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(alistair&eleah) leave me high and dry.

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() message posté Dim 3 Juin - 20:44 par Eleah O'Dalaigh

leave me high and dry
Les lèvres d’Alistair poussent des jurons d’incertitude, celles d’Eleah, elles, rêvent de babiller encore et encore sur les rythmes sulfureux de morceaux comme ceux qu’ils savent créer, que cela soit les Untitled, ou bien les Wild.  Elle ne sait pas si dans un autre contexte, leur musique l’aurait autant transcendée. Est-ce parce qu’elle distingue légèrement l’homme sous l’habit de scène que la voix de James la fascine à ce point ? Est-ce la transpiration fébrile de cette humanité qui rend chaque note plus palpable, plus puissante aussi ? Peut-être … Peut-être. Les aigreurs de fin de soirée lui sont passées, laissant place à la frénésie de la nuit. Les accords lui font renouer avec l’envie irrépressible de danser, mais elle peine à distinguer en Alistair un partenaire potentiel. Elle ne sait pas pourquoi, mais il ne lui apparaît pas comme très tactile, ou prompt à se laisser entraîner sur une piste de danse. Il y a chez lui cette forme de réserve qui oscille avec l’agressivité dont elle ne veut pas franchir les barrières pour l’instant. Il est trop tôt. Elle ne saurait comment se prémunir du revers. Ses regards papillonnent ici et là, ne s’aimantent à aucune silhouette en particulier avant de lui revenir. Son humeur est si légère ce soir qu’elle a le sentiment que rien ne pourrait véritablement l’atteindre. C’est un leurre bien entendu. Un leurre immonde. Mais elle se plaît à y croire, distribuant des sourires comme l’on distribue dans cartes à jouer sans savoir quelle manche va nous attendre ensuite, et qui va la remporter.
« On ne dit pas que les filles naissent dans les roses plutôt ? Et les garçons dans les choux ? »
Suggère-t-elle en arborant de ces sourires enfantins qu’elle manie à la perfection, l’expression de « petit ami » lui arrachant un rire plus franc, manquant de la faire s’étouffer avec une gorgée de son Virgin Mojito.Petit ami. Ce terme-là la ramène toujours à ces années collège, où il était de bon ton d’avoir un boyfriend digne de ce nom. Evidemment, le terme n’avait pas toujours cette connotation un peu naïve qu’elle imaginait dans sa tête chaque fois qu’il était prononcé, mais ça n’était pas là un carcan dans lequel elle souhaitait s’enfermer. Non … Non jamais.
« T’es bien curieux pour un-»
Elle s’interrompt, coupée dans son élan par l’arrivée impromptue, voire imprévisible, de James dans leur sphère singulière. Sa langue claque de mécontentement sur son palais lorsqu’il se saisit de son verre sans lui demander la permission – cela va vraiment devenir une habitude -, mais cela ne suffit pas à lui ôter cet air réjoui qui la caractérise depuis un petit moment déjà.
« Ne fais pas l’innocent trésor, je suis sure que tu m’attendais, planqué dans ta tour d’ivoire. »
Elle lui glisse un clin d’œil à la dérobée, récupère son verre pour mieux en boire une gorgée.
« Tu plaisantes ? Gâcher un breuvage aussi délicieux avec une vodka bonne à déboucher des toilettes ? Jamais de la vie. Ta barmaid a des doigts de fée, elle fait des merveilles sans même avoir besoin des subterfuges de l’alcool. En plus de ça, elle est à croquer. Dis-moi, Wilde, t’es quand même pas sexiste au point de faire de la beauté physique un critère d’embauche ? » Son regard devient faussement inquisiteur, son petit index traine dans les airs pour ponctuer ses paroles. Son attention revient avec légèreté sur Alistair, l’assertion de « petit ami » revenant en écho entre les lèvres de James.
« Si seulement j’avais le temps d’avoir un boyfriend ! Mais voyez-vous je suis sii débordée… Parlons plutôt de réguliers, ou de régulières éventuellement … Je suis pas contrariante. »
Sa voix devient un peu plus aigüe, l’ironie s’accentue sur le « si » qui montre bien que cette idée-là est assez absconse la concernant, et son sourire devient goguenard, voire un brin espiègle sur la fin de sa remarque. Elle dévoile ses dents dans une innocence totalement factice, et glisse un regard empreint de sous-entendus sur James, sans prendre le risque de s’y attarder trop longtemps. Son attention se porte sur la conversation qu’ils ont tout juste le temps d’entamer avant que la silhouette de James ne s’éloigne de nouveau. La fulgurance d’une apparition. Ainsi aide-t-il les Untitled à percer ? Ils doivent avoir quelque chose, pour qu’il leur donne une chance de cette façon. Pour qu’il les tire vers les stratosphères les plus élevées. Sans doute ne savent-ils pas encore vers quoi ils vont s’aventurer. Eleah reprend le fil de la conversation avec Alistair :
« Hmm, peut-être bien … La seule différence, c’est que lorsqu’un journaliste te pose cette question, il se contrefout de la profondeur de ta réponse. Ce qu’il veut, c’est que tu fasses frémir les fans qui écoutent, en leur refourguant une réponse classique. Mais quand un autre artiste te la pose … Il veut juste savoir ce que tu as dans le ventre, ce qui te fait vibrer dans cet instrument plus qu’un autre … ce qui te nourrit. »

