"Fermeture" de London Calling
Après cinq années sur la toile, London Calling ferme ses portes. Toutes les infos par ici Break me out, set me free _ Eleah&James 2979874845 Break me out, set me free _ Eleah&James 1973890357


Break me out, set me free _ Eleah&James

James M. Wilde
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« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




Je me surprends à songer à un passé où tu n'avais aucune part, où nous étions distingués l'un de l'autre. Inconscients de ce qui ferait la fêlure, la rendant unique et terrifiante. Qui étais-tu alors ? Avais-tu le même sourire, et cette espièglerie manifeste ? Étais-tu aussi libre que tu ne le prétends ? Aurais-tu su me voir ou m'apprendre quand tout était changeant, incessantes brimades de mon corps et de mon esprit ? Étais-je différent de celui que je deviens pour toi, par toi ? Je me souviens… je me souviens désormais. Et je ne devrais pas. Je ne devrais pas.

Austin, Texas, Juin 2005


Au son des rangers qui martèlent le macadam de la rue, dans cette rythmique soutenue qui n’a pourtant aucun but, aucun frein, je regarde le jour qui décline et qui mordore cette ville étrangère. Les noms alentours, devenus familiers, les visages et les sons qui façonnent un quotidien composite. Cette fille qui évolue toujours avec ses stilettos et son petit haut rouge, qui dénude son ventre, ce livreur qui se gourre en permanence de ruelle, chevauchant le trottoir avec son scooter, comme s’il s’agissait de conquérir un territoire qu’il devrait connaître par coeur. Ce vieux monsieur, avec sa veste élimée, perdu entre ses airs de professeur évadé d’une époque déjà morte, et des accents de marginalité, une marginalité dont il ne veut pas, qu’il renie et qui lui colle aux basques comme une foutue maladie. Mes yeux bleus et intrusifs glissent sur son visage, dévoilent ses pensées qui cherchent à s’évader à chacun de ses souffles, je finis par esquisser un léger signe de la main, assez gracieux dans l’air qui nous relie. Nous nous disons bonjour parfois, mais je n’ai pas encore engagé la conversation, parce que les mots sont bloqués, comme les sons et les cris dans ma gorge. Ils se disent que je suis le junkie du quartier, avec ma gueule cave, mes iris absents, mes prunelles dilatées par une douleur constante. Les gens dits normaux se méfient de moi, les autres ont appris à savoir m’éviter, car m’adresser la parole finit souvent par un mépris glacial, ou par une violence détestable. Ils ont peur, ils ne comprennent pas, ils n’ont pas le temps de m’apprivoiser. Je reste cet anglais qui sort parfois et se pose sur un trottoir, clope en silence, toujours à la même heure, quand le crépuscule étend ses ailes trop lourdes sur la ville, avant de disparaître dans la nuit. Je ne sais plus quel jour on est, je ne sais quelques fois plus vraiment qui je suis, mon langage brisé, le silence dans ma tête, embrumé par la drogue et l’alcool. Je suis agressif, et renfrogné, même Greg et Ellis ne savent plus vraiment comment me côtoyer, car les non-dits deviennent infâmes, l’année de ma disparition leur a donné d’autres élans, d’autres habitudes, et notre exil les a décontenancés. Nous n’avons rien ici, nous avons tout abandonné dans notre fuite précipitée. Ne restent que quelques instruments entreposés dans notre appartement pourrave, de petits boulots minables pour bouffer, et puis cette nuit dont plus personne ne parle. Où j’ai failli la retrouver. La retrouver… Pendant quelques secondes, quelques si implacables secondes, j’ai su que j’y arriverai, que tout allait se silencer, à l’intérieur, se terminer ici, loin de notre pays, sans plus aucune carrière pour nous retenir, pour me retenir. Un échec, gravé sur un corps décharné, effondré sur la moquette. Puis Greg est arrivé, il est rentré plus tôt que prévu, et la douleur a poursuivi sa course, les notes aphones en cortège. J’ai gardé mes yeux ouverts sur une existence sans saveur, au rythme de mes pas incomplets, car il n’y a plus les siens pour accompagner mes errances. Je divague, une sorte de vertige remonte dans ma nuque, et je me retiens au mur, dans l’ombre, puis je tire sur mon t-shirt élimé, plus gris que noir désormais. La ceinture blanche tranche sur l’étoffe du jean, il y a encore une tâche de peinture, le seul travail que j’ai su trouver dernièrement. Peindre des murs, et imaginer le sang dégouliner sur un revêtement virginal. Mon téléphone sonne, et lorsque je le sors de ma poche, il m’échappe, rebondit sur le bord du trottoir avant de s’échouer pathétiquement dans le caniveau.
_ Putain…
Je jure entre mes dents serrées, et essaye d’oublier la douleur physique de mon corps en état de manque, les articulations paresseuses. Mes deux mains dans mes cheveux noirs, si noirs, chassent les frissons et la colère, si prête à éclater pour un détail aussi anodin qu’une maladresse. Mes mains devenue inutiles. Mes mains sont inutiles. Je n’entends plus rien, plus rien. La musique est exsangue. C’est au bout de la troisième sonnerie que je parviens à décrocher :
_ J’espère que c’est important.
L’agressivité est farouche, Greg respire difficilement, il tente de reprendre une sorte de contenance :
“Heu… Non, ça ne l’est pas, mais je me disais que… enfin…”
_ Accouche, bordel, ou ferme-la.
“On est à l’Atrium.”
_ Qu’est-ce que tu veux que ça me foute, Gregory, que vous soyez dans cette boîte proprette de merde, là.
“Je voulais juste te dire qu’on était là, tu sais, si tu… si tu nous cherchais.”
_ Je ne vous cherche pas. Je suis… Je suis. Je ne sais pas, lâche-moi un peu.
“Excuse-moi. Je ne voulais pas t’agacer.”
Sentir son ton s’effondrer peu à peu au fur et à mesure de notre conversation absurde et pourtant récurrente me rend une once d’humanité.
_ C’est pas… ce que je... Oh et puis merde. Ok. Merci de me l’avoir dit. Je passerai peut-être.
“D’accord. Il y a … Il y a de la bonne musique ce soir tu sais.”
Mes yeux se ferment violemment, je n’entends que le rythme des basses, en toile de fond. J’évite pertinemment de fréquenter l’Atrium justement parce que la musique y est mieux exposée qu’ailleurs, mieux choisie, et mise en valeur. J’évite d’y aller car j’ai encore plus mal là-bas qu’en plein silence. Je raccroche sans répondre, et reprends ma marche inutile, inutile. Rien. Rien. Rien. Bientôt je pousserai une porte au hasard, et je me laisserai dériver dans les ténèbres accueillantes, pour boire, dans ce silence infâme, ce silence implacable. Ce même silence qui règne dans notre appartement ridiculement petit, parce que j’y reste quand Greg et Ellis n’y sont pas, nous nous croisons seulement comme pour mieux oublier que j’ai absolument tout foutu en l’air. Notre carrière, notre amitié, et surtout tous nos rêves. Rien. Je marche, je marche, je ne sais plus vers quoi, et j’entends la fêlure dans la voix de Gregory, une fêlure immense, pleine de tristesse et de peur. Il a eu si peur, il a eu tellement peur. Je n’avais pas peur quant à moi, j’étais paisible. Avant qu’il n’arrive, j’allais bien. Enfin. Enfin… Je dérive une heure durant, avant de comprendre que bien malgré moi, dans l’inconscience de mes remords, je suis sur le seuil de l’Atrium, avec les videurs qui me regardent d’un mauvais oeil. Mais ils savent… Pas qui j’étais, ça non, personne ne nous connaît vraiment ici, mais à qui je suis affilié. Greg a la cote ici, et le sourire ravageur de Wells permet tous les passes-droits. Le fait qu’il bosse dans ce nightclub aussi, comme barman. Blondinet aux airs angéliques, il vendrait un verre de gin au Pape, et ses dons de manageur né lui octroient la bienveillance de tout le staff. C’est loin d’être mon cas, mais les deux videurs me laissent entrer sans trop renâcler. À peine le seuil passé, j’allume une Morley, la flamme du zippo brille subrepticement dans mes prunelles froides. Il avait raison, la musique est parfaite ce soir, et la douleur passe un cran, tandis que mes doigts suivent une ligne harmonique sur le tissu du jean, un réflexe ignoble qui m’enrage. Ma main tremble aussitôt, fumer devient délicat, et je longe les murs tel une ombre pour éviter que quiconque ne me bouscule, ne me touche par erreur. Je distingue bientôt la haute stature d’Ellis, qui a l’air en grande conversation avec une petite bande jeune et enthousiaste, que je ne connais pas. Austin a une jeunesse bariolée, écartelée entre les résidus d’un patriotisme caricatural, et des envies virulentes de s’en libérer. C’est Greg qui me voit en premier, et il me salue sans que je ne lui rende cette marque d’affection, demeurant fermé, borné dans mes allures ténébreuses. Il ne me demande pas comment je vais, c’est manifeste. Je me glisse entre les corps, ils me paraissent morts. Sans dire bonsoir à ce groupe babillard, je récupère le verre de mon ami, et en prends une large rasade comme si j’étais assoiffé. Je termine ma clope en silence, un silence de plomb, avant de poser une question d’une voix rauque :
_ C’est qui, tout ça ?
Le mépris, appuyé par un geste presque aristocratique, qui embrasse l'assistance, comme s’ils n’existaient pas. Que deux filles sur ma gauche puissent entendre la brutalité de cette question me laisse insensible. Wells tente de m’expliquer :
"Ils sont en stage. Un stage de danse en fait, tu imagines ? Qui croirait qu’il y a une vie culturelle à Austin hein ?"
Je hausse les épaules :
_ Parce que se tortiller sur scène, c’est de la culture ? Tu parles…
Je balance mon mégot dans le verre, encore un peu trop plein, la cendre se noie, mon amertume est sur mes lèvres. Tout ce qui tient de la scène m’est devenu épidermique, et les tentatives des garçons pour m’y intéresser, me redonner le goût d’un art qui m’habitait entièrement, se comptent par centaines depuis que nous sommes arrivés. Je croise un regard, un regard, deux yeux noirs. J’ai un frisson d’horreur, et mon visage se ferme complètement, ne laisse qu’une fracture dans les yeux, une once de violence, presque de haine et je rajoute, pour Greg, ou pour cette fille que je ne connais pas :
_ Tu as raison, fréquenter des danseuses, c’est toujours l’assurance de baiser à la fin de la soirée. Enfin si on aime les petites filles dociles.
Mon élégance coutumière mais alors que je parle de matières triviales, il y a comme un dégoût non dissimulé dans ma phrase, et ce même mépris à l’encontre de ces corps que je ne désire pas. Que je ne désire plus. Certainement pas ceux de ces femmes-enfants, bien éduqués, bien polis, des petits corps gentils, à la sensualité mesurée.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Dim 9 Déc - 21:25 par Eleah O'Dalaigh
BREAK ME OUT
SET ME FREE
james & eleah

