"Fermeture" de London Calling
Après cinq années sur la toile, London Calling ferme ses portes. Toutes les infos par ici Le concert, ce jour-là, sur Oxford Street #2 - ft. Alistair H. Pratt 2979874845 Le concert, ce jour-là, sur Oxford Street #2 - ft. Alistair H. Pratt 1973890357
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Le concert, ce jour-là, sur Oxford Street #2 - ft. Alistair H. Pratt

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() message posté Sam 2 Juin - 5:55 par Invité
Oxford Street, 13h27, un jour férié à la température clémente. Ça ressemblait à une blague au début, mais quelqu'un dans un beau jour ensoleillé avait tiré la bâche qui se trouvait sur un objet qui depuis quelques jours s'était adossé au mur d'un édifice. Les yeux des passants s'étaient arrondis quand ils avaient vu que la housse noire cachait en fait un piano vert à pois roses.

Les quelques passants avaient commencés par le fixer, les plus pressés s'étaient vite lassés. Une première dame s'était avancée, incertaine et en regardant son amie, elle y avait posé les doigts. S'en était vraiment un, en avaient-ils déduits, malgré sa couleur loufoque. Son expérience ne dépassa pas quelques notes, puis une autre jeune femme s'était approché et avait joliment joué Für Elise. Quelques curieux s'étaient mis autour d'elle, émerveillé par sa façon d'y mettre son coeur. Il est rare pour le commun des mortels d'avoir droit à des concerts de piano privé quand l'on est ni ami avec un pianiste, voisin d'un pianiste ou musicien soi-même.

Le garçon qui la suivi était plus jeune, ses doigts malhabiles tentèrent de trouver les notes de la célèbre Moonlight Sonata. L'auditoire changea, ceux qui avaient appréciés le talent de l'artiste précédente firent place à des gens qui trouvèrent davantage d'intérêt à voir le garçon lui-même expérimenter : c'était un spectacle adorable.

Un homme grasset dans la trentaine s'approcha de lui avec un sourire bienveillant.

" Tu veux qu'on la joue ensemble? " demanda-t-il d'un voix douce au jeune qui dans un mélange de gêne et d'admiration, accepta.

Jack alla s'asseoir à côté de lui et commença par lui montrer comment placer sa main. Réceptif, le jeune corrigea tout de suite le tir et rejoua les quelques notes que son oreille connaissait bien du début de la chanson. L'adulte lui montra l'accord de sa main gauche qu'il répéta avec brio. Tous deux émerveillés l'un par l'autre, le jeune Logan comprit très vite le jeu de main qu'on lui montrait, Jack contrôlant les pédales à sa place.

Sa mère sortit de la boutique qu'elle était partie voir, tous deux se dirent au revoir.

Jack brûlait d'envie de continuer à jouer, comme toujours. Il commença par se lever, s'éloigner du piano et voyant que personne ne le prenait, que les gens qui se trouvaient autour se regardaient avec gêne, il s'y installa. Il regarda une des dames, lui demanda ce qu'elle avait envie d'entendre. Charmée, elle lui dit adorer Chopin.

Ça tombait bien, il en avait bien envie lui aussi.

"J'adore. Je vais vous jouer Op.25 numéro 12, l'océan de Chopin. Elle me manque bien. "
dit-il avant de se mettre au travail sur le piano qui ne se fit pas prier pour résonner.

Le pianiste entra un peu dans sa tête, les yeux clos ou ouvert sur le vide, rendant chaque notes qu'il connaissait par coeur avec exactitude, sans aucune partition pour soutenir son jeu. Tout sortait de sa mémoire, l'homme tantôt trop timide pour réquisitionner l'instrument s'était transformé en diable qui se mouvait de droite à gauche au dessus de ses mains. C'était une de ses pièces préférées qui signifiaient beaucoup pour lui, tant la jouer que l'écouter le chavirait. La résonance du piano et son coeur ne faisaient plus qu'un.

