"Fermeture" de London Calling
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(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?

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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Mer 3 Avr - 10:32 par Eleah O'Dalaigh
SI TU DEVAIS UN SOIR,
EST-CE QUE TU M'EMMENERAIS ?
james & eleah

« Laisse-moi être comme toi, laisse-moi plusieurs fois laisse-moi être tes yeux, laisse-moi faire l'amoureux. Mais si un jour tu devais t'en aller, est-ce que tu pourrais bien m'emporter ? Mais si un jour tu pouvais tout quitter, est-ce que tu pourrais garder notre secret ? Laisse-moi être ta croix, laisse-moi essayer. Laisse-moi être juste toi,laisse-moi être comme toi. Je te laisserai trouver la voie, et puis je penserai comme toi. Comme une fille qui voudra prendre son temps, comme si c'était la dernière fois »
La scène. Leur scène. Lieu de toutes les défiances. Exposition de leurs plus intimes déviances. Elle distingue tous les signes d’une envie de lutte sur ses traits. La volonté d’asseoir sur l’autre une domination traitresse. Un instinct qui rugit, qui fascine quand on a toujours été l’entité au sommet, qu’il n’y avait guère de première place, là-haut, sur le piédestal, à partager avec d’autres. Être à la hauteur de toutes les exigences ce n’est rien. C’est savoir les fasciner pour demeurer égal à celui que l’on invite qui est plus ardu. Il faut dompter l’orgueil, lui apprendre à en tolérer un autre, presque aussi grand, peut-être même plus écrasant. Partager la tête d’affiche, Eleah en a toujours eu l’habitude. James beaucoup moins. C’est sans doute pour cela qu’il murmure encore des affronts, quand elle distingue davantage des prolongements de l’un et de l’autre. L’affrontement, il n’est pas entre eux. Il est contre tous ces autres, qui les nargueront de leurs préjugés accusateurs, qui verront dans leur projet l’avortement d’une réussite, les prémices de quelque chose d’inabouti puisqu’on ne lui concède qu’une première partie et pas un spectacle complet. L’affrontement est ailleurs mon amour … Ce n’est pas moi la menace, ce n’est pas toi la chute. Ce sont eux tu sais … ce sont eux. Elle aimerait pouvoir le lui dire mais se souvient vite que les mots ne suffisent pas parfois à convaincre, qu’il faut allier la gestuelle à la parole. Demain sans doute. Oui demain elle pourra lui faire comprendre cela s’il ne l’a pas compris avant. Maintenir sa colère sous le joug de ses exigences devient après cela sa principale occupation. Un décalage entre leur façon de voir les choses se transfigure sous leurs yeux, peint des évidences pour elle qui n’en étaient visiblement pas pour lui. Comment peut-il remettre en doute ce qu’elle n’a jamais confié à personne avant lui ? Croit-il qu’elle sacrifierait pour ses attentes toutes celles qu’elle pourrait avoir à son égard ? Assumer de l’aimer, c’est assumer les conséquences. Et pour lui aussi … Parce qu’il y en aura. De toute part. Il ne sera pas le seul à porter des coups, ni à en recevoir. Elle l’a toujours su, même si l’accepter fut plus compliqué. Ce n’est pas quelque chose dont elle pourrait douter. Elle ne s’est jamais bercée d’illusions à son sujet, comme elle espère qu’il n’en a jamais nourri vis-à-vis du sien.

La cruauté de sa nature se dessine en filigrane, réverbère d’une réalité dont le prisme la fascine. Elle observe, elle concède. La danse se poursuit jusque dans l’intimité secrète d’une alcôve apprise par cœur pour lui, encore inconnue pour elle. Combien de fois s’est-il perdu dans ces abîmes torves, s’oubliant à la rudesse des murs en glissant des exigences sourdes contre des corps anonymes ? Combien de perditions ? Combien d’acharnements ? Combien de fuites en avant pour oublier cette autre qu’elle distingue parfois, et pour laquelle elle incarne sans doute la plus grande menace depuis qu’elle est apparue dans les recoins de son univers ? Exiger tout n’est pas grand-chose alors. Exiger n’est rien. Mériter, c’est autre chose. C’est faire comprendre à l’autre que vous ne disparaîtrez pas à votre tour. Que vous serez là, quoiqu’il arrive. Vous lutterez contre l’impitoyable laideur pour en excaver de fragiles beautés. Vous dévoierez les belles paroles pour entendre celles qui ne devraient jamais être prononcées. Qu’importe d’être loin, qu’importe d’être près lorsque l’on a en mémoire tout cela. Cette confiance qui perdure, au-delà de toute chose. Eleah ne l’a jamais éprouvée pour personne, c’est peut-être pour cela qu’elle est infaillible. Ses déceptions sont ailleurs, se cachent derrière d’autres espérances plus troubles qu’elle a très vite cessé de poursuivre. Alors demain, oui, demain, ça n’est pas si mal. Demain, c’est un autre jour. Un jour qui leur appartiendra, et qu’ils n’auront pas besoin de partager avec d’autres. Sa tête s’incline d’une approbation tacite, et elle murmure en contre-temps, avec un sourire en demi-lune :
« Demain alors. »
Dans l’obscurité de l’alcôve ils demeurent, ils se façonnent. Dos au mur, pieds à terre. Elle se recule un peu pour mieux le voir, lui et ses allures sombres qui peignent parfois des ombres dans son dos, projetées sur le mur à cause des lumières qui furètent parfois dans leur sens. Les sens se réincarnent un à un sous ses doigts, alimentent une animalité qui suppure par tous les pores de la peau et l’invitent, cruelle déliquescence. Son souffle s’égrène, brûle des confidences qu’il murmure. Ces secrets qui font si mal, dont la souffrance marque ses traits assez longtemps pour qu’il la remarque. Elle serre sa paume contre la sienne. Serment silencieux qui n’a plus besoin de mots pour être entendu. Il convoque l’évanescence d’un passé. Elle serre davantage, peut-être blessée d’être comparé à d’autres, toujours. Revers d’une pièce que l’on garde près de soi, que l’on ne peut s’empêcher de regarder à pile ou face. Elle va pour lui répondre une phrase prévisible. Quelque chose comme : « Je ne suis pas ces autres. » Mais il la prend de cours. Ses traits se rassurent, tout son corps imprime une reconnaissance muette. La délivrance est presque entière après cela, parce qu’il n’est rien d’autre qu’elle aurait souhaité entendre. Elle attendait. Elle attendait avec patience, le moment où les autres partiraient pour lui laisser une place, où il n’y aurait plus ce trouble dans le regard, comme si elle était à la fois une et multiple.
« Merci. »
C’est tout ce qu’elle murmure, dans l’appui d’un mot qui s’imprime entre eux, qui prend sa place et se grave. Merci. Merci de le dire enfin. Merci de le reconnaître. Elle se rapproche de son corps, porte la reconnaissance jusqu’à ses lèvres fiévreuses. Elle n’a plus peur ce soir. Ni de lui, ni de personne d’autre. La pulpe de ses doigts marque des hommages dans le creux de sa nuque, son dos s’imprime contre le mur et elle l’attire, contre elle, dans le noir. Son parfum l’enivre, la subjugue. La vague est déferlante, à l’intérieur de son corps. Le sang s’englue, le cœur balbutie. Elle ne sait pas comment il parvient à faire cela, pourquoi cela n’a jamais été si évident avec d’autres. Le champagne pétille encore dans ses tempes, éveille des envies aussi troubles que tumultueuses, aussi trompeuses que joueuses. Une sorte de sourire s’éprend de ses lèvres, repu, pas vraiment satisfait toutefois. Les frivolités étreignent leurs costumes, les inscrivent enfin dans des humeurs harmonieuses, moins décalées de tous ces autres qui s’amusent alentour. Ont-ils réellement envie de partager cela avec eux cependant ? Peut-être pas. Non … Peut-être pas. Ils s’imaginent déjà ailleurs, amants égoïstes.
« Hmm … Tu m’ôtes l’idée de la … »
Mais elle ne termine pas sa phrase. Dans un instinct presque farouche, elle sursaute, recule, rit un peu aussi. Assez nerveusement toutefois, parce que le surnom employé par l’inconnue marque d’emblée une intimité trouble, qu’elle ne reconnaît pas comme coutumière. Ses yeux s’écarquillent un peu, traquent sur les traits du visage de l’inconnue des indices. Elle devine qu’il s’agit de sa sœur avant même qu’elle se soit présentée, parce qu’il y a l’évidence d’un air de famille, et sa posture à lui change. Elle est naturelle, décomplexée. Jeune aussi. Si jeune. L’effervescence d’une jeunesse qui transpire, qui trace des fils lumineux invisibles, tout autour d’elle. Eleah l’observe avec une forme de fascination mutique, demeure en retrait d’un échange auquel elle n’appartient pas, et dont d’emblée elle s’extrait, comme par habitude, comme par instinct. Parce qu’elle n’est pas coutumière de ces choses-là. Elle ne rencontre jamais la famille, ou les parents. Elle n’est jamais présentée à l’entourage, pour être mieux étiquetée par eux. Elle s’y est toujours refusée. C’est le fruit du hasard. Un hasard terrible sans doute, qui la fait se raidir insidieusement alors qu’elle parle, qu’elle parle, qu’elle parle. Elle ne s’arrête pas. Elle est charmante. Elle est aux antipodes de son frère, au moins de prime abord. Deux personnalités éclectiques sans doute, l’une plus amochée que l’autre. Un sourire délicat se dessine sur les lèvres closes d’Eleah. Elle n’est pas coutumière de ces échanges, mais elle se demande si c’est un hommage qu’elle cherche à lui faire, en multipliant les remarques sur sa réputation de coureur de jupon notoire. Elle se sent un peu déshumanisée sur le coup. Une nana parmi d’autre, ramassée sur un projet quelconque et baisé dans le noir jusqu’à ce qu’il s’en lasse, un beau jour. Ni la première, ni la dernière sans doute. Elle n’est pas entièrement juste, elle le sait. Mais elle ne peut totalement lutter contre les aprioris qu’elle a toujours, à l’égard des familles, à l’égard de ces familiarités que l’on met en place avec des inconnus juste parce que vous apprenez qu’ils sont proches de la personne que vous chérissez. Elle déteste les codes, ces carcans qui cherchent à vous inscrire comme telle ou telle chose pour quelqu’un d’autre. James le sait. James lui ressemble pour cela. Alors quand elle marque sur son front en lettres capitales l’insigne de « petite amie », Eleah voit un peu trouble. L’impression d’être tout à coup revenue sur les bancs du collège la saisit de part en part, et cela s’inscrit sans doute dans sa posture un peu défensive. Toutefois elle se ressaisit, essaie de ne pas fustiger cette sœur sortie de nulle part par principe, comme elle en a toujours eu l’habitude. Parce que depuis le départ, avec James, tout est différent. Cela n’a rien à voir avec tout ce qu’elle a toujours connu. Son esprit tente de s’ouvrir alors. Ses instincts de fuite se maintiennent, tapis dans son ventre. Sa jovialité de façade reparaît comme une évidence. Un costume de décontraction que l’on revêt pour dissimuler le trouble, à l’intérieur.

« Bonsoir Ella. Il est inutile que je me présente alors … Tu sembles déjà bien renseignée. » Elle connaît déjà son prénom, à l’évidence elle sait se renseigner mieux que personne sur les fréquentations de son frère. « Je ne suis pas sa petite amie. Considère-moi plutôt comme … » Elle cherche le mot adéquat, marque un temps de pause incertain avant d’ajouter comme une évidence, en levant un index en l’air. « Sa partenaire. Un peu comme Bonnie and Clyde. » Elle se détend, jette un regard en biais vers James, complice. Partenaires. Cela leur correspond davantage. Il n’y a pas de doute. Elle glisse un clin d’œil à Ella à la dérobée, avant de poursuivre l’échange. « Bien sûr que tu seras invitée. Et si la Diva ici présente ne te fais pas l’honneur de t’envoyer des invitations aux premières loges, je m’en chargerai. » Elle rit un peu, lorsque James la saisit comme un bouclier humain, et cherche à se dépêtrer de son emprise. « Allons bon, j’adore les questions figure toi. Quel dommage hein ? » ironise-t-elle avec un sourire carnassier, juste pour le contrarier, même si elle déteste les questions presque autant que lui. « Alors comme ça il n’a jamais parlé de moi ? Jamais ? Trésor, je suis scan-da-li-sée. C’est comme ça que tu me remercies, après tout ce que j’ai fait pour toi ? » Son poing se pose sur sa hanche, elle le tance avec un air rieur, faussement courroucé, avant de retrouver ses airs habituels, plus doux et moins exubérants. « Plus sérieusement, je suis heureuse de te rencontrer enfin Ella. Il m’a parlé de toi quelques fois. » Du bout des lèvres, assez toutefois pour qu’elle comprenne l’importance qu’elle a pour lui. « Je suis sure qu’il a plein de questions à te poser sur tes propres fréquentations, mais qu’il n’ose pas, par pudeur. » Elle tâche de garder son sérieux. Un aplomb considérable, face à sa petite pique ironique concernant sa pudeur naturelle. Elle la trouve charmante au fond, même si se départir de ses propres habitudes est loin d’être une évidence.


(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
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() message posté Sam 6 Avr - 18:24 par James M. Wilde


« Si tu devais un soir
Est-ce que tu m'emmènerais ?
Mais t'envoler sans moi
Est-ce que tu m'emmèneras ?
Mais si un jour
On pouvait s'en aller
On pourrait bien enfin s'emmener
Mais si un jour on pouvait
Se quitter
On pourrait bien enfin
Se retrouver »

Eleah
& James




Il y a cette part vindicative de ma personnalité qui s'épanouit dans notre danse devenue mutique. Parce que la scène est là, à portée de nos doigts reliés. Nos corps joints exposés dans la mélodie et la danse, une part d'intime concédée à la foule, comme à chaque fois, à chaque fois qu'il faut donner un peu plus de soi sur les planches. Se démunir devant des yeux étrangers. Et devant elle aussi. Car il est vrai que je n'ai jamais rien partagé de ce qui me constitue tout entier. Ni avec mes compagnes ni avec personne d'autre. Pas de duo lors d'un concert, pas même d'invitations impromptues lors d'un festival. Parce que sur scène, je suis quelqu'un d'autre, mais pour ceux qui savent véritablement regarder, pour ceux qui ont la capacité de me voir, je suis enfin là. Une personnalité entièrement libre qui vibre à l'unisson des exigences d'un public. Qui me transportent et qui m'abattent, au même instant. Car je suis tout pour eux. Et à la toute fin toutefois je ne suis rien. Rien. Et alors elle saura. Et alors elle me verra. Elle me regardera dans ce qu'il y a de plus impalpable, de plus impitoyable. Rebecca m'a toujours détesté sur scène, parce qu'elle voyait que durant quelques heures je n'étais plus à elle. Elle n'a jamais su le comprendre ou bien le lire dans les regards que je lui tendais alors. J'aurais pu être à elle. L'être entièrement, accompli, dans toutes mes trivialités. Mais elle ne voyait pas. Elle ne me voyait pas. Ou peut-être que je ne l'ai jamais laissée entrer à ces instants-là. Je m'interroge tandis qu'Eleah semble m'implorer de la voir à son tour, de la considérer comme cette alliée inaliénable qu'elle représentera sur la scène que nous dessinerons. L'un et l'autre. L'un à l'autre. Quelque chose que je n'ai jamais su donner ou avouer. Quelque chose que j'ai toujours interdit malgré tout ce que j’ai su clamer. Mes amours devenus trahisons, des ennemies à chaque étreinte, à chaque fois un peu plus, dans cette détestation contenue que je finissais pas cracher sur elles dans la plus injuste des violences. Je ne sais pas. Moi non plus, comment devenir cela. Comment la laisser m'envahir sans totalement en crever, sur scène, devant tous ces étrangers. Je ne sais pas, mon amour, je ne sais pas. Ce que demain tu sauras prendre, ce que je pourrai te donner, je n'en sais rien. Et dans la perspective de mon absence j'ai peur. J'ai peur quelque part, oui, dans le trouble de mes nuits, que ce ne soit pas assez. Je n'ai jamais été seul ainsi, face à quelqu'un qui savait me lire comme elle le fait. Les garçons ont toujours été là pour me protéger, du public et même de moi. Ils ont toujours été ce rempart qui me permettait de me retrancher, de redescendre de cette Olympe tragique où je m'étais élancé, pour y vivre les intensités qui me tourmentent, chaque heure. Mais avec elle, face à elle, devant elle. Il n'y aura que moi. Que moi et la musique. La musique inspirée d'un temps passé, flétri, désavoué que je n'ai jamais complètement partagé avec elle. Peut-être que c'est pour cela aussi que ces derniers jours je refuse de dormir à ses côtés. Pour qu'elle ne puisse pas voir, et encore moins lire dans mes yeux grands ouverts ces spectres que j'emmène avec moi en tournée. Et qui de toute part, menacent de me silencer. Une toute dernière fois. Je ne veux pas qu'elle côtoie cette folie promise. Quelque chose en moi recule et s'y refuse. Une peur implacable héritée d'un asile qui m'enferme toujours. Et dont je suis le seul à avoir la clef. Je veux croire qu'alors, sur scène, demain, elle comprendra, elle comprendra ce que je ne suis pas capable de dire. Et qu'elle saura que pour la première fois, je ressens l'envie effroyable de laisser quelqu'un se lover tout au long des blessures, non pas pour imaginer les oublier ou les refermer, mais pour en appréhender les plus infimes contours, les plus abrupts sursauts, les plus doux replis. Demain alors. Demain mon amour. Je te dirai tout cela, à ma manière.

