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But can you fake it, for just one more show? ( James + Ali )

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() message posté Dim 30 Sep - 21:12 par Alastair H. Pratt
Now I'm naked,
nothing but an animal

But can you fake it,
for just one more show?

And what do you want?
I want to change
And what have you got,
when you feel the same?

Even though I know,
I suppose I'll show
All my cool and cold,
like old job

James + Ali


Dix heures tapantes.

C’était le jour des poubelles. À la lumière du jour, Old Compton Street ressemblait à une vieille harpie blafarde et éreintée qui s’était affaissée sur ses propres excès. Les pigeons et les mouettes tournoyaient autour des sacs de plastiques pourpres et des cartons défoncés qui pullulaient sur les trottoirs. L’odeur subtile de la décomposition urbaine vous emplissait les narines. Les bruits de moteur des véhicules de services enterraient les brides de dialogue qu’on entendait, de l’autre côté de la rue. Les ordures des fêtards de la veille s’amoncelaient de ça et là, devant les portes closes des clubs de nuit, qui avait fait trembler le béton de la rue à peine quelques heures plus tôt. Les passants tentaient de contourner d’un pas pressé les employés de la voirie qui s’affairaient à ramasser tout ce grabuge avant que la horde de touristes ne franchissent de nouveau les grands murs parfaitement circulaires d’ivoire de Regent Street pour envahir Soho.

Debout sous l’enseigne éteinte du Viper Room, Alastair regardait d’un œil morne des employés se crier à la tête dans une langue incompréhensibles et décharger un camion de livraison de ses produits exotiques au coin de la rue, pour les emmener dans les ruelles étroites du Chinatown, vers un restaurant quelconque. Une matinée parmi tant d'autres dans ce quartier où tout se mélangeait. Les hommes d'affaires, les touristes, les amateurs de comédies musicales, les gays et les asiatiques. Avait-il déjà vu ce quartier sous la lumière crue du matin, avant que Wilde ne le force à se lever à des heures qu'aucun artiste ou oiseau de nuit digne de ce nom ne voit? Le jeune homme jeta un énième coup d’œil à son téléphone et maugréa un flot d’injures, en le remettant dans la poche de son beau veston de velours. Nerveusement, il réajusta le col de son T-shirt noir et fouilla de nouveau son veston, à la recherche de papier à rouler et du petit sac en plastique contenant son tabac. Rouler ses propres cigarettes lui occupait l’esprit et les mains.

Max ne viendrait pas. Il l’avait texté, tôt ce matin. Une excuse à la con. Une exposition spéciale à préparer au British Museum, un collègue malade. Un truc bidon du genre. Depuis quelque temps, Max était distant, il le sentait. Même au Lucky Star, il était parti à peine le show terminé, l'autre jour. Alastair ressortit son téléphone et relut le message de son meilleur ami. Mais que se passait-il avec Babyboy? C’était lui, non, qui avait décidé de présenter tout seul les Untitled au Viper Room. Lui! Et il se défilait maintenant? Alors que Wilde avait dit que ce matin était important pour eux? Depuis que Wilde lui avait parlé de ce type de la BBC, tout avait pris de l’importance. Tout. Il n’était pas sûr de comprendre. Non, il ne voulait pas comprendre. Il ne voulait pas vraiment savoir ce qui expliquait l'absence de Max. Pas maintenant.

Et puis, il était où, Wilde? Il ne s’était pas non plus pointé la veille et le pianiste avait attendu comme un imbécile pendant plus d’une heure, devant le studio d’enregistrement, alors que les examens de fins d’années battaient leur plein. Il n'avait pas vraiment revu Wilde depuis le show au Lucky Star. Le show au Lucky Star... Keynes lui manquait mais il n'avait pas le temps de le voir, ces jours-ci. Il se regarda dans le rétroviseur d’une voiture stationnée sur le trottoir. Il avait une mine à chier. Ses médicaments lui donnaient toujours la nausée, le matin. Et l'odeur ambiante n'aidaient pas. La chaleur non plus. Les cernes bleuissaient presque ses joues. Il avait passé ses dernières nuits entre la composition et ses putains d’études.

Ses putains d’études, oui. Pourquoi tenait-il tant à rafler tous les honneurs alors qu’il savait qu’il ne réinscrirait pas, pour Septembre?

Par orgueil. Pour faire taire toutes les sales langues qui ne manqueraient pas de clamer qu’il abandonnait ses études parce qu’il était trop sot ou trop gâté pour les finir. Qu’il choisissait encore la facilité pour se défiler alors qu’au fond, c’était la musique qui l’avait étreint.

Alastair soupira et lança un regard noir à l’ouvrier de la voirie qui le regardait faire les cent pas dans ses beaux habits, au travers des ordures. Était-ce comme ça qu’il finirait, s’il continuait ainsi? À ramasser la merde des autres?
Le doute. Toujours le doute…

Il lui envoya un doigt d’honneur sous l’hilarité des employés de la ville et humecta son papier à rouler sans faire davantage attention à son public improvisé. Le claquement du zippo fut enterré sous le vacarme de la rue.

Dix heures vingt. Et Wilde n’était toujours pas là.
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() message posté Ven 5 Oct - 17:29 par James M. Wilde

« Oui, tout ça me tourmente
Tout ça me tourmente un peu
La douleur m'éventre
Mais je ris dès que je peux
Tout ça me tourmente
Tout ça me tourmente un peu
Oui la mort me tente
Mais je vis faute de mieux »

