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And the faster the world spins, the shorter the lights will glow _ Nate&James

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MEMBRE

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() message posté Lun 2 Juil - 18:05 par James M. Wilde


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Nate
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C’est une heure où le soir rencontre la nuit, impact des rires et de la frénésie. L’alcool pulse déjà, les flots qui navrent les humeurs, euphoriques, parfois déchirantes. C’est le hurlement d’une fille dans la rue, l’hystérie collective d’un groupe de passants qui traverse en se pressant. C’est le rire frénétique d’un mec qui laisse sa canette de bière rouler près de mon pied. J’ai envie de shooter dedans, qu’elle lui revienne dans la gueule, puis je me souviens. Je me souviens que le rire frénétique, le hurlement, les humeurs euphoriques, c’est moi parfois. Moi dans les heures grisâtres d’une nuit pleine de lumière artificielle, moi dans la soif inextinguible que l’on ressent, parce qu’on en a trop vu, parce qu’on en a trop fait. Je resserre les pans de ma veste, et je ne shoote pas dans cette putain de canette qui finit sa triste existence dans le caniveau, le trottoir étend les dérives de mes pensées, des couleurs enfuis pour venir réveiller celles qui déclenchent des maux dont je ne sais que faire. Le sol ne tangue pas ce soir. Pas ce soir. Parce qu’il a fallu réfléchir et que ça n’a pas donné grand chose. D’autres craintes arrimées à la peau, que je traîne, qui dévalent mon corps, se pètent la gueule sur le parapet. Il a fallu réfléchir et ne pas parler, car elle n’était pas là pour entendre. Eleah n’était plus là pour entendre, et il n’y avait personne pour comprendre ce qui se tramait sous mon crâne. Un autre bordel à silencer. J’essaye de me rappeler ce que je devais faire aujourd’hui. Je croyais avoir rendez-vous avec les Untitled mais quand je me suis pointé au studio il n’y avait personne. Uniquement le silence et l’abandon. Et cette lâcheté de ne même plus oser croiser ma productrice après ce que je lui ai fait... Toujours la même lâcheté. Je me suis peut-être trompé, j’ai oublié les chiffres, j’ai oublié les mots. Ils étaient pourtant là partout, dans ma tête, à se bousculer. Je voulais croiser Alistair pour lui dire que j’allais m’absenter, qu’il comprenne que je ne l’oubliais pas. Puis pour lui dire que je n’allais pas le faire finalement, inventer d’autres histoires pour planquer celle-ci, parce que partir signifiait que je souhaitais la rejoindre à son putain de festival. Est-ce que je le souhaite au fond ? Est-ce que c’est ce que je veux ? Quand je suis incapable de contredire tous les instincts de fuite ? Parce que je n’en ai pas le courage ? Pas ce soir. Pas ce soir. Réfléchir me donne le vertige car le besoin d’elle devrait précéder la précipitation. Je devrais déjà être dans ce foutu avion. Je devrais… Mais c’était à quelle heure ? A quelle heure… J’ai cherché Greg et Ellis aussi, pour répéter. Ils ne sont nulle part. Ni au Viper, ni à la production. On devait peut-être voir un journaliste à la con. Ou bien on avait rendez-vous à une radio. On devait jouer ? Je ne sais plus, je ne sais pas. Peut-être sont-ils chez eux, mais mes dérives actuelles me laissent penser qu’il vaut mieux leur laisser un peu d’air. Ils sont contrariés, ils sont si contrariés. Il faut dire que je ne les ai pas épargnés lors de notre dernière interview. Je suis arrivé ivre, trois quart d’heures en retard, avec des idées très arrêtées sur notre album qui ne ressemblaient pas à celle que quelqu’un de sain d’esprit aurait exposé. La connasse qui nous interviewait à parlé d’Explorers. C’était le titre à ne pas exhumer. J’ai cru que j’allais la bouffer sur place. Je ne sais plus comment me maîtriser, je suis en train de saper toute la renommée péniblement accumulée suite au Royal Albert Hall. Tout le monde doit se dire que James Wilde ne pouvait pas demeurer professionnel bien longtemps j’imagine. Que tout le monde aille se faire foutre. L’heure, l’heure. Je devrais être quelque part, mais pas ici. Pourtant je persiste dans mes déambulations, sans but aucun, peinant à comprendre pourquoi je ne suis pas où je suis censé être. Dernièrement je ne suis jamais où l’on m’attend il faut dire. Jamais vraiment. C’est peut-être ça le problème.

