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Sometimes it’s faded _ Victoria&James

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() message posté Mer 4 Juil - 19:41 par James M. Wilde


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Victoria
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Mon soupir, la tête tournée vers la vitre, étend les accents du désarroi sur la buée qui s’y condense. Une demie-heure. Une demie-heure que j’attends ici, comme un connard ordinaire, dans ce café ridicule qui ne sait même pas proposer un espresso digne de ce nom. Je ne sais pas pourquoi j’ai choisi cet endroit. Peut-être pour la neutralité d’un lieu très récemment ouvert dans le quartier, aucun souvenir ne s’y raccroche, c’est un nouveau territoire à explorer, afin de gommer la honte et la médiocrité de certaines errances qui s’engluent sur ma peau. Je joue un instant avec la tasse minuscule et design que l’on a posée devant moi, renâcle à terminer la dernière gorgée plutôt infâme qui y demeure, telle une injure à tout le personnel select qui gravite autour de moi, cherchant à s’attirer une autre commande, peut-être un sourire quand je me complais à demeurer ici, vautré et renfrogné. Souvent, j’essaye de reconnaître sa démarche ou son tailleur, ses cheveux qui jouent sur ses épaules droites, telle que ma mémoire me la dépeint. Mais de Victoria, j’ai des échos très flous et des sentiments compliqués qui surnagent le brouillard. Je l’ai rencontrée dans un moment de déchéance aggravée, l’ai jugée impropre et inapte à la première seconde, mais depuis que nous avons vaguement signé le contrat qui nous relie désormais, elle s’est plutôt démenée pour faire avancer l’organisation et la digne marche de notre album, que je persiste pourtant à torpiller. Tout ce qu’elle monte, il semble que je le détruise dans la foulée. Une parole trop agressive en interview, une déclaration déformée, des attitudes déplacées dans un lieu public. Je m’étonne presque qu’elle ne m’ait pas encore demandé de simplement ne plus apparaître dans tout ce qui concerne l’actualité des Wild. Même ce concert improvisé au Viper, où j’ai sorti des titres normalement consacrés à la tournée, elle a dû faire transiter l’information à rebours pour la prod, histoire d’excuser les libéralités dont Moira n’a pourtant jamais été inconsciente. Mais… Je ne lui parle plus. Je n'adresse plus un seul mot à ma productrice. Cet état de fait, comportement suspect sur lequel je refuse d’épiloguer, met notre jeune succès en péril. Les contours deviennent flous, et mes adorations ne semblent plus totalement tournée vers la musique du groupe, mes activités secondaires dévorant le temps que je devrais allouer aux répétitions ou aux shootings, ou bien encore à ces shows qui veulent absolument nous convoquer pour y apparaître dix minutes, une petite chanson et puis plié, tout se relâche, tout se disperse. Et je dispense mon énergie ailleurs, sur les répétitions des Untitled ou encore sur les projets que nous avons avec Eleah. De quoi porter l’inquiétude sur quiconque s’occuperait de nous, alors oui… J’ai fini par l’appeler, notre fameux agent, paravent de toutes mes fanfaronnades, des exactions et des moments de splendeur. Difficile de s’y retrouver quand je distille l’information à l’envi, en omettant tout ce qui pourrait lui faciliter la tâche. Elle devait me rejoindre ici, mais elle semble en retard. Connaissant d’elle les vertus professionnelles dont elle se pare, j’imagine que ce retard est non seulement étudié, mais aussi punitif. A moins que la circulation très dense de Londres en cette fin de mâtinée ne l’ait retenue quelque part.

Une voiture freine brutalement, attirant mes regards, dans une manoeuvre désespérée qui évite de justesse le carnage. Quelque chose en moi se frustre de ne pas avoir assisté à la débauche d’une violence qui demeure si ancrée à l’intérieur de moi. Les concernés s’invectivent, je hausse mes maigres épaules avant de revenir à mon café, soulevant ma tasse pour la rendre à la serveuse en grognant :
_ Ramenez ça jusqu’aux enfers d’où vous l’avez sorti. Je voulais un double espresso, pas l’expression d’un talent absent, et d’un arabica dégueulasse. Vous n’avez rien d’autre ? Dans le genre, qui peut fièrement porter ce nom ? Sinon je vous montre hein, j’ai du temps à tuer, et vous me remercierez, parce que cet endroit va fermer sinon.
“Mais monsieur, nos fournisseurs ont été sélectionnés avec le plus grand…”
_ Le plus grand quoi ? Hein, ma jolie, le plus grand désaveu envers toute l’industrie qui porte en foutu étendard la caféine ? Ramenez-moi un café buvable ou bien disparaissez.