Alistair
& James




C’était une erreur… Une erreur. De se risquer là-bas sur des territoires qui n’étaient pas les miens, territoires étrangers, qui m’ont volé plus d’espoirs que je ne pouvais en sauver. Braver l’atmosphère du Lucky Star, et la touche arrogante de son propriétaire, c’était déjà beaucoup. Mais évoquer plus encore de moi que je ne l’aurais voulu dans une conversation blafarde et presque dérangeante, c’était bien trop. Bien trop pour que la nuit ne s’infiltre pas dans mes poumons et dans ma tête au sortir de la boîte, esseulé, irascible et désavoué. J’en ai oublié les heures, j’en ai oublié l’aube, qui s’est étendue sur ma peau insomniaque, traînant encore sa déraison dans les limbes d’une ville tentaculaire. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas où je suis. Je crois que j’ai croisé du monde, je crois que j’ai suivi un groupe de connards à un certain moment, mais tout s’embrouille après cela, parce que j’ai trop bu, et la cocaïne rend ma nuque raide, mes pensées fourbes. Je me souviens de la nudité d’un corps, et d’un rire, d’un rire déformé. Qui me fait frissonner. Des images dansent dans une temporalité absconse, je ne parviens plus à les raccrocher à une réalité qui s’enfuit entre mes doigts tremblants. Je suis au bord de la Tamise, non loin de ce petit muret où nous étions assis, Eleah et moi, un jour lointain, un autre jour à accoler aux autres qui n’ont plus de sens, plus de raison. Pas aujourd’hui alors que mon humeur flanche, recouvre peu à peu tous les projets, tous les avenirs, pour les rendre noirâtres, incapable de survivre dans le pessimisme qui m’étreint. Qui m’étrangle. L’astre qui se lève ne fait qu’apposer d’autres ombres sur mon front. Aberdeen devient une destination fantasque et ridicule, une invitation qui m’irrite plus qu’elle ne me sied. La France, une contrée indescriptible, inabordable, la ville où elle a osé me convoquer tel un chien devient un tout autre univers, impossible à atteindre ou encore à convoiter. Je devrais la laisser là-bas, ne prendre l’avion ni pour l’un, ni pour l’autre, les abandonner au détour du chemin, tandis que les précipices se distinguent, au rythme de mon coeur qui saccade son dégoût. J’ai un haut le coeur, avachi sur un banc, à sonder l’eau dégueulasse, le ciel hideux. Les bruits de la circulation qui s’éveillent destinent à mes songes des atours monstrueux, la bête ne fait que me mordre, tente de me dévorer, je me sens imparfait au milieu du vacarme. J’aimerais tout voir brûler. Tout voir brûler. Mes comparses, la tournée, ma musique, ses grands yeux noirs, et ses chansons à lui. Son mal être qui tourbillonne en moi et finit par venir s’insinuer dans mes fureurs. Je prétendais la veille que tout ce qui importait, c’était lui, c’était Alastair, mais ce matin, non ce matin, je n’en suis plus très sûr. J’ai mal au ventre, et je suis en colère. L’affront qu’il me fit sur une scène concurrente m’est toujours aussi détestable, et j’ai beau ravaler l’argumentaire que j’ai servi à Nate, pour mieux accepter les couleuvres qui dévorent mes entrailles, en ce jour je me sens convoqué par d’autres idéaux. Quelle heure peut-il bien être ? 8h peut-être ? Comment a-t-il pu jouer ainsi sur la lame d’une fidélité que mon orgueil m’a interdit de mettre en exergue ? Comment a-t-il pu me faire ça ? Me faire ça à moi. Moi qui suis tout, et lui qui n’est strictement rien. Un insecte sur mon chemin. Une entité impropre, incapable, imparfaite. La tyrannie hurle, les idéaux blessés grondent, et la folie qui me nargue susurre d’autres images qui versent des humeurs assassines en mon sein. Je passe mes deux mains sur mon visage, je ne vais pas parvenir à bouger. Je vais rester là. Rester là. Oui là. Ici. Maintenant et à jamais. Quelle importance, qu’est-ce que ça peut bien me foutre, de laisser ma carcasse pourrir. Qu’il crève lui aussi, qu’il m’abandonne pour de bon, qu’il me délaisse comme il a déjà commencé à le faire. C’est tout ce qu’ils font. Tout ce qu’ils savent faire. 8h hein ? 9h désormais… Peut-être, peut-être. Je sonde mes mains grandes ouvertes et si vides, si vides. Je ne parviens pas à calmer ma respiration. Je devais aller quelque part la veille ? J’y suis allé ? Ce n’était pas au Lucky non… C’était ailleurs. J’avais promis quelque chose, je crois, je crois, je ne sais pas. Je me lève dans une posture chancelante, cherche mon paquet de clopes à tâtons mais j’ai dû le paumer quelque part. Quelque part. Je devais me rendre quelque part. Ce matin alors ? Non. Non. Qu’il se débrouille, enfant pervers, cupide, infidèle créature. J’ai un rire rauque, et la tête qui tourne une déraison implacable. Une moue indélicate se peint sur mes lèvres blêmes, et quand dans le hasard de mes déambulations je croise mon reflet sur les vitres d’un magasin, je peine à me reconnaître. J’ai mal. Mal au crâne, et je masse ma nuque à plusieurs reprises pour en chasser les tensions de la came, qui réclament, qui réclament. Sans cesser, la part de soumission d'un corps perclus de douleurs. Je tremble un peu, oscillation mécanique qui me ramène dans mon quartier, plus par habitude que dans un véritable but. Les quelques employés matinaux me bousculent, je ne regarde pas où je vais et quand je parviens aux alentours du Viper, je suis pire qu’une ombre fantomatique qui traine sur le trottoir. Je veux aller crever dans mon plumard, et rêver les buter. Tous. J’ai un mouvement de tête, attiré par une silhouette que je connais mais que je peine à identifier vu l’état dans lequel je suis. Bordel… Je plisse des yeux. Qu’est-ce qu’il fait là, l’enfant prodigue. Judas. Je trimballe un regard absent sur lui, mais la colère qui sourde durcit mon expression. J’arrive à sa hauteur avant de grogner, la voix cassé :
_ Qu’est-ce que tu fous ici, toi. Tu es venu ramper pour regagner mes faveurs ? C’est trop tard.
Mon ton est saccadé, vipérin. Il s’éloigne de cette ironie mesquine à laquelle je l’ai habitué, je suis déjà quelqu’un d’autre, prompt à blesser, prompt à tuer. Il n’y a plus d’amitié dans mes iris froides, plus de cet intérêt que je lui voue depuis que nous nous sommes rencontrés. Si mon regard est fixe, il s’y glisse une distance, une sorte de rejet.
_ Barre-toi, c’est ce que visiblement tu fais de mieux.
L’autre visage de mes attitudes changeantes… Celui qu’il n’a jamais subi, celui qu’il n’a pu que subodorer.
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() message posté Sam 6 Oct - 9:10 par Alastair H. Pratt
The world is a vampire, sent to drain
Secret destroyers, hold you up to the flames
And what do I get, for my pain?
Betrayed desires, and a piece of the game
James + Alastair




10h41

Le mégot de cigarette lui brûla les doigts, comme toujours. Le jeune homme porta la phalange de son majeur à ses lèvres pour tempérer l’écho de la douleur en pestant tout bas, conscient des employés municipaux qui causaient sans but et qui lui lançaient encore des regards hilares. Comme une bête de foire dans sa cage.

Comme un putain de pédé qui n’avait pas encore compris que son club gay n’allait ouvrir qu’au crépuscule. Oh! il les avait bien entendus, au travers du traffic! Ils hurlaient leurs petites basesses, de l’autre côté de la rue.

Un putain de pédé. Était-ce comme ça que les gens le percevait? Était-ce pour ça que Persée ne s'était même pas essayé de l'entrainer dans son lit? Ou Eleah? Alors qu'il avait tenté, tout le long de sa vie de dissimuler par tous les moyens ce côté de lui-même aux yeux du monde? Qu'est-ce que Nate, qui avait même bravé les coups de son père voyait, lorsqu'il retirait sa main de la sienne, quand un passant traversait Golden Square, en même temps qu'eux? Nate. Son... amant, disons l'avait texté trois fois la veille en lui demandant de passer au Lucky Star. Il avait répondu un peu vite. Il devait vraiment étudier. La vérité était qu' il devait finir cette putain de chanson. Pour jeter Wilde par terre. Pour lui faire regretter de l'avoir fait attendre.

Il voulut lancer un autre flot d’injures aux employés lorsqu’il vit une figure émaciée tourner le coin de Dean Street.

La vision était atroce, fantômatique, emblème de la même décrépitude qui jonchait les rues, devant eux. Elle avançait dans un brouillard seulement perçu d’elle-même, presque maintenue debout par une force surnaturelle. La coke. Ou son appel, peu importe. Non mais comment faisait-elle, cette ombre, pour contourner la fange devant elle?

Wilde. C’était Wilde, bien évidemment. Alastair renifla d’envie et de mépris, bien malgré lui. La coke. Juste à le regarder déambuler, ça se voyait. Il pouvait presque sentir la drogue dans ses propres veines, les décharges électriques de celle-ci le revigorer. Et l’abysse de son manque l’écraser par terre. Ses narines frémirent et ses doigts roulèrent du papier imaginaire. Il jeta son mégot au travers des détritus et transperça celui qu’il considérait secrètement comme son mentor et le spectre de son avenir d’un regard noir.

Un mec raisonnable se serait foutu un sourire bien placide sur ses lèvres, se serait avancé vers lui, lui aurait mis une claque dans le dos, avec un clin d’œil et lui aurait dit d’aller au pieu se reposer. Un mec raisonnable lui aurait dit que tout se reportait toujours. Au lendemain, à la semaine prochaine, au mois prochain, même. Parce qu’un type raisonnable se serait dit qu’il n’y avait foutrement rien à tirer d’un mec dans l’état de Wilde. Ni maintenant, ni jamais.