Ses doigts eurent à peine fini qu'il enchaîna tout de suite avec la grande valse brillante en mi bémol un du même compositeur après un court regard vers la dame qui semblait avoir du mal à raisonner devant le fait qu'elle était tombée, par hasard, sur un concert gratuit d'un homme qui avait dû jouer pour bien plus que quelques oreilles curieuses en pleine rue. Autour de lui s'étaient rassemblés des gens de toute sorte. Certains associèrent la manigance du piano à la présence de Jack Thatcher, d'autres comprirent que les hasards de la vie sont parfois à savourer quand ils passent, point, mais dans les deux cas, une bonne partie d'entre eux sortirent leurs appareils photos. Rien de tout cela ne sembla le perturber alors qu'il flottait dans son imagination. Enfin, il était à l'aise. Enfin, il se sentait bien, comme ça, en pleine rue avec tous ces gens autour de lui alors qu'il leur offrait le meilleur de lui-même.

Quand il eut terminé, laissant ses doigts immobile sur les touches alors que l'instrument fournissait ce qui était les dernières vibrations de sa valse, les applaudissement lui firent monter un agréable frisson chaleureux dans le dos. Il sourit, se leva, puis leur fit une petite révérence, acceptant par la même toute cette reconnaissance. Ce qui devait être une marche bien normale sur Oxford Street s'était vite transformé en une situation tirée d'un de ses rêves les plus fous. Ce qui devait être un après-midi tranquille en était devenu un qu'il n’oublierait pas de sitôt.

Jack s'éloigna du piano, curieux de voir qui le reprendrait après son petit concert. Une autre jeune fille s'en approcha, pianota quelques notes, puis prit la poudre d'escampette. Personne n'osait plus le reprendre...

Il s'avança une nouvelle fois vers l'instrument.
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Alastair H. Pratt
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() message posté Sam 2 Juin - 9:44 par Alastair H. Pratt
Un double-espresso bien serré en main, un clope au bec et un veston sous bras, Alistair s’était enfin décidé à prendre un peu d’air. Depuis quand n’était-il pas sorti dehors, au soleil? Depuis combien de temps ne s’était-il pas accordé une balade en pleine lumière?

Il ne s’en souvenait plus. Entre les nuits blanches frénétiques à composer, entre les travaux et les examens de fin d’année et les après-midis éreintantes, enfermé entre quatre murs au Viper Room avec Wilde qui le poussait au-deçà de ses propres limites… Alistair ne voyait plus le jour. Il ne voyait plus grand chose, à vrai dire. Il avait l’impression d’être devenu un vampire. Bientôt, il ne verrait même plus son reflet dans le miroir. Mais c’était toujours mieux que de se sentir comme un cadavre purulent, non?

Wilde lui avait donné rendez-vous à 10h dans le backstage du club, comme d’habitude. Le jeune homme était arrivé à midi, par expérience. Wilde ne se levait jamais, le matin. À treize heures, Alistair s’était résigné à cogner à la porte de la tour d’ivoire de la star. Pas de réponse. Soit Wilde cuvait solide, soit il était mort d’une overdose durant la nuit ou encore, il avait tout simplement déserté leur rencontre. Peu importe, il n’y aurait pas de torture aujourd’hui.

Avec un coup de blues, Alistair accueillit sa liberté temporaire avec une drôle de déception. La sensation du verni doucereux des touches d’ivoire sous ses doigts était plus pernicieuse que toutes les drogues au monde. Il quitta le Viper Room d’un air absent, comme un camé en manque de dope.

Verres fumés (avec prescription) sur les nez, pour se protéger de l’astre qu’il avait trop pu vu au courant des dernières semaines, il arpentait la foule humaine à contre-courant, sur Oxford Street, en se cherchant une raison d’être.  Sans doute aurait-il du utiliser ce temps inespéré pour aller chez Harrods, se chercher un nouveau veston. Mais le souvenir de la laine de sa dernière veste, imbibée de sang lui donna la nausée. Au diable les bouts de tissus. Il avait besoin d’air. Et de musique. Mieux valait flâner sans but.

