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[Train en provenance d'Hastings] It's the fear ♪ EleNael

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() message posté Ven 27 Juil - 23:05 par Nathanael E. Keynes
Lundi 9 juillet 2018

Hastings. C'est pas forcément la destination rêvée de tout le monde, ça reste en Angleterre avec le risque de grisaille que ça représente, c'est pas forcément assez exotique... Mais pour ce qui me concerne, ça aura toujours une saveur particulière, quel que soit le motif de ma venue sur place, quelle que soit la durée de mon séjour. Cette fois-ci, c'est la clôture du festival. S'il ne s'était pas passé... ce qu'il s'est passé ces derniers jours, sans doute que j'aurais couvert tout le festival, et que mon blog aurait permis la publication de plusieurs articles... Mais j'ai été légèrement occupé ailleurs ce week-end. Et si d'ordinaire, je fais plutôt la route en voiture, après les kilomètres avalés entre Londres et Aberdeen, j'ai opté pour le train cette fois. Et tout s'est bien passé à l'aller, j'ai discuté nonchalamment avec un couple de personnes âgées qui ne voulaient pas croire que je puisse ne plus être un de ces étudiants qui viennent décompresser après les examens, et j'ai retrouvé la maison de mes grands-parents, avec toujours la même nostalgie. Peut-être même un peu plus, maintenant, comme la dernière fois que je suis venu, c'était avec Tyler.

Je ne suis pas resté bien longtemps, juste le temps de poser mes affaires, d'investir rapidement les lieux avant d'aller user de mon entrée pour la dernière journée de festival et de prendre ce que je pouvais de photos et notes en vue du prochain article. Et puis je suis rentré profiter de quelques heures de sommeil, d'un café au réveil, assis dans cette rotonde surplombant la mer, à écouter le bruit des vagues et le cri des mouettes. Je me suis rappelé beaucoup de choses, j'en ai imaginé un tas d'autres. Je me suis fait douze mille promesses à moi-même, que j'ai reniées dans la seconde... Et puis j'ai pris le chemin du retour.

Mardi 10 juillet 2018

Je me suis installé dans ce train, similaire à celui de l'aller, compulsant mes notes, checkant mes photos, en pré-sélectionnant certaines pour illustrer les posts à venir sur mon blog. Et j'ai pas repéré tout de suite cette jolie brune venue prendre sa place près de moi. Concentré sur mon travail, je n'ai levé la tête de mon écran que lorsque le train a commencé à ralentir, me faisant froncer les sourcils. Il se passait quoi là ? Machinalement, j'ai fermé mon écran, cherchant une réponse à l'extérieur du wagon, puis sur les visages autour de moi... Jusqu'à ce que l'information ne finisse par être transmise : on était arrêtés en pleine voie. Et pour notre sécurité, il valait mieux ne pas ouvrir les portes. Instantanément, mon sang s'est glacé. Et si je fais généralement de gros efforts pour prendre sur moi, la chaleur estivale n'aide pas à l'impression de suffoquer qui m'étreint presque aussitôt.

*Putain faites que ça dure pas...*

Parce que me faire violence quelques minutes, je peux me débrouiller. Je suis pas fier, j'ai hâte de voir les portes se rouvrir. Le train reprendre sa route et me ramener vite, très vite, à Londres. Mais si ça dure davantage... ? Sérieusement, je n'ai vraiment pas envie d'en arriver là, et je préfère éviter d'y penser... Ce qui m'empêche pas de devenir livide et fébrile à la fois en quelques secondes...

@Eleah O'Dalaigh
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() message posté Jeu 16 Aoû - 8:38 par Eleah O'Dalaigh
IT'S THE FEAR
nate & eleah

