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(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?

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Eleah O'Dalaigh
(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?  - Page 2 Kqj4glu
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() message posté Mer 3 Avr - 10:32 par Eleah O'Dalaigh
SI TU DEVAIS UN SOIR,
EST-CE QUE TU M'EMMENERAIS ?
james & eleah

« Laisse-moi être comme toi, laisse-moi plusieurs fois laisse-moi être tes yeux, laisse-moi faire l'amoureux. Mais si un jour tu devais t'en aller, est-ce que tu pourrais bien m'emporter ? Mais si un jour tu pouvais tout quitter, est-ce que tu pourrais garder notre secret ? Laisse-moi être ta croix, laisse-moi essayer. Laisse-moi être juste toi,laisse-moi être comme toi. Je te laisserai trouver la voie, et puis je penserai comme toi. Comme une fille qui voudra prendre son temps, comme si c'était la dernière fois »
La scène. Leur scène. Lieu de toutes les défiances. Exposition de leurs plus intimes déviances. Elle distingue tous les signes d’une envie de lutte sur ses traits. La volonté d’asseoir sur l’autre une domination traitresse. Un instinct qui rugit, qui fascine quand on a toujours été l’entité au sommet, qu’il n’y avait guère de première place, là-haut, sur le piédestal, à partager avec d’autres. Être à la hauteur de toutes les exigences ce n’est rien. C’est savoir les fasciner pour demeurer égal à celui que l’on invite qui est plus ardu. Il faut dompter l’orgueil, lui apprendre à en tolérer un autre, presque aussi grand, peut-être même plus écrasant. Partager la tête d’affiche, Eleah en a toujours eu l’habitude. James beaucoup moins. C’est sans doute pour cela qu’il murmure encore des affronts, quand elle distingue davantage des prolongements de l’un et de l’autre. L’affrontement, il n’est pas entre eux. Il est contre tous ces autres, qui les nargueront de leurs préjugés accusateurs, qui verront dans leur projet l’avortement d’une réussite, les prémices de quelque chose d’inabouti puisqu’on ne lui concède qu’une première partie et pas un spectacle complet. L’affrontement est ailleurs mon amour … Ce n’est pas moi la menace, ce n’est pas toi la chute. Ce sont eux tu sais … ce sont eux. Elle aimerait pouvoir le lui dire mais se souvient vite que les mots ne suffisent pas parfois à convaincre, qu’il faut allier la gestuelle à la parole. Demain sans doute. Oui demain elle pourra lui faire comprendre cela s’il ne l’a pas compris avant. Maintenir sa colère sous le joug de ses exigences devient après cela sa principale occupation. Un décalage entre leur façon de voir les choses se transfigure sous leurs yeux, peint des évidences pour elle qui n’en étaient visiblement pas pour lui. Comment peut-il remettre en doute ce qu’elle n’a jamais confié à personne avant lui ? Croit-il qu’elle sacrifierait pour ses attentes toutes celles qu’elle pourrait avoir à son égard ? Assumer de l’aimer, c’est assumer les conséquences. Et pour lui aussi … Parce qu’il y en aura. De toute part. Il ne sera pas le seul à porter des coups, ni à en recevoir. Elle l’a toujours su, même si l’accepter fut plus compliqué. Ce n’est pas quelque chose dont elle pourrait douter. Elle ne s’est jamais bercée d’illusions à son sujet, comme elle espère qu’il n’en a jamais nourri vis-à-vis du sien.

La cruauté de sa nature se dessine en filigrane, réverbère d’une réalité dont le prisme la fascine. Elle observe, elle concède. La danse se poursuit jusque dans l’intimité secrète d’une alcôve apprise par cœur pour lui, encore inconnue pour elle. Combien de fois s’est-il perdu dans ces abîmes torves, s’oubliant à la rudesse des murs en glissant des exigences sourdes contre des corps anonymes ? Combien de perditions ? Combien d’acharnements ? Combien de fuites en avant pour oublier cette autre qu’elle distingue parfois, et pour laquelle elle incarne sans doute la plus grande menace depuis qu’elle est apparue dans les recoins de son univers ? Exiger tout n’est pas grand-chose alors. Exiger n’est rien. Mériter, c’est autre chose. C’est faire comprendre à l’autre que vous ne disparaîtrez pas à votre tour. Que vous serez là, quoiqu’il arrive. Vous lutterez contre l’impitoyable laideur pour en excaver de fragiles beautés. Vous dévoierez les belles paroles pour entendre celles qui ne devraient jamais être prononcées. Qu’importe d’être loin, qu’importe d’être près lorsque l’on a en mémoire tout cela. Cette confiance qui perdure, au-delà de toute chose. Eleah ne l’a jamais éprouvée pour personne, c’est peut-être pour cela qu’elle est infaillible. Ses déceptions sont ailleurs, se cachent derrière d’autres espérances plus troubles qu’elle a très vite cessé de poursuivre. Alors demain, oui, demain, ça n’est pas si mal. Demain, c’est un autre jour. Un jour qui leur appartiendra, et qu’ils n’auront pas besoin de partager avec d’autres. Sa tête s’incline d’une approbation tacite, et elle murmure en contre-temps, avec un sourire en demi-lune :
« Demain alors. »
Dans l’obscurité de l’alcôve ils demeurent, ils se façonnent. Dos au mur, pieds à terre. Elle se recule un peu pour mieux le voir, lui et ses allures sombres qui peignent parfois des ombres dans son dos, projetées sur le mur à cause des lumières qui furètent parfois dans leur sens. Les sens se réincarnent un à un sous ses doigts, alimentent une animalité qui suppure par tous les pores de la peau et l’invitent, cruelle déliquescence. Son souffle s’égrène, brûle des confidences qu’il murmure. Ces secrets qui font si mal, dont la souffrance marque ses traits assez longtemps pour qu’il la remarque. Elle serre sa paume contre la sienne. Serment silencieux qui n’a plus besoin de mots pour être entendu. Il convoque l’évanescence d’un passé. Elle serre davantage, peut-être blessée d’être comparé à d’autres, toujours. Revers d’une pièce que l’on garde près de soi, que l’on ne peut s’empêcher de regarder à pile ou face. Elle va pour lui répondre une phrase prévisible. Quelque chose comme : « Je ne suis pas ces autres. » Mais il la prend de cours. Ses traits se rassurent, tout son corps imprime une reconnaissance muette. La délivrance est presque entière après cela, parce qu’il n’est rien d’autre qu’elle aurait souhaité entendre. Elle attendait. Elle attendait avec patience, le moment où les autres partiraient pour lui laisser une place, où il n’y aurait plus ce trouble dans le regard, comme si elle était à la fois une et multiple.
« Merci. »
C’est tout ce qu’elle murmure, dans l’appui d’un mot qui s’imprime entre eux, qui prend sa place et se grave. Merci. Merci de le dire enfin. Merci de le reconnaître. Elle se rapproche de son corps, porte la reconnaissance jusqu’à ses lèvres fiévreuses. Elle n’a plus peur ce soir. Ni de lui, ni de personne d’autre. La pulpe de ses doigts marque des hommages dans le creux de sa nuque, son dos s’imprime contre le mur et elle l’attire, contre elle, dans le noir. Son parfum l’enivre, la subjugue. La vague est déferlante, à l’intérieur de son corps. Le sang s’englue, le cœur balbutie. Elle ne sait pas comment il parvient à faire cela, pourquoi cela n’a jamais été si évident avec d’autres. Le champagne pétille encore dans ses tempes, éveille des envies aussi troubles que tumultueuses, aussi trompeuses que joueuses. Une sorte de sourire s’éprend de ses lèvres, repu, pas vraiment satisfait toutefois. Les frivolités étreignent leurs costumes, les inscrivent enfin dans des humeurs harmonieuses, moins décalées de tous ces autres qui s’amusent alentour. Ont-ils réellement envie de partager cela avec eux cependant ? Peut-être pas. Non … Peut-être pas. Ils s’imaginent déjà ailleurs, amants égoïstes.
« Hmm … Tu m’ôtes l’idée de la … »
Mais elle ne termine pas sa phrase. Dans un instinct presque farouche, elle sursaute, recule, rit un peu aussi. Assez nerveusement toutefois, parce que le surnom employé par l’inconnue marque d’emblée une intimité trouble, qu’elle ne reconnaît pas comme coutumière. Ses yeux s’écarquillent un peu, traquent sur les traits du visage de l’inconnue des indices. Elle devine qu’il s’agit de sa sœur avant même qu’elle se soit présentée, parce qu’il y a l’évidence d’un air de famille, et sa posture à lui change. Elle est naturelle, décomplexée. Jeune aussi. Si jeune. L’effervescence d’une jeunesse qui transpire, qui trace des fils lumineux invisibles, tout autour d’elle. Eleah l’observe avec une forme de fascination mutique, demeure en retrait d’un échange auquel elle n’appartient pas, et dont d’emblée elle s’extrait, comme par habitude, comme par instinct. Parce qu’elle n’est pas coutumière de ces choses-là. Elle ne rencontre jamais la famille, ou les parents. Elle n’est jamais présentée à l’entourage, pour être mieux étiquetée par eux. Elle s’y est toujours refusée. C’est le fruit du hasard. Un hasard terrible sans doute, qui la fait se raidir insidieusement alors qu’elle parle, qu’elle parle, qu’elle parle. Elle ne s’arrête pas. Elle est charmante. Elle est aux antipodes de son frère, au moins de prime abord. Deux personnalités éclectiques sans doute, l’une plus amochée que l’autre. Un sourire délicat se dessine sur les lèvres closes d’Eleah. Elle n’est pas coutumière de ces échanges, mais elle se demande si c’est un hommage qu’elle cherche à lui faire, en multipliant les remarques sur sa réputation de coureur de jupon notoire. Elle se sent un peu déshumanisée sur le coup. Une nana parmi d’autre, ramassée sur un projet quelconque et baisé dans le noir jusqu’à ce qu’il s’en lasse, un beau jour. Ni la première, ni la dernière sans doute. Elle n’est pas entièrement juste, elle le sait. Mais elle ne peut totalement lutter contre les aprioris qu’elle a toujours, à l’égard des familles, à l’égard de ces familiarités que l’on met en place avec des inconnus juste parce que vous apprenez qu’ils sont proches de la personne que vous chérissez. Elle déteste les codes, ces carcans qui cherchent à vous inscrire comme telle ou telle chose pour quelqu’un d’autre. James le sait. James lui ressemble pour cela. Alors quand elle marque sur son front en lettres capitales l’insigne de « petite amie », Eleah voit un peu trouble. L’impression d’être tout à coup revenue sur les bancs du collège la saisit de part en part, et cela s’inscrit sans doute dans sa posture un peu défensive. Toutefois elle se ressaisit, essaie de ne pas fustiger cette sœur sortie de nulle part par principe, comme elle en a toujours eu l’habitude. Parce que depuis le départ, avec James, tout est différent. Cela n’a rien à voir avec tout ce qu’elle a toujours connu. Son esprit tente de s’ouvrir alors. Ses instincts de fuite se maintiennent, tapis dans son ventre. Sa jovialité de façade reparaît comme une évidence. Un costume de décontraction que l’on revêt pour dissimuler le trouble, à l’intérieur.