L’enseigne me perce la rétine, s’enfonce jusque dans mes tympans qui vrillent d’une note détestable. Le Lucky Star appose toute sa suffisance en plein dans ma tronche. La trajectoire se brise violemment, je demeure planté là, presque interdit. Quelle heure. Quelle heure… Où est-ce que je devais me rendre ? Tout s’embrouille et coule à pic dans mon estomac qui se contracte, bloqué sur des élans de détestation que je peine à contenir, les yeux plissés en direction de ce bar et de toute l’arrogance dont je le crois coupable quand je me sais très peu légitime à discuter les choix de mes poulains. Les Untitled peuvent bien jouer où ils veulent… Un pas vers la porte. Il y a la queue. Je ne vais quand même pas attendre comme tout le monde. Les Untitled ne m’appartiennent pas… Un pas de plus, un pas de trop pour reculer désormais. Je bouscule des gens, ils me toisent, ils ne me reconnaissent pas, et quand bien même. Quand bien même… Je ne suis pas où je devrais me trouver. Un pas encore, le videur me laisse entrer parce que je me glisse avec une fille que je saisis par la taille avec toute la fatuité de mon personnage. Et l’assurance dans le regard que je lui lance la laisse exsangue, la répartie absente, les muscles amollis par la virulence d’un geste qu’elle n’attendait pas.
_ Allez, chérie, tu vas voir, c’est pas bien compliqué, c’est tout droit.
Je la lâche aussitôt le seuil franchi, comme si son contact me brûlait, la plante sans plus de cérémoniel au milieu de ses amies avant de viser le bar, parce qu’il y a toujours un bar. Et parce que maintenant que je suis là, autant consommer l’alcool de l’ennemi histoire de vérifier que ses goûts en matière d’alcool sont aussi pitoyables qu’en matière de musique. Elle est facile celle-là, entièrement gratuite, mais l’idée étire un sourire en coin qui réveille mon masque de fierté. J’embrasse le décor d’une moue dédaigneuse, avant de continuer ma manoeuvre. Peut-être est-ce simplement par désoeuvrement, peut-être est-ce uniquement parce que personne n’était là pour exorciser la colère que je ne parviens plus à broyer. Je regarde à peine qui me sert mon verre, je commande un irish “le moins mauvais qu’il y ait par ici”. Du monde autour, du monde dans cet espace restreint qui n’a pas la grandiloquence du Viper Room. L’on qualifie mon Nightclub de déliquescent, parce que la froideur des revêtements argentés contrastent avec l’ambiance lourde et dérangeante que les lumières portent tout autour, parce que la musique déchire l’air et le rend parfois irrespirable, la came y circule de façon très notoire parce que je ne l’ai jamais empêchée, je l’ai même favorisée. Et parce que mes airs tyranniques y portent des élans détestables, détourent des comportements déviants, provoquent des scandales qui retentissent alentours. Ici, c’est différent. Sans doute plus chaleureux, plus humain aussi. Les gens y sont par choix, par envie, pas par besoin, élan dérangé, manque abscons, ou addiction. Bien sûr, je caricature. Bien sûr. Mais pas tant que cela. Les rires ici sont plus légers, la joie plus simple, la trivialité presque absente, telle une notion bannie dès la porte passée. Je n’aime pas ça. Ni le whisky que je bois, ni la musique que j’entends, ni les conversations que je surprends. Rien. Parce que j’ai décidé de tout haïr pour mieux me défendre des doutes qui m’assaillent. Cela doit lui faire du bien d’être ici. Sans doute que l’on ne l’insulte pas. Que l’on ne cherche pas à le pousser à bout. Que l’on ne vient pas arracher ce qu’il planque tout au fond de ses noirceurs. Sans doute que ce serait un meilleur choix pour Alistair d’y rester. Plus sain, plus stable. Ma main serre le verre à le broyer. Je n’ai pas mes lunettes de soleil, les lumières plus agressives ou peut-être juste plus adaptées à un lieu convivial m’abrutissent. Je le cherche du regard, comme si l’avoir loupé dans la journée allait le faire apparaître soudain dans mon champ de vision, mais c’est un autre profil qui passe auprès de moi. Je mets quelques secondes à le remettre. Le gestionnaire prépubère du Lucky Star, le petit critique à deux ronds. Je ne l’ai jamais lu, je m’en tape. Peut-être une fois, parce que Greg le citait et se demandait si ça ne serait pas bon pour nous de le solliciter. Ce à quoi j’ai éclaté d’un rire sarcastique en concluant d’un “jamais de ma putain de vie” hautain et attendu. Tout le monde a haussé ses épaules, affichant un air consterné.

