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(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?

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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Mer 9 Jan - 17:24 par Eleah O'Dalaigh
SI TU DEVAIS UN SOIR,
EST-CE QUE TU M'EMMENERAIS ?
james & eleah

« Laisse-moi être comme toi, laisse-moi plusieurs fois laisse-moi être tes yeux, laisse-moi faire l'amoureux. Mais si un jour tu devais t'en aller, est-ce que tu pourrais bien m'emporter ? Mais si un jour tu pouvais tout quitter, est-ce que tu pourrais garder notre secret ? Laisse-moi être ta croix, laisse-moi essayer. Laisse-moi être juste toi,laisse-moi être comme toi. Je te laisserai trouver la voie, et puis je penserai comme toi. Comme une fille qui voudra prendre son temps, comme si c'était la dernière fois »
Un quotidien qui reprend son cours. Qui essaie du moins, qui prend son temps, qui peine à s’enliser dans la turpitude des usages déjà oubliés, brouillés sur les peaux désolées, les certitudes enfuies. Les jours se sont écoulés, et avec eux, le rêve a pris une autre tournure, auréolé des lueurs françaises qu’ils avaient su tracer, sans l’avoir prévu, sans forcément s’en rendre compte. Le voir apparaître dans les sillages de son univers est vite devenu une habitude que l’on prend sans avoir besoin de se forcer. On finit par laisser la porte ouverte, par murmurer le secret de la cachette de la clef de l’entrée, derrière la brique légèrement descellée. Les manières se descellent elles-aussi. Leur sens se modifie, se sclérose. Elle aime cette façon dont ils ont su s’arroger une place dans leurs quotidiens respectifs, sans que l’intrusion ne soit une blessure trop rude, ou trop difficile à endurer. Tout au contraire il s’agissait d’une plaie plus malingre, dont l’infection se propage à travers les membres en vous laissant peu à peu tremblant de fièvre. Vous ignorez tout à fait d’où le mal provient, de quoi il se nourrit et jusqu’où il pourra vous corrompre. Mais vous l’acceptez, comparse familier que l’on tolère parce qu’on ne sait plus faire autrement. Tout a une saveur différente après cela. Les jours, les heures. Eleah s’est oubliée dans ces rencontres imprévues, où il apparaissait sur son seuil sans l’avoir prévenue, où elle déployait des airs frivoles dans la sphère du Viper pour le trouver et l’enfermer en elle. Des traques plurielles, aux issues toujours confuses et diffuses à la fois. L’expression tantôt timide, tantôt terrible, d’un amour difficile à concevoir quand on n’en a jamais tracé les limites. Des limites qu’ils se plaisent à narguer, cruelles créatures rendues libres dès lors qu’elles se tiennent par la main, que leurs doigts s’entremêlent, s’entrecroisent, s’interchangent.

Les premières dates des répétitions dans la salle majestueuse du Royal Opera sont tombées. Quelques-unes seulement, pour répondre à leurs exigences, pour asseoir un projet qui avait éclos dans sa tête bien avant qu’il ne fleurisse sous les courbes de son corps. La salle étant très prisée, très demandée pour des spectacles de plus grande envergure, leur fenêtre de répétition serait brève, à des intervalles aussi irréguliers que rigoureux. Il sera déjà parti en tournée, durant certaines dates. Elle n’a rien osé dire à ce sujet, soulignant simplement le fait qu’elle pourrait se débrouiller seule avec l’orchestre pour le tableau principal. Mais il sait comme elle que sans sa présence à ses côtés, pour lui donner la note, pour faire vibrer le mouvement sous ses doigts, ça ne sera pas tout à fait semblable. L’idéal serait qu’il revienne à Londres, s’il le peut, dans ces moments-là. Qu’il s’échappe d’une tournée lointaine pour lui revenir, le temps de quelques pas. Elle sait aussi qu’elle ne peut pas l’exiger, que c’est une contrainte supplémentaire à laquelle il lui serait rude de s’astreindre. Alors elle n’a rien dit, assurant juste que quoiqu’il arrive, elle serait là pour maintenir le projet bien en place, sans forcément savoir ce à quoi il fallait s’attendre. D’un autre côté, le projet a pris une envergure médiatique à laquelle elle ne s’attendait pas. Des questions sont apparues sur ses réseaux sociaux. Des questions qu’on ne lui posait pas auparavant, sa communauté initiale se souciant assez peu de qui pourrait faire partie ou non de sa vie privée. Sauf que d’autres abonnements sont apparus, en nombres incalculables, depuis leur retour de France. Depuis cette photo postée à escient sur son compte à elle. Des dizaines, parfois des centaines d’anonymes par jour, distribuant les interrogations comme des claques sur une intimité bafouée par leur outrecuidance. Une salve à laquelle elle ne s’attendait pas, venue de lui sans doute, sans même qu’il puisse avoir un quelconque pouvoir. Après chaque interview qu’il a réalisé dans une chaîne quelconque, après chaque évocation, même succincte, du projet qui les relie l’un à l’autre, il y a eu une autre vague déferlant sur ses habitudes, désarçonnant ses certitudes quant au fait qu’elle demeurerait inatteignable, quoiqu’il arrive. Elle s’est rassurée en réalisant qu’une fois le tumulte de la rue rejoint, on ne la reconnaissait pas. La seule assurance restante, alors même qu’elle contemplait l’image d’elle-même qu’elle avait bâti être mise à mal par des curiosités de plus en plus nombreuses, et incisives.

