"Fermeture" de London Calling
Après cinq années sur la toile, London Calling ferme ses portes. Toutes les infos par ici Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 2 2979874845 Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 2 1973890357


Break me out, set me free _ Eleah&James

James M. Wilde
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() message posté Jeu 13 Déc - 23:22 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




Il y a tant d’élans contraires qui se gravent sous la frivolité d’apparat. Extérieurement, c’est juste un mec qui danse, qui tripote une fille, glisse ses doigts sur elle comme si elle lui appartenait déjà. Extérieurement, ça n’est qu’une simple convoitise, l’envie de prendre et de jeter, étreindre des chairs pour mieux les violenter, sans rien en retirer qu’une sorte d’euphorie malsaine. Une simple consommation, ces tractations fantasques et glauques que l’on retrouve toujours dans l’écrin putride des boîtes de nuit, lorsque les heures s’effilent et délivrent leur luxure juste avant que l’aube ne leur rende une apparence rassurante. La lame, la lame des heures qui se fige, qui s’englue dans les corps, brûlés par des souffles chatoyants. Ça n’est que cela, rien que cela. Sans doute guère plus qu’une mécanique que je recouvre parce qu’elle n’a jamais su entièrement se briser. Mais si je cesse de mentir, de me défendre, je sais, je ressens, toute la langueur d’une sensation oubliée, celle d’un désir déviant, qu’elle semble partager. Une fille jolie comme elle, petite enfant qui glisse encore ses pieds dans des ballerines en satin, une fille comme ça ne cherche pas la compagnie des âmes torturées. Elles préfèrent d’habitude se laisser posséder quelques minutes et puis tout oublier, donner très peu, de ces légers gémissements qui teintent à l’oreille mâle comme ces compliments qu’on abrège sur leur performance médiocre. Les petites filles ne jouissent pas. Une jolie fille, jeune et bien élevée, n’a pas envie de baiser un cadavre, et d’y étendre sa marque, s’improvisant Lazare qui saurait délivrer d’un mouvement de ses hanches une existence entière du caveau. Une fille normale ne me toucherait pas comme ça, glissant la pulpe de ses doigts sur l’étoffe, comme pour découvrir les cicatrices de la chair, lire une nudité effroyable qui trahirait une existence déjà tant en péril que la frôler seulement ce serait de s’y corrompre. Et l’on ne se corrompt jamais qu’un peu, non… La corruption galope dans les veines, envahit toute la tête, ravage les pensées. J’aimerais ravager son corps, lui faire payer au centuple toute sa curiosité, abandonner de moi une frénésie brutale qui parviendrait peut-être à me dépeindre comme je fus, me faire oublier ce que je suis devenu. La musique en partage, une déchirure immense, fichée dans son ventre, à chaque coup de reins. Une image violente, trompeuse, qui me fait l’étreindre avec trop de pugnacité, me rattrapant à elle au comble du désespoir. Je le regrette aussitôt, car l’écho qui palpite en elle, a tous les accents d’un tourment très semblable. Je pourrais lui apprendre, ce qu’elle sait déjà. Je pourrais faire en sorte que cela devienne une obsession, que sous ses paupières closes tout ce qu’elle puisse imaginer, ce serait mes doigts sur elle, des caresses diaphanes sur son corps d’enfant, jusqu’à ce que les flammes l’étreignent, la portent au bord du supplice. Je pourrais, j’aurais pu… J’aurais su être cela, un jour sans doute, quand les destins n’étaient pas fracassés. À mes pieds, à mes pieds. Les regards nous inondent, m’incommodent un instant, ils sont pourtant passés, déjà presque oubliés, quand alentours les danseurs ne sont plus ceux qui nous accompagnaient au départ. La confusion des sens, qui s’étend sous mes doigts, en rouvrant mes paupières je sais m’être glissé plus profondément en elle que je ne croyais même en être capable. Elle se tient dans l’entre-deux fébrile, où l’on ne sait plus bien, s’il faut se retenir ou plonger tout à fait. Ses yeux s’embrument, les paupières lourdes, le désir se précipite à chaque battement de cil, et le mien, le mien est tout aussi lisible, farouchement porté, dans une expression animale. Je ne sais quoi penser, de ce qu’elle déclenche. Il y a toutes les raisons d’arrêter là la danse, toutes les envies de la poursuivre ailleurs, et le doute vacille dans mes observations. J’aime la raideur qui s’éprend de sa nuque, la lutte indistincte qu’elle crève de mener. Nous pourrions lutter jusqu’à l’aube, si j’en avais la force. Si je savais entendre autre chose que la cavalcade saccadée, de notes discordantes, qui tombent dans mon souffle. Musique ignoble, harmonies déformées, la composition se brise depuis d’abruptes hauteurs. La chute est si rude. Elle me regarde pourtant, elle tente de deviner tout ce qui pourrait m’accompagner jusqu’à ses lèvres, la convoitise brûle, la sienne me fait mal, et ce mal se poursuit jusqu’à son épiderme. Comment peut-elle me ressentir ainsi, comment peut-elle devenir le réceptacle de tout ce qui se précipite. Je m’aveugle à ses airs, le bruit dans ma tête grimpe crescendo, les abysses m’avalent une trop longue seconde et je les referme violemment, les brime avec une sorte d’angoisse qui éteint le désir, donne au plaisir des atours mortifères. Je la lâche, dénoue toute mon emprise, me débarrasse surtout de la sienne, et ses mots me transpercent, convoquent en moi les parfums nécrosés de la honte. Et des remords. Elle a dit cela au hasard, c’est forcé, elle n’a dit que cela dans l’élan de sa frustration, en rebondissant sur les termes. Ça ne veut strictement rien signifier. Rien de plus, rien de moins. Rien. Et pourtant, je baisse mes yeux sur le sol, cesse de la regarder, la musique s’éteint tout à fait, et je demeure sourd, je l’abandonne le long du tortueux chemin. Plus jamais. Je ne peux plus, je ne peux pas. Le murmure est très lâche, aux accents de méfiance :
_ Tu ne sais pas de quoi tu parles.
Je lui reviens absent, rencogné dans mes airs blasés, ceux que j’avais déjà en arrivant ici, et je ne murmure pas cette dernière offrande, qui consisterait à la raccompagner. Je ne suis pas comme ça, la bienséance ou l’éducation me manquent cruellement, plus encore depuis que nous nous sommes échoués dans ce pays étranger, où nous ne connaissons personne. Je ne souhaite connaître personne. Pas même elle. Je ne lui demanderai pas son prénom. Qu’est-ce qu’un nom d’ailleurs ? Une étiquette que l’on imagine arracher, dès lors qu’on connaît son existence. Elle reprend tous ses élans adolescents, paraissant si jeune à présent, débarrassée de la luxure ou de l’envie, je les ai peut-être imaginés, rêvés un seul à instant, au détour d’une étreinte. Son humeur irradie, elle a ce pouvoir là, et je me renfrogne pour mieux m’en préserver. Je relève le menton :
_ Pourquoi voudrais-je te revoir ?
Une fausse question, une rhétorique froide, un peu égocentrique, héritée du passé. Personnage qui survit avant que de trouver comment réellement mourir. Elle semble si sûre d’elle que je reste planté là, interdit, dans toutes ces précautions blafardes qui me font me claquemurer dans mes allures décharnées. Ce cadavre qu’elle a si bien qualifié. Je secoue la tête, la regarde se détourner, murmure sous ses pas qui s’éloignent :
_ Je suis déjà perdu, petite fille. Une cause perdue. C’est toi qui l’as dit.
Je la regarde un peu, puis brouille le sillage, tente d’oublier sa silhouette qui s’évanouit dans la foule, et poursuit cette fuite qu’elle a su arrêter, malgré elle, malgré moi. Je pousse une porte de service, entend la jouissance éhontée d’une fille qui en rajoute dix tonnes, puis retrouve le confort de la nuit, trop éclairée par une avenue américaine. Tout est si droit ici, trop grand, trop carcanté toutefois. Je prends des voies aux allures de tangentes, une route que je connais par coeur, la porte abîmée, pleine de tags, l’escalier dégueulasse, je frappe sans plus longtemps m’annoncer, ouvre en espérant qu’elle n’est pas sous le corps libidineux d’un client. Mais elle ferme quand c’est comme ça. Elle est échouée sur son matelas à même le sol, éclairée par une petite lampe de chevet avec des fleurs dessus. La robe à fleurs… J’inspire brusquement, la lassitude semble devenir une créature étrange, qui aspire à me quitter. Je la considère sans doute avec un regard plus appuyé qu’à mon habitude, alors elle me sourit, me dit qu’elle est contente que je sois passé. Sans doute en partie pour la came, mais je n’ai que les cachets d’oxy sur moi, je les lui balance, la boîte entière, j’imagine qu’Ellis pourra m’en trouver d’autre, ou bien que je saurai m’en passer. Une erreur sans doute. Mais je n’ai pas ce genre de considération logique dans la tête, je ne suis pas long à la rejoindre sur cette couche putréfiée par les passages d’une clientèle peu reluisante. Iris n’est pas une pute de luxe, ça n’est qu’une fille paumée, qui ouvre ses cuisses à qui saura lui payer un repas, ou de quoi aller laver ses fringues au lavomatic juste en bas. Elle a ses cheveux en bataille, elle n’a pas dû beaucoup bouger d’ici. Cette nuit-là, je la prends avec une ferveur inhabituelle, les paupières closes, il y a encore ce battement, ce battement qui se répercutait sur ses lèvres. La musique est lointaine, en toile de fond d’une étreinte qui ne me délivre pas, qui me frustre au contraire, me donne une sensation imparfaite, comme sur la piste de danse, une sensation qui brûle, qui brûle tant. Je lui demande de la fermer, parce que ses gémissements me dérangent, m’arrachent à des contrées aux allures irréelles. Tu pourrais apprendre. Tu pourrais… Les mots se fanent dans un abattement corrompu, je m’endors tout à fait.

***

Une semaine peut-être, un peu moins sans doute, à gratter sur la peau ces harmonies qui ne savent plus se dissiper. Elles me taraudent un peu, elles sont là au réveil, particulièrement, quand il s’agit de s’extraire des angoisses, et surtout des cauchemars. L’air de rien, j’ai posé la question à Ellis un matin, devant mon bol de céréales, que je malmenais avec ma cuillère, en refusant de les bouffer. J’ai mal au coeur.
_ La fille de l’autre fois. C’est où qu’elle crèche.
J’ai encore la voix enrouée d’un sommeil insuffisant, puis le manque me rend dingue en ce moment. Le métal tremble sur la porcelaine de mauvaise qualité. Je vois Marlowe faire des efforts de concentration, car il se laisse toujours avoir. Mes questions informes, qu’il faut bien déchiffrer. Greg est plus fort que lui à ce jeu-là, d’ailleurs il apparaît dans notre 25 mètres carré, en train de se sécher les cheveux avec une serviette. Une piaule partagée à trois, dans un état infernal. Trois mecs qui ne savent pas ranger. Ou qui ne font même plus l’effort d’essayer.
“Oh je vois, la brunette avec qui tu dansais. Elle s’appelle…”
Je le coupe aussitôt, comme si je me refusais à le savoir.
_ J’te demande pas comment elle s’appelle, je te demande où est-ce qu’ils sont, la bande de danseurs à la con, là.
“Hmm. A Manchaca je crois. Tu sais, sur la route assez pourrie, où il y a des palmiers qui crèvent.”
Gregory n’est pas contrariant, il n’ajoute strictement rien, mais son regard gris pèse sur moi de trop longues minutes.
_ Ta gueule.
“J’ai rien dit.”
Je dis n’importe quoi, il est très contrariant. Vraiment contrariant.

Il me faut le secours de la nuit, après une journée à m’escrimer sur le plafond d’un gymnase, pour me décider sur un coup de tête. J’ai ma longue veste noire en cuir, parce que les frissons ne me quittent pas en ce moment, et qu’il a beau faire plutôt chaud en ce début d’été, j’ai l’impression d’être en hiver. Matrix est passé par là aussi, c’est une sorte de mode dans un certain milieu grunge, d’avoir des allures pareilles. Moi c’est surtout parce que comme ça, les gens ne voient pas les rougeurs dans le creux de mes bras, les veines qui saillent sur la maigreur dérangeante. Je connais l’endroit dont Greg m’a parlé à Manchaca. C’est forcément dans cette bâtisse qui ressemble à un pensionnat. Car il y a des instruments là-bas, et malgré tous mes irrésolus, je connais tous les lieux qui en possèdent dans un accès plutôt privilégié dirons-nous. Des lieux où je pourrais m’introduire sans déclencher une alarme, si je me décidais… À rejouer. Je chasse la pensée qui continue de me terrifier, préfère aller retrouver cette fille, je ne sais pas trop pourquoi. Pour lui dire qu’elle me fait chier déjà. Que j’ai encore parfois le souvenir de son souffle sur la peau. Que j’ai envie de la baiser. Ou peut-être pour ne rien lui dire du tout. Pour savoir comment m’en détacher tout à fait, m’apercevoir qu’elle n’est rien, juste une adolescente, invitée de passage, qui n’a aucun intérêt, qui doit ne pas en avoir. J’aimerais bien avoir strictement tout imaginé, son avidité, et mes invitations dangereuses. Rentrer dans l’enceinte n’est pas difficile, ils ne sont pas vraiment parqués là-dedans, c’est plutôt une fois autour du bâtiment que je me demande pourquoi cette aventure nocturne paraissait être une idée acceptable quand elle me donne l’impression d’être les démarches d’un fou désormais. J’essaye de chasser mes tremblements frénétiques en m’allumant une clope, regarde quelques fenêtres à l’étage qui sont encore éclairées, mais je ne l’aperçois pas. Les rideaux donnent un anonymat aux quelques silhouettes qui passent. Ça doit être l’aile des filles, j’ai toujours eu le flair pour ça. Putain… J’aurais dû demander à Ellis s’il était allé sauter Missy, Melody, Mandy et dans quelle chambre était sa copine la brunette. Puis il y a une ombre, cette inflexion de la nuque, cette façon de relever ses cheveux, je suis presque sûr que c’est elle. Alors, à l’ancienne, je balance un caillou sur le carreau, puis deux, puis trois. Une rythmique parfaitement cadencée, qui est toujours gravée. Quelque part. Quelque part...
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Ven 14 Déc - 14:55 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

« Et pourquoi pas ? » a-t-elle répondu avec une once d’espièglerie dans le regard, face à ses airs renfrognés, cet égocentrisme de façade qui vous crie que quoique vous fassiez, vous ne compterez jamais assez pour que l’on daigne se souvenir de vous. Et pourquoi pas hein ? Pourquoi ignorer l’envie de la revoir ? Pourquoi renier ce qu’elle a cru sentir, à la lisière abrupte de son corps ? L’adolescence la laisse dans une ignorance farouche de beaucoup de choses : mais un instinct étrange la caresse parfois, lui fait avoir une conscience accrue de ses élans, murmure à son oreille tous les émois qu’elle est capable de déclencher chez d’autres. Hommes, femmes, quelle importance ? Elle se fascine à les regarder, lorsqu’ils croient l’observer sans qu’elle ne le sache. Le souffle qui s’accélère, les mâchoires qui se compriment. Les envies qui suppurent par tous les pores de la peau, retenues à la marge par une bienséance qui la fait beaucoup rire, parfois, et dont elle se plaît à bafouer les règles, l’air de rien. L’air de rien, toujours. Car il y a cette inébranlable réputation qu’elle n’est pas prête à délaisser pour tous les abandons du monde. L’image perfectible, celle-là même qui lui permettra d’avoir des places convoitées par d’autres. Ils n’ont pas à savoir ce qu’elle a dans le crâne, quel diable prend possession de son corps, au gré d’échappées parfois solitaires, à défaut de trouver des âmes promptes à répondre à la sienne. Elle n’a pas besoin d’argumentaire pour savoir qu’il pensera à elle. Peut-être pas longtemps, peut-être le temps de l’oublier dans quelqu’un d’autre. Assez cependant pour que le souvenir demeure, comme ces blessures anciennes dont on se rappelle la morsure, mais qui ne font plus aussi mal maintenant qu’elles se sont refermées. Il se souviendra, oui. Elle le sait.