« I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see »
L’air est doux ce soir. Il frôle les incandescences de son corps qui rêve, qui s’émancipe, qui se voit autre par le prisme d’une nuit sans lune, où les frasques des autres lui appartiennent enfin. C’est Jason qui a insisté pour qu’elle les accompagne, avec Mandy, sa copine du même âge qui pourrait facilement prétendre qu’elle a la vingtaine bien tassée avec la paire de seins qu’elle se trimballe. Pour Eleah c’est une autre histoire. Avec ses formes adulescentes, sa taille de naine, et ses styles auréolés de couleurs et d’imprimés floraux de lolita, ils se sont dit que ça ne serait pas de la tarte, de la faire passer ni vu ni connu devant le vigile de la boîte. Ils ont bien essayé de la convaincre de se tartiner de maquillage, de noircir un peu plus ses yeux, d’enfiler des talons pour paraître plus femme : mais rien à faire, elle n’a pas voulu entendre leurs recommandations, refusant d’avoir l’air d’une pute juste pour se trainer sur une piste de danse et aligner des verres de jus sans alcool. Alors il a fallu jouer d’une verve manipulatrice, la première fois. Jason s’en est sorti comme un chef. Il a sorti des arguments ravageurs, comme quoi ils feraient bien attention, ne la débauchant pas trop, lui interdisant l’accès au bar en veillant à ce qu’elle reste bien sage. C’est plus le fait qu’ils aient un oncle (ou un cousin d’un cousin) en commun qui a convaincu le vigil de le laisser rentrer à chaque fois, avec toute la petite bande. Un jour sur deux depuis le début du stage, il y a de ça une semaine, ils se retrouvent tous là, à l’Atrium. Le répertoire y est attirant, presque autant que les âmes qui viennent s’y égarer. De la couleur, des évasions. Des sens qui se déploient, des attirances irrépressibles pour ce monde de la nuit qu’elle connaît mal, voire presque pas. On est loin de la rigueur disciplinaire de l’académie. Des répétitions drastiques, en rangs serrés, cheveux relevés, tirés, épinglés. Il y a à Austin de ces libertés auxquelles elle ne goûte jamais d’habitude, tant le milieu dans lequel elle évolue est carcéral. Alors tout l’émerveille, tout la fascine. Il ne se passe pas une seconde sans qu’elle ait le besoin irrépressible de rire, de bouger, de faire corps avec l’air et l’évanescence des silhouettes qui se figent autour d’elle. Nappes de brumes, anonymes sans visages. Elle ne les connait pas mais elle les aime, chaque fois qu’ils la regardent, qu’ils ne reconnaissent rien de ce qu’ils ont déjà vu, qu’ils s’imaginent lui appartenir quand en réalité ses élans ont la durée de vie d’un papillon de nuit. Ils meurent, chaque fois qu’ils se fraient tous ensemble, ivres et grisés par la candeur de leur jeunesse frivole et indolente, un chemin jusqu’au lieu du stage dont ils se sont échappés, l’aube taciturne, venue les rattraper. Les journées sont parfois rudes après cela. Quand il faut astreindre le corps à des mécaniques répétées, qu’il faut ployer, rythmer, cadencer chaque mouvement. Mais rien dans ces perditions nocturnes ne saurait la fatiguer tant elle a soif de tout voir, de tout connaître, de tout entreprendre. La dernière fois qu’elle est venue, elle a regardé dans la délicatesse d’un silence deux silhouettes qui se mouvaient l’une contre l’autre, sur la piste de danse. Mouvements d’attirance, mouvements de séduction. Elle les a recroisés plus tard dans la nuit, alors qu’ils se modelaient l’un contre l’autre, sur l’arrière de la ruelle. Musique gutturale et fascinante, de leurs deux corps en quinconce. Elle les a observés un moment, dans le noir. Inctinct voyeur étrange, où elle s’est rappelé ses propres perditions. Pas si lointaine. Pas si anciennes. Le souffle lui a manqué : il a fallu rentrer, les laisser à l’intimité de leurs ébats nocturnes. Mais elle y songe parfois, elle se demande si elle les reverra se traquer tous deux, un autre soir, une autre nuit. Ou si cela n’était qu’une ivresse passagère, où l’on s’apprend assez pour ne pas avoir à se souvenir.
« Bon la liliputienne. J’te laisse rentrer, mais pas d’vague hein ? Tu te tiens sage, comme d’habitude.
- Oui bien sûr. C’est promis.
- Elle est toujours sage.
- Toujours. » entonne-t-elle, en cœur, avec Jason qui se plaît trop souvent à son goût à avoir des gestes tactiles à son égard, en posant ses doigts sur sa hanche, en s’arrogeant le droit de la soulever de terre quand ça lui chante, comme si elle n’était qu’une vulgaire poupée de chiffon.
Mandy a repéré depuis leur première soirée à l’Astrum un joli garçon, grand, brun, assez costaud pour que cela lui donne des idées qui n’ont rien d’adolescentes. Elle a réussi tant bien que mal à dégoter son prénom, en lui faisant ouvertement du gringue dès le premier soir. Il ne se doute pas qu’elle n’a pas encore dix-huit ans. Sa façon de parler pourrait la trahir pourtant, sa verve disant haut et fort « prépubère, prépubère, prépubère » mais son décolleté clame souvent en même temps « femme avec de grandes ouvertures d’esprit » (entre autres). Apparemment il n’est pas si facile à convaincre que cela. Peut-être qu’elle est déjà amoureuse. Après tout, ces choses-là vont si vite quand on n’en connait pas vraiment le sens. Mandy est new-yorkaise. Le monde de la nuit, elle le connaît. Eleah à côté passe pour une petite bourgeoise coincée et pudibonde, mais cela lui est égal. Ce qu’ils ignorent ne leur font pas de mal. Elle préfère garder l’indécence de ses pensées pour elle, en rire sous couvert de leurs regards, avec une malice toute singulière. Elle n’a repéré personne en particulier de son côté. A part peut-être le blondinet avec lequel traîne souvent le fameux Ellis, qui est parfois affairé derrière le bar. Elle aime assez son sourire, cette manière très décontractée avec laquelle il déploie des gestes sûrs. Elle le soupçonne d’avoir exercé une autre profession avant d’être devenu barman, où il lui fallait avoir des gestes sûrs et appliqués. Elle lui trouve des airs de surfeur californien, avec ses cheveux blonds mal peignés. Il lui plaît bien, il est plus âgé. Une fois elle l’a regardé lui servir un verre, avec un regard appuyé sur ses doigts, en les imaginant empoigner ses cheveux. Elle a essayé d’imaginer quelle pouvait être son odeur, et ne lui a au final pas dit grand-chose encore, déjà happées par d’autres tentations, incapable de se figer à une seule image quand tant d’autres attendaient qu’elle vienne les saisir. Elle ne refuse jamais une danse, ni même un verre. Ce soir ne fait pas exception.

Ce soir, l’ambiance est électrique. Elle a chaud, ses joues sont rouges. Trop rouges. Elle a un look très années 90, avec une robe trop courte à bretelles fines, à imprimé floral rouge et noir. Et des chaussures à plateformes noires, vernies, lacées par des rubans. Des chaussures qu’elle adore, avec lesquelles elle pourrait même dormir si seulement c’était chose raisonnable. Ça, et un petit ras de cou en velours noir, son chignon décoiffé qui se balance en haut de son crâne. Mandy est en train essayer un épi hirsute de sa frange : elle est désespérée face à son peu de manière, elle dont les boucles blondes trop laquées ne bougent pas d’un millimètre, même lorsqu’elle danse. Elles sont en train de rire en discutant. Non, de discuter en riant. La bribe d’une conversation venue d’ailleurs parvient à leurs oreilles. Mandy s’insurge : elle ne sait rien maquiller de ses émotions, avec cette éloquence et les grands airs que la jeunesse incombe.

« Il est gonflé celui-là. Mais quel connard. Avec sa tronche de croque-mort en plus. »

Mandy pousse de grands soupires mécontents, en levant le menton, un peu comme une autruche contrariée. D’y songer, Eleah étouffe un petit rire en mordillant sa lèvre inférieure. En même temps elle tâche de regarder par-dessus son épaule de qui elle parle, rencontre du regard la silhouette moribonde. Elle a un temps d’arrêt sur ses rangers. Elle adore les gars avec des rangers. Elle leur trouve un côté rock, et mauvais garçon. De quoi nourrir l’imaginaire fantasmé de ses soirées solitaires. Son regard remonte, suit la ligne de la jambe. Il est maigre, si maigre. Si elle devait lui sauter dessus, elle aurait peur de le casser. L’idée la fait sourire davantage, compense ses airs mal lunés. Elle hésite un instant. La perspective de lui répondre, de le déranger, juste un peu, l’amuse. Alors elle saisit l’avant bras de Mandy, et en passant à côté de lui, sa nuque pivote d’un quart dans sa direction.

« Hmm … Enfin toi, avec tes airs moribonds et ta silhouette malingre, même une petite fille docile, je ne suis pas certaine que tu réussisses à la satisfaire sans te casser en deux. » Elle affiche un sourire ostentatoire, en dévoilant une ligne de jolies petites dents toutes perlées. Son regard est ravageur, même si elle sent à l’intérieur la montée de l’adrénaline, les flammes qui rugissent dans son ventre et remontent jusqu’à ses tempes. Son cœur entreprend une cavalcade. Mandy pouffe de rire. Elle s’attend déjà à ce qu’il lui fasse ravaler sa répartie de gamine, mais en attendant, elle n’est pas peu fière d’avoir osé lui rabaisser le caquet. Dommage qu’il ne soit pas aussi attirant que blondinet. Dommage.