Le passé très sournoisement s'immisce mais pour mieux se voir dénigré. Les serments se renouent, il y a dans la fièvre des regards qui s'échangent toutes ces certitudes qui font qu'elle demeure différente, de tout ce que je connais, de tout ce dont je me défie en permanence. Elle est cette entité fascinante et unique qui est demeurée là, dans cette mémoire enfuie, à palpiter ce que nous nous étions confié par erreur. L'absolu de nos natures embrassées. L'infini de nos rêves morcelés. Si je l'ai su dès que nous nous sommes retrouvés dans cette boîte ridicule, je ne le lui ai pourtant jamais dit, jamais avoué. Ce qu'elle est et représente pour moi. Ce qui dessine une opposition nouvelle aux atours d'une invincible alliance. Tu es différente de toutes celles qui m’ont rejeté ou maudit, de toutes celles que j’ai blessées. Tu es celle que j’appelle, dans la nuit d’une autre éternité, et ce depuis un âge ancien. Tapie quelque part, pour me trouver toujours. Tapie pour enfiévrer le sang et délivrer des chaînes que je porte depuis bien trop longtemps. Les autres victimes de mes indignités quittent mes iris plus claires et plus vives quand dans le noir la bouche s’impose, après qu’elle m’ait remercié, après qu’elle ait compris ce que je souhaitais admettre sans pour autant parvenir à le clamer vraiment. Demain, demain. Une pulsation pleine de fougue, quand les doigts froissent l’étoffe et que les silhouettes s’entremêlent. Des images qui défilent, celles qu’elle a abandonnées tout contre moi lorsque Paris devint cette damnation assumée. Son sourire est miroir, je perds l’ombrage de mes pensées funestes, mon front est plus serein, mes idéaux plus pressants. Pas tous très distingués quand je lui conte ces lieux solitaires où j’aimerais l’enfermer. L’infini de l’horizon du penthouse, là où elle ne m’a pas encore rejoint, parce qu’après tous les écueils, cette porte est demeurée close. J’ai déserté mes appartements très longtemps pour m’oublier chez elle, ou bien occuper la chambre d’amis de Greg, que l’on devrait rebaptiser “ma chambre” tant elle est désormais parasitée par le linge sale et quelques-unes de mes guitares. J’ai dormi backstage au Viper aussi, parce qu’il est plus commode d’écrire sous la bienveillance des regards de Kait’ ou de Phil, plutôt que de rencontrer la solitude de mon domicile. Une solitude qui me rappelle bien trop celle que je rencontrerai d’ici quelques jours seulement. Alors le sourire danse, les doigts se joignent pour dessiner l’invitation. Une invitation très lisible mais qui se voit brusquement interrompue par Ella et cette joie débordante qui habite son petit corps, qu’importe la situation, toute l’année. Je la revois toujours. Toujours. Assise sur sa chaise d’enfant. Ou sur mes genoux à Hampstead. Puis devenue adolescente, perchée sur ses talons, quand elle descendait l’escalier de l’avion, ébahie par son arrivée dans des terres inconnues, pour me rejoindre, me retrouver. Ma main demeure, lovée sur la taille d’Eleah, aucun recul, aucun besoin de dissimuler celle qui envahit mon existence et tous mes rêves. Je la sais plus précautionneuse, devant l’invasion familiale nous avons les mêmes retraits stratégiques ou encore cette sorte d’instinct qui nous commande de demeurer au dehors, de demeurer étranger. Le peu que j’aie pu voir Arthur, nous n’avons échangé que des regards ou que des mots sans objet. Je pense que notre plus longue conversation a dû consister en “est-ce que tu veux un verre ?”, tout du moins de ma part. Je n’ai guère rebondi sur les quelques piques adressées ou l’ironie maligne qui nous constitue l’un et l’autre. Parce que tout simplement je ne suis jamais, celui qu’on présente, celui qu’on emmène avec soi, celui qu’on assume. Ou parce que le peu de fois où la fille a souhaité croire que j’avais ma place dans ces rencontres abominables, je me suis toujours défilé, méprisant. Qu’ai-je à foutre d’un parent, d’une soeur, du meilleur ami ou du chien de compagnie ? Je pense à Valhalla. Sale bête. Je l’aime bien malgré tout, parce qu’elle est à elle. Mes yeux dérivent, ma soeur parle trop, je regarde les réactions sur son visage, comprend ses réticences, tente de stopper là toute évocation de mes débauches qu’Ella ne connaît que par les récits trop fournis de Greg et par quelques malencontreux torchons qui vantent mes égarements. À peine en a-t-elle parlé cependant qu’elle rougit malgré cette assurance qu’elle tente de conserver. Je la connais par coeur. Tous ces mots qu’elle laisse sortir sans trop les contrôler. J’ai un sourire en coin. Elle s’en veut, elle comprend l’insulte à rebours, mais continue comme un cheval fougueux sur sa lancée. J’excave un rire silencieux, puis mes yeux reviennent à Eleah, un mélange de tendresse et de ces élans passionnés. Partenaires. C’est le bon mot, c’est le seul. Partenaires. Dans le crime et dans l’excellence. Ma soeur nous observe, sa bouche se ferme un instant, comme pour embrasser le portrait de cette intimité qui s’échange. Elle ajoute, un doigt en l’air, avant qu’il ne vienne m’accuser :
“De toute façon, il ne parle jamais de ce qui est important.”
Il n’y a pas de tristesse dans le constat, juste une mécanique éprouvée, que l’on aurait tort d’essayer de contraindre au risque de la briser. Je hausse un sourcil avant de me défendre piteusement :
_ Bien sûr que si. Si. Si. Arrête de faire non de la tête. Je t’ai pas dit la dernière fois “désolé, j’étais pas disponible, j’étais avec quelqu’un” ? Hein ? Eh bah, c’est pas parler de quelqu’un d’important ça ?
Ce qui pour moi est sans doute déjà beaucoup. Ella roule des yeux et ne commente même pas, feint bientôt de m’ignorer complètement tandis qu’elle converse avec l’objet de sa convoitise :
“Ah oui, il parle de moi ? Hmm… Comme quoi, il n’y a pas tout à jeter chez lui. Excuse-moi, tout à l’heure, je ne voulais pas sous-entendre… Que… Oh, je suis maladroite. C’est rare je ne rencontre quelqu’un qui lui soit proche. Greg et Ellis ne comptent pas, ils m’ont vu naître ou quasi.”
Elle a un air gêné, un peu ingénu, son regard me revient, demande ce pardon que je lui accorde volontiers. Ma main serre plus avant Eleah. Proche. Proche elle l’est. Les confidences échangées irriguent le bout des doigts. La caresse devient plus secrète, je suis la ligne de son bras nu, avec douceur, avant que je ne m’étrangle sur le terme de pudeur. Tu parles, c’est plutôt parce que je ne veux rien savoir de ses fréquentations que je ne demande pas, de peur d’aller confronter tous les connards qui pourraient l’approcher.
“Oui c’est ça, ça doit être le côté très gentleman de Jamie qui doit l’empêcher de me poser des questions. Pourtant, il a bien tort, ça l’empêche d’entendre parler de Brian. Le gars de ma promo qui me plaît bien, même s’il a la même maladresse que moi pour ces choses-là. À avancer à ce rythme, je pense qu’on sera enterrés avant de s’avouer qu’il y a un truc particulier entre nous. Oh, James, c’est bon, ne plisse pas des paupières, on dirait papa !”
L’outrage est entier, je suis parcouru d’un frisson de dégoût. Je surjoue la sévérité :
_ Tu ferais mieux d’éviter les comparaisons hasardeuses, gamine. Brian. Un prénom naze. En plus, un mec qui se déclare pas, ça doit être un genre de romantique à la con... Quelle horreur.
“Dit le gars qui a écrit pas moins de cinq chansons d’amour.”
_ J’étais jeune, ça ne compte pas. Eleah peut attester que je n’ai rien de romantique. Ou encore d’hésitant comme ton type. Je sais ce que je veux, moi. D’ailleurs, Saint papa est-il au courant que tu regardes un branleur plutôt que de plancher sur tes examens ?
À mon tour de savourer la moquerie sous-tendue qui la fait rougir de nouveau, parce que malgré toutes ses envies secrètes, d’émancipation en particulier, c’est encore la fille de son père, celle qu’il adule, celle qu’il admire, en permanence. Elle balaye l’air comme pour dissiper tous mes mots, se concentre sur Eleah :
“Tu as toujours su ce que tu voulais faire, toi, n’est-ce pas ? J’ai lu que tu fais de la danse depuis longtemps… Alors tu voudras bien expliquer à mon abruti de frère qu’on a tout autant le droit d’être passionné par l’art, comme par ses études de commerce ? Parce que moi je ne sais plus comment le lui dire.”
_ Si tu ne sais pas l’expliquer c’est que tu n’en es pas vraiment convaincue, donc.
La phrase est mordante, je ne l’épargne jamais lorsqu’il s’agit de cet avenir que je lui dispute. Quelle idée ridicule que de suivre les traces de Wyatt. Je ne peux croire une seule seconde qu’elle le fasse parce qu’elle le souhaite. Ella sourcille, bougonne, la même moue que moi sur les lèvres :
“Oh qu’est-ce que tu peux être con quand tu veux. Bref, je venais juste dire bonjour, et saluer ta… partenaire. Elle, au moins, je suis certaine qu’elle me comprend.”
Elle recouvre un sourire qu’elle adresse uniquement à Eleah, se rapprochant d’elle pour lui faire une confidence, sa main sur son bras :
“En vrai, il ne m’a jamais laissée rencontrer qui que ce soit depuis… un bail. Même au débotté comme ça, il a toujours fait en sorte de m’écarter alors… ça doit vouloir dire quelque chose. À plus tard, je vous laisse, j’ai un blondinet qui me doit une danse.”
Elle glisse une caresse ensuite sur la manche de ma veste, puis s’enfuit, aussi rapidement qu’elle est apparue, trouvant aussitôt Gregory dans la foule avec qui elle sautille aussitôt, sur la piste de danse, lui racontant je ne sais quoi, en parlant avec les mains. Je laisse passer un temps de silence, avant de constater :
_ Ma soeur. Le joyau de la famille Wilde. Et le seul membre fréquentable. À part moi, bien entendu, que l’on fréquente volontiers tant je suis… qu’est-ce que tu as dit déjà ? Ah oui ! Je me souviens. Pudique.
J’appuie mon doigt dans ses côtes comme une menace sourde.
_ Qu’est-ce qu’elle t’a dit d’ailleurs, en partant ?
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Dim 7 Avr - 11:56 par Eleah O'Dalaigh
SI TU DEVAIS UN SOIR,
EST-CE QUE TU M'EMMENERAIS ?
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« Laisse-moi être comme toi, laisse-moi plusieurs fois laisse-moi être tes yeux, laisse-moi faire l'amoureux. Mais si un jour tu devais t'en aller, est-ce que tu pourrais bien m'emporter ? Mais si un jour tu pouvais tout quitter, est-ce que tu pourrais garder notre secret ? Laisse-moi être ta croix, laisse-moi essayer. Laisse-moi être juste toi,laisse-moi être comme toi. Je te laisserai trouver la voie, et puis je penserai comme toi. Comme une fille qui voudra prendre son temps, comme si c'était la dernière fois »
Rester. Partir. Cela n’a plus d’importance tant les idéaux se décomposent, narguent cette ivresse qui les rend à des instincts très troubles, où le besoin de fuir et celui de demeurer en place dansent ensemble. Ils dansent, sensualité insidieuse et circonscrite. Restreinte à cet espace qui leur appartient mais n’est pas entièrement à eux, car des anonymes se sont invité sur leurs territoires. Des inconnus de passage, venus troubler toutes les images. Celles qui demeurent, celles qui ne partent pas. Ces spectres que ses humeurs invitent avec plus d’aisance quand il croit qu’elle détourne le regard, qu’elle ne le voit pas. Elle sait ce qu’il fait. Elle devine déjà ce qui sera. Il se laissera envahir par cet univers qui se déploiera tout autour de lui, loin d’elle. Il s’y enivrera, traquera dans le noir des perditions qui menaceront un équilibre qui n’existe déjà plus. Il ne saura pas faire autrement, mais tout cela, elle le sait déjà. La conscience de cette réalité lui fait si mal à l’intérieur, mais ce n’est rien face à ce qu’elle éprouve lorsqu’elle le voit lui revenir. L’appeler elle, elle et personne d’autre. Elle a toujours su que cela ne pourrait se jouer autrement. Elle n’a jamais voulu que cela change non plus, trouvant dans le parcours la reconnaissance d’un moi qu’elle avait oublié, laissé en chemin, quelque part. Imparfaite, incomplète. Elle se souvient de ce marché qu’ils conclurent un jour. Je prendrais tout ce que tu voudras bien me donner sans exiger l’impossible, si en retour tu ne demandes pas ce que je ne saurais t’offrir. C’est si simple lorsqu’on le dit, tellement plus rude lorsqu’il s’agit de l’appliquer, de brider cet égoïsme qui pousse à vouloir tout de l’autre quand on a soi-même plus rien à donner. Elle n’attend pas qu’il lui offre ce passé qui le pourchasse parce qu’elle n’est pas encore prête à admettre le sien. Celui qui créa le monstre, celui qui donna naissance à une engeance galvaudée. Elle sent encore les barrières qu’il dresse autour de lui. Les dernières qui demeurent, et qu’elle n’a pas su abattre. Parce que ça n’est pas à elle de le faire. C’est à lui … A lui de lui ouvrir la brèche, de la laisser le rejoindre. On ne peut forcer l’entrée de la fêlure d’une âme, au risque de la regarder s’éloigner sans même pouvoir la retenir. Alors exiger tout est une chose. Une chose à part entière, qui ne prend pas en compte ce territoire-là, qui au-delà de l’intime tient de l’individualité, d’une liberté à laquelle chacun devrait avoir droit sans avoir à s’en justifier. C’est pour cela qu’elle ne lui a jamais posé de questions directes, qu’elle est demeurée en retrait de cette folie qu’il garde, jalousement, pour lui-seul. Il y a des facettes de sa personnalité dont il souhaite encore la préserver, qu’elle ne saurait lui arracher sans qu’il y consente. Elle ne peut pas, elle ne peut pas. Tous ses instincts s’y refusent. Elle ne se trompe pas à ce sujet, et lui non plus, lorsqu’il silence toutes les indiscrétions dont il aurait pu faire preuve. Mais elle a compris autre chose, dans les moments d’absence. Durant ces nuits où il n’était pas là pour la rejoindre. Elle a saisi que si semblables soient leurs blessures, la sienne a quelque chose d’autre. Il ne s’agit pas de mesurer les deux pour savoir laquelle surpasse en laideur, en horreur. Il s’agit plutôt de percevoir les conséquences. Celles qu’elles ont eu, celles qui demeureront irrémédiables. L’enfance lui a donné la chance de savoir se remodeler, de devenir autre, loin d’instincts destructeurs qui la pousseraient à vouloir disparaître. Ce n’est pas son cas. Il est perclus de ces élans qui broient, qui souffrent, qui auront raison de lui un jour sans doute. Destinée toute tracée par lui seul, à l’encre de la culpabilité. Elle ne peut le préserver de cela, de lui-même. Elle ne peut qu’être là, compagne indéfectible dans un univers incertain, où ne sont établies que les choses auxquelles on estime pouvoir croire. Être là et accepter qu’il ne sera pas toujours là, que chaque instant est précieux, qu’il n’y en aura peut-être pas d’autres. Qu’il reviendra, même si cela doit prendre du temps, jusqu’à disparaître entièrement de sa réalité, mais y demeurer entier toutefois, dans les souvenirs qu’ils auront su créer. Elle ne le condamne pas, non, jamais. Mais elle appréhende parfois ces élans qu’il a, qu’elle devine, même s’il n’en parle pas. Arthur est semblable à lui pour cela, c’est surement pour cette raison qu’elle s’en est aperçue très vite. Qu’elle s’est rendue à l’évidence aussi, qu’il lui faudrait avancer la première, en espérant qu’il saurait la suivre à son rythme. C’est surement pour cela que depuis la France, ses propres barrières s’effritent. Elle donne, elle ne compte pas. Elle n’attend pas qu’il lui rende la pareille, alors elle se nourrit de sa propre évolution, de ces émotions inconnues qu’elle distingue parfois pour la première fois. Elle les voit comme des expériences, des notes de couleurs à rajouter au camaïeu qui la compose déjà. Une partition à enrichir, à réinventer en permanence. Affranchie et libre … Si libre contre lui. Elle aimerait qu’il le sache, qu’il le comprenne avec plus de conviction. Qu’il saisisse qu’elle est là par choix et non par contrainte, et que oui, oui, on peut choisir quelqu’un comme lui, quel qu’il soit. Elle l’a choisi. L’idée s’achemine peu à peu, elle le sent. Elle n’est pas arrivée à son but toutefois. L’absence peut-être rendra cela plus évident, même si elle amènera aussi des complications qu’elle n’imagine pas. Alors demain oui, demain sera un autre jour.

