversante. C’est la première fois qu’elle le voit sur scène, directement, rendu à ses instincts les plus crus. Elle aime ce qu’elle voit, elle aime tout ce qui compose l’image qui vient se greffer contre sa rétine pour ne plus la quitter. Et elle rêve encore un peu plus, éprouve des vertiges déraisonnables à l’idée de réussir à transcender cela, avec lui, contre lui, en lui. Peut-être que les émotions qui la parcourent se devinent sur les traits de son visage. Peut-être. Mais elle n’en a pas honte. Bien au contraire. Les paroles s’infiltrent dans les veines comme un poison délicieux, nourrissent l’euphorie qui gronde dans le Viper, et surtout dans son corps. Les applaudissements retentissent, les esprits totalement échauffés par l’effet qu’ils ont su produire sur scène. Elle-même oscille avec un léger essoufflement dans le fond de la gorge, tout son corps ne sait que réagir à toutes les notes qui s’enchaînent dans un rythme acharné. A la fin du dernier couplet, les cris s’élèvent. Dans un élan irrépressible, alors qu’elle se tortille carrément sur son tabouret, Eleah glisse ses doigts aux commissures de ses lèvres et émet un puissant sifflement d’acclamation, à l’unisson des applaudissements, renouant avec ses attitudes spontanées de canaille que lui reprochaient très souvent ses professeurs, en lui répétant que Non, ce n’est pas très délicat, ni féminin, de siffler ainsi … Mais sur l’instant elle n’en a rien à foutre. Elle veut participer à toute cette euphorie, elle veut la vivre, à sa manière. Ses doigts se reportent autour de son verre, dont elle descend une longue gorgée, avant de se tourner vers Alistair.

« Le prend pas mal, mais pour le côté frénétique, tu lui ressembles un peu. » Elle lui adresse un clin d’œil, ne poussant pas la comparaison plus loin au cas où leurs rapports tiendraient plus de l’injure que de la fascination. Bien que les deux puissent ne pas être incompatibles, concernant James Wilde.


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() message posté Sam 19 Mai - 8:55 par Alastair H. Pratt
Entre leurs verres qui s’entrechoquent dans un éclat de joie aux allures précaires, Alistair était tout sourire. Un sourire charmeur, angélique ou diabolique, c’est selon, fendu jusqu’aux oreilles. Le sourire qu’on réservait à celui ou celle qui croise la frontière. La frontière entre le paraître et l’être, aussi brumeuse qu’une lande écossaise.

Elle l’avait vu là, assis sur cette chaise de plastique dans un cercle d’âmes malmenées. Elle avait vu une parcelle de ce qu’il tentait de cacher à tout prix. Même Max n’était pas au courant de ce qui était arrivé à Rome. Il en avait glissé un mot au Docteur, sous le coup de la panique, lorsqu’elle lui avait donné ses résultats. Mais sinon, personne n’était au courant. Personne.

Il avait le vague souvenir de ces visages anonymes et ravagés qui l’avait entouré, juste quelques heures auparavant, avides d’ignobles confessions, en espérant qu’il pleure avec eux. Il se souvenait de la fois brisée de cette pauvre fille. Il ne se souvenait même plus de son nom, maintenant. La femme qu’il avait en face de lui ne leur ressemblait pas. Espiègle, rieuse et taquine, elle avait prit les devants et l’avait arraché des griffes de ces adolescentes comme on cueille une marguerite dans un champ ensoleillé. Avec la nonchalance toute enfantine d’une fillette qui ne sait rien des horreurs autour d’elle.

Le pire c'est qu'elle était vraiment jolie... et cette vivacité dans le regard! Alistair songea qu'il aurait pu lui proposer d'aller chez lui ou chez elle... Au diable qu'elle ait l'air un peu plus agée que lui. Il aurait pu. Si Rome ne l'avait pas recraché complètement déchiqueté. Et s'il ne l'avait pas rencontrée plus tôt dans ce qui ressemblait être une oraison funèbre.