Et puis les notes, mêlées aux conversations trop ordinaires, le pétrifièrent là, en plein milieu du passage piéton. Un piano. Un piano balafré, désacralisé et abandonné là sur le trottoir et qui acceuillait les mains vagabondes venues le faire revivre, l’espace d’une fausse note ou d’un morceau entier.

Un type là, y jouait du Chopin depuis des lustres et des lustres. Alistair connaissait l’air. Il jouait plutôt correct, le mec. OK. D’accord. Non. Il excellait au piano. Le jeune homme lui envia cette extase d’être seul, au travers de la foule avec son intrument. La bouche sèche, il regarda les mains de l’homme papillonner sur les vieilles touches blanches écaillées avec une frivolité et une passion qu’il avait rarement vues. Quand l’homme se détacha enfin de l’instrument, Alistair resta immobile, le souffle court. Trop longtemps. Lorsqu’il réalisa que l’instrument était enfin libre, il voulut se tailler un chemin pour le conquérir, tous ses membres tremblants d’excitation. Un piano. Un piano et tout un auditoire juste pour lui. La liberté de jouer n’importe quoi, sans avoir rien à prouver à quiconque.

Mais Alistair ne fut pas assez rapide. La foule était bien trop avide et ses coups de coudes lui valurent quelques brailleries. Déjà, le virtuose se rassoyait. Dieu qu’il comprenait l’impossibilité de se détacher, le besoin de toujours jouer. Mais Alistair n’en pouvait déjà plus. Oh et puis merde!!! Ce tas de graisse devrait partager et puis c’est tout!

Sans préambule, il posa son gobelet de café sur le couvercle du piano et inspira une dernière bouffée de nicotine avant de jeter son mégot dans le caniveau. Avec un sourire à la fois angélique et sibyllin, il pointa le banc que l’homme occupait seul depuis bien trop longtemps, en haussant un sourcil, les yeux toujours cachés sous ses verres noirs.

« On change de répertoire. Tu les as assez endormis, avec tes petites vieilleries. Allez. Mettons les sixties, pour ne pas trop te dépayser. American Pie de Don Maclean ou La valse à mille temps de Jacques Brel? Tu choisis! Et pousse un peu ton gros cul que je puisse m’assoir! »
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() message posté Dim 3 Juin - 2:11 par Invité
Jack, devant l'absence de volontaires pour continuer le concert public qu'il avait commencé avec d'autres gens, s'assurant de laisser amplement le temps à quelqu'un d'interrompre son élan, prit place une nouvelle fois sur le tabouret de bois devant l'instrument aux couleurs foudroyantes. La dame qui lui avait demandé Chopin était partie, or il se permit de sortir son propre répertoire une pièce classique gaie et légère qu'il a composé il y a des lustres, mais qu'il aimait bien dépoussiérer de temps en temps. Les oreilles autour de lui semblèrent apprécier, tout en se creusant la tête à savoir qui avait bien pu la composer, celle-là. Elle pouvait ressembler à du Haendel.

Une forte odeur de cigarette lui fit comprendre que quelqu'un se tenait à côté de lui. Malgré les buildings et la foule, la parcelle de vent qu'il restait la fit dériver sur lui, comme si par un quelconque enchantement elle avait été attirée par ses vêtements et ses voies respiratoires. Jack marqua une pause. Un cup de café était apparu aussi sur le dessus du piano repeint.

Un jeune homme d'une quinzaine d'années plus jeune que lui en apparence, au teint clair et aux yeux cachés par des verres fumés se tenait à côté de lui. Sans doute voulait-il la place, il lui laisserait volontiers.

À la place, l'étranger lui parla, non sans rudesse.

