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Et ce détour qui n’en finit pas _ Eleah&James

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» Date d'inscription : 30/09/2016
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() message posté Lun 3 Sep - 15:02 par James M. Wilde


/!\ -18

« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Elle me regarde, elle me regarde et elle me fixe. M’a-t-on jamais observé ainsi sans détourner les yeux, sans voir ses lèvres se plisser d’un dégoût mêlé d’effroi, à sentir mes mains contraindre, presque meurtrir, la peau et l’esprit. M’a-t-on jamais voulu au point de me fuir pour mieux me retenir, comme elle le fait à dessiner des gestes qu’elle ne termine jamais, me quitter lui faire peur, demeurer lui fait mal. Et cette douleur danse dans ses prunelles rendues folles, miroir d’une ivresse qu’elle distille jusqu’à ma bouche à chaque souffle, à chaque étreinte qu’elle ne peut empêcher, qu’elle ne peut renier. Le renoncement est une notion devenue trop vague, trop indistincte pour deux corps qui luttent. Les coups qu’elle portent deviennent des hommages à ma nature qui acclame sa fureur, la destine à d’autres minutes pour mieux s’y abreuver. Le miroir se trouble, nos deux reflets ne parviennent à tenir côte à côte sans briser les contours d’une surface trop apprêtée. Et tout explose, tout explose, sous les doigts les meutrissures, sous les mots les indicibles injures qui se déploient. Glissent, et frôlent, s’enfoncent jusqu’au coeur qui crève de trop battre, de combattre encore un peu pour mériter l’ignominie qu’elle seule peut convoquer. Seul je ne peux rien. Sans moi, elle demeure incomplète, penchée au bord du précipice, à me regarder, à me regarder, encore, encore, priant pour que je l’aide à sombrer. Et mes mains n’ont jamais été plus avides de précipiter la chute, tout en sachant que je ne pourrai plus jamais en atténuer l’impact. Les sursauts d’une douleur qui cingle les muscles, tous les idéaux de façade, je les sens, je les sens à l’orée de l’horreur, cette horreur que nous pourrions mettre au monde à trop nous mélanger. Jusqu’où ira l'appétence déchaînée pour les heurts qu’elle exhibe sans fard, jusqu’où ira cette soif qui me désespère et me tourne la tête ? Jusqu’où vraiment pourrais-je porter le pire sans m’y empoisonner ? Mais ça n’est rien, tout cela n’est rien tant que tu me regardes ainsi, à subir les contours, les recevoir dans l'âpreté d’un songe qui n’en peut plus de hurler. Alors hurle, hurle toutes les beautés que tu dévoiles sous tes ongles qui saillent, creuse la peine jusqu’à ce qu’elle devienne indélébile, qu’elle se pare de tes charmes et qu’à chaque fois qu’il me sera donné d’y goûter, je reconnaisse l’amertume et l’aigreur de cet instant maudit. Cet instant où tu m’auras regardé pour me connaître enfin. Cet instant où tu auras compris que je peux être tout ce que tu crains, tout ce que tu implores dans le noir de tes nuits troubles aux échos de ton enfance déchirée. Soulève le voile, monstre de chair, empare-toi de mon cadavre pour ressentir tout ce qu’il a su perpétrer. Et ce que je te destinerai à chaque seconde où tu oseras me voir, me comprendre, mieux me cerner comme tu le fais déjà. Je frôle ses traits, puis les macule d’attentions qui deviennent les hérauts de cette fureur qui sourde, mon pouce suit avec la dureté du dévoilement la ligne de sa mâchoire, échoue sur ses lèvres une caresse violente, se heurte à la dureté de ses dents, et je viens mordre à mon tour cette bouche qui profère des mensonges pour mieux les assécher. Les boire et qu’il n’en reste aucun derrière lequel se retrancher. Ni ce soir, ni cette nuit, encore moins demain. Je ne mens pas, je ne mens pas, mon amour, je ne mens pas toujours. Et tu le sais tant que cela te révulse. Mon murmure est précipité, perdu, infâme parce que rendu idôlatre :
_ Ce serait tellement plus doux de te mentir… Plus doux d’entendre ce rire dont tu te pares si souvent, et qui se fêle… à l’intérieur…
Plutôt que de boire son rire, je m’abreuve de ses larmes qui dévalent ma gorge pour la serrer plus fort. Et j’entends sous mes doigts qui enserrent désormais ses côtes pour la retenir contre moi, toutes ses résolutions se briser en un fracas immonde qui dissonne dans ma tête. C’est si beau. Si beau. Une harmonie parfaite que cet échec-là. Je ne sais plus lorsque j’ai su. Lorsque j’ai su à mon tour me regarder ainsi, lever mes yeux vers le miroir et distinguer le monstre derrière mes iris que l’on murmurait angéliques. Était-ce quand mes mains furent recouvertes de sang ? Etait-ce vraiment cette nuit-là ? Quand mes doigts tremblaient tant ? Ces doigts qui continuent de caresser le corps d’Eleah, de le meurtrir, de le choyer avec les instincts maladifs et animaux qui grondent dans mon ventre ? Etait-ce avant alors ? Que le son d’une fêlure a déchiré mes nuits, laissé l’horreur sur la langue pour m’ôter tous les mots ? Etait-ce le jour de mon départ de cette maison que je ne pouvais considérer comme un foyer ? Est-ce que le peu d’innocence est mort sur le seuil grisâtre ? Ou bien… Ou bien était-ce là depuis toujours, ce toujours que j’ai chantonné à l’oreille de mon si joli monstre pour la rendre folle, ce toujours qui raisonne dans son souffle, broyé par des assertions insupportables ? Depuis toujours ce pouvoir de ployer, de détruire, et dans l’entre-deux d’un reflet en distinguer les atours difformes sur mon visage ? Depuis toujours… À chaque note plus implacable, qu’il fallait coucher sur le papier ? Depuis toujours lorsque je les voyais se déchirer en imaginant les flammes les emporter, les faire disparaître, les assaillir de cette souffrance que je ressentais déjà rien qu’à surprendre leur insupportable manège ? Le faux pour persister. Et l’infamie d’un mensonge pour maquiller la cruauté de la froideur. Je n’ai pas froid ce soir, pas lorsqu’elle me caresse de ses yeux sombres qui me haïssent et m’adulent tout à la fois. Je n’ai pas froid parce qu’elle reçoit tout ce que je suis, l’un et l’autre, l’un dans l’autre, sans vouloir absolument me déparer des noirceurs pour mieux les subir. Elle veut les subir entières, parce qu’elle les a subies depuis l’essence, depuis l’origine de ses premiers désirs, et cette simple idée devrait me révulser, me laisser amorphe, tremblant, incapable devant ses appétits ignobles. Quand je les accepte et les ressens, ils brûlent, versent l’indécence sur les flammes, raniment des brasiers meurtriers qui n’en peuvent plus de se planquer, de se tenir au repos par contrainte. Dans l’entre-deux de ces injures pour ne jamais se dire complètement. Mais sur ses lèvres malmenées ils s’avouent tous, sur sa peau meurtrie par mes doigts ils s’écrivent, se poursuivent même, sans plus jamais promettre de s’éteindre, pas tant qu’elle sera entre mes bras. Pas tant que tu te tapiras dans le noir avec moi, dans tes plaisirs inavouables pour assouvir la nuit, puis être capable de subir le jour dans le souvenir de son cri d’agonie dès le crépuscule venu. Sa nuque ploie sous mes doigts, son corps cherche à dompter le mien, la marque de ses morsures, cette douleur en hommage à celle que je lui ai imposée, m’arrache un râle presque bestial qui échoue dans sa bouche. Et il est trop tard. Trop tard pour l’arrêter et cette idée ne caresse pas une seule seconde mes pensées qui convoitent un plaisir devenu supplice quand toute ma chair le réclame. La nuit d’Aberdeen déchoit dans les limbes d’un néant que nourrit ma mémoire composite, les gestes mécaniques se substituent à l'incandescence d’une précipitation qu’elle n’arrête pas. Qu’elle entretient par son soupir abrupt, mélange de frustration et de convoitise. La distance de son visage m’oblige à mirer les premiers assauts dans ses prunelles déviantes, à recevoir les preuves d’une bestialité commune qui électrise tout mon être. Je combats sa main, mon souffle siffle entre mes dents serrées de ne savoir l’atteindre, le jeu brutal m’enivre plus encore. Les certitudes se corrompent au feu de son corps, les muscles qui saillent dessinent un langage que je maîtrise jusqu’à ne plus disputer l’ascendant qu’elle brûle d'asseoir au moment où elle me repousse en un seul geste, d’une fluidité assassine. Le monde bascule, et les sensations subies m’assaillent sans que je ne puisse plus en contrôler l’afflux ou encore la rythmique qu’elle oppose. Mes élans dominateurs courbent l’échine devant les siens mais laissent une marque en héritage sur sa cuisse, rappelant que je ne m’abandonne jamais sans mordre. La survie tend tous mes muscles sous ses doigts, de la chair, des os, des lignes brutales pour une sensualité absente, le plaisir se prend au rythme déchaîné de ses reins, s’impose, se brime lorsqu’elle le décide, reprend quand elle en conçoit un gémissement qui déchire mon souffle de plus en plus saccadé. Je subis et impose à ses à-coup plus de violence qu’elle ne déploie, combat le plat de sa main qui me maintient pour la déchaîner plus encore. La douleur amie côtoie l’aube de sensations aussi malsaines que délectables et je crois frôler ce que l’on nomme possession. À cet instant-là elle me possède entièrement, reçoit de moi tout ce qu’elle vient arracher, décharne ma carcasse, dénoue l’ensemble de mes violences pour non pas les évider mais bien les mieux manipuler. Un monstre qui accepte l’autre comme son égal, qui grogne et geint de la soumission qu’il lui faut accepter, sans la détester pour autant. Les secondes défilent dans mes yeux qui scrutent le supplice de son corps inaccessible, mes doigts s’enfoncent plus encore dans ses hanches pour repousser du mieux que je peux l’irrépressible jouissance qu’elle m’arrache, bribe après bribe, monstrueuse, magnifique, effroyable, indomptable. La torture me délecte, me rend dingue, révulse parfois mes yeux qui l’assassinent et la traquent. L’obscénité de ses postures révèlent mes allures les plus crues, qui se délivrent dans ses iris ouverts. Car elle continue de me regarder, de me voir. Mon amour, elle continue de recevoir tout ce qu’elle est venue prendre, dérober à mon corps, à mon âme, qui cherche à corrompre la sienne, à s’y ficher pour que la douleur n’en parte jamais. Jamais. Qu’elle en connaisse non pas l’origine, mais bien celui qui l’aura réveillée, empêchée de s’étouffer dans le silence plein d’opprobre. Mon nom. Mon nom. Parce qu’elle sait. Elle sait. L’aveu qu’elle me permet de boire quand enfin elle se penche pour se lover contre moi. Et mes mains viennent enserrer la courbe de sa taille pour la retenir, car je n’accepterai jamais que l’on puisse me l’arracher. Jamais. Jamais. Même si cela fait mal. Même si cela détruit tout ce qui nous entoure. Et nos rêves. Et nos convictions. Le passé. Le présent. Peut-être ce futur que l’on a entrevu l’un à côté de l’autre. Et j’embrasse ses lèvres, et je respire sa voix, glisse des gémissements en écho de tous les siens, garde mes yeux plongés dans ses prunelles noires, dilatées. Mon corps imprime de ces brutalités que sa langue gracie à chaque fois, la douleur au paroxysme de la folie qui nous relie ainsi est continue. Je caresse son dos, le griffe, le convoite, l’accable, non le cajole, je ne sais plus, je ne sais pas. Mon prénom ainsi murmuré me rend une part de cette identité que je renie, dont je n’ai pas honte ce soir, pas lorsqu’elle rend ses hommages pleins d’infamie à celui que je suis devenu. Devenu. Pour elle sans doute. Pour elle, j’en suis certain, tant ce plaisir court sur mes nerfs comme un poison pour mieux me libérer de la mort, de l’effroi, et du vide. Revenir du néant. Pour elle. Pour toi. Pour toi. Je bois son souffle, la tête me tourne, mes doigts s’enfoncent dans sa peau, et j’avoue à mon tour le paroxysme du chant qu’elle compose au rythme de ses hanches. Mon amour. Je le dis encore, parce que je ne sais plus le taire. Mon amour, je le dis une fois, parce que c’est pour toi que je survis, uniquement pour ça. Pour disparaître en toi, et te révéler telle que tu es. Et être enfin à travers toi.

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() message posté Mar 4 Sep - 12:27 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
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james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Effroyable inconnu, appris par cœur, sans avoir besoin de le dire, ou même d'y croire. Bel amant crépusculaire, deviné jusqu'à l'essence, dans une évidence qui n'a pas besoin d'être arrachée pour être connue toute entière. Chaque mot qu'il prononce est une injure, un sacrifice terrible versé sur l'autel de ses incertitudes pour qu'elle puisse se voir. Elle ploie sous chacun d'eux, revêche animal, farouche dans chaque fibre de son corps qui tressaille et se tend sous la peau devenue blême de ses aigreurs malades. Elle veut qu'il se taise, qu'il chante encore. Que jamais ne cesse la mélodie implacable de son timbre. Pour se regarder enfin, à travers lui, à travers elle. Sans le prisme d'une réalité trompeuse défigurée par tous les fards qu'elle a su lui apposer pour en maquiller les non-dits. Toutes ces choses qu'ils ne devaient pas voir, au risque de rencontrer la difformité de sa nature. Ce tout, obstrué par l'opacité de ses sourires. Surface indélébile, grattée par lui, qui s'effrite, retombe en lambeaux de chairs corrélées, ne laissant apparaître que celle qui reste. Pourrie. Pourrie, fruit ignoble, corrompu jusqu'à l'ossature. Douloureuse laideur, déployant ses ailes cartilagineuses autour de sa silhouette trop maigre, enveloppant son cadavre qui s'évertue à survivre pour le broyer contre le sein de ses insatiables désirs. Il est trop tard. Trop tard pour reculer, quand il a convoqué un monstre qui ne saurait se laisser enchaîner de nouveau, alors même qu'il vient de l'affranchir. Le gouffre dans lequel ils se rejoignent est inextricable alors, inexprimable. Remonter à la surface est impossible après cela. Il ne reste plus qu'à sombrer, encore et encore et encore. Chanceler jusqu'au fond des âges, jusqu'à se savoir au point de disparaître en soi, en l'autre, les deux ensembles. Effroyable conjecture, d'êtres aux antipodes. Si semblables pourtant à l'intérieur. Drapé d'indécentes lueurs, si belles, si belles quand elles savent se voir. Se mirer l'une dans l'autre. Vues enfin. Arrachées à cet invisible qui les obligeait à se recroqueviller en eux-même, à pourrir, à mourir. Ombres spectrales, devenues absconses, alors qu'elles sont la quintessence de l'être qui se cache.

