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Twin Peaks ( Castiel + Nate + Ali )

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() message posté Lun 9 Juil - 21:55 par Nathanael E. Keynes
« Bulgare. C'est du bulgare. Même si j'avoue que je parle un peu le gaélique écossais aussi. »

Je suis ça de loin, j'écoute d'une oreille distraite, un peu absente en réalité. C'est pas ce qui occupe mes pensées, à cet instant. L'état d'Ali, la signification de son attitude prostrée dans sa salle de bains, et celle des vinyles étalés au sol, bien plus - que je peux pas me résoudre à laisser à terre, aussi aberrant la démarche de les ramasser puisse sembler. Tout ça s'entrechoque dans ma tête, et les questions - outre l'identité de ce type aux traits trop similaires à ceux du pianiste - restent en suspens. L'essentiel est qu'il soit réchauffé, et ça a l'air en bonne voie. Je voulais m'assurer qu'il aille bien, et au moins physiquement, ça a l'air de revenir. Même psychologiquement, à vrai dire, il semble retrouver une part de sérénité. En réalité, je crois que j'ai besoin de me donner une contenance pour beaucoup de choses, et mettre de l'ordre a au moins l'avantage de le faire quelques instants. Trop courts instants, et je me retrouve rapidement assis au fond de ce canapé bien connu, mon propre verre à la main. Et si le blond touche pas à son contenu, se cantonnant à son fameux thé au jasmin, je tarde pas vraiment à tremper les lèvres dans le scotch hors d'âge que je nous ai servis.

« Vous pouvez arrêter de me fixer comme si j'étais un extraterrestre débarquant d'une autre planète ?? Non, parce que c'est assez perturbant en fait. »

Et je me rendais même pas vraiment compte que c'était ce que j'étais en train de faire.

« Pardon. »

Je me retrouve à fixer le liquide ambré qui tourne dans son récipient de cristal, incapable de savoir quoi dire, faire ou même penser à cet instant. Le silence plane, percé seulement du bruit d'étoffe quand Ali se penche pour ramasser un des vinyles empilés sur la table basse et mon regard observe l'enveloppe cartonnée, repère la rareté de l'exemplaire sans trop de peine, puis le geste nerveux de mon amant.

« Les cheveux. J’ai la même couleur de cheveux que toi, en vrai. Je me les teins, c’est tout. Je détestais qu’on me prenne pour Boucle d’or ou un putain de chérubin. On a dû te la sortir pas mal, celle-là, hein ? Chérubin. Et je ne sais pas vraiment parler gaélique. Ma mère m’a toujours empêché de me mêler aux autres gosses, quand j’allais la voir à Aberdeenshire, pour l’été. Je ne sais dire que quelques trucs grossiers. Tu sais « toll-tôine » « gôrach »... Ça m’étonne qu’un touriste sache le parler, faut vraiment aller dans des patelins reculés pour l’entendre. Alors tu es bulgare, c’est ça ? T’es né là-bas ? »

Mon regard est revenu fixer l'alcool tanguant au fond de mon verre, dont le niveau baisse encore après une gorgée supplémentaire. De trop, je suis de trop, définitivement. Je me vois pas me lever et partir, pourtant. Mais je n'ai rien à faire là, c'est indéniable. Cette conversation est entre eux, définitivement, et ma présence incongrue. J'écoute pourtant, enregistre les informations concernant son enfance, mais je la ferme, parce que j'ai rien vraiment à dire sur le sujet. Rien à dire tout court, en vérité.

« Moi, c’est Ali. Enfin… Alastair. Mais appelle-moi juste Ali. »

J'ai relevé la tête, comme il s'est présenté, et posé le regard sur l'inconnu face à moi. Une seconde d'hésitation, et je lève vaguement une main, comme pour accompagner le simple mot qui passe mes lèvres.

« Nate. »

Et je bois encore une gorgée de whisky, en détournant le regard. Je me suis présenté par politesse plus qu'autre chose, sans autre motivation que de pas paraître plus rustre que c'est déjà le cas, mais je suis pas certain que ça soit d'un intérêt primordial, bien au contraire. Je saurais pas dire pourquoi, mais j'ai la sensation diffuse qu'il est train de se jouer un truc important, là, comme si un lien entre eux ne demandait qu'à se créer... Un lien plus fort que ce que je pourrais imaginer, et qui éclipse totalement celui naissant entre Pratt et moi. Un truc qui me met mal à l'aise, et me fout grave la trouille au passage. Et je ferme ma gueule, j'aurais le sentiment d'interrompre un truc capital sinon, sans même comprendre pourquoi cette impression me colle à la peau, et je reste focalisé sur mon verre. J'ai rarement eu autant envie de me terrer dans un trou de souris qu'à cet instant, mais même l'idée de me lever pour changer de pièce me semble inenvisageable, comme si le moindre mouvement de ma part allait perturber davantage encore ce qui est en train de se dérouler...
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() message posté Mer 11 Juil - 18:55 par Castiel Eristoff

Twin Peaks
Ali & Nate & Castiel
Pendant un moment, tu  avais presque oublié que vous étiez trois dans la pièce. Non pas, que tu n'avais aucun intérêt pour Super Man brun, mais là pour le moment la saule chose qui comptait c'était toi et ce quasi sosie de toi. Vous aviez presque les mêmes grains de beauté sur le visage, tu en avais peut-être un peu moins que lui. Ses yeux étaient plus sombres que les tiens, comme s'il avait une part d'ombre plus importante que la tienne. Pourtant, malgré ça, il avait un côté fragile, un côté que tu avais perdu depuis longtemps. Un côté de personnalité que tu avais envie de protéger même si tu ne le connaissais pas. Et puis en voyant la scène qui avait eu lieu sous la douche tu comprenais bien que ce mec avait besoin d'aide dans sa vie. Il avait besoin de quelqu'un qui pouvait veiller sur lui, qui pouvait le protéger et être là quand il en aurait besoin. Heureusement, qu'il avait son ami...copain...enfin bref, heureusement qu'il avait beau goss avec lui. Tu ne sais pas pourquoi mais ce mec te donnais une impression d'empathie énorme, alors que tu connaissais son existence depuis un quart d'heure tout au plus.