***

L’heure fatidique est dépassée depuis longtemps. Sur le petit carton d’invitation, 22h00 est noté en lettres capitales. Mais Eleah a toujours su prendre son temps lorsqu’il le faut, faire accroître l’impatience et l’incertitude. Viendra-t-elle ? Ne viendra-t-elle pas ? C’est une excuse qui pourrait fonctionner en d’autres temps, même si en réalité, elle a surtout été aux prises avec Arthur, dont la mauvaise humeur en ce jour de fête n’a d’égal que son manque d’entrain manifeste. Elle a passé une bonne heure à défaire l’ourlet du pantalon que Charly lui a prêté pour la soirée, afin qu’il soit à sa taille et s’ajuste sur ses longues jambes maigres. Tout cela pour qu’il lui annonce à la fin qu’il ne viendrait sans doute pas, ou alors seulement une heure, par principe, juste parce qu’il n’avait aucune envie de voir le « nabot rockeur avec toute sa cour ». Eleah n’a pas dit grand-chose pour prendre sa défense. Elle connaît Arthur, et ses humeurs indéchiffrables. Le contredire ne sert à rien lorsqu’il s’enlise dans une antipathie injustifiée. Cela ne fait que l’entêter davantage, et au fond, elle se fiche un peu de ses regards, et de la façon dont il perçoit ses relations. Elle n’a jamais eu besoin de son aval pour quoique ce soit, ce n’est pas aujourd’hui que cela allait changer. Ajustant une ceinture autour de sa taille, ainsi qu’un boléro sous la veste cintrée, en contemplant son « œuvre » terminée elle se dit que vraiment, si son frère n’était pas tant renfrogné, il pourrait sans doute avoir l’air très séduisant. Le lui dire à haute voix lui avait servi de prétexte pour s’éclipser, et déclarer qu’il la rejoindrait plus tard au Viper, après avoir rempli quelques obligations auprès de sa conquête du moment qui organisait elle-aussi une soirée privée dans son appartement.

Eleah se prépare ensuite avec une précaution toute minutieuse. Une connaissance travaillant dans un cabaret londonien lui a gracieusement prêté une jolie robe années 30, grise perlée, avec tout l’attirail nécessaire pour rentrer dans le thème imposé de la soirée. Elle a craqué pour une coiffe ornée de plumes de paons décolorées et de perles, juste assez excentrique pour ne pas l’être trop justement. La sobriété manifeste n’est pas entièrement son domaine, mais attirer tous les regards non plus. Et puis de toute façon, en réalité, il n’y a qu’un seul regard qui l’intéresse ce soir. Un regard qui lui a manqué, parce qu’avec tous les préparatifs pour le départ de la tournée, ils n’ont pas véritablement eu l’occasion de se voir, depuis plusieurs jours entiers. Ses doigts caressent un instant avec une sorte de fascination les perles brodées sur la soie de la robe. Elle en adore les motifs, et l’allure d’un autre temps qu’elle lui confère. Ses cheveux bouclés et arrangés en un chignon peu protocolaire s’accommodent bien avec la coiffe. Elle ajuste ses chaussures et enfile un manteau, avant de rejoindre le Viper à pieds, ce dernier ne se trouvant pas assez loin pour la pousser à prendre les transports. Ses pensées s’imprègnent de sensations confuses, entre l’excitation et une forme d’appréhension qui n’a jamais été si grande. Le froid de l’extérieur la saisit de part en part, raidissent ses membres qui se tendent, sous le tissu fin de la robe. Le videur la reconnaît et la laisse entrer sans discuter, en laissant d’autres patienter dehors. Une fois à ‘l’intérieur, une chaleur étouffante la saisit à la gorge. Il y a du monde, trop de monde. Une effervescence déjà installée depuis des heures, qui n’a pas attendu qu’elle daigne se montrer. Machinalement elle laisse sa veste au vestiaire, traque ses contours dans la foule dense, incapable de la distinguer, incapable de la voir. Elle songe à rejoindre le carré VIP tout de suite, l’imaginant perché dans ses hauteurs, à contempler la faune en bas, suintante et extatique. Elle fait un détour par le bar avant, où Kaitlyn s’affaire. Comme d’habitude, comme souvent. Elle l’interpelle de sa jovialité naturelle, en se hissant légèrement sur le comptoir.