Ses regards plongent en lui, rêvent de s'y enfoncer jusqu'à s'abreuver de son essence. La boire, animée d'une soif inextinguible, s'en griser, devenir ivre. Ivre de toutes les noirceurs dont il se pare. Ivre de lui. Son effroyable amour. Ivre. Rêver et aspirer sont des notions étrangères, terriblement inappropriée quand la gestuelle gronde d'impériosités venues bafouer les aspirations pour en concrétiser les idées. Elle le veut, elle le prend. Sans contrepartie, ni doute. Sans honte, sans contrition, sans leurre. Elle ne souhaite pas caresser ses contours pour s'en former l'image rassurante qu'elle veut voir. Non elle les griffe, tous autant qu'ils sont, acrimonieux sous la pulpe souple de ses doigts. Elle se les approprie, avec cette envie maladive de le graver quelque part, image inhumaine, tatouée sur sa peau nue sans les artifices composites qu'il sait si bien manier à son tour pour les duper tous. Bestialité sublime, là, en lui, là contre son corps qu'elle s'approprie avec la détermination de ces fous qui s'obstinent, malgré les traitements qu'on leur impose, malgré la camisole dans laquelle on les enserre pour les forcer à se taire. Obstinée, sulfureuse, les larmes s'assèchent sous la morsure de ses lèvres. Le rire qu'il convoque s'étrangle, s'égosille. Celui-là même qui peut la constituer autant que le reste. Être composite, fragmentaire chaque fois qu'elle distille les élans de sa personnalité contraire. Elle est le fiel adipeux en bouche, elle est ce goût suave et acidulé qui reste sur la langue. Elle est le monstre abrupt, elle est le charme doux. Le plus laid, le plus beau. Tous rendus difformes, mais là pourtant, là partout pour qui sait voir et regarder.

Rien de doux ce soir. Ni le rire, ni les parures. Sa bouche recueille son murmure, mord sans maîtrise la tendresse avide de sa chair. Un goût salé nargue sa langue, celui de ses propres larmes, celui de son sang à lui peut-être. Elle ne sait pas, elle l'ignore. Pire, cela n'a pas d'importance, quand disparaître en lui devient la seule chose à laquelle elle aspire. La peau froissée par ses mains geint, se contracte à l'unisson de ses membres qui cherchent à conquérir autant qu'à dévaster les territoires sur lesquels ils cavalent. Course effrénée, course erratique, subjuguée par les élans d'une possessivité qu'elle n'étend jamais d'habitude sur les corps dont elle abuse.  Mais elle est là cette fois ci, troublante et impérieuse, effroyable et irrépressible. A chaque coup de rein qu'elle lui impose, à chaque mouvement de torture qu'elle abat sur lui comme un courroux. Elle est cette vague qui ondule et se fracasse, dévastant tout sur son passage pour mieux s'alanguir sur le rivage dans des roulements plus doux lorsqu'elle se retire. Balancements pluriels, oscillations contraires, aussi imprévisibles que douloureuses pour qui ne peut s'y préparer. Ses doigts le maintiennent, malmènent ses côtes dont elle sent le soulèvement tacite, le grondement menaçant intrinsèque de ses souffles qu'elle préfère lui arracher plutôt que d'attendre de le voir les lui offrir. Tout prendre, tout arracher, tout recueillir. Entre ses doigts, entre ses reins. Brûlure devenue foyer ardent à l'intérieur de son ventre, projetée contre lui à travers la brutalité d'une rencontre qu'elle n’interrompra pas avant d'être rendue aphone.

Elle le regarde, elle le voit. Plonge, plonge encore, un peu plus loin. Au creux de l'abîme, où elle le contemple et le possède. Les pupilles dilatées par l'horreur qu'elle devine, qu'elle convoite aussi. Une possession entière, jamais consommée jusqu'alors, consentie et sublime, dont elle cajole les indécents contours avec une délicatesse qui jure avec toute l'impériosité de sa silhouette.  Son corps le rejoint parce qu'il crève à présent de cette distance imposée. Lové, arrimé, en quinconce. Le rythme de ses hanches se distend pour toucher à une torture plus suave, une possessivité qui s'insinue, s'infiltre, fluide tortueux qui s'immisce dans tous les travers de la peau pour ne laisser aucun échappatoire. Infiltrer son corps, infiltrer sa tête. Marquer sa mémoire au fer rouge, y apposer son odeur, le souvenir du galbe de son sein, la douloureuse morsure de sa peau, la tessiture de ses râles contre sa tempe. A l'inverse, estampiller les accents sulfureux et obscurs de ses regards dans les souvenirs qu'elle dissimule,  pour disparaître enfin, en lui … En lui. Ses prunelles se réverbèrent dans les siennes, y boivent tout ce qu'elles révèlent. Le plus beau, le plus laid. Les souffles courts malmenés par les plaisirs qui convolent avec la douleur. Au paroxysme de l'un, le déchaînement de l'autre. Rien pour interrompre la possessivité qui ne tolère rien, pas même l'épuisement des membres qui pourtant commencent à s'alanguir, exténués, extatiques. Le répit jeté dans l’opprobre,  ses doigts cherchent à s'entremêler aux siens, ramènent ses paumes de part et d'autre de son visage. Un grondement de satisfaction la parcoure, glisse son contentement dans son souffle qui meurt au creux de sa bouche. Il s'amenuise avec lenteur, au gré d'une possession moins farouche, plus intrusive, plus malingre. Le rythme aussi suave que trompeur, la perdition en partage, des murmures  gémis contre son oreille, complaintes roulant sur la langue pour mieux s'y essouffler.

« Laisse moi disparaître en toi .. Mon amour. » prononce-t-elle, aveu douloureux, aveu terrifiant,  cruellement doux pourtant, alors qu'elle le regarde, qu'elle le voit toujours. Difforme, comme elle. Monstrueux … Monstrueux mais si beau, dans cet espace qu'il lui concède, dans cette possessivité qu'il ne reçoit pas comme une injure détestable, mais au contraire comme un outrage sublime. Disparaître en lui alors. Pour le voir, et être vue à son tour. Recueillir jusqu'à l'essence, en cajoler et brimer les contours. Le voir, oui. Et l'apprendre. L'apprendre enfin. Son amour.


(c) DΛNDELION
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() message posté Mer 5 Sep - 12:49 par James M. Wilde