« Bonsoir Ella. Il est inutile que je me présente alors … Tu sembles déjà bien renseignée. » Elle connaît déjà son prénom, à l’évidence elle sait se renseigner mieux que personne sur les fréquentations de son frère. « Je ne suis pas sa petite amie. Considère-moi plutôt comme … » Elle cherche le mot adéquat, marque un temps de pause incertain avant d’ajouter comme une évidence, en levant un index en l’air. « Sa partenaire. Un peu comme Bonnie and Clyde. » Elle se détend, jette un regard en biais vers James, complice. Partenaires. Cela leur correspond davantage. Il n’y a pas de doute. Elle glisse un clin d’œil à Ella à la dérobée, avant de poursuivre l’échange. « Bien sûr que tu seras invitée. Et si la Diva ici présente ne te fais pas l’honneur de t’envoyer des invitations aux premières loges, je m’en chargerai. » Elle rit un peu, lorsque James la saisit comme un bouclier humain, et cherche à se dépêtrer de son emprise. « Allons bon, j’adore les questions figure toi. Quel dommage hein ? » ironise-t-elle avec un sourire carnassier, juste pour le contrarier, même si elle déteste les questions presque autant que lui. « Alors comme ça il n’a jamais parlé de moi ? Jamais ? Trésor, je suis scan-da-li-sée. C’est comme ça que tu me remercies, après tout ce que j’ai fait pour toi ? » Son poing se pose sur sa hanche, elle le tance avec un air rieur, faussement courroucé, avant de retrouver ses airs habituels, plus doux et moins exubérants. « Plus sérieusement, je suis heureuse de te rencontrer enfin Ella. Il m’a parlé de toi quelques fois. » Du bout des lèvres, assez toutefois pour qu’elle comprenne l’importance qu’elle a pour lui. « Je suis sure qu’il a plein de questions à te poser sur tes propres fréquentations, mais qu’il n’ose pas, par pudeur. » Elle tâche de garder son sérieux. Un aplomb considérable, face à sa petite pique ironique concernant sa pudeur naturelle. Elle la trouve charmante au fond, même si se départir de ses propres habitudes est loin d’être une évidence.


(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?  - Page 2 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Sam 6 Avr - 18:24 par James M. Wilde


« Si tu devais un soir
Est-ce que tu m'emmènerais ?
Mais t'envoler sans moi
Est-ce que tu m'emmèneras ?
Mais si un jour
On pouvait s'en aller
On pourrait bien enfin s'emmener
Mais si un jour on pouvait
Se quitter
On pourrait bien enfin
Se retrouver »

