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(james&eleah) raise me up.

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() message posté Jeu 14 Juin - 18:46 par Eleah O'Dalaigh
RAISE ME UP
james & eleah

« Spirits creeping in my yard, hold my head, it's tilting back. Something dancing me around, putting crystals on my neck, lifting my feet off the ground. Raise me up. »
Le bruit, le bruit partout. Qui crisse, qui suinte, qui ploie et se distend pour composer la sphère ivre d’euphories partagées. Elle ne sait pas quelle heure il est, elle ne sait plus, elle a cessé de compter à l’instant où son corps s’est perdu auprès de tous ces autres, sur la piste de danse. Elle a si chaud. Son front est un peu moite. La fièvre dans les membres, l’esprit corrompu par la brûlure. Les pensées se distillent, ne sont plus que des murmures indistincts qu’elle n’a pas l’audace de pourchasser pour en connaître le sens. Elle n’en a pas envie non plus. Il est trop tard pour cela. Ou bien trop tôt. Seul le tempo de la musique compte. Rien avant, rien après. Juste cela. Cela et son corps qui gravite, silhouette en équilibre. Elle aime le répertoire du Viper Room, même quand la scène est délaissée de ses groupes vedette. Les Wild. Les Spectrum. Tous ensembles. Ils ont su enfiévrer les sensualités qui bruissent sur la piste, s’ancrent sur la courbure des hanches, se tatouent aux doigts de ceux qui s’entremêlent dans un même mouvement, dans une même danse. S’en est presque trivial. Elle fait partie de cet ensemble-là depuis une bonne heure maintenant. Depuis qu’Alistair n’est plus, que James a disparu quelque part, dans des méandres où elle n’a pas encore su aller le chercher. Il est là, quelque part. Elle le sent. Partout sa présence. Elle le sait. Ses instincts joueurs, un brin sadiques, beaucoup trop fiers aussi, n’ont pas voulu aller le trouver tout de suite. Ils se sont perdus à l’orée d’autres corps, se sont enfiévrés à d’autres musiques. Elle aimerait pouvoir se dire qu’elle n’a plus pensé à lui au bout d’un moment. Qu’il est sorti de sa tête, qu’il a délaissé son corps. Mais ce n’est pas vrai, c’est un leurre. Immonde mensonge cajolant son oreille pour la rassurer, quand elle sent l’appel de toutes ces frénésies qu’il a su déployer sur scène, et qui l’ont bouleversée. Elle rêve de s’affranchir du lien tout de suite pour en ignorer les dangers, mais rêve plus encore de s’y enliser, pour voir jusqu’où ils sont bien capables d’aller. Sans frontières, sans barrières.

Son cœur bat si vite, à se rompre. Le morceau s’achève, un autre s’enchaîne. Boucle infinie qui ne s’arrête que pour mieux repartir, quand les silhouettes ployant sous l’ivresse ont de plus en plus de mal à la suivre. Eleah n’a pas bu une seule goutte d’alcool ce soir. Seulement des litres de Virgin Mojito, à chaque fois qu’elle est retournée s’arrimer au bar. Toute sa peau doit avoir la saveur du sirop de fraise désormais. Sa bouche est si sucrée que rien ne semble pouvoir étancher sa soif. Rien, pas même le grand verre d’eau fraîche que vient de faire glisser la barmaid sur le comptoir, qu’elle a saisi entre ses doigts, avant de le vider d’une traite, pour mieux repartir. Jusqu’à avoir mal. Mal aux dos, mal aux reins, mal aux hanches, mal aux pieds, et même aux bras qui souffrent d’avoir trop été sollicités durant les danses si singulières qui animent la piste du Viper. La sensation est unique cependant. Elle se sent pleine, elle se sent bien, elle se sent ivre de toute cette chaleur étouffante. Les tracas de son quotidien ne rugissent plus dans sa tête. Arthur non plus n’est plus là. C’est indicible … c’est invincible.