La fille se tire, sans doute pour se plaindre auprès de son manager qui ne tardera pas à venir m’emmerder, ou bien pour enfin apprendre à manier un percolateur, allez savoir, toujours est-il que dans mon champ de vision c’est la silhouette de Victoria qui se présente, toujours impeccablement mise. Je hausse un sourcil et grommelle :
_ Vous vous êtes faites un peu trop désirer. Un peu plus et je faisais la révolution dans ce trou. Vous devriez prendre tout sauf un putain de café vu qu’ils ne savent pas les faire. Il doit y avoir des jus de fruits à la con, parce que ça fait bien, les jus de fruits. Ça fait sain. Mais j’approche pas mes lèvres de ces machins-là, imaginez ça pourrait déclencher des intolérances quand on a l’habitude d’une vie tout sauf recommandable. Whatever… Vous êtes venue…
Mon regard est plus clair, plus franc, et bien moins agressif que la dernière fois que nous nous sommes croisés. J’ai un léger rire, presque gêné pour qui me connaîtrait bien. Sans doute avec des sonorités suffisantes pour tous les autres qui s’accrochent uniquement à l’image dont j’abuse en permanence :
_ Vous savez, je croyais que vous alliez me planter là. Avec la dernière fois, puis le reste… Je tiens à dire qu’ils ont déformé mes propos, sur Absolute Radio.
La bonne blague, j’étais en direct, mais quand même, ils ne m’ont pas épargné en passant presque en boucle le passage où je traitais leur radio de… C’était quoi déjà ? “Absurde, profondément inadaptée, ne valant pas ma musique qui diffusée sur leurs ondes seraient salie par leur ridicule.” Pas la peine de dire qu’ils ne nous diffusent plus depuis, surtout que les mots étaient fleuris après ça. J’offre un grand sourire à Victoria, en présentant mes mains, paume vers le ciel, en signe de reddition :
_ Qu’est-ce que vous voulez, je ne sais pas me tenir.
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() message posté Mer 11 Juil - 19:01 par Victoria J. R-Stewart
L'aspirine ne semblait plus faire d'effet. Et Victoria s'en étonnait à peine. Non, elle n'était pas étonné du tout. Sans doute parce que sa boite d’anti-dépresseur était vide, vide alors qu'elle était persuadé de l'avoir acheté il y avait seulement quelques jours ou était-ce quelques heures ? La notion de temps ne lui échappait pas en règle générale. Le temps, c'était de l'argent et on ne gaspillait pas une denrée aussi importante. Sûrement la seule valeur que lui avait inculqué son père, la seule qu'elle est bien voulu retenir en tout cas. Mais quand elle observait sa maison et surtout son dressing, elle devait bien reconnaître qu'elle avait appliqué le dicton à la lettre. Les sacs à mains en cuir côtoyaient les escarpins sur-mesure dans un mélange de classe et de luxe qui pouvait faire pâlir n'importe quelle fille. Oui, Victoria se tuait à la tâche pour s'offrir toutes ces choses, pour effleurer soie et dentelle dans l'immensité de son dressing. Un dressing qu'elle partageait seule désormais. Et il était sans doute là le problème. Sa grande maison était bien vide aujourd'hui. Victoria secoua la boite d'aspirine dans l'espoir qu'elle se remplisse miraculeusement. Mais de toute manière, elle aurait pu s'en envoyer tout un flacon que sa douleur ne disparaîtrait pas. Même son traitement anti-dépressif ne lui faisait plus le même effet. Et pas moyen de se gratter une ordonnance supplémentaire, Aidan y avait veillé. C'était là son dernier cadeau en tant que mari : bloquer son traitement en l’empêchant de se droguer à sa guise. Le docteur Stewart avait frappé. Il avait voulu l'emmerder jusqu'au bout, alors même qu'il avait fait ses bagages et décidé de la rayer de sa vie. Et son manque de drogue la mettait de mauvaise humeur, du moins plus que de d'habitude. Mais elle n'allait pas se laisser aller pour autant.

Victoria venait de raccrocher avec son assistant. Celui-ci venait de lui rappeler son rendez-vous de quatorze-heure. Maintenant. A une heure seulement du dit rencard. « Vous pouvez me rappeler combien je vous paye déjà ? ». L'assistant en question eu l'intelligence de ne pas répondre. « Je dois traverser la moitié de la ville pour m'y rendre ! Et l'agenda partagé, vous vous en servez ou quoi ?! C'est votre job de tout noter pour que ce genre de chose n'arrive pas imbécile ! ». Elle avait braillé tellement fort qu'elle imaginait très bien son assistant devoir décaler le téléphone de son oreille pour ne pas risquer un tympan percé. Sans lui laisser le temps de s'excuser, elle raccrocha et balança son téléphone en travers de son lit. Elle avait choisi de repasser chez elle récupérer des dossiers. Elle en avait profité pour passer une robe de saison couleur saumon ainsi que des talons haut noirs. Sa pochette en cuir noir sous le bras, elle sauta dans le premier taxi venu et indiqua rapidement l'adresse du café où elle devait rejoindre son client. James Wilde. Elle regrettait davantage de n'avoir pas tenté d'amadouer le pharmacien pour obtenir ne serai-ce qu'une boite de cachet. Elle espérait que le musicien serait d'une meilleure humeur que la dernière fois. Le taxi la déposa à l'entrée et elle lui jeta un billet pour payer la course. Un regard à sa montre et elle comprit qu'elle était en retard, forcément. Son assistant n'avait pas fini d'entendre parler de cette bourde. Surtout que James ne se ferait pas prier pour lui faire une remarque, lui, l'expert en matière de remarque cinglante.