***

Dans les jours qui ont suivi, Eleah n’a pas oublié. Ni la fièvre sous ses doigts, ni l’abîme sous ses pas. Elle se souvient de tout de cet échange qui ne dura qu’une seconde dans l’espace du temps qui s’écoule. Les contractures contre ses phalanges, le souffle qui s’atermoie dans la courbe du cou. Le lendemain elle s’est réveillée pantelante, les joues rouges, la respiration entrecoupée de troubles. Un onirisme d’une sensualité trompeuse, où il était là, sa peau diaphane contre la sienne, à venir comprimer sa nuque comme il le fit, ce soir-là. Elle n’ose prononcer à voix haute les envies qui lui taraudaient le ventre, en cavalcade jusqu’à la courbe de ses reins. Impensable, innommable. Défiant toute la bienséance qu’elle croit encore pouvoir revendiquer, quand la souffrance de ses pensées inconscientes trahit des envies d’une impériosité dérangeante. Elle s’est vue glissant ses hanches étroites contre les siennes, se fracasser à son image, broyer la sienne sous ses doigts intrépides. Elle a dû gémir un peu dans son sommeil, des complaintes entrecoupées de feulements, parce qu’au réveil Mandy l’a un peu charriée à ce sujet. Elle lui a dit qu’elle avait hésité à la réveiller, qu’elle semblait aussi paisible que contrariée. Eleah ne se souvient pas de ce qui lui a fait ouvrir les yeux, le souffle court, tous les désirs glacés dans son ventre par une image parasite, venue de superposer à toutes les autres qui savaient enflammer sa passion sauvage et pudibonde. Un visage sans traits, difforme. Déformé par ses songes qui lui faisaient vomir un magma gluant et noir, recouvrant l’intégralité de son corps jusqu’aux recoins les plus intimes. Ses doigts osseux sur ses hanches, ses phalanges méticuleuses, sur la soie dévouée de sa féminité exsangue. Et puis la seconde suivante, à peine avait-elle fermé les paupières, que les doigts avaient changé. Calleux, râpeux sur la peau douce. Ils arrachaient l’épiderme sous leurs passages, suscitaient des douleurs terribles, jusqu’au fond de ses entrailles. Une douleur ponctuée de honte. Cette honte manifeste dont elle n’a pas su totalement se départir du spectre au réveil, qui l’a laissée comme béate, la bouche âpre, et l’humeur incertaine. Il n’avait pas de visage. Furieux anonyme, méconnaissable. Si coutumier pourtant. Elle croit le deviner souvent dans la cruauté de ses rêves. Il est là à chaque fois, pour la pervertir. Ses esprits refusent de lui accoler une identité. Mais il est là pourtant … Tout le temps. Lorsqu’elle ne le voit pas la nuit, les marques qu’il a laissées dans ses rêves continuent de fleurir sur son corps le jour venu. Invisible pour tous ceux qui ne savent pas voir. Invisibles.

Les heures se sont effeuillées, les jours égrenés. Elle a oublié presque tout ce qui composait le souvenir, après l’avoir fantasmé, injurié, tourné dans sa tête comme une bande que l’on se repasse à l’infini pour l’apprendre par cœur. Ils sont retournés à l’Atrium le surlendemain. Elle éprouvait presque de l’impatience à s’y rendre, juste pour le plaisir de pouvoir malmener ses airs mornes et taciturnes. Mais il n’était pas là. Ni le jour suivant, après cela. La déception l’a gagnée peu à peu, puis elle s’est rendue à l’évidence : il s’agissait de ces rencontres dont la ponctualité ne franchit pas le seuil de quelques heures, de quelques minutes, de quelques secondes. Alors elle a rattrapé le fil de son quotidien, ne gardant en mémoire que sa fragrance, le soir, lorsqu’elle lovait sa tête contre l’oreiller aux senteurs monotones de lessive bon marché. Personne n’est jamais demeuré dans sa tête aussi longtemps. Elle s’est souvenue de ses mots, de l’indécence d’une proposition qu’il n’aurait pas pu tenir en réalité. Tu pourrais apprendre … Apprendre. Mais elle sait déjà certaines choses, sans en avoir conscience. Est-cela qui le fit fuir ? Sa méconnaissance de ses propres instincts ? Peut-être … Peut-être bien.

Le corps terrassé par l’effort, Eleah est allongée sur son lit, une main posée à plat sur son ventre chaud. Mandy se fait les ongles de pieds juste en face, sur son lit jumeau. Elle se mord un peu la langue sous la concentration, a soigneusement disposé des petits cotons entre chacun de ses orteils. Eleah ne la regarde pas, contemple avec une fascination passive une tâche d’humidité au plafond qui, selon l’angle, ressemble tour à tour à porcelet sur l’on égorge, ou bien à une babouche difforme.
« […] tu sais je crois qu’il m’aime bien au fond. Je veux dire, pas que pour mes nibars tu vois. L’autre jour il m’a écoutée parler pendant une bonne heure, et je crois bien qu’il était intéressé. Qu’est-ce que tu en dis, tu crois que je pourrais lui plaire sincèrement ? … Eleah ? Tu m’écoutes quand j’te parle ?
- Hmm ? s’éveille-t-elle, comme tirée d’une rêverie profonde dans laquelle elle se serait enlisée jusqu’à la bordure du crâne. Elle encaisse le soupire de dépit de Mandy sans broncher. Ce n’est pas la première fois qu’elle ne l’écoute pas tandis qu’elle cause à en perdre son langage.
- Comme d’habitude. Franchement tu pourrais faire … […] c’était quoi ? » Mandy cesse ses jérémiades, croit avoir entendu quelque chose se heurter contre la vitre. Au début elle songe à un petit oiseau égaré, et son côté altruiste s’éveille d’un seul coup. Mais à une heure pareille de la nuit tout de même … C’est improbable. Le tintement recommence. Elle se redresse, son cou très droit d’autruche se redressant peu à peu. Elle fronce les sourcils lorsqu’elle s’aperçoit que quelqu’un balance de la caillasse sur les murs. Elle se hisse, debout sur son lit, ouvre et se penche à la fenêtre, manquant au passage de se prendre un caillou dans l’œil.
« Mais merde qu’est-ce que ? » elle balaye l’air avec sa main, l’auriculaire en l’air, avant de plisser les yeux dans la pénombre pour mieux distinguer la silhouette qui se trouver deux étages plus bas. « Qu’est-ce que tu fiches ici ? Hey, Eleah. Tu le croiras pas. C’est le gars de l’autre soir. Tu sais, le connard de croque-mort, avec qui t’as dansé. » Elle s’attend sans doute à ce qu’Eleah ne bronche pas. Elle est plutôt léthargique d’habitude, le soir, quand elle essaie de lui faire la conversation. Il n’y a rien qui puisse réellement l’enthousiasmer. Mais cette fois-ci, Eleah se redresse d’un bond, dans un sursaut sur le lit qui la fait se relever d’un coup et s’approcher de la fenêtre.
« Quoi, mais qu’est-ce que tu racontes ? C’est pas possible. »
Elle pousse un peu Mandy, se fait une place sur le rebord de la fenêtre. Son regard retombe sur la silhouette en contrebas. Ses lèvres s’entrouvrent, dans une forme de béatitude, avant qu’un rictus espiègle et satisfait ne s’empare de ses lèvres roses. L’orgueil féminine ronronne, très satisfait de la vision qu’il lui offre. Roméo sous son balcon. Sans la sérénade. Sans les déclarations tartignolles aussi. Avec une désinvolture toute feinte, elle pose nonchalamment son coude sur le rebord de la fenêtre et y appuie son menton.
« Je savais bien que tu ne pourrais pas te passer de moi très longtemps. »
Elle le gratifie d’un sourire joueur, ravie en son for intérieur. Les chambres voisines, alertées par le tapage, commencent à s’éclairer tour à tour. Mandy lui flanque une tape impertinente sur le dos. Eleah rit, en haussant les épaules, renouant avec les élans de sa nature juvénile.
« Bon, je descends. » chuchote-t-elle à voix basse, sous le regard affolé de Mandy qui déploie des gestes inutiles, tout autour de son visage.
« Mais t’es folle, tu vas pas descendre ici, c’est super haut. Si tu tombes, tu vas te péter une jambe ou te briser la nuque !
- Je ne tomberai pas … Je vais descendre le long de la gouttière regarde … Et puis au pire, il me rattrapera. Hein, pas vrai que tu me rattraperas ? »
Elle se penche un peu trop, l’interroge du regard, juste en bas. Et puis elle disparaît à l’intérieur, juste le temps d’enfiler une paire de converse, et un pull trop grand qui lui retombe sous les fesses, quasiment au même niveau que sa chemise de nuit en coton grisâtre, juste en dessous.
- Tu ne vas pas sortir dans cette tenue en plus quand même ?
- Oh ça va, c’est comme une robe. Chipote pas. Bon, tu me couvres ? »
Mandy se renfrogne un peu, croise ses bras au-devant de sa poitrine. Eleah sort l’artillerie lourde en lui faisant les yeux doux. Il lui faut moins d’une minute pour céder.
« Bon d’accord. Mais fais attention à toi d’accord ? N’oublie pas ton portable. Il m’inspire pas trop confiance, ce type. »
- Oui maman. » répond Eleah en riant, enjambant la traverse basse de la fenêtre, se retrouvant assise sur le rebord, les pieds dans le vide.
Avec lenteur et agilité, elle se lève, le dos collé à la paroi du mur. Concentrée, ses attentions se recentrent sur ses gestes et non sur le vide. Heureusement elle n’a ni le vertige, ni froid aux yeux. Et son impertinence indique qu’elle n’en est pas à un premier coup d’essai en matière d’escapades nocturnes. Cela leur arrive parfois, à la Royal Ballet, de faire l’école buissonnière. Ils se glissent sur les pourtours des bâtisses, disparaissent dans le noir, sur les multiples parapets, prêts à s’enfuir, prêts à balancer les carcans dans l’opprobre le temps d’une soirée. Elle s’accroche à la gouttière, l’enserre de ses cuisses, trouve des appuis incertains pour descendre et se laisser glisser par endroit. Le premier étage défile, il n’y a plus que quelques mètres à parcourir pour atteindre le sol. Elle n’est pas bien lourde, mais la gouttière geint quand même sous son poids. A un moment, un sursaut la saisit : un tube est moins bien accroché que les autres, les visses mal fichées dans le mur. Brusquement, son corps se voit reculer de la surface du mur, à l’unisson de la gouttière mal attachée. L’adrénaline pulse dans ses tempes : elle reconnaît avoir eu un sursaut de frayeur à l’idée que la gouttière se détache totalement, et qu’elle bascule en arrière, dans le vide. Presque un bas à présent, sa main fouaille dans le vide, en quête d’un appui quelconque, une main secourable pour se détacher du mur et toucher enfin le sol, alors qu’elle se cramponne toujours, les genoux encore un peu tremblants à cause de la frayeur qu’elle vient de se faire.
« Hey dis donc, tu pourrais venir m’aider quand même, plutôt que de me regarder galérer en matant mes fesses. »


CODAGE PAR AMATIS
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James M. Wilde
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Pourquoi ? Pourquoi en ce cas être ici ? La question retentit dans ma tête comme un bruit malingre, distordu, insérant une drôle de pression dans ma nuque trop raide. Une question à laquelle je ne souhaite pas répondre, une larme de vitriol dans la mécanique décadente, qui pourrait faire éclater violemment tous les rouages, exposer les idéaux les moins sages, les envies les plus laides. Les besoins insidieux que l'on regarde en tremblant dans le creux de la nuit, les paupières closes, de peur de s'y défigurer. Je cherche des réponses toutes faites en me perdant sur le chemin. J’ai pris le bus, faute d’un autre moyen de locomotion à ma disposition, laissé les paysages urbains et dégueulasses de notre banlieue d’élection pour rejoindre Manchaca et ses allures désuètes. On a l’impression ici d’être aux abords d’une station balnéaire abandonnée, le bitume grisâtre semble cuit par le soleil texan, la végétation est rare, les étendues sont pourtant bien plus horizontales que dans le centre ville. Pour moi, c’est sans doute ce à quoi certains atours de Los Angeles ressemblent, même si je ne connais pas bien la côté Ouest des Etats-Unis. Nous rêvions un jour de nous voir approchés par des producteurs américains, jusqu’à gagner notre place pour un live au Staples Center, et LA appelait chez moi un mélange de mépris (ce mépris que je réserve à presque toute chose), de dégoût mais savait également graver une envie irrésistible. C’était imaginer leur montrer un jour que ma musique avait toute sa place dans le temple si convoité du cinéma, imaginer me hisser aux côtés des plus grands et des plus réputés. J’ai un soupir morne, tourné vers le ciel sans étoile, tandis que je termine la route à pieds. Je me suis trompé d’arrêt, les rares voitures tracent ma silhouette sur le sol, déformée et trop maigre, mes cheveux se découpent dans un désordre des plus ostentatoires. Aussi noirs que mon manteau, des airs gothiques pour maquiller la nature de camé, ou celle de rockeur râté. Je remâche depuis des jours le coup bas de Greg et d’Ellis à mon encontre, je peine à leur pardonner la douleur qu’ils ont su raviver à l’intérieur, quand je me contentais de l’ensevelir sous les médicaments, l’alcool, et toute la came que je pouvais trouver. Si la mort violente et le suicide m’étaient ainsi refusés par un destin qui s’acharne sur ma carcasse, j’avais choisi l’extinction la plus lente. Je sais qu’un corps, même celui d’un nuisible, ne peut guère résister longtemps à ce genre de traitement. C’est d’ailleurs sans doute à cause de cette apathie affichée, ce calme si différent de ce que je suis, qu’ils ont décidé de me forcer à entendre. Entendre la fêlure et la sentir jusque dans mes os. Ils ont en quelque sorte réussi, la douleur a passé un pallier, entremêlée au manque elle donne parfois à mes nuits blanches des accents de torture. Penser à cette fille a été salutaire dans ces moments là. Je ne sais pas trop pourquoi mais c’est son image, et son odeur, qui venaient à mon secours dans les moments les pires. Elle peignait les sursauts d’un désir, pour pervertir la douleur et la rendre supportable, j’avais l’impression que ses mains se posaient encore sur mes épaules pour m’apaiser. Je respirais avec violence et c’était son cou que je cherchais, pour me lover à l’ombre d’autres chimères. C’est le pourquoi, ce pourquoi que je ne dirai pas. Parce que la raison fait trop peur, parce que la raison pourrait entraîner tout ce que je ne peux plus m’infliger. C’est le genre de raison qui pourrait légitimer les petits complots des garçons, ramener la musique dans les chairs froides. Elle l’a sentie, elle l’a sentie ce soir-là, vibrer et chercher à m’étreindre, les harmonies chercher à tordre les carcans pour reparaître et s’épanouir sur la peau blessée. Pourquoi. Pourquoi. Je sais mais je ne parle pas. Je marche pourtant, je marche pourtant dans l’idée de la voir. La voir enfin, débarrassée de l’onirisme d’une soirée terminée, morte elle aussi. La voir pour déformer l’image et savoir l’oublier. Qu’elle ne puisse plus jamais me visiter dans le noir.