Ses pas la mènent jusqu’aux toilettes. Elle ne tarde pas à élire domicile près d’un lavabo, où précautionneusement elle se rafraîchit l’arrière de la nuque, puis le sommet des tempes. Un regard furtif dans le miroir suffit à lui faire constater que ses joues sont bien trop écarlates. Il fait si chaud. Et depuis des heures, elle s’est à peine arrêtée. Avec le bout de ses doigts, elle réajuste les épis de sa frange, arbore une moue mécontente en réalisant qu’il n’y a plus grand-chose à faire pour en tirer quelque chose. Alors avec amusement elle l’ébouriffe totalement, haussant les épaules juste avant de repartir. Retrouver la vague qui continue de danser, moins puissante peut-être, plus essoufflée par  la nuit qui recule, le jour qui ne tardera pas à s’avancer. Elle n’a pas nécessairement envie de partir, se sent toujours happée par sa  présence qu’elle devine parfois dans les contours de silhouettes anonymes. Où es-tu ? Là … Là partout. Là si loin, pourtant. La dernière fois qu’elle a distingué nettement ses traits dans l’épaisse foule, il semblait aux prises avec une demoiselle. La même peut-être que celle plus tôt dans la soirée. Elle n’a pas cherché à l’identifier, à clarifier l’image. Elle s’est perdue dans sa danse, immensément solitaire, accompagnée pourtant. De qui, de qui cependant ? Elle a oublié. Il fait si chaud. L’air l’oppresse à présent qu’elle ne distingue plus rien. Il lui faut de la fraîcheur. De quoi emplir ses poumons. En sortant des toilettes elle jette des œillades alentours. Constate avec détresse qu’elle ne reconnaît plus rien de sa silhouette. L’idée qu’il ait pu s’évaporer quelque part avec cette fille la traverse. Une évidence sans doute. Une évidence prévisible. Il n’est pas du genre à rentrer seul, elle non plus … Elle non plus. Mais il n’y a personne à ses côtés. Personne qui a su accaparer son attention avec assez d’impériosité pour la faire l’oublier. Cette pensée là l’agace, l’énerve presque. D’un geste déterminé elle pousse la porte de la sortie de  secours, se retrouve sur la voie sans issue à l’arrière du club. La musique n’est plus qu’un fond sonore étouffé par l’épaisseur des murs frais. L’air s’engouffre dans ses poumons avec tant de virulence que cela la surprend presque. Sa peau frissonne. C’est si délectable qu’elle ferme les yeux, s’arrête, s’isole sur le côté, dos contre le mur. Elle s’y adosse, contemple l’écrin de la nuit. Personne autour, à part peut-être des chats de rues qui cherchent des victuailles, là-bas, plus loin, dans l’obscurité tapie de la ruelle. Une grimace s’étend sur son visage : elle baisse les yeux vers ses pieds qui la font souffrir dans ses chaussures. En prenant appui sur le mur, elle les retire une à une, pousse un soupir de soulagement lorsque ses orteils peuvent enfin bouger sans contraintes. Elle s’assied sur le rebord d’une marche, détend ses jambes une à une, contemple les bras de la nuit qui l’enserrent, jusqu’à l’étouffer. Elle connait la chanson qui passe en toile de fond. Alors elle la fredonne, le nez relevé vers le ciel obscur. Il y a dans l’image qui se dessine devant ses yeux un sentiment étrange. Un sentiment de déjà-vu. Une nuit sans lune. La réverbération des néons. Les éclats de voix, trop loin pour être compris. Elle était bien, si bien … Et maintenant, elle ne sait plus. Alors elle se lève de nouveau pour fuir la morosité dans laquelle elle serait capable de s’enliser toute seule. Les lanières de ses chaussures en cuir suspendues autour de son index, elle pousse la porte à rebours, surnage dans l'obscurité du Viper en longeant un mur, marchant dans un équilibre plus incertain maintenant que ses pieds nus se recroquevillent un peu sur le sol poreux. Et puis quelque chose, enfin ... Alors qu’elle s’accoude au mur pour tenir debout, qu’elle tente en même temps de remettre ses pieds qui font de la résistance dans ces foutus escarpins.