Incandescente jeunesse, qui s’aventure à faire d’elle une sorte de stéréotype mignon et facile d’accès quand en réalité elle attend davantage des échanges qu’elle tisse. Surtout avec des personnalités comme celle qu’il semble couver. Il s’avance sur ce qu’elle pourrait dire, ou répondre … Mais il ne sait pas, non. Il ne sait pas ce qu’elle est, ou ce qu’elle pense. Il a cette assurance charmante qui lui fait esquisser un sourire. Une part d’elle-même estime qu’il se trompe, qu’il y a en chaque instrument une histoire et un potentiel infini pour peu que celui qui le choisit sache le transcender. Les cordes ne flanchent jamais elles non plus … Ce sont les mains qui les manipulent qui tremblent, qui faillissent. Elle va pour lui répondre, mais c’est sans compter l’apparition impromptue de son acolyte. Elle ne l’interrompt pas, se fait presque spectatrice quand il semble pourtant s’adresser à elle. Son sourire devient plus ambigu, flirte dans la direction d’Alistair qu’elle devine sous les assertions presque crues de son camarade éméché.  Peut-être qu’il y avait eu quelque chose entre ces deux-là. Mais d’une idylle quelconque, ne restait plus qu’un malaise étrange. Quasiment épidermique de la part d’Alistair.

« Sauvage alors … Et écossais avec ça ? » dit-elle du bout des lèvres, masquant un sourire derrière une gorgée de son verre. « Non je ne suis pas journaliste. Et non, je n’ai pas de petit ami. » ajouta-t-elle avec douceur, comme si de rien n’était. Elle n’était pas là pour le mettre mal à l’aise, encore moins pour excaver le souvenir d’histoires qui ne la concernaient pas. « Quel surnom te donne-t-on toi ? Je suppose que « M’dame la Marquise » n’est pas celui que tu préfères. » l’interroge-t-elle, détachée.

Ses regards dérivent vers la silhouette évanescente de James. Elle l’observe au loin, déployant des attentions ici et là, se faisant serveur d’un soir, gravitant dans cet univers qui est sien. Elle voit cette façon qu’ils ont de le regarder. Surtout la gent féminine en réalité, avec cette forme d’avidité sans fard, presque indécente. Une personne normale aurait sans doute brûlé de jalousie à sa place, aurait rêvé de griffer son visage avec ses ongles pour n’effleurer ne serait-ce qu’un peu l’idée qu’il puisse lui appartenir. Mais rien ne vient de cette nature-là chez Eleah. Rien d’aussi brutal. Rien d’aussi acéré. Tout au contraire, ce sont des envies nouvelles qui surnagent dans les intensités de ses prunelles. Des envies qui rendent sa bouche plus pâteuse, et font battre son cœur un peu plus vite. Elle trouve que ce naturel-là lui va bien. Qu’il semble presque serein, à graviter ainsi entre ceux qui l’admirent sans pour autant le reconnaître.

« Tu danses, ou es- tu es trop sauvage pour t’y aventurer ? » finit-elle par proposer à Alistair, en sautant de son tabouret, un clin d’œil espiègle lancé en même temps dans sa direction.


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() message posté Jeu 7 Juin - 4:27 par Alistair H. Pratt
Ne. Jamais. Se. Laisser. Surprendre.

Jamais.

Même à la fin de la nuit, Alistair ne saurait jamais ce qui aurait été le pire. Le concert impromptu des Wild où tous les efforts pour tracer sa silhouette un peu trop éphémère dans l’iris de la foule avait été anéantis par un groupe plus grand et plus connu ou le fait d’avoir été berné par l’amante de leur chanteur? Ou peu importe le nom qu’il lui donne ou l’étiquette qu’elle veut ou pas porter. Il avait l’impression d’avoir été dupé. Il revit au ralenti Wilde prendre le verre de la fille et le recracher comme si de rien, en l’invectivant comme le Capitaine Haddock l’aurait sûrement fait, si la vie n’aurait été qu’une œuvre grotesque de fiction.