Le silence flottait dans l'appartement. Vous étiez assis tous les trois autour de la table basse. Ton double, semblait absorbé dans ses pensées, tandis que super héros, ne le lâchait pas du regard. Ils étaient presque mignons à ce regarder comme ça. Tu te sentais un peu de trop en fait. Tu n'aimais pas trop ce silence pesant alors tu as dis la première chose qui te passais par la tête en voyant l'autre contempler son vinyle. "Moi aussi j'aime la musique. J'ai quelques vinyles aussi, même s'ils n'ont surement pas autant de valeurs que les tiens. Tu émet un petit sourire en coin  qui se veut encourageant. Comment avoir l'air débile en essayant de briser la glace par Castiel Eristoff. Mais bon il fallait bien commencer par quelque chose. Et puis les mots sortirent enfin de la bouche de l'autre jeune homme. Finalement, il avait une voix plutôt calme et apaisante quand il ne faisait pas de bad trip ou qu'il ne hurlait pas. Un sourire amusé prit place sur ton visage, vous aviez même la même couleur de cheveux. C'était vraiment étrange. Tu n'arrivais pas à le voir avec des cheveux châtain clairs, ça ne lui irait pas du tout. "Non...on ne m'a jamais vraiment traité de chérubin non..." Enfin, pas vraiment. Même s'il est vrai que pas mal de personnes qui ont abusé de toi depuis ton enfance disaient souvent que tu ressemblais à un ange. Un ange tombé du ciel pour assouvir leur désirs. Tu déglutis difficilement en repensant à ça. Tu n'aimais pas que l'on te compare à un ange, parce que tu n'en étais pas un, même si tu en avais le prénom. "Il est vrai qu'en te voyant maintenant, tu n'as plus vraiment l'air d'un chérubin, je dirais plutôt un petit diable." Tu te permis de boire un peu de thé, écoutant le jeune homme continuer sa tirade. Et tu ne pu empêcher ton corps de tiquer quand il te parla d'Aberdeen. Tes sourcils se froncèrent sous l’incompréhension. Il était d'Aberdeen lui aussi ?! Ok, non là c'était quand même vachement bizarre : qu'elle était la probabilité pour qu'un mec de pratiquement son âge, avec le même visage que lui soit né dans la même ville que lui. C'était juste impossible. Tu avais basculé dans une dimension parallèle sans t'en rendre compte ça ne pouvait être que ça. Tu te penchais pour poser ta tasse sur la table basse, parce que tu sentais que les événements qui allaient suivre risquaient de changer le cours de la soirée d'une manière que tu ne voulais pas forcément. Tu te rapprochais du bord du canapé, posant tes coudes sur tes genoux, attrapant ton médaillon dans un réflexe de protection. L'autre en profita pour t'apprendre son prénom et prince charmant en fit de même. Alistair...son prénom commençait par un A. Ok, là tu commençais à te sentir vraiment, vraiment bizarre. "Castiel." Tu n'ajouta rien de plus faisant un petit sourire timide aux deux autres. Tu avais envie de leur dire tellement de choses à ce moment précis mais tu ne savais pas quoi...ni vraiment comment ou pourquoi. Un raclement de gorge plus tard tu te lançais finalement, espérant ne pas passer pour un fou après ta tirade. "Je suis d'origine bulgare, mais j'ai toujours vécu au Royaume-Unis. C'est ma mère qui est d'origine bulgare et c'est ses conquêtes qui parlaient gaélique quand ils avaient un peu trop forcé sur la boisson. Du coup, je connais que des mots pas très sympathiques et plutôt vulgaires. Mais c'est bien pratique parfois." Tu marquais une pause. Il fallait que tu parles d'Aberdeen, mais tu ne savais pas comment l'aborder et tu avais un peu peur de la réaction qui allait suivre. Tu pris une profonde respiration avant de finalement te lancer. "Hum...je veux surtout pas te faire flipper ou quoi, hein. Mais...je suis né et j'ai grandis à Aberdeen...jusqu'à mes seize ans. Aberdeen en Ecosse." Tu levais les yeux jusqu'à ton homologue, essayant de voir sa réaction à travers ses yeux. Un silence encore plus lourd que tout à l'heure régnait sur la pièce. Tu sentais les regards sur toi encore plus présent que tout à l'heure.
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() message posté Mer 11 Juil - 22:19 par Alistair H. Pratt
À la mention des vinyles, son regard se replongea sur ses disques étalés sur le plancher verni de l’appartement. Les précieux singles des Beatles côtoyaient maintenant Led Zeppelin, Pink Floyd et Bob Dylan. Un 78 tours d’Edith Piaf des années 40 avait été isolé sur le fauteuil et ses précieux Jacques Brel s’empilaient tristement les uns sur les autres avec tous les autres. Ils n’avaient pas de valeur, ceux-là. Du moins… pas pour un collectionneur anglais. Tu as quelques vieilleries et des jouets inutiles dont tu pourrais te défaire à bon prix, fils… Alistair les regarda avec la gorge serrée. Il sentit les larmes lui picoter les yeux, comme une fillette. Ses disques. C’étaient ses disques. La musique qui le faisait vibrer au diapason avec l’artiste, dès que l’aiguille du vieux tourne-disque se mettait à danser sur leur surface.

