"Fermeture" de London Calling
Après cinq années sur la toile, London Calling ferme ses portes. Toutes les infos par ici Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 4 2979874845 Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 4 1973890357


Break me out, set me free _ Eleah&James

James M. Wilde
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() message posté Mar 5 Fév - 9:19 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




L'oxycodone tombe et tournoie dans l'estomac vide. La médication étire l'euphorie qui se love docilement dans le ventre, une douce chaleur qui grimpe langoureusement dans la gorge, sur la langue qui lape l'alcool. Le mélange s'insinue dans les veines, c'est un réconfort jusque dans les muscles qui s'offusquent d'être ainsi environnés par ces autres altérités qui remuent, hurlent et geignent. La peau se nacre d'une émotion presque palpable, qui s'épanouit dans mes yeux dès lors qu'ils se posent sur elle. Des envies se rencognent dans la naphte de l'esprit, le besoin de la toucher, de s'autoriser les gestes encore interdits il y a deux jours galope comme une évidence malsaine. Mes iris brillent en la caressant en pensées, Maud devient une étrangère alors que ses doigts galvaudent la peau qu'elle s'approprie. J'ai envie de la repousser, voire j'en conçois une obsession quasi épidermique qui rencontre un désir lourd, paresseux, qui s'éprend de mon corps avec la difficulté qu'ont les poisons lorsqu'il s'agit de gangrener une carcasse moribonde. Mais pas encore totalement morte. Pas encore. Pas lorsqu'ici elle se retrouve cernée, égarée dans le clair-obscur de mon monde, un domaine dégénéré qui cherche à l'enserrer pour se nourrir des lueurs qu'elle aura osé amener en ces lieux de perdition. Sa petite main tire parfois sur le pan de sa robe et l'amusement dans mes prunelles démontre que ce détail ne m'a pas échappé. La gêne incongrue quand elle devrait dévoiler plus encore de sa peau. Je me souviens de la douceur, sous la pulpe des doigts quand nous dansions la première fois. Mon oeillade est plus appuyée. Plus dangereuse aussi lorsque je réponds avec une très fausse douceur :
_ Parce que ça change quelque chose peut-être ?
Les doigts de Maud se figent sur le t-shirt noir devenu gris et élimé, son territoire disparaît, elle comprend qu'il n'a jamais existé et que si elle s'est surprise un jour à rêver que je la retrouverai toujours dans les ténèbres poisseuses dans lesquelles elle survit, ça ne sera sans doute pas le cas. Je chasse sa main pour recouvrer ma liberté, achevant là ma démonstration. Non ça ne change rien. Car je n'ai pas d'appartenance, je n'ai plus d'appartenance, envers rien ni personne. Et que lorsque j'en avais une, ça n'a rien changé non plus. Iris ne sait plus si elle doit répliquer ou non, si elle doit se sentir insultée ou pas par le terme et par ma réaction. Elle finit par ajouter plutôt piteusement :
“J'suis pas sa copine, je suis juste la fille qu'il baise.”
Elle opine sèchement, étirant son cou plutôt élégant sur son orgueil blessé que j'ai achevé en lui faisant jouer le rôle de la boniche.
“Celle-là tu la baiseras pas facilement ceci dit, si elle picole pas.”
Elle se moque en partant à cause de la précision étonnante d'Eleah. Je mordille ma lèvre inférieure quand la gamine demande un verre sans alcool. Ouais t'as qu'à croire ma grande, je suis pas sûr que Josh sache vraiment que ça existe un liquide non alcoolisé. Je passe sur l'insulte, nous avons un rapport fondamentalement dysfonctionnel tous les deux, et nous n'en sommes pas à nos premières lames plongées dans les chairs par orgueil ou par sadisme. Je laisse ma main ouverte, un appel, une tourmente. Mon sang pulse jusqu'à la pulpe, j'ai envie de la toucher. J'ai envie de la toucher. J'ajoute quand elle se saisit de mes doigts et qu'elle se rapproche :
_ Tu verras bien assez tôt.
Ce que je ne manquerai pas de lui inspirer. Ce que j'inspire toujours par mon comportement et mes besoins triviaux. Son corps se rapproche du mien et je la laisse me rejoindre, je n'élève aucune défense tant mes chairs aspirent à cette chaleur qu'elle semble irradier. Les doigts s'entremêlent, un geste si intime dans un endroit où la vulgarité est partout, sous les yeux et dans les pensées les plus torves. Elle suit un rythme qui lui est propre, qu'elle destine bientôt à l'écho de mes gestes qui se modèlent aux siens. Nos jambes se frôlent, nos corps se disjoignent parfois mais toujours pour se retrouver dans cette pulsation qui atermoie avant de devenir presque palpable quand je serre plus intensément ses phalanges entre les miennes. J'ondule une seconde contre elle pour mieux lui susurrer :
_ J'ai plus besoin de payer Iris bien cher pour qu'elle s'allonge, alors la Gibson sera pas dévolue à ce plaisir là.
J'inspire son odeur au passage, parce que je me suis approché de sa tempe. Je ne lui mens pas, je ne cherche pas à maquiller les tractations sordides entre cette fille et moi, ni le fait que j'ai envisagé de fourguer la Gibson pour de la came car elle s'en doute. Mais quelque chose a changé. Quelque chose d'indicible. Alors la guitare n'est pas avec moi aujourd'hui alors que je pense que Garrett l'attend pourtant avec cette impatience arrogante qu'ont parfois les dealers qui cherchent à passer pour des grands seigneurs. Mes doigts se dénouent, suivent la ligne dénudée de son bras, la peau fragile qui embrasse ses veines, le premier geste presque sensuel que je m'autorise avec elle, qui me brûle jusque dans les entrailles tant mes désirs côtoient ces colères planquées que je ne sais plus comment assommer. Une caresse diaphane, du bout des doigts, avant que nos mains s'entrelacent une nouvelle fois. Mon regard retourne à ses yeux. Pourquoi es-tu ici avec moi ? Pourquoi veux-tu l'avilissement que les gens comme moi appuient toujours sur ce qui est beau, sur ce qui est fragile ? Mais je me rappelle qu'elle n'est pas fragile, pas entièrement. Je penche mon visage comme si j'allais l'embrasser mais c'est vers son oreille que je dévoue d'autres mots. La proximité est enivrante, la musique, sa musique, sous ma peau une nouvelle fois :
_ Ta robe est si courte… Tu sais combien de mecs se sont imaginé glisser leurs mains en dessous. Je suis sûr que certains l'ont fait. Et tu es restée. Tu es restée quand même.
J'appose ma main dans la sienne contre sa cuisse, caresse conjointe sur la peau, et le trouble se fiche dans mes prunelles tandis que je mime cette intrusion en soulevant légèrement le tissu de sa robe.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Dim 10 Fév - 18:34 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Des mots crus, des mots nus. Plus qu’il n’en faut, plus qu’il ne devrait y en avoir. Ses regards se perdent dans le noir, s’aveuglent à ces visions fantasmagoriques qu’il charrie, qu’il avorte. Noir sulfureux, noir désolé. Elle n’est pas à sa place ici. Ou elle l’est trop, bien au contraire. Ambivalence troublante, aux saveurs pas si incongrues que cela sur la langue. Des odeurs lui parviennent : celles de ces mauvais whiskys que l’on sert à ceux qui veulent se saouler très vite pour une bouchée de pain. L’ivresse pour toutes les bourses, surtout pour les plus démunies. N’importe laquelle, n’importe où, pourvu qu’elle soit rapide. Rapide et amère dans le ventre. Qu’il n’y ait plus rien à part la bile et l’alcool, qui refluent dans l’estomac et tordent les entrailles. La souffrance qui compense celle que l’être endure, en permanence. Celle qu’il traîne, celle qu’il cajole. Ses paupières s’affolent mais son rythme cardiaque s’amenuise, comme anesthésié par la débâcle de toutes les informations qui saturent ses esprits. Le retrouver, le rejoindre. Point d’ancrage aussi incertain que cruel, qui la regarde avec cette avidité troublante qui l’attire autant qu’elle la répugne. Sous l’abus de ses prunelles au loin, pendant une longue seconde, elle redevient ce qu’elle aurait dû décemment être : une petite fille, une adolescente, un peu perdue, un peu dépassée aussi. Qui ne sait pas, qui ne sait plus. Et puis la trivialité de la fille la rappelle. Sa fausse possessivité qui suinte, qui plante les ongles. Sa peau s’imagine être mordue ou bien griffée. Elle tressaille sous sa robe trop courte, masque les troubles derrière une façade à peine contrariée. La cruauté dont il fait preuve à l’égard d’Iris lui échappe, parce qu’elle n’en saisit pas tout à fait l’essence. Elle ignore tout de leurs rapports, elle ne veut pas en savoir davantage. Mais elle note quand même, cette façon dont il a de la rejeter, avec cette empathie absente. Elle l’observe, yeux grands ouverts. Sans doute aurait-elle dû s’offusquer, marquer son mécontentement d’un « Voyons James, tu pourrais lui parler plus gentiment. » C’est ce qu’une enfant très polie et soucieuse aurait dit, en sourcillant beaucoup, en insistant lourdement. Mais Eleah ne dit rien, comme statufiée par ce plaisir incertain qu’elle éprouve à l’idée qu’il la regarde elle, et personne d’autre. Qu’il rejette Iris, pourtant plus vieille, pourtant plus expérimentée, pour s’arroger le droit de se rapprocher d’elle, et d’elle seule. Un orgueil entaché de mépris ronronne à l’intérieur. Elle ne le connaissait pas jusqu’alors. Elle fait sa connaissance, surprise de ces élans impitoyables qu’elle saurait avoir si seulement elle l’écoutait davantage. La répartie d’Iris est aussi amère qu’abrupte. Elle la fait à peine sourciller. Eleah ne la regarde pas vraiment de toute façon, entièrement happée. L’information transite dans sa tête, ne fait que passer. Elle n’est pas née de la dernière pluie, elle s’en doutait depuis le départ, qu’il y avait de ces transactions-là entre eux. Sa moquerie ne l’atteint pas. Pas vraiment en tout cas, parce qu’elle la sait entièrement dictée par un orgueil meurtri. Elle ne la regarde pas s’éloigner, rejoint James avec un naturel confondant. Parce que c’est pour lui qu’elle est venue. Oui, pour lui. Personne d’autre. Et elle serait bien incapable d’expliquer pourquoi.

Ses doigts se referment, griffent l’écrin de ses défenses pour s’arroger le droit de les infiltrer. Il la touche, elle aussi. Et sa peau réagit d’une façon indistincte. D’une façon qu’elle ne comprend pas, parce qu’habituellement, elle n’est pas épidermique. Elle est habituée, à ce que des mains se pressent sur sa chair, à ce qu’on l’effleure, à ce qu’on la caresse. Souvent elle n’éprouve rien de particulier, le soubresaut d’émotions indistinctes, un plaisir maniable et malhabile. Rien à voir avec l’intensité de son contact, la sensation que sa peau à lui aussi respire et vibre lorsqu’il la touche. Comme si … Comme si se donner le droit de la toucher lui faisait éprouver autant d’envie que de souffrance. La gestuelle est intime, mais la férocité de ses mots, elle, l’est plus encore. Parce qu’il ne l’épargne pas en maquillant sa verve d’un langage fleuri. Qu’il est cru, et taciturne. Comme le premier soir, et le second aussi. Elle tique un peu, hoche la tête sur le côté. Sa pudeur se révulse un peu de ce lien qu’il a avec Iris, le trouve éminemment dérangeant. Quelle idée de payer pour baiser … De baiser pour pas grand-chose. Elle n’a jamais imaginé pouvoir un jour donner son propre corps dans des échanges semblables. Elle aurait le sentiment d’être souillée, réduite à un état d’animale, que l’on utilise pour son bon plaisir. Un tas de chair, dont il faut abuser puisque le tarif a été déposé sur la table de chevet. Quelle horreur. Quelle horreur. Elle qui vibre, elle qui vit, c’est inconcevable.
« Tu veux dire que tes charmes valent plus que ce qu’elle te demande ? Tant mieux pour la Gibson … Je suis sure que tu sauras en faire bon usage, si tu te perds pas en chemin. » glisse-t-elle, avec une assurance d’équilibriste. Parce qu’elle se sent basculer peu à peu, poussée tout au bord du vide. Il y a trop de monde, trop de gens, trop de choses. Et lui, lui surtout, qui se faufile dans la brèche béante, qui traque les failles pour mieux les éventrer. Ses doigts suivent la ligne de son bras, et elle qui normalement ne sait comment respirer sans se mouvoir s’arrête, abaisse les yeux pour suivre le sillage de ses doigts. Chaque parcelle de son épiderme réagit de façon éhontée, avec cette voracité coupable qui se nourrit de l’interdit. Elle ne maquille rien, offre la vision d’une curiosité abrupte, sans aucun fard, face aux propres élans de sa nature. Elle plonge dans ses regards, entrouvre les lèvres dans un souffle éperdu de stupeur et d’avidités entrelacées. Créature étrange, aussi doux que douloureux, aussi cruel que délicat. Qui es-tu ? Qui es-tu pour être tout cela ? Sa main glisse jusqu’au bas de son dos, comme pour se retenir. Le plat de sa peau sur le bas de sa colonne qu’elle saillir sous la peau, même à travers son tee-shirt. Elle appuie à peine, effleure seulement, dans un instinct de prudence. Elle se maintient là, contre lui, prête à chavirer dans ce monde qu’elle ne connaît pas, sur lequel il règne, monarque déchu, déçu.
« Même s’ils l’ont fait, qu’est-ce que ça change ? Une caresse que l’on arrache, une caresse qui ne se donne pas … Elle ne vaut rien. Elle n’a pas la même saveur. Elle n’a rien à voir avec celle … » Son souffle se tarit, parce qu’il est trop proche et que la mimétique de sa main contre sa cuisse la bouleverse, la fascine, non la façonne. Elle demeure les yeux grands ouverts, à le défier, à le supplier, à le condamner tout à la fois. Elle se sent chavirer à l’intérieur, mais demeure infaillible. Elle mordille légèrement l’intérieur de sa bouche et articule la fin de sa phrase : « … Que l’on offre. » Un sourire espiègle se dessine, joueur, tentateur, mais timide encore. Timide et sulfureux. Chargé de toutes les ambivalences qui la tiraillent, entre l’affolement, et l’envie irrésistible de céder. C’est le moment que choisit Iris pour repaître avec les boissons. Eleah se saisit du verre qu’elle lui tend, elle la regarde à peine, encore.
« Merci, tu es gentille. »
Elle ne se rend pas compte, que son ton la dédaigne, la repousse, la nargue. Non elle ignore qu’elle sait être cruelle elle aussi.