Le tempérament de Jack n'était pas de ceux qui toléraient bien les commentaires sur son poids. Il eut honte aussitôt son gabarit mentionné. Il figea un moment, incertain des intentions de celui qui l'avait interrompu. Son cerveau ramait. Devait-il processer un tas de double sens ou prendre tout au premier degré? Après trois secondes d'analyse, il haussa les sourcils, bouche bée encore et tassa son gros cul, décidant de ne prendre au sérieux que le commentaire sur son poids, le reste étant dit de cette façon qui doit être pris avec un grain de sel. Somme toute, il avait raison : Chopin n'en restant pas moins qu'un génie, était mort depuis trop longtemps. Les sixties... et Jacques Brel. Oui, il avait bien entendu parler l'étranger de la valse à mille temps. Le rire de Jack s'expliqua par cet amusement devant l'expression de son choix de pièce.      

Puis pour son gros cul... il avait juste raison.

Une fois eut-il laissé de la place au nouvel arrivant en tapotant sur le banc à côté de lui, l'accueillant avec plaisir ainsi qu'une dose d'anticipation qu'il posa ses mains sur l'instrument et commença à la lui offrir de mémoire, modifiant après quelques temps sa façon de la rendre ; un début timide auquel il ajouta les rondeurs de la France. Il contrôla le jeu de pédales, pour l'instant.

Ses quelques mots, animés par son sourire, sortirent dans un parfait français. Les britanniques en savaient au moins autant, c'était sûr qu'il serait compris...

"Jacques Brel pour toi, mon ami. J'adore la valse à mille temps..."


Afin de lui permettre de l'accompagner, Jack se saisit des octaves plus graves dans une invitation à jouer avec lui.

Il reprit en anglais.

"Je suis surpris de voir un jeune comme toi me sortir du Brel, mais c'est intéressant. Deux de mes nièces ont environ ton âge et n'ont rien de ton ouverture d'esprit. C'est Ellie Goulding et la petite brunette... Ariana Grande, et c'est pas mal tout. Oh et Havana, la chanson qui passe tout le temps à la radio. Et Zayne Malik. C'est bien la musique pop, mais ce n'est pas tout. " dit-il d'un ton qui se voulait léger, sa voix juste suffisamment forte pour être entendue avec le piano.

Pendant quelques secondes, il s'était permis de porter attention à l'apparence de celui qui avait demandé de partager le banc avec lui et en quelque sorte, il l'enviait. Il était jeune, beau, très beau, il portait de ces vêtements qui coûtent relativement cher. Il devait avoir du succès, ou encore profitait-il de l'argent de ses parents. Étais-ce une de ces stars qu'aiment ses nièces? Peut-être, sa culture musicale était bonne, c'était possible. Il parlait mal, comme si la place lui appartenait et n'hésitait pas à nommer ce que les gens n'aimaient pas entendre, quoiqu'il s'agisse d'une évidence. Comme son...

Alors que ses doigts faisaient encore résonner l'instrument, il essayait de ne pas penser à ses mots sur son poids. C'était plus plaisant ainsi.

Un moment passa où il ne fit que s'amuser, simplement.

" Si tu as envie de quoi que ce soit qui se joue à quatre mains, je te suis. Ça va me faire sortir de ma routine, il y a longtemps que je n'ai pas eu d'autres mains pour m'accompagner. Ça me manquait. " admit-il en toute sincérité au jeune étranger.

L'invitation était lancée. Juste d'énoncer le défi qu'il venait de lui donner et sur son visage luisait une joie qu'il y avait longtemps qu'il avait ressenti. Les gens, puis ce mec. Un connard ou un gars intriguant, il avait du mal à se faire une tête, mais d'une manière ou d'une autre, il allumait quelque chose en lui. Il l'ébranlait, le faisait se sentir en vie de la meilleure et la pire façon.