« On s’en fout de la valeur monétaire. On s’en fout. Ce qui est important, c’est ce qu’ils nous font ressentir. Mais ça… si tu aime la musique… bas besoin de te le dire, hein? Qui n’aime pas la musique? Tu en joues, aussi ou tu ne fais que l’écouter? »

Il lança un regard à Nate et se racla la gorge. Il prit une gorgée de scotch et se leva, en trainant son édredon avec lui en ramassant un ou deux autres vinyles que Nate n’avait pas eu le temps de ramasser sans doute. Il en tendit un simplement à l’étranger, avec un sourire en coin.

« Castiel, hein? Putain, tu parles, toi, d’un nom. Quoique en Bulgarie… Je sais rien, de la Bulgarie. Comme… attends… C’était quoi? La série… un ange déchu, l’ange de… Oh, je sais plus. Tiens, Chérubin. Stairway to Heavens. Tu dois sûrement déjà l’avoir. Mais si tu ne l’as pas, il est à toi. »

Il se tourna vers son amant, avec un regard triste, en lui frôlant la main et tenta de lui sourire également.

« Tu prends ce que tu veux, tu sais, hein? Il faut … que je fasse un peu de ménage, de toute façon… »

Il retourna s’assoir et but le restant de son verre d’un trait, avant de s’en resservir un autre, faisant fi du jugement de tout le monde autour de lui il lança un regard à son reflet et l’écouta distraitement parler des origines de sa propre mère slave et de ses Jules… jusqu’à ce que l’autre évoque la ville où il était né.

Non, où ils étaient nés.

Pourquoi n’avait-il pas remarqué avant les R qui roulait et les Ô qui s’allongeait sous la voix tranquille de l’autre, résidu subtil d’un accent que le pianiste imitait presque à merveille, à force de l’avoir cotoyé durant les étés de son adolescence?

Le verre en suspens, Alistair blêmit. L’autre, Castiel, avait porté instinctivement la main à son cou et tortillait nerveusement un pendentif. La lettre A. La putain de lettre A. L’impression d’être revenu dans une zone d’ombre entre la réalité et la psychose le reprit à la gorge, comme si l’autre avait tenté de l’étrangler avec sa chaîne. Il regarda Nate, ahuri, recherchant désespérément une confirmation que tout ce qui se passait n’était pas le fruit de son imagination noire et ténébreuse. Est-ce que Nate voyait ce type aussi? Est-ce qu’il entendait les même choses que lui? Puis revint vers son reflet, plus pâle que jamais.

« Si tu ne voulais pas me faire flipper… C’est… c’est raté, vieux… complètement raté. Mais qu’est-ce que tu fous avec la première lettre de mon prénom autour du cou? »


Il se releva à nouveau, plus chancelant que jamais et enjamba les vinyles épars pour se précipiter vers son bureau, dans la bibliothèque. Il ouvrit frénétiquement les tiroirs du secrétaire un à un avant dans sortir un carton noir qu’il laissa tomber sans ménagement sur la table basse entre eux trois. La bouteille de scotch faillit se renverser sur le luxueux tapis persan, à leurs pieds. Mais c’était bien le dernier souci du jeune homme.

De vieilles photos de lui quand il était môme et que sa mère n’avait pas daigné ramener avec elle à Aberdeen. Des reçus de scolarité. Son diplôme du lycée, son diplôme de BAC. Des compte-rendu de la fois où on avait du l’hospitaliser pour une appendicite. Et son certificat de naissance. Il le prit les mains tremblantes pour l’examiner. Il n’y avait jamais porté d’attention. Ce n’avait jamais été davantage qu’un simple bout de papier, comme un autre… Là figurait ses multiples prénoms qui prenaient presque toute la largeur, le nom de son père qui en faisait autant. Le nom de sa mère, Dolores Eileen Mc Kay. La date, l'heure de sa venue au monde, la signature du médecin et...

« Je… Je ne comprends pas. Je… suis né à Aberdeen. À la Aberdeen Maternity Hospital. Putain, toutes mes gouvernantes n’arrêtait pas de jacasser là-dessus. Sur ma naissance, le temps déguelasse qu’il faisait dehors, pour un mois de mai, le manque d’équipement... Ma mère… ma mère tenait à accoucher auprès de sa famille. Et là… là ça dit que je suis né à Londres. »

Il laissa tomber le document sur la table avant de s’affaler sur le canapé. Il prit en tremblant son verre et le revida à nouveau. Il secoua la tête.

« Mon père… mon père gardait les papiers importants dans son cabinet… et l’ancien a cramé il y a neuf ans, dans un incendie. Il a dû tout faire refaire… Il a dû se tromper... pauvre Vieux con...»

Il n'arrivait plus à réfléchir. Plus du tout. Il se tourna vers son amant une fois de plus.