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« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Et croire qu’au crépuscule de l’âme, il y a la possibilité de renaître. Renaître encore, pour se glisser en toi, envahir des territoires difformes pour les savoir moins laids, dès lors qu’ils s’entremêlent entre nos doigts serrés. Ce sont des serments qui se murmurent, tout contre la peau offerte. L’épiderme se cherche, frôle des contritions qui chantent d’autres infamies. Connues par coeur si ce sont les tiennes, ces forfaits que tu dessines du bout des doigts, de ces tortures que tu improvises. Au crépuscule de l’âme. Au crépuscule des âmes. Unies au moment du courroux, qui cherchent la soeur, qui dévisagent des traits ennemis devenus complices des heures libertines. Libertine indécence qui paraît devenir condamnation, sous tes yeux grands ouverts, qui scrutent l’animalité que tu cherches à pourfendre. Défendre aussi, quand les ongles enfoncent un tout autre langage. Le frémissement sous tes mains qui maintiennent ton hérésie, je ne te la disputerai pas. Il y a, au crépuscule des âmes enchâssées, une saveur inique à dévorer, qui coule dans la gorge, où les mots sont exsangues. Il y a, au crépuscule des âmes, le goût de ta renaissance immonde, au rythme de tes hanches entre mes doigts douloureusement fichés. Arrimée à mon corps, enfermé entre tes reins, j’entrevois tant de ce que tu es, tout ce que tu voudrais être. L’échec d’un masque qui se désagrège quand ta bouche profane l’air ambiant, lourd, lourd, qui appuie son supplice. Là sous les mains. Là, à chaque affront de ta domination bestiale. L’air ploie sous les sons gutturaux, je ne les reconnais pas, c’est ma voix d’un autre âge, celle qui feula dans une oreille amante, des promesses d’infini sur la langue, ces toujours qui furent gravés jusque dans une souffrance de chaque instant. Cette harmonie de deux êtres qui se jurent de persister jusqu’à la rupture, jusqu’à l’euphorie maligne que l’on renie le jour, que l’on crève de consumer la nuit. La rupture, la peine qui joute dans les muscles, sous ta bouche qui revient à la mienne, le désespoir d’un baiser qui prend autant qu’il offre. La rupture d’une langueur assassine, dans la folie la pire qui soit. Au crépuscule des âmes, rompre tous les serments pour les voir plonger dans le sang et renaître. Renaître nôtres, dans l’entremêlement de nos mains, nos paumes qui susurrent un plaisir qui n’a plus rien de coupable, qui aurait tout de honteux si nous devions le surprendre à la dérobée de nos mensonges. Dans cette chambre à l’atmosphère corrompue, par nos murmures, nos mots, nos cris. La frénésie d’une mort consentie, tout mon corps qui continue de s’offrir, qui excave les stigmates d’une vie condamnée. La cicatrice de l’aube de mes violences, héritée d’un tesson de bouteille qui a plongé sa morsure, manqué de m’ôter l’existence que je déjouais déjà. Les hématomes qui continuent de fleurir depuis que j’ai affronté Welsh dans la maison de Moïra, si nombreux alors, qu’il m’a fallu de nouveau les faire apparaître lors d’entraînements bien trop soutenus pour épargner la pâleur de mon épiderme. Le ton de nacre malade, qui s’irise sous les caresses d’Eleah, la maigreur infâme qui commence à se résorber depuis que je l’ai retrouvée. Depuis cet après-midi dans le salon de thé. Je sens le soleil mourant d’une fin d’après-midi à dos de la Blackbird, la peur, la contrition d’une minute pour les joies du parcours, dans les veines, au rythme des nerfs brimés. Mes doigts s’immiscent entre les tiens, nouent d’autres assauts, gardent les promesses que tu ne dis pas encore, retiennent le plaisir dans le sursaut d’une douleur consommée. L’écho de ton rire, tout droit sorti des limbes d’un passé qui me semble si lointain que j’en comprends uniquement certains contours abrupts, qui mordent ma peau, glisse en moi tel une meurtrissure. Je recueille l’amertume d’une attente, au rythme de ta hargne, bientôt couchée, lovée contre mon coeur qui combat un désir toujours plus dévorant. La possession étend ses horribles tentations, les doigts s’entremêlent plus forts, les jointures blêmissent de la fausse lenteur d’un rythme qui continue de se précipiter dans ma tête. C’est pire encore dorénavant que je la détiens ainsi, tout contre moi, car elle s’insinue partout, dans mes pensées, dans mes avenirs, dans mes peurs, dans mes appétits dégénérés, dans ces écueils si longuement défendus, voies sans issue de mes souvenirs imparfaits et inavouables. Le sang dégouline entre mes doigts, je sens toute sa substance m’échapper, songe si palpable qu'il me fait douter de la réalité, et les hurlements dans ma tête cèdent devant la torture qu’elle poursuit, rythmique indécente qui m’arrache plus que je n’ai jamais souhaité déposer en une autre. Elle dispute le passé sulfureux, elle convoite la haine que j’ai enfoncé dans tous ces corps offerts pour n’en plus retrouver qu’un seul, et même cela elle me l’arrache, venant corrompre toutes les images pour les remplacer par la sienne. Ma rétine se brûle de l’indicible monstre que je tiens pour égale. Jamais. Jamais. Jamais je n’ai rêvé accord plus dérangeant, plus abyssal. Plus implacable. Elle décharne, déchire, désavoue, et mes mains enferrées ne cherchent plus qu’à maintenir ce feu qu’elle ne cesse de nourrir. Et ses regards qui frôlent l’accent du sublime, recouvrent dans les miens l’animalité d’un langage qui semble avoir été assemblé pour cette rencontre qui continue de broyer tout ce à quoi je me suis raccroché. Je n’existe que parce qu’elle me prolonge. Et si je souhaite l’étreindre, c’est uniquement dans l’espoir de me continuer. L’existence même devient ce souffle en partage, ténue comme lui, prompte à mourir dans l’éther de deux vies qui luttent pour n’être pas assez. Jamais assez… Au crépuscule de nos âmes, renaître. Renaître pour toi, en toi, au creux de ton corps qui m’ôte tous les masques, tout ce qui demeure de croyance. Le point d’orgue c’est toi, uniquement toi, ton visage est un jugement, ton corps une damnation. Tes mots… Une fin. Et tout le commencement. La Génèse d’un tout que j’identifie avec la clarté des idolâtres. La naïveté de ces premiers balbutiements, quand l’être demeure malformé, incapable de survivre si ce n’est en s’arrimant à un autre que soi. Les mots violent le froid de plus de dix années à me considérer comme incapable de les recevoir. L’indigence de la bête. Mais pas ce soir, pas ce soir, pas lorsque l’aveu te coûte ce qui reste de ce personnage qui abdique au même instant que tout ce que j’ai cru paraître disparaît soudain. Le vide qui se consume dans la violence d’une extase pour n’être plus comblé que par toi, tes mots. Et cet amour, cet amour que je ne mérite pas. Que j’ai tant dévoyé, que j’ai assassiné. Cet amour que je détiens avec la jalousie des fauves au moment où tu me le concèdes. L’émotion dans mes iris qui virent à l’orage bouleversé. J’ai entendu ta cruauté et elle m’a atteinte jusqu’à l’os. J’ai mal, j’ai si mal. Et le plaisir vient mordre la douleur, la rendre plus virulente encore, quand je disparais avec elle, démuni, décharné, sans plus rien de cet orgueil qu’elle a su m’ôter dans l’avidité la plus crue. Elle a tout dévoyé, tout détruit. Son fol amour vient de tout balayer, et je ne suis plus rien, si ce n’est en elle, en elle. Et rien n’a jamais paru si délicat. Si dangereux. Si absolu que toi. Mon amour. Les lèvres s’apposent pour opposer l’agonie d’un partage. Mon amour. Son amour. Les cris et la hargne qui s’étanchent dans des frissons échoués à son épiderme tremblant. Il n’y a plus que la certitude de cette alliance, fusion irréelle d’un instant bien trop bref, bien trop long. Et je l’étreins, je l’étreins, échappant à sa contrainte pour la prolonger plus encore. Au crépuscule des âmes, j’oublie qui je suis pour n’être plus qu’à toi. Au crépuscule des âmes, je cherche la tienne, pour mieux m’y ensevelir. L’y voir mourir et renaître.
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ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Disparaître en lui, en cessant de croire à cet idéal fragmentaire. Disparaître en lui, en abjurant cette vaste interprétation, aussi morne que falsifiée, ce délicat mensonge, si docile lorsque l'on apprend à le caresser. Ce soir elle n'en veut pas. Ce soir elle veut toute la cruauté d'une âme pourrissante sans les artifices pour la rendre plus agréable. Elle veut tout, elle prend tout. L’absolu de la perdition est tel qu'elle frôle une forme de lucidité au paroxysme de l'ivresse, ébranlée par l'impression de se détacher hors de son corps, de n'être plus qu'un spectre projeté en avant pour mieux les regarder, et les voir. Ce qu'elle contemple est d'une telle beauté qu'elle en perd le souffle. Mais tout en même temps, une terreur indicible fait vriller son ventre. De ces peurs tangibles qui font frémir les nerfs et blêmir la peau. Le lien se tend plus fort entre leurs deux silhouettes, l'étreinte les enferre au gré de ses possessivités implacables. Eleah rejoint la matérialité de son corps dans un tremblement sous-tendu alors que tout vacille alentour. La douleur dans chacun de ses membres, dans ses hanches mouvantes marquées par l'avidité de ses doigts, dans ses bras qui la soutiennent à peine lorsqu'elle ploie au-dessus de sa tête, dans ses jambes fourbues dont elle n'éprouve même plus les pointes. Les contours de sa carcasse sont si indistincts. Elle ne sait plus où ils commencent, où ils s'arrêtent. Ce qui est de lui, ou bien d'elle. Les deux ensemble, mélangés jusqu'à former un alliage indéfinissable où les entités demeurent, tout en disparaissant l'une dans l'autre. L'abîme déjà grand ouvert se fissure un peu plus, tout autour d'eux. Le sang ruisselle dans les veines, adipeux sur la langue, salé et acide comme les larmes.  Elle le sent dans ses tempes douloureuses, l'éprouve dans tous les interstices de ses muscles malmenés à se rompre. En équilibre entre des émotions contraires, elle s'arrime à ses lèvres avec de ces regards insolubles qu'ont les dégénérés lorsqu'ils contemplent le cloaque qu'ils ont su rouvrir. Son expression idolâtre, jamais entrevue chez d'autres. La clarté translucide de sa convoitise, aussi insatiable et dérangeante que la sienne. La bête qui gronde, consent à ployer entre ses doigts. Un consentement si sublime que c'est une réelle souffrance d'en honorer tous les atours sans aller trop loin et chercher à lui arracher ce qui lui appartiendra toujours.  Mais elle s'y atèle pourtant, contraignant, ployant à son tour. Ascendante dans la posture, lovée toutefois, pour donner autant qu'elle cherche à prendre. Les douleurs se disputent entre elles, entreprennent des cavalcades effrénées qui arrachent des complaintes plus lourdes. Jusqu'à l'aveu de cet amour. L'aveu soufflé, l'aveu arraché. L'inavouable, couché sur sa silhouette dans une spontanéité troublante, venue renier tout ce qui fut au profit de ce qui est.  Son regard se fait plus nébuleux après cela, car au fond de son cœur, elle sent un autre lien qui implose. Si semblable … Si différent pourtant. Elle n'a jamais aimé personne … Non. Personne à part lui. Arthur … Arthur. Ce frère dont l'image est gravée partout à l'intérieur d'elle depuis l'essence, et dont la place indiscutable se voit ébranlée par celle de James lorsqu'elle disparaît en lui un peu plus. Ses phalanges serrent davantage. La souffrance est si crue qu'elle lui arrache de ces complaintes qui oscillent avec le cri. Le lien continue de gonfler contre sa poitrine, devient une lame acéré venue pour défigurer cette image qu'ils ont toujours partagé. Des traits trop semblables pour réellement se ressembler. Un serment inviolable dont elle profane cette nuit toutes les abjectes promesses. Un malaise l'étreint, subjugué par le désir, tandis qu'un spasme la traverse toute entière, comme ceux qui parcourent les jeunes pendus que l'on précipite dans le vide, et qui n'ont pas su se briser la nuque directement au bout de la corde. Dans la fureur d'un plaisir douloureux qui atteint son point de non retour, elle vient boire la violence de l'extase contre sa bouche pour y noyer la sienne, mord ses lèvres plus fort pour y étouffer un cri qui s'accompagne de larmes indistinctes sur ses joues rougies par l'effort. Les liens qui la composent explosent au même instant. Arthur. Son père. Elle aussi. Le bruit des os qui se fracturent contre l'émail. La texture soyeuse du sang qui coagule sur les doigts enfantins. Les jeux à se tapir dans le noir. La douceur maquillée de tristesse de son timbre. L'éraillement de ses troubles contre ses tempes. Sa silhouette claudicante. Le roulement de son accent sur sa langue. Tout, tout. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien. Plus rien à part la conscience de son corps contre le sien. Si étranger avant cela, familier pourtant, maintenant qu'elle le regarde, que sa silhouette affaissée sur la sienne pèse de tout son poids, incapable de se mouvoir. Son souffle se perd dans le creux de son cou, glisse jusqu'à son épaule où elle demeure assez de temps pour perdre toute conscience. L'écrin de la nuit se resserre, les souffles s'alanguissent. Eleah se redresse juste assez pour venir déposer ses lèvres sur les siennes, avec de ces précautions que l'on emploie pour apaiser les plaies à vifs et y passer un baume. Dans une délicatesse qui jure, sa silhouette opère un léger basculement sur le côté,   le libère à peine, quand le côté de sa tête rejoint le confort diffus de l'oreiller. Ses doigts glissent des caresses jusqu'à ses côtes, s'arrêtent sur la rugosité d'une ligne dont son pouce trace confusément les contours.

« Qu'est-ce que c'est ? » demande-t-elle, le timbre ténu, à peine audible, éraillé par l'épuisement qui la guette à l'unisson de la lourdeur de l'ivresse qui retombe. Nimbée de la patience des exténués, elle continue de passer son doigt sur sa cicatrice, l'apprenant par cœur, la gravant sous la pulpe de ses doigts pour mieux la détenir dans l'écrin de ses souvenirs. Elle ne se souvient pas l'avoir remarquée avant cela. Parce qu'elle ne voulait pas voir, ni être vue. Pas entièrement en tout cas, non, pas entièrement.

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() message posté Jeu 6 Sep - 16:20 par James M. Wilde

« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Les contours diffus d’une nature fondue en une autre. Inaltérable duo qui ébranle ces constructions qui furent élevées au front du suicide pour savoir le repousser. Vouer son âme à un seul fantôme, éviter la vie pour goûter à la mort, saveur d’inédit qui demeure sur la langue. Mais cette nuit tout change. Cette nuit, les constructions passives volent en éclats, sous les doigts noués s’écrivent des jeux pluriels. Je pluriel. Je cesse d’être uniquement cet être vagabond, qui saurait trouver une ornière pour disparaître. Si je disparais, c’est avec elle, avec elle. L’inexprimable lien clame toute son ampleur, avant de retomber sur le corps inerte, qui soutient le sien dans l’accalmie des sens broyés. Mes doigts suivent la ligne de son dos, écrivent ces histoires que je n’ai pas encore su lui murmurer, se souviennent de son épiderme, l’oublient au détour d’un seul geste pour mieux le réapprendre avec langueur. L’apprennent par coeur, sous l’index, des idéaux déchus, jamais déçus totalement, d’autres notes à hurler, ce cri qui se poursuit même s’il paraît éteint, désormais que ma respiration se calme. Peu à peu, les ombres de la chambre rattrapent une situation si crue qu’elle ne pourrait se subir autrement que comme ceci, elle dans mes bras, moi entre les siens, à écouter le ton brouillé de son souffle qui repose sur mon épaule. Je regarde le plafond, y voit danser des lueurs qui sont peut-être héritées des émotions qui m’emplissent encore, trop brutales pour être simplement consommées sans stigmates. Sensoriels, sensuels, elles demeurent dans une sorte de veille, à dépeindre quelques idées qui se fondent en une satisfaction coupable. Les relents de l’alcool me reviennent, non pas les parfums alourdis de l’éthanol mais bien ceux de ces mots qui furent dits, subis, avoués. Un instant, mon esprit se demande si la réalité s’est pervertie dans l’ivresse et si demain le jour se lèvera sur d’autres lueurs, plus trompeuses encore, plus dangereuses aussi. Qu’aurons-nous alors à appréhender si ce n’est l’entre-deux indescriptible d’une chute, qu’elle a consentie et dont j’ai profité. La vulnérabilité, la faille, béante, qui ne s’est pas encore refermée, qu’elle expose tant que je ne parviens plus à la voiler. Que je ne le souhaite pas, plutôt crever que de renoncer à cela. Il y a de ces vides creusés, qui appartiennent à l’autre, des territoires ravagés par les flammes ou rien ne saurait repousser, et les pensées s’y entrechoquent, des interrogations sans sens, perfides, qui susurrent une peur immuable, presque animale. Ce qui a été cédé ne pourra jamais être restitué, et ce qui a été oublié dans l’étreinte, ce crime presque assumé qui fut serré fort entre nos doigts entrelacés et qui ressasse des horreurs dont les émotions à vif se délectent. La beauté et son profil hideux, qui se dévoile aux faveurs d’une nuit qui s’enfuit. Ma main se resserre un peu plus sur son épaule pour la garder ainsi contre mon corps qui se sent démuni, incertain. J’ai un peu froid parce que je l’ai enterrée une seconde fois. Une dernière fois peut-être, et quelque chose de ma persona se balade, sans fers, sans égards pour le fantôme répudié qui viendra un jour réclamer un tribut sans doute pire dorénavant que la fidélité ne lui est plus acquise. Mes yeux cherchent un autre profil pour mirer l’éclat de l’euphorie qui se dépare, ses lèvres se posent sur les miennes, je les reçois avec un trouble qui pourrait presque être l’aube d’une nouvelle innocence. Qu’importe, qu’importe l’hérésie, si c’est pour la voir convoler à ses côtés. Sous ses caresses, je laisse s’enfuir les ombres, m’arrime au présent, à sa peau où je continue de fureter, avant que sa main ne s’attarde sur un stigmate dont elle n’est pas coupable. J’aurais sans doute d’autres griffures à décompter dans l’effroi d’un miroir, mais cette cicatrice est là depuis des années. Un peu laide, de ces plaies que l’on a trop tardé à refermer convenablement. La pulpe de ses doigts réveille une sorte de douleur fugace qui tremble sous la peau meurtrie. Douleur mémoire. On m’a expliqué cela une fois, que l’esprit pouvait convoquer un mal ancien sans que le corps ne soit réellement en souffrance. Mais je ressens encore le verre qui tranche les chairs, et l’odeur du sang. Et puis les yeux de Greg, son agitation aussi devant ce piètre spectacle lors d’une autre aube si irréelle qu’il me faut plisser des paupières pour convoquer le souvenir qui s’extirpe paresseusement des limbes. Ma voix est un peu rauque, je me racle la gorge pour former les mots avec plus d’aisance, j’ai un sourire d’un mauvais genre, celui de ce garçon jadis, qui aimait tant s’égarer dans le noir. J’aime encore cela. Ca n’a jamais cessé.
_ Une de mes errances… La nuit, le soir, l’effet de l’alcool ou la came, les deux peut-être, je ne sais plus très bien. J’avais envie de sentir quelque chose… Tellement envie je crois. Et ça été ça.
Les limbes se déploient, ça n’est pas triste, ça n’est pas désagréable, c’est juste le passé qui s’affranchit dans le présent ralenti de nos corps emmêlés. Mes doigts glissent dans ses cheveux comme pour bercer les prémices de son sommeil tandis que je lui conte les faits :
_ L’autre type s’en est mieux sorti pour une fois. J’ai été… négligent. Une seconde de trop. Ca n’a pas été aussi grave que ça en avait l’air. Une errance un peu courte, trop courte, il a fallu rentrer. Et ils n’étaient pas contents. Tous…
Les mots ralentissent, trainent aux hasards des oeillades sévères de Rebecca, de l’angoisse de Gregory, qui bouffait entièrement son visage, comme pour mes mains. Mes mains, que j’ai amochées il n’y a pas longtemps. Car ça n’a jamais cessé. Jamais.
_ Moi je m’en foutais. Je suis allé à l’hosto le lendemain, et la fille gueulait aussi, parce que ce serait moche. Mais, je l’aime bien. Cette cicatrice.
Une longue pause, j’embrasse son front avec une douceur qui me porte vers les rivages du sommeil :
_ Elle me rappelle qu’il y en aura d’autres… Des errances. Il y en a toujours d’autres.
Qu’est-ce que le type m’avait dit alors, pour déclencher toute ma rage ? Peut-être rien. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Et les échos d’innombrables voix se bousculent jusqu’à ce que je ne m’assoupisse en la tenant dans mes bras, les draps froissés, un corps en parure de l’autre, le sommeil est un trou noir. Je crois l’avoir cherchée cependant, quand j’ai fait l’erreur de nous désunir. Je me suis lové à elle dans un murmure absent, je ne sais plus ce que j’ai dit. Son prénom sans doute. Son prénom dans la nuit. Eleah. L’appel sur les lèvres, encore à l’orée de la conscience quand je rouvre les yeux. Il est tard. La journée est déjà entamée, elle ne nous a guère attendus. Des yeux plus clairs la sondent, sans se détourner, cherchant la première expression qu’elle aura à mon égard, appuyant enfin mon index sur son front. Avec un sourire presque mesquin qui étoile mes iris moqueurs.
_ Ca n’est pas trop le bordel là-haut ? Rappelle-moi de te convier à chacune de mes futures débauches.
J’étire mes bras, pas vraiment décidé à bouger, courbaturé, rompu par elle, par des sensations qui demeurent, là, à la frontière de la mémoire encore légèrement assoupie.
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() message posté Ven 7 Sep - 10:40 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
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« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
L'écrin de la nuit se referme avec lenteur, boîte à musique confuse, éteinte, aux rouages rouillés par les notes stridentes des aveux qui se réverbèrent encore dans la pièce silencieuse. Écho diffus, sourdant aux oreilles, endormant la tempe de ses langueurs. Des frissons viennent parcourir sa peau nue à intervalles irréguliers. De ses membres, Eleah ne sent plus rien à part ces fourmillements là, bientôt engourdis par l'alcool qui continue d'amollir son sang et d'alourdir ses paupières. L'harassement est terrible parce qu'il est absolu, nourrit par des jours à malmener ses nerfs la nuit, son corps le jour. A picorer comme un oiseau trop affamé pour pouvoir se sustenter comme il le désire. En l'espace d'une semaine, elle a dû perdre un peu de poids.  Les muscles travaillés de sa silhouette sont plus acérés. Surtout ce soir, alors qu'ils viennent de se confondre dans un effort bien trop acharné pour n'être pas sans conséquences. Son index continue ses attentions auprès de la cicatrice, berce ses contours en s'arrêtant aux stigmates d'une légère boursouflure, marque ancienne d'une suture. Avec le peu d'énergie qu'il lui reste, Eleah parvient à projeter en son esprit une image imparfaite de lui plus jeune, dans le brouillement de ses errances. Elle l'imagine, plus désinvolte alors qu'il ne l'est aujourd'hui, plus incisif aussi. Parce que quoi qu'on en dise, avec l'âge, on s'assagit. Ou alors on se fatigue plus vite, l'un dans l'autre, cela revient peut-être au même. Elle l'aperçoit avec une virulence différente. Semblable dans le fond, mais plus crue alors, à pourchasser des limites de la même façon que le font les enfants pour savoir jusqu'où ils peuvent aller avant de se brûler le bout des ailes. Un léger sourire en demi-lune vient éclairer ses traits fatigués. Sa vision se brouille, elle ne le distingue même plus dans la pénombre. Elle l'écoute, elle le touche, tous ses sens maintenus dans un éveil fragile à l'orée de chacun des mots qu'il prononce. Mais elle n'a plus la force de voir.