Mais un type raisonnable restait au lit au moindre rhume. Un type raisonnable acceptait son destin avec grâce. Un type raisonnable étudiait, bien sagement. Un type raisonnable ne passait pas ses nuits à composer, quitte à s’effondrer comme une poupée de chiffon, le lendemain. Un type raisonnable ne jouait pas de musique même s’il avait la main en sang. Un type raisonnable ne poussait pas son meilleur ami à bout.

Un type raisonnable n’acceptait pas que de purs inconnus lui paie un verre, en sachant très bien ce qu’ils avaient en tête, dans une ville étrangère où personne ne pouvait le protéger.

Un type raisonnable obéissait à son père.

Alastair sentit la nausée lui liquéfier les trippes. La trithérapie ne passait pas, le matin. Elle donnait un goût de cendre au petit déj’, un goût d’acide au café et l’envie de se rouler en boule dans son lit. À quoi bon prendre ces foutus médocs s’ils lui donnait envie de mourir, à peine l’aube arrivée? Le docteur Taylor disait que ça allait passer.
Fou. Tai. Ses.

L’odeur doucereuse de la mort qui émanait des ordures allait le faire gerber, il le savait. Il voulut s’avancer pour donner une réplique accerbe au retardataire mais s’arrêta net. Là, dans le regard de Wilde, dirigé droit vers lui, il n’y avait plus de cette étincelle à la fois curieuse et venimeuse qui l’avait enveloppé au cours des derniers mois. Il n’y avait plus cette empathie qu’il surprenait en silence, dans les iris bleus.

Alastair eut inconsciemment un mouvement de recul et perdit son souffle, quelques secondes, les yeux aggrandis par un instinct de survie.

Non, dans ce regard-là, il y avait de la haine, du mépris.
Du meurtre.

« Barre-toi, c’est ce que visiblement tu fais de mieux. »
C’était définitivement le jour des poubelles.
Le bassiste de son groupe allait le balancer là, Alastair le savait. Son meilleur pote, fatigué, voulait passer à autre chose. À des amitiés plus limpides, plus légères, plus commodes, plus enrichissantes sans doute qu’à un pauvre enfant trop gâté dont il fallait toujours ramasser la merde.

Et Wilde l’abandonnait là, sur le coin d’une rue morne, après lui avoir promis la gloire et de superbes ténèbres.

Le jeune homme se passa la main au visage et lança un coup d’oeil vers les ouvriers, public improvisé, qui les observaient, au loin. Où avait-il déjà vu ces regards gourmands de drame et de malaise? Il se souvenait vaguement de cette réception que ces parents avaient eu, avant que sa mère ne quitte Notting Hill pour de bon. Était-ce une réception d’anniversaire d’un de ces parents ou du Nouvel an? Quel âge avait-il? 4 ans? 5 ans? 7 ans? 11 ans, peut-être?  Il se voyait encore, attifé de son beau pyjama de Batman déjà trop petit pour lui, ses cheveux blonds tout ébouriffés, debout dans le grand salon, alors qu’il aurait dû dormir depuis des heures, au milieu de tous ces adultes dans leur tenue de soirée qui le voyaient comme un intrus. Il avait demandé du gâteau. Mais ce n’était qu’une excuse pour ne pas être seul dans sa chambre, d’être le centre de l’attention et d’être dans la cour des grands.

La cour des grands, ouais.

Et lorsqu’on lui avait refusé son putain de dessert à la con et qu’on lui avait dit d’aller au lit, il avait hurlé, hurlé et hurlé. Et cogné. Il s’était enraciné au plancher du salon et avait refusé de d'aller se coucher, malgré les cris de sa mère, les menaces et les tentatives désespérées de la nourrice de le faire bouger de là. Il en avait eu des bleus plein les bras. Était-ce pour ça que sa mère était partie à Aberdeen?

Alastair roula des épaules sans s’en rendre compte et croisa les bras sur sa poitrine, en s’accotant au mur extérieur du bar. Il sentit les racines de son âme défoncer le béton du trottoir, dans un instinct de survie sauvage. Il baissa la tête et renifla un autre coup, pour se charger de l’air morbide qui les imprégnait, tous les deux.
Pour se souvenir que s’il fléchissait, s’il laissait cette putain d’angoisse le gagner, il allait se retrouver dans cette rue. À trier les poubelles pour pouvoir survivre.

Il ne bougerait pas. Pas tant que Wilde ne le fasse entrer dans ce putain de bar. Pas tant que Wilde n’écoute la putain de composition sur laquelle il avait travaillé durant des nuits et des nuits, jusqu’à la perfection. Jusqu’à ce que Wilde garde son putain de sarcasme pour lui. Pas tant qu’elle ne serait pas enregistrée, cette putain de chanson. Comme un gage d’éternité. Pas tant qu’il ne verrait pas la putain de gueule de ce putain de Jonathan Perse de la BBC que Wilde lui avait fait miroiter.

Il ne bougerait pas.

Un sourire placide lui fendit les lèvres et il vomit un petit rire acide pour enterrer les blasphèmes que son mentor venait de lui jeter à la gueule. Il jeta un coup d'oeil à sa rolex, en exagérant ses airs exaspérés.

« Ramper? Trop tard? Trop tard?! Trop tard de quoi? Mais de QUOI tu parles, putain? C’est toi, qui est en retard. On devait pas parler de ce putain d’interview? Jonathan Perse. Tu m’en parles depuis des semaines, bordel. Je t’attends depuis quarante putain de minutes. Et je t’ai attendu hier au studio comme un con tout l’après-midi. On devait enregistrer, remember? Je t’ai appelé, je t’ai texté. J’ai appelé au bar, bordel et Kait’ ne savait pas où tu étais. Tu étais où, hein? Allez. Tu ouvres ce bar, avant qu'on ne crève tous les deux d'axphixie, avec cette puanteur? Bordel, tu tremble. Donnes tes clés, je vais le faire. Donnes-moi tes putains de clés, Wilde. »

Un ordre. Parce qu'il ne savait que parler comme ça, quand il paniquait. Parce qu'il ne voulait pas rester à la rue. Pas laisser tomber sa musique sur le pavé.
Est-ce que le tremblement et la note de terreur qui laissait sa voix plus rauque que de coutume s'entendait?

L’envie de tuer. Elle était toujours là, dans le bleu glacial des yeux du camé. Déterminée à l’ôter de son chemin, comme un parasite. Déterminée à l'écraser, à le réduire en bouillie. Les muscles crispés, l’angoisse au ventre le dos toujours écrasé au mur par la vague déferlante qui l’assaillaient, comme à une bouée de sauvetage. Ne pas détourner le regard.

Il ne fallait pas détourner le regard, même si tout son corps lui disait que courir.

Alastair avala sa salive.