A son entrée, elle repéra rapidement l'individu, le seul à parler plus fort que tout le monde. Un regard de biais à la serveuse suffit à Victoria pour comprendre qu'il était entrain de la malmener. Il ne changerait probablement jamais. Les deux femmes se croisèrent et Victoria prit place en face du chanteur. « Vous vous êtes faites un peu trop désirer. Un peu plus et je faisais la révolution dans ce trou. Vous devriez prendre tout sauf un putain de café vu qu’ils ne savent pas les faire. Il doit y avoir des jus de fruits à la con, parce que ça fait bien, les jus de fruits. Ça fait sain. Mais j’approche pas mes lèvres de ces machins-là, imaginez ça pourrait déclencher des intolérances quand on a l’habitude d’une vie tout sauf recommandable. Whatever… Vous êtes venue ». Elle est presque surprise de son attitude. Il semble prêt à discuter, ce qui est tout sauf normal venant de lui. James Wilde ne discute pas, il beugle des ordres, il ricane, il provoque. Victoria dépose sa pochette sur la banquette et lui adresse un sourire professionnel, sur ses gardes. « Je m'excuse pour le retard, j'ai eu une urgence », mentit-elle avec aplomb. Elle n'avait rien contre critiquer les incapables, mais pas devant un client. Il pourrait penser qu'elle faisait pareil dans son dos et avec les stars, le moindre écart pouvait coûter cher. « Je vois que vous vous êtes fait une nouvelle amie », glissa-t-elle en désignant la serveuse un peu plus loin. Elle aussi pouvait faire de l'humour noir. De toute façon, il était de notoriété publique que James Wilde était un emmerdeur de première. « Vous savez, je croyais que vous alliez me planter là. Avec la dernière fois, puis le reste… Je tiens à dire qu’ils ont déformé mes propos, sur Absolute Radio ». Victoria afficha un sourire amer, entrecroisant ses doigts au dessus de la table. Au moins, James était franc, il n'avait pas peur de parler de ses conneries. « Je ne crois pas, non, mais peu importe. Vous êtes plutôt doué pour semer la pagaille là où vous passez ». Quant au reste, elle ne savait pas par où commencer. Le groupe Wild était un contrat juteux, mais son leader à lui seul, lui coûtait la moitié de son temps et de son énergie. « Qu’est-ce que vous voulez, je ne sais pas me tenir ». Et elle était sûr qu'il était plutôt fière de ça. La serveuse revint vers leur table et Victoria commanda un café latté. « C'est le moins qu'on puisse dire, en effet. Mais certains de vos fans adorent cet état d'esprit », admit-elle. Victoria épluchait tous les jours les articles de journaux et commentaires de réseaux sociaux afin de suivre les cotes de popularité de ses clients. « Bien, je suis ici pour quoi ? Vous avez une autre connerie que je dois arranger ? Parce que je passe mon temps à vous sauver les fesses ces temps-ci ».