Pendant un instant, Alistair retint l’envie de lui demander ce qu’une fille comme elle pouvait bien foutre, à rester assise là derrière, à écouter des fantômes se lamenter sur leurs blessures. Qu’est-ce qui lui était arrivé, à elle, hein? Non. Elle n’était pas comme eux. Ou alors… Elle portait bien son masque. Et puis, n’était-il pas en train de lui sourire lui aussi, malgré les mains spectrales qui l’effleurait sans cesse?

Alistair sourit de plus belle. La fille éclata d’un rire un peu trop franc lorsqu’il évoqua Wilde à mots couverts. Elle avait les joues trop rouges et l’hilarité trop grande, à cette mention de «tyran» pour que le musicien lui soit un pur étranger. Elle ne semblait pas de son avis. Le pianiste se garda bien de lui parler des douze heures cauchemardesques que Wilde leur avait fait subir, lors de l’audition live… ni du fait qu’il était finalement tombé d’épuisement devant leur tortionnaire… La honte le terrassait encore. Il haussa les épaules, avec une grimace narquoise et reporta son attention sur la foule. Son air taquin disparut pendant un moment et le vide revint insidieusement lui palper l’échine. Il attrapa un autre cure-dent, sur le bar qu’il mâchonna avec un brin d’irritation. Dieu qu’il aurait eu envie de griller une cigarette…

« Effectivement, la scène est un champ de bataille. Il faut vomir ses trippes pour lutter, encore et toujours. L’ennemi, c’est l’oubli. L’oubli de la foule qui passe au suivant sans comprendre le message, sans se souvenir des notes. Qui gobe tout juste pour combler je-ne-sais-pas-quoi, tu vois. L’ennemi, le vrai, c’est le silence après la dernière note, après les applaudissements. Ouais… on se sent comme un dieu sur scène, quand ils nous applaudissent, comme Icare qui va rejoindre le soleil. Mais après, quand le silence s’installe… »


La sirène l’interrompit et la noirceur les enveloppa. Les têtes se retournèrent à l’unisson vers la scène et les cris se déchainèrent lorsque les Wild apparurent sur scène, leur chanteur au piano. Au piano, bordel. Comme un double plus grandiose de lui-même. Comme si Wilde voulait lui montrer qu’il gagnerait toujours, peu importe le sang qu’Alistair verserait sous les projecteurs. Oubliés, les Untitled. Oubliées les notes vibrantes et distorsionnées qui s’étaient glissées sous ses doigts, à peine quelques instants auparavant. Alistair pâlit. « Je ne serai pas ton ennemi. Pas uniquement, tout du moins.» Il se souvenait encore des mots du camé sur le trottoir. Durs et honnêtes. Il n’y avait pas d’amis, sur la scène. La fille avait raison. La scène était une lutte perpétuelle. Il vit Wilde passer du piano à la guitare comme si de rien n’était. Le jeune homme se mordit la lèvre. Il ne connaissait que quelques accords de guitare. Seul son piano lui donnait l’impression de le compléter. Devant la scène, la foule s’embrasait dans un tumulte sans fin. Et Alistair brûlait avec eux. De jalousie, d’envie de se réapproprier son instrument et de fusionner avec les musiciens. Il brûlait au son et aux paroles qui lui provenaient en sourdine. Il ferma les yeux. Puis, après les applaudissements, le silence revint. Wilde ressentait-il le même vide, lorsqu’il quittait la scène, lui?

« Le prend pas mal, mais pour le côté frénétique, tu lui ressembles un peu. »

Ah oui. La fille. Il l’avait presque oubliée. Alistair remit son masque et haussa un sourcil et releva un coin de la bouche, et s'accouda au bar,  le cure-dent au coin des lèvres, comme un petit gosse rebelle avec un air énigmatique, face à cette figure féérique qui prétendait le deviner, en un coup d'oeil.