« Tu... tu y comprends quelque chose, toi? »
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() message posté Jeu 12 Juil - 0:44 par Nathanael E. Keynes
« Moi aussi j'aime la musique. J'ai quelques vinyles aussi, même s'ils n'ont surement pas autant de valeurs que les tiens.
- On s’en fout de la valeur monétaire. On s’en fout. Ce qui est important, c’est ce qu’ils nous font ressentir. Mais ça… si tu aime la musique… bas besoin de te le dire, hein ? Qui n’aime pas la musique ? Tu en joues, aussi ou tu ne fais que l’écouter ? »


En d'autres circonstances, la question m'aurait interpellé, j'aurais renchéri, fait vivre la conversation. Mais trop de questions me traversent l'esprit pour que je parvienne à faire autrement, à cet instant, qu'écouter et siroter mon verre. J'extrapole, tente de faire des liens entre tout ce qui se dit, et pour l'instant, je n'arrive à aucune réponse probante. Mon verre, en revanche, arrive en fin de vie, tandis que l'autre renchérit sur le potentiel surnom qu'on aurait pu lui donner.

« Non...on ne m'a jamais vraiment traité de chérubin non... »

J'ai du mal à imaginer Ali en blond. J'ai du mal à les imaginer l'un comme l'autre en petits anges. Ca n'a pas grande importance, cela dit, et même si je ne peux que songer que l'impression de l'autre est plutôt juste, je garde le silence, les laissant faire connaissance, me demandant à nouveau si je ne ferais pas mieux de les laisser en paix.

« Il est vrai qu'en te voyant maintenant, tu n'as plus vraiment l'air d'un chérubin, je dirais plutôt un petit diable. »

Un pâle sourire étire mes lèvres comme je visualise les sourires d'Ali qui correspondent parfaitement à cette expression. Un vrai petit diable... Je suis sûr que ses parents et les personnes qui se sont occupé de lui petit pourraient que confirmer la description. A peu près comme on le faisait pour moi simplement parce que je ne tenais jamais en place.

« Castiel.
- Castiel, hein? Putain, tu parles, toi, d’un nom. Quoique en Bulgarie… Je sais rien, de la Bulgarie. Comme… attends… C’était quoi? La série… un ange déchu, l’ange de… Oh, je sais plus. Tiens, Chérubin. Stairway to Heavens. Tu dois sûrement déjà l’avoir. Mais si tu ne l’as pas, il est à toi. »


Je bugue. Je fronce les sourcils, tandis que mon regard passe du vinyle à Castiel donc, et de Castiel au vinyle. Les doigts d'Ali frôlent les miens, et si l'envie de nouer nos mains m'effleure un instant, ses mots coupent court à tout élan en ce sens.

« Tu prends ce que tu veux, tu sais, hein? Il faut … que je fasse un peu de ménage, de toute façon…
- Tu plaisa... »


Je finis même pas ma phrase, pince les lèvres et détourne le regard, comme ce qu'il vient de proposer jette un autre jour sur la situation, sur les mots qu'il a prononcés un peu plus tôt dans la salle de bains et enflamment un peu plus la haine que je peux ressentir pour sa famille. Evidemment qu'il ne plaisante pas. Pas comme ça. Pas sur ce sujet-là. J'ai pas le fin mot de l'histoire, bien loin de là, mais je suis au moins certain d'une chose : il en serait pas à se débarrasser de sa si précieuse collection sans leurs menaces et ça me rend complètement dingue.

« Je suis d'origine bulgare, mais j'ai toujours vécu au Royaume-Uni. C'est ma mère qui est d'origine bulgare et c'est ses conquêtes qui parlaient gaélique quand ils avaient un peu trop forcé sur la boisson. Du coup, je connais que des mots pas très sympathiques et plutôt vulgaires. Mais c'est bien pratique parfois... Hum... je veux surtout pas te faire flipper ou quoi, hein. Mais...je suis né et j'ai grandis à Aberdeen...jusqu'à mes seize ans. Aberdeen en Ecosse. »

Flipper. C'est ce mot qui m'incite à quitter le meuble en face du regard pour revenir le poser sur Ali, et je crois bien que je l'ai jamais vu aussi exsangue qu'à cet instant. Mes prunelles glissent vers Castiel qui se raccroche encore et toujours au A qui pend à son cou, dans l'incompréhension la plus totale... Et la crainte d'entrevoir de possibles explications aussi ahurissantes qu'inacceptables.

Les yeux clairs d'Ali cherchent les miens, et je tends une main pour serrer la sienne comme si ça pouvait apporter le moindre réconfort.  

« Si tu ne voulais pas me faire flipper… C’est… c’est raté, vieux… complètement raté. Mais qu’est-ce que tu fous avec la première lettre de mon prénom autour du cou ? »

L'instant d'après Ali s'est relevé d'un bond, mais je le sens vacillant comme il enjambe les vinyles pour gagner le bureau de l'autre côté, ouvrant des tiroirs avant de ramener vers nous ce carton dans lequel il se met à fouiller. J'ai hésité à me lever à mon tour, mais sa fébrilité, la tension qui règne encore un cran au-dessus dans la pièce m'en empêche, et je suis pas loin de paniquer quand j'identifie le document qu'il sort, les doigts tremblant. Son certificat de naissance. Le document qui confirme que les soupçons qui se forment dans mon esprit n'existent pas que dans ma caboche, et je serais prêt à parier qu'on est trois, à cet instant, à envisager un secret les impliquant tous deux et leurs familles respectives.

« Je… Je ne comprends pas. Je… suis né à Aberdeen. À la Aberdeen Maternity Hospital. Putain, toutes mes gouvernantes n’arrêtait pas de jacasser là-dessus. Sur ma naissance, le temps dégueulasse qu’il faisait dehors, pour un mois de mai, le manque d’équipement... Ma mère… ma mère tenait à accoucher auprès de sa famille. Et là… là ça dit que je suis né à Londres. »

Il a abandonné le document officiel sur la table basse, vidé à nouveau son verre, et secoue la tête tandis que je m'empare du feuillet, le parcours des yeux, mettant clairement à l'usage ma mémoire généralement assez peu défaillante.