Ella vient éclore dans leurs univers, perce la bulle d’une intimité fragilisée par le cadre effervescent du Viper. Eleah l’observe avec curiosité, créature maligne, indistincte, pleine de vie et de vigueurs sans artifices. Elle aime sa spontanéité, la maladresse touchantes de ses phrases qui se font légion, comme son frère parfois. En cela ils se ressemblent. La langue déliée tous deux. La langue qui n’a pas peur des conséquences, qui blesse parfois, à escient ou sans s’en rendre compte pour Ella. Elle ne lui en tient pas vraiment rigueur toutefois, parce qu’elle sait déjà la réputation qu’il traine. Elle le sait parfaitement, et s’enorgueillit parfois, parce qu’entre toutes les minettes qui se déhanchent sous son nez, c’est vers elle qu’il revient en permanence. C’est elle qu’il perçoit en filigrane. Alors quelle importance ? Elle ne dit pas cela à la sœur toutefois. Parce que décemment, ce n’est pas des choses que l’on confie d’emblée à une frangine. Mais elle n’en pense pas moins, et s’adoucit lorsque la jeune femme cherche à la rassurer, qu’elle s’excuse implicitement d’avoir exposé devant ses yeux cette réalité crue qu’elle connaît déjà par cœur. Elle aime observer la complicité naturelle qui se tisse entre ces deux-là, telle une évidence. La résurgence d’un lien qui pulse, qui maintient en vie en toutes circonstances. Elle aime la ferveur dont il fait preuve pour la contredire, et encore plus cette spontanéité avec laquelle elle lui répond, piquante elle aussi, à sa manière. Pendant qu’ils échangent, qu’elle participe aussi, une forme de dualité se déploie à l’intérieur de sa silhouette. Un mélange de détachement et d’investissement. L’impression de faire partie de quelque chose, tout en l’observant d’un point de vue externe en se disant que cela est bien étrange. James se rend compte de cela. Il remarque cette méconnaissance qu’elle a des usages. De ces choses que l’on dit, que l’on doit normalement faire dans les règles de l’art lorsque l’on tient à quelqu’un et que l’on souhaite le montrer à son entourage. Lorsqu’il la touche, caresse diaphane, elle redevient une et une seule. La subdivision retrouve une ligne unique. Elle est plus présente, physiquement, mentalement, dans la sincérité des sourires qu’elle déploie et les remarques qu’elle dispense.
« Peut-être parce qu’il n’y a pas besoin. A quoi bon le dire si c’est une évidence que l’on peut taire, et distinguer malgré tout ? Elle n’en est que plus réelle alors … »
Un secret, sur le bout des lèvres. Une évidence qui se tait, qui rejoint le silence. Son sourire est plus délicat après cela. Elle remercie les tentatives d’Ella pour la rassurer, lui confier cette importance qu’elle pourrait avoir aux yeux de son frère, même s’il ne le dit pas forcément explicitement. Discrètement Eleah glisse une caresse de son pouce sur la paume de James. Un écho, un murmure qui ne dit rien. Qui veut tout dire toutefois, au creux de cette intimité différente, qui se déploie sans avoir l’air. Elle n’a rien à voir avec celle plus offensive, née sous l’alcôve un peu plus tôt. Celle qui s’attrape et s’avoue dans des baisers appuyés, des démonstrations plus mordantes quitte à frôler l’indécence et le manque de pudeur. Cette intimité-là, qui s’inscrit dans le silence, est plus inconsciente. Elle marque un attachement plus profond et moins éphémère, qui subsiste même lorsqu’il devrait se tenir éloigné, pour la convenance. Eleah rit volontiers de la remarque d’Ella sur Brian, et de la riposte de James à son sujet. Elle est quasiment sure qu’elle en entendra de nouveau parler, lorsqu’elle ne sera plus dans le paysage. Sacré Brian.
« Quel dommage de ne pas vous le dire, vous passez peut-être à côté de … Bons moments. Tu as l’âge où il faut en profiter. Petit Jamie ici présent n’a pas dû s’en priver, à l’époque. »
Et « bons moments », dans son langage, peut induire tout un tas de choses et d’images que James ne souhaitera sans doute pas imaginer même en songes. Mais elle insiste à escient, marque la tonalité de notes plus troubles, juste pour le contrarier un peu. Le taquiner aussi, parce qu’elle ne peut décemment pas s’en passer. Elle sourit de toutes ses dents avec une ironie non dissimulée.
« C’est vrai qu’il n’offre jamais de fleurs. Ni de croissants le matin. En plus il n’a aucun respect pour les jolies fringues. Et c’est un caractère de cochon … Non vraiment, tu es un très mauvais parti. Cela dit … Je serais curieuse de les entendre, ces chansons d’amour. Même si elles sont old fashion. Peut-être qu’en échange je pourrais te montrer des photos de moi en tutu rose. Ça se négocie non ? »
Elle note au passage l’agressivité qui grimpe en lui, dès lors que la figure paternelle est évoquée. Elle se souvient du peu de choses qu’il a pu dire à son sujet, à la dérobée de quelques phrases.
« Oui c’est vrai. J’ai su très jeune, c’était une évidence. Mais comme toi sans doute, il m’est plus facile de l’exprimer en dansant justement, qu’avec des mots. Tout le monde n’a pas l’aisance verbale de ton frère pour exprimer ses désirs. »
Elle le gratifie d’un petit coup de coude et n’intervient pas durant le reste de l’échange. Son profil se crispe un peu lorsque Ella se rapproche d’elle pour lui faire une confidence. Elle se détend aussitôt après, avec un sourire proche de la tendresse. Elle apprécie la tentative, cette façon de vouloir la rassurer. Elle n’était pas obligée de lui donner ces assurances-là, et elle l’a fait, malgré tout. Cela, Eleah s’en souviendra. Rares sont les personnes qui ont eu un jour cet égard et cette prévenance à son égard.
« File danser ma belle, cette nuit est la tienne. Je suis heureuse de t’avoir rencontrée. »
Elle lui fait un petit signe de main tandis qu’elle s’éloigne. Un temps de silence s’installe, comme si Ella avait emporté quelque chose avec elle, sans même s’en rendre compte. Certaines incertitudes peut-être, qui pouvaient demeurer encore, soupirantes. Elle demeure songeuse, une expression apaisée figée sur sa peau blanche. Elle ne sent qu’à rebours la présence de James à côté d’elle, et réagit à la pression qu’il exerce sur ses côtes comme si elle s’extirpait d’un rêve.
« Elle m’a dit … Hmm et pourquoi te le dirais-je ? C’est un secret. Quelque chose entre filles. » Elle hausse nonchalamment les sourcils et ses lèvres se fendent d’un sourire espiègle. « Je resterai muette comme une tombe. Aucune torture ne saurait me faire parler. » Ses dents se dévoilent jusqu’à ce qu’une expression plus subtile ne s’empare de ses traits. Le bout de son nez gracie sa joue d’une caresse, et elle poursuit : « Tu me montrerais … Ton antre ? » Elle aurait aimé avoir l’aplomb de demander plus tôt, de s’inviter avant. Mais les occasions ne se sont jamais présentées. Toujours ils ont su se retrouver chez elle, ou dans des recoins improbables du Viper. L’étage VIP par exemple, ils ont déjà dormi là-bas. Peut-être même plusieurs fois. Jamais elle ne s’est invitée chez lui cependant. Jamais il ne lui a proposé de venir non plus. Un territoire où sa marque est demeurée absente. Elle ne souhaite pas le lui imposer toutefois. Alors elle entre dans la nuance, avec une tranquillité bienveillante : « Tu ne m’as jamais montré où tu vis … Mais si tu préfères, on peut rester là aussi. »



(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?  - Page 2 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Lun 15 Avr - 18:52 par James M. Wilde


« Si tu devais un soir
Est-ce que tu m'emmènerais ?
Mais t'envoler sans moi
Est-ce que tu m'emmèneras ?
Mais si un jour
On pouvait s'en aller
On pourrait bien enfin s'emmener
Mais si un jour on pouvait
Se quitter
On pourrait bien enfin
Se retrouver »

