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Et ce détour qui n’en finit pas _ Eleah&James

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» Date d'inscription : 30/09/2016
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» Schizophrénie : Nope.
() message posté Mar 9 Oct - 0:12 par James M. Wilde

« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Dans la faille de nos regards reliés, le combat de cette danse qui ne peut s’exténuer, continue, continue, de brûler. La réalité vacille, bascule, ça n’est plus qu’un décor sans vie quand le sang pulse la prégnance de sensations qui ne cessent de m’enivrer. Les veines bouillonnent des humeurs qu’il leur faut transporter, la folie en équipage de nos expressions ciselées dans le noir, quelque chose de monstrueux se libère sur nos traits. L’on ne cesse de la complimenter, tu étais si magistrale, si belle, tu étais stellaire, Eleah. Tu étais ainsi, tu étais comme cela, des définitions si simples, si brutales pour un événement que l’on ne saurait contenir, restreindre, parer d’épithètes pour mieux le tuméfier. Non. Non. Tu n’étais pas belle, tu n’étais pas magistrale, mon amour, tu étais plus que cela, tu étais tout à la fois, tu étais dans l’air et dans le souffle de ton public, tu étais suspendue à leurs yeux, ancrées irrémédiablement à la sensualité de la terre, implacable force indomptable, pourtant corrompue par tes envies et tes idées. Tu étais tout, tout, tout à la fois. Comment peuvent-ils dire ce qui ne devrait pas être prononcé, faut-il absolument définir et enferrer la violence et le corps qui la transcende ? Faut-il donc insinuer tous les mots dans la tête pour rendre les idéaux sourds. J’aimerais les faire taire, j’aimerais les voir disparaître, se déliter dans la lumière qui les porte, pour ne retrouver dans le noir que la puissance de ses muscles dévastés, outrageuse liberté, que l’on souhaite étreindre et posséder pour qu’elle s’infiltre dans tous les pores de la peau, caresse le visage de la folie pour l’abandonner magnifiée. Notre corps se fige désormais, impossible partage qui ne se murmure que par les yeux agrandis par l’envie. Il est très rare de ne me voir oser, compter un public n’est en général pour moi nullement castrateur, ce public dévorant, cette entité que je déteste et désavoue, elle est partout, partout. Dans ma vie, dans mes concerts, au Viper, une foule anonyme si prompte à me submerger. La beauté falsifiée d’un personnage, sur les planches, au dehors des ténèbres, c’est celle que j’ai apprise à arborer. Une beauté qui confond dans des secondes indélicates la plus terrible des laideurs. J’ai dénudé des corps au milieu d’une masse grouillante, j’ai serré contre moi des tailles, des hanches, j’ai caressé le creux des reins, les courbes des seins, j’ai baisé trivialement dans la rue, j’ai exhibé tout ce que l’on planque d’habitude, mon ivresse, ma débauche, je l’ai exposée sous la cruauté des projecteurs, j’ai laissé voir ce masque décharné de la mort et de ses baisers sur mes lèvres grimaçantes. Mais… ici, dans le feu qui se love dans mon ventre, il y a de ces secrets que je ne souhaite voir violés par des yeux trop curieux, je ne supporterais pas qu’ils continuent de dire ce qui ne doit jamais être prononcé, comme ils le font déjà de son spectacle. D’autres cases à évider pour nous foutre dedans, c’est ton copain, c’est ton ami, celui qui t’embrasse, celui qui te saute, c’est ma bouche sur la tienne, ce sont nos doigts entremêlés, amants bafoués, amants blessés, ce sont nos rêves écartelés dans l’aigreur et le froid, dans une normalité trouble, pesante, infamante. Dans un instant où le silence caresse la frustration, où l’interdit flirte avec la bestialité qui s’enchaîne pour mieux le savourer. Où les imaginaires convient des tableaux incandescents, qui ne sauraient se peindre dans un couloir aussi encombré. Je ne suis pas son ami, ni son copain, je ne suis pas celui qui l’embrasse, la touche, la prend, et l’abandonne enfin. Je ne suis pas celui qui s’amuse à se jeter à ses pieds après un spectacle magnifique, et qui l’emmène dîner ensuite, pour la complimenter sur un ton de fanfaronnade. Je suis autre chose. L’entité tapie dans l’ombre, qui la guette, la convoite, la choisit. Je suis celui qui la retient pour qu’elle puisse être libre, je suis celui qui la libère pour mieux savoir la garder. Je suis tout, tout à la fois. Comme elle. Comme toi. Je ne respire que parce que son souffle s’appose sur ma joue, je n’existe que parce qu’elle me voit, je ne puis être que parce qu’elle ne détourne pas ses prunelles de mon visage défait, vaincu, irradié par ses charmes et son animalité. Quand elle me regarde, je sais que je puis exister encore, tel que je me suis déconstruit, l’horreur peut se prononcer sans faillir, l’impie peut continuer de fantasmer tous ses méfaits sans qu’ils ne soient étouffés par la honte. Quand tu me regardes, je n’ai pas honte de ce que j’exhibe devant toi. J’existe encore, j’existe encore. Je suis là, je t’ai attendue dans la nuit que tu as dansée pour moi, une nuit sans fin, sans frontière. Qui continue de s’échapper de la faille que tu as trouvée, où tu t’es immiscée dans la plus émouvante vérité. Son costume de scène dévoile ses charmes, ne montre rien, suggère tout, laisse croire à sa nudité, mais sa nudité n’est pas celle-ci, non, elle s’est laissée voir dans l’aube nue de sa déchéance, dans l’aube crue de ses espoirs, dans l’aube déchue de son enfance. Et je la sens encore, infiltrée, fichée dans la faille, à ronger tout ce qui s’y tapit, à s’en nourrir, à s’y dévoyer. A l’intérieur, à l’intérieur. Alors comment pourrais-je t’étreindre devant tous, quand tu es déjà en partie là, en moi, quand pour te recevoir il faudrait te rejoindre. A l’intérieur, à l’intérieur… Injurieuse blessure qui continue de saigner, de saigner rien qu’à te voir. J’aimerais t’en infliger d’autres jusqu’à ce que la douleur aussi insupportable te libère une toute dernière fois. De moi, des autres, et de toi-même. Et tu danserais enfin entièrement libre, dans une réalité que je ne pourrais rejoindre, la blessure refermée, celui qui l’a porté oublié. Oublié celui qui glissait sa main sur ta cuisse de petite fille, et celui qui réitéra pour se lover dans ton corps de femme, dans les entrailles, jusqu’à l’os, jusqu’à l’âme. A l’intérieur, à l’intérieur… Oubliés à jamais. Tu m’oublieras un jour, mais pas ce soir. Pas ce soir. Ce soir, la blessure nous unit, et les flammes menacent de la laisser béante, ainsi sclérosée sur des affects insensés. Insensés. Alors je te laisse t’insinuer, plus, toujours plus loin, ressentant la douleur et l’écho indicible de sa violence.

Je porte un regard aux accents de folie sur son visage, une possessivité malsaine m’éprend, me traverse tout entier, mes doigts se referment sur le vide pour savourer l’attente, la laisser dériver jusqu’à l’insupportable. Les griffures dans mon dos, souvenir de ses insatiables besoins, semblent se réveiller, la chair blessée se souvient de son appartenance, elle se soulève dans un frisson brutal. Viens, viens, jusqu’à moi. Viens quérir les émotions au bord de mes lèvres tremblantes, viens te blesser, continuer de saigner l’irrésolu de nos convoitises. Quelque chose, dans les replis les plus incertains de mon essence se répugne à cette faiblesse ainsi dévoilée. La laisser voir. La laisser me voir est autant une souffrance qu'une félicité. C’est un prix bien trop lourd, bien trop haut, de ces aveux dont on ne revient pas. Jamais. Jamais. Le temps se suspend car de cet affront-là, elle prend toute la mesure, et ne se détourne pas. Elle demeure, à dévorer l’image, à prendre tout ce qu’elle saura consumer. Tu m’oublieras un jour oui, mais la sensation que tu es en train d’expérimenter, en me voyant ainsi, à la merci d’émotions contraintes et contraires, tu ne pourras plus t’en défaire. Le sourire se déshabille, et la faille s’ouvre grande, prête à nous avaler. Tout m’échappe après cela, parce que la douleur caresse le paroxysme qui frôle la jouissance des dégénérés de mon acabit, le son se coupe, il ne reste suspendu qu’à ses lèvres, à ses yeux, à son front, nos deux souffles qui se rencontrent dans une immédiateté improbable, onirique. Fascination mutuelle qui joute, sa main plâne comme une menace, un contact que je crève de la voir opérer, que je crains également et les regards se figent, et les regards nous traquent. Si la fille la plus curieuse n’ose même plus manier son putain de smartphone, je sais que cet intérêt de plus en plus lourd, qui se tisse tout autour de nous finira par éclater. Je le pressens, et l’idée me rend fou, qu’ils puissent capturer une seconde de notre éternité, qu’ils puissent la rendre banale, absconse, quand elle m’aveugle et me tourmente. Le supplice se prolonge, elle parle sur le ton des condamnés, la demande est un baiser qui mord, puise le sang, dévore les chairs. Mes muscles dessinent une avidité prégnante, ma posture commence à changer, mue dans l’expectative d’une envolée promise, ma tête se penche légèrement sur le côté, le prédateur darde ses menaces, même s’il continue de saigner à mort. C’est l’ultime bravade avant que l’on accepte son sort et les secondes défilent, au rythme de mon coeur dans mes tempes. Nos mains se rejoignent, c’est comme une décharge, une promesse mutique et il ne faut pas un mot supplémentaire pour que je la suive aussitôt, complète la fuite qu’elle dessine, destine nos pas à une sortie aussi précipitée que brève. Nous disparaissons comme ces créatures qui ne peuvent être regardées, elles n’appartiennent pas à la réalité. La nuit les prolonge, les complète, les habite. Et les empoisonne.

Je ne lâche pas sa main, tout du long du chemin, qu’importe la destination, je ne lâche pas sa main, laisse traîner mes yeux sur son visage paré d’un lustre qui contraste la sobriété virginale de son habit de scène. D’autres images crépitent dans ma tête, embrase des fantasmes qui se tissent, qui s’entremêlent, qui naissent et meurent, à chaque pas. Je pousse quelqu’un d’un coup d’épaule, tire le bras d’Eleah, l’entraîne plus vite, plus loin, dans l’air nocturne que j’avale comme si j’étais resté en apné trop longtemps. Je brûle, je brûle à l’intérieur, le manque de cocaïne, l’hérésie de son spectacle, sa présence partout, dans chaque interstice, me transcendent. Le décor est fantomatique dans le secret de la nuit, projections cauchemardesques tandis qu’il se laisse éventrer par les équipes. Il y a quelques rires, de petits groupes qui traînent, profitent de la soirée, nous les croisons sans les voir, nous les regardons pour les imaginer disparaître aussitôt, et notre marche précipitée se fait presque course endiablée. Je ne sais pas ce que je fuis, tout ce que je sais c’est que c’est avec elle. Peut-être la course du temps elle-même, peut-être ce jour qui rendra au rêve ses allures de mensonge, peut-être cette cité que je ne reconnais pas. La ville se délite, à chaque respiration, il n’y a plus de rues, il n’y a plus de routes, il n’y a plus de destination, que des lueurs et du bruit, l’atténuation d’un monde qui cherche à reposer, quand rien ne pourrait me laisser fermer les yeux sur le trésor que ma main étreint. Je crois l’entendre rire à son tour, une musique qui compose une allégresse viscérale, que je n’ai pas expérimentée depuis longtemps. Jamais sans doute, tant l’émotion est rude, transperçante. Nous prenons un dernier élan avant qu’elle ne peine, les ombres plus denses, la présence des importuns plus ténue. Elle s’arrête, je cesse de la suivre, de la mener, nulle part où aller, si ce n’est avec elle. Si ce n’est en elle, et plonger, plonger, jusqu’à l’infini désespoir de ne savoir me fondre sous sa peau. Je la dévisage avec une langueur muette, les pupilles dilatées par les ténèbres qui nous entourent, rouvrant la faille qui n’a pu se refermer en quelques pas incertains et irraisonnés. J’appuie ma joue sur ses phalanges, je me laisse capturer. Captiver. Il n’y a rien à refermer, tout gît, douloureusement excavé, impossible à contenir ce soir. J’en suis bien incapable et la question précipite des instincts qui s’impriment sous ses doigts, vivent telles des créatures sorties des abysses où elles s’étaient soigneusement faites oublier. Ma main se pose, s’impose, un geste tremblant d’une brutalité animale, qui dessine sur sa nuque une inflexion qui me permet de mieux plonger dans ses yeux noirs. Je la regarde, sentencieusement, je te regarde. Et lorsque mes lèvres viennent quérir sa bouche, c’est pour y déposer la passion qui m’anime, où la tendresse se verse, dans l’indécente fragilité dans laquelle elle m’a plongé. Je brutalise sa nuque, j’honore sa bouche pour lui répondre. Tu demandes où, mon amour… Où nous ne sommes encore jamais allés. Où je ne t’ai encore jamais emmenée. Où les sensations les plus injurieuses côtoient les sentiments les plus accablants. Où tu prendras de moi, ce que je ne sais plus donner. Où je volerai de toi, ce que tu n’as pas pu oublier. Ma main glisse sur l’intérieur de sa cuisse gainée dans son collant, une caresse qui rappelle celle qu’elle me força à dessiner dans son témoignage dérangeant, l’animal vient quémander la douceur qui ne peut se céder dans les oublis que furent nos étreintes passées. Je veux aller là, à l’origine des Temps, de ceux qui te firent, de ceux qui me déformèrent. J’ôte mes doigts tremblants, délivre sa bouche, cesse ma torture sur sa nuque, ouvrant ma paume pour qu’elle y glisse son assentiment. Mes doigts se referment sur elle en un souffle fiévreux, et la course reprend, reprend sa frénésie immortelle, bravant une circulation lâche, facile à pénétrer, avant que l’antre où j’ai élu domicile ne se dessine, avouant la proximité de mon domaine temporaire. Le hall du Mandarin Oriental clame son luxe, son accueil épuré où déambulent des êtres que je ne reconnais plus pour être de la même espèce que la nôtre. J’appuie sur le bouton de l’ascenseur, et je la lâche brutalement, au bord de l’abîme, avant de m’engouffrer dans les ors tapageurs d’une cage, la laissant s’y jeter à son tour. J’appuie sur l’arrogant dernier étage, la sonde, la sonde, sans plus la toucher, sans risquer de l’approcher. Ce qui s’arrache dans la fièvre ne peut que se très lentement consommer dans le dénuement le plus solennel. Nous avons toujours été sujets à la précipitation, à cause de l’alcool, des feux dévorants qui nous narguent, l’un et l’autre, l’un dans l’autre. Même chez elle, ou à Galway, ce fut une délivrance longuement espérée. La frustration ce soir est toute autre, c’est une domination des sens, c’est une envie effroyable, douloureuse, presque malfaisante. Je veux qu’elle en expérimente tous les travers, les plus horribles contours car elle a choisi de les dessiner. Prendre d’elle ce qu’elle ne donne jamais, donner de moi ce que je ne peux céder. J’ai oublié. Elle ne sait pas. Et mes yeux, mes yeux où la bête trône, souriant de toutes ses dents acérées, la dévorent, sur le miroir ancien qui la met en abîme, la dédouble, vision infinie de noirceurs. Le tintement m’arrache à ma contemplation, j’évite rapidement la porte du penthouse pour l’entraîner dans mon sillage jusqu’à une porte de service que j’ai eu le loisir de découvrir dans mes pérégrinations de l’après-midi. Aussitôt, l’air frais de la nuit s’engouffre par la porte ouverte et je pousse le lourd battant qui clame de ses lueurs tapageuses “sortie de secours”, pour faire crisser mes pompes sur le toit de l’hôtel. Juste au dessus de la suite que j’occupe, l’étendue non aménagée qui se love dans l’écrin de Paris. À cette hauteur, qui n’égale pas les vertigineux sommets de mon propre immeuble d’habitation, la température est beaucoup moins clémente que dans la naphte de la cité, et l’absence d’éclairage directement dirigé sur le toit offre des coursives invisibles alentours. Je stoppe mes déambulations, recouvrant rapidement les abords d’un parapet qui plonge en contrebas, sur le jardin du penthouse, et surtout sur la rue. J’appréhende l’espace, me penche un peu, mes pieds sont si proches du vide que c'en est totalement grisant, puis dans le noir, je la regarde approcher, la devine, ses contours dessinés par les éclairages indirects, attends presque sagement qu’elle parvienne à ma hauteur, qu’elle prenne toute mesure du spectacle, la brume nocturne débutant son ascension, évoquant des territoires étrangers, fantasmagoriques.
_ Tu me suivrais n’est-ce pas ? N’importe où… N’importe où…
Mes yeux sondent, sondent le précipice, immanquablement attirés, mais mon corps ne tremble plus, je me penche plus encore, dans un équilibre parfait, avant de revenir à elle, avec lenteur, lenteur composée. Les lumières provenant d’au-dessous dessinent mon masque, le sourire avide qui traîne sur mes lèvres.
_ Au bord du vide, tout au bord du vide, Eleah… Danser encore, et encore. Je veux te montrer ce que ça fait. Viens…
C’est comme une danse mon amour, c’est comme une danse. Comme lorsque nous étions sur la Blackbird, viens te griser dans mes bras, goûter cette perdition-là. Viens prendre la fragilité, la froisser sous tes doigts, recevoir en retour la tendresse si absconse, celle que j’aimerais t’enseigner. Celle qui n’a rien de romanesque, qui a tout de trivial. Dans ma paume, sous mes doigts, j’ai encore la chaleur de sa chair que j’ai cru profaner tout à l’heure, contre l’arbre. Elle paraît si menue dans son costume, sans âge, sa jupe est balayée par le vent, ses cheveux jusqu’alors contraints par des apprêts qui les emprisonnent, s’échappent déjà. Elle est comme l’onde changeante, les lueurs s’ébattent sur son visage. Je murmure :
_ Au bord du vide, j’y suis en permanence. En permanence. Et quand tu dansais, j’ai su, oui j’ai su, que tu étais là, juste à côté. Au bord du vide, tout comme moi.
À l’orée de la faille, à l’aube du carnage. Parce que c’est tout ce qu’il reste, tout ce qui subsiste encore, ce qui palpite, au corps et au coeur. Le précipice et ce qu’il faut sacrifier pour ne pas s’y jeter. Ce que je souhaite sacrifier tout contre toi. T’aimer encore une fois, t’aimer comme on t’a un jour caressée, à la dérobée, dans le noir. Sans que personne ne le sache. Sans virulence, avec une honteuse langueur sous les doigts. Car c’est ce que je suis, c’est ce que je suis. Monstrueuse créature que l’on a appris à cacher et à taire, qui s’est fascinée dans la violence, et qui crève de prendre ce qu’il n’a jamais su garder, ce qu’il a pourtant chéri dans la haine, et dans les cris. La mémoire s’étiole, la rage devient sinueuse, dans mes yeux qui la déparent. Dans le noir, dans le silence de la nuit, t’aimer encore une fois. Au bord du vide. Au bord du vide.
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() message posté Mer 10 Oct - 10:38 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
La fuite se dessine, ligne continue, immanquablement courbe. Ils courent dans la nuit, s’abreuvent de l’obscurité tapissée de lueurs qui a façonné leurs silhouettes embrassées depuis l’essence. Courbes, elles aussi, si courbes. Sinueuses, perdues dans le dédale des réverbères souffreteux, désespérés par cette nuit sans lune, étouffés par l’air capiteux chargé de troubles et de désespoir. Courbe encore, trouble est l’éther qui les enferme tous deux. Créatures sans âges, sans images. Aux contours si diffus qu’ils en deviennent polymorphes.  Figures astrales, météores mourantes, venues embraser les univers aux goûts de cendres et y apposer leur marque douloureuse, pour mieux s’enfuir, s’enfuir, loin, si loin, des territoires qu’ils auront su magnifier de leurs outrages. Elle ignore avec exactitude ce qu’il est, dans la délicatesse de cette seconde pleine de langueur où les masques se dessinent pour tous ces autres, s’exhibent pour ne pas trahir ce regard qui s’installe, entre eux, où elle le voit, où elle le sent, jusque dans la courbe de ses reins, à insinuer la morsure de ses troubles pour mieux qu’elle les éprouve à son tour. La composition de sa propre entité se délite face à ce visage qu’il arbore, ces yeux en clair-obscur, dans lesquels elle plonge tête la première. Plongeon brutal, plongeon fatal, de ceux qui claquent sur la surface d’une eau lustrale et vous laissent immanquablement commotionné et sourd. Cela fait mal, si mal, d’être en lui ainsi. En lui, dans les tortueuses inflexions de son âme frémissante, suppurant de toutes ces altérations de l’être qu’elle a rêvé pouvoir susciter en lui pour mieux s’en repaître. Imaginer n’est plus assez maintenant que l’aliénation rejoint une réalité bien moins absconse. Elle n’ose le toucher, s’arroger le droit infâme et traitre d’effleurer son visage, quand il y a trop de témoins tout autour, pour juger toutes les fascinations qu’elle saura déployer autour de lui pour mieux l’enfermer en elle. Elle ne les voit plus, rien n’a plus d’importance. L’irrémédiable fuite, seule échappatoire pour mieux le garder et le tatouer au fer rouge, quelque part, sur sa hanche. Tout à côté de cette marque déjà laissée en héritage. Cette nuit qu’elle a voulu fuir, qu’elle a eu l’idée de renier. Quelle folie, quelle honte. De chercher à braver les relents putrides d’une évidence, délectable et douloureuse. Elle ne peut pas le fuir, elle ne peut plus. Au contraire, elle a envie de l’entraîner avec elle. Paume contre paume, métissage de phalanges entrelacées. Loin d’eux. De leurs jugements. De leurs curiosités. De leurs murmures insensés. Parce qu’ils ne voient rien, ces inconscients frivoles devenus anonymes, le temps d’un battement de paupières, au gré d’un souffle sans honte. Ils ne savent pas l’absolu qui se trame, l’inconnu qui se fourvoie et tressaute. Ils ignorent tout de la cacophonie qui chante, brusque, insulte ses côtes. C’est un secret qu’elle ne veut partager avec quiconque, hormis lui. Lui qui la détient, la retient, la libère. Lui pour qui elle a choisi de danser, d’excaver la faille et la laisser demeurer béante pour qu’il puisse s’y insinuer. Glisser ses doigts de part et d’autre, en braver chaque contour. Lui encore. Pour qui elle a dansé et dansera encore. Harmonies en quinconces, balancées pour cette foule qui ne comprendra jamais l’ampleur de ce qu’ils auront envie de dire, de murmurer, l’un contre l’autre. L’appel est délicieux, irrépressible. Et la course débute, commence. Entre les corps, entre les cloisons qui semblent se rapprocher les unes des autres à mesure qu’ils accélèrent. Labyrinthe maudit, qui les pousse vers le dehors, vers cette nuit qui les recrache silencieux et sourds.