Eleah
& James




Il y a cette part vindicative de ma personnalité qui s'épanouit dans notre danse devenue mutique. Parce que la scène est là, à portée de nos doigts reliés. Nos corps joints exposés dans la mélodie et la danse, une part d'intime concédée à la foule, comme à chaque fois, à chaque fois qu'il faut donner un peu plus de soi sur les planches. Se démunir devant des yeux étrangers. Et devant elle aussi. Car il est vrai que je n'ai jamais rien partagé de ce qui me constitue tout entier. Ni avec mes compagnes ni avec personne d'autre. Pas de duo lors d'un concert, pas même d'invitations impromptues lors d'un festival. Parce que sur scène, je suis quelqu'un d'autre, mais pour ceux qui savent véritablement regarder, pour ceux qui ont la capacité de me voir, je suis enfin là. Une personnalité entièrement libre qui vibre à l'unisson des exigences d'un public. Qui me transportent et qui m'abattent, au même instant. Car je suis tout pour eux. Et à la toute fin toutefois je ne suis rien. Rien. Et alors elle saura. Et alors elle me verra. Elle me regardera dans ce qu'il y a de plus impalpable, de plus impitoyable. Rebecca m'a toujours détesté sur scène, parce qu'elle voyait que durant quelques heures je n'étais plus à elle. Elle n'a jamais su le comprendre ou bien le lire dans les regards que je lui tendais alors. J'aurais pu être à elle. L'être entièrement, accompli, dans toutes mes trivialités. Mais elle ne voyait pas. Elle ne me voyait pas. Ou peut-être que je ne l'ai jamais laissée entrer à ces instants-là. Je m'interroge tandis qu'Eleah semble m'implorer de la voir à son tour, de la considérer comme cette alliée inaliénable qu'elle représentera sur la scène que nous dessinerons. L'un et l'autre. L'un à l'autre. Quelque chose que je n'ai jamais su donner ou avouer. Quelque chose que j'ai toujours interdit malgré tout ce que j’ai su clamer. Mes amours devenus trahisons, des ennemies à chaque étreinte, à chaque fois un peu plus, dans cette détestation contenue que je finissais pas cracher sur elles dans la plus injuste des violences. Je ne sais pas. Moi non plus, comment devenir cela. Comment la laisser m'envahir sans totalement en crever, sur scène, devant tous ces étrangers. Je ne sais pas, mon amour, je ne sais pas. Ce que demain tu sauras prendre, ce que je pourrai te donner, je n'en sais rien. Et dans la perspective de mon absence j'ai peur. J'ai peur quelque part, oui, dans le trouble de mes nuits, que ce ne soit pas assez. Je n'ai jamais été seul ainsi, face à quelqu'un qui savait me lire comme elle le fait. Les garçons ont toujours été là pour me protéger, du public et même de moi. Ils ont toujours été ce rempart qui me permettait de me retrancher, de redescendre de cette Olympe tragique où je m'étais élancé, pour y vivre les intensités qui me tourmentent, chaque heure. Mais avec elle, face à elle, devant elle. Il n'y aura que moi. Que moi et la musique. La musique inspirée d'un temps passé, flétri, désavoué que je n'ai jamais complètement partagé avec elle. Peut-être que c'est pour cela aussi que ces derniers jours je refuse de dormir à ses côtés. Pour qu'elle ne puisse pas voir, et encore moins lire dans mes yeux grands ouverts ces spectres que j'emmène avec moi en tournée. Et qui de toute part, menacent de me silencer. Une toute dernière fois. Je ne veux pas qu'elle côtoie cette folie promise. Quelque chose en moi recule et s'y refuse. Une peur implacable héritée d'un asile qui m'enferme toujours. Et dont je suis le seul à avoir la clef. Je veux croire qu'alors, sur scène, demain, elle comprendra, elle comprendra ce que je ne suis pas capable de dire. Et qu'elle saura que pour la première fois, je ressens l'envie effroyable de laisser quelqu'un se lover tout au long des blessures, non pas pour imaginer les oublier ou les refermer, mais pour en appréhender les plus infimes contours, les plus abrupts sursauts, les plus doux replis. Demain alors. Demain mon amour. Je te dirai tout cela, à ma manière.