« Coucou ma belle. Tu t’en sors ? C’est la folie ce soir ! Ils n’étaient pas censés trier les invités sur le volet ? »


(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
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() message posté Dim 13 Jan - 19:13 par James M. Wilde


« Si tu devais un soir
Est-ce que tu m'emmènerais ?
Mais t'envoler sans moi
Est-ce que tu m'emmèneras ?
Mais si un jour
On pouvait s'en aller
On pourrait bien enfin s'emmener
Mais si un jour on pouvait
Se quitter
On pourrait bien enfin
Se retrouver »

Eleah
& James




À distance du monde dans lequel nous avions su nous replier, les silences sont devenus évanescents. La solitude exsangue quand il s'agissait de la retrouver, sans prévenir, sans même préméditer la rencontre. Juste une inflexion de l'être qui soudain ne peut plus. S'arroger une posture pour mieux se préserver, inutile cauchemar. J'ai vécu mes nuits à l'orée de sa peau, j'ai regardé mes insomnies s'enfuir dans les délicatesses de son souffle. Les répétitions se sont entremêlées, la tournée et la danse, deux évasions aux saveurs étranges, irréconciliables parfois, mais dans la clémence de jours heureux, il y avait comme la naissance d'une alliance. Gregory a abordé le sujet sans plus se dissimuler derrière ses craintes, il a accepté l'illusion de ce rêve dont il ne faisait pas partie, parce que j'étais heureux. Durant quelques semaines, nous nous sommes mis à croire, à deux comme autrefois, à ces lendemains bavards qui nous laisseraient euphoriques sur les routes. Nous avons oublié les peurs et les instincts de mort, les murs de l'asile se sont étiolés. Il y avait ces étincelles d'une jeunesse, des interviews plus tapageuses mais jamais virulentes, j'ai même aimé reprendre ma guitare, j'ai joué chez elle parfois, parce qu'il me suffisait de me rasséréner dans son univers pour me sentir entier. J'ai écrit aussi. Pas mal. Même abondamment. Appuyé sur le comptoir dans la cuisine. Puis… le rythme s'est accéléré et les temps de clémence se sont effondrés sans ne plus y songer. Il fallait tout prévoir, tout noter. Confirmer les lieux, les dates, surseoir à des obligations qu'on ne pourrait même pas remplir. Voir notre agent. Puis reparaître à la prod… Dans le sillage des garçons, j'ai planqué toute ma honte, je me suis présenté un matin comme si de rien n'était pour prendre des papiers. Les billets d'avion et les foutus coordonnées de nos hôtels. Parler logistique puis acheminement du matériel. Déménager le piano du studio pour l'emporter dans les entrailles du camion que les roadies nous avait fourni. La voir aussi. Voir Moira, faire semblant de ne rien distinguer derrière le regard brisé et placide. Et éviter toute conversation. Déposer l'invitation pour le Nouvel An comme une dernière injure. Un an… il y a un an nous l'avions passé tous ensemble, à imaginer l'absurdité d'un monde dont nous serions alors les maîtres absolus. Un an. Rien. Strictement rien. Une seconde éventrée par mes mains. Le regard s'est terni dans un dernier sursaut. Elle ne viendra pas ce soir. Elle ne viendra plus jamais ici. Et quelque part, mes élans lâches lui en savent gré, ils se rencognent tout au fond du personnage, parasité par l'euphorie malsaine qui ne cesse de croître, de s'enferrer dans des cheminements indistincts qui pourraient autant mener à la ruine qu'à la grandeur à laquelle j'ai un jour aspiré. Je songe à Eleah, son corps entre mes bras, ses rêves gravés sous les doigts. Et j'imagine… j'imagine que ça ne s'arrêtera pas. Jamais. Jamais.