« I'm growing tired of fighting, i've been drained and I can't hide it. But I have strength for you, you're all that's real anymore. »
Une silhouette se décompose dans le contre-jour de l'aube s'infiltrant par la fenêtre entrouverte. Si paisible. Si douce. Si frêle. Les paupières alourdies par l'ignorance et la candeur d'un bien-être si passager qu'il n'en est que plus effrayant. Les épaules sont voûtées, s'astreignent à une position naturelle de repli comme le fait l'être humain chaque fois qu'il cherche à retrouver la tiédeur singulière de ses origines. Ses mains de pianiste tremblent sur l'accoudoir du fauteuil en osier tandis qu'elle effectue un léger balancier avec son pied droit. Eleah pourrait les observer des heures, chaque phalange, longiligne et délicate malgré les stigmates de la vieillesse venus lui arracher les harmonies qui se greffaient jadis au bout de ses doigts. Elle a toujours cette même manière d'arranger ses cheveux d'une couleur de lune. Avec deux broches en métal ciselé, serties de nacres, qu'elle incurve autour de mèches au dessus de ses oreilles pour les relever sur le dessus de son crâne. Sans doutes aurait-elle dû venir la voir plus souvent, s'arranger avec ses habitudes désencrées pour prendre ses billets à l'avance en se promettant de ne jamais omettre ces visites qui en réalité, avec le temps, se sont faites de plus en plus rares. Hastings. Ce n'est pas si loin. C'est un effort minime. C'est ce qu'elle se dit à chaque fois qu'elle monte dans le train pour rejoindre la ville côtière. Un effort minime … Qu'au-delà de toute apparence, elle considère comme une entrave de plus.

« Je vous préviens, elle n'est pas forcément dans l'un de ses bons jours aujourd'hui … Il y en a moins ces temps-ci. Mais je suis persuadée que vous voir lui fera un bien fou. »

C'est ce qu'elles disent à chaque fois, avec cette bienveillance dans le timbre et cette complaisance dans le regard qui la laissent souvent aphone. L'un de ses bons jours … peut-il réellement y en avoir, à la fin, quand on ne distingue plus le vrai du faux ? Que le passé s’enchâsse suffisamment dans le présent pour que l'on ne puisse plus percevoir les limites contrastées de l'un ou de l'autre ? Oublier jusqu'à l'essence de ce que l'on est, ou de ce que l'on a été. S'en rappeler dans la fulgurance d'un éclair qui vous aveugle. Puis perdre le fil encore … Errer dans le temps sans savoir s'y raccrocher, sans pouvoir avoir de prise sur lui. C'est la pire fin que l'on puisse imaginer. Cela la tuerait, d'oublier ce qui la constitua. Le pire, le meilleur. Le goût du sang sur la langue, la texture de la peur dans le ventre, la félicité de ces rencontres que l'on ne prévoit pas et qui pourtant nous bouleversent. Elle ne voudrait rien oublier de tout cela. Ces morceaux de vie qui la composent, forment la partition d'un seul être, imparfait et fragile. Vivant … Si vivant depuis …

« Bonjour Ava, c'est moi. C'est Eleah … Ta petite fille. Tu me reconnais ? »

A rebours, elle a tourné ses deux grands yeux clairs dans sa direction, ses lèvres s'incurvant dans un sourire délicat mais si lointain que sur le coup, Eleah la reconnut à peine. Et puis lorsqu'elle la vit, ses traits se transfigurèrent, passant de l'apathie à une euphorie et une joie profonde, trop débordante pour qu'elle ne soit pas effrayante.

« Ma chérie, c'est toi ?! Abi ? Abi, tu es revenue ? Tu es venue voir maman ?! »

Eleah se statufia tandis que de grosses larmes mouillaient déjà les joues de la vieille femme, dont les sanglots s'étouffaient dans des exclamations de joie. Un bonheur si pur. Si illusoire aussi. Ses entrailles se glacèrent à l'intérieur de son ventre. Elle dût se retenir pour ne pas se lever d'un bond, prendre la fuite sans se retourner. Une aigreur lui montait déjà au bord des lèvres.

« Abi ! Mon Abigail, c'est toi n'est-ce pas ?! Tu es revenue ?!
- Non … Non Mamy. Je suis Eleah … Je ne suis pas … Je suis Eleah. »

Mais elle ne l'écoutait pas. Ses doigts fragiles s'étaient refermés autour de ses mains. Elle les portait à son visage, cherchait à y apposer ses lèvres tremblantes. Et puis un hoquet la traversa. Son regard rencontra de nouveau le sien, et son expression changea en une fulgurante seconde. De l'euphorie à l'effroi, de la joie à l'aigreur. Elle se recula jusqu'à s'enfoncer dans le dossier de sa chaise, l'observant avec un scepticisme accusateur.