Le passé très sournoisement s'immisce mais pour mieux se voir dénigré. Les serments se renouent, il y a dans la fièvre des regards qui s'échangent toutes ces certitudes qui font qu'elle demeure différente, de tout ce que je connais, de tout ce dont je me défie en permanence. Elle est cette entité fascinante et unique qui est demeurée là, dans cette mémoire enfuie, à palpiter ce que nous nous étions confié par erreur. L'absolu de nos natures embrassées. L'infini de nos rêves morcelés. Si je l'ai su dès que nous nous sommes retrouvés dans cette boîte ridicule, je ne le lui ai pourtant jamais dit, jamais avoué. Ce qu'elle est et représente pour moi. Ce qui dessine une opposition nouvelle aux atours d'une invincible alliance. Tu es différente de toutes celles qui m’ont rejeté ou maudit, de toutes celles que j’ai blessées. Tu es celle que j’appelle, dans la nuit d’une autre éternité, et ce depuis un âge ancien. Tapie quelque part, pour me trouver toujours. Tapie pour enfiévrer le sang et délivrer des chaînes que je porte depuis bien trop longtemps. Les autres victimes de mes indignités quittent mes iris plus claires et plus vives quand dans le noir la bouche s’impose, après qu’elle m’ait remercié, après qu’elle ait compris ce que je souhaitais admettre sans pour autant parvenir à le clamer vraiment. Demain, demain. Une pulsation pleine de fougue, quand les doigts froissent l’étoffe et que les silhouettes s’entremêlent. Des images qui défilent, celles qu’elle a abandonnées tout contre moi lorsque Paris devint cette damnation assumée. Son sourire est miroir, je perds l’ombrage de mes pensées funestes, mon front est plus serein, mes idéaux plus pressants. Pas tous très distingués quand je lui conte ces lieux solitaires où j’aimerais l’enfermer. L’infini de l’horizon du penthouse, là où elle ne m’a pas encore rejoint, parce qu’après tous les écueils, cette porte est demeurée close. J’ai déserté mes appartements très longtemps pour m’oublier chez elle, ou bien occuper la chambre d’amis de Greg, que l’on devrait rebaptiser “ma chambre” tant elle est désormais parasitée par le linge sale et quelques-unes de mes guitares. J’ai dormi backstage au Viper aussi, parce qu’il est plus commode d’écrire sous la bienveillance des regards de Kait’ ou de Phil, plutôt que de rencontrer la solitude de mon domicile. Une solitude qui me rappelle bien trop celle que je rencontrerai d’ici quelques jours seulement. Alors le sourire danse, les doigts se joignent pour dessiner l’invitation. Une invitation très lisible mais qui se voit brusquement interrompue par Ella et cette joie débordante qui habite son petit corps, qu’importe la situation, toute l’année. Je la revois toujours. Toujours. Assise sur sa chaise d’enfant. Ou sur mes genoux à Hampstead. Puis devenue adolescente, perchée sur ses talons, quand elle descendait l’escalier de l’avion, ébahie par son arrivée dans des terres inconnues, pour me rejoindre, me retrouver. Ma main demeure, lovée sur la taille d’Eleah, aucun recul, aucun besoin de dissimuler celle qui envahit mon existence et tous mes rêves. Je la sais plus précautionneuse, devant l’invasion familiale nous avons les mêmes retraits stratégiques ou encore cette sorte d’instinct qui nous commande de demeurer au dehors, de demeurer étranger. Le peu que j’aie pu voir Arthur, nous n’avons échangé que des regards ou que des mots sans objet. Je pense que notre plus longue conversation a dû consister en “est-ce que tu veux un verre ?”, tout du moins de ma part. Je n’ai guère rebondi sur les quelques piques adressées ou l’ironie maligne qui nous constitue l’un et l’autre. Parce que tout simplement je ne suis jamais, celui qu’on présente, celui qu’on emmène avec soi, celui qu’on assume. Ou parce que le peu de fois où la fille a souhaité croire que j’avais ma place dans ces rencontres abominables, je me suis toujours défilé, méprisant. Qu’ai-je à foutre d’un parent, d’une soeur, du meilleur ami ou du chien de compagnie ? Je pense à Valhalla. Sale bête. Je l’aime bien malgré tout, parce qu’elle est à elle. Mes yeux dérivent, ma soeur parle trop, je regarde les réactions sur son visage, comprend ses réticences, tente de stopper là toute évocation de mes débauches qu’Ella ne connaît que par les récits trop fournis de Greg et par quelques malencontreux torchons qui vantent mes égarements. À peine en a-t-elle parlé cependant qu’elle rougit malgré cette assurance qu’elle tente de conserver. Je la connais par coeur. Tous ces mots qu’elle laisse sortir sans trop les contrôler. J’ai un sourire en coin. Elle s’en veut, elle comprend l’insulte à rebours, mais continue comme un cheval fougueux sur sa lancée. J’excave un rire silencieux, puis mes yeux reviennent à Eleah, un mélange de tendresse et de ces élans passionnés. Partenaires. C’est le bon mot, c’est le seul. Partenaires. Dans le crime et dans l’excellence. Ma soeur nous observe, sa bouche se ferme un instant, comme pour embrasser le portrait de cette intimité qui s’échange. Elle ajoute, un doigt en l’air, avant qu’il ne vienne m’accuser :
“De toute façon, il ne parle jamais de ce qui est important.”
Il n’y a pas de tristesse dans le constat, juste une mécanique éprouvée, que l’on aurait tort d’essayer de contraindre au risque de la briser. Je hausse un sourcil avant de me défendre piteusement :
_ Bien sûr que si. Si. Si. Arrête de faire non de la tête. Je t’ai pas dit la dernière fois “désolé, j’étais pas disponible, j’étais avec quelqu’un” ? Hein ? Eh bah, c’est pas parler de quelqu’un d’important ça ?
Ce qui pour moi est sans doute déjà beaucoup. Ella roule des yeux et ne commente même pas, feint bientôt de m’ignorer complètement tandis qu’elle converse avec l’objet de sa convoitise :
“Ah oui, il parle de moi ? Hmm… Comme quoi, il n’y a pas tout à jeter chez lui. Excuse-moi, tout à l’heure, je ne voulais pas sous-entendre… Que… Oh, je suis maladroite. C’est rare je ne rencontre quelqu’un qui lui soit proche. Greg et Ellis ne comptent pas, ils m’ont vu naître ou quasi.”
Elle a un air gêné, un peu ingénu, son regard me revient, demande ce pardon que je lui accorde volontiers. Ma main serre plus avant Eleah. Proche. Proche elle l’est. Les confidences échangées irriguent le bout des doigts. La caresse devient plus secrète, je suis la ligne de son bras nu, avec douceur, avant que je ne m’étrangle sur le terme de pudeur. Tu parles, c’est plutôt parce que je ne veux rien savoir de ses fréquentations que je ne demande pas, de peur d’aller confronter tous les connards qui pourraient l’approcher.
“Oui c’est ça, ça doit être le côté très gentleman de Jamie qui doit l’empêcher de me poser des questions. Pourtant, il a bien tort, ça l’empêche d’entendre parler de Brian. Le gars de ma promo qui me plaît bien, même s’il a la même maladresse que moi pour ces choses-là. À avancer à ce rythme, je pense qu’on sera enterrés avant de s’avouer qu’il y a un truc particulier entre nous. Oh, James, c’est bon, ne plisse pas des paupières, on dirait papa !”
L’outrage est entier, je suis parcouru d’un frisson de dégoût. Je surjoue la sévérité :
_ Tu ferais mieux d’éviter les comparaisons hasardeuses, gamine. Brian. Un prénom naze. En plus, un mec qui se déclare pas, ça doit être un genre de romantique à la con... Quelle horreur.
“Dit le gars qui a écrit pas moins de cinq chansons d’amour.”
_ J’étais jeune, ça ne compte pas. Eleah peut attester que je n’ai rien de romantique. Ou encore d’hésitant comme ton type. Je sais ce que je veux, moi. D’ailleurs, Saint papa est-il au courant que tu regardes un branleur plutôt que de plancher sur tes examens ?
À mon tour de savourer la moquerie sous-tendue qui la fait rougir de nouveau, parce que malgré toutes ses envies secrètes, d’émancipation en particulier, c’est encore la fille de son père, celle qu’il adule, celle qu’il admire, en permanence. Elle balaye l’air comme pour dissiper tous mes mots, se concentre sur Eleah :
“Tu as toujours su ce que tu voulais faire, toi, n’est-ce pas ? J’ai lu que tu fais de la danse depuis longtemps… Alors tu voudras bien expliquer à mon abruti de frère qu’on a tout autant le droit d’être passionné par l’art, comme par ses études de commerce ? Parce que moi je ne sais plus comment le lui dire.”
_ Si tu ne sais pas l’expliquer c’est que tu n’en es pas vraiment convaincue, donc.
La phrase est mordante, je ne l’épargne jamais lorsqu’il s’agit de cet avenir que je lui dispute. Quelle idée ridicule que de suivre les traces de Wyatt. Je ne peux croire une seule seconde qu’elle le fasse parce qu’elle le souhaite. Ella sourcille, bougonne, la même moue que moi sur les lèvres :
“Oh qu’est-ce que tu peux être con quand tu veux. Bref, je venais juste dire bonjour, et saluer ta… partenaire. Elle, au moins, je suis certaine qu’elle me comprend.”
Elle recouvre un sourire qu’elle adresse uniquement à Eleah, se rapprochant d’elle pour lui faire une confidence, sa main sur son bras :
“En vrai, il ne m’a jamais laissée rencontrer qui que ce soit depuis… un bail. Même au débotté comme ça, il a toujours fait en sorte de m’écarter alors… ça doit vouloir dire quelque chose. À plus tard, je vous laisse, j’ai un blondinet qui me doit une danse.”
Elle glisse une caresse ensuite sur la manche de ma veste, puis s’enfuit, aussi rapidement qu’elle est apparue, trouvant aussitôt Gregory dans la foule avec qui elle sautille aussitôt, sur la piste de danse, lui racontant je ne sais quoi, en parlant avec les mains. Je laisse passer un temps de silence, avant de constater :
_ Ma soeur. Le joyau de la famille Wilde. Et le seul membre fréquentable. À part moi, bien entendu, que l’on fréquente volontiers tant je suis… qu’est-ce que tu as dit déjà ? Ah oui ! Je me souviens. Pudique.
J’appuie mon doigt dans ses côtes comme une menace sourde.
_ Qu’est-ce qu’elle t’a dit d’ailleurs, en partant ?
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Eleah O'Dalaigh
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() message posté Dim 7 Avr - 11:56 par Eleah O'Dalaigh
SI TU DEVAIS UN SOIR,
EST-CE QUE TU M'EMMENERAIS ?
james & eleah