« Mon père… mon père gardait les papiers importants dans son cabinet… et l’ancien a cramé il y a neuf ans, dans un incendie. Il a dû tout faire refaire… Il a dû se tromper... pauvre Vieux con...»

Si seulement ça pouvait n'être qu'une erreur, qu'une simple erreur de paperasserie ! Mais le doute est loin de s'évanouir de mon esprit, bien au contraire, et quand le pianiste se tourne à nouveau vers moi, c'est un regard désolé qui croise le sien avant que je ne reporte mon attention sur le blond.

« Tu... tu y comprends quelque chose, toi ? »

J'hésite une seconde, conscient que la question que je m'apprête à poser risque seulement d'embraser nos imaginations respectives, mais je ne peux simplement pas en rester là.

« Castiel... Tu veux bien nous donner ta date de naissance s'il te plaît ? »

J'appréhende la réponse autant que j'imagine d'ores et déjà la connaître, et l'angoisse doit s'entendre dans ma voix. Le 22 mai 1993. C'est ce qu'il va répondre, j'en mettrais ma main à couper. Je ne sais pas - là non plus - ce que ça peut vouloir signifier exactement, mais j'en ai la certitude, aussi aberrante ma conviction peut-elle sembler. Et si découvrir il y a trois ans que j'avais une petite soeur était déjà assez perturbant pour moi, je ne vais même pas essayer d'imaginer ce que ça peut-être s'il s'agit bel et bien de découvrir un jumeau dont on ignorait tout jusque-là...
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() message posté Sam 14 Juil - 22:00 par Castiel Eristoff

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Ali & Nate & Castiel
C'est dingue, vous étiez semblable physiquement, mais apparemment vous aviez aussi les mêmes goûts. La musique vous rapprochait. Tu te voyais bien discuter de vos groupes devant un café ou devant un verre. C'est quelque chose qui pourrait être sympa. Il faudrait que tu lui en parle à l'occasion, mais là il y avait d'autres choses à discuter. Tu haussais les épaules, te passant une main timide dans les cheveux. "J'aime en écouter, mais j'en joue aussi. J'ai commencé à l'âge de sept ans. Je joue du piano, du saxophone, de la trompette, du violon, de la guitare et de la flûte traversière. Mais ce que je préfère c'est le violon." Pendant que tu répondais tu remarqua le regard que lançait Alistair à Nate. C'était vraiment mignon de les voir faire, comme s'ils étaient attirés comme des aimants et ne pouvaient pas se retenir trop longtemps. Tu les enviais vraiment tous les deux, tu aimerais avoir quelqu'un comme ça dans ta vie. Tu espérais le rencontrer, même si tu te disais que ça risquait de prendre encore du temps. Tu en étais là de tes réflexions quand Alistair te sortie de tes pensées. Te tendant l'un de ces vinyles. Tu regardes le jeune homme en face de toi, puis le disque, puis de nouveau le jeune homme. Tu hésite un instant. "Euh...je c'est super gentil, mais c'est le tien...et puis on ne se connait pas vraiment, enfin je veux dire...tu dois y tenir énormément, t'es sûr de toi ?? Je voudrais pas que tu le regrette plus tard." Tu vois Nate le regarder d'un air choqué lui aussi. Preuve que ça ne doit pas être dans ses habitudes de faire ce genre de choses. Du coup tu hésites encore plus à le prendre, ne voulant pas que le jeune homme le regrette par la suite, même si évidemment tu lui rendrais s'il le re-voulait.