« Frénétique, hein? Explique-moi comment je lui ressemble. Je suis toute ouïe, Mini-fée. »
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() message posté Mer 23 Mai - 14:47 par Eleah O'Dalaigh

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Ses sourires se greffent, creusent les joues pour y nicher des fossettes. L’illusion est entière, caresse du bout des doigts le sublime. Tous les stigmates de la peur rejoignent les firmaments tracés par leurs musiques conjointes. La sienne, la leur. Les deux ensembles. La fièvre acharnée de l’un contre la frénésie brutale de l’autre. Un miroitement étrange, entre ces deux âmes qu’elle n’aperçoit que comme une spectatrice parmi d’autres, lui apparaît de façons indistinctes. Il y a dans les sourires ravageurs d’Alistair de ces insolences qu’elle a déjà vu chez James. Les mêmes lueurs, tapies dans le regard, espiègles sous couvert d’une langue acérée. Ce n’est peut-être pas si étonnant qu’il ait laissé les Untitled se produire sur la scène du Viper. Plus elle observe sa silhouette se découper dans les lumières vacillantes, plus elle se dit que c’est surement à cause de lui. Oui, lui. Lui qui la regarde un instant avec cette indiscrétion que l’on réserve à toutes les curiosités que l’on projette sur quelqu’un d’autre. La même qu’elle a tendance à nourrir avec trop d’avidité, même si elle a appris avec le temps à ne pas franchir certaines barrières que l’intimité impose. Eleah ne dit rien, le mutisme de son âme caché sous ses airs enchanteurs de femme-enfant. Mais elle sait, sans avoir besoin de le voir, ou de le lui demander. Elle sait les questionnements qui brûlent ses lèvres, les mêmes qui pourraient rendre incandescentes les siennes si seulement elle ne savait pas ce que la confession impose. C’est un partage. Prendre le risque de demander, c’est accepter de se confier à son tour. Surtout dans des situations comme la leur : il ne peut y avoir de narration à sens unique. De façon imperceptible, Le corps d’Eleah se tend. Les nerfs s’agrippent à ses chairs, propulsent une onde d’appréhension dans tous ses membres. Il la regarde encore, mais il ne va pas jusqu’à poser la question qui pourrait faire vriller l’échange. La reconnaissance se peint sur ses traits, passe sans doutes pour de la bonne humeur. Il a cru à tous les subterfuges qu’elle sait mettre en place pour ne pas être vue. Il y croit, dur comme fer, et cette impression-là la ravie. A quoi bon se morfondre ? A quoi bon se complaire dans cette fêlure immonde, et la laisser suppurer par tous les pores ? Elle ne veut pas, non. Elle s’y refuse. Pourtant elle ne peut s’empêcher de le distinguer un peu plus dans la pénombre, de chercher à entrevoir les stigmates de la peur. Ils se révèlent surtout dans toute cette colère dont son corps entier semble le réceptacle. Cette colère irrépressible qui gronde, à l’intérieur. Qui n’est au fond que la voix d’une agonie profonde. Cette colère qu’elle connaît, qu’elle pourrait détourer du bout des doigts même sans en connaître l’essence. Elle ne dit rien pourtant. La conversation est interrompue par les mouvements triomphaux de la scène vibrante. Elle a tout juste le temps de glisser pour toute réponse, avant que le noir ne soit : « Quand le silence s’installe … Il n’y a plus rien … A part le vide à l’intérieur. Le vide … Et rien d’autre. »

