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Break me out, set me free _ Eleah&James

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James M. Wilde
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() message posté Mar 5 Fév - 9:19 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




L'oxycodone tombe et tournoie dans l'estomac vide. La médication étire l'euphorie qui se love docilement dans le ventre, une douce chaleur qui grimpe langoureusement dans la gorge, sur la langue qui lape l'alcool. Le mélange s'insinue dans les veines, c'est un réconfort jusque dans les muscles qui s'offusquent d'être ainsi environnés par ces autres altérités qui remuent, hurlent et geignent. La peau se nacre d'une émotion presque palpable, qui s'épanouit dans mes yeux dès lors qu'ils se posent sur elle. Des envies se rencognent dans la naphte de l'esprit, le besoin de la toucher, de s'autoriser les gestes encore interdits il y a deux jours galope comme une évidence malsaine. Mes iris brillent en la caressant en pensées, Maud devient une étrangère alors que ses doigts galvaudent la peau qu'elle s'approprie. J'ai envie de la repousser, voire j'en conçois une obsession quasi épidermique qui rencontre un désir lourd, paresseux, qui s'éprend de mon corps avec la difficulté qu'ont les poisons lorsqu'il s'agit de gangrener une carcasse moribonde. Mais pas encore totalement morte. Pas encore. Pas lorsqu'ici elle se retrouve cernée, égarée dans le clair-obscur de mon monde, un domaine dégénéré qui cherche à l'enserrer pour se nourrir des lueurs qu'elle aura osé amener en ces lieux de perdition. Sa petite main tire parfois sur le pan de sa robe et l'amusement dans mes prunelles démontre que ce détail ne m'a pas échappé. La gêne incongrue quand elle devrait dévoiler plus encore de sa peau. Je me souviens de la douceur, sous la pulpe des doigts quand nous dansions la première fois. Mon oeillade est plus appuyée. Plus dangereuse aussi lorsque je réponds avec une très fausse douceur :
_ Parce que ça change quelque chose peut-être ?
Les doigts de Maud se figent sur le t-shirt noir devenu gris et élimé, son territoire disparaît, elle comprend qu'il n'a jamais existé et que si elle s'est surprise un jour à rêver que je la retrouverai toujours dans les ténèbres poisseuses dans lesquelles elle survit, ça ne sera sans doute pas le cas. Je chasse sa main pour recouvrer ma liberté, achevant là ma démonstration. Non ça ne change rien. Car je n'ai pas d'appartenance, je n'ai plus d'appartenance, envers rien ni personne. Et que lorsque j'en avais une, ça n'a rien changé non plus. Iris ne sait plus si elle doit répliquer ou non, si elle doit se sentir insultée ou pas par le terme et par ma réaction. Elle finit par ajouter plutôt piteusement :
“J'suis pas sa copine, je suis juste la fille qu'il baise.”
Elle opine sèchement, étirant son cou plutôt élégant sur son orgueil blessé que j'ai achevé en lui faisant jouer le rôle de la boniche.
“Celle-là tu la baiseras pas facilement ceci dit, si elle picole pas.”
Elle se moque en partant à cause de la précision étonnante d'Eleah. Je mordille ma lèvre inférieure quand la gamine demande un verre sans alcool. Ouais t'as qu'à croire ma grande, je suis pas sûr que Josh sache vraiment que ça existe un liquide non alcoolisé. Je passe sur l'insulte, nous avons un rapport fondamentalement dysfonctionnel tous les deux, et nous n'en sommes pas à nos premières lames plongées dans les chairs par orgueil ou par sadisme. Je laisse ma main ouverte, un appel, une tourmente. Mon sang pulse jusqu'à la pulpe, j'ai envie de la toucher. J'ai envie de la toucher. J'ajoute quand elle se saisit de mes doigts et qu'elle se rapproche :
_ Tu verras bien assez tôt.