« Laisse-moi être comme toi, laisse-moi plusieurs fois laisse-moi être tes yeux, laisse-moi faire l'amoureux. Mais si un jour tu devais t'en aller, est-ce que tu pourrais bien m'emporter ? Mais si un jour tu pouvais tout quitter, est-ce que tu pourrais garder notre secret ? Laisse-moi être ta croix, laisse-moi essayer. Laisse-moi être juste toi,laisse-moi être comme toi. Je te laisserai trouver la voie, et puis je penserai comme toi. Comme une fille qui voudra prendre son temps, comme si c'était la dernière fois »
Rester. Partir. Cela n’a plus d’importance tant les idéaux se décomposent, narguent cette ivresse qui les rend à des instincts très troubles, où le besoin de fuir et celui de demeurer en place dansent ensemble. Ils dansent, sensualité insidieuse et circonscrite. Restreinte à cet espace qui leur appartient mais n’est pas entièrement à eux, car des anonymes se sont invité sur leurs territoires. Des inconnus de passage, venus troubler toutes les images. Celles qui demeurent, celles qui ne partent pas. Ces spectres que ses humeurs invitent avec plus d’aisance quand il croit qu’elle détourne le regard, qu’elle ne le voit pas. Elle sait ce qu’il fait. Elle devine déjà ce qui sera. Il se laissera envahir par cet univers qui se déploiera tout autour de lui, loin d’elle. Il s’y enivrera, traquera dans le noir des perditions qui menaceront un équilibre qui n’existe déjà plus. Il ne saura pas faire autrement, mais tout cela, elle le sait déjà. La conscience de cette réalité lui fait si mal à l’intérieur, mais ce n’est rien face à ce qu’elle éprouve lorsqu’elle le voit lui revenir. L’appeler elle, elle et personne d’autre. Elle a toujours su que cela ne pourrait se jouer autrement. Elle n’a jamais voulu que cela change non plus, trouvant dans le parcours la reconnaissance d’un moi qu’elle avait oublié, laissé en chemin, quelque part. Imparfaite, incomplète. Elle se souvient de ce marché qu’ils conclurent un jour. Je prendrais tout ce que tu voudras bien me donner sans exiger l’impossible, si en retour tu ne demandes pas ce que je ne saurais t’offrir. C’est si simple lorsqu’on le dit, tellement plus rude lorsqu’il s’agit de l’appliquer, de brider cet égoïsme qui pousse à vouloir tout de l’autre quand on a soi-même plus rien à donner. Elle n’attend pas qu’il lui offre ce passé qui le pourchasse parce qu’elle n’est pas encore prête à admettre le sien. Celui qui créa le monstre, celui qui donna naissance à une engeance galvaudée. Elle sent encore les barrières qu’il dresse autour de lui. Les dernières qui demeurent, et qu’elle n’a pas su abattre. Parce que ça n’est pas à elle de le faire. C’est à lui … A lui de lui ouvrir la brèche, de la laisser le rejoindre. On ne peut forcer l’entrée de la fêlure d’une âme, au risque de la regarder s’éloigner sans même pouvoir la retenir. Alors exiger tout est une chose. Une chose à part entière, qui ne prend pas en compte ce territoire-là, qui au-delà de l’intime tient de l’individualité, d’une liberté à laquelle chacun devrait avoir droit sans avoir à s’en justifier. C’est pour cela qu’elle ne lui a jamais posé de questions directes, qu’elle est demeurée en retrait de cette folie qu’il garde, jalousement, pour lui-seul. Il y a des facettes de sa personnalité dont il souhaite encore la préserver, qu’elle ne saurait lui arracher sans qu’il y consente. Elle ne peut pas, elle ne peut pas. Tous ses instincts s’y refusent. Elle ne se trompe pas à ce sujet, et lui non plus, lorsqu’il silence toutes les indiscrétions dont il aurait pu faire preuve. Mais elle a compris autre chose, dans les moments d’absence. Durant ces nuits où il n’était pas là pour la rejoindre. Elle a saisi que si semblables soient leurs blessures, la sienne a quelque chose d’autre. Il ne s’agit pas de mesurer les deux pour savoir laquelle surpasse en laideur, en horreur. Il s’agit plutôt de percevoir les conséquences. Celles qu’elles ont eu, celles qui demeureront irrémédiables. L’enfance lui a donné la chance de savoir se remodeler, de devenir autre, loin d’instincts destructeurs qui la pousseraient à vouloir disparaître. Ce n’est pas son cas. Il est perclus de ces élans qui broient, qui souffrent, qui auront raison de lui un jour sans doute. Destinée toute tracée par lui seul, à l’encre de la culpabilité. Elle ne peut le préserver de cela, de lui-même. Elle ne peut qu’être là, compagne indéfectible dans un univers incertain, où ne sont établies que les choses auxquelles on estime pouvoir croire. Être là et accepter qu’il ne sera pas toujours là, que chaque instant est précieux, qu’il n’y en aura peut-être pas d’autres. Qu’il reviendra, même si cela doit prendre du temps, jusqu’à disparaître entièrement de sa réalité, mais y demeurer entier toutefois, dans les souvenirs qu’ils auront su créer. Elle ne le condamne pas, non, jamais. Mais elle appréhende parfois ces élans qu’il a, qu’elle devine, même s’il n’en parle pas. Arthur est semblable à lui pour cela, c’est surement pour cette raison qu’elle s’en est aperçue très vite. Qu’elle s’est rendue à l’évidence aussi, qu’il lui faudrait avancer la première, en espérant qu’il saurait la suivre à son rythme. C’est surement pour cela que depuis la France, ses propres barrières s’effritent. Elle donne, elle ne compte pas. Elle n’attend pas qu’il lui rende la pareille, alors elle se nourrit de sa propre évolution, de ces émotions inconnues qu’elle distingue parfois pour la première fois. Elle les voit comme des expériences, des notes de couleurs à rajouter au camaïeu qui la compose déjà. Une partition à enrichir, à réinventer en permanence. Affranchie et libre … Si libre contre lui. Elle aimerait qu’il le sache, qu’il le comprenne avec plus de conviction. Qu’il saisisse qu’elle est là par choix et non par contrainte, et que oui, oui, on peut choisir quelqu’un comme lui, quel qu’il soit. Elle l’a choisi. L’idée s’achemine peu à peu, elle le sent. Elle n’est pas arrivée à son but toutefois. L’absence peut-être rendra cela plus évident, même si elle amènera aussi des complications qu’elle n’imagine pas. Alors demain oui, demain sera un autre jour.