« Non mais bordel… Tu t’es regardé là? Et c’est moi que tu accuses de fuite? Je te signale qu’on a été là, moi et le groupe, à tous les soirs où tu nous a booké. Que j’ai été là à chaque fucking fois où tu l’as demandé. Putain, j’ai composé toute la putain de nuit pour te donner le morceau que tu voulais. Et bordel, je t’ai invité à Aberdeen, non? Comme promis. Et je t’ai promis de tout laisser tomber. Non mais tu réalises que la réception, c’est au début du mois? Tu réalises ça? Tu réalises que j’ai plus rien, à la fin du mois? Et je suis encore là. Alors, me fais pas chier à me dire que je suis un lâche. Non mais toi, tu fuis quoi, Jamie, hein? Tu fuis quoi, comme ça? »
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() message posté Dim 7 Oct - 18:35 par James M. Wilde

« Oui, tout ça me tourmente
Tout ça me tourmente un peu
La douleur m'éventre
Mais je ris dès que je peux
Tout ça me tourmente
Tout ça me tourmente un peu
Oui la mort me tente
Mais je vis faute de mieux »

Alastair
& James




Dans les ombres grisâtres d'une journée funeste, persister à marcher, sans but aucun, dans les méandres de ma tête. J'ai mal partout parce que j'ai dû m’assoupir sur ce banc comme un clodo et que mes os souffrent de l’absence d'un luxe auquel ils sont habitués. Assoupi. Doux euphémisme… Je me suis sans doute évanoui parce que ma carcasse ne tient plus les excès que je lui inflige cette semaine. L’absence hurle une possessivité déjà malsaine, elle me manque, Eleah, elle me manque sans que je ne sache réellement formuler cette tyrannie qui s’insinue dans mes veines. Il y a une part de moi arrachée qui voyage quelque part dans les dénivelés qu’elle expérimente, un morceau d’âme qui se corrompt dans une autre existence que la mienne et c’est insupportable. Elle ne répond plus. Je ne prends aucune nouvelle, je m’effondre sur les projets ébauchés qui deviennent des leurres, des fantaisies de mon esprit trompeur qui crament déjà dans une indicible douleur les quelques rêves qui s'y arrimaient. Les rêves sont morts dans l’aube grise, les tremblements au bout des doigts ont tout effacé, les images et les idées. Parler de la tournée sans cesse me donne l’envie de me fondre dans le noir pour ne plus jamais en sortir, image glacée en pleine lumière sur des affiches racoleuses qui me rappellent ce que je serai incapable de supporter, ou de prétendre, dans la solitude de ma tête. Les garçons ne comprennent pas, que ça ne suffise pas. Que l’album ne soit pas assez pour moi, car ils ne savent pas. Ils ignorent ce qu’il a fallu blesser pour le concrétiser. La violence qu’il a fallu excaver. J'aimerais trouver une solution. J'aimerais qu’elle apparaisse soudain au détour de la rue embrumée. J'aimerais que quelqu'un se manifeste pour détromper mes présomptions malsaines, briser le sceau sous lequel j’étrangle un futur mort-né.