Ses attentions s’évadent, papillonnent jusqu’aux décors d’une scène qui s’éteint, de masques qui disparaissent à l’unisson des faisceaux de lumières. Ses pensées louvoient assez de temps pour que l’euphorie de la scène se dissipe, qu’il n’y ait plus que lui, et lui seul, constellé de ces émotions qui l’attirent et l’aimantent à la voûte de ses tourments sans fards. Les pleurs s’assèchent, les cris s’éraillent. Les insultes de la peur ne sont plus là pour accabler sa silhouette mouvante. La danse les a terrassés. A moins que ce ne soit lui. Cruel libérateur, les broyant entre ses doigts pour l’en déparer et prendre leur place. Elle ne se souvient pas bien des jours précédents, des heures à se scléroser en pensant que le mal qui la ronge ne s’est éveillé qu’en raison de l’annonce de sa libération. Mais ce n’est pas vrai n’est-ce pas ? Le mal est là, depuis toujours. Inchangé et perfide, niché sous la pulpe de ses doigts tremblants, mis en exergue dans ce monstre qu’elle s’est un jour promise de ne déployer que sur scène pour mieux savoir le contrôler. L’amertume est partout, rude, inexorable. Relâcher le monstre en d’autres circonstances et lui demander ensuite de se taire est impossible. Elle ne peut pas revenir à ses anciennes habitudes, elle ne veut pas fuir ce qu’elle est. Lorsqu’il la regarde ainsi, fascination malsaine et idolâtre, c’est un sentiment unique qui la saisit de part en part. Entre la fierté et l’indécence, la confiance et la terreur, le malaise et l’attirance. Paume contre peau, peau contre paume. La faille béante, irrémédiablement leur. Parce qu’elle est en lui, parce qu’elle est en elle. Les deux, confondus l’un dans l’autre. Son souffle s’éraille à l’orée de sa bouche, s’imprègne enfin de son image qui se grave sous la pulpe de ses doigts blêmes. Ses instincts s’appuient sur sa nuque raide, la font ployer dans une inclination à laquelle elle consent sans même chercher à combattre. Elle ne lutte pas, elle n’est pas là pour ça. Tout au contraire, ses doigts s’invitent, fourragent, serrent un peu. Elle s’aperçoit qu’elle commence à connaître par cœur la finesse de ses cheveux, la texture de sa bouche, la saveur de sa peau, les notes de sa fragrance. Un scintillement de détails, qui l’envahissent tour à tour et s’invitent dans chaque interstice de son âme pour mieux s’y graver. Eleah n’apprend pas les êtres d’habitude. Elle les consomme, elle les brutalise. Elle se plaît à leur murmurer ce qu’ils aspirent à entendre, juste pour caresser la félicité d’abandons à sens unique. Elle prend tout, sème des ravages sans tolérer en céder un seul. Ils y croient, ils y croient tous. Parce que c’est si grisant, de croire en l’absolu d’une sensation rêvée, fantasmée, idolâtrée. Des mensonges dont la vanité se nourrit pour faire gonfler l’orgueil monstre. Ce soir tout est différent. Elle découvre un univers où les émotions ne sont plus des leurres, où les intensités ne sont plus falsifiées. La douleur est si intense, il n’y a nul endroit où se cacher pour y échapper. Mais en même temps elle ne conçoit pas de partir, de se dérober. Encore moins depuis qu’il la retient, que la prégnance de ses troubles roule sur sa langue comme le plus bel accent qu’elle n’ait jamais entendu. Les portes d’un monde étranger s’ouvrent en miroir de ses regards, dévoilent les contrées ravagées de son enfance où renaissent d’invraisemblables éclats de lumière. Il n’y a plus un monstre unique pour régner sur ces territoires. D’autres s’invitent. Celui qu’il est. Celui qu’elle est devenue. Ils pourchassent l’entité écrasante, agressent ses fondations pour créer la fêlure. Par réflexe, le muscle de sa cuisse se contracte lorsqu’il s’y impose. Ses yeux s’ouvrent grands, attendent la sensation de rejet qui l’accable toujours comme le prologue inéluctable de toute étreinte. Mais cela ne vient pas. Le rejet ne vient pas, la peur n’étend pas son empire. L’envie de le savoir est plus grande que la terreur de ce père immonde. La surprise se lit dans ses yeux telle une évidence. Elle se sent nue tout à coup, si nue, dans son costume de scène. Evidée de la peur, remplie d’avidités différentes. De celles qui ne cherchent pas à détruire, mais qui au contraire, veulent magnifier et renaître.

Alors viens, viens mon amour. Laisse moi te suivre. Laisse-moi profaner les contours de ton univers pour y abandonner le mien. Tout ravager, pour rêver découvrir quelque chose d’autre. Viens quérir l’absolu cruauté de ma nature pour en subjuguer les silences. Ces mots que l’on ne dit pas, que l’on n’ose seulement prononcer, par crainte de les regarder prendre vie et renaître. Allons jusqu’à ces torves entre-deux dont on ne peut revenir, que personne ne saurait retrouver parce qu’il n’y a que ceux qui savent s’y rendre, main dans la main, paume contre paume, qui peuvent en trouver la porte dérobée et s’y enfermer. Emmène-moi là-bas, où rien n’a plus de sens, si ce n’est celui que l’on veut bien lui donner. Où les indiscrétions se meurent, où la difformité est douce, où les harmonies s’évadent. Où la souillure est une beauté que l’on apprivoise et cajole, plus que toutes les autres, parce qu’elle porte en elle la quintessence des rêves que l’on partage. Cette souillure, cette blessure qui suinte. C’est ce que je suis. C’est le sang sur tes doigts assoiffés de musique, c’est la ligne de tes pas excentriques sur le fil d’une réalité poudreuse, c’est la tessiture du cri qui te ronge, tout à l’intérieur, et que je rêve de pouvoir recueillir sur la soie de mes propres tourmentes.

La main se referme, s’affirme dans un assentiment silencieux. La course reprend, frénétique, erratique. Les lampadaires défilent sous les yeux hagards. Elle manque de bousculer un importun sur le trottoir, s’excuse dans un réflexe purement mécanique. La précipitation des pas fait grimper une allégresse incongrue dans son ventre, semée de troubles et de dénivelés trompeurs. Elle crève de le suivre, marche plus vite dès qu’il est possible de le faire, le souffle accéléré par l’attente, le cœur affolé par le rythme de son impatience. La majesté du Mandarin Oriental se dévoile sous leurs yeux, et si dans d’autres circonstances elle aurait sans doute fait une remarque sur le choix luxueux de son point de chute, cette fois-ci elle ne dit rien. Ses œillades bifurquent, caressent les contours de la bâtisse avec un émerveillement non feint. C’est là un univers aux antipodes de la modestie qu’elle a toujours connu. Et même si elle en a appréhendé certains aspects durant sa carrière au Royal Ballet, jamais elle n’a pu s’y habituer. Alors elle se sent telle une étrangère, dans ce grand hall au faste notoire, et rien n’a plus de sens, si ce n’est la silhouette de James qu’elle continue de poursuivre. Dans l’ascenseur d’abord, où l’avidité compte à rebours, en même temps que les étages défilent. Elle ne sait rien de ce qui l’attend, de cet endroit où il veut l’emmener. C’est une chute, une chute en avant, yeux grands ouverts sur le vide. Et personne, personne pour la rattraper, à part lui. Ses yeux s’aimantent aux siens, les fouaillent et s’y agrippent, avec la ferveur de ces dégénérés qui s’accrochent aux barreaux derrière lesquels on a jugé bon de les enfermer. Eleah brime son envie de le rejoindre, de le toucher encore. L’attente est terrible, l’ascension troublante. Elle ne lui rappelle rien de ce qu’ils ont déjà appréhendé tous les deux. Même cette nuit-là, victorieuse, juste après les insolences bravaches auprès de Faulkner et le mauvais champagne, elle n’avait rien à voir. Les attentes étaient différentes. Les revers, moins troublants. Ses doigts se retiennent à la barre en métal, serrent pour la maintenir en équilibre, quand elle a l’impression qu’elle pourrait chavirer à tout instant, céder à la tentation de la précipitation alors que c’est autre chose qu’il semble souhaiter lui montrer. L’ascenseur se rouvre dans un tintement équivoque. Elle le suit, le suit encore. Jusque dans l’escalier de secours, jusqu’à l’air du soir qui envahit ses poumons lorsqu’ils enfreignent les règles en s’aventurant sur le toit délaissé de l’hôtel luxueux. Ici, le faste se fane, le faste est ailleurs. Nul ne pourrait songer qu’en dessous, il y a des chambres qu’ils louent à des prix exorbitants. Juste pour le confort de parures de lits en soie, de matelas à mémoire de forme. Des frivolités insensées, face à cette vue imprenable qui se délie sous leurs yeux voyeurs. Elle le laisse passer devant, demeure en arrière, appréhende l’espace avec lenteur. Elle aime les silences des toits de ces villes en mouvement constant. Elle se réfugie souvent, à Londres, sur le toit de son propre immeuble. L’impression est sublime : regarder sans être vu, avoir le sentiment d’être sur un piédestal, inatteignable par ce qui grouille, tout en bas. Elle croise ses bras au-devant de sa poitrine, chasse les frissons qui couvrent ses avant-bras nus en les frottant tour à tour. Elle l’observe plus loin, silhouette dangereuse, en équilibre … En équilibre. Le vide en dessous, en dedans.  En contretemps elle le rejoint, répond à cet appel qui se trace jusqu’aux prudences mesurées de sa silhouette. Elle s’arrête à son côté, glisse un regard vers le contrebas qui la happe immédiatement. Elle ne dit rien, contemple sans rien masquer l’expression qu’il arbore. L’avidité de ce sourire, à contempler le vide, à rêver s’y confondre. Eleah n’a pas peur. Elle ne peut s’empêcher pourtant d’arborer ce calme troublant, comme si elle prenait du recul face à cet appel. Viens … Viens … L’envie est lancinante. Elle toise le vide, y reconnaît une comparse familière. La solitude fragile, que l’on partage parfois avec quelqu’un d’autre. Dans le vide, il y a cette nuit passée sous l’enseigne défectueuse du pub irlandais où il était parti se perdre, à converser avec ce petit chat tuméfié. Dans le vide, il y a ces histoires qu’ils se racontaient, avec Arthur, planqués dans l’armoire de la chambre à coucher, pour parer d’enchantements imaginaires les cris qui broyaient le foyer, à l’extérieur. Dans le vide, il y a ce monstre aux crocs acérés dont elle a toujours préféré avoir peur. Mais pas ce soir. Pas ce soir, quand il est là à le contempler. Juste à côté d’elle, juste à côté. Il y a une longue minute où elle ne dit rien, les yeux rivés vers le précipice grand ouvert, une forme de fascination dans le regard. Elle inspire l’air nocturne, s’en abreuve jusqu’à s’en écœurer, ses phrases glissant à l’intérieur d’elle avec langueur. Elle ferme les yeux, grimpe sur le parapet d’un pas agile, gracile. Le vide est bien plus grand, bien plus abrupte, bien plus dangereux. Elle pivote sur elle-même, pas de danseuse, pas de funambule. Ses yeux se rouvrent sur son image, sa paume rivée vers le ciel dans une invitation mutique à la rejoindre.
« Danse avec moi James. Sur le bord … En équilibre. »
Le murmure s’étiole. Elle saisit sa main, l’accompagne sur le parapet, tout au bord du vide. Ses doigts se glissent entre les siens, sa silhouette se love, se meut, s’alanguit. Evanescent guide, qui a encore tout à apprendre, qui ne sait pas grand-chose. Sa paume s’appose dans le creux de son dos, s’y appuie alors qu’elle marque un mouvement de pivot dangereux qui les fait tous deux changer de place au gré d’un rythme sourd. La pulpe de ses doigts remonte la ligne de sa colonne, s’invite derrière sa nuque, l’attire, la marque. Ses lèvres quémandent les siennes avec le magnétisme d’une lenteur éraillée par l’adrénaline qui monte en prenant son temps. Parce que lorsqu’elle jette un léger coup d’œil sur le côté, c’est le vide qui les nargue. Il les regarde, dangereux amants, sur le bord. En équilibre.
« Je n’ai pas peur du vide. Pas avec toi. » souffle-t-elle, à l’orée de sa bouche qu’elle contemple avant de fondre sur elle, encore.
Je n’ai pas peur, non. Pas quand tu es là pour me retenir, pour me rattraper, ou pour m’y précipiter. Pas quand tu es là pour le braver à mes côtés. Le vide est là, tout autour. Mais il n’est plus grand-chose, quand il y a quelqu’un avec qui le parcourir. Main dans la main, paume contre paume. En équilibre toujours. Mais un équilibre à deux.