CODAGE PAR AMATIS
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James M. Wilde
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() message posté Lun 18 Fév - 13:00 par James M. Wilde


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Eleah
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Il y a une fille qui geint quelque part dans l'obscurité empesée de la boîte, c'est presque un râle, c'est presque un cri qui se brise sur les cordes vocales, abîmées à cause des excès et de l'alcool. Impossible de savoir si c'est l'expression du plaisir ou du dégoût, c'est un mal qui ronge les nerfs et qui ne demande plus qu'à sortir. C'est une harmonie dérangeante, pleine de trouble, les corps s'enlacent ou se menacent, ils composent une musique nocturne qui sera oubliée dès le lever du jour. Sur l'épiderme s'excitent mes instincts de voyeur, mon œil se dirige vers la note qui se fêle, plus aiguë que la précédente, et les allures de prédateur se dessinent dans les muscles. La bête flaire une proie facile, une fille à écarteler d'un plaisir brutal dans un coin, c'est un appel, un appel ancestral qui me fige une longue seconde avant que je ne chasse de mes esprits les idées peu glorieuses qui y gisent. Je reviens à Eleah, et l'écho de cette seconde purement animale se dessine dans un échange mutique, les envies taraudent la bête qui semble si proche de se dévoiler dans l'atmosphère brûlante qui nous réunit. Mon invitation hérisse ses dangers, ils ne se dissimulent pas, ils ne se dissimulent plus, ils se gravent bien au contraire à ses airs de petite fille perdue qui s'aventure dans l'antre. Elle n'a jamais parue si jeune que ce soir, si innocente quand mes pensées dévalent sa silhouette pour mieux la pervertir. Peut-être alors que ma cruauté envers Maud n'en est que décuplée, parce qu'elle redevient ce qu'elle a toujours été au fond. Une pute, un écrin de chair où déverser toute la souffrance et la frustration d'une existence qui se délite, le vaisseau qu'on utilise pour que la douleur se disperse une unique seconde, une seconde bien trop courte, bien trop fade, pour seulement oublier la plaie grande ouverte qui continue de suinter. Alors je la traite comme si elle n'existait plus, comme si elle était remplaçable, un corps qu'on substitue pour un autre, pour la promesse d'une étreinte charnelle moins dégradante, où le monstre pourrait s'enfouir, s'enfuir. Rien qu'un instant. Rien qu'un instant de plus pour ressentir toutes les intensités qui savaient parcourir ma peau et mes muscles. Eleah ne réagit même pas, je ne sais trop si c'est parce qu'elle n'ose guère s'immiscer dans une relation qui ne la regarde pas ou si mon attitude ne la choque pas. Peut-être qu'elle n'attend plus rien qui ne la détrompe à mon endroit. Plus rien qui puisse m'élever un peu de la fange où je persiste à m'enterrer. Et à l'entraîner. Qu'elle puisse se sentir flattée, je n'y songe même pas, ayant perdu en chemin l'orgueil délirant qui me caractérisait il y a seulement quelques années. Je n'ose pas en rêver même si la fièvre qui m'éprend peu à peu ne cesse de me pousser dans des chimères où elle serait ici uniquement pour me rejoindre. Me rejoindre dans l'horreur et y basculer. Apprendre à aimer cela quand deux corps enlacés frôlent la folie, le plaisir et l'angoisse réunis. Je l'emporte, je l'emmène, ses doigts me semblent brûlants, une hérésie et un désir qui courent dans tout mon bras. Les mots s'échangent sans chercher à se faire doucereux ou empruntés, ils font mal, ils tuent, c'est cette violence qui ne s'abandonne plus dès lors qu'il est question de la manier telle une arme. Une arme plus acérée que jadis car je n'ai plus rien à perdre ou à protéger. Certainement pas les étreintes factices et virulentes qui m'opposent à Maud. J'attends une fois encore un jugement qui ne vient pas, qui transite peut-être dans ses iris mais qui y disparaît très rapidement. Les filles s'identifient toujours dans ces cas-là. Je ne souris plus vraiment quand je réponds d'un ton désincarné :
_ Je veux dire qu'elle pense me faire une faveur et qu'elle croit sans doute que la reconnaissance fera qu'un jour je le baiserai par amour plutôt que par besoin.
J'ai craché le mot amour avec un mépris sourd, dédaignant les rêves romanesques de ma putain pour préférer les condamnations inaltérables que je dispense sur les êtres qui m'entourent. Le chemin est perdu depuis longtemps. Depuis trop longtemps, petite fille. Il n'y a plus que des horizons déchirés par les flammes, plus que des ornières à explorer. D'autres caveaux où se perdre, pire que celui qui nous enferme ce soir. Une première caresse pleine de sensibilité, j'imagine encore qu'elle est ici, attirée par mes promesses qui sont devenues des menaces. Celles de la voir réagir à mon contact, ressentir autant qu'il se peut cette pulsation magnétique et dérangeante qui unit parfois ceux qui se trouvent dans l’écrin de la nuit. Par hasard. Par hasard. Le visage de l'innocence se transfigure, le besoin, la curiosité, deux avidités qui glissent au fond des iris changeants. Ses lèvres entrouvertes sont sans doute la vision la plus érotique que j'ai pu concevoir depuis bien trop longtemps. Les verrous fermement apposés sur ma silhouette se désagrègent, je ne suis plus encombré par mes précautions apeurées lorsqu'il s'agit de la laisser s'approprier un corps décharné. Mon corps. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale, nos corps si proches communiquent d'une étrange manière quand nos mots se chavirent. Se peut-il qu'elle soit ici, pleinement consentante, entre les bras squelettiques d'un moribond pour découvrir tout ce que j'ai déjà pu lui murmurer ? La brûlure tance mes imaginaires qui se posent sur elle, la brûlure se glisse dans mes yeux, visible, palpable quand elle achève sa phrase aux allures de démonstration. Nos doigts entremêlées contre la peau de sa cuisse. Une sensation exquise qui se modèle au moment où je comprends que le dégoût est loin de la parcourir. Elle parle, elle parle c'est vrai, et ses mots sont effroyables de tentation mais l'évidence se grave, je pourrais lui apprendre. J'aimerais lui apprendre. Oui, j'aimerais cela à en désespérer je crois. Et elle aimerait cela aussi. Mon ventre se creuse d'un dangereux désir et un léger sourire sulfureux se dessine sur mes lèvres avant que l'agacement ne vienne tout détruire et tout m'enlever. Nos mains se désunissent pour saisir nos verres, et j'ajoute avec un accent fourbe :
_ Et très serviable.
Vexée par Eleah et nos remarques moqueuses, Maud approche ses lèvres de mon oreille pour ajouter :
“Sans glace, comme tu aimes… Tu ne veux pas aller t'amuser un peu plus loin ?”
Elle ne sait pas ce que j’aime. Le Lagavulin me manque. Elle dessine une invitation d'une inflexion de son cou gracile vers les ombres, les ombres que j'ai sondées plus tôt, où les couples baisent contre des cloisons dont la peinture s'écaille. Je réponds sans m'encombrer de confidence :
_ Quel intérêt à une proposition qui a un goût de déjà vu ? Barre-toi.
Cette fois-ci je la congédie sans aucun décorum alors elle m'offre son sourire empoisonné avant de siffler :
“Tu reviendras plus tard quand tu te seras lassé. Tu reviens toujours…”
Mon visage se fait plus indéchiffrable au fil morbide d’une seconde abrupte qui se destine à cet écho qu'elle fait d'un passé trop violent, un passé qu’elle ne connaît pourtant pas. Un passé qui ne la concerne pas. Qui ne regarde que moi. Je suis fermé, assassin, froid. Elle s'éclipse sur un léger rire moqueur qu'elle adresse vraisemblablement à Eleah avant que je ne considère le verre qu'elle lui a apporté. Ça pue le rhum arrangé de la pire des qualités mais disons que ça a presque la couleur des fruits. J'ajoute en la regardant consommer une gorgée :
_ Ne sois pas timide, l'alcool bon marché passe bien mieux si on le siffle d'un seul coup.
Je vide mon verre d'un trait avant de m'en débarrasser sur une planche qui sert de table à un groupe de jeunes gens paumés avachis sur un sofa défoncé. Mes mains ne reviennent pas immédiatement à sa peau, elles se posent, s’imposent, possessives sur sa taille, une caresse moins fragile, une attention plus prononcée pour l'attirer de nouveau contre moi, me noyer dans ses parfums, oublier l'autre morue qui danse avec un type au hasard un peu plus loin. J’oublie en effet, j’oublie très vite, l’alcool, les médocs, l’odeur de cette fille, tout procède de l’intoxication. Mes phalanges frôlent son cou, suivent la courbe de son épaule. Je recouvre des humeurs plus avides, entièrement tournées vers elle :
_ Et toi, tu pourrais t’égarer dans le noir ? Les murs verdâtres, la lumière tamisée des mauvais néons. La peau est si pâle dessous… Si pâle. On sait qu’on ne doit pas traîner dans ces ténèbres là, on le sent, c’est une peur viscérale. Un besoin qui l’est tout autant.
Je crois qu’elle le sait très bien, parce que l’envie qu’elle expose n’est pas celle d’une prude. Elle n’est pas celle d’une petite fille docile ou bien élevée. C’est un appel, une torsion de l’être qui gémit dans le noir, tout comme cette fille là-bas. Tout comme toi. Tout comme toi.
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Eleah O'Dalaigh
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Désincarnation d’un monde, le rêve qui s’effrite sous les doigts, sous les pas. Celui d’Iris. Le sien. Le leur. Celui qu’elle a projeté contre lui, étincelant et traitre. Les contours s’arrangent de ce qu’ils rencontrent : du vide et la froideur d’un noir difforme, laid, beau, strident et sourd. Des ambivalences, glissant sur sa silhouette moribonde, s’arrogeant le droit de la conjoindre à une danse dont elle ne maîtrise pas la cadence. Le conte chimérique de la prostituée, qui rêve de sortir de sa tour d’ivoire glauque, aux murs épais, aux murs qui suintent, aux charmes désuets, s’éteint. Il ne reste rien. Rien si ce n’est un prince déchu, qui baise sa promise plus qu’il ne l’honore, qui la caresse de son dédain et de ses absences. L’amour vicié, corrompu, pourri comme la pomme que l’on croque en espérant qu’elle nous mènera ailleurs que dans le cercueil de verre. L’image est belle, troublante lorsqu’elle s’impose à la créativité toujours mouvante de ses esprits adulescents. Sa façon de parler, sans détour. De la regarder autrement, dangereux velours. Elle le suit, abîme la soie de ses ailes dans les perspectives qu’il déploie. Elle sait qu’elle ne devrait pas être là. Que l’on ne fréquente pas des gens comme ça. Des gens comme lui, qui n’ont plus rien à perdre, qui sacrifient ce qui leur reste contre un frisson de passage. Il aura sans doute les mêmes considérations avec elle qu’avec Iris. Il se lovera entre ses cuisses, criera un désespoir qu’elle ne comprendra pas tout à fait, qu’elle recevra comme une offrande et une blessure tout à la fois. Il la marquera, elle y songera alors. Dans son cœur, dans son sang. Il oubliera tout, jusqu’à son prénom, jusqu’à la texture de ses doigts, et elle se souviendra. Parce que la mémoire enfantine s’imprime et se libère au gré des expériences troublantes qu’elle rencontre. Elle y pourchasse des exutoires, des façons d’endiguer à leur tour ce qui fut pire encore que la honte, ce qui rencontra l’ignoble, l’innommable. Ces choses que l’on ne dit pas. Que l’on ne murmure pas. Ces choses contre lesquelles les rêves, les putes et les princes ne luttent pas.
« Le conte que se racontent toutes les putes, sans doute. Voire toutes les filles … Même les plus sages. »
Désincarnation d’un monde. Le phrasé change, se modèle contre lui. Une saveur suave, sucrée en bouche, aux accents amers d’une débauche déchargée d’illusions romantiques. Celles-là même que les filles, surtout de son âge, nourrissent la plupart du temps. Elles aimeraient être touchées comme dans les films, être aimées à la manière de leurs fictions larmoyantes qui les accompagne jusqu’à l’aube du sommeil. Des frissons mesurés, qui les traîne jusque dans des replis plus torves, où les pensées coagulent, inventent des images plus troubles, des désirs plus violents. Mais on ne les évoque pas sans rougir. On ne les traque pas en dehors de l’imagination. On les garde à l’intérieur, on les préserve, on les oublie. On se contente de plaisirs plus maladroits, de désillusions plus grandes. On s’attend à mieux, à quelque chose d’autre du moins. Le regard déformé par ce que les fictions ont voulu faire croire, quand la réalité est bien plus abrupte. Elle se prend, elle se donne. Elle n’est ni mesurée, ni saine. Les contes sont les aspirations des lâches, celles qui ne savent pas la cruauté, qui préfèrent l’ignorer. Elle n’a jamais pu être ainsi, mijaurée et candide. Pas à ce niveau-là en tout cas. Ses désirs ont toujours été assumés ou n’ont pas existé. C’est juste qu’aux yeux des autres cela ne colle pas, avec son physique de petite fille, avec ses attitudes d’anges. Ils aimeraient croire qu’elle est un personnage de conte elle aussi. Mais son conte à elle a déjà été éventré. C’est un conte de sang, une fable de larmes. Ses doigts tremblent contre les siens, la brûlure entière, courant le long de sa cuisse entrouverte. Elle tressaille, d’impatience, d’effroi. Elle ne retient rien, éprouve le revers d’une frustration terrible lorsque l’échange s’interrompt, avorté par Iris qui revient avec leurs boissons. Sa gorge est sèche, ses pupilles acérées. Son attitude l’ignore, la somme de dégager, mais elle n’a pas l’aplomb d’un dédain suffisant pour le verbaliser. Alors elle ne dit rien, ravale les troubles qui la cueillent, suit d’un regard distrait les contours de la silhouette de James, quand il ne la regarde pas. Iris parle assez fort à son oreille d’ailleurs pour qu’Eleah puisse lire sur ses lèvres l’indécence de sa proposition. Alors elle attend, avec une patience de fauve. Elle sirote son verre sans chercher à savoir ce qu’il contient. C’est sucré et acide à la fois. Avec un arrière-goût qui réchauffe son palais et la fait grimacer un peu de dégoût. Il doit y avoir un peu d’alcool là-dedans mais sans plus, du rhum sans doute. Un jus de fruits presque comme elle les aime, si ce n’est qu’elle peine à en apprécier réellement la saveur. Elle boit par mécanisme, par mimétisme. Scrute avec une fascination non maquillée l’expression sauvage de James qui congédie Iris sans commune mesure. Eleah finit son verre d’une traite lorsqu’il le lui intime. Une expression de dégoût la traverse encore. Le rhum retombe comme une chape de plomb au fond de son estomac. Les effets ne tardent pas à venir, propulsés par le sucre et les arômes traitres. Elle se sent plus légère, des fourmillements la parcourent partout, cavalent sur ses paupières, se diffusent contre ses tempes, s’alanguissent dans sa nuque, ses bras, son ventre. Son sourire se déploie dans un naturel confondant, une énergie qui pulse à l’intérieur, irradiée par les prémices de l’alcool. Il l’attire contre elle, appose ses doigts sur ses hanches, envahit sa sphère encore. Elle croit le distinguer par-dessus son épaule droite, puis la gauche. Elle rit un peu, sans raison aucune, juste parce qu’elle trouve cela drôle, d’avoir l’impression qu’il se déploie tout autour d’elle comme un spectre tentateur. Elle penche la tête, ploie la nuque en arrière pour pouvoir le regarder, sent sa main qui flirte avec la pliure de sa nuque, la courbe de son épaule. Un sourire plus indistinct lui répond. Le sens de ses mots s’évade. C’est un caléidoscope tournoyant, en nuances de blanc, et de verdâtre.
« Si pâle … Si pâle que l’on voit tout… On voit tout. On voit tout à travers. »
Un néon qui vacille, parce qu’il n’a jamais daigné le réparer. Un néon qui boitille. Maman, pourquoi papa ne répare-t-il pas la lumière ? Il n’a pas le temps. Papa est occupé tu sais, il travaille beaucoup pour nous … Il travaille beaucoup. Mais regarde, ma luciole, on dirait que la lumière boitille. Elle rit, elle rit un peu, de façon indistincte, et mutine. Comme une petite fille, dans tout l’éclat d’une splendeur qui bascule, qui chavire. La lumière du néon se réverbère sur la pâleur du carrelage blanc, aux joints verdâtres, pourris. On voit au travers … A travers. Le reflet de la haine qui s’égare. Le sang qui coagule, le rouge qui glisse sur la plissure verdâtre et se mélange. La peau blanche, verdâtre par endroits elle aussi, si sereine pourtant, si sereine. Aussi boitillante que le néon qui continue sa musique, qui ne sait pas faire autrement, qui danse, danse, danse dans le néant. Elle pivote sur elle-même, avec la fulgurance qu’ont les danseuses lorsqu’elles se mettent à tournoyer. Ses doigts s’impriment sur l’arrière de sa nuque, se font indociles, presque abrupte. Sa tête dodeline un peu, les pupilles béantes, le sourire carnassier et trouble. Une euphorie impalpable, qui grandit depuis ses entrailles, irrépressible vague qui déferle contre lui, puisqu’il est là, et qu’elle veut apprendre. Elle se mord les lèvres, comme pour s’empêcher de rire. Mais la vérité c’est qu’elle s’approche de son oreille, a cette inflexion que le secret accompagne, d’habitude. Son pouce s’enfonce dans la chair de sa nuque, rencontre une cervicale. Elle murmure :
« On ne traîne pas dans ces ténèbres-là … »
Elle serre un peu plus, laisse glisser son souffle le long de sa mâchoire avant d’effleurer ses lèvres, de les gracier d’un baiser furtif, aux atours de morsure.
« On y naît … On les habite … On y crève … Ou on ne les connaît pas. »
Elle se recule, arbore de ces sourires à la fois joueurs et tentateurs, plus entièrement maître d’elle-même, grisée par quelque folie indistincte qui dénoue sa langue et débride les noirceurs félines de sa nature. La nature qu’elle enferme, celle qui pourrit à l’intérieur. Le monstre juvénile, qui montre les dents et les enfonce dans la chair qu’il trouve. Avide depuis trop longtemps, si avide.
« Si tu les connais si bien … Retrouve-moi dans ce cas. Retrouve moi … Tout au cœur. Au cœur d'elles. Retrouve moi si tu peux ... James. »
Son murmure l’étiole, comme un écho qui disparait dans le noir. Elle recule, quelques pas en arrière, tout en le fixant. Un rire s’évade, indistinct dans l’opacité des corps qui s’engluent autour d’eux, la font disparaître dans le néant, loin de lui, si proche toutefois. Devant, derrière, tout autour. Elle rit encore, se faufile entre les corps comme une enfant qui joue à cache-cache, se perd dans les ténèbres familières. Elles l’accueillent, elles la reconnaissent. Elle danse, à intervalles réguliers. Côtoie des corps qui n’en ont plus l’air. Ce ne sont que des formes. Des formes qui bougent. L’alcool étend son empire. A moins que ce ne soit autre chose, oui, autre chose.