Je suis dans le noir, les portes refermées sur ma silhouette entièrement parée de ce déguisement que j'apprécie car il me donne de ces allures que j'adopte d'habitude sur la scène. Je ne suis prêt à rien ce soir, la performance demeurera dans ma tête, les harmonies qui s'y entrechoquent, dessinant de nouvelles élégances que je peine encore à totalement distinguer. Alors que je réarrange la veste bicolore et asymétrique qui tombe parfaitement sur ma chemise noire qu'un mafioso n'aurait que peu reniée, je prends la peine de pianoter distraitement sur l'interrupteur de mon perchoir, tandis que des feuilles négligemment éparses accueillent des formes géométriques et très indéchiffrables, qui formalisent les compositions encore absconses. Des idées. D'autres encore. Nées entre ses reins. Façonnée par une envie débordante de ce qu'elle offrait dans l'indécence d'un seul regard. Et dans la candeur d'un rire. Je dépose ensuite le crayon et le regarde rouler sur la surface plane, avant que sa course ne soit arrêtée par la vitre teintée. Je me reflète dedans. Cette veste équivoque, un côté noir, un côté blanc. Comme si je m'apprêtais à basculer. Au dehors, la fête bat son plein et la musique hard-rock flirte avec le métal, pour décaler les codes vestimentaires que notre carton d'invitation suggérait. Une rave party en pleine prohibition, les serveurs naviguent au milieu d'une foule qui s'agite sur des rythmes qui font offense à l'époque qu'ils singent. Le Viper s'est paré de couleurs sombres dignes d'un cabaret déliquescent, les tentures rouges drapent les panneaux métalliques, le plafond s'est dissimulé sous un velours noir. Seul le bar revêt une sorte de classicisme désuet, les appareillages modernes troqués pour d'autres accessoires qui proviennent des années 30. J'ai exigé qu'on joue le jeu jusqu'au bout et nous avons envoyé Phil et Kait’ dans une aventure éreintante, à battre le pavé de Londres, les salles de vente et les brocantes. Le nightclub s'illumine de lourds plafonniers, le cristal réverbère les tonalités sourdes et les lumières tamisées, qui dansent sur les murs. Les serveurs dans leur livrée et les cheveux gominés distribuent des cocktails de l'époque, savamment maîtrisés par notre très jolie barmaid qui est tombée amoureuse de la thématique. Je réajuste mes bretelles blanches, qui apparaissent dès lors que les pans de la veste s'entrouvrent, étoffant légèrement ma maigreur. Je n'ai pas échappé à ce produit capillaire qui rabat mes cheveux, me donnant des allures peut-être plus inquiétantes quand j'ai l'habitude de me trimballer avec des coiffures toujours très improvisées. Mais Ellis et Greg me sont tombés dessus sans dissimuler un certain plaisir à s'arroger des droits sur ma tête dans l'après-midi. Maintenant j'ai l'impression d'être en charge d'une sorte de cartel, l'ombre d'une famille dysfonctionnelle, à l'écart d'une foule soumise à notre joug. Je termine mon verre de whisky et déjoue ma nervosité au fil de la lame de rasoir qui danse sur la surface en verre de la table basse. Une ligne parfaite qui disparaît bientôt en une inspiration satisfaite tandis que je laisse l'euphorie artificielle chasser les quelques idées noires qui se superposent au tableau mirifique que nous avons orchestré. Gregory m'a demandé de descendre je ne sais plus trop quand, et les garçons doivent désormais s'amuser au milieu de nos invités, quand nous avons entièrement condamné l'étage VIP. Pas de raison ce soir de nous la jouer en étant à l'écart de ceux qui nous ont fait la grâce de venir jusqu'à nous. Des amis. Des obligés. Aucun journaliste bien sûr. Quelques gens de la production. Puis des connaissances. Enfin des inconnus venus rendre l'atmosphère surchargée. Un caprice de dernière minute même si les gars ont trouvé l'idée recevable. Nous avons balancé l'opportunité de nous rejoindre à une cinquantaine de fans, si tant est qu'ils se pointent à l'heure dite dans un costume approprié. La joyeuse petite bande panachée tout en bas fraye donc avec des gens de notre milieu dans un ensemble presque harmonieux. L'alcool met presque tout le monde d'accord, et il coule à flots depuis quelques heures. Mes tempes battent agréablement d'une sensation exquise qui s'affadit quelque peu à force d'habitude, je m'étire et dispose mon borsalino sur ma tête, en l'ajustant savamment, mes airs de mauvais garçon se glissent dans mes iris qui brillent d'un éclat que la cocaïne rend plus instable. Je pousse le battant de la petite pièce qui garantit ma solitude, espérant descendre rapidement pour retrouver mon clan ou bien les cheveux noirs de celle qui m'obsède, mes lèvres sourient d'une soirée que j'ai envie de passer à ses côtés. Une expression qui contraste avec mes allures qui s'élancent, l'étage assombri permet un déplacement discret, du moins jusqu'à ce que cette fille se manifeste, m'obligeant à arrêter ma marche.
“J'ai toujours trouvé que les bretelles ça t'allait bien. Bonsoir, au fait.”