Je pourrais ne pas me manifester. Demeurer dans l’ombre. Ne même pas causer. Terminer mon verre et me tirer, oublier cet endroit. Mais son regard croise le mien et sans doute me reconnaît-il, parce que son expression change. Je serre la mâchoire, j’ai envie de me détourner mais bien au contraire je relève le menton, le laissant m’approcher, sans plus bouger. Je viens de terminer d’un seul élan mon verre qui claque sur le revêtement, pour me donner du courage, de la contenance, ou bien juste parce que mon corps réclame sa part d’éthanol. Un geste dont l’agressivité ne peut être maquillée. Ma posture est plus tendue et les mots acérés :
_ Je voulais comprendre, ce qu’ils venaient trouver ici. L’intérêt d’un tel endroit. Est-ce parce que la médiocrité favorise la facilité ? C’est une bien piètre rivalité si c’est le cas… Oh tu peux disposer, les échanges faciles quant à moi, ça ne m’intéresse pas.
Je balaye l’air comme si je le congédiais, plein de dédain, mes allures austères accentuées par les habits entièrement noirs qui sont mes atours quotidiens, bien loin de ceux qui révulsent l’oeil lorsque je suis sur scène.
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() message posté Lun 2 Juil - 22:16 par Nathanael E. Keynes
Je ne monte pas sur scène, ce soir, et il ne s'agit pas d'une soirée open mic si chère à Javadd. Un groupe à peine sorti de l'ombre s'éclate sur scène, mais si l'énergie et la technique sont là, j'ai du mal à accrocher à leur registre, à y trouver autre chose qu'une démarche mécanique et des propos dénués d'émotion véritable. Comme s'ils récitaient les poèmes d'un autre sans en avoir saisi l'essence, alors qu'ils présentent leurs propres morceaux. Ou peut-être que ce sont ces allures de corbeaux et ces rythmes trop lents qui m'induisent en erreur ? Difficile pour moi de prendre plaisir à les écouter, mais je ne peux pas non plus dire qu'ils soient mauvais. Pourtant ils ont leur petit fanclub, qui fait autant qu'eux sur scène le show dans la salle, seulement... Seulement je ne ferai clairement pas de forcing pour les faire venir à nouveau, en tout cas pas tant qu'ils en resteront à ça. Ca m'empêchera pas forcément d'essayer de les caler s'ils reviennent vers nous, et de donner relativement objectivement mon avis et l'idée que je me fais d'une façon d'améliorer le truc, mais je vais pas trop me faire violence non plus.

J'ai tout de même hâte que leur tour soit terminé pour que la partie suivante, déjà produite sur scène ici plusieurs fois, me réconcilie davantage avec la musique d'autrui. Je n'imagine pas à cet instant que je ne suis pas au bout de mes surprises, et pas des meilleures, pour ce soir. Jusqu'à ce que mon regard accroche le sien et que le sourire que je partageais avec Kassie - qui me soufflait à l'oreille qu'elle avait hâte de voir la blondinette qui doit suivre remplacer les emo de la scène - retombe instantanément. Mon regard s'assombrit, mon visage se ferme, et je me rends bien compte que c'est la mâchoire serrée et les poings fermés au fond de mes poches que je m'approche de lui.