Erwan, dans son état un peu-beaucoup altéré, le remarqua aussi. Alistair allait une fois de plus repartir complètement seul. Comme toujours depuis presque deux ans. Le pianiste vit son batteur redresser la tête et faire un pas de trop pour tenter de s’infiltrer dans une porte qui se refermait doucement au nez de celui qui avait été son amant. Heureusement, le minet accroché à son cou le remarqua aussi, fronça les sourcils et l’entraina vers la sortie, d’une démarche chancelante. Erwan n’eut le temps que lui envoyer un baiser soufflé un peu trop sincère. Il ne remarqua même pas le regard glacial de Wilde à son encontre, trop obnubilé sans doute par la vision solitaire de son acolyte. Alistair se tourna vers le bar comme si de rien n’était. Le batteur ne se souviendrait plus de rien, à son réveil. Alistair se passa la main sur le visage et se força à sourire de plus belle.

« Il t’appelle réellement Sylphide des enfers ou c’est sur ton certificat de naissance? Wouah… Je savais que son esprit se trouvait encore quelque part sur l’île d’Atlante, niveau décalage horaire, quand il me donne rendez-vous mais ça… Ça… Permets-moi de retenir le genre de surnom. Ça doit impressionner les filles, de se faire appeler comme ça. Plus que de se faire appeler Mini-Fée, sans doute.»

Il fit un clin d’oeil vers la barmaid qu’Éléah avait, le temps d’une maigre seconde, convoîtée du regard et lui fit le sourire le plus séducteur possible, en levant son grand verre de ginger ale à moitié vide d’un air aguicheur.

« Ôôôôô Parthénope sublime de l’ivresse… tu me remplirais le reste du verre d’un bon scotch, dis? Ton maître sanguinaire me veut corps et âme à l’aube du jour pour mieux me dévorer entier mais on sait tous trèeeeees bien qu’on ne le verra point émerger de sa tombe avant le zénith. J’ai le temps de fêter encore un peu. »

Il lança un regard en biais vers Wilde qui servait la clientèle comme un simple barman. Avait-il réellement fait ce job une fois dans sa vie? Alistair repensa à cette conversation qu’il avait eu avec le type, dans le café de Giuseppe.        La sueur, les efforts et le sang qu’il faudrait suinter avant d’être libre. Une partie de lui avait envie de s’emballer aux propos du tyran. Jonathan Perse?! Vraiment?! Il bluffait. Alistair était sûr que Wilde bluffait. Mais une partie de lui rêvait déjà. Les Untitled sur la BBC One ou dans The Guardian. Un pas de plus vers la gloire. Un pas de moins vers la rue et la déchéance qui l’embrassait déjà. Les yeux d’Alistair brillèrent d’espoir. Non, c’était trop beau. Wilde mentait.

Son regard se reporta vers la demoiselle en train de siroter son virgin d’un air toujours espiègle. Wilde avait du goût, assurément.

« Moi, un surnom? Mais tu les as tous entendu à l’instant… Marquise, Lady Di, Sa Majesté, Midas, gosse de riche, «Brat» parfois… Faut croire que mon existence entière ne tourne autour que de la pourriture de mes origines. Et je ne parle pas de l’Écosse, non. Mais si tu veux me convoquer pour un rituel diabolique, Ali est toujours bienvenue. Ça me fait penser à Aladdin, tiens. J’ai toujours été fan des mille et une nuits. »

La barmaid revint avec un verre de scotch bien ordinaire et un regard appuyé qui voulait en dire long. Non, lui chanter des verses grecques antiques ne l’amadouait pas, elle. Erwan avait sans doute bu pour quatre, ce soir. Le jeune homme émit un petit rire et haussa les épaules en avalant d’un trait son verre. L’alcool lui brûla la gorge et l’apaisa l’espace d’un instant.

La nymphe sauta de son tabouret et lui tendit la main pour danser. Il regarda la main tendue avec un mélange d’envie et de crainte. Oh, il adorait danser. Presqu’autant que de jouer au piano. Debout devant son clavier ou sur une piste de danse, il se laissait sans broncher être le pantin de la symphonie et suivre ses mouvementns comme s’il n’avait plus aucune décision à prendre autre que de faire confiance au rythme. Mais la pensée d’un corps qui enlaçait de trop près le sien le terrifiait et réveillait bien pire que ce que Wilde pouvait psalmodier, dans son esprit. Il fit un geste entendu vers son tyran, à l’autre bout du bar.