Ce que je ne manquerai pas de lui inspirer. Ce que j'inspire toujours par mon comportement et mes besoins triviaux. Son corps se rapproche du mien et je la laisse me rejoindre, je n'élève aucune défense tant mes chairs aspirent à cette chaleur qu'elle semble irradier. Les doigts s'entremêlent, un geste si intime dans un endroit où la vulgarité est partout, sous les yeux et dans les pensées les plus torves. Elle suit un rythme qui lui est propre, qu'elle destine bientôt à l'écho de mes gestes qui se modèlent aux siens. Nos jambes se frôlent, nos corps se disjoignent parfois mais toujours pour se retrouver dans cette pulsation qui atermoie avant de devenir presque palpable quand je serre plus intensément ses phalanges entre les miennes. J'ondule une seconde contre elle pour mieux lui susurrer :
_ J'ai plus besoin de payer Iris bien cher pour qu'elle s'allonge, alors la Gibson sera pas dévolue à ce plaisir là.
J'inspire son odeur au passage, parce que je me suis approché de sa tempe. Je ne lui mens pas, je ne cherche pas à maquiller les tractations sordides entre cette fille et moi, ni le fait que j'ai envisagé de fourguer la Gibson pour de la came car elle s'en doute. Mais quelque chose a changé. Quelque chose d'indicible. Alors la guitare n'est pas avec moi aujourd'hui alors que je pense que Garrett l'attend pourtant avec cette impatience arrogante qu'ont parfois les dealers qui cherchent à passer pour des grands seigneurs. Mes doigts se dénouent, suivent la ligne dénudée de son bras, la peau fragile qui embrasse ses veines, le premier geste presque sensuel que je m'autorise avec elle, qui me brûle jusque dans les entrailles tant mes désirs côtoient ces colères planquées que je ne sais plus comment assommer. Une caresse diaphane, du bout des doigts, avant que nos mains s'entrelacent une nouvelle fois. Mon regard retourne à ses yeux. Pourquoi es-tu ici avec moi ? Pourquoi veux-tu l'avilissement que les gens comme moi appuient toujours sur ce qui est beau, sur ce qui est fragile ? Mais je me rappelle qu'elle n'est pas fragile, pas entièrement. Je penche mon visage comme si j'allais l'embrasser mais c'est vers son oreille que je dévoue d'autres mots. La proximité est enivrante, la musique, sa musique, sous ma peau une nouvelle fois :
_ Ta robe est si courte… Tu sais combien de mecs se sont imaginé glisser leurs mains en dessous. Je suis sûr que certains l'ont fait. Et tu es restée. Tu es restée quand même.
J'appose ma main dans la sienne contre sa cuisse, caresse conjointe sur la peau, et le trouble se fiche dans mes prunelles tandis que je mime cette intrusion en soulevant légèrement le tissu de sa robe.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Dim 10 Fév - 18:34 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Des mots crus, des mots nus. Plus qu’il n’en faut, plus qu’il ne devrait y en avoir. Ses regards se perdent dans le noir, s’aveuglent à ces visions fantasmagoriques qu’il charrie, qu’il avorte. Noir sulfureux, noir désolé. Elle n’est pas à sa place ici. Ou elle l’est trop, bien au contraire. Ambivalence troublante, aux saveurs pas si incongrues que cela sur la langue. Des odeurs lui parviennent : celles de ces mauvais whiskys que l’on sert à ceux qui veulent se saouler très vite pour une bouchée de pain. L’ivresse pour toutes les bourses, surtout pour les plus démunies. N’importe laquelle, n’importe où, pourvu qu’elle soit rapide. Rapide et amère dans le ventre. Qu’il n’y ait plus rien à part la bile et l’alcool, qui refluent dans l’estomac et tordent les entrailles. La souffrance qui compense celle que l’être endure, en permanence. Celle qu’il traîne, celle qu’il cajole. Ses paupières s’affolent mais son rythme cardiaque s’amenuise, comme anesthésié par la débâcle de toutes les informations qui saturent ses esprits. Le retrouver, le rejoindre. Point