Jack, trop self conscious maintenant malgré ses efforts à laisser le commentaire glisser hors de sa tête, tenta de redresser sa posture pour que son ventre soit moins mis en évidence. Même si le jeune avait raison et qu'il refusait de se l'avouer pleinement, il prenait durement le commentaire, au fond de lui une voix abattue lui répétant : "c'est donc comme ça que les gens te voient..."
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Alastair H. Pratt
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() message posté Mer 6 Juin - 8:55 par Alastair H. Pratt
C’était probablement dû à son milieu social où les joutes verbales et les sarcasmes pernicieux se ponctuaient au fil des échanges les plus banals ne serait-ce que pour offrir ou demander une tasse de thé ou de passer le sel. La moindre demande devait se faire en conquérant si on ne voulait pas paraitre faible. Le jeune homme l’avait compris très tôt. Si son language sulfureux ne plaisait pas à tous - et en particulier à sa mère qui prenait des airs horrifiés à chaque fois qu’il ouvrait la bouche - il avait au moins l’art d’être tranchant dans toute sa splendeur et sans équivoque : Alistair prenait ce qui devait lui appartenir.

Lorsque le pianiste lui fit de la place sur le banc, en le tapotant aimablement, le jeune musicien le dévisagea avec un brin de méfiance. Comment un vrai musicien pouvait accepter aussi facilement de partager son instrument? Il s’était attendu à une guerre d’insultes pour obtenir son droit à faire voler ses mains sur le clavier d’ivoire. Pas à une invitation. Presque contrarié, il enleva ses verres fumés et les posa sur son crâne pour mieux dévisager l’étranger de ses yeux pâles. Une bouille somme toute agréable à regarder avec ses rondeurs, sympathique et avenante sans la moindre once d’arrière-pensée. Alistair soupira et baissa les armes, non sans tâter une dernière fois du tranchant de la langue son camarade de fortune.

« Ariana Grande ? Elles ont quel âge, tes nièces? Quinze ans? Il n’y a que les fillettes qui aiment ce genre de truc. Je ne connais pas les noms que tu mentionnes. Encore des accords répétitifs et des paroles vides, je suppose? »

Il secoua la tête d’un air navré et prit place au piano, à côté du bonhomme. Il eut tôt fait d’arrêter le musicien de jouer l’air revendiqué, avec deux, trois notes discordantes, pianotées au hasard pour mieux saboter le début de partition trop parfait, avant de lui offrir un sourire angélique et un ton qui se voulait plus diplomate, dans un français aussi impeccable que celui avec lequel le pianiste l’avait abordé.

« Heyyyyy là! Mais qu’est-ce que tu fous, dis? Jacques Brel, ça ne se fait que se jouer. Ça se chante et ça se rugit. Sinon, ne joue pas du Brel. Tu voulais un quatre mains, c’est ça? Tout se joue à quatre mains sur un piano avec un peu d’imagination et de tempo. On recommence depuis le début. »*

D’une main agile, il entama lui-même le début léger de la chanson en regardant son comparse droit dans les yeux et plaça doucement sa deuxième main sur le clavier.

« One, two, three…»

Il attendit que l’autre comprenne et enclenche l’air avec lui pour prendre une grande inspiration et faire voler ses longs doigts sur le clavier et répéter le début un peu désaccordé du morceau et entonna le début faussement hésitant de la chanson avec dextérité.

« Au premier temps de la valse
Toute seule tu souris déjà
Au premier temps de la valse
Je suis seul, mais je t'aperçois
Et Paris qui bat la mesure
Paris qui mesure notre émoi
Et Paris qui bat la mesure
Me murmure murmure tout bas… »
**

Alistair avait bien conscience que son français et sa voix laissaient parfois à désirer lorsqu’il chantait. Erwan, le batteur, l’avait assez souvent nargué sur sa voix un peu nasillarde et éraillée par la cigarette qui ne se comparait en rien avec celle du chanteur de son petit groupe. John, lui, avait une voix splendide. Grave, ponctuée et suave. Mais Brel fumait comme une cheminée lui aussi, de son vivant. Et Our Lady Peace avait fait une carrière fructueuse, malgré la voix de leur chanteur. Non. Grâce à la voix de leur chanteur. Alors le jeune homme avait bon espoir de pouvoir tout de même s’en tirer pas trop mal, pour un concert impromptu en pleine rue en compagnie d’un bon pianiste. Il ne put s’empêcher de faire un sourire ravageur à son coéquipier qui jouait ses notes graves en harmonie avec le papillonnement des notes plus aigues que le jeune homme extirpait du vieil instrument.