La scène s’éclaire. Et ils vibrent avec elle. Avec lui aussi surtout. C’est la première fois qu’elle le voit sur scène, dans toutes les splendeurs avides qu’il est capable de déployer sur ce qu’elle considère comme son territoire. Chaque vibration du timbre l’enivre un peu plus, fait renaître dans son corps des souvenirs brûlants, des inspirations insatiables. L’envie de le rejoindre est si puissante pendant un instant que son cœur en bat plus fort contre sa poitrine. Jusqu’à la laisser exsangue, jusqu’à tordre le ventre et assécher la bouche qui crève de s’abreuver de tout ce qu’il saura lui offrir. Cette frénésie, cette énergie … Elle les veut toutes. Crues, sans fard. Brutales s’il le faut. Douces et terrassantes. Elle sait même déjà comment les retranscrire à travers son corps, comment les déployer dans les enchaînements de mouvements agressifs, et en même temps d’une grâce infinie. L’enthousiasme perdure, l’ivresse ravage tout sur son passage. L’excitation est si grande à l’intérieur, propulsée dans les hautes sphères par toutes celles que la foule nourrit à son tour. La symbiose absolue, la peur fracassée au loin, pourrissante. Il fait plus chaud, ses joues se teintent de toutes les énergies qui se chamaillent dans son corps. Le concert impromptu se termine, et les attentions d’Eleah, bien que dispersée, rejoigne celui qu’elle a décidé d’accompagner pour la soirée.

« Allons bon, vous êtes tous à me donner des surnoms de petites créatures en ce moment. Je vais finir par croire que j’en suis une. » prononce-t-elle dans un premier temps avec décontraction, et humour. James aussi, la qualifie souvent de « petite fille », ou autres surnoms désignant souvent quelque chose de petit, d’enfantin, et de mignon. Si loin et si près de ce qu’elle est à la fois. Un petit rire lui échappe, tandis qu’elle ourle ses lèvres autour de sa paille pour étancher sa soif. « On dirait que tout votre être se déploie sur scène … dans ses tressautements, ses brutalités, ses avidités, ses élans sublimes aussi. La même colère à l’intérieur aussi … Celle qui fait se tendre les muscles, qui rend les regards plus alertes, et peut-être les créations plus puissantes aussi … cela je ne sais pas. Je ne te connais pas assez pour le deviner. » elle lui glisse un clin d’œil, sans prétention aucune, sans certitude non plus sur les impressions qu’elle avance. Elle a seulement senti tout de suite qu’il n’est pas de ceux dont il faut envahir la sphère sans douceur, et sans précautions. Comme les bêtes torturées qui se tendent à l’idée d’être touchée, qu’il faut savoir approcher avec lenteur, sans se précipiter. « Pourquoi le piano alors ? » demande-t-elle enfin, la question lui brûlant les lèvres depuis quelques bonnes minutes. Pourquoi, oui ? Pourquoi ? Pourquoi quand les instruments existent par centaines ? Pourquoi lui en particulier ?

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() message posté Dim 27 Mai - 10:10 par Alastair H. Pratt
Au travers de l’extase et le soulèvement de la salle qui l’avait maintenant complètement oublié, Alistair s’était replié quelque part dans les méandres de son esprit pour mieux ruminer ses idées noires. Wilde se moquerait toujours de lui. Encore et toujours. Ne lui avait-il pas dit qu’il fallait déstabiliser pour mieux triompher ? Qu’il fallait frapper quand l’autre s’y attendait le moins ? Et voilà que Wilde avait frappé. Un coup de poing dans le ventre pour lui rappeler une leçon qu’il avait bêtement oubliée. Celle où, sur la scène, il n’y a que soi. Et personne d’autre.

« Je ne suis pas ton ennemi. Mon cul, oui »

Il avait envie d’aller les rejoindre, là, sur la scène. De prendre possession du grand piano et d’improviser, au son de la voix de Wilde.  De se fondre dans la musique et ouvlier, encore trois autres minutes, ce foutu vide. Oh Dieu qu’il en avait envie. La fille à côté de lui aussi en avait envie. Son front était trempé de sueur et ses petites joues avaient rosies. Elle trépignait sur son tabouret. Non, ce n’était pas une sotte groupie. Elle n’était pas hystérique. Ses élans se voyaient à peine. Mais ils étaient là. Elle aussi aurait voulu s’élancer suur la scène.  Le regarderait-on jamais ainsi ?