Ella vient éclore dans leurs univers, perce la bulle d’une intimité fragilisée par le cadre effervescent du Viper. Eleah l’observe avec curiosité, créature maligne, indistincte, pleine de vie et de vigueurs sans artifices. Elle aime sa spontanéité, la maladresse touchantes de ses phrases qui se font légion, comme son frère parfois. En cela ils se ressemblent. La langue déliée tous deux. La langue qui n’a pas peur des conséquences, qui blesse parfois, à escient ou sans s’en rendre compte pour Ella. Elle ne lui en tient pas vraiment rigueur toutefois, parce qu’elle sait déjà la réputation qu’il traine. Elle le sait parfaitement, et s’enorgueillit parfois, parce qu’entre toutes les minettes qui se déhanchent sous son nez, c’est vers elle qu’il revient en permanence. C’est elle qu’il perçoit en filigrane. Alors quelle importance ? Elle ne dit pas cela à la sœur toutefois. Parce que décemment, ce n’est pas des choses que l’on confie d’emblée à une frangine. Mais elle n’en pense pas moins, et s’adoucit lorsque la jeune femme cherche à la rassurer, qu’elle s’excuse implicitement d’avoir exposé devant ses yeux cette réalité crue qu’elle connaît déjà par cœur. Elle aime observer la complicité naturelle qui se tisse entre ces deux-là, telle une évidence. La résurgence d’un lien qui pulse, qui maintient en vie en toutes circonstances. Elle aime la ferveur dont il fait preuve pour la contredire, et encore plus cette spontanéité avec laquelle elle lui répond, piquante elle aussi, à sa manière. Pendant qu’ils échangent, qu’elle participe aussi, une forme de dualité se déploie à l’intérieur de sa silhouette. Un mélange de détachement et d’investissement. L’impression de faire partie de quelque chose, tout en l’observant d’un point de vue externe en se disant que cela est bien étrange. James se rend compte de cela. Il remarque cette méconnaissance qu’elle a des usages. De ces choses que l’on dit, que l’on doit normalement faire dans les règles de l’art lorsque l’on tient à quelqu’un et que l’on souhaite le montrer à son entourage. Lorsqu’il la touche, caresse diaphane, elle redevient une et une seule. La subdivision retrouve une ligne unique. Elle est plus présente, physiquement, mentalement, dans la sincérité des sourires qu’elle déploie et les remarques qu’elle dispense.
« Peut-être parce qu’il n’y a pas besoin. A quoi bon le dire si c’est une évidence que l’on peut taire, et distinguer malgré tout ? Elle n’en est que plus réelle alors … »
Un secret, sur le bout des lèvres. Une évidence qui se tait, qui rejoint le silence. Son sourire est plus délicat après cela. Elle remercie les tentatives d’Ella pour la rassurer, lui confier cette importance qu’elle pourrait avoir aux yeux de son frère, même s’il ne le dit pas forcément explicitement. Discrètement Eleah glisse une caresse de son pouce sur la paume de James. Un écho, un murmure qui ne dit rien. Qui veut tout dire toutefois, au creux de cette intimité différente, qui se déploie sans avoir l’air. Elle n’a rien à voir avec celle plus offensive, née sous l’alcôve un peu plus tôt. Celle qui s’attrape et s’avoue dans des baisers appuyés, des démonstrations plus mordantes quitte à frôler l’indécence et le manque de pudeur. Cette intimité-là, qui s’inscrit dans le silence, est plus inconsciente. Elle marque un attachement plus profond et moins éphémère, qui subsiste même lorsqu’il devrait se tenir éloigné, pour la convenance. Eleah rit volontiers de la remarque d’Ella sur Brian, et de la riposte de James à son sujet. Elle est quasiment sure qu’elle en entendra de nouveau parler, lorsqu’elle ne sera plus dans le paysage. Sacré Brian.
« Quel dommage de ne pas vous le dire, vous passez peut-être à côté de … Bons moments. Tu as l’âge où il faut en profiter. Petit Jamie ici présent n’a pas dû s’en priver, à l’époque. »
Et « bons moments », dans son langage, peut induire tout un tas de choses et d’images que James ne souhaitera sans doute pas imaginer même en songes. Mais elle insiste à escient, marque la tonalité de notes plus troubles, juste pour le contrarier un peu. Le taquiner aussi, parce qu’elle ne peut décemment pas s’en passer. Elle sourit de toutes ses dents avec une ironie non dissimulée.
« C’est vrai qu’il n’offre jamais de fleurs. Ni de croissants le matin. En plus il n’a aucun respect pour les jolies fringues. Et c’est un caractère de cochon … Non vraiment, tu es un très mauvais parti. Cela dit … Je serais curieuse de les entendre, ces chansons d’amour. Même si elles sont old fashion. Peut-être qu’en échange je pourrais te montrer des photos de moi en tutu rose. Ça se négocie non ? »
Elle note au passage l’agressivité qui grimpe en lui, dès lors que la figure paternelle est évoquée. Elle se souvient du peu de choses qu’il a pu dire à son sujet, à la dérobée de quelques phrases.
« Oui c’est vrai. J’ai su très jeune, c’était une évidence. Mais comme toi sans doute, il m’est plus facile de l’exprimer en dansant justement, qu’avec des mots. Tout le monde n’a pas l’aisance verbale de ton frère pour exprimer ses désirs. »
Elle le gratifie d’un petit coup de coude et n’intervient pas durant le reste de l’échange. Son profil se crispe un peu lorsque Ella se rapproche d’elle pour lui faire une confidence. Elle se détend aussitôt après, avec un sourire proche de la tendresse. Elle apprécie la tentative, cette façon de vouloir la rassurer. Elle n’était pas obligée de lui donner ces assurances-là, et elle l’a fait, malgré tout. Cela, Eleah s’en souviendra. Rares sont les personnes qui ont eu un jour cet égard et cette prévenance à son égard.
« File danser ma belle, cette nuit est la tienne. Je suis heureuse de t’avoir rencontrée. »
Elle lui fait un petit signe de main tandis qu’elle s’éloigne. Un temps de silence s’installe, comme si Ella avait emporté quelque chose avec elle, sans même s’en rendre compte. Certaines incertitudes peut-être, qui pouvaient demeurer encore, soupirantes. Elle demeure songeuse, une expression apaisée figée sur sa peau blanche. Elle ne sent qu’à rebours la présence de James à côté d’elle, et réagit à la pression qu’il exerce sur ses côtes comme si elle s’extirpait d’un rêve.
« Elle m’a dit … Hmm et pourquoi te le dirais-je ? C’est un secret. Quelque chose entre filles. » Elle hausse nonchalamment les sourcils et ses lèvres se fendent d’un sourire espiègle. « Je resterai muette comme une tombe. Aucune torture ne saurait me faire parler. » Ses dents se dévoilent jusqu’à ce qu’une expression plus subtile ne s’empare de ses traits. Le bout de son nez gracie sa joue d’une caresse, et elle poursuit : « Tu me montrerais … Ton antre ? » Elle aurait aimé avoir l’aplomb de demander plus tôt, de s’inviter avant. Mais les occasions ne se sont jamais présentées. Toujours ils ont su se retrouver chez elle, ou dans des recoins improbables du Viper. L’étage VIP par exemple, ils ont déjà dormi là-bas. Peut-être même plusieurs fois. Jamais elle ne s’est invitée chez lui cependant. Jamais il ne lui a proposé de venir non plus. Un territoire où sa marque est demeurée absente. Elle ne souhaite pas le lui imposer toutefois. Alors elle entre dans la nuance, avec une tranquillité bienveillante : « Tu ne m’as jamais montré où tu vis … Mais si tu préfères, on peut rester là aussi. »



(c) DΛNDELION
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James M. Wilde
(james&eleah) Si tu devais un soir, est-ce que tu m'emmènerais ?  - Page 2 1542551230-4a9998b1-5fa5-40c1-8b4f-d1c7d8df2f56
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() message posté Lun 15 Avr - 18:52 par James M. Wilde


« Si tu devais un soir
Est-ce que tu m'emmènerais ?
Mais t'envoler sans moi
Est-ce que tu m'emmèneras ?
Mais si un jour
On pouvait s'en aller
On pourrait bien enfin s'emmener
Mais si un jour on pouvait
Se quitter
On pourrait bien enfin
Se retrouver »