Mais bordel, qu'est-ce qu'il vient foutre ici ? Est-ce que je viens le toiser dans son lieu de débauche, moi ? Il a commandé un verre à Nate qui le regarde de travers mais se garde de tout commentaire. D'un coup d'oeil, je signifie à mon homonyme de lui servir l'une des bonnes bouteilles qu'on ne sert clairement pas à tous les clients peu connaisseurs. Pas que j'aie réellement l'intention d'amadouer ce type - ne serait-ce que parce que je suis à peu près certain que ça ne fonctionnera jamais et l'inverse est tout aussi vrai - mais quand bien même il fera preuve de mauvaise foi, je préfère avoir la satisfaction personnelle de lui avoir prouvé, quoi qu'il en dise, la qualité de ce qui se trouve ici. Dommage pour la musique, cela dit, et je grimace un peu, parfaitement conscient du genre de remarque que ce type est capable de formuler, alors qu'il vide son verre d'un trait - sagouin - et fait claquer le contenant sur le comptoir. Sa mâchoire est aussi serrée que la mienne, pourtant je me fais violence pour arborer un air narquois plus qu'agacé, et une nonchalance coutumière mais pourtant feinte à cet instant.

- Tiens, tiens, tiens... fais-je en approchant, comme si je ne l'avais pas repéré depuis quelques minutes déjà. James Wilde... Tu t'es perdu ? Tu sais que t'es pas chez toi, hein ? Un indice : pas assez de camés autour de toi.
- Je voulais comprendre, ce qu’ils venaient trouver ici. L’intérêt d’un tel endroit. Est-ce parce que la médiocrité favorise la facilité ? C’est une bien piètre rivalité si c’est le cas… Oh tu peux disposer, les échanges faciles quant à moi, ça ne m’intéresse pas.


Je hausse les épaules face à ses attaques pas vraiment fines, presque gratuites, même. Je note cependant l'idée de rivalité, qui bien que manifestée avec mépris, témoigne d'une gêne qu'il ressent à notre sujet, et rien que ça, c'est une petite victoire que je savoure intérieurement. Une part de moi meurt d'envie de l'insulter cependant, et de le foutre à la porte - enfin de le faire foutre à la porte - manu militari, mais je me retiens, conscient que ça ne ferait qu'aller dans son sens, et pas vraiment désireux de créer moi-même un scandale dans mon propre bar. Si bien que je reste droit et fier face à lui qui se détourne comme si mon existence même n'avait pas la moindre importance, avant de reprendre la parole d'un ton calme bien que cassant. Il faudrait vraiment que je reste plus calme, pour bien faire, mais je n'y arrive pas et la tension est sans doute palpable.

- Si tu tiens tant que ça à savoir ce que les groupes qui jouent chez toi viennent trouver ici, ça serait tout aussi simple de leur demander... ou l'idée n'a pas effleuré ton esprit embrumé peut-être ? A moins que ton ego t'empêche même d'entendre ce que d'autres puissent avoir à dire ? C'est quand même un peu con de s'interroger sur un sujet et de ne pas poser de questions à ceux qui ont les réponses. Mais tes groupes ne sont que faire-valoir pour Wild, après tout, ils n'ont pas vraiment droit à la parole, n'est-ce pas ?

Unntitled. On parle évidemment d'Untitled. Et le visage d'Alistair s'impose à mon esprit. Je peux pas m'empêcher de me demander s'ils ont eu des emmerdes à cause de la super soirée qu'on a passée Ici, et ça me met hors de moi. Mon regard fixé sur lui, je me fais un devoir de ne pas chercher ceux de mes camarades, et surtout pas celui de Lucian, qu'il ne le prenne pas pour un appel à l'aide alors qu'on vient à peine d'essuyer les plâtres de l'autre con qui l'a attaqué...

- Toujours est-il que j'ai pas vraiment d'ordre à recevoir de toi dans l'absolu, et encore moins ici, chez moi. Si ma présence ou mes propos t'indisposent, je t'en prie, la porte est par là...

