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Et ce détour qui n’en finit pas _ Eleah&James

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» Date d'inscription : 30/09/2016
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» Absence : 15.08.2018
() message posté Ven 24 Aoû - 14:14 par James M. Wilde


« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Dans le sillage des inflexions malsaines et fantasques d’Aberdeen, les souvenirs d’une autre bouche sur la mienne, la fadeur d’une étreinte interrompue pour prendre l’avion, je pense à elle, je pense à elle. Pas à cette demoiselle enivrée dans une fête bourgeoise, dont j’ai déjà presque oublié le prénom, mais bien à Eleah qui non contente de m’avoir balancé ses invitations par voie postale, s’est faite mutique, presque muette, depuis des jours. Il y a eu Faulkner, ses airs sévères qui détaillaient notre projet, mes allures assombries de le savoir ainsi disséqué. Il a fallu tenir ma langue, il a fallu transiger avec les exigences de la vieille chouette, s’arrimer quelques fois à la main de ma comparse, ravaler quelques aboiements. Oh certains sont sortis malgré moi, la bride n’a pas longtemps tenu et l’ancienne professeur m’a alors gratifiée du même regard qu’elle a posé sur moi jadis, quand j’étais jeune, irascible, dévoré par ma fatuité. Car tout cela n’a pas vraiment changé, mon caractère est presque égal, la violence en sourde juste différemment, et le désarroi suinte, tout en dessous. C’est justement ce désarroi, l’idée même de perdre tout avenir au Royal Ballet qui m’a fait aussitôt fermer ma gueule. Et sans doute ce regard qu’Eleah a posé sur moi, mélange d’apaisement, d’agacement, comme lorsqu’elle fronce les sourcils si tant est qu’on assène une phrase qui lui déplaise. J’ai enrobé le tout en ronchonnant, croisé les bras dans mon fauteuil, puis nous avons négocié. Le timing, et la date surtout. Les répétitions qui ne peuvent pas non plus monopoliser la scène d’une telle institution. Eleah ne s’est guère trompée, nous n’auront pas une soirée dédiée à notre mise en scène, nous ferons l’ouverture d’un autre ballet, qui justement est légèrement contemporain, il parle d’espace, ça tombait plutôt bien. L’épopée de la danse dans les étoiles, nous pour lui donner de l’élan, pourquoi pas. J’ai affirmé que nous remplirions la salle, que mon nom attirerait les foules bien plus que celui de l’artiste qui me semblait mineur, avec son ballet et son histoire de garçonnet perdu sur une planète étrange. J’aurais dû mordre ma langue sur ce coup-là plutôt que de baragouiner des conneries, j’ai appris par la suite que l’artiste en question est tout sauf mineur dans le domaine de la danse et que bien au contraire, nous risquons justement d’avoir beaucoup de connaisseurs installés confortablement dans les strapontins du Royal, justement pour lui et pas véritablement pour nous. Un challenge supplémentaire, voilà tout.

Après cela, nous ne nous sommes pas revus. Ce n’était pas nécessaire et de ma part, l’envie était trop prégnante pour que j’y cède. Les mensonges trop tentateurs aussi pour ne pas avoir l’idée de les balancer au détour d’une conversation. Puis ce silence, ce silence de plomb. La ponctualité de nos messages s’est pété la tronche en plein milieu de la semaine dernière, et lorsqu’on ne me répond pas, je ne relance que peu. Sans doute un mélange d’orgueil mal placé, d’intransigeance et en ce qui nous concerne, surtout de contradictions qui emmêlent mes pensées. Lorsque j’ai reçu l’invitation, j’ai songé à ne simplement pas venir. C’était commode ainsi, un silence répondait à l’autre, c’était une sorte de point d’orgue aux tractations charnelles, l’irrésolu d’une situation laissée en suspens, tout contre un mur de béton. Mais… Mais je suis parti. Comme ça, ratant d’abord l’avion que j’avais réservé depuis l’Ecosse pour finalement rentrer à Londres et en prendre un au dernier moment depuis Stansted. Je déteste cet aéroport, encore plus que celui d’Aberdeen je crois bien. Greg et Ellis m’ont encore fait un foin sur mon absence que je n’avais guère mentionnée dans notre planning de plus en plus chargé. Ils ont clairement cru que cette fois-ci, en annonçant que je ne savais pas trop quand je rentrais, je me foutais royalement de leur gueule et ce sans sourciller. Tout se bouscule, je ne devrais pas louper plus de répétitions que je ne néglige déjà, tant je tente d’oublier ce départ prochain en tournée. J’ai réussi à emporter le débat en téléphonant en catastrophe à Victoria, pour lui demander de me décocher deux ou trois interviews parisiennes, comme ça je n’ai pas l’air de m’échapper comme un lâche quand le bateau coule. La France est telle que je m’en souviens, Paris surtout, pleine de monde, pleine de travaux sur ses trottoirs. Je me retrouve au Mandarin Oriental, sur l’immense terrasse de bois brut de leur penthouse, à regarder cette ville qui m’est quasiment étrangère. J’en connais les abords hideux de la salle de concert ou du stade. Puis les avenues les plus tapageuses où il faut toujours que Greg nous traîne pour faire du shopping. Ma cigarette entre les lèvres, je porte parfois des oeillades très vides au repas qu’un loufiat m’a apporté tout à l’heure, que j’ai à peine touché. Mes attentions transitent de la petite table décorée à l’écran de mon téléphone, que j’ai posé sur le rebord, comme s’il cherchait à se précipiter dans le vide tout en bas. Je ne vais pas appeler. Je suis venu déjà. La veille de son foutu festival, alors on ne va pas pousser. Je ne vais pas appeler. Elle aurait pu le faire si elle l’avait voulu. Elle aurait pu. Est-ce à cause de ces photos qu’il y a eu sur les réseaux, de moi et de… Mary, c’est comme ça qu’elle s’appelait non ? Je ne sais pas, je m’en tape. Je ne crois pas qu’Eleah soit véritablement sensible à ce genre de choses quand les frontières de notre relation, si on peut la qualifier ainsi, sont changeantes, illisibles, inavouables. Je cherche son nom sur la toile, je vois que le festival s’est monté près de la Seine, aux alentours du Louvre, à deux pas de mon hôtel. Un hasard bien entendu. Je passe une main nerveuse dans mes cheveux, tenté de partir dans la nuit, de me perdre dans les dédales du quartier, d’oublier qu’elle danse demain, aux alentours de 20h30. Elle doit encore répéter à cette heure, même s’il est tard. Je ne vais pas appeler. Je ne vais pas le faire. Je ne vais pas… Mes doigts saisissent rapidement quelques mots, le message part, presque à contre coeur, il me laisse un sursaut d’amertume sur la langue. Sans doute parce que je l’ai glissée dans la bouche de Mary cette nuit-là, pour oublier toute la frénésie d’une autre nuit qui m’a volé trop de moi pour que je sache désormais l’assumer. Surtout depuis que je n’ai plus de nouvelles.
“Heureusement que je ne fréquente qu’une seule danseuse actuellement, histoire de ne pas confondre les invitations qui ne sont même pas signées.”
Pas des reproches, juste un préambule.
“Ce sont toujours les soirs à la fois les pires et les meilleurs. Ceux qui précèdent. On a l’impression de tomber, ou d’être capable de fuir sur un coup de tête.”
Pas des encouragements, juste des sensations. Des sensations brutales, celles qu’elle doit expérimenter, qui viennent s’ajouter aux autres. A celles dont je suis l’origine, à celles dont je suis étranger. Des sensations que nous ne partageons plus et qui me manquent. Qui ne devraient pas me manquer. Inavouées. Inavouables.

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() message posté Sam 25 Aoû - 16:10 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Le message est arrivé hier. Ou peut-être était-ce il y a deux jours. Je ne sais plus. Le temps à poursuivre n'était plus tout à fait le même après cela, comme distendu. L'écho d'un impact dans la tempe, assourdissant tout autour de soi, brouillant les contours, rendant floue l'amertume d'une réalité qui implose. Libre. C'est ce qu'il avait dit, sa voix nasillarde et cérémonieuse m'apparaissant comme gravée en lettres capitales dans la boîte vocale. Libre. Comme si seulement ce terme là pouvait être approprié. Comme s'il avait seulement le droit à cette liberté que j'avais poursuivi durant des années sans jamais réussir à l'atteindre. Liberté manquée, illusoire, inatteignable … A cause de lui. Lui tout le temps, lui toujours. Et ils l'avaient libéré, parce qu'il avait eu une conduite exemplaire durant ces vingts dernières années, paraît-il. Vingt ans, à lustrer les sols sans faire de vagues, à se porter volontaire pour toutes les tâches ingrates, à s'astreindre aux régimes qu'ils lui imposaient pour qu'il décroche de son addiction pour le whisky dégueulasse. Jamais un mot plus haut que l'autre. Il n'avait jamais poussé de gueulante, ou brutalisé un co-détenu, et cela en vingt-quatre ans, huit mois,  deux semaines et trois jours. Une conduite irréprochable qui pouvait racheter une vie de perversion et de brutalités sordides. Libre alors. Libre parce que j'avais refusé de revenir sur mon témoignage, et qu'Arthur ne souhaitait plus en entendre parler non plus. La dernière fois que le sujet avait été abordé, il y a trois ans, il avait fini par consentir à aller le voir. Papa. Ou ce qu'il en restait. Un quart d'heure à peine, l'un en face de l'autre, à se regarder dans le blanc de l’œil. Il n'avait rien dit, pendant que j'attendais mon tour. Rien, pas un mot. Je sais qu'Arthur attendait qu'il fasse vers lui ce pas qu'il n'avait jamais fait auparavant. Des excuses. Un murmure. Tout mais pas le mutisme dont il l'avait gratifié sans sourciller, affichant cet orgueil sans fard que lui comme moi n'avions jamais pu oublier.  Dépourvu de patience, Arthur s'était levé et avait franchi la porte pour ne pas revenir. Deux semaines après, on l'avait retrouvé dans les travers d'une ruelle sordide, la tête révulsée dans son vomi, une seringue encore fichée dans son avant bras tuméfié. La résultante d'un entretien de quinze malheureuses minutes. Quinze temps de silences inaccessibles, insupportables, à imaginer le détruire, à vouloir déverser sur lui une colère qui n'en peut plus de crier à l'intérieur sans jamais pouvoir sortir. Et à la fin, ne rien dire. En être tout simplement incapable. Ne pas savoir mettre des mots sur l'horreur. Ignorer comment lui demander quel plaisir il avait éprouvé à  lui fracasser la jambe, à brutaliser leur mère dans la cuisine, à lui arracher autant de larmes que de cris chaque fois qu'il s'emparait de son corps sans qu'elle y consente pour la punir de les avoir protégés de lui. Lui demander pourquoi, aussi, il lui demandait parfois d'aller dormir avec leur mère, pendant qu'il décidait, lubie d'alcoolique, de rester dans ma chambre pour veiller sur mon sommeil de petite fille … Soi disant. Sa funambule …

A cette pensée qui vient de caresser son subconscient, Eleah sent ses entrailles se révulser, et la bile monter à ses lèvres. Elle se précipite dans la salle de bain attenante à la chambre, et a tout juste le temps de se pencher vers la cuvette des wc pour vomir, les muscles tremblants, la trachée brûlante, parce qu'elle n'a presque rien avalé depuis deux jours. Dehors, elle entend le murmure du trafic parisien. Les lueurs blafardes des lampadaires se réverbèrent dans la chambre de La Clef du Louvre où elle est arrivée en fin d'après midi. Quatre jours à peine avant le début du festival qui nécessite des répétitions d'envergures avec chaque compagnie présente pour l'occasion. Une journée et demie, quelques interventions, une en particulier, préparée durant des semaines. Mais depuis deux jours, cela n'a plus d'importance. Le festival, les projets, les rêves, même lui. Plus rien ne compte, si ce n'est ce mot qui est en train de la rendre malade. Libre… Il l'est enfin, quand elle ne le sera jamais. Libre encore. De se lever, d'aller où bon lui semble. De trouver une autre femme, quelque part. De la brutaliser elle aussi. De se glisser dans la chambre de la fille qu'elle aura eu avec un autre homme avant lui. Recommencer … Recommencer parce qu'il est libre. Eleah tremble. Des sanglots viennent la secouer de part en part, se bloquent au fond de sa gorge. Son front se pose contre l'émail. Il faut qu'elle entende sonner son cellulaire pour la deuxième fois sur la table de nuit pour qu'elle daigne se lever, se rincer la bouche, décroche avant que la personne qui l'appelle ne tombe sur le répondeur.

« Allô ? articule-t-elle, n'ayant même pas pris la peine de regarder le numéro s'affichant sur l'écran.
- Oh ma chérie ! C'est toi ? Ça fait deux jours que j'essaie de te joindre. Tu es bien arrivée à Paris ? Ton frère m'a dit que tu y allais pour ton festival. Tout va bien ? Comment es-tu reçue ?
- Coucou Winny … Oui oui … Je suis bien arrivée. L'hôtel est génial … Tu verrais ça, on nous traite comme des princes. C'est pas le Mandarin Oriental c'est sûr, mais c'est vraiment charmant quand même. La déco, c'est tout ce que tu aimes. Avec des moulures, des photos anciennes, des … (…)
- Eleah, trésor …
- (…) De jolies peintures minérales, un service impeccable …
- Eleah, s'il te plaît. Tu sais pourquoi j'appelle. Et je sais pourquoi tu ne réponds plus depuis deux jours. Dis moi si ça va … Je peux m'arranger pour venir tu sais. Ou tu pourrais venir à la maison après le festival, quelques jours … Qu'est-ce que tu en dis ? Ça te ferait du bien. Arthur pourrait venir aussi. Ça fait si longtemps qu'on ne vous a pas vus tous les deux. Ben n'arrête pas de me bassiner, sur le fait que vous ne venez plus nous voir comme avant … Je ne cesse de lui dire que vous êtes occupés, que vous avez vos vies maintenant … Mais tu le connais, c'est un sentimental …
- Tu ne lui as rien dit n'est-ce pas ?
- Comment ?
- Arthur … Tu ne lui as rien dit pour ... ?
- … Non. Bien sûr que non. J'attendais de savoir ce que tu en pensais avant de lui en parler.
- Il ne doit rien savoir. Nous ne devons pas lui dire, tu entends ?
- Mais Eleah … Il doit … C'est notre devoir de …
- Promets moi que tu ne lui diras rien. Tu te souviens de ce qui s'est passé, la dernière fois ? On ne peut pas lui dire … S'il sait … Non, il ne doit rien savoir. Promets moi que vous ne direz rien … Je lui parlerais … En temps et en heure … Un jour. Mais aujourd'hui c'est trop tôt. Il serait ingérable, tu le sais comme moi … Il irait le trouver … Je ne sais pas si on arriverait à le préserver de lui cette fois-ci encore … Je ne peux pas prendre ce risque là, tu comprends ? On ne peut pas …
- Je comprends … Mais c'est si …
- Promets moi que tu ne lui diras rien … Je t'en prie.
- (silence prolongé) … Très bien. On ne dira rien. Mais je persiste à penser que tu devrais lui en parler. Il a le droit de savoir.
- Et il saura … Mais pas tout de suite. Pas quand il est encore si instable, si …
- Je comprends trésor … Je comprends. On ne dira rien, ne t'en fais pas. En attendant, concentre toi sur ton festival tu veux ? C'est vraiment dommage qu'ils ne fassent pas de retransmission sur les chaînes nationales, on aurait pu te voir … Appelle moi s'il y a quoi que ce soit surtout. Charly est là lui aussi ?
- Tu sais je ne danse pas tant que ça finalement … Juste un tableau de quelques minutes pour clôturer le festival. Le reste, ce ne sont que des chorégraphies exécutées par d'autres … Et Charly … Oui il va bien. Il est allé se perdre ce soir, quelque part, du côté de Montmartre. Tu le connais.
- Celui-là alors, il a vraiment le feu aux fesses.
- Je ne te le fais pas dire.
- Et toi ça va aller ?
- Oui … Oui, évidemment. »

Évidemment. Comme si c'était si simple, qu'il suffisait de le dire pour y croire dur comme fer.  Un vide immense l'étreint lorsque la voix de Winnyfried s'éteint à l'autre bout du fil. Son bras retombe le long de son corps, inertie d'un geste qui n'est que le préambule de tout ce qui se trame, à l'intérieur. Elle rêve de voir un cloaque béant s'ouvrir pour l'accueillir en son sein. L'y enfermer, la regarder mourir. Interrompre le flot des aigreurs dans lesquels elle surnage depuis des heures. Les regarder disparaître, tous autant qu'ils sont. Et lui … Lui surtout.