CODAGE PAR AMATIS
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James M. Wilde
Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 4 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Ven 1 Mar - 0:24 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




Et ces mots agressifs et froids. Ces mots que je ne regrette pas, le seul langage que je parviens à excaver des hurlements qui tournoient, dans la tête plus jamais au repos. Des mots pour paver un avenir de lueurs torves et de destins tragiques. Mon regard passe sur Maud sans plus la voir, s'abîme à se fixer à Eleah, silhouette fragile entre mes doigts. Un corps changeant, un corps enfant, que l'on cajole et convoite tout à la fois. Les caresses sont brûlures, prémisses d'une extase que l'on traque dans les recoins les plus sombres de l'imaginaire. Elle est bien trop jeune, elle est bien trop jeune. La phrase se grave et elle tombe sous nos pas qui se suivent. Je le sais, j'en ai une conscience si aiguë qu'elle fait mal, lame rougie enfoncée dans les chairs qui palpitent d'une si exquise violence. Dans les reins qui suivent ses ondulations, la fracture d'une envie qui surgit au détour de l'un de ses regards, plus sulfureux, plus innocent. Les deux ensemble qui étirent le masque de la convoitise sur mes traits. Elle est bien trop jeune et c'est ce qui m'attire, ce qui me fascine et m'effraie. Le goût de l'interdit, cet interdit que j'ai toujours cherché, se répand sur ma langue et vient caresser l'amertume de l'alcool bon marché. Toutes les filles rêvent. C'est ce qu'elle se racontait aussi quand je la rejoignais dans la nuit, c'est ce qu'elle se racontait quand je venais ravager son corps armé de toutes mes exigences, pour mieux l'asservir dans les assauts d'une passion douloureuse. C'était ma façon de l'aimer, de froisser sa présence dans l'infini de mes insomnies. Et elle s'est raconté la même fable que toutes les autres, qu'il suffirait de subir pour que je finisse par l'adorer, qu'elle soufflerait l'oraison au crépuscule de mes brutalités pour les découvrir attentionnées. Et plutôt que de me façonner, elle n'a fait que mieux me pervertir, je suis devenu celui que je devais, immonde, infâme. J'ai une grimace pleine de dégoût. Pour elle. Pour moi. Pour ces rêves écorchés que l'on ne dit pas. Que l'on ne dit jamais de peur de les perdre tout à fait. Mes doigts sont plus menaçants sur sa taille, mon corps demande, quémande, retrouve le chemin tout tracé de ses imperfections idolâtres qui ne font que dissimuler mes envies de destruction. Palpables. Visibles dans les yeux. Lisibles sous la paume brûlante de mes mains. Ma voix est basse, le timbre est incisif :
_ Et toi tu ne rêves pas c'est ça ? Tu n'es pas comme toutes les filles ? C'est ce que tu te racontes ?
L'ironie sur les lèvres peine à croire en l'indistincte rencontre. Je ne sais pas ce que j'aimerais qu'elle soit. Aussi cruelle que moi ou bien aussi absolue. J'aimerais qu'elle continue de trembler sous la pulpe, indocile lueur, indomptable frénésie. Le sang pulse les saveurs de l'alcool, du désir et des opiacés, les images se superposent en rythme. Le rythme de son corps, du mien, la musique illusoire, un habillage quelconque qui peine à percer la bulle dans laquelle nous semblons nous être retirés. Ses lèvres brillent de la boisson qu'elle vient d'ingurgiter, j'aimerais boire le sucre du cocktail sur ses lèvres. Mes yeux dérivent dans la direction de mes envies, poisseuses, sinueuses. Elles me donnent le tournis, son rire ouvre une impression délicate sous mes côtes, une impression nouvelle qui pourrait presque se conjuguer à la sensualité de mes gestes. Mais il y a encore trop de brutalité, ce malaise enfoui sous la peau qui s'irise d'une mélopée malingre. La rejoindre. Me trouver. Elle me regarde sans plus distinguer les contours, il y a un monde qui se déploie entre elle et moi. Je le laisse se dessiner entre nos gestes reliés, je ne renonce ni à mes mots ni à ces caresses qui s'invitent contre son corps qui semble vouloir s'offrir un peu plus. Peut-être un peu trop. Même si cela ne me déplaît pas. Sa réponse est nébuleuse, aussi nébuleuse que cette soirée qui nous retient. Je ne trouve rien à y redire, ne fait que me mirer dans ces fables qui semblent se déjouer dans les limbes de ses pensées. Les miennes cherchent à y pénétrer, l'invitation entière, inattendue, murmurée sur le ton du défi, susurrée, les syllabes empesées par le plaisir qui augure tous ses dangers. Sa nuque entre mes mains bascule, poupée docile, créature fantaisiste qui ne résiste pas. Le pouvoir est changeant, il palpite dans un souffle un peu plus lourd, un murmure un peu plus rauque. Une exclamation de stupeur ou de surprise, quand ses jeux lascifs rencontrent mes fantasmes inconsidérés. Son âge disparaît, la fable est complète, entièrement de mon côté désormais qu'elle s'épanche. C'est vrai. C'est vrai. On y naît. On y subsiste. On y survit. On y crève. Et on les nourrit. Ces ténèbres là on les nourrit de soi, de ses cris, des horreurs que l'on y appose, des beautés que l'on y abandonne. Le muscle qu'elle étreint tressaille du malaise qu'elle engendre à me toucher ainsi, le baiser vient bientôt chasser l'angoisse résiduelle. Elle titube une complicité presque malsaine qui me comble et je ne m'interroge pas, je la laisse s'évanouir au milieu de la foule qui se dilate et se condense. Rythmique grégaire qui envahit mes tympans à l'instant où elle s'évade. Les instincts de prédateur se figent dans les muscles, parcourent les nerfs, elle m'abandonne sur une expression animale, le sourire n'en est plus vraiment un. Cours. Cours. Mais ne joue pas avec moi. Ne t'avise pas de jouer avec moi. Je lui laisse cette avance nécessaire aux meilleures traques, m'accorde un souffle perturbé que j'exhale dans un silence dérangé par ces convives trop encombrants. Je me glisse, m'infiltre dans la foule, joue de la souplesse de ma maigreur pour frôler ces autres mais ne jamais totalement les toucher. J'ai l'impression de m'enfoncer dans un liquide noirâtre et sirupeux, qui s'accroche à ma peau comme les frissons qu'elle me laisse en héritage. Malades. Malades. Les corps m'offensent, leur proximité, leur difformité, je repousse ceux qui osent même entraver une marche chasseresse qui scrute les ombres pour mieux se les approprier. Il n'y a aucune hésitation dans mes pas, la peur s'absente dans la promesse qui gisait dans ses mots. Et sur ses lèvres. Parfois c'est son rire que je distingue. Parfois c'est une mèche de ses cheveux qui se dénouent à chaque étape de son jeu. Sa danse se fait impressions indicibles, inavouables dans le noir. Dans le noir. Et j'avance, j'avance toujours, plus profondément, dans la direction de ces ténèbres que je connais. Que je connais depuis toujours je crois. Et que je nourris comme ces compagnes familières qui servent de monture à un désir inavouable. Honteux. Enfoui. Lui aussi dans le noir. Traqué à chaque pas qui résonne d'un souvenir fugace qui m'emporte dans ces limbes bues jusqu'à l'écoeurement. Mais suivre sa piste a quelque chose de fascinant, je la perds, la rattrape, l'oublie une seconde pour mieux la concevoir dans mes pensées. Lorsqu'elle apparaît contre le mur verdâtre, à l'ombre d'un néon brisé, la peau blafarde et luisante de ses envolées, peut-être de l'alcool qui s'est trop vite insinué dans ses veines, je me suis transfiguré. Il n'y a plus rien de la timidité ou de la réticence. Le regard que je lui oppose est entier, il ne ment ni sur mes desseins ni sur mes déraisons. On ne fréquente pas quelqu'un comme moi dans un endroit comme celui-ci. On ne suit pas une fille comme elle moitié ivre dans la nuit pour la prendre contre un mur, pour lui apprendre la dégradation du corps et des chairs et le plaisir torve que l'on peut y trouver. La liberté estropiée que l'on y puise, impitoyable félicité au visage tuméfié. On ne fait pas ces choses-là. Ça n'a rien de correct, ça n'a rien de sensé. Ma main l'attrape, ma silhouette la rejoint, empêche toute retraite de la proie que j'ai choisie, élue, imaginée. Peut-être même rêvée. Comme l'on rêve de s'enfuir. De s'enfouir. Pour disparaître.
_ Te voilà, petite fille.
Je ne lui laisse pas vraiment le choix de la mesure ou encore l'opportunité de se raviser. Je sais pourtant, je sais… quelque chose en moi comprend très bien qu'elle est emportée par des inflexions qui lui ôtent sa raison. Et quelque chose en moi s'y complaît, exulte d'un avantage imparfait, vu qu'elle m'a choisi. Elle m'a choisi aussi. Elle m'a souhaité. Ici, dans le noir tout contre elle. Qu'importe si elle regrette. Qu'importe si elle renonce désormais. Mes gestes sont loin d'être précipités mais ils s'insinuent, tentateurs, aventureux. La courbe de ses hanches, la ligne de son abdomen sous le tissu fin et fleuri de la robe, la peau de l'intérieur de ses cuisses. Et mon sourire, ce sourire dévorant est toujours là, sur mon visage cave. Je la touche, juste un peu, juste ce qu'il faut, mon corps tout près du sien, sa chaleur qui irradie jusqu'à travers mes vêtements. Je la touche comme si je n'en avais pas le droit, c'est une sensation exquise, parjure. Une sensation qui se réitère à chaque fois que mes caresses se font plus prononcées. De la main droite j'invite ma fantaisie débauchée, de la gauche je cajole le contour de son visage en lui soufflant doucement :
_ Laisse-moi… Laisse-moi voir à travers alors. Laisse-moi tout voir de ces ténèbres qui ne t'effraient pas.
A travers tout. A travers toi. Me recroqueviller dans le noir, pour y habiter, y survivre encore. Encore un peu. Ma bouche trouve la sienne, ce n'est pas tendre, ce n'est pas chaste. Ça a tout d'une morsure que l'on rend après celle qu'elle a osée contre mes lèvres. Le goût du rhum, du jus de fruit instantané, du whisky à peu de sous, de l'injure qui gronde dans le souffle qui s'allonge d'une envie. La brutalité se modèle en une seconde absolue, mes doigts se sont figés, avides, sur la peau tendre de ses jambes, une mesure suspendue au creux des ombres qui nous encerclent.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Dim 10 Mar - 19:18 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Pensées turbulentes, pensées familières. La tête penchée, les souvenirs en arrière. Des images caracolent dans la tête, dansent sur la piste trop blanche, maquillée des interrogations brutales de l’enfance endormie. Ses mots abrupts, ses mots crus, ses mots nus. Tous jetés là, par terre. Mélangés à la bière qui fait coller le sol, qui aimante les pieds sur un rivage poisseux, qui enfonce ses griffes sous les côtes, fait émerger la faute. Ces contes pour les autres. Il ne comprend pas. Il n’entend pas. Il n’y a dans son timbre que la défiance de ceux qui ignorent, ou qui n’envisagent pas. Qui vous glissent dans le même panier que tous les autres, vous y noie. L’altérité unique, broyée au profit des multiples. Elle se débat, elle s’agrippe. Elle ne rêve pas non, pas comme ça. Ses rêves n’ont rien de pluriels. Ils sont abrupts, ils sont froids, ils sont seuls. Egoïstes et impurs, statufiés dans le noir épais de ses imaginaires nuancés de rouge. Elle ne s’est jamais pensée autrement qu’ainsi, immanquablement reliée au vide qui l’entoure, dans lequel elle a élit domicile. Un vide qu’elle connaît, qu’elle cherche à tourmenter chaque fois que ses mouvements s’opèrent. Qu’il faut apprivoiser une scène, corrompre un vide trop noir … Trop noir. Noir de ses errances, de ses absences. De tout ce qu’il n’a pas su dire. De tout ce qu’elle n’a pu faire. Pour la garder de lui, pour la préserver d’elle. La sécurité absente, sauf dans ce vide devenu le seul refuge. Elle ne sait pas comment le dire alors elle le tait. C’est si imprécis, si confus dans sa tête. Il ne comprendrait pas lui non plus. Et même s’il savait, que deviendraient-ils alors ? Ils se rencontreraient, à mi-chemin de leurs errances. Ils braveraient ensemble, main dans la main, le vide qui les retient. Ou ils y vivraient, paume contre paume, respirant l’opprobre avec la même délectation qu’un parfum de débauche. Ils y resteraient. Ils y crèveraient. Aventuriers de passage. Trop seuls pour savoir seulement partager leur image. Elle rattrape le fil de son ironie, éperdue, égarée dans le labyrinthe tortueux de ses propres songes. Tout s’emmêle, tout s’embrouille. C’est grisant, c’est détestable. Perdre le contrôle, elle en a horreur. Cela n’a pas d’égal toutefois.

« Mes rêves m’appartiennent, et ne dépendront jamais de qui que ce soit d’autre. »
La réponse est abrupte, presque furibonde. Elle s’inscrit dans une verve maligne, qui jure sur la peau diaphane de petite fille. Un sourire carnassier se peint sur ses lèvres roses, abîmées par le soleil, et le souci qui la pousse à les mordiller jusqu’à l’outrage. L’indépendance écrasante, mise en exergue sur l’ourlet d’une bouche qui se moque, qui rit, qui fait croire qu’elle a déjà oublié de quoi il était question au profit d’une frivolité de parure quand il n’en est rien. Les mots trottent encore dans sa tête. Ils s’installent, se repaissent de ses doutes, s’attendrissent devant ses craintes. La rythmique de la musique se décale dans sa tête. Une dichotomie qui l’amuse au départ, la fait ricaner davantage, s’enferrer dans des émotions trop troubles et intrigantes pour être seulement ignorées. Tout à une saveur différente. L’acuité des regards sulfureux qu’il pose sur elle. La texture de sa bouche. L’odeur de son parfum, troublée par les relents alentours. Son corps s’offre, l’esprit se retient encore. Il rit en silence des postures indécentes dans lesquelles elle se glisse. Elle prend conscience avec lenteur des pouvoirs qu’elle saurait asseoir sur un corps comme le sien si seulement elle savait les manipuler. Mais sa fausse candeur la rattrape, le poids de l’inexpérience aussi. L’instinct s’affole, saisit à rebours qu’il en connaît bien davantage. Il pourrait lui apprendre … Lui apprendre. L’idée la tente, glisse des émois dans le creux de son ventre, des brûlures à l’intérieur de ses cuisses. Le jeu revêt d’autres atours, les enjeux diffèrent. La fuite apparaît évidente, dans une perspective où il lui faudrait la traquer dans le noir. Alors elle s’évanouit, laisse en héritage la fragrance de sa présence derrière lui. Sur son passage, les corps se déforment, s’engluent. Ils l’attirent, ils la révulsent. Ses doigts curieux furètent alentours, trouvent des frénésies enchanteresses lorsqu’ils se posent sur des épidermes changeants. Elle a effleuré une fille au passage, dont le grain de peau semblait frissonner en permanence. Elle en a touché une autre, très furtivement, dont la nudité devait être aussi rugueuse que son caractère. Elle l’oublie presque, sur le fil de ses errances. Goûte la perdition d’une heure où les émotions se délitent, s’offrent aux premiers qui sauront les prendre. Elle croise deux hommes qui dansent l’un contre l’autre. Sensualité animale, sensualité bestiale. Elle se demande ce que cela ferait, de se lover entre eux. De les embrasser tous deux. Tour à tour, les uns contre les autres. La sensualité arrêtée là où celle de l’autre se prolonge. Un temps d’arrêt la marque au même moment, elle demeure statufiée, devant le tableau de cette débauche qui l’attire. Elle cherche ses phalanges squelettiques derrières elle, à côté, quelque part. Elle ne les trouve pas. Il n’est pas là. Elle est entièrement seule. Le désespoir grimpe, la saisit à la gorge comme un sanglot qui s’étrangle. Il arrive juste à temps pour la libérer de l’émotion qui monte sans qu’elle ne puisse la contrôler. Elle rit alors, renoue une fraction de seconde avec les facettes éclectiques de sa nature, se laisse emporter par la vague de ses exigences.