Le caillou part, ma main plus expérimentée vise très juste et manque Mandy d’un centimètre, détail qui me pousserait à rire si je n’étais pas entièrement donné à mes airs austères et détachés. Je me passe une main quelque peu nerveuse dans mes cheveux en bataille et ne m’excuse pas, bien entendu. J’avoue que l’atteindre en pleine tête aurait réalisé l’un de mes petits rêves séditieux, tant Ellis me saoule depuis deux jours que je reste à la maison avec lui, en soirée, me décrivant par le menu ce que cette fille peut être. Quand il en est arrivé à me dire ô combien elle était plus intéressante et plus profonde que ses apparences ne le laissaient présumer, je crois que j’ai éclaté dans une sorte de rire macabre avant de lui aboyer à la gueule : “Mais c’est bon, arrête de nous pomper l’air avec Milly, tu veux juste la baiser, c’est tout !”. Il s’est renfrogné et il m’a fait la leçon pendant cinq minutes sur ma façon de traiter les femmes et de les imaginer toujours comme des bouts de viande, et que ça me ferait le plus grand bien de regarder une fille autrement pour une fois. Je lui ai dit que je n’avais pas de leçon à recevoir d’un Judas comme lui, qui croyait bon m’infuser de force nos titres médiocres, tout ça pour se vanter auprès d’une pute. Je crois que j’ai failli m’en ramasser une. Je ne sais toujours pas si c’est le qualificatif “médiocre” accolé à notre musique qui l’a fait bondir, ou mon peu de cas quant à la vertu de Marcy, mais il s’est tiré et m’a laissé en paix, à observer le plafond cloqué de notre minuscule environnement. J’étouffe là-bas. Je lance pour la fille qui soit disant est plus profonde que ces gros nichons ne le laissent présager :
_ Reste pas plantée là à déballer ton matos, et va chercher ta copine.
Et vu que j’aime bien que les gens aient vraiment hâte de s’exécuter parce que je suis l’amabilité incarnée, j’assortis ma phrase d’un doigt d’honneur, mis en exergue par ma main élégante. Des mains parfaites pour les insultes. Ou le piano, ou la guitare. Pour les insultes c’est mieux, bien plus constructif.
_ Tu sais ce que le connard de croque-mort te dit, espèce de dinde ?
Je siffle entre mes dents serrées, l’éminence d’un vocabulaire de charretier. Qui pourrait prétendre après cela que je ne sais pas traiter les femmes comme il se doit ? Quelle idée… Mon expression assassine se module cependant en reconnaissant la voix de la brunette, en voyant sa silhouette apparaître en lieu et place de l’horrible gorgone. Je ne souris pas, mais quelque chose irradie sur mes traits avec brutalité, une infime seconde. Et ce que je saisis de son expression est l’exact opposé, cette satisfaction féminine qui sait qu’elle a accroché un type qui a traversé tout Austin pour venir la reluquer. Ou pour cesser d’en consentir l’idée. Qu’importe. J’ouvre les deux bras, et salue quelque peu :
_ Ouais c’est ça, c’est tout moi, une fille me frôle et je peux plus la sortir de ma tête. Rêve pas trop, fillette.
Drôle de contradiction dans mes prétentions, j’adore ces airs rieurs à la lueur de la Lune, ça lui donne une bouche mutine qu’on crève de dévorer, mais bon, je me recule pour qu’elle ne puisse pas avoir tout loisir de cueillir sur mon visage cet effet qu’elle déclenche. Je crois qu’elle descend, et je sais avec une certitude qui ne me ravit pas totalement qu’elle doit songer à moi avec une prégnance sans doute identique à la mienne. Ou bien elle est prête à suivre n’importe quel type qui apparaît comme ça, à une heure du mat’, sous ses fenêtres. Je ne sais trop laquelle de ces assertions me conviendrait le mieux, mais son rire l’emporte sur les doutes. Je lui offre un sourire acide :
_ J’sais pas. T’as qu’à tenter pour voir.
De mes regards de rapace, j’observe tout son petit manège et surtout ses jambes nues qui dépassent presque entièrement d’un pull informe. Une indécence brûlante sans vulgarité. La note se fragmente et se poursuit dans ma tête, me rend sourd un instant, parce que toute mon attention se resserre sur les muscles qui se tendent, les allures félines qui se déploient pour rejoindre le sol. J’avance avec lenteur à sa rencontre, pour parer en effet à une chute malencontreuse. Peut-être pour avoir un meilleur point de vue, une seule oeillade me fait entrevoir ses sous-vêtements et je hausse un sourcil goguenard :
_ Je savais pas que j’aurais le droit à un tel spectacle… J’aurais dû venir plus tôt.
Mon léger rire glisse sur elle, les cuisses serrées autour de la gouttière, une image parfaitement érotique, jusqu’à ce qu’Eros soit dérangé dans sa morsure par un sursaut de peur. La gouttière ploie quelque peu, ma mâchoire se contracte et l’un de ces ordres peu amène tranche dans l’air. Ces ordres dont j’étais si coutumier quand j’étais sûr de moi.
_ Fais gaffe, bordel, plutôt que d’onduler là-dessus. C’est pas du pole dance.
Alors qu’elle me cherche, tâtonne dans le noir pour que je me matérialise, ce sont mes deux mains qui viennent encadrer sa taille :
_ Laisse-toi faire.
Je la tiens tout au long de l’étreinte étrange que la situation entraîne, son corps glisse contre le mien, avant qu’elle ne pose les pieds par terre, mes mains furètent sur la laine, s'immiscent entre les mailles trop lâches, puis je lui rends sa liberté. Une légère caresse, comme si mon corps cherchait à la saluer, à la retrouver coûte que coûte. Je déteste ça. Je fais un pas en arrière et la regarde de haut en bas, mes airs sont une seconde plus renfrognés, car elle est à l’image de celle qui pervertit mes pensées. Je ne l’ai imaginée ni plus belle, ni plus attirante. Elle a cette grâce un peu céleste, l’énergie débordante de la jeunesse dans les membres. Des cuisses qui ne sont pas trop maigres, rien à voir avec ces grandes perches qu’on trouve sur leurs talons aiguilles à l’Atrium.
_ Bon. J’espère que t’es prête à tout, petite fille, parce que je suis pas venu pour tes beaux yeux.
Une invention pure qui se tisse au gré de mes élucubrations, cherchant un projet concret qui éviterait à tout prix la question fatidique, ce pourquoi qui suit la satisfaction de son sourire. Je jette un coup d’oeil alentours, au mur en crépis clair, de cette grande bâtisse. Puis la laissant derrière, je me mets à marcher dans ce qui j’espère, est la bonne direction.
_ Il paraît qu’ils ont une salle de musique ici, tu sais où c’est ?
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Sam 22 Déc - 14:36 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Mandy est furieuse. Cela se voit aux grands airs qu’elle déploie tout autour d’elle, comme si on lui arrachait des plumes pour les balancer. Elle s’insurge, son cou s’allonge d’une drôle de façon. Ses sourcils forment une ridule singulière entre ses yeux mécontents, qui lancent des éclairs dans la nuit noire. Eleah mord le sourire qui menace de poindre au bord de ses lèvres : elle la trouve comique, et le terme de dinde est plutôt bien trouvé en ce qui la concerne. Elle se lève, avec cette impatience incontrôlable, qui frôle l’euphorie. La torpeur secouée par des spasmes d’envies contraires. Celles qui tendent à le rejoindre, celles qui aspirent à le regarder partir. Il a ébranlé quelque chose à l’intérieur de son petit corps. Elle ne sait pas exactement ce que c’est, et ce que cela signifie. Si c’est un trouble passager qu’il saura reprendre aussi vite qu’il a su le marquer sur sa peau blanche, ou s’il a su le tatouer sous l’épiderme, tout à l’intérieur. Ses allures débraillées font peu d’offense à ses airs moribonds. Il y a comme un contraste, entre le côté très austère de sa posture, et son aspect dégingandé à elle, avec sa chemise de nuit bleu pâle en coton (plus un tee-shirt trop long en réalité), son chignon flou qui chavire carrément sur un côté, maintenu par un élastique arc-en-ciel, et son pull clair trop long, dont le col retombe sur un bord de son épaule. Elle n’a jamais été spécialement attentive à l’élégance de ses tenues, de sa présentation, ayant cette désinvolture adulescente qui tend à se vautrer dans les apparences les plus excentriques. Un contraste avec les airs étriqués qu’on leur impose, à la Royal Ballet. Chignons serrés, cheveux plaqués. Rien pour dévoyer la symétrie d’une posture qui doit incarner la perfection, à chaque souffle, à chaque seconde. Elle a besoin de ce débraillement lorsqu’elle quitte son costume de scène. Deux excès, deux pôles. Entre les deux elle ne sait pas toujours ce qu’elle est et ce à quoi elle aspire. Si plus tard, elle sera de ces femmes élégantes, qui privilégient les matières soyeuses aux coupes abruptes, ou si au contraire elle se complaira dans des allures très babacools. Les deux … Les deux pourquoi pas. Elle se présente à la fenêtre, Juliette inélégante, les yeux morts d’espièglerie maligne à défaut d’être morts d’amour. Son promis n’a rien d’un Roméo, avec ses airs furibonds et ses gestes obscènes. Un Roméo connard, qui cause de cette façon. Ça n’est pas si mal. C’est presque mieux que la version trop classique, avec cette amoureuse transie qui chiale et ne gémit qu’à moitié, trop bien élevée sans doute, trop bien élevée toujours. Mandy braille à ses côtés. Elle l’entend à peine, tous ses esprits happés par l’image qu’il renvoie, en contrebas, et qui la happe sans commune mesure.
« Menteur. » lâche-t-elle, en tirant le bout de sa langue.
Elle ne sait même pas son nom. Ou son âge. Elle y a songé plusieurs fois, à ces considérations que l’on liste et qui sont censées aiguiller les relations entre les êtres. Des pièces d’identités derrière lesquelles ranger une image. Il a été plaisant pour elle de lui imaginer des patronymes. De l’imaginer d’abord lycéen, comme elle, ayant assez vécu pour paraître plus vieux qu’il ne l’est en réalité. De le voir ensuite, dans cet âge d’entre-deux où tous les excès sont possibles. Merveilles à découvrir, merveilles à embrasser. Il a dévoré tant de merveilles qu’il s’est écœuré de leurs saveurs. Cela se voit, cela se devine. Dans cette apathie amère qui le cisèle, enferme tous les élans derrière une putride indifférence dont elle rêve de gratter la surface pour en découvrir la peau toute neuve, sous la couche pourrissante. La descente s’entreprend dans la foulée. Le long de la gouttière tiédie par le jour qui a décliné depuis un moment. Il ne fait pas froid cette nuit, l’atmosphère estivale déployant sa langueur pour les envelopper tour à tour. Le mois prochain il fera trop chaud. Ils aspireront tous à se rejoindre dans des points d’eau, n’importe lesquels, pour oublier la chaleur cuisante de leurs salles de répétitions. Rien de ressemble à Londres ici. Ni les paysages, ni les visages. A part lui … A part lui. Elle se demande pourquoi ses traits ne lui sont pas si inconnus que cela en réalité. Pourquoi il y a sur les lignes de son visage des impressions familières. Il parle anglais un peu comme elle. Un anglais british, et pas américain. Il est venu se perdre dans ces contrées perdues, quand elle n’y est que de passage. Pourquoi ? Pourquoi ? La gouttière grince, rompt les pensées qui s’entremêlent dans sa tête. Son cœur bat la chamade, un bref regard vers le sol lui indique qu’elle est bientôt arrivée au bout.
« Comme si c’était la première fois que tu voyais un cul et une culotte de gonzesse quoi. »
Elle soupire très fort, en levant les yeux vers le ciel tout en soufflant par-dessous sur sa frange désordonnée. Elle se cramponne encore à sa gouttière, plus par réflexe que par réelle nécessité comme il décide de lui venir en aide. Ses membres se raidissent, tardent à accepter totalement sa présence parce qu’ils se souviennent de la frayeur qu’elle s’est faite, juste avant, quand son support a manqué de céder. Elle finit par ployer, toute contorsionnée pour le rejoindre dans une ondulation étrange, à l’équilibre très incertain. Sur le coup elle se fait la réflexion qu’il est plus robuste qu’il n’en a l’air. Elle va même jusqu’à lui tâter légèrement le biceps, avec un air circonspect et concentré à la fois, comme pour s’assurer qu’il lui appartient bien, qu’il n’a pas transmuté depuis leur dernière rencontre.
« Tu fais de la gonflette ? T’es plus costaud que ce que j’imaginais. »
Elle sourit de toutes ses dents, avec une ironie ravageuse qui frise avec la moquerie silencieuse. Sa liberté retrouvée, elle époussète le bas de sa tenue, essaie en vain de remettre un peu d’ordre dans sa coiffure. Mais au bout d’une demi-seconde, ses esprits virevoltent déjà ailleurs, papillon de nuit aux ailes fragiles, venu se poser sur la lame aiguisée du rasoir de ses prunelles en clair-obscur. Il la dévisage aussi, de façon quasi intrusive, qui lui fait retenir un mouvement par lequel elle aurait resserré son pull contre son corps. A la place elle penche un peu la tête sur le côté, accentue l’asymétrie de sa silhouette.
« Hmm. Tu trouves que j’ai de beaux yeux alors ? »
Elle bat des cils de façon très ostentatoire, biche frivole devant son chasseur, avant de hausser un sourcil face à sa question. Une salle de musique. Elle n’est pas surprise. Pas entièrement du moins. Elle l’imaginait sensible à une quelconque forme d’art, porteur de ces personnalités qui vibrent à l’unisson des harmonies qu’ils savent créer, que ce soit au gré de notes ou d’esquisses. Une salle de musique. Elle lui emboîte le pas avec un naturel confondant, la démarche presque sautillante à ses côtés, en contraste, en contradiction.
« C’est par là, viens. Alors tu es musicien ? Tu joues de quel instrument ? Oh non attends ne dis rien. Je veux deviner. » Elle marque un temps d’arrêt dans leur marche, se poste devant lui et saisit ses mains sans lui demander la permission. Elle en examine une, puis l’autre. Sa paume se pose contre la sienne, l’oblige à déployer ses phalanges contre les siennes, plus petite, tandis qu’elle les examine de la même façon qu’un médecin ausculte son patient. « Hmm … Tu as des doigts fins, et allongés. Je dirais pianiste. » Elle saisit ses doigts, en examine les bouts, en passant la pulpe de son pouce sur certains d’entre eux. Une rugosité caractéristique. « Ou guitariste. » Elle examine à présent son visage, scrute ses lèvres fines avec insistance. « Ou saxophoniste. A cause de la forme de tes lèvres. » Elle le libère, continue de marcher un peu, ajoute simplement : « Alors, mon intuition est comment ? »