(c) DΛNDELION
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() message posté Ven 12 Oct - 11:11 par James M. Wilde


/!\ +18

« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Le temps. Le temps. Invincible langueur, lenteur des sens dessinés du bout des doigts sur ta peau qui tremble. Je ne te prends pas comme s'il fallait tout envahir, détruire, dérober. Je te prends dans la lenteur d'une agonie douloureuse. Inaliénable. Mes mains tracent des peurs, des doutes et des envies. Sous le souffle plein de fièvre se dessine tout mon univers, morcelé par tant de noirceurs qui cherchent à se frayer un chemin dans tes chairs qu'il se réécrit contre toi à chaque frémissement. Je te parle, murmures parjures versés dans ton oreille tandis que je tiens ta tête lovée le long de ma joue émaciée. Tes cheveux peignent un voile de ténèbres, et ma respiration s’enivre de ton odeur, que j'ai appris à reconnaître et à adorer. Le temps. Le temps mon amour. Laisse-moi le temps de te rejoindre jusqu'à écarteler un monde qui nous détient dans son écrin, trop circonscrit, bien trop restreint pour savoir nous contenir. Nous retenir. Te retenir ainsi entre mes bras, qui glissent autour de ta taille, mes mains caressent les hématomes que tu portes en héritage. Mon héritage. Dessiné sur l’épiderme, enserré par ce feux qui rugit entre tes reins. Dessinés sur toi, la douceur qui ponctue le carnage, les ravages qui s’infiltrent et s’élancent sous la peau que je ne cesse de convoiter. L’avidité fragile de mes mouvements, me fondre en toi, me fondre en toi, le temps de ces murmures qui se confient le long de la ligne de ta nuque, morsure, morsure. Je ne puis te regarder, mais je te sais. Je te sais, je te connais. Je te revois danser, je te revois, et ton mon être réagit, au présent, au passé, perclus dans des contradictions où se disputent le plaisir et la tourmente. Le temps. Le temps… Le temps s’échappe de mes soupirs, mon passé s’étend sur tes épaules, t’enserre entre mes bras. Le temps de défier toute l’évanescence de ta nature.

Le temps nous défie, et les lueurs de la ville dansent sur son visage, ineffable portrait, qui se fixe à mes regards, à mes pensées. Le temps s’affole sous mes côtes dès que j’ose la regarder, dévorer l’image pour me l’approprier, je la vois encore sur cette scène qui fit le lit de ses aveux, le sel de ses peurs, l’inflexion de ses instincts. Et de cette liberté avide qui la rendait aussi dérangeante que fascinante. Les lueurs lui donnent une carnation enchanteresse, elle semble arrachée à ces mythes oubliés, échappée d’un conte dont la noirceur ne saurait être contestée. Le souffle se perd dans des échos si sourds à mes oreilles, l’aube d’une défaite, comme si la course me laissait démuni, enfiévré, presque fébrile. Les tremblements me saisissent, déparent ma posture de son aplomb toujours si prégnant, la course est un déchaînement qui dessine des vertiges malades, sur la peau blanche. La peau blanche de son corps, les tons chairs de son vêtement, un canevas si troublant, les prunelles s’abreuvent d’images charnelles, oniriques, un désir, un péché, qui se penche sur l’étoffe vierge. Vierge. Je me sens différent, projeté de nouveau dans des hésitations qui m’ôtaient le sens et la répartie quand j’étais bien plus jeune, perdu, perdu, dans des rues comme celles qui nous confondent de quelques bruits, des bruits absents, dans la dilatation des sens qui nous corrompt. Je la vois, je la regarde, je ne cesse de disséquer celle qui s’ébat devant moi, ne parvient à retenir les allures qui caressent la convoitise, la possessivité en exergue sous les paumes brûlantes. Paumes brûlantes…

Ma paume à l’orée de ton ventre, comme sous la douche, se pose, s’impose, te ploie pour mieux te rencontrer, le gémissement est une plainte, les mouvements sont animaux, sans qu’aucune brutalité ne puisse les manipuler. La mécanique absente, l’instinct déchiré entre d’invincibles perditions, et des délicatesses que je déconstruis sur ta peau qui brûle, brûle… La lenteur devenue torture, infiltre sa déraison entre tes cuisses, les jambes entremêlées, ton dos contre mon coeur qui crève de recouvrer la folie d’une tendresse qu’il réapprend avec tant de candeur. Cela fait mal, ça fait si mal, mon amour. Ça me fait si mal, de concevoir offrir ce que je ne croyais pas encore posséder, pourtant c’est juste là. Juste là. En toi, dans l’indécence de mouvements tremblants, sinueux aveux d’une condamnation, dans ton intimité envahie, mes doigts qui suivent la ligne de la finesse de ta peau et des muscles qui se tendent. En dessous, en dessous. Convoler en toi, apposer la pulpe des doigts, la doucereuse caresse qui fut à l’origine de tes émois de femme. Te toucher, boire la courbe de ton cou, m’abreuver à la torsion de ta jugulaire, convoquer le plaisir le plus cru sous ma main indiscrète. T’envahir entièrement, t’envahir jusqu’à ce que tu cries tout ce qui fit ta honte, ce plaisir qui fut tracé sous le poids de l’horreur. Tracé par une autre main que la mienne.

Ma main sur sa nuque, brutale conviction que je cherche à imprimer sur elle, folie dans mes regards qui flambent, la saveur de sa contrition est telle qu’elle me dévaste entièrement, surtout lorsque ses doigts glissent une invitation tacite dans mes cheveux. Le baiser est trop court, bien trop court, et les menaces tissent des promesses inavouables, qui tracent des méandres jusqu’à ce monde que je hante, dans une solitude oppressante, qui ne cesse de navrer toutes mes haines et tous mes rêves. La porte s’entrouvre pour la laisser entrer, pénétrer des territoires qui ne sont plus bravés, interdits, oubliés. Déserts éreintants qu’il faudrait parcourir pendant des heures, des jours, pour les appréhender, les savoir, les connaître aussi bien que moi. Le trouble est entier lorsque je sens la complexité de son réflexe primal sous mes doigts qui ne se complète pas par le rejet que je craignais. Ma bouche entrouverte avoue le désir, qui palpite, palpite, jusqu’à l’âme qui fantasme une comparse aussi dangereuse qu’elle, décharnée, qui ne cesse de vomir la rage de cette survie qui la déchaîne. A la naissance de nos éternités, enchaînées.

L’enchaîner à moi, à ce désir qui ne cesse de gronder dans nos entrailles, la torture qui plante ses serres dans le bas de mes reins, arrachant un murmure rauque, tandis que je continue de jouer, son plaisir sous mes doigts, autour de moi, le soupir qui échoue contre son épaule, lourd de mes errances qui deviennent des spirales tortueuses. Suis-moi, suis-moi, viens jusqu’à l’absolu de mes aveux qui s’élancent sur ton épiderme profané, viens jusqu’à moi, trouver tout ce que j’ai renié, la fièvre, la déraison d’un sentiment corrompu par ma nature, cette douceur fichée dans ma violence, cette sensibilité qui geint de se savoir ainsi dévoilée, à l’intérieur. À l’intérieur de toi. Paume contre peau, l’un dans l’autre, l’un dans l’autre. Les draps se froissent, la pâleur de la suite trop luxueuse du Mandarin projette des ombres qui dessinent des créatures monstrueuses sur ta peau. J’en connais le grain, j’en connais le trouble, les frissons en partage m’ôtent le souffle, la gorge se serre de tout ce qu’elle ne dit pas, l’aveu se glisse, se glisse encore, emprisonné en toi. Emprisonnée entre mes bras, goûte la douleur de mes tendresses.

La tendresse mordore toujours mes iris qui désavouent quelques secondes les ombres au moment où elle choisit de prendre ma main, de me laisser l’emmener jusqu’à la retraite que j’ai élue en pleine cité. J’ai connu cet hôtel autrefois, ambiance tapageuse, si clinquante qu’elle s’imprime avec violence sur le corps, l’esprit se voit noyé par les froideurs composées du hall. Cela fait bien longtemps que j’ai abandonné toute simplicité dans mes déplacements, je vomissais pourtant le fric de mon père, qui se gravait dans chaque moulure, chaque dorure de la maison, je haïssais les décors d’un théâtre désoeuvré, où l’on fait passer son désespoir par des rires faux, des mots distingués. J’ai aussitôt préféré le dépouillement de la maison d’Hampstead puis… peu à peu, tout à changé. Quand l’argent m’a brûlé les doigts, que notre notoriété a passé certaines strates nous permettant de nous noyer dans des environnements tout aussi factices que ceux de mon enfance. Je ne fais plus trop attention désormais, je cherche l’espace, le vide, l’envolée, pour garantir mes nuits, et repousser ma hargne, dès que le crépuscule glapit ses besoins incessants. Dans mon sillage, l’aplomb qui revient se nicher, remonter l’épine dorsale, le dos tendu de ce que j’imagine d’elle et de moi. Miroirs décomposés de nos noirceurs, qui viennent remplir l’espace, le rendre irrespirable dans cette cage d’ascenseur qui nous enferme, impatients, indécents dans nos allures. Nos oeillades n’ont plus rien de farouche, je la déshabille avec une dureté non équivoque, dans les lumières crues qui répercutent mes envies contre sa peau nacrée par le maquillage. Elle ne se prive pas, elle me rend l’affliction maladive, le désir dans les pupilles qui tremblent. Qui tremblent.

Je tremble, tout mon corps subit les soubresauts d’une délectation farouche, elle écartèle les nerfs, brutalise ma peau, et entre mes bras qui te maintiennent à l’orée de la jouissance, sans te la concéder encore, tu trembles aussi, tu deviens autre. Je berce dans l’étreinte les idéaux trompeurs qui furent serrés entre nos doigts, je t’en conte de nouveaux, te susurre l’intransigeance de ma nature, en cherchant à complaire la tienne. Je te veux, animal blessé, retenue sur le fil qui saigne, d’une lenteur assassine, cette même lenteur qui fit que nous dansions au bord du vide, au bord du vide. Tu y es encore, avec moi, tout au bord, près de la chute, et l’on ne sait plus, s’il faut céder, s’il faut combattre, s’il faut blesser. Plus fort. Mais la violence se libère autrement, elle s’imprime, à chaque fois que ma silhouette se love à la tienne, fusionne, cherche la brimade pour goûter à l’extase. Tu le sens, n’est-ce pas ? Le mal infiltré jusqu’à l’âme, qui ronge, qui ronge et qui quémande, un peu plus de cette déraison, qui cherche à te tordre contre moi. Danse encore, mon amour, danse contre tous mes désirs et mes peines, subit l’hésitation de ma main, la conviction de ma bouche sur la courbe de ton épaule, ploie de nouveau la nuque, l’échine, pour me recevoir, accepter ce sentiment que je cherche à graver, au plus profond de toi. Cela fait si longtemps, si longtemps, que je n’ai pas étreint quelqu’un comme ça, en cherchant à le souiller, à me noyer dans les chairs, me couler dans le sang, refluer dans les veines, tel un poison dévorant. Je sais toute la contradiction que je t’inflige, tu ne peux plus me voir, tu ne peux que subir, mes élans, ma ferveur, et cette tendresse qui s’épanche dans ton dos, qui t’aime, te chérit, et qui te craint aussi. Car libérer la sensibilité, cela me ronge, me ronge. J’ai si mal, Eleah, si mal de te vouloir comme ça. Te vouloir jusqu’à ne plus distinguer la frontière, un plaisir qui corrèle dans une perversion qui m’étreint. Murmures. Murmures. Dévale l’échine, ferveur idolâtre.  

La ferveur qui m’étreint, quand je la découvre à ma merci, dans ce paysage désert, presque hors du monde, gronde, exige des précipitations que je musèle avec vigueur. Je demeure près du bord, dans l’équilibre implacable d’une existence qui souhaite se briser. Je sais qu’elle me rejoindra, elle sera à mes côtés, face au vide, face au néant qui me menace et me fascine. Sa présence se tisse, un calme si prégnant qu’il attise les flammes de mes yeux assombris par des idées détestables. J’aimerais te baiser sur ce toit, arracher des cris, emportés par le vent, de ton être malmené entre mes bras serrés. Mais ce serait trop simple, ce serait bien trop simple. Se contenter de prendre ce qui fut offert dans l’implacable dureté de tes pas. Dévoyer tous les troubles pour les graver dans le plaisir immédiat de la chair, les rendre bien moins tentateurs, bien moins menaçants. Je reste à l’observer, dans l’attente de son choix, avant que son invitation apprivoise ma silhouette. Je la rejoins, dans la lenteur de quelques pas. Quelques pas seulement. Nos mains se touchent, le vide nous étreint. Il nous étreint. Et nous dansons, nous foutant de la gueule du néant, dans notre jeu d’équilibristes, nos regards appuyés l’un à l’autre. L’un dans l’autre. Elle me rend mes obligeances, ma nuque infléchit un mouvement, tandis que la danse se poursuit quand nos lèvres se rejoignent. Le vide, le vide, il feule, il vibre. Tout autour, tout autour, tandis que les mots qu’elle souffle s’étiolent contre ma peau. Je n’ai pas peur non plus, si tu demeures à l’orée de la chute, juste à côté de moi. En équilibre. En équilibre.

En équilibre, la lame de l’étreinte qui désespère mes pensées, laisse divaguer des images tandis que mes doigts glissent leur exigence dans tes cheveux. Regarde-moi, regarde. Regarde enfin, et reçois-moi, entièrement. Le vide dans mes prunelles, les abîmes de ma convoitise, qui tordent mon visage, brisent les apparences, donnent à mes traits les accents de cette folie que j’ai un jour rencontrée. Dans le vide. Dans le vide, elle m’attendait. Plonge tes iris changeants, tes airs de petite fille dans la nuit qui t’étreint, sur celui qui est venu chercher en toi tout ce que tu as dansé pour lui. Tout ce que tu as dansé pour moi. Les murs n’existent pas. Ils n’existent plus ce soir, je suis en toi, je suis l’onde qui s’empare de tes tourments pour les affoler plus encore. Je suis… Je suis… Toi. Moi. Je ne sais plus. Les murs écroulés, indistinctes frontières, brutalité exsangue, je ne me reconnais plus, je ne suis plus que la blessure qui se révèle entre tes reins, quand ils se tendent, comme sur la scène, quand les souvenirs raccompagnaient ta silhouette dans les ténèbres où tu es née. Tu es née à ce moment-là, sous les assauts d’une caresse sur ta cuisse, les doigts s’invitent, s’invitent encore, cherchent à frôler l’insatiable luxure, que l’on t’a apprise dans l’enfance, le dégoût et la haine, pour les magnifier, les porter jusqu’à la folie pure. Regarde-la, palpiter dans mes yeux, alors que notre danse se poursuit, elle se poursuit, mon amour. Le précipice est encore là, sous nos pieds qui se tordent, insinué dans notre corps, ce corps si indistinct. De toi, de moi, aucune fin ni commencement. Juste ce gouffre. A l'intérieur. A l'intérieur.