Eleah
& James



Il y a des commentaires qui sourdent tout autour, une toile qui se tisse faite d'impressions et d'analyses. Une situation qui leur échappe mais qu'ils cherchent pourtant à caricaturer à gros traits pour mieux se l'approprier. Une fille qui danse dans les bras d'un dévergondé. Un type qui drague une danseuse dont les mœurs sont sans doute celles de sa caste. Un couple à estropier vu qu'il ne durera pas, qu'il brûlera sur le papier, comme l'on découvre ces idylles l'espace d'une journée. À peine le temps de les lire qu'elles sont déjà consumées. À peine le temps de les dire et les voilà déjà oubliées. Ce sera pareil pour eux. Cette fille. Ce type. Quand a-t-on vu quelqu'un que Wilde pouvait chérir suffisamment au point de s'oublier lui-même ? N'a-t-il pas fréquenté cette femme qui écrivait pour les enfants il n'y a pas moins d'une année ? Ou bien était-ce avant ? N'a-t-on pas entendu dire qu'il couchait avec sa productrice pour mieux se vendre, pour mieux remonter la pente périlleuse sur laquelle l'Amérique l'avait entraîné ? Alors une danseuse, même une chorégraphe renommée, ça ne peut qu'être un feu de paille, l'entremise d'une collaboration avec les bénéfices de la chair. Le bruit, le bruit, la musique et les chuchotements. Dans la tête et dans le ventre. Tout autour et partout. Sur son beau visage et sous mes doigts. Chaque relation égratignée par des mots, les leurs mais aussi les miens. Qu'ai-je sous-entendu la semaine dernière pour faire croire à des tractations indociles dans les coulisses, pour mieux élever l'image qu'ils se plairont à dévorer sur la scène désavouée ? Pour mieux dérober ce que nous continuons de cacher, ce qui ondule dans nos prunelles et qui mord la pulpe des doigts à chaque geste ? Pour qu'ils ne puissent pas s'emparer de la vérité et me l'arracher. Je suis l'artisan de ces portraits difformes que l'on vomit pour mieux me détester. Je préfère encore leur haine que leur indifférence. C'est ce que mon père n'a jamais compris. Ce besoin d'exposer ce que l'on devrait taire. Ce besoin d'avouer ce que l'on devrait ravaler. La vérité en pâture. Ils pourraient la lire, ils pourraient la deviner. Dans la passion qui s'élance lorsque je la rejoins, dans la tendresse qui s'apprivoise quand nos regards s'échangent alors que ma sœur nous fait subir ces interrogatoires dont elle a le secret. Ella cherche le bonheur penché au bord de la fracture, les signes d'un espoir au milieu de cette nuit qui n'en finit jamais. Ella me connaît, elle sait cette destruction que je ne peux que pourchasser pour savoir la contraindre et la modeler. En faire cette matière terrifiante et pourtant éblouissante sur la scène dès lors que je la malmène au rythme de ma musique. Elle cherche alors les signes de cet absolu qui sait se partager quand deux amants se trouvent et se savent. Cette même hérésie qui vibrait sur mon front quand elle avait huit ans et que j'allais devenir celui qu'elle observe aujourd'hui comme une bête curieuse mais qu'elle ne peut s'empêcher d'adorer. Les barrières vacillent mais se font bientôt barricades à la simple évocation de ce père que nous ne voyons pas de la même façon. La figure paternelle rend mes traits plus acérés et c'est bientôt lui qu'elle distingue en me regardant, je le sais, je le sens parfois, cette proximité injurieuse, cette intransigeance qu'il m'a léguée comme le plus lourd des fardeaux, une force qui parfois s'étiole entre mes doigts serrés pour distinguer la plus parjure des faiblesses. Celle que papa ne possède pas. Celle que Wyatt a appris à haïr dans mes yeux et à taire dans le secret qui nous lie malgré nous. Le chemin tortueux de l'enfance qui ne peut que se peindre quand le passé ressurgit sur les traits de ma sœur, Eleah l'emprunte avec moi, présence d'abord timide mais plus tard affirmée à chaque fois que je manque de trébucher. C'est un accord tacite qui se déploie sans avoir eu besoin d'en orchestrer les plus intimes harmonies. Sa taille sous mes doigts, sa présence qui se presse davantage, comme pour m'épauler tout au long du parcours. Ici et maintenant. Et puis demain. Demain. C'est ce que nous nous sommes dit. Demain lorsque l'intransigeance sera partout, entre les mains et sous ses pas. Ces mots qui ne se disent pas, elle les comprend, elle les entend, dans l'hommage de nos silences. L'évidence trouble de notre partenariat ne peut souffrir qu'on le caractérise, et je ne parviens ni à l'évoquer aux côtés de Gregory ni quand Ella m'interroge. J'ai la jalousie des fauves, n'abandonne que des mots timides qui les détournent de moi. Ou des paroles crues pour mieux les abandonner dans l'incertitude. Car si je sais parfaitement où je vais aux côtés d'Eleah je pense que Greg lui ne comprend pas. Il ne fait que voir ces détails, ces airs qu'elle a, particulièrement ce soir peut-être à cause du déguisement, qui le renvoient à un autre passé, celui qu'il a fallu renier, qu'il a fallu abhorrer jusqu'à prétendre qu'il n'a jamais existé. Wells tourne parfois son regard gris dans notre direction, sans doute pour observer ma sœur et établir un contact visuel avec elle dès lors qu'elle sera libre, la chopant au vol pour une danse endiablée, ou peut-être pour voir sur le profil d'Eleah les contours d'un fantôme qu'il m'imagine étreindre à la nuit tombée. Peut-être que les évidences auraient dû être évoquées, justement, pour que nous ne nous interrogions pas ainsi, dans l'éloignement de la foule. Deux amis qui ne parlent plus, deux amis qui taisent tous les ressentis, de peur que l'orage qui tournoie dans les iris ne finisse par gronder son ire sur toute la tournée. À un moment je lui souris, il répond à mon salut avant de se remettre à danser avec l'autre fille. Celle que j'ai ramenée depuis la mezzanine. Brianna. Elle essaye d'établir un contact également, mais pas avec lui, avec moi. Je crois, je ne suis sûr de rien, je ne m'y intéresse tout simplement pas. La musique repart, un morceau de hard-rock qui suit le rythme très décalé d'un charleston. Phil a encore déniché ça dans les limbes que lui seul connaît. Je sais que le Viper sera entre de bonnes mains, quand je partirai. Quand je partirai. Je pose des yeux attentifs sur la jolie danseuse, qui conseille la gamine sur ce garçon qu'elle aimerait fréquenter, mais maintenant je n'écoute plus, je n'écoute pas. La figure paternelle envahit tout, les pores de la peau et les images du vague à l'âme. J'ai appris depuis peu que Moira l'avait invité lors de la soirée au RAH, et je ne sais ni quoi en penser, ni quoi en dire. Je suis sombre, et c'est avec un automatisme confondant que j'ajoute sur un ton de velours :
_ Ça ne te plairait pas, c'est mort tout ça. Mort.
Le choix de mots est terrible, il me confond moi-même, je bats des paupières un instant, sortant de mes songes trop anciens. C'est mort. Mort. Mort. Tous ces sentiments pour une autre... Les plus anciens, les pires, les plus récents aussi. J'ai presque honte car les chanteurs composent toujours pour des femmes qu'ils finissent par tromper. Peut-être qu'Eleah devrait prier pour n'avoir jamais de chanson d'amour dont elle soit l'objet. Ce que j'ai commencé à écrire pour elle, je crois, oui pour elle, j'en suis certain, ce n'est pas de l'amour. Ce n'est pas tout à fait cela. C'est peut-être pire. Je suis gêné, mais je rectifie, en me penchant à son oreille, juste pour qu'elle soit la seule à entendre :
_ Si tu y tiens cependant, il faudra monter les enchères, le tutu rose ne suffira pas. J'exige aussi les prestations les plus anciennes, quand tu ne savais pas feindre aussi bien qu'aujourd'hui.
L’oeillade est venimeuse. Quand tu étais encore dans cette enfance fragilisée par tout ce que tu ne veux pas dire, ni avouer. Dans tout ce que je perçois mais que je ne sais pas encore. Il me faut quelque chose d'équivalent aux sentiments que je devrais lui céder en retour, les plus naïfs et les plus maladroits. Les plus absolus qui soient.