« Tu m’as trouvée. » dit-elle en riant, irradiant de ces amusements enfantins excessifs, trop adorables pour qu’on ne s’en méfie pas toutefois. Elle le suit, se laisse porter. Elle ne contrarie rien, parce qu’elle a envie de lui. C’est impérieux, c’est indocile. Comme eux, comme lui. Les caresses dévalent sur l’avidité de sa peau. Elle tressaille sous les doigts, défie les outrages en bravant la honte. Elle le connaît à peine. Elle s’offre avec une insatiabilité curieuse. Du bout de ses ongles, elle glisse des attentions délicates contre ses membres. Sur la ligne d’un bras, à l’orée de ses hanches. Elle voudrait sentir la pulpe de ses doigts davantage, qu’il la morde, qu’il la griffe, qu’il injurie cette peau qui en demande plus. Plus que ce qu’il donne, plus que cette magnanimité dont il fait preuve. Tout du moins l’interprète-t-elle ainsi, comme une stratégie pour la faire languir quand il n’y a plus besoin. Quand elle en vaut plus, et que le désir devient besoin oppressant, contrariant. Cela lui donne le tournis. La tête se penche en arrière, les ongles se font moins délicat. Les yeux s’ouvrent grand sur l’image qu’il renvoie, projettent des invitations sulfureuses. Sa main s’appuie dans son dos, le retient tout contre elle. Prison de chair, prison éternelle. Le sel de ses mots sur les commissures de sa bouche. Sur la soie acide d’un baiser qui s’épanche, auquel elle s’abandonne, auquel elle se rend, ne pouvant toutefois s’empêcher de lutter un peu, dans la langueur d’un instant. On ne l’a jamais embrassée ainsi. On ne l’a jamais embrassée comme si cela pouvait être la dernière fois. Un baiser plein de hardiesse et de violence. Plein de désespoir aussi. Ses mains s’agrippent dans le même élan autour de sa nuque, interdisent les échappatoires, alors que toute sa silhouette ondoie, bascule, le retient et s’abandonne lorsque sa cuisse remonte légèrement contre sa hanche. L’ivresse s’étrangle, dégrisée par le désir. C’est ce qu’elle croit. C’est ce qu’elle croit pendant une courte seconde. Mais les impressions changent. Sa main sur l’intérieur de sa cuisse refroidit peu à peu. La brûlure s’éteint, étouffée par une rudesse qu’elle s’imagine, qui n’existe pas … Qui est là toutefois, dans son imaginaire gangréné par la drogue et l’alcool. Un tremblement naît sous la pulpe de ses doigts, part de la cuisse et remonte jusqu’aux territoires intime de la femme qu’elle aurait pu être, de la fille qu’elle est … de l’enfant qu’elle fut. Le désir retombe comme une chappe de plomb tout au fond de son ventre. Son corps l’oppresse. Son parfum aussi. Son parfum qui change. Qui prend des notes plus amères. Son haleine aussi, qui ressemble à la sienne. Le whisky dégueulasse, dont elle reconnaît jusqu’à la saveur sur sa langue. Ses yeux se rouvrent grands, noirs, entièrement noirs. Elle le mord, le sang coule. Les paumes se plaquent sur le torse et le repoussent.
« Non. »
C’est tout ce qu’elle dit. Non. Non une fois. Non une unique fois. Parce qu’elle ne le voit plus, qu’il n’est plus qu’un tas de chairs informes, transgenre. Tantôt il lui ressemble, tantôt il n’a rien à voir. Elle cherche à se décaler sur le côté mais elle titube, comme si tous les contours se déformaient à lui en faire perdre l’équilibre, qu’il fallait avancer dans un noir épais et gluant, qui la retenait contre lui … Contre lui. Présence désirable, devenue l’image de ses cauchemars. Une terreur sourde se noie dans ses regards. Elle recule, son dos rencontre le plat d’un mur. Elle le scrute avec une stupéfaction, ses traits se modèlent en une imploration silencieuse.
« Non … Non. »
Elle répète, elle répète encore. Et puis il disparaît. Il suffit d’un battement de cils pour que James reparaisse, que son expression change, traque à droite et à gauche une image qui n’est plus. Elle tremble un peu plus, les pupilles s’affolent. Ses doigts se referment autour de son tee-shirt, l’interpellent et l’entraîne au cœur même de sa folie furieuse.
« Où est-il ?! Tu l’as vu n’est-ce pas ? Tu l’as vu toi aussi ?! »
Elle le traque encore. Regarde à droite, puis à gauche. Des silhouettes passent à côté d’eux pour rejoindre les chiottes. Ils jettent des regards curieux dans sa direction, parce qu’elle parle plus fort, trop fort malgré la musique ambiante, et que cela les éveille de leur léthargie clinique. Elle sursaute en croisant les traits d’un visage inconnu. Le sien … Le sien. A droite à gauche. Derrière, par-dessus son épaule. Masque déformé de sa laideur, de ses yeux sombres à lui … Dans le noir, dans le noir. Elle croit qu’ils sont tous là, tous lui, à la regarder. A la traquer. La pensée est insupportable, la fracture béante.
« Dis leur … Dis lui d’arrêter de me regarder. Dis-lui … Dis-lui, je t’en supplie. »
Et elle supplie en effet, les sanglots qui montent, qui explosent sur ses joues devenues blêmes. Elle ne voit plus rien, plus rien du tout. A part ces visages terribles qui se rapprochent et la traquent. Qui rient, qui gémissent. Tais-toi Eleah. Ne fais pas de bruit, tu risques de réveiller ton frère. Tu ne voudrais pas réveiller ton frère quand même ? Non. Non. Elle ne fait plus de bruit. Ses paumes se posent sur le crépi du mur. Elle glisse avec lenteur, se recroqueville sur elle-même, position fœtale, position animale. Toute sa silhouette bascule légèrement en avant, revient en arrière. Elle ose un regard autour, croit entendre des gens qui gémissent un peu plus loin. Le bruit guttural des corps qui s’affrontent, qui se rencontrent. Unions dégueulasses dans le noir. Elle l’entend gémir à son tour, le bruissement de ses lèvres, la contraction de ses traits. La tendresse de ses caresses. La tendresse oui … La tendresse. Ses ongles griffent l’intérieur de sa cuisse repliée, mordent la chair, arrachent la peau. Son autre paume trouve un refuge sur sa tempe, fourrage ses cheveux, les tire, les arrache presque si seulement cela pouvait lui faire entendre autre chose.
« Fais-le taire … Fais-le taire … »
Elle n’ose plus regarder ailleurs, se concentre sur la rudesse du mur qui heurte le côté de son épaule à intervalle régulier. Mais elle a beau essayer de se concentrer, elle ne voit plus rien. Plus rien. Plus rien à part lui, et les facettes multiples de son visage. Elle entend sa voix dans le noir, en filigrane de la musique. Son prénom, juste son prénom. James disparaît totalement, avalé par l’avanie de ses errances. Elle est entièrement seule alors. Seule dans le noir. Avec lui. Lui partout. Lui à l’intérieur. Les paupières closes, trop lourdes pour être rouvertes. La conscience perdue, acculée quelque part. Elle ricane. Un rire nerveux. Névrosé. Inquiétant. Elle ricane. L’enfance dévastée, la lumière écrasée.

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James M. Wilde
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() message posté Mer 20 Mar - 8:25 par James M. Wilde


« For all my life, I've been besieged
You'd be scared, living with my despair
And if you could feel the things
I am able to feel
Break me out, let me flee
Break me out, set me free »