« Tu es là … ? » demande-t-elle, question qui pourrait ne pas en être une. Elle n’est pas totalement sure. Un sourire vient égayer ses traits. Il est là, quelque part. Si ce n’est là, peut-être ailleurs. Mais elle sent un regard. Un regard sur elle. Pas totalement connu, pas étranger non plus.  


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() message posté Ven 15 Juin - 14:56 par James M. Wilde


« Just like you said
It's all been done before
I don't have to talk pretty
For them no more
I can talk what I want, how I wanna »

Eleah
& James




Dans l’ombre. Dans l’ombre, je me suis réfugié, à l’étage VIP. Dans l’ombre elle parle, de tout, de rien, de cette multitude de détails sur son caractère haut en couleurs, d’insignifiants détails que j’aurai oubliés le lendemain. Dans l’ombre, je l’écoute, distrait, les yeux parfois indécemment posés sur le galbe de sa cuisse que l’on devine en transparence de sa robe d’été. Les projecteurs la nimbent, le long de la rambarde, et elle joue avec ses longs cheveux bruns qui cascadent sur ses épaules dénudées. Brianna parle, et parle encore, s’intéresse peut-être de trop près à ma personne. Ce n’est pas la proximité physique qu’elle recherche, j’ai par trop l’habitude que l’on ait des prétentions sur ma sphère pour venir l’envahir de cris, ou de gestes déplacés. Non, avec elle, c’est plus pernicieux que cela. Elle cherche à me faire avouer certaines anecdotes dont je suis étrangement très avare ce soir. Ses allusions me troublent parfois et me laissent interdit, dans mon fauteuil, tandis que je tiens une conversation banale, perdu, dissocié, oscillant entre mes pensées et les sensations qui parcourent mon corps. Elle se sait attirante, elle rentre dans l’archétype de ces filles que je baise habituellement, venant chercher ce que je me refuse de donner, réitérant le jeu malsain qui trace tant de mes nuits qu’elles se mélangent toutes pour devenir informes. Dans l’ombre. Dans l’ombre. Elle rit et j’ai un haut le coeur, tandis que l’adrénaline continue de graviter dans ma tête, de pulser dans mes veines, balançant des flashs devant mes regards de moins en moins amènes. Et quelque part, par son attitude futile et ses arguments creux, je crois que c’est ce qu’elle recherche. Je crois que c’est ce qu’elle veut, que mes yeux s’aimantent à sa peau pour mieux imaginer la déchirer, que mes attentions se resserrent jusqu’à ce que n’existent plus qu’elle, la musique dans mes oreilles, et la haine. Et la haine. La violence du sentiment me désarçonne car cela fait quelques temps que je n’ai pu retourner le fouailler comme j’en ai pris si souvent l’habitude, je l’ai abandonné pour tracer des reliefs plus aériens et m’élever enfin quand je ne cessais de sombrer. Mais à la seconde où ses lèvres tressaillent pour mieux rencontrer mes airs qui la désincarnent déjà, je sais que c’est ce qu’elle souhaite. Ce qui pulse, ce qui cherche à distendre ces chaînes trop neuves pour sortir et tout détruire. Ce qui grogne, ce qui geint, ce qui se tord jusqu’à ce que la douleur vienne côtoyer la frénésie arrachée à la scène. Dans l’ombre. Dans l’ombre. Sombre, sombre, sombre encore. Tu ne sais faire que cela. Que cela. Je déglutis difficilement, les mots inutiles quand je me sens cerné et je me laisse dériver, toujours vautré dans ce fauteuil qui m’enserre. Ce serait simple. Ce serait si facile. Faire quelques pas, prendre sa main, l’emmener plus loin. La malmener sans rien justifier, oublier tout sentiment pour me perdre un peu plus. Elle sait, elle sait que ce sera cela. Elle le sait, je crois, j’ai la vague impression de l’avoir déjà vue et un ricanement retentit dans ma