Je vois à peine ma soeur partir, mon esprit en points de suspension, sur les échos qui emplissent ma tête. J'ai envie de quitter les lieux, de déserter la fête, de la renier en partie pour l'en arracher à mes côtés, l'élire dans un après qui peint un très fragile sourire :
_ Je te laisse tes secrets pour l'heure. Après tout, c'est l'aube d'une nouvelle année, c'est le temps des résolutions.
Je ne les caractérise pas, ni bonnes, ni mauvaises. Aussi absolues que ces sentiments qu'elle évoquait dans mes chansons. Je ne lui réponds pas parce que l'évidence me frappe, me fait serrer ses doigts dans la paume de ma main, l'emmener, la plonger dans cette foule qui trop compacte ne nous reconnaît plus ou bien se plaît à nous ignorer. Paul, qui demeure toujours en faction devant la porte de service, s'efface sans un mot lorsqu'il comprend que mon cheminement m'entraîne dans le couloir en béton armé, le son retombe soudain, sur le bruit de la porte qui semble se sceller. On croirait un tombeau, parce qu'il fait noir, que seule la lampe qui indique l'issue de secours nous gracie de ses lueurs rouges. Ses lèvres paraissent presque noires, et je n'attends qu'un seul pas pour saisir ses épaules, faire remonter mes mains autour de son cou, l'embrasser de nouveau dans l'intimité de ces ténèbres familières. J'appuie mon coude pour appeler l'ascenseur, ça n'est pas très long, c'est juste le temps d'apposer mon front contre le sien, puis reprendre sa main pour l'emmener dans la cage chromée, où le miroir est légèrement teinté par la tonalité tamisée de l'éclairage. Il y a eu peu de gens, ici, avec moi, peu de gens, peu de femmes, presque personne en réalité. J'ai toujours ce sourire sur le visage, et aucun mot pour l'accompagner, parce que je laisse la musique refluer, et avec elle tous ces autres souvenirs, qui continuent de me hanter. Je penche la tête sur le côté, comme pour l'inscrire dans le décor, me souvenir d'une impression, du parfum de sa peau, du reflet des perles de sa robe dans le miroir, et ses yeux dans les miens. Mon sourire est plus appuyé. Oui. C'est une image que j'emporterai avec moi. Je finis par hausser un sourcil avant de dire, presque trop bas :
_ Mon antre... Tu as imaginé quoi ? Des tons noirs, et une lumière exsangue ? Des chaînes peut-être ? Les chaînes c'est galvaudé cependant, à part chez certains milliardaires qui ne savent plus quoi inventer.
L'ascenseur rouvre ses portes, nous sommes au trentième étage, le couloir est de nouveau désert mais c'est parce qu'il n'y a que moi ici, une seule porte au bout du couloir, dès lors qu'on a tourné à l'angle, une seule porte sécurisée sur un mur blanc. Je déverrouille, mes épaules jouent sous le tissu de ma veste, je conçois une sensation pleine d'appréhension. Je n'ai pas peur qu'elle n'aime pas, plutôt de ce que cela voudrait dire, de l'emmener ce soir, plutôt qu'un autre. Avant de partir. Je tais mes questionnements, entre dans le penthouse puis la laisser me suivre en lui tenant la porte. Les persiennes sont relevées, une attention de Maria sans doute, pour que je me sente bienvenu dès lors qu'il me faudra rentrer ici. Elle a laissé un mot sur le frigo, que je lis au détour d'un coup d'oeil. "Je n'ai pas fait les courses, Querido, de toute façon tu ne manges pas." Je secoue la tête puis m'appuie sur le bar, avec cette fausse nonchalance, dessine un geste comme pour l'inviter à prendre ses aises. Londres exhibe sa vie nocturne, à perte de vue, et le ciel noir, si noir parce que les étoiles ne s'y devinent pas, semble enclaver l'appartement. Le rack contenant les guitares n'a jamais été aussi vide, elles sont toutes dans le camion dédié à nos instruments, mais quelques-unes demeurent, les plus anciennes, celles que je n'utilise presque plus. Et en dessous, le mur porte toujours cette balafre, qui court et lézarde la peinture. Quand ça allait vraiment mal. Cela remonte un peu maintenant, la violence s'est assouvie ensuite sur la chair de la productrice, parce que le revêtement, sans doute que ça n'était pas assez. Pas assez. J'ai refusé de faire restaurer le mur, je veux me souvenir, je veux voir les stigmates de ce qui s'est passé. Je ne me laisserai pas le loisir d'ignorer qui j'ai été cette nuit-là. Qui je suis. J'ai croisé les bras malgré moi, en défense, mais mes yeux ne la quittent pas, le sofa, le piano, du noir, du blanc, un intérieur binaire comme ma veste. Seuls les quelques tableaux d'art semi-abstrait égayent un peu les murs, à l'opposé du rack des guitares. Ce sont les oiseaux de Park Lane. En noir et en blanc. Comme elle aimait les photographier. La porte coulissante vers la chambre est restée grande ouverte. Le guéridon, juste à côté, sous les tableaux, organise mes obsessions, il s'y aligne mon dernier paquet de clopes, les clefs de la moto, la facture du machin que j'ai oublié de payer, un stylo, tout cela dans un ensemble très rectiligne, tandis que les alentours du piano, que Maria a ordre de ne pas chercher à améliorer sont dans un foutoir artistique très tranché. Il y a des partitions, des notes, des lignes qui représentent des harmonies, ces dessins géométriques que je fais quand je réfléchis. Je la regarde toujours.
_ Je t'ai souvent souhaitée ici.
Ma voix flotte jusqu'à elle dans cet espace immense. Si vide au fond. Si vide. Je l'ai souhaitée quand elle ne me parlait plus, juste avant nos retrouvailles en France. Au retour également. Puis depuis dans ces heures pleines d'une solitude infligée. Ce silence qu'elle n'habitait pas, qu'elle aurait dû parcourir de ses humeurs solaires. Avec cette liberté qui lui est si propre, sa façon de frôler, ma peau ou les objets, sa façon d'offrir aussi, les regards pleins de candeur qu'elle tourne sur notre alliance. Elle n'en distingue ni les troubles, ni les complications potentielles, elle n'a jamais fréquenté personne comme ça, elle s'est toujours invitée dans l'existence en passagère. Une passagère que d'autres ont dû vouloir enfermer. Ou bien enchaîner. Sans comprendre que rien ne saurait la contraindre ou la contenir. Alors l'espace fléchit ses lignes pour s'adapter à elle. Sous mes yeux sa silhouette fleurit les détours qu'elle ébauche. Folie conjointe qui s'exprime si différemment. Je me souviens des imaginaires déployés dans mes silences appliqués. J'ai parfois tourné la tête pour la chercher assoupie, comme dans cette chambre d'hôtel. Mais elle n'était pas là. Car je ne l'avais pas invitée. Je ne l'ai jusqu'alors jamais invitée ici. Pourquoi... Pourquoi ? Ni la coke qu'on distingue encore sur le glacis du piano, ni les cauchemars ne l'auraient effrayée. Je ne pense pas. Pourquoi ai-je souhaité t'épargner quand tu t'abandonnes dans mes bras dès que tu y échoues ? Que tu prolonges certains de mes regards sur cet avenir que tu es parfois seule à distinguer ? Pourquoi ?
_ Je ne vais pas dire au revoir. Pas demain. Je ne sais pas faire ça. Je ne sais pas donner de dates, ou dire quand je reviendrai. Je déteste l'organisation qu'il faut subir, et cet emprisonnement sur une route interminable. Et en même temps j'ai l'envie de partir. J'ai tant besoin de partir. Je ne voulais que ça avant que l'on ne se trouve. Partir, et en finir avec cet album.
En finir avec cet album. En finir tout court. Je ne devrais pas le lui dire. Je ne devrais pas le lui cacher. Les mots se sont échappés. Partir. Je répète :
_ Je ne vais pas dire au revoir.
Parce que tu le sais déjà. Tu sais déjà que je ne suis pas certain de revenir. Qu'une part de moi ne le souhaite pas. Que brûle pourtant le besoin de reparaître pour t'envahir encore. T'abandonner de nouveau. Être à toi pour être enfin. Ou bien disparaître au creux de tes souvenirs.
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