Et si les Untitled faisait un dernier morceau, hein ? Juste comme ça ? Il y avait ce morceau, sur l’homophobie qu’ils n’avaient pas joué, ce soir. Mais après les Wild, la foule serait-elle aussi réceptive ? Comme si le groupe de la première partie revenait sur scène alors que la foule attendait les Beatles. Non. Wilde venait de les enterrer définitivement. Ne jamais se laisser surprendre. Jamais.

Alistair chercha du regard ses compatriotes mais ne les trouva pas. Ils devaient être dans la zone VIP, au fond du club. Quel changement tout de même. Avoir accès à une zone VIP. Ils n’auraient jamais pu rêver de cela voilà à peine trois semaines. Il poussa un lourd soupir et fit un sourire en coin à l’elfe à côté de lui et pinça les lèvres d’un air amusé, en plissant des yeux.

« Qui sait ? On t’a peut-être retrouvée dans une feuille de chou, à la naissance et on a juste omis de te le dire, je crois. On est tous à te donner des surnoms de lutin, tu dis ? Tous ? Ton petit ami… ? Il a pas tort, remarque. »

Il haussa les sourcils et fit danser un sourire sibyllin sur ses traits, prenant un air faussement timide. Que de questions détournées, sous le couvert d’une séduction éphémère… Mais qui était cette fille, hein ? Qui ? Elle semblait presque le connaître, c’en était hallucinant.

Le pianiste desserra enfin sa cravate, déboutonna un bouton de sa chemise blanche et posa son veston noir le tabouret vide, à côté d’eux. Il réajusta ses bretelles et prit une pose plus détendue, sur le bar. Elle voulait jouer. À quoi ? Alistair ne savait pas. Mais il était prêt à entrer dans cette danse de masques et de vérité. Cela le divertirait du vide qui l’attendrait ensuite.

Il éclata d’un rire enfantin lorsqu’elle lui demanda pourquoi il avait choisit le piano. Autant dire que c’était le piano qui l’avait choisi, dans cette boutique de 48 tours usagés. Il se souvenait encore de la mélodie de Don Mclean qui jouait quelque part dans la pièce – American Pie -  suivie de près par les Beatles. Et du couvercle poussiéreux du piano sur lequel il avait tracé du doigt ses initiales. Juste A. P.  Rien d’autre. Comme s’il avait été un adolescent ordinaire. Comme s’il s’appartenait vraiment, au travers de l’instrument. Il sourit rêveusement et se reprit en fronçant les sourcils en pointant la demoiselle de son cure-dent à moitié mâchonné, avec un scepticisme à moitié feint.

« C’est pas le genre de question que les journalistes posent aux artistes, ça, à la BBC ? On est déjà Pourquoi le piano ? Bordel, tu l’as, la question, Mini-Fée ! On est déjà si populaire que ça ? »

Il secoua la tête, toujours tordu de rire et regarda un point fixe, quelque part au plafond avant que son air hilare ne disparaisse.

« Parce que le piano permet à la fois d’être seul, silencieux pendant un moment, déchainé dans l’autre, endiablé et majestueux. Tu vas me dire que le violon et la guitare, c’est pareil. Une note et toute l’ambiance est là. Mais le violon et la guitare se plaignent alors qu’une note de piano ne plie jamais. Elle reste franche et droite. Franche et droite jusqu’à son agonie et… »


« … et il chante avec une voix foutrement nasillarde et n’arrive pas à faire dix accords de guitare de suite sans se tromper. La batterie ? Oublies ça. Il y comprend rien de rien. Trop primitif pour M’dame la Marquise. »

Ne jamais se laisser surprendre.

Erwan se tenait là, à côté d’eux, avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles et un mec accroché à ses larges épaules, aussi éméché que lui. Ils tenaient à peine debout, tous les deux.  Alistair avait l’impression d’avoir déjà vu cette conquête. Où ? Et puis le souvenir répugnant de cette main, sur son torse, lui revint. Le minet. C’était ce foutu minet qui l’avait dragué, l’autre soir au White Swan. L’avait-il seulement reconnu ? Ou  était-il un morceau de viande plus? Le batteur sourit de plus belle et fit un clin d’œil à la jeune femme assise à côté.