« Je te suis, ô Sylphide des enfers. Mais permets-moi d’être preux et chaste dans cette épreuve. Je ne voudrais surtout pas réveiller la Bête qui m’attend demain aux petites heures du jour. »
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() message posté Dim 10 Juin - 10:08 par Eleah O'Dalaigh

leave me high and dry
Son esprit repart, compte à rebours. La mesure d’un temps qui passe, se dissout. Il n’y a plus de groupe sur la scène, mais la musique pulse toujours. Elle s’alanguit, rejoint les silhouettes enténébrées par l’alcool qui se meuvent sur la piste comme des spectres effervescents de vie, ou au contraire putréfiés par elle. James passe tel un météore dans la sphère qu’ils ont su créer, sans forcément le vouloir. Il vient, brûle tout sur son passage. Surtout Alistair, qui semble réagir avec une infinie vigueur à chaque geste qu’il entreprend, à chaque parole qu’il prononce. Alors avec la discrétion d’un lynx qui observe sa proie avant de fondre sur elle, Eleah les regarde. Surtout lui … Surtout lui. Il y a tant de colère sous la jeunesse qu’il arbore, tant de ces noirceurs qu’elle retrouve sans peine dans la silhouette de James. La même matière, la même essence.  Est-ce pour cela qu’ils sont entrés en collision tous les deux, parce qu’ils se ressemblent ? Eleah n’en sait rien mais elle l’imagine, et sa curiosité s’accentue tandis que ses regards oscillent de l’un à l’autre. Qui es-tu, toi ? Petit être déjà las et fatigué, assombri par une haine qui suinte par tous les pores ? Qu’est-ce qui a fait de toi ce que tu es ? Dans une dernière lampée, elle terminer son verre et le fait glisser sur le comptoir poli. Elle ne l’abandonne pas, non, elle n’en a pas envie.

« Chacun a sa manière de témoigner son affection. Il m’adore vois-tu, même s’il ne l’admet pas. Mini-fée c’est assez cute aussi cela dit. J’aime bien, ça me donne l’impression d’avoir des pouvoirs magiques. »
La réponse lui parvient accompagné d’un clin d’œil tandis qu’un rire spontané et cristallin s’échappe de ses lèvres. Son timbre flirte avec l’ironie, mais elle n’est en réalité pas du tout offusquée par les surnoms dont on peut la qualifier. Les gens qui gravitent autour d’elle ont toujours eu ce penchant-là, sans qu’elle ne sache réellement pourquoi. La faute à ses attitudes détachées sans doute : comme si rien ne pouvait véritablement atteindre toute cette lumière dans laquelle elle cherche à s’incarner en permanence, et faisait d’elle une entité plus adorable qu’impressionnante. Un autre rire s’éprend de sa gorge lorsqu’Alistair entame son ode à la jolie barmaid : elle aime l’ironie sombre, proche du sarcasme, dont il est capable de faire preuve. C’est sans doute le signe d’une personnalité acérée.

« Tes origines ? … Laisse-moi deviner … Tu es issu d’une bonne famille dont t’as toujours refusé les carcans … Ce qui a fortement déplu à tes parents … Ou ton paternel plutôt ? »
Comme lui … Comme lui, sans doute. Peut-être. Une autre ressemblance, un autre point commun qui les font se raccrocher l’un à l’autre, quand elle sent le fossé se creuser et l’éloigner davantage. Ils ne savent pas, non ils ne savent pas, ce que cela fait. De naître sous l’égide d’un nom anonyme, de craindre les lendemains plein d’infortune. D’avoir honte, si honte. D’être soi. D’être quelqu’un. De n’être personne non plus en réalité. D’être son engeance à lui de n’avoir pas su lui faire honneur à elle. Ses mains tremblent imperceptiblement, et pendant une courte seconde, le masque se fissure tandis que des pensées la navrent à l’intérieur. Ses lèvres se fendent d’un sourire instinctif de parade.