CODAGE PAR AMATIS
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James M. Wilde
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() message posté Lun 24 Déc - 17:25 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
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Menteur. Mot d'enfant, mimique joueuse du bout de la langue. Du bout de la langue, un mot qui se délivre et qui tombe à mes pieds, comme une pierre. Un trait. Qui m'atteint en pleine gueule, positionnant mon masque froid, si fixe et si égal. Menteur. Un mot si simple et si complexe en vérité, qui demeure amer au fond de la gorge qui s'étouffe de tout ce qu'il cherche à disperser. Dans le ventre, dans les tripes. Dans la tête. Menteur. Menteur. Menteur. Depuis combien de temps ? Depuis combien de temps suis-je ainsi cette ombre rendue à cette pantomime absurde, qui consiste à prétendre ces quelques soupçons de vie, ridicules ersatz qui s'étiolent aussitôt qu'ils se consument sous mes oeillades mortes. Aucun émoi, aucun affect. Une constance trouble dans ces amours chimiques qui abrutissent les sons, laissant des harmonies cendreuses et des orgueils navrés dans son sillage. Une marche ininterrompue vers le néant. Menteur. Menteur. Néant trompeur qui ne veut pas de moi, il me recrache, il me vomit, sur le seuil de la douleur en crescendo ignoble, ligne brisée d'une tourmente qui débuta entre quatre murs. Menteur. Sur le carrelage alors. Menteur. En haut de l'escalier peut-être. Menteur. Entre ses cuisses qui se débattaient. Menteur. Infâme menteur. Je ne connais plus l'origine du mensonge ni la saveur du rêve qui fut donné à deux amants qui me semblent dorénavant inconnus, impossibles à déchiffrer. Leur danse lointaine dans le grand vide qui les condamna, une absurdité de plus, un mensonge de trop. Ces jours-ci je me demande même si l'amour existât. S'il fut possible que dans mes chairs glacées il y eut une vraie place à un sentiment noble, une sensation altière, autre que ces résidus hérités de la folie et de la peur, enlacées sur chaque maillon de ces chaînes qui me ploient. Alors je mens. Je mens oui. Car je ne sais plus qui j'ai été, qui je suis. Qui je serai n'a aucune importance. Et pourtant je suis là, ciselé par ses yeux magnétiques qui s'accrochent à mon image pour en façonner un être que je ne connais pas. J'ai oublié. J'ai oublié. Peut-on mentir encore quand on ne comprend plus, ce qui fit les souvenirs déviants et qui défit toute l'estime de soi ? La fureur de sa copine allonge mon souffle, l'expédition improvisée peint des chimères malformées qui claudiquent dans l'atmosphère doucereuse de cette nuit de juin. Il fait bon, l'on sent le jardin arboré tout autour, un peu moins pathétique et abandonné que ces quelques arbres qui crèvent au bord de la route. Ici sans doute que l'on entretient les parages pour donner de ces allures trompeuses à un lieu qui ne put jamais atteindre l'excellence que l'on avait imaginé pour lui. Un centre d'art dramatique qui devint résidence secondaire de quelques échappées étrangères et adolescentes, à la périphérie d'une ville sans grand intérêt. Une créativité circonscrite par une végétation trop rare et des budgets trop courts. Banal à pleurer. Un décor où mentir est bien simple, interpréter un rôle va de soi quand tout autour les ambitions échues se cantonnent à une clôture éventrée. C'était si facile de rentrer ici. Si facile. Pourtant ce genre d'Institut me fait peur en général, des atours de prison pour rappeler celle qui me détient toujours. Sont-ils tous enfermés ici, l'est-elle à leurs côtés ? Créature qui s'évade par la fenêtre de sa chambre pour se couler dans les évasions de la nuit. Ses habits dessinent des tentations que j'aimerais laisser pourrir au côté de tout ce que je ne dis pas, que je ne dis plus. Anonyme supplice que j'ai élu au détour d'une rencontre imparfaite. Ses bras autour de mes épaules et son souffle dans mon cou. Rencontre avortée par ma propre couardise quand je me raconte que c'est la sienne qui arrêta mes gestes. C'est son âge, son inexpérience. Son visage de petite fille. C'est toutefois bien ses traits d'enfants qui m'attirent, qui m'ont poursuivi dans l'antre distordue où les rêves disputent les cauchemars. Une tentation sans identité, juste une entité éphémère, au creux de la nuit, que mes doigts cherchent à étreinte pour se rappeler seulement ce que cela fait. Elle a une sorte d'accent qui caresse la mémoire, un accent irlandais je crois, celui de la jeunesse et des moments sans heurt. Mais je ne lui ai pas posé la question. Je ne la lui poserai pas. Je ne veux pas. Je n'aurais pas dû venir jusqu'ici. Un pas en arrière qui confie mes doutes aux ténèbres, j'hésite à m'enfuir, j'hésite à la laisser immatérielle, inconnue dévorée par la virulence d'un fantasme inconvenant, que je n'attendais pas rencogné dans les dédales de mes esprits malades. Mais il a fallu qu'elle soit habillée ainsi et que la gouttière ploie, incline des envies jusqu'à moi. Je l'ai saisie, là tout contre mon corps mort qui a hurlé son désarroi, le contact trop délicat pour seulement le soutenir. Elle est si légère. Le pull se soulève un peu, dévoile plus encore de ses cuisses avant que je ne la lâche. Elle a raison. Ça n'est pas la première fois, mais c'est la seule fille que je reluque sans me donner à une tractation implacable, celle du fric ou de la came, depuis… depuis. La pensée se blesse et s'arrête, l'idée douloureuse sur mon visage. Le déséquilibre effroyable, mes doigts avides s'y consument, surtout parce qu'elle met quelques secondes à l'accepter, à chasser ces réflexes qui donnent aux caresses les relents des intrusions. Ses doigts glissent sur mon muscle qui se tend sous le cuir du manteau, et je réponds très sobrement, presque avec une austérité manifeste qui me fait d'abord grogner un mépris ostentatoire. De la gonflette. Comme si j'étais ce genre de mec. Puis pourquoi a-t-elle l'air surpris et interdit comme si c'était étonnant de la part d'un nabot comme moi. Je grommelle à moitié :
_ Je peins des plafonds toute la journée.
Quand je daigne me ramener à mon boulot de fortune, une sorte de marasme pour dégénérés où le personnel ressemble à des accidentés de l'existence, repris de justice, esprits limités, étudiants fauchés ou âmes désaxées. Je ne sais plus à quelle catégorie j'appartiens. J'ai presque honte de lui dire ça, ce que je fais, cette profession sans aucun panache, ridicule occupation pour ramener quelques malheureux dollars qui partiront dans la came ou le loyer, qui ne me ressemble en rien. Ou peut-être que si. Mes yeux sont désabusés et je me renfrogne plus encore, sans qu'elle ne m'ait véritablement donné de raisons de le faire :
_ Ça va, c'est une occupation comme une autre. De peindre des murs. C'est très bien. Arrête de faire ta petite bourgeoise.
La danse tout ça… Une excuse pour nous laisser dans une asymétrie de façade. Bourgeoise. Et c'est moi qui le dis. C'est à s'étouffer quand l'on sait qui est mon père. La moquerie dans ses iris me fait frémir, je reprends des distances comme si elle m'empoisonnait avant de hausser un sourcil plein d'ironie :
_ J'ai dit ça moi ?
J'ai un fin sourire avant de la regarder encore, une longue seconde, inspirant l'image qu'elle renvoie, toute flattée de son apparence. Il faudrait sans doute être aveugle pour ne pas la trouver attirante. Je lui parle de salle de musique, le premier prétexte que j'ai trouvé pour éviter tout silence qui pourrait l'amener à m'interroger plus encore mais c'est malheureusement une piètre stratégie. Elle se saisit de l'idée et tire bientôt toutes les conclusions qui frôlent la vérité. Nous marchons l'un et l'autre, pas totalement côte à côte, je bifurque en même temps qu'elle suivant son pas, longeant le mur de la bâtisse, caressant le crépis du bout des doigts pour en savourer les aspérités. Je fais souvent ça, sans même m'en rendre compte. Je pourrais aussitôt la contredire, lui avouer d'emblée que si je veux aller voir de près les instruments ça n'est pas véritablement dans un soucis d'artiste, même si ma curiosité naturelle quant à ces matières là me font immanquablement trainer dans les pièces consacrées à la musique. Je m'y oublie souvent, assis dans un coin, à imaginer ce passé comme l'on voit défiler un paysage que l'on habitera plus jamais. Les instruments classiques surtout, comme une sorte de retour aux sources que quémande l'esprit pour cesser de communier avec le vide. Et les images qui s'y renferment. Je ne dis rien, car elle s'emballe toute seule, même si toute ma posture change, en proie à l'angoisse et à des instincts de protection. Je m'arrête cependant, lui abandonne une main qui tremble dans la sienne, avec ce réflexe qui cherche à moitié à lui échapper. L'impatience et l'inconfort dessinent les tendons de mon poignet. Faut-il que j'ai choisi la moins cruche, qui s'intéresse aux êtres et cherche à en saisir une essence quelconque pour les graver quelque part. Mes yeux cherchent à s'évader, ils observent les alentours sans les voir. Le geste est si intime que toute ma nervosité se condense, plus encore quand elle trace ce passé qui n'est pas si lointain, le traçant en des lignes invisibles qui s'insèrent sous ma peau et en rouvre les plaies. Mon cœur combat ce que j'aimerais juger telles des élucubrations, et lorsqu'elle relève son joli minois dans ma direction, une seconde se suspend tandis que mes prunelles dilatées la défient, et l'adulent dans un curieux mélange. La souffrance est là, prégnante, sur le visage et je finis par lui arracher ma main, au moment où elle décide de me la rendre. La rébellion est avortée, ma paume est douloureuse, ma main est devenu un poing. Je précipite une ironie bancale, dans son sillage, à distance, qui ne convainc personne entre mes dents serrées, en reprenant la marche, une marche incertaine :
_ De la harpe. Et de la flûte islandaise. Qu'est-ce que ça peut bien foutre de toute façon ?
La réaction est viscérale, trop intense pour être anecdotique, et ma respiration perturbée trahit une émotion qui ravage tout, sclérose les muscles et les pensées. Je tente de me calmer, sachant que son impudence n'est en fait que les échos frelatés d'une curiosité héritée de sa nature. Et de l'enfance. Pourquoi ces devinettes devraient être dangereuses ? Comment l'aurait elle prévu. Je lui en veux pourtant avec une prégnance qui tarde à me quitter. Mon souffle s'étend dans la nuit, et le silence ponctue la lourdeur de mes affects. Je finis par la rattraper, je ne lui demande pas pardon mais je réponds avec un peu plus de calme. Ma voix exhume la confidence au rythme de nos pas qui se synchronisent doucement :
_ Je jouais du piano et de la guitare. Tu as vu juste.
Mais plus maintenant. Plus maintenant. Le silence se prolonge, nous pénétrons par un côté du bâtiment. Rien n'est verrouillé par ici, nos pas résonnent sur une sorte de carrelage désormais. J'ai la tête un peu plus basse, et je murmure tout bas :
_ Tu ferais quoi toi ? Si tu ne pouvais plus danser ? Qu'est-ce que tu ressentirais ?
Confidence pour confidence. La porte de l'intime violentée, enfoncée par ses caresses et sa curiosité. Je demande quelque chose en retour, pose ma main sur son épaule pour l'arrêter. Une main trop ferme, dans ce couloir sombre. Je devine ses yeux aux quelques lueurs qui s'égarent jusqu'à nous. Je porte mes doigts à son visage, cherche à lire son expression, mon pouce suit la courbe de sa joue.
_ C'est vrai que tu as de très jolis yeux. Parce qu'ils ont vu… qu'ils voient plus que ce que ton âge ne peut laisser croire. C'est un peu triste. Mais c'est comme ça.
Élan contraire qui revient à elle après s'être tant défendu de tout ce qu'elle cherchait à voir, oscillation qui donne le tournis, qui donne le vertige. Comme cette étreinte tout à l'heure, son corps contre le mien.
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Eleah O'Dalaigh
Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 2 Kqj4glu
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() message posté Mar 25 Déc - 22:44 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