Et puis arriva le moment où vous avez compris que vous étiez nés dans la même ville. La coïncidence était vraiment trop grande. Comment cela était possible ? Aberdeen était une grande ville certes, mais deux personnes aussi semblable qu'eux, quelqu'un les aurait forcément confondu un jour ou l'autre. Cela te perturbais vraiment beaucoup. Alistair semblait ne pas être sûr de ce qu'il se passait vraiment. En même temps tu n'en étais pas très sûr non plus. Tout se mélangeait dans ta tête, mais tu ne savais pas trop se qui était vrai ou non. Tu baissais alors ton regard sur ton pendentif, tu étais tellement à l'avoir que par moment tu oubliais presque que tu le portais autours du cou. Tu le lâchais alors, comme si tu avais l'impression qu'il ne fallait pas faire ça. "Azrael. Le prénom de mon frère." C'était étrange de parler de lui à quelqu'un. Très peu de monde connaissait l'existence de ton jumeau. Elly, Nemo, Hideo...bref, ils se comptaient sur les doigts d'une main. Et là tu en parlais à un parfait inconnu. Peut-être le fait que tu avais l'impression d'être devant un miroir, du coup tu te sentais plus en confiance. AListair se leva alors, allant chercher une boîte où il commença à fouiller. Une espèce de boîte à souvenirs. Tu avais envie de jeter un coup d’œil, étant curieux de nature, mais tu te dis que se n'était peut-être pas le bon moment, apparemment, il cherchait son acte de naissance, marmonnant à propos de sa naissance à Aberdeen, alors qu'il était noté Londres sur son acte de naissance. Tu attrapais la feuille qu'il tenait pour vérifier ses dires, non pas qu'il doutait d'Alistair, mais il voulait voir ça de ses propres yeux. Effectivement, il était bien écrit qu'il était né à Londres. Tu fronçais les sourcils avant de lever les yeux vers le brun. "Comment tu peux te tromper sur le lieu de naissance de ton fils unique ? Je sais pas c'est un truc dont tu te rappel toute ta vie non ?" Tu n'étais pas très sûr non plus parce que tu n'avais pas vraiment eu un parfait exemple de parent, donc tu ne pouvais pas vraiment juger le père de ton homologue. Et puis soudain, la voix de Nate s'éleva dans la pièce, te posant une question qui te fis encore plus froncer les sourcils. Ta date de naissance ? Qu'est-ce que cela venait faire dans l'histoire ? Tu haussais les épaules, répondant à la question le plus naturellement du monde. "22 mai 1993 à 23h11." Tu avais précisé l'heure sans vraiment y penser, tu le faisais tout le temps à cause d'Azrael qui était né après toi et mort tout aussi vite. Et là, tu remarqua la tête des deux autres. La peau encore plus blanche et translucide d'Alistair et les regard mi-étonné mi-inquiet de Nate. Ok. Pourquoi ils faisaient cette tête là, tu avais dis un truc qu'il fallait pas. Tu allais leur poser la question quand tes yeux atterrir sur une autre ligne du certificat de naissance du jeune brun. Sa date de naissance. 22 mai 1993. Et surtout son heure de naissance. 23h27. Non. Non. Non ! Tes doigts lâchèrent le morceau de papier qui tomba au ralentis jusqu'au sol à tes pieds. Tu releva la tête, regardant tour à tour les deux jeunes hommes. Non, impossible. Impossible ! Tu sentais ton souffle qui commençait à se saccader et tes mains qui tremblaient toutes seules. Ta vu devenait trouble, sans que tu sache si c'était des larmes ou non. Ta tête te tournait, tu avais envie de vomir mais tu étais incapable de faire le moindre pas. Tu essayais de parler mais aucun son ne sortait de ta bouche. C'était une blague. Une putain de mauvaise blague n'est-ce pas ?! "Moyat bog ne. Ne, ne e vŭzmozhno, prosto ne e vŭzmozhno."* C'était les seuls mots qui sortaient de ta bouche, tu étais incapable de te contrôler, tremblant de partout et essayant de ne pas perdre totalement le contrôle.
14/07/18
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*"Mon dieu non. Non, c'est pas possible, c'est juste pas possible."
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() message posté Dim 15 Juil - 9:29 par Alistair H. Pratt
« Un Pratt assume toujours les conséquences de ses actes. »

Alistair avait répété les mêmes mots qu’on lui avait assénés, encore et encore, tout au long de sa vie. Des mots foutrement vides, à bien y penser. Comme le reste. Comme le mariage de ses parents, qui ne devaient plus baiser ensemble depuis vingt-cinq ans et qui vivaient chacun aux deux extrémités du Royaume-Uni depuis bientôt treize ans. Comme les catins que son grand-père ramenait, dans cet appartement, à l’insu de tout le monde. Comme lui, sans doute, lorsque Lundi prochain, il se retrouverait à chialer comme un morveux devant tout ce qu’il aurait perdu, tout seul dans le salon minuscule de Max.

Mais il avait passé sa vie à fuir.
Il assumerait les conséquences de ses actes. Il l’avait promis à Wilde.
Et se l’était promit à lui-même.

Un disque… Putain un disque ne serait rien à côté de la déchéance qui l’attendait. La rue, le vide… La mort, éventuellement. Il sourit tristement, la main tendant toujours le 33 tours en signe d’offrande à son reflet.

« Prends-le. Maintenant, c’est le tien. Si je te dis que je te le donne, je te le donne, okay? Et puis, t’es pas un étranger. Même le portier que je croise à tous les jours t’as pris pour moi, quand vous êtes entrés.»

Il posa le disque sur la table basse et fit les cents pas comme un fantôme dans l’immense living-room pour s’arrêter devant son clavier et écouter avec admiration Castiel lui énumérer les instruments qu’il maîtrisait.

« Fuck… Du violon… de la guitare… Tu ne peux pas savoir à quel point je t’envie… »

Il leva la tête vers son amant et lui refit un autre soupire peiné.

« À quel point, je vous envie, tous les deux… On m’a interdit de toucher à un instrument de musique jusqu’à mes quinze ans. J’ai jamais trop su pourquoi. Et encore, il a fallu que… »

Il secoua la tête. Il n’aimait pas se rappeler de cet épisode. L’ennui. Le vide qui avait faillit l’emporter pour de bon. L’auto-mutilation. L’herbe. La drogue plus dure. La tentative de suicide en mélangeant des valiums et de l’alcool. L’hopital et l’absence de sa mère à son chevet. Les putains de psychologues qui ne comprenaient pas pourquoi il se sentait à ce point comme un étranger et incomplet. Ses errances, dans Londres, qui l’avait conduites jusqu’à cette boutique de disque et son vieux piano désaccordé. Son père avait finit par plier pour quelques leçons pour l’été, en pensant que cette lubie finirait par lui passer, comme les autres. Il caressa les touches de son clavier et vint sagement se rassoir à sa place.

« Je ne sais jouer que du piano. Mais c’est toute ma vie… Toute ma vie. Je… je suis pianiste dans un petit groupe rock. On joue sur quelques scènes du quartier. J’espère… c’est con mais j’espère qu’un jour, on sera vraiment connu, tu vois.»

Il se passa la main dans les cheveux et laissa le fil de la conversation s’éteindre. Puis Aberdeen frôla aussi les lèvres de l’autre et l’angoisse remonta de toute part. Le carton sur la table basse et son contenu bourré d’erreurs et de mensonges n’arrangeait rien. Rien du tout.