« Vous n'êtes pas mon Abigail … Vous avez ses yeux … Ses grands yeux sombres. Vous n'êtes pas ma fille … Vous êtes comme lui … Comme lui … Rendez-moi ma fille ! Rendez-là moi ! »

Eleah eut un mouvement de recul lorsqu'Ava la saisit par son col de chemise, la panique faisant battre son cœur à tout rompre. Les éclats de voix avaient réussi à alerter les aides soignantes qui se pressaient pour calmer la vieille femme. L'un d'elle parvint à lui faire lâcher prise, alors qu'elle reculait de plusieurs pas en arrière, les joues couvertes de larmes dont elle n'avait même pas conscience. Elle percevait encore ses cris. Rendez-là moi ! Rendez-là moi ! Les protestations s'évanouirent. L’œuvre d'un calmant injecté directement dans son sang fatigué. Prise à part par une infirmière, celle-ci posa une main sur son avant-bras dans un geste conciliateur.

« Ce n'est pas votre faute vous savez … Ses moments de lucidité sont de plus en plus rares. Elle parle souvent de vous … De votre mère aussi. C'est juste qu'elle ne distingue plus bien les frontières … Si vous avez le temps, essayez de repasser dans l'après-midi. Elle est plus calme en fin de journée …
- Je … Je ne peux pas. Je dois … Je dois partir, je suis désolée. Vous lui direz … Que je suis passée. »

Elle n'avait pas formulé les politesses d'usage, s'était simplement précipitée à l'extérieur de la résidence où elle avait vomi dans un parterre de fleurs, tremblante, et livide, à l’abri de tous les regards. Vous êtes comme lui … Comme lui. Monstrueuse. Monstrueuse animale. Les paumes sur ses genoux, elle se redressa avec lenteur, les tempes moites, la voix d'Ava résonnant encore au fond de sa tête alors que le souffle lui manquait.

Quelques heures plus tard, le teint encore blême, elle quittait le quai pour monter dans le train qui la ramènerait à Londres. L'esprit alourdit par le souvenir, une part d'elle-même se promit que jamais plus elle ne s'infligerait ça, et que c'était la dernière fois qu'elle avait rendu visite à sa grand-mère maternelle. Elle n'y retournerait plus. C'est ce qu'elle se disait à chaque fois avant que sa bonne conscience ne la rappelle à l'ordre. C'était pour toutes ces secondes où elle la reconnaissait, où elle ne voyait pas en elle quelqu'un d'autre. Ces instants si purs, si fragiles. Composites d'une enfance fragmentaire. Songeuse, Eleah installa son sac dans le compartiment des bagages, puis s'installa à sa place, aux côtés d'un jeune homme visiblement déjà bien absorbé par son travail. Elle le vit à peine, toutes ses pensées cherchant à s'orienter vers ce qui pourrait lui redonner des couleurs. Mais elle ne faisait que brasser du noir. Encore, et encore, et encore. Même la perspective de se rendre à Paris pour un festival de danse contemporaine quelques jours plus tard ne représentait pour l'heure qu'une pâle lueur. Une pâle lueur, parce qu'il ne la rejoindrait sans doutes pas. Elle n'avait pas su lui proposer simplement, ravaler cet impérial orgueil pour admettre qu'elle aurait aimé qu'il soit là, ne serait-ce qu'une heure. Qu'il vienne la voir danser, avant qu'ils n'entament leurs projets communs. Qu'il soit là-bas, avec elle. La solitude enfouie. Cette solitude dont les fers la marquent davantage que ces entraves à une liberté illusoire. Mais elle n'a pas pu. Elle n'a pas su. Et elle le sait maintenant … Qu'il ne viendra pas. Il ne viendra pas parce que cela serait tellement plus simple ainsi. Tellement plus simple … Une secousse la tira de ses pensées. Le train venait de s'immobiliser en pleine voie. Naturellement le regard d'Eleah s'éveilla, observant alentour, cherchant des réponses.  Ses prunelles se posèrent alors sur son voisin, dont le corps semblait se crisper chaque seconde un peu plus.

« Il ne va pas tarder à repartir, ne vous en faites pas. » chercha-t-elle à le rassurer, esquissant un sourire penaud bienveillant. Il allait repartir, oui. Parce que c'est ainsi que cela fonctionne toujours n'est-ce pas ? Cela finit toujours par repartir. « Vous rentrez sur Londres ? Croyez-le ou non, mais j'ai le sentiment de vous avoir déjà vu. » Ou l'art de prendre son mal en patience, et de renouer avec les artifices joviaux de sa nature.