d’ancrage aussi incertain que cruel, qui la regarde avec cette avidité troublante qui l’attire autant qu’elle la répugne. Sous l’abus de ses prunelles au loin, pendant une longue seconde, elle redevient ce qu’elle aurait dû décemment être : une petite fille, une adolescente, un peu perdue, un peu dépassée aussi. Qui ne sait pas, qui ne sait plus. Et puis la trivialité de la fille la rappelle. Sa fausse possessivité qui suinte, qui plante les ongles. Sa peau s’imagine être mordue ou bien griffée. Elle tressaille sous sa robe trop courte, masque les troubles derrière une façade à peine contrariée. La cruauté dont il fait preuve à l’égard d’Iris lui échappe, parce qu’elle n’en saisit pas tout à fait l’essence. Elle ignore tout de leurs rapports, elle ne veut pas en savoir davantage. Mais elle note quand même, cette façon dont il a de la rejeter, avec cette empathie absente. Elle l’observe, yeux grands ouverts. Sans doute aurait-elle dû s’offusquer, marquer son mécontentement d’un « Voyons James, tu pourrais lui parler plus gentiment. » C’est ce qu’une enfant très polie et soucieuse aurait dit, en sourcillant beaucoup, en insistant lourdement. Mais Eleah ne dit rien, comme statufiée par ce plaisir incertain qu’elle éprouve à l’idée qu’il la regarde elle, et personne d’autre. Qu’il rejette Iris, pourtant plus vieille, pourtant plus expérimentée, pour s’arroger le droit de se rapprocher d’elle, et d’elle seule. Un orgueil entaché de mépris ronronne à l’intérieur. Elle ne le connaissait pas jusqu’alors. Elle fait sa connaissance, surprise de ces élans impitoyables qu’elle saurait avoir si seulement elle l’écoutait davantage. La répartie d’Iris est aussi amère qu’abrupte. Elle la fait à peine sourciller. Eleah ne la regarde pas vraiment de toute façon, entièrement happée. L’information transite dans sa tête, ne fait que passer. Elle n’est pas née de la dernière pluie, elle s’en doutait depuis le départ, qu’il y avait de ces transactions-là entre eux. Sa moquerie ne l’atteint pas. Pas vraiment en tout cas, parce qu’elle la sait entièrement dictée par un orgueil meurtri. Elle ne la regarde pas s’éloigner, rejoint James avec un naturel confondant. Parce que c’est pour lui qu’elle est venue. Oui, pour lui. Personne d’autre. Et elle serait bien incapable d’expliquer pourquoi.

Ses doigts se referment, griffent l’écrin de ses défenses pour s’arroger le droit de les infiltrer. Il la touche, elle aussi. Et sa peau réagit d’une façon indistincte. D’une façon qu’elle ne comprend pas, parce qu’habituellement, elle n’est pas épidermique. Elle est habituée, à ce que des mains se pressent sur sa chair, à ce qu’on l’effleure, à ce qu’on la caresse. Souvent elle n’éprouve rien de particulier, le soubresaut d’émotions indistinctes, un plaisir maniable et malhabile. Rien à voir avec l’intensité de son contact, la sensation que sa peau à lui aussi respire et vibre lorsqu’il la touche. Comme si … Comme si se donner le droit de la toucher lui faisait éprouver autant d’envie que de souffrance. La gestuelle est intime, mais la férocité de ses mots, elle, l’est plus encore. Parce qu’il ne l’épargne pas en maquillant sa verve d’un langage fleuri. Qu’il est cru, et taciturne. Comme le premier soir, et le second aussi. Elle tique un peu, hoche la tête sur le côté. Sa pudeur se révulse un peu de ce lien qu’il a avec Iris, le trouve éminemment dérangeant. Quelle idée de payer pour baiser … De baiser pour pas grand-chose. Elle n’a jamais imaginé pouvoir un jour donner son propre corps dans des échanges semblables. Elle aurait le sentiment d’être souillée, réduite à un état d’animale, que l’on utilise pour son bon plaisir. Un tas de chair, dont il faut abuser puisque le tarif a été déposé sur la table de chevet. Quelle horreur. Quelle horreur. Elle qui vibre, elle qui vit, c’est inconcevable.