Eleah
& James




Sous mes pas, les rêves qu'elle abandonne. Ceux qu'elle a tus, ceux qu'elle a tués dans l'indécence d'un silence. Le renoncement face à l'assertion assassine, la lame de mon sourire en point d'orgue. Un débat que je ne gagne pas, faute de ne pouvoir comprendre, ou bien apprendre d'elle ce qui demeurera étranger. Peut-être ne suis-je pas là pour dévoyer le tissu de ses rêves enfouis, peut-être ne suis-je ici que pour prendre et oublier. Prendre et abandonner. Quelque chose en hommage à la survie de ses songes et à la mort des miens. Sous mes pas, le staccato malingre d'un cœur qui se surprend d'un espoir qui n'en est pas un. Espérer c'est sans doute confier des rêves à un imaginaire encore prolixe quand ce que je traque dans ma course perturbée c'est le murmure des chairs frissonnantes sous mes doigts, l'injure des lèvres qu'on malmène pour taire tous les secrets de ces ombres où elle continue de s'enfoncer. Les rêves dans sa tête à elle, l'espoir délirant dans mes esprits à moi. De ressentir ne serait-ce que l'once d'une euphorie indomptée, un héritage des cendres que l'on balaye d'un revers de la main pour découvrir l'incandescence de ce qui fut. Peut-être est-ce un rêve également, que cette brûlure au creux des doigts et du ventre. Celle que je lui ai promise dans mes élans bravaches, qu'elle déclenche par sa simple présence. Parce qu'elle lui ressemble. Mais aussi pour ce qu'elle a de différent. De plus brisé qu'elle, de plus violent aussi. Contraire et semblable à la fois. Un monstrueux reflet. J'aimerais prolonger les outrages qui se peignent dans mon cœur pour lui arracher les mots qu'elle a portés contre moi. Cette porte refermée sur ses rêves qu'elle emporte avec elle, toujours plus loin, toujours plus vite. La hardiesse de ses pas tempère ma propre course, c'est comme une négation de son pouvoir pour ébaucher le mien. Sa frivolité implacable se rit de ces noirceurs que j'épanche, mes joues se creusent de ce qu'elle continue d'oser sans savoir mettre un terme à notre petit jeu malsain. Un pas. Puis deux. Puis trois pour la rejoindre enfin, la trouver, la retenir. Contre moi mais pas contre elle. Les gestes se font une seconde mutins avant que l'assurance ne puisse s'y glisser. Contre sa peau les exigences de ces heures égarées dans d'innombrables nuits. La musique d'un épiderme que l'on découvre d'abord, que l'on fascine ensuite à chaque fois que l'entremise du désir se fait plus impérieuse. Elle ne se substitue pas aux autres pourtant, même si la mécanique a quelque chose de parfaitement rodé, il y a ces mois entiers voire cette année de souffrance à désabuser les plaisirs. Devenus moins simples, devenus plus torves encore à avoir été entravés par la camisole. Physique. Chimique. Il faut réapprendre le langage, dessiner ces chemins abrupts que l'on emprunte pour fasciner le corps, de ces routes plus insolentes pour emporter les réticences. Surtout celles qui couvent sous la timidité de l'enfance. Il y a des parcours indigents quand l'on a plus d'expérience, quand on peut la démontrer au détour d'un baiser qui invite à une danse où l'on connaît tous les pas presque par cœur sans que l'autre ne puisse les deviner à l'avance. Je me demande vaguement si quelqu'un l'a déjà désirée ainsi, voulue sans l'apprêt de ces attouchements qui ne s'assument pas, ces caresses mâles qui se font trop dociles parce que l'éducation les a destinées à un plaisir ordonné. Ou si au contraire des mains malhabiles ont essayé de lui faire l'amour en l'oubliant au détour d'un virage trop adolescent pour distinguer ce qui tient de la témérité ou bien de l'inexpérience. Est-ce que ce type qui traînait avec elle l'autre soir l'a baisée dans un lit bien propret d'un des dortoirs comme l'on se fait la petite danseuse dévergondée rencontrée au hasard de l'été ? La baise des colonies de vacances, à peine meilleure que la bouffe du fast-food. Direct au but, l'impression factice de satiété. Mais les questions s'ignorent dès lors qu'elle frémit, les pas s'enchaînent, la timidité s'oublie, apprendre est si facile lorsque l'on vient embrasser les instincts. L'envie manifeste qui s'échange me donne plus de liberté encore, et pour la première fois parce que nous nous rencontrons enfin à l'ombre de ces perspectives charnelles, mon corps cesse de s'évader devant ses attentions. Les nerfs s'irriguent d'une sensation plus subtile, j'aime la musique de ses ongles sur mes bras, sur le cuir de la veste. Une barrière manifeste qui pourtant semble à peine exister quand elle trouve la peau pour mieux la malmener. L'avidité se dévoile de nouveau, la sienne, la mienne, une alliance éphémère et fragile. Les caresses cessent de jouer, les corps se rencontrent avec plus d'insistance, quand nos yeux se sondent les mots se silencent contre nos lèvres. Je délaisse tous les préambules pour recouvrer cette virulence qui m'habite, tout contre sa langue, un hommage insolent à l'enfance pour excaver la femme qu'elle pourrait être. Être avec moi. Contre moi. L'aube d'une véritable rencontre, l'invitation de mes reins qui répond à l'entremise de sa cuisse. Une lutte à bout de souffles qui bat dans les tempes. Dans les tempes. Et quand le rythme change, je ne l'entends pas. Je ne l'entends plus. Il y a cette bestialité qui griffe dans les entrailles. Qui fait mal à trop avoir été enchaînée. Il y a cette frénésie malsaine devant ce qui s'offre, la chair se donne, sous la pulpe elle devient cette conquête que l'on croit aisément acquise. Que l'on ne pourra que prendre désormais que le jeu oublie ses propres règles à force de s'improviser. Ce non qui naît d'un esprit révulsé, du dégoût qui dévale l'épiderme, ce non que l'on n'a pas besoin de prononcer, ce refus de suivre quand l'autre est emporté. Les limites se brouillent au moment même où je choisis d'ignorer ces signes que j'ai par le passé su tromper à de nombreuses reprises. L'on m'a dit non. L'on m'a même giflé. Des parades qui flirtent avec la folie, où la mesure s'oublie parce que j'ai toujours choisi de pousser l'avantage de mon triomphe quitte à renier à l'autre une liberté manifeste. De ces non que l'on avance pour brimer, que l'on oppose par peur ou par regret. Elle m'a tant dit non. Rebecca. Elle m'a tant repoussé dans ses détestations. Une limite toujours plus indéchiffrable à force de la repousser. De ces mots que l'on exclame pour faire mal quand le corps ne sait plus ce que le langage clame. Alors je ne l'entends pas. Pire encore, ma posture qui l'oppresse tient bon, il y a un très certain plaisir à sentir son renoncement au bord du précipice. J'ai une exclamation cruelle, au creux de son oreille, qui signifie que c'est trop tard pour hésiter. Et vu que son état second la laisse titubante, que mes instincts me taraudent pour mieux m'aveugler, elle ne m'échappe pas tout à fait. Rendues sourdes, la violence et l'envie se font cortège à des gestes plus impérieux, elle s’évade, je la rattrape, je la contrains. La fêlure de son timbre s’insinue dans mes veines, le mot se fait psalmodie, martèle mes tempes, façonne la mémoire, exsangue le plaisir d’une domination perverse pour me retourner en pleine gueule de ces échos parjures. Ce non qu’elle a dit, qu’elle a dit une fois de trop, ces quelques secondes à ne plus la reconnaître et à ne plus la voir, ces quelques secondes qui revêtirent l’amour de ses oripeaux empoisonnés, qui firent de l’étreinte une condamnation, comme l’on achève une bête en souffrance. Je suis mort ce jour-là, avec elle. Avant elle. Non. Non. Le souffle se bloque. Non… Arrête. Je t’en prie. Le désir crève à son tour. Tu me fais mal. Non… Sa voix, celle de la gamine, les deux ensemble. Mes mains s’en éloignent comme lorsque l’on se débat, comme lorsque l’on risque de se noyer. Je reparais perdu, presque aussi perdu qu’elle, délirant, une sueur glacée dévalant mon échine et imprimant des sensations qui me perdraient si je savais les déchiffrer. Sa terreur presque aphone me statufie et je comprends, je vois. Que je ne peux pas être la cause de ce déchaînement brutal qui l’emmène loin, si loin d’ici, si loin de moi. Ses doigts s’agrippent à mon t-shirt et je crois sa vengeance prête à retourner les exactions que j’ai su apposer sur son corps. Quelques secondes seulement. Quelques secondes… Qui ont su tout changer. Qui ont su tout briser. Mais elle parle, interroge, je ne comprends pas, ma voix est rauque, déformée par une frustration latente, une terreur qui se planque sous ma silhouette sèche :
_ Quoi ? Vu quoi ? Vu qui ? Qu’est-ce que tu racontes ?
Les mots sont presque des aboiements, la haine s’enchaîne, contre elle et contre moi. Je hais le ressenti qui continue de s’accrocher à ma carcasse. Je fais un pas en arrière, elle parle trop fort, elle regarde ce qui l’entoure comme si le décor était prêt à lui déchirer la gorge. Je vois… Ses doigts qui tremblent, ses yeux hagards. Puis j’entends. Ce rire mesquin dans mon dos, qui doit se parachever d’une moue moqueuse que je connais bien. Que je me prends à détester avant même de faire volte-face. Maud me regarde, la regarde elle aussi, avec dédain :
“Moi qui croyais que ça la détendrait un peu la petite prude…”
Elle n’a pas le temps de finir sa phrase que ma main vient comprimer sa gorge. La frustration est encore là, dans la respiration qui se saccade, mais c’est surtout la rage qui parle. La rage d’avoir caressé des limbes que je ne peux plus supporter. D'avoir aimé cela. Eleah dans mon dos périclite, sous l’effet de la came que l’autre a dû glisser dans son verre. Je siffle, perfide :
_ Qu’est-ce que tu lui as donné, sale pute.
Jamais injure n'a été plus froide entre nous. Quelque chose se brise. C’est un souffle assassin, mes doigts forcent, Maud murmure des mots qui s’étranglent dans ma poigne :
“Juste… Juste deux… Deux ecsta…”
Je la lâche comme si elle ne représentait rien, avant que je ne m’interpose, entre Eleah et le reste du monde. Un pas qui se dessine de nouveau dans sa direction, comme pour la garder des visions effrayantes qui la torturent. Je suis blême, le seul regard que j’appose sur la maigreur de Maud lui indique de disparaître, de sans doute ne jamais se risquer à se montrer devant moi. Elle a peur. Elle a peur de moi, mais je n’ai pas le temps de décomposer mes actions, de les peser, de les juger, je me retourne pour encadrer son visage de mes mains qui tremblent. Deux ecsta… C’est rien. C’est rien pour moi. Pour quelqu’un qui n’a peut-être jamais rien consommé, ça pourrait être un plongeon dans une folie qui n’aurait rien de doux, tout de trivial. Ce ne sont pas ces enfers là que je lui ai promises… Je n'en ai ni la clef ni la maîtrise. Et cela me rend dingue.
_ Chut. Chut. Ça va aller. Je t'assure que ça va aller. Regarde-moi. Regarde-moi.