S’adonner au néant, le regarder bien en face et plonger, tête la première, le corps dans le prolongement de la vague qui engloutit tout, jusqu’à l’âme sans doute … Jusqu’à l’âme. Le néant c’est lui, c’est eux. C’est cette encre invisible, pourtant noire, qui perle au bout de ses doigts fins pour se poser sur la nacre dérobée de sa peau. Elle se raidit, elle se tend. Réflexe animal, qu’elle ressent chez lui de façon plus prégnante encore. Plus intuitif, plus destructeur. Il s’enferme en lui-même de la même façon que les pénitents se recroquevillent, position fœtale, indistincte fragilité qui ne laisse à personne le droit de pénétrer la sphère derrière laquelle il se cloisonne. Quatre murs dans le corps, dans l’esprit. Barrières infranchissables, capitonnées, entravées par des barbelés acérés qui font saigner les mains de ceux qui cherchent à s’approcher. Ses mains saignent sur ses épaules, sur les os qui saillent sous le cuir sombre. Sombre lui aussi, comme le camaïeu des humeurs qu’il déploie. Changeantes, parce qu’elles le menèrent jusqu’à elle toutefois. Elle qui l’a appelé dans le noir, qui a murmuré un nom qu’elle ne connait pas. Le sien … Le sien. Entité multiple et pourtant entière. Il est venu jusqu’à elle sans qu’elle ne l’ait réellement convoqué, le choix de la retrouver latent, inéluctable. Il aurait pu regagner son quotidien sans jamais se souvenir. Cela aurait été si facile, de se perdre dans quelques égarements, d’oublier ses frivolités de petites filles. Des filles à baiser, même des très jeunes, il y en a tant qui s’écoulent. Un flot sans fin, louvoyant dans la débauche. Se noyer est simple, si simple. Il suffit de se laisser porter par le courant, d’onduler au gré d’une vague, de sentir le sel de plaisirs faciles s’insinuer par tous les pores, noyer le corps, noyer l’esprit, tout ensemble … Tout. Il est là pourtant. Il a bravé les dédales des rues arides, les insipides trottoirs torves, aux réverbères vacillants, pour s’égarer jusque sous sa fenêtre. Plus elle le regarde, plus elle se demande si sa présence est un hasard. Un égarement, ou bien l’affalement d’un corps ravagé par le désespoir sur le rivage de sa jeunesse candide, soucieux de s’y agripper, de s’y accrocher. C’est ce que font les condamnés à mort, juste avant de monter sur la potence. Ils se débattent, ils se retiennent. Ils espèrent encore un peu entrevoir de cette clémence qu’ils ne méritent pas forcément. Un espoir, même infime. Quelque chose qui rattache à l’humanité perdue, oubliée quelque part, dans un sillage trouble. Ses regards s’aimantent à lui avec une intensité délicate. Il y a de la voracité à l’intérieur de ses prunelles, une voracité dont la curiosité se nourrit pour l’envelopper d’un baume. Elle se tapie au fond de sa pupille, attend avec patience, comme le font les chats lorsqu’ils guettent la proie qu’ils convoitent depuis trop longtemps. Eleah ne se rend pas encore compte des élans qui se cachent à l’intérieur d’elle. Tout au plus sent-elle son cœur battre plus fort, une chamade engorgée d’adrénaline. Mais elle ignore tout de ce que cela dissimule. Elle hoche la tête d’une drôle de façon alors que ses pieds rejoignent le sol, s’ancrent dans une matérialité diffuse. Il n’a pas les allures d’un ouvrier, ou de quelqu’un qui a eu l’habitude de travailler sur des chantiers pendant de longues années. Elle l’imaginait dans des attraits plus artistiques, plus éphémères aussi. Elle est plus amusée qu’offusquée par les sous-entendus qu’il lance. Petite bourgeoise. Si seulement cela pouvait être aussi simple. Ce n’est pas la première fois qu’on la qualifie ainsi. Mettez-vous à aspirer à graviter dans les hautes sphères, parvenez-y à coups d’efforts, et sans doute trouvera-t-on plus facile d’attribuer votre réussite à votre éducation et votre hérédité plutôt qu’à votre seul mérite. Un sourire plus subtil s’étend sur ses lèvres alors. Elle a cette expression troublante, qui ne dure qu’une seconde, où elle semble moins jeune qu’elle ne l’est en réalité.
« Il n’y a pas de sot métier tu sais … Surtout lorsqu’il s’agit de survivre. »
La misère, la vraie, celle qui pousse aux pires tractations par désespoir, il faut la connaître pour le savoir. Il sait à sa manière, elle en est intimement persuadée. Elle sait elle aussi, au fond de son âme, au fond de son ventre. Des souvenirs imparfaits qui caracolent dans sa tête à l’étourdir. C’est très incertain tout cela. Elle sait surtout que son oncle et sa tante ont beaucoup trimé pour lui permettre d’intégrer la Royal Ballet. Mais ce n’est pas de cette misère là dont elle se souvient. Ce n’est même pas de la misère, seulement la précocité de ces êtres qui travaillent plus que de raison pour avoir droit à un train de vie sans fioritures. C’est Galway qui lui revient en tête. Les odeurs d’humidités de la tapisserie de la chambre. Celle du whisky bon marché, qui avait imbibé le tapis du salon. Le seul. Celui qu’elle avait récupéré dans un dépôt vente pour une pièce ou deux. Pas grand-chose. Juste assez pour la ravir. Elle ne voulait rien d’autre … Rien d’autre. Ses pensées raccrochent très vite les wagons de la conversation alors qu’elles menaçaient de l’emporter ailleurs. Elle bat des cils, très consciente de ses charmes potentiels sans pour autant connaître totalement les armes à déployer pour manipuler. On lui a souvent dit qu’elle avait un joli visage. Un peu trop rond, un peu trop poupin. Mais un joli visage malgré tout. De quoi compenser sa taille trop petite, ses hanches trop larges par rapport aux autres danseuses de son âge, sa poitrine plus développée que les autres aussi, alors que tous ses muscles auraient dû se retrouver asséchés sur l’ossature maigre et longiligne. Ce sont les exigences pour les danseuses étoiles. On ne leur demande pas d’être féminine, pas de corps en tout cas. Il faut être longue, être grande. La silhouette une ligne distincte, presque abrupte, androgyne. Elle n’est pas bien épaisse pourtant, mais cela ne rentre pas dans la norme. Leur norme. Cette norme qui a déformé la vision qu’elle a d’elle-même depuis l’enfance. A moins que cela remonte à bien avant encore … Elle ne sait pas exactement.
« T’es ronchon comme ça en permanence ou c’est un immense privilège que tu me réserves ? » lâche-t-elle, les bras croisés, l’air faussement mécontent face à ses marques d’ironie manifestes.
Il en faut plus néanmoins pour brimer les élans de sa frivolité, de ses curiosités, et de son enthousiasme. Elle le voit se braquer, créature farouche, créature sauvage. Elle fait fi de toutes les réactions physiques qu’il peut avoir, le libérant avec grâce en se rapprochant de leur lieu de prédilection. A rebours il semble concevoir l’idée de s’adoucir un peu, de ne pas voir en elle une menace. Elle lui jette un regard en biais et ajoute, juste après avoir relevé l’emploi au passé :
« Jouait ? Pourquoi … Tu ne joues plus à présent ? »
Ses doigts se posent sur la porte de la salle de musique. Rien n’est fermé en effet, même la nuit. La salle de danse non plus ne l’est pas, parce qu’elles sont en accès libre à tous les élèves de l’institution, à toutes heures du jour et de la nuit. Une liberté offerte pour ne pas brimer les envies créatives, qui surviennent parfois au beau milieu de la nuit. Cela lui est déjà arrivé d’aller danser, alors qu’elle ne parvenait pas à dormir, à des heures indues. Une chose appréciable, une confiance placée entre leurs mains adulescentes. Le silence de la pièce les happe et ses mots résonnent, pendant qu’Eleah appuie sur l’interrupteur pour qu’ils puissent voir un minimum. Lumière d’apparat, moins criardes que les néons des couloirs des dortoirs, néanmoins aveuglante pour qui s’est habitué à naviguer dans le noir. Ses questions l’atteignent à rebours, le temps qu’elle en mesure toutes les conséquences. Elle prend le temps d’imaginer ce que cela lui ferait, de ne plus danser. Une sorte d’inquiétude latente transparaît dans ses traits, dans sa manière plus lente et moins sautillante de se mouvoir, l’air calfeutré de la pièce sous ses doigts, sur ses pas.
« Je mourrais je crois. »
Les mots retombent, comme une chappe de plomb, mais avec cette douceur étrange qui lui apporte une forme de délicatesse. Un serment déjà fait, déjà inscrit sous sa peau, dans sa chair. L’agonie d’une prophétie marquée au fer blanc sur ses poignets trop fins. Elle l’observe en contretemps par-dessus son épaule, alors qu’il y appose sa poigne, ajoute après l’évanescence d’un silence.
« Mais ça n’arrivera pas. Je pourrais toujours danser, de quelque manière que ce soit. Il faudrait me briser entièrement pour qu’il n’y ait plus rien. »
Elle l’interroge encore, troublée par le regard qu’il porte jusqu’à elle, qui l’inonde, devient cet intrus qui se faufile à l’intérieur de son corps pour atteindre des recoins perdus, cachés de l’âme qui se calfeutre. Son souffle s’égrène sur le fil de cette intimité inconnue. Une partie d’elle comprend ce qu’il veut dire, entend ce que chaque mot porte de signification. Mais une autre part, plus importante encore, reparaît dans un élan presque farouche. C’est le déni, en grand équipage. Celui qui la protégea depuis l’essence, celui qui préserva le peu de candeur qu’il y avait encore à sauver. Son visage se ferme sur la pulpe de son pouce. Pas longtemps, juste une indistincte seconde. Elle a un léger mouvement de recul, irrépressible cette fois-ci, parce que c’est à un instinct enfoui qu’il vient de s’adresser, et que ce dernier n’apprécie pas d’être ainsi interpellé. Il est plus fort que la curiosité, plus virulent encore que la voracité. Il n’a rien à voir, parce qu’il s’est nourri de la terreur. Une terreur oubliée … Une terreur loin d’être mort-née.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. »
Elle se recule, cherche à renouer très vite avec un sourire ostentatoire qui met malgré tout un peu trop de temps à s’étaler sur son visage. Ses pas la mènent plus avant dans la pièce, ses yeux caressent une guitare électrique, puis un saxophone. Elle va s’asseoir sur le rebord du piano à queue qui trône dans un coin de la pièce, plus sautillante, plus frivole. Elle croise les jambes, plaque ses mains de part et d’autre et le défie au loin.
« Alors, ce n’est quand même pas pour rien que tu m’as traînée jusqu’ici, si ? Tu me fais une démonstration ? Sinon … Ils font des travaux dans la pièce d’à côté. Il y a un plafond à repeindre. Tu seras peut-être meilleur à ce niveau-là. »
Elle n’a pas peur, ni de l’affront, ni de ce qu’elle pourrait découvrir à le voir sous cet autre jour, visiblement dangereux, visiblement interdit. L’interdit l’a toujours captivée au plus haut point, et cela ne risque pas de changer ce soir. Surtout si cela lui permet de se dérober elle.


CODAGE PAR AMATIS
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James M. Wilde
Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 2 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Mer 26 Déc - 20:46 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