« Tu veux dire que tes charmes valent plus que ce qu’elle te demande ? Tant mieux pour la Gibson … Je suis sure que tu sauras en faire bon usage, si tu te perds pas en chemin. » glisse-t-elle, avec une assurance d’équilibriste. Parce qu’elle se sent basculer peu à peu, poussée tout au bord du vide. Il y a trop de monde, trop de gens, trop de choses. Et lui, lui surtout, qui se faufile dans la brèche béante, qui traque les failles pour mieux les éventrer. Ses doigts suivent la ligne de son bras, et elle qui normalement ne sait comment respirer sans se mouvoir s’arrête, abaisse les yeux pour suivre le sillage de ses doigts. Chaque parcelle de son épiderme réagit de façon éhontée, avec cette voracité coupable qui se nourrit de l’interdit. Elle ne maquille rien, offre la vision d’une curiosité abrupte, sans aucun fard, face aux propres élans de sa nature. Elle plonge dans ses regards, entrouvre les lèvres dans un souffle éperdu de stupeur et d’avidités entrelacées. Créature étrange, aussi doux que douloureux, aussi cruel que délicat. Qui es-tu ? Qui es-tu pour être tout cela ? Sa main glisse jusqu’au bas de son dos, comme pour se retenir. Le plat de sa peau sur le bas de sa colonne qu’elle saillir sous la peau, même à travers son tee-shirt. Elle appuie à peine, effleure seulement, dans un instinct de prudence. Elle se maintient là, contre lui, prête à chavirer dans ce monde qu’elle ne connaît pas, sur lequel il règne, monarque déchu, déçu.
« Même s’ils l’ont fait, qu’est-ce que ça change ? Une caresse que l’on arrache, une caresse qui ne se donne pas … Elle ne vaut rien. Elle n’a pas la même saveur. Elle n’a rien à voir avec celle … » Son souffle se tarit, parce qu’il est trop proche et que la mimétique de sa main contre sa cuisse la bouleverse, la fascine, non la façonne. Elle demeure les yeux grands ouverts, à le défier, à le supplier, à le condamner tout à la fois. Elle se sent chavirer à l’intérieur, mais demeure infaillible. Elle mordille légèrement l’intérieur de sa bouche et articule la fin de sa phrase : « … Que l’on offre. » Un sourire espiègle se dessine, joueur, tentateur, mais timide encore. Timide et sulfureux. Chargé de toutes les ambivalences qui la tiraillent, entre l’affolement, et l’envie irrésistible de céder. C’est le moment que choisit Iris pour repaître avec les boissons. Eleah se saisit du verre qu’elle lui tend, elle la regarde à peine, encore.
« Merci, tu es gentille. »
Elle ne se rend pas compte, que son ton la dédaigne, la repousse, la nargue. Non elle ignore qu’elle sait être cruelle elle aussi.

CODAGE PAR AMATIS
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James M. Wilde
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() message posté Lun 18 Fév - 13:00 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




Il y a une fille qui geint quelque part dans l'obscurité empesée de la boîte, c'est presque un râle, c'est presque un cri qui se brise sur les cordes vocales, abîmées à cause des excès et de l'alcool. Impossible de savoir si c'est l'expression du plaisir ou du dégoût, c'est un mal qui ronge les nerfs et qui ne demande plus qu'à sortir. C'est une harmonie dérangeante, pleine de trouble, les corps s'enlacent ou se menacent, ils composent une musique nocturne qui sera oubliée dès le lever du jour. Sur l'épiderme s'excitent mes instincts de voyeur, mon œil se dirige vers la note qui se fêle, plus aiguë que la précédente, et les allures de prédateur se dessinent dans les muscles. La bête flaire une proie facile, une fille à écarteler d'un plaisir brutal dans un coin, c'est un appel, un appel ancestral qui me fige une longue seconde avant que je ne chasse de mes esprits les idées peu glorieuses qui y gisent. Je reviens à Eleah, et l'écho de cette seconde purement animale se dessine dans un échange mutique, les envies taraudent la bête qui semble si proche de se dévoiler dans l'atmosphère brûlante qui nous réunit. Mon invitation hérisse ses dangers, ils ne se dissimulent pas, ils ne se dissimulent plus, ils se gravent bien au contraire à ses airs de petite fille perdue qui s'aventure dans l'antre. Elle n'a jamais parue si jeune que ce soir, si innocente quand mes pensées dévalent sa silhouette pour mieux la pervertir. Peut-être alors que ma cruauté envers Maud n'en est que décuplée, parce qu'elle redevient ce qu'elle a toujours été au fond. Une pute, un écrin de chair où déverser toute la souffrance et la frustration d'une existence qui se délite, le vaisseau qu'on utilise