« Pas mal! Voyons si la vitesse ne tuera pas notre rythme! »


Et il se mit à jouer et à chanter un brin plus vite avec un clin d’œil amusé vers le pianiste.

« Une valse à trois temps
Qui s'offre encore le temps
Qui s'offre encore le temps
De s'offrir des détours
Du côté de l'amour
Comme c'est charmant
Une valse à quatre temps
C'est beaucoup moins dansant
C'est beaucoup moins dansant
Mais tout aussi charmant
Qu'une valse à trois temps ...»
**

* En français, dans le texte.
** Paroles de la Valse à Mille temps, de Jacques Brel
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() message posté Jeu 7 Juin - 20:11 par Invité
Il n'y avait donc aucune finesse en lui. C'était un bien plate constat considérant que Jack, en l'observant, souhaitait de tout coeur que Carl devienne aussi beau que lui en grandissant. Il aurait aussi souhaité la même chose à son frère, s'il avait pu. La nature en avait décidé autrement le concernant et il avait porté sa croix. Sa confiance en lui en avait fait une beauté que l’œil ne peut juger en un seul coup sur une photo. Il fallait le voir pour le croire... son charisme était de ceux dont on se rappelle. Le jeune homme qui venait de s'asseoir à ses côté, lui, avait la beauté. Jack observa calmement de son langage, qu'il avait besoin de cette première impression mémorable afin de contrôler la pensée des autres. Il avait connu quelques gens comme ça, par le passé. Une de ses étudiantes quand il avait tenté de donner des leçons privées de piano avait cette façon de faire une première impression violente comme un boulet de canon, mais il était clair que tout le monde se rappelait d'elle de la même façon, ensuite. Ça, il avait mis du temps à le réfléchir, mais une fois cela fait, il avait commencé à voir le monde différemment. Le premier abord aux étrangers témoigne souvent de cette façon que l'on désire être perçu. Une personne qui donne sa place dans un bus en grande cérémonie galante à une personne âgée est souvent seule et a besoin de reconnaissance. Celui qui la bousculera à la place a besoin de contrôle, il n'est pas rare qu'il en manque dans sa propre vie.

Jack, lui, avait besoin de cette ouverture et cette douceur qu'il offrait aux autres et de beaucoup... beaucoup de cette patience qu'il donnait sans limite, parfois même.

Toute ces réflexions se firent silencieusement dans sa tête en dedans de trois secondes à coup de souvenirs, le chemin se traça très rapidement dans ses neuronnes.

D'abord, il porta attention à ce que le jeune homme avait à dire concernant les musiques populaires actuelles et cela le fit sourire. En fait, c'était typique d'un jeune qui n'avait pas encore bien élargi ses œillères, qui ne saisissait pas que cette musique avait été construit par celle d'avant et était la fondation de celle de demain. Il en avait si long à débattre sur le sujet...

"Je vais être obligé de ne pas être d'accord avec toi sur ce point. " dit-il calmement, tout à fait à l'aise de ne pas partager son opinion et de le verbaliser.

Quelques notes anarchiques vinrent l'interrompre et il su que ce n'est pas de cet façon que le jeune à la peau claire voulait continuer. Loin d'en prendre offense, il écouta - avec surprise, dans la langue de sa mère - une nouvelle fois ce qu'il avait à dire, puis comprit qu'il voyait les choses autrement. Comme un rappel, ses mots lui confirmèrent en fait qu'il avait besoin de mener la danse. Un seul détail l'agaça et comme il n'eut pas envie de le partager avec les gens autour d'eux, il s'exprima encore dans la langue de Molière.