(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
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Les présences toutes indéchiffrables, des corps qui se pressent, brûlants de cette existence qu’ils consomment et consument. J’ai froid, j’ai si froid, pourtant les premières notes de l’été sont doucereuses, il y a déjà dans l’air un appel à ce repos estival, bientôt le bitume sera malmené par les rayons de l’astre, lumière blanche, éblouissante corolle qui rendra tous les décors très faux. Comme ici, dans cette boîte, où le clinquant se dispute avec un raffinement très trompeur. Du peu que je connaisse, des arrières cours et des recoins, il y a ici des relents aussi putrides qu’ailleurs, où l’on feule un plaisir sur le fil acéré de la musique, jusqu’à ce que la raison explose dans un râle. Les visages anonymes, je balade sur eux une indifférence que je ne maquille pas, et que je n’ai guère besoin d’usurper tant elle pose son emprise sur mes esprits malades. Plus aucune saveur, si ce n’est l’amertume de l’alcool, ce désir virulent qui dévore les chairs comme une maladie, les dévoie, les laisse poisseuses, incertaines. Je porte encore des marques de griffures sur mon bras, pas loin des cicatrices si neuves, trop neuves, laissées à jamais sur mes veines par l’héroïne. Le substitut est si maigre, aussi maigre que moi. Elle aime qu’on l’appelle Iris. Je crois que son vrai prénom c’est Maud et qu’elle le déteste. Moi j’essaye de ne pas avoir besoin de la nommer, je ne lui dis pas grand chose, je la croise dans des soirées et l’entraîne, où je la retrouve dans sa piaule dégueulasse, qu’elle loue dans un bouge où la prostitution n’est pas rare. C’est ce qu’elle est, une pute, mais il y a entre nous une sorte d’accord déviant, qui ne passe pas par le fric. Elle me pique de la came c’est tout. Je ne l’ai pas vu depuis des jours, depuis qu’elle m’a laissé ce petit souvenir fort décoratif. Eux ici sont trop propres, je détonne avec ma mine cave, et une blondasse bien lotie, dont le décolleté plongeant ne peut qu’attirer le regard, ne semble goûter ni ma présence, ni mon humeur. L’Atrium change de couleurs, le rose tapageur se trouble de lueurs bleutées, aussi froides que moi, détaille mon épiderme de cadavre et mes muscles jouent sous la peau blême, non pas parce ses soupirs excédés m’agacent réellement, mais plutôt parce qu’un importun s’est glissé dans mon dos et provoque des réactions de défense que je peine à contenir. Je comprends péniblement, pris dans une seconde d’angoisse, qu’il s’agit d’Ellis, et me détends aussitôt, comprenant qu’il s’est interposé entre moi et le flots de danseurs, pour éviter justement que je me fasse bousculer. Ellis sait qu’il vaut mieux éviter de trop me toucher, surtout quand j’en suis uniquement à mon premier verre. Il me tend d’ailleurs son gobelet, avec un léger sourire :
“A moins que tu ne préfères gober ton propre mégot…”
Je prends sa boisson en roulant des yeux, mais un rictus amusé montre mon consentement, il me tapote l’épaule, juste ce qu’il faut pour me dire silencieusement qu’il est content de me voir, ici et pas dans le théâtre de notre appartement. Gregory parle à un type, Jason j’imagine vu que c’est le prénom qu’il lui donne, tandis qu’Ellis trouve sans doute que le décolleté de la blonde mérite que l’on s’attarde par ici. Il a dû sentir sa contrariété de petite dinde en colère à dix miles à la ronde, et Marlowe est parfaitement doté de ce sens de l’à-propos qui permet de détendre n’importe quelle fille qui le branche. Pour preuve sa phrase de dragueur patenté :
“Et donc Mandy, tu dis que tu crèches à Midtown ? C'est classe... On connaît bien par là, tu te souviens, James ?”
Mon regard noir lui répond mieux que moi :
_ Non.
Je n’entends pas la suite, et coupe court à ce besoin de m’inclure dans des souvenirs qui m’étreignent et m’étouffent. Non, je ne me souviens pas de la tournée américaine, je ne m’en souviens pas. Je ne veux pas m’en souvenir. Je sais qu’il fait son possible pour me ramener à l’existence, mais tout mon être y répugne, je passe une main nerveuse dans mes cheveux, avant que les deux yeux noirs ne deviennent ce visage de poupée, ce sourire à l’ironie ravageuse, en plein dans mon champ de vision. La ressemblance m’interdit tout mouvement de recul, et pourtant tout mon corps se contracte, plus encore quand je comprends sa phrase, tandis qu’elle passe et virevolte dans sa robe d’été. Elle portait ce genre de robe. Ça me paraît être une éternité. Ma main de rapace se referme sur le bras de la brunette qui aurait sans doute gagné à se taire pour retenir son mouvement, éviter qu’elle ne s’en aille, croyant ne rien avoir à payer en retour de ses mots. Le rire de Mandy me hérisse le poil, mais c’est la rougeur de ma proie, sur les pommettes d’enfant, qui attire mon oeil agressif. Je sais que Gregory interrompt sa conversation, ayant noté le mouvement esquissé dans l’air, avec la rapidité des fauves. Il essaye d’ignorer ce qui se trame, reprend paresseusement sa phrase où il l’avait laissée :
“C’est que ma pause finit dans dix minutes je crois… Mais si tu veux, je peux te faire ce cocktail dont je te parlais la dernière fois, et puis aller faire les yeux doux au DJ pour qu’il passe Disturbed.”
J’ai toujours mon regard dans celui de la fille, ma main qui serre comme un étau, tandis que ma bouche esquisse un sourire qui n’en est pas un, il n’en a ni la valeur ni les attraits :
_ Si tu avais les nibards de ta copine, je me ferais un plaisir de te contredire.
J’abandonne ma prise avec la même brutalité, comme si je dénigrais son corps dans ce geste étudié, brûlé par l’épiderme trop chaud, si plein de vie, qui contraste avec la mort qui gît dans le mien. Mes yeux la détaillent avec la lenteur clinique des prédateurs, une lenteur qui suit la ligne de ses jambes, son cul que laisse deviner sa robe légère, tournée comme elle est, arrêtée dans son élan :
_ Une petite fille n’est pas difficile à satisfaire.
J’ai un grand sourire qui n’atteint pas mes yeux, avec de me détourner d’elle comme si elle n’existait pas, préférant aller prendre place à côté de Greg, nous dessinant tous deux appuyés contre le bar, son bar, tandis qu’il m’observe avec dans ses yeux clairs des sortes de remontrances muettes. Je sirote la fin de mon verre avant de le poser n’importe où, sur la surface déjà poisseuse :
_ Même toi tu pourrais y arriver, Gregory. Si tu as envie d'initier les enfants... Faut une sorte de vocation pour ça. Ça te connaît, les causes perdues.
Je me rallume une clope, recrache un nuage de fumée et de supériorité manifeste, qui tranche avec mon apparence négligée. Je ne cesse de l'attaquer ainsi, ne lui pardonnant pas cette contrition, cette foi presque aveugle, quand il s'agit de s'occuper de moi. Je ne suis pas dans un bon jour. Il fait la gueule et se renfrogne, blessé sans doute, puis me fait un doigt d’honneur en bonne et due forme, prétextant bientôt un retard dont personne ne lui tiendrait rigueur ici bas.
“Je croyais que cette boîte était… quoi déjà ? Ah oui. Une boîte proprette de merde. Je me demande pourquoi sa Seigneurerie vient s’y égarer. On y était particulièrement bien, avant que tu te pointes. Il y en a qui bossent je te rappelle, pour payer ce que tu oublies manifestement de bouffer.”
_ Pardon. Maman. File moi un Irish, vu que tu tiens tant à travailler.
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Eleah O'Dalaigh
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« I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see »
Les prunelles toisent, s’arriment à cette silhouette aux armes acérées, les contours furibonds et abruptes. Il y a une telle apathie qui se dégage de ses expressions, comme s’il était là, sans vraiment être présent pour autant. Perdu dans cet ailleurs qu’elle ne comprend pas, où refluent les odeurs pourrissantes des déceptions trop nombreuses et des rêves déchus. Il n’a pas l’air vieux pourtant. Il semble sans âge, avec son look d’adolescent un peu grunge et négligé, et sa langue vipérine de vieillard aigri qui croit s’être déjà lassé de tout alors qu’il lui reste du temps pour trainer sa carcasse. Elle ne comprend pas. Elle la voit pourtant, la fracture béante, qui suppure, qui suinte, qui transpire par tous les pores de sa peau blême. Peut-être est-elle suffisamment récente pour qu’elle le définisse encore. Qu’il n’y ait rien d’autre, à part ce désespoir terrible des parasites, qui survivent malgré tous leurs vains efforts pour réussir à crever. Son regard le caresse, le toise. Avec cet aplomb adulescent que la curiosité nourrit au-delà de la vexation, et de la désobligeance. Elle est tellement habituée aux remarques désobligeantes sur son physique de petite fille. Tiens toi plus droite encore que les autres, Eleah, sinon on a l’impression que tu es plus vite ratatinée. Et rentre le ventre, on dirait que tu te traînes encore des rondeurs de bébé, à ton âge. Lève la tête aussi, plus haut, oui le plus haut possible, pour donner à tes bras minuscules plus d’élan et de grâce. Ne sois pas si renfrognée voyons, ça n’est pas de ta faute, après tout, si la croissance ne t’a pas honorée de sa présence jusqu’à la poussée finale. S’est-elle arrêtée d’ailleurs ? As-tu été malade, à un moment donné ? Alors la défiance frise la lassitude. La lame aiguisée de sa langue, qu’elle s’attendait à recevoir avec toute la candeur de sa nature, se révèle piètre et décevante. Elle s’enorgueillit un peu en s’apercevant qu’il ne lui fait pas vraiment peur, avec ses airs moribonds et son phrasé qui touche plus au dédain et à la menace qu’aux aléas d’une conversation anodine. Dans son regard, elle perçoit cette opacité qui frise la haine sourde. Elle ne la comprend pas, elle ne la saisit pas. Pire encore, elle l’estime illégitime, percluse de cette gratuité ignoble qui fait s’étendre la cruauté sur ceux qui n’ont souvent rien demander. Alors ses petits pieds s’ancrent davantage dans le sol. Les rougeurs sur ses joues s’affadissent pour laisser place à une forme de considération absente. Il la retient dans son élan. Dans un réflexe entièrement primaire, son bras se raidit, sa main se resserre en un poing minuscule, mais virulent toutefois. Signe que l’animal, si chétif soit-il, est prêt à mordre. Les muscles façonnés par des années de travail depuis l’enfance durcissent sur ses doigts, affirment la solidité d’une nature farouche qui ne se perçoit pas à l’œil nu mais se devine dans le développé de la chair, douce et brutale à la fois, sous les doigts, sous la paume qui l’enserre, et vers laquelle son regard dérive.
« Le problème des cadavres, c’est qu’ils n’ont que de piètres exigences. Tout leur convient, surtout les abandons faciles. Vu qu’ils ne ressentent plus rien, ils se satisfont de pas grand chose. »
Elle le toise, ses yeux devenus noirs, allant de son regard à lui à sa main qu’il maintient toujours, autour de son avant-bras. Il finit par la libérer et quelque chose en elle se dérobe sous ses pas. Elle a parlé si spontanément, si gorgée d’une spontanéité assassine, qu’elle se souvient à peine de ce qu’il lui fallut convoquer pour avoir le cran de riposter de cette manière. Mandy ne rit plus à côté. Au contraire elle sourcille un peu, parce qu’elle ne sait pas exactement comment prendre la remarque de son amie. Mais elle se rassure très vite en se disant qu’elle plaisante, forcément. Qu’elle n’est pas du genre à traiter un inconnu de cadavre, comme ça, à jeun, sans aucune goutte d’alcool, alors qu’elle ne sait que sourire, rire, et arborer de ces expressions trop adorables pour que cela ne soit pas agaçant parfois. Ses regards s’aimantent à sa silhouette, violent impunément la barrière de la décence. Il la reluquerait sans vergogne, passe encore. Mais là, c’est simplement la dégoulinure d’un mépris qui hérisse ses poils et la laisse furieuse. L’émotion grandit à l’intérieur de son ventre, se façonne tel un magma de feu. Une image passe au-devant de sa rétine, où elle voit de jeter sur lui comme une bête pour lui lacérer le visage avec ses ongles. A cette seule pensée elle raffermit un peu sa prise autour de l’avant-bras de Mandy, qui est à présent plus mal à l’aise qu’autre chose. Elle veut s’éloigner de cet individu qui serait susceptible de lui gâcher la soirée. Eleah le comprend. La réalité se rappelle à ses sens contrariés. Ainsi, pour la sauvegarde de leur dignité féminine à toutes deux, la spontanéité désinvolte de sa nature se réveille. Elle glisse une caresse sur le bras de son amie, complice, comme pour la rassurer sur ses intentions malignes.
« Peut-être bien. Mais en attendant, les petites filles, elles n’ont pas besoin de tes services. Ou des vôtres d’ailleurs. N’est-ce pas trésor ? »
Elle pivote sur elle-même, glisse une caresse sensuelle du bout de son index sur le bras de Mandy, bientôt remplacé par le souffle de ses lèvres, sur la pulpe de son épaule nue. Elle prend son temps pour remonter jusqu’en haut, glisse l’attention de son bras autour de sa taille et le tançant d’un regard désœuvré par-dessus le haut de son épaule.
« On se débrouille très bien toutes seules. Sans le secours des causes perdues. »
Elle lui lance un sourire carnassier, surprise au fond que Mandy n’ait ni été surprise, ni contrariée de son entreprise. Comme si elle s’y attendant un peu. En tout cas, Eleah la sent étonnement toute pantelante, sous ses doigts.
« On va danser ? Il n’y a que de la compagnie d’un ennui mortel ici. Et regarde-les, ils ne savent pas bouger quand on est pas là pour leur dire comment faire. » dit-elle en désignant Jason et le reste de la petite bande qui se tortiller sur la piste de danse.
Tortiller, c’est bien le mot. Aucune grâce ni souplesse dans leurs déhanchements solitaires, un peu fous, très furieux aussi. Il est temps pour elles deux d’apporter un peu de grâce et de frivolité féminine dans leurs rythmes saccadés.  Son attention se dérobe alors. Elle n’ajoute rien, enlace les doigts de son amie autour des siens pour l’entraîner sur la piste. Elle rit, parce qu’après coup elle se demande ce qui lui a pris, de réagir ainsi. Elle n’a pas peur des conséquences, elle n’y songe déjà plus, le corps endiablé par un élan de vie que l’adrénaline fait battre plus encore. Elle sautille, marque le rythme avec ses pointes, avec ses membres qui se délient un à un au rythme d’une chanson très rock qui bat la mesure. Ses hanches s’embrasent, glissent sur les contours invisibles de corps évanescents autour d’elle. La brûlure vient du dedans, s’expose dans cette jeunesse indécente, qui rit trop fort et danse avec trop peu de candeur. Jason essaie de la rejoindre. Il est plutôt habile lorsqu’il s’agit de se fondre derrière elle, même s’il a tendance à trop vouloir la toucher, si bien qu’elle y voit des entraves à ses propres mouvements. Elle n’a pas osé lui dire qu’elle aimait bien danser seule parfois, que cela lui donnait l’impression de fusionner toute entière avec la musique qui pulse jusque dans ses tempes. Mandy se dandine elle-aussi, avec cette grâce toute décalée qui la caractérise, parce qu’elle a une formation de danse contemporaine qui contraste totalement avec ses allures de bimbo. Elle se désespère un peu aussi, parce qu’elle se dit que la petite démonstration d’Eleah a dû griller toutes ses chances avec Ellis qui doit penser que ses allégeances vont aux corps féminins. Alors à un moment, toute lasse, elle va s’installer copieusement au bar, sous le faux prétexte que ses talons lui font mal aux pieds. Elle souffle fort, n’aime pas trop être en dehors du centre de l’attention. Ses regards caressants furètent jusqu’aux silhouettes sans encore se fixer sur une seule. Eleah, elle, continue de se mouvoir. Ivre un peu, ivre de cette gestuelle infinie qu’elle a envie de déployer, partout, dans les airs, dans les muscles qui l’entourent. La haute silhouette de Jason l’oppresse dans son dos. Elle voudrait qu’il la laisse un peu tranquille, qu’il lâche du lest. Mais il est ivre. Pas de la même ivresse toutefois. Elle le sent à travers son souffle qui vient de temps à autre chatouiller sa nuque, imbibé d’alcool. Cela la fait rire d’ailleurs, parce que vraiment, c’est une zone très sensible de son corps. Discrètement elle a des gestes qui visent à l’éloigner un peu, de temps en temps. Il finira bien par s’en rendre compte. Par comprendre aussi. L’éther solitaire, si peu prompt à se mêler à d’autres. Surtout lui.

(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
Break me out, set me free _ Eleah&James 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Lun 10 Déc - 20:53 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