Mais je ne l'atteins pas, elle est là, en dehors du bruit et de la foule, dans ses chimères à elle, noirâtres, jalouses de toute intrusion quand elles manipulent l'enfant sur le fil de sa peur. Eleah. Je l'appelle. Je prononce son nom et des paroles douces, m'accroupis quand elle s'effondre, berce de ma voix les terreurs qui l'écartèlent. C'est un état terrible que celui qui nous coupe du monde, du secours extérieur, des mots et de l'apaisement qu'ils portent. Est-ce que c'est ainsi ? Est-ce que c'est ainsi que Greg me voit ? Me retrouve dans le noir où j'échoue à intervalle régulier ? Je frissonne. Pour elle. Par elle. Ma main sur son épaule pour qu'elle cesse d'osciller.
_ Je vais te sortir de là, Eleah.
Un murmure, une caresse. Je la force à se lever, cherche à la tirer dans mon sillage mais me rends bientôt compte que tous les visages, tous les êtres, sont des menaces qui la poussent à reculer. Quand je l'enlève du sol pour la porter dans mes bras, c'est presque comme une enfant, sa tête que je cherche à cacher dans le creux de mon cou, ces mots que je verse dans son oreille en caressant ses cheveux :
_ Ça va passer. Ça va passer. T'en fais pas. C'est rien. C'est rien. Personne te veut du mal.
Juste passager. Quand les angoisses qu'elle expérimente proviennent de son passé. C'est forcé. On ne brûle de peur que lorsqu'on l'a embrassée jusqu'à ce qu'elle s'infiltre dans le secret le plus moite de l'imaginaire. Je la serre contre moi, bouscule ces gens qui encombrent ma route, cherche l'air nocturne pour nous sortir de l'environnement putride qui continue de nous menacer. Bientôt la nuit m'aveugle. La foule enfiévrée disparaît pour laisser place au ronronnement funeste de cette circulation qui ne s'atténue jamais dans les villes comme Austin. Trop de monde, humanité désoeuvrée sur les routes enchevêtrées, la nuit, la nuit en trombe. Sans but et sans idées. Je la serre contre moi. J'ai froid. Ou peut-être que c'est elle qui continue de trembler. Je regrette ce temps où nous avions encore un véhicule pour rentrer. Je n'ose pas la poser par terre, elle pourrait se sauver. Je souffle pour elle comme pour moi :
_ Je vais m'occuper de toi. Je ne vais pas t'abandonner.
Je ne t'abandonnerai pas. Jamais. Plus jamais. Je la serre plus fort. Lui dit de respirer. De respirer. Il n'y a plus que cela. Respirer la pollution et la fraîcheur de l'été. Je l'assure un peu mieux pour ne pas la faire tomber et chemine dans la direction de notre appartement. Faute de mieux. Je ne vais pas l'abandonner. Pas comme ça. Pas maintenant. Plus maintenant.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Sam 30 Mar - 10:59 par Eleah O'Dalaigh
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set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Saturation des pensées, de l’esprit qui s’agite, qui bégaye, qui n’entend pas. Le sang reflue jusqu’à ses tempes douloureuses, brûlant comme le bidon d’huile où l’on plonge l’incandescence d’une allumette. Elle croit brûler à l’intérieur, tout se consume, tout a un goût de cendre. Le naphte de sa peau devient rugueux sous les doigts, l’étau du désir une corde que l’on passe autour du cou pour mieux la resserrer. De l’attirance, il ne reste rien. Rien si ce n’est l’évanescence d’un soupire qui meurt au gré d’une terreur maudite, suppurante sur ses traits incroyablement jeunes, tout à coup. Transfigurés par la drogue et la peur qui chante, qui fait vibrer ses nerfs à l’unisson des siens. Parce qu’elle le sent qui lutte, qui fait la sourde oreille. Qui maintient les chaînes autour de sa liberté. Non. Non. Non. Le mot résonne à l’intérieur, est un cri que l’on étouffe à l’intérieur jusqu’à le laisser crever au fond du ventre. Non. Non. Il n’est pas trop tard. Il n’est jamais trop tard. Mais il n’est déjà plus là. Il est autre. Il est ce monstre qui troubla ses nuits, qui ravagea ses envies. Il est cette entité à part, si chère à ses yeux et en même temps si détestable. Sur le fil d’une réalité qui s’échappe, Eleah ne sait plus le voir, le reconnaître tel qu’il est. Comme ce garçon troublant rencontré par hasard, qui l’attira sans qu’elle ne sache expliquer pourquoi. James … James. Oui, c’est comme ça qu’il se prénommait. Elle aimait son parfum. Elle aimait sa manière de la toucher, comme si cette première fois serait la dernière. On ne l’avait jamais caressée ainsi, avec cette impression de désespoir sous les doigts, qui vous donne le sentiment d’être le réceptacle d’autre chose qu’un simple désir. Elle aurait aimé qu’il reste un peu plus longtemps, James. Qu’il tienne sa promesse, qu’il lui apprenne. Qu’il la murmure et la façonne, pour qu’elle n’ait plus à rougir de ce qu’elle est, du haut de ses dix-sept années de vie. Mais il n’est plus là. Il est parti lui aussi. Elle le cherche, elle le traque. Elle l’appelle, le convoque. Il ne répond pas. La voix de l’autre est plus forte. Elle engloutit tout ce qui est, tout ce qui pourrait être. Même le fait qu’il la retienne contre le mur n’a pas d’importance. Elle ne remarque rien de sa brutalité, puisqu’elle l’imagine usurpée par quelqu’un d’autre. Ses doigts se compriment, les phalanges blêmissent. Elle le repousse avec une virulence peu coutumière, où la marque des ongles s’invite dans la chair, tout en le retenant auprès d’elle. Rempart face à ce monde qu’elle voit, cette réalité qui n’existe pas. Pourtant elle distingue son odeur. Cet indistinct mélange d’eau de Cologne musquée et de whisky bon marché, allié à la fragrance de l’huile de moteur et des produits chimiques. La lessive aussi. Celle qu’elle utilisait pour laver leur linge. Elle sentait toujours bon, même si l’on percevait parfois au creux de sa nuque les notes indistinctes d’une tristesse qui embaume le corps. La gestuelle se désordonne. C’est comme se débattre dans des eaux troubles, où l’on ne voit ni le fond, ni la rive. Il n’y a que du noir que l’on boit à chaque mètre parcouru, l’épuisement face à l’idée de demeurer en place alors que l’on se déchaîne pour avancer dans un sens ou dans l’autre. Il finit par la libérer, par entendre raison sans doute. Elle ne voit toujours rien, n’entend pas les interrogatives. Du bout des doigts elle retient un bout de son tee-shirt, s’agrippe à ce petit pan de tissus comme s’il était une bouée de sauvetage, le seul élément capable de maintenir sa tête hors de l’eau. Un sursaut la saisit de part en part lorsqu’il se saisit de Maud, qu’il a cet élan brutal qu’elle distingue à peine mais qu’elle éprouve malgré tout, du sommet de son inconscience. Elle oubliera peut-être … Oui sans doute. L’image lui apparaît claire pourtant, une fraction de secondes, et ses yeux s’agrandissent un peu plus dans la pénombre. L’esprit se fracture alors. Trop de violence, trop de violence. Trop de cris dans sa tête. Trop de menaces, de pleurs, de terreurs. Ses doigts râpent contre le mur, cherchent un refuge en vain, un endroit où il n’y aurait plus de bruit, où il n’y aurait plus personne, non, personne. Elle rêve qu’une trappe s’ouvrirait dans son dos pour la regarder disparaître. Une porte dérobée pour s’affranchir du monde. Alors elle gratte, elle gratte. Elle gratte encore, quitte à arracher les ongles, à faire saigner les doigts. Il tâche de la convoquer mais elle l’entend à peine, et lorsqu’il la touche la première fois, c’est insupportable. Cette main sur son épaule, secourable pourtant, la fait bondir. Elle la sent poisseuse, dégoulinante. Le sang qui coagule. Un instant elle le regarde avec un dégoût terrible, où s’allie une haine viscérale troublante, qui ne lui est pas destinée, qui est là toutefois, en filigrane. Si pure, si inflexible. Et puis elle se calme un peu. Les répétitions sont des refrains apaisants qui calment l’animal. Son corps se raidit dans la foule, plus encore lorsqu’il cherche à la prendre dans ses bras. Mais elle y consent. L’esprit lutte pour ne pas vriller. Elle trouve dans le creux de son cou un refuge incertain. Les pulsations de son cœur sont une mesure sur laquelle elle se fixe pour ne pas chavirer. Toutefois la drogue a peu d’égard envers ceux qui l’apprivoisent pour la première fois. Le répit ne dure pas. Tout au contraire, il se rit d’elle et de cet imaginaire qui se déploie tout autour d’eux. Le bout de ses doigts s’enfonce à intervalles réguliers dans la peau de son épaule. Elle sent l’os, sous sa pulpe.
« Elle est morte … Elle est morte … Elle est morte. »
Cela ressemble à une comptine. Une confidence, un secret pour son oreille, pour cet espace intime où son visage demeure niché. La tonalité de son timbre revêt des atours guillerets. Elle est morte oui. Elle est morte. D’avoir trop crié, d’avoir trop pleuré, d’avoir trop eu peur. Elle est morte. Sa main se lève avec douceur, vient se poser sur sa joue creuse qu’elle caresse indistinctement avec son pouce. Une mesure en décalage. La main de la petite fille qu’elle fut cherche à reconnaître la joue plus pleine d’un père, la joue plus rugueuse, caressée souvent, apprise par cœur. Celle de James n’a rien à voir, mais grâce au secours de la drogue, l’identité s’usurpe facilement. Il disparaît encore derrière ses paupières closes. Et pendant quelques secondes, Eleah ne tremble pas.
« C’est toi qui l’as tuée … Parce qu’elle t’aimait trop fort … Tu l’as tuée … »
Des mots d’enfants, des mots d’antan. Des mots qui n’existent plus, qui disparaissent dès lors qu’ils ont été prononcés. Elle se remet à trembler après cela, la prophétie enfouie derrière ses airs désincarnés. Elle resserre sa prise autour de ses épaules lorsqu’ils rencontrent l’air nocturne, parce qu’il fait froid, mais qu’elle a terriblement chaud en même temps. L’air est salvateur toutefois, il ranime un semblant de conscience. Son propre corps lui semble terriblement lourd, elle se demande même comment il est capable de la porter, avec sa stature chétive. Elle respire parce qu’il le lui demande. L’imaginaire la torture moins, mais le tout semble être retombé comme une chape de plomb au fond de son estomac. Elle ne sait pas exactement où ils se trouvent, ne reconnaît rien de la rue, ou de l’immeuble. Au pieds de la bâtisse, juste avant qu’ils n’entreprennent l’ascension, elle se tortille dans ses bras pour qu’il la pose sur le sol. Des spasmes la saisissent, la bile remonte.
« Je crois que je vais … »
Juste le temps de la poser, et elle se retourne vers le caniveau pour vomir. Elle n’est pas vraiment soulagée après cela. Elle a même un peu honte, au fond, alors que la tête lui tourne, qu’elle essuie sa bouche avec le revers de sa main.
« C’est … C’est dégoûtant. »
Elle semble bouder à moitié, articulant des mots sans vraiment en avoir conscience. Comme si décemment, on ne pouvait pas vraiment tomber plus bas.
« Le sol … Le sol … Il … Il tourne. »