[size=16]A[size=16] l’extérieur, le froid menace et la nuit voile sa symphonie aphone, le monde meurt dans notre danse, et renaît sous nos pas. J'ai sa main dans la mienne. Ses lèvres pour m’abreuver. Et je danse avec elle. Au bord du toit. Je danse, dans l’hérésie de nos corps qui se frôlent sans totalement se rencontrer. Nos doigts s'entremêlent. Viens… Viens avec moi. Cette danse ne se termine pas là. Nos visages se distinguent dans deux profils qui se jauge et mon avidité crépite dans l'air glacé. Viens avec moi. Mes doigts tracent des parures sur sa peau, en imaginant les lui ôter dans le rebours d'un chemin qui se dessine dans mes regards. Il suit le fil du précipice jusqu'à la chambre que j'ai l'impression de pénétrer pour la première fois. Clair-obscur aux firmaments trompeurs arrachés à la scène. Le fil du précipice… Le précipice est si proche, je t’y emmène à chaque assaut de mon corps dans le tien. Le vide… Le vide n’est rien, tant que tu sais le débusquer dans mes yeux, l’accepter dans tes chairs, le partager dans le secret de nos murmures. Nous dansions alors, et nous dansons encore. Équilibre incertain, équilibre trompeur. Ma voix caresse ton visage offert, mon timbre confond le passé et le présent, un écho dans la nuit trouble, dans l’atmosphère alourdie de la chambre. aits. Est-ce maintenant, est-ce avant ? L’éternité confuse sur nos bouches embrassée : Si tu n'as pas peur, tombe avec moi. Tombe…. Le précipice s’ouvre brutalement, et plus rien ne subsiste, que nos mains entremêlées, et nos corps mis à nus qui dansent. Qui dansent.
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() message posté Dim 14 Oct - 11:58 par Eleah O'Dalaigh
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ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Sursaut de langueur, élan de douceur. L’hésitation absente, évincée par une assurance moirée sur la ligne courbe des pas contraires, des silhouettes enlacées. Le parapet pour seul rivage, les fards nus en équipage. Et le vide, le vide. Pour les regarder se mouvoir, pour leur murmurer d’inaliénables psaumes auxquels ils croiront jusqu’à oublier le sens de ce qu’ils auraient dû entrevoir. L’inaltérable chute, précipitée contre lui, contre toi. Danse, danse avec moi, tout au bord du vide. Sois la main qui me retient, la paume qui me précipite. Sois l’âpreté d’un songe qui meurt avant de voir le jour, la candeur viciée de ceux qui redécouvrent des sensations absconses depuis longtemps oubliées, sois l’obscurité qui transite et s’infiltre dans le corps, poison subtile, poison perfide, poison délectable. Et moi je serai là, à danser contre toi. A me hisser sur les pointes, à courber le dos, à ployer l’échine. A griffer la rudesse acérée de tes épaules pour en magnifier les indécents contours. Se nicher jusque dans les os, caresser leur surface polie et y graver une essence plurielle, où être à deux n’est plus si douloureux, où la solitude geint au contraire, crisse sous les ongles qui aspirent à retrouver leur comparse pour s’y lover. Sois la blessure et le baume, la cicatrice et la douleur fantôme. Sois ce monstrueux être qui se perdit dans les regards terrifiés que je lui portais. A ne pas savoir, à ne pas comprendre. Ce qu’il faisait. Cet amour si pur, si cru. Poisseux sous ses doigts caleux qui remontaient la plate courbe de l’innocence pour en déchirer la peau soyeuse. Sois celui que je hais, que j’adore. L’entité informe à laquelle on se dévoue tel un idolâtre, contre laquelle on ploie, on s’abandonne, aveuglément et sans commune mesure. Puis que l’on trahit en profanant les offrandes, en leur donnant un goût de cendres dans la bouche pâteuse. Sois tout cela mon amour. Cet absolu que j’abhorre, que je traque pourtant depuis la nuit des temps, depuis le sang adipeux et les larmes placides. Sois tout cela, et j’abandonnerai à tes exigences tout ce que tu désires. Le plus beau, le plus laid. Monstruosité maligne qui dans la mesquinerie d’un sourire équivoque, saura trouver en toi cet égal salutaire et libérateur, rompant les chaînes, terrassant les liens qui mordent les poignets et font bien trop souffrir. Dansons mon amour. Sur le bord, à l’orée de la chute. L’équilibre tentateur pour seule assurance d’existences en quinconces. Je n’ai pas peur de ce que tu planques, je ne crains rien de ce que tu caches. Je les vois, tous autant qu’ils sont, transpirer par les pores de ta peau blême. Ils me regardent, ils me tancent. Mais je n’ai pas peur d’eux. De ces spectres qui te gardent, Cerbères infernaux, montrant leurs crocs jaloux et possessifs chaque fois que je cherche à fouler les territoires que tu planques. Paver tes enfers de toutes mes intentions, laisser le mien se corrompre à la brûlure des charniers que tu nourris. C’est tout ce que je veux, tout ce à quoi j’aspire. Mon amour, mon amour. L’épithète est si douce, chantée, murmurée, balbutiée, gémie. C’est une harmonie que je découvre. Elle a des tessitures contraires, des notes implacables. On ne les renie pas, on ne peut pas. C’est un son strident, aussi abrupte qu’un cri. Crie encore pour moi … Je veux l’entendre, je veux le graver quelque part, là, tout contre mes côtes qui gardent les secrets d’un cœur qui bat plus fort. Je n’ai pas dansé pour toi pour te regarder partir, pour affronter encore la disparition d’un être qui aurait dû compter. Je l’ai fait pour m’introduire à l’intérieur de ta chair. Cruelle et perfide intention d’un égoïsme trompeur. Je l’ai fait pour corrompre ton âme aux soubresauts de la mienne, pour me lover jusqu’à cet interstice qui te rendra aveugle, désolé et sourd si seulement tu cherches à m’en déloger. Je suis cette douleur intrinsèque que tu éprouveras à vouloir me désavouer, cette torture incontrôlable qui cherchera à fracasser cette tour d’ivoire qui demeure encore, toujours, pour maintenir debout la partie d’une vie dont on ne cesse de déplacer les pions fatigués sur un échiquier de marbre. Tu seras mon début, je serai ta fin. La main qui te retient, la silhouette qui t’accompagne. Et danse, danse encore. Jusqu’à l’aube de nouveaux jours. Où tu ne seras peut-être plus qu’un songe dans ma mémoire composite. Irrémédiablement présent à travers moi, malgré tous les efforts pour oublier qu’un jour, tu existas. Tu seras là, juste là, à l’intérieur de moi. Musique pleine de langueur, de brutalité et de souffrance. Irréelle et suave, fragile et vipérine.

Le vide s’ouvre un peu plus sous les pieds qui continuent de se mouvoir. Cavité béante, remplie d’un air dans lequel elle s’engouffre, paume contre paume, lèvres contre lèvres. Regarder en bas, vers l’immensité noire de la rue passante, ne lui donne pas le vertige. C’est regarder en lui qui attire, laisse exsangue, en équilibre. Le port de tête droit, le menton projeté vers l’incertitude d’une pensée au futur, reliée à l’absolu de son être dont tous les précipices sont des coursives dans lesquelles elle rêve de se planquer. La danse se poursuit dans le sillage de ses pas, merveilleux guide, troublant meneur, une main sur sa hanche, le balancement de corps qui se prolongent, l’un après l’autre. Un vide se referme avec lenteur pour qu’un autre puisse s’ouvrir. L’écrin de la chambre, le déploiement lascif des pieds nus, sur le sol. La plante, le déroulé de chaque pas. Infinie appropriation, qui prend son temps, qui ronge une à une toutes les habitudes auxquelles ils se sont rompus. Les rencontres brutales, les étreintes erratiques. Ses regards s’ouvrent grand dans l’obscurité qui les enserre, distinguent à peine les détails pleins de fioritures d’un luxe moderne dont elle ignore tous les usages. Traquer dans le noir, cajoler les lueurs mordorées qui se tracent sur sa peau dans la pénombre. Son souffle s’érode à l’unisson des mécanismes enfuis. La précipitation exsangue, la brutalité absente, une forme de panique s’empare de son cœur. Une fois de plus, elle ne reconnaît rien. Rien si ce n’est la saveur de ses lèvres, la sinuosité de ses doigts agiles qui déparent. La ferveur de ses instincts se tord à l’intérieur de sa poitrine. Réprimer la violence, corrompre la brutalité aux douceurs contraires qui s’étendent sur sa peau mise à nue la désoriente. Les instincts farouches veulent griffer, mordre, bleuir. Ils veulent s’irradier à cette consommation trompeuse qui se dilue dans la ferveur, dans la précipitation des gestes, des pensées, des caresses. Prendre le temps, c’est se laisser voir. C’est regarder à son tour. C’est toucher en prenant conscience, en disparaissant au gré des lignes infinies de quelqu’un d’autre. C’est concevoir un intime fragile dans l’onirisme duquel on se perd, on donne aussi. De soi, de l’autre. Un partage qui lui est difficile de concevoir, parce qu’elle ne le connaît pas. Pas tout à fait en tout cas. Les secondes se précipitent, comptent à rebours. Une remontée au passé fulgurante, qui la projette dans la virginité impudique de son corps de petite fille, dans ces désirs que l’on expérimente curieusement pour la première fois et dont on ne conçoit pas tout à fait le sens. Elle interrompt l’étreinte d’une pression du bout des doigts sur sa jugulaire, le tance une mutique seconde, contemple l’étendue des harmonies contraires qui s’étiolent dans le clair-obscur de ses regards. Une pause, une virgule, un blanc sur la page, typographie d’une étreinte semée de trouble. Le rejoindre n’est pas aussi simple qu’elle ne l’aurait crue. Ses doigts appuient un peu plus, trahissent toutes les obsessions qui transitent dans sa silhouette menue. La tendresse renaît dans le prolongement de ses phalanges, s’affranchit de la haine, du désarroi et de la honte. C’est un élan sans véhémence, qui monte les échelons de la sensualité pour s’arroger le droit de transparaître, enfin, dépourvu des meurtrissures dont il est si prompt à accabler d’habitude. L’assentiment roule sur la ligne de sa nuque, s’étend sous chaque baiser qu’elle vient déposer dans la courbure de son cou. Tomber, tomber alors. Dans le prolongement de sa chute. Glisser dans le vide pour l’y rejoindre.

Cela fait mal, si mal, de s’abandonner ainsi. Contre toi, mon amour. Brimer les élans d’une nature qui feule, désorientée et contraire. Contrainte aussi. Je ne sais plus où je suis. Ce qui est de toi, de moi, de nous ensemble. Tu es partout, sphère de lueurs vagabondes qui m’enserrent, marquent la peau de ses ravages, de ses tourmentes. Sur la courbe du sein, dans les replis des reins. Sensualité éminemment trouble, dans laquelle je surnage et vois se noyer les réflexes appris par cœur. Ceux qui composaient l’essence, la toile en camaïeu de couleurs, de ce que je croyais être, de ce que tu représentais. Mais tout se brouille. Plus rien n’a de sens, si ce n’est cette chute qui me fait te rejoindre, disparaître en toi. Ne pas te voir, me perdre dans le vide, dans le noir. Le cœur s’affole, la panique se révèle au gré des battements frénétiques de mes paupières lourdes, si lourdes. Les repères se distillent. Tu es là, partout. C’est toi, oui, c’est toi je crois. Mes doigts s’accrochent au dos de ta main, fracturent le préambule des caresses sinueuses que tu traces sur mon ventre, interdisent l’indécence d’une aventure dans les recoins soyeux d’une intimité déracinée de tous ses ancrages. Ne pas te voir, ne pas te voir. C’est une torture. C’est l’incapacité de me raccrocher à ton image, d’apposer les contours de ton visage sur tous les spectres qui me narguent et menacent de s’arroger une place entre nos deux corps. La précipitation de mon souffle dans la nuit. Les lueurs des réverbères, venus nous narguer depuis le dehors. Chaque enveloppant murmure sème ses troubles, s’insinue jusqu’aux barrières les plus intimes du corps ravagé par des émotions contraires. Tu es là, au bord du vide, à mes côtés. Prêt à m’y précipiter. Il m’attend tout en bas tu sais. Cet autre. Il m’attend et me regarde, glisse sa main en même temps que la tienne sur l’intérieur de mes cuisses qui tremblent, tremblent si fort. Le désir enlaidit par la répulsion que j’éprouve à l’idée que ce soit lui, que ce ne soit pas toi. Un désir laid, trompeur, monstrueux. Mais un désir malgré tout, l’émois de petite fille, la texture de ses doigts sur ma peau, prompte à trembler, prompte à frémir aussi. Contradiction en filigrane de la peau dénudée, décharnée. Aveugle, dans le noir. Esseulée et farouche créature rendue à la fragilité d’instincts contraires, qui se chamaillent, qui luttent, qui contraignent. Ne me laisse pas seule. Seule avec moi. Seule sans toi, mon amour. Ma nuque ploie, distille des assentiments qui me permettent de te revenir. Ma main invite la tienne, la libère, froisse les draps qui nous entourent. Je m’accroche, je m’arrime, glisse le creux de ma paume sur la ligne de ta joue pour te distinguer à nouveau, appose des baisers enfiévrés et malades sur la ligne de ton menton, courbant l’échine, ployant les reins. La pulpe de mes doigts ne quitte guère ton visage, délivre des pressions qui ponctuent les soubresauts d’un plaisir malingre qui s’insinue entre mes reins et ravage un à un tous ceux qui ne furent pas toi. Ma main qui se retient à toi, tes doigts qui s’invitent, rejoignent l’essence même de la tourmente. Tu es partout, tout autour, à l’intérieur, chaque pourtour résolument envahi par les assauts de ton corps. Et moi, moi, je ne sais plus. Où je suis. Je suis folle je crois, presque dingue. Parce que tu me tiens, tu me manipules. Marionnettiste cruel, terriblement joueur. Bourreau insatiable, qui entraîne jusqu’au seuil de l’extase pour mieux vous en refuser l’accès délectable. Dans cette chevauchée étrange, je me perds, je te poursuis, je te prolonge. Je te laisse nicher chaque blessure que l’on osa t’infliger un jour au creux de mes reins, les recueille une à une, ploie pour mieux les recevoir, consent à cette possessivité maladive que tu traces sur mon corps pour le modeler autrement. Je me sens renaître quelque part à l’intérieur de toi. Affranchie de lui, corrompue par toi. Je suis différente, semblable toutefois. Je suis libre, libre d’être moi. Même quand tu gémis contre ma nuque tous les idéaux douloureux de ta nature, même quand tu susurres la dureté de ton plaisir à mon oreille. Ce n’est rien, c’est tout à la fois. C’est un cri, c’est un chant que je veux t’entendre susurrer encore. Dont je ne me lasse pas. Alors je danse avec toi, contre toi mon amour. Le ballet voluptueux de mes hanches, à rebours des tiennes. La fermeté de ma main sur la tienne, maintenue sur mon sein, et celui de notre débauche. Ma tête s’alanguit contre ton épaule, y glisse des perditions que je glisse jusqu’à ton oreille. Ondine, succube, les deux ensembles. Pour toi mon amour. Jambes entremêlées, linceul pâle, déposé sur les peaux nues devenues moites. Je lape l’air qui me manque, le trouve à l’orée de ta bouche inaccessible, gémit la douleur que j’éprouve, diaprée de plaisir, à l’idée de le regarder partir pour te laisser prendre sa place. La terre de tous les possibles s’étend sur les marques que j’ai laissé contre l’avidité exacerbée de ta peau nue. Elle est tout ce qui compte, tout ce qui importe, tout ce qui a du sens. Ces possibilités que je traque, façonne au gré de la musique de nos corps qui se rencontrent, se brutalisent de tendresses percluses de ces failles que seule la sensualité peut rendre moins troubles. Le vide est là, à nous regarder nous mouvoir. Mais il n’est pas en nous. Parce que tu es en moi. Parce que je suis en toi. Hybride sans failles, projetant des harmonies contraires tout autour, gutturales et rauques, animales, si humaines toutefois. Humanité de passage, qui tremble et tombe, dans le vide, sous nos pas, sous nos doigts. Jambes enlacées, corps entremêlés, mes ongles dessinent des secrets là où dans la frénésie de l’étreinte, ils réussissent à s’apposer. J’entends ton cœur qui bat contre son mon dos, ton souffle qui s’éraille sur ma nuque. Je ferme les yeux pour en comprendre chaque mesure. Je n’ai pas froid. Le froid est au dehors, dans l’âpreté impersonnelle de la chambre. Je ne sais ni quelle heure il peut être, si c’est le jour, ou bien la nuit. Tout est diffus, comme cette chaleur qui transite dans les replis de mon ventre. Qui brûle, irradie, dévaste tout sur son passage. Ma bouche te cherche dans le noir. Ton corps, en parure du mien. Ou bien est-ce le mien qui te recouvre, pour te protéger, pour t’enfermer en moi seule. Enveloppe charnelle indistincte, en nuances albâtres, clairsemée de rouge. Mes joues, tes mains, mes tempes. Exsangue, face à ce vide dans lequel nous nous engouffrons. Une danse en équilibre, tout au bord, la folie chevillée aux muscles rompus, qui se modèlent, s’assouplissent, s’étirent. Ployer la nuque, jusqu’à en souffrir. Ployer la nuque, même si cela fait mal. Contorsionner le corps, l’astreindre à une ligne fragile et tortueuse, juste pour te voir. Lire l’hérésie dans tes regards, la folie sur tes lèvres entrouvertes. Glisser des mots que la langueur de l’étreinte rend plus rudes, plus sourds. Et que sur ton souffle, les rêves se prolongent. Je murmure, je feule encore, mon amour. Ce mal que tu couches, insinues jusqu’à la faille. Et je tombe. Comme sur ce toit, comme au Viper, ce soir-là. Je tombe, je tombe. Tout au fond de toi. Là où les souffles s’étiolent, où les plaisirs confus se dissolvent. Où il n’y a plus rien, plus rien, si ce n’est toi.
(c) DΛNDELION
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() message posté Mar 16 Oct - 18:05 par James M. Wilde