Eleah
& James



Il y a des commentaires qui sourdent tout autour, une toile qui se tisse faite d'impressions et d'analyses. Une situation qui leur échappe mais qu'ils cherchent pourtant à caricaturer à gros traits pour mieux se l'approprier. Une fille qui danse dans les bras d'un dévergondé. Un type qui drague une danseuse dont les mœurs sont sans doute celles de sa caste. Un couple à estropier vu qu'il ne durera pas, qu'il brûlera sur le papier, comme l'on découvre ces idylles l'espace d'une journée. À peine le temps de les lire qu'elles sont déjà consumées. À peine le temps de les dire et les voilà déjà oubliées. Ce sera pareil pour eux. Cette fille. Ce type. Quand a-t-on vu quelqu'un que Wilde pouvait chérir suffisamment au point de s'oublier lui-même ? N'a-t-il pas fréquenté cette femme qui écrivait pour les enfants il n'y a pas moins d'une année ? Ou bien était-ce avant ? N'a-t-on pas entendu dire qu'il couchait avec sa productrice pour mieux se vendre, pour mieux remonter la pente périlleuse sur laquelle l'Amérique l'avait entraîné ? Alors une danseuse, même une chorégraphe renommée, ça ne peut qu'être un feu de paille, l'entremise d'une collaboration avec les bénéfices de la chair. Le bruit, le bruit, la musique et les chuchotements. Dans la tête et dans le ventre. Tout autour et partout. Sur son beau visage et sous mes doigts. Chaque relation égratignée par des mots, les leurs mais aussi les miens. Qu'ai-je sous-entendu la semaine dernière pour faire croire à des tractations indociles dans les coulisses, pour mieux élever l'image qu'ils se plairont à dévorer sur la scène désavouée ? Pour mieux dérober ce que nous continuons de cacher, ce qui ondule dans nos prunelles et qui mord la pulpe des doigts à chaque geste ? Pour qu'ils ne puissent pas s'emparer de la vérité et me l'arracher. Je suis l'artisan de ces portraits difformes que l'on vomit pour mieux me détester. Je préfère encore leur haine que leur indifférence. C'est ce que mon père n'a jamais compris. Ce besoin d'exposer ce que l'on devrait taire. Ce besoin d'avouer ce que l'on devrait ravaler. La vérité en pâture. Ils pourraient la lire, ils pourraient la deviner. Dans la passion qui s'élance lorsque je la rejoins, dans la tendresse qui s'apprivoise quand nos regards s'échangent alors que ma sœur nous fait subir ces interrogatoires dont elle a le secret. Ella cherche le bonheur penché au bord de la fracture, les signes d'un espoir au milieu de cette nuit qui n'en finit jamais. Ella me connaît, elle sait cette destruction que je ne peux que pourchasser pour savoir la contraindre et la modeler. En faire cette matière terrifiante et pourtant éblouissante sur la scène dès lors que je la malmène au rythme de ma musique. Elle cherche alors les signes de cet absolu qui sait se partager quand deux amants se trouvent et se savent. Cette même hérésie qui vibrait sur mon front quand elle avait huit ans et que j'allais devenir celui qu'elle observe aujourd'hui comme une bête curieuse mais qu'elle ne peut s'empêcher d'adorer. Les barrières vacillent mais se font bientôt barricades à la simple évocation de ce père que nous ne voyons pas de la même façon. La figure paternelle rend mes traits plus acérés et c'est bientôt lui qu'elle distingue en me regardant, je le sais, je le sens parfois, cette proximité injurieuse, cette intransigeance qu'il m'a léguée comme le plus lourd des fardeaux, une force qui parfois s'étiole entre mes doigts serrés pour distinguer la plus parjure des faiblesses. Celle que papa ne possède pas. Celle que Wyatt a appris à haïr dans mes yeux et à taire dans le secret qui nous lie malgré nous. Le chemin tortueux de l'enfance qui ne peut que se peindre quand le passé ressurgit sur les traits de ma sœur, Eleah l'emprunte avec moi, présence d'abord timide mais plus tard affirmée à chaque fois que je manque de trébucher. C'est un accord tacite qui se déploie sans avoir eu besoin d'en orchestrer les plus intimes harmonies. Sa taille sous mes doigts, sa présence qui se presse davantage, comme pour m'épauler tout au long du parcours. Ici et maintenant. Et puis demain. Demain. C'est ce que nous nous sommes dit. Demain lorsque l'intransigeance sera partout, entre les mains et sous ses pas. Ces mots qui ne se disent pas, elle les comprend, elle les entend, dans l'hommage de nos silences. L'évidence trouble de notre partenariat ne peut souffrir qu'on le caractérise, et je ne parviens ni à l'évoquer aux côtés de Gregory ni quand Ella m'interroge. J'ai la jalousie des fauves, n'abandonne que des mots timides qui les détournent de moi. Ou des paroles crues pour mieux les abandonner dans l'incertitude. Car si je sais parfaitement où je vais aux côtés d'Eleah je pense que Greg lui ne comprend pas. Il ne fait que voir ces détails, ces airs qu'elle a, particulièrement ce soir peut-être à cause du déguisement, qui le renvoient à un autre passé, celui qu'il a fallu renier, qu'il a fallu abhorrer jusqu'à prétendre qu'il n'a jamais existé. Wells tourne parfois son regard gris dans notre direction, sans doute pour observer ma sœur et établir un contact visuel avec elle dès lors qu'elle sera libre, la chopant au vol pour une danse endiablée, ou peut-être pour voir sur le profil d'Eleah les contours d'un fantôme qu'il m'imagine étreindre à la nuit tombée. Peut-être que les évidences auraient dû être évoquées, justement, pour que nous ne nous interrogions pas ainsi, dans l'éloignement de la foule. Deux amis qui ne parlent plus, deux amis qui taisent tous les ressentis, de peur que l'orage qui tournoie dans les iris ne finisse par gronder son ire sur toute la tournée. À un moment je lui souris, il répond à mon salut avant de se remettre à danser avec l'autre fille. Celle que j'ai ramenée depuis la mezzanine. Brianna. Elle essaye d'établir un contact également, mais pas avec lui, avec moi. Je crois, je ne suis sûr de rien, je ne m'y intéresse tout simplement pas. La musique repart, un morceau de hard-rock qui suit le rythme très décalé d'un charleston. Phil a encore déniché ça dans les limbes que lui seul connaît. Je sais que le Viper sera entre de bonnes mains, quand je partirai. Quand je partirai. Je pose des yeux attentifs sur la jolie danseuse, qui conseille la gamine sur ce garçon qu'elle aimerait fréquenter, mais maintenant je n'écoute plus, je n'écoute pas. La figure paternelle envahit tout, les pores de la peau et les images du vague à l'âme. J'ai appris depuis peu que Moira l'avait invité lors de la soirée au RAH, et je ne sais ni quoi en penser, ni quoi en dire. Je suis sombre, et c'est avec un automatisme confondant que j'ajoute sur un ton de velours :
_ Ça ne te plairait pas, c'est mort tout ça. Mort.
Le choix de mots est terrible, il me confond moi-même, je bats des paupières un instant, sortant de mes songes trop anciens. C'est mort. Mort. Mort. Tous ces sentiments pour une autre... Les plus anciens, les pires, les plus récents aussi. J'ai presque honte car les chanteurs composent toujours pour des femmes qu'ils finissent par tromper. Peut-être qu'Eleah devrait prier pour n'avoir jamais de chanson d'amour dont elle soit l'objet. Ce que j'ai commencé à écrire pour elle, je crois, oui pour elle, j'en suis certain, ce n'est pas de l'amour. Ce n'est pas tout à fait cela. C'est peut-être pire. Je suis gêné, mais je rectifie, en me penchant à son oreille, juste pour qu'elle soit la seule à entendre :
_ Si tu y tiens cependant, il faudra monter les enchères, le tutu rose ne suffira pas. J'exige aussi les prestations les plus anciennes, quand tu ne savais pas feindre aussi bien qu'aujourd'hui.
L’oeillade est venimeuse. Quand tu étais encore dans cette enfance fragilisée par tout ce que tu ne veux pas dire, ni avouer. Dans tout ce que je perçois mais que je ne sais pas encore. Il me faut quelque chose d'équivalent aux sentiments que je devrais lui céder en retour, les plus naïfs et les plus maladroits. Les plus absolus qui soient.

Je vois à peine ma soeur partir, mon esprit en points de suspension, sur les échos qui emplissent ma tête. J'ai envie de quitter les lieux, de déserter la fête, de la renier en partie pour l'en arracher à mes côtés, l'élire dans un après qui peint un très fragile sourire :
_ Je te laisse tes secrets pour l'heure. Après tout, c'est l'aube d'une nouvelle année, c'est le temps des résolutions.
Je ne les caractérise pas, ni bonnes, ni mauvaises. Aussi absolues que ces sentiments qu'elle évoquait dans mes chansons. Je ne lui réponds pas parce que l'évidence me frappe, me fait serrer ses doigts dans la paume de ma main, l'emmener, la plonger dans cette foule qui trop compacte ne nous reconnaît plus ou bien se plaît à nous ignorer. Paul, qui demeure toujours en faction devant la porte de service, s'efface sans un mot lorsqu'il comprend que mon cheminement m'entraîne dans le couloir en béton armé, le son retombe soudain, sur le bruit de la porte qui semble se sceller. On croirait un tombeau, parce qu'il fait noir, que seule la lampe qui indique l'issue de secours nous gracie de ses lueurs rouges. Ses lèvres paraissent presque noires, et je n'attends qu'un seul pas pour saisir ses épaules, faire remonter mes mains autour de son cou, l'embrasser de nouveau dans l'intimité de ces ténèbres familières. J'appuie mon coude pour appeler l'ascenseur, ça n'est pas très long, c'est juste le temps d'apposer mon front contre le sien, puis reprendre sa main pour l'emmener dans la cage chromée, où le miroir est légèrement teinté par la tonalité tamisée de l'éclairage. Il y a eu peu de gens, ici, avec moi, peu de gens, peu de femmes, presque personne en réalité. J'ai toujours ce sourire sur le visage, et aucun mot pour l'accompagner, parce que je laisse la musique refluer, et avec elle tous ces autres souvenirs, qui continuent de me hanter. Je penche la tête sur le côté, comme pour l'inscrire dans le décor, me souvenir d'une impression, du parfum de sa peau, du reflet des perles de sa robe dans le miroir, et ses yeux dans les miens. Mon sourire est plus appuyé. Oui. C'est une image que j'emporterai avec moi. Je finis par hausser un sourcil avant de dire, presque trop bas :
_ Mon antre... Tu as imaginé quoi ? Des tons noirs, et une lumière exsangue ? Des chaînes peut-être ? Les chaînes c'est galvaudé cependant, à part chez certains milliardaires qui ne savent plus quoi inventer.
L'ascenseur rouvre ses portes, nous sommes au trentième étage, le couloir est de nouveau désert mais c'est parce qu'il n'y a que moi ici, une seule porte au bout du couloir, dès lors qu'on a tourné à l'angle, une seule porte sécurisée sur un mur blanc. Je déverrouille, mes épaules jouent sous le tissu de ma veste, je conçois une sensation pleine d'appréhension. Je n'ai pas peur qu'elle n'aime pas, plutôt de ce que cela voudrait dire, de l'emmener ce soir, plutôt qu'un autre. Avant de partir. Je tais mes questionnements, entre dans le penthouse puis la laisser me suivre en lui tenant la porte. Les persiennes sont relevées, une attention de Maria sans doute, pour que je me sente bienvenu dès lors qu'il me faudra rentrer ici. Elle a laissé un mot sur le frigo, que je lis au détour d'un coup d'oeil. "Je n'ai pas fait les courses, Querido, de toute façon tu ne manges pas." Je secoue la tête puis m'appuie sur le bar, avec cette fausse nonchalance, dessine un geste comme pour l'inviter à prendre ses aises. Londres exhibe sa vie nocturne, à perte de vue, et le ciel noir, si noir parce que les étoiles ne s'y devinent pas, semble enclaver l'appartement. Le rack contenant les guitares n'a jamais été aussi vide, elles sont toutes dans le camion dédié à nos instruments, mais quelques-unes demeurent, les plus anciennes, celles que je n'utilise presque plus. Et en dessous, le mur porte toujours cette balafre, qui court et lézarde la peinture. Quand ça allait vraiment mal. Cela remonte un peu maintenant, la violence s'est assouvie ensuite sur la chair de la productrice, parce que le revêtement, sans doute que ça n'était pas assez. Pas assez. J'ai refusé de faire restaurer le mur, je veux me souvenir, je veux voir les stigmates de ce qui s'est passé. Je ne me laisserai pas le loisir d'ignorer qui j'ai été cette nuit-là. Qui je suis. J'ai croisé les bras malgré moi, en défense, mais mes yeux ne la quittent pas, le sofa, le piano, du noir, du blanc, un intérieur binaire comme ma veste. Seuls les quelques tableaux d'art semi-abstrait égayent un peu les murs, à l'opposé du rack des guitares. Ce sont les oiseaux de Park Lane. En noir et en blanc. Comme elle aimait les photographier. La porte coulissante vers la chambre est restée grande ouverte. Le guéridon, juste à côté, sous les tableaux, organise mes obsessions, il s'y aligne mon dernier paquet de clopes, les clefs de la moto, la facture du machin que j'ai oublié de payer, un stylo, tout cela dans un ensemble très rectiligne, tandis que les alentours du piano, que Maria a ordre de ne pas chercher à améliorer sont dans un foutoir artistique très tranché. Il y a des partitions, des notes, des lignes qui représentent des harmonies, ces dessins géométriques que je fais quand je réfléchis. Je la regarde toujours.
_ Je t'ai souvent souhaitée ici.
Ma voix flotte jusqu'à elle dans cet espace immense. Si vide au fond. Si vide. Je l'ai souhaitée quand elle ne me parlait plus, juste avant nos retrouvailles en France. Au retour également. Puis depuis dans ces heures pleines d'une solitude infligée. Ce silence qu'elle n'habitait pas, qu'elle aurait dû parcourir de ses humeurs solaires. Avec cette liberté qui lui est si propre, sa façon de frôler, ma peau ou les objets, sa façon d'offrir aussi, les regards pleins de candeur qu'elle tourne sur notre alliance. Elle n'en distingue ni les troubles, ni les complications potentielles, elle n'a jamais fréquenté personne comme ça, elle s'est toujours invitée dans l'existence en passagère. Une passagère que d'autres ont dû vouloir enfermer. Ou bien enchaîner. Sans comprendre que rien ne saurait la contraindre ou la contenir. Alors l'espace fléchit ses lignes pour s'adapter à elle. Sous mes yeux sa silhouette fleurit les détours qu'elle ébauche. Folie conjointe qui s'exprime si différemment. Je me souviens des imaginaires déployés dans mes silences appliqués. J'ai parfois tourné la tête pour la chercher assoupie, comme dans cette chambre d'hôtel. Mais elle n'était pas là. Car je ne l'avais pas invitée. Je ne l'ai jusqu'alors jamais invitée ici. Pourquoi... Pourquoi ? Ni la coke qu'on distingue encore sur le glacis du piano, ni les cauchemars ne l'auraient effrayée. Je ne pense pas. Pourquoi ai-je souhaité t'épargner quand tu t'abandonnes dans mes bras dès que tu y échoues ? Que tu prolonges certains de mes regards sur cet avenir que tu es parfois seule à distinguer ? Pourquoi ?
_ Je ne vais pas dire au revoir. Pas demain. Je ne sais pas faire ça. Je ne sais pas donner de dates, ou dire quand je reviendrai. Je déteste l'organisation qu'il faut subir, et cet emprisonnement sur une route interminable. Et en même temps j'ai l'envie de partir. J'ai tant besoin de partir. Je ne voulais que ça avant que l'on ne se trouve. Partir, et en finir avec cet album.
En finir avec cet album. En finir tout court. Je ne devrais pas le lui dire. Je ne devrais pas le lui cacher. Les mots se sont échappés. Partir. Je répète :
_ Je ne vais pas dire au revoir.
Parce que tu le sais déjà. Tu sais déjà que je ne suis pas certain de revenir. Qu'une part de moi ne le souhaite pas. Que brûle pourtant le besoin de reparaître pour t'envahir encore. T'abandonner de nouveau. Être à toi pour être enfin. Ou bien disparaître au creux de tes souvenirs.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Lun 22 Avr - 13:56 par Eleah O'Dalaigh
SI TU DEVAIS UN SOIR,
EST-CE QUE TU M'EMMENERAIS ?
james & eleah