***

Deuxième jour de répétitions. Ils sont prêts, même si Eleah a constamment l'impression que c'est un leurre, et qu'ils vont se vautrer en grand équipage. Pointillisme dérangeant, qui l'amène à les pousser dans leurs retranchements les plus abrupts. Elle en a fait pleuré une, la veille, parce qu'elle lui a expliqué gentiment que si elle ne raidissait pas davantage ses cannes d'autruches, elle n'allait pas ressembler à grand chose, une fois les projecteurs braqués sur sa silhouette adolescente. Ils sont une quinzaine, sélectionnés  par leurs bons soins dans l'école de danse contemporaine anglaise que Charly voulait représenter en France. Triés, étudiés, malmenés. Eleah a chorégraphié en intégralité le tableau qu'ils vont présenter sur scène, et ils ont passé plusieurs semaines, en dehors de leurs cours, à les faire répéter pour qu'ils aient la chance de monter sur la scène française. Deux tableaux, en accord avec la thématique du festival : « La terre de tous les possibles ». Un dont la réussite dépend de quinze tempérament incertains, encore pétris de ces maladresses propres à la jeunesse débutante. Mais ils en veulent, ils ont cette énergie de groupe indestructible. Après tout, ils l'ont payée très chère, leur place. De la sueur, des larmes, des cris, des amitiés brisées, du sang parfois. Ils sont là, et ils donneront tout ce qu'ils ont pour ne pas les décevoir. Cela, Eleah le sait au fond. Et c'est pour cela qu'elle n'est pas plus inquiète que cela pour eux. Qu'elle sait qu'ils seront tous à la hauteur de leurs espérances, et qu'ils ne failliront pas. Pour ce qui est du second tableau, c'est une autre histoire. Une répétition de mouvements langoureux, contraignants pour les muscles, de portés difficiles à exécuter, qui ne  tolèrent aucune erreur. Deux entités seulement. La sienne, la leur. Une erreur de sa part, ou de celle de Charly, et c'est un tendon qui cède, une articulation qui vrille, un rêve qui explose. 5 min 17 à tenir. Cela n'est pas grand chose. La clôture d'une soirée, le mouvement final. Ils n'ont pas le droit à l'erreur, encore moins que les autres. Non 5 min 17, ce n'est rien comparé à un spectacle de trois ou quatre heures, qu'il faut mener de bout en bout. Mais pour Eleah, aujourd'hui, s'en est déjà trop. Parce qu'elle n'en peut plus. Qu'elle voudrait pouvoir tout balancer pour s'enfuir aussi loin que possible. Loin de lui, et de tout ce qu'il incarnera à jamais pour elle. Loin de cet autre, venu pour la bouleverser à son tour, auquel elle a envoyé sous pli sans mot dire des places qu'il n'utilisera jamais. Elle ne sait même pas pourquoi elle l'a fait, ce qui a pu la motiver, quand pour toute réponse elle n'a reçu que son mutisme. Il faut dire aussi qu'elle n'a presque plus toucher à son téléphone depuis des jours, se limitant à des échanges succincts avec son frère, et sa tante, ne parvenant à rien d'autre, les attentions enfouies dans les tourmentes. Eleah n'est pas totalement consciente de ces choses-là. Des attentions qu'il convient d'avoir, des liens qu'il faut maintenir. Et puis dans la matinée, Arthur lui a fait parvenir en pièce jointe une photo qui n'a  fait que parachever le mutisme derrière lequel elle s'était déjà retranchée. Lui, elle, cette inconnue de passage. Anonyme. Cela n'aurait pas dû avoir de l'importance. Non, cela n'aurait pas dû. Sauf qu'elle n'a pas pu empêcher son cœur de se serrer lorsqu'elle l'a vu, et l'amertume l'a enveloppée comme un linceul  au moment où elle s'est rendue compte qu'il était libre, lui aussi. Là bas, en Ecosse. Étreignant d'autres corps que le sien avec une facilité dérangeante, oubliant la morsure de sa chair au gré d'une autre … Si fade, si fade peut-être. Libre pourtant. Libre quand elle ne l'est plus. Qu'elle se surprend à effleurer parfois, du bout des doigts, les stigmates qu'il a laissé sur sa peau nue, et qui ne se voient déjà plus. Libre, quand elle ne sait plus. Ce qu'elle est, ce qu'elle fut. Que tout a un goût de cendres dans la bouche, lorsqu'il n'est pas là pour s'y abreuver. Stupide Eleah. Si stupide. Alors elle a commencé à le haïr un peu plus, pour la facilité. Elle a rêvé en faire le réceptacle de toutes ses aigreurs. Le laisser exsangue, là, quelque part. Puis partir. Asseoir cette liberté assassine. Tout prendre, tout déchirer, tout renier ensuite. Elle n'a plus songé aux billets qu'elle lui a envoyé, partant du principe incisif qu'il ne viendra pas, parce qu'elle n'a plus réellement envie de le voir. Ni lui, ni personne d'autre d'ailleurs. Les aigreurs sont trop nombreuses, les sentiments contraires. Elle ne veut rien à part s'en aller. Quitter tout, sans se justifier. Aller hurler sur des rivages inconnus, et ne jamais revenir. Être quelqu'un d'autre. Tout effacer, faire table rase, pour oublier ce qui fut, ce qui est. La réalité la rappelle d'une drôle de façon, alors que confuse, ses yeux se perdent dans le vide. En fond sonore, elle entend Charly, et ses décomptes interminables. Un, deux, trois, quatre, et … Un deux trois quatre, coupé, on se retourne, et … cela ne s'arrête jamais.

« Cariña, tu as une mine atroce. Tu n'étais pas si négligente, la dernière fois qu'on s'est vus. Cache ta joie de me voir surtout … Eleah. 
Son accent roule sur sa langue, ses doigts s'emparent avec aisance de sa main pour apposer ses lèvres sur son dos. Eleah lui revient, balayant les pensées qui ne cessent de l'assaillir en glissant ses regards jusqu'à la félinité de sa silhouette.
- Qu'est-ce que tu fais ici, Isaac ? 
Une sorte de poids retombe à ses pieds. Un soulagement étrange, face à ce regard ébène dans lequel elle s'est noyée suffisamment souvent pour en apprendre les nuances par cœur. Une réalité familière, reparaissant et fourmillant dans son ventre. Des mécanismes connus, projetés contre lui dans des transactions charnelles sans conséquences. Cela lui fait du bien de le voir. Pendant une seconde, elle se sent moins seule, et moins prisonnière. Les fers ne brûlent plus ses poignets. Ils ont le même attrait enivrant que les regards suaves d'Isaac chaque fois qu'il la regarde.
- Figure toi qu'ils m'ont invité, moi et une partie de ma compagnie. C'est nous qui faisons la clôture du festival, dimanche. Invités d'honneur, soi disant. Tu aurais pu te renseigner sur la programmation quand même, t'exagères. Je ne mérite même plus tes attentions ? Son regard dérive alentour, se fixe sur la silhouette de Charly un peu plus loin. - Toujours à fouler les planches avec lui alors ? Tu sais qu'il est tout juste médiocre ? Tu gagnerais à venir avec moi. A nous deux, on les transcenderait tous. Ce serait beau, trivial, et violent à la fois. Comme quand tu ondules tes jolies hanches contre moi, avec cette force de diablesse, qui gronde à l'intérieur de toi. Ça aussi, ça m'a manqué. Presque autant que ton petit nez qui se retrousse, chaque fois que tu n'es pas d'accord avec moi. Oui voilà, exactement comme ça.
Il ronronne, glissant le murmure à son oreille. Murmure qui lui arrache un sourire grivois. Le premier sourire spontané, venu alléger son cœur trop lourd.
- Lui au moins me rattrape en vol quand il le faut …
- Touché. Mais ça n'est arrivé qu'une fois. Je n'étais pas prêt à te recevoir dans toute ta splendeur …  Vois-tu, trop c'est trop parfois. Et puis ça n'a pas été bien lourd de conséquences, tu es rude avec moi. Sans préambule, il ajoute : - Ils t'ont logée où, dis moi ? 
- A La Clef Louvre, c'est vraiment charmant. Les petits jeunes sont logés ailleurs par contre, à croire que nous n'avons pas tous droit aux mêmes privilèges.  
- Oh toi aussi ? On nous gâte cette année, vraiment.  Et tu ne me donnes même pas le numéro de ta chambre, pour que je vienne réchauffer tes draps ?
- Qu'est-ce qui te dis qu'il n'y a pas déjà quelqu'un pour le faire ?
- Parce que tu respires l'austérité cariña, on dirait que toute la vie s'est enfuie de ton joli corps, et ça ne te ressemble pas. Alors si je peux rendre service … Mettre un peu de chaleur dans ces traits glacés. S'il y a vraiment quelqu'un, tu ferais mieux de le congédier. Vu la mine que tu te traînes, c'est qu'il n'est pas très doué. Tu m'as manqué aussi, c'est vrai. Un an sans se voir, ça compte, non ? Et puis ça me plairait, d'avoir de tes nouvelles. Quels sont tes projets aussi. J'en aurais peut-être quelques uns à te faire partager. En cas, je te donne le numéro de la mienne. 103. Ce n'est pas une invitation officielle, mais tu en fais bien ce que tu veux. »

L'échange se distend, irrésolu. Des couleurs renaissent sur ses joues blanches. L'appétit lui est presque revenu, ce midi-là. Les répétitions l'ont moins faite souffrir, comme elle avait quelque chose dans le ventre pour nourrir toute l'énergie qui lui manque. Le soir, juste avant de recommencer à s'enliser dans ses aigreurs, elle a songé le rejoindre. Chambre 103. Un étage en dessous. Un escalier. Quelques pas. Ça n'est rien. Presque rien en tout cas. Mais elle n'a pas pu. Elle est restée seule, dans le noir, évitant soigneusement les messages successif de Charly pour lui proposer de sortir en ville. Libre. Ils étaient libres. Et cela, Eleah ne pouvait pas l'oublier. C'était là, partout, gravé pour le lui rappeler.

***

Nous sommes prêts … Nous sommes prêts je crois. L'ensemble est harmonieux, c'est un autre monde. Un ailleurs qui n'appartient qu'à nous, qui se déploie comme des ailes soyeuses. Je suis fière de l'énergie qu'ils insufflent pour que le tableau ait du sens. La cohésion de groupe, c'est ce qu'il y a de plus important dans ces créations-là. Ils auront tout juste cinq minutes pour convaincre, pour faire la différence face aux yeux peu aguerris d'un public populaire. Pour leur montrer que ce monde est accessible par tous, quand on se donne les moyens de l'atteindre. Qu'il n'est pas là pour avoir de pompeux messages, que personne ne comprend jamais. C'est un diktat imposé par tous les grands noms de la danse contemporaine qui ne cesse de m'éberluer. A quoi bon véhiculer des images qui ne sont comprises par personne ? Moi, je crois que je veux simplement faire rêver, transporter. Je pense qu'ils vont réussir. Avec la musique, les lanternes volantes. Tout aura une saveur d'irréel, j'en suis persuadée. C'est Land of All qui m'inquiète le plus, et cet artiste qui a consenti à se déplacer jusqu'au festival pour jouer sa composition en direct. Pour nous … Entre autres. Je ne le connaissais pas vraiment avant qu'on m'en parle, que Charly suggère une musique qui cause au plus grand nombre. Sortir un morceau de classique, cela n'aurait attiré personne. Peu se seraient reconnus, dans le public. Parce qu'on est loin des scènes privilégiées des opéras, où rigueurs et principes ne permettent guère de s'exprimer autrement qu'à travers des codes. Tout m'inquiète dans ce tableau. Parce que depuis quatre jours, il y a cette douleur devenue lancinante, au creux de mon ventre, qui me saisit parfois comme une crampe. J'ai peur qu'elle intervienne au moment fatidique de ce porté dangereux que nous avons mis des semaines à maîtriser à la perfection. Il suffirait d'une prise trop lâche, que ses doigts se posent trois centimètres plus bas, et l'équilibre en serait changé. Tout basculerait … Peut-être que cela ne serait pas plus mal, qui sait ? Un os brisé, les rêves anéantis, l'implosion d'un personnage que je ne supporte plus de regarder dans le miroir. Si monstrueux personnage … Comme lui … Comme lui peut-être, avec ses grands yeux noirs. Les mêmes que les miens. Et s'il était là demain soir ? Parmi cette foule d'anonymes ? Et s'il décidait de me traquer, spectre soucieux de revenir hanter mon sillage pour y demeurer ?

Il est 21h30, les répétitions se terminent. Ils doivent libérer la scène pour que les équipes techniques puissent faire les derniers ajustements. Apparemment,  ils ont du pain sur la planche, et du travail en perspective pour la nuit à venir. Eleah a prévu de rentrer dans sa chambre d'hôtel. Ils sont prêts, il n'y a plus qu'à prendre son mal en patience. Une bonne nuit de sommeil, avant le grand jour. Ce serait bien, ce serait essentiel. Mais elle sait qu'elle ne fermera sans doutes pas l’œil de la nuit. Isaac lui a proposé d'aller manger en ville. Elle a simplement décliné, jetant ensuite pour la première fois depuis des heures un coup d’œil sur son téléphone. Des messages d'Arthur bien entendu, de Winny toujours, des publicités sans intérêt, et puis un nom … le sien. Ses doigts tremblent autour du cellulaire, tandis qu'elle ouvre le message pour le lire en entier. Un rire faux l'étreint, l'emplit d'une aigreur vaguement contrôlée. Spontanément, Eleah compose une réponse brève, s'épargnant les civilités d'usage, puisque son humeur l'empêche de lui faire cet honneur.

« C'est sur que lorsqu'on ratisse large, il vaut mieux varier les professions. Pour mieux savoir s'y retrouver. Question d'organisation. »

Le message part. Elle le regrette à peine, se remémore ses propres gestes quand elle a glissé l'invitation dans l'enveloppe. Elle se souvient avoir pris une carte de visite de l'hôtel qu'on lui a attribué, avoir indiqué le numéro de sa chambre dessus, au stylo bille. 209. 209 et rien d'autre. Pas un mot, pas une attention. Juste ces trois chiffres, évidés de leur sens … Évidents malgré tout.  Puis d'avoir hésité longuement avant de la glisser à l'intérieur de l'enveloppe. Elle a dû le faire, son subconscient lui murmurant des psaumes si insensés qu'elle a voulu croire qu'elle ne les avait pas écouté. A présent elle sait, elle se souvient. Qu'elle a bien glissé le carton à l'intérieur de l'enveloppe, avec les invitations. Elle sait aussi qu'il ne viendra pas, et elle se sent plus ridicule encore, l'orgueil bafoué, malmené par elle seule au fond, puisqu'il ne lui a jamais rien demandé. Elle s'est enlisée seule dans ce guêpier là, et seule elle devra en sortir. Elle compose la réponse à son second message. Plus succincte encore que la première :

«Mieux vaut trouver quelqu'un pour nous préserver de la chute et nous retenir, dans ce cas. »

Elle n'ajoute rien, décide d'éteindre son cellulaire sans préambules avant de le fourrer au fond de son sac à main. Lorsqu'elle relève les yeux, elle croise la silhouette d'Isaac un peu plus loin.  Il est en train de discuter avec l'une de ses danseuses, un bras passé autour de son épaule dans un geste conciliateur qui ne semble pas laisser la gamine indifférente. Il faut dire que personne n'est totalement indifférent au charme d'Isaac Jodorowsky, dont l'accent hispanique roule sur sa langue comme un délicieux présage. Grand, élancé, les cheveux aussi sombres que son regard, la peau basanée, il avait décidé d'adopter la barbe de trois jours, faussement négligée, pour être « dans le coup », même si cela accentuait les atours de ses origines chiliennes. Des muscles affinés et dessinés par plusieurs décennies d'une pratique acharnée de la danse, son charme physique était ré haussé par un caractère au mordant désinvolte, sans frontières, ni limites. Il n'avait jamais été marié, et ne le serait probablement jamais. Aucune femme (ou homme) n'égalerait jamais à ses yeux l'amour qu'il éprouvait pour sa profession et les relations frivoles.

Quoiqu'il en soit, Eleah sort un papier de sa poche, vulgaire ticket de caisse bouchonné sans égards, et y griffonne au dos quelques mots. En passant devant le chilien, elle se saisit de sa main, place le message au creux de sa paume tiède tout en glissant quelques mots à son oreille. Un « Bonne soirée, Isaac », qui roule sur sa langue devenue plus suave,  avant qu'elle empreinte le trottoir menant tout droit à son hôtel. Sur place, Eleah décide de se faire couler un bain, ouvrant les robinets à fond, laissant la large baignoire se remplir et la pièce s'embrumer de vapeurs aux odeurs florales, de notes de lilas et d'agrumes. Ses vêtements retombent sur le sol aux endroits éparses où elle les laisse choir, et lorsqu'elle s'immerge dans l'eau bouillante, Eleah sait que dans peu de temps, il sera là. Il viendra, elle en est persuadée. Il répondra à son invitation, parce qu'il y a en Isaac des simplicités décousues, propres à son caractère, qu'elle apprécie. Il ne recule jamais face aux appels de la chair, quelle qu'elle soit. Il est libre, dans chaque sillage de ses membres de danseurs, chaque fois qu'il entre-ouvre les lèvres, s'affirme dans des sourires indécents et des propositions grivoises. Une liberté sans contrainte, qu'elle a toujours admiré contempler chez lui. Dont elle s'est inspirée aussi peut-être, parce que toute une part de sa sensualité de femme s'est mise en exergue entre ses bras avec les années. Il viendra, parce qu'il n'a jamais décliné une seule de ses invitations, depuis bientôt huit ans qu'ils se connaissent, et se fréquentent.

Tout en songeant à son arrivée, à l'enthousiasme qu'elle peine à éprouver face à cette idée qui est pourtant venue d'elle, Eleah frictionne ses omoplates, ses bras, ses côtes, ses jambes. La ferveur des gestes est telle qu'on dirait qu'elle cherche à faire disparaître des marques invisibles sur sa peau. Comme du sang qui a eu le temps de coaguler sur les doigts, qu'il faut frotter sans discontinuer pour  le voir partir, elle frotte jusqu'à ce que l'albâtre devienne légèrement rose, que ses pensées se taisent, que le souvenir de lui, inavouable, ne soit plus là, dans chaque recoins dissimulés de ses membres pour l'empêcher d'appartenir à quelqu'un d'autre. A qui elle veut. Sans conséquences. Comme avant. Avant lui, et ses attitudes taciturnes, son génie destructeur, et l'auréole de ses ténèbres si promptes à mettre en exergue celles qui lui sont propres.  Le siphon s'ouvre, elle regarde l'eau s'écouler et imagine ses tourmentes partir avec elle. Tout comme lui. Cela fonctionne presque. Elle commence à y croire, lorsqu'elle entend frapper à la porte. Qu'il est là, comme prévu. Qu'elle l'accueille, parée d'un déshabillé de dentelle noire totalement inconvenant, d'une bouteille de whisky hors de prix commandée au bar (à défaut du champagne dont elle déteste jusqu'à l'odeur) dont elle a déjà vidé un quart à elle seule avant de le recevoir.  Pourquoi est-elle déçue de le voir sur le seuil ? Il est là. Il est venu. Charmant, avec sa chemise entrouverte, retroussée sur ses avants bras. C'est ce qu'elle a voulu, c'est ce qui était convenu. Tout déchirer, tout prendre. Ressortir pleine de ses mensonges, entière et libre. C'est ce qu'elle a voulu … Ce qu'elle veut. Sans détours, elle le tire à l'intérieur, glisse son index sur ses lèvres pour lui intimer de se taire, claquant derrière lui la porte de la chambre. Ses lèvres se posent, s'imposent. Il cherche à la repousser un instant, plaquant ses mains sur ses hanches pour essayer de dominer un peu l'impériosité de l'élan qui la taraude.