Un geste éloquent en direction de la sortie, avant de prendre place juste à côté de lui dans l'optique évidente de le faire chier. Et comme s'il n'avait réellement plus le moindre intérêt, je me suis tourné vers Nate, pour poser quelques questions purement professionnelles, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Ca ne m'empêche pas de surveiller les réactions de l'autre du coin de l'oeil, pas trop certain de celles qu'il pourrait avoir.
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() message posté Mar 17 Juil - 16:19 par James M. Wilde


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Par l’Enfer, va-t-il se la fermer avec sa voix aigrelette et agaçante, et sa guitare malhabile voire hésitante. Va-t-il taire les mots, les affects trompeurs, les envolées pseudo-enfiévrées qu’il ne maîtrise même pas. Va-t-il rétablir la prégnance d’un silence qu’il devrait uniquement exhaler plutôt que cette chanson ridicule, outrageante parce qu’elle ne veut strictement rien dire. Si je fusille du regard le chanteur fièrement juché sur la scène, et surtout ses afficionados qui caracolent gaiement comme s’il s’agissait là de la quintessence d’un art divin versé directement dans leurs oreilles, que je rêve de les voir se noyer dans leur élans médiocres et leur joie tapageuse, que je crève de me noyer moi-même au passage afin d’embrasser la surdité plutôt que de continuer à me fader ce tempo qui crisse dans ma tête, vrille sous ma peau, je retiens tous les mots que je brûle de dire tout simplement parce qu’il n’y a personne pour les entendre. Mon cri d’agonie est intérieur, bientôt rencogné sous les flots de l’alcool que j’avale sans conscience, goûtant les dernières harmonies d’un pur malt qui est bien loin d’être dégueulasse. J’ai une oeillade surprise pour le barman, qui m’arrose abondamment de son mépris depuis tout à l’heure, coincé entre l’éclat de mon arrogance qui dégouline sur ma gueule et l’envie de le féliciter de me faire ainsi profiter d’un breuvage qui, je le devine, ne doit pas être celui dont on gratifie le commun. Mais mes errances malsaines et mon mauvais esprit laissent mes lèvres hermétiquement closes sur ce sourire en coin qui atermoie jusqu’à rencontrer la froideur la plus brutale. Froideur plus éloquente encore lorsque je tourne la tête et que je vois Nathanaël arriver à ma hauteur, attiré par les défis que je tais, repoussé par mon allure blafarde. Qu’il se tire, qu’il s’en aille lui aussi. Je ne suis pas venu le saluer, je ne sais plus ce que je suis venu foutre dans ce bouge d’ailleurs. Le ton de ma voix est rauque, comme rendu âpre par les ténèbres qui dessinent des remarques déjà assassines :
_ Je ne suis pas prêt de confondre, si la came furetait dans les alcôves, l’ambiance serait électrique, palpable, irrespirable… Et l’on aurait pas à se fader ce connard qui s’égosille sur scène. Rendu aphone par le sang qui bat, sous la tempe.
Je ferme une seconde les yeux comme si je ressentais les paysages que je dépeins, puis les ravale, d’un claquement de langue agacé. Je penche la tête sur le côté, détaille ses airs mal-aimables, note ses mains qui se sclérosent sur cette colère qui sourde. J’aime déclencher des sensations, la haine, l’adoration, le pire et le meilleur, tout cela ensemble. Tout plutôt que le néant. Tout plutôt que la tiédeur d’une rencontre sans collision. Son désamour est si prégnant qu’il m’enchante presque, j’affermis la moue que je trimballe, finis par prier intérieurement pour qu’il ne prenne pas la fuite, et qu’il ne saisisse guère la porte de sortie bientôt offerte par un geste de ma main. Mes attaques sont trop simples pour qu’il se décourage aussi facilement, il faudra plus d’un tour de chauffe pour que la conversation devienne enfin intéressante.