"Je vais être encore obligé de ne pas être d'accord avec toi sur ton affirmation concernant les quatre mains. Je ne crois pas que tout se joue à quatre mains. Certes, si l'objectif est d'offrir une performance basée sur l'habileté des pianistes à jouer à quatre mains, mais quand tu auras une chance, va lire la thèse de Jack Thatcher sur le sujet, tu peux la trouver en ligne. Il a étudié le silence et justement, l'importance du minimalisme musical et lyrique et l'impact que ça a sur une foule, la tension de l'oeuvre minimaliste, l'anticipation et il a composé suite à son étude un récital de trois heure qu'il a... enfin tu iras lire. Je pourrais en parler encore longtemps. Jouons plutôt, je te suis. "

Ses iris bleu  se plantèrent dans ceux de même couleur du jeune. Il ouvrit grand ses oreilles, puis quand il comprit sa direction, ses doigts intégrèrent graduellement la musique à leur tour. Ce bien être qu'il ressentait de connecter son élan à celui d'un autre était tout simplement indescriptible. C'était bon, doux et rassurant même s'il attendait de lui moins de dentelles et plus d'énergie. Comment apprendre à connaître un inconnu en deux minutes... il n'y avait que les pianos pour nous offrir ça. Puis ça avait le don de briser sa solitude comme rien d'autre ne l'avait fait depuis un bon moment. Puis il adorait cette chanson. Puis ils étaient sur Oxford Street, mais un vent parisien le rafraîchit aussitôt qu'il se mit à chanter en français. Ces balades sur les Champs-Élysées lui manquaient. Sa gorge était déjà épuisée par la cigarette, mais il adorait l'énergie qu'il y mettait. C'est comme si en voyant la couleur de sa voix, Jack avait compris d'un seul coup qu'il l'avait agencé volontairement à sa propre couleur au grand complet. Lui aussi la chanta dans sa tête, parfois regardant ce qu'il faisait, parfois regardant cette jeune personne qui semblait bien s'amuser.

Il l'encouragea à aller plus vite, exactement comme elle avait été écrite. Le clin d’œil le fit grandement sourire et il lui hocha la tête. Il était heureux d'avoir été invité dans son univers. Les mains de Jack obéirent, puis il se mit à chanter avec lui. En contraste, sa voix était beaucoup plus clair, sensiblement de même tonalité à l'accent beaucoup plus français que le siens. Somme toute, malgré sa clarté, il lui semblait que celle de l'autre pianiste avait davantage de charisme. Il avait rarement chanté avec son piano. La partie lyrique des pièces qu'il interprétaient étaient frappées du bout des doigts. Mais aujourd'hui, le monde n'existait plus à l'exception de son instrument, sa voix et l'imaginaire d'un pur étranger.

Le rythme tint le coup. Il l'avait souvent jouer pour sa grand-mère qui alors la chantait gaiement, donc les paroles lui étaient bien familières. Il l'avait chanté avec cette même enthousiasme léger, espiègle presque.

Vers la fin, les quatre mains des pianistes malmenaient le pauvre piano d'une passion que sans doute n'avait-il jamais connu vu la couleur qu'il portait aujourd'hui. Pour l'instrument, la rue était le dernier endroit où il passerait avant le dépotoir. Ici au moins, il courrait la chance d'être gâté une dernière fois de pianistes dont le cœur brûle d'amour pour lui. Le piano vert à pois roses donna toute les résonances qu'on lui demanda sans broncher une seule fois, comme s'il avait attendu ça toute sa vie. Devant lui, Jack aussi donnait tout ce qu'il avait dans le ventre. Sans la vibe de son acolyte, il n'aurait pas eu cette chance de sortir de ses propres sentiers battus.

" Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Une valse a mis l'temps
De patienter vingt ans
Pour que tu aies vingt ans
Et pour que j'aie vingt ans
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Offre seule aux amants
Trois cent trente-trois fois l'temps
De bâtir un roman

Au troisième temps de la valse
Nous valsons enfin tous les trois
Au troisième temps de la valse
Il y a toi, y a l'amour et y a moi
Et Paris qui bat la mesure
Paris qui mesure notre émoi
Et Paris qui bat la mesure
Laisse enfin éclater sa joie.

Lalala, la, lalala! "

La chanson terminée, il canalisa l'énergie qu'il avait lancé à chanter dans ses mains qui en demandèrent encore un peu au vieil instrument. Quand la pièce s'acheva, il rendit un regard en direction du jeune, puis il hocha la tête, lui faisant signe de son intention de fermer la pièce d'un coup.