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James M. Wilde
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& James




Je ne saurais dire à quel moment tu es devenue autre. À quel moment tu n'as plus été qu'une fille qu'on prend, qu'une terre que l'on souhaite ravager pour oublier enfin le désespoir qui défigure les traits. Les couleurs s'enfuient, le lavis est rosâtre, comme le sang qui s'évide sur la pâleur du carrelage, la pâleur de sa peau. Après. Juste après. Combien de temps aura-t-il fallu patienter pour que le monde arrêté ne reparte de nouveau ? Le rouge sur tes lèvres qui ne se donnent plus, qui fuient l'assaut, et le bruit de ton crâne qui frappe sur la table. La sensation malingre qui s'éveille dans les entrailles, qui envahit tous les nerfs, la délectation la plus triviale qui soit lorsque l'on sait, avoir tué jusqu'à ce secret le plus intime, le plus dissimulé. Ces mots infimes. Ces corps infirmes. Des secondes, des minutes, qui convolent aux côtés du désespoir pour accoucher de la haine. La haine de soi. Dans un grand fracas qui rend sourd. J'aurais pu serrer la gorge de cette fille jusqu'à ce que les os craquent. J'aurais pu. J'aurais dû. Je ne sais plus. Mais tes griffures sur ma peau mordaient encore le peu de raison qui savait me trouver. J'aurais pu débarrasser la terre de l'engeance, en finir là, avec moi, avec elle. Avec toi. Et le souvenir d'une autre dans les chairs. Dans les chairs. Mais j'ai regardé ta silhouette recroquevillée par terre, et tes ongles qui griffaient le mur comme pour t'échapper. T'échapper de toi-même et ne plus rien entendre. Plus rien si ce n'est le silence pour survivre. Le silence pour s'enfouir. À l'intérieur. À l'intérieur. Il n'y a plus rien. Plus rien qui puisse seulement nous pardonner. Le temps s'est accéléré ensuite. Alors je ne sais pas. Je ne sais pas quand tu as été elle, quand tu es redevenue toi. Peut-être que la frontière est fourbe et que je vacille avec elle. À chaque pas, où il faut te tenir dans mes bras. À chaque pas, où il faut oublier que tes ongles cassés me rappellent les miens quand j'étais enfermé dans le noir. Dans cette chambre mortuaire si rétrécie que je ne souhaitais que m'évanouir dans l'oubli d'un passé qui me taraudait jusqu'ici. Et qui me taraude encore, quand tu es près de moi.

Les mains tremblent et les mains serrent. Des serments et son corps, des murmures et sa vie. Je vois encore l'éclat de sa haine viscérale lorsque j'ai posé la main sur elle pour tenter de la calmer. Une gifle, un affront. Je me sens sale, si sale d'avoir un instant pu oublier qui j'étais. Ou bien m'en souvenir bien trop vivement. C'est comme plonger dans des sensations honnies la tête la première. L'on se sent poisseux comme après avoir perpétré tous les tourments, et avoir compris qu'on aimait cela. Que chaque heure et chaque seconde serait un combat de plus pour ne pas y revenir. Et y ramper. S’y complaire et y jouir. Je tremble et elle aussi. Les pas sont rapides car le monde et le bruit m'oppressent. Elle n'est pas morte. Elle n'est pas morte. Il faut que je me le répète 24 fois avant d'atteindre l'escalier dégueulasse qui pue la bile et l'alcool quand la nuit ouvre ses bras pour nous recueillir. Deux silhouettes éplorées, des mots qui balbutient un apaisement que je suis incapable de trouver. Elle n'est pas morte. 6 fois de plus. Ce sont des mots qui tournent dans ma tête, comme autrefois. Des mots qu'on ne dit pas, qu'on ne saurait plus prononcer sans en crever sans doute. J'ai un frisson désespéré à cause de ses doigts qui s'enfoncent dans mon épaule. Son parfum et sa voix perdue me font mal. La clavicule saille à chaque fois qu'elle me touche, je resserre mon emprise pour ne pas écouter mes instincts qui m'indiquent de fuir. Et son état et les mots qu'elle pourrait prononcer. Elle est morte. C'est elle. C'est moi. Mes pensées et sa voix dans un ensemble terrible qui arrête les pas. Je ne la regarde pas et peine à respirer. Quelque chose se déchire à l'intérieur. Mon piètre costume hérité de ma lâcheté se dissout sous l'aplomb de sa clairvoyance. Comme si elle était revenue pour juger mes fautes et expier toutes les siennes. Je ne parviens plus à bouger et je n'ose toujours pas la voir de peur qu'elle soit véritablement transfigurée. L'aiguillon infâme de l'espoir s'enfonce dans le ventre de ma culpabilité. Mon souffle inspire un calme saccadé qui m'abandonne tout entier. Mon murmure broie la nuit et l'espace, sous mes mains j'ai l'impression que son corps m'est arraché une dernière fois.
_ Non.
C'est plus une plainte qu'une vraie négation. Son timbre n'a rien d'assassin et pourtant il dévoile des souvenirs qui se peignent sur ma peau devenue blême. Cadavérique. Je me force à marcher. À marcher plus vite sans réellement distinguer le chemin à emprunter. Non. Non. Elle n'est pas morte. Elle n'est pas morte. Ses doigts sur ma joue accentuent mon malaise, j'ai un mouvement sec du visage pour tenter de lui échapper, tandis que ma mâchoire se contracte sous l'assaut de la douleur qu'elle déploie, à chaque pas, à chaque mot. Tais-toi. Tais-toi. Ma voix est déformée, la panique la cisèle dans une tonalité sépulcrale.
_ Tais-toi. Je t'en prie. Je t'en supplie. Tu ne sais pas ce que tu dis.
Tu ne sais pas. Tu ne sais rien. Comment pourrait-elle même savoir qui je suis ? Qui j'ai été. Ce que j'ai fait. Les mots vrillent et implorent dans la nuit. Mes mains la serrent pourtant, mes mains la retiennent contre moi. Son corps bien vivant. Elle n'est pas morte. Elle n'est pas morte. Je ne l'ai pas… je ne l'ai pas… mon regard dérive dans un ralenti effroyable pour chercher la pâleur de son front, et cette légère marque qu'elle avait près de sa tempe. Cette marque que j'embrassais parfois. Et une seule seconde, une seule terrible seconde je crois la distinguer. Une seconde qui dure une éternité, où l’effroi et la joie m’enserrent, tour à tour, tandis que mes yeux dévalent la beauté de son visage, cherchent ses prunelles noires, j’entends presque ses mots, je sens son souffle dans mon cou, quand elle se nichait ainsi, à l’ombre de mes euphories qui s’apaisaient contre sa peau. Avant que tout n’éclate, que l’espoir ne meure, que l’euphorie se broie. La peine est immense après cela, elle cisaille tous mes muscles et fait trembler mes lèvres qui ravalent un sanglot que je ne porterai pas. Tu ne sais pas, tu ne sais rien. Bien sûr, bien sûr. Elle n’est pas ici, elle n’est plus avec moi. C’est terminé.
_ C’est fini. C’est fini. Ne t’en fais pas.
Des mots. Rien que des mots pour chasser toute l’horreur. Pour Eleah, ou pour moi, je ne sais pas. J’ai froid, j’ai si froid sans elle. Je serre la petite bien plus fort, bien trop fort, puis la vie nous rattrape. La vie et ses accents pathétiques. L’immeuble assez modeste, voire rachitique, ses pieds sur le bitume car elle se sent mal. Ma main cajole son dos, une tendresse détestable dont j’hérite parce qu’elle représente tout ce qui me reste ce soir. Tout ce qui demeure, dans l’entre-deux parcouru par nos âmes mortes. Je ne sais pas qui elle a vu en moi, je ne sais pas quel fut le souvenir qui me tortura. Je ne suis pas certain de vouloir fouiller dans les limbes de sa mémoire quand j’ai bien assez à faire avec les cadavres qui m’échoient. Ma voix est rauque :
_ C’est pas grand chose, va. Tu gerbes presque gracieusement.
Ça n’est pas totalement une moquerie. J’ai pour comparaison mes états répétés et maladifs qui me font bien souvent terminer ma nuit dans les pires des ruelles. Je l’attire plus près de moi, ma main guide son bras tandis que je murmure :
_ Je sais. Il n’y a que quelques marches, allez.
Je suis légèrement absent, l’emmène sans savoir, ouvre la porte sans totalement comprendre ou réaliser que les garçons ne sont pas là. Chez une fille, dans une boîte, ailleurs. Loin de moi sans doute. Cette dernière réflexion n’est pas totalement juste, je le sais bien. J’allume la lumière tout en l’entraînant toujours dans mon sillage. L’appartement fait trente mètres carré à tout casser, il est encombré par nos matelas, les instruments parqués dans un coin qui dessinent des ombres étranges sur les murs, une kitchenette ridicule, avec du formica moche. Puis une salle de bain miniature, jaunâtre, où la peinture s’écaille, où mes cachets ou ma came traînent, à côté des brosses à dents, et du gel douche bon marché. Je déteste cet endroit. Le néon clignote, agressif avant de se calmer, le petit miroir cassé par mes soins, une nuit où ça n’allait vraiment pas bien, démultiplie nos mines caves. Elle a un teint à faire peur. Je fais couler un peu d’eau, puis humidifie le pan d’une serviette pas trop crade, la mienne ou celle d’Ellis peut-être, qu’importe, avant de tapoter ses tempes, sa bouche, en lui intimant de ne pas bouger.
_ C’est mieux, non ?
Je réitère, puis lui fais couler un verre d’eau :
_ Tiens, bois ça. J’ai rien d’autre. J’irai te chercher quelque chose demain matin.Maintenant désape-toi, on va te faire prendre une douche.
Je roule des yeux, un peu excédé, et renfrogné aussi, parce que la peine qui tourne dans mon estomac est si brutale que je la maquille comme je peux.
_ Me regarde pas comme ça, c’est pas un délire pervers. T’es tout sauf bandante de toute façon maintenant que tu as presque vomi sur mes chaussures.
J’ai un léger sourire narquois, avant de refermer la porte et de rester là, avec elle, dans cet espace confiné. Je hausse les épaules :
_ J’me tourne si tu veux, mais je pars pas, je veux pas que tu te pètes la gueule et que tu te noies dans deux centimètres de flotte. Fais pas l’enfant.
J’ai un geste un brin autoritaire en désignant la douche, peut-être un de ces gestes que je réserve à ma soeur. Je me demande ce qu’il en est d’elle désormais. Désormais que j’ai quitté l’Angleterre. Je me demande puis j’arrête, parce que j’ai plus mal encore qu’avant en me rappelant qu’elle existe, quelque part, si loin, bien trop loin.
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Eleah O'Dalaigh
Break me out, set me free _ Eleah&James - Page 4 Kqj4glu
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() message posté Mar 2 Avr - 11:00 par Eleah O'Dalaigh
break me out
set me free