Il demeure, il reste là. Tendu sur sa fierté, résolu dans sa rage, il aurait presque des allures admirables si je ne le détestais pas autant. Plus encore depuis qu’il s’approprie les Untitled ainsi, Alistair surtout, me privant par là même des positions absolues que j’affectionne tant. Ici il faut transiger, partager dans l’indécence d’une musique que je cherche à arracher dans la peine et la lutte. Les savoir détendus sur ce théâtre bon enfant m’exaspère. Sans doute me rend plus audacieux aussi, dans ce que j’offre ou refuse, car la rivalité est là, maudite, absconse, évidée par déni, auréolée de lustre par l’envie qu’il déclenche. J’aimerais parfois… Sentir le repos de l’âme, m’amuser comme les autres, profiter des instants sans sentir la trivialité d’une nature qui les déforme, les rend obscurs, amers. J’aimerais tant… J’aimerais tant… Je le hais pour savoir être ainsi, je le hais pour être ce que je ne suis pas, ce que je ne serai jamais, ce que je ne puis vouloir entièrement non plus. L’inaptitude dont il me gratifie par sa simple présence voûte légèrement mes épaules, jette l’aigreur dans mon estomac. Les attaques pleuvent en miroir des miennes, toutes aussi tranchantes, toutes aussi gratuites. Je mords ma lèvre inférieure, indique au barman de me resservir, puis fais mine d’assumer ce personnage qu’il croit être mon essence. Je pourrais plaider en ma faveur, me défendre, lui démontrer qu’il se trompe sur mon compte… Mais à quoi bon ? A quoi bon ce soir, quand je ne me supporte pas, quand toutes mes idées sombrent dans mes iris glacées. Je le considère en silence, avant de répliquer lentement :
_ Mon ego m’empêche déjà de t’écouter anôner ce que tout le monde sait déjà, Keynes. Mais tu as raison, ça a l’air si facile vu de ta toute petite fenêtre. C’est sûr, à dépeindre les tyrans, l’on perd sans doute de vue ce qui importe vraiment. Critique donc ce que tu es incapable de comprendre.
Je me remémore Greg en train d’entrer au Viper ce jour-là et de lancer avec son si éclatant sourire : “Les Untitled ont vraiment cartonné au Lucky hier soir.” Je m’en souviens si bien, et la voix de ce chanteur grésille, atteint des aigus qui n’existent pas, pulse dans mes tempes des envies meurtrières, déteignent dans mon regard fixe. Mes dents se serrent, je n’ai rien dit ce jour-là, je n’ai strictement rien dit. J’ai fait mine de m’en foutre, de passer à côté de l’info, mais elle m’a hantée depuis. C’est aussi ridicule qu’illégitime mais cela me hante, oui. Car Greg avait dans les yeux ce grain de folie d’après concert, cette joie enfantine dans les prunelles, celle que savent procurer les bons moments, celle dont on hérite sans douleur, sans qu’il n’y ait aucun revers. Je me suis refermé, je ne suis pas allé répéter le lendemain, je ne suis pas retourné en studio pendant deux jours. J’ai même hésité à les virer du Viper, non pas parce qu’ils allaient voir ailleurs, non pas par délire d’exclusivité tordue, mais parce que je ne cessais de me dire que c’était mieux. Sans doute mieux ainsi. Plus sain, plus sûr, plus stable. Que leur rendre leur liberté ne menaçait personne, ni Alistair, ni moi. Qu’en disparaissant du paysage je cesserais de lui dépeindre des futurs obscurcis par mes propres chimères.

Il m’indique la porte, et je tourne la tête dans la direction de cette sortie que je pourrais prendre à mon tour. Saisir l’invitation, couper court au combat, ne pas m’épuiser en vain, cesser là l’inacceptable car je présuppose que rien ne sortira de bon. Ni de cette conversation, ni de mon alliance avec les Untitled. La fuite, toujours la fuite. Mais je reste aussi, je reste là, à écouter ce groupe qui m’exaspère, à terminer mon second verre, à saisir des mots à la volée, Nate et son barman, des terminologies absurdes parce que mes pensées s’entrechoquent, deviennent néfastes. Je reste là, parce que ce soir, je n’ai nulle part où aller. Parce que ce soir, je ne m’appartiens plus vraiment. Je reste là. Là. Las… Si las soudain. Je ne le regarde plus, mais je lui parle quand même :
_ Je ne me tire pas encore, il y a parfois des raisons à une présence. Et parfois il n’y en a strictement aucune. Ca nous laisse un entre deux grisâtre, parfait pour deux personnes qui se détestent, non ?
Je lève les yeux au ciel cependant, devant une harmonie plus maladroite que la précédente :
_ Par contre, si ce putain de groupe avait l’obligeance de décarrer, ça calmerait mes nerfs. Ne me dis pas que j’ai tort. Ah nan, putain, n’essaye même pas. Ils sont mauvais… C’est insupportable. Tu vois, peut-être qu’on devrait te donner une foutue récompense pour ça, genre parce que tu tolères ceux qui démarrent et qui ne savent rien. Moi je les fous dehors, parce que ça me donne envie de les étrangler. Et vaut mieux le trottoir qu’un procès.
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