Les silhouettes qui s'entrechoquent, le hasard qui cherche à tisser l'écueil d'une délivrance presque obscène. Les chairs qui demandent ce contact, qui le dérobent au détour d'un geste, qui s'y frustrent pourtant. C'est une contradiction ancrée dans la tête, l'inflexion d'une seconde qui déclenche tous les instincts protecteurs d'un être en souffrance. Le hurlement s'affranchit dans la nuit, entre mes bras, quand je la pose et lui rend sa liberté illusoire, le hurlement glisse dans mon ventre et se rencogne dans sa prison putride, reniant l'accident et maudissant le sort. Pourquoi avoir cette impression néfaste, celle qui la concevrait ainsi, interdite dans ses envies, à appeler un corps à ses côtés pour toutes les dessiner. Un corps mort. Mort. Précipitation du souffle et de l'hérésie, des pensées reniées au seuil de la bouche qui ne sourit pas, qui ne sait plus comment exprimer une envie ou un besoin. Avoir besoin d'elle, avoir besoin de ça, danse estropiée que l'on inflige pour ne plus savoir tracer les pas convenables d'une rencontre, cela me terrifie, me dégoûte et me navre. C'est un sursaut sur le fil de l'apathie, une autre ligne de fuite qui me destine à des inconnus improbables. Pourtant les doigts tremblent, d'avoir seulement osé, d'avoir seulement imaginé la brûlure de cette danse là, amorcée sur la piste détestable de l'Atrium, poursuivie sur les chemins indistincts des abords de la ville, pour se clore ici, alors qu'elle minaude et que je me tiens devant elle, muet et agressif. Vouloir avec la fébrilité de celui qui ne sait plus, dans l'impuissance la plus brutale qui soit. Je glisse mes mains dans mes poches le temps de les calmer, d'oublier les réflexes hérités d'un autre âge, ces réflexes et ces obsessions qui prolongèrent le rêve jusqu'à le recracher estropié et indécent. Impitoyable faim qui grogne encore, sous la douceur faussement suave de ces médications qui abrutissent les sens, entourent d'une camisole toute la fièvre pour la nommer folie. Une fièvre qu'elle traque, avec l'indélicatesse de ces filles qui ignorent ce qu'elles peuvent déployer de pouvoir lorsqu'elles déposent ce genre de regard dans le néant avide des hommes comme moi. Les mots susurrent à rebours, redeviennent des mantras. Tu pourrais apprendre… Tu saurais alors la comprendre, la mélodie infernale de ces envies qui suintent de ton corps. Dans ton ventre. Dans ton ventre, petite fille. Je demeure à l'orée des tentations iniques, le précipice étourdit tous mes sens, je m'en éloigne à grandes enjambées. Je ne réponds plus rien, même si une drôle de chaleur se glisse dans les replis de la souffrance et de la honte, pour achopper les angles, rendre bien moins brutales certaines lignes et certains jugements. Survivre a un coût, elle a raison du haut de son jeune âge, peut-être le sait-elle bien mieux que moi. Mes épaules encore raides trahissent cependant tout ce qu'il y a de désagrément à une profession qui horrifie cette nature que j'ai choisi de taire. L'artiste crève sous la répétition implacable de journées qui me rendent débiles, des murs blafards pour une musique aphone, je deviens sourd. Sourd à toute forme de procédé, plus enfermé que je ne l'étais alors, là-bas, quand le psy avait fait en sorte que je puisse me réapproprier la douceur des touches, la morsure des cordes. Tu sais comment faire, James. Tu sais comment sortir de là. À chaque note, à chaque pas, une harmonie supplémentaire qui donnait d'autres atours à la punition que l'on m'avait imposée. Il semblerait que celle que j'ai choisie pour moi soit plus impitoyable encore que les murs de l'asile. Le silence où s'enterre une destinée corrompue. Je ricane sombrement, le fiel en étendard de mes humeurs changeantes :
_ Et encore, je ne suis pas particulièrement en forme dernièrement, dis-toi que je ne suis pas à mon maximum. T'es chanceuse en fin de compte.
J'ai un sourire en coin, pour elle, avant que la trêve de cette seule plaisanterie ne déverrouille la confidence qui se distille dans la nuit. La pièce qui nous accueille résonne de tous nouveaux échos, calfeutrés par le ton que nous employons, celui que l'on revêt à la faveur des heures les plus tardives, pour ne pas déranger tout le silence autour.
_ Non.
Non, comme ça. Un non tranchant qui tombe là, au milieu du parcours, non, je ne joue pas, non je ne joue plus. Non je ne sais plus comment faire. Non je n'ai pas à me justifier. Non pourquoi ça serait étonnant. Non, pourquoi je devrais m'y obliger. Non. Non. Juste non. Je fronce des sourcils avant de l'observer, tandis que la lumière dévoile d'elle tous ces détails qui lui rendent une présence qui semble envahir tout le décor environnant. Un charisme qu'elle déploie sans même s'en rendre compte, avec sa petite taille et ses réflexions posées, consciencieuses, presque studieuses, quand elle s'invite au milieu de mes élucubrations les plus noires. Ma réponse précipitée, qui semble ainsi interdire toute échappatoire à la condamnation qu'elle dessine devant elle, n'a jamais été plus tranchante. Et son constat s'étoffe d'une sobriété étouffante, qui donne des allures lugubres à cette pièce pleine d'abandon. Des instruments au repos et des corps sans vie. Je m'arrête sur ses mots et la dévisage avec une empathie qui semble nous rapprocher l'espace d'un instant, mes yeux la cajolent, puis s'attristent du sort évoqué par sa bouche enfantine. Je mourrais. Je mourrais. Je mourrai. C'est ce qui arrivera. Le mot est si dur, le ton est si doux. J'oscille dans l'hérésie de cette seconde où j'ai l'impression de me noyer. Je vais mourir, c'est ce qui va m'arriver et ils le savent. Ils le savent. Que sans musique je ne serai plus capable ni d’avancer ni de comprendre, ce qu'il faut endurer pour respirer. Je crois que la pensée n'a jamais été aussi brutale que maintenant, en la présence de cette fille que je ne connais pas, la tombe grande ouverte sur des déambulations insensées, pour nous accueillir tous deux. C'est donc cela… c'est donc cela que j'ai choisi n'est-ce-pas ? C'est ce que ce non, presque fier, dans sa brutalité ignoble, signifie, en effet. Ma main sur son épaule s'accroche avec toute la virulence du désespoir, et nos yeux, nos yeux se rencontrent dans un élan qui a comblé toutes les distances, pour oublier l'horreur que peut charrier le néant. Et ce silence. Ce silence. Qui agrandit mes prunelles et les fait vaciller :
_ Je n'ai pas encore… pas encore entièrement décidé. S'il faut survivre ou s'il faut savoir renoncer.
Et elle sait. Elle sait à cet instant précis ce que la survie peut coûter, car dans ses iris se maquillent des heurts que je ne peux que survoler, frôler et ressentir dans la sobriété d'un moment qui dévoile de nous sans doute bien plus que ce que nous sommes prêts à offrir ou à donner. La survie et le renoncement. C'est toujours la question. La seule question qu'il faut poser. Elle change, matière soudain abrupte qui se mure dans une hostilité presque plus farouche que celle que j'ai su forger. Et je comprends. Je comprends. Je comprends pourquoi désormais. Pourquoi je suis là et pourquoi c'est elle que j'ai choisi d'étreindre dans la foule. Quelque part, la faille ressemble à une entente tacite, un appel prégnant, presque animal, qui retentit dans mon corps comme une alarme infamante. C'est un grand bouillonnement, disharmonies qui s'entrelacent pour faire disparaître le silence, l'envahir, le corrompre. Cela ravage l'espace entre nous, il n'existe plus, l'atmosphère restante est à peine respirable. Cela déforme le temps, il n'y a ni avant, et surtout pas d'après. Il y a une force insurmontable qui pulse dans mes veines et me laisse frissonnant, au seuil d'une reconnaissance qui m'est entièrement refusée après qu'elle m'eût permis de l'entrevoir. J'en demeure statufié, mes yeux toujours dans les siens, ma main arrêtée sur sa joue froide. Si froide. Violence de ceux qui ont su s'arracher à l'inavouable. Mes doigts l'abandonnent avec lenteur, mes iris la dévorent encore et je peine à murmurer un très rauque :
_ Pour survivre hein… survivre il n'y a que cela.
Mais ce n'est pas moi qui parle, pas tout à fait. Dans le noir, dans les sursauts de la terreur qui s'est enfouie au plus profond de l'âme, c'est la monstruosité qui surgit, bête indicible et pourtant si vorace, prête à tout ce qu'il faudra de corruption et de convoitise s'il s'agit de persister. Le contact se rompt, un sursaut de violence dans les affects bousculés. Je parade dans l'espace de la salle, délaisse les instruments même si mes regards dérivent sur les coloris bleus d'une Gibson, pour préférer me percher sur une chaise et trafiquer d'une main agile et habituée le détecteur de fumée. C'est dingue qu'ils en aient foutus partout dans ce pays. J'ai appris à les voir du premier coup d'oeil en entrant quelque part. Mon forfait accompli, je balance le capuchon par terre, dans un fracas qui secoue mes épaules et me donne une contenance en m'allumant une clope. Je la retrouve assise sur le piano à queue, indécente créature qui dévoile ses charmes et murmure ses défis. Je tire sur le filtre de la cigarette tout en la reluquant dans un silence encombré d'une très factice nonchalance. Sa pique a excité mon orgueil qui est sans doute le trait de caractère qui chez moi sera le dernier à crever. Petite impudente, si tu savais qui j'ai été. La bête est là, quelque part, à s'exprimer sous la peau et dans les muscles qui roulent. Qu'est-ce qu'elle croit ? Comment peut-elle seulement te regarder comme ça. Tu étais tout. Tout. Pourquoi ne veux-tu pas redevenir ce qu'il nous fallait être ? Pourquoi ?! Ma posture est plus droite, mes yeux sur elle sont plus durs. J'avance doucement, la démarche assurée, disparaissant dans ces rôles que j'ai si longtemps endossés, la fêlure est intacte et vibre toujours de la note distordue qu'elle a glissée au détour de sa survie malingre, de son rejet plein d'affront. Et maintenant il faudrait supporter ses moqueries ? Impudente c'est le mot. Imprudente même :
_ Une démonstration de quoi, petite fille ? J'ai très bien pu choisir n'importe quel prétexte pour t'emmener à l'écart de ton petit lit d'école, t'isoler de ces connards encombrants pour reprendre une danse interrompue.
Je l'ai rejointe, et je suis désormais juste à sa hauteur, même si sa position dominante m'oblige à relever la tête, quelque peu, tandis que mes doigts balancent le mégot avant de s'inviter sur le glacis noir, entre ses mains et ses cuisses. Nous sommes plus proches mais pour autant nos corps ne se touchent pas, le contact paraît encore revêtir cet héritage hostile qui nous laissa enfermés en nous-même plus tôt. Mon visage la nargue :
_ Vu que visiblement rien n'est gratuit et que tu exiges que je fasse la pute pour justifier ton temps, j'imagine que tu es prête à donner quelque chose en retour ?
Je viens respirer son odeur, murmurer à son oreille, m'enivrer d'une agressivité palpable, que je déploie tout autour d'elle :
_ Les danseuses savaient toujours très bien ce que j'attendais d'elles. Dis-moi, petite fille, est-ce que ça a changé ? Que donnerais-tu de toi si j'accepte de jouer, alors que tu sais, que tu vois, ce que ça peut me coûter ?
J'inspire profondément, les yeux fermés avant de me reculer avec lenteur, pour la jauger encore, lire d'elle tous les dangers qu'elle croit pouvoir braver ce soir, quand elle décide ainsi de me voir souffrir pour un caprice d'enfant, qui exige le pire comme s'il lui était dû. La musique atone pour ses seules oreilles, le passé au présent pour tordre des décisions dont je ne suis plus sûr. Mes ongles griffent la surface avant que mes mains ne recouvrent les siennes, avec une brutalité manifeste, la laissant bien en place dans sa posture de reine :
_ Dis-moi tout ce qui t'a traversé la tête alors que les jours défilaient, les pensées qui se sont logées entre tes cuisses et je jouerai pour toi. Je jouerai pour toi, uniquement pour toi.
Je ne souris pas, je ne souris plus, le jeu s'est mué en autre chose, les envies calfeutrées se précipitent dans le sillage de tout ce qu'elle a tu quand elle s'est refusée avec violence, sous la fièvre de ma paume. Ce que j'ai à peine su offrir sur la piste de danse refait surface, dans mes iris qui la sondent et qui se troublent d'un désir animal, celui que l'on n'a jamais su maîtriser et qui ravage tout, toujours. Tu pourrais apprendre. Je saurais t'apprendre si seulement tu le voulais. Si je suis venu dans l'idée de me l'ôter du crâne, elle y est entièrement désormais, dans des images sulfureuses qui s'irisent dans les pensées qui se dévoilent, sous l'épiderme qui tremble. Qui tremble toujours contre le sien. Mais plus de peur… plus de peur. La note continue, cisaille mes esprits, les disloquent pour un instant rendre cette altérité à mon personnage. Souhaites-tu vraiment me regarder encore, petite fille…
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Jeu 27 Déc - 10:51 par Eleah O'Dalaigh
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I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Une ironie reparaît, juste à la marge de sa silhouette déchue. Tressautement d’une âme qui se réveille, nichée dans les recoins du ventre, repliée sur elle-même … Morte, presque morte. Pas entièrement toutefois, car il faut vivre encore un peu pour avoir ces assertions virulentes, s’accrocher à la verve vipérine pour montrer que quelque chose d’indistinct bat toujours une mesure. Sa répartie amorce des sourires sibyllins sur ses traits adolescents. Elle projette des regards en dérive, dans sa direction. Elle le détaille avec sans doute trop de prégnance, ses curiosités d’enfant revêtant plus de voracité parce qu’elle n’a pas peur, qu’elle se croit invincible à ses côtés, portée par cette jeunesse qui semble menacer de le quitter lui. Prématurément vieilli, prématurément abattu. L’enfant mort lui aussi, entièrement pourri au creux de ses entrailles maigres. L’image devrait être repoussante, offusquer ses aspirations candides et ses attraits pour les jolies choses parfois futiles, souvent illusoires. Mais Eleah reste-là, les pieds fichés dans le sillage qui la ramène auprès de son épaule. Elle ignore pourquoi. C’est insensé. C’est inopportun. Elle n’est même pas sure qu’il lui plaise en réalité, si on s’astreint à des critères purement superficiels. Elle pourrait les avoir tous, pour peu qu’elle déploie de ses sourires ravageurs. Il lui suffirait de porter des attraits sulfureux, de glisser leurs doigts sur l’intérieur de ses cuisses. Leur promettre dans un mensonge éhonté qu’elle n’appartiendra qu’à eux, au moins dans l’instant qu’ils partageront. Ce serait si simple … Si simple. Aucun d’entre eux ne l’a jamais regardée ainsi pourtant, avec cette fascination qui frise le morbide, cette crainte en filigrane qui oscille avec la terreur et des envies écrasantes, qui pulsent sous la chair palpitante, rendue amorphe par l’apathie, réveillée toutefois par les appels d’une chair qui vit … Qui vit assez pour deux sans doute. Elle devrait le craindre, avoir si peur des intensités qu’il renferme, mais elle est là pourtant, tout contre lui. La peur qui sourde, derrière sa poitrine, mais qui ne l’empêche pas d’agir. C’est quand le « non » retombe qu’elle le contemple, avec cette indiscrétion qu’il devinera sans doute sans même avoir besoin d’y songer. Non au passé. Non au futur. Négation d’une nature atrophiée. Cri strident qui résonne sous la cage thoracique et atteint son oreille comme un acouphène. Entièrement sourde, elle n’entend plus que lui, a mal de le savoir ainsi brimé, anéanti. Non … Non. Elle répond à la question qu’il lui pose, sans détours, sans fard. Elle mourrait oui. Destinée à l’affirmative cette fois. Elle mourrait de se retrouver ainsi, atone et sans vie. Sans possibilité d’exprimer et de coucher dans des gestes trompeurs tout ce qui feule, à l’intérieur, et qu’elle n’explique pas toujours. La danse le vecteur de sa nature enfouie, de toutes ces choses qu’il a fallu taire, dont on ne voulait pas entendre parler. La danse un remède aux maux de son âme, un baume sur les plaies béantes et oubliées des ravages de son enfance. L’essence même d’une reconstruction au passé, au présent, au futur. Sans la danse, il n’y aurait rien de plus que de la colère, et cette impression de salissure, ancrée jusque sous la pulpe de l’épiderme. Une plaie malade et suppurante, qui aspirerait tous les souffles de vie pour les briser tour à tour. Elle mourrait oui, créature rendue au désespoir. Mais en avant d’en arriver là, il faudrait fracturer ses jambes, broyer ses os, rompre sa volonté ineffable de survivre. Celle fichée à l’intérieur de ses membres, qui la fit se mouvoir depuis l’essence, sortir du sang et des larmes pour s’affranchir des souvenirs de la terreur. La désolation de son assertion la fait frissonner d’horreur, réveille une intransigeance, à l’intérieur de son corps d’enfant. Renoncer … Renoncer. Un verbe qu’elle ne connaît pas, qu’on ne lui a jamais concédé. Son regard s’endurcit un peu à contempler le choix qu’il a déjà fait. Survivre ou renoncer. Tel qu’il est, tel qu’elle le voit, il a déjà choisi. Il ne survit pas, pas vraiment. Il se laisse dériver sur une pente, attend que la houle l’emporte et le fracasse, sur les récifs acérés de ses fautes. Il n’y a pas de doute face à quelqu’un qui a déjà choisi son camp et le porte en héritage sur sa chair trop blême. Des relents de vie qui se maintiennent encore, qui s’accrochent, mais qui ne tarderont pas à lâcher prise.
« Renoncer, c’est le privilège des lâches. »
La phrase retombe dans l’air moite, a le poids terrible d’un jugement aux atours délicats, puisque son timbre demeure égal, et son regard absent. Elle ne le connaît pas assez pour prétendre savoir ou comprendre. Mais elle est toujours partie du principe que renoncer n’était réservé qu’à ceux qui n’avaient pas la décence d’endosser le poids de leurs fautes, et le traîner derrière eux, dans toute la difficulté que cela représente. Survivre alors, en toutes circonstances. Survivre, parce qu’il ne peut en être autrement. C’est le prix à payer pour expier ses fautes. Abandonner serait si doux. Une grâce accordée à ceux qui ne la méritent pas. Elle survivra assez pour savoir qu’elle n’y était pour rien, que cela n’était pas de faute, s’il était ainsi. Elle survivra pour regarder le monstre de son enfance déchoir dans les limbes de sa mémoire, être rongé par une culpabilité qui le poursuivra jusqu’au prologue de sa misérable existence. Elle survivra aussi longtemps qu’il le faudra pour s’affranchir de lui et être libre, enfin. Miséricorde accordée aux pénitents qui ont eu la décence de ne pas renoncer parce que c’était plus facile. Alors dans l’instant qui les préfigure côte à côte, Eleah ne projette aucune empathie vers lui, vers ce choix qu’il arbore déjà comme un emblème. Elle devient plus rude, plus dure, dans l’évanescence d’une seconde qui peint d’autres lueurs sur sa peau diaphane. Elle s’adoucit peut-être un peu à sa réponse rauque, esquissant un sourire en demi-lune en ajoutant un assuré :
« Bien sûr qu’il n’y a que ça. Et plus encore. »
Elle hausse les épaules très machinalement, semble s’éveiller d’une torpeur trouble et songeuse. Survivre … Et plus encore. De chatoyantes expressions s’emparent de ses traits, une énergie irrépressible fait trembler ses membres, frissonner son corps. Une note de caractère, profondément ancrée dans sa chair, et qui lui permit sans doute un jour de se relever quand d’autres auraient sombré. Des couleurs qui scintillent, sur sa peau nue au teint légèrement hâlé, réchauffé par le soleil texan depuis quelques semaines. L’innocence en étendard, celle qui la protège depuis toujours, renforcée par le déni.
« Je ne veux pas me contenter de survivre. Je veux plus que cela. Je veux tout … Je veux vivre. Je veux vivre à m’en écœurer. Survivre … Ça ne sera jamais assez. »

Ils s’approprient tour à tour l’espace, tracent des pas sur la surface polie du carrelage trop blanc et bas de gamme, qui rappelle les vieilles cuisines bon marché, ou les anciens cloîtres hospitaliers. Il ne manque que les néons criards, pour parfaire à l’ambiance. Les instruments apportent des nuances, ponctuent le blanc de couleurs. Son attention s’arrête sur un saxophone, et Eleah se réjouit un peu, trouve en lui le prétexte d’oublier les questionnements qu’il a su soulever. Des yeux qui ont trop vu … Trop vu. Elle s’accroche à l’image de son oncle, jouant du saxophone les soirs festifs. Avec sa tante, derrière le petit piano du salon. Des détails, des rythmiques qui remontent le long de sa colonne vertébrale et assouplissent sa silhouette raidie par ses sous-entendus. Nonchalamment mais avec grâce, elle va s’asseoir sur le vernis du piano, étudie ses gestes, suit les mouvements aériens qu’il trace pour allumer sa clope. Eleah déteste le goût du tabac, même si l’odeur ne l’offusque pas. Elle trouve cela âpre sur la langue, détestable et charbonneux. Elle se demande quel plaisir trouvent ceux qui aspirent le mal sur la ligne d’une cigarette. Néanmoins, elle éprouve toujours un intérêt certain à contempler les allures que se donnent les accrocs à la cigarette. C’est toute une gestuelle, une attitude, fascinante à étudier. Elle se plaît à le regarder ainsi, nonchalant et ténébreux, alors qu’il vient contrarier sa posture en y indexant la sienne. Elle ne bouge pas d’un cil, se tend même un peu pour garder toute la prédominance de sa hauteur. Seul un sourire narquois vient déranger ses lèvres, la satisfaction omniprésente, malgré la violence de son langage. Elle n’est pas habituée à une langue si acérée. Dans son monde, les gens sont d’une politesse affligeante. Ils n’emploient pas des termes inconvenants. Baiser, pute. Mots interdits. Mots à peines murmurés. Sous-entendus absents, surtout lorsqu’ils sont triviaux. Alors ses armes pour parer à ses affronts sont malhabiles, plus timides. Elle ne rougit pas mais discrètement elle mordille l’intérieur de sa bouche, sentant son cœur cogner avec virulence contre sa cage thoracique.
« Menteur encore. De tous les endroits que tu aurais pu choisir pour m’isoler, c’est celui-ci que tu voulais. On est pas là par hasard. »
Elle lève un peu son petit menton, le tance avec un faux air sévère. Le défi fait pulser l’adrénaline à ses tempes, trouble ses regards qui le perçoivent avec moins d’acuité. Non elle ne se laissera pas ébranler … Non elle ne le laissera pas la … Un léger sursaut la saisit de part en part lorsqu’il pose ses mains sur les siennes, que l’immatérialité de sa posture s’évanouit pour laisser place à une prégnance dérangeante et attirante à la fois. Elle s’affole brusquement de tous les dangers qu’il lui inspire, brime l’élan qui la pousserait à s’écarter comme un animal farouche. Elle se force à demeurer bien en place, convoquant l’aplomb nécessaire pour lui tenir tête sans se laisser troubler totalement. Mais son inexpérience la trahit un peu. Elle se remémore ses mots … Tu pourrais apprendre … Tu pourrais m’apprendre. Elle déglutit avec lenteur, des idées nébuleuses tournoyant dans ses esprits. Donner quelque chose en retour … Donner quelque chose. A rebours, elle s’aperçoit que lui donner son corps serait l’échange le plus simple, le plus évident. Mais l’idée la rebute. Elle est bien trop facile, bien trop complaisante. Elle n’étancherait pas la soif qui naît peu à peu au creux de son ventre. Ses sous-entendus la cueillent, cette vie qu’il dû avoir un jour, où les filles étaient à ses pieds sans qu’il n’ait réellement besoin de les convaincre. Mais qu’en est-il aujourd’hui hein ? Qu’en est-il ? Que demeure-t-il, quand elle ignore ce qu’il fut, quand le passé n’a à ses yeux aucune importance ? Son souffle s’interrompt derrière ses lèvres mutiques, et l’aplomb reparaît derrière ses yeux noirs, qui caressent sans honte les contours de son visage.
« Tu parles beaucoup … Surtout au passé. Peut-être as-tu eu un jour des privilèges … des filles qui se donnaient sans exigences … Qui n’attendaient rien d’autre de toi que le peu que tu pouvais leur accorder, dans ta générosité de prince … Mais aujourd’hui … Tu parles beaucoup … Mais tu n’agis pas vraiment en réalité. »
La défiance suppure, se marque au fer rouge sur sa peau blême. Des exigences presque à sens unique, puisqu’elle estime que s’il a amenée ici, c’est pour une raison très particulière. Ce n’est pas seulement pour la baiser sur ce piano, pour un échange cru de corps enchâssés sur le carrelage glacé. Cela serait trop simple … Bien trop simple. Alors elle n’a pas peur. Si c’est la simplicité de son corps qu’il est venu chercher, elle sera bien déçue, et elle l’aura très vite oublié, après avoir gémi à son oreille des plaisirs factices, juste pour le conforter dans son orgueil blessé. Ses pensées se troublent encore à le sentir tout proche … trop proche … pas assez. Elle resserre sa prise sur le vernis noir, tend légèrement le cou. Ses lèvres se font caressantes, à l’orée de sa bouche. Avec une inconscience déviante, elle rentre dans le jeu qui n’en est plus un, ne se reconnait plus à travers les élans impérieux dont elle le nargue.
« C’est cher payé … Pour un morceau qui sera peut-être de pacotille … »
Son regard dérive, minaude presque, suit la ligne de son cou, dévie sur la naissance de sa gorge avant de revenir à ses lèvres. Elle décroise les jambes, entrouvre légèrement les cuisses. Posture indécente, soubresaut de langueur où elle laisse retomber sa chaussure lâche, et caresse de la pointe de son pieds le côté de sa jambe, en remontant avec lenteur et agilité.
« Qu’est-ce que cela changerait hein ? Si je te disais … Que j’ai rêvé de notre danse. Que tu glissais tes doigts … Tout contre moi … A l’intérieur. Que mes lèvres s’imprégnaient de ta peau … Sur la courbe de ta nuque … Comme la dernière fois. La musique en fond … Tout autour … A l’intérieur aussi … A l’intérieur. Cela ne changerait rien. »
Sa bouche l’effleure, nargue, tance, adule, parjure. Elle ne sait pas, elle ne sait plus. Mais sur la fin elle se retire, avec la virulence d’une claque, resserrant les cuisses, refermant la porte derrière laquelle il pensait pouvoir se dérober. Elle le défie depuis sa posture haute, ajoute plus intransigeante :
« Je ne te donnerais rien, sauf si cela en vaut la peine. Joue si tu penses en être capable … Joue si tu veux. Ou ne joue pas. C’est toi qui vois. »
Elle bondit du piano, le bouscule au passage sans préambule. Elle va se poster au milieu de la pièce, dans cet espace libre, qui permet aux gestes de se déployer avec plus d’ampleur. Elle enlève son autre chaussure, demeure pieds nus sur le carrelage, déroulant ses pas du talon à la pointe. Posture d’attente, posture d’entre-deux. Qu’il joue … Qu’il ne joue pas. Qu’il lui inspire de quoi danser, ou ferme la porte derrière ses pas.
« Si tu joues bien, peut-être que je danserai pour toi. » le défi-t-elle par-dessus son épaule, mutine et ravageuse, ayant cette conscience trouble de ce qu’elle lui demande, de ce que cela lui coûtera sans doute. Mais elle ne l’oblige pas, se contente de malmener un peu cet orgueil dont elle a senti la prégnance. Qu’il joue … Ou ne joue pas.