« Suavemente cariña … Non pas que je sois contre ton incandescence mais …
- Mais quoi ? Tu me veux, ou pas ? le questionne-t-elle, un brin excédée, en mordillant la chair de son cou, cherchant à se repaître de son odeur sans totalement y parvenir. - Si tu me veux, tais-toi. Tais-toi, et embrasse moi. »

Il ne répond rien, consent en écrasant ses lèvres contre les siennes, en froissant la soie noire qui tranche sur le blanc de la peau. Elle tire sur les pans de sa chemise, ne lui laisse que peu d’initiatives, cherche à dénouer sa ceinture dans un geste empressé tout en le repoussant contre le lit. Elle l'y assied, l'y allonge, le surplombe, amazone devenue cruelle, le regard d'un noir d'encre. Monstrueuse. Monstrueuse animale. Ses doigts remontent le long de ses cuisses, quelque chose se tord à l’intérieur de son ventre, la révulse. Ses ongles se plantent dans ses poignets pour arrêter ses caresses, plaquent ses mains de part et d'autre, traquant des impressions qui ne reparaissent pas, un désir qui pourrit et devient poison perfide. Un peu surpris, croyant encore à un jeu de sa part, un sourire l'étreint. Il ne recule jamais face à la nouveauté, même s'il reconnaît ne l'avoir jamais connue ainsi. Aussi brutale … Aussi … Ses baisers sont des morsures. Et lorsqu'il cherche à reprendre le dessus, à renouer avec une sensualité devenue absente dans les déchaînements de son corps, elle le mord, un peu plus fort. Il pousse un juron, en se tenant la lèvre, le goût du sang dans la bouche, l'interrompt en la saisissant par les épaules et en se redressant d'un seul coup.

« Bordel, mais qu'est-ce qui te prends, Eleah ?!
- Alors quoi, t'aimes pas ça ?! Je croyais que tu  me voulais ! explose-t-elle, se redressant, se levant.
- Bien sûr que je te veux … Mais pas comme ça. Ce n'est pas toi … Ce n'est pas toi cariña. cherche-t-il à s'expliquer, en glissant des caresses prudentes sur ses joues.
- Et qu'est-ce que tu en sais ?! Hein ?! s'insurge-t-elle encore, en le repoussant avec virulence, giflant sa main qui s'avance vers son visage.
- Tu n'es pas vraiment là. Je le sais … Je te connais. Tu n'es pas vraiment avec moi.
- Si c'est ce que tu crois, va t'en dans ce cas. Va t'en ! Dégage, tu m'entends ?! Dégage ! »

Elle récupère sa chemise par terre, la balance contre son torse avant de le pousser à l'extérieur de la chambre. Il n'a pas vraiment le temps de réagir, que déjà elle claque la porte sur sa silhouette. Les nerfs explosent en même temps que l'impact lorsqu'elle éclate en sanglots, le dos plaqué contre le montant. Elle a juste la force de faire quelques pas, de saisir le goulot de la bouteille de whisky, d'aller s'asseoir par terre, dans un coin sans lueurs. Elle regarde l'étiquette de la bouteille, hésite, boit une longue gorgée, puis une autre, grimaçant longuement. Débraillée, une manche de soie qui retombe sur son épaule, le déshabillé ouvert, son chignon qui ne tient plus vraiment en place. État déplorable. Draps froissés. Beauté fanée. Étreinte brisée. Un rire nerveux la saisit, juste en regardant l'étiquette. Elle se dit que celui-là, pour sûr, il l'aurait apprécié. Rien à avoir avec celui qu'il avait l'habitude de picoler. Monstre. Monstre en liberté. Monstrueuse elle aussi, et seule, si seule, depuis cette nuit où il a su la trouver. Le rire s'étouffe dans une autre gorgée plus longue. Le poids de ses aigreurs retombe dans l'ivresse qui la consume. C'est peut-être ça finalement, la liberté.

(c) DΛNDELION
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() message posté Lun 27 Aoû - 14:26 par James M. Wilde


« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Une nuit sans étoile pleine de langueur factice. Ici, même les rêves sont usurpés, l’on imagine le ciel quand on voit une voûte opaque, rendue plus terne par l’éclairage artificiel. A quoi sert donc cette immense terrasse, s’il faut se mirer dans des feux trop trompeurs, ceux de ces monuments qui survivent parce que l’on n’a pas encore eu la force de les écrouler. La marche du temps se poursuit, inébranlable chute, comme celle que j’entrevois depuis ce foutu parapet. Je ne dois jamais m’établir dans des lieux qui ne sont pas vitrés, je le sais pourtant, je le sais. L’appel du vide est si intense dans mon ventre soudain, cet appel insensé, le désaveu de l’existence, tout à coup écourtée. Dans le vague de pensées obscures, je me scrute, laissant le blanc estomper la conversation qui se poursuit au bout du fil. Quasi monologue. Je ne lui ai pas dit que j’avais pris ce penthouse, sinon il en serait malade, lui qui craint parfois que j’aie soudain l’envie de me balancer pour faire taire ce mal qui me ronge. La balustrade est si mince, si mince. Le carton tourne entre mes doigts, trois chiffres qui m’obsèdent, me hantent, que je connais déjà par coeur quand j’ai si peu de mémoire pour ce genre de données. 209. 209 et rien de plus. Rien de moins. Et ma mâchoire se serre plus encore, les coins du carton me rentre dans la pulpe des doigts, tandis que je continue de le faire valser au gré de mes contradictions. 209. Et un nom. Ca n’est pas si loin, j’ai regardé sur le plan. Ca n’est pas si loin…
“... rentres quand ? Parce que la production a besoin de caler un autre groupe dans le studio 1 et…”
_ Ca n’est pas si loin. Pas loin du tout.
Mon rire meurt avant même d’avoir pris son envol, je n’ai même pas bu. A peine. Gregory s’interrompt, la pâleur de son trouble s’entremêle aux teintes de cadavre du mien. J’ai pensé à voix haute, et Greg connaît ce ton adopté pour parade à des notions trop prosaïques, quand je divague entre des réflexions dont il est inconscient. Tenu à l’écart de ces amours morbides, qu’il devine parfois, au détour d’une phrase.
“Tu n’as rien écouté, c’est ça ? Il y a quelque chose qui ne va pas ? Tu es parti, mais je ne sais toujours pas pourquoi.”
_ Pour qui.
“Ah…”
Mon soupir est éloquent, ma pudeur se drape d’une certaine austérité, quand le constat de mon ami tombe, tel le couperet qui trace ses angoisses. J’entends déjà ses peurs s’accumuler. Nous n’avons pas le temps de gérer ni mes crises existentielles, ni mes pérégrinations affectives qui en général débouchent sur des impasses voire des trivialités innommables. Surtout depuis ce qui s’est passé avec Moira, qui nous porte un préjudice si lourd que Wells ne me pose même pas la question. Puis mes idéaux irraisonnés lui pèsent plus encore désormais qu’il comprend quel est l’objet de mes convoitises. Il sait, que tout au fond se niche une énième fracture. Peut-être une fracture qui nous concerne tous les trois. Le masque d’autres horreurs ressuscitées bien malgré elle. Bien malgré elle. Il ne la nomme même pas :
“Pourquoi tu l’as rejointe si c’est pour avoir l’air aussi perturbé ?”
_ On croirait presque que tu ne me connais pas… Il n’y a pas de véritable raison.
Il y en a trop. Qui s’accumulent, reviennent, repartent, me foutent les jetons, me désespèrent aussi. Et le carton tourne, tourne, tourne. Je perds de nouveau le fil, hypnotisé par les lettres tracées dans l’élégance d’une police d’hôtel. Clef. La clef. Est-ce elle la clef de tout, qui doit déchaîner d’autres enfers pour que je puisse enfin les expurger de moi ? Ou bien les vivre entiers. Les vivre.
_ Il n’y a aucune raison.
“Il y en a toujours avec toi.”
_ Je dois raccrocher. Je ne sais pas quand je rentre. Je te préviendrai.
“Non tu ne le feras pas.”
J’ai un piètre sourire qu’il ne peut voir ni entendre.
_ A plus tard.

Je range le carton dans la poche de ma veste, puis prends connaissance de ses réponses qui m’indiquent sans aucun fard qu’elle a forcément su ce qui s’est déroulé à Aberdeen. La culpabilité, sans que je ne puisse réellement la nommer, m’étreint comme un parasite désagréable, là, logé sous mes côtes, qui empêche ma respiration. Je me lève de ce fauteuil design dont on ne sait quel jardin, sans doute d’un espace de verre et d’acier, pour soupirer une nouvelle fois, et j’admire la Tour Eiffel, sans en saisir aucun véritable contour, telle qu’elle se voit illuminée. Il n’y a pas de raison, il n’y a aucune raison à cette venue que je n’ai pas pu réfréner. Aucun sens non plus. 209, qu’est-ce que c’est ? Un chiffre parmi tant d’autre. Des heures, des obligations à dénombrer. Ici. Là. Maintenant. Tout de suite. 22h33. Rendez-vous à la chaîne. Puis au parc. Au restaurant dont j’oublie chaque fois le nom. Reviens. Non finalement pars. Décide-toi. Vas-y. Ici. Là-bas. Encore. Encore une fois. Je crois que Reb aimait beaucoup cette vue-là. Pourtant à l’époque, nous n’avions pas les moyens de nous payer ce genre palace. Il a fallu gruger dans les voies sans issue, jusqu’au toit. Puis passer la nuit, à tenir entre nos doigts entremêlés ce qui deviendrait la forme impropre d’un souvenir presque enfui. Enfoui. Sous les côtes, avec la culpabilité. La culpabilité d’une autre. Pourquoi aurais-je à rendre des comptes quand elle me convoque comme un chien. Je n’irai pas. Je n’irai pas, il n’y a aucune raison de descendre. Aucune raison à cela. Je range mon téléphone à côté du carton, même si je connais par coeur l’adresse et ces putains de chiffres. Puis j’enfile ma veste. La porte de la suite se referme sans bruit. Comme mes pas sur la moquette qui poursuivent ce rêve insensé qui a dû mourir sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Sa phrase cingle mes pensées. Et la chute tournoie, tournoie. Je songe à la balustrade si mince, inexistante. Et je me retiens encore. Encore un peu à toi.

La circulation étrangère, inversée mais tout aussi bruyante que ma propre capitale, me saisit les tripes, me donne un haut le coeur. Je marche dans la direction que j’ai entrevue depuis le penthouse, je marche, ignorant les voitures qui me frôlent, me rappellent à un ordre devenu indéchiffrable. Mes idées fusent, les aigreurs enflent. Je pourrais freiner ma course, je n’en fais strictement rien lorsque je pousse la porte de l’accueil. Un hall qui ressemble à tant d’autres, je vise la porte des escaliers, comme si je savais où j’allais. Je sais. Je sais. Toutefois j’oublie, je m’arrête au premier, comme pris d’un vertige assassin. J’enrage un peu, je me trouve con, blême sur le blanc des murs austères de la cage d’escalier, même si l’on distingue un élégant liseré au pochoir, tout en haut. Peut-être que les coloris se brouillent, se cassent, pour ne laisser que cette culpabilité empreindre l’univers pour le rendre morose. Je n’ai rien à lui dire, rien à avouer. Ca ne devrait pas compter, je ne comprends même pas pourquoi l’hérésie de cette étreinte me hante. Elle ne signifie rien. Strictement rien. Pas comme celle… Je reprends mon ascension ridicule, dénombre les chambres, parviens jusqu’à sa porte et manque d’y frapper, remonté par ces reproches que je me fais, que j’aimerais lui rendre. Lui remettre en hommage. Convoqué. Convoqué comme un chien. Qui accourt. Je ne frappe pas, parce que je perçois des voix. La sienne sans doute, une autre aussi. Plus masculine. Un désagréable frisson court sur toute mon échine et la colère vient tenir compagnie à cette culpabilité importune. Bien sûr. Bien sûr. Aucun sens. Alors pourquoi ? Pourquoi suis-je perturbé à entendre ce connard de l’autre côté de la cloison ? Je ne distingue pas les paroles, juste les sons. Une musique horrible, horrible, que sa voix superposée à ce timbre étranger. Harmonie qui plonge dans mon ventre, pour mieux fouailler les émotions qui s’y trouvent. Mon front repose sur la porte, je suis encore plus ridicule désormais, je ne vais pas débarquer lorsqu’elle ne m’attend pas. Les chiffres dansent. 209. Pourquoi, alors pourquoi ? Je comprends que le ton se hausse, que des cris retentissent, je distingue à peine les termes employés quand j’opère une retraite jusqu’à ce foutu escalier, fuyant la scène dramatique qui ne me concerne en rien. J’ai quel âge, bordel ? Je ne veux pas le croiser. Je ne veux pas connaître son visage. Pas alors que ma main s’est refermée en un poing si vindicatif que j’ai mal dans tout le bras. Plus rien n’a de sens. Plus rien. La convocation tonne telle une honte, égrainée au rythme des pas qui s’éloignent bientôt. Il est parti. Sans traits. Sans identité. Juste une voix opaque. Parti. Parti. Je devrais l’imiter. Mais le trouble remonte la course alanguie jusqu’à sa chambre. 209. Je pousse la porte, qui demeure hermétiquement close et maudis ces fermetures modernes qui obligent à frapper. Je gratte à la place, comme dans ces anciens romans, qui obligent les amants à se faire discrets. Je griffe. L’aigreur, la culpabilité, et la colère. Je n’entends plus rien à l’intérieur, je n’entends que mon souffle, le battement dans mes tempes. Je ne crois plus à ce qui suit la logique, ou encore cette peur qui cherche parfois à me préserver. Le plat de ma main frappe, un coup, un seul. Exposant la certitude que je peine à exhiber des limbes, brouillant cette discrétion que je n’ai pas à adopter. Pas lorsque l’on me convoque. Je ne dis rien pour m’annoncer, parce que ça serait insensé. Tout comme le reste. Comme elle. Comme moi ici. Sans sens, l’indécence d’une venue dans le creux de la nuit. Les rencontres des êtres sous couvert des ombres. Les ombres maquillent le courroux que je tente de ravaler, et je m’attends à la distinguer, irréelle, indomptée par cet autre, foutu à la porte pour je ne sais quelle raison.

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() message posté Lun 27 Aoû - 18:39 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Le souffle tremble, les sentiments s'enfuient. Inertie, dans le ventre, dans les os. Les nerfs ne bruissent plus. Il n'y a plus de musique, seulement le silence qui l'étreint. Tout autour, dans la pièce peut-être. Plutôt à l'intérieur … A l'intérieur d'elle, où un vide béant s'ouvre avec lenteur. C'est une plaie purulente, aux contours qui suppurent. Quelqu'un en gratte les sutures, tire avec plaisir sur les fils. Marionnettiste, tirant ici, appuyant là, pour la faire ployer selon une mesure indistincte, choisie par lui. Inertie. Son cœur bat fort, elle n'entend plus que lui. Sa gorge est un feu ardent que le whisky a réveillé de ses amertumes. Les pensées se taisent, inertes elles aussi. Est-ce pour cette sensation là qu'il buvait autant à l'époque ? Était-ce elle qu'il traquait sans relâche ? L'inertie. L'inertie pour oublier cette haine qu'il avait de lui. Dans le lointain, elle entend Isaac derrière la porte. Il n'est pas parti immédiatement. Malgré la colère qu'elle a su déclencher, la frustration, le désarroi aussi. Il a attendu, juste assez pour perdre totalement patience, parce qu'il n'est pas de ceux qui restent dans ces situations là. Il vient chercher la facilité d'un échange, la légèreté inconséquente d'une étreinte sans attaches. Les humeurs ne sont pas des énigmes qu'il rêve de résoudre. Mais Eleah, il la connaît depuis l'aube de sa féminité. Jamais elle ne l'a repoussé ainsi, et souvent au contraire, c'était même elle qui venait le trouver. Il l'a vue rougir, frémir, s'indigner, pleurer. Il a appris d'elle par cœur ce qu'il voulait bien voir, sans chercher à savoir, sans vouloir comprendre ni regarder en face toutes les émotions qui la traversaient parfois. Il a détouré les leurres du bout des doigts, les a distingués, sans lui faire cet affront d'en exiger le sens. Il n'était pas prêt de toute façon à aller plus loin que la superficialité de leur accord. Et ce soir, il n'est pas certain de vouloir savoir.    Alors elle l'a entendu effleurer la porte du bout de ses longs doigts, murmurer des assertions qui ont trahi son incompréhension et sa distance : « Que se passe-t-il, cariña ? Ouvre moi … Parle moi … Eleah. » Son prénom, sur le roulement de sa langue, l'a faite frémir de dégoût et d'envies malsaines entremêlées. Il s'est superposé au murmure d'un autre, inhumé. De tous ces autres, qui ont su le gémir à son oreille, usurpant son identité à chaque fois pour la glisser au creux de ses reins.  Anonymes, différents … Semblables toutefois, quand de façon systématique, dans l'écrin de la nuit, c'est lui qu'elle entrevoyait. Son souffle guttural contre sa tempe, la caresse de ses mains calleuses le long de ses côtes amaigries. L'image imparfaite se projette une longue seconde contre sa rétine. Elle l'entrevoit, spectatrice de sa propre laideur. Celle façonnée par lui, telle une Eve future, forgée par un créateur dont l'amour finit par étouffer toutes les beautés qu'il a su créer.