« Trop courte … Parce que tu souhaitais y rester ?  … Tu sais, il y a toujours cette inquiétude en ceux qui attendent … Qui ne peuvent faire que cela … Parce qu'il n'ont aucune prise. »

Sur ces personnalités là, celles qui aspirent à fouailler l'abîme pour en distinguer les contours, les apprendre par cœur et menacer d'y disparaître. Il est ainsi. Comme Arthur. Le même alliage, tous les deux. Elle l'a toujours vue : cette attirance irrépressible pour des noirceurs qui à ses yeux sont totalement absconses. C'est peut-être cela qui l'a attirée chez lui aussi. Mais si confuse soit-elle sur sa propre nature, Eleah a toujours su qu'elle était différente à ce niveau-là. Elle a un appétit pour des obscurités disparates, prompte à caresser les limites, mais trop farouche pour rêver les franchir. Elle ne veut pas de ces errances que l'on finit par ne plus maîtriser. C'est un lâcher-prise auquel elle a goûté quelques fois, mais dont elle s'est détournée sans aspirer à y revenir. Parce que contre toute attente, Eleah n'est pas entièrement un être destructeur. Elle veut construire, elle veut rêver. Elle veut vivre, dans les sillons tortueux de souffrances qui parfois la laissent à des états intolérables, entièrement aphone. Mais jamais elle n'a aspiré à mourir, même en pensée. Ce serait un plaisir trop facile à accorder au monstre qui la brisa un jour. Une victoire qu'elle n'est pas prête à lui concéder. Non … Jamais. Elle veut vivre, dans tout ce que cela implique d'émotions, d'aléas et de tortures. Elle l'a toujours voulu, sans aucuns doutes.

«  La seule  faiblesse de leurs attentions … C'est de craindre de perdre quelqu'un qui compte. » ajoute-t-elle à rebours, ses caresses plus dissolues sur la cicatrice dont elle ne perçoit l'image qu'au travers de la pulpe de ses doigts. « Elle n'est pas si laide … Je pourrais finir par l'apprécier ... Moi aussi. » Le timbre s'étouffe, s'éraille. Sa paume se pose sur sa hanche, dans un alanguissement qui s'étend pour l'emporter dans une étreinte plus onirique. Elle l'entend toujours, à peine. Juste un murmure, à la frontière de la conscience, auquel elle répond dans un souffle ténu juste avant de s'endormir : « Jusqu'à celle dont on ne revient pas ... ».

Le sommeil l'emporte dans une vague à la fois tranquille et irrépressible, polissant tout sur son passage, la chaleur de son corps comme seul ancrage à cette réalité qui se dissipe au profit de rêves trompeurs. Ses songes sont d'un noir d'encre au départ, rendus lourds par le poids de l'alcool qui pèse dans ses veines et confuse tous les contours. Cela ne fait pas longtemps qu'elle dort lorsqu'elle ouvre les yeux, sent son cœur qui bat un rythme frénétique dans sa poitrine en même temps que la pièce vacille. L'affolement la gagne, les lignes de la pièce se mélangent. Son corps brûle à l'intérieur, consumé par un feu qui rend son front moite et ses membres tremblants. L'impression d'être sur un navire en pleine tempête vient gratter ses tempes douloureuses. Son souffle s'accélère en même temps que le lit et le plafond lui semblent tourner sur eux-même dans deux sens inversés. Des nausées cavalent dans son ventre, mais Eleah n'a pas la force physique de se lever. Alors elle aspire une bouffée d'air par le nez, avec lenteur, recrachant par la bouche. Une fois, puis deux. Son cœur s'apaise un peu. Elle somnole, se réveille, se rendort enfin. Le feu s'éteint, un froid terrible vient prendre sa place. Pour en parer les morsures, sa silhouette nébuleuse traque la sienne dans le noir, s'y love, s'y accroche même, comme s'il était le seul à pouvoir la garder du mal qui la ronge. L'onirisme la détient à nouveau, dénué de formes et d'allures, dépourvu d'images. Pour la première fois depuis des jours, Eleah parvient à dormir. Pas beaucoup, mais suffisamment pour se sentir totalement désorientée lorsque les prémices d'un réveil viennent caresser ses paupières.

A moitié allongée sur le ventre, la tête enfoncée dans l'oreiller et prompte à y disparaître, les filets de lumière qui transpercent la pièce et réchauffent les traits de son visage lui apparaissent éminemment agressifs. Raison pour laquelle elle remonte le drap jusqu'à la lisière de son nez. Pendant de longues secondes, elle se rend compte qu'elle ne sait plus où elle est, ni avec qui. Engluée dans un noir épais et repoussant, son petit nez se fronce de mécontentement, à l'unisson qu'un râle un tantinet réprobateur vient répondre à cette phrase, comme sortie de nulle part. Et cet index, venu pour toucher son front sensible, qui lui fait remonter le drap plus encore, presque jusqu'à y disparaître. Évidemment, elle reconnaît le timbre à rebours, et se remémore des bribes de la nuit passée. Les courbatures qui cinglent dans une bonne partie de son corps ne trompent personne d’ailleurs, tout comme cette douleur lancinante qu'elle éprouve au creux de la hanche. Une minute elle tâche de se remémorer plus en détails. Le visage d'Isaac apparaît derrière ses paupières closes, et un profond malaise la saisit de part en part à l'idée de le revoir dans la soirée, et de devoir lui fournir quelques excuses, à défaut d'explications précises au sujet de ses récents élans charnels. Quant au reste … Cette nuit passée avec James, les détails lui reviennent, imparfaits, parfois  indistincts, mais là pourtant. Gravés sous ses doigts, dans chaque marque laissée sur sa peau blême.  Des indices dont elle ne peut renier la présence, en prétendant avoir tout oublié au profit de l'alcool.  Elle se souvient. Des aveux, de l'étreinte … Elle se souvient oui. Mais de là à pouvoir tout assumer maintenant qu'elle paie les frais d'une sobriété rudement malmenée, rien n'est moins sur.

« Chuuuut, tu parles trop fort ... » grogne -t-elle en s'enfonçant plus avant dans l'oreiller, ayant à présent totalement disparu sous les draps, seule une mèche hirsute de cheveux dépassant pour signaler sa présence. Décidément peu coopérative à l'idée de se confronter à une réalité qu'elle rêve de pouvoir fuir, Eleah fait un inventaire silencieux de chacun de ses muscles, les déployant tour à tour de la même façon qu'un petit chat déploie ses pattes après un long sommeil. Au bout de quelques minutes, elle entreprend enfin d'ouvrir les yeux, abaissant le drap sur son nez. Les pupilles  brûlées par la lumière, elle cligne des yeux à intervalles réguliers, jusqu'à obtenir une image à peu près nette de son visage. Elle l'observe alors, silencieuse, avec une expression absconse. A mi-chemin entre la tendresse, l'espièglerie, et une peur confuse et inexplicable, née des souvenirs imparfaits dont elle hérite un peu plus à chaque seconde. Décidée à ne songer aux choses sérieuses que lorsque le monde cessera d'être si oppressant autour d'elle, elle finit par articuler :  « Je suis sure que tu as encore déchiré mes affaires. Malotru. » Malotru, mot en français, qu'elle a toujours trouvé assez drôle, accentué par son sourcil qui se hausse, inquisiteur. Finalement, elle roule sur le dos, repoussant inconsciemment le drap jusqu'à son ventre en plaquant le dos de sa main sur son front. « Par pitié, ne me donne pas l'heure qu'il est … Sinon je vais devoir me lever en vitesse … Et là … Là … Merde les motifs du plafond tournent. » Elle ferme les yeux une fois, puis deux, roule de nouveau sur sa hanche en glissant un bras sous son oreiller. « Tu leur diras que j'ai été happée par un oreiller moelleux d'accord ? Je ne résiste jamais à tout ce qui est moelleux ... » murmure-t-elle, ronronnant presque en se lovant contre le fameux oreiller, prompte à se rendormir si seulement sa conscience ne la rappelait pas à l'ordre. « Je suis trop vieille pour jouer les débauchées. Regarde où ça nous mène … Je suis encore plus fourbue qu'après un entraînement de huit heures d'affilée … C'est ta faute ça. Tu as une mauvaise influence sur moi. J'étais sage, avant. » murmure-t-elle, innocence factice en parade, les lèvres bougonnes. Une espièglerie bienvenue, apportant un peu de légèreté pour ne pas trop ressasser ce qui fut, dans les secrets de la nuit, et qu'elle n'est peut-être pas encore totalement prête à accepter.  

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() message posté Ven 7 Sep - 15:14 par James M. Wilde

« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Les échos de ses phrases demeurent en filigrane de cette nuit trop courte. Rester dans le noir, l’idée se grave et s’insurge à la fois. Il y a eu des moments où ce fut le cas, jusqu’au comble du désespoir. C’était la trivialité d’une désertion sans prévenir personne, les cris au téléphone, l’alcool dans les tempes, la pluie sur la gueule. Avant que de ne m’enfuir quand nous étions en tournée, là-bas, aux USA, j’aimais à disparaître de la maison, quand cela me chantait, surtout quand mon foyer se parait de relents toxiques. Qu’elle m’attendait pour mieux souhaiter me voir disparaître, quand je me pressais de revenir pour mieux la torturer. Quand l’intérieur est devenu aphone, implacable, aux allures d’une prison que j’avais façonnée, que je ne savais comment accepter bien qu’elle fut l’oeuvre de mes mains de dégénéré. L’air de la chambre, tendu de nos disputes, de nos réconciliations brutales, qui laissait enfin place à la morosité de Londres, aux frimas d’un hiver que j’allais affronter à des vitesses infernales. Des boîtes il y en a eues, des bars glauques surtout, quand dans les années 90 l’on trouvait tant de ces lieux où la came circulait, presque sans se dissimuler. Des filles divagantes dans les bras, des aiguilles et des lignes, et puis des connards. Moi surtout, eux aussi. Et pourtant, pourtant, oui, ces soir-là, quand je lapais le sang sur ma lèvre fendue par les phalanges d’un inconnu, je souhaitais y rester, m’y égarer un peu plus, jusqu’à m’écrouler en général, à l’orée des ténèbres que j’entrevoyais si clairement, que je découvrais avec la frénésie des premières fois. Il y a un sourire qui danse dans les échos de sa voix, la question qui se meut en affirmation, car elle a bien compris toute seule, je n’ai même pas eu à répondre. Me perdre, me perdre alors, dans la nuit trop courte, à l’ombre de ses bras, dans l’affront de son souffle déjà sur le chemin des songes. Me perdre. Jusqu’à cette errance dont on ne revient pas. Je le leur ai toujours promis, dans ces regards pleins de fureur et de perdition, dans mes moments atones à demeurer prostré, dans ceux où la folie tance les muscles et fait jaillir la voix, sur scène, au fin fond d’un foutu lit d’hôpital, dans la rue ou autour d’une table. Greg le sait et le craint, c’est l’une de ses peurs primales, de celles qui vous hantent sans discontinuer. Parce qu’au bout de cette promesse maligne, je serai le sens à gagner, ils auront tout à perdre. J’étends mes doigts pour caresser cette victoire qui s’enfuit déjà. S’enfouit dans les limbes de mon être qui espère que dans le creux d’une disparition, je saurai enfin être véritablement libre et apaisé. Mais je m’arrime à elle, je m’arrime à toi. Car à trop fuir, ce sont les murs que j’ai fini par rencontrer, et les échappatoires maudites ont manqué de m’ôter la raison. Alors dans cette nuit trop courte, je m’arrime, je me raccroche, je te serre contre moi, être stellaire qui dans sa monstruosité survit encore, et cherche ces sonorités qui sont si promptes à paver le chemin des rêves les plus violents, les plus beaux. Ces rêves, je les entrevois, dès qu’elle est là, dès qu’elle s’agite aux prises avec les fracas de l’alcool qui doivent battre son estomac vide. Il n’y a dans son corps ou dans sa tête, aucun de ces murs qui m’ont si longtemps effrayé, il n’y a aucun barreau pour m’entraver. Ni à l’orée de sa nuit, ni à l’ombre de son souffle. Je laisse s’étendre les ténèbres qui m’emportent à ses côtés, s’étendre d’autres routes qui demeurent à exploiter, ne songe pour l’instant plus à filer. Je ne file que les imaginaires où elle est là, ces imaginaires qui furent désertés.