tête malade à cette idée. Elle a bien dit fréquenter le Viper depuis son ouverture hein ? Et elle me regarde… Elle me regarde et me détaille d’une façon si détestable que mon coeur combat tous les instincts qui m’indiquent de me mouvoir pour la rejoindre. Je me sens oppressé. Oppressé dans ses yeux, opprimé par mes pensées infâmes. Et la musique est là, partout, partout, assourdissante. Ellis m’a toujours dit de ne pas suivre ces filles-là. Celles qui nous désirent au point de vouloir nous dévorer. Comme Brianna quand elle me toise, avec ses lèvres trop charnues et trop rouges. Il m’a toujours dit de me méfier parce que ces filles sont dérangées, et qu’elles imaginent nous rendre aussi avides d’elles, qu’elles ne le sont de nous pour nous avoir vus sur une scène. Il me l’a toujours dit. Je ne l’ai pourtant jamais écouté. Plus encore, à un moment, c’étaient ces filles-là que je convoitais le plus car leur aptitude à se donner n’a pas d’égal, il y a une passion qui embrasse la névrose, et dans leurs mots, dans leurs prunelles enflammées, je vois l’avidité. Et l’adoration. Comme ce soir quand dans cette oeillade caressante elle m’idolâtre, les doigts serrés sur la rambarde, la musique partout, partout. Et ses putains de jambes qu’on croiraient nues dorénavant que la lumière s’est tamisée au rouge des exactions qui gravitent sous mon crâne. Si simple. Si simple. Un seul pas. Rien qu’un seul pas. Rien qu’un seul pour croire que ça suffira. Que me perdre dans un corps comme celui-là équivaudra l’obsession, l’arrachera à ma chair, me fera oublier. Les rêves, les projets. Et elle. Qui est si belle ce soir, si belle. Si désirable que je déteste plus encore le piètre substitut qui est venu me trouver, et qui ne parvient pas à me détourner de ce qui m'abrutit depuis que je l'ai rejointe au bar. Quand je dérive de l’image brûlante de Brianna, c’est pour me consumer sur le corps qui s’agite juste en bas. D’ici je l’aperçois. Eleah… Dans la fièvre qu’elle seule sait déployer au milieu de corps morts, morts, à côté d’elle rien ne paraît vivant, rien ne paraît animé du niveau de passion qu’elle déploie. Il y a l'absolu dans ses gestes et dans son souffle. Plus rien ne compte à côté, rien ne compense, rien ne dispute la métaphore de son être dispersé dans la foule immense. J’ai chaud, j’ai froid, le dégoût de cette connasse qui ne me lâche plus s’évide dans une sensation plus lourde, toujours là, dans le creux de mon ventre. Depuis des jours. Des jours. La soirée se brouille et sombre. Sombre. Le tempo de la musique côtoie celui qui s’installe dans ma tempe et je vide un énième verre, plissant du nez parce que c’est de la vodka quand je m'attendais à retrouver mon sempiternel scotch depuis longtemps consommé. L’alcool élance mon souffle qui se saccade parce qu’elle vient de disparaître tandis qu’elle tenait compagnie à ma solitude depuis des heures. D’habitude c’est vers le bar qu’elle se dirige, pour se réhydrater, mais la direction n’est pas la même, et Kait’ est affairée auprès d'un mec qui n’a rien de ses traits. Brianna tente de me réenchaîner en me demandant ce que j’ai vu, mais je ne daigne pas lui répondre, fouillant la foule, le visage d’autant plus bouleversé que j’ai la terreur qu’elle soit partie. Partie. Sans que je n’aie pu… Sans que je n'aie su... Pu faire quoi au juste ? Su dire quoi ? Je ne sais pas, je ne sais pas. Je ne sais que trop. J’aurais pu la rejoindre bien plus tôt, fendre la foule, frôler son corps comme lors de la première soirée qui nous a réunis, retrouver des enfers familières parce que ce sont les miennes. Mon domaine, mon nightclub, pouvoir lui en montrer tous les