Ses regards qui s'infiltrent pour mieux déterminer ce qui se trame sous mes chairs. Cette curiosité presque infantile, je ne la comprends pas, je ne la comprends plus. J'ai l'habitude que les gens ne me voient pas, m'ignorent tout bonnement, préférant ne pas s'infliger ces détails dont elle semble friande. Et je me sens désarmé sous le feu de ses yeux noirs, des yeux si semblables aux siens, où la naïveté embrasse une profondeur dérangeante, presque abyssale, comme s'il y avait des abîmes insoupçonnées sous la surface calme et maîtrisée. Une maîtrise qu'elle abandonne d'ailleurs l'espace d'un instant, où mes doigts sur ses muscles dénouent des contractures. L'étoffe est celle d'un instrument, l'influx d'une sensation et d'un contact que j'ai pourtant opérés et qui me laissent un sentiment de malaise, comme si la virulence de ses instincts s'étendait sous la pulpe, une harmonie terrible, qui cherche à tout ravager. A moins que je ne sois le seul à imaginer ces violences qui forment mon quotidien, et qu'elle ne dessine que le dégoût d'être ainsi saisie au vol par celui qu'elle surnomme cadavre. Une partie de moi, si moribonde et absente soit-elle, se délecte d'une bestialité qui s'esquisse, mes iris la détaillent avec une once d'intérêt, avant que cet intérêt ne se fracture, ne vienne se parer des oripeaux d'une distance qui n'a pour vocation que de me protéger. De tout le monde. Des inconnues comme elle et de ceux qui croyait si bien me lire autrefois. De tout le monde et de personne à la fois. L'amertume se plisse sur ma bouche et le timbre feule tout bas, une remarque qu'elle seule peut entendre :
_ Si seulement c'était vrai…
Se satisfaire de rien pour obstruer le vide et le néant. Imaginer ainsi, passer des jours et des nuits, le long de ces murs tous blancs, repeints avec une méticulosité terrible, pour reconnaître ceux de l'asile. Le blanc pour gommer tout le sang versé qui s'étend sur mes nuits et m'enferme dans une gangue que la musique même ne sait plus percer. Si seulement elle disait vrai, si seulement, alors je pourrais reposer dans l'oubli où l'on m'a condamné. Dans l'oubli et la honte, sans malmener mon corps, préférant encore la douleur constante, celle que je connais, plutôt que l'apathie la plus sourde. Ma tête se penche légèrement, tombant dans ses prunelles assassines sans même se garder de l'échange devenu furibond. Je la laisse s'en aller, sans doute pour éviter de sentir la brûlure d'un instinct qu'elle fiche en moi comme l'éclat d'un miroir qui me renvoie un passé décomposé, indéchiffrable. Où j'étais l'harmonie et les cris. La fièvre et les rêves. Nos rêves. Mon œil se ternit des résurgences que je repousse. J'ai froid. Mes bras nus se couvrent d'un frisson qui me répugne. L'échange ne se prolonge pas, il se brise dans une note très aigre, où je mens sur les chairs que j'imagine profaner. Je ne fréquente plus ces êtres qui savent vibrer d'autre chose que des sursauts d'une mort très lente. Si je m'arrime, c'est pour consumer des filles comme Iris, aussi bousillées que moi, mortes à l'intérieur, dont la jouissance exsangue répond à mes envies de destruction. Je les détruis plus encore, petit à petit, par ces assauts glacés qui n'ont plus rien de tendre, ces caresses qui sont telles des condamnations. Les filles comme cette petite mijaurée ne sont pas pour moi. Je ne peux prétendre ne pas la trouver attirante, plus encore quand elle se moque de moi dans des gestes langoureux envers sa copine si vulgaire. Mon visage se creuse de pensées très triviales, qui me laissent muet devant cette sensualité sans borne qu'elle semble capable de déployer quand plus rien chez moi ne peut s'émouvoir d'une délicatesse ou d'un plaisir enflammé. J'expire mon dédain, mais une dernière fois mes prunelles suivent son manège, à la dérobée, tandis que je me dirige vers le bar, cherchant dans mon pur malt une sorte de réconfort que je ne puis trouver. De temps à autres mes yeux suivent la masse difforme qui pulse dans le rythme effréné du rock que les amplis vomissent. Je vide le verre d'un trait pour garder intacte cette chape de plomb qui me coupe des notes qui pourtant cherchent des échos dans ma tête. Les gens se frôlent, les épidermes s'embrassent, transpirants leurs envies inavouables, leur déraison ignoble. C'est ainsi qu'ils bougeaient devant moi. A mes pieds. A mes pieds. Quand la scène ne me laissait que des envies de puissance qui ne savaient comment se verser. Où se confier. Un petit corps comme le sien, ça aurait été si parfait pour s'enivrer quelques heures, je suis sûr, certain désormais que ses allures d'enfants ne sont qu'une façade pour mieux déjouer l'animalité que j'ai sentie chanter sous mes doigts. J'observe ma main, étonné de la voir inchangée, cherchant presque le stigmate d'une brûlure, referme mes doigts sur le vide. Vide. Vide. Son bras si dur contre ma virulence. Je demande un autre verre que Gregory me remplit sans discuter. Quel intérêt de fréquenter un tel endroit si je ne peux pas picoler à l'oeil ? Les mots que j'essaye d'étrangler surnagent sur les vagues de l'alcool. Ils tombent dans mon estomac. La mort ambulante dont elle m'a décorée, que j'arbore déjà moins avec cette morgue facile désormais que son jugement fait écho à mes craintes les plus dissimulées. Finirais je ainsi ? Satisfait par le peu de frénésie que la cocaïne est encore capable de déclencher dans mes nerfs. Je gobe d'un air absent un comprimé d'oxycodone. C'est Ellis qui m'a ramené ça un jour, le dérivatif à l'héroïne, qui rend tout aussi accroc que le reste mais qui permet d'éviter les assauts d'une douleur implacable. Je sais que cette douleur me dicte d'aller la retrouver au milieu de la foule, de lui faire ravaler son petit sourire satisfait, et ses plaisirs adolescents qui se satisfont d'aussi peu qu'elle l'a si farouchement scandé. Mes yeux qui d'habitude ne trouvent d'intérêt à rien ni personne continuent de revenir à l'endroit de la piste légèrement dégagé où elle trace des aventures solitaires qui ont pourtant l'air effrénées. Joshua. Ou Jacob. Qu'importe son prénom. Son connard d'ami un peu épais la rejoint et l'oppresse bientôt. Je connais le langage des corps comme j'ai un jour su déchiffrer une partition, je vois ses réticences dans cette façon qu'elle a d'infléchir sa nuque quand elle se sent enfermée, sa manière de se protéger d'une arabesque tracée par sa main. Mandy n'a pas sa grâce, ni son plaisir et bientôt semble se lasser des pulsations d'une musique qu'elle ne ressent pas vraiment. Pas comme sa copine. Je me demande comment elle s'appelle. Qu'est-ce que ça pourrait bien m'apporter d'ailleurs de savoir son prénom ? Le balancement de ses hanches, ceux qu’elle frôle, ou embrase, les mains de Jake sur sa taille, l’allure de son front qui se donne au baiser d’un onirisme tentateur. Qu’est-ce que ça fait, qu’est-ce que ça fait. Rien. Rien. Si ce n’est l’amertume qui se change en acidité, le ventre qui se contracte d’alcool, de plaisir dénigré, et des cachets bien trop nombreux qui surnagent dans le monceau des souvenirs trop lourds. Un cadavre, un cadavre. Et cette musique partout, qui cherche à pénétrer, par la peau, par les oreilles, et par les yeux, parce que la musique la fascine et la façonne. Je devrais arrêter de la regarder, surtout que mon attention se resserre, contracte des pulsions qui m’accablent. Je n’aurais pas dû venir ici, j’aurais dû écouter tous mes instincts, rejoindre l’infamie dans le noir. L’approche de Mandy me fait fuir, je ne souhaite pas la croiser, ni échanger quoique ce soit avec elle, bien que j’ai qualifié ses attributs d’avenants, elle a de ces formes féminines, plantureuses, qui me déconcertent et aiguisent ma cruauté. J’ai l’envie de la traiter comme une pute, le seul rapport que je connaisse désormais, quand certains de mes rêves dépeignent encore les lignes d’un corps presque androgyne, si semblable au mien, dans lequel je savais me fondre, verser toute l’hérésie de ma nature, à chaque coup de reins. Avant que je ne sois destiné au caveau. Je crois qu’Ellis, qui cherchait à venir me parler, se voit bientôt assailli par la voix de cette garce qu’il semble trouver à son goût, il y a dans les intonations de sa voix cette douceur, cette franchise, une sorte de simplicité charmeuse qui m’est totalement étrangère. Je les abandonne à leur normalité, convient d’une ligne de fuite qui me fait de nouveau longer les murs, où la luxure glisse comme la plus éclatante des parures. Un couple baise là-bas, où ne tardera pas à le faire, dans les secrets d’une alcôve. La ligne de fuite s’infléchit en direction de cette impudente, peut-être parce que mes yeux continuent de la suivre, ou peut-être parce que ses pas ou la musique changent, tracent des évidences qui la poussent toujours plus à chercher ces territoires de solitude où l'iridescence de sa nature semble tant s’épanouir. Mes prunelles dévoient l’un de ses mouvements bien malgré moi, une envie sourde qui pulse avec la brutalité d’un interdit, sous les côtes, parce que sa nuque balance sur une tonalité que je peine à reconnaître d’abord, et qui fond sur moi avec la violence d’une mémoire exhumée. Je ferme un instant les yeux, pour les rouvrir, changés, dilatés, les harmoniques s’entrechoquent, les miennes, là-bas, par l’entremise des baffles, ma propre voix, et le riff de la guitare. Stockholm Syndrome. C’est pour ça… Pour ça que Gregory voulait tant que je passe ce soir. Pour ça qu’il m’a appelé, car un débile du staff a cru bon de passer notre musique. J’en sens toute la violence, j’en conçois tant de doutes et d’horreur que je me statufie sur place, tandis qu’on me bouscule, que l’on me pousse, dans la direction de cette fille, dont je deviens une sorte de satellite involontaire. La proximité de l’autre con me donne la nausée, particulièrement sur le refrain, si effroyable qu’il me rend à des instincts de survie presque létaux. J’ai l’impression qu’il la souille avec ses attentions malhabiles, les mots suivent le fil acéré d’un délire, elle se fond dans une identité qui n’est pas la sienne, je déteste qu’il la touche, la guitare continue de palpiter, des accords partout, sous la peau, et des flammes dans le ventre. Je crois que je vais me trouver mal, et je les hais. L’un et l’autre, Greg et Ellis, pour avoir élaboré un piège aussi grossier. J’aimerais m’enfuir mais il y a trop de corps, trop de présences alentours, et ma propre voix me rend sourd. Je le hais. Je le hais lui aussi. Celui que j’entends, celui que j’ai été alors, un jour, un jour… Je le hais. Alors pour mieux lui échapper, je violente la sphère de la femme-enfant, vient teinter de mes allures moribondes l’énergie qu’elle déploie, une présence très froide dans la fièvre qu’elle exalte. Je tremble un peu, de la glace dans les veines, plus encore depuis que mon passé vient me gifler ainsi, dans une rythmique affolante, harassante. Je finis par refluer tel cette condamnation à rebours, si près d’elle, trop près d’elle, les sueurs froides perlent sur mon front, les ombres me poursuivent, m’enserrent, à moins que je ne vienne les projeter sur elle, tandis que ma main l’éloigne de cet abruti, l’approche de moi, l’aimante à mon corps mort pour qu’elle en ressente cette violence, cette force si brutale qui refuse tant de crever. À chaque accord plaqué, à chaque sursaut, je connais tout par coeur, mes doigts attirent sa taille, avant de la lâcher, dans une sorte de caresse pour qu’elle reprenne sa liberté, respirant sa proximité comme l’on se nourrit de la vie elle-même, en croyant la dévorer, ou l’étrangler peut-être. J’oublie Jared, Jora, John, j’oublie tous les autres autour, trop proches, masse compacte qui me donne l’impression d’étouffer. La chaîne en argent, tout autour de mon cou, me semble entraver ma respiration, je tire dessus, mal à l’aise, les paupières fermées, avant de cesser de lutter. Lutter contre ce que j’ai un jour créé, et qui finira par être oublié. Tout comme moi. Tout comme elle. Tout comme toi. Je me laisse consumer, par ses parfums qui fusionnent si bien avec la fièvre de ce titre, la douleur me ravage, ma voix est si rauque à son oreille, tout près de sa nuque. La proximité est troublante, je ne la touche plus, j’interdis tout ce qui pourrait la rendre à une réalité qui me semble infamante, les mots deviennent proscrits, je m’entends à peine les prononcer :