« Vous avez de la chance, hein ! D’habitude, après les shows, il est saaaaaaaauvage, ce p’tit merdeux !  Vous êtes bien la première personne que je vois à distance raisonnable du Loup-garou de Londres un soir de pleine lune ! Non mais avouez qu’elle est mignonne, notre Lady Di !!»

Erwan voulut se rapprocher sans doute pour tirer la joue de son comparse d’un air rieur mais tout le corps du pianiste se tendit, en alerte et sa mâchoire se serra prêt à riposter et à mordre. Le batteur avorta son geste, d’une mimique désolée et presque nostalgique. Il y avait eu un truc plus ou moins avoué entre eux, deux ans plus tôt. Mais une idylle dans un groupe rock était malsain et le pianiste y avait mis fin. Alistair suspectait le batteur de continuer à le kiffer, malgré les règles du groupe. Il ferma les yeux un instant et voulut s'excuser de sa brusquerie.

« Erwie....»

« Ouais c’est vrai, personne ne touche M’dame la Marquise. Personne… Hey mec ! Tu nous appelles dès que tu reviens d’Aberdeen ? On va te fêter ça pour de vrai, nous, ce quart de siècle. »

Le batteur sourit de plus belle à la jeune femme.


« Je vous jures, il est seeeeeeeeexy en kilt, c’te garçon. Bon choix. Je vous montre les photos n’importe quand.

Erwan rigola de plus belle et les salua d’un geste vacillant, en emportant sa conquête vers la sortie du bar. Oui, c’est vrai. Les choses avaient changé. Plus de hamburgers entre amis, après les concerts…

Le masque tomba, l'espace d'un instant. Le néant l'avait submergé et il dut baisser la tête, pour cacher son désarroi et commanda un autre verre de soda. L'envie ne manquait pas de demander à la barmaid d'y ajouter deux bonnes doses de scotch... Il tenta de se ressaisir et de sourire à la fille, comme si de rien n'était.

« Alors... on en était où, avant cette fâcheuse interruption? Ah oui! Si tu étais journaliste à la BBC et si tu avais un petit ami qui te donnait aussi des surnoms bizarres! »
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() message posté Lun 28 Mai - 11:51 par James M. Wilde


« Don't leave me now
Don't say good-bye
Don't turn around
Leave me high and dry
I hear the birds on the summer breeze,
I drive fast, I am alone in midnight
Been tryin' hard not to get into trouble,
But I, I've got a war in my mind
I just ride, just ride,
I just ride, just ride »

Eleah
& Alistair
& (James)