@Nathanael E. Keynes

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() message posté Mar 21 Aoû - 20:42 par Nathanael E. Keynes
Pourquoi a-t-il fallu que ce putain de train s'arrête ? Sérieusement ? Pourquoi a-t-il fallu que je choisisse justement le seul train, à tous les coups, qui va connaître une panne et rester bloqué... Combien de temps, hein ? Combien de temps, je vais pas pouvoir sortir sans qu'on soit en mouvement ? Bordel et pourquoi j'ai pas pris ma caisse ? C'est pas si long en voiture non plus, pourquoi j'ai choisi de faire le trajet en train, hein ? Ca allait tant qu'on roulait, ça va toujours, tant que tout se passe comme ça doit le faire, dans les trains en surface. J'ai pris l'habitude. Mais descendre dans le métro ? Même pas en rêve. Et quand ça ne fonctionne pas comme ça doit le faire ? Je sens mes doigts se mettre à trembler. Putain j'ai besoin d'une clope. D'un whisky. Pas des souvenirs mélangés de toutes les fois où ma claustrophobie s'est manifestée. La première fois qu'il a fallu que je monte dans un ascenseur quand j'étais môme j'ai tourné de l'oeil. J'ai fait des scènes terribles, ensuite, dès qu'il a été question de grimper dans un train ou s'enfermer dans une de ces cages. Je me suis fait engueuler comme pas permis, malgré les tentatives désespérées de ma mère pour faire comprendre que "Mais voyons Henry, vous voyez bien qu'il est terrorisé". Je ne sais même pas d'où vient cette foutue terreur incontrôlable. Je sais juste que je ne suis pas capable de rester enfermé cinq minutes. Alors si on reste bloqués une heure ? Non... Non non non, c'est juste impossible.

Et mon regard paniqué accroche celui de la jolie brune à côté, donc, que je n'avais pas remarquée jusque-là.

« Il ne va pas tarder à repartir, ne vous en faites pas. »

J'esquisse un sourire contrit. Ok, ça se voit à ce point, donc ? Ca va pas aller en s'arrangeant, donc ça n'augure rien de bon. Désolée sweetheart, ça va pas être le meilleur spectacle du monde. Je vais peut-être m'éclipser d'ailleurs, tant que mes jambes me portent, aller jusqu'au sas entre les wagons et...

« Vous rentrez sur Londres ? Croyez-le ou non, mais j'ai le sentiment de vous avoir déjà vu. »

Ok, non, je vais pas bouger alors. Une main nerveuse derrière ma nuque, je lâche un soupir qui n'aide malheureusement en rien pour me calmer.

« Oui je rentre à Londres... Si je fais pas une attaque avant. »

Tentative de dérision absolument foirée. Nouveau sourire embarrassé. Je réfléchis à la fin de son propos, détaille son visage. Je me souviendrais. Même avec la panique qui me gagne, je me souviendrais. Je l'aurais draguée, même, fut un temps, assurément. Donc, définitivement, c'est la première fois que je la vois.

« Vous rentrez également ? Je ne crois pas vous avoir déjà rencontrée, je me souviendrais de votre visage, j'en suis certain. »

Alors la première hypothèse qui me vienne en tête...

« Vous êtes déjà venue au Lucky Star, dans Soho ? »

Si oui, elle est peut-être passée un soir où on était sur scène, et je n'ai pas eu l'occasion de la servir, donc de réellement imprimer son visage. Je mentionne pas le Barfly, ça remonte à trop longtemps maintenant, je pense. Et sinon... Sinon je ne vois pas vraiment, non... Et je n'imagine évidemment pas un instant que le lien réside dans Wilde et Ali...

@Eleah O'Dalaigh
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() message posté Jeu 13 Sep - 8:15 par Eleah O'Dalaigh
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La tension marque une octave supplémentaire dans le timbre de son interlocuteur. Panique. Panique partout, dans les regards qui fouillent des alentours pour trouver une échappatoire, dans les doigts qui tremblent légèrement sur les accoudoirs. Elle aimerait juste lui dire que tout ira bien, et qu'ils ne risquent pas grand chose. Que les cloisons de la voiture dans laquelle ils sont installés ne vont pas subitement se rapprocher d'eux pour les écraser. Mais quoiqu'elle dise, ou fasse, il ne la croirait sans doute pas totalement, mué qu'il est par une peur irrationnelle qu'il est le seul à pouvoir contrôler. Alors Eleah ne bouge pas, demeurant d'humeur égale, la jovialité pour parure venue dissimuler les images qui la taraudent encore. Elle, ses cheveux de lunes, ses cris de désespoir en étalage. Cela va rester gravé contre sa paupière encore quelque temps. Le temps qu'elle se fasse à l'idée, qu'elle accepte seulement qu'elle appartient au passé, et que ce dernier ne la reconnaît plus telle qu'elle est. Cette panne de train arrive sans doutes à point nommé pour lui faire penser à autre chose, et sans difficulté, Eleah accorde toutes ses attentions à son inconnu paniqué, lui glissant des sourires qui se veulent rassurants, même s'il n'est pas vraiment là pour les voir.