Il apparaît alors. Il apparaît. Silhouette malingre qui forme un miroir dérangeant à ma déchéance aggravée. Il apparaît dans ses atours sombres, sombres comme les miens, les traits dévastés par une angoisse latente quand il me dévisage. Et qu'il entrevoit la nature qui feule dans mes yeux, éructe par ma bouche. Nature bestiale déchaînée par la cocaïne et la déraison. J’espère que je n'ai sauté aucune fille cette nuit et que les flashs qui traînent sur ma rétine sont des héritages d’autres errances. Si je me suis perdu dans le noir, faites que ce ne soit avec personne… Car le visage de la créature qui brave les rues pleines d’ordures vomies par les déchaînements des noctambules n’est sans doute que le fantôme de celle qui m’habitait alors. Prière silencieuse qui ne fait qu'aiguiser tous mes crocs surtout lorsqu'il se dessine tout près de la devanture du Viper, couleurs sur fond argenté, spectacle enlaidi par mes yeux cernés et la journée d’automne qui sommeille encore. Quelque chose en moi s’enorgueillit de le voir reculer et un rictus malsain parcourt mes lèvres pour lui rappeler sa place. Inexistante. Qu'importe s'il apparaît quand j'en appelle à un sauvetage dans toute la peur qui gît sous la haine et qui me permet encore de marcher. Tant pis. Tant pis. Ça n’a aucun sens. Aucun. Il n’est déjà plus là. Il n'est pas là. C’est un leurre ou un songe enterré. Ça aurait pu marcher. Ça aurait pu, je crois oui. Je l'ai cru. Désormais je ne crois plus en rien, je ne vois que sa mimique apeurée, je ne sens que l’acide ronger mon estomac et l’envie de lui expliquer comment dégager de mon chemin avant que ne me vienne l’idée de le toucher, d’en venir aux mains, de détruire l’image qu’il me renvoie, les projets qu’il a su insinuer dans ma musique, et les quelques rires qu’il a su façonner dans ma gorge. Tout rejeter, tout renier, il devrait le savoir, je suis ainsi. C’est ce qu’ils disent, c’est ce qu’ils murmurent dans mon dos, ce qu’ils me crachent en pleine face lorsque leur vient ce drôle d’instinct combatif, aussi éculé que pathétique, qu’ils portent en étendard pour pourfendre celui dont ils ont si peur. C’est ce que je suis, l’hérésie au coeur, l’infidélité au bord des lèvres. Je t’ai déjà dévoré, je t’ai déjà dévoré, va-t'en, va-t'en je t’en prie. J’ai l’impression qu’il se décompose, et quelque chose s’écroule à l’intérieur, se navre d’imaginer les quelques idéaux à peine formalisés déchoir ainsi, rongés au vitriol de mes mots. L’air tranche, j’ai mal, j’ai mal partout. Je veux qu’il disparaisse, je ne veux pas qu’il puisse voir, je n’en ai pas envie, je n’en ai pas la force. Va-t'en, va-t'en, s’il-te-plaît. Je passe une main nerveuse sur mes bras pour en chasser les démangeaisons qui y courent, puis attends qu’il persiste dans ses réflexes soumis, qu’il s’efface devant moi, et m’oublie. Mais c’est tout sa silhouette qui se braque, face à la mienne qui peine tant à se maintenir dans l’élégance de ceux qui n’en peuvent plus de survivre. Le fil est mince, la chute n’est plus une hypothèse, elle devient absolue. Je sens tous mes muscles répondre à son impudence, c’est comme s’il me carcantait, qu’il cherchait par sa seule présence à maintenir ma tête hors de l’eau, contre ma volonté, et j’ai plus mal encore. J’ai un frisson qui court le long de mon échine, la nuque plus arrogante, mes allures de cadavre entièrement figées dans une détestation assumée. Mon souffle siffle entre mes dents serrées, j’ai déjà dépensé trop d’énergie à lui parler, je n’en peux plus de dire, d’exprimer ce qui ronge à l’intérieur. Il ne devrait pas être là, ça ne devrait pas être lui. Greg sait… C’est Greg qui me ramasse dans le caniveau, qui se laisse insulter, qui a le bon sens de ne rien répondre, et de me foutre dans un lit avant de s’enfuir pour oublier. La mort qui rôde, sur ma peau et dans ma voix. Ça n’a pas existé, ça n’a jamais existé, ça n’existe déjà plus. Alors pourquoi est-ce que c’est toujours là ? Dans son putain de regard, dans son sourire implacable et son rire alarmant. Il éructe maintenant, pire encore il demande des comptes, se met à donner des ordres et je peine à ne pas me décomposer. Tout résonne dans ma tête, les projets cherchent à survivre quand je souhaitais avec prégnance les enterrer. Jonathan Perse. Je ne sais plus qui c’est et pendant une très longue seconde, mes sourcils se froncent le temps que mes idées s’éclaircissent. Cette foutue interview, cette putain d’interview à laquelle je devais le préparer. Par l’Enfer, pas maintenant, plus jamais. Et hier c’était ça, oui, c’était ça, le studio, je devais aller au studio et je ne me suis pas pointé. Puis j’ai traîné ma hargne jusqu’au Lucky. Mais c’est fini tout ça, ça n’a plus d’importance, ça n’a plus d’importance, ça ne doit plus en avoir. Je le dévisage, la tête sur le côté, insupportable migraine qui me dévore et que je ne parviens pas à porter, ma joue frôle mon épaule, comme pour s’y reposer un instant, avant que je ne laisse la destruction me posséder, me porter à la place de cette raison enfuie, dans le creux de la nuit.
_ J’étais ailleurs, là où tu disparais toi aussi. Parfois. Parfois, tu y vas. Le concert était bien, il paraît. Oui, il paraît. Mais qu’est-ce qu’on s’en branle que ce soit bien hein ? Que le moment soit bon ? Bien. Bon. Platitudes informes. Pousse-toi. Pousse-toi. Je t’ai dit de te barrer. Ça ne m’intéresse pas. Ta musique. Ça ne m’a jamais intéressé. Je m’ennuyais. C’est… C’est tout… Putain, tu comprends ça hein ? C’est tout, c’est rien. Rien. Ça ne représente rien.
Je cherche à le contourner, l’idée même de le bousculer, bien que la virulence feule sous mon épiderme, me fait subodorer un contact que je ne pourrais souffrir. Impossible, pas comme ça. Pas quand je suis dans cet état. Alors je me tiens suffisamment loin. Je trifouille mes poches jusqu’à sortir les clefs de la porte de service, dans l’idée de rejoindre le penthouse par le couloir, et lorsque je les ai en main, mes doigts glacés ne savent plus comment les manipuler ou les insérer dans cette maudite serrure. Le métal crisse, et sous la chair, sous le crâne, c’est une disharmonie horrible. Je me crispe, puis me fige au moment où sa présence se matérialise de nouveau. Trop proche, bien trop proche, c’est son odeur, et ses mots, et toute son existence. Qui continue de me maintenir quand j’aimerais sombrer. Tout mon corps se rebelle, statufié, réflexes d’un autre âge, ma voix déformée murmure une mise en garde :
_ Ne m’approche pas. Ne m’approche pas. Pourquoi tu es encore là… Pourquoi ?!
J’ai refermé mon poing, les phalanges blêmes, sur les clefs qui mordent ma paume, et de peur qu’il ose ce geste qui déclencherait tout, et aussi sous le coup de la frustration de me voir incapable d’ouvrir la porte de chez moi, ce poing s’abat, en un bruit sourd, sur l’acier. Une douleur qui m’aide à demeurer les yeux ouverts. Tout ce que je crains, dans le jour blafard, l’extérieur harassant, se matérialise, et je me crispe plus encore. Mes iris changeant lui intiment de disparaître, l’angoisse y palpite, la colère y rugit. Pousse-toi, pousse-toi, pousse-toi. Je pose mon front sur le battant métallique de la porte, les clefs toujours dans ma main crispée, l’observant de biais, alors que la déferlante de ses mots me rappelle toutes les promesses tenues, que je n’ai toutefois pas honorées en retour. Et tous les sacrifices admis, qu’il se tient prêt à assumer jusqu’à l’aube de la déraison, juste parce que je l’y ai poussé. Misérable créature que j’ai traîné dans mon sillage, je réalise, oui. Je réalise que je t’ai laissé entrer dans ma vie, et je ne sais pourquoi. Pour te détruire, pour te former ? Pour te façonner à mon image ou bien t’en sauvegarder ? Pourquoi, pourquoi es-tu ici ? Pourquoi. Ne m’appelle pas comme ça. Ne m’appelle pas ainsi. Le surnom qui en temps normal me révulse, parce que personne ne l’ose si ce n’est Ella dans ses cajoleries, me fait fermer les yeux. C’est comme une entité que l’on rappellerait à la surface, celle qui devrait enchaîner l’animal, lui arracher les dents et lui rogner les griffes. Celui que je fus, que je suis parfois. Rarement. Jamais avec lui en tout cas. Mon ton s’effondre, devient presque plaintif, les mots s’échappent, suivent les lignes irrégulières d’une mémoire informe :
_ Personne ne m’appelle comme ça. Personne. Ma soeur, elle le faisait quand j’étais plus jeune. Pourquoi… Pourquoi t’es parti si loin, hein, pourquoi tu n’es plus là, Jamie. Pourquoi ? Et je ne lui répondais pas, tu sais, je ne lui répondais jamais. Qu’est-ce qu’il y a à dire ? Qu’est-ce que tu veux que je te dise, hein, le môme, qu’est-ce que tu veux de moi ? Ce que j’ai promis, c’est ça, c’est ça, oui. Mais il y a des soirs où tu t’évades, et tu sais quoi, j’ai compris, j’ai compris hier. Que c’était ce qu’il fallait. Que c’était mieux, bien mieux. Oui c’est mieux pour toi, plus simple. Alors pourquoi je n’y parviens pas hein ? À… À…
Mes prunelles deviennent distantes. À te lâcher complètement, à te repousser une bonne fois pour toutes. Mais je ne peux pas le lui dire, les mots se bloquent dans ma gorge. J’ai un rire saccadé, douloureux, cassé. J’ai toujours ma tête appuyée sur la porte, tout mon corps d’ailleurs, mon poing frappe encore, avec moins de conviction, comme si le Viper allait me laisser entrer, ravaler le monstre pour que personne ne puisse le voir ainsi, dans cette déchéance risible. Peut-être que des gens prennent des photos. Et que ce sera dans la presse à scandale bientôt. Et alors, et alors. Je suis si fatigué, si fatigué. Ce que je fuis hein… Ce que je fuis. Elle, toi. Tout. Et ces pensées qui me hantent, qui me tuent. J’aimerais tant que cela cesse.
_ J’aimerais juste que ça s’arrête. J’aimerais que ça s’arrête. Je n’y arriverai pas. Je ne vais pas y arriver. Non. À revenir. Je ne reviendrai pas de cette tournée-là. Alors j’aimerais que ça s’arrête avant, Alastair, j’aimerais. Avant que ça ne t’arrive aussi. Parce que c’est ce qu’il y a ici. C’est tout ce qu’il y a. Sous les promesses, sous mes envies. Tout ce qui gronde, et me dévore.
Mes doigts tremblants se déplient doucement et dans un geste fragile je lui confie les clefs, en prenant bien garde à ne pas le toucher, mon bras se rétracte aussitôt. Car c’est ce que tu verras, ce que tu subiras. En bien pire sans doute. Je me décale pour qu’il puisse ouvrir la porte, me recule, oscillant toujours dangereusement, alors que je passe une main brouillonne dans mes cheveux. Tout ce qui le menace et me menace aussi.
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() message posté Sam 13 Oct - 8:54 par Alastair H. Pratt

And what do I get,
for my pain?
Betrayed desires
and a piece of the game

And what do you want?
I want to change
And what have you got,
when you feel the same?

Despite of my rage
I am still a rat in a cage
Then someone will say
what is lost can never be saved
Bullet with Butterfly Wings - Smashing Pumpkins - James + Alastair

Jonathan Perse.

Cinq syllabes lâchées au coin du comptoir d’un bar, par une nuit embrumée. Cinq syllabes auxquelles il s’accrochait de toutes ses forces. Cinq syllabes qui l’avait déjà propulsé loin, très loin dans les dédales de son imagination. Dans un studio de la BBC One, assis sur un divan rouge à côté de Max, d’Erwan et de John et filmés sur un fond vert déguelasse qui capturerait, plus tard au montage, l’essence de la présence sur scène des Untitled. Avec un présentateur en costard, aux cheveux argentés et à la gueule suffisante qui parlerait de son dernier album devant des millions de téléspectateurs.

Cinq putains de syllabes qui ne voulaient rien dire, maintenant.

Dieu qu’il avait été con. Comment avait-il pu croire à ça? Une boutade sans doute lancée pour lui faire oublier un peu l’affront que les Wilde lui avait fait, à lui et lui seul, en éclipsant ses chansons à lui, pour éblouir le public volage du Viper Room avec leur putain de renommée déjà acquise. Pour lui faire une oublier le vide abrutissant du silence. Pour s’amuser sans doute, oui. Ou parce que l’ivresse de la scène faisait dire n’importe quoi. Pour chanter un espoir que tous les foutus paumés de ce monde recherchaient, en s’agglutinant autour d’une scène et d’un peu d’alcool. Il ne fallait jamais faire confiance à personne, dans un bar. Personne.