« Va pour Ali alors, ça te va bien je trouve. »
Oui, cela lui va bien. Eleah hoche la tête, descend de son tabouret, lui offre cette danse dont elle a tant envie depuis de longues minutes. Sa main se tend vers lui avec assurance, respecte sa décision de la suivre ou bien de refuser de l’accompagner. Il hésite. Semble tergiverser entre deux sentiments contraires. Les fers de sa liberté rudement acquise brûlent ses poignets lorsqu’elle le voit avoir un geste entendu vers James. Comme si … Comme s’il lui promettait d’être sage, de ne pas empiéter sur son territoire … Sur elle. Mais elle n’est pas à lui. Ni à quiconque. Eleah n’appartient à personne. Les jalousies possibles que l’on imagine pouvoir projeter contre sa silhouette, elle les mord, les éviscère. La possession la navre plus qu'elle ne la transcende. Si grande soit sa fascination pour James, et tout ce qu'il sait faire naître en elle, tout ce qu'il lui inspire, elle cherche à se défendre malgré tout, l'élan farouche d'indépendant mordant sa chair jusqu'à la faire saigner.
« De quoi as-tu peur ? Ce n’est qu’une danse … Pourquoi te reprocherait-il quoique ce soit ? Je ne suis à personne. »
Avec insistance elle le regarde, le défie presque. Sa paume à plat, tournée vers le ciel, elle se demande après coup si cela n’est pas une parade de sa part pour éviter le contact physique. Alors comme le dompteur s’approche du cheval fou pour mieux l’amadouer, c’est avec douceur, voire avec prudence, qu’elle lui offre un sourire confiant, venant effleurer du bout de ses doigts les contours de sa main ballante pour l’inciter à la suivre.
« Allez viens … Laisse toi aller, fais-moi confiance. Je te promets que je serais sage comme une image, et que tu n’auras rien à regretter. Comme je te le disais … Ce n’est qu’une danse … »
Sans exercer une pression trop forte autour de sa chair, elle l’entraîne sur la piste, libère sa main, se poste en face de lui pour danser sans pour autant le toucher. Elle a préféré au centre de la piste totalement surpeuplé un coin un peu plus tranquille, où les silhouettes peuvent osciller sans avoir à s’entrechoquer. Tout son corps s’emplit de la musique qui se réverbère dans le Viper, devient le réceptacle d’une danse dissolue. En face d’Alistair, en miroir, elle lève ses paumes et les place devant lui, comme posées sur un mur de verre.
« C’est assez chaste si je te demande de juste poser tes paumes contre les miennes pour que je puisse te guider ? » lui demande-t-elle, ses lèvres se fendant d’un sourire en demi-lune.


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() message posté Lun 11 Juin - 16:13 par James M. Wilde


« Don't leave me now
Don't say good-bye
Don't turn around
Leave me high and dry
I hear the birds on the summer breeze,
I drive fast, I am alone in midnight
Been tryin' hard not to get into trouble,
But I, I've got a war in my mind
I just ride, just ride,
I just ride, just ride »

Eleah
& Alistair
& (James)





Là sans l’être, en clair-obscur de leurs regards qui se jaugent et soupèsent la présence évanescente que je distille. Encore porté par l’onde, je suis ici, je suis là-bas, j’ai envie de tant d’imparfaits pour déchaîner mon ire, de tant de mots corrélés pour porter ma déraison en étendard. Mes yeux caressent la silhouette d’Eleah, glissent jusqu’à lui que je détaille plus encore ce soir dorénavant que les futurs se tracent sous le sceau d’un potentiel article. Digne poulain des exigences dont je l’accable, esprit aventureux n’acceptant aucune de mes entraves, les combattant sans cesse, cherchant à fatiguer ce lien qui nous taraude, pour mieux le renier un jour sans doute. Tuer le père une seconde fois, dévoyer le fils une dernière, apposer le sceau du courroux sur une nuit de tourmente. Mais pas encore. Pas encore. Les schémas se troublent car ils ne s’accordent pas, trop distincts, trop contraires, de sa destruction je ne veux pas. Je ne veux pas. J’aimerais l’imaginer construire sur les harmonies que je cherche à lui faire frôler, j’aimerais me perdre dans les siennes. Nous n’avons pas la même musique, nous partageons une fougue si semblable pourtant. Si différents, si éphémères, opposés dans un contraire à l’harmonie farouche. Alistair ne détonnera jamais dans mon univers, malgré moi, malgré les siens, malgré mon groupe même, j’aménage la place qu’il devra se tailler. J’oppose l’épreuve quand il a déjà tout gagné. Mon respect transite dans mes yeux, un amusement joue sur ma bouche, parce que mes deux rêves ce soir ne font plus qu’un. Elle et lui. Lui et elle. Reliés par tous les mots qu’ils doivent se confier. J’aime bien. J’aime bien. De ce tableau-là non plus, je ne me lasserai pas. Le mojito à la fraise, sirupeuse injure que je ravale sans renâcler, tant dérober tous les breuvages infâmes qu’elle affectionne devient une habitude. Une habitude qui n’a pas le poids du quotidien. Pourquoi… Pourquoi. Un sourcil se hausse sur mon oeil égrillard :
_ Moi ? Je suis l’innocence même. Ce serait mon style de t’attendre dans l’ombre en piétinant d’une impatience dévorante ? Qu’est-ce que tu imagines, petite fille.
Notre jeu toujours restauré, l’orgueil qui ne flanche pas, certainement pas en public, alors qu’Alistair me sert d’audience. Mon menton se hausse, j’ai une exclamation farouche, comme un animal hérissé, trahi par la nature éprouvée d’un caractère éminemment passionné. Je regarde Kait’, lui distribue l’un de mes sourires ravageurs et élance la conversation jusqu’à elle :
_ Je t’aurais choisie pour ton cul tu crois ?
Elle tire la langue dans ma direction, avant de balayer l’air devant elle comme pour me chasser au loin.
_ Hmm. Disons que ça n’a pas été le seul critère. J’ai surtout aimé le fait qu’elle ait l’air d’un petit animal pris dans les phares d’une voiture, à ne rien savoir rétorquer, quand je la torturais. C’était le bon temps !
Mon sadisme creuse mes joues, Kaitlyn passe derrière moi et frappe mon épaule, en grommelant “ça a bien changé” et le rire que j’exhale montre la communion entre l’équipe du Viper et moi, cette tyrannie de façade qu’ils ont tous su, à leur manière, déjouer pour la remplacer par une camaraderie enflammée. Elle n’a pas eu peur de moi si longtemps… Moins que Phil, il a fallu quelques longs mois pour qu’elle comprenne qu’elle aussi pouvait m’atteindre, qu’importe la distance factice que j’opposais.