_ Tu te trompes, petite fille, les cadavres sont plus avides que les vivants, car ils cherchent à subsister, à ressentir encore, n'importe quoi, qui puisse chasser ces ombres qui les dévorent. L'avidité, tu ne sais pas ce que c'est.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Mar 11 Déc - 17:14 par Eleah O'Dalaigh
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« I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see »
L’apathie s’avoue telle une meurtrissure qui va au-delà de la chair. Elle suppure par tous les pores, par chaque contour acéré de sa peau blême qui se tend sous l’épiderme trompeur. Eleah demeure interdite quelques secondes, face à ce murmure dépourvu des armes qu’elle s’attendait à le voir brandir. Il est là, si las. Comme emprunt de cette fatigue inéluctable qui tient ceux qui ne savent plus vivre, qui se contentent de traîner leur carcasse vide sur les sentiers où on les force à se traîner. Les soubresauts absents, les douleurs constantes, dans les membres, dans le cœur qui tremble et les nerfs qui s’affolent. Ses prunelles s’agrandissent un peu, toisent cet être qu’elle ne comprend pas mais qu’elle voit, dans une mutique seconde. Une forme de malaise la tance après cela. Un froid qui est passé, de lui à elle, à travers cette poigne de fer sur le grain de sa peau. Elle frissonne, cherche à se débarrasser de la glace de cet échange en s’enflammant sur la piste de danse. Créature duelle, où se chamaillent la contrariété d’émotions indicibles. Elle se force à ne pas regarder dans sa direction, à plonger dans cet ailleurs où sa langue vipérine n’existe pas. Elle y arrive peu à peu, au gré de l’ondulation de ses hanches de femme-enfant, sur la ligne folle de ses pas qui dansent. Le feu revient partout : dans son ventre, dans ses bras, jusqu’au bout de ses doigts. Elle l’arrache à ceux qui se consument autour d’elle, puise dans l’éther de ses comparses une énergie inextinguible. Son humeur s’épanouit de nouveau. Elle oublie la texture de ses doigts, la neutralité fatiguée et absente de ses regards incisifs, la lame de sa langue, les notes contraires de ses parfums où s’allient l’alcool, la clope et quelque chose d’autre, de plus typé, de plus musqué. Elle ne voit plus rien, les paupières volontairement closes. Pour mieux ressentir, pour mieux voir, cette musique qui gronde, qui se met à tonner à l’intérieur de sa chair et fait pulser son sang au même rythme qu’elle. Elle prend chaque variation avec la férocité d’un fauve, cherche à les indexer à son corps jusqu’à l’inflexion de ses phalanges. C’est si doux, si délicat, de se perdre ainsi. C’est la perdition qu’elle préfère, avant le sexe, avant l’alcool, avant tous les substituts du monde. Il faut dire qu’elle n’a pas connu grand-chose d’autre, si ce n’est des évasions faciles. Tout au plus une montée d’adrénaline, lorsqu’il l’avait rejointe à l’arrière de la scène, au milieu des décors de scène rangés, des costumes cintrés et des spots refroidis. La sensation de l’interdit dans le ventre, grisante et étouffante à la fois. Lui affolé par ses émotions, par cette attirance irrépressible qui l’avait fait poser sa main sur son épaule, en plein cours, une fois ou deux, avant qu’il ne s’égare à caresser son ventre, chaque fois qu’il pouvait lui dire d’améliorer sa posture. Il lui aurait décroché la lune si elle le lui avait demandé. Juste pour une évasion. Pour ce plaisir interdit qui se dérobe dans le noir, et dont la projection diurne pourrait tout ravager. Un mariage. Une famille. Un avenir. Il aurait pu tout balancer, tout. Alors qu’elle ne voulait rien de tout ce qu’il avait à offrir. Juste de l’adrénaline. L’idée malsaine de savoir que pendant un instant, il lui appartenait à elle, et elle seule. Qu’il consentait à se mettre en danger juste pour se lover dans la moiteur de ses cuisses juvéniles. Quel idiot. Quelle stupidité. Elle n’a jamais eu envie de réitérer l’expérience. Ça n’aurait plus eu la même spontanéité, la même saveur. Il n’aurait plus été le même. Il ne l’a plus été dès lors que rassasié et vide, il s’est dit pouvoir la projeter avec lui dans un futur insensé. Elle lui a broyé les ailes, avec son sourire ravageur, sa douceur d’enfant qui n’en a jamais été totalement une. Que croyait-il ? Qu’elle abandonnerait ses rêves de carrière pour ses beaux yeux et ses penchants à l’adultère ? Jamais. Eleah rouvre les yeux, sent la présence de Jason dans son dos. Il lui semble pataud, quand rien dans sa personne, si ce n’est sa jovialité peut-être, ne l’attire vraiment. Il n’est pas mauvais danseur pourtant, il se débrouille même plutôt bien. Son déhanché pourrait en faire pâlir plusieurs, et lorsqu’il n’est pas ivre, il a un sens du rythme indéniable. Mais ce soir … ce soir, elle rêve de cette solitude qui n’inclut personne. Elle veut danser sans les influences de quelqu’un d’autre, sans cette attirance illusoire qui suppure et se voit gangrénée par les affres de l’alcool. Jason est dans cet état d’esprit nébuleux qui le fait être oppressant quand il est d’habitude d’un naturel bon enfant. Ses envies sont impérieuses, se marquent sur l’écrin de sa peau qui se révolte à son contact, et s’efforce de le repousser avec des attentions polies, pour ne pas le brusquer, pour ne pas le vexer. Elle ne sait pas encore très bien dealer avec ces personnalités abruptes qui se révèlent dans l’ivresse. Dire non, de façon vindicative, cela créé toujours une fracture dangereuse. Elle n’en veut pas. Mais elle ne veut pas de lui non plus. Alors du bout des doigts, par des mouvements d’épaules, elle s’efforce de lui faire comprendre qu’elle n’est pas intéressée, qu’elle a besoin d’espace et d’air. Il ne l’entend pas. Il la cherche, il la happe. Ses doigts s’enfoncent dans la courbe de sa hanche, l’astreignent à une posture où son dos se retrouve collé contre son torse. L’audace fait glisser sa main sur son ventre, la laisse remonter jusque dans la courbe de son cou pour lui faire relever le menton, happer son visage, y imposer sa marque. Elle se rebiffe un peu, grimace d’insatisfaction. Par « chance » c’est le moment que choisit son anonyme moribond pour se placer dans l’orbite de leur sphère. Happée par lui, dérobée à la possessivité béate des attentions de Jason, ce dernier ouvre des yeux un peu bêtes et crédules lorsqu’il s’aperçoit qu’elle a changé impunément de partenaire. Qu’elle l’a laissé là, tout seul, comme un con. Il croit au départ qu’elle n’a pas fait exprès. Que c’est l’autre là, avec sa mine de croque-mort, qui la lui a piquée. Alors il s’insurge, fait les gros yeux. Il s’approche du drôle de duo qu’ils forment et pousse la silhouette longiligne au niveau de l’épaule.
« Dis donc, connard, t’as pas l’impression de m’avoir piqué ma copine ?
- Je ne suis la copine de personne. Répond Eleah de manière un peu trop abrupte et spontanée. Jason se renfrogne. Il n’est pas assez vindicatif pour aller jusqu’à se battre pour des bagatelles comme celle-ci.
- Et puis merde, fais c’que tu veux. Tu te démerderas pour rentrer. »
Il hausse les épaules, disparaît dans la foule alors que la musique est changeante. Un morceau qu’elle a déjà entendu mais qu’elle ne connaît pas par cœur, qui dans son souvenir passait plus souvent dans les soirées à Londres. Elle ne connait ni le titre, ni le groupe, mais la mélodie l’entraîne jusqu’à une forme de déraison qui lui fait tolérer sans broncher sa présence à ses côtés, autour d’elle, comme à l’intérieur aussi. Il s’arrime à son corps avec ce désespoir étrange, qu’elle reçoit sans en connaître les troubles. Tonalité de la perdition, d’une musique qui fait mal. Elle croit qu’il pourrait se briser, là, devant-elle, à tout instant. Et pour autant, il y a cette puissance déraisonnable qui sourde lorsque son corps la rejoint, les intensités mutiques, en partage, l’une contre l’autre. Il ne la presse pas contre lui, il la laisse libre de ses mouvements, du choix des identités qu’elle voudrait revêtir. Alors elle ne le rejette pas, tout au contraire, elle trace des arabesques autour de lui, danse devant sa silhouette malingre, sans le toucher, sans l’affliger à son tour. Pendant une courte seconde, elle a l’impression d’être une nymphe vaporeuse, qui enivre les malheureux partis à la dérive, et menace de disparaître comme poussière dès lors qu’ils tendent les doigts pour la saisir. C’est ce qu’elle est, c’est ce à quoi elle ressemble, alors qu’elle le regarde, irradié sur la pâleur de son teint par les flashs changeants de lumière, qu’elle se fixe à ses grands yeux électriques, sans jamais faillir, sans jamais regarder ailleurs, sans jamais le perdre de vue alors qu’elle danse encore. Elle pivote enfin, virevolte avec toute la frivolité de sa nature. Le murmure la cueille, juste à l’orée de sa nuque. Si clair, si audible quand tout le chaos de tonalités contraires se fracasse, à l’extérieur.  Elle le regarde par-dessus son épaule, se retourne brusquement et s’approche, sans lui faire l’offense de l’oppresser en se lovant contre lui.
« Si je ne la connais pas, pourquoi viens-tu la traquer auprès de moi ? »
Elle penche un peu la tête sur le côté, le toise avec une expression presque enfantine, qui exclut pourtant toute raillerie de son regard. Ses petites mains se déploient à plat dans le vide qui les sépare, paumes vers le ciel. Elle hausse un sourcil et propose, indicible perspective, sans nom, sans âge, sans fin :
« Laisse-moi danser avec tes ombres. Je ne les brusquerai pas … Pas trop en tout cas. »
La permission de le toucher, de le rejoindre, de l’invité dans l’opacité délétère de son monde tout en frôlant le sien. Celui pavé de ces avidités dont ils parlent, qu’elle ne croit pas connaître, qu’elle ne croit pas savoir envisager. Elle se trompe sans doute, elle se trompe surement. Mais Eleah se connaît encore mal. Il y a beaucoup de choses qu’elle ignore encore, sur elle, sur les autres aussi. Elle n’a pas peur. Pas encore.
« Danse avec moi. » répète-t-elle, mélodie d’un monde, de son monde, qui ignore la douleur, qui se vautre dans la volupté de façade. Celle qu’elle connaît. Celle qui se joue sur une piste de danse, et dont elle sait la plupart des codes.