Il était ben placé pour savoir, non?

Des larmes de rage avaient même commencé à s’entremêler à ses cils alors que Wilde gueulait des insanités en pleine rue comme un ivrogne, en vacillant vers l’abîme. Est-ce que ce coup de poing lui était destiné? Sans doute. Et sans doute que si Wilde avait eu pleinement conscience de ce qu’il faisait, ils seraient là, tous les yeux, à se rouler dans la merde de Londres et dans le sang. Alastair ne bougea pas.

Ça ne m’intéresse pas. Ta musique. Ça ne m’a jamais intéressé. Je m’ennuyais. C’est… C’est tout… Putain, tu comprends ça hein ? C’est tout, c’est rien. Rien. Ça ne représente rien.


Des insanités. Ce n’étaient que de putains d’insanités. Ils le savaient tous les deux. De ce genre d’insanités qu’on hurlait à une ancienne flamme pour la faire fuir à toutes jambes avant qu’elle ne vous abandonne d’elle-même. Le genre de petites méchancetés bien lâches qu’il jetterait sans doute lui-même à la jolie gueule de Nate, dans quelques semaines lorsque celui-ci se trouverait enfin quelqu’un d’autre, pour pouvoir baiser et s’épanouir. Des insultes qu’il jetterait à Max dans quelques heures, quand le rouquin aurait les couilles de lui dire qu’il ne viendrait plus aux pratiques du groupe.

Des insanités qui avaient pourtant percé les failles de son armure. Alastair dut détourner la tête.

Manquerait plus qu’il te voit chialer, bordel.  


Qui fallait-il croire ou ne pas croire? La star triomphante et tyrannique qui promettait monts et merveilles ou la créature rampante qu’il avait sous les yeux?
Les deux, sans doute. Les deux.

Il renifla s’essuya les yeux et regarda la larme couler dans paume ouverte. Le manque de sommeil. Ce n’était que le putain de manque de sommeil, c’était tout. Et cette nausée qu’il allait bientôt répandre sur le bitume.

« Alors c’est donc ça. Tu fais la gueule. Tu fais la gueule parce qu’on s’est produit au Lucky Star, les gars et moi. C’est ça, le concert dont tu parle, hein? Est-ce qu'il faut aussi que je te rende des comptes sur qui que je baise ou pas? Il me semble que j’étais là, non, quand on s’est entendu sur ce que tu pouvais nous donner, au groupe? Un public vorace, de l’alcool à flot et les filles qu’on pouvait se taper. Je m’en souviens. Et nous, on te remplissait ta boîte sans avoir un foutu centime en retour. Et on l’a rempli à craquer, ta boîte. »

Il s’essuya la main sur son veston et essuya sa chaussure sur l’asphalte, comme on tente d’enlever une merde imaginaire. Il baissa la tête et haussa un sourcil et en pesant sur chaque syllabe, comme Wilde avait appuyé sur cinq des siennes. »

« Je me souviens pas qu’on ait eu le moindre contrat d’exclusivité, toi et moi. Ouais, je t’entends déjà là, tu vas me dire qu’il n’y a aucun contrat, entre toi et moi. Aucun. Tu me dois rien, je te dois rien et puis voilà. Je joue où je veux et toi, tu choisis qui monte sur ta scène ou pas. Hein? Tellement, tellement simple. Mais on sait, tous les deux qu’il n’y aura jamais plus rien de simple. »

Le pianiste leva la tête et l’accota sur le mur de brique. Pour poser son regard sur le camé qui se démenait toujours avec ses clés, au bord du gouffre.

« Si tu veux savoir, ouais, il était bien le concert, vraiment bien. On a joué une heure ou deux. Puis John s’est déniché une jolie pétasse rousse, à ce qu’il paraît. Erwan, je ne sais pas. Max est parti se coucher de bonne heure et moi, j’ai passé le reste de la nuit, je crois, à massacrer en duo des putains de covers sur scène avec un verre de scotch à la main. Pourquoi est-ce que j’ai besoin de te dire ça, Wilde? Pourquoi ai-je à me justifier de me détendre dans le bar à deux pas de chez moi, de temps à autre*? Pourquoi est-ce que le gérant du Lucky Star m’a texté toute la soirée pour me demander de passer, hier? Pourquoi t’es allé là-bas si ma musique ne te rejoignait pas, hein? Pourquoi ai-je toujours l’impression d’être une putain de poupée en chiffon qu’on s’arrache et qu’on veut garder pour soi, prisonnière, si je ne représente rien pour personne? Ne me prends pas pour un con, Jamie. »

Jamie. Le surnom avait fini par démolir ce qui restait de Wilde. Il s’était écroulé sur lui-même, comme un enfant blessé. Comme cet interview avec Jonathan Perse. Comme ces promesses qui ne verraient pas le jour. Du moins, pas aujourd’hui. Alastair s’essuya les yeux, ce picotement-là, qui menacait de faire fondre son masque. Avec prudence, il fit un pas et puis deux et cueillit les clefs que le musicien cédait, sur le point de s’évanouir.

« Je vais là-bas comme toi, tu rejoins ta petite fée, après les pires abîmes. Tu sais, celle qui te tend ses petites paumes fraîches en te disant de garder les yeux ouverts? Ça fait du bien un moment. Mais on sait tous les deux que ce sera jamais assez toi et moi, pas vrai? Jamais. Que même les étoiles, même les fées des bois ne parviendront jamais à effacer toute la merde qu’on a dans nos têtes. Toutes ces putains de voix qu’on a là, dans nos putains de caboches. Ta sœur qui te supplie et … et ces putains de macaronis, qui se demandent ce qu’ils vont faire de mon cul pendant que je suis paralysé. »

Le jeune homme avala sa salive. Pourquoi avait-il dit ça? Le camé ne s’en souviendrait plus de toute façon. Ces mots s’étaient probablement détruits à jamais dans l’esprit de Wilde au moment même d’être prononcés. Tout disparaitrait, dans les bras de Morphée. Il sourit avec tristesse.

« Et qu’il faut ça sorte pas vrai? Tout ce poison. Parce que ça s’arrêtera pas. Je ne sais pas si tu vas revenir de tournée. Je ne peux pas te le promettre. Mais là, tu reviens au moins chez toi, pour ce matin. C’est déjà ça. Je te fous au lit, mec. »

Le déclic du mécanisme de la serrure et le grincement de la porte leur accorda l’éphémère délivrance de la puanteur urbaine. Le Viper Room, désert, les accueillait dans ses ténèbres silencieuses. Le couloir de service, à gauche. Ou était-ce à droite? Peu importe, il trouverait.

La tour d’ivoire finit par se dévoiler, avec sa froideur moderne. Comment pouvait-on vivre dans un endroit aussi stérile et dénudé de chaleur et d’histoire? Alastair ne voulait pas savoir. L’épaule déjà endolorie par le poids mort de Wilde, il guida la carcasse chancelante vers son lit, encore tout habillée et la recouvrit de couvertures, en ignorant les injures devenues incompréhensibles de toute façon.

Combien de temps resta-t-il planté là, à ce demander quoi faire? Alastair ne savait pas. Une onde de nausée le sortit de sa transe et c’est presque sans scrupules qu’il déversa un mélange d’acide, de café et de médicaments dans le couloir. Il dirait à Wilde que c’était à lui de ramasser sa propre merde, il ne s’en rendrait même pas compte.

Il ne pouvait pas partir maintenant. Pas dans l’état dans lequel Wilde était encore. Il se souvenait trop bien de l’overdose de Pettigrew et des questions qu’on lui avait posé, après. Pourquoi êtes-vous parti, Monsieur Pratt, ce soir-là?