Elle dort, encore un peu, empêtrée dans les draps, l’édredon forme une corolle protectrice, muraille illusoire pour mes regards qui la percent, la frôlent, cherchent des signes du réveil qui ne devrait pas tarder à la saisir. Je compte les plis qui se dessinent sur son nez, une expression que j’ai déjà notée chez elle à plusieurs reprises, qui parfois s’accompagne d’un froncement de sourcils. Expression assez adorable, elle brille subrepticement dans mes prunelles. Expression incomplète cependant, quand le reste de son visage se dérobe encore, lèvres dissimulées mais qui mordent déjà. J’ai un très léger rire, encombré de sommeil, devant le râle qu’elle produit, mes instincts moqueurs reviennent au galop, prompts à ménager des émotions encore trop palpables pour que je sache les ravaler ou les affronter. Il est trop tôt pour cela. Trop tôt pour continuer de traquer sur son visage les marques d’un désaveu que je frémis de trouver alors que les limbes se dissipent. Trop tôt pour ne pas la toucher et me murer dans l’assassin silence qui suivrait les ébats. Les douleurs taraudent, physiques, pires sont celles qui s’éveillent à la lueur de certains accidents que les souvenirs fouillent. Les mots toujours, les mots qui s’insinuent dans ma tête, auxquels j’échappe en n’amenuisant pas le ton de ma voix, en ne parlant pas plus fort pour ne pas la torturer inutilement :
_ Quel bonheur de te cueillir au réveil et de saisir ainsi ton humeur si joviale. Ne te plains pas, ça pourrait être pire…
Mon sourire demeure quelques instants. Pire. Pire que cela, pire que nous qui reprenons nos manèges illusoires sans analyser inutilement les soubresauts de ces habitudes éventrées, qui gisent au pied du lit telles des preuves trop dérangeantes. Je ne m’extirpe pas des draps, j’ai froid, trop d’errances sans doute, avant la nuit qui fut fatidique. L’est-elle seulement, l’est-elle vraiment ? Les questions se balayent tandis qu’elle émerge de nouveau de son cocon pas suffisamment salvateur. J’essaye de paraître sérieux, si sérieux que je ne cille pas, allongé sur le côté, plongeant dans ses regards noirs. Je me désigne, dessinant avec efficacité cette moue outrée qui me caractérise parfois. Je ne sais pas ce que veut dire le mot qui ponctue sa phrase mais je sens l’injure sous-tendue par son ton :
_ Et l’état de mon t-shirt que tu as fini par arracher, on en cause ou bien on continue de pleurnicher après trois malheureux bouts de soie ? C’est la ville de la fanfreluche ici, on t’en prends 125 si tu veux.
Comme ça je pourrai les déchirer 125 fois. La pensée doit glisser sur mes traits sans aucune honte avant que je ne m’égare à glisser des oeillades sur sa poitrine qu’elle découvre sans aucune pudeur. C’est une attitude qui m’enivre chez elle, la peau n’est jamais cette honte qui vrille les sens pour mieux les voir se fermer, non. Au contraire. Comme tous les mecs qui regardent des courbes dévoilées, les pensées deviennent disparates, je ne songe même pas à lui donner l’heure que je ne connais pas. J’ai quelques secondes de temps d’arrêt :
_ De toute façon il est trop tard pour cavaler. Surtout si le plafond joue une putain de carmagnole. Tu veux un verre de machin aux fruits ? Je pense que je peux faire l’effort de ramper jusque là.
Vers ces bouteilles qu’elle a négligées et qui sont toujours quelque part sur la moquette. Le café, ça ce serait une vraie solution. Le téléphone est sur la table de nuit, cela aussi je peux y consentir, faire l’effort d’étendre mon bras, et je décroche d’ailleurs l’appareil dans un cliquetis vieillot. Foutus français avec leurs aménagements de bon goût paraît-il. Si désuets parfois. En attendant la tonalité de l’accueil, je continue de lui parler pour qu’elle ne s’enferre pas dans sa migraine :
_ Je leur dirai que dalle, je sais même pas à qui d’ailleurs. Puis c’est une excuse super nulle si tu veux mon avis. Tu me résistes pas et je suis pas moelleux aux dernières nouvelles. Enfin, ma grande, vu les images que j’en conserve, la débauche c’est pas moi qui te l’ai glissée dans la peau, même si j’aurais bien …. ah pardon, vous étiez-là, bah je veux du café. Pour deux. Non pour quatre. Parce comme ça, ça fera un double. Mais le café… Vous savez le faire le café, parce que voyez…
S’ensuivent des explications bien trop nombreuses que je finis par étancher sur un “bref, du café, du café buvable, si j’ose rêver, du bon café” en redonnant le numéro de la chambre sans fléchir, démontrant que je l’ai retenu jusqu’à l’outrage de cette mémoire si paresseuse d’habitude.
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() message posté Sam 8 Sep - 11:46 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Les heurts d'une étrange réalité caressent les frimas qui parcourent la soie de sa peau blanche, malmenée par la nuit, l'alcool, les perditions sans fins et les troubles trompeurs. L'éveil est troublant. Il ne ressemble à rien de toutes ces aubes qu'elle connaît déjà, à se précipiter en dehors des regards matinaux pour n'avoir pas à justifier des étreintes où l'on donne trop de soi pour véritablement pouvoir tout reprendre. Ces matins alanguis des amants qui se retrouvent, même après la dévoration des feux, qui cherchent à se compléter aux instants qui ne leur appartiennent plus tout à fait, tout cela, Eleah ne les connaît pas. Elle leur préfère la plupart du temps les dérobades furtives, glissant sur les draps froissés des excuses en parade qui lui permettent de se précipiter au dehors le plus rapidement possible, broyant ainsi les liens dans ses paumes avant même de leur avoir laissé le temps de fleurir. Des mécanismes aux atours de carcans, qu'elle s'est toujours refusée à convoiter. Que sont-ils si ce n'est des illusions de plus, caressantes et adipeuses sur la langue ? L'idée d'un à deux superficiel, irrémédiablement terni un jour par les aigreurs qui rattrapent tous ceux qui ont un moment décidé de se lier autrement que dans la spontanéité d'une nuit. Les yeux plus vifs maintenant que la conscience caresse son front de ses assertions dérangeantes, Eleah jette vers lui des œillades discrètes, cherchant ainsi à deviner les premiers signes d'une envie de fuite. Ce déni, broyé dans l'étreinte, qui l'assaille de toutes parts mais dont elle ne distingue pas les marques sur lui. Pourquoi ? Pourquoi ? C'est ce qu'il veut ? Ce naturel là, si prompt à se casser la gueule ? Parce qu'il le fera … Forcément. Il y aura du sang, il y aura des larmes. Il y en a déjà eu. Il y en aura encore. Des personnalités comme la leur ne peuvent échapper à cela, ne peuvent s'en passer non plus. C'est insensé, c'est impossible. Mais il est là, il ne bouge pas. La décontraction comme arme tentante, le timbre moqueur et les regards qui glissent sur les contours de sa silhouette. Les images de la nuit passée lui reviennent comme des flashs. Ils l'aveuglent, tour à tour, et ne font qu'asseoir une forme d'oppression sur sa cage thoracique qui l'empêche de se mouvoir comme elle en aurait envie. Monstres en partage, soucieux de se fracasser pour mieux se voir. Et il l'a vue, autant qu'elle a su le regarder. Il l'a vue, et rien que d'y penser, Eleah a mal à l'intérieur. Chaque muscle souffre et émet un cri de douleur aiguë. Inconsciemment ses doigts furètent jusqu'à la courbure de sa hanche, appuient sur l'épiderme bleui par l'avidité de ses mains. Marque héritage, sceau d'une possessivité qui ce matin fait s'affoler son cœur battant une mesure aussi frénétique que la veille. Pas pour les mêmes raisons ce pendant, non, pas pour les mêmes. Il s'affole, fouaille les rivages alentours et se demande vers lequel il doit s'élancer pour s'enfuir. Sauf qu'au final, malgré tout ce qui tressaille à l'intérieur de son crâne, Eleah ne bouge pas. Elle reste là, dans l'écrin refermé de leur débauche, sur le lit qui les a vus s'ébattre pour asseoir une conjecture troublante. Avec un naturel confondant, ils renouent avec la frivolité légère de leurs masques d'apparat. Ceux-là même qu'ils ont arrachés la veille, crevant d'en briser les contours. Une retraite méritée quand les aveux gémis sont encore trop prêts pour être seulement compris, et tolérés. Il faut les apprivoiser, les dompter avec lenteurs. Animaux farouches, trop longtemps brimés pour être domestiqué d'un claquement de langue sur le palais acide.  

« C'est parce qu'il n'était pas très joli, ce tee-shirt. C'est un service que je t'ai rendu. Au final, tu devrais presque me remercier. » bougonne-t-elle en arborant une moue contrite face à ses airs goguenards, la mauvaise foi cavalant sur ses traits fatigués. En réalité, elle songeait à autre chose qu'au style graphique de ce fameux tee-shirt la veille. Elle ne se souvient même pas à quoi il ressemblait. Cela n'avait pas d'importance, lorsque les ongles n'aspiraient qu'à se repaître du bruit du tissus qui s'arrache et crisse, seconde peau dérobée avant que l'appétit  dévorant ne s'étende à la première. En tout cas, les idées qui le caressent ne lui échappent guère. Il est si transparent, lorsqu'il s'agit de désirs, et de convoitise. D'idées sulfureuses aussi. Comme ces adolescents qui goûtent aux frénésies pour la première fois et ne savent s'en rassasier sans sombrer dans les excès les plus crus. Une lueur espiègle vient égayer son regard pour toute réponse, alors qu'ils poursuivent sur le même élan d'un échange au naturel confondant.
« Rien que d'imaginer devoir avaler quoique ce soit ... » Elle mime un bruit de dégoût avec sa bouche, plaquant sa paume sur son ventre, l'estomac vide depuis tant de temps que seuls des aigreurs parviennent à la traverser. Elle sait que ce n'est que le temps de s'y remettre, de renouer avec cette nourriture qu'elle boude un peu trop depuis quelques jours. Pour l'heure, elle se sent incapable de bouger de ce lit. Même pour boire, ou commander de quoi se sustenter. « Mais oui, si tu te sens de tendre le bras … Attrape moi quelque chose qui ne soit pas vert. Tout sauf vert, par pitié. Ça me dégoûte rien que d'y penser. » Elle frisonne, songeant au goût infâme d'un jus d'épinards, de kiwi, ou même de concombre, sur ses papilles asséchées. Elle rêve davantage de saveur rondes en bouche, pour emplir le palais. De la pêche, ça ce serait le pied. Ou de l'abricot. Oh oui de l'abricot.

Pendant qu'il s'emploie à commander un café dont les explications qui l'accompagnent lui donnent le tournis, Eleah roule sur le ventre, glissant ses bras de part et d'autre de son oreiller comme s'il s'agissait d'un gros nounours qu'elle voudrait étreindre jusqu'à disparaître. En écho elle murmure à ses assertions, les lèvres formant un petit rictus équivoque alors qu'elle tend une main vers lui après s'être redressée sur un coude, venant pincer un minuscule pli de peau sur son ventre amaigri. « Tu parles, regarde moi ça. Depuis qu'on se fréquente tu te laisses aller. Bientôt tu vas devenir grassouillet. » Son rire s'étouffe sur l'édredon. Autant dire qu'avec sa maigreur quasi maladive, il est bien loin de pouvoir prétendre au titre de rockeur potelé puissance bide à bière. Elle trouve pourtant sa mine bien moins alarmante que la première fois qu'ils se sont revus, dans cette boîte aux rythmes incessants. Elle l'avait à peine reconnu alors, décharné qu'il était. Cadavre prompt à rejoindre des limbes trop grandes pour qu'il n'y erre pas confusément. Aujourd'hui encore, il est loin du poids normal qui ferait de lui un homme en bonne santé. Mais entre la came, l'alcool, et cette façon qu'il a de picorer plutôt que de se nourrir, elle se dit que déjà, c'est un large progrès que ses pommettes ne soient plus aussi saillantes qu'elles ne l'étaient. Et elle n'est de toute façon pas prête à mener ce combat-là avec lui. « Je ne vois pas de quoi tu parles. » ajoute-t-elle, concernant ses appétits charnels, en mordant la chair de sa lèvre inférieur, le poids de sa tête retombant mollement sur l'oreiller. Patiemment, elle attend qu'il raccroche le combiné, finissant par glisser sur sa hanche en surélevant sa tête sous sa paume, ses doigts furetant ici et là avec les coutures de son oreiller. « Comment s'était alors … Aberdeen ? Le gosse s'en est bien tiré ? » ose-t-elle demander, mettant de côté dans son esprit les images envoyées par Arthur sur son cellulaire pour se focaliser sur Alistair, et le but de leur échappée écossaise. Au fond, les détails qui concernent ses déboires, cela lui est égal. Peut-être sur le moment a-t-elle éprouvé de la frustration, voire une forme de jalousie qu'elle n'a guère l'habitude de ressentir. Mais après une nuit comme celle qu'ils viennent de passer, cela n'a plus d'importance. Plus vraiment. Parce qu'au fond d'elle, et même si elle ne l'accepte pas encore, elle sait que ce qu'elle lui a arraché, aucune autre ne pourra le lui dérober. Pas de cette façon-là. Quelque chose en elle en est intimement persuadé, bien que cette pensée là la terrifie, et ouvre des abîmes inconnues au creux de son ventre. Abîmes qui menacent de ternir son humeur pour la rendre plus morose. Mais cela, c'est sans compter sur les coups frappés à la porte qui retentissent dans la chambre, et l'empêchent de s'enliser dans trop de songes incertains.