I have lived in darkness, for all my life, i've been pursued. You'd be afraid if you could feel my pain and if you could see the things I am able to see  

Sourde oreille. Sourdes pensées qui s’entrecroisent, qui s’emmêlent. Réalité factice, réalité de sang. Réalité qui danse, affolée, sur sa joue glacée. Les mots s’étouffent dans une torpeur nouvelle, celle qui s’éprend de sa carcasse alourdie par les méfaits de la drogue. Celle dont elle s’est toujours tenue éloignée, pour n’avoir jamais à plonger en avant, tête la première. Elle a compris dès les prémices de l’adolescence, à en observer les ravages chez les autres, qu’il lui faudrait s’en tenir éloignée. Particulièrement elle. Elle et ses pensées oubliées. Effacées par le subconscient protecteur, celui de l’enfant qui meurt, qui est déjà crevé, tout à l’intérieur. Elle ne saisit pas avec beaucoup de clairvoyance toute la panique qui le saisit, tout ce qui peut se passer en lui. Elle aimerait lui dire que tout ira bien, que ça va aller. Que ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne rejoigne les limbes qu’il a su créer. Elle aimerait savoir lui dire tout cela, mais les lèvres demeurent hermétiques. La pulpe de ses doigts exerce une pression sur sa joue creuse, en grave les contours au creux de sa paume glacée. Les supplications la cueillent au moment le plus inopportun, parce qu’elle n’est pas vraiment là, qu’elle est encore loin, si loin. Alors elle a peu de considération pour le mal qui le taraude. Bien sûr qu’elle sait ce qu’elle dit. Bien sûr qu’elle le sait. Prétendre le contraire, ce serait mentir. Ce serait renier ses cris, ses larmes. Le bruit de sa boîte crânienne qui cède sur l’émail de la salle de bain. Le sang chaud qui coule sur le carrelage ivoire. Les joints qui sont des rigoles, comme de petits canaux tentaculaires qui irriguent en formes géométriques. Regarde Arthur, elle a comme une auréole carrée. C’est un ange. Un ange rouge, comme les fraises. Tu crois qu’elle va se réveiller ? On devrait attendre. Attendre qu’elle revienne, qu’elle recommence à parler. Qu’elle rit, qu’elle crie, qu’elle pleure. Qu’elle soit là toujours, elle et ses parfums de fleurs, sa peau toute douce dans le creux de la nuque, ses cheveux qui ondulent sur ses tempes quand il pleut, ou qu’elle a trop chaud. Tais-toi Eleah, elle est morte tu sais, elle est morte. Elle ne reviendra pas. Mais on peut rester là oui. Rester là et attendre. Attendre pour la rejoindre, tous les deux … Tous les trois. On ne part pas, on reste là. Sa main quitte la joue creuse et se referme précieusement autour de son tee-shirt, sur sa poitrine maigre. L’empreinte d’une main qui en cherche une autre à saisir, qui ne trouve rien d’autre, qui se contente de ce qu’il trouve.
« Arthur … Arthur … »
Le murmure se perd à l’unisson des autres. Il lui manque ce soir. Elle aimerait qu’il soit là, avec elle. Elle aimerait qu’il soit toujours à ses côtés même si elle le hait parfois, pour tout ce qu’il représente. Il lui ressemble trop, et en même temps pas assez. Elle voudrait pouvoir le modeler comme elle le souhaite, mais il s’y refuse. Il faudrait pour qu’il y consente qu’elle donne bien plus d’elle-même en échange, et elle ne peut pas. Renoncer à l’individualité, à cette liberté apprise à ses dépens, loin, si loin de lui. Elle ne peut plus reculer à présent. Du haut de ces dilemmes, les mots de James finissent par l’atteindre. Des pronoms, des bribes de phrases qui allument quelques onces de clairvoyance au fond de son crâne et la ramènent à ses côtés ou presque. Elle se sent mal, nauséeuse. La réalité se paye, elle n’aime pas être ainsi délaissée au profit de perditions chimiques. Le sol tangue sous ses pieds lorsqu’il la dépose. Elle vomit, mi-soulagée, mi-écœurée. Ses phrases ne la rassurent pas vraiment. Elle les entend de loin, passe son bras autour de son épaule pour gravir les marches. L’assurance habituelle de ses pas, leur façon si gracile de ne faire qu’un avec le sol, toute illusion de grâce disparaît. Elle se traîne, elle s’agrippe. Tout est hostile ici, rien n’a de sens. A part ce corps menu qui la maintient dans un équilibre incertain, qui se fait guide dans l’obscurité tapie de l’appartement où s’entassent des éléments de vie qu’elle distingue à peine. Dans la salle d’eau, le néon vacille, irradie, brûle sa pupille, fait balbutier les paupières qui regardent ailleurs. Elle gémit un peu d’insatisfaction, la mine livide, presque verdâtre. Elle a encore envie de vomir, mais son estomac est vide. Alors le mal est terrible. La bile menace de remonter. Elle pose à plat sa main sur son ventre comme pour l’apaiser, mais cela n’a que peu d’effet. La serviette humide qu’il passe sur son front brûlant la soulage un peu. Elle se maintient sur le rebord du lavabo comme elle peut.
« C’est … c’est cassé. »
Le miroir. Il est brisé. Morcelé. Cassé. Ce n’est pas que dans sa tête n’est-ce pas ? Elle n’invente rien, elle est bien là ? Vision déformée de l’image qu’elle renvoie, de ce visage qui lui apparaît tout à coup ignoble. Le sien … Le sien. Juste le sien. Immonde créature née des ténèbres de la chambre d’enfant. D’une main malhabile et tremblante elle se saisit du verre d’eau, le vide d’une traite avec avidité, ne faisant guère attention au filet qui coule le long de son menton. Cela fait du bien oui … cela fait du bien. Le rythme de ses phrases la laisse assez incrédule. Elle est comme amorphe à ses côtés, quand il parle si vite qu’elle doit se concentrer pour reconstituer le sens.
« Tu veux … Tu veux que je me déshabille ? »
L’interrogation arrive à retardement, l’information sur la douche ne raccroche les wagons que trop tard. Le port de ses épaules, de sa tête, s’affaisse un peu. Un corps encore enfant, pas tout à fait femme, modelé par des exercices qui maintiennent la stature quand tout s’effondre à l’intérieur. Une sorte de docilité se pose sur sa silhouette comme un linceul. Un corps mort, mort. Dénué de cette vie ondoyante qui le caractérisait dans la foule, abandonné de sa force, de ses envies de lutte. Elle consent avec une sorte d’abandon, d’évidence que la drogue met en lumière. Elle ne se rend pas vraiment compte.
« Fais ce que tu veux … ça m’est égal. »
Avec une lenteur fragile, du bout de ses doigts, elle tire sur une bretelle de sa robe, puis l’autre. Les jambes tremblent, maintiennent à peine la silhouette en place. Une vague de frissons la saisit de part en part lorsque le tissu glisse le long de ses jambes, qu’elle se retrouve entièrement nue, juste devant lui, retournée sans doute puisqu’elle fait face au bac de la douche. Ses bras se croisent un instant devant sa poitrine dans un geste qui tient plus du repli sur soi que de la pudeur. Elle ne le regarde pas, fuit les jugements, revêt l’habit d’une honte viscérale qui se nichait alors dans un subconscient inatteignable. Un secret bien gardé, mis en lumière et projeté sur le carrelage blanc, si blanc … Aveuglant lui aussi, aveuglant.
« Je suis sale de toute façon … Personne ne veut quelqu’un de sale … »
Le murmure s’étiole, parce que dans un équilibre très incertain, elle se glisse à l’intérieur de la douche. L’eau coule. Elle pourrait être glacée ou bien brûlante, cela ne changerait pas grand-chose. Elle ne sent rien, anesthésiée par la honte qui remonte, par la peine aussi. Un mal terrible, qu’elle croit apprivoiser pour la première fois alors qu’elle avait fait le choix de l’abandonner quelque part, il y a longtemps. Elle tremble si fort. Sa hanche se colle sur la paroi carrelée de la douche accompagnée de ses deux paumes. Elle se laisse glisser par terre avec lenteur, se recroqueville, s’emprisonne. Les premiers sanglots la secouent de part en part. Ils sont d’une violence sourde, parce que tout se passe à l’intérieur. Ils gravissent les remparts qu’elle a su dresser pour s’en préserver, attaquent sans aucun égard. Elle ne fait pas de bruit, pas du tout. Ça n’est pas un sanglot d’enfant, ce sont des pleurs qui se taisent, mais qui s’affirment enfin. Une honte qui s’écoule, salée sur les joues, et disparaît dans le flot de toute l’eau qui ruissèle sur sa peau nue. Elle n’ose pas regarder s’il est toujours là. S’il a préféré partir. S’il a tenu sa promesse, en veillant à ce qu’elle ne tombe pas.
« James ? »
Elle demande, juste pour être sure. Juste pour savoir, s’il est parti lui aussi. S’il l’a laissée toute seule, dans le noir de ses errances. Elle ne regarde pas, ne peut de toute façon plus lever la tête dont la tempe repose lourdement sur le sommet de son genou. Après cela elle se tait, elle ne dit plus rien. Elle laisse l’eau qui ruissèle réchauffer son corps et emporter avec elle tout ce qui fut, tout ce qui est. Tout ce qui sera aussi, peut-être.

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