Ses yeux s'agrandissent dans la pénombre, fouaillent le noir du charnier ouvert par ses songes jusqu'à trouver la porte close. Il a toujours été là, oui. Sauf une fois … Sauf cette nuit là, avec lui, en lui. Dont les noirceurs le lui rappellent parfois, sans qu'elle ne sache pourquoi. Elles n'ont rien à voir pourtant … Presque rien. Les pensées se distendent. Eleah porte le goulot de la bouteille à ses lèvres, sent le  liquide se déverser le long de sa gorge, ruisselant un peu sur le bord de sa bouche, une goutte glissant jusque dans la courbure de son cou. Sa main retombe sur le côté, ses ongles s’enfoncent dans la moquette. Sauf cette nuit là, dont le souvenir s'épaissit à l'intérieur de son crâne, liquide sirupeux et brûlant venu pour empoisonner le sang qui court dans ses veines. Elle aurait dû oublier. Poursuivre d'autres rivages. Renouer avec les mécanismes factices d'antan, consommés avec tant de complaisance qu'ils finissent par écœurer totalement. Elle aurait dû faire comme lui, avec cette fille, peu importe laquelle, au fond cela lui est égal. Elle peut être unique, elles peuvent être cent, elle n'en a cure… Parce qu'elle a bien essayé, elle aussi, et qu'elle n'a pas réussi. Le constat n'en est que plus amer alors. Elle aurait aimé que ce soit aussi simple pour elle que ça ne l'a été pour lui. Mais elle n'a pas pu. Goûter à une liberté sans fard avec lui, cela ne ressemblait à rien de ce qu'elle connaissait. Et pendant une seconde, elle a cru pouvoir appartenir à quelque chose, à quelqu'un, sans mentir, quand toute sa vie elle a cherché à se départir de fers auxquels elle n'avait jamais vraiment consenti. Un leurre de plus sans doutes. Un leurre ignoble, qu'elle rêve pouvoir renier pour oublier la faiblesse dont elle a fait preuve. Le breuvage se déverse encore sur sa langue. La soif inextinguible, alors qu'elle est déjà largement ivre. Elle croit entendre un grattement contre la porte close. Pendant une longue seconde, elle est persuadée que son esprit lui joue des tours. Ce ne serait pas surprenant, avec tout ce qui se trimballe dans son sang. Surtout pour elle, qui n'a vraiment pas l'habitude. Mais cela recommence. Une fois, puis deux. Un long soupire s'échappe de ses lèvres, l'arrière de sa nuque se pose contre le mur. Elle articule, à peine audible, un éraillé et penaud :
« Va-t-en Isaac … Je t'en prie … Va t-en. »

Supplication qui s'endort, persuadée qu'il va partir sans broncher. Elle est surprise d'ailleurs qu'il soit resté, ou revenu. L'un ou l'autre. L'idée lui fait hausser un sourcil, parce qu'elle lui semble insensée. Mais voilà qu'il frappe. Un coup unique, qui résonne dans sa tête, et lui fait mal. Son humeur vacille, oscille entre le désarroi et l'agacement. Dans quel langage doit-elle parler pour qu'il comprenne ? Avec lenteur, le corps aussi lourd que la mort, elle se hisse sur ses pieds, le dos collé contre le mur. Ses pas traînent sans réelle vigueur jusqu'à la porte, le goulot de la bouteille toujours fermement emprisonné entre ses doigts. Le débraillement de sa tenue est éloquent. Un appel indécent et trivial. Elle n'en a rien à foutre. Elle ouvre la porte à la volée, avec une désinvolture décuplée par l'ivresse. Son image la percute de plein fouet, manque de la faire reculer même si elle demeure irrémédiablement ancrée, là, à l'entrée.
« James ? …»


Son regard encore rougi par les larmes bifurque sur sa droite, puis sur sa gauche, interroge le couloir désert. Pendant une seconde elle croit que c'est son esprit malade qui lui joue des tours, et qu'elle est en train de l'halluciner. Puis elle le détaille avec une insistance plus grande, convoquant ses forces restantes pour se concentrer.
« Merde alors. » lâche-t-elle de but en blanc, partant d'un rire nerveux détaché alors que sa hanche se pose sur le montant de la porte. « J'étais persuadée que tu ne viendrais pas … Que t'étais occupé … Ailleurs … Ailleurs … Loin. » ajoute-t-elle, le timbre largement éraillé par l'alcool. Sa main dessine un geste aérien assez maladroit, mimant un ailleurs indistinct. Si loin qu'elle ne pourrait le toucher, même du bout des doigts. « Si j'avais su que tu viendrais ... » Ses doigts se posent sur ses lèvres, dissimulent un sourire mutin contrefait. Elle ajoute, l’aigreur vrillant au fond de sa tessiture : « On dirait presque que j't'ai manqué. Presque … Faut pas déconner non plus. James Wilde, qui se lasse si vite … Auquel personne ne manque … » Elle rit encore. Un rire plus grave. L'humeur change, les traits de son visage blême s'affadissent. Négligemment elle passe une main dans ses cheveux en bataille. Admettre qu'elle avait envie de le voir là, qu'elle y a pensé chaque seconde, depuis des jours, c'est trop. C'est trop pour son orgueil bafoué, encore persuadé qu'il n'aurait pas pu venir totalement de son plein gré. C'est trop à admettre, alors qu'une partie d'elle le hait un peu plus de ne pas l'avoir laissée. D'être venu, quand il n'aurait pas dû. Non, il n'aurait pas dû … Alors elle rajoute à contrecœur, comme révulsée, résignée : « Je ne sais pas qui tu es venu traquer …  Ce que tu cherches … à travers moi … Mais elle n'est pas là. Elle n'est pas là … Celle que tu veux. Elle n'est pas là … Va t'en … Reste-là … Ça m'est égal. Fais ce que tu veux … Ça ne devrait pas avoir de l'importance …. Nan … Ça ne devrait pas … » Une dernière gorgée estompe le murmure, son bras se relâche le long de son corps. La bouteille vide retombe dans son sillage, la plante de ses pieds se déroule jusque dans la pénombre de la chambre. Elle ne sait pas trop ce qu'elle dit, ce qu'elle pense, ce qu'elle veut. Elle a tant espéré qu'il vienne, alors qu'elle n'aurait pas dû. Elle a tant voulu de lui, alors qu'elle n'aurait pas dû. Et maintenant qu'il est là, elle ne sait plus. Ce qu'elle est. Ce qu'elle fut. Désorientée par ces mécanismes dont elle ignore tout. Qu'elle ne peut renier pourtant … Inavouables. Il y a de la brume tout autour. Une brume si épaisse qu'elle ne voit plus grand chose. Surtout que tout commence à tourner. Un ballet en un seul acte, qui se déploie. Saoule, les pensées contraires qui l'assaillissent lui font perdre pieds. Un instant elle rit de son propre état, l'autre elle rejoint des aigreurs assassines. Funambule, avançant d'un pieds, puis de l'autre. L'un après l'autre, sur un fil tendu. Sa funambule …

« Ma funambule … Ma funambule … » murmure-t-elle, indistinctement d'abord, puis comme une comptine enfantine, marchant dans un équilibre précaire sur les pointes, le long d'une ligne de la moquette, les bras suspendus dans l'air, oiseau de brume, oiseau de plumes, déployant ses ailes, avant de s'interrompre brusquement, les humeurs aussi changeantes que des flashs venus brûler la rétine : « Tu es venu … Pourquoi tu es venu … ? Tu n'aurais pas dû ... » Murmure encore, qui le trouve, qui se perd, qui ne sait pas. « Je voulais tout renier, avec lui, en lui … Mais je n'ai pas pu … Je n'ai pas pu. Pourquoi je n'ai pas pu ? » interroge-t-elle le vide, se laissant retomber lourdement sur le coin du lit, les épaules voûtées, une jambe nue étendue vers l'avant. Position de repli, de retrait. Elle ne sait même pas s'il est encore là. S'il a enfin eu la pertinence de l'écouter quand elle lui a dit de partir. Tout se mélange, tout se perd. Le voir partir, le retenir. Elle ne sait pas. Elle ne sait plus.


(c) DΛNDELION
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() message posté Mar 28 Aoû - 18:30 par James M. Wilde


« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Et le silence retombe, une chape de plomb sur mes épaules, qui se voutent légèrement. Un poids difficile à porter dans le noir, quand soudainement, le capteur fait fi de ma présence, comme si je n’existais pas. Je n’existe plus, dans l’entre-deux des gris de nos cauchemars, qui se diffusent au travers de la porte. Il est resté lui aussi, quelques secondes, quelques minutes, à parlementer avec le malêtre du dedans, celui qu’elle renferme, une autre chape dont je ne connais guère la teneur. Il est resté à attendre, tout comme moi, mais dans la lumière, dans le jour artificiel qui faisait de son profil des traits de perfection. Je l’ai entrevu comme un voleur, oubliant son visage aussitôt, renonçant à l’image d’un rival qui ne devait pas exister. Qui ne devrait pas exister. Alors l’attente, la main contractée contre le bois aussi factice que tout le reste. Le plat de la paume qui s’abat, comme un coup de semonce. Le capteur ne réagit toujours pas. Je n’existe que pour elle, en des heures qui deviennent incertaines. Je n’existe que pour elle, et mon souffle bat la mesure d’un lien qui souhaiterait se distendre, se rompre peut-être, quand l’imaginaire sursaute, étouffe de seulement envisager une distance que je n’ai su maintenir. La nuit du couloir, le silence, ses pleurs je crois, ses pleurs tout bas. Et puis le filet de sa voix, atténué par la cloison, calefeutré par la peine. Quelque chose se replie à l’intérieur de mon ventre, mal ami, mal amant, qui s’immisce malgré les barrières si longuement érigées. Mais elles sont toutes tombées, elles sont toutes tombées dernièrement, à cause de mes actes malsains, impurs. Je déglutis, je ne parle toujours pas, j’attends, un signe, un geste, rien qu’un pas qu’elle saurait destiner à notre danse incertaine, si fragile. Je tends l’oreille pour tenter de distinguer les notes d’un murmure, mais c’est comme un écho déjà moribond. Une harmonie qui tend vers moi sans pour autant chanter, les notes crèvent déjà, la musique est exsangue ce soir. Dans le noir. Dans le noir. Je ne cesse de me poser la question. Qu’est-ce que je fais là, que suis-je venu chercher ce soir, en répondant à un appel qui ne fut guère porté. Le biais d’un carton est bien indéchiffrable, l’on trace des lettres pour les oublier aussitôt, dans d’autres errances. J’ai griffonné des centaines de messages sur des morceaux de papier déchirés par la hargne d’une sensation. L’on s’arrime à l’idée d’absolu, l’on souhaite une présence, sur l’instant c’est infâme tant l’attente semble rude. Puis les mots fanent, ils n’ont plus aucun écho que la désertion d’un sentiment. Trop vite échu. N’est-ce pas là ce qui présupposa son injonction ? Elle ne m’attend pas ce soir, elle ne m’attend plus. Je devrais partir, je devrais même fuir la scène d’un futur crime. Mon front se pose, il cherche le sien, comme cette nuit depuis des jours refermée, telle une plaie. Elle semble si loin de moi, pourtant juste là. Juste là. Ma main griffe encore, suit les lignes du désarroi, je me recule, prêt à réitérer le coup, l’enragement d’une nature qui se déverse par assaut, contre le bois de la porte mais je n’ai pas besoin d’assaillir un rempart qui bientôt se dérobe. Le capteur est toujours déficient, je la distingue à peine, silhouette débauchée dans des habits qui dévalent sa peau. Les gestes de l’autre, les siens peut-être, des stigmates d’une scène qu’il me semble violer. Je demeure planté là, dévorant son image, le visage interdit, les prunelles éminemment acérées sur le spectacle qu’elle offre. Mon prénom en hommage, sans aucune acidité ou violence. Il me semble si cru, sur ses lèvres pâles. Elle a pleuré, je le sais, je le sens, et son sursaut soudain est tel un coup de fouet qui m’oblige à me mouvoir. Je hausse les épaules, comme quelqu’un qui passerait dans le théâtre désolé de sa chambre par hasard, ne répondant que quelques syllabes :
_ Je suis venu.
Le constat est presque aussi ténu que son propre grain de voix, la scène est fragile, presque fugace, et tous les pourquoi qui me semble inhérents à ma phrase demeurent sans réponse. Il y a un blanc, un silence qu’elle comble, nerveuse, inaccessible dans cet état que je ne lui connais guère, que je devine toutefois. J’adopte le même lorsque tout vacille sous mes pas tremblants. Les relents de l’alcool rendent son timbre un brin éraillé, effroyablement envoûtant. J’aimerais les recueillir sur sa bouche, mais je ne bouge toujours pas. Rivé à ces mots qui sont semblables à ceux qui tournent et tournent encore dans ma tête. J’étais loin. J’étais si loin. Mais si proche de toi, en permanence, si tu savais. Si tu savais. Mais je ne dis rien, je ne lui dis rien d’un état qu’elle ignore, je reste l’inconnu de passage sur le seuil d’une retraite éphémère. Les couloirs des hôtels se ressemblent tous, les gens y furètent dès que la nuit se meurt, des âmes grises qui recherchent la perdition dans d’autres bras. Les siens. Les siens sont nus dans son déshabillés, mes yeux suivent les lignes de fuite, ce lointain qu’elle augure. La suite demeure suspendue et le sourire qu’elle offre me semble déformé par quelque chose de factice, avant que je ne comprenne que l’attente se mélange à l’aigreur. Cet égocentrisme que j’ai chevillé au corps me fait légèrement relever le menton, surtout lorsque mon patronyme cingle l’air. Et le ton de ma voix se hérisse d’un détachement des plus faux :
_ C’est ce qui se raconte. Personne ne me manque jamais. Personne.
Elle m’a manquée. Presque chaque heure, presque chaque jour. Même quand j’étais enferré dans les bras de l’autre, de Mary, tout paraissait si désincarné. Des gestes sans âme, des sensations évidées, plus brutales parce qu’elles ne savaient pas combler le silence. Ce putain de silence, dans ma tête. Dans mon corps. Ce putain de silence… Le même qui semble se remplir de bruits, de cris, parce qu’elle est là et qu’elle m’accable d’un rire qui s’enfonce sous ma peau. Elle m’a manquée. Pourquoi ne puis-je pas le dire. Le dire simplement. Elle est si pleine d’ivresse qu’elle ne comprendrait pas. Alors je reste là, je reste là. Et la suite, la suite… me coupe tant le souffle que le langage s’enfuit. Tout mon être se révulse parce que quelque part, dans l’état qu’elle expose, elle sait. Elle voit. Que parfois un fantôme vient perturber ses traits. Que mes angoisses font renaître une autre qu’elle ne sera jamais. Alors les mots sont las. Las. Et plein d’une tristesse que si peu je distille :
_ Je sais qu’elle n’est plus là. Je suis venu. Je suis venu pour…
Toi. La phrase bute, le sens devient borgne car elle a raison. Ca n’a pas d’importance. Ca n’en a strictement aucune et la bouteille choit comme une preuve trop encombrante. Elle ne m’entendrait pas. Elle ne me croirait sans doute pas non plus. Et pourtant quelque part, je sais qu’elle a souhaité ma présence, je ne peux pas me tromper. Alors quoi ? Quoi ?
_ Il s’est passé quelque chose.
Une fausse question, un autre constat, puis le silence encore qu’elle perce d’une comptine comme lorsqu’elle était sur mes genoux, dans la voiture. Mais ce n’est pas une chanson que je connais, cette chanson, c’est l’écho d’un passé dont je n’ai aucune mémoire. Et qui la hante.