secrets, rejoindre la fièvre, la partager. Plutôt que de la laisser me corrompre auprès de cette fille. Peut-être est-elle partie avec quelqu’un d’autre, après tout. Après tout. Je n’ai eu aucun mal à la voir ainsi aux prises avec tous ses partenaires sur la piste de danse, tant elle sait aimanter les êtres, les faire graviter autour d’elle, harmonies triviales autour d’un météore. Aucune jalousie n’est venue brimer le désir pour le corrompre, car sous mes iris elle se déployait, elle se laissait enchanter sous mon avidité, tenue en bride par la distance. Libre, heureuse, ivre de ses propres mouvements. Sous mes yeux elle était là, partout, en moi, au loin, dans ma tête, dans mon corps. Dans d’autres bras. Mais chaque fois que quelqu’un l’a touchée la pulpe de mes doigts s’est souvenue. Des aspérités de sa peau, de la vibration de ses côtes quand elle riait sous moi, du froncement de son nez sous mes lèvres. Là. Là. Sombre, mais pas sans elle. Pas sans elle.

Je me lève brusquement, considérant qu’elle ne reviendra pas, incapable de subir une seconde de plus la compagnie de Brianna qui m’est telle une injure désormais que je n’ai plus la possibilité d’oublier sa présence en m’évadant dans le sillage de celle qui m’obsède. Ma compagne de la soirée ne comprend pas, l’aigreur la départit de toute beauté quand, en passant auprès d’elle, ma cruauté l’accable de quelques mots sourds, glissés à son oreille :
_ Tu m’ennuies… Je vais me distraire ailleurs.
J’aurais pu l’épargner surtout que la pique la déséquilibre presque et qu’elle se rattrape à la barre métallique qui borde le balcon, ses yeux pesants sur moi tandis que je m’éloigne sans me presser, empruntant la porte de service à digicode qui se verrouille derrière moi, sur un son brutal et sans équivoque. Je descends la volée de marches, recouvrant les ténèbres backstage que personne ne vient plus troubler à ces heures indues. La silhouette du piano à queue se distingue dans le voile blafard de la nuit portée par la fenêtre. Je pense rentrer, la chercher serait sans doute inutile, mais mes instincts m’indiquent qu’il faut poursuivre l’obsession plutôt que de l’emmener dans la solitude du penthouse, jeter des accents de folie dans mes insomnies. Je pourrais prendre la Blackbird et aller jusqu’à chez elle, frapper, forcer la porte, virer le type qu’elle aura posé là dans son lit et la prendre aussitôt. Je pourrais marcher jusqu’en bas de son immeuble et m’y assoir pour la retrouver au matin. Je pourrais aussi n’en rien faire, me forcer à oublier, retracer tous mes pas, aller trouver Brianna et la sauter pour m’endormir enfin. Je pourrais, je pourrais. Mais je ne fais rien, mes élucubrations s’échafaudent et se détruisent seules, trop fragiles, trop déliquescentes pour que je ne me permette de les lui dévoiler. Je dois la laisser libre, je dois la laisser seule. La garder dans ma tête, ce serait déjà… Déjà… La porte s’ouvre et je n’ai pas bougé. Les lueurs extérieures détourent sa silhouette, elle tient ses chaussures à la main, les pieds sans doute fourbus. Je demeure, envouté par ce coup du sort, parce qu’elle est toujours ici. Elle est ici. Avec moi. Je suis dans l’ombre. Dans l’ombre. Et dans l’ombre elle me ressent, elle me sait, elle me voit. Sa question aux atours d’affirmation me saisit, le frisson est entier, je ne décolle pourtant pas mon dos du mur, savourant le spectacle de ses airs échevelés que je peine à distinguer. L’obsession est entière, sans doute froisse-t-elle mon timbre, parce que depuis des heures j’ai envie qu’elle soit là. Avec moi. Dans l’ombre, dans l’ombre. Je ne l’ai pas rejointe, j’attendais sans doute qu’elle ne me trouve.