CODAGE PAR AMATIS
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James M. Wilde
Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 2 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Ven 28 Déc - 21:21 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




Et le silence qui retombe sur la sentence froide, le jugement qui cisèle l’air en une atmosphère irrespirable. Ce sont de ces phrases irrévérencieuses que les adolescents peuvent dire, ces phrases dures que l’on distribue le regard fiché dans celui de sa victime pour sentir tressaillir la colère ou la peine, saisir de l’autre un extrême dérangeant, que l’on déguste dans des élans avides. Ces privilèges là, on finit par les perdre, en général, sous le poids des années ou bien à cause de ce que l’on nomme civilité. Je n’ai jamais su les voir m’abandonner, jamais pu les délaisser à un âge dorénavant enfui, quand il s’agissait de dresser des portraits, amis, ennemis, tout pour qu’ils soient plus vrais, plus crus, importuns dans le vocabulaire employé, implacables dans le sens qu’ils portaient. Personne n’y échappe autour de moi, le privilège d’un roi déchu, dont les atours navrés ne font plus illusion, la mort dans le sillage des mots qui s’effondrent. Mais son vocabulaire à elle n’est pas ignoble, elle n’a pas besoin de s’embarrasser de tournures grossières pour viser juste, frapper au coeur, peut-être jusqu’à l’âme qui exhibe sa fêlure. Le silence m’étrangle, résonne d’une trêve bien illusoire quand je tente de maquiller les tremblements diffus qui m’accaparent tout entier tandis que je me venge sur le détecteur de fumée. Le privilège des lâches. C’est une jolie tournure, c’est d’une élégance mortuaire, digne d’une épitaphe. Peut-être la plus appropriée qui fut portée jusqu’à mon front qui s’ombre d’une solennité terrible, presque palpable. Les lèvres se taisent autour du filtre de la cigarette. J’ai des airs austères, renfermés. Il me faut plusieurs secondes pour reprendre l’ascendant sur les battements saccadés de mon corps, qui continue de se noyer dans ce terme qui lui va si bien. Lâche. Et menteur. En une seule soirée, il est probable qu’elle ait cerné de moi jusqu’à l’essence putride que je renferme, sans que je ne prenne plus vraiment la peine de la maquiller. Mais mon entourage n’a pas son courage ou plutôt sa témérité. Ils n’ont plus l’âge de taillader ainsi le piètre masque que je me plais à porter, pour ne savoir plus rien façonner autour de moi. Ni à l’intérieur. C’est pourtant ce qu’ils ont tous les deux pensé, forcément, le soir où il a fallu me ramasser sur la moquette. Pour Greg, en vérité, je ne sais pas, je ne me souviens que de ses pleurs, et de sa panique, qui résonnaient dans mes chairs qui n’aspiraient plus qu’à ce laisser-aller doucereux que l’on doit rencontrer aux portes du trépas. Mais les yeux d’Ellis lorsque je me suis réveillé et que j’ai repris pleine conscience… Le fracas de la haine la plus brutale, qui conspuait avec le mépris le plus froid. Une seule seconde, une seule seconde seulement, et plus aucun mot pour le dire. C’est une déception je crois qu’il ne me pardonne pas, que je ne cherche pas non plus à voir quitter ses regards dès lors qu’ils se posent sur moi, avec cette question qu’il n’ose pas. Pourquoi ? Pourquoi… Pourquoi avoir fait ça ? Nous avoir fait ça. Renoncer jusque là. Le privilège des lâches, elle a raison, elle a terriblement raison. Les déambulations de mes pensées contrariées se précipitent en une mélodie désagréable, de ces musiques que je ne sais plus comment appréhender, tant elles paraissent brutales, hideux accompagnements à une existence qui ne fait que suivre le cours sinueux de ces eaux apathiques, qui de rares fois se chargent d’humeurs instables, rendant mon monde à un brouhaha terrifiant. Ces mêmes humeurs qui nourrissent cette musique douloureuse, si douloureuse qu’elle en devient passionnante. C’est cette fille qui la crée, avec ses allures, cette peine qui navre son timbre, et tout le silence dont elle drape notre entrevue, à force de se croire apte à m’enfermer ainsi, dans des tombeaux aveugles. Le privilège des lâches. Si j’avais été lâche, je ne serais jamais parti de là-bas, je n’aurais pas réappris le langage, celui des mots, celui des notes, je n’aurais pas avoué mon crime à un putain de psychiatre, avalé leurs calmants, je ne me serais pas soumis à leur routine pour survivre, jusqu’à trouver une faille dans leur système impropre à mes prophéties de grandeur. Je n’aurais pas entraîné mes deux amis, mes deux frères, loin de tout, loin de chez nous, pour croire à une terre d’accueil qui remplirait tout le vide, et tout l’effroi, qui saurait soigner cette plaie qui ne se refermera pas. Jamais. Jamais. Si j’avais été lâche, putain de merde, je ne me serais pas loupé ce soir-là. Ma mâchoire se brusque sur des contradictions que je ne parviens plus à résoudre. Le mégot s’élance dans l’air avec dédain. Est-ce parce que Greg m’a trouvé à temps, est-ce parce que ma volonté n’était pas assez forte ? Ou suis-je plus lâche encore d’avoir ainsi su échouer dans ce qui ce serait enfin avéré être un choix, le dernier que j’aurais pu dessiner ? Mon attention se resserre sur elle, mon orgueil aussi abîmé soit-il rugit de ses postures faciles, de ses jugements hâtifs, de ses mots qui m’enserrent et me révulsent. C’est sans doute la première fois depuis le soir où j’ai fait cette overdose que tout se bouscule ainsi, dans ma maigre carcasse, rouvrant des appétits irrésistibles. C’est une tonalité trompeuse, un battement fatidique, le dernier sursaut avant la chute peut-être. Un abandon moins mortifère mais qui toutefois charrie dans son sillage tout ce que je crains, ma nature acculée s’emparant de mes muscles, ouvrant des yeux nouveaux sur une créature que je condamne, à chaque pas. À chaque pas. Il y a dans les défis des accords que l’on arrache à la fatalité, où deux destins se rencontrent, entrent en résonance jusqu’à convulser. Son assurance et son putain de sourire, je me demande si je peux les lui faire ravaler. Je passe une main dans mes cheveux, pour mettre de l’ordre dans mes idées, mais rien n’y fait, le son impur continue d’exciter des images qui se plaquent sur elle, habits de chair nécrosée qui cherchent à l’enfermer. L’enfermer ici avec moi. La sentence lui revient à rebours, une peine qui s’annonce, sans pour autant imaginer une seule seconde l’adoucir :
_ De charmants idéaux, chez une adolescente. Tu peux croire que tout ce que tu souhaites, tout ce que tu veux, sera un élan magnifique qui te permettra de t’accomplir. Ce sera le cas… Un temps très court, un temps trop court. Lorsque l’on veut ainsi, gamine, on finit par trouver une fadeur au plaisir le plus simple, une sorte de dissonance dans ce qui savait nous contenter alors. Et à la fin, il n’y a plus qu’un grand vide à nourrir, une blessure à combler, il en faut toujours plus, encore, encore. Et encore.
Je me suis rapproché, autant fasciné par ses allures que par mes propres mots qui trahissent toutes les envies qui continuent de chanter, à l’intérieur, recouvrant un timbre mélodieux pour graver des mélopées déviantes sur l’épiderme qui frissonne. Je la regarde, la rencontre, piètre distance, négation de cette avidité qui se lit dans mes iris changeants. La toucher, la toucher, la prendre, devient une horrible obsession qui se glisse dans le ventre, tressaute sous les tempes. Je lui chante un peu plus ce que j’ai su frôler, que j’aimerais tant frôler encore :
_ Ça n’est plus un élan, c’est une pulsion, inavouable, dans les chairs et dans la tête. On en jouit autant que l’on s’y blesse. Et ça recommence, encore, encore un peu plus. Ça n’est jamais assez, tu as raison, mais…
Mon visage se rapproche, mon souffle caresse sa peau :
_ Tu ne sais pas. Tu ne sais pas vraiment ce que cela fait. Alors… non… nous ne sommes pas là par hasard.
Reprendre l’ascendant me remplit d’une allégresse brutale, car sous ses airs bornés et hautains, il y a les prémices de cette peur, cette défiance, une emprise sur ses iris sombres, un frisson soutenu lorsque nos mains se touchent. La brutalité s’appose, ça n’est pas une caresse, c’est clairement une menace, là, fichée sous la paume. Et la sentir sursauter est un plaisir qui se grave dans mes entrailles, un plaisir sourd, si prégnant que je ne compose absolument pas l’expression animale qui parcourt mes traits. Des élans prédateurs, une fièvre sous la surface, l’apathie oubliée, la lâcheté qui s’évide en une sorte de fureur qui se concentre sur elle. J’ai eu des jours si neutres, des nuits sans saveur, des heures égales si éloignées de mes violences nourricières que ressentir ainsi tout ce que l’oubli avait tenté de cloisonner me donne le vertige. Ma respiration est plus lourde, l’attente se transforme en désir. Ça n’est pas assez, non, ça n’est pas assez, ça n’est jamais assez. Comment ai-je pu seulement l’oublier ? Elle se reprend, soutient tous mes regards et continue de m’affubler de ces mots qui semblent si bien me définir. Menteur. Lâche. Beau parleur désormais. Oh ça c’est vrai, je l’ai toujours été. Mes doigts serrent les siens un peu plus, un sourire s’empare de mes lèvres, fait briller mes yeux, elle m’amuse cette gosse. Elle fait bien plus que cela, en vérité :
_ Touché. J’ai toujours beaucoup parlé. Je n’ai jamais su me la fermer. Continue, tu m’intéresses…
La chaleur de son corps irradie jusqu’au mien et je peine à attendre, à ne pas imaginer comme ce serait simple de l’allonger là, et de la prendre, cette petite fille, pour la faire taire, quand je m’enorgueillis de la laisser parler. Ses lèvres, ses lèvres sont si proches, il suffirait d’un souffle. Un sourcil dédaigneux reçoit ses autres discours, arqué ainsi pour s’offusquer faussement de ce qu’elle sous-entend. Je ne prends même pas la peine de répondre, mais mes mains pèsent sur les siennes, un peu plus fort, un peu plus fort. Encore. Cet encore qui réclame tout d’elle, son corps, mais surtout ses pensées, les plus impures qui soient. Mon désir m’aveugle une brève seconde quand elle entrouvre ses cuisses, distillant ses charmes avec plus de maîtrise qu’on ne pourrait le croire, je ne sais plus ce qui tient de son inconscience ou de sa personnalité tordue, je ne suis pas certain que l’une ou l’autre des hypothèses m’arrêterait désormais. Qu’il s’agisse de ses désirs d’enfants ou bien de stratagèmes de femme, qu’importe. Ma jambe se brusque sous l’affront de sa caresse. Qu’importe oui, j’ai tant d’idées pour toi. Les images qui défilent m’enivrent et me rendent malade, je n’imaginais pas que des mécaniques si lointaines puissent en réalité être induites par une petite fille. La virulence de mes envies perturbées, indécentes, m’ôte le souffle, laisse ses discours à l’orée du carnage que je suis en train d’imaginer, tandis que ses phrases enroulent des flammes tout autour de mon corps. Plus rien d’un cadavre désormais, le sang reflue un mélange sirupeux de plaisir et de malaise. Ça changerait tout. Ça changerait tout. Dis-le moi, dis-le moi, s’il-te-plaît. La musique est assourdissante, dans la tête, sous la peau, sous les yeux. Les images dansent, geignent, avant de finir par brûler, et tout devient rouge. Rouge sang. Un flash plein de rage qui la déforme, la dévoie. J’entends sa tête heurter la surface du piano. Ses mots, ses lèvres. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Tu sais très bien au contraire. Elle échappe à ma poigne, bouscule ma monstruosité, l’abandonne incomplète, me laissant étourdi, arrêté dans une chute qui ne connaît pas de point d’orgue. Le corps s’éprend d’une frustration malsaine, et les frissons de l’horreur que j’ai vue, ressentie et vécue dans une infâme seconde, le ravagent. J’ai à peine entendu sa conclusion, hormis ces quelques mots : joue si tu veux. Ou ne joue pas. Le jeu… est-ce encore le cas. Je rencontre ses yeux par dessus mon épaule, mes airs agressifs, à fleur de peau, peinent à abandonner mon visage, tandis que je murmure sombrement :
_ Si tu restes dans cette pièce, je ne me satisferai pas d’un peut-être. Je ne joue plus, je te l’ai dit.
Ambivalence du mot, qui retombe entre nous comme ce dernier recours que je lui laisse face aux élans avides qui renaissent dans mon corps. Mes mains tremblent de tout ce qu’elle a déclenché, sur le vernis du piano, et je ne la regarde plus, c’est mon visage déformé que j’observe sur la surface noire. Mes doigts filent, suivent la ligne de l’instrument, mes pas m’emmènent jusqu’au tabouret où je prends place, dans une sobriété en décalage avec mes prétentions. Je pose mes mains sur les touches, caresse l’ivoire avec une sorte de sensualité héritée d’un autre âge de mon existence. Je ne la regarde toujours pas. Qu’elle parte, ou qu’elle choisisse de rester, elle est assez grande pour savoir, pour sentir ce à quoi elle s’expose. Quelque part, je sais que ce n’est pas tout à fait vrai, que sa jeunesse justement ne lui permet pas d’imaginer ce que les gens tordus peuvent avoir dans la tête, ni tout ce que j’aimerais lui infliger pour tout ce qu’elle a dit, ce qu’elle s’est seulement permis, à mes dépends, ce soir. Je laisse s’évader une note, un Si bémol qui retentit dans le silence restauré de la pièce. Je n’ai rien oublié. Je n’ai rien oublié. Je n’y parviens pas. Je suis toujours le même, avec ces besoins acérés, ces envies malveillantes. Je ferme les yeux, et l’introduction du morceau se dessine doucement, avec une sorte de timidité, je m’approprie l’instrument, laisse la mémoire m’enfermer. J’ai joué cette Élégie de Rachmaninoff en dernière année, même si les quelques libéralités que je me permets aujourd’hui, ne ressemblent en rien à cette interprétation si scolaire qui m’était alors demandée. Ici, mes idéaux éventrés disputent la teneur d’une oeuvre mélancolique, toutefois belle, avec des gradations élégantes et sans doute aussi lumineuses que ces détours plus langoureux, dangereux, qui se trament en préambule. J’ai les yeux clos sur un monde opaque, où les teintes de rouge persistent dans le noir, se laissent moduler par d’autres coloris, plus changeants, moirant un univers que je me réapproprie doucement. Les premiers balbutiements laissent place à ces souvenirs ancrés dans les doigts, impossibles à chasser, qui reparaissent au bout de quelques secondes où les accords se délient, se font petit à petit bien plus vivants. Je n’ai pas changé, rien n’a changé. Je ne joue pas, je ne joue plus. Mes regards lui reviennent dans une fixité lourde. Les échos se cadencent dans la fragilité de la mélodie, la douleur y persiste mais se laisse embrasser dans une ferveur indocile, l’héritage des rêves qui se sont si longtemps cachés dans l’écrin d’une mémoire composite, décomposée au gré des notes, réarrangée à la faveur d’un soubresaut. Je ne joue pas. Non. Je n’ai jamais joué. Ça a toujours été cela… Ce secret qui se murmure du bout des doigts, ce plaisir qui s’élance dans la fièvre d’un accord, l’irrésolu d’une existence qui se brise dans la ferveur d’un crescendo. Une existence dont un pan demeure dissimulé, que l’on offre en hommage à tout ce que l’on ne peut exprimer. Exprimer autrement. Alors, non, je ne joue pas, je ne joue plus. Je n’ai jamais su faire que cela. Surseoir à mes envies ainsi, les nourrir, les dessiner, les apaiser aussi. Quelques minutes avant que la sentence n’enfonce ses griffes dans mes chairs sanglantes. Quelques minutes en dehors du temps, arrachées à l’opprobre, à la honte. Quelques secondes pour murmurer ces rêves qui rendent les envies moins laides, les besoins moins brutaux, l’animal un instant devenu homme pour mieux imaginer le pardon qui lui est destiné. Avant de mieux le dévorer.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Sam 29 Déc - 14:54 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Le mépris chez Eleah n’existe pas. C’est une façade, qu’elle daigne arborer parfois avec cette trahison de la douceur, sous ses traits enjôleurs. Elle n’a pas appris à en user comme une arme, s’est toujours tenue au rôle de confidente plutôt qu’à celui d’une ennemie à abattre, parce que trop vindicative. Même à l’école, où la concurrence fait rage, ses candeurs et sa nature sympathiques font oublier la lame impie de ses aspirations. On ne la considère pas encore comme une menace. Trop petite Eleah, de toute façon. Trop hors des codes pour réellement asseoir une place qu’elle n’aurait jamais dû recevoir. Alors on ne lui en veut pas d’être là. On la caresse, on la cajole. On la malmène aussi, parce qu’il n’y a pas de raison qu’une exception vienne confirmer la règle en ces danses de circonstances. Elle sait qu’ils ne la prennent pas au sérieux … Pas tous en tout cas. Ils s’imaginent qu’elle ignore ce qu’ils pensent. Ils se trompent … Ils se trompent. Les duper est devenu un jeu, les contrarier un plaisir malsain. Elle ira plus loin que ces grandes perches décharnées, qui dansent avec leur corps en oubliant d’y indexer leur âme. Ils verront un jour, tout ce qu’elle renferme, tout ce qu’elle sait dire. Autrement, avec son langage à elle. Celui qui ne se murmure pas. Celui au contraire qui s’assume dans une gestuelle brutale et délicate à la fois. Ils comprendront un jour ce dialecte étrange, né de la mort, engorgé par une vie qui fait surseoir la souffrance de l’apathie. Et il est là, juste en face d’elle. Il est là le mort, à se batailler avec sa cigarette, à déployer du dédain et des phrases pour donner un goût de cendres à tout ce en quoi elle a décidé de croire. Eleah suit le mégot du regard, la courbe torve qu’il trace avant de s’échouer sur le carrelage blanc, sali par la suie. Il se croit ici chez lui. Il fait ce qu’il veut. Il entache, si cela lui sied. Et quelque chose, au fond du ventre de la jeune fille, s’éveille. Dans la modestie de sa vie, on lui a appris la décence. On lui a appris les politesses et les convenances toutes faites qu’il convient d’avoir avec autrui. Ce respect pour les lieux de partage, qui ne sont pas le refuge d’un seul prince. Alors dans le sillage qui la mène jusqu’au piano, l’air de rien, elle ramasse le mégot par terre et le jette dans la poubelle, juste à côté de l’entrée. A portée de main en réalité. Elle ne dit rien, se retourne sur les certitudes qu’il arbore comme si elles tenaient de l’évidence. Le mépris chez Eleah n’existe pas, mais alors qu’elle l’entend défendre ses idées, elle en touche les évanescents contours. Son visage demeure doucereux, mais cela grouille à l’intérieur, cela grouille. Ses doigts s’appuient avec plus de fermeté sur le vernis noir, imaginent qu’il s’agit d’un goudron encore brûlant dans lequel elle pourrait se calciner les ongles. Ses regards le tancent alors qu’elle reprend le fil qu’il a décidé de tracer :
« Tu es bien jeune pour avoir autant de certitudes sur ce qui t’entoure. Mais soit … Tu as peut-être raison au fond. Si c’est vraiment ce que tu penses, j’ai mal pour toi qui ne sait plus rien éprouver, à part le goût des cendres de l’amertume et de la désillusion que tu remâches encore et encore, jusqu’à t’en écœurer. Je préfère en vouloir toujours plus, que d’en avoir constamment assez. »
Le mépris n’existe pas chez Eleah. Sauf à cet instant, cet instant précis. Où le mépris s’allie à une forme de pitié latente, gorgée par les relents de l’inconscience enfantine. Elle le hait d’essayer de broyer ses idéaux pour y apposer sa marque putride, quand elle fait l’effort de vivre, alors qu’il se contente à l’évidence de se trainer en lambeaux de chairs. Elle hait cette assurance qu’il déploie comme un étendard, prêcheur d’une parole surfaite, alors qu’il n’a pas eu le temps de voir grand-chose, du haut de ses vingt-cinq ans tout mouillé. Il en a peut-être vu. Il en verra surement d’autres. Qu’est-il aujourd’hui pour prétendre savoir ? Elle n’a jamais pu supporter les apitoiements de ceux qui pensent que leur sort est irrémédiablement tracé, ces philosophes qui parlent trop et agissent peu.