J’écoute d’une oreille la dissertation sur le concept du petit-ami qui chez elle me fait doucement sourire, comme si j’avais déjà avalé ma proie. J’ai soudain un flash, me demandant sans doute ce qui se passerait si je croisais inopinément l’une de ses conquêtes. Sans doute strictement rien. Sans doute. Parce qu’elle n’est pas à moi. Que je ne suis pas à elle non plus. Qu’il y a dans la zone grise que nous aménageons, cherchant à l’opacifier plus encore que les jours nous emènent, des accords tortueux, des confidences inachevées, et d’autres serments à porter qu’une fidélité trop commune pourrait entacher. Puis je m’éloigne, je m’amuse d’un regard d’une fille anonyme, converse au loin dans la passivité de mon rôle assigné, serre l’alcool qui bat mes veines depuis que j’ai bu d’un seul trait mon verre de scotch pour mieux parsemer les réminiscences de la scène de feux nourris et dévorants. Je détaille Alistair, son visage, ses allures, ses retenues aussi. Puis surtout les moments de blanc qui font qu’il se pare pour mieux sauver la face. Je ris de bon coeur à la caricature de mon langage fleuri qui dans sa bouche est d’un élégant décalage. Kaitlyn roule des yeux mais s’en amuse beaucoup, revenant vers le jeune homme dans une fausse austérité, s’exécutant dans un geste gracile, tout en semblant compatir avec lui devant le régime que j’impose. Elle murmure “Fais gaffe, si tu deviens pour lui, Parthénope chantera jusqu’à ce que tes oreilles saignent”. Je sujoue l’indignation, la provoque d’un geste directif pour l’intimer à me rejoindre, ce qu’elle fait non sans rectifier au dernier moment le cocktail que j’improvise en ne regardant guère les proportions. Je fais couler un espresso de ma machine de l’espace qui vient rejoindre le breuvage de la fille qui me tient la jambe depuis tout à l’heure. Elle est en train de me raconter qu’elle a connu le Viper à son ouverture, je me demande si je l’ai déjà croisée, et oubliée aussitôt. J’essaye de rester sur des territoires neutres, abscons, pour ne pas trahir le fait que je ne sais même pas qui elle est. Pour l’instant, elle semble s’en contenter. Le tempo change tout autour, la musique devient plus saccadée, je remarque un spot très légèrement décalé et me retient de remonter immédiatement pour aller corriger le millimètre qui lui manque. Ma maniaquerie dévale mes regards qui se plissent en direction de la régie, avant que je ne revienne à… Britanny ? Beatrice ? J’ai déjà oublié. Concentre-toi putain. Mais je songe à Perse, à ce qu’il demandera, comment il cherchera à les piéger tout en les mettant en lumière. Il faudrait que je les briefe un peu, à moins qu’il ne s’agisse là du parcours normal et du bizutage classique de la caste journalistique dont je me méfie comme de la peste. Notre désamour est légendaire. On en parlera demain. 10h. Je me lèverai. Je commente auprès de ma barmaid :
_ Depuis quand je ne me lève pas pour être à l’heure en rendez-vous hein ?
Elle demeure interdite et écarquille les yeux :
“Depuis… Toujours, James ?”
_ Mais vous n’y connaissez rien, c’est ce qui s’appelle un retard étudié.
“Quand il s’agit d’une heure de retard, c’est un retard tout court.”
_ C’est un retard étudié très longuement. Voilà ce que c’est !