_ Et toi aussi. J’ai cru que tu étais partie.
Ce dernier mot se délivre sur ma langue avec toute l’angoisse que je tais. La peur qu’elle soit partie, la peur qu’elle soit restée. Pour me voir ainsi, encore bercé par la lumière arrachée de la scène, encombré par les ténèbres dont j’hérite à chaque fois, parce que les envies sont terribles, les envies me dévorent, et que je n’ai pu ou n’ai su les assouvir par le biais de quelqu’un d’autre. La frustration est immense, le plaisir de la savoir encore au Viper l’est tout autant. Je ne bouge toujours pas lorsque je murmure :
_ Tu as aimé le spectacle ? Tu y as vu ce que tu étais venue chercher ?
Quelque part une menace dans ces deux questions-là, me ramenant à mon état d’amuseur public, être désincarné que l’on dépouille pour savoir mieux ressentir. Et ressentir encore. Je ressens tant à présent. Tant. Sans doute bien trop.
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() message posté Dim 17 Juin - 22:21 par Eleah O'Dalaigh
RAISE ME UP
james & eleah

« Spirits creeping in my yard, hold my head, it's tilting back. Something dancing me around, putting crystals on my neck, lifting my feet off the ground. Raise me up. »
Là. Partout. En dedans, comme en dehors. Désincarné dans sa chair, dans ses esprits échevelés par tout cet alcool qu’elle n’a pas consommé, mais qu’elle a eu l’impression de boire à travers d’autres. D’autres. Des inconnus, des anonymes sans visages. Immondes et sublimes créatures du purgatoire, délicieuses à dévorer, détestables lorsqu’elles cherchent à la corrompre. Tous à se lover autour des sensualités de sa silhouette oisive. Là. Partout. Ailleurs pourtant. Elle était ailleurs. Quelque part dans l’ombre, à le traquer, à le voir, à refuser de le rejoindre pour n’avoir pas l’impression d’être vaincue par lui. Libre. Libre de choisir le moment où révulsée par tous ces autres, elle ne pourra plus tenir. Libre de partir, ou de rester, sans même avoir à se justifier. Libre de tout, encore là pourtant. Elle n’a pas pu rester dehors, marcher pieds nus entre les morceaux de verres brisés sur le trottoir, rejoindre son appartement trop silencieux depuis qu’Arthur le délaisse pour aller baiser des filles au hasard de ses rencontres nocturnes. Il a disparu de son champ de vision à un moment donné. Eleah ne sait plus bien quand. Elle le sentait pourtant, là, partout. A graviter autour d’eux, à les enfermer dans la sphère qui n’appartient qu’à lui. Il servait des verres, faisait la conversation à une jolie brune qui lui dédiait de ces regards que l’on ne voue qu’à ceux que l’on admire jusqu’à la névrose. L’a-t-on déjà regardée ainsi un jour ? Peut-être. Peut-être pas. Ces regards-là ne comptent pas lorsqu’ils ne sont pas rendus. Elle n’a rien vu, elle n’a rien voulu voir. Et puis il s’est perdu quelque part, là où elle ne pouvait pas le voir. Elle n’a pas traqué ses regards, elle n’en a pas eu besoin. Elle a senti qu’il était là, quelque part. Qu’elle n’avait peut-être pas le droit d’immoler sa sphère. D’interrompre la fulgurance d’un désir qu’il aurait eu envie de projeter sur quelqu’un d’autre.  Sur elle, en l’occurrence. Sur elle … C’est peut-être pour cela qu’elle a gardé une distance parcimonieuse. Mais elle n’a pas pu partir sans se retourner, en arborant cette désinvolture qui lui est parfois coutumière. Elle n’a pas pu, car cela n’était pas assez.