16 minutes. Il avait 16 minutes de différence avec un fils d’immigrant qu’il n’avait jamais vu de sa sainte vie et qui avait les mêmes traits que lui. Qui était né au même putain d’endroit que lui. Castiel. Castiel et Azrael.

Sa mère avait 46 ans au moment de sa naissance. Elle avait fait deux fausses couches des années et des années avant qu’il ne vienne au monde. Il était un petit miraculé. On le lui avait dit des centaines et des centaines de fois.
Non. Sa mère n’aurait pas avoir de jumeaux.

Azrael. Mais où avait-il entendu ça, hein? Où? Mais quels cinglés donnaient des noms pareils à leurs mômes? Alistair eut le vertige et eut le sentiment de perdre complètement pied.

Il sortit frénétiquement une photo de la boîte qu’il fit glisser vers Nate. 14 mai 1993. Sa mère, Dolores, enceinte de lui jusqu’aux yeux, les chevilles complètement enflées, l’air malade et fatiguée, malgré toutes les couches de maquillage. Son père, Harold, qui regardait l’objectif avec un air faussement jovial.

Un petit miraculé.
Pourquoi…Pourquoi n’avait-il pas vu ça avant?


« Ton frère Azrael… Qui… qui est Azrael? »

Le pianiste espérait presque que l’autre lui raconte que c’était son défunt petit frère de dix ans, mort noyé dans un ruisseau. Presque. Mais au fin fond de lui, il se doutait pas mal de la réponse. L’autre ne répondait plus et s’était enfermé dans son monde. Un monde dont il n’apercevait que quelques notes stridentes de panique. Les larmes s’étaient mises à couler sur ses joues et Castiel baragouinait des choses complètement incompréhensibles.

Il était un Pratt. Il était un Pratt. Il était un Pratt. Il était…

Il se souvenait encore de la première fois où cet enfant imaginaire était apparu, dans les sermons horribles de son père. Il devait avoir quatre ans et il avait fait une crise de larmes monumentale en pleine réception pour quelque chose dont il ne se souvenait même plus. Du gâteau ou l’heure d’aller au lit. Et son père s’était assis sur le bord de son lit pour lui parler de cet enfant imaginaire avec son œil au beurre noir et sa vilaine mère imaginaire qui lui criait dessus. Les coups de ceinture. Est-ce que le petit Harold aurait aimé recevoir des coups de ceinture lui? Est-ce qu’il aurait voulu faire des choses sales à de vilains messieurs? Non? Alors, il fallait aller au lit. Et sans pleurer. Cet enfant continuait encore de le hanter. Il revenait, surnoisement, à chaque rebellion, chaque erreur, chaque faux-pas.

Est-ce qu’on lui avait fait le même coup, à Castiel?

Des choses sales à de vilains messieurs. Il se passa la main sur la joue, là où la griffure le brûlait toujours.

Alistair ferma les yeux un moment et il n’eut que les halètements et les sanglots. Quelque chose ne tournait pas rond. C’était tout ce à quoi Alistair était capable de penser. Le reste s’entrechoquait dans son esprit et s’infiltrait entre la réalité et les fables cauchemardesques de son enfance. Quelque chose ne tournait fucking pas rond.

Il se leva, s’empara de la bouteille et but de longues gorgées, comme s’il était seul dans son living-room. Puis, il s’approcha de son reflet et lui mit doucement une main sur l’épaule, l’espace d’un très bref instant avant de la retirer pour lui laisser son espace et lui tendit le reste de la bouteille de scotch, avec compassion.

« Et si… si tu me racontais ton histoire, hein? Et si… on reprenait depuis le début? Je vais me servir une tasse de ton putain de thé au jasmin»

Il tourna le regard implorant vers Keynes.

« Nate… Nate, il va nous aider à démêler tout ça. »
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() message posté Lun 16 Juil - 9:30 par Nathanael E. Keynes
« Un Pratt assume toujours les conséquences de ses actes. Prends-le. Maintenant, c’est le tien. Si je te dis que je te le donne, je te le donne, okay ? Et puis, t’es pas un étranger. Même le portier que je croise à tous les jours t’as pris pour moi, quand vous êtes entrés.
- Euh... je c'est super gentil, mais c'est le tien... et puis on ne se connait pas vraiment, enfin je veux dire... tu dois y tenir énormément, t'es sûr de toi ?? Je voudrais pas que tu le regrettes plus tard. »


Regretter. Tu parles oui ! Je garde tout ça dans un coin de ma tête, parce que je sais bien que je ne peux rien faire pour le moment, mais il est juste hors de question que je laisse ça indéfiniment sous silence, c'est un fait. Je me prononce pas non plus sur cette phrase, qui sonne comme une litanie entendue des milliers de fois, apprise par coeur presque à son insu, et qui me donne envie de vomir. La musique. Parlons de musique, ouais, ça au moins c'est un sujet qui nous est agréable, n'est-ce pas ?

« J'aime en écouter, mais j'en joue aussi. J'ai commencé à l'âge de sept ans. Je joue du piano, du saxophone, de la trompette, du violon, de la guitare et de la flûte traversière. Mais ce que je préfère c'est le violon.
- Fuck… Du violon… de la guitare… Tu ne peux pas savoir à quel point je t’envie… »


Les similitudes entre eux deux ne s'arrêtent donc pas à leurs apparences physiques si proches. J'entends Castiel énumérer les instruments qu'il maîtrise avec un intérêt certain, autant pour ce que ça révèle de leurs points communs que parce qu'il s'agit purement et simplement d'un musicien aguerri et que dans n'importe quelle situation, ça aurait attiré mon attention. Je vois cependant l'air triste de mon amant, alors que son geste, tendant un de ses précieux vinyles à son miroir ne risquait pas de passer inaperçu. On ne se connaît pas depuis très longtemps, lui et moi, pourtant je crois qu'on se comprend terriblement bien sur bien des points, et celui-là ne fait pas exception. Je sais comme il aurait aimé pouvoir toucher à d'autres instruments, comme on a bridé sa musique en espérant qu'il l'oublie, je sais aussi à quel point cette collection lui tient à coeur, et qu'il s'en sépare ainsi n'est pas anodin, bien loin de là. La surprise se lit sur mon visage autant que sur celui du blond face à nous, mais sans doute pour des raisons un peu différentes.