Et puis alors qu’elle voit se modeler la fureur sur ses traits diaphanes, elle s’aperçoit que c’est peut-être autre chose. Un masque que l’on appose, pour calfeutrer ce qui se dissimule. Sa curiosité s’épanouit dès lors qu’il se meut en prédateur, préférant se vautrer dans la hargne plutôt que d’admettre ses fautes. Parure … Si jolie parure, qui réussit presque à la convaincre tant qu’elle se tend sous ses phalanges, redevenue petite fille sous ses doigts pas entièrement hommes.  Elle se demande pourquoi. Pourquoi toute cette hargne ? Pourquoi ce désœuvrement, vis-à-vis de tout, de tout le monde, et surtout de lui-même ? Pourquoi ? Que lui est-il arrivé un jour, pour que l’innocence s’enfuit et devienne acariâtre ? le mépris s’évanouit, laisse place à une fascination béante qu’elle ne tente même pas de lui dissimuler. Ses pupilles plongent, ses pupilles traquent. Elles imaginent enfin, ce que les siennes, en clair-obscur, ont bien pu voir d’horreurs. Celles qu’il aura su recevoir, celles qu’il aura proféré. A part égales ou ambiguës. La balance en déséquilibre, forcément … forcément.   Il continue de parler, mélodie déviante sur laquelle elle se brûle, la gorge oppressée, les membres en tenaille. Le désir. La peur. Non la terreur. Tous les élans contraires qu’il lui inspire, qu’elle ne peut contrôler qu’en renouant avec la couarde créature qu’elle a toujours été. Son souffle sur sa peau, brûlure au singulier, meurtrissures pourtant plurielles qui inspirent des feulements à son imagination troublée. Elle se retient sur le bord, en équilibre. Les paupières vacillent sans se laisser dompter.
« Peut-être bien. »
Elle ne sait pas … Elle ne sait pas. C’est ce qu’il aimerait lui faire croire. C’est ce qu’il pourrait lui enseigner. Mais au fond, si elle puise au fond de ses entrailles, n’a-t-elle pas des réponses à toutes ces questions qu’il soulève ? Une aigreur indistincte monte au bord de ses lèvres. Elle ne sait ni d’où elle vient, ni jusqu’où elle ira. Elle demeure cependant, assez pour laisser un goût amer de déjà-vu sur sa langue. Un malaise la traverse, fait tressaillir ses membres et frissonner sa peau. Autant de plaisir que de déplaisir dans cette émotion qui la cisèle. Elle tombe. Il l’empoisonne. Chute au masculin, au féminin. Pendant une courte seconde elle ne sait plus ce qu’elle est, où se planque sa contenance face aux airs impérieux dont il l’inonde. Elle distingue le plaisir cruel qu’il éprouve à reprendre l’ascendant sur elle. Retrouver son assurance n’est pas si évident, alors elle fait ce qu’elle maîtrise le mieux : jouer de ses charmes et de ses airs, l’aplomb de phrases prévisibles, l’effleurement de caresses indécentes. Cela fonctionne … cela fonctionne. Il réagit, sensations plurielles qui le martèlent à son tour. Trahison de la chair sur l’âme dévorante. La sensualité détoure l’orgueil pour le magnifier et mieux l’endormir. Cela fonctionne … cela fonctionne. Etant toute jeune, alors qu’elle regardait les garçons du coin de l’œil, elle ne pensait pas avoir affaire à des créatures si simples. C’est lorsqu’elle les a approchés qu’elle s’est aperçue qu’il n’était pas si compliqué de leur faire tourner la tête, ou d’obtenir d’eux ce dont elle avait envie. Elle n’était pas bien exigeante au départ. Ils ne demandaient pas leur reste, lorsqu’elle les attirait dans le noir. Elle se souvient des mains baladeuses et incertaines de son premier amant, sur sa taille fine. Des crispations de son visage, qu’elle avait jugées très bizarres, voire drôles sur le coup. Elle avait dû faire un effort immense pour ne pas rire, alors qu’il la prenait avec une indélicatesse notable, suscitant en son corps plus d’ennui que d’émois. C’est peut-être pour cela que ses attentions s’étaient portées ensuite sur des hommes plus vieux. Mais ils n’étaient pas si différents au fond. L’expérience à part, il n’était pas très difficile de les corrompre à des plaisirs tous simples. Leur voracité était surfaite. Ils faiblissaient vite dans la débauche. Rien de transcendant en soi, pour répondre à l’exigence de ses appétits de plus en plus prégnants, au fil du temps. Alors le dire … Avouer ce qu’il sait déjà, ça n’est pas difficile. C’est la porte ouverte sur des facilités qui ne suffiront pas. Elle pourrait l’avoir, ce serait si aisé. Il suffirait qu’elle taise les mots sur sa bouche, qu’elle bride ses élans autour de sa langue en se faisant petite fille docile, attentive et soumise. Elle gémirait bien fort à son oreille, en en rajoutant un peu, juste assez pour agacer son orgueil mâle. Mais il oublierait vite. Et elle aussi. Un corps parmi d’autres, ondoyant contre le sien. Elle ne le veut pas ainsi. Pas totalement en tout cas. Alors elle lui échappe, maline créature. Cruelle aussi, cruelle. Et exigeante, malgré toute la dangerosité de ce que cela peut représenter.  
« C’est un risque à prendre. Tu peux toujours partir … Je ne te retiendrais pas. »
Elle hausse une épaule, juste une. Au fond elle espère que ses affronts le pousseront à demeurer-là, à braver les interdits qu’il s’est imposé en renonçant à cette musique qui lui apparaît à présent comme une évidence, en lui. Alors elle reste. Elle reste tandis qu’il se place sur le petit banc, derrière les touches. Elle reste et lui tourne le dos, figée dans une posture d’attente qui trahit l’élégance d’un apprentissage classique. Les premières notes, les premières touches. Fragiles et évanescentes sous ses doigts, sous ses pas. Ses pas à elle, nus sur le carrelage blanc, qui attendent, qui entendent. Il y a une forme de souffrance qui suppure en filigrane de son jeu, comme si chaque note lui coûtait un peu plus, une corruption plurielle, si belle pourtant, si belle. Elle se laisse gagner par la mélodie qu’elle connaît pour l’avoir déjà entendue. En concert, ou bien en classe. Réminiscence d’un enseignement qui la poursuit depuis l’enfance, depuis l’aube. Ses doigts amorcent l’idée d’une arabesque dans le vide. Elle ferme les yeux à son tour, devient un arc-de-cercle, devient la vibration qui ponctue la note. Elle pivote, elle dessine, un motif invisible du bout des pointes nues, sur la toile vierge du sol d'une couleur trop crue. Son pull masque un peu les courbures alanguies de ses membres. Il amène à deviner, à entrevoir, à imaginer enfin, les muscles qui se tendent sur l’ossature, qui s’étirent enfin. Ses regards se rouvrent pour se fixer sur lui à son tour, et en dansant toujours, dans un espace moindre, elle s’approche. La musique s’étiole, les pas aussi. Elle s’avance vers ce visage si semblable en apparence, si différent toutefois. La hargne rendue à une fragilité indistincte, une souffrance dont elle s’abreuve, en l’éprouvant jusque dans sa chair vive. Elle ne sourit pas, elle ne le juge pas non plus. Un calme d’apparence, pour le rejoindre dans la délicatesse d’un silence qui s’installe à l’épilogue de son morceau. Elle attend que la dernière note retombe, pose ses paumes sur la surface polie du piano qui vibre encore. Puis elle vient s’accouder sur le côté, sa hanche reposant sur le rebord, la tête légèrement penchée.
« Rachmaninoff ? » Elle hésite, suit du regard la ligne des touches bicolores qu’elle connaît bien pour les avoir apprivoisées elle-même, un jour. Pas sur des morceaux aussi ambitieux cependant. « Veux-tu jouer encore ?… J’aime t’écouter. Il y a … Quelque chose dans ton jeu … Quelque chose de trouble, que j’aime entendre. » La demande est prudente, laisse la porte ouverte à une échappatoire. Elle a déjà obtenu plus de lui que ce qu’elle pouvait imaginer. Il a joué … Il a joué. Il n’est plus indemne à présent, il ne pourra plus l’être. Mais elle est là pour l’entendre. Ce cri, cette musique qui filtre, par tous les pores de sa peau blême. Elle le regarde avec une forme de candeur, ne craint pas ses réactions vu qu’elle les imagine déjà plurielles. Elle est là pour l’entendre se taire, jouer encore, ou la désavouer.

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