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« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Ses doigts entremêlés aux miens pour parer notre peau d’autres ombres à profaner. La chambre se dévoile, théâtre vierge où ma présence ne se matérialise que par mon sac abandonné dans un coin, posé contre un mur, quelques fringues qui traînent sur l’appui tête d’un fauteuil, témoins mutiques de mon passage presque irréel en ces lieux qui n’ont enfermé ni mes soupirs rassasiés ni mon sommeil perturbé. Ses doigts tenus précieusement entre mes mains, la peau qui tremble déjà des idées qui s’invitent contre l’épiderme, guides et serments, appels trompeurs, tentateurs. La danse se poursuit, il ne faut que quelques pas pour que je ne la contourne, mon index suit la ligne de ses épaules, caresse infime, fragile, sur son corps que je crève d’étreindre. La lenteur se fait frisson, effeuiller le tissu si fin de son costume dessine des images hérétiques sous mes yeux qui s’habituent aux ombres plus nourries de la chambre. Déparer le personnage, débarrasser la divinité de tous ses subterfuges, la peindre nue sous chaque geste, la dessiner dans les lignes impures de ses atours charnels. Tous mes imaginaires s’épanchent avec la fébrilité du spectacle qui se scarifia dans mes veines, lorsqu’elle dansait, lorsque tu dansais, inatteignable, intouchable. Je peux te toucher désormais, briser le piédestal, destiner la chute à chacun de mes détours contre les lignes, les courbes, stopper là dans le creux de tes reins, te tenir contre moi, presque t’interdire de participer quand je suis seul à ôter mes vêtements, à les laisser choir, absence de couleur sur le tissu de chair, sous nos pieds bientôt nus. L’indécente puissance de cette asymétrie, quand toute ma présence se matérialise sans qu’elle ne puisse me rendre mes obligeances ou me voir, dans la nuit troublante. Un épilogue à son histoire, à ses pas. Il serait si simple de lui donner la résolution la plus implacable, ployer le dos, prendre ce qui s’offre dans la torsion la plus crue, ravager le corps, les yeux qui scrutent le mur, comme tant de fois, tant de fois auparavant. Interdire l’échange dans une brûlure solitaire. Tant de fois avant toi, ne plus plonger qu’en soi, les yeux face au mur, face au mur. Je retiens un mouvement, une fois rendu à la morsure du froid, un pas en arrière pour la retenir, te retenir entre mes bras, trembler dans son dos de ce que je ne dis pas, je ne dis plus rien. Ma tête se penche pour embrasser sa joue, un baiser presque chaste quand les désirs sont triviaux, brutalisent une respiration qui se saccade, dévorent le ventre, mais je la tiens, je te tiens contre moi, je la retiens quand mes lèvres substituent tous les mots qui échouent contre la courbe de son cou en quelques délicates morsures. Les yeux grands ouverts… Je sais combien la frustration emplit ses muscles d’un poison insidieux, la contrainte fait jouer ses tendons sous mes doigts, sous ma bouche qui sourit légèrement de ce qu’elle endure, dans le noir, les yeux grands ouverts. Le chant de mes errements impriment un gémissement éraillé par ce plaisir que l’on tient en bride, que l’on apprivoise pour la première fois, j’ai la tête qui tourne, les lueurs de la ville se font changeantes, gravent des inflexions bestiales sur les cloisons, quand notre danse s’alanguit plus encore, le corps étend ses convoitises, sur les draps du lit qui se froissent sous le poids de nos hésitations. Mes exactions recouvrent mes épaules de ténèbres et de frémissements, et dans la chambre tout bascule, nos postures, nos rôles et nos pensées. Elle se perd entre mes bras, elle se perd et les créatures oubliées rugissent dans les reflets changeants, au rythme d’invitations distillées sur la nudité démunie de sa silhouette. Les ombres portées trahissent les incertitudes sous mes doigts, l’irréel dans mes iris qui dissèquent nos silhouettes déformées, qui se rencontrent sans savoir se fondre l’une dans l’autre. L’interdit et l’effroi, l’aspérité d’un toucher qui ne la reconnaît pas pour celle qu’il dévoya, la nuit passée, et d’autres nuits encore. L’innocence est trompeuse dans ma langueur, l’intrusion est plus éloquente, plus intime que lorsqu’il fallut laisser fleurir les hématomes sur elle. Dans l’intimité d’une étreinte qui ne s’autorise pas, l’inaccessible déploie ses ailes dans mon dos agité d’un plaisir qui rejoint la douleur qui s’y était nichée toute la soirée durant. La concevoir dans le rebours de caresses malingres, la sentir dans la confusion implacable d’une appropriation qui ne devrait jamais être permise, sentir les liens se resserrer, au comble de nos chairs qui aspirent à mourir l’une contre l’autre. L’oubli rouvre sa mâchoire et mon corps réapprend à aimer dans l’affront le plus indicible qui soit, écartelant les pans d’une nature bestiale pour l’assouvir dans une nouvelle cruauté, érodée par le temps, perdue. Perdue. Si perdue contre moi, dans l’aube d’un désir qu’on cherche à lui imposer, la pause malingre qui atermoie sur ma main, la morsure des ongles, comme une mise en garde. L’inspiration qui filtre par ma bouche entrouverte compte l’éternité d’une attente, distille l’harmonie d’un silence uniquement brimé par nos souffles incertains. Les yeux ouverts, les yeux grands ouverts mon amour, je suis là, je suis juste là. Pulsation alanguie de mon sang qui tonne ses exigences, je maîtrise les angoisses qui filtrent de tout son corps, qui rappellent celles qui s’inscrivent jusque dans mon âme pour la blesser. Je me souviens, je me souviens… De toutes ces violences et de ces jeux malsains, qui parachevèrent mes envies, ces mêmes envies qui se lovent dans son dos, qui se couchent sur sa peur. Mon nez frôle sa nuque, un geste presque animal, quand les retenues perlent sur mon front, le langage s’extirpe de ma gorge dans une tessiture que je peine à reconnaître, plus atteint par son trouble que je ne le croyais :
_ Je suis là…
La mise en garde transfigure son affront, sa main accompagne la mienne, pression injure, pression parjure, j’autorise un mouvement si ténu tandis que ma langue goûte le sel de sa peau corrompue par les résurgences que je lui impose. Le temps se brise, approche la rupture d’un entre-deux qui nous emporte dans une toute autre histoire, passé informe qui se tisse au présent dans le mouvement de sa nuque, sa bouche venant flatter les implacables élans de son bourreau. Les yeux ouverts… Les lueurs dansent, narcotiques qui s’apposent sur les nerfs douloureux, hypnotique frénésie en mouvement ralenti, la violence aphone qui s’enfonce sous la peau, qui brûle, qui brûle. La sensualité en partage feule sous les côtes, et le vide nous étreint, empli par l’abandon de deux amants qui consentent à se trouver. Se trouver dans le néant paré de toutes les hontes, radieuses brutalités serrées contre moi, contre elle. Contre toi, caresse d’abord diaphane, bientôt conquête délibérée, les sens en partage, l’indécence en héritage, quand l’intrusion est telle que la torture redessine mes traits, mes murmures enflammés dans son oreille. Aveux dégénérés, qui distillent tous les troubles d’une perdition que je te destine, mon amour. Les mots aiguisent leurs lames, plongent dans la chair, tu es contre moi, tu me corromps et tu m’enserres, sous mes mains, autour de moi, je te possède, tu me détiens, et je retiens sur le fil acéré ton plaisir et le mien, étranglés, enchâssés. Des mots s’échappent, fourvoient tous les serments si simples qui furent jusqu’alors concédés. Elle est à moi, ça n’a jamais été aussi vrai. Tu es à moi, jusqu’aux rivages décharnés de nos éternités, tu es à moi. Mon amour, mon amour. La fièvre délivre ses caresses malignes, la douleur et le plaisir se côtoient dans un ensemble si parfait, et je la serre, je la serre si fort entre mes bras, comme si je ne pouvais plus jamais me résoudre à la laisser s’enfuir ou s’échapper. L’avidité cingle les muscles, la possessivité prend le visage de la possession la plus pure, la plus dure. Sans doute si proche de celle qui s’étendait sur son corps autrefois, quand elle n’appartenait qu’à l’entité qui la dérobait à la nuit tombée. Une plainte à peine soufflée s’étiole contre sa nuque, parce que dans la chute consommée, je le frôle de si près, ce monstre, l’infamie de ces nuits qu’elle ne pourra jamais oublier, jamais. J’aspire à prendre tout ce qu’il a abandonné dans l’intimité de son corps, à adopter les traits d’un bourreau pour les voir se liquéfier, défigurer l’effroi pour le faire mien, les yeux grands ouverts, tout au fond de la chute abyssale, je caresse l’entité, je la dévoie, la reçois. Le plaisir devient impur, il convoque les sursauts de l’horreur, héritée de ses peurs les plus profondes, de mes angoisses les plus ancrées, et nos néants convolent. Les deux monstres se toisent, se voient, ils ne cherchent plus à combattre, évoquent une fusion injurieuse, infamante, les murmures se troublent de sensations si laides, dont une part de ma nature se délecte, et je ne peux plus me cacher, impossible de masquer mes élans dans d’autres délicatesses qui s’épanchent sur sa peau. Sa honte comble mes appétits, ses tremblements rendent si indistinctes mes envies, rappelle cette corruption qui ne cesse de se déployer dans mes entrailles, dans le noir, dans le noir, notre génèse ne fait plus qu’une, le masque de l’horreur se fige, ou bien ça n’est que le dernier que je pouvais porter qui se brise. Un mouvement qui rencontre un plaisir dont la honte me ravage, la douleur qui filtre entre mes dents serrées, parce que je me retrouve aussi intact que lorsque le sang se répandit sous mes doigts, la toute première fois. Oui, je suis là, je suis là, je n’ai jamais été autant là, en elle, en toi. En toi, tandis que tu te débats avec les sursauts de ta mémoire qui hurle. Je hurle avec toi, en toi, et lorsque tu libères la monstruosité pour la laisser dévaler l’intime et l’enfiévrer plus encore, je ne peux plus me dérober, je ne peux ni mentir, ni prétendre. Ne pas avoir frôlé cette invincible jouissance, inacceptable et dégueulasse, entre tes reins quand tu luttais pour ne pas te perdre dans le noir. Les yeux grands ouverts, oui. Et tes caresses, et tes passions, qui trouvent les miennes, si entières, si violentes dans cette douceur qui continue de nous manipuler. Pourtant les mots s’affranchissent de mes lèvres, ils glissent d’autres langages, d’autres images, la bête se révèle, se tapit à l’orée d’un hommage aussi étrange qu’envoûtant. Mon amour, mon amour. C’est la seule façon que je connais, la seule, d’aimer quelqu’un, ainsi dans la trivialité la plus consommée, dans la corruption qui chante une folie implacable. A ton oreille, tu entends, tu entends, ces absolus qui sont les miens, ces envies, ces besoins, tout ce que je conçois dans ces ténèbres où je te traîne désormais, pour que tu les habites à mes côtés. Admire leur laideur, admire leurs attraits difformes, goûte l’acide, pleure les flammes pour mieux les caresser, frôle la luxure pour t’en libérer, n’avoir plus que cet incertain plaisir arrimé entre tes reins. Incertain désir, si trompeur, si parfait, dans tout ce qu’il sait construire et détruire à la fois. Laisse-moi te prendre, laisse-moi t’apprendre jusqu’à la nuit des temps. Son corps ploie, la possession injurie tous les muscles, tu te laisses emporter par le vide que nous remplissons de nos harmonies sifflantes, tandis que toute ta sensualité se déploie sous mes mains. Le monstre étreint quelques onces de divin, et l’effroi abandonne entièrement le théâtre de ma nature pour boire la conscience entière du vide qui nous étreint. Nous étreint, nous emporte, mais ne nous possède pas. C’est toi, c’est moi, ce nous qui se murmure encore, à bout de souffle, sur le fil de nos frissons qui s’étendent sous nos doigts. C’est moi, c’est toi. Toi qui me regardes, qui me vois, et je te laisse deviner le plaisir en héritage de tes angoisses, le désir en écho de tes assentiments. Je sais que tu peux tout savoir, tout deviner à cet instant-là, la fracture dans mon regard, la folie sur mon front, la suavité sur mes lèvres. Je t’embrasse jusqu’à la déraison, c’est une promesse animale, une condamnation consentie, partagée, quand les sons abrupts se délivrent contre ta langue. Tout se distend, tout se disperse, la douleur se dénoue en une sensation qui confine à la complétion la plus triviale qui soit. Je l’étreins pour ressentir l’impact dans tous mes os, dans les siens, et je sombre, tremblant, aphone, déparé de tous mes leurres, ne la lâchant pas, ne la lâchant plus. Dans la chute qui menace, désormais que l’infini plaisir me rend à mes angoisses, je m’arrime à elle pour croire encore exister, au delà… au delà du mal, au delà de tout ce qui me morcèle, dans les ombres de la nuit devenues bien plus drues. Mes lèvres au bord des siennes, un baiser qui vient chercher la douceur qui manqua nous ôter une existence, aussi fragile que fugace, désormais que le vide se referme, nous emportant l’un et l’autre, dans les ténèbres que nous avons nourries. L’un et l’autre. L’un à l’autre.

Je ne sais combien de temps l'inconscience me porta, quel réveil fut le mien, un sursaut ou bien cet effroi au silence mortifère qui parfois me rend à une humanité détestable, une peur hérétique au coeur et au corps. J’ai eu du mal à la reconnaître, entremêlée à moi, enchevêtrée à des sueurs glacées qui dessinaient encore les images de mes cauchemars, ceux que j’ai si âprement frôlés en elle, cherchés en elle, consommés en elle. Jusqu’à l’extase qui corrompt encore mes muscles, feu qui sourde dans mon ventre. Je tends la main, une main tremblante, si tremblante vers son visage, comme pour vérifier qu’elle est là, ici, qu’elle n’est pas le fruit de mes imaginaires fourbes, de ma folie délivrée tout contre elle. Mais le geste n’échoie pas, il se suspend dans l’air, par peur, par honte, venir troubler le repos qu’elle mérite après avoir subi, et mes violences la veille, et mes perversités ce soir, c’est impossible, c’est impossible. L’aube n’est pas encore levée, et j’offre ma nudité à un air nocturne qui le mordille, le désespère aussi. Quelques pas sentencieux, presque précipités m’amènent tout contre la baie vitrée, ou je me replie dans le noir, contre le froid de la vitre, contre le vide au delà. Au delà… Au delà, qu’y-a-t-il n’est-ce pas ? Qu’y-a-t-il ? Je me recroqueville, comme j’ai tant de fois cherché l’apaisement, dans un coin de mon appartement, à sonder la nuit, pour repousser les échos de mes peurs viscérales. Les yeux grands ouverts, sur le néant au delà. Au delà. Et parfois sur son corps qui se dessine entre les draps, reflets évanescents d’un rivage lointain, incertain. J’ai une douleur dans les entrailles, celle gravée par ce plaisir tordu, de tortionnaire, que j’ai recouvré dans ses chairs, une douleur presque délicate, qui perce ma respiration, et m’ôte le repos auquel j’ai pu goûter sans doute quelques heures, quelques temps. A respirer à l’ombre de ses pensées ensommeillées. Mes doigts étreignent mes bras, je tente de convoquer une apathie qui tarde à venir, mon esprit trop chamboulé par des sentiments et des sensations qui s’y bousculent encore. Au delà, au delà, il n’y a qu’elle, il n’y a plus qu’elle, et ce que j’ai crevé de lui faire. Plus qu’elle, plus que cela. Mes ongles rentrent dans ma peau, un murmure fou, précipité, tremblement d’un souffle se couche sur la baie-vitrée :
_ Il n’y a plus rien. Juste toi. Juste toi… Comment fait-on pour vivre avec ça ? Comment...
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() message posté Ven 19 Oct - 10:05 par Eleah O'Dalaigh
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ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Peaux diaphanes, l’une en parure de l’autre. Toi contre moi. Toi à l’intérieur, partout, envahissant comme une onde les lignes torves d’un être confus.  La confusion est en toi, en moi. Des limites qui nous définissent, qui font de nous des entités entières et à part, je ne reconnais rien. Tu es là, tu le dis, tu le murmures, tu le geins. Je l’entends, je le ressens, mais aveugle je te perds dans le noir qui nous enveloppe l’un contre l’autre, frôlant les abîmes qui recueillirent dans l’aube du temps le premier de mes souffles, le feulement plaintif de mes agonies, la symphonie au futur de mes râles malades. L’implacabilité de ton caractère me traverse comme la lame chauffée à blanc d’un poignard magnifique, ciselé dans les matériaux les plus purs et les plus abruptes. Chaque délicatesse se transfigure dans les morsures que tu imprimes, dans les gestes qui frôlent tour à tour idolâtrie et parjure. Les frontières se distillent. Ce que j’aime. Ce que je hais. Mes doigts glissent à l’orée de ta peau avec cette ferveur contrôlée, distillée de la pulpe des doigts sur l’épiderme qui tremble, se tend, s’affranchit de la raison pour enjoindre la folie furieuse. Je ne cherche pas à te marquer, à me fondre en toi comme je le fis la veille, ongles et brutalités déployées sur ta silhouette pour la posséder jusqu’à l’outrage. Il n’y a pas besoin de cette hérésie là ce soir. Il n’y a plus de possessivité malingre à apprivoiser, ou même à pourchasser. Elle est tout autour de toi, en dedans comme en dehors. Ce soir, cette nuit, que tu le veuilles ou non, tu es à moi. Et je suis à toi en retour, dans l’expression de ces failles béantes que je laisse en exergue pour te laisser t’y mouvoir. Y plonger les mains, les paumes. Saisir de part en part ce qui fut, déchirer l’étoffe de ce qui est. T’imprimer à la place de ces motifs parjures qui virent naître et le monstre, et l’entité fragile qui tressaille contre toi, comme la première fois. Le temps se délite contre l’albâtre de ta peau, la raison étouffée par toutes les émotions que je vois passer à travers toi, puis à travers moi. Et je ploie, je ploie. Toujours un peu plus, ligne indécente qui frôle l’angle droit, trop droit. Tout ce que tu divulgues me fascine à un point inimaginable. C’est si semblable à ce que je connais déjà, si différent toutefois. Parce que tu n’es pas lui, et qu’il n’est pas toi. Il n’y a pas dans tes plaisirs sacrilèges toute la velléité de ses intentions, toute la véhémence de ses humiliations. Avec toi, je n’ai pas l’impression d’être morcelée en deux, de perdre de vue ce que je suis pour le plaisir de ses injures. Avec toi mon amour, je suis entière. Imparfaite entité, percluse de failles, monstre gracile, créature fragile. Je suis tout, tout à la fois. Et toi, tu es là pour me voir, me recueillir contre toi, sublimer sous la frénésie de tes doigts chaque laideur, chaque beauté, chaque ligne, sans me demander d’en incarner d’autres qui siéraient davantage aux aspirations et aux rêves trompeurs que tu poursuis sans relâche. Demeurer intacte est impossible. Rester immobile dans le noir, tandis que tu maîtrises et assigne à chaque détour de mes muscles l’une de tes intentions est une torture. Mais je ne fais rien mon amour. Rien pour t’envahir, rien pour précipiter l’étreinte, rien pour renouer avec ces habitudes que nous avons prises et qui nous poussaient sans doute à la déliquescence. Je te laisse t’infiltrer, faire glisser les étoffes sur le sol, frôler la nudité frissonnante, encore pleine de ces euphories tracées sur les devants d’une scène illusoire, dont tu étais le seul spectateur. Le seul qui compte en tout cas. Le seul que je savais voir, à travers toutes les chairs amoncelées dans la fosse grouillante. Parmi tous ces anonymes, il n’y avait que toi. Que toi, mon amour. La cruauté d’une épithète, sur ton front, sur mon sein, sur la ligne de tes lèvres, dans l’équilibre de mes pas.