« Tout ira bien. Vous savez, on est jamais plus en sécurité qu'à l'arrêt. » lui répond-elle, en se disant à rebours que ce n'est peut-être pas la meilleure façon de le rassurer quant aux chances d'avoir un accident dans un train en marche. Enfin qu'importe, il est trop tard à présent.

Elle le détaille avec plus de précision, détourant d’œillades attentives les contours de son visage qui ne lui apparaissent alors pas si étrangers que cela. Un sentiment de déjà-vu l'étreint. La sensation qui l'accompagne n'est pas désagréable, signe qu'ils n'ont pas dû se croiser dans de mauvaises circonstances la dernière fois qu'ils se sont vus. Son esprit fouaille, cherche en vain à se rappeler. Un véritable exercice qui lui fait apparaître bien plus concentrée.

« Je rentre oui … Oh vous savez, les visages, on les collectionne. Il n'y en a si peu finalement qui parviennent à se graver en nous sans qu'on ne puisse les oublier. »

Il y a ces visages qui nous marquent, sans qu'on ne sache véritablement pourquoi. Parce qu'ils y avait en eux quelques chose de singulier lorsqu'on les a vus pour la première fois, qui nous a laissé une impression qui demeure ancrée, là, quelque part. Et puis il y a ceux que l'on décide sciemment d'apprendre par cœur pour s'en souvenir, de marquer à l'intérieur de soi, comme une blessure sur laquelle on vient caresser les atours de la cicatrice. Certains défilent dans sa tête alors qu'ils en parlent. Ce vieux monsieur qui à la fin d'une représentation, lui fit un baise main un jour, tout de délicatesse quand son visage était buriné par le temps et les aléas de la vie. Le regard noir de son frère, si semblable au sien lorsqu'elle le croise dans le miroir. Les contours acérés du visage de James, et cette façon dont ses joues se creusent un peu plus lorsque les ombres viennent le narguer. Le sourire évanescent de sa mère, autrefois … Autrefois. C'est si loin tout cela. Pensive, elle regagne la réalité quand il évoque le nom d'un club qu'elle connaît. Il n'est pas beaucoup d'établissements qu'elle n'a pas fréquenté dans Soho de toute façon, depuis le temps qu'elle y habite.

« Oh mais oui ! C'est ça ! Alors c'est vous le gérant du Lucky Star ? J'y allais pas mal il y a quelques semaines de cela. J'aime beaucoup l'ambiance que vous avez su créer. C'est assez intime, et pas impersonnel. On s'y sent un peu … Comme dans un écrin. Mais j'y vais moins depuis quelques temps … Par manque de temps surtout. Aussi parce que je lui fais quelques infidélités avec le Viper Room, je ne sais pas si vous connaissez ? »

Surtout depuis qu'elle fréquente James, en réalité. Et qu'elle a plaisir à venir hanter ses territoires à des heures indues. Elle aime assez ce nouveau groupe qu'il a décidé de prendre sous son aile pour leur donner une chance de réussir. Les Untitled. Et puis, même si l'ambiance du Viper Room n'a absolument rien à voir avec celle du Lucky Star, elle est forcée d'admettre que la sélection des groupes faite par James est excellente. Il n'y a pas véritablement d'impairs dans les choix qu'il opère. Parfois ce n'est pas ce qu'elle apprécie le plus dans le style, mais elle reconnaît qu'ils ne sont jamais mauvais, ou seulement médiocres. Tous ceux qui foulent la scène du Viper ont une énergie qu'elle ne retrouve pas nécessairement partout, et surtout pas dans les clubs qui passent de la pop remixée pour adulescents. Le Lucky Star se défend bien lui aussi. Sauf qu'elle n'y connaît personne qui la fasse revenir avec régularité. Pas encore du moins. Ce hasard impromptu pourrait bien faire changer les choses.

« Au fait, je m'appelle Eleah. »

Elle lui tend sa main, dans un geste jovial, pour qu'il la serre. En même temps elle espère réussir à lui changer les idées, ne serait-ce qu'en orientant ses esprits sur autre chose que le train toujours immobile, secoué de temps à autre par de légers soubresauts.

@Nathanael E. Keynes

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