Je franchis le seuil sans m’en apercevoir, elle semble prompte à vaciller, tout mon corps aimerait la retenir, mais je penche la tête pour observer sa drôle de danse. Il y a quelque chose d’attirant dans sa perdition, de troublant. Et dans le trouble qu’elle partage, je m’entends lui répondre :
_ Je n’aurais pas dû non. Mais je n’ai pas pu m’en empêcher.
Le pourquoi dans son sillage, je marche, sans précipitation, puis me pose tout à côté d’elle sur la couche, lui faisant face, sur le côté, en miroir d’une douleur qui semble envahir toute la pièce. Pas de distance, à peine, le tissu de mon jean rencontre sa peau nue, lorsque nos genoux se frôlent. J’esquisse un geste, j’attends qu’elle l’accepte, comme lorsqu’on teste les réactions animales. J’ôte une mèche de ses cheveux de son visage, je glisse une caresse en suivant la ligne de ses pleurs asséchés sur sa joue. Nos discours se complètent, ils ne s’imbriquent pas tout à fait. Trop de zones d’ombres, trop de non-dits.
_ Parce que tout ce qu’on renie ne fait que rester là, à l’intérieur. A pourrir. Jusqu’à nous révulser. Le reniement, ça n’existe pas Eleah. On renonce, c’est tout. On renonce juste un temps. Mais le temps est trop court. Comme à la fin d’une portée.
Mon souffle lent, calme, compense cet état si nerveux qu’elle a, malgré l’alcool, comme si ce qu’elle fuyait pouvait encore la rattraper, là ce soir, là tout de suite. Là dans cette chambre. Ou dans une autre, je ne sais pas. Je ne peux pas savoir. Je ne suis même pas certain de le vouloir. Mais partager la douleur, me nourrir de la peine pour croire encore qu’elle ne s’écroulera pas, ça j’en suis capable. Elle lui ressemble c’est vrai. Surtout comme ça, hantée par les ombres, mais ce ne sont pas les miennes ce soir. Ce ne sont pas les miennes.
_ Je suis venu pour te dire que je n’ai pas eu l’envie d’oublier. Je ne peux pas oublier. Le passé. Et toi non plus. Toi non plus tu ne peux pas.
Passés pluriels, de ceux que l’on partage, d’autres qui nous hantent et qui nous traquent. L’on ne peut pas oublier, l’un et l’autre. L’un à travers l’autre non plus. Impossible. Jamais.
_ Mais ça change quoi hein ? Il suffit de faire semblant. Encore un peu Eleah, hein ? Juste encore un peu...
Mon geste se réitère, ma voix est lente, cherche à l’apaiser, ma main glisse sur son épaule comme pour en chasser la tension qui s’y niche, la peur qui l’enserre. Juste encore un peu, mon amour. Car tu sais comment faire, tu l’as toujours su n’est-ce pas ? Ce faux pouvoir que l’on brandit tel un accessoire sur scène, pour survivre, pour renaître chaque fois. Tu sais, tu le sais, car quelque chose t’a un jour brisée. Ma main continue de consoler, mes yeux suivent l’ébauche du vide dans les siens. La chute… La chute. Le désaveu le pire qui soit. Et quelqu’un, quelqu’un pour vous retenir. Toujours.
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() message posté Mer 29 Aoû - 11:39 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Il est venu, oui. Il est venu. Le constat est un écho. Elle en revient à peine. Une venue insensée, reniée, désirée toutefois. Mais dans la matérialité d'un désir inavouable qui se réalise, l'incertitude la gagne, la subjugue d'émotions contraires. Il est si calme sur le seuil de la porte. Il la regarde de cette façon qui intime qu'il ne sait pas bien non plus pourquoi il est là. Ou qu'il le sait si fort au contraire qu'il ne peut se permettre de le dire. Émotions corrompues … Corrompues. L'équilibre sur ses jambes est si incertain tout à coup : elle les sent trembler sous son poids, menacer de la faire chavirer. Elle se retient à l'image détachée qu'il renvoie. A cette troublante image, imparfaite, illusoire … Menteuse. Là pourtant … Brandie comme une arme, venue la heurter telle une gifle. Elle a envie de le toucher, de glisser ses doigts sur les interstices malicieux de sa peau, de retrouver les rêves, en filigrane de l'odeur boisée de sa nuque, de les poursuivre jusqu'à s'essouffler pour oublier tout le reste. Sa réponse la cueille à la place, la statufie à l'intérieur, quand au dehors elle rit plus fort. Un rire sous-tendu, faisant vibrer la cage thoracique de ses aigreurs. Un rire si faux, si dédaigneux. Il la transfigure, mettant en exergue la plaie purulente. Elle saigne de nouveau. Rouverte sans doutes. Rouverte parce qu'il semble de prime abord être venu pour tout renier. Une venue inutile, puisqu'elle imagine qu'il a déjà su le faire. Là-bas, en Ecosse. Ou ailleurs, peu importe. Si c'est pour lui dire tout cela qu'il a parcouru des centaines de kilomètres, il n'avait pas besoin. Elle aurait compris.

« Personne … Jamais … Vraiment ? ... Qu'est-ce que tu fais là alors ? Va-t-en. Personne ne te retiens. » sursaut de lucidité au fond de sa voix, un calme maîtrisé par l'amertume. Sa main balaye l'air entre leurs deux silhouettes, pour le chasser. Le voilà qui ne dit plus rien à présent. Mutique, face aux constats que l'ivresse lui fait murmurer tels des psaumes. Ils roulent sur sa langue acide, son regard a plus de distance. Il croit qu'elle ignore, peut-être, cette façon dont il la regarde parfois. Identité usurpée. Identité arrachée, balancée pour lui rappeler une entité qu'elle ne veut pas connaître. Qu'il traque, sans doutes, à travers elle, en permanence. Et chaque fois qu'il la regarde de cette façon-là, elle sent des ongles impitoyables s'enfoncer dans sa poitrine, qui essaient de fouailler les chairs sous les côtes pour mieux lui arracher l'identité qu'elle a mis tant de temps à acquérir. La sienne. La sienne seulement. Personne d'autre. Sa réponse ne fait que lui confirmer, par erreur, ce qu'elle a pu subodorer sans en être totalement sure. Il y avait cette petite voix au fond de sa tempe qui venait lui murmurer qu'elle se trompait. Qu'il n'était pas comme tous ces autres, venus traquer une version usurpée d'elle-même tout en reniant les facettes déplaisantes. Celles qui n'apporteraient rien. La blessure est immense alors. Trop sans doutes, par rapport à tout ce qu'elle est capable de supporter. Il ne dit rien pour la contredire. Elle est trop ivre, pour remettre en doute, pour songer à des subtilités enfouies. Alors elle le croit. Dans l'incomplétude des phrases qu'il murmure, dans les aveux muets qu'il promulgue. Elle le croit sans le moindre doute, parce qu'elle ne peut guère faire autrement.

« Pour quoi ? Pour qui ? » l'assène-t-elle, le visage tiraillé. « Une chose est sure … Ce n'est pas pour moi. Je le sais maintenant … Je le sais. Inutile de faire semblant.  Inutile … » L'air est balayé par sa silhouette qui se meut dans la pénombre. Elle y trouve un habitacle rassurant où se renfermer en elle-même. Sa question meurt à l'intérieur de sa conscience. Elle s'entend à peine prononcer un lointain : « Il ne s'est rien passé, quelle idée ? Rien d'imprévisible … Rien de surprenant. » Non, rien. Parce qu'elle savait déjà, il y a trois ans de cela, qu'ils finiraient par le laisser sortir. Que si délibérément, elle faisait le choix de se taire, ils ne pourraient pas le garder plus longtemps. Ce foutu choix, qui lui revient comme un coup flanqué dans le ventre. Celui qu'elle a fait ce jour-là, dont elle a essayé d'étouffer les marques sur son corps à lui. Il était déjà là alors. Quelle ironie. Il était déjà là, oui. Cruel hasard, terriblement joueur. Il est là encore aujourd'hui. Pourquoi ? Pourquoi ? La précision est si fragile qu'elle la laisse exsangue, assise. Ses doigts s'enfoncent dans les draps déjà froissés, les plient entre eux, spasmes silencieux. Elle le voit à peine la rejoindre, sent tout juste le matelas s'affaisser un peu sous leurs poids. Il amorce un geste dans sa direction. A peine un effleurement, qu'elle rejette dans un premier temps, la jambe contractée par un mouvement de retrait infime. Les nerfs se domptent pourtant. La silhouette se calme. Elle accepte sans mot dire sa présence à ses côtés, ne dit rien lorsqu'il trace quelques attentions jusqu'aux traits de son visage. Ses prunelles s'agrandissent, détaillent avec une apathie semée de trouble les lignes marquées de ses expressions. A-t-il remis le masque ? Où est cet être, auréolé de noirceurs, qui a tant su la fasciner ? Qu'elle a cru aimer ? Qui a su la voir, telle qu'elle était ? Avec qui elle était libre … Si libre.  Il n'est pas là … Elle le traque. Elle le cherche. Mais dans ce qu'il dit, elle ne voit rien. Il n'y a que la négation, le renoncement. Le même que celui qu'il invoque. La blessure lui fait mal. La douleur sursaute, se traduit par un bref soupire. Ses phalanges se délient avec lenteur, tracent l'esquisse d'une caresse indicible sur le côté de sa cuisse. Elles ne vont pas jusqu'au bout, elle s'interrompent. Elle n'ose plus le regarder, se contente de balbutier à contretemps :
« C'est ce que tu as fait … Renoncer ? Tu m'as laissée … à l'intérieur de toi … Tu me laisses y pourrir à présent, c'est ça ? »

Calme, si calme. Le calme du renoncement. Celui qu'il embrasse, dont il s'est fait l'amant. Elle ne peut pas lutter contre ça. Concubine pourrissante. Ses doigts se referment parce qu'elle éprouve des fourmillements en leur bout. Cela les alourdit. Elle les sent à peine. Comme lui, dont le calme l'accable. Son aveu lui arrache un sourire empreint d'ironie. Elle étouffe un rire encore, croit lever les yeux au ciel. Elle ne dit rien pourtant, l'esprit alangui par l'alcool, le bouillonnement du sang trop intense pour qu'elle puisse y voir clair. Elle se laisse aller au son de sa voix, aux murmures qui tonnent comme des comptines délicates, mais qu'elle reçoit comme d'immondes injures. Sa silhouette assouplie se laisse aller contre lui, sa tempe, proche de son épaule. La respiration lente, régulière, endormie. Mais ce n'est qu'un leurre. Un leurre dont elle s'empare, quand la tension grimpe les barreaux qui l'enferment, tirent sur eux avec puissance pour les faire ployer, et la laisser sortir.

« C'est pour ça que tu es venu ? … Pour faire semblant, encore un peu ? C'est ça que tu veux … Des leurres … Des leurres encore … Toujours. » murmure-t-elle, avec le même calme que le sien. Celui du renoncement. « Si simple … Si simple. » répète-t-elle, écho se perdant dans la pénombre. On dirait qu'elle est sur le point de s'endormir, que l'alcool est un poids devenu trop lourd à porter. Mais voilà que tout à coup elle se redresse, se hisse sur ses jambes. « Est-ce que tu t'entends seulement parler ? » La phrase cingle l'air ambiant, elle ne le regarde même pas, saisie par la fulgurance d'un élan irrépressible qui l’entraîne jusqu'au mini bar qu'elle ouvre sans précautions après s'être agenouillée devant.  « J'ai besoin d'un autre verre … » Elle balance une mini bouteille de jus de fruit sur le côté, désintéressée. Fouaille à l'intérieur, dégotte ce qui doit être de la vodka. Le bouchon craque, la bouteille est minuscule. Elle la porte au bord de ses lèvres, en vide une longue gorgée qui la vide de moitié. « Merde, c'est dégueulasse ... » exulte-t-elle entre ses dents serrées, révulsée par le goût, pas assez pour renoncer cependant. Elle se relève, l'équilibre de nouveau précaire, dessine des gestes aérien autour de sa silhouette. « T'as raison James. Faisons semblant encore un peu. C'est sii commode hein ? Tu es si las de tout … de tout. Tu as tant renoncé que tu ne sais plus faire autrement. Tu sais pourquoi je n'ai pas réussi, à te renier ? Parce que pour la première fois depuis longtemps, j'ai cru que quelqu'un me voyait … Enfin. Derrière tous les mensonges. J'ai cru qu'il y avait enfin quelqu'un pour m'apercevoir, sans me désavouer. Je me suis sentie libre … Parce que je n'étais pas une version biaisée de moi-même. Tu n'as pas repoussé … Le plus laid. Et même si j'ai eu peur  … Même si j'ai eu honte … de moi … de toi … Même si ça m'a révulsée … je me suis sentie libre. Pour la première fois depuis des putains d'années … Et même si c'était une torture … j'étais libre. Sauf qu'il fallait faire semblant encore … Encore un peu. Remettre les fers, parce que c'est plus simple n'est-ce pas ? Renoncer … Il fallait renoncer, une fois de plus. Je voulais le faire.  Je le voulais … Mais je n'ai pas réussi, pas totalement … Parce qu'on ne m'a pas appris à renoncer. Parce que si c'était le cas, je serais morte depuis longtemps. Mais toi tu as pu n'est-ce pas ? C'est ce que tu fais … Tu renonces, encore et encore. J'en viens à me demander s'il y avait seulement une once de vrai dans ce que tu m'as donné … Dans ce que tu m'as laissé entrevoir … C'était si beau … Je n'avais jamais vu quelque chose de semblable … D'aussi cru … d'aussi pur... Sans artifices ... » La langue, totalement déliée par l'alcool. Plus de mensonges, plus de leurres. Une franchise absolue dont elle ne fait jamais preuve, enveloppée qu'elle est d'habitude de ces faux-semblants qui empêchent de tout dire quand on en crève pourtant. Sur l'instant elle ne se rend pas compte des conséquences. De ce trop-plein qui doit sortir. Elle s'interrompt, vacille, lui revient. Des atours guillerets en parade, elle lève sa petite bouteille dans les  airs, porte un toast, l'ironie devenue une arme incisive. « Mais t'as raison James, faisons semblant. Faisons semblant encore un peu. Juste encore un peu. D'ailleurs, parlons-en. Laisse moi te raconter une petite histoire. » Elle s'est avancée, sa main allant se plaquer contre son épaule, impérieuse. Qu'il l'accueille, qu'il la repousse, devenue sourde, elle s'en fou. Dans sa sphère elle entre, venant s'installer sur ses genoux, à califourchon, les muscles raides, poids venu l'enferrer à l'obscurité de ses songes. « C'est l'histoire d'un homme, qui avait appris à faire semblant. Depuis toujours … Tout le temps. Aux yeux des autres toujours charmant … Image de la force brute, forgée par la colère. Tout le monde se doutait, personne n'osait le dire. » La voix légère, conte enfantin, ses doigts qui remontent le long de son bras comme un petit personnage marchant sur un chemin déjà tout tracé. «  Parce que le subterfuge était troublant. Assez pour semer la confusion, le doute. Aussi parce que les leurres, on s'en contente. C'est plus commode, c'est attirant. Tellement plus simple. Il a fait semblant suffisamment longtemps pour les endormir, pour qu'ils ne voient pas ce qu'il est, à l'intérieur. Même elle, elle n'a rien vu. Elle n'a rien voulu voir du moins … Elle n'a vu en lui qu'un leurre délicieux dont elle était prête à se contenter. Et puis un jour, il n'a plus eu la force de se cacher. Plus devant elle en tout cas … devant eux.  Il n'a pas su renoncer totalement à ce qu'il était. Alors il s'est révélé, tel qu'il était. A ceux qui avait consenti à se laisser duper. Parce qu'ils savaient, au fond, ce qu'il était. Ils savaient … Mais il n'était pas ce qu'elle voulait voir, ni ce qu'elle espérait. Alors il l'a haïe, plus que toutes les autres. Il l'a détestée, de s'être contentée d'un leurre. Un vulgaire leurre. Il a voulu lui faire payer.  Il n'a pas pu s'en empêcher.  Renouer avec ce qu'il est … sa seule nature. Il ne pouvait pas y renoncer toujours, cela l'aurait tué. Il aimait tant venir … Sous couvert de la nuit … Oh ça oui … Glisser ses doigts … Par ici … Juste là ... » Ses ongles se plantent sur le dos de sa main, plaquent sa paume contre l'intérieur de sa cuisse nue, la faisant remonter avec lenteur. «  Tu crois qu'il faisait semblant lui aussi ? Tu crois qu'il faisait semblant, lorsqu'il  cajolait la peau emplie de terreurs … qu'il lui murmurait la pureté insensée de son amour … Tu crois qu'il  mimait les affres de son plaisir, lorsqu'il caressait le ventre candide … Lorsqu'il gémissait, en entendant les os se briser … les larmes s'assécher sur les joues … Les cris s'érailler dans la honte … Tu crois qu'il mentait, dans la haine qu'il éprouvait de lui-même ?  Non … c'était lui … Sa vérité crue … Sa vérité nue. Mais il a su comment renoncer … Il a su leur faire croire … Il a su faire semblant. Il a su renouer avec d'anciens mécanismes … Pour survivre. Et maintenant il est libre … Et moi … Je ne le serais plus jamais, parce qu'il n'y a plus personne pour me voir ... Plus personne. . » elle relâche la prise autour de sa main, le libère, reste là. Elle vide ce qui reste de sa petite bouteille, l'observe de ses traits fatigués entre ses cils, ajoute enfin, telle une conclusion, des aigreurs dans le ventre : « T'as raison, on oublie pas. On ne peut pas. » Ivre, ivre encore. Le corps lourd, le cœur plus encore. Elle ne veut pas faire semblant. Elle ne veut pas être comme lui. Monstrueuse oui, monstrueuse et libre. Libre, sans le couvert de ce qu'il ne faut pas dire, sans les artifices qui montrent ce qui n'existe pas.