« Ils sont rapides dis donc. ponctue-t-elle, glissant sur lui un regard suppliant pour lui demander implicitement de se lever pour aller ouvrir. D'autres coups sont portés, plus précipités cette fois, bientôt accompagnés par une voix derrière la porte.
- Eleah ?! C'est Charly ! T'es réveillée ? Ouvre bordel ! On a un problème !
- Et merde … jure-t-elle, étouffant un grognement de dépit dans l'oreiller, se hissant mollement sur ses bras pour se mettre à genoux sur le matelas, ses regards oscillant alentour en quête de quelque chose, n'importe quoi, pour se couvrir un minimum. - Tu n'aurais pas vu mon kimono ? Oui, celui que tu as arraché hier … Aller trésor, bouge tes petites fesses … Sauf si tu veux qu'il te trouve à poil, et crois-moi, il risque d'apprécier un peu trop, et toi un peu moins … Sauf si tu as des appétits pour la gent masculine. Dit-elle, ponctuant ses phrases en soulevant les draps, les oreillers, en se penchant ici et là jusqu'à mettre la main sur son kimono de soie qui gît à moitié sous le matelas.
- Eleah ! Je sais que tu es là ! Tu cuves ou quoi ? Si seulement il savait à quel point. Promptement, les jambes raides, elle descend du lit, renoue avec une démarche vacillante en passant son kimono autour de ses épaules et en le nouant autour de sa taille.
- Oui, oui, je viens ! Deux minutes ! Grogne-t-elle, balançant par -dessus son épaule tee-shirt et caleçons trouvés dans son sillage, avant d'ouvrir la porte sur sa silhouette déconfite.
- Je suis là Charly, je suis là.
- Aah ! Bah c'est pas trop tôt ! Merde trésor, tu as une mine affreuse. La cuite, c'était pas un euphémisme. dit-il, une moue attristée, en glissant une caresse furtive sur sa joue. On est dans la merde chérie, dans la merde ! Avec sa démarche de dandy dégingandé, il entre, déployant des gestes aériens autour de sa  longue silhouette, sans même vérifier s'il interrompt quelque chose, ou non. Charly, il se sent partout comme chez lui. - Figure-toi que la petite Nancy là. Oui, Nancy, la petite dinde, avec ses longues pattes d'autruche. Celle que tu as fait pleurer avant-hier … Elle nous lâche cette gourde ! Mademoiselle a jugé bon de se débaucher comme une petite traînée hier soir, résultat : une cheville cassée ! Elle a passé la nuit aux urgences ! J'en revenais pas ! Eleah se décale, grimace en se massant la tempe pour digérer les informations sans succomber à l'envie de partir en courant. Elle est déjà en train de réfléchir à la manière de régler le problème. Dans la mesure où leurs danseurs fonctionnent en binômes dans la chorégraphie, soient ils doivent en sacrifier un autre, soit ils doivent trouver quelqu'un d'autre au pieds levé. Mais Charly a déjà eu le temps de songer au problème avant elle, et poursuit son petit monologue au pieds levé. - On a pas de solutions chérie, faut que tu la remplaces ! C'est le seul moyen. J'ai tourné le truc dans ma tête, on peut décemment pas amputer la chorée d'un autre danseur, faut que tu prennes sa place. Tu es la seule à connaître l'enchaînement par cœur, et puis … Oh tiens, bonjour ! Dit-il, repérant James pour la première fois, lui adressant un petit coucou jovial par dessus l'épaule d'Eleah avant d'ajouter plus bas à cette dernière. - Coquine, tu aurais pu me dire que tu étais accompagnée quand même, c'est comme ça que tu relâches la pression la veille des représentations ? Il arbore un sourire malicieux, avant de hausser le ton de nouveau, s'approchant en même temps de James sans se préoccuper le moins du monde de sa tenue. - Je suis Charly. Charleston en réalité. Mais tout le monde m'appelle Charly. Son partenaire de danse. Un autre type de danse vous voyez, pas comme celle que vous avez dû faire cette nuit, bande de petits débauchés. Il pouffe de rire, dessinant d'autres gestes fantasques autour de lui, maniéré jusqu'au bout des ongles. Autant dire qu'il aimait plus que tout entretenir un cliché. - Oh mais dites moi, c'est vous James Wilde non ?! Je ne vous avais pas reconnu, sans l'attirail de fringues que vous portez sur scène ! Vos concerts mondieu. J'étais à celui au Royal Albert Hall ! C'était g.é.n.i.a.l ! toute cette énergie que vous déployez sur scène, j'adore ! Et votre petit batteur, qu'est-ce qu'il est sexy. Et vous mondieu ! Quel cul, mais quel cul ! Divin ! Ses mains miment la forme du fameux cul, qu'il se ferait un plaisir d'étudier. Eleah lui frappe l'épaule à l'unisson, réprimant un rire derrière ses lèvres.
- Pas touche trésor. Tu vas lui faire peur, à force. J'crois pas qu'il mange de ce pain là de toute façon.
- Bah quoi ?! Il n'y a pas de mal à parler de ce qui est beau ! Et puis tu sais que je préfère les blondinets de toute façon. D'ailleurs, en parlant de ça, votre batteur-là.
- Gregory. entonne Eleah en écho, toujours en se massant les tempes.
- Oui voilà, Gregory ! A l'occasion, je ne serais pas contre m'entretenir avec lui. Sur des projets d'avenir. Même un avenir furtif hein. Je ne suis pas très contrariant comme garçon. Je m'adapte. Une autre tape  lui fait hausser ses hautes épaules, il glisse un clin d’œil à James à la dérobée.
- Et si on se concentrait sur notre problème hein ?
- Un problème ? Quel problème ? Il n'y a plus de problèmes vu que je trouve toujours de merveilleuses solutions chérie. Tu remplaces notre petite traînée ce soir. Mélody t'attend vers 16h pour qu'elle puisse ajuster son costume à ta taille, vu que tu es vraiment minuscule. Ça te laisse … Hmm … Deux heures pour te mettre en condition. J'ai dit au partenaire de Nancy … Joshua, d'être là pour 17h aussi. Que vous ayez le temps de répéter un peu tous les deux. Tu penses avoir le temps, dans la transition de leur chorée et de la nôtre, de changer de costume ? Sinon il faut que tu tentes de mettre le second en dessous l'autre. Ah, et j'ai croisé Isaac aussi ce matin. Il est d'une humeur massacrante. Il en a fait pleuré quatre, en moins de deux heures. Je ne sais pas quelle mouche l'a piqué hier soir, mais c'est pas du joli. C'est pas de ta faute quand même ? Il la regarde elle, puis James un peu plus loin, et le stigmates qu'il devine, ici et là, mais sur lesquels il ne met pas vraiment de sens sur le coup. - Bon peu importe. 16h chérie, n'oublie pas. J'y serais aussi. En attendant, essaie de dessoûler très vite, parce que sinan je donne peu cher de ta jolie peau ce soir. »

Il leur adresse tour à tour un signe de la main, avant de disparaître derrière la porte, croisant dans son sillage le service d'étage venu pour apporter les cafés commandés par James. A peine eleah referme-t-elle la porte, que déjà cela frappe de nouveau.

« C'est un défilé ou quoi ?
- Service d'étage. Votre commande, messieurs dame.
Ah oui c'est vrai. Elle rouvre à la volée, le laisse déposer le plateau sur la table basse avant qu'il ne ressorte. A la fin, elle se laisse retomber sur le dos contre le matelas, sa migraine battant à plein régime dans ses tempes douloureuses. Je n'en peux déjà plus, de cette journée ... Achève moi tout de suite, je te remercierai depuis l'au-delà.  » L'énergie absente. La faim qui gronde dans le ventre. Des douleurs qui transitent, partout dans le corps. Elle voudrait disparaître, disparaître encore. Un peu plus, toujours.

(c) DΛNDELION
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() message posté Lun 10 Sep - 17:49 par James M. Wilde

« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Tout devient nébuleux dès lors que l’atmosphère abrupte de la chambre retombe sur mes épaules dénudées. C’est pourtant le froid que je choisis d’affronter tandis que je me redresse pour m’adosser à la tête de lit dans tout mon décharnement d’un lendemain que d’habitude je n’inflige à personne. Si je me présente, c’est à la faveur de la nuit, à la lueur criarde et dévorante des feux de la rampe, ou bien dans ces tons tamisés des alcôves où la débauche se consomme et se consume à la dérobée. Jamais je ne suis ainsi accompagné, dans l’aube grise où débute une journée, même bien entamée par un sommeil complexe. Oh ça m’est arrivé, d’avoir une fille entre les bras au matin, de me désentremêler avec brutalité pour laisser son corps à la morsure de la solitude, fuir dans d’autres recoins pour balayer les souvenirs déjà incertains de la nuit, me nourrir d’autres images et de cette infâme placidité qui accable parfois mon crâne lorsque je me réveille. Si je ne dors pas, c’est pour éviter à tout pris de subir cela, ce néant, ce grand blanc opaque qui s’ouvre devant moi, sans musique, sans idée, que l’éveil déploie dans mon ventre toujours vide. L’envie de vomir une réalité si laide, si imparfaite que je n’ai qu’une idée, me précipiter sur la came ou l’alcool pour faire céder ses atours implacables, cette hauteur de vue qu’ont ceux qui se satisfont des moments simples, creux. Mais aujourd’hui, aujourd’hui… Ce n’est pas le vide qui me hante mais bien les échos de tous les mots qui gravissent mes pensées pour toutes les surplomber, c’est bien le souvenir de sa peau dans le creux de ma main, et les quelques bleus qui parsèment sa peau de lait. Souvenirs irradiés, qui brûlent, dévorent, corrompent, se réarrangent pour circonscrire une nouvelle légende, quelques notes d’épique pour une grande fresque trouble. Trouble. Mes regards se troublent quand je la détoure, parce que je ne la vois plus tout à fait de la même manière et que ce qu’elle surprend dans mes yeux lui fait peur. Une sensation commune, qui détonne sur les draps froissés, rappelle la hargne d’une étreinte pour la dissoudre, laisser uniquement les contours acérés, qui blessent, crèvent de blesser encore. Et l’étincelle de ce trouble danse parfois dans ces oeillade que je couche sur son visage, sa nudité. Pas celle de ce corps que je commence à connaître, à apprendre, mais bien l’autre, celle de son âme en dessous, qui frémit de s’être fracassée à la mienne. Je ne dis mot, de ce que j’imagine, de ce que je souhaite, car je ne suis certain de rien. Le naturel que nous arborons, avec une certaine couardise, me permet d’éviter de trop vouloir ce que je n’obtiendrai jamais. Je ne suis pas fait pour un quotidien parsemé d’affects doux, de résurgences aux mécaniques parfaites. Ces mécaniques qui pourtant s’opèrent en cette journée, sans me choquer, sans me désarçonner. Je ne sais plus que croire, et mes épaules se redressent pour ne rien cacher de ces assertions mutiques, de tout ce que nous disons en continuant de nous taire. L’impossible partage, là, dans le silence d’une nuit passée, les cris qui tournent dans le vide de souvenirs enchâssés. Pour me donner une contenance, je parviens à retrouver ma veste, la soulevant du mauvais côté, jurant parce que j’éparpille ce qu’en contiennent ses poches, mon portefeuille, mon étui argenté, mon zippo monogrammé, la carte de son hôtel, puis d’autres trucs divers, des papiers, mes dernières inspirations griffonnées sur une serviette d’avion, avant de trouver enfin mon paquet de clopes et de le frapper dans la paume de ma main pour en faire jaillir sèchement une Morley. Je ne l’allume pas aussitôt, tout en grognant de nouveau, non pas cette fois-ci pour ma maladresse mais bien pour ses manières quant à mon t-shirt hors de prix qui doit être froissé, éventré quelque part.
_ Il était à la dernière mode, ou à celle de l’an passé, puis on s’en branle, j’ai un goût très sûr d’un point de vue vestimentaire. C’est juste que personne ne le comprend.
Sa moue m’arrache une expression caressante, et je glisse le filtre entre mes lèvres tout en continuant des conversations duelles qui suivent avec insistance son état. Je commande du café, du bon café, en débattant avec la réception, oublie d’y ajouter de la bouffe, réponds à Eleah, rappelle dans la foulée, deux fois de suite pour demander des croissants comme ils mangent ici. Puis aussi de la brioche, parce que j’aime bien la brioche. Puis que c’est neutre de la brioche. La deuxième fois concerne des fruits en voyant la moue dégoûtée d’Eleah qui combat vaillamment sa nausée. Je me lève, entièrement à poil, jamais pudique, esquissant quelques pas jusqu’à la fenêtre en m’étirant légèrement la nuque, tout en naviguant aux abords du mini-bar pour lui balancer une miniature de jus de pêche. Presque de l’abricot n’est-ce pas, pensé-je sans vraiment comprendre pourquoi.
_ Tiens, le reste arrive, Amy. C’est pas vert, c’est jaune. Tu vois que le vert c’est le mal, le vrai, la couleur qu’il faut abolir dans les cocktails. On se demande quelle diablesse m’a fait ingurgiter des horreurs verdâtres.
Je la gratifie d’un coup d’oeil moqueur par dessus mon épaule, la nommant telle cette chanteuse notablement avinée qui brûla son existence comme je ne cesse de le faire avec la mienne. Je frôle distraitement la peau qu’elle vient de pincer en parlant de ma condition de cadavre. Mais je me remplume légèrement, c’est vrai, j’ai un sourire supplémentaire, puis finis par allumer ma clope d’un claquement sec du briquet que je balance ensuite de nouveau sur le lit, en prenant bien soin de ne pas la viser. Les fenêtres s’ouvrent ici, et vu que me balader en tenue d’Adam devant un quelconque vis-à-vis ne m'effraie pas, surtout qu’a priori, de vis-à-vis pas l’ombre d’un, je manipule le battant pour éviter d’enfumer toute la chambre. Je lance un regard noir au détecteur de fumée dont tous les lieux sont désormais équipés, me rappelle de les avoir tous patiemment démontés au RAH quand j’y passais mes journées. Peut-être que je démonterai celui-ci aussi. Je bâille légèrement entre deux bouffées puis ricane avant de commenter, tout en observant la journée clémente qui dévoile un ciel sans encombre :
_ Si tu parviens à me faire prendre du poids, je crois que Greg te vouera un culte.
Même si ça n’est pas encore le cas, tant l’arrivée d’Eleah dans mon existence est jugée telle une énième lubie. Le deuil de Moira est pour Wells aussi conséquent que le mien, il s’est toujours admirablement entendu avec elle, et la voir broyée par mes excès n’arrange pas ma cote auprès de mon ami. Je chasse rapidement ces idées inopportunes parce que le souvenir de ses lèvres qu’elle mordille me mène vers d’autres rivages. Je marche doucement vers elle, à rebours, après avoir balancé ma cigarette par la fenêtre toujours ouverte, puis l’observe plus attentivement tout en me glissant de nouveau entre les draps, frissonnant légèrement :
_ Il s’en est… sorti. On s’en tire jamais totalement bien quand on tourne le dos à tout ce qui vous a constitué, même si on le hait. Mais il s’en est sorti.
Je n’épilogue pas mais les éclats de la fierté ressentie envers Alistair renaissent sur mes traits, et je passe une main dans mes cheveux pour éviter de songer à mes propres désaveux successifs envers ce père qui n’a cessé de me persécuter. J’ai appris par Ella qu’il était là en plus, ce connard, lors du concert au Royal Albert Hall et j’en conçois un certain désarroi, qui me laisse très démuni, incertain, entre la colère et l’écoeurement. Je répète, distrait par mes songes :
_ Ouais, il s’en sortira… Je serai là.
J’oublie déjà Talbott et son cul, ça n’est plus qu’un reliquat de mémoire sensoriel que je n’identifie pas, et en évoquant l’Ecosse je n’imagine pas une seule seconde qu’Eleah puisse en être gênée, parce qu’il y a entre les bras de l’absolu, une sorte de violence qui ne peut se comparer aux perditions très ordinaires qui pavent mon quotidien. Je n’ai guère le loisir d’épiloguer car l’on frappe et mon estomac désespérément vide crie famine en imaginant déjà le service d’étage débarquer dans l’intimité de la chambre. Le regard suppliant de ma compagne de débauche attire uniquement une moue de prédateur, comme si je lui répondais silencieusement d’aller ouvrir en petite tenue, voire sans tenue du tout, qu’est-ce qu’on en a à foutre. Seulement, la voix n’est pas étrangère, du moins pour elle, et ses élans la mettent en branle dans une ferveur étonnante. Je suis encore en plumard, mon t-shirt sur la gueule, mon caleçon sur les draps qu’elle est déjà en train d’ouvrir sur mes piètres excuses :
_ Ta moitié de kimono tu veux dire ? Tu crois que je me souviens où je l’ai balancé ? J'ai pas foutu une puce GPS dessus...
Je m’habille, un peu ankylosé, et bientôt plus présentable, ma ceinture à peine nouée sur mon jean, avec la précipitation inculquée depuis l’adolescence, qui me permet toujours d’être rattifé dans l’urgence, parce que j’ai fui bien des chambres au petit matin, mes chaussures à la main, mon t-shirt autour du cou. Je les entends parler et je me lève, dans le sillage de la petite, qui tente de faire illusion quand c’est simplement impossible. Le dit Charly la gratifie d’ailleurs d’un épithète des plus affligeants, il faut dire qu’on se trimballe comme deux cadavres ambulants là-dedans. Le type a du style, quelque chose de maniéré, sans que cela ne détonne réellement avec l’ensemble de son personnage. Je ne sais pas qui est Nancy mais sans sa guibole, c’est clair qu’il lui sera difficile de jouer aux ingénues sur scène. Les méfaits des soirs arrosés, avant une prestation. Ca me rappelle vaguement ma dégaine en plein concert quand je m’étais éclaté l’arcade sourcilière. Épique, cette sortie des urgences et cette arrivée devant les hurlements, la tête qui me tournait, et le monde qui menaçait de flancher sous mes pieds. Je glisse un distrait geste de secours sur l’épaule d’Eleah lorsqu’elle passe à portée, un geste, un simple geste. Je ne sais même pas pourquoi j’ai ce réflexe de réconfort, je l’analyse à peine qu’il est déjà passé, naturel. Troublant toujours. J’écoute, attentif, tout en ressuscitant mon smartphone qui m’accable de notifications diverses que je fous en l’air d’un geste excédé. Poubelle. Il ne faut pas se demander pourquoi ensuite je passe à côté de ceux qui cherchent à me joindre. Il faut que je rappelle Joe, je le sais, qui veut à tout prix discuter avec moi de mon projet au Royal Ballet pour l’encadrer du mieux possible juridiquement. Victoria a dû lui parler de mes nouveaux projets et cette paperasse m’abrutit déjà. Je réponds au salut de Charly d’un signe de tête, mutique, mon t-shirt définitivement à l’envers désormais que je l’examine de près. Whatever, il y a eu pire comme entrée. Je ne me gêne pas le moins du monde pour le retirer, puis le passer de nouveau, décoiffé, en m’avançant un peu vers lui pour lui serrer la main.
_ James.
Court, concis. Presque de trop car la pipelette comprends de quel James il s’agit. Je ne peux qu'acquiescer et mon peu d’amabilité envers lui (ce qui aurait valu pour quiconque m’aurait cueilli ainsi au saut du lit sans que je n’ai eu le loisir de me doucher) fond comme neige au soleil lorsqu’il enchaîne, sans que je ne m’y attende sur des compliments qui me font aussitôt sourire avec fierté. Je ne boude pas mon plaisir en ajoutant :
_ Lui-même. Et c’est surtout parce que tout le monde m’interdit les strass dès lors que je descends de mes hauteurs, j’sais pas pourquoi. Paraît-il qu’on me renierait, quelque chose du genre. Et merci, il y avait quelque chose là-bas. C’était dans l’air, et putain c’était parfait. C’était…
Je ne continue pas cette phrase qui s’écrase dans la mémoire ressurgie de l’ambiance euphorisante, éclectique, qui se mélange rapidement avec d’autres sensations dégueulasses, appelée par elle. Elle, ce soir-là. Puis après. Après. Avec Welsh. Et le sang. Et la haine. Et… L’euphorie de cogner, encore, encore, jusqu’à ce que tout soit broyé. Heureusement, le trouble qui succède à ce sursaut d’angoisse, passe inaperçu, enfin je crois, grâce à mon interlocuteur et son obsession pour mon cul. J’ai un sourire en coin :
_ Ouais, je sais. Pardon pour mon cul, hein, elle est visiblement pas partageuse.
Je hausse les épaules, faussement déçu, avant d’objecter :
_ Bon faut pas déconner, Gregory est bien moins sexy que moi. Mais promis, je vous apporterai Blondie un jour, il se cherche trop pour que ce soit pas suspect.
J’ai un grand sourire, imaginant déjà les cris d’orfraie de Wells face à ce guet-apens. J’en suis presque à échafauder des plans tordus tandis que mes deux danseurs tentent de se sortir de ce mauvais pas. Ahah. Jeu de mots merveilleux, James. Applaudissons bien bas. Je le salue une dernière fois lorsqu’il se tire aussi rapidement qu’il est apparu :
_ A plus, Charly. Je te filerai le numéro de Greg…
Même si je suis déjà ailleurs, ayant surpris au détour d’une phrase le nom de ce rival oublié dans les affres de la nuit. Le service d’étage précipite son plateau, l’abandonne dans un coin avant de s'éclipser dans une sorte de silence qui semble immense, après tant de folie de la part de cet être survolté. Je récupère un bout de brioche dont j’avale, suspicieux, une bouchée, avant de ponctuer :
_ Isaac. C’est ça son nom ? Je l’ai vu hier soir.
Je ne sais pas pourquoi je le dis, pourquoi ma voix est entre l’incertitude et une sorte de surprise de m’entendre l’avouer. Mais sans poursuivre cet aveu je récupère une des tasses que je lui apporte, avec lenteur pour ne pas la renverser.
_ Tiens, bois, ça ira mieux. Puis mange ça aussi.
Un morceau de ma brioche éventrée se voit déposé dans la paume de sa main, avant que je ne m’asseye près de ses jambes, un peu à la manière que j’ai eue de la rejoindre, lorsqu’elle s’était recroquevillée dans le lit, hier. Hier… Ca paraît si loin. Je lui dis, en faisant passer ma brioche avec un café trop amer, en commençant à éplucher une orange :
[b[_ C’est presque bon. Quant à t’achever, pas encore, désolé, fillette. Je veux te voir remplacer la pétasse moi, ça égaiera ma journée. Allez, on est jamais aussi bons que sur la brèche, parce qu’il faut aller chercher autre chose que ce que l’on maîtrise. Quelque chose de brutal. Tu mourras ensuite...[/b]

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() message posté Mar 11 Sep - 10:14 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Harassement d'émotions contraires, sur le fil … Sur le fil, en équilibre. Les impressions n'effleurent aucun de ces déjà-vu que l'on aspire à renier pour ne pas avoir à en goûter les mécaniques. De cet éveil, Eleah ne reconnaît rien. Ni les sentiments qui se chevauchent, échos de la nuit passée. Ni les œillades qu'il glisse jusqu'aux contours de sa silhouette, parsemés d'un trouble miroir du sien. En équilibre lui aussi. Sans éprouver la brûlure de fers invisibles, Eleah repense à cette matinée passée à ses côtés. L'enfer de la drogue, le vide, la peur, et l'écrin de ses bras pour la protéger. Il n'est pas parti ce soir-là. Elle s'en rappelle comme de ces souvenirs puzzle que l'on verse dans un recoin secret de ses songes, le laissant rejoindre d'autres fragments d'existence qui valent la peine, et que l'on aspire à garder quelque part. Elle l'a conservé à l'intérieur, n'oubliant pas le réveil nébuleux, les gouttes d'eau qui dansent sur la baie vitrée de la véranda, la décontraction de sa silhouette au milieu des succulentes, et le rêve, le rêve en filigrane, encore naissant. Ce rêve si incertain aujourd'hui quand elle se dit qu'ils sont peut-être allés trop loin pour pouvoir en revenir, et réussir à le porter aux nues sans se voir fracassés par toutes ces déconvenues qu'ils auront su déclencher autour d'eux. Car des déconvenues, il y en aura. Il y en a déjà, quand chaque étreinte est lourde de conséquences, qu'elle arrache de cet absolu que chacun devrait pouvoir garder en lui pour ne pas avoir à en projeter toute la hargne sur quelqu'un d'autre. Personne ne devrait recevoir la puissance d'émotions aussi crues, aussi brutales. Non, non, personne ne devrait. Mais il l'a vue, il l'a voulue aussi. Et elle a tant aspiré, avec la folie de ceux qui en veulent toujours plus, à recueillir entre ses doigts la monstruosité composite de sa nature, qu'il est bien trop tard à présent pour reculer. L'idée de rester devrait la débecter, lui insuffler assez d'énergie pour fuir au loin et ne pas revenir. Toutefois, très vite elle s'aperçoit que ce n'est pas lui qui l'effraie, mais bien ce qu'il lui inspire, tout ce qu'elle éprouve chaque fois qu'ils savent se trouver. Ce sont de ces absolus qu'elle connaît déjà sans pour autant en reconnaître totalement les évanescents contours. Le reflet de cet attachement pour ce frère, si ancré que la crainte de le voir partir est une déchirure de chaque instant, une inquiétude qui ronge tel un puissant acide et agit comme la plus indestructible des entraves. On ne peut être entièrement détaché de ceux qui nous entourent. Être libre, dans un égoïsme absolu, c'est accepter d'être seul. Et seule, Eleah ne l'a jamais foncièrement été, parce qu'il y a toujours eu à ses côtés ce frère pour la raccrocher à cette réalité qu'elle aurait fui depuis longtemps s'il n'avait pas été là pour la retenir. Le lien lui ressemble, est très différent toutefois. Sans être capable de mettre des épithètes précises sur lui pour le décrire, elle sait au plus profond de ses entrailles que si quelqu'un cherchait à le lui arracher, cela serait une déchirure supplémentaire, peut-être même plus béante que toutes les autres.  Une blessure dont elle ne reviendrait pas tout à fait, gravée au fer blanc sur sa chair trop pâle. C'est peut-être pour cela qu'elle ne fuit pas, qu'elle n'en a pas envie, malgré la peur, et tout ce que cela implique. Parce qu'elle ne veut pas avoir à le regarder partir, et que quelque chose d'indistinct lui murmure qu'elle ne laissera personne non plus le lui enlever. Parce que ce lien, désormais, il fait partie d'elle. Elle a trop pris, trop donné. Il est trop tard à présent pour reculer.