Non, il ne pouvait pas le laisser seul comme ça, ce camé de merde. Il s’affala sur le canapé et posa sa composition sur la table basse avec son téléphone portable dessus. La dernière chose qu’il vit, en fermant les yeux fut l’écran qui s’allumait. Nate s’inquiétait. Nate s’inquiétait toujours.

*La joueuse de Nate avait jusqu'à choisi l'adresse du Lucky Star. Et moi, j'avais établi qu'Alastair vivait sur Air Street, lors de la création du perso. Lors de mon voyage à Londres, je me suis amusé à faire le trajet à pied du petit bar jusqu'au domicile imaginaire d'Ali. 3 minutes à pied.
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() message posté Mar 23 Oct - 21:09 par James M. Wilde

« Oui, tout ça me tourmente
Tout ça me tourmente un peu
La douleur m'éventre
Mais je ris dès que je peux
Tout ça me tourmente
Tout ça me tourmente un peu
Oui la mort me tente
Mais je vis faute de mieux »

Alastair
& James




Cinq syllabes. Cinq syllabes dans l'éther, pour un rêve qui se désagrège dans le fiel et l'aigreur. J'ai l’impression que l’aube a arraché une partie de mon âme pour la laisser en lambeaux, prétendre devient impossible, la colère et la fatigue implacables. Je le dévisage pour lui donner les masques de l’absence. Cette absence que j’aimerais apposer sur sa vie et sur son front. Une absence qui nous verrait désunis, il ne serait plus débiteur, je n’attendrai plus rien de lui, la simplicité d'une froideur dessinée par une cruelle déception. Celle des lâches. Des lâches. J'ai si mal. Si mal ce matin. Ou bien était-ce hier ? Hier déjà… et avant. Et encore avant cela. L’infini d'une noirceur qui n’en peut plus de se contenir. Elle dégouline sur sa gueule pour lui donner des traits étrangers. Je ne le connais pas. Je ne le connais plus. Si seulement c’était vrai. Si seulement cela pouvait s’improviser au détour de mes phrases bancales et abruptes. Disparais. Disparais. Je t’en prie. Je ne peux pas faire face à la réalité. Pas aujourd'hui, pas maintenant. Les autres savent. Ils savent lorsqu'il faut me nier quelques heures ou quelques jours pour que mon existence atone puisse reparaître dans des parures plus appliquées. Mais tu ne t’en vas pas hein, tu ne t’en vas pas. Tu préfères regarder. Regarder et respirer de ces relents putrides que tu cherchais déjà lors de notre toute première rencontre, quand il s’agissait de nous affronter jusqu'à ce que l'un de nous ne s'écroule. Je me suis écroulé avant toi. Regarde. Regarde donc. Il n'y aura pas d’après, il n'y aura rien de ce que l'on a pu rêver. Car c’est trop difficile. Trop tard. Trop tard. J'aimerais qu'il disparaisse pour ne pas conserver cette image de moi, celle que tant de monde fantasme, mais que si peu connaissent en vérité. La difformité d'une créature infamante, cette intimité affreuse que je planque si jalousement. Sous le poids de mon ironie et d'une violence plus simples, qui me protègent et me laissent à l’écart. A l’écart. Il reste à l’écart, choqué par la perspective écroulée de nos efforts. Il reste là, à considérer le mensonge et l’outrage. Des pleurs perlent dans ses yeux sombres et je n'ai pas suffisamment de force pour ressentir une empathie effondrée dans le coin de ma mémoire. Au contraire, le monstre réclame la douleur pour entraver toute possibilité d'un lien singulier, dérangeant, symbolique. Ma respiration feule :
_ Va chialer ailleurs. Putain… Putain… Je suis pas ton père. Ni ton frère. Je suis personne pour toi. Et t’es… t’es… personne pour moi non plus.
Une flopée de mensonges qui tombent à mes pieds, des mensonges ébréchés, à la conviction aussi vacillante que ma silhouette. Ma voix s’éraille, la virulence du langage cherche à se glisser dans un corps trop malade pour le supporter. Les muscles se contractent, ne sont plus que douleurs insatiables. Mais il ne bouge pas. Il ne bouge pas. Un hurlement meurt sur le bord de mes lèvres tremblantes, c’est plus un râle pathétique qu'une injure. Il sait. Il sait… il connaît les astuces des faibles, les assauts des fuyards. Parce qu'il dessine les mêmes à l'intérieur de son corps qui meurt. Qui meurt comme le mien. Alastair. Tu peux encore partir, tu ne comprends pas ? Partir et survivre en dehors de ça. En dehors de moi. Sa tête se détourne et je ferme subrepticement les yeux pour chasser les vertiges et les nausées qui me manipulent. Ses argumentaires sortent en trombe de sa bouche, de l’information trop compacte pour que je ne l’analyse ou m’en défende. Mes épaules sont encore plus basses. Le poids de sa juste colère me voûte. Je ne peux qu'esquisser un rictus qui ne vaut pas celui plein d’arrogance que je distribue d’habitude. Celui-ci est plus destructeur, érodé par le temps, acéré par le dégoût. De moi. De moi.
_ J'en ai tellement rien à foutre… de ce que tu branles dans ton coin. Tu ne comprends pas. Tu ne comprends pas… Tu crois quoi, qu'il y a une entente entre… nous ? Une sorte de foutu contrat tacite ? Connard. J’attends de toi plus que des promesses. Plus… plus… Ce que tu donnes ne suffit pas. Ça ne suffira pas. J'attends plus. J'attends. Tout. J'attendais. Maintenant…
J'agite ma main d'albâtre comme pour le chasser du paysage. Les mots sont compliqués à sortir, à imaginer. Ils ne font pas long feu. Le passé rattrape le présent qui trahit encore tous mes espoirs envers lui. Il déjoue les arguments un à un et en tisse de plus denses, ceux qui continuent d'obscurcir mes iris. Ce plus que je quémande comme un chien. L’hérésie d'un triomphe dans les larmes et dans la tourmente. Il l’a peut-être compris bien avant moi. Que ce ne serait pas simple. Que ça ne serait jamais simple. Au moment même où quelque part je l’ai élu et traqué en exigeant de lui cette foutue chanson au fil d’une nuit de cauchemar. Le portant à des extrémités que quelqu'un de sensé n'aurait jamais tolérées. Mais je ne suis pas sensé. Mon silence porte l’éloquence de son affront et je le fusille du regard. Pourquoi. Pourquoi. Pourquoi hein ? Mes tremblements se font plus soutenus et je crie, en frappant cette porte de malheur qui ne reconnaît plus son maître.
_ Tu sais très bien pourquoi. Tu le sais ! Parce que je veux tout. Ton temps. Ta musique. Ta peine. Et ta putain de haine. Et t’arracher aux moments qui rendront le tout plus acceptable. Parce qu'il faut… il faut que ce soit insupportable. Insupportable. Ensemble. Ensemble. Pour qu'il reste quelque chose… autre chose…
Mes hurlements meurent dans la rue dégueulasse, se délitent lorsqu'il ose ce diminutif interdit qui ôte à ma colère tout ce qui savait la nourrir. Ma voix est si blanche après la stupeur, et mes délires sur ma pauvre sœur qui doit être sur les bancs de son université à cette heure filtrent malgré moi.
_ Je ne veux pas te garder pour moi. Je veux que tu deviennes… que tu deviennes qui tu dois être. Qui tu dois être. Il faut qu'il reste quelque chose hein ? Hein… parce que sinon tout est vain. Tout. Tes petits cachets multicolores, et la poudre. Et les cris. Et le mal. Tout le mal que l'on se fait. Je suis fatigué… je suis si fatigué…