Les feux, la sueur, la guitare et le piano convolent dans ce lyrisme tapageur, qui m’exsangue et me rappelle à l’heure où il faudra choisir. Choisir d’être ou de disparaître. Choisir de faire face aux harmonies arrachées dans les entrailles d’une autre pour les vomir sur scène, encore et encore. Ou choisir de retourner au néant, de se ceindre l’esprit d’accords aphones et de serments brisés. Broyés sous mes mains qui suivent des élans qui parcourent tous mes muscles. Élans d’une névrose, on sonne l’hallali dans le public, je me penche et ils hurlent, parce qu’en cette seule seconde, je ne m’appartiens plus. Je suis à eux, je suis eux, je suis ce désir qui palpite et qui abat son lustre sur leurs traits, je suis la rancoeur que l’on ravale, la haine que l’on transforme en une malsaine avidité qui coupe le souffle, fouaille le ventre, retourne la tête. Je suis et pourtant, je ne suis rien. Je ne suis rien. Tout et rien à la fois, la contradiction dans ces derniers cris, promis un jour. Promis à Eleah, elle qui a su les entendre quand je croyais ne plus jamais pouvoir les pousser. Jamais. Jamais. Parce que la honte me bâillonne et me perd dans des dénivelés où je m’enferre. Mais pas ce soir. Pas ce soir. Pas encore. Le choix n’est pas encore venu, j’en dispose pour mieux le tordre et parjurer les absolus portés par mes paroles et par ma voix. Jusqu’à l’aube. Mes habits noirs attirent les lueurs et les affadissent quand l’ombre retombe. Greg et Ellis ont salué, moi j’ai disparu de la même façon dont j’avais abusé pour me poser ici, sans prévenir, pour assouvir un instinct qui me dévore. Et me dévore toujours. Après la scène, il y a ce pouvoir qui parcourt mes veines, pulse pour mieux me manipuler dans des attitudes brutales, fantasques. Envie de tant. Envie de tout. Et de rien à la fois. Les vestiaires m’avalent, j’en reparais les cheveux trempés par la douche glacée qui n’a rien ôté à la dévoration dans mes prunelles. Je sais que je devrais remonter dans ma tour d’ivoire, remonter pour mieux disparaître, aller oublier ce qui grogne à l’intérieur, quémande et hurle sur la même tonalité que le cri brisé sur la scène. J’ai tenté de l’apercevoir, tenté de voir les flammes dans ses yeux, j’aurais aimé qu’elle soit plus proche. J’aurais aimé qu’elle soit là, juste à côté. Comme nous nous le sommes promis. Juré. Les promesses spiralent, trop nombreuses, elles me donnent le tournis. J’emprunte le couloir de service, pousse la porte qui débouche derrière le bar et me glisse aux côtés de Kaitlyn en des attitudes plus menues, falsifiées pour que personne ne me remarque dans les ombres du nightclub. Personne ne s’attend réellement à me voir derrière un comptoir, ce temps-là est lointain, si je donne un coup de main, c’est en général dans les coulisses plus que sous la lueur des projecteurs. Phil est passé au mix dont nous avons convenu, qui s’accorde à la brutalité du sang qui continue de battre mes veines et mes tempes. Le rock est déchaîné, c’est une soirée qui nous portera loin des autres territoires qui peuvent me passionner, comme l’électro ou encore la suavité d’impulsions plus classiques. Non, les sonorités lourdes déchirent l’air pour mieux emporter la foule dans ce qui s’apparente à une catharsis que je déshabille du regard. Tant de corps, et le sien à la périphérie des yeux, le sien. Elle converse avec Alistair, de plus près, j’aime bien les voir ainsi ensemble, il y a de ces expressions qui transitent sur le visage du jeune homme, plus ouvertes qu’avec moi je crois. Il se méfie toujours en ma présence, je ne fais strictement rien pour le contredire. Rien pour le mettre à l’aise, rien pour laisser un pouce de ce terrain qui pourrait lui montrer combien il sait m’atteindre dans ce qu’il représente. Je ne sais pas pourquoi. Par peur, par besoin de surseoir à une conjonction qui pourrait me mettre en péril sans doute.

Je discutaille un instant avec ma barmaid, l’équipe va bien, les serveurs sont tous là, à s’ébattre dans la foule pour atteindre les alcôves où les quelques sommités d’un soir commandent des cocktails à la con. Je me sers un verre de Lagavullin, et je laisse rouler l’alcool sur ma langue qui n’étanche en rien cette soif qui dévore mon visage. Trop proche pour la voir elle, trop loin pour la toucher encore. Un pas et je peux m’évanouir de nouveau dans l’éther, remonter me percher dans des observations indistinctes. Mais je me pose-là, le dos négligemment appuyé au mur, sans les entendre, en suivant juste l’inflexion de la conversation sur leurs visages. A un moment, Alistair flanche, je ne sais si c’est parce que Erwan vient parader, pour ce qu’il dit ou pour ce qu’il est. Je commence à distinguer une drôle de rivalité entre mon poulain et les autres membres de son groupe, son caractère enflammé déclenche des vindictes. Je tiens souvent à l’oeil John ou le batteur. Max… Je le sais prompt à appuyer son ami, je ne crois pas qu’un seul coup bas pourrait émaner de sa personne angélique, je pense que c’est lui qui mine de rien tient le tout ensemble, fait le lien entre ces personnalités contraires. Je termine mon verre, en prend un autre sous le haussement de sourcil de Kait’ qui me chambre gentiment. Des habitudes qu’elle a durement acquises et que je ne lui dispute guère depuis des années :
"Je vois qu’on se prend pour le boss et qu’on boit à l’oeil."
J’ai un sourire carnassier.
_ Mon appartement est trop loin. Puis la vue est meilleure ici.
“A ce qu’on m’a dit, je crois bien que tu mens.”
Elle songe à l’étendue de la ville du haut de mes étages qui donne le vertige. J’ai un sourire plus grand avant de murmurer à son oreille :
_ C’est qu’on regrette de ne pas m’avoir suivi ce jour-là ?
Elle bascule, entre le trouble et les sursauts de cette peur lorsque cette invitation fut lancée, quand j’étais camé jusqu’à l’os, et en pleine perdition. Je ne lui ai pas demandé pardon pour ce que j’ai dit, esquissé contre elle. Je n’aurais pas dû lui rappeler cet instant. Je glisse un geste sur son bras :
_ Tu sais… Je pense que tu as bien fait.
Elle a un sourire discret avant de revenir à nos nombreux convives :
“Je pense aussi.”