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() message posté Mer 29 Aoû - 20:52 par James M. Wilde


« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Et les miroirs basculent, renvoient des reflets qui n’ont plus rien de vrais. Un moi falsifié pour parure, ce moi qui se meurt de seulement exister. Subsister dans l’étrangeté d’un monde, vomi mille fois, condamné à l’outrance, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que des camaïeux passés, comme ces étoffes usées qui s’étiolent entre les doigts serrés. Un monde peuplé d’errances, au pas de souvenirs distendus par la haine, le staccato d’une douleur qui croît. Qui croît en ce moment même, alors qu’elle me regarde comme pour me juger. Me rendre à une image que je peine à porter, à agiter pour troubler la surface, dissimuler les fautes pour enterrer l’émoi. Au pas de tant de contradictions qui crèvent, impossibles à dire, impossibles à exprimer. Au pas. Arrêté. Sur le seuil d’une chambre, décor avide de personnages à dévorer, à mettre à mal dans une scène à la fois sordide, en même temps si parfaite pour nos deux âmes déformées. Elle vacille, je bascule, droit, c’est mon esprit qui flanche, qui se raccroche dans un sursaut maladif à toutes les prétentions creuses qu’il a accumulées comme de bien piètres trésors, depuis des années. Dans ma tête, à chaque souffle, plus perturbé que le précédent, je m’imagine combler le vide et savoir la trouver, l’arracher à ses divagations, rejoindre son corps, le retenir au bord du gouffre, mais je ne le fais pas. Je ne le fais pas. Au pas. Arrêté. Une statue sclérosée par tous les non-dits qui creusent mes traits. Une image en mouvement, glacée, glacée. Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que je suis venu chercher ? Si ce n’est toi ? La phrase tombe, trop calme pour demeurer sourde, elle résonne dans ma cage thoracique tel un outrage, et mes dents se serrent sur l’amertume qui reparaît. Les images défilent, la chair si froide, le plaisir bien trop bref, la complétion refusée. Au bord des lèvres, s’apercevoir que l’on ne respire plus que du vide, plus que des cendres. Le désir déjà mort parce qu’il n’a pu entièrement s’épancher. La frustration comme seul linceul. Les mots crissent d’un désaveu palpable, d’un agacement qui ressurgit, à revivre une nuit détestable qui n’a pas su compter. Qui n’a pu me débarrasser d’elle, au creux d’un autre corps. La prétention pourtant, la prétention toujours. Et cette arrogance de parade :
_ Crois donc ce que tu veux.
Elle cherche à me congédier, je demeure rivé au même endroit, à distinguer la houle qui soulève ses pas incertains dans l’espace encombré par la nuit. Les mots glissent, les mots sifflent, et mes aveux qui choient dans une douloureuse honte, ébranlent ces faveurs que j’avais su gagner. Et l’idée fait si mal, l’écho me trouble tant que je ne parviens pas à compléter le sens qui pourrait plaider en ce nom qu’elle semble vouloir abjurer. Lorsqu’elle me considère, je la comprends blessée, dénaturée par cette autre que j’ai su inviter dans les ténèbres que je charrie dans mon sillage. Incommodant fantôme qui hante tous les doutes, qui se nourrit d’une culpabilité encombrante parce que mon être tend à une nouvelle alliance. À tisser un lien sans doute aussi trivial, aussi brutal. Une hérésie de plus, une hérésie de trop, la culpabilité gonfle et m’ôte le langage, ces mots que je devrais répondre pour chercher à la détromper. Pour toi, pour toi, hurle mon désarroi, qui blêmit mon visage, qui agrandit mon regard qui la scrute. Mais je ne sais pas le dire, je ne peux pas le dire, pas comme ça. Pas au détour d’une phrase trop incomplète pour qu’elle puisse comprendre tout ce qu’elle sous-tendra. Pas encore. Pas maintenant. Je m’entends statuer, sur un ton des plus sombres, l’amertume qui feule entre mes dents serrées :
_ Si tu sais, alors tant mieux pour toi.
Moi je ne sais pas. Je ne sais pas. Je sais tant de choses que j’oublie aussitôt. J’ai tant de certitudes qui côtoient toutes mes peurs en cette nuit funeste. Mon assertion rencontre ses divagations, le sens prend l’eau, la conversation coule à pic, et pourtant dans une concession des plus simples, elle confirme ce que je sens déjà. Rien de surprenant peut-être, mais toutefois tout pour la désarmer. Je ne suis pas la cause de la noyade, je ne suis que l’objet des angoisses à se sentir sombrer. Si les mots sont exsangues, et que ma colère grogne dans ma respiration saccadée, je la rejoins pour mieux la voir, pour mieux deviner ce qui tourne à la rendre malade, dans son esprit assailli par l’horreur. Elle était presque ainsi, cette nuit-là, à Galway, désespérée et ivre, mais quelque part bien moins distante. Nous ne nous connaissions pas vraiment, je ne représentais rien, c’est peut-être pour ça. J’attends son consentement, je reçois son rejet tel une blessure qui m’apparaît bien trop profonde. Ça fait si mal, si mal de ne pouvoir la toucher, si bien que lorsqu’elle m’accepte, le désespoir s’invite dans mes prunelles, et je cajole son image avec des doigts tremblants. Tout mon corps agonise de ne pas la tenir entre mes bras serrés. Je parle. Des vérités absentes, des parades éculées, qui m’ont sauvées jusqu’à l’ignominie d’une survie sans fin. J’ai renoncé un jour, c’est vrai, j’ai renoncé à ce que j’étais, quelque part, entre des murs blafards pour savoir m’en excaver. Pour savoir remonter à la surface, exister tel un parasite qui se glisse sous des masques multiples, tous très savamment étudiés. Je t’ai laissée… à l’intérieur de moi, mon amour. Je t’y ai laissée, mais tu me ronges, tu me ronges. Les syllabes sont atones :
_ Peut-être…
Ce serait mieux, ce serait simple. Ce serait plus facile si elle savait crever, comme toutes les autres. Comme toutes celles qui furent, invitées de passage, frénésies des plus éphémères. Iridescences bientôt fondues au noir d’une nature estropiée. Mais je n’y parviens pas. Je l’ai souhaité des heures entières, à conjuguer mes nuits au désamour de ce que j’avais su traquer en elle. En elle. Ma peau se hérisse d’une sensation malsaine, je retiens un frisson qui trahirait cet état qu’elle convoque, rien qu’à recueillir ce calme dont je l’abuse. En moi, le monstre déraisonne, harangue mes pensées pour les précipiter en nombre, hurlements qui chantent des injures affreuses. Lâche. Si lâche, une fois encore. À abandonner les cadavres dans un sillage immonde. Si lâche, James. Si lâche. J’aimerais qu’il se la ferme, j’aimerais me reposer, je suis si fatigué. Fatigué de lutter, fatigué d’avoir mal, fatigué de sentir la douleur qu’elle exprime rien que dans sa silhouette corrompue par mon corps, contre lequel elle repose. Si lâche. Si lâches. Alors pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi être là quand tu aurais dû fuir, ne jamais plus la voir, ne jamais plus l’affronter. Mes yeux ébauchent les traits de sa joue, suivent une mèche de cheveux avant que ses murmures ne viennent se joindre aux psalmodies de la bête. Mon timbre tremble. Si lâche. Si lâche. Si simple. Si simple.
_ Dors. S’il-te-plaît…
Ne parle pas encore, renonce à ton tour, renonce par pitié. Ne viens pas exhumer tout ce que je peine à enfouir, ne viens pas me chercher, quand j’essaye de te fuir. Et c’est comme une saccade, tout son corps se dresse, exergue le courroux qui brutalise ma posture. Toujours assis, effroyablement droit, mon oeillade sévère suit ses déambulations jusqu’au minibar qui dévoile ses poisons. Si simple. Si simple, hein ? Pourquoi tu ne tais pas ? Vas-tu te taire enfin ? Bien sûr que la vodka c’est dégueulasse, mais ça n’est pas le sujet, mon amour. Mon putain d’amour. Vas-tu te la fermer ? Mais je me tais, je ne dis rien, la mine austère, et les yeux assassins, qui détaillent ses airs, parce qu’elle se cabre plutôt que de ployer. Si lâche. Si lâche, James. Le ricanement qui résonne dans ma tête ressuscite toute ma rage que je surprends entière, là, attendant quelque part une faille, un sursaut. C’est sans doute elle qui aura su le dessiner. Chaque mot qu’elle assène, de ses airs supérieurs et aériens, sont des lames qui m’atteignent, des gifles qui me cinglent. Chaque foutu mot rencontre ma colère, lui insuffle une énergie dont je croyais être démuni depuis que je l’avais quittée. Son discours me fait mal, son discours me blesse. Parce qu’il est vrai. Chaque mot pour rencontrer une pensée similaire, qui fut destinée à cette nuit qu’elle dépeint telle que je l’ai maudite. Tout son discours dévale jusqu’à moi, raidit mes muscles, durcit mes traits, et mes paupières se plissent devant la trivialité qu’elle délivre. Les façades s’écroulent et je ne peux plus prétendre, renier ce qu’elle avoue est au-dessus de tous ces combats éprouvants que j’ai tant su mener. D’aussi cru. D’aussi pur. Je n’ai rien à défendre, je n’ai rien à contrer. Ma bouche se pince devant ma répartie mutique, qui cherche encore à la garder de ce pire qu’elle a seulement frôlé. Les mots sont mécaniques, faux, fourbes, froids :
_ Je te l’ai dit. Crois donc ce que tu veux, Eleah.
Son prénom je le crache, comme une injure que je ne porte pas, mais rien ne l’ébranle car je demeure absent à moi, arrêté dans l’outrage pour ne savoir comment le compléter. Le mur est loin encore, je pourrais me tirer. Je pourrais partir là, la laisser désoeuvrée, ivre, délirante, dans son foutu plumard. L’abandonner, reprendre l’avion, l’oublier, la dénigrer en songes, et ravaler son petit discours jusqu’à ce qu’il sonne creux. Jusqu’à ce que le sens le quitte, à trop le remâcher. Jusqu’à ne plus croire ce que j’ai ressenti, jusqu’à ce que le souvenir quitte ma chair, quitte ma peau, abandonne ma tête. Jusqu’à la haïr suffisamment pour la fuir toujours. Mais même cela, je n’y parviens que peu. Je ne la hais pas. Je ne la hais pas. Pas tout à fait. Je la déteste, et je l’adule. Je l’abjure, et je l’adore. Tout cela ensemble. Tout cela ensemble, jusqu’à ne plus savoir, de ces sensations qu’elle m’impose, de celles qu’elle fait naître, de ces autres que j’ai forgées contre elle. Aussi cru. Aussi pur. Mes iris la bravent et bien sûr je réponds à son toast absurde par un petit signe de tête bravache.
_ Mais raconte-moi tout ce que tu veux, vu que tu ne fais plus que causer.
Les mots deviennent plus rapides, se glissent dans des accents plus acerbes. Le serpent recouvre ses allures, il la regarde bien. Bien en face, surtout lorsqu’elle revient tout près de moi, jusqu’à m’envahir, sans que je ne sache la recevoir. Mes muscles se tendent plus encore, ma mâchoire exhibe ses lignes tranchantes, sa présence m’accable, m’enivre. Mon désagrément combat mes réflexes malades, je me retiens de seulement la repousser, préfère faire montre de fureur, plus farouche que lâche. Je ne reculerai pas. Je ne reculerai pas, pas devant toi. Et je l’écoute, je bois ses mots, j’en nourris toute ma hargne, son conte dévoile une mémoire que j’ose lui assigner. J’ose l’imaginer, à la fois actrice et prophétesse, de ce conte tordu. Le mime de ses doigts, m’arrache une sorte de grondement, ses ongles tracent des brûlures. Et peu à peu, malgré la rage, malgré la contrainte de ses cuisses qui m’enserrent, malgré mon corps qui se rappelle sa présence et réagit bien malgré moi, malgré la fièvre qui se glisse dans mes yeux, malgré mon souffle qui se perd, malgré l’angoisse et les échos de la luxure, je tombe dans son histoire. Le précipice je le vois, je le trouve, pire encore je m’y laisse tourbillonner, jusqu’à ne plus savoir, de qui elle parle, qui devient personnage, qui est cet homme qu’elle dépeint. Lui. Moi. Elle. Nous. D’autres peut-être. Les identités se déploient, et les mots retracent des souvenirs qui furent un jour les miens. Et le monstre susurre un écho malsain. Tout le monde le savait, tout le monde le savait, James. Mais ils ne voulaient pas voir, n’est-ce pas ? Ils ne voulaient pas voir, eux non plus. La voix du monstre devient celle d’Eleah, à l’extérieur, à l’intérieur, elle m’envahit, me manipule, et mon expression devient féroce, bouleversée une seconde, une autre presque dérangée par cette persona qu’elle verse à mon oreille. Elle ne voyait pas, hein, James ? Elle ne voyait pas qui tu étais. Elle ne voulait pas le voir. Elle ne le voulait pas. Et elle, elle, cette danseuse courtisane, qu’est-ce que tu crois ? Qu’elle sait te voir ? Qu’elle pourrait seulement te subir si tu te libérais ? Folle. Folle. Folle qu’elle est. Tout comme l’autre. Menteuse. Si menteuse. À croire pouvoir le supporter. Toi aussi tu es devenu un jour qui tu devais être, qui tu étais tout au fond de toi. Ils ont su. Ils ont su. Et ils ont hurlé. Ils ont hurlé. Puis ils ont oublié, n’est-ce pas ? Ils t'ont oublié dans le noir. Pendant un an. Une année entière, à renoncer lentement. À apprendre à mentir. Elle aussi elle oubliera tu sais. Elle oubliera. Parce qu’elle ne pourra pas te supporter. J’ai mal, j’ai froid, et pourtant je sens la fièvre remonter mon échine. Et son histoire encore, et son histoire toujours, les gestes deviennent indécents, elle m’impose une caresse qui me répugne tout autant qu’il comble cette nature si proche de celle qu’elle dépeint. Et je la déteste. Je la déteste de me faire ressentir cela. Ma main se crispe sous ses ongles, cherche à se dégager, et je siffle, brutal :
_ Arrête ça…
Une menace qui gronde, mais qu’elle n’entend pas, qu’elle n’entend pas tout à fait, tandis que je l’abhorre, qu’elle me connaît mieux que quiconque à l’instant même où elle me substitue à celui qui l’a détruite un jour. À cet instant, je sais, je sais. Pas tout, pas l’ensemble, uniquement ces détails qui tombent dans mon ventre, m’écoeurent, et quelque part déclenchent cet instinct qui gît au fond de moi, qui gît depuis si longtemps. Si longtemps. Si longtemps à prétendre… Bien sûr qu’il fait semblant, ricane la bête, devant cette femme qu'elle idolâtre aussi, et qu'elle aimerait contraindre. Bien sûr. Regarde-le. Regarde-le donc. Mes doigts se contractent, viennent navrer la chair de sa cuisse comme pour lui faire mal, c’est un réflexe absurde, pourtant entier. Si proche. Si proche. De ce qui est. Le plus laid. Le plus laid. Et ma voix se délivre, déformée, accablée par ses sensations que je renie et que je ne peux que quémander :
_ Mais qu’est-ce que tu crois, pauvre enfant ? Qu’est-ce que tu crois ? Qu’il est libre, aujourd’hui ? Qu’il est libre dans le renoncement de sa bestialité ? Qu’est-ce que tu crois, à la fin ?!
Mon murmure est agressif, si proche de son visage :
_ La seule liberté, il l’a eue, la seule liberté qui soit. Dans l’horreur. La seule… C’est cela, la liberté que tu chantes, que tu clames. Que tu crois salvatrice quand la seule qui existe c’est celle qui consiste à détruire celle de quelqu’un d’autre. C’est la seule, Eleah. La liberté si crue que tu as su frôler, et que tu veux encore, parce que tu aimes ça hein ? Tu aimes ça, ressentir cette destruction qui t’a tant de fois caressée.
Et c’est mon souffle qui la caresse, ma main qui se meut parce qu’elle l’a relâchée. Libre. Libre. Libres. Monstrueux. L’un et l’autre. L’un et l’autre. Répugnants dans notre difformité.
_ Il n’est plus rien, rien, tu entends ? Rien parce que la liberté brûle, dévore, c’est comme la pire des cames, la pire des sensations. Et après, tu es vide. Tu es juste vide, abandonné. Et tu cherches autre chose à détruire, autre chose à broyer. Encore. Encore. Encore. C'est cela que tu susurres. Encore un peu. Juste un peu, de cette liberté-là. Et tu veux oublier, mais tu ne peux pas. Non tu ne peux pas.
Mon doigts se pose sur sa tempe, appuie comme pour la faire flancher :
_ Parce que ce sera toujours là. Toujours là. Ce goût du sang, ce goût sur tes lèvres dans les nuits où il venait te trouver. Mais il n’est plus rien désormais, et c’est toi le monstre, c’est toi qui brûle de tout dévorer. Alors cesse d’avoir peur, petite fille, cesse d’avoir peur de toi, en m’accusant de ne pas être libre, quand tu ne sais pas. Tu ne sais rien. Ce que m’a coûté cette liberté-là. Oh non tu ne sais pas. Alors, tais-toi. Tais-toi et sois libre. Sois libre, Eleah. Malgré lui. Et contre moi.
Mes deux mains encadrent son visage, mais cette fois-ci c’est pour qu’elle relève les yeux, et me regarde. Ça n'a rien de doux, ça n'a presque rien de tendre. Regarde encore alors. Regarde encore, car je suis là. Je suis venu, n'est-ce pas ? Je murmure :
_ Sois libre, mon amour, je ne t’en empêcherai pas. Jamais. Jamais… Parce que je t’ai vue, ce soir-là. Je t’ai vue. Et je te vois encore. Encore. Encore. Encore.
Mon timbre se trouble, mes doigts cajolent, caressent, contraignent, je ne sais pas :
_ Encore un peu de cette liberté-là.
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() message posté Jeu 30 Aoû - 11:34 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Quadrille en deux temps, le sien, le leur. Valse éperdue d'un corps en souffrance, le tiens, le mien. Elle vacille, elle vacille. Équilibre ténu, maintenu sur la pointe qui saigne et agonise, désireux de flancher, de le regarder mollir à son tour. L’entraîner avec elle, dans l'irrémédiable chute, l'insaisissable danse. Puisqu'il a décidé de venir, et qu'elle ne l'attendait plus.  Qu'il est là, silencieux, paré de ce calme assassin qu'elle réprouve de toutes les forces fragiles dont elle est pourvue. Elle le congédie, l'incite à partir, à franchir le seuil pour ne pas revenir. Mais il reste là, les assertions devenues contraires à tous les gestes qui le maintiennent dans l'écrin refermé de la chambre. Chaque mot qui roule sur sa langue est un heurt placide venant marquer sa peau de nouvelles morsures. Ils font pulser le sang plus fort, s'élancent jusque dans sa tempe. L'ivresse déploie ses serres pour l'y enserrer et accentuer le basculement dans la névrose. Les coups portés sont plus sourds, les réponses impropres. Qu'il ne parle pas, qu'il se taise seulement, si ses lèvres ne bruissent que pour profaner ce qu'ils furent, anéantir les rêves qui gisent à leurs pieds maintenant qu'ils ont su les annihiler. Les syllabes qu'il articule la font tressaillir d'aigreurs, quand tout, tout vrille à l'intérieur. Poison douceâtre se répandant au gré des rouages de son ventre, profitant de la dissonance de ses émotions pour se  frayer un chemin pernicieux, et insinuer le doute. Le doute d'elle, de lui surtout. De ce qu'il est, de ce qu'il fut. Le subterfuge d'un leurre plus troublant que les autres, apparu dans son univers éclectique pour en étouffer les lueurs, et exhumer la rudesse assombrie de sa nature. Et la valse se poursuit. Tourne encore, et encore, et encore. Les affects se révoltent, épouvantent le cœur affolé. Il bat une mesure que même la frénésie ne pourrait rattraper. Essoufflée, exaltée, terrifiée. Il ne part pas, toujours pas. Il reste là. Silhouette statufiée, la répartie absente, comme érodée. Tout s'emmêle, les fils reliés s'entortillent les uns autour des autres, resserrent leur prise autour de son cou pour l'étouffer. Ce qu'il représente, ce qu'il est. Lui, cet autre. C'est trop, beaucoup trop. Un poids si lourd, à soulever de ses épaules frêles. Elle s'affaisse alors, laisse le poids de sa tourmente reposer le temps d'un répit sur son épaule qui la réceptionne. Son timbre qui berce, sa voix qui cajole. Ce serait si simple d'en rester là. De l'écouter, pour une fois. Se laisser aller à la tranquillité éphémère d'un songe. Ployer au gré d'un onirisme alourdi par l'alcool. Son conseil, elle l'aurait suivi si seulement cela ne grondait pas si fort, à l'intérieur. Si son envie d'exulter n'était pas si puissante. Irrépressible. Nourrie par ses phrases dont les sens cachés l'amènent à s'insurger. Ses membres se raidissent, insufflent aux siens un rejet abrupte. Les pas se multiplient dans la chambre, frayent des chemins insensés, parfois absurdes. La rage monte avec lenteur, lave fourmillant au bout de ses pieds, glissant le long des jambes jusqu'au ventre, enorgueillissant la poitrine, rendant la bouche âcre, les tempes brûlantes et les larmes acides. Elle se nourrit de toute cette froideur apparente, qu'il revêt telle une armure incandescente. Les regards assassins, le dédain insupportable. Elle s'imagine un instant se ruer sur lui comme une bête, lacérer ce visage dont elle ne supporte plus l'austérité. Poignarder cet orgueil qui s'entête à bafouer chacun de ses aveux pour ne pas avoir à admettre qu'elle est parvenue à le toucher au-delà des remparts qu'il sait si bien ériger pour se défendre. Qu'il puisse nier cela la rend folle, la fait déraisonner, quand elle mesure déjà tout ce que cela lui a coûté. Elle croit distinguer un frémissement dans sa posture, le signe d'une victoire ridicule, qu'elle ne savoure même pas tant l'amertume la taraude. Le faire ployer, tout arracher, tout détruire. Il n'y a plus que cela qui compte, lorsque sa langue se délie, que son corps le rejoint et l'accule.