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() message posté Ven 27 Juil - 14:35 par James M. Wilde


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Victoria
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Leurs regards ne m’échappent pas et du coin de l’oeil je gratifie la serveuse que je viens de sermonner des minutes durant de mes airs mal-aimables qui la font repartir plus vite que d’accoutumée vers son sacro-saint comptoir. Clinquant parce qu’il est chromé, absurde parce que personne ne peut s’y asseoir à cause de l’immense vitrine où ces cons ont cru bon de foutre un aquarium, ridicule parce qu’elle paraît naine derrière avec son mètre cinquante cinq. Toujours est-il que j’ai terminé mon immonde café, que j’en aimerais un autre, digne de ce nom celui-ci et qu’il ne viendra pas parce que la gueuse est vexée comme une adolescente rabrouée par la mère supérieure. Je résiste car j’ai l’envie de me jeter à sa suite pour l’incendier encore, aller manier moi-même le percolateur, jusqu’à obtenir un breuvage buvable. La survenue de Victoria cependant m’en empêche et si je grommelle sur son retard, mon visage se fait jovial, presque avenant, comme si nous nous étions quittés la veille autour de palabres échangés sur le ton de la confidence, accompagnés l’un et l’autre d’un bon verre. Je me demande une seconde si au moins, par ici, le pinard qu’ils servent est potable, mais rien que d’imaginer une bouteille visée par une capsule, j’ai une sorte de vertige, si bien que je me contente de jouer avec ma soucoupe, tout aussi chromée que le comptoir idiot, tout en observant les yeux de chat de mon vis-à-vis. Elle n’est vraiment pas dégueulasse à regarder, elle est vraiment belle, il faut le lui concéder. Un peu froide, hautaine dans ses humeurs, sa façon de s’asseoir, sa pochette impeccable qui doit presque coûter la moitié du gourbi new age où nous sommes aujourd’hui. N’y-t-il rien qui détonne chez elle, qui menace ? Il y a tant d’apparat chez cette femme que mes esprits sondent ses prunelles, cherchent des failles, ne trouvent qu’un air placide, aiguisé, intelligent, peut-être un poil tendu par la fatigue. Mais rien de ces plaies béantes où je sais m’insinuer d’habitude, rien de cela. Peut-être que mon mojo est pété, que mon pouvoir s’est carapaté à cause de tous les ennuis que je me trimballe. J’accepte ses excuses cependant, enfin, disons que je les ponctue d’un bourru :
_ Ca va, on va pas passer cent ans sur l’étiquette, je suis pas le Prince consort. Juste je croyais que vous faisiez votre sucrée soudain, parce que vous réalisez combien je suis un impossible connard. Mais non, toujours là, vous tenez la cadence, je suis presque admiratif, voire surpris. Vous savez que j’ai parié avec les gars que vous vous tiriez avant la tournée ? J’ai perdu, il semblerait.
Je hausse les épaules, mon sempiternel sourire en coin s’éprend de mes lèvres, je glisse les sous-entendus, toujours amical, toujours incisif, puis je roule cette fois-ci des yeux, comme un enfant que l’on prend sur le fait :
_ Bah quoi ? J’ai un talent fou pour me faire des copains, je suis extrêmement populaire, c’est bien connu. Puis... c’est juste une pleurnicheuse. Qui ne sait pas faire un putain de café.
J’ai haussé le ton sur la dernière assertion, histoire que ça lui arrive aux oreilles, à la médiocre, qui doit se tasser plus encore derrière le comptoir qui, soit dit entre nous, est toujours et encore inregardable. On pourrait perdre un oeil à fixer ce machin. Victoria se voit rémunérée d’un très large sourire lorsqu’elle ne se laisse pas démonter par mon esbroufe. Je raille, doucement :
_ Un vrai talent. En ce moment, j’ai du mal à m’en empêcher, tout est très… tout est très…
Je cherche les termes qui m’échappent, caresse l’air en furetant avec les doigts comme pour rattraper une terminologie devenue absconse pour mes idées. Je soupire enfin, laissant là ma phrase avortée, les épaules légèrement plus basses. Je sonde ma tasse vide, j’ai presque l’impression de tomber dedans, la spirale du désaveu que j’ai moi-même orchestrée m’abrutit une seconde. Je soupire de nouveau. Puis reprends, en lui lançant un regard qui cherche à l’atteindre, non pas à lui faire mal, mais bien à la trouver, à ce qu’elle m’entende, à ce qu’elle comprenne.
_ Oui et non. Ce n’est pas une connerie à proprement parler. C’est un projet. Et… J’en ai pas causé à la prod. Et j’aimerais retarder la tournée pour ça. Ou la couper en deux. Ou bien la distribuer autrement sur ce putain de calendrier. Vous voyez ?
Non elle ne voit pas, parce que je ne dis pas tout, et que je m’emmêle dans des envies que je n’explicite pas. Je ne sais pas si elle se doute que si je n’en parle pas à Moira directement, ce que j’ai toujours fait, c’est bien parce que je ne peux même plus la regarder en face, pas après tout ce qui s’est décompensé ce soir là. Pas après avoir manqué buter son associé, puis l’avoir presque mutilée sur ce mur, chez elle. Je frissonne, je cherche une clope dans la poche de ma veste, pour tenir compagnie aux précédentes.
_ Si je reprends dans l’ordre, vous allez voir, c’est presque sensé. Je veux jouer sur la scène du Royal Ballet. J’ai l’accord de la directrice, et la danseuse parfaite pour ma musique. Mais… Je ne veux pas de Wild sur scène, je me veux juste moi, tout seul. Les gars font la gueule, et je ne sais même pas si je suis libre de le faire selon les modalités de mon contrat, sachant que les morceaux concernés appartiennent à l’album. Mais je ne veux pas que la production y foute son nez. Je ne veux pas.
Je le rajoute presque tout bas, ce “je ne veux pas” qui semble être le point le plus capital de mon discours, comme si mélanger mes univers les menaçaient. Ce spectacle nous appartient, à Eleah et à moi. Pas aux autres, pas à Moira, pas à Oaks Production. J’ajoute, dans cette détermination terrible qui m’anime toujours :
_ De toute façon je grimperai sur cette scène. Et vu que vous savez y faire, je me disais que vous pourriez arrondir les angles. Auprès de... Moira.