pour que la douleur se disperse une unique seconde, une seconde bien trop courte, bien trop fade, pour seulement oublier la plaie grande ouverte qui continue de suinter. Alors je la traite comme si elle n'existait plus, comme si elle était remplaçable, un corps qu'on substitue pour un autre, pour la promesse d'une étreinte charnelle moins dégradante, où le monstre pourrait s'enfouir, s'enfuir. Rien qu'un instant. Rien qu'un instant de plus pour ressentir toutes les intensités qui savaient parcourir ma peau et mes muscles. Eleah ne réagit même pas, je ne sais trop si c'est parce qu'elle n'ose guère s'immiscer dans une relation qui ne la regarde pas ou si mon attitude ne la choque pas. Peut-être qu'elle n'attend plus rien qui ne la détrompe à mon endroit. Plus rien qui puisse m'élever un peu de la fange où je persiste à m'enterrer. Et à l'entraîner. Qu'elle puisse se sentir flattée, je n'y songe même pas, ayant perdu en chemin l'orgueil délirant qui me caractérisait il y a seulement quelques années. Je n'ose pas en rêver même si la fièvre qui m'éprend peu à peu ne cesse de me pousser dans des chimères où elle serait ici uniquement pour me rejoindre. Me rejoindre dans l'horreur et y basculer. Apprendre à aimer cela quand deux corps enlacés frôlent la folie, le plaisir et l'angoisse réunis. Je l'emporte, je l'emmène, ses doigts me semblent brûlants, une hérésie et un désir qui courent dans tout mon bras. Les mots s'échangent sans chercher à se faire doucereux ou empruntés, ils font mal, ils tuent, c'est cette violence qui ne s'abandonne plus dès lors qu'il est question de la manier telle une arme. Une arme plus acérée que jadis car je n'ai plus rien à perdre ou à protéger. Certainement pas les étreintes factices et virulentes qui m'opposent à Maud. J'attends une fois encore un jugement qui ne vient pas, qui transite peut-être dans ses iris mais qui y disparaît très rapidement. Les filles s'identifient toujours dans ces cas-là. Je ne souris plus vraiment quand je réponds d'un ton désincarné :
_ Je veux dire qu'elle pense me faire une faveur et qu'elle croit sans doute que la reconnaissance fera qu'un jour je le baiserai par amour plutôt que par besoin.
J'ai craché le mot amour avec un mépris sourd, dédaignant les rêves romanesques de ma putain pour préférer les condamnations inaltérables que je dispense sur les êtres qui m'entourent. Le chemin est perdu depuis longtemps. Depuis trop longtemps, petite fille. Il n'y a plus que des horizons déchirés par les flammes, plus que des ornières à explorer. D'autres caveaux où se perdre, pire que celui qui nous enferme ce soir. Une première caresse pleine de sensibilité, j'imagine encore qu'elle est ici, attirée par mes promesses qui sont devenues des menaces. Celles de la voir réagir à mon contact, ressentir autant qu'il se peut cette pulsation magnétique et dérangeante qui unit parfois ceux qui se trouvent dans l’écrin de la nuit. Par hasard. Par hasard. Le visage de l'innocence se transfigure, le besoin, la curiosité, deux avidités qui glissent au fond des iris changeants. Ses lèvres entrouvertes sont sans doute la vision la plus érotique que j'ai pu concevoir depuis bien trop longtemps. Les verrous fermement apposés sur ma silhouette se désagrègent, je ne suis plus encombré par mes précautions apeurées lorsqu'il s'agit de la laisser s'approprier un corps décharné. Mon corps. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale, nos corps si proches communiquent d'une étrange manière quand nos mots se chavirent. Se peut-il qu'elle soit ici, pleinement consentante, entre les bras squelettiques d'un moribond pour découvrir tout ce que j'ai déjà pu lui murmurer ? La brûlure tance mes imaginaires qui se posent sur elle, la brûlure se glisse dans mes yeux, visible, palpable quand elle achève sa phrase aux allures de démonstration. Nos doigts entremêlées contre la peau de sa cuisse. Une sensation exquise qui se modèle au moment où je comprends que le dégoût est loin de la parcourir. Elle parle, elle parle c'est vrai, et ses mots sont effroyables de tentation mais l'évidence se grave, je pourrais lui apprendre. J'aimerais lui apprendre. Oui, j'aimerais cela à en désespérer je crois. Et elle aimerait cela aussi. Mon ventre se creuse d'un dangereux désir et un léger sourire sulfureux se dessine sur mes lèvres avant que l'agacement ne vienne tout détruire et tout m'enlever. Nos mains se désunissent pour saisir nos verres, et j'ajoute avec un accent fourbe :
_ Et très serviable.