Le conte de sang et d'ivresse se projette sur les contours de la chambre noire. Des images défilent dans sa tête au fil de sa narration, assouplissent son timbre pour le rendre plus vipérin. En même temps, prédatrice à l'affût, elle guette ses réactions et s'en repaît avec une délectation sans égale, impérieuse, dans sa volonté de l'enferrer avec elle aux noirceurs qu'il a voulu convoquer pour mieux les renier. Tout son corps se raidit, tout son corps l'appelle. Sensations contraires, cherchant à la dévoyer autant qu'à convoquer sa présence. Elle le sent, elle le sait. Ce magnétisme. Cet instinct contradictoire. Cette répulsion qui le transcende, alimente la rage qu'il lui destine, et qu'elle contient  entre ses cuisses abruptes. Une rage qu'elle cajole de ses attentions faussement candides, ses doigts mimant les personnages ignobles de l'histoire qu'elle raconte, dans les filets de laquelle il finit par se laisser choir. Elle le voit s'y mirer jusqu'à y disparaître, ne peut même plus renier les sensations qui s'ébattent dans son ventre à le regarder s'engluer dans ses propres laideurs immondes. Il l'a voulu. Il n'aurait pas dû rester, non, il n'aurait pas dû. Il aurait mieux fait de renoncer bien avant ce soir. Froisser les invitations, brûler le carton. Ne jamais prendre son envol. Retrouver ses frasques habituelles et imaginer pouvoir lui échapper. Mais il est trop tard à présent, parce qu'elle le tient. Si fermement qu'elle pourrait le briser s'il tentait de la fuir. Elle le tient, le devine en filigrane de toute l'horreur qu'elle convoque pour en peinturlurer sa chair à vif. Son visage change. Il reparaît. Celui qu'elle cherchait. Si beau, si cru, si terrifiant aussi. Eleah ne s'arrête pas, intraitable. Elle parachève l'injure en lui imposant l'indécence d'une caresse sans douceur, en griffant sa peau de ses ongles avides. La répugnance se lit sur ses traits acérés. Enfin. Il était temps. Enfin cette émotion légitime, qu'elle a traqué jusqu'à se perdre, persuadée qu'il s'agit là de la seule qu'il pourrait éprouver à son égard. Répugnante. Répugnante et sale. Salie jusqu'à l'âme du sang de ses déboires, des frasques de son amour sordide. Répugnante, oui, voilà, comme ça. Exactement comme ça. Elle raffermit sa prise, murmure entre ses lèvres à moitié closes, toutes proches de son oreille :
« Qu'est-ce qu'il y a ? Je te répugne, c'est ça ?! »

Et elle poursuit, sans relâche. Jusqu'à l'irrémédiable chute. Jusqu'à n'être plus capable de supporter quoique ce soit, ni lui, ni elle. Le poids de ce qu'ils sont, déparés des artifices trompeurs. Cette souillure ignoble qui désagrège sa chair comme un acide puissant qui prend son temps. Elle le voit si bien tout à coup. Comme cette nuit-là . Peut-être mieux encore, dans cette aversion qu'elle devine à l'orée de sa peau De lui, d'elle. Des deux ensembles. Eleah baisse légèrement la garde lorsque le poids de son merveilleux conte retombe. Les barrières s'affaissent, juste assez pour le laisser s'y engouffrer. Un sursaut la traverse de part en part lorsque ses doigts viennent meurtrir sa cuisse. La rage tressaute, ses dents se serrent. Ses ongles se plantent dans le dos de sa main par pure vengeance, alors que des émotions contraires passent au devant de ses traits, trahissant son désarroi peut-être, sa surprise. Elle le déteste quand il ne dit rien, quand il se pare de mutisme assassin. Mais elle le hait plus encore lorsqu'il lui parle ainsi. L'infantilisant jusqu'à l'outrage, piétinant ses faiblesses pour les rendre ridicules. Elle le hait. Elle l'adore. Tous ses membres se raidissent, marquent le rejet. Son esprit cherche à se libérer de son emprise. Il craint tout à coup ce qu'il a su déclencher. Comme ces enfants qui testent les limites et regrettent immédiatement leur entreprise dès qu'ils savent les avoir franchies, s'apprêtant alors à en subir les insidieux revers. Le revers lui revient en plein visage, telle une gifle. Eleah tressaille, tremble, rugit à l'intérieur. Les traits déformés par l'aigreur qu'elle éprouve, par chaque mot qu'il prononce, qui la mord, qu'elle ne veut pas entendre.
« … Ce n'est pas vrai ... Tu n'as pas le droit de dire ça … Je t'interdis de  … »

Complainte qui feule, détermination qui s'éraille. Ses regards fouaillent l'obscurité, ne savent plus se fixer en un point unique tant tout vacille alentour. Les prunelles, devenues noires. Elle ne veut pas non, elle ne veut pas. Tolérer ce monstre. Ce qu'elle est. Créée par lui. Façonnée par ses mains. Monstrueuse, répugnante, à cause de lui. Ce constat, elle le connaît. Son subconscient le lui murmure, en permanence, même si elle ne veut pas l'entendre. Ce soir c'est intolérable. Tout son corps se statufie contre le sien, révulsé par ce qu'il éprouve. Le dégoût, le désir. Les deux ensemble, savamment reliés. Sa main contre sa peau, pernicieuse, qu'elle voudrait éprouver davantage, qu'elle rêverait de broyer aussi. Ses entrailles se retournent à l'intérieur de son ventre, un tressaillement la parcoure depuis l'intérieur de sa cuisse. C'est délicieux, c'est immonde. Les deux … les deux. Comme lui … comme elle … Non, pas comme elle. Elle ne veut pas être ce poison là … Elle ne le veut pas. C'est ce en quoi elle veut croire. Ce à quoi elle s'est raccroché si longtemps qu'elle en a tronqué son essence.
« Tu ne sais pas ce que je suis, ce que je veux … Tu n'en sais rien … Comment pourrais-tu le savoir, hein ? Comment pourrais-tu, sauf si tu es comme lui … Comme lui ... »

Piètre défense, ses membres qui cherchent à s'affranchir, qui restent là pourtant. Irrémédiablement ancrés, à lui, à toutes ces monstruosités qu'elle a voulu voir, qui lui apparaissent désormais, sans fards. Il est comme lui. Peut-être pas dans toutes les lignes qu'il trace. Peut-être pas dans les actes qu'il commet. Mais il a cette entité qui gronde tout au fond de ses entrailles. La même qu'elle couve et rejette, depuis des années, incapable de s’assumer entière. Face à ses phrases qui se font légion, Eleah cède. Un spasme la parcoure depuis les tréfonds de son corps. Elle ne peut le retenir. Il s'engouffre au fond de sa gorge, soulève sa poitrine de tremblements confus. Des larmes de rage  mordent ses joues. Ses doigts se referment en un poing serré, viennent confusément frapper son épaule. Ce qu'il dit, chaque mot qu'il prononce, c'est intolérable. C'est intolérable parce qu'elle le sait déjà. Elle le sait déjà, oui. Mais elle ne l'accepte pas.

« Je ne peux pas … Je ne peux pas … Je ne veux pas être comme lui, non... Je ne veux pas, tu entends ?! Je veux qu'il parte, qu'il disparaisse … » Elle le secoue, martèle son épaule une fois de son poing serré, sans puissance en réalité, comme essoufflée par la douleur qu'elle éprouve, à devoir le dire, à devoir l'admettre. Toute cette monstruosité assassine lorsqu'elle pense à lui. A lui seulement. « Les seuls instants où je n'ai pas peur … Ce sont ceux où j'imagine le fracasser … briser sa nuque … Le défigurer jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un être informe … détruire cette image qu'il a gravée, là, partout … Qui me regarde, en permanence. Qui me traque … Comment peut-on être libre, avec ces pensées-là dans le crâne ? Ces pensées qui sourdent … Qui déforment tout … c'est ce qu'il a fait. Il a tout déformé … Tout … Tout ... » Un sanglot la parcoure, plus douloureux que tous les autres. Un constat jamais formulé à voix haute. Cette difformité qui révulse, cette souillure immonde qui donne aux caresses des atours dangereux. « Tu ne veux pas de ma liberté … tu n'en veux pas non … Pourquoi en voudrais-tu ? Qui voudrais de cette souillure là ? D'un être difforme … Difforme ... » Comme toi. Une évidence, apparaissant en clair obscur de son discours. Qui voudrais de cette souillure ? Personne … à part quelqu'un de semblable. A part quelqu'un comme lui. Quelqu'un comme toi. Elle se tait, une expression de douleur indicible se glissant sur ses traits ravagés. Ses doigts se pressent à intervalles réguliers sur ses épaules, sur le bas de sa nuque. « Dis le … Que tu n'en veux pas … Je t'en prie … dis le ... » Murmures suppliciés, à son oreille, quand il ne l'entend pas, ne l'écoute pas non plus. Dans la liberté qu'il invoque, elle comprend ce qui sourde en lui, ce qui crève en elle. Les fractures. Les cris. L'incertitude demeure pourtant, lui fait ouvrir de grands yeux qui le tancent dans l'obscurité, l'interrogent, cherchent à se libérer de son joug tout en le suppliant de ne pas l'interrompre. Émotions contraires, le temps d'arrêt de son cœur à sa dernière phrase. A ce surnom, parfois effleuré en pensées, broyé dès qu'il fut effrontément soufflé sur le bord des lèvres. Mon amour …  Insensé parce que déformé sur sa langue, souillé lui aussi. Souillé depuis l'essence. Par lui. Lui encore. Lui toujours. Ignoble amour. Innommable amour. Ses lèvres s'entrouvrent parce que le souffle lui manque. Mutique, elle le dévisage, des fers nouveaux brûlant ses poignets, des peurs nouvelles tordant son ventre. Différentes, si confuses aussi, si attirantes.

« Ne dis pas ça … Ne le dis pas ... » Ne le dis pas mon amour, ne le dis pas, pense-t-elle, en posant son index et son majeur contre ses lèvres. Cela n'a pas de sens, cela n'en a aucun. Pourquoi l'assertion sonne-t-elle différemment sur ta langue alors ? Pourquoi ? Ça n'a pas de sens. La complainte se perd, le désespoir se délie. Sa bouche se plaque contre la sienne, quémande la virulence de cette liberté invoquée par lui, pas encore exsangue. Ses doigts fouaillent, contraignent ses épaules. Sans douceur, sans brides. Élan du désespoir, élan d'une douleur qui sourde à l'intérieur. Chaque baiser le mord, ne lui accorde aucun répit. Le fracas d'une difformité, là, tout contre lui.  Il l'a voulu. Il aurait dû partir, oui, il aurait dû.


(c) DΛNDELION
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() message posté Jeu 30 Aoû - 19:28 par James M. Wilde


« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Et cette contrainte, de son corps sur le mien, qui épanche l’effroi autant que la plus indigne des colères. Et cette contrition, de ses mots dans les miens, des aveux en surnombre quand l'alcool et l'hérésie mêlées dénouent les langues, avortent les pensées et les parures pour toutes les destituer. Il n'y a plus qu’elle contre moi, à jouer les Amazones putrides qui exsude de discours honnis, et de mémoire volée, que je dérobe à mon tour avec la frénésie que manient les drogués. Je happe, je geins en silence une délivrance qui m'effraie, et les syllabes vipérines rencontrent les battements de mon cœur excédé. Je suis perdu. Je suis là avec elle. Je suis absent. Toutefois avide de chaque immonde dessein qui dévale son visage. Le passé dévoile des traits d’horreur, et je m'y mire jusqu'à désespérer de ne m’être pas trompé. Je ne me suis pas trompé cette nuit-là. Elle est bien telle que je la connais, telle que je la ressens, dans tout ce qui crisse, tout ce qui déchire les sens pour trouver l’indécence d'une chair déformée. Et ces contraires qui s’assemblent, et ces contradictions qui crèvent de ne plus se justifier, elles sont là sous ses doigts qui me brûlent, qui m'accablent. Il y a deux temps dans les mesures de ses phrases, le dégoût et le désir, l’angoisse et l'envie, contraires toujours, contraires encore. L'un et l’autre déjouent tous ces murs que je croyais capable de s’ériger pour savoir garder mon cadavre. Non. Elle le tient entre ses doigts agités de courroux, les ongles malveillants que j'imagine tuméfier ma peau. L’idée ploie les ombres dans mes iris, allument des feux dévorants qui glissent sur elle comme ces brutalités qu’elle dépeint. Quelque part. Quelque part tout au fond de l’âme dévoyée, il y a cette faim indocile qui se déploie lentement, qui s’invite dans ses silences, qui se précipite dans les plus dégueulasses de ces images qu’elle narre. Et je les respire, les convoite, languissant dans le carcan de ses cuisses, dévoilant peu à peu cette difformité miroir de la sienne, qu’elle a su distinguer cette nuit au Viper. Qu’elle réclame. Qu’elle quémande encore. Sans comprendre qu'à trop la convoquer, je ne serai peut-être plus jamais capable de la maquiller. Peut-être est-ce cela qu’elle souhaite. Qu’elle veut malgré ses dérobades qui feulent sur mon visage, qui ne mordent pas assez pour me détourner d’elle et de cette image effroyable qu’elle renvoie. Pas suffisantes pour arrêter les mots qui tonnent comme des injures, qui cherchent pourtant à la convoquer. Encore et encore. En miroir. En miroir. De ce qu'il y a de plus laid. De plus laid en moi. Elle tente de faire mal mais je souffre déjà tant que ses ongles désormais caressent un plaisir que je peine à dissimuler. Et elle le sait. Elle le sait. Elle sait que lorsque cet autre fanfaron est venu dans sa chambre, il n’a pas su combler ce désir là. Répondre à sa violence pour s’en baffrer jusqu'à vomir. Vomir l'engeance, puis la pleurer pour qu’elle revienne. Un deuil sans fin, un parfum entêtant, de ses corps perdus, mourants, qui cherchent à ressentir ces émotions déviantes. Ressentir encore. Ressentir juste un peu plus qu’autrefois. Pour ressusciter et se rire de tous ceux qui nous ont condamnés. Et ses balbutiements écroulent sa silhouette quand la mienne se redresse, cherche à surplomber les piètres défenses qui s'amenuisent. Elle me rejette avec passion, ses yeux flamboient de lueurs malsaines, impures, qui me navrent autant qu’elles savent me combler. Et ma bouche blème et arrogante esquisse l'aube d'une sourire victorieux. Oh oui déteste moi ainsi. Nourris-toi de cette haine à mon égard. Mais c’est moi qui suis là hein ? Pas cet autre que tu as viré de ta piaule pour te noyer au loin. Parce qu'il n’a pas su comprendre. Il n’a pas su voir. Te voir ainsi. Il a eu peur. Si peur. Ses tremblements rencontrent ceux qui s’invitent dans ma carcasse trop maigre et mon sourire se fait plus entier quand je murmure :
_ Ce n’est pas vrai peut-être ? Dis-moi que je mens. Dis-moi que je n'ai pas su voir. Te voir telle que tu étais. Mon si beau monstre… Dis-le moi donc…
L’avantage se profile, cherche les failles pour les agrandir, pour faire mal, revulser jusqu'à la douleur incommensurable, celle que l'on ne peut supporter sans le secours d'une âme torturée et qui raidit plus encore sa silhouette contre moi. Plus rien de cette souplesse féline qui nous ressemble parfois. Plus rien de cette douceur avide qui cherchait la peau caressée, les frissons et l’émoi. Plus rien. Rien que cela. Cette brutalité infâme en dessous, qui ne cherche qu'à sortir. Alors je susurre. Murmure plus encore à son oreille, à mon tour.
_ Vraiment je ne sais pas ? Si je ne sais pas, pourquoi tu trembles ? Pourquoi tu cherches à fuir ? Pourquoi tu restes là hein ? A enserrer l’ignoble pour mieux le convoquer…
Les discours frôlent sa peau, je hume la fragrance de sa rage, comme un animal. Et je ne peux plus m’arrêter. Interrompre la mise à mort de nos faux semblants est impossible. Insupportable. Tout comme cette douleur qui élance les mots, les transforment en armes pour qu’elle sache m’affronter. Dorénavant qu’elle a invoqué le pire, qu’elle le boive, qu’elle s’étouffe dans la reconnaissance de celui qui continue à lui faire face. Le frisson qui la transcende est entier, et les larmes qu’elle offre en hommage à ces coups que je porte me bouleversent et rencontrent les instincts sadiques qui demeurent à l'orée de mes manipulations. Ce que j’obtiens a une saveur délectable. J'ai mal. J'ai si mal pour elle. Car elle se voit. Elle se voit enfin. Et les mots s’écroulent, effondrent les dernières ruines de ce personnage qu’elle ne sait plus arborer. Ma langue claque des mots perturbés, qui tremblent autant que moi, tandis que mes prunelles dilatées dévoient ce qui reste d’elle. Je la retiens parce qu’elle gigote sur moi, corrompue par un instinct que je ne veux pas qu’elle ressuscite. Non tu ne t’échapperas pas. Non. Mes mains glissent dans le creux de ses reins, mon souffle s’emmêle au sien :
_ C’est trop tard. C’est trop tard, tu es déjà comme ça. Tu as toujours été comme ça. Trop tard…
Elle me frappe, et mes muscles contractés impactent une douleur atténuée par cet état second qui m’envahit tout entier. Surtout lorsqu’elle dépeint tout ce qu’elle aimerait faire à son tortionnaire, cette violence si crue, qui ne peut rien pour ce qu’elle est devenue toutefois. Cette violence n’est plus qu'un matériau brut qu'il lui faut exploiter. Mais plus rien ne lui rendra la coquille creuse de son enfance violée. Plus rien. Tout comme Rebecca. Tout comme Rebecca. Entièrement déformée. Par moi. Par mes actes. Mes attitudes malsaines à son encontre. Jusqu'à. Jusqu'à… mais Eleah a survécu. Elle s’est forgée dans cette douleur-là. Elle doit voir. Elle doit comprendre. Quel pouvoir est le sien. Je la serre plus fort. Et l'écho profane sa peine :
_ Tout. Absolument tout. Il ne reste rien. Il n'y a plus que ce que tu es.
Les mots me quittent non par lâcheté mais parce que le langage trahirait ce qui exulte à regarder une créature aussi tordue que moi. Et peu à peu elle comprend. Elle le voit. Et je ne clos pas mes paupières sur l’évidence qui l’éprend lorsqu'elle porte ce regard avide et en même temps suppliant sur celui qui la tue une nouvelle fois à l’aimer telle qu’elle est. Horrible. Infâme. Un monstre. Comme moi. Comme moi. Mes doigts remontent son dos, empoignent sa nuque, la transe se poursuit et les mots sont pires encore que ce désaveu qu’elle voudrait. Qui lui permettrait de continuer à mentir jusqu'à crever.
_ J'ai attendu… j'ai attendu si longtemps quelqu'un comme toi.
Et la liberté se chante en un phrase ignoble, qui grimpe en une sorte de mélopée. Elle devient tout ce que j'ai toujours rêvé. Ces idoles que je crève de brûler. Ces divinités que j'aimerais profaner. Ces bourreaux dont j'aimerais être le jouet. Depuis… depuis… depuis des années. Des années dans le noir à se tapir. Des années dans le sang à s'abreuver. Des années. Et le mot choit, l’amour que je lui porte, tout autant déformé que ce que nous sommes. Un sentiment que chacun rejetterait, aussi malsain que cru, aussi pur qu’aveuglant. Ce mot que je n'ai jamais redis. Jamais même murmuré. Uniquement à celle qui fut mise à mort par mon amour déviant. Jamais. Jamais. Ne plus jamais le dire car c’est à elle qu'il s’est voué. Mais je ne peux reprendre ce qui s’avoue dans le trouble et l'indécence, ce qui enfonce ses griffes dans mon corps dès qu’elle est là, dès qu’elle dévoile sa monstruosité. Elle ne veut pas entendre. Elle ne veut pas savoir et pourtant je ne subis aucun rejet. Je ne dis pas, je trace l’obsession dans mes gestes, mes yeux me trahissent et mes doigts compriment sur la peau de sa nuque les sensations qui vrillent mon ventre. Ça n'a aucun sens. Aucun sens mon amour. C’est juste cela. Juste cela. Ce qui est. Ce qui est. Tu le sais. Et les mots s’éteignent sous l’assaut qu'elle ne peut plus contraindre, retenir ou encore désavouer. Le désespoir glisse le long de mon cou et ses baisers empreints de brutalité sont les seuls que je suis capable de recevoir tant je suis possédé par ce qu’elle a délivré. Mes doigts froissent, mes doigts ébauchent d’autres marques pour me réapproprier son corps qui ne m’a guère quitté. Chaque nuit. Chaque jour. Chaque foutue minute. La brûlure est avide, le désir est brutal, l’empressement bestial. Son déshabillé fait les frais de mon peu de manières et je ne fais pas attention au sort qu’elle réserve à mon t-shirt que je ne lui laisse même pas m'ôter. Le temps s'accélère, la nudité rencontre les mœurs hussardes qui poussent parfois à se consumer dans une précipitation délectable. La ceinture rend ses harmonies stridentes, le son du métal, le bruit de la soie qu'on distend. Je la laisse dominatrice, mène ses hanches dans un gémissement rauque qui interdit tout langage. Il n'y a plus que la peau. La complétion de la chair qui tremble. La frénésie. Et l’obsession de la savoir. De la savoir. De me savoir en elle, de lire enfin ce reflet que je ne peux subir si ce n’est dans ses yeux. Regarde donc. Regarde donc qui tu es. Toi. Moi. Ça n’a aucun sens. Aucun. Juste cela.
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() message posté Dim 2 Sep - 12:31 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
/!\ + 18
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Il la nargue, il la pousse. Là, sur le rebord acéré d'un précipice glissant et putride. Attirant en même temps. Si attirant qu'elle contemple les limbes et y devine l'imperfection de son reflet. Ses lèvres tremblent, ses muscles tressaillent. L'alcool étend son empire tentaculaire dans ses veines, devient une toile de fond ignoble qui met en relief toutes les monstruosités honnies de sa nature. Quelque chose se rebelle à l'intérieur : un instinct de fuite, subsistant encore, soucieux de survivre quand il ne lui laisse aucun échappatoire dans lequel se faufiler. Tel un destrier rendu fou, elle se rue, aspire à frapper, à se débattre, à s'évader. Mais les fers brûlent, maintiennent irrémédiablement en place. Les fers posés par lui, les fers imaginés par elle. Elle rêve de s'échapper, de pouvoir tout renier pour n'avoir plus à souffrir. Mais la souffrance demeure, quoiqu'il arrive. Elle crisse, gratte les nerfs, les pince de la même façon que l'on manie les cordes d'un instrument, qu'on le torture pour en excaver la musique la plus crue. Elle a l'impression que c'est exactement ce qu'il cherche à faire : exhumer les sonorités monstrueuses pour s'en repaître, voir en elles la partition idéale, entrant en parfait écho avec la sienne, avec ce cri qui geint à l'intérieur, et qui a tant su la fasciner dès leurs premières rencontres. Ce cri que sur le coup elle cherche à repousser de tout son être, la force de sa conviction n'étant cependant pas assez grande pour en briser la tonalité qui résonne en permanence au fond de sa tête depuis qu'elle l'a vu, lui aussi. Si beau monstre … Mon si beau monstre. La consonance de sa voix se réverbère dans sa tête. La confusion est entière. Elle ne sait plus bien distinguer si c'est son  propre timbre qu'elle entend, ou le sien. Les deux se mélangent, forment un ensemble grumeleux dans lequel elle surnage, prête à se noyer, s'étouffant déjà. Elle le regarde, elle le pense. Mon si beau monstre … Il vient de le dire. Elle le pense en miroir chaque fois que son regard se pose sur lui, réfraction d'une idée bien trop bouleversante pour qu'elle puisse en tolérer immédiatement la teneur, ou même les conséquences. Elle caresse le même songe, toutes les fois où il s'incarne dans ces noirceurs désinvoltes qui ne tolèrent aucunes contraintes. Elle le voit libre. Libre et immonde, dans les regards qu'il pose, dans la chair qu'il dévoie, dans les coups qu'il porte. Monstrueux … Si beau pourtant … Si beau. Une beauté qu'elle ne devrait ni voir, ni reconnaître, ni désirer. C'est ce qu'ils voudraient. Tous. Ces autres. Ces fers qui brûlent sa peau depuis trop longtemps. Ils voudraient qu'elle n'aspire pas à le rejoindre, qu'elle le rejette et ne voit en lui qu'un spectre à détruire. Mais elle en est incapable. Car si puissants soient les instincts de fuites, et les carcans illusoires qu'elle s'est imposée, son âme aspire à le détourer pour y apposer sa morsure. Et se voir enfin … Oui se voir, à travers lui. Libre … libre et monstrueuse. Comme lui … Comme lui.

«  Tu mens … Tu mens ... » murmure-t-elle effrontément, sans le regarder, sans le voir. Rendue sourde, rendue folle, par tout ce qui se débat à l'intérieur. Ses faibles convictions s'égrainent un peu plus lorsque ses larmes dévalent et les écrasent. L'être se recroqueville à l'intérieur, rêve de lui hurler de ces injures qui crissent en maintenant ses paumes plaquées contre ses tempes pour ne plus entendre. Chaque mot. Chaque phrase. Impitoyable monstre, refusant de lui donner raison pour l'accabler de tous ses torts. Quand elle l'aperçoit entre ses cils, son cœur bredouille, s'affole un peu plus. Le danger partout, tout autour, apposant ses doigts contre ses hanches, dans le creux de ses reins pour la retenir ou la contraindre. L'un ou l'autre, l'un et l'autre, Eleah finit par ne plus savoir. Tout devient insensé. Limpide pourtant. Intolérable. Tout ce qui le traverse alors qu'il la détient dans cet état second se réverbère dans son corps en un frisson délectable et troublant. Rejet, désir. Un balancement entre les deux, sans fin. Impitoyable lui aussi. Aucun rejet en lui quand il la regarde, au contraire, c'est une fascination morbide qui se mire dans ses yeux. Elle lui donne des atours plus impitoyables encore. Elle devrait être terrifiée. En avoir peur, oui, et fuir. Fuir le plus loin possible. Mais dans l'affrontement de ses rejets c'est une fascination terrible qui réchauffe le creux de son ventre, le tord jusqu'à la rendre malade. Malade de ce désir nouveau qu'elle éprouve, plus puissant et destructeur que tous les autres. Nourri par l'aigreur, s'abreuvant au sein de sa débauche. Et ses mots claquent toujours sur sa langue. Ne lui laissant aucun répit. Comme ça, toujours. Non … Non ce n'est pas vrai. Non elle ne veut pas l'entendre, croire qu'il n'y a eut que ça, depuis l'essence. Qu'il n'y a jamais eu de cette innocence aussi pure qu'une eau translucide. De la chair dévoyée, une âme déformée, et rien d'autre … Rien d'autre. Plus elle y pense, plus l'eau lustrale se teinte du rouge de ses avidités, camaïeu de pourpre. Elle secoue la tête un peu plus, redevenue tout à coup petite fille, refusant purement et simplement d'entendre. Elle frappe une fois, puis deux. Piètre défense qui s'exténue avant même d'avoir pu véritablement perdurer. Ses doigts serrent plus fort. Elle les sent, tous.  Annulaires, majeurs, pouces enfoncés dans sa chair, inflexibles. Plus rien … Plus rien. Juste ce qu'elle est. L'assertion est terrible sur sa langue parce qu'elle devient un écho douloureux auquel toute son âme aspire à répondre. Tout ce que tu es … Tout ce qu'elle est. Ça, juste ça. Depuis la nuit des temps. Depuis ce premier regard insistant qu'il glissa sur sa silhouette de petite fille, trop caressant pour n'être nimbé que d'attentions protectrices.  Depuis ce premier rire cristallin, déformé au fond de la gorge par les larmes éteintes. Depuis l'inconséquence, depuis l'incertitude, depuis les affres des premiers désirs et des caresses malhabiles. Depuis l'aube, depuis les nuits sans fin, depuis toujours … Oui toujours. Un soupire sous-tendu l'étreint, fait vibrer sa cage thoracique toute entière.  Son souffle tremblant marque une forme de reddition à l'orée de sa bouche, et lorsque sa main vient contraindre sa nuque, Eleah la laisse ployer, ferme les paupières. Son aveu transperce sa silhouette, s'insinue par toutes les failles béantes pour faire imploser les derniers instincts de fuite. La souffrance est si pure, si crue, qu'un râle proche de l'agonie lui échappe. Cela fait si mal qu'elle rêve le regarder l'achever. Que cette souffrance-là cesse, par pitié. Ses paupières se rouvrent, se fascinent à son image. Elle ne dit rien, mais tout son corps se meut pour devenir un écho de sa phrase. Cela fait si mal de l'admettre, qu'elle aussi, oui, elle aussi … Sans le savoir, sans réellement le vouloir non plus,  elle a attendu. Quelqu'un comme lui. Quelqu'un qui lui ressemble. Elle ne peut encore le dire, ou même l'avouer, la matérialité des mots devenue trop confuse pour qu'elle s'y adonne. Mais tous ses membres se réveillent, surélevés par la brutalité d'un instinct trop irrépressible pour être seulement retenu. En réponse, ses doigts s'imposent, bravent la contrition qu'il exerce sur sa nuque pour le rejoindre. Rien de doux, rien d'aérien ou de confus, ses lèvres mordent les siennes, marquent son épiderme, traquent le souvenir de sa chair qu'elle aspire à tatouer encore de ses traces indécentes. C'est tout ce qu'il a voulu. Le monstre, dans sa splendeur difforme. Il est trop tard. Trop tard maintenant que ses ongles apposent d'autres brûlures, assez profondes pour qu'il ne puisse les effacer totalement de son souvenir. Les gestes se précipitent, le cœur bat plus vite. Mesure indistincte, de plus en plus rapide. La soie crisse sous l’avidité de ses mains, un soupire guttural s'échoue contre ses lèvres quand elle cède sous leur brusquerie, qu'elle cherche à excaver sa nudité sans totalement y parvenir. Cela tonne comme une libération dans sa tête, et elle imagine les fers tout juste arrachés retomber sur le sol pour s'y engluer. Rien n'a de sens après cela. Rien, si ce n'est les instincts bestiaux qui se rencontrent, qui se chevauchent. Les doigts renouent avec de ces agilités que l'adrénaline rend furieuse. Ils tirent, tordent, broient, se frayent des chemins impudiques pour asseoir leur désir. Le sien frôle des accents barbares et impatients jusqu'à le rejoindre dans un mouvement abrupte. A l'unisson, elle empoigne les cheveux de l'arrière de sa nuque, éprouve un plaisir non feint à le contraindre à une distance infâme. Elle gémit, juste à l'orée de sa bouche, les yeux grands ouverts, plongés dans les siens, refusant de s'y soustraire, préférant s'y mirer jusqu'à perdre le sens, de ce qu'il est, de ce qu'ils sont. Les élans aériens se tordent, la sensualité suave s'enfuit. Le monstre grogne, le monstre geint, le monstre cogne. Il déploie ses serres, rêve de les enfoncer sous ses côtes. Assaillie par l'impériosité de ses désirs, sa main s'appose sur son torse, le repousse vers l'arrière pour asseoir une domination qu'il a consenti, peut-être malgré lui, à lui offrir. Amazone cruelle, elle se glisse dans la brèche, se redresse en plaquant ses paumes sur ses côtes pour le maintenir à sa merci. Ses hanches n'entreprennent plus de ces danses aériennes et farouches qu'elle maîtrise à la perfection. Des élans dociles, elle rejette tout, imagine déchirer les draps souillés par des suavités sans brides. Ce n'est pas un ballet, c'est une torture. Chaque mouvement un coup, où dans un alliage subtile de douleur et de plaisir confus, la monstruosité s’excave, le rejoint, le reconnaît, le caresse de ses effluves carnassières. Le malmenant sans honte, l'entraînant dans les affres de la luxure, dans l'obscurité elle le traque en permanence, l'affrontant, le caressant du regard. Incapable de fermer les yeux, de se contenter d'une consommation aveugle. Elle le veut entier, à chaque instant. Tout voir, tout saisir, même quand c'est elle qui mène l'affront dans le balancement impérieux de ses hanches, les râles recueillis tour à tour comme des offrandes dans ses tempes qui battent une mesure indistincte, alourdie par l'alcool. Ce même alcool dont l'amertume se noie sur sa langue lorsqu'elle se penche en avant, les courbes menues de son corps venant se modeler contre sa peau translucide, entravée par son tee-shirt qu'elle n'a pas eu le temps de lui enlever. Dans les souffles qu'ils libèrent, son prénom filtre entre ses lèvres.  Tantôt geint, tantôt psalmodié, mélodie rauque, insensée. Mon amour, mon amour … Le penser. Ne pas pouvoir le dire, ou même le murmurer. En être encore incapable. Mais dans la rencontre des corps déformés par l'horreur, le sens vient navrer la peau. Il se dit alors … Autrement. Aveu polymorphe, insensé. Mais là, juste là. Contre toi. James. Son prénom, son prénom encore. Dans la tessiture d'un plaisir malade, gangréné par une douleur qui cingle et marque leurs silhouettes qui disparaissent. L'une à l'autre. L'une dans l'autre.


(c) DΛNDELION
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