Je me reprends aussitôt :
_ Auprès de Moira Oaks.
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() message posté Ven 17 Aoû - 16:58 par Victoria J. R-Stewart
Ca devait être fatiguant d'être aussi chiant. D'en vouloir à la terre entière en permanence. De s'en prendre à tout le monde à tout bout de champs, sans véritable raison, jusque parce que vous en avez envie. Juste comme ça. Oui, ça devait en bouffer de l'énergie. Mais le plus drôle dans tout ça, c'est que Victoria n'était pas vraiment en reste côté chieuse. Elle avait un sale caractère. Et maintenant qu'elle était divorcé, qu'elle avait vu l'amour de sa vie plier bagage avec leur fille sous le bras, on pouvait dire qu'il était passé un stade au-dessus. Pour le moment, elle était dans la phase colère, le déni était dépassé depuis longtemps. De toute façon, Victoria n'était pas du genre à se leurrer. Elle avait comprit, à la seconde où Aidan lui avait avoué avoir eu une aventure, qu'il n'y avait plus rien à sauver. Parce qu'elle ne pardonnerait pas. Mais elle le ferait payer, ce qu'elle avait fait pendant les longs mois de leur cohabitation. Et de l'énergie, elle avait bouffé dans le naufrage de son mariage. Parce qu'elle voulait bien perdre, mais elle ne le ferait pas sans panache. Alors elle avait joué l'emmerdeuse, histoire de lui faire payer son erreur. Mais elle s'était écorché au passage, même si là, le déni faisait son travail. Son job pouvait bien lui prendre tout son temps, elle ne pouvait ignorer bien longtemps le vide laissé chez elle depuis leur départ. Alors elle était devenue un peu comme James, devenue ivre de colère, détestant un peu tout le monde parce qu'elle n'était plus heureuse. Et elle s'en foutait d'être égoïste et égocentrique, elle l'avait toujours plus ou moins été avant tout ça de toute façon.

Mais devant son client, elle joue une toute autre carte. Ses clients sont son gagne pain, sa seule fierté aujourd’hui, alors pas moyen de tout foutre en l'air avec ses humeurs. Et elle est là la différence avec James, sans doute. Lui, il se montre toujours sous son mauvais jour, du moins avec elle. Il ne semble pas chercher à faire des efforts, semble s'être habitué à cette mauvaise humeur ambiante qui le suis partout. Mais pour le moment, elle doit reconnaître qu'il est encore aimable. Elle redouterai presque la suite. «Ca va, on va pas passer cent ans sur l’étiquette, je suis pas le Prince consort. Juste je croyais que vous faisiez votre sucrée soudain, parce que vous réalisez combien je suis un impossible connard. Mais non, toujours là, vous tenez la cadence, je suis presque admiratif, voire surpris. Vous savez que j’ai parié avec les gars que vous vous tiriez avant la tournée ? J’ai perdu, il semblerait ». Elle glisse son regard sur lui, un demi-sourire aux lèvres. Il pensait vraiment l'épuiser ? Elle en avait vu d'autres. Et puis comparé à sa vie privée, les caprices de James Wilde n'étaient que du petit lait. Mais pas moyen qu'il en sache quoi que ce soit. Victoria ne mélangeait jamais plaisir et affaire, bien trop contraignant, bien trop instable. Elle avait couché avec son mentor de l'époque, l'avait dépossédé de ses secrets sur l'oreiller pour finir par repartir avec la moitié de sa clientèle. Elle avait rusé en utilisant son charme et n'en n’éprouvait aucun remord. Mais voilà pourquoi, elle, ne ferait jamais cette erreur là. « Vous avez donc fini de me sous-estimer ? Je suis flattée ». Parce que James n'était pas un client facile, c'était même tout l'inverse. Il l'avait tellement fait rager qu’elle ne comptait plus les fois où elle s'était retenu de lui dire d'aller se faire foutre. Mais elle était tenace et il semblerait que cette qualité est enfin retenue l'attention du Wilde. Victoria se contente d'ignorer sa remarque sur la serveuse. Elle a apprit à ne pas tout retenir de la part du musicien, à trier les informations. Si elle prend le temps de peser ses mots, de réfléchir, lui se contente de tout cracher sans prendre conscience de la suite. « Un vrai talent. En ce moment, j’ai du mal à m’en empêcher, tout est très… tout est très… » Victoria, attend, patiente. James semble ailleurs. A ce moment-là, la serveuse revient vers eux avec la commande de Victoria. Elle disparaît aussitôt. Il