Dans l'indistinction d'une matinée maquillée de troubles, alanguie dans la douceur des draps qui ne parviennent guère à la rassurer, Eleah glisse des regards vers sa silhouette qui se meut. Rehaussée sur un coude, il y a au fond de ses prunelles autant d'appréhensions que de douceurs caressantes qui se logent, alors qu'elle le suit, glissant jusqu'aux lignes de sa nudité impudique. Sans savoir pourquoi, elle s'aperçoit qu'elle aime regarder ce corps bouger, s'emparer de l'espace qui l'entoure d'une manière désinvolte, comme si tout lui appartenait déjà alors qu'elle imagine aisément que l'on ne peut se sentir véritablement chez soi et à son aise dans la linéarité creuse d'une chambre d'hôtel impersonnelle. Il a de ces courbes abruptes dont la pulpe de ses doigts se souvient sans avoir besoin de se forcer. Se rappeler avoir eu envie de les subjuguer pour toutes se les approprier est d'un naturel si prompt qu'elle en a sur le coup la gorge sèche, une sensation pâteuse de trop peu venant caresser sa langue pour chasser les réminiscences de l'alcool.
« Pauvre petit, si incompris ... » taquine-t-elle, sa lèvre s'ourlant dans une moue significative et surjouée, réussissant en même temps à se redresser pour venir s'asseoir sur le lit, et récupérer à la volée la briquette de jus de fruit.  
« Je suis sure qu'une partie de toi, encore inconsciente, a apprécié ces petits jus verdâtres … Tu serais un peu maso de continuer de fréquenter la fameuse diablesse, dans le cas contraire. Imagine … Elle pourrait te forcer à boire du café soluble, avec des arômes … Et de la crème fouettée dessus … Des confettis en sucre arc-en-ciel ... » narre-t-elle, un faux air rêveur en parade en ouvrant la briquette de jus de fruit, et en la laissant se déverser sur sa langue pour l'emplir de saveurs rondes qui sur le coup font tressaillir son estomac rendu sensible par le trop plein d'alcool. Il faut quelques gorgées à ses entrailles pour accepter la maigre pitance qu'elle lui envoie tandis que les bruits du dehors emplissent la pièce, en même temps qu'un courant d'air bienvenu.
« Hmm … Tu crois ? Je ne suis pas certaine tu vois. » ajoute-t-elle, très distraitement, le timbre éraillé par une fatigue qu'elle ne peut masquer tout à fait.
Elle n'a pas revu Gregory depuis des semaines, appréhende peut-être sa réaction face au projet dans lequel elle entraîne James. A la manière dont il en a parlé, à la dérobée de certaines conversations, elle se doute déjà de complications qui troublaient le groupe avant qu'elle n'y mette son grain de sel. Alors aujourd'hui … Elle ignore ce qui a pu les déséquilibrer à un moment donné. Si c'est seulement du fait de James, la conséquence d'actes irrésolus, ou un ensemble, une relation de cause à effet. Il y a un lien avec leur dernier album, leur productrice aussi. Eleah n'est pas idiote, elle le devine, non pas depuis qu'ils se sont revus dans cette boîte où il concurrençait largement avec un cadavre, mais depuis ce soir où il l'a invitée au studio de la Oaks Production, et qu'elle l'a vu trembler, à l'orée de ce piano connu pourtant par cœur, les phalanges encore marquées par des stigmates dont elle ne veut au fond pas connaître l'essence. Un autre spectre venu se superposer, un autre rêve brisé aussi peut-être. L'un comme l'autre, elle n'est pas sure de vouloir, ou de devoir savoir. Mais elle commence à le connaître, lui, et l'absolu des liens qu'il trace, aussi sulfureux, créateurs, que destructeurs. Pas beaucoup, pas autant que ces autres sans doutes, mais juste assez pour deviner sans qu'il y ait besoin de le dire, de mettre des mots sur un indicible qui ne lui appartient pas, mais dont elle ressent parfois le poids à travers lui et les ombres dont il se pare.

« C'est ce que tu as fait ? » dit-elle en écho, sans pouvoir se retenir.
Parce qu'elle le sent, parce que c'est sans doute vrai. Parce que l'on n'en parle pas ainsi quand on ne l'a pas expérimenté par soi-même. En même temps elle songe à Alistair, qu'elle connaît si peu. Au repli de sa silhouette désinvolte sur la petite chaise en plastique usée du groupe de parole. A ses craintes en étalage, lorsqu'il avait dû danser avec elle, sur la piste de danse. Une autre existence en équilibre, sur un fil dangereux.
« Il aura besoin de quelqu'un … Pour le rattraper. »
Avant de se précipiter dans le vide, de ne pouvoir s'en empêcher. Comme happé par lui, prompt à y disparaître. Lui aussi … Oui, lui aussi.
« Il te ressemble un peu … Parfois. »  conclut-elle, avant d'être interrompue par les manifestations multiples d'une réalité qui défile, sans spécialement se soucier de son état déplorable.  

Charly entre, artiste dans toute sa splendeur, déployant sa sphère autour de lui sans éprouver la morsure de fers quelconques. L'éclectisme mordant de sa personnalité se répercute sur les contours de la chambre. La migraine gronde à l'unisson, dans la tempe douloureuse d'Eleah qui peine à rester totalement concentrée. Les idées finissent quand même par se loger dans son crâne. Nancy = cheville cassée = remplacement de dernière minute = emmerdes en perspective. Tout son corps se révolte à la simple idée de devoir se contorsionner dans tous les sens, et si transcendante soit sa passion pour sa profession, elle n'est sure de rien pour ce soir. Tout est nébuleux, et incertain. Même quand James la gratifie d'attentions dont elle n'a pas l'habitude, qu'elle reçoit avec de ces regards agrandis qui prouvent qu’elle ne connaît rien de ces mécaniques-là, elle ne parvient pas à se rassurer totalement.

« … C'était dingue ! Faut dire que le Royal Albert Hall, c'est quelque chose. Vous avez dû batailler pour réussir à obtenir la salle nan ? Voire vendre votre âme au diable ? En plus le chef d'orchestre est revêche comme pas deux ...Et  tu sais trésor, il n'y a jamais d'heures pour les strass. En ce moment je suis fana d'un bomber, je te jure il fait sensation. J'suis comme un môme à qui tu offres son premier camion rouge : je m'en sépare jamais. »
En filigrane, Eleah appréhende déjà les émotions que pourraient appeler sur les traits de James de telles paroles. Dans un instinct, elle glisse un regard sur ses traits, se pare d'une neutralité trompeuse venue étouffer ce qu'elle aurait pu éprouver en distinguant certains stigmates.  L'évanescence d'un trouble, qu'elle a à peine le temps de distinguer, et qui lui semble familier parce que ce n'est pas la première fois qu'elle le voit y être sujet. Heureusement Charly poursuit sur sa lancée interminable, incarne alors une forme de raz-de-marée qui ne laisse guère aux émotions contraires le temps de s'enliser. Un rire sous-tendu l'étreint au fil de l'échange, allège enfin sa silhouette contractée par l'angoisse. Il n'y a pas à dire, Charly, elle ne l'échangerait pour rien au monde. Parce qu'elle sait que quoiqu'il arrive, il ne la juge pas. Jamais vraiment en tout cas. Et qu'il est toujours là pour la rattraper. Autant dire  que dans leur métier, c'est quelque chose de vital. L'existence de l'un, pouvant réellement s'arrêter à cause d'une maladresse de l'autre. Une confiance qu'il faut offrir et partager, parce qu'elle est la condition même de la création.
« Hmm, tu ne m'avais pas dit que tu mangeais à tous les râteliers. » dit-elle avec un sursaut de désinvolture.
Elle s'aperçoit au passage qu'elle ignore en réalité, l'étendue de ses élans charnels. S'il est comme elle, à ne faire aucune distinction entre les sexes. Ou si au contraire, ses allégeances ne vont qu'à un seul. La pensée lui fait esquisser un sourire grivois qu'elle ne dissimule même pas, parce qu'aux vues des regards qu'il lance aux courbes féminines, elle peine à l'imaginer avoir ces mêmes attentions auprès de la gent masculine. Elle lui demandera sans doutes un jour. Par curiosité.  Un rire plus spontané l'étreint alors qu'ils parlent de ce pauvre Gregory, qui, une fois accablé d'un Charly en rut dans sa sphère, aura certainement du mal à s'en dépêtrer, et l'échange se conclut, si rapide, si prompt qu'elle peine à se dire qu'il a pu seulement avoir lieu. Prête à disparaître de nouveau dans le lit, jetant des regards de convoitise sur le plateau nouvellement apporté, un silence répond à sa question, alors qu'elle songe à ce qu'elle pourrait dire.
« C'est important ? » murmure-t-elle en écho, tout en massant le sommet de son front avec sa paume. Elle n'a pas forcément envie de se justifier, ou de concevoir de la gêne vis-à-vis de cet autre lien qu'elle ne souhaite pas renier parce qu'un autre existe. Qu'il ait pu le voir, mettre un visage … Quelle importance au fond ? Cela ne doit pas en avoir. Cela n'en a pas en réalité. Eleah se redresse sur un coude, admet sans détours :
« On se connaît depuis des  années, avec Isaac. J'étais très jeune quand on s'est rencontré pour la première fois. Je n'ai jamais autant progressé et évolué  qu'avec lui, parce qu'il est ainsi. Il n'a aucune frontière, aucune limite. Il pousse jusque dans des retranchements dont on ne revient pas. En tant que danseur, c'est une pointure, une référence qu'on ne peut pas renier dans le milieu. C'est lui qui m'a donné envie de quitter la compagnie du Royal Ballet. On devait monter un spectacle ensemble. Mais si talentueux soit-il, Isaac est un danseur parfois égoïste.  Sur scène, il veut happer, et être vu, au point d'en oublier la sécurité de ses partenaires. La confiance est primordiale pour nous. Il suffit d'une erreur pour qu'une carrière soit anéantie, au sens propre du terme. »
Ses doigts se referment précautionneusement autour de la tasse qu'il lui tend, ses lèvres s'approchent de la surface pour venir souffler sur cette dernière.
« Je n'ai jamais, je crois, dansé aussi bien qu'avec lui. Sauf qu'à chaque fois, je montais sur scène la peur dans le ventre … Qu'il me lâche, qu'il ne me rattrape pas, parce qu'on ne peut pas avoir confiance en lui. Et la danse … c'est toute ma vie. Je ne suis pas prête à prendre le risque de perdre ça … Si je ne pouvais plus danser … j'en mourrais je crois. J'en mourrais. » dit-elle, le regard dans le vide, à songer ne serait-ce qu'à l'idée d'une vie où elle ne pourrait plus danser. Il suffirait d'un rien. Un genou brisé parce qu'il l'aurait mal réceptionnée. La danse, c'est tout ce  qui l'a toujours maintenue. Sans elle, elle serait perdue, anéantie, fracturée au point que rien d'autre ne suffirait plus.
« Je sais que toi tu irais quand même, que tu prendrais sans doutes le risque … Mais moi je ne peux pas.  Il y a trop en jeu … bien trop. » ajoute-t-elle, mordant avec un sourire penaud dans son morceau de brioche, son estomac la remerciant très largement de cette offrande après en avoir accepté la teneur. Elle sait que ce n'est peut-être pas les assertions qu'il souhaitait entendre, qu'il ne voulait sans doutes pas connaître plus d'éléments sur Isaac. Mais à quoi bon ? Se cacher ? Taire de ces liens qui existent ? Elle n'est pas  comme ça. Elle veut rester transparente, et continuer de ne pas avoir honte de ces liens qu'elle trace parfois, qui la composent, quoiqu'elle en dise.
« Merci. » ponctue-t-elle, en continuant de manger, trempant à intervalles réguliers son morceau de brioche dans le café, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus ni de l'un, ni de l'autre, et que sa tête cesse un peu de tourner.
« Tu aimerais te dire que ça ne fera que l'égayer n'est-ce pas ? » glisse-t-elle après avoir reposé sa tasse vide, son épaule lovée contre la sienne, comme la veille. Ses regards lorgnent sur l'orange qu'il est en train d'éplucher, glissent jusqu'à lui en des lueurs qui s'éveillent peu à peu, et deviennent plus caressantes.
« Mais c'est un choc brutal qu'il y aura dans ce petit corps … Si brutal … Tu ne t'y attends même pas … Tu n'y songes même pas encore … » susurre-t-elle sur un ton légèrement badin, glissant son souffle à l'orée de sa mâchoire en laissant fureter ses doigts le long de sa cuisse, jusqu'à un quartier d'orange soigneusement épluché qu'elle vient lui voler pour le porter à sa bouche avec malice.
« Merci trésor.  Il n'y a pas à tortiller, les fruits épluchés par quelqu'un d'autre sont toujours bien meilleurs. »
Elle rit légèrement, se reculant à rebours, une énergie laborieuse renaissant peu à peu dans son corps fatigué, suffisante pour qu'elle parvienne à se hisser sur ses jambes raides.
« Hmm … Enfin, en attendant de mourir, je vais aller prendre une douche. » Impudique, elle dénoue la ceinture de son kimono, laisse la soie glisser sur sa peau nue et retomber en corolle autour de ses pieds. Désinvolte, elle lui jette un regard par dessus son épaule avant d'ajouter :
« Et te tourmenter encore un peu, parce que c'est vraiment trop  tentant. », accompagné d'un sourire ravageur, cambrant à escient la courbure de ses reins.
« Wilde, ferme la bouche, tu as du café qui coule sur ton joli menton. » termine-t-elle en riant derrière ses doigts, même si ce n'est pas vrai, même si c'est simplement pour le tourmenter un peu, de ces jeux qu'ils manient aussi bien que les ombres, avant de disparaître derrière la porte de la salle de bain.  

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