Placer entre tes doigts mon abandon, la reddition de mes instincts farouches, cela n’est pas aussi simple. Cela fait mal. Cela fait si mal, et tu le sais. Je le sens, je te vois. Les sourires proches de la satisfaction, que tu confies aux secrets de ma peau dans le noir. Monstre terré, monstre caché, se repaissant de tous les tressaillements que tu sais faire naître. L’effroi, la tendresse. Tout se conjugue. Tout se mélange. Mes sentiments pour toi. Tes empreintes sur moi. Ma nuque s’infléchit à l’idée de te savoir, consent à ce besoin silencieux que tu façonnes contre ma peau blême. La chute est implacable, le vide s’ouvre, nous reçoit. Je ferme les yeux et me concentre pour ne pas oublier ce que tu es, et ce qu’il n’est pas. Je devrais te détester, de chercher à me faire éprouver cela.  Je pourrais te haïr, de convoquer ainsi le meilleur et le pire, au gré de la sensualité d’une danse où tu ne me laisses aucune maîtrise, ni sur toi, ni sur moi. Te laisser apprivoiser la bête qui gronde, tout au fond de moi, me fait geindre dans le noir. Complainte de l’être qui se tord, qui défend désespérément l’essence qu’il garde emmaillotée comme un nouveau-né. Mes soupires sont douloureux parce que dans toutes leurs tonalités changeantes, ils évoquent ce mal qui me ronge, que tu traques à l’intérieur de moi. Peu à peu, j’endosse tous les rôles que tu rêves me voir arborer. Je suis la douceur et le fiel, l’ondine tentatrice et dangereuse, la vierge candide et souffreteuse. Je suis la petite fille, celle d’autrefois. Qui avait si peur, si peur, d’être face à quelqu’un comme toi. Qui ne comprenait pas, ces attentions qui se glissaient jusqu’à elle, dans l’intimité de la chambre, protégée par une innocence dont les failles se révélaient dans les instincts et la violence. Je suis l’adolescente. Celle dont la colère régimentait les actes, qui la poussait à se consumer dans les perditions les plus triviales, oubliant parfois ces limites qu’il vaut mieux ne pas franchir si l’on souhaite un jour en revenir. Je suis la femme enfin. Celle qui se matérialise, sous tes doigts, contre toi. Celle qui n’a pas peur, d’être elle, quand tu es là. Qui n’est plus aussi seule, lorsque les difformités de ton caractère sont là pour la recevoir, la sublimer et transcender toutes les envies qu’elle n’a jamais su concevoir, par crainte de s’y perdre toute entière. Je suis perdue désormais, perdue au-dedans de toute cette entité que tu libères. Je la veux, je la veux jusqu’à l’immoralité. Je me ferais lascive, fragile ou bien violente pour seulement la caresser encore. Du bout des doigts, contre ma paume. Qui se referme, qui t’accompagne. Qui ne retient rien de tes élans, mais qui au contraire aspire à les prolonger. La possession est animale, s’arroge des droits triviaux qui s’impriment contre les corps enlacés. Assemblage malsain, puzzle immoral. Les pièces s’imbriquent pourtant, avec cette suavité qui frôle la perfection, qui encourage la passion la plus ardente. L’impétuosité de tes mouvements m’arrache de ces complaintes idolâtres que l’on ne réserve normalement qu’aux divinités trompeuses. Tous les murmures que tu glisses à mon oreille tordent mon ventre et le grisent à la fois. La plus belle de tes émotions, la plus laide de tes envies. L’une et l’autre, l’une dans l’autre. Je les reçois sans rejeter aucune d’entre elles, aspirant à te les entendre dire, rêvant de te répondre avec l’insolence de cette espièglerie impudique qui me caractérise. Le vide sous tes doigts, sous nos pas. Et alors que nous tombons, je crois te distinguer encore pour la première fois. Ton visage change, tes regards mirent de ces intentions que je ne te connaissais pas. Tu te repais de ma honte, tu la bois pour la faire tienne, t’en abreuve comme si tu en étais le créateur. Pendant une seconde, tu es tout ce à quoi tu aspires. Tu es celui qui me façonne, qui me modèle sous tes doigts. Qui me créée à ton image, sans que je daigne chercher à échapper à toi. Je te laisse me corrompre, sans pour autant daigner m’asservir. Je consens à tout, la menace de ma sauvagerie maîtrisée pulsant contre ta paume que je maintiens contre mon sein. Et je m’abandonne, je m’abandonne. Je te fais cadeau de la honte, de tout ce qui me compose. Je ne retiens rien de moi, pour te l’offrir en partage. Tu as voulu le pire, alors voilà. Regarde. Regarde-moi. Je te le donne. Je te le montre. Prends-le, prends-moi mon amour. Je recueille en échange tout ce que tu délivres pour me trouver, pour m’avoir, toute entière. Jusqu’à la rupture, cette cassure douloureuse du plaisir qui ne peut plus se contenir, qui implose dans des cris et des râles, confusément reliés, étrangement embrassés. Mes lèvres te goûtent, mes lèvres te mordent, redécouvrent la saveur de ta langue dans la folie d’une étreinte consommée jusqu’à l’outrage. Je ne te laisse pas t’éloigner, je ne te laisse pas partir. Tu es à moi cette nuit, et bien d’autres encore. Tu es à moi parce qu’il n’existe aucun monstre digne de toi, digne de moi. Qui aura su te voir, te prendre, te corrompre et t’absoudre comme je le fis. Et je n’ai jamais donné à personne d’autre, ce que tu es venu dérober cette nuit. Le baiser s’atermoie dans la douceur. Celle qui s’arroge une place entre les corps rompus par l’effort. Mes doigts graciles caressent tes avant-bras contractés sur ma taille, délient tes muscles alors que l’arrière de ma nuque s’alanguit contre ton épaule. Je ferme les paupières, je ne te laisse pas partir. Je te maintiens contre moi, ton corps en parure du mien. Et je tombe, je tombe. Plus loin encore. Dans l’inconscience qui nous enveloppe tous deux. Qui te libère avant moi mon amour, bien avant.

Ses doigts furètent sur les draps, cherchent sa présence dans le noir. Il était là, tout contre elle. Elle sentait la tiédeur sécurisante de son corps, la pression de ses doigts sur son ventre. Les repères se distillent à mesure que le sommeil profond la soustrait à ses obligations pour la laisser rejoindre cet entre-deux où songes et réalité se confondent. Où les images se conjuguent, dans un onirisme trompeur, faisant battre son cœur plus vite. Il n’est pas là … Il n’est plus là. Le vide est tout autour d’elle, et à l’intérieur aussi. Ce vide si terrifiant, si abyssal, quand il n’est pas à ses côtés pour en braver les immondices. Son souffle s’éraille, s’accélère un peu dans son sommeil. Elle le voit partir à son tour. S’éloigner pour des horizons dont elle ne pourra pas faire partie. S’arroger le droit de la laisser seule, en arrière, et ne pas revenir. Ne pas revenir … Cette pensée ne l’avait jamais autant terrifiée. Réminiscence de ces nuits, qui ont contribué à tracer des absolus qu’elle n’est plus à même de maîtriser tout à fait. Elle ne peut plus renier, elle ne peut plus se convaincre, qu’il n’aurait pas le pouvoir de la fracturer à son tour. Mais il l’a … Il l’a. Il est trop tard. Trop tard pour reculer, pour renoncer au lien. Trop tard pour se dire que cela n’a pas d’importance, et que quoiqu’il décide de faire, elle n’en sera pas affectée.  Sa paume le cherche encore, dessine un arc-de-cercle sur la soie glacée. Les frimas de la nuit l’enveloppe, l’idée qu’il soit parti aussi. Cela lui fait si mal, de seulement y penser. C’est un cauchemar dont elle reprend conscience avec violence, les yeux tout à coup grand ouverts, à tancer la pénombre, à traquer ses contours qu’elle ne distingue pas. Les muscles alourdis par le sommeil, Eleah se redresse sur sa paume, regarde alentour, en se massant la tempe, en laissant les draps retomber tout autour de sa silhouette menue. Ses regards mettent un certain temps à s’habituer à l’obscurité, distinguent les contours opales de sa silhouette qui se dessine contre la baie vitrée. Une forme de soulagement la rappelle, calme les battements de son cœur. Avec lenteur, elle glisse ses pieds sur le côté, rejette les draps, se hisse sur ses jambes. Elle se rapproche sans bruits, d’un pas feutré et prudent, déroulant ses pieds nus sur le sol de la plante jusqu’au bout de l’orteil avec toutes les précautions du monde. L’inquiétude la traverse, ce mal qui le ronge, et dont elle devine l’essence, sans être sure de savoir la recueillir. Elle a mal elle aussi. Mal lorsqu’elle s’agenouille, juste devant lui, glissant avec lenteur, comme pour ne pas l’effrayer, ses doigts jusque sur ses genoux repliés, puis ses lèvres, dans un effleurement sur ses avant-bras qui les enlacent. Position de défense, position de repli. La même que les premiers jours. Ceux où inatteignables, l’essence n’avait pas encore eu le temps d’être dévoyée, broyée.
« Qu’y-a-t-il James ? … Dis-moi … Parle-moi mon amour … Montre moi. » murmure-t-elle, traçant une arabesque timide avec le bout de son nez sur sa peau, posant ensuite ses regards sur les contours torturés de ses traits. Elle a envie de s’approcher, de renouer avec ces réflexes et ces attentions tendres qu’elle sait avoir parfois, lorsque le mal est trop grand chez ceux qui comptent pour elle, même si elle ne le dit pas. Elle songe à Arthur. A toutes ces fois où elle dû l’approcher comme un animal blessé. A toutes ces heures, passées à l’apprivoiser. Mais elle n’avait pas si mal en le faisant. Elle n’avait pas aussi mal que ce soir, que cette nuit. A réaliser que l’indicible lien est une souffrance terrible, et qu’elle ne peut plus faire fi du mal qui le ronge. Parce que ce mal, il la ronge aussi. Il le lui a donné, au moins en partie. Terrifiant partage, terrassant outrage. Elle a envie de le rencontrer, de glisser ses bras autour de lui, de recueillir le poids de ses hésitations, de ses errances, de ses douleurs. De les faire sienne un peu plus, pour le soulager de ce qui le sclérose. Mais elle ne le fait pas, pas pour l’instant en tout cas. La précaution de rigueur, la douceur de son souffle, distillée avec un calme régulier jusqu’à pouvoir mesurer ses réactions.

(c) DΛNDELION
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() message posté Sam 27 Oct - 14:56 par James M. Wilde


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« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




Le temps se dilate, mon univers vacille et bascule dans la déraison de deux natures reliées qui vibrent tant à l’unisson qu’elles menacent de se fissurer. L’entente n’est plus uniquement charnelle, elle distille les harmoniques dérangeantes de la symbiose, l'union impure et insatiable de deux corps qui se rêvent entités légendaires. Sous sa peau que je caresse dans les sursauts de mes outrages, se dessinent des paysages oubliés, l’inflexion de souvenirs qui ne sont pas encore arrivés. Qui se produisent, s’imposent aussitôt, passent sur mes iris animales, qui fouillent la nuit pour y sombrer. Sombrer en toi devient un but, une fin, unique destinée qui puisse encore m'accueillir et me définir. De toi à moi, des lendemains qui m'effraient et m’enivrent à la fois. De moi à toi, des cauchemars tissés contre l'intimité de la chair offerte et envahie. Je ne sais plus ce que tu convoques et ce que je provoque, les traits monstrueux de ton fantôme dévoient les miens, mes hantises glissent sous mes doigts, les syllabes égrainées sur le coin de ta bouche, délicatesses et insanités. Tour à tour, personnage de mes abandons et de mes violences, tu envahis des contrées à jamais interdites qui se silencent de se savoir violées. Éventrées par tout ce qui filtre et feule, sous mes lèvres, entre mes bras, sous tes regards qui prennent ce qu'on leur offre en une infinie douceur susurrée au creux d'une nuit atavique, pleine de résurgences qui ne sauront plus être chassées. Sous tes yeux, sous tes yeux, cette bestialité langoureuse et des envies qui se délivrent dans le souffle souffreteux. Quels sont les aveux qui sont tus, hurlés par mon corps, calfeutrés par ma bouche ? Quels sont ces murmures qui s’abandonnent contre ta joue que je cajole comme pour demander ce pardon qui me déchire, à chaque fois que j’ose plus en toi que je ne devrais déjà ? Quelle est la teneur de cette violence qui se retient, qui se couche autrement contre toi, pour dérober bien plus que tu n’aurais dû promettre… Graver tout ce qui fut, la peine qui sursoit à un plaisir inavouable. Pourtant déposé dans ton corps, à chaque coup de reins. Mes gémissements se perdent, j’en appelle à une clémence que je refuse de t’accorder car tout a trépassé. Le peu de retenue que je pouvais encore convoquer, le peu de décence que je te conservais, il n'y a plus que l’évidence abandonnée à l’orée de tes haines, ce plaisir qui frôle l’injure et lui donne un sens qu'on lui a toujours dénigré. La torsion des corps et des esprits, l’ivresse d'une perdition que l'on devrait nommer perversion, là, juste là, enfoncée dans tes chairs, imprimée sur la mienne. Je ne suis plus qu’écorché, la plaie s’ouvre sous l’assaut d'un fantasme implacable, le visage de mes angoisses se décompose pour devenir le tien. Je ne t'ai jamais serrée aussi fort, je ne t'ai jamais serrée au point de ne pouvoir imaginer te perdre. L’insupportable dans les détours de l’inénarrable, je te désire, je te consomme, je te consume, et je me perds, je me perds, pour mieux trouver l’essence de ce qui fut rejeté, lorsque le sang envahissait les mains, le néant les pensées. L’appartenance déchire tous les irrésolus et tu deviens la seule condamnation que je puisse tolérer, entre les draps froissés, contre la nacre d’un épiderme que l’on déjoue, sur tes idéaux trompeurs tous enterrés, enfouis, enfouis, en toi, en moi, tout à la fois. La nuit ouvre ses serres et les enfonce en nous, nous arrache ce cri qui profile l’agonie de deux corps qui s’abandonnent. Je ne t’ai jamais bercée aussi fort, mon amour, je n’ai jamais eu aussi peur de te voir disparaître, que le jour vienne rendre les infamies aussi hideuses qu’elles furent enchanteresses, le poison devenu l’acide dans les veines, le plaisir une seule douleur étirée jusque dans le creux des os, pour vomir cette union, vomir ce tout et le bannir. Rêver aux heures de l’aube ensevelir les ombres et les oublier dans un rire. Un rire faux. Un rire qui ne peut plus exister, car ce n’est plus qu’un râle exsangue, une respiration alanguie dans ton cou, un dévoilement qui coûte bien plus que l’on ne peut songer, les infinis impossibles à contenir dans un esprit qui cherche le vertige pour goûter à la chute. Bien malgré moi, je ferme mes yeux emplis de ce que tu donnas à mon avidité, laisse les couleurs et l’étoffe d’une confidence s’insérer jusqu’au parjure, m’emmener sur des rivages où tu règnes en maîtresse quelques heures avant que les remous de ma mémoire ne me blessent, ne te blessent à ton tour. Mes doigts s’impriment contre ta peau dans mon sommeil, cherchent à retenir tout ce que tu as su créer, désirent la perversité sans ses revers aux mâchoires garnies de crocs, les douceurs se dévorent, s’entremêlent à d’autres sensations qui font trembler l’être jusqu’à la déraison, quand il ne peut qu’aspirer au repos. Les révélations s’écroulent, se recomposent pour mieux tracer des armes qui s’enfoncent dans le sillage de nos plaisirs, la bête délivrée, ravie devant la laideur de sa comparse, se repaît d’un sentiment si violent qu’elle en abuse jusqu’à l’écoeurement, elle le rend confus, si proche de celui qui provoqua la mort et l’enfermement. Bientôt les fers recouvrent les liens tissés, saignent sur la peau, mes doigts ne sentent plus que le vide, l’abandon, et la honte. Ta silhouette s’affadit dans les cauchemars, et sans doute que nos corps endormis demeurent unis quand mon esprit ne reconnaît plus le tien. Les aspirations que tu délivrais dans tes soupirs chantent une musique entêtante désormais, les rôles s’échangent, et dans les replis torves d’images composites, l’ignoble se répète, et c’est ton cadavre au bas de l’escalier. Le tien, le sien, le vôtre, indiscernable monstre ensanglanté, avant que des iris aussi noires que les tiennes ne portent des questions qui affolent mon coeur, referment les chairs, renouent toutes les détestations. C’est ton innocence arrachée dans une jeunesse recomposée, ce sont tes cris et ta haine, ta peur, tes postures de femme, puis celles de ton agonie, encore, et encore. Tout se ternit, le sublime se déforme, s’étiole et se rompt, d’autres envies chassent le linceul, renouent avec toute l’immoralité apposée contre ma peau, par toi, nos mains s’entremêlent de nouveau, poisseuses de leur crime, et tes adorations se brisent dans des hurlements qui m’entêtent, me flattent, caressent le monstre qui se complaît tant dans la destruction. Soudain c’est le silence, le silence et la brûlure des néons, lueurs blafardes qui rendent nos visages trompeurs, morts. Morts. Je sombre une nouvelle fois, à déambuler dans des couloirs, à me tenir la tête contre des murs si hauts que je les sais à jamais arrimés à mon enveloppe, devenue si étroite que les draps du lit s’improvisent camisole. Je cherche la fuite, je ne trouve rien, carcanté par mes os qui s’enfoncent comme des entraves. Il n’y a plus que le bruit d’une boîte crânienne qui explose et quand le froid me réveille, les draps chassés de mon corps tremblant, je ne sais plus où je suis, je ne sais plus où je vais. Sa présence fait écho à une union morganatique, quand la tombe est si proche, les ombres menaçantes. Il y a son plaisir qui tournoie dans mon ventre, ma tête est pleine d’une déraison glacée qui ne s’accorde plus avec ce que j’ai su lui voler. Qu’elle me l’ait ainsi offert sonne faux, mes scénarios se réarrangent dans le clair-obscure d’un éveil embrumé, mes doigts frôlent mes lèvres froides, qu’elle a su embrasser, le marque d’une douceur à jamais consumée. Je ne sais plus la recevoir, et me lève dans ce désarroi brutal et frénétique, cherche la lumière d’un dehors encore endeuillé. Dans le reflet de la vitre, elle est là, silhouette dessinée par l’étoffe, immobile, et les regards fréquents que je reporte à l’image me rappellent ces oeillades remplies de terreur, une autre nuit, un autre soir, sous l’assaut d’une sidération que je suis incapable de subir. Elle s’installe pourtant, parcourt la nuque, échoit dans le creux des reins, et je renoue avec cette posture qui cherche à me protéger. Quand ça n’est plus possible, ça n’est plus possible. Elle s’entremêle à mes souvenirs, elle égraine un passé si prégnant qu’il m’étouffe, ce que j’ai su libérer en elle est là, contre la vitre, à me toiser dans le noir. Je me vois, mais je ne me reconnais pas, je plisse des paupières, peinant à comprendre le visage de ce garçon perdu, effrayé par ses propres besoins. Combien de temps, combien de temps dans la tourmente des heures qui s’érodaient dans un silence implacable ? Combien de temps. Si je la vois arriver, je ne la ressens pas, une part de mon essence s’est repliée, refermée, si loin, si profondément dans des limbes exécrables que les formes et les couleurs se teintent de grisaille. La brume est partout, ma voix si creuse, si lointaine. Je ne sais même pas pourquoi je parle quand je sais ne plus en avoir le droit. La caresse m’arrache un frisson, mes yeux reviennent à elle, détourent mais ne comprennent pas. Je sais pourtant qui elle est, je sais pourtant qui tu es. Mes doigts s’enfoncent plus profondément dans les muscles de mes jambes, quand le mot idolâtre me trouve, accompagné de mon prénom, musique chantante, musique troublante. Elle m’appelait comme ça. Toi aussi désormais. Et je murmure :
_ Qu’est-ce que ça veut dire… hein… Rien… Rien… Tout ? Est-ce que ça change tout ?
Je secoue la tête, encore un peu absent, la laissant déposer des offrandes comme l’on approcherait un animal blessé, que l’on doit apprivoiser. Mon timbre n’est pas agressif, il est perdu, comme prostré. Elle ne devrait pas être ici, elle n’était pas là quand il s’agissait de désespérer sur un banc, dans l’aube blafarde, si plein de cocaïne que j’ai failli crever, elle n’était pas là, et c’est toutefois tout ce que je souhaitais. Je l’ai appelée dans le noir.
_ Je t’ai appelée dans le noir… Dans le noir. Avant de venir ici. Parce que…
La tonalité est si basse, tandis que les échos de l’asile se confondent à mes dernières déraisons, cette mâtinée horrible où Alastair m’a ramassé tel un cadavre, tout juste bon à jeter aux chiens. La peau qu’elle frôle réagit, cesse de renier ce présent qui m’appelle, sous ses doigts, je reviens, je reviens peu à peu.
_ Je ne supporte pas le silence. Le silence qu’il y avait là-bas, tant de silence, si tu savais. Et il ne fallait pas parler. C’est ce qu’il m’a dit de faire. Il me l’a dit. Alors je n’ai rien dit, je n’ai rien dit. Pendant des mois. Tout ce silence, partout, partout. Et tu es dans le silence désormais. Tu y es à ton tour. Je n’aurais pas dû. Pas dû, non. Il y a trop de silence.
Ma main peine à ouvrir sa contracture, dénoue les blessures qu’elle inflige à mes chairs, se passe dans mes cheveux comme pour me ramener plus vite hors du néant qui m’accable. L’arrière de ma tête vient heurter le mur, réflexe névrotique, qui me secoue tout entier. Je ne comprends plus, je peine à voir, à me rendre compte, nos présences évanescentes, impalpables. Mes doigts viennent déchirer le voile, trembler autour de son visage, peindre ses traits à distance, comme si j’avais l’angoisse que le charme ne se rompe, ne se dissipe aussitôt :
_ Tu es là. Tu es là…
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() message posté Mar 30 Oct - 9:45 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
james & eleah

« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
La nuit, la nuit tout autour. A l’intérieur de lui. A l’intérieur de toi, mon amour. Une enveloppe de chairs noirâtres, qui t’enserre et te retient, qui te force à plonger tête en avant, pieds et poings liés, dans le formole immonde qui empêche la putréfaction des souvenirs depuis trop longtemps. Il les maintient là, en filigrane, en symétrie parfaite des sillages que tu traces. Ils te traquent, ces souvenirs, te rappellent, t’éloignent. Ils modifient les lueurs, y apposent leurs touches ténébreuses, t’entrainent loin, loin, si loin de moi. Mes pas se déroulent sur la moquette du sol, comme s’il fallait entrer et apprivoiser une scène nouvelle, qui ne m’appartient pas encore. Aller au-devant de ta tourmente, glisser sous les illusoires mascarades, les faire craqueler, et te trouver là, seul. Seul, recroquevillé au fond du monde. Seul, au cœur d’une blessure qui suppure et porte ses frimas jusqu’à la courbe de mon dos. Je ne tremble pas. Non, non, il ne faut pas. Il faut quelqu’un qui reste solide, quelqu’un aux plantes suffisamment fichées dans le sol pour rester droit, sans jamais perdre l’équilibre. Je suis prête à être cela pour toi cette nuit mon amour. Oublier le froid des terreurs qui me cisaillent, mettre de côté les relents de la haine pour me consacrer à ce que tu caches. Il y a une partie de moi, encore percluse d’instincts de fuite, qui craint de s’approcher pour mieux te savoir. Je ne suis pas sure, de vouloir connaître ces angoisses qui vont au-delà de ce que j’aurais pu imaginer. Je ne suis pas sure d’avoir la force de supporter les siennes après cela. D’être capable d’honorer le pacte qui me reliera toujours à lui quoique je fasse, et même après que tu auras fait imploser l’univers fragile dans lequel je m’étais enterrée. Je ne suis pas sure non … De rien. Surtout pas de moi, en ces étranges circonstances. Où la danse est encore au bout de mes doigts, où l’étreinte est toujours sur le fil de tes pas. Je ne peux pas reprendre ce que je t’ai donné ce soir, cette nuit, ces heures. Je ne veux pas non plus. Mais cela m’inquiète de devoir te céder sa place. Je ne suis pas totalement prête à le regarder partir, à lui tourner le dos pour t’offrir cet absolu que tu demandes, que je crains, qui sera notre fin peut-être. Je ne dis rien, l’inquiétude pour compagne, le calme dans mon corps alangui par la torpeur d’un sommeil auprès de toi. Mes regards s’apposent sur toi, dans le noir. Je m’aperçois à rebours que je me suis arrêtée, une intime seconde. Que je t’ai regardé avec plus d’insistance, voyant ce mal se déployer autour de toi en des ailes membraneuses. Et j’ai eu mal aussi. Mal de te voir ainsi, de craindre de te blesser davantage, même si je suis persuadée à présent que je ne pourrais jamais t’infliger un coup aussi rude que ceux qu’ils ont déjà porté sur ton corps, devenu frêle, devenu souffrant. Nargué par une mort qui te happe mais en même temps te rejette, dans toute la virulence d’une vie qui prend les atours d’une malédiction. Est-ce là la punition qu’ils t’ont imposée ? Vivre, vivre encore, vivre toujours. Sans répit, dans le noir de tes perditions au passé, au présent, au futur aussi. Sont-ce eux, qui ont déclaré un jour que c’était là le courroux que tu méritais ? ou est-ce toi seul qui t’impose ce mal qui te ronge ? Es-tu ton propre bourreau, mon amour ? Je m’approche un peu plus de toi, m’agenouille à la frontière de ta sphère. Je n’ose pas te toucher au début, comme si envahir ton espace sensible en cet instant, ce serait consentir à me damner entièrement. La pensée périclite dans mon esprit, me rend quelque peu confuse, alors que tu parles, alors que tes phrases rampent jusqu’à moi, cramponnent de leurs doigts osseux mes phalanges, et les entraînent jusqu’à toi. Il est trop tard pour songer échapper face à ce que tu caches, face à ces spectres informes et polymorphes à la fois, dont je sens la présence sans pour autant être capable d’entendre leurs voix, si ce n’est à travers toi. Puisque me damner totalement devient une évidence, je ne me relève pas. Tout au contraire, je me rapproche davantage, souffle des attentions prudentes sur ta peau blême, gratte du bout des ongles l’entrée de la prison sans fers où tu te tiens enfermé. Comme tu le fis la veille, cette autre nuit. Comme tu le fis pour moi.
« Cela ne veut pas dire autre chose que ce en quoi tu veux croire … »
Le murmure se délite contre ta peau. La mienne, entièrement nue, se couvre à intervalles réguliers de frissons. Quitter la sécurité des draps pour te trouver, pour te rejoindre, ce n’est pas si simple. Je devrais peut-être y retourner. Te laisser-là, attendre. Me dire que cela finira par passer, que tu finiras par me rejoindre. Ce serait facile, si simple, de croire en ces idées-là. Mais quoique j’en dise, je connais ce mal qui te ronge. C’est une comparse familière, qui me ramène à cette solitude née au cœur de l’enfance. Une solitude qui ne peut être guérie par l’ignorance. Te rejeter maintenant, me moquer de ton mal en faisant mine qu’il n’existe pas, ce serait pire que tout. Ce serait un poignard chauffé à blanc, logé entre tes côtes. Ce serait une injure qui anéantirait tous les rêves, toutes les harmonies que nous aurions pu construire. Cela ne te ramènerait pas vers moi, tout au contraire, ce serait l’arme naturelle qui te permettrait de me renier toute entière. Et je veux pas … Non je ne veux pas. Alors ce choix-là, je le fais. Je ne te le laisse pas. J’aurais pu partir, il y a longtemps déjà. Je ne l’ai pas fait. Je ne le ferais pas.
« Qui … Qui t’a dit de te taire ? »
Mon pouce trace une arabesque sur ta peau. Ma silhouette s’approche, se glisse en face de toi, à côté, en quinconce. La courbe de mes chevilles s’étend sous mes jambes repliées. Je ne veux pas que tu te taises. Pas cette nuit. Je ne veux pas que tu me laisses mourir dans ce silence que tu crains, que tu caches. Ce silence qui t’a tué, qui fut le pire des maux que l’on pouvait t’imposer. Qui ? Qui seulement a pu t’astreindre à cela ? Qui ? Est-ce que cela a de l’importance ? Pas avant, ni demain. Mais maintenant, oui. Maintenant, cela en a. Parce que je veux te protéger de ce mal, parce qu’il m’appartient un peu aussi, désormais. Cela ne peut plus être comme avant.
« Ne laisse pas ce silence te noyer … Tu n’es pas seul cette fois-ci. Je suis là … Je suis là dans le noir, avec toi. Je ne pars pas, tu m’entends ? »
L’une de mes paumes se pose sur le dos de ta main qui me cherche, qui ne semble pas parvenir à m’atteindre. Avec douceur, j’appose, j’impose. Le creux de ta paume, sur ma joue blanche. Pâleur contre l’albâtre qui se presse sur tes phalanges. Mon autre main s’aventure jusqu’à l’orée de ton visage, et avec une délicatesse infinie, qui jure avec toutes ces brutalités auxquelles nous avons su nous consumer, je te convoque, je te ramène.
« Je ne pars pas. Peu importe que le silence soit autour de nous … Ou même à l’intérieur. Il ne t’atteint pas. Parce que je suis là … Alors ne me laisse pas toute seule … Ne me condamne pas au silence ... Je suis là. »
La fermeté du timbre, qui pourtant ne sombre pas dans la virulence. Ne me laisse pas non, toute seule, loin, loin, si loin de toi. Dans un silence où je ne peux t’atteindre, où tu ne peux me rejoindre. Bravons-le ensemble, faisons de lui un amant de passage. Mais ne nous abandonnons nous pas à ses charmes trompeurs. Mes phalanges caressent les contours de ta tempe. Je te regarde, cherche à te voir, poursuis les lueurs changeantes et erratiques qui passent au-devant de tes prunelles confuses. Fou désespoir, contre lequel je ne peux rien. Rien à part être là, juste là, à côté de toi.


(c) DΛNDELION
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() message posté Sam 3 Nov - 18:38 par James M. Wilde


« Tu es mon toujours ou tu ne l'es pas
Tu es ce velours si doux sous mes doigts
Et ce détour qui n'en finit pas
Oui, ce détour qui n'en finit pas
Je voudrais que ce séjour dans tes bras
Que tes caresses ne s'arrêtent pas
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Ou tu es mon amour ou tu ne l'es pas »