Vexée par Eleah et nos remarques moqueuses, Maud approche ses lèvres de mon oreille pour ajouter :
“Sans glace, comme tu aimes… Tu ne veux pas aller t'amuser un peu plus loin ?”
Elle ne sait pas ce que j’aime. Le Lagavulin me manque. Elle dessine une invitation d'une inflexion de son cou gracile vers les ombres, les ombres que j'ai sondées plus tôt, où les couples baisent contre des cloisons dont la peinture s'écaille. Je réponds sans m'encombrer de confidence :
_ Quel intérêt à une proposition qui a un goût de déjà vu ? Barre-toi.
Cette fois-ci je la congédie sans aucun décorum alors elle m'offre son sourire empoisonné avant de siffler :
“Tu reviendras plus tard quand tu te seras lassé. Tu reviens toujours…”
Mon visage se fait plus indéchiffrable au fil morbide d’une seconde abrupte qui se destine à cet écho qu'elle fait d'un passé trop violent, un passé qu’elle ne connaît pourtant pas. Un passé qui ne la concerne pas. Qui ne regarde que moi. Je suis fermé, assassin, froid. Elle s'éclipse sur un léger rire moqueur qu'elle adresse vraisemblablement à Eleah avant que je ne considère le verre qu'elle lui a apporté. Ça pue le rhum arrangé de la pire des qualités mais disons que ça a presque la couleur des fruits. J'ajoute en la regardant consommer une gorgée :
_ Ne sois pas timide, l'alcool bon marché passe bien mieux si on le siffle d'un seul coup.
Je vide mon verre d'un trait avant de m'en débarrasser sur une planche qui sert de table à un groupe de jeunes gens paumés avachis sur un sofa défoncé. Mes mains ne reviennent pas immédiatement à sa peau, elles se posent, s’imposent, possessives sur sa taille, une caresse moins fragile, une attention plus prononcée pour l'attirer de nouveau contre moi, me noyer dans ses parfums, oublier l'autre morue qui danse avec un type au hasard un peu plus loin. J’oublie en effet, j’oublie très vite, l’alcool, les médocs, l’odeur de cette fille, tout procède de l’intoxication. Mes phalanges frôlent son cou, suivent la courbe de son épaule. Je recouvre des humeurs plus avides, entièrement tournées vers elle :
_ Et toi, tu pourrais t’égarer dans le noir ? Les murs verdâtres, la lumière tamisée des mauvais néons. La peau est si pâle dessous… Si pâle. On sait qu’on ne doit pas traîner dans ces ténèbres là, on le sent, c’est une peur viscérale. Un besoin qui l’est tout autant.
Je crois qu’elle le sait très bien, parce que l’envie qu’elle expose n’est pas celle d’une prude. Elle n’est pas celle d’une petite fille docile ou bien élevée. C’est un appel, une torsion de l’être qui gémit dans le noir, tout comme cette fille là-bas. Tout comme toi. Tout comme toi.
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