Je lui cède mes clefs comme s'il s’agissait d'un trésor, dans un geste d’enfant apeuré et me recroqueville plus encore quand il évoque Eleah. Partie. Partie là-bas. Je ne sais pas. J’aimerais. J'aimerais qu'elle soit là. J'acquiesce, vaincu et concède tout bas, ébranlé par une révélation qui se grave, tombe comme une pierre dans mon estomac et me donne l’envie de gerber. :
_ Il n'y a rien… Rien qui puisse… Dissoudre l'horreur. Il faut… juste… l’immoler. Dans les notes. Les notes. Jusqu'à ce que l’horreur… nous tue.
Parce qu’elle nous tuera. Elle nous tuera. J'ai un pâle sourire en esquissant un geste presque tendre envers lui, qui demeure suspendu, comme pour effacer l’horreur de son front. Elle nous tuera mais pas encore. Pas encore n’est-ce pas ? Dis-le moi. Dis-le moi. Je comprends alors. Qu'il faut cesser de le repousser. C'est une révélation si abyssale qu’elle me laisse abruti contre le battant de la porte. Au contraire. Il faut qu'il vienne. Qu'il vienne avec moi. Voir l'horreur. Vivre la tyrannie. Les excès. Et la perdition. Il faut qu'il vienne en tournée avec moi. Le projet déchaîne ma respiration. Je le laisse m’emmener, convaincu par mes augures presque funestes. Comme si j'avais l’égoïsme de le condamner avec moi. Mais il est resté. Il est resté. Ça doit être comme ça. Le couloir étend ses ombres presque menaçantes qui courent sur le béton armé. J'appuie mollement sur le bouton de l’ascenseur qui m’est réservé et qui ne dessert que l’étage de mon penthouse, m'appuyant comme un poids mort sur lui, acceptant la proximité qui m'est si épidermique lorsqu'il s'agit de quelqu'un d’étranger. Mais ça n’est pas un étranger. Il est bien plus que cela. Maria a dû passer. Mon appartement clinique se dévoile dans toute sa fatuité : la baie vitrée s’ouvre sur la grisaille du temps automnal, qui tournoie ses mélodies sur la splendeur de la ville. La vue est imprenable ici. Parfois elle m’émeut mais c’est surtout la nuit que je l’apprécie. Aujourd’hui toute cette lumière m’éblouit et lorsque nous passons le seuil, je grogne comme un animal blessé. Ma gentille fée du logis n’a pas osé déranger ni mon alignement maladif, des tableaux, des éléments sur le bar, des clefs sur le guéridon, ni le bordel qui contraste cette dualité qui m’habite, autour du piano à queue, où il y a des feuilles éparses, mon étui monogrammé où le sachet de came clame mes abus, des suites d’harmoniques tracées au marqueur blanc, sur le vernis, qui s’effaceront un jour dans un mouvement rageur. Mes inspirations sont brouillonnes, mon univers effroyablement blanc, sans cloison, avec cette baie qui mange une partie du plafond. Il n’y a que de l’espace, de l’espace, une impression d’infini. D’infinie solitude aussi. Rien ne trahit que quelqu’un d’autre ici, partage mon intérieur, passe dans mon existence, hormis Greg mais qui ne se permet de laisser aucune affaire à lui, quand certaines de mes frusques gisent chez lui, dans cette chambre qui m’est attitrée. Sur la gauche de l’immense pièce à vivre, qui vaut la moitié de la salle du Viper, 30 étages plus bas, se distingue la cloison de la chambre, aux proportions effroyables elles aussi, avec ce grand lit qui se love tout contre la vitre, un lit fraîchement refait, qui serait apparu tout autant désordonné que mon piano si Maria ne s’était pas égarée jusqu’ici. Je souffle, presque incohérent, sentant l’appel des draps blêmes tenter cet évanouissement qui ne demande qu’à se parfaire :
_ Il faut verrouiller… la porte. La porte d’entrée. Il ne faut que personne. Personne. Personne vienne. Personne.
Je me laisse faire, je crois que de temps à autres je le réprimande, parce que j’ai mal, j’ai mal partout. Je demeure ensuite, presque absent, à répéter ce mot “personne”, dans une boucle névrotique. Personne ne doit me découvrir ainsi. Ils savent, ils savent… Quand c’est verrouillé. Qu’il ne faut pas rentrer. Le verrou du haut, il ne saura jamais. Je ne parviens pas à le lui dire. J’essaye de former des mots qui se terminent en frissons et me recroqueville sous la couette qu’il rabat sur moi, allant me nicher près de cet extérieur blindé par une vitre immaculée. Ma place. Toujours. Avec cette sensation d’infinie liberté. Si factice. Si factice. Je ne veux pas être enfermé. Je ne veux pas. Mes murmures sombrent dans un sommeil agité :
_ Je ne veux pas. Pas… Pas là-bas. Jamais.
Là-bas, cet ailleurs plein de mes terreurs, l’asile où on m’a enfermé. Mais je ne lui dirai pas. Je ne lui dirai pas. Car je n’en parle jamais, et ma mémoire s’ouvre sur d’autres cauchemars, qui m’emmènent très loin. Ils se mélangent, les siens, les miens, tout est abscons. Je crois entendre parler italien. Je dors, me révulse d’un mal qui m’étreint, me donne de la fièvre, puis ce froid glacé dans le ventre. Je rêve des aiguilles de l’héroïne. De ce que cela me ferait enfin. Cet apaisement trompeur que je ne tarderai pas à chercher si je continue à jouer avec une consommation débridée. Je ne l’entends pas gerber, ni se retirer dans le grand canapé de l’autre côté, je n’entends plus rien, je ne suis plus rien. Des heures durant. À me débattre avec des souvenirs qui m’arrachent certains gémissements. Des heures durant. Lorsque je rouvre un oeil abruti, il est tard. Il fait peut-être déjà nuit. Je peine à comprendre, où je suis. Un sursaut de panique me fait me redresser tandis que la tête me tourne et que je jure entre mes dents serrées. Bordel. Bordel de merde. J’hésite… Entre me lever et me laisser de nouveau entièrement sombrer. Mais ce que j’ai vu dans mon sommeil me donne des sueurs glacées. Tremblotant, je me drape dans la couette et avance à petits pas, tel un revenant, dont la superbe absente, laisse croire une déchéance aggravée.
_ Greg ?
La silhouette dans le canapé. C’est toujours sa silhouette dans le canapé. Et le ton de ma voix est presque doux. Doux et honteux sans doute. Avant que je ne me rappelle. Pas Greg. Lui. Lui. Oui, bien sûr. Lui. Qui doit venir en tournée avec moi. Il le faut. Il le doit. Ma résolution me donne la force d’avancer jusqu’à lui, je fous une sorte de coup de pied dans le canapé :
_ Oh. Debout les morts.
Mon humeur n’est pas massacrante, il y a une sorte de camaraderie dans ce geste-là. Mon nez se fronce, des airs outragés passent sur ma mine cave :
_ Qui a dégobillé sur la moquette ?
Une fausse question, j’ai l’air de m’en foutre très rapidement, car je hausse les épaules et mes yeux aussitôt se fixent sur la partition qui gît là, telle une preuve, sur la surface brillante de la table basse. Je contourne le canapé, toujours en traînant des pieds, penche un peu le haut du corps pour distinguer des accords, et des mots. Il est resté. Il est resté ici. Et je ne comprends pas pourquoi. Ou peut-être que je ne le sais que trop. Il y a des mots, des mots fragmentés. La substance d'un aveu, que je tais. Je ne sais plus ce que j'ai imaginé, ou non. Je sais qu'il a été massacré. Je sais que pour cela, il ne me dira pas non. Il partira avec moi. Il partira. Je le regarde un long moment, un très long moment, mes iris encore brillantes de fièvre.
_ Joue. Joue s’il-te-plaît. Emmène-moi un peu plus loin. Qu’ici. Et je t’emmènerai à mon tour. Parce que tu es encore là… Encore. Alors, je vais t’emmener avec moi.
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