Eleah
& James




La nuit, la nuit toujours. Et les relents irrévérencieux de ses cadavres, charriés dans une liberté effroyable au coeur de secondes que je décompte, au rythme des battements de cette vie qui s’accroche à ma peau. Combien de fois a-t-il fallu la vomir, la haïr, rêver la mort et ne jamais l’atteindre, continuer de la poursuivre toutefois dans une quête aux allures triviales. Combien de fois a-t-il fallu regarder la nuit mourir dans l’écrin de mes mains tremblantes avec pour seuls compagnons d’infortune ces remords que je ne pouvais trier ou comprendre, considérer vérité la torsion maligne de mes esprits corrompus. Mais depuis quelques semaines, quelques trop longues semaines, les images sont si claires, les écueils sont si vrais. Il y a au coeur de la nuit une illusion déçue et éventrée, la fuite irrésolue désormais que je sais. Je sais pertinemment ce que j’ai fait, mon crime est palpable, il me tourmente plus qu’il ne l’a jamais osé, parce que j’ai sans doute cessé de m’en prémunir au moment même où j’ai choisi d’écouter mes envies et mes pulsions, voulu détruire quelqu’un d’autre, exhumé le fantasme d’y être quasiment parvenu. Comme autrefois, c’est une sensation inavouable, impardonnable, que celle qui m’étreint en me tirant des limbes du sommeil. Il y a la peur, et le dégoût de soi, il y a également toute la jouissance d’un pouvoir que l’on a arraché à l’existence même, pour la ployer au crépuscule d’une relation. Ce même pouvoir que j’ai cherché si loin, dans la tête et dans le corps de mon si monstrueux amour, cette nuit, cette nuit encore. Avec toi, avec toi Eleah. Je l’ai voulu si fort, cette possessivité bestiale, cette hérésie consommée contre toi, grâce à toi. Tu m’as offert autant que tu as su quérir, et les sensations en partage m’étouffent, me ramènent à l’origine de la plus unique d’entre elles. La plus parfaite, celle qui m’a achevé, dans tout ce que cela peut porter de sens, irrémédiablement brisé par le parjure, irrémédiablement destiné à l’offense. Mes doigts se serrent sur tout ce que j’ai su perdre, sur tout ce que je crois détenir désormais, de toi, de moi ressuscité entre tes chairs. Et je ne sais quoi en faire, je ne sais plus quoi en faire. La liberté est trop grande, trop dangereuse, c’est comme désespérer de ne savoir respirer dans le vide, dans toute l’opacité de la nuit, quand il faudrait la boire, la boire jusqu’à la sentir s’assécher dans la plus implacable des avidités. La nuit. La nuit… Toutes les nuits avec toi, toutes celles qui suivront et qui excaveront ces ombres que tu traces, les tiennes, les miennes, de nouvelles que nous appelleront nôtres, sans cesser de brouiller une limite reniée depuis longtemps, sans cesser d’exiger l’incommensurable affront, celui qui nous achèvera encore. Encore une fois. La nuit où tu es née, celle où je suis devenu meurtrier, et celle qui nous laissera incomplets, estropiés, quand il faudra la subir à en hurler. Celle-là, peut-être. Celle-là surtout. Qui m’apparaît au coeur de l’irrespirable mémoire, inévitable, un augure qu’il faudra accomplir, l’un contre l’autre. Accomplir ce que j’avais pourtant juré de ne plus jamais laisser voir, ce que tu vois clairement, dans la toile de mes obscurités, dorénavant que tu les as senties à l’intérieur, envahir ton univers, percer tes secrets pour violenter les miens. Je me recroqueville sans doute plus encore que ta présence se façonne autour de moi, parce que j’ai appris jusque dans la douleur la plus infâme à me taire, à silencer ce que j’avais fait, ce qu’il m’en avait coûté, d’abord dans la pâleur de mon timbre aphone, puis dans ces diatribes assassines, toujours servies au fil acéré de l’ironie, pour que l’on ne puisse voir que la caricature et s’y tromper longtemps, haïr un masque pour ne jamais frémir devant ce qu’il fallait dissimuler. L’indécence de mon corps démuni, et mes esprits divaguants, me renvoient à d’autres murs, sentir le poids de ton regard peiné m’arrache des frissons qui cherchent à percer la torpeur, à conjurer ces silences, m’entendre parler est sans doute plus périlleux, mais laisse l'angoisse atténuée, distanciée par les mots qui s’élancent dans la suite qui me paraît si minuscule, trop resserrée sur mes doutes et mes heurts. La baie vitrée n’est pas celle de mon appartement, le paysage étranger qui s'étend au dehors n’a pas pour synonyme cette éternité que j’ai appris à appréhender. Avec la coke en tournée, parfois l’héroïne quand la distance devenait trop insoutenable. Le toucher de tes mains est un apaisement, un renfort à ces croyances qui m’échappent, indéchiffrables futurs que j’applique sur toi. Toi. Mais qui es-tu cette nuit ? Es-tu une nouvelle condamnation ? L’accomplissement qui me manque ? Ou bien celle qui achèvera le monstre pour lui donner enfin le droit de se délivrer dans la mort ? Car c’est bien cela, ce que les chaînes dissimulent, ce qu’il a fallu tisser pour souffrir sans avouer, le rempart à la facilité du suicide. C’est bien cela. Les questions filtrent dans la nuit, se distancent des tiennes, ta présence est à la fois fantasmée et douloureuse, j’ai l’idée que tu partiras, et toutes les contractures sous tes doigts caressants trahissent le contraire, l’envie que tu restes, que tu voies. Parce que c’est ce que tu as exigé non ? C’est ce que tu as exigé en te laissant faire, corrompre et prendre, en me laissant me glisser jusqu’à l’outrage, dérivant dans mes veines en retour, t’imprimant jusque dans mes illusions les plus crues, te rêvant sous mes mains créature capable d’affirmer la possessivité duelle, la seule qui puisse se dissimuler dans la plus trompeuse des libertés. Tu savais que je ne pourrais plus me dérober après cela. Tu voulais que je ne le fis pas. Alors tu restes, tu restes, pour savourer l’amertume de ce que je t’ai offert, la compassion en hommage à ces confidences qui me narguent, s’arrachent à moi dans un désordre irréel. La voix est sourde, si pleine de cette violence rentrée, gravé dans la haine la plus dure que je puisse vouer à quelqu’un. Parce que je voulais parler, alors, j’ai tant voulu parler, dire ce que j’avais fait. Je ne cessais de le répéter, en boucle, agenouillé devant son cadavre. Perdu, désoeuvré, je n’ai jamais été autant paumé que cette nuit-là, et je voulais qu’il me dise que tout allait s’arranger, je voulais tant qu’il m’étreigne, me rappelle à cette humanité que j’avais fissurée en lui ôtant la vie. Je voulais qu’il me voie comme son fils. Il m’a regardé comme un monstre. C’est à cet instant-là que je le suis réellement devenu.
_ Wyatt… Mon père. Mon père m’a dit de me taire. Puis de mentir. Mais je ne voulais pas mentir. Je ne pouvais pas prétendre ne pas être… être…
J’ai un frisson supplémentaire, et le terme est si ténu, si ténu lorsque tu t’agenouilles près de moi, comme pour me prier de parler :
_ Coupable. C’est ce que j’étais. C’est ce que j’avais fait. Alors je me suis muré dans le silence. Parce qu’elle était morte, tu comprends. Et il n’y avait plus rien. Plus rien. Rien...
Je ne me rends pas compte, de ce que je dis, de ce que je trahis ou laisse deviner, car la nuit irise des désirs qui se déchiffrent avec difficulté, je ne sais pas très bien s’il faut chercher le rejet, ou ce pardon que tu ne peux pas m’accorder. Peut-être que je ne souhaite que briser ce silence, ce silence que tu conjures en demeurant à mes côtés, parce que c’est vrai, tu es là. Tu es ici. Tu as toujours été dans les ténèbres quelque part, à m’attendre, je crois. Je crois. Sentir au coeur de ma folie ton visage se modeler à la moiteur de ma paume, c’est comme recevoir la brûlure du salut au creux des mains qui ont meurtri, brutalisé, tué aussi. Pourquoi parviens-tu à me toucher ? Lui ne l’a pas fait. Il ne m’a pas rejoint, et je suis resté là, à chialer. Je suis resté là, et j’ai attendu.
_ J’ai attendu si longtemps, si longtemps, que quelqu’un puisse comprendre. Puisse... Entendre. Mais qui voudrait... Qui pourrait... C'est normal. C'est normal. Pardonne-moi. Je sais qu'il ne faut pas que... que je le dise.
Lorsqu’elle me touche ainsi, lorsqu’elle me parle comme ça, je lui reviens, les ténèbres me portent et viennent se tisser à elle, perdue, perdue, tout à côté, si proche. Si proche mon amour. Elle m’appelle, sa voix me tance, me ramène jusqu’aux rivages que nous avons dessinés, arpentés côte-à-côte. Je ne lutte même pas. Et c’est la première fois que j’accepte, que j’accepte de ne pas abandonner dans la nuit ce que j’ai choisi de laisser voir. D'habitude je l'aurais laissée dans le noir, abandonnée à mes limbes, rejetée en la destituant aussitôt. Mon regard changeant se pose dans ses iris, et je la dévisage, ma main plus ferme sur sa joue, mon pouce dessine une caresse qui n’est plus hésitante. Je ne la destitue pas, je la place au rang de cette égale que j'ai crevé d'un jour croiser :
_ Personne n’a su voir, personne. Je ne partage aucune de mes nuits, parce que certaines sont comme ça. D'autres sont... Elles sont pires. Je ne les partage pas. Mais tu es là… Tu es là. Reste encore, s’il-te-plaît.
Ma posture se modèle pour l’accueillir, sa peau frissonnante, son épaule qui se love contre moi, sa tête dans le creux de mon cou. Reste encore. Comme la toute première fois. Parce que demain, plus rien de tout cela n’existera, il faudra redevenir un, séparer les chairs, revenir au silence à l’intérieur. Demain tu ne seras plus là, pas ainsi, pas aussi proche de ce qui me ravage. J’embrasse son front, une grâce aussi idolâtre que notre étreinte passée. Pardonne-moi de t'infliger ce qu'il ne faut pas dire. Mon amour, tu reposes contre moi, les yeux ouverts, et ton profil dessine ton reflet dans ce miroir onirique. Mes yeux ne cessent plus de t’observer, de te traquer, et mon coeur s’apaise étrangement de ce qu’il a su confier. Le battement est lent, il te dit de rester. De rester. Mon amour… Reste encore, reste. Regarde la nuit mourir à mes côtés.
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() message posté Dim 4 Nov - 17:28 par Eleah O'Dalaigh
ET CE DÉTOUR
QUI N'EN FINIT PAS
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« I'm gonna swing from the chandelier, I'm gonna live like tomorrow doesn't exist. Like it doesn't exist.  I'm gonna fly like a bird through the night, feel my tears as they dry, Keep my glass full until morning light, 'cause I'm just holding on for tonight. »
Loin de la cruauté des regards impies, loin de cette réalité coupable et victime à la fois, je suis près de toi … Près de toi, mon amour. Tu ne sais plus dissimuler le mal qui te ronge, la monstruosité en partage, se découpant dans le clair-obscur de la vitre close contre laquelle tu t’es replié. C’est beau … Beau. Beau et troublant à la fois. Parce que j’ai mal, j’ai mal avec toi, et je ne sais pas totalement pourquoi. La nuit renferme tant de ces mystères qui nous composent, de ces onirismes qui trahissent autant l’âpreté que la délicatesse de nos natures. Elles sont nées quelque part, dans la trivialité du sang et d’une violence qui sourde à l’intérieur. Être celui qui saigne, ou bien celui qui impose la blessure. Être le bourreau ou bien la victime, quelle importance ? Nous sommes les deux. Les deux reliés, tissés, métissés. J’aimerais pouvoir te dire que ce n’est pas grave, que tout ce mal qui te ronge finira bien par s’alanguir et passer sa route. Mais ce serait te mentir. Et tu le sais déjà. Alors à quoi bon, m’approcher de toi, glisser une empathie trop lourde sur tes épaules maigres ? ce sera un poids supplémentaire, à porter pour toi, quand tu t’es déjà condamné toi-même, forçat prisonnier d’un bagne que tu as élu pour domicile à l’instant même où il t’a dit de ne rien dire. De te taire. De purger ta peine invisible, dans la confusion d’un silence qui a rongé de toi chaque contour, chaque fibre, chaque parcelle. Que reste-t-il de toi que le silence n’ait pas encore atteint ? Que reste-t-il, derrière ta silhouette recroquevillée, qui n’ait pas été consumé ? Peut-être rien … Peut-être rien. Tout au contraire. Je ne sais pas. L’intimité se resserre autour de nous, souffreteuse, écrin pour la confidence qui s’avoue selon les règles de la confusion, du détail, de l’indicible. Je ne comprends pas tout. Il y a des morceaux de ton histoire qu’il manque encore, pour imbriquer correctement le puzzle. L’image est imparfaite, si floue, si floue encore. Mais cela me suffit … Ce flou est nécessaire je crois, pour nous maintenir … Toi, et moi. Pour demeurer dans l’équilibre qui est nôtre, où nous avons décidé d’élire domicile, ensemble, l’un contre l’autre. Tu ne dis pas tout, mais je comprends l’essentiel. La seule chose qui compte. Peut-être est-ce par pur égoïsme que je demeure à tes côtés. Curiosité malingre et triomphante, manipulatrice, qui parachève son œuvre en te regardant trembler dans le noir. C’est peut-être cela. Mais aurais-je si mal, s’il n’y avait rien d’autre ? Rien d’autre qu’une avidité malsaine et putride, pour tout ce que tu caches. Recueillir toutes tes démences, tous tes travers, pour mieux te les cracher au visage quand tu n’auras pas la force de riposter. Peut-être y aspires-tu. Que je t’achève. Que je te laisse là, tout seul, dans le noir. Tu n’aurais plus d’excuses alors, pour te relever, pour continuer, pour t’interdire de mourir. Ce serait si simple, si facile. Alors pourquoi je reste là ? Patience infinie, patience de fauve. J’entrevois l’essence de ce que tu es, et sans encore savoir pourquoi, cela me fascine. Je n’ai jamais vu jusqu’alors quelqu’un … Quelqu’un comme toi. Si semblable, et en même temps si distinct de moi. Car tu as précipité ta propre chute, quand il fomenta la mienne. C’est lui qui t’a maintenu la tête sous l’eau, quand je m’imposais moi-même une noyade dans le silence. Si différents … Et en même temps, à la fin, que reste-t-il ? Que reste-t-il si ce n’est le mal qui dévore, transforme et transfigure ? ce mal qui nous rend à des instincts contraires, souvent triviaux, de bêtes sauvages qui souffrent. Pas de la même manière peut-être, mais peut-on seulement mesurer la souffrance quand elle est éprouvée jusque dans l’âme ? Alors je rejette la parure de bourreau que j’aurais pu prendre à mon tour. Comme lui, comme ton père. Parce qu’elle est inutile. Tu es déjà condamné mon amour. Par toi, par lui … Cela suffit. C’est bien trop. J’ignore depuis combien de temps cela dure, si seulement cela pourra avoir une fin avant que tu décides de me quitter pour toujours. Ce qu’elle fut pour toi, ce qui précipita sa chute. Je ne sais rien de son âge, de ses allures, des élans de son caractère et de ce qui en elle te fascina au point d’en arriver à cette fracture-là. Je sais seulement que lorsque tu me regardes parfois, c’est elle que tu vois. Moins maintenant. Moins depuis que tu as su regarder au-delà. Mais je me souviens encore, des spectres dansant sur les traits de ton visage, quand tu m’entrevoyais durant les premières heures. Ces œillades qu’ils portent eux-aussi, tes amis de toujours, sur ma silhouette, comme si elle était là, à travers moi. Je ne veux pas savoir ce qu’elle fut, l’ancrer dans une temporalité qui ne me concerne pas. Tout ce que je sais, c’est qu’une partie de toi lui appartiendra toujours. Cette partie que tu lui concèdes, que tu crois lui devoir jusque dans la tombe. Peut-être est-ce vrai. Ou peut-être ne l’as-tu simplement jamais laissée s’en aller. Tu la maintiens, prisonnière dans la culpabilité de tes doigts. Tu la maintiens en vie, la regarde pourrir, à l’intérieur de toi. Et tu pourris avec elle mon amour … Tu te scléroses, tu t’imposes tous les maux auxquels il est possible de s’assujettir … Pourquoi ? Pour la garder-là, près de toi ? Est-ce là ta seule raison de vivre ? La condamnation que tu t’es infligé à perpétuité ? Libère-là. Libère-là. Laisse-là partir. Laisse-là rejoindre la quiétude de limbes dont tu ne feras plus partie, laisse-là vivre, loin de tout ce qui te taraude. J’aimerais te le dire. J’aimerais que tu la libères, pour demeurer avec moi. Que les fers s’envolent. Mais il est encore trop tôt. Tu ne m’entendrais pas. Tu es si têtu parfois mon amour. Tu préfèrerais sans doute me renier, moi qui vis, moi qui tremble, moi qui pleure, plutôt que de la libérer. Je comprends … Je comprends cela. Tu le sais je crois. Tu sais que pour moi aussi, ça n’est pas si simple. Qu’il fait partie de moi, autant qu’elle te compose.
« Combien de temps encore … Combien de temps vas-tu te condamner à ce silence qui peu à peu est en train de te tuer ? »
Cruauté de ce père. Cruauté infâme, et immonde. Je ne comprends pas, pourquoi il t’a imposé cela. Si c’est par faiblesse, par lâcheté. Ou bien par désespoir, face à une progéniture dont on a cessé d’entrevoir les mécanismes, et dans laquelle on ne reconnaît pas grand-chose de soi-même, ou au contraire, bien trop de similitudes. Qu’a-t-il vu en toi ce jour-là pour décider de braver ton besoin de parler pour t’abandonner au silence ? Je ne peux pas revenir sur ce qui a déjà laissé des traces au fer rouge, indélébiles. Je ne peux pas excuser ce que tu as fait, ni le condamner. Je ne sais rien des circonstances, de ce que tu étais alors. Et je ne veux pas savoir. Cela appartient à un autre âge. Je le sais, je le vois. Tu n’es plus totalement cet enfant, ce garçon, ce jeune homme peut-être, auquel ton père intima le silence. Celui que tu étais, je ne l’ai pas connu. C’est celui que tu es aujourd’hui que je soutiens … Que j’aime. Que j’aime je crois, oui. Même si ce mot, ce verbe, je le connais mal. Terriblement mal.
« Je ne suis pas venue prendre de toi ce qui m’arrange, et rejeter ce qui m’incommode. Le plus beau, le plus laid … Les harmonies les plus cruelles, et celles qui sont encore légères. Je ne veux pas que tu taises ce que tu as besoin de dire … Jamais. »
Même si ce n’est pas ce soir, même si tu en as déjà dit beaucoup. Je ne suis pas là pour juger tes actes passés. Alors je te touche, avec prudence. Mes doigts s’impriment à intervalles réguliers sur ta peau, convoquent de toi ce qu’il peut encore rester. Et tu me reviens, tu me reviens peu à peu. Cela me soulage, cela apaise la tension dans mes membres qui souffrent moins maintenant qu’ils te savent. Avec lenteur, je me glisse à tes côtés, garde ma paume dans le creux de l’un de tes genoux. Ma tête s’affaisse, repose doucement contre ton épaule. Un alanguissement qui va de paire avec le silence, avec cet assentiment mutique qui te réponds. Oui, je sais … je sais mon amour. Qu’il y aura de ces nuits sans fins, où il est impossible de s’évader des cauchemars. Où ils se prolongent, encore et encore et encore, jusqu’à laisser à moitié mort. Je sais que tu n’as pas l’habitude, de partager cela avec quelqu’un d’autre. Moi non plus tu sais … Moi non plus. Mais je t’ai laissé entrer la nuit dernière, et tu n’es pas parti. Tu as vu la souillure, tu te l’es appropriée du bout des doigts, à la sueur de nos fronts, de nos corps, de nos tourments convolant l’un contre l’autre. Tu es resté près de moi. Et loin de l’obligation de te rendre la pareille, je ne veux pas partir. Je ne veux pas être loin de la seule personne qui aura su me voir sans se révulser, sans faillir. Comme cette nuit-là, où tu m’avais recueilli entre tes bras, où tu m’avais prémuni de tous ces spectres alentours, je viens me loger dans la courbe de ta nuque. Mon nez trace une caresse sur la ligne de ta mâchoire. Il y a un silence, un silence trop long. Un calme qui s’insinue, dans ta chair, en prolongement de la mienne. Nous regardons l’obscurité l’un contre l’autre, nous enfermons en elle. Je sens le sommeil reprendre ses droits sur son corps, tout doucement, en prenant son temps. Je crois que j’ai fredonné, pour t’entrainer avec moi, te berçant contre moi, sur la ligne de mes doigts, à l’orée de ma voix :
« Over in Killarney, many years ago … My mother sang a song to me in tones so soft and low … Just a simple little ditty in her good old Irish way … And I'd give the world if I could hear that song of hers today … Too-ra-loo-ra-loo-ral … Too-ra-loo-ra-li … Too-ra-loo-ra-loo-ral  … Hush now, don't you cry. »
C’est ce qu’elle faisait … Autrefois.

***
« .. Je vais repasser à mon hôtel en attendant, histoire de me changer. C’est pas que je n’apprécie pas le côté monochrome de tes fringues mais … Il faut que je repasse au festival aussi … J’ai laissé mon sac hier, avec mon téléphone … Arthur va me tuer.  Tu m’as dit qu’on se rejoignait où tout à l’heure ? C’est avec quelle chaîne ton interview ? » demande-t-elle, les cheveux en bataille, penchée en avant pour enfiler ses chaussures. Enfin … une chaussure plutôt, l’autre étant aux abonnés absents.
Il y a comme un air de déjà vu, dans la scène qui se déroule. Cela ressemble aux échanges de la veille, si l’on ne s’en tient qu’aux vagues contours. Une chambre spacieuse et impersonnelle d’un hôtel grand luxe. Des draps froissés, rejetés dans tous les sens. Les témoignages de la nuit, qui jonchent le sol, et s’approprient des airs sur leurs figures marquées par la fatigue. Tout est là pour duper ceux qui ne veulent pas regarder correctement, mais eux … Eux, ils savent. Que cela ne pourra plus être totalement comme avant. Qu’ils ne peuvent plus feindre … Plus entièrement. Alors oui, il y a comme un air de déjà-vu. Mais cela n’a plus rien à voir, non, plus du tout.

(c) DΛNDELION
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