(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
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() message posté Mar 11 Déc - 23:41 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




La lassitude se prolonge, à chaque gorgée, qui cherche à noyer la précédente, à dissiper les affres d’une respiration faussement alanguie, pas totalement au repos. Je ne suis jamais au repos, les nuits sont trompeuses, s’y laisser glisser dans une douceur composée m’est impossible, il me faut y sombrer, sur les rivages du désespoir. Fermer les yeux et me donner au néant, mon souffle affaibli par les opiacés, la douleur larvée dans les muscles devenus lourds. Si je demeure nonchalamment adossé au bar, mon verre à la main, mes yeux désabusés sont aux aguets, cherchent les menaces, détaillent les troubles, ne peuvent s’empêcher d’aller saisir ce qui devrait demeurer inviolé. La nudité d’une taille, le grain de beauté que l’on dévoile dans un mouvement, ce sourire que l’on offre au mec qui vous fera vous agenouiller dans les chiottes, sous les néons glauques. Mes imaginaires pervertissent les joies simples, endeuillent les sensations les plus belles pour les rendre sourdes, saturer l’air ambiant d’harmonies dissonantes. Alors que la foule bouillonne, je me tiens à la marge, en dehors du marasme, glacé dans une posture acérée. Cela se devine dans la ligne de ma nuque, sous le tremblement de mes doigts. J’attends que le cachet ne me dispense ce poison dont je suis déjà coutumier, à cette heure de la nuit, mon épiderme se tend, les nerfs juste au-dessous quémandent, ils quémandent n’importe quoi qui puisse assagir cette douleur qui ne fait plus que croître, cherchant à pénétrer dans ma tête, à fusionner avec tous mes songes. Ma main se fige autour du verre, le spectacle de cette jeunesse, dont j’ai l’impression de ne pas faire partie me laisse froid, absent à tous leurs idéaux faussement volontaires, quand la violence sourde dans mes veines. J’aimerais ne rien entendre, mais mes prunelles finissent par la trouver, s’aimantent à ce corps qui palpite de chaque accord qui s’insère dans sa chair. Je n’ai jamais vu quelqu’un comme ça, qui soit totalement affranchie de ce qui se trame alentour, de ceux qui convoitent sa présence, cherchent à enfermer son essence. Elle semble vivre sur la portée, les notes s’enroulent autour de ses poignets, glissent leur brûlure dans son cou, creusent leur sillage jusque dans son ventre. Mon propre corps réagit, il cherche les harmonies, à rencontrer cette musique qu’il a toujours si bien façonnée, et soudain j’entends tout. Chaque note, chaque silence, sur son épiderme fiévreux, peintes sur sa bouche qui sourit, sous ses paupières closes. Le feu de l’alcool semble rencontrer un tout autre désir, que je repousse, que je retiens, ma respiration en parure de cette évolution dont je cherche à me défendre. C’est une légère saccade, dans l’apathie qui m’étreint. Une fêlure dans la lenteur des pulsations, l’oxycodone n’y est pour rien, et si je projette de m’enfuir, de disparaître aussitôt que le mur que je longe m’offrira l’ébauche d’une ligne de fuite, la musique décompose en moi une envie dévorante, profondément ancrée. Si loin, si loin, que cela me fait mal, une souffrance si vive, nouvelle pourtant, qui déploie toutes ses tonalités pour s’abattre sur moi. Mes épaules se contractent, et le titre m’afflige, ma propre voix en écho à mes pensées complexes, des mots que je découvre, qui ébauchent des souvenirs détestables. J’ai tant aimé l’écrire, j’ai tant voulu la chanter pour elle, uniquement pour elle. Mais elle l’a détestée, elle l’a aussitôt détestée. Cette violence, cet amour corrompu par mon animalité. Un amour malgré soi, un amour imposé, effroyable châtiment que je savais porter. And she'll scream, And she'll shout, And she'll pray, And she had a name… Yeah she had a name. Le passé, je l’avais gravée au passé, déjà morte dans une fable que je me racontais. Elle a eu un nom, elle s’appelait… Elle s’appelait… La foule se condense, pulse un mouvement contraire, contraint, je la retrouve, ne sais plus qui elle est, devine dans son corps une sensualité qui m’a toujours laissé interdit. Une sensualité faussement douce, que l’on croit sans danger, quand c’est bien la pire que l’on puisse goûter. Une sensualité qui donne autant qu’elle souhaite prendre, une avidité souterraine, qui crève de se délivrer. Je me demande si elle en est consciente, si elle sait ce qu’elle appelle ainsi, dans l’inflexion de son corps, les couleurs d’un plaisir dévorant sous les paupières closes. C’est pire que l’alcool, bien pire que l’héroïne, et les murs de mon tombeau semblent vouloir s’ébranler, dans les chairs nécrosées, il y a comme une plaie ouverte, qui saigne encore, que l’on aimerait refermer à jamais, ou au contraire déchirer plus encore pour que la souffrance ne s’arrête plus. Je fais un pas, un autre, les iris qui la suivent toujours, se glissent, s’immiscent, suivent les pulsations. Pulsions. Je ne sais plus les boire, je m’étrangle, me sens soudain en territoire hostile, enfermé par des corps, murs informes. Je cherche le secours de sa silhouette, la seule qui ait cet élan abyssal, la seule qui sache se donner, à ce que j’ai écris. C’est comme si je la possédais, je la frôle, je l’entoure, la corromps au dedans. Ma voix dans son oreille, la chanson avant les mots que j’ai l’envie de lui dire. Je ne suis plus rien de ce que l’autre était, sur scène, avec sa guitare, et sa frénésie. Sa passion. Mais pendant quelques secondes, je peux l’imaginer, me souvenir encore de ce que cela faisait. Particulièrement grâce à elle, à cette proximité que je maintiens, avant qu’elle ne soit dérangée par un contact qui me force à rouvrir les yeux. Le regard est meurtrier, les syllabes sifflent, tranchent l’air, mon timbre vibre d’une folie qui point avec la splendeur des éclosions éphémères :
_ Ne me touche pas.
C’est pire qu’une mise en garde, c’est comme une sorte d’appel déviant, parce que si mon corps sourde d’angoisse, il s’arrime à une colère rayonnante, que l’abruti lit dans mes yeux sans comprendre la teneur de ce qu’il a cru déranger. Je ne dis rien d’autre, n’esquisse aucun geste qui pourrait l’amener à me défier, même si une part de moi aimerait en découdre. Viens. Viens… Recommence juste pour voir. Les mots de la femme-enfant sont brutaux, pourtant choisis, ils déverrouillent la rage qui cherchait à me posséder. Combien de fois, combien de fois déjà, a-t-il fallu me retenir, m’entraver, ou me droguer à l’asile, quand ma seule pensée, ma seule idée était de détruire quelque chose ou quelqu’un. Hyperviolence. C’est ce qu’ils disent pour des gens comme moi. C’est ce qui susurre en permanence. Sous la drogue, sous l’alcool, qui se glisse quelques minutes durant dans les corps de certaines filles. Juste la violence, et rien d’autre, aucun plaisir, aucune satisfaction. Rien. Rien. Il nous abandonne, je m’aperçois de mon temps d’arrêt, la guitare hurle, et hurle encore. Le refrain me fait frissonner. I wish I could. Je la touche, je la cherche, la retrouve sans trop savoir ce que je suis en train de lui infliger. Ma douleur est palpable, ma voracité tournoie dans mon souffle, se tient à distance, une si maigre distance. Après l’avoir frôlée, je la laisse dans cette solitude qu’elle admet telle une compagne, ne danse pas vraiment, me perds plutôt dans la sphère qu’elle destine à son envolée. Je regarde ses courbes, parfois à peine marquées, un corps encore en devenir, qui m’inspire la plus triviale des envies, qui dégouline sur ma peau blafarde. Look to the stars, Let hope burn in your eyes, And we'll love, And we'll hope, And we'll die. All to no avail. Elle devient personnage, victime des harmoniques contraires, endiablées, je les laisse se graver tout contre elle, comme j’aimerais savoir encore le faire. L’écho de mon existence le fait à ma place. Il la prend, la dévoie, la relâche enfin, la laisse libre de se désagréger dans l’éther d’où elle a su naître. Une construction futile, tout comme la résurgence de cet album, sorti des limbes à l’instant où je couche des mots dans sa nuque, mes prunelles s’ouvrant pour mieux dévaler la courbe de son épaule. Ma main furète dans l’air, osseuse, reste à l’orée de son ventre, ne s’y pose pas, laisse les mouvements se destiner à cet espace où nos corps se sentent sans totalement se rencontrer. Les mots qui prolongent le solo de guitare, si rapide, si rapide, je me souviens, oh oui je me souviens, ce que c’était, cette chevauchée là, sous la pulpe des doigts. Une extase à ciel ouvert. Je respire plus profondément, tandis que nos yeux se croisent, s’interrogent :
_ Parce que tu pourrais apprendre.
L’échange se noue, c’est une invitation qui tombe de ma bouche, presque suave, si elle est personnage de ma chanson, victime stellaire des flammes de ce rapt, je suis en train de devenir le ravisseur. Parce que c’est ce que j’ai été. C’est ce que j’ai été pour elle. C’est ce que je me suis toujours raconté. Elle est si jeune, si jeune. À peine formée encore. Je ne devrais même pas lui dire ça, alors que son visage s’illumine d’une curiosité d’enfant. Avide. Avide. C’est ce que sont les enfants, de tout toucher, de tout comprendre. Elle se retourne, je fais un pas en arrière pour garder la distance qui doit nous séparer, observe ses mains comme deux bestioles étranges, là, s’agitant dans l’air. J’aimais cela. Danser… Autrefois. Contre des silhouettes indolentes, qui se mouvaient sous la ferveur de ma paume. J’aimais cet abandon, cet abandon unique, bien plus charnel parfois que lorsque l’on baise. Sa proposition est absolue, doucereuse, presque réfléchie, une sorte de maturité que je ne m’attendais pas à la voir exhaler ainsi devant moi. Je sens tous mes nerfs se hérisser, l’idée que l’on me touche ainsi, qu’elle puisse lire dans toutes les contractures ce qui gît à l’intérieur m’angoisse, une angoisse lisible dans mes prunelles qui la toisent. Elle demande, elle ne fait que demander. Je pourrais refuser, refuser et partir, elle me laisse le choix. La musique se poursuit, je ne me souvenais pas que ce titre était aussi long, à moins que le temps ne se distende dans ma tête, ou bien que Stockholm reste gravée, continue de rugir depuis les profondeurs de mon désarroi. Elle pourrait apprendre. Elle pourrait comprendre. Je ne la connais pas, alors quelle importance. La musique s’éteindra, et elle disparaîtra. Elle disparaîtra, personnage temporaire, et rien ne restera. Rien. And we'll fly, And we'll fall, And we'll burn. No one will recall… Pas même moi. Ma main squelettique se confie à la sienne, avec la candeur des animaux qui s’effarouchent d’un rien, qui se doivent d’être apprivoisés. Je referme un instant mes paupières, pour calmer la panique qui cherche à me consumer, laisse de longues secondes emporter les mirages. Je m’approprie les contours et les lignes, mes doigts d’abord morts finissent par frôler sa paume, suivent la rondeur de son pouce, la fragilité de son poignet, là, juste sur les veines. Celles que l’on tranche pour mourir. Je m’attarde, c’est une sorte de caresse, une sensualité que je peine à reconnaître. Danse avec moi. Danse avec moi. C’est tout ce que son corps et sa bouche convoquent. Ma main suit son avant bras, la pulpe joue, s’anime, trace la musique qui habite mes propres chairs, s’aventure jusqu’à une épaule, je me rapproche, compromet ma liberté pour envahir la sienne. La dureté de l’omoplate, balade musicale et rythmée qui se poursuit, langoureuse, jusque dans le creux de sa taille. Le tissu léger de sa robe d’été que j’étreins, que je froisse, la violence qui sursaute quelque peu. Je rouvre les yeux et la regarde, la regarde vraiment, son visage, ses airs un peu poupins, et les yeux noirs, les mêmes yeux noirs, où l’avidité flambe, cette curiosité qu’elle a posée sur moi tout à l’heure. Je cesse mes investigations, la laisse reprendre l’avantage, demeure attentif à ses mouvements, tolère ses contacts dès lors qu’ils ne cherchent pas à m’entraver, la mélodie plus lente qui a remplacé mes compositions désormais retournées au linceul m’aident à me fondre dans l’échange, à l’accepter, petit à petit, tandis que les contractures répondent à ses gestes, dès lors qu’elle me frôle. Mécanique de défense si ancrée, viscérale. M'oublier dans sa sphère, en accepter l’intensité est comme une plongée en eaux troubles, impossible de distinguer le chemin ou le but de ma perdition. Je demeure, arrimé à ses yeux noirs, deux questions en suspens. Je n’ai aucune réponse, aucune. Incertitude en bagage, la douleur bercée par les médicaments, et des sensations qui renaissent après avoir été si longtemps négligées.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Mer 12 Déc - 10:01 par Eleah O'Dalaigh