« À quel point, je vous envie, tous les deux… On m’a interdit de toucher à un instrument de musique jusqu’à mes quinze ans. J’ai jamais trop su pourquoi. Et encore, il a fallu que… »

La phrase reste en suspens, et ça non plus, ça ne me plaît pas. Je peux m'imaginer douze mille fins à cette assertion mais aucune n'est engageante, et toutes confirment un passé que je sais déjà bien assez triste - je connais nos familles.

« Je ne sais jouer que du piano. Mais c’est toute ma vie… Toute ma vie. Je… je suis pianiste dans un petit groupe rock. On joue sur quelques scènes du quartier. J’espère… c’est con mais j’espère qu’un jour, on sera vraiment connu, tu vois. »

Non Ali, c'est pas con. C'est loin de l'être, parce qu'on a tous besoin de rêve, d'espoir... Et ça l'est encore moins parce que vous avez vraiment le potentiel pour, Untitled et toi. Et bordel, c'est tout le mal que je vous souhaite ! Mais pour l'heure, c'est un autre point qu'on ne laisse pas sous silence, et la ville de leur naissance est un autre sujet hautement sensible. Je prends du bout des doigts la photo que le pianiste me tend, montrant clairement l'état maladif de sa mère, une semaine avant sa naissance... Une semaine avant... Est-ce qu'elle est seulement réellement arrivée jusqu'au terme de cette grossesse manifestement difficile ?

« Azrael. Le prénom de mon frère.
- Ton frère Azrael… Qui… qui est Azrael? »


Ce type a un frère. Un frère dont il porte l'initiale autour du cou et qu'il touche comme un talisman dès qu'il est contrarié. On parie combien que c'était un jumeau et qu'il n'est plus de ce monde ? Merde. Merde, merde, merde, merde, merde, merde, MERDE ! Dites-moi que je me plante, que je me fais des films odieux, qu'il faut que j'arrête d'imaginer les pires scénarios...

« Comment tu peux te tromper sur le lieu de naissance de ton fils unique ? Je sais pas c'est un truc dont tu te rappelles toute ta vie non ? »

Sans commentaire. Je suis pas si certain que mon père se souviendrait de ça si ça avait pas été dans la ville où on a toujours vécu. Mais tout de même. Tout de même, là, c'est trop gros. Trop mal ficelé à mon sens. Et peut-être que c'est une déformation de mon passif journalistique, d'avoir trop entendu les collègues d'investigation et suivi leurs intuitions avec le plus grand intérêt... Peut-être... Ou peut-être que c'est le même genre d'intuition, justement...

« 22 mai 1993 à 23h11. »

Mais merde quoi ! Quelle probabilité peut-il y avoir pour que deux personnes aussi semblables qu'eux soient nés dans la même ville, le même jour, à un quart d'heure d'écart, hein ? Et si un instant, nos visages surpris laissent Castiel perplexe, au moment où ses yeux se posent sur l'heure et la date de naissance d'Ali, son trouble devient presque palpable, appesantissant l'atmosphère de la pièce. Il panique, je le vois, je le sens, et c'est pas forcément beaucoup mieux à côté de moi. Et moi à vrai dire, je n'en mène pas beaucoup plus large.

« Moyat bog ne. Ne, ne e vŭzmozhno, prosto ne e vŭzmozhno. »

Des larmes coulent et j'ai bien du mal à retenir les miennes, j'ai pas vraiment besoin de comprendre les mots prononcés pour en saisir la substance, le contexte et le ton de voix suffisant plus que largement à la compréhension. La bouteille de whisky s'échappe, je sirote la fin de mon verre, regrette qu'il ne soit pas davantage rempli à cet instant, mais laisse les deux sosies en vider le contenu.

« Et si… si tu me racontais ton histoire, hein ? Et si… on reprenait depuis le début ? Je vais me servir une tasse de ton putain de thé au jasmin. »

Le regard d'Ali cherche le mien, et je le lui rends autant que je peux, m'efforçant d'apporter un soutien silencieux à mon amant. Jusqu'à ces mots.

« Nate… Nate, il va nous aider à démêler tout ça.
- You bet I will. »


La question ne se pose même pas, pas même une fraction de seconde. Je peux pas rester sur autant d'incertitudes, c'est pas dans ma nature de fouine, absolument pas. Et puis je peux pas juste les laisser, tous les deux, dans cet état-là sans réagir. A vrai dire, dès que mes soupçons ont commencé à se former, j'avais déjà dans l'idée de me rapprocher de mes anciens collègue. Et je sais parfaitement vers qui me tourner en premier lieu...

« Tu aurais de quoi noter ?... »

J'ai une très bonne mémoire, je le sais, et je pourrai sans doute reprendre en note la majorité de notre conversation a posteriori, mais je sais aussi que je suis légèrement perturbé par tout ça, et donc moins concentré que d'ordinaire... En tout état de cause, j'ai bien l'intention d'apporter un dossier déjà bien renseigné à Eli...
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