Ils bougent, j’imagine qu’elle veut danser, son corps est ainsi, son esprit est encore pire. J’imagine déjà le conflit qui se crée cependant en Alistair, il a des terreurs qui ressemblent aux miennes mais plus prégnantes encore, les séquelles sont sans doute bien plus récentes, accepter le contact est une douleur si intense. Si dérangeante aussi. J’entends de loin la promesse et sans même regarder dans leur direction, je me fais l’écho de ce qu’affirme Eleah au même moment. Une sorte de verset qui suit le tempo tout autour de nous :
_ Elle ne m’appartient pas, elle fait strictement ce qu’elle souhaite.
Et dans un seul regard je l’observe, son profil menu, ma mémoire me rappelle cet après-midi qui fut sans doute l’aube de l’accord qui nous relie : Ce pouvoir-là, je n’en veux pas, je n’en veux plus. Elle ne sera jamais à moi. Jamais. Je ne le supporterais pas, elle serait avilie, elle serait différente, elle serait broyée par une attente pleine d’obligations qui finirait par nous évider de tous nos rêves. Je veux qu’elle m’adore, je veux qu’elle puisse me quitter. Je veux qu’elle parte, je veux qu’elle reste. Je veux qu’elle s’immole à d’autres chairs et se souvienne de la mienne. Je ne veux qu’être là. Juste là. J’y suis bien, je ne veux rien de plus, rien de moins, que ce tout qui feule ses mensonges quand nous sommes réunis. Ce rien quand nous sommes trop loin. Elle ne m’appartient pas, je la veux libre tout à côté de moi. Mais notre façon de le clamer étonne alentours, il y a comme une évidence qui renferme autre chose, d’autres non-dits que nous ne permettons guère. Je reviens à la fille. Brianna. Je crois que c’est Brianna. Cherche à en apprendre un peu plus sur ses occupations, pour meubler le silence assourdissant de sa conversation. Je crois que je la connais. Non, je ne sais pas. Hmm. Je ne sais pas. Je ne me souviens plus. Ils ont disparu, j’espère qu’il se noie dans le bruit, qu’elle sait l’entraîner dans l’univers qui lui est propre, fait d’impossibles et d’infinis aveuglants. Elle ne m’appartient pas. Lui non plus en définitive. Mais… Je ne le laisserai pas se faire piéger par Perse, je le décide entre deux paroles creuses que j’adresse à Brianna, en zyeutant avec régularité ses courbes. Je la connais ? N’est-elle pas identique à toutes les autres, à ce rien qui demeure, juste là ? Juste là… Mais je me contente de ces regards entendus, je n’esquisse aucun geste, je sirote mon verre, et laisse la musique continuer de battre mes pensées pour les emmener au loin. Demain. Après. Avec lui et elle. Elle et lui. Ici. Et en même temps, là-bas.
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() message posté Mar 19 Juin - 7:31 par Alistair H. Pratt
Alistair fronça les sourcils lorsque la fille devina un peu trop bien son talon d’Achille et une moue un peu boudeuse apparut sur ses lèvres. Ses prunelles glissèrent en biais vers Wilde qui entretenait une gonzesse anonyme. Il ne causait pas de lui avec ses amantes, quand même, non?

« Parce que j’ai l’air d’un type qui a des daddy issues, moi? Vraiment? Ça a l’air de quoi, quelqu’un avec des daddy issues? Encore tes pouvoirs magiques à l’œuvre, Mini-Fée? Dis, tu peux me dire aussi à quelle heure ton ténébreux amant va réussir à se libérer des bras de Morphée, de l’éther, de la Dame blanche ou encore des tiens, pour que je puisse roupiller une petite heure de plus?»

Il se rapprocha d’elle comme un félin, pour l’observer plus attentivement. La candeur qui émanait d’elle, le corps de nymphe, le rire cristallin qui éclatait à tout moment et le regard lumineux et espiègle qui irradiait. Tout le contraire de Wilde et de ses tourmentes. Pourtant, elle était là à détailler sa silhouette au bar avec le regard scintillant. Comment quelqu’un qui avait toute sa tête pouvait vraiment regarder Wilde de cette manière? Ou même… ou même lui? Pourquoi les gens étaient si attirés par la déchéance et les ténébres?