Je hausse un sourcil quelque peu arrogant, quoique flatté par son commentaire je n'aime pas particulièrement qu'elle traîne par ici quand j'estime qu'il s'agit d'un domaine très jalousement gardé. Je m'appuie sur le rambarde, les lueurs de la fête caressent mon visage. Elle a une robe qui met son corps très en valeur, sa haute taille qui se parfait dans l'échancrure que je devine dans son dos. Robe noire. Ses cheveux roux foncés qui cascadent sur ses épaules en des crans sans doute très longuement façonnés.
_ Je ne crois pas t'avoir invitée.
Ça n'est pas totalement froid, c'est un constat prudent, quand j'ai l'impression de la connaître mais que je ne la remets pas tout à fait. Elle s'avance plus encore et son visage me rappelle une époque qui me plombe l'estomac. Je parade cependant, dessinant un geste qui l'invite à répondre, m'égarant dans le noir tandis qu'elle me mange des yeux. J'ai un petit sourire satisfait parce qu'elle semble bien moins sûre d'elle :
“Non. C'est Greg. Heu, Gregory qui l'a fait, tu te souviens ? L'autre jour quand j'étais ici ?”
_ Tu sais, ma grande, l'autre jour c'est vague pour moi.
Et des filles comme toi… plus encore. Je ne le dis pas mais mon silence le signifie. Je cherche cependant. Je cherche et cherche encore, où je l'ai vue la dernière fois. On s'est parlé c'est sûr. Parce qu'elle… oui c'est l'une de celles qui traînent avec récurrence au Viper, comme s'il s'agissait là de leur résidence secondaire. Mon cerveau finit par vomir un souvenir récent. Je fronce des sourcils. Elle s'appelle…
“Brianna. Mais c'est normal que tu ne te souviennes pas, tu étais dans tes pensées ce jour-là.”
Brianna, oui c'est ça. Mes pensées diffuses dessinent des échos assez indéchiffrables. Mes soirées au Viper sont très rarement sobres.
_ Ouais, c'est ça, Brianna. Je me souviens maintenant. C'est toi qui viens d'Édimbourg non ?
Elle rougit de plaisir parce que je semble la situer quand j'ai dit ça un peu au pif en espérant que la passoire qui me sert de tête quant à ces matières-là ne me trahisse pas trop.
“Tu t'en rappelles alors.”
Elle me sourit, presque intimement, ces sourires que l'on offre quand on est proche de quelqu'un, ces sourires qui donnent envie… de détruire quelque chose, un sentiment usurpé, que l'on placarde à ma personne quand l'on croit me deviner par mes textes ou ma musique. Par une conversation anodine. Détruire ce qu'elle croit détenir de moi. Détruire l'image. La défaire, la défigurer. Mon sourire est bien plus dangereux soudain et je penche la tête sur le côté :
_ Ça ne justifie pas que tu viennes traîner jusqu'à cet étage comme si tu en avais gagné le droit.
“Mais tu m'as déjà faite monter ici.”
Elle tente de recomposer une force qui je suis certain est bien plus fragile qu'elle ne l'imagine. Me tenir tête n'est pas donné à tout le monde. Mon sourire est plus appuyé et je l'approche avec lenteur avant de souffler :
_ Ce sont des invitations que je ne réitère pas en général. Je me trompe ?
Je ne sais pas si je l'ai sautée. Si c'est vrai que je l'ai attirée ici comme tant d'autres. Je ne sais pas, et je crois que je m'en tape un peu en vérité. Son visage se froisse et la sensation euphorique dans mon cœur est plus enivrante encore. Je joue de notre proximité et de mon avantage avant d'ajouter :
_ C'est bien ce que je pensais.
Elle regarde par terre à présent. Et mes phalanges viennent frôler sa joue pour qu'elle rétablisse le contact visuel, comme si j'effaçais la brûlure d'une gifle que je lui avais réservée :
_ T'en fais pas, je suis sûre que t'étais très bien.
Une brûlure de plus et son orgueil broyé donne un relief plus magnétique à ses yeux bleu-gris. Très bien. Potable. Banale. Pas à la hauteur. Quand j'ai quelqu'un à retrouver dans la foule qui vaut toute la grandeur dont je suis dépourvu dans la cruauté des ténèbres que je nourris souvent.
“Je vais descendre je crois.”
Elle prononce sa phrase avec un timbre plus tremblant et je joue de sa fragilité en prenant sa main, guidant ma créature le long de l'escalier. Elle m'abandonne ses doigts avec la faiblesse de ceux que l'on maltraite et qui en redemandent.
_ Viens. Je t'accompagne.
La grâce d'un dieu à l'inexistence. Le pouvoir… ce pouvoir. Que j'ai sur ces filles-là, qui attendent n'importe quelle attention pourvu qu'elle soit là, dans le sillage de ceux qu'elles adulent. Nous apparaissons l'un et l'autre et je la guide dans la foule, qui nous bouscule et nous rend à une sorte d'anonymat bien illusoire. Sa main tremble encore dans la mienne quand le contact se rompt, se rompt totalement. J'abandonne sa silhouette sans même un regard, quand toute mon attention vient de se resserrer sur Eleah qui traîne au bar de l'autre côté de la salle, dans des atours qui la magnifient, la rendant plus éblouissante que quiconque. A moins que ce ne soit elle, juste sa présence, qui estompe les autres. J'oublie… et Brianna et la conversation. Mes besoins de destruction qui s'éteignent tout à fait, se glissant dans les sursauts d'un désir presque venimeux. Je prends mon temps, fait un signe, mes doigts sur le bord de mon chapeau, à Ellis qui domine la foule de sa haute taille. Son costume gris et sa chemise noire lui vont comme un gant.