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set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

La violence qui sourde, le rejet épidermique, à fleur de peau. Une peau glacée qui s’irradie depuis l’intérieur, d’une brutalité qu’elle distingue, qu’elle ne comprend pas, qui l’attire et la repousse tout à la fois. Qui est-il ? Non, qu’est-il ? Créature qui vit dans le noir, si blanche pourtant, si pâle, comme auréolée d’une lumière qui perdure sous l’épiderme affadit par la haine et la souffrance. Les douleurs suppurent, sont partout, jusqu’aux failles les plus insolites de son âme lasse. La curiosité est abyssale.  Elle le détoure, le rejoint, se déploie autour de lui. Elle en oublie Jason et l’âpreté de ses attentions. Ces désirs interdits qu’il projette sur elle, depuis qu’ils se sont rencontrés il y a quelques jours. Il est plus âgé. Vingt-deux, vingt-trois ans peut-être, elle a dû lui demander le premier jour avant d’oublier tout de suite sa réponse. Il est assez bien élevé pour se dire que décemment il ne peut pas, même s’il en a très envie. Dix-sept ans. Dix-sept ans, qu’est-ce que c’est ? C’est l’espace d’un souffle, ce n’est même pas l’esquisse mère sur une toile. Ce n’est rien … Rien, à part le flamboiement d’une jeunesse candide. Cette candeur qui l’attire vers elle, qui lui donne des envies terribles qu’il n’éprouve pas d’habitude envers ces filles de son âge, ou plus vieilles, qu’il rapporte parfois jusqu’à sa piaule pour prendre du bon temps. Eleah ce n’est pas pareil. Une partie de lui rêve de tout pouvoir lui apprendre. Et en même temps, à regarder ses éloquences derrière ses sourires de petite fille, il a l’impression qu’elle en sait déjà un peu, trop peut-être, arraché à une innocence factice qui s’érode un peu plus au moment où elle le rejette avec la brutalité de sa phrase. Il se renfrogne, tance l’autre avec réprobation. Il ne comprend pas ce qu’elle lui trouve, avec sa petite stature, son teint de cadavre, ses cheveux noirs mal peignés, comme des baguettes droites, et sa maigreur ostentatoire. Ce qu’il ignore, c’est qu’Eleah ne sait pas non plus. Météore dans l’horizon déchu de sa sphère hostile, lumière qui irradie la voûte céleste de ses intensités furibondes. La dualité se déploie, se chamaille. Elle se laisse porter par cette attirance trouble, qui n’a rien de physique, qui a tout de morale. Ce n’est pas son corps qui la happe, même s’il l’effleure, même s’il la touche. C’est l’âme qui crie, à l’intérieur de ses côtes. Qui répand un mal-être terrible autour de lui, feulant son désespoir. Physiquement, il n’a pas cette beauté factice qui fait frémir les adolescentes. C’est le charme sombre qui se dégage, brumeux et dangereux, marquant la peau de ses lueurs sans avoir besoin d’y apposer la pulpe des doigts. La musique se réverbère à travers lui, en lui. Il réagit aux accords, aux notes qui frémissent et se répercutent à l’intérieur de son corps comme s’il les avait apprises par cœur. Eleah danse, libre et contrainte. Les mouvements souples, presque soyeux, dans l’espace restreint qui s’est libéré tout autour d’eux. Il ne la retient pas, ne brime pas ces attentions qu’elle a envie de tracer, pour mieux s’émouvoir, pour mieux ressentir. Libre mais immanquablement reliée, à lui, à ses intentions qui l’inondent et ouvrent un abîme terrifiant au creux de son ventre. Son souffle cavale le long de sa nuque, la fait frémir par cette assertion aux atours de secret qu’il murmure. Tu pourrais apprendre … Tu pourrais apprendre. Ses yeux noirs s’agrandissent dans la pénombre. Elle s’aperçoit qu’elle respire à peine, demeurant en suspens, dans cet équilibre trompeur qui la fait se statufier le temps d’une intime seconde. La réponse aux questions qu’elle se pose, la réponse à toute l’acidité animale des désirs qui crissent, sous ses nerfs, sous sa peau. Ces élans qu’elle devine, qu’elle ne comprend pas, qu’elle ignore, qui la font rougir de honte parfois. Elle ne sait pas grand-chose de sa propre nature. Il y a une fracture, béante, qui n’a jamais été comprise, ou apprivoisée. Une soif en est née, insatiable, brûlante et aride, la laissant souvent exsangue, nourrissant des curiosités voyeuses et malsaines qui la font frémir de réserve et de répugnance.
« Et c’est ce que tu voudrais ? … Me les apprendre. »
Mais il ne peut pas … Il ne peut pas. Il ne sait pas ce que cela coûterait, de dangers et de troubles, d’abandon de soi et de l’autre.  L’invitation n’est pas entière. Elle se pave de doutes, de prudences. La musique continue de s’infiltrer dans leurs veines, passant de l’un à l’autre, de l’autre à l’un. Elle se retourne pour mieux le voir, pour rendre à ses traits diaphanes une réalité absolue, moins confuse. Sa proposition semble combattre un instant tous les rejets spontanés de sa nature. Parée de douceur, elle croit regarder une bête, tapie au fond d’une cage, vers laquelle il faut tendre la main avec précaution pour ne pas la brusquer et la faire se tapir davantage. Elle a toujours été douée pour ces attentions-là, qui réussissaient toujours à faire sortir Arthur de ses colères les plus impérieuses. Elle était la seule, à savoir l’approcher dans ces moments-là. Il le lui rappelle un instant. Sa présence lui manque, terriblement. Sa haute stature, ses mains aussi osseuses que celles qu’il consent enfin à déposer contre ses paumes. Elle le laisse apprivoiser les contours de ses doigts, ne les referme pas, ne brime aucune attention de sa part. Il y a presque une candeur étrange dans sa façon de l’apprivoiser, comme ces nouveaux nés qui apparaissent au monde pour la première fois, qui le distinguent avec ces regards confus par l’ignorance, ou la peur terrible de voir les choses disparaître sous leurs doigts. Un frisson traverse sa peau, irradie jusqu’à l’intérieur de sa chair. Jamais on ne l’a touchée ainsi. Jamais on n’a cherché à saisir son essence plutôt que son enveloppe, avec une délicatesse où sourde pourtant une aspiration à la violence. La curiosité se déploie sur ses traits. Elle ne sait ni la maquiller, ni lui donner des atours trompeurs. Elle en veut davantage. Elle veut savoir ce que cela fait, d’être vue, véritablement vue, par une créature comme lui, revenue du fond des âges. Ses lèvres s’entrouvrent pour dire quelque chose : au final aucun mot ne parvient à franchir la barrière de ses lèvres. Il ne refuse pas sa présence, la tolère au contraire. Avec lenteur, ses phalanges se referment autour de l’une de ses mains osseuses. Elle se rapproche de son corps, dans une ondulation à rebours, qui n’a rien d’ostentatoire ou de brutale. Le côté de sa hanche d’abord, puis ses hanches entières, la ligne de son ventre, remontant jusqu’à la dureté de ses côtes. Une appropriation par étape, qui l’envahissent peu à peu sans le contraindre, ou brimer une retraite brusque de sa part pour le maintenir contre son corps. A chaque fois qu’elle le frôle, à chaque parcelle qu’elle effleure, les contractures sont partout. Il n’est pas un centimètre de sa peau qui ne réagissent pas à l’offensive. Les yeux grands ouverts, il lui semble sentir les frimas de son mal traverser sa propre chair. Un tremblement l’irradie de part en part, très léger, secousse de l’être qui éprouve la rudesse d’un autre, qui l’accepte, la reçoit, la regarde enfin. Dans la pénombre outrageuse elle le regarde, ne maquille rien de ses troubles alors que son imaginaire se déploie lorsque sa main qui n’est pas entremêlée à la sienne se pose sur sa hanche pour le guider. Le bout de ses doigts, à peine posés, par-dessus son tee-shirt, jusqu’à l’arrière de son dos. Des muscles contractés en permanence, qui se développent sous son index, sous son pouce, racontant la brutalité d’une histoire dont elle ne sait rien. Elle rêve le grain de sa peau, imagine la texture des muscles entièrement nus, affranchis de l’étoffe de coton pour la protéger de l’extérieur. Elle poursuit sa course le long de sa colonne vertébrale, modèle en même temps son corps pour l’astreindre au rythme éperdu et soyeux de la musique changeante.
« Imagine que la musique est un fluide … Un fluide qui se glisse à l’intérieur de toi. »
Comme la drogue, comme l’eau qui ondule, comme le sang sirupeux qui coule à l’intérieur des veines tentaculaires. La métamorphose s’opère, s’alanguit. Il n’est pas détendu, cela non. Mais elle croit deviner une sorte d’acceptation de sa présence, dans sa nuque moins raide, dans ses muscles dorsaux qui s’alanguissent un peu, assez pour lui faire glisser son souffle le long de sa mâchoire, jusqu’à son oreille.
« Tu es le fluide … Tu es la musique, à l’intérieur de moi. Je suis les notes … Je suis les troubles … A l’intérieur de toi. »
Son cœur bat un peu plus vite à l’intérieur de sa poitrine. Il s’affole, parce qu’elle ose, qu’il est rare qu’elle s’affranchisse de toute pudeur, avec des inconnus, pour avoir des phrases aussi subtiles, délicates, et triviales à la fois. C’est pire que de faire l’amour, c’est une transaction plus charnelle que de baiser dans le noir. Elle ne s’est jamais adonnée à ce genre d’échange, à ce don d’elle-même, absolu, pour mieux le recevoir. Elle ne s’arrête pas, elle continue de se mouvoir. La musique n’est plus aussi lente, elle n’est pas effrénée toutefois. Elle le guide toujours, déploie des arabesques où elle l’accompagne, des mouvements de hanche qui se balancent, graciles, une sensualité qui suppure, dont elle n’a même pas conscience, ignorant les regards alentours, ces curiosités qui se démarquent sous les néons insolites. Sa bouche se love sur la courbe de son cou, marque la mesure tiède du tempo de la chanson qui passe, fredonne un peu parfois des refrains qu’elle reconnaît. Elle n’articule pas les paroles, paupières closes, concentrée dans le dessein qui consiste à le mener jusqu’aux harmonies de son être. Une tranquillité brûlante, qui tremble sous les doigts, qui suit la mesure de ses pas.