est temps pour la brune de connaître la raison de sa présence ici. Pas qu'elle n'est pas le temps, mais elle avait pas mal de choses sur le feu et on ne pouvait pas dire qu'elle était bien aidé avec son incapable d'assistant. Mais elle prenait le temps de recevoir chaque client, de caler le moindre de leurs petites inquiétudes, craintes ou demandes dans un coin de son planning surchargé. Elle savait que c'était la clé pour réussir à les conserver. Et puis tout plutôt que de rester seule chez elle. « Oui et non. Ce n’est pas une connerie à proprement parler. C’est un projet. Et… J’en ai pas causé à la prod. Et j’aimerais retarder la tournée pour ça. Ou la couper en deux. Ou bien la distribuer autrement sur ce putain de calendrier. Vous voyez ? » Victoria prend une gorgée de son café, cherchant à cacher son trouble  à l'annonce d'un retard de tournée. C'était sans doute le pire cauchemar de tout agent. Le café lui brûle légèrement les lèvres et elle repose aussitôt la tasse. Tout une flopée de mots lui viennent à l'esprit mais James reprend : « Si je reprends dans l’ordre, vous allez voir, c’est presque sensé. Je veux jouer sur la scène du Royal Ballet. J’ai l’accord de la directrice, et la danseuse parfaite pour ma musique. Mais… Je ne veux pas de Wild sur scène, je me veux juste moi, tout seul. Les gars font la gueule, et je ne sais même pas si je suis libre de le faire selon les modalités de mon contrat, sachant que les morceaux concernés appartiennent à l’album. Mais je ne veux pas que la production y foute son nez. Je ne veux pas. » Les informations se bousculent dans la tête de Victoria. Elle regrette de n'avoir pas opté pour une boisson plus adapté, comme un bon scotch, même si elle se doute bien qu'elle ne trouvera rien de ce genre dans cet endroit. Est-ce pour ça qu'il lui a donné rendez-vous à une heure si...banale ? C'est sans doute mieux ainsi. Et comme si cela ne suffisait pas, il balance le coup de grâce : « De toute façon je grimperai sur cette scène. Et vu que vous savez y faire, je me disais que vous pourriez arrondir les angles. Auprès de... Moira.  Auprès de Moira Oaks ». Elle savait qu'elle avait parlé trop tôt en disant que le Wilde était bien disposé. C'était assez naturel vu ce qu'il venait de lui balancer. Victoria pousse un profond soupire et croise ses mains sous son menton. Il n'en fait qu'à sa tête, ne lui demande pas la permission, se contente de l'informer. Il sait sans doute que tout cela est un bordel sans nom, mais il s'en moque. James Wilde pense à lui seul. Mais elle doit bien reconnaître que son idée de ballet est franchement intéressante. Cela pourrait montrer une autre facette... Non, elle ne doit pas aller dans son sens, pas tout de suite, pas tant qu'elle n'a passé quelques coups de téléphone. « On va reprendre depuis le début », commence-t-elle, sentant déjà que la suite va devenir ardue. « Pourquoi retarder la tournée ? Vous avez aussi bien que moi que ce genre de « détail » ne se change pas comme ça. Tout est bouclé et j'ai eu votre accord. Changer les dates reviendrait à un suicide financier ». Si James ne s'occupait pas vraiment de cet aspect là, elle, c'était son rayon. Et il l'avait embauché pour ça, pour que ce genre d’événement ne survienne pas. C'était sans compter sur ses lubies de dernières minutes. « Ensuite, vous pourrez bien avoir tous les accord du monde, vous êtes relié à un contrat au nom du groupe. Donc vous êtes une entité. Et si les autres membres de Wild veulent se retourner contre vous, juridiquement, ils en ont tous les droits ». Et elle connaissait bien cet accord pour avoir elle-même rédigé le contrat. « Quant à la production, vous ne pouvez pas l'exclure comme ça. Tout comme avec moi, vous êtes liés par un contrat. Je sais combien la paperasse vous emmerde, mais elle est protégée par la loi ». Au moins, il agissant en connaissance de cause. Mais dans le fond, elle était presque certaine qu'il savait déjà tout ça et qu'il comptait sur elle pour inverser la tendance. « Quant à Moira Oaks, pourquoi ne pas traiter directement avec elle ? Si vous pensez que tout passe mieux de femme à femme, alors vous ne connaissez pas bien les femmes d'affaires », termina-t-elle, tout en prenant une gorgée de sa boisson.