« Laisse-moi être comme toi, laisse-moi plusieurs fois laisse-moi être tes yeux, laisse-moi faire l'amoureux. Mais si un jour tu devais t'en aller, est-ce que tu pourrais bien m'emporter ? Mais si un jour tu pouvais tout quitter, est-ce que tu pourrais garder notre secret ? Laisse-moi être ta croix, laisse-moi essayer. Laisse-moi être juste toi,laisse-moi être comme toi. Je te laisserai trouver la voie, et puis je penserai comme toi. Comme une fille qui voudra prendre son temps, comme si c'était la dernière fois »
Timbre de velours, langueur d’une voix qui s’achève, qui condamne. Le mot qu’il emploie sonne le glas dans sa tête, sous ses doigts. Elle frissonne un peu, sous la soie nacrée de sa robe. Constellée de perles qui tremblent. Pas longtemps, juste assez. La mort invoquée comme un présage, comme une ombre supplémentaire à braver, immanquablement reliée. Eleah ne sait pas encore apprivoiser totalement les secrets des rouages de sa mélancolie, de ce qui le fait se perdre derrière un voile opaque, rendu sourd, invisible, intouchable par tous ceux qui l’entourent et aspirent à le trouver. L’évocation du père a sans doute eu un rôle à jouer dans sa morosité de passage. Le fameux père. Celui dont on ne parle pas ouvertement, que l’on se contente de murmurer du bout des lèvres parce que le dire trop fort reviendrait à lui accorder une place que l’on ne souhaite guère lui concéder. Elle ne dit rien. Elle se tait, comme souvent, face à ces interrogations qui tiennent d’un intime trop puissant. Cet intime qu’en figure égoïste, orgueilleuse et indépendante, elle n’a jamais frôlé avec quiconque. Elle ne s’est jamais mise en danger en s’arrogeant le droit de demander ouvertement, quitte à devoir répondre à son tour. Elle ne s’est jamais impliquée à ce point, naturellement détachée de ceux qui tentaient de se greffer à son existence frivole quand elle rêvait de savoir s’en affranchir. Beaucoup se sont fourvoyés, croyant au début distinguer le séduisant attrait de la liberté. Une femme qui n’impose rien, qui ne contraint pas. Une femme dont les attentes se limitent à ce qu’on souhaite lui accorder, et rien de plus. Une femme toujours, qui offre, qui prend, mais qui en réalité ne cède pas grand-chose de ce qui la constitue. Elle est partie bien avant que le dilemme ne se pose, les fois précédentes. Donner quelque chose de plus profond pour savoir se saisir de l’essence de son semblable. Être avec quelqu’un … Être. Elle ne se souvient pas l’avoir déjà vécu. Jamais avant lui. C’est une expérience unique, qu’elle entrevoit avec une candeur gangrénée par toutes les peurs qu’elle a su affronter depuis l’enfance. Un spectre se dessine, au-devant de l’image qu’il lui renvoie. Elle ne peut plus se taire, c’est impossible.
« Non, ça n’est pas mort. Que tu le veuilles ou non, ce sont des fragments de toi. Des pièces morcelées qui un jour ont contribué à te façonner tel que tu es, là, maintenant. D’autres s’ajouteront … Et elles ne disparaîtront que lorsque que tu mourras avec elles ... Les renier ne sert à rien … Ce serait comme renier des parties de toi-même. »
Elle le toise, de ce regard ambigu où s’allient l’affront et la tendresse, cet affect silencieux incongru, au creux des prunelles qui se savent. Défier toutes ses noirceurs ne l’effraie pas. Ce constat la trouble, la cueille au moment le plus inopportun sans doute, parce qu’elle n’aurait peut-être pas dû le contredire, remuer le couteau dans les plaies encore suppurantes de ces amours inconnues qui nourrirent, un jour, tous ses imaginaires. Elle ajoute du bout des lèvres, telle une évidence :
« Je te préfère entier plutôt que morcelé. »
Elle ne lui a jamais demandé de composer quoique ce soit pour elle. Elle ne s’est jamais attendue non plus à ce qu’il ait envie de le faire. Quelque part, dans tous les serments qu’ils ont su tracer au gré de leurs étreintes, elle a toujours su qu’ils n’évoluaient pas au même rythme. La candeur est morte chez lui, déjà apprivoisée, déjà éreintée au gré d’autres amours. Des amours mortes, ou souffreteuses. Des amours dont elle a porté les séquelles lorsqu’ils se connaissaient encore très peu, et qu’elle croyait distinguer quelqu’un d’autre, à sa place, lorsqu’il l’observait avec un peu trop d’insistance. Ces impressions se sont peu à peu essoufflées, surtout depuis leur retour de France. Quelque chose s’est tracé là-bas, qui ne leur permet plus de revenir en arrière. Elle a compris que la candeur chez lui s’était consumée bien avant qu’il ne la rencontre. Il sait ce que cela signifie, il sait tout ce que cela impose. D’aimer, d’aimer quelqu’un, dans toute sa différence, dans tout ce qu’elle a de semblable et en même temps de dissonant. Toutes les souffrances que cela implique. Les blessures, les injures, les parjures. Tout. Le plus beau, le plus laid surtout. Il sait déjà tout cela, quand elle n’en saisit que le prologue. Il doit réapprendre la candeur, sur les cendres de ce qui la détruisit. Elle peut être là, elle sera là oui. Mais il est un parcours qu’elle ne pourra jamais faire à sa place. Un parcours qu’il devra entreprendre seul, et sur lequel elle n’aura qu’une prise factice. La douleur est si pure lorsqu’elle y songe. Celle qui naît au creux de son ventre. Cette détresse silencieuse, à l’idée de demeurer en arrière, impuissante, et d’attendre, puisqu’elle ne peut guère faire autrement. Il n’y a pas d’autre issue. C’est la seule qui ait du sens. La seule, même si elle lui apparaît très déplaisante, elle qui a toujours eu horreur d’attendre quiconque, d’être enferrée à un temps de suspense où elle ne peut rien contrôler, rien provoquer, rien parachever, rien construire.

Le secret d’un sillage sur sa paume. Des lignes métalliques qui structurent l’espace restreint de la cage d’ascenseur. Elle le suit, parachève le commencement de ses pas, module son allure pour qu’elle soit dans la continuité de la sienne. Son cœur bat plus fort toutefois dans sa poitrine. Une mesure de triomphe, de trépas. Entre les deux elle balance, fait face à cette appréhension d’aller plus loin et la certitude qu’elle ne saurait de toute façon pas faire demi-tour. C’est elle qui a demandé après tout. La tension qui montait en son corps retombe au gré de son souffle sur ses lèvres, entrouvertes, à peine closes. Elle ne distingue pas les marques de la contrainte dans ses expressions. L’idée qu’il puisse avoir consenti à sa demande juste pour lui faire plaisir s’évade, s’égare. Elle n’existe plus. Sa tonalité demeure sur un fil très énigmatique, parce qu’elle a bien des idées, des images en tête. Souvent elle a imaginé les contours qui sauraient le retenir. Un espace bien défini, ouvert sur toutes choses. Elle ne l’a jamais envisagé dans des pièces cloisonnées, plutôt dans des lignes sans fins, sans contraintes, proches du vide.
« Pas des chaînes non … J’attends de voir. »
Lorsque les portes s’ouvrent, que ses pas bravent les barrières du seuil, elle ne se sent pas entièrement étrangère dans cet espace qu’elle apprivoise pourtant pour la première fois. Ça n’est pas tout à fait ce qu’elle a pu imaginer, mais cela y ressemble. Cela lui ressemble. L’espace est vaste, les lignes épurées et continues. Les baies vitrées donnent l’impression d’une ouverture immense sur le dehors, et sur le vide surtout … Le vide et le ciel, qui nimbe de ses lueurs la pièce plongée dans la pénombre. Dans un naturel confondant, elle se détache de sa silhouette. Ses talons hauts échouent quelque part, à proximité de l’entrée. De la plante à la pointe, ses pieds nus se déploient sur le sol frais. Elle poursuit les contours, effleure l’espace. Une danse gracile, sur laquelle pourraient se greffer toutes les mélodies, et en même temps aucune d’entre elle. Du bout des doigts, du revers des phalanges, elle gracie les bords acérés de l’un des rares meubles, s’attarde ensuite sur le glacis du piano, en veillant à ne pas désorganiser les compositions éparses qui se prélassent, qui attendent sans doute … Qui attendent. Elles aussi. Un sourire évanescent lui répond, alors qu’elle poursuit ses découvertes, que les détails se multiplient dans sa tête. Elle se demande qui a pris les photos, de qui sont les œuvres d’art, ce qui a pu un jour susciter son intérêt pour ces choses-là.
« Je suis là maintenant. »
Un murmure qui se perd dans le silence, dans l’espace sans fin de la pièce principale. La voix parcoure timidement les quelques mètres qui les sépare, et elle songe. Elle songe et ne maquille rien du trouble qui l’éprend, qui l’éloigne de lui tout en la rapprochant davantage. Une délicate ambivalence qui les caractérise depuis longtemps, sur le fil, en équilibre. Elle s’attend à ce qu’il parle, qu’il évoque l’indicible. Elle le perçoit comme une évidence, alors même que les premiers mots la percutent et achèvent de la trouver dans le noir. Elle demeure mutique, statique. L’élégance d’une posture qui patiente en attendant que sonne l’heure. Ses mains se joignent ensemble devant sa silhouette. Elle le regarde longuement sans rien dire, quelques mètres plus loin, et prolonge l’instant comme si elle attendait de le voir se distendre, disparaître dans la pénombre, poussière d’un amour qu’il voudra voir mourir lui aussi … Mourir avec lenteur. Elle fait quelques pas de côté, ne dit toujours rien, jusqu’à observer son reflet en miroir dans la baie vitrée. Ses mains s’avancent à plat, ne touchent pas toutefois. Elles se contentent d’effleurer quand ses yeux plongent dans le vide qui s’ouvre, au-dehors. Imprenable vue qui lui fait oublier celle du futur pour la ramener à un passé enfoui, souvent tu.
« Quand j’étais petite fille, j’aimais observer ma mère lorsqu’elle ne me voyait pas. Je la trouvais magnifique … Si belle, et en même temps si triste. Cela me fascinait, ces airs qu’elle pouvait avoir … Comme figés dans un temps sans fin. Elle passait ses journées à attendre … Attendre qu’il fasse meilleur, attendre que les jours soient plus cléments … Attendre que mon père rentre, parce que chaque fois qu’il partait, elle ne savait pas s’il reviendrait. C’était à la fois son plus grand désir, et sa plus grande crainte. Elle l’aimait trop pour concevoir qu’il ne rentre plus, elle le haïssait assez pour craindre tous les moments où il franchissait le seuil. Elle était prisonnière, dans cet entre-deux terrible. Elle ne savait pas quoi faire, si ce n’est attendre le bon moment. Attendre … Elle n’a fait que cela jusqu’à ce qu’il la délivre, en lui fracassant le crâne contre l’émail de la baignoire. Il ne pouvait plus supporter de la regarder … de la trouver au même endroit, chaque fois qu’il revenait par contrainte. Il était trop lâche pour s’affranchir d’elle, et elle de lui. Il avait trop honte aussi … Bien trop honte, de ce qu’il pouvait être. Je la revois encore, étendue sur le sol de la salle de bain. On était si jeunes avec Arthur … Cinq ans, pas plus. On est restés à côté d’elle pendant des heures … des jours peut-être, je ne sais plus. On lui a tenu la main, jusqu’à ce qu’elle devienne raide et glacée sous les doigts. Jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent de notre absence au-dehors sans doute … Je ne l’ai jamais trouvée si belle que ce jour-là. Elle ne pleurait plus. Les cris, les larmes … Il n’y avait plus rien, rien si ce n’est le silence et le masque morbide d’une sérénité troublante. Pour la première fois elle était libre. C’est peut-être le plus beau cadeau qu’il ne lui ait jamais fait … La libérer de lui. La tuer, elle et son amour qui se contentait de subir, et d’attendre de le voir changer quand c'était impossible. »
Ses doigts se replient sur eux-mêmes. Elle s’étonne de la facilité avec laquelle les mots se délient dans sa tête. L’assurance d’un moment qui s’étiole tandis que la confidence s’installe. Le plus profond, le plus terrible. Un morceau fragmenté de ce qu’elle est, et qu’elle n’a jamais confié à personne avant lui sans y être contrainte. Ça n’est pas aussi rude que ce qu’elle avait imaginé … de le dire. De le dire parce qu’elle fait le choix de le faire, et non parce qu’elle s’y sent obligée. Elle se retourne pour lui faire face, avec une sérénité nimbée de douceur, qui s’ancre jusqu’à la pointe de ses pieds. Elle s’avance un peu, d’un pas, puis de deux.
« Je ne veux pas que tu le dises. Et tu le sais … Là où tu iras, je ne pourrais pas te suivre. Mais je ne veux pas que cette pensée soit douloureuse.  Si je t’accompagnais, je finirais par disparaître dans ton ombre … On finirait par ne plus se reconnaître. Cela nous détruirait, tous les deux, et tout ce qu’on aura su construire. Tu dois partir parce qu’il est nécessaire que tu le fasses, que tu t’affranchisses de ce qui te retient encore … Et je sais … Oui je sais que tu ne reviendras peut-être pas … Je l’ai toujours su je crois. Je ne peux pas te retenir.  Je ne veux pas le faire non plus, parce qu’il ne peut en être autrement. Il faut seulement que tu saches que … Je ne t’attendrais pas. Je ne pourrais pas être cette personne qui met son existence entre parenthèses dans l’espoir de te voir reparaître. Je serai là pour toi lorsque tu auras besoin de ma présence, et tu me trouveras si tu décides de me revenir … Mais dans l’entre-deux, je ne veux pas être celle que tu finiras par haïr parce qu’elle aura sacrifié sa liberté pour ton amour. »
(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?  - Page 2 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Mar 23 Avr - 20:56 par James M. Wilde


« Si tu devais un soir
Est-ce que tu m'emmènerais ?
Mais t'envoler sans moi
Est-ce que tu m'emmèneras ?
Mais si un jour
On pouvait s'en aller
On pourrait bien enfin s'emmener
Mais si un jour on pouvait
Se quitter
On pourrait bien enfin
Se retrouver »