Mais elle était assise sur cette chaise de plastique, avec lui, quelques heures plus tôt. Elle aussi avait ses ténèbres. Ça, Alistair le savait. Le reste importait peu.

Un sourire un peu bravache joua sur les lèvres du pianiste et il mâchonna son cure-dent de plus belle, en claironnant, juste assez fort pour être entendu de celui qui faisait mine de ne plus les voir.

« Ou peut-être pourrais-tu me parler de ce Jonathan Perse qui semble avoir toute ma destinée entre les mains? C’est une fable nocturne pour mieux m’appâter demain, pour rompre son ennui ou ton compère, il est vraiment sérieux? »

Il fit un clin d’œil à la fille et avala d’une traite de ce qui restait du fond de bourbon que la barmaid avait bien daigné lui servir. Il observait les faciès de l’autre côté du comptoir se foutre absolument de l’autorité de leur sombre patron, avec un désinvolture qui ne cessait jamais de le surprendre. Les gérants des autres bars parlaient de Wilde comme d’un mégalomaniaque, comme d’un tyran ou psychopathe à éviter à tout prix. Il se souvenait encore de sa propre frayeur lorsqu’Erwan lui avait nonchalamment appris que son Baby Boy à lui était parti rencontrer le dragon noir seul. Des semaines, des semaines et des semaines plus tard, même après cette discussion dans ce vieux café italien, même après toutes ces répétitions où le supposé monstre n’arrivait jamais à l’heure, même après avoir vu les regards amusés de ses propres employés à son encontre, Alistair continuait un peu à le voir comme le Bonhomme Sept heures* de son enfance. Une figure noire et autoritaire qui le fascinait, le terrifiait, le repoussait et le modelait, bien malgré lui.

Daddy issues, I suppose.

Et puis la fée Clochette se leva de son tabouret avec la grâce d’une colombe et se tourna incandescente vers lui, avec une main tendue vers lui, prête à l’entrainer au rythme des corps fiévreux du plancher de danse. En échange de la paume de sa main. Il prétexta la rage de la Bête qui convoitait sans doute la nymphe mais personne ne fut dupe. Même pas lui. Un autre prétexte de plus pour fuir, comme d’habitude.

Alistair eut le vertige. Il adorait danser avant, pourtant. Se fusionner au rythme de la musique d’autrui et ne faire qu’un avec elle, à défaut qu’elle ne parte de lui. Il l’avait rarement fait, depuis qu’il avait remis les pieds à Londres. Il se souvenait encore du sentiment de contrôle qu’il avait enfin eu de son corps, sur la piste désertée du White Swan. Il se souvenait encore du minet qu’il avait vu tout à l’heure de cette main libidineuse et vide qui s’était posée sur son torse. De Derek et de la rudesse du mur de brique, dans son dos, alors que les pulsions qui faisaient encore de lui un homme s’étaient réveillé des morts, après de longs mois de deuil. Et Alistair se souvenait encore de la crise de panique qu’il avait eu, dans cette chambre d’hôtel médiocre. Et cette jeune fille voulait la paume de sa main?

Timidement, il la lui tendit. Elle allait le regretter, il le savait. La sueur froide maculait déjà le front du pianiste et son sourire angélique avait disparu. Est-ce que la terreur se voyait, dans ses yeux? Il tenta de lui sourire et de se convaincre que ce n’était que la paume de la main prêtée en toute conscience à une petite fée qui la rendrait bien assez vite. Il était en terrain connu ici, non? Il avait à peine bu un verre d’alcool. Il avait vu la barmaid le tirer directement de la bouteille. On n’avait pas touché à so Il tenait encore debout. Personne ne l’avait drogué. Ce n’était qu’une simple fille qui voulait s’exacerber en riant, histoire de se sentir en vie et d’axacerber la convoitise de la Bête qui ne leur prêtait plus attention.

De quoi avait-il peur?

Il la suivit comme un pantin de bois, guidé par des fils invisibles et s’éveilla à son rythme comme s’il sortait de la brume et se fondit, comme elle dans la musique endiablée.


* Vous dîtes le Croque-Mitaine, en France, je crois. Le Bonhomme Sept heures est le psychopathe de toute les générations d'enfants québécois qui venait les enlever et les dévorer s'ils n'étaient pas couchés et endormis à 19h tapantes. Le Québec ayant sa forte part de colonisation anglaise bizarrement assimilée, l'expression ''Bonhomme Sept Heures'' vient de l'anglais ''Bone Setter'' ou ramancheur.. bref, le médecin de fortune qui passait de village en village remettre les os cassés en place.
** Il se peut que j'édites... si j'ai le temps mais vous pouvez répondre si l'inspiration vous vient entre-temps.
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