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() message posté Mar 25 Sep - 22:30 par James M. Wilde


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Victoria
& James




Humeurs glacées, humeurs changeantes, qui sur la vitre de l’établissement peignent nos profils aux couleurs délavées, reflets qui cherchent à s’échapper. Des sourires de circonstance, une décontraction très factice, je ne sais pas encore appréhender cet être que je connais à peine, à qui toutefois je me dois de faire confiance, car elle supporte tout. Les heurts, et mes faiblesses, les revers nombreux, ces éclats qui me caractérisent, puis ce calme de cette nouvelle rencontre, qui arrive sans même s’annoncer. C’est désopilant, même pour moi, c’est comme jouer un rôle, sauf que je ne joue pas. C’est le mien, qui se transfigure, à cause de la fatigue, de ces derniers jours éreintants. Et puis parce que cette confiance, elle l’a. Elle l’a pour le moment, immiscée par mégarde dans notre relation, depuis qu’elle trime pour mon groupe. Alors je la lui accorde oui, encore un temps, jusqu’à ce qu’elle ne me déçoive, comme tous les autres. Comme tous les autres… Mais pas encore, n’est-ce pas ? Pas encore. La plaisanterie se fait mutine, dévoile les dents sur mon très léger rire. Je suis presque sympathique avec elle, et je sais que quelque part, cela doit la troubler, car le changement plein de brutalité annonce toujours quelques faveurs. Quelques faveurs que je renferme, préférant des préambules plutôt que d’entamer la longue liste de mes exigences. J’avais cru qu’elle s’épuiserait, c’est vrai, j’avais cru qu’elle finirait par me maudire, par me quitter, subodorant ainsi une sorte de victoire sur le genre humain. J’aurais paradé dans mes grands habits de deuil, ombrageux dans les couloirs, à répéter que je l’avais prédit. Que personne n’est suffisamment digne, suffisamment apte, à nous entourer, à nous protéger. Je la regarde, sous mes paupières presque closes, les yeux plissés :
_ Hmm… Disons que je commence tout juste à vous estimer. C’est une progression. Tâchez de mériter l’effort, très chère.
Mon sourire plus appuyé, tandis que de guerre lasse je claque dans mes doigts pour attirer l’autre soubrette près d’ici, qu’elle nous rejoigne enfin, alors que j’ajoute excédé, “Vous ne savez pas non plus compter jusqu’à deux ?”. Je soupire, dans une théâtralité évidente avant que de ne reprendre la conversation avec la belle. Je dois lui reconnaître ce tact qu’elle manie à la perfection. Si je débite des conneries à la seconde, elle semble savoir les balayer d’un revers de main. Que j’aimerais un jour, savoir briser ce masque qu’elle arbore, pousser un peu trop loin l’échange, pour voir surgir ce qui se dissimule en-dessous. Mes regards se font plus insistants, mais si j’évoque un futur dans ma tête, je ne puis guère savoir s’il sera vraiment proche. Peut-être. Peut-être plus tard. Je cherche à lui expliquer le trouble, les idées qui se bousculent, m’envahissent, me taraudent et elle ne m’interrompt pas, ni les pensées, ni ces silences qui se distillent avec lenteur. Mes iris changeantes, tout comme mes humeurs, se posent sur l’épaule que laisse presque dénudée sa robe, suivent la ligne de son cou, viennent ébaucher la froideur de son expression. Rien. Rien. Rien de plus, rien de moins. Difficilement lisible, voilà ce qu’elle est. Je débite des phrases, nébuleuses d’abord, puis lâche enfin ce sur quoi je cogite en boucle depuis des semaines. Les dates, la tournée, la fuite en avant, repousser ce départ, repousser cet inéluctable qui me hante. Je cherche quelque réconfort dans la nicotine et croit distinguer une once de trouble sur son masque si parfait. Peut-être pas si inébranlable que cela alors… À moins que je ne projette mon propre désarroi sur elle, à me voir transiger ainsi envers une tournée qui devrait me réjouir, qui devrait m’enivrer. Tout se délivre, ce projet insensé venu porter la zizanie sur ce qui était depuis longtemps prévu. Mes injonctions se font farouches, le divorce presque consommé avec la production s’ébauche dans les tournures choisies, et Victoria demeure, assise, dédaignant sa boisson, entièrement subjuguée. Je sais que la nouvelle est rude, je sais que ce que j’exige est une sorte de suicide que je lui demande de ratifier. Je ne souris plus, et mon visage se dépare de cette jovialité de fanfaron, nous ne plaisantons plus. Ce que j’invoque n’est pas négociable, ce que j’invoque ici, sur cette table en néo-formica, tout chromé sur les bords, comme ce putain de comptoir, est d’une brutalité ignoble. J’aurais pu la prévenir avant. J’aurais dû la prévenir avant. Et pire encore, mes intentions ne s’arrêtent pas à mon projet farfelu qui concerne le Royal Ballet. Si elle savait. Mes lèvres se pincent, contrition mêlée de fierté que j’utilise pour ne pas lui montrer que je suis désolé pour elle. Désolé d’être ainsi. Son soupir me fait me rencogner sur cette chaise inconfortable, et je soutiens ses yeux, ainsi que ses questions. Légitimes. Pourtant cela m’agace. Que l’on discute, que l’on négocie. Je passe une main nerveuse dans mes cheveux :
_ Qu’est-ce qu’il y a à reprendre, je vous ai tout dit. Presque. Qu’importe de toute manière…
Ce sont des grommellements, ceux d’un petit garçon capricieux, qui fronce ses sourcils. Et l’argument tombe. Elle abuse du même terme, celui qui gît dans ma tête, trop encombrant. Presque indécent. Suicide. Financier. Peut-être même pire que cela si l’on doit rembourser les gens, ces putains de fans, et s’arranger pour qu’ils rachètent un billet.