Eleah
& James



Le frisson se parcourt, du bout des lèvres, du bout des doigts, dans ce sourire qui crève dans la pénombre. Après les lueurs tamisées de l’ascenseur, il ne reste que les ombres portées d’une existence en suspension. La mienne sans doute, la sienne aussi, tandis que de ses pas elle envahit l’espace, le caresse, le modèle à son corps. Sa présence semble répondre aux cris étouffés par les murs, une entité que l’on aurait tant convoquée dans le noir, qu’elle finit par s’égarer au crépuscule. Mon souffle se suspend, il y a une certaine grâce à regarder celle que l’on s’est surpris à adorer tandis qu’elle appréhende votre présence. Là-bas, le verre sur le piano, que Maria a laissé trôner dans toute l’arrogance des mes égarements. Il est vide, les partitions sont pleines, la musique semble encore palpable tout autour de l’instrument mutique. Je penche la tête, elle dessine un pas. Et je ne souris pas, non. Je ne souris pas. Mes yeux la suivent, la traquent dans les silences qui s’opposent. Nos silences. Ceux que nous avons appris à connaître, à façonner pour le plaisir de l’autre. J’ai passé des heures chez elle, posté sur sa mezzanine, à l’observer en contrebas, loin de moi, pourtant toujours gravée à l’intérieur, le souffle au bord de ses lèvres pleines, le même battement de coeur sous les côtes. Et parfois, parfois, elle relevait les yeux pour me trouver-là, dans mes observations appuyées et trompeuses. Je ne souriais pas non plus, alors que les jours s’enfuyaient. J’ai fini par quitter la mezzanine et je ne suis plus reparu, c’était un matin. Je l’ai regardée s’épanouir, se pencher au-dessus de l’une de ses plantes qu’elle avait ramenée de la serre, je l’ai enfermée en moi, comme tout à l’heure dans l’ascenseur, et puis je suis parti. Je suis parti sans dire un mot ce jour-là. Parce que je l’aime ainsi. Libre. Libre. Toujours plus libre, sous la patience de mon voyeurisme sentencieux, dans mes songes remplis d’elle, dans ces silences tissés à ses mouvements. Comme ce soir, comme cette nuit. Les secondes se destinent à d’autres observations, son corps, ses mots qui résonnent encore dans ma tête. Tous les fragments qu’elle a clamés, tous ceux qu’elle croise dès lors qu’elle dépose une oeillade sur un meuble ou sur un papier. Tout ce qui est mort, tout ce qui survit encore. Le portrait morcelé d’une existence où elle est entrée malgré elle, malgré moi. Même si je l’ai souhaitée. J’ai attendu si longtemps quelqu’un comme toi, je te l’ai dit là-bas, et rien, ni l’amertume, ni ce passé qui reparaît dans un trouble grandissant, non rien ne pourrait ôter cette certitude-là. Celle qui me fit monstrueux pour elle. Celle qui la destina brisée pour moi. Sauf qu’aussi brisée qu’elle soit, Eleah ne renonce pas, elle ne renie ni ce qu’elle est, ni ce qu’elle deviendra. Elle accueille notre relation avec la patience de ceux qui goûtent à l’effroi d’un sentiment trop grand pour être contenu, alors elle le détaille entre ses doigts, elle en conçoit des vérités qui ne sont plus qu’à elle. Ces vérités secrètes qui dansent dans ses yeux, quand l’affront se mêle à cette reconnaissance qui me tance toujours. Qui m’effraie plus que tout, quand je la sais parfaitement consciente de ce que je continue de traquer, dans les ombres où ses pensées se perdent. Redevenir entier, qui j’ai été un jour, pas avant de commettre l’irréparable mais bien au moment même où j’ai compris en être capable. Redevenir cet homme-là, la tragédie au coeur et les harmonies sous les doigts, trouver enfin ce qui me terrifie en l’assumant pleinement. En l’avouant une toute dernière fois. Personne ne sait, non personne. Personne n’a su m’infliger cette confession-là. Le ressenti qui me ravage depuis des années, depuis qu’elle est morte, sans doute même avant. Cette sensation que je hais, que je recherche pourtant, que je traque, à ses côtés depuis qu’elle est venue bousiller tous mes plans. Comment songer à périr quand elle est celle qui détient ce qui s’approche le plus de la vérité, de cette vérité que je ne sais plus dire, que je ne parviens pas à avouer. Elle pourrait être la seule à l’apprendre, la seule à le voir. Elle pourrait être la seule qui sache. Je sais qu’hormis Eleah, personne ne serait en mesure de comprendre ce que j’ai su frôler ce jour-là. Je le sais, je l’ai su quand elle me contait l’inacceptable dans cette chambre d’hôtel. J’ai attendu si longtemps, mon amour, si longtemps quelqu’un comme toi. Alors oui, je sais, je sais que tu es la seule à pouvoir me voir sans détourner la tête, de dégoût ou de peur. Tu me distingues déjà… Au creux de ma main, j’ai l’impression de tenir ses doigts, comme dans l’ascenseur, elle est loin, elle est à côté, elle est partout à la fois. Je l’ai voulue ici, depuis que nous sommes rentrés de France, je l’ai voulue jusque dans les plus intimes replis de mon existence arrêtée. Mon existence bâillonnée. Il y a une sorte de trouble dans mon ventre, tandis qu’elle s’égare dans les recoins de cet appartement trop grand, qu’elle ponctue nos silences de cette danse qui déconstruit l’espace, le rend presque brûlant. Je demeure posté contre le haut bar américain, cette position toujours stratégique, à la marge d’un monde que je regarde tourner. Au-dedans avec elle, en dehors penché sur sa silhouette pleine de fragilité. Elle s’inscrit sur la toile, un corps estampé par la nuit, son corps à elle sur la pointe des pieds. Je frissonne quand elle frôle une surface, je la rejoins en pensée dès lors qu’elle cajole mon univers, je l’imagine être le sien. Elle n’y dénote pas, elle n’y dénotera sans doute jamais. Ce futur qui s’impose, qui creuse dans mon estomac un parjure par trop dévorant. Comment crever si elle est là ? Dois-je le vouloir si elle s’avère être la seule à pouvoir me comprendre ? Devrais-je lui imposer cette confession-là, celle dont elle n’a jamais voulu, celle qu’elle n’a jamais questionnée ? Celle qu’elle attend peut-être, dans ce silence qui nous est propre ? Oui, tu es là, maintenant. Tu es là, mon amour. Ma gorge se serre, l’émotion d’un instant qui jamais ne se reproduira, une seconde où notre existence enchâssée dispute les éternités farouches qui semblent nous toiser depuis les nues enténébrées au-dehors. Elle me revient, et les mots basculent le temps, l’espace se dissout, j’ai l’impression d’avoir porté une blessure qui pourtant saigne depuis trop longtemps. Conjoncture d’une sensation duelle, si proche, si proche. La mort est partout soudain, et le penthouse prend l’aspect d’un caveau. Mais je dois lui dire, je dois lui faire comprendre, tout ce qui m’interdit de la rejoindre tout à fait, de la trouver comme je le devrais. Tout ce qui me retiens de lui parler. Parce que la confession qui demeure enfermée dans mes chairs, je ne peux que la lui abandonner au seuil d’une décision que je suis bien incapable de prendre. Lui dire qui je suis, c’est choisir de rester. C’est choisir de revenir, c’est croire qu’en lui confiant cette part de moi, je reviendrai des limbes pour lui en dessiner tous les plus délicats outrages. Nous sommes trop loin, nous sommes à la fois bien trop près. J’ai l’impression qu’elle me sait à cet instant-là, qu’elle me comprend sans me juger, sans même me reprocher ces assassins augures qui pourraient destiner l’amour aux cendres avant qu’il n’ait pu vraiment naître. Les regards se perdent bientôt dans le reflet d’une immensité presque opaque. Son visage à l’orée de mon propre miroir, comme si je n’étais plus qu’une entité mourante, qui survit dans sa tête. Réalité exsangue. Le temps se pare des lueurs du dehors, lueurs brutales qui percent nos silences pour tous les faire crever. Le silence se mordore, à chaque mot, à chaque inflexion de sa voix. Et mon reflet… mon reflet la supplie de s’arrêter, la supplie de poursuivre, il y a dans la poésie qui étreint sa voix bien plus d’elle que je n’ai jamais su détenir. Bien plus de ces images qui viendront nous hanter ou nous poursuivre. Mes yeux se fixent à elle, se dilatent sous l’effet d’une adoration presque injurieuse, presque monstrueuse. Le regard que je lui tends est comme ce soir-là, fasciné par l’horreur, terrorisé par la peine. Et les mots déjouent tous les affects, toutes les retenues également, mon dos se détache avec lenteur du meuble qui me cisaille les vertèbres, je me redresse. Des allures prédatoriales pour approcher l’ineffable, et puis le dévorer. Je me tiens arrêté, à l’orée de ce passé qu’elle chante, des mots ténus, des mots sans sentence, sans ces détours maladroits dont on atténue bien souvent la cruauté la plus nue. Car il n’y a rien de plus cruelles que les amours mortes de deux êtres qui se sont irrémédiablement manqués, parachevant en un seul geste la tragédie à laquelle ils se vouaient. Ma nuque dessine une sensation animale, indicible tourment que je subis à l’imaginer petite fille dans les bras de son frère, à la dessiner dans l’hérésie d’une mort que l’on détaille sans la connaître vraiment, que l’on regarde sans savoir qu’elle nous hantera toujours, pas à pas, dans le défilé de nos angoisses et de nos mensonges. Je ne dis rien, je ne fais que me laisser pénétrer par les gestes, les images, qui m’assaillent tout entier. Je me glisse dans sa peau avec plus d’avidité maladive que je ne me suis jamais invité dans ses chairs, je l’observe également, avec les yeux de ce père qui devient entité mythologique le temps que la fable se déroule. Cinq ans. Cinq ans, des yeux d’enfants qui regardent la mort emporter les rires, les mimiques et les contines d’une mère dorénavant absente, vision angélique fracassée sur le carrelage. Partie, et à jamais libre de celui qui l’avait toujours entravée. Est-ce que lui aussi a ressenti la plus infâme des libertés en lui donnant la mort ? Le frisson qui m’accable déjoue un plaisir sourd, hérité d’un passé si palpable que je le croirais dépeint là, entre nous, sur le parquet où les lueurs dansent. Rouges. Rouges. Comme du sang. Je ne parviens pas à bouger, pas encore, je suis trop rempli de cette monstruosité qu’elle vient de psalmodier, trop proche de la mienne, même si pas une seconde je ne baisse ce regard devenu flamboyant. Les mirages d’un autre âge s’y attardent, succombent aux confessions indignes qui suppurent sous le voile de la nuit. Je reconnais à peine ma voix qui la rejoint quand je ne le fais pas. Je reste dans une distance presque idolâtre :
_ C’est dans le silence le plus absolu qui soit, que l’amour meurt vraiment. Et qu’on s’en délivre enfin.
Le masque de la mort souffle l’éternité au front de ceux qui savent le regarder. Je me suis senti une brève seconde projeté dans la vérité immortelle de tous les êtres, relié à la vie, confondu par l’agonie diaphane sur son visage ivoire. Elle avait l’air si sereine alors. Ça n’a duré qu’une seconde. Ça n’a duré qu’une seule seconde. Je parviens à respirer avec peine après cela, mes syllabes déformées par ce qu’elle a déclenché malgré elle, les images se mélangent, s’unissent pour devenir Odyssée infernale. J’ai une peine immense qui retombe sur mes épaules, une émotion si virulente qu’elle me fait dessiner quelques pas, toutefois doux, plein de ce silence que je n’aurais jamais dû évoquer. L’abandonner au tombeau, c’est ce que j’ai toujours su faire de mieux. En lâche... Elle me rejoint ensuite, quelques pas, les mêmes, à rebours. Je l’écoute, je secoue la tête avec une douceur abandonnée par cette frénésie intense repliée dans mes muscles. Je me sens cotonneux, les images, les échos sont partout. Je souffle tout bas :
_ Je ne veux pas… Je ne veux pas que tu m’attendes, mon amour. Je ne veux pas que tu fasses la même chose qu’elle.
Elle. Elles.
_ Je ne veux plus que l’on m’attende, je ne veux pas que ça finisse comme ça.
Dans le silence le plus absolu qui soit. Non je ne veux pas. Je tends la main à l’orée de sa joue, dessine une caresse qui suit le velours d’un murmure :
_ Je ne veux pas. Elle m’a attendu chaque jour, chaque heure, chaque nuit. Quand je passais le seuil, pour découvrir la déception qu’elle subissait devant mon image, je ne savais plus qui j’étais. Ou qui je devais être. Parce que cet amour-là est insupportable, il faut le tuer pour s’en défaire. Jamais… Jamais je ne veux te haïr, jamais. Je ne peux pas, Eleah. Je ne peux plus revivre ça.
Je la regarde, je te regarde, mon amour. Je ne vois ni les traits d’une autre, ni ceux usurpés à celle que j’aimerais que tu sois. Car tu es comme je t’ai toujours imaginée, comme je t’ai voulue ici, dans ce silence dont nous avons hérité, l’un et l’autre. Car tu es celle que j’ai attendue, mon si beau monstre, tu es celle qui sait, car tu as vu, tu as vu le prix de cet amour empoisonné. Tu en as été la victime et j’en ai été le bourreau. C’est pour cela que tu me regardes ainsi, c’est pour cela que tu cherches à lire, à voir sur mes traits. Ce que tu as déjà vu alors. Ce que tu sais, dans tes entrailles, ce qu’il y avait de magnifique et d’hideux, dans une image glacée. Glacée. Le sang partout. Et ce silence, ce silence que l’amour avait déserté. Cet amour qu’il ne faut jamais plus ressusciter, jamais plus invoquer. Cet amour qui m’a poussé à tuer, cet amour qui t’a arraché celle qui aurait dû te choyer. Ma tristesse dispute cette admiration qu’elle provoque, qui dévale mon visage jusqu’à elle, je m’approche encore, mon souffle cherche le sien :
_ Je ne te dirai pas, toutes ces commisérations creuses que l’on déverse sur ceux que l’on croit perdus, broyés. On les affuble de ces attentions détestables pour mieux les rendre à une normalité dont ils sont pourtant à jamais étrangers. Je ne veux pas que tu sois quelqu’un d’autre, je veux les mots que tu as dits ce soir, et les sensations qui demeurent dans ce silence que tu ne pourras jamais oublier. Jamais. Il est dans ta tête. Dans la mienne à présent.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Dim 5 Mai - 17:16 par Eleah O'Dalaigh
SI TU DEVAIS UN SOIR,
EST-CE QUE TU M'EMMENERAIS ?
james & eleah

« Laisse-moi être comme toi, laisse-moi plusieurs fois laisse-moi être tes yeux, laisse-moi faire l'amoureux. Mais si un jour tu devais t'en aller, est-ce que tu pourrais bien m'emporter ? Mais si un jour tu pouvais tout quitter, est-ce que tu pourrais garder notre secret ? Laisse-moi être ta croix, laisse-moi essayer. Laisse-moi être juste toi,laisse-moi être comme toi. Je te laisserai trouver la voie, et puis je penserai comme toi. Comme une fille qui voudra prendre son temps, comme si c'était la dernière fois »
La vitre effleurée du bout des doigts. Le froid dehors, l’hiver qui s’éveille encore, qui souffle des murmures dans le vide. Ce même vide qui s’étend sous les pieds, qui n’a ni début, ni continuité. Pas de fin non plus, auquel se raccrocher. L’évanescence d’un souvenir marque de buée la baie immense. Elle respire à peine pourtant, c’est un souffle si ténu qui laisse filtrer les mots qu’elle n’aurait jamais cru savoir dire. Cet intime inavouable, placé sous le signe du secret. Celui que les enfants partagent, en se serrant l’un contre l’autre. Un serment qui ne peut en égaler un autre, parce qu’il se trace dans le sang, il meurtrit la pudeur sur son passage, laisse une innocence sacrifiée pour tout hommage. Ce n’est pas si douloureux de le dire, lorsqu’elle n’y est pas contrainte. Lorsque le monstre tapi de son enfance n’éprouve pas les chaînes qu’elle a soigneusement forgé autour de lui. La douleur est confuse, diluée dans cet enchevêtrement d’heures, de jours, de semaines, de mois et d’années. Ce souvenir, c’est le point névralgique, la rupture qui façonna l’essence de ce qu’elle est devenue, de ce qu’elle est. Elle devrait peut-être avoir honte de lui, d’elle aussi. Parce qu’après tout, pères et mères ne donnent rarement rien d’eux-mêmes à leurs progénitures. C’est le principe même de la conception : se projeter dans un être qui nous ressemble, mais qui toutefois saura se différencier. De par sa façon d’être, de par sa manière de réagir. Elle ne sera jamais la même épouse éplorée et silencieuse, ni l’impudique boucher tapi dans les cauchemars des enfants. Elle ne se jamais comme elle. Elle ne sera jamais comme lui. Elle leur ressemblera toujours toutefois, dans sa manière d’apprivoiser le monde qui l’entoure. Elle a appris de leurs erreurs, et un peu des siennes aussi. Pas assez pour se rendre compte, assez pour réaliser l’évidence. La seule qui ait du sens, dans cette rencontre qui signe le point d’orgue de sa vie de vagabonde. Elle ne se sent pas si différente après cela. Sans doute a-t-elle toujours été la même : cette petite fille terrifiée par les hurlements de sa mère qu’elle préférait entendre rire, et en même temps soulagée de l’entendre se taire, retomber dans le silence, la seule rédemption que l’on pouvait encore lui offrir. Cela devait cesser. Il ne pouvait en être autrement. C’est l’issue de toutes les montées en puissance : elles retombent parfois, connaissent des instants d’accalmie, des répits de courtes durées, puis elles reprennent leur course sans jamais pouvoir s’arrêter. Jusqu’à l’inéluctable cassure, celle qui ouvre le vide infini derrière elle. Ce vide dans lequel on se perd, enfin. On erre jusqu’à rencontrer quelqu’un d’autre. Quelqu’un avec qui recommencer la boucle. Repartir … Repartir.
Ça n’est pas si douloureux que cela te le dire mon amour, parce que je crois que tu es le seul à pouvoir entendre, à pouvoir comprendre sans déformer ce qu’ils ont su être. C’est ce qui m’a terrifiée toujours. Que des inconnus avides dissèquent le souvenir pour le rendre clinique. Qu’il n’y ait plus que des lignes très froides pour commenter une vie qui ne l’a pas toujours été. Il y avait de la chaleur aussi. Des moments que la haine des autres m’aurait fait oublier. A trop parler, on finit par ne plus savoir où l’on veut en venir. On en perd le fil, la précision des détails. Un vrai téléphone arabe. A force d’entendre une réalité déformée par d’autres, on ne sait plus qui croire, qui écouter. On ne sait plus reconnaître sa propre voix. Ce serait si simple de faire d’elle une victime, de lui un bourreau, quand ils étaient deux dans cette équation étrange. Deux entités imparfaites, qui s’aimaient à leur manière très singulière. Je suis persuadée aujourd’hui qu’il se haïssait plus que nul autre, et que c’est pour cela qu’il la punissait à son tour. Pour l’aimer quand même. Pour l’aimer malgré cette déviance qu’il pensait savoir lui cacher, mais qu’elle ne pouvait décemment ignorer. Elle le connaissait par cœur. Le plus beau, le plus laid. La culpabilité était la même pour elle que pour lui. Elle savait, elle avait toujours su. Je devrais la haïr pour cela. De n’avoir pas su l’éloigner de moi dès le départ, de l’avoir laissé me rejoindre dans le noir. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas totalement. Parce que je l’aimais aussi. C’était mon père. C’est mon père. Et si déviant fut son amour, rien ni personne ne pourra jamais changer cela. Il avait des instants doux. Il savait être drôle, dans ses contre temps de clémence. S’il avait su sortir du silence lui aussi, s’il avait su … Les choses auraient peut-être été différentes. Comme ma mère … Oui … Comme elle. C’est le silence qui les a tués. Il les a tué tous les deux.