Au bar, Kaitlyn entretient la conversation, délégant ses devoirs à son staff. Elle a choisi de porter un costume d'homme, bien que ses cheveux blonds soient sculptés dans un chignon banane très élégant. Un costume entièrement blanc qui la met au centre de l'attention. On la distingue à des mètres à la ronde, le bar tel son empire, que chacun cible avec avidité. Elle répond à sa question après lui avoir concocté un cocktail à base de champagne, quand toutes les boissons bizarroïdes et à base de fruits ont largement été écartées de la carte. Sans doute à cause de moi, je l'avoue sans honte aucune. Philip change de son, langoureux métal qui se fond dans une sorte de battement grégaire, fascinant. Kaitlyn balaye une mèche de cheveux de son visage :
“Nan mais je t'assure que c'est pas une sinécure ce genre de soirée. Ça va toi au fait ? J'ai l'impression que je ne t'ai pas vue depuis des lustres ma jolie. Il a fallu tellement batailler pour avoir tout ce qu'il fallait pour les boissons et la bouffe. Surtout que les trois zigotos, si tu veux, ils pondent une idée loufoque par minute. Bref, on a géré comme on a pu avec Phil. Oh tout ça ? M'en parle pas. Encore une lubie de notre tyran, qui a voulu à 3 heures de l'ouverture persécuter ses fans et voir combien sauraient rappliquer endimanchés à la dernière minute. On a dû refuser des gens, forcément…”
Elle roule des yeux, comme si cette petite démonstration de pouvoir ne l'impressionnait pas. J'arrive juste à ce moment là, Brianna dans mon sillage, suivant une mécanique qui lui échappe, éclipsée par une fascination qui dévale tout mon visage. Je prends un accent mafieux et aborde Eleah :
_ Buona sera, bella regazza. Qu'est-ce qu'une fille comme toi viens faire dans un bouge comme celui-là. C'est pas un endroit où se paumer tu sais.
J'entends Gregory saluer chaleureusement Brianna dans mon dos, et jouer de ses charmes avec la maladresse touchante dont il fait preuve, bien que magnétique dans son costume à fines rayures et ses pompes bicolores. J'ajoute suspicieusement envers ma barmaid dans mon timbre naturel :
_ Et qui est tyrannique d'abord ?!
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