_ Et alors ?! Vous n’avez qu’à invoquer une excuse à la con. La scénographie trop complexe, le décor trop difficile à déplacer sur de longues distances. L’invasion des sauterelles dans les stades. On écrira une belle déclaration, pour dire qu'on est désolés.
Je botte en touche, je ne réponds pas à la véritable question, ce pourquoi, qui rend ma tête lourde, mes joues creuses, réveille l’angoisse dans mon ventre. J’ai une exclamation amère avant de répliquer, les mots tranchants :
_ Greg et Ellis ne se retourneront jamais contre moi. Jamais.
Impudente image qu’elle ose ainsi balancer. Elle fait mal et me gêne. Impossible. Improbable. Irréel. Ils ne le feraient jamais, leur mauvaise humeur passera. Je tais ces mots que je ne puis prononcer sans frémir, qui pourtant parfois traversent mes pensées. Mots ignominieux, dégénérés. Ils ne sont rien sans moi de toute façon. Strictement rien. La dureté de ce présupposé rend mes iris plus sombres. Mes mains nerveuses ramènent ma cigarette à mes lèvres et la serveuse qui passe et pose sèchement mon espresso très noir sur la table, n’ose pas m’interdire de fumer, mais m’assassine de ses yeux de fouine. Je grogne puis siffle :
_ Mais oui, merci bien pour le rappel sacro-chiant, poupée. Je sais que j’ai signé des papiers et vous savez quoi, j’en ai jamais rien eu à carrer. C’est justement pour ça que vous êtes là, pour parer au naufrage. Vous demandez pourquoi, mais parce que c’est nécessaire. Ça l’est. Je ne veux pas partir dans quelques semaines, c’est bien trop tôt. Bien trop…
Bien trop tôt pour quitter Eleah, le rivage de nos rêves trop fragiles. Trop tôt pour aller me perdre là-bas, d’où je ne reviendrai pas. Car je ne reviendrai pas de cette tournée. Cela aussi je l’ai pensé, à bien trop de reprises. Je ne reviendrai pas de cet album qui est plein de remords, plein d’amertume, et de tout ce que j’ai brisé. La vague de mes arguments se rompt avec violence quand elle évoque Moira et ma mâchoire se durcit. Je ne dis rien, prend une gorgée de café, toujours immonde, qui n’a plus aucun goût sur mes papilles éteintes, et je ne sais plus soutenir l’inquisition, pare sa question en regardant par la baie vitrée, la circulation que je ne sais plus lire. Trop de couleurs et trop de bruit. L’une de mes mains serre ma cuisse à me faire mal. Ma voix est si basse, si peu assurée, lasse également. Je suis fatigué. Si fatigué.
_ Écoutez… Si je vous le demande, c’est parce que je ne peux pas m’adresser à elle. Je ne peux plus m’adresser à elle. Alors par pitié. Faites ce pour quoi nous nous sommes liés, d’accord ? Portez ces mots que je serai bien incapable de lui dire. Dites-lui… Dites-lui… Que je ne peux pas m’en empêcher. Qu’il y a encore un rêve qui ne s’est pas fracassé.
Si je peux sauver quelque chose, quoique ce soit, rendre les échos moins laids, les souvenirs moins affreux. Si je peux le temps d’une seule soirée croire à cette Rédemption que je ne mérite pas. Je reviens à mon agent, lui offre un regard presque doux :
_ Je connais très bien les femmes d’affaires. Et je connais très bien Moira. Elle comprendra. Je veux juste éviter qu’elle l’apprenne… Au détour d’une affiche. Ou d’un article. Je ne veux pas qu’elle subisse ça. Vous comprenez ?
Ces mots comme si j’avais besoin qu’elle me soutienne dans l’entreprise folle qui m’éprend, me sauvegarde du pire désormais.
_ Pourquoi hein ? C’était ça votre question… La vraie question. Parce que le reste ça n’est que discussions, tractations, c’est votre rayon. Mais il faut une raison, il faut comprendre… Comprendre… Le fric qu’il y a à perdre, ça n’est pas un problème, ça ne l’a jamais été. Mais je veux laisser quelque chose ici, une raison de revenir, une raison de rentrer. Ce projet au Royal Ballet, c’est une raison, c’est même plus que ça. C’est un territoire que je n’ai jamais bravé, jamais conquis. Le reste… C’est déjà joué, Victoria, presque déjà fait. Déjà terminé.
Déjà enterré.
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