A rebours, Eleah rattrape le fil de ses phrases, de ses pas. Tout est si fragile, comme le souffle d’une nuit qui meurt. Elle le rejoint à la lisère de l’aveu, sur le seuil de la confidence. La tonalité de sa voix est sépulcrale, aussi belle que troublante. Elle l’attire, la retient auprès de lui, sur le front de cet entre-deux où ils ne se touchent pas mais où ils peuvent se distinguer, sans doute, dans la clarté indescriptible d’une première fois. Cela a la même saveur que les premiers émois, la même texture que la peau que l’on apprivoise sans jamais en avoir connu d’autres avant cela. C’est terrifiant, c’est irrépressible. La clarté d’une émotion absolue qui n’a plus besoin d’aucun prisme pour être perçu. Il redonne vie à celle qui fut, le temps d’un murmure. Comme elle le fit. Un secret que l’on silence pour ne pas le déformer. Il n’a pas enlaidi son souvenir, alors elle ne dévisagera pas celui qui lui appartient. Cette elle. Cette elle qui n’a pas de nom, qui n’a pas de visage. Cette elle qui est en lui, et qui détiendra toujours une partie de ce qu’il renferme. Cette elle qu’elle ne rencontrera jamais, et qu’elle ne devrait jamais avoir à regarder. Cette elle qui n’est pas elle, aussi, même s’il traquait au début son identité à travers la sienne dans l’espoir de la retrouver par bribes. Elle n’est plus là aujourd’hui. Elle est en lui. Et Eleah, elle se déploie dans cet espace qui l’entoure, dans ce présent qui l’oppresse, dans ce futur qui l’essouffle. Elle est partout où elle n’a pas su être, partout où elle ne pourra plus le hanter. Elle n’est pas là pour la remplacer, non. Elle ne l’a jamais voulu. Elle veut être là, c’est tout. Quelque part, virgule indocile et irrémédiablement libre. Là par choix et non par contrainte. Libre de partir, de rester tout au contraire. De voir et d’être vue, sans craindre la déformation du regard que l’on pourrait porter sur sa personne.
« Je ne le ferais pas parce que … Je ne suis pas elle. Je ne le serais jamais. »
Un sourire délicat, nimbé de douceur, dérange la ligne harmonieuse de ses lèvres. Sa paume se pose contre le dos de sa main, à l’orée de sa joue. Son pouce y trace une arabesque, le gracie d’une promesse. Pour la première fois sans doute, elle éprouve la certitude qu’il n’y a personne d’autre. Le spectre est toujours là, mais il n’est plus entre eux. Il est derrière, il est autour. Il ne masque plus ce qu’elle est au-devant de ses regards. Et il la voit enfin. C’est peut-être le cas depuis longtemps, mais elle ne l’a jamais ressenti avec une telle assurance. Alors elle s’apaise. Sa silhouette s’alanguit, glisse comme l’éther. Les peurs se distillent, ne sont plus si terribles, maintenant que l’émotion façonne d’autres rouages. Des écrous moins acérés, des écrous correctement imbriqués, les uns dans les autres. Le regarder partir est moins douloureux dans ces circonstances. Un mal nécessaire, qu’elle ne nourrira pas d’attentes vaines. Elle ne dit rien, demeure mutique face à ses dernières paroles. Elle les recueille dans l’écrin de sa conscience, consent à cette demande, cet appel qu’il trace jusqu’à elle. Ce silence, dans leurs têtes. Ce silence en partage, oublié au profit d’autres outrages. Ce silence qui disparaît, qui est là toutefois, dans les gestes qu’ils tracent. C’est lui le spectre, le vrai, avec lequel il faut réussir à vivre. Elle chasse la tristesse au fond de ses regards en se modelant contre son corps. Les muscles se pressent avec lenteur, les bras enserrent sa taille. Les contours se déforment, rendus confus par une étreinte qui s’exprime avec la candeur des premières fois. Elle le regarde, légèrement en contrebas, lovée dans la courbure de sa nuque. Elle souffle à son oreille avant de quémander sa bouche :
« Il n’y a que toi, que moi, et tout ce que cela compose … tout ce que cela signifie … tout ce que cela implique aussi. Ni plus … Ni moins. »
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James M. Wilde
(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?  - Page 2 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Lun 20 Mai - 14:58 par James M. Wilde


« Si tu devais un soir
Est-ce que tu m'emmènerais ?
Mais t'envoler sans moi
Est-ce que tu m'emmèneras ?
Mais si un jour
On pouvait s'en aller
On pourrait bien enfin s'emmener
Mais si un jour on pouvait
Se quitter
On pourrait bien enfin
Se retrouver »

Eleah
& James



Ni plus. Ni moins. Juste elle et moi. Et tout le silence en partage, le silence que renferme le plus délicat de tous les aveux. Ce que la mort expose, les survivants peuvent se l’approprier, ils sont les seuls à savoir le faire. Ils savent boire les ombres et toujours surnager, ils apprennent à entendre ce néant qui sourde au coeur de leurs échappées, et font des embardées pour que jamais ils ne s’y fracassent. Il y a des noyades consenties dans l’aube d’un baiser, car l’on sait… Oui, l’on sait que l’autre saura se retenir de respirer, tout à côté. Tout à côté de soi. Tout à côté de moi, les doigts qui froissent cette veste qui n’est plus qu’une inutile imposture. Les souffles s’allongent d’un serment que l’on redit pour le savoir vraiment. Car cette nuit qui bascule, d’une année à l’autre, de toi à moi, de moi à toi, c’est celle qui fait que je te vois enfin. Je te regarde, je te contemple, il y a le désir trouble que l’amour utilise pour s’enchaîner vraiment. Les maillons se resserrent, s’enchâssent, consentis, la douleur s’affadit dans l’éther de ce silence que je ne brise pas. Impossible, implacable silence, ses doigts étreignent ma taille, mes mains glissent sur ses épaules pour mieux parfaire le mouvement qu’elle amorce. Le geste n’est pas hésitant, il est fragile toutefois, il est si fragile. Ce pas de deux que l’amour apprivoise. Si fragile. Cette danse-là n’a pas eue lieu, elle n’a jamais pu s’étendre entre nos corps enchevêtrés car la passion l’a toujours effrayée. Laissée à l’orée de l’épuisement, lassée par d’autres outrages. L’outrage est sans doute plus grand pour ceux qui ont su scarifier leurs chairs à la lame injurieuse de la liberté. Embrasser sa bouche, c’est épancher une sensibilité interdite, proscrite, qui s’est oubliée en chemin, qui s’est égarée parfois dans un seul geste, qui s’est penchée sur un seul mot, mais qui ne s’est guère attardée que le temps que le rêve crève sous une avidité dévorante. L’avidité n’est pas la même cette nuit, mes lèvres trouvent les siennes dans un baiser éperdu, la pulsation du trouble est prégnante, elle étreint ma gorge d’une émotion que je n’ai plus appréhendée depuis l’adolescence, quand tout était si éblouissant, mordu par les feux de la nouveauté. Un animal que l’on tente de fasciner, on en distingue les instincts sans les connaître encore, on entrevoit ses faiblesses sous l’hérésie de la fierté qui se blesse si aisément, à chaque mot arraché, à chaque étreinte que l’on dispense. L’étreinte se froisse, nous sommes là, irrémédiablement là, sans défense, sans précaution, sans précipitation. J’ai toujours eu avec elle des élans impérieux, mais l’impétuosité de ma nature se plonge dans une sensation balbutiante. C’est regarder une lueur sans savoir totalement la supporter, l’on s’arrête, l’on se reprend, il y a l’effet d’un mouvement perpétuel, un élan. Cet élan-là, celui que l’on traque, celui que l’on croit impossible de jamais rattraper tant il nous précède immanquablement. Je la retiens, je la détiens, sous la pulpe des doigts, je la modèle libre pourtant. Elle et moi. L’un contre l’autre, comme pour la première fois. Bien avant les retrouvailles, bien avant la rencontre. Avant qu’il ne soit dit que la chair aurait pour contrainte un monde éreintant. La chair en suspens, l’émoi qui y fraie un tout nouveau langage. Le geste glisse, avec la subtilité d’une affirmation mutique, ça n’est pas une question. La courbe des reins, l’intimité de sa bouche, l’hommage du souffle qui se saccade légèrement. Le baiser s’interrompt, je penche la tête pour la voir, la regarder, la graver plus encore que je n’ai déjà osé. Plus rien n’est surjoué, la prétention est morte, les barrières sont tombées, je ne dissimule pas le sentiment que je ne prononcerai pas. Qui est là, partout, dans les regards qui s’échangent, dans les doigts qui s’impriment en cadence sur l’épiderme que l’on frôle. J’embrasse de nouveau ses lèvres, une caresse amoureuse, bien loin de celles que l’on dévoue sur la scène publique. Plus bas, plus bas, contre la cloison du Viper, ça n’était pas comme ça. Ca n’avait rien à voir. Strictement rien à voir. Car elle seule peut apprendre, elle seule peut croire, que sous le faste tentateur, il y a la sensibilité mise à mal, celle que l’on silence, celle que l’on brime pour mieux savoir l’abuser. Sur scène, et ailleurs. Même avec elle parfois, lorsqu’il faut répliquer dans la cruauté du jour. J’abandonne à la nuit plus de moi que je ne fis jamais, les gestes enchaînent une adoration diffuse à son corps, la précaution factice d’une tourmente brûlante. Discrète, sous les mains qui tremblent. Je n’ai jamais tremblé ainsi. J’ai tremblé de désir, j’ai tremblé de passion. J’ai eu des égards pour la monstruosité que l’on expose, des retenues qui pouvaient se glisser jusque dans la fièvre des nerfs. Mais je n’ai pas tremblé devant la pudeur d’un émoi. Terrifiant, invincible, inexorable. Une liberté immense, le vide sous les pas, l’unique récif qui soit, elle, elle, elle tout contre moi. Un pas, un autre, l’espace de l’appartement devient illusion dans la ferveur d’une adoration qui ne s’essouffle pas. Je détoure les perles, le grain de la soie, la frontière de la peau et de la robe, frôle, indicible aveu. C’est la vouloir tant que cela fait mal. Un mal consenti, qui ne s’impose pas, que l’on clame, que l’on savoure, parce qu’il ouvre des sensations d’infini dans le ventre, et d’autres absolus dans la tête. L’une de mes mains cajole son visage, les contours, adulés, encensés, la sépulture du masque brisé depuis qu’elle a dit d’elle ce que je n’aurais su rêver. Les mots, les mots, sous les doigts, sous les lèvres. Mes paupières se ferment sous la ferveur de l’onde, celle qui nous emporte, nous protège. Le temps se distille dans le silence à peine ponctué, de souffles ténus et de vêtements froissés. Mon front cherche le sien, une suspension qui communie avec l’indicible. Et toujours cet absolu dans les entrailles, délicat, infernal, tentateur, chaud, froid. Je laisse la fièvre ravager les chairs, je la laisse brûler dans les caresses à peine appuyées, contours, détours. C’est une tourmente qui sourde, et qui n’éclate pas. C’est pire. C’est mieux que tout ce que j’ai pu m’infliger jusqu’ici, mieux que dans mon souvenir, mieux que ce que j’ai appris un jour, oublié depuis, sans même m’en apercevoir. Le plaisir feule, dans le silence il se façonne, le souffle l’ébauche, brûlure sur la tempe. J’y dépose un autre baiser, une autre ponctuation dans la dérive des sensations qui s’avouent. Mon corps la presse, mes gestes invitent pourtant à cette langueur indescriptible, comme s’il fallait dire, comme s’il fallait qu’elle sache. Qu’elle comprenne, ce que les mots interdisent. Les sentiments que l’on ne peut clamer à haute voix, cette rupture d’un contrat tacite, cette liberté qui s’improvise dans l’autre pour ne plus s’épanouir que contre sa peau. Ma joue se couche sur la sienne, mon nez cajole la ligne de son visage, le baiser échoue dans le creux de son cou, douce ferveur qui dévale mon corps. Son corps à elle, connu par coeur, découvert ce soir, chaque creux, chaque courbe, imprimé sous ma paume pour l’apprendre dans les replis intimes des chairs qui me constituent. Elles n’expirent plus ce soir, ne cherchent pas à étrangler les sensations indociles sous la stupeur de la came ou de l’alcool. Je cherche autre chose. Je cherche ce qu’elle ne m’a jamais donné, ce que je ne lui ai jamais avoué. Et toujours, la pulsation lente, sourde, dans la gorge qui se serre plus fort. Il y a comme une ritournelle dans ce pas qui nous emmène, son dos qui rencontre le sofa, comme chez elle. Il y a longtemps. C’était il y a une seconde peut-être. Je ne me souviens pas. Je la connais, et je la découvre. Je te rencontre pour la première fois. Les gestes ne se précipitent pas, je trouve la fermeture de sa robe, la laisse s’ouvrir entre mes doigts avec la langueur de ces premiers émois. La peau qui s’expose, la brûlure qui s’y trace, mon pouce suit l’ouverture, ma main déjoue les artifices et laisse retomber le vêtement à ses pieds. Le bruit est atténué par le parquet, sa nudité se dévoile par l’entremise des lueurs de la ville. Je la regarde encore, je frôle ce corps qui s’expose devant moi, la gorge, le ventre, les cuisses, sa taille. Mon souffle suspendu, les battements plus sourds encore, plus lourds. Ma vision tremble, se dilate, le besoin d’elle la fait apparaître comme une créature étrange, presque mythique. L’aube d’autres amours qui nous versent dans une mélopée inconnue. Où il n’y a que toi, au commencement et à la fin. Il n’y a plus que toi. Que moi. Ni plus. Ni moins. L’infini entre nous. Le silence au-dedans pour habiller de noir le deuil de nos infirmités qui crèvent de se conjuguer.
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Dim 2 Juin - 9:38 par Eleah O'Dalaigh
SI TU DEVAIS UN SOIR,
EST-CE QUE TU M'EMMENERAIS ?
james & eleah