La fatigue ne la tiraille pas encore tout à fait. L’adrénaline est partout, pulsant à ses tempes, faisant battre son cœur plus vite malgré l’intermède qui a rafraîchi son corps, à l’extérieur. Sa silhouette oscille avec souplesse, se déséquilibre un peu lorsque ses plantes de pieds douloureuses rencontrent le sol. Elle a envie de danser encore. Jusqu’à s’épuiser, jusqu’à ne plus rien sentir, jusqu’à avoir mal. La porte métallique de la sortie de secours se referme lourdement derrière ses pas. Sa main s’appose sur le mur pour retenir son corps, plus prompt à chavirer maintenant que les lumières changeantes de l’intérieur l’aveuglent. Ses pupilles se réhabituent très vite à l’ambiance. Il fait plus sombre ici. Plus que partout ailleurs. Sa présence devient alors une sorte d’évidence, peinte en nuances obscures, se déployant dans les recoins où il a su se perdre. Se perdre pour qu’elle vienne l’en excaver, ou l’y retrouver, pour l’irradier de ses lueurs changeantes. Son timbre nébuleux vient se frayer un chemin jusqu’à elle, confirmant les soupçons qui la fascinent déjà. Un sourire s’aimante à son visage, instantané. Sa posture se déséquilibre un peu plus. Cassure de la hanche qui ploie lorsqu’elle cherche à remettre une de ses deux chaussures, bien en vain. Comme ivre. Ivre de tout ce qu’elle n’a pas su boire. Ivre de ces sensations qu’il a su faire naître dans sa carcasse, encore et encore.
« Cela t’aurais déplu ? Que je parte, sans dire au revoir … Sans me retourner ? Cela t’aurait fait mal … James, que je ne vienne pas te trouver ? »
Les questions prennent des atours d’affirmations. Féline et joueuse, dans ses attraits de femme éreintée par les danses éclectiques. Elle inflige une morsure à sa lèvre inférieure qui dissimule un sourire plus espiègle, a une conscience terrifiante de jouer avec le feu. Elle n’a pas peur. Ni de lui. Ni de ce timbre, presque ombrageux, qu’il arbore. Au contraire, papillon de nuit attiré par la lueur brûlante qui viendra calciner ses ailes balbutiantes, Eleah s’est rapprochée. Elle le voit dans la pénombre, dans les flashs de lumières du Viper qui parviennent jusqu’à eux. Là, partout. En dedans, comme en dehors. Son cœur bat un plus fort. Ses questions la troublent un peu. Cela se voit. Son sourire s’étiole, sa mine moins écervelée. Elle se rapproche avec plus de lenteur, détourant les angoisses qui le nimbent sans avoir besoin de tendre la main vers elles. Est-ce cela le revers de toute cette infinie énergie qu’il déploie sur scène ? L’ombre. L’ombre partout, éreintante … Fascinante. Il ne lui faut qu’un pas ou deux pour le rejoindre, disparaître avec lui dans l’obscurité où il s’est réfugié. La tête légèrement penchée sur le côté, elle a renoncé à essayer de remettre ses escarpins. Elle paraît moins grande. Petite chose qui observe, loin d’être démunie. Intriguée aussi. Par la menace qui gronde dans son timbre, qui l’attire, plutôt que de lui faire peur. Quelque chose rugit à l’intérieur face aux sous-entendus qu’ils tracent. Comme s’il était tout à coup sourd, muet, aveugle. Qu’il n’avait pas compris l’essence : de ce qu’elle est, de ce qu’elle désire. Imaginer qu’elle pourrait juste venir pour la parade sonne à son oreille comme une injure. Se pointer pour le grand show, se délecter de ses allures scéniques, ne désirer que cela … Que cela. Non, ce n’est pas cela qu’elle est venue chercher. Ni aujourd’hui. Ni hier. Ni demain. Il le sait pourtant … Elle pensait qu’il le savait. Son sourcil se hausse pour le tancer un peu, préférant la réprimande à la déception.