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James M. Wilde
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And if you could feel the things
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Eleah
& James




De son mépris d’il y a seulement une heure à peine, plus rien ne reste, plus rien ne tient. Elle se présente à l’orée de mon monde, y mélange le sien sans même sembler frémir, si ce n’est de cette curiosité emmêlée à son désir. Sa jeunesse s’étend dans la proximité qui s’élance entre nous, en musique, en mouvement, sa jeunesse reflue contre moi, me rappelle des jours que je peine à compter comme heureux tant ils continuent de me hanter. Je ne sais ni la toucher, ni la contraindre, il n’y a que l'âpreté de mon corps qui recherche la souplesse de sa peau. C’est une dévoration mentale, à peine charnelle, le contact est trop pauvre, et pourtant, pourtant, je ne fais que me verser en elle, à me demander si sa tête bien faite détient réellement un esprit qui pourrait avoir la dangerosité que je pressens, implacables appétits qui doivent la réveiller la nuit. Elle est jeune, bien trop jeune, un constat qui ne m’émeut pas vraiment. Me plier à des règles aussi infimes, édictées par une société dont je peine tant à faire partie, n’a jamais été dans mes prérogatives. Ses allures androgynes, féminité qui balbutie encore, éveillent des désirs que je croyais entièrement morts. Morts depuis que l’asile m’a appris une dureté qui m’habite tout entier. Quand la médication ne nous abrutissait pas, il fallait ramper, ramper dans le noir. Apprivoiser cette faim qui mordait les chairs, revenait les hanter, peindre son corps sur la rétine, en rouge, en rouge. On nous a forcé à baiser comme des animaux, dans les lueurs verdâtres de réduits infâmes, où les aides soignants ne nous trouveraient pas. Des étreintes de cadavres en déliquescence, rapides, qui ne peuvent ni satisfaire la chair, encore moins l’esprit. Une libido exsangue, évidée par un traitement qui rend strictement tout morne, sans odeur, sans saveur. Les besoins devenus mutiques, silencés par la peur, par les échos de mes actes pleins d’ignominies. Jusqu’à ce que je puisse les dire à une oreille attentive, jusqu’à ce que je me rappelle que je devais vivre. Mais l’héritage est trop lourd, la camisole encore en place, je prends les filles de la même manière que durant ces mois expiatoires, à la dérobée, sans douceur, sans passion. Sans musique. La musique décharnée dans ma tête, la compagne qui s’est détournée de moi pour ne laisser que le vide, et le froid. Mais cette fille… cette fille qui me rejoint, m’entoure sans toutefois m’enserrer, elle est l’harmonie que je ne sais plus trouver, les tessitures que je ne sais plus faire vibrer sur ma langue. Créature radieuse, fragilité de façade, qui quémande le monde à qui saura le lui apporter. Une fille curieuse, changeante, où palpite des instincts que je reconnais, que je respire dans la cadence du sang qui bat contre mes tempes, en rythme. Une fille sans âme serait avec ce mec prépubère qui a pourtant le même âge que moi, ou quasi. Plus vieux qu’elle, il la convoitait avec ses gestes imparfaits, il rêvait de la posséder quand un être comme elle se ressent. L’on doit céder pour l’apprendre. En avoir la capacité, la redécouvrir ainsi au détour d’un accident nocturne dans cette boîte que je déteste ne me laisse aucun sentiment de triomphe, quand j’aurais autrefois su exhiber mon pouvoir devant celui que j'écrase. Qu’est-ce que j’en sais de pourquoi, pourquoi la femme-enfant reste-là, toute proche, à s’éprendre de mes ombres, à y ployer sa taille comme pour mieux les chevaucher. Elle est aussi éblouissante que j’ai su l’être sur scène, aussi brûlante que je suis froid, elle dévore l’espace, attise les pulsions, attire les regards. Alors que l’on me voit en noir et blanc, présence diffuse si prompte à se dissiper, disparaître pour peu que l’on détourne la tête. L’étoffe de cette présence qu’elle affirme, je m’y baigne, je m’y noie quelque peu, absent de longues minutes à cette douleur qui cherche à me contraindre. C’est autre chose, une autre saveur, accord venu du fond des âges, édicté par son essence. Elle m’accepte, pire encore elle semble m’appeler, c’est un bruit sourd, une pulsation lente, lente. Dans les veines, dans le ventre. Je frissonne, je ne suis pas à l’aise, mais les mots et l’envie sont bien plus forts que mes angoisses, leur impact élance dans mes chairs un feu si brûlant qu’il me laisse interdit, parce que je devine la fracture, cassure du timbre, du souffle. Enfant qui veut ressentir les ravages d’un mort-vivant. La vie qui convoite le sépulcre. Une convoitise si visible que je sais qu’elle est bien plus que son apparence, bien plus que juste son adolescence. Bien plus qu’une simple fille qui chercherait à aguicher un mauvais garçon pour se faire sauter dans le noir. Le cœur au bord du gouffre, des envies qui spiralent et qui mordent. Oui. Oui… Tu sais si bien comment faire. Tu sais que tu ne peux pas t'en empêcher. Il te suffira de la saisir, de la prendre, elle aimerait ça, regarde. Toute ta brutalité contre son petit corps offert. Une sorte de dégoût comprime ma respiration, un haut le cœur qui cherche à étouffer cette frénésie impure, qui se glisse dans les muscles et les possèdent. Je ne lui réponds pas, car je ne peux pas. Je ne peux pas. Me permettre de sombrer, de dériver sur des plaisirs qui m'ont toujours bien plus habités que chacune de mes drogues. L'abandon se refuse, s'interdit dans mon regard soudain durement posé sur elle, comme si je lui reprochais d'avoir déclenché une soif que je suis incapable d'éteindre. Mais rien ne semble lui faire peur, elle s'approche encore, offre un contact auquel j'aspire et qui me terrifie. Le territoire inviolé se distingue sous la caresse que je trace, j'ai mal. J'ai mal. La douceur imparfaite me taraude, je suis le monstre qui la broie, je ne sais comment apprécier la fébrilité d'une rencontre alors ma main referme son avidité sur sa taille, sur le tissu que je l'imagine déchirer. Ce serait si délectable je crois. Déchirer. Détruire quelque chose ce soir, au milieu de l'angoisse, pour la faire taire enfin. Elle tremble un peu, secouée par un désir que je déclenche presque malgré moi et qui brûle dans mes prunelles, malades, malades. Sa bouche qui s'entrouvre, ma respiration brutale, la musique qui cherche à s'évanouir tout autour, remplacée par un bruit sourd. Tout mon corps se tend, les alarmes se déploient sous les nerfs perclus de douleur. Des ondulations qui se fracassent sur des récifs acérés. Je la laisse faire, m'approcher et s'approprier la dévastation de ma nature ainsi exposée. Les os qui saillent sous le t-shirt délavé, mes prunelles sur sa bouche maquillée, mes doigts qui retournent à ses bras, à sa taille, qui s'aventurent dans la chute de ses reins. Une douceur falsifiée par mes retenues, je ferme de nouveau les yeux pour tenter de lui échapper, échapper à son inspection qui pourtant se déploie. C'est pire dans le noir… bien pire. Je la sens plus encore, restreins la distance, les étoffes se frôlent, s'embrassent. Parfois c'est sa cuisse tout contre la mienne, un frisson plus intense me parcourt, mon corps me trahit, semble se souvenir des sensations corrompues qu'il a toujours recherchées. Ses mots pénètrent à l'intérieur, creusent des sillons que la musique emprunte. La musique de sa voix, de son corps. L'harmonie d'une foule, les pulsations d'une rythmique, une chanson que je ne reconnais pas, qui se pose sur l'épiderme, s'impose dans la mémoire. Je sais… je sais ce que la musique peut faire. Et je la laisse m'habiter, je cesse de repousser son parjure, reviens comme un coupable vers elle, grâce à ses murmures. La sensualité de la femme qui abandonne l'enfance se verse dans mon oreille, la nuque ploie, les yeux fermés je la sens. Je ressens. Harmoniques délectables que je saurais imprimer. En elle. Et elle se glisse, s'invite, nos corps se rencontrent, se cherchent, les contractures divaguent et s'alanguissent. Les chansons défilent au dehors, au dedans c'est la même musique pourtant, la sienne, qu'elle étend comme une brûlure sous ses lèvres. Sur la jugulaire. Et le sang bat. Bat. Combat le froid, irrigue les instincts, insinue l'érotisme dans une étreinte qui devient indécente. Plus indécente sans doute que celle des autres couples avec leurs gestes simples et sans danger. Sans menace. Elle ne me connait pas, elle me comprend toutefois, elle entrevoit quelque chose, et l'écho de la tractation éclate dans ma tête. Tu pourrais apprendre. Je pourrais t'apprendre… L'atmosphère se sature de fièvre, elle dévoie mes gestes qui se troublent d'une avidité triviale. Une de mes mains vient accompagner la posture, dérange la coiffure, imprime une envie sur sa nuque. Un accord mutique pour ce qu'elle se permet, ses lèvres sur l'épiderme qui frissonne. D'autres instincts s'aventurent le long de la colonne vertébrale, suivent l'étoffe, la griffent, viennent jouer à la frontière qui dénude sa peau. Son corps entièrement contre le mien, inconnus embrassés qui se versent l'un dans l'autre comme dans la plus implacable des nudités. Sulfureuse danse où l'asymétrie des années ne se devine plus, deux corps ainsi reliés vibrent du même désir. La lenteur est trompeuse, le tempo amoureux de ces chairs alanguies se grave dans les nerfs, je la serre contre moi, la love dans une étreinte où elle peut lire les lignes de mon corps, enfiévré par la convoitise qu'elle réveille. Une inflexion de l'harmonie plus soutenue me rappelle ces accents de luxure que j'ai tant appris sur des pistes semblables, la posture change un peu, mon visage glisse contre le sien, je respire la violence d'une idée tout contre son cou, je dévore ses parfums, la musique se déploie dans mes reins. La fébrilité de mon souffle retentit à son oreille, je condamne la chair si tendre de son cou à un baiser où la violence feule. Les sillons se creusent, se creusent encore, et le feu y dévale une sorte de plaisir indistinct, imparfait, rendu dangereux parce qu'il se fracture dans une frustration palpable. La musique, la musique, dissonance effroyable. La musique estropiée. Mes doigts resserrent leur emprise sur sa nuque et l'obligent à me regarder, dans cette contradiction brutale. Ce que je quémande n'est plus à ma portée. L'envie qu'elle inscrit dans ma chair est si spontanée qu'elle en devient dangereuse, douloureuse. Je ne lui souris pas, la dévisage, l'avidité gravée sur mes traits, bouleversement pour qui n'a plus porté que le masque de la lassitude. Mes prunelles dures dérivent vers ses lèvres, mais l'embrasser… l'embrasser ne suffirait pas. Il faudrait la trainer dans les ténèbres, refermer les serres de l'ignominie pour délivrer ne serait-ce qu'une once de douleur sur sa peau tremblante. Tremblante. Ma respiration se saccade. L'envie, le besoin, une bestialité que je reconnais, si palpable. Gravée dans mes iris pendant une infinie seconde.
_ Cette musique là n'est plus pour moi. Tu ferais mieux de rentrer avec ta bande d'imbéciles.
Mes doigts s'impriment une fois encore dans ses chairs au travers du tissu, je peine à la lâcher, à dessiner le geste qui l'épargnerait. Je la délaisse pourtant avec lenteur, dénoue l'étreinte comme pour m'en protéger.
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Eleah O'Dalaigh
Break me out, set me free _ Eleah&James Kqj4glu
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() message posté Jeu 13 Déc - 14:24 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Souffle sur la peau, l’écrin d’une entité qui s’ouvre. Charnelle, presque irréelle. La musique du dehors se confuse au rythme alangui des battements du sang qui chantonne, tout contre la jugulaire. Les contractures qui s’échinent à demeurer en place, comme dérangée par cette intrusion progressive qu’elle opère. Elle ne cherche pourtant pas à le voir autrement que ce qu’il est, fascinée par l’agonie de cette nature qui expire le fiel aussi bien que le désespoir. Créature de chair et de sang, si pâle, si maigre, si robuste toutefois. De ces silhouettes qui refusent de crever, qui survivent dans le noir et attendent l’heure vers laquelle ils se traînent, bien malgré eux, le poids lourd, lourd, si lourd, à tirer derrière eux. Sa respiration exhale toutes les convoitises qu’elle tisse peu à peu, toile de fond presque linceul, posé avec douceur sur les contours de son corps pour en honorer les troubles. L’histoire que racontent les corps en mouvement l’a toujours fascinée. Et si elle n’avait pas choisi la danse comme réceptacle de sa passion, elle aurait choisi la musique, la peinture ou bien la photographie pour mettre en exergue ses histoires, les expliquer à d’autres par des images abstraites, confuses, qui parlent davantage que les mots eux-mêmes. Il y a tant de choses à lire sur la ligne des muscles qui s’étirent ou se tétanisent. Les marques ancrées dans les nerfs, le long des os, de récits que l’on ne murmure qu’à voix basse, ou qu’au contraire l’on préfère scander pour n’avoir pas à tout redire, tout retranscrire. Les troubles au gré des frissons qui courent sur la peau nue, les vibrations qui font trembler lorsque les abords d’une cicatrice sont frôlés. Que de signes à traquer pour regarder tour à tour les pièces d’un puzzle éminemment complexe, chargé de non-dits et de zones d’ombres. Il n’y a que cela en lui : des ombres, sur la peau diaphane, d’une clarté malade et aveuglante. Ses instincts de fuite sont des cris qui l’attirent quand ils devraient tous la repousser loin de lui, et de tous les dangers qu’il tient dans le creux de sa main osseuse. La curiosité malsaine, chevillée à l’âme rendue duelle par les fractures de l’existence, se laisse séduire par le personnage qu’il incarne. Elle ne s’effraie pas de la manière qu’il a de la regarder, où elle se sent chavirer vers une matérialité confuse, presque spectrale, comme s’il ne la percevait que par le prisme d’une autre image, accolée à sa rétine. Elle demeure juste-là, à l’orée de ce corps qui réagit à sa présence, comme aucun corps ne le fit avant lui. Une myriade de sensations l’inonde : parce qu’il vibre, de la même façon que la corde tendue d’un instrument que l’on pince. L’instrument est désaccordé, ses accords sont stridents à l’oreille, mais ils existent. Ils sont là, terrés sous les cordes qui vibrent, qui aspirent à s’éveiller de leur torpeur. Jamais elle n’a frôlé silhouette semblable. Et pourtant, elle en a connu des corps. Longilignes, chétifs, charpentés ou bien trapus. Des corps qui se pressaient contre le sien, qui saisissait la finesse de sa taille pour l’élever au rang de créature stellaire. Des caresses en arabesques, des souvenirs de danses duelles. Aucune qui ne revête toute fois cette sensualité qui l’inonde, qu’elle croit reconnaître comme une comparse étrange, oubliée, inconnue. Elle oublie les silhouettes alentours. Ses camarades voyeurs qui se repaissent des moindres détails, avec dans l’idée de lui rappeler dès qu’ils le pourront ses perditions nocturnes. Ils s’attendent sans doute à ce qu’elle cède. Quelle délectation se serait alors, de l’imaginer être dévoyée dans le noir, par cet inconnu de passage. Ils pourront noircir le tableau si coloré qu’elle représente, la traiter de traînée dans les couloirs, tout en ayant des frissons délectables en l’imaginant gémir d’assauts anonymes contre une cloison trop fine, poisseuse, dégueulasse. Mais rien ne trahit un empressement à se jeter à corps perdu dans la dévotion de leurs désirs. C’est une mécanique qui prend son temps, un jeu qui ne compte pas les minutes qui s’écoule, ni les partitions qui se succèdent. Elle n’est même pas sure en réalité de le vouloir de cette façon-là, si triviale, trop simple peut-être. La soif s’étanche autrement, sous la pulpe de ses doigts qui s’appuient sur ses muscles, qui détourent les méandres de son ossature saillante. Elle ne connaît pas encore distinctement ses propres désirs, devient confuse face à ces caresses tactiles qui font battre son cœur plus vite, qui l’affolent, qui accentuent l’ambivalence de ses impressions. Elle veut qu’il cesse, elle veut qu’il poursuive. Elle rêve de partir, elle crève de rester-là. Des rougeurs apparaissent à la lisière de sa nuque, marques de toutes les afflictions qui naissent à l’intérieur de son ventre, et dont elle n’est pas sûre de comprendre les oscillations. Les paupières balbutiantes, son aplomb se désagrège à la lueur de ses regards, se répand autour d’eux comme le naphte distillé dans une mare d’émois contraires. Sa nuque se raidit par instinct sous sa paume, son regard s’appuie dans le sien, s’y loge, s’y perd. Elle le regarde avec cette attention abyssale, cherchant à se verser en lui de la même façon qu’une Alice enfantine se précipite à l’intérieur du terrier du lapin blanc pour y découvrir angoisses et merveilles. Le rejet attend, pèse la mesure de sa gestuelle contraignante. Il ne perçoit pas de danger manifeste dont elle devrait se méfier, alors elle ploie légèrement, transpire de cette luxure inconsciente qui s’agrippe à la commissure de ses lèvres, de la même manière que les baisers fiévreux des amants demeurent enchâssés. Quelque chose en lui a changé. En lui, en elle … Les deux sans doute, elle l’ignore. Mais il lui apparaît plus vivant qu’il ne l’était, des couleurs invisibles venant se poser sur sa silhouette monochrome. Dans sa tête, il explose en une couleur vive, entre l’orange et le vermeil. Le vermeil … c’est la couleur qu’elle garde en mémoire. Comme le sang qui bat, comme le feu qui ravage. L’envie qu’il a d’elle est palpable, prégnante même. Mais il se retient, sur le fil acéré d’une contradiction dont elle est incapable de saisir l’essence. Il maintient ses désirs en camisole, les bras reliés contre le corps, prisonniers dans leur propre chair. Une forme d’impatience candide se déploie sur les traits de son visage alors qu’elle sent ses regards dériver sur l’ourlet de ses lèvres. Elle se projette un instant, se demande ce que cela ferait d’apposer ses lèvres brûlantes et insatiables sur les siennes. Seraient-elles glacées, comme ses humeurs furibondes ? Seraient-elles froides, même lorsqu’elle verserait la prégnance de ses désirs désinvoltes sur sa langue, ou y trouverait-elle un feu imprévisible, caché en dedans, pour répondre au sien, si fiévreux en dehors ? La question demeure sans réponse, avortée sur sa bouche lorsqu’il se recule, qu’un froid nouveau la gagne. C’est ce froid qui étreint ceux qui furent deux assez longtemps pour se perdre l’un dans l’autre, et oublier ce que cela ferait, de redevenir soi. Elle tremble légèrement sous ses doigts, éprouve un mélange étrange de déception et de soulagement. Sa tête se hoche sur le côté, alors qu’elle lui répond avec ce calme bienveillant qui la caractérise :
« Cela vibre encore beaucoup en toi, pour quelqu’un qui a renié la musique. »
Elle n’est pas sure de savoir de quoi elle parle, ou d’avoir visé juste. La musique résonne en lui comme dans nul autre. Elle l’a sentie, en filigrane des contractures, sous l’épiderme qui souffre. La musique souffre elle aussi, de demeurer ainsi cloisonnée, à l’intérieur, derrière les côtes. Forçat condamné au bagne, à un passé qui s’enchâssera toujours au présent quoiqu’il fasse. Parce que cela fait partie de lui. C’est ce qui le maintient en vie. Elle en est persuadée, surtout lorsqu’il emploie cette négation au présent, qui lui indique que son passé se pavait bien d’harmonies musicales dont il était le créateur, ou au moins le réceptacle.
« Ils doivent déjà être partis. Mais tu as raison, il faut que je rentre. »
Son regard se fait circulaire, traque dans le noir, alentour, des silhouettes qu’elle connaît. Il n’y en a aucune. Ils ont dû rentrer, tous autant qu’ils sont. Jason en tête de file, vexé et passablement ivre. Ce n’est pas grave. Elle n’a pas peur, de déambuler dans le noir, toute seule, à des heures indues. Ses attentions se reportent sur son inconnu sans patronyme. Elle ne lui a même pas demandé comment il s’appelait. Des détails superflus, quand elle s’imagine déjà ne pas le revoir un jour. L’idée de ne pas savoir la séduit, son imaginaire s’enchante à l’idée de pouvoir le surnommer comme elle en aura envie, au gré de la frivolité de ses souvenirs. Son humeur change, revêt de ces lueurs changeantes, presque sautillante. Sa bonne humeur désarmante, la déception, la frustration oubliée, en un battement de paupière.
« Au pire, si tu veux me revoir, je suis sure que tu sauras où me trouver. »
Ce n’est pas vrai, il l’ignore. Il devra chercher, tâcher de se renseigner auprès d’autres. D’où ils viennent, où ils se retrouvent, chaque fois qu’ils sortent de la boîte pour retourner à leurs occupations diurnes. Il faudra traquer les indices, les écouter à la dérobée. Mandy a dû déjà dire à Ellis qu’ils sont là pour un stage de danse, tout l’été durant. Qu’ils sont logés à la périphérie de la ville, dans une bâtisse qui ressemble plus à un foyer d’accueil qu’à un complexe scolaire pour les danseurs semi-professionnels. Que leur journée libre est toujours le dimanche. Il saura la retrouver quelque part, demain, un autre jour, jamais peut-être. Lorsqu’ils reviendront à l’Atrium, ou qu’ils iront se perdre, quelque part ailleurs.
« Salut trésor, ne te perds pas en cours de route. »
Elle esquisse un sourire en coin ravageur, lui fait un petit signe de main avant de disparaître, dans la foule, jusqu’au vestiaire où elle récupère son petit sac à dos en cuir, qui accentue ses allures de petite fille lorsqu’elle le passe sur son dos, très scolaire, les bras nus, nus, au dehors, à l’extérieur, alors qu’elle s’enlise dans la nuit, la silhouette presque sautillante sur le dédale des trottoirs. Elle n’a pas peur de ce qui rôde à l’extérieur. Elle a toujours pensé qu’il faut songer à un malheur pour le déclencher. Alors elle n’y songe pas, les pensées vagabondent. Elle lève son nez vers le ciel, et arbore une moue déçue. Il y a toujours trop de lumières en ville, si bien que l’on ne voit jamais les étoiles. Il n’y qu’une voûte noire, entièrement déchue.  

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