« Laisse-moi être comme toi, laisse-moi plusieurs fois laisse-moi être tes yeux, laisse-moi faire l'amoureux. Mais si un jour tu devais t'en aller, est-ce que tu pourrais bien m'emporter ? Mais si un jour tu pouvais tout quitter, est-ce que tu pourrais garder notre secret ? Laisse-moi être ta croix, laisse-moi essayer. Laisse-moi être juste toi,laisse-moi être comme toi. Je te laisserai trouver la voie, et puis je penserai comme toi. Comme une fille qui voudra prendre son temps, comme si c'était la dernière fois »
Erosion du moi à la lisière, juste à la lisière du toi.
La peau est nue sous les doigts. Texture diaphane, dont les fards se froissent. Etoffe de lumière sous le chatoiement d’une nuit sans lune, où ne vacillent que les lueurs absconses des réverbères, plus bas … Plus bas, si loin à présent, dans le vide sous leurs pas. Autre réalité de bruit et de mensonges, quand il n’y a entre eux plus rien pour les retenir, plus rien pour les dissimuler.  Ses envies composent un délicat alliage : le trouble de la confession, le besoin de la possession. C’est apprivoiser une sensation discontinue pour la première fois. Elle n’a ni début, ni fin. Elle s’inscrit sur ce fil qu’ils tissent pour se relier l’un à l’autre. Et elle danse Eleah, elle danse. Sur cet irrésolu tracé jusqu’aux ombres de sa nature, au gré des notes fragiles qu’il quémande avant de les confier à son corps. Ce même corps dont les fibres se tendent, réagissent comme elles ne l’ont jamais fait auparavant. Il y a de la curiosité dans ses regards, et un trouble infini, inextinguible. Ses promesses se dessinent à l’orée de sa peau du bout des doigts : des caresses que la pulpe apprivoise, avec cette appréhension sourde des premières fois. Voile de candeur dissoute, ravagée par les premières terreurs du moi, sa sensibilité s’épanouit et l’entoure, l’enveloppe. C’est si différent de leurs étreintes passionnées, de leur façon déraisonnable de se trouver. Les râles se taisent à l’ombre de leurs baisers, sur l’arc-de-cercle étrange de leurs corps reliés. Elle pose sa paume à la lisère de sa gorge nue, près de la jugulaire. Aucune pression, aucune menace pour asseoir les outrages d’une possession. Juste une mesure : celle des battements du coeur. Ce rythme qu’elle suit, qu’elle traque, qu’elle augure. Elle se modèle au temps qu’ils apprivoisent, presque à rebours. Le grain de sa peau. Les pourtours de l’ossature. Les amertumes enivrantes de son parfum. Des détails déjà connus, jamais gravés, jamais appris par cœur avec le souci de savoir se les remémorer dans le noir d’une solitude exsangue. Il ne dit rien mais son corps le trahit, parle à sa place, divulgue des secrets qu’elle recueille et tatoue quelque part, dans un repli qui n’appartient qu’à lui, qui le détiendra sans doute une partie de sa vie. Elle le suit dans les méandres d’une intimité plurielle, unique toutefois. Les sens éclosent, se lovent au creux de la nuque, se confient aux sillages de ses épaules délaissées dans un geste suave de leur parure de cuir. Ses paupières s’alourdissent, s’abaissent, ponctuent toutes les attentions qu’il susurre. Elle le regarde, harponne dans ses iris tout ce qu’il ne dit pas. Sa tête s’incline, la fascination grandit, se mêle à la pureté sans fard d’un trouble qui naît lorsqu’elle sent sa peau trembler sous ses doigts. Du revers des phalanges, elle caresse son avant-bras, remonte jusqu’aux traits de son visage. Elle embrasse la ligne de sa mâchoire, murmure dans un souffle ténu :
« Tu trembles … »
Un constat inutile, un constat primordial toutefois. Parce que le dire à voix basse, c’est assumer sa réalité. C’est se rendre compte, et étendre la fascination qu’elle éprouve, l’entourer de ses bras, l’étreindre et la préserver, tout contre soi. Le désir prend d’autres atours après cela. Il devient ambivalent. Fragile et féroce. Délicat et appuyé. Protecteur et dangereux. Libre … Si libre lorsqu’aucun prisme n’est là pour déformer la rencontre. Plus de colère, plus de terreur. Ce soir, la liberté se grave et s’épanche. Elle est leur ligne de conduite. Celle-là même qu’ils poursuivent dans la sinuosité d’une danse. Elle fait un décompte dans sa tête pour chaque perle qu’il détoure, et son corps tremble, oui, tremble à son tour lorsqu’il se dévoile à l’obscurité de la nuit, à l’acuité de ses regards. Son souffle trahit la morsure d’un mal qui naît, au creux du ventre. Les instincts se chamaillent, s’érodent contre sa tempe. Habituée à la consommation passionnée et rapide, la lenteur de l’étreinte lui faire perdre ses repères. Elle navigue en eaux troubles, se perd dans l’éther des caresses dont il la cajole. Sa respiration se saccade, se perd. Confuse, si confuse. Elle se laisse apprivoiser toutefois, conquiert à son tour pour façonner une nouvelle image. Apprenant contre lui des élans nouveaux, ses gestes prolongent la suavité des siens, s’étirent au gré d’une langueur appuyée. Son dos rencontre les abords du sofa. Une sensation de déjà vu, confuse elle aussi. Il s’agit de tout réécrire alors. Ce qui est, ce qui fut. Une onde de frissons naît à l’intérieur de ses cuisses, remonte sur le ventre, suit le galbe des seins. Vague à rebours de la soie qui tombe, de l’étoffe de la robe qui glisse le long de ses jambes et offre à voir la candeur de sa peau albâtre.
Erosion du toi, du moi. A la lisière oui, juste à la lisière.
Sa poitrine se gonfle d’une émotion indicible. L’impression d’être vue, regardée pour la première fois. Ses lèvres s’entrouvrent à la lueur du trouble qui grandit. La réécriture d’une première fois, d’une dernière fois. Un aurevoir aux atours d’adieu, un adieu au goût d’aurevoir. Elle le rejoint après avoir profité du témoignage gracile de ses émois, le dépare à son tour, caresses de petite fille, gestuelle d’adolescente, baisers de femme enfin. Parce qu’elle est tout cela. Et qu’il est aussi ce petit garçon incompris, cet adolescent en colère, cet adulte en souffrance. Des identités à la marge qui se rejoignent pour créer autre chose. Quelqu’un qui n’existe pas encore, et n’aura pas de réalité sans eux. Elle effleure à son tour la nudité offerte de sa peau, côtoie sans précipitation les intimités meurtries de son corps. La marque de la cicatrice, les traces de ses errances. Celles qu’elle a poursuivi avec lui, celles qu’il traquera sans elle. Elle l’enlace et l’attire, l’enferme à l’intérieur d’elle pour mieux savoir le laisser partir. Sur le rebord du sofa, à la marge, en équilibre, elle ploie le dos et l’entraîne à sa suite. Le cuir geint sous les appuis langoureux de leurs corps qui se fondent l’un contre l’autre. La brutalité s’atermoie, laisse en suspens son besoin d’asseoir son emprise. Ne reste qu’une délicatesse appuyée, un besoin viscéral de disparaître en l’autre, de s’y graver.  Sur le flan, Eleah l’étreint, l’enserre, l’entoure. Sa jambe s’improvise liane gracile pour venir enserrer sa hanche. Elle embrasse sa bouche, ses tempes, son front, glisse ses doigts dans ses cheveux, traque les lueurs qui dansent à l’intérieur de ses regards dès qu’elle le peut. Les rôles s’inclinent, se dissipent.
Erosion du toi, contre moi. La lisière absente, maintenant que je suis avec toi.
Et elle l’aime, Eleah. Elle l’aime avec son corps, avec son âme. Elle se fond à l’intérieur de lui, marque avec douceur et prégnance les contours diffus de son être. Elle l’aime cette nuit, ce soir. Comme si c’était la dernière fois.

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James M. Wilde
(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?  - Page 2 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Lun 8 Juil - 14:31 par James M. Wilde


« Si tu devais un soir
Est-ce que tu m'emmènerais ?
Mais t'envoler sans moi
Est-ce que tu m'emmèneras ?
Mais si un jour
On pouvait s'en aller
On pourrait bien enfin s'emmener
Mais si un jour on pouvait
Se quitter
On pourrait bien enfin
Se retrouver »

Eleah
& James



Ces horizons navrés qui n’ont pourtant jamais été conquis, les ténèbres s’y immolent pour esquisser des abysses troublants. Les rêves y survivent, avec la difficulté de ces errances avortées, que l’on oublie au détour du chemin, un virage de trop, un virage de plus, qui nous emmènera plus loin. Trop loin pour revenir, reparaître. Bien trop loin pour devenir, l’on a loupé tous ces irrésolus, brisés à la marge d’une décision contraire ou contrainte. Jusqu’à ce soir, jusqu’à cette nuit, où le temps se balance au rythme de nos pas hésitants, je ne pouvais croire, je ne pouvais espérer pouvoir épanouir ce qu’il a fallu étouffer. Ce qu’il a fallu oublier, en bas de l’escalier. Chaque marche, chaque marche, pour descendre dans les abysses noirâtres, et n’y plus distinguer que l’opacité de la honte. Chaque marche pour me persuader, que je ne saurai plus jamais. Plus jamais ce que cela fait. Ce que cela fait… Le mot éclate, se disperse dans l’esprit, c’est un langage paresseux qui paraît indéchiffrable, qui n’a toutefois rien de mensonger. Si je ne peux le dire, je veux qu’elle le sache. Si je ne peux l’avouer, je veux qu’elle le ressente sous la fragilité de mes caresses. Je veux qu’elle l’apprenne dans mon absence. Je veux qu’elle s’en souvienne dans le noir quand j’aurai oublié. Oublié une fois encore. Dans l’escalier… Pour rejoindre les abysses. Il ne cesse de tournoyer. Les doigts fascinent, les doigts façonnent, quand elle ne me frôle plus j’ai la sensation de cesser d’exister. Je tremble plus encore lorsqu’elle conçoit mon émotion, qu’elle la détoure de sa voix où la fêlure se distingue. La bouche n’est pas trompeuse, les silences y appuient des aveux, ils s’épanchent sur elle, ils se délivrent sur sa langue. Les entraves se désincarnent, et la maigreur s’excave en oubliant la honte de soi, et l’escalier tournoie, une spirale où elle m’attend, dans les abysses ou dans les nues, elle devient l’envers et l’endroit d’un univers qui s’écroule et se reconstruit. Celui qui nous fut dédié, dont nous avons pourtant forgé les clefs, dans le sang, dans les larmes. Elle est petite fille sur le seuil, elle est en devenir en le franchissant, elle est incroyance dans sa sépulture, elle est évidence dans son royaume, femme entre mes bras, femme contre moi. Je la rencontre les yeux grands ouverts, la gorge se serre, la vague qui reflue menace de me submerger. Intimité charnelle qui se fond, disparaît, la lenteur d’un soupir, le désespoir qui restitue les couleurs aveuglantes d’un deuil qui se consume, entre deux corps reliés. Le plaisir s’étrangle, un murmure silencieux, qui éclôt contre sa bouche, que je couvre, que j’embrasse une nouvelle fois comme pour partager la stupeur de l’émoi. Je ne peux pas le dire, mais tu dois le savoir. Tu dois le savoir avant que je ne sois plus en mesure de revenir, avant que je sois incapable de l’élever dans le noir restitué de mes envolées. Le tempo est brisé, il ne suit plus aucune ligne mélodique qui nous soit dictée par un passé diffus, un futur improbable, un présent décharné. Étreinte atemporelle sous les doigts qui tremblent de seulement oser. De seulement oser t’aimer. Mes yeux ravivent des feux qui crèvent dans les entrailles, sans que jamais mon corps ne s’autorise ces mouvements appris par coeur, et déjà dénigrés. L’apprentissage est terrifiant, les iris avouent la peur, la bouche couche sa servitude volontaire, ses désirs d’éternité dans les horizons enténébrés. Chant mélodique. Chant profané. Les rêves se tissent entre les doigts serrés, quand ma main cherche la sienne, enlace l’indicible serment que les reins poursuivent en elle. A bout de souffle, à bout de souffle. Le mot se tait, mais il s’inscrit à l’intérieur, à chaque inflexion. Dominion exsangue, les cendres d’un royaume depuis longtemps déchu, me glisser en elle est un parjure, l’aube qui brûlera tous les autres serments. Les doigts serrent plus fort, les phalanges communient d’une douleur qui lèche le plaisir qui sourde. Lent. Si lent. A rebours des chairs, les contours qui s’oublient et se réapprennent, les chemins qui se nouent pour dessiner une alliance. Inviolable. Je la regarde, je la regarde, ses doigts entre les miens, et le souffle lourd. Si lourd. La vague qui tournoie, les marches récifs s’y érodent, le plaisir les ronge, les constructions vacillantes s’y enfoncent. A chaque fois. A chaque fois que j’ose te l’avouer sans te le dire. Que j’ose immiscer en toi cet amour qui ne ressemble à rien que ce que j’ai pu me targuer de savoir. Je ne sais rien, ni ce que j’abandonne à ta chair, ni ce que j’inflige à ta liberté qui se cabre. Les doigts, fusion, sa tonalité qui se patine dans un autre silence. Sentence. L’absolu mutique sur les lèvres, le hurlement dans la langueur qui se prolonge, enserrée, choyée, dans l’esprit et dans les chairs. A chaque fois… mon amour. Mon amour. Je ne te le dis pas ce soir, mais tu ne l’as jamais mieux su, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ? La tristesse est palpable, elle insinue dans le plaisir une passion empoisonnée, qui déjoue sa frénésie dans le lointain des songes. Elle éventre sa fougue pour mieux verser les sentiments, ils se distillent, ils pulsent dans les tempes, ils glissent entre les doigts entremêlés, ils se froissent dans le souffle, ils hurlent dans la tête, ils résonnent contre son coeur. Fêlure, blessure, le poison danse, sur l’onde, la construction s’enfonce, se noie, disparaît pour ne plus qu’exister dans les abîmes où je la détiens. Je la retiens, contre moi, contre elle, le seuil bascule, les lignes se brouillent, les tremblements se font oraison. Tu le sais, n’est-ce pas ? Tu le sais… Tu le sais… Comme tu sauras me pardonner. De t’infliger ce à quoi ton existence souhaitait tant échapper. La chaîne et la noyade, naufrage de nos alterités, qui se relèveront une, où rien ne sera plus, ni à toi, ni à moi, mais indissoluble. Indissociable. Tu le sais… Même si je ne le dis pas, je me tais, je me tais. Les doigts serrés, les yeux ouverts, mon amour s’insinue, l’harmonie se dilate, l’animalité se fiche dans l’épiderme, l’émotion se parfait. Comme la toute première fois, où j’ai compris, où j’ai su… Ce qu’il fallait dérober et abandonner, dans cette étreinte-là. Peur ancestrale pour plaisir inavouable. Perdre à jamais pour réapprendre à être. Sans toi, quand tu seras partout. Dans l’éloignement du corps quand tu seras dans mes songes. Le souffle est si laborieux, les muscles douloureux, la fragilité se penche sur elle, je lâche sa main en fermant mes paupières comme pour laisser passer l’onde d’un douloureux plaisir qui esquisse son paroxysme. Les prunelles sombres lui reviennent. Le souvenir d’une sensation qui ébauche une aube incomplète.
_ Dis-le moi… Dis-moi que tu le sais.
Langage indéchiffrable, sur ton corps, sur ta bouche, élance l’indicible pour rencontrer la sépulture où nous reposerons, dans le noir de nos destins, l’horizon de nos rêves, et l’indistincte génèse qui nous dessinera immortels. L’oubli est proscrit pour ceux qui foulent les éternités côte-à-côte. Alors dis-moi… Dis-moi que tu n’oublieras jamais. Même si ce n’est que cette nuit, même si ce n’est que ce soir. Même si c’est la dernière fois.
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