« Qu’est-ce que tu crois ? Que je suis venue me nourrir de ton personnage haut en couleurs ? Que je ne suis venue que pour cela, que c’est la seule chose qui m’intéresse ? »
Elle croise les bras au-devant de sa poitrine, mécontente, même si ses traits s’adoucissent ensuite d’une drôle de façon, dans la fulgurance d’un geste qui l’amène à effleurer le bout de ses doigts.
« C’est toi que je suis venu chercher … Seulement toi. Idiot. »
L’assertion d’ « idiot » se voit surenchérie d’une légère pichenette contre son torse. Elle aurait pu rajouter quelque chose pour alléger l’atmosphère. Une boutade supplémentaire, pour lui faire croire que cela ne l’atteint pas tout à fait. Que ce n’est qu’un jeu, après tout. Quelque chose comme « Oh j’suis venue pour toi et surtout pour le Virgin Mojito, quelle idée ! » Mais elle ne peut pas. Un soupire sous-tendu l’étreint. Son souffle tremble un peu. De la joie de le voir enfin, sans la présence oppressante de toutes les silhouettes alentours, à l’appréhension de ce qui chavire, à l’intérieur d’elle. Elle lui en veut un peu de l’avoir imaginée assez superficielle pour ne vouloir qu’une partie de lui. La plus évidente peut-être. Celle qu’il maîtrise aussi le mieux. Ce personnage qu’il a façonné au sang de ses angoisses, à la sueur de travaux acharnés. A ses yeux ce n’est pas suffisant, c’est trop facile. A ses yeux c’est une évidence trop vague. Eleah veut tout, le plus beau, le plus laid. Elle pensait si fort qu’il le savait. D’y penser, sa frustration grandit, lui donne des envies impérieuses pour le convaincre. Lacérer la chair, mordre la peau pour y imprimer l’idée. L’idée à graver pour ne jamais l’oublier. Pour qu’elle soit là, toujours, en dedans, comme en dehors. Alors sa langue devient légèrement plus vipérine, chargée de cette douceur insolente dont elle n’a que peu usé avec lui, tandis que des lueurs de défiance flamboient dans ses regards :
« Cela dit si tu estimes qu’il n’y a rien d’autre que cela, qu’il n’y a que celui que tu as déployé sur scène, rien avant, rien après, dis-le-moi tout de suite, que je ne perde pas mon temps. »
Ou lui faire comprendre qu’elle ne veut pas que l’être scénique, qui sait se transcender sur les planches comme personne … Qu’elle sait aussi que ce dernier ne peut totalement exister sans cet autre qui tremble, crie, feule, caresse, insulte et injurie. Le tout d’un être dont elle a décidé de traquer jusqu’aux infinis contours, jusqu’à se perdre elle aussi. Elle ne sait pas jusqu’où elle pourra aller, ni si elle pourra tout voir. Mais elle ne veut pas qu’un seul, quand il y a tout un pluriel à considérer … à affranchir. L’avidité de sa nature vomit toute la superficialité qu’il suggère. Elle la prend de part en part, pour mieux la déchirer. Elle aimerait pouvoir faire de mêmes avec ces angoisses qu’il projette contre sa silhouette sans s’en rendre compte. Elle aimerait pouvoir … Dans l’ombre. En dedans, avec lui.



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