L’intermède me donne d’autres envies, je me fraie un passage entre Solène, Justin et… Je ne me souviens jamais de son nom à celui-là. Disons Peter. Jester ? Travor ?  
_ Pousse-toi Hector.
Personne ne s’appelle Hector, bordel, James.
“Chester.”
J’ai un haussement d'épaules agacé :
_ C’est exactement ce que j’ai dit. Bouge.
Il finit par se tirer avec son plateau et je ne cherche guère à manifester ma présence si ce n’est que je subtilise le verre de la brunette pour m’apercevoir, ô horreur, qu’il s’agit d’une sorte de smoothie à la fraise. Ma grimace est éloquente mais ma soif jamais tarie ponctionne une longue lampée avant de ponctuer :
_ Boisson du diable. Tiens tu es là… Ah c’est vrai, tu as dit que tu allais passer. C’est vrai. C’est vrai. La séparation était trop longue, c’est ça ? Enfin si c’est pour prendre un breuvage de collégienne, je ne te félicite pas et je ne sais pas si je suis ravi de ta présence. Quoique la couleur est mieux que la dernière fois. Tu ne veux pas rajouter de la vodka là-dedans ? Ou tu vas continuer à dévoyer ma barmaid, Sylphide des enfers ? Quel petit ami d’ailleurs ?
Mon oeillade appuyée sur elle dément l’assertion, je suis plus que content de la voir ici, là, maintenant. Et mes oreilles trainent partout car la terminologie de petit ami me fait sourire en coin comme s’il s’agissait-là d’une trivialité décalée vis à vis de son personnage. Je tourne la tête vers Alistair et exhale une phrase, en repoussant le verre que j’ai dérobé vers Eleah :
_ Il a dit que c’était ce qu’il avait entendu de mieux, dernièrement, dans les groupes présentés ici. Jonathan Perse. Juste pour que tu sois au courant. J’ai répondu qu’il n’aurait qu’à vous appeler, Max ou toi.
Une manière détournée de le complimenter sans que je ne le fasse directement, même si le silence qui ponctue le fait qu’un journaliste éminent les ait remarqués détaille mes iris dans une sympathie très lisible. Peut-être même de la fierté. Je termine mon propre verre avant de le reposer, vide :
_ C’était presque bien, minot. Presque. 10h demain, n’oublie pas.
En studio j’entends. Je salue Erwan de la main, avec une sorte de mépris non dissimulé car quelque part je sais que le malaise qui éprend encore Alistair vient de lui. Et avant qu’il n’ait compris que le compliment a fini par pourfendre la barrière de mes lèvres blêmes, je me tire, papillonnant plus loin, auprès de deux gonzesses que je sers comme au bon vieux temps, quand le Viper débutait et prenait son envol délicat.
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