"Et la, la, la! "


Le dernier "la" signifia la fin de la pièce. Ses mains venaient de donner ses derniers accords en fortessissimo qu'il lâcha la pédale de droite. Ça avait été plaisant.

La foule autour d'eux se mirent à applaudir, même si une infime partie d'entre eux avaient reconnus la pièce.

Jack se retourna vers son partenaire, revenant à l'anglais.

"Tu es très doué, toute mes félicitations. Je dois m'incliner. Tu as complètement réussi à m'emporter, il y a un moment déjà que je n'ai plus eu le plaisir de jouer à deux comme ça et toi... tu m'as dégourdi. Vraiment. " avoua-t-il en se levant du tabouret qu'ils partageaient.

Il replaça machinalement son haut, s'assurant qu'il couvrait bien son ventre.

"J'aurais joué avec toi toute la journée, mais je crois qu'après trois pièces, les gens voudront aussi profiter du piano. "


Jack lui présenta poliment sa main dans une demande silencieuse d'obtenir la sienne pour une poignée de main courtoise, le sourire aux lèvres. Il avait beaucoup plus d'énergie, maintenant.

" N'oublie pas de lire la thèse de Jack Thatcher, tu vas voir... ça va te montrer une autre facette de la musique que beaucoup de musiciens oublient, malheureusement. Ça sera une belle corde à ajouter à ton arc. "  
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Alastair H. Pratt
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() message posté Dim 17 Juin - 10:30 par Alastair H. Pratt
Alors qu’il allait embrasser le clavier à pleines mains comme un amant qu’il n’aurait pas revu depuis trop longtemps, le mec à coté de lui cita une thèse d’académicien qui l’espace d’un court instant, lui donna l’envie de lui gerber dessus. Pourquoi gaspiller tout ce temps à apprendre à mieux jouer pour écrire des somnifères de ce type? La tension du minimalisme? Et puis quoi encore? Comment pouvait-on gaspiller ses tripes à écrire SUR la musique au lieu de la faire vibrer en soi et de l’exposer au grand jour. Alistair se mordit la lèvre. Il aurait tout donné, tout, pour étudier en musique. Pour faire éclore davantage ses composition et mieux maîtriser son instrument et sa voix. Peut-être apprendre la guitare? Son père avait vociféré comme un animal, lorsqu’il lui demandé des cours de guitare. Déjà que le piano n’était supposé qu’être un caprice d’ado… Et ses études? On lui avait refusé catégoriquement, sans la moindre explication rationnelle autre que tout cela grugeait trop sur son temps d’études. Toute son adolescence et une partie de son âge adulte, Alistair avait dû se contenter, en silence de son heure ou deux de cours hebomadaire, pour parfaire son art et sa symbiose… et ce type en face de lui – Jack Thatcher lui-même, sans aucun doute - avait gaspillé toutes ces années pour écrire un pavé insipide et fallacieux qui endormait surement tout le monde? La jalousie monta à la gorge du jeune homme et il ne put s’empêcher de répondre du tac-au-tac, avec la même fioriture des bas-fonds habituelle.

« Absolument. Et tant qu’à y être, tu liras aussi le mémoire de Sir Harold Gerald A. Pratt III sur l’art du « I don’t give a f*** shit. » Tu verras, c’est très enrichissant et parfois même, très pratique. »

Et il posa – enfin! – les doigts sur le clavier pour rugir davantage les douceurs bourgeoises de Brel. Malgré l’affront, malgré la rudesse de son caractère, l’autre suivait son propre rythme et parfois, le menait davantage. Il fallait avouer qu’il savait mieux jouer que lui. L’expérience sans doute.

Mais Alistair faisait trembler son instrument, parfois avec douceur pour mieux le caresser, parfois avec toute la puissance dont il était capable pour mieux réveiller cette vieille carcasse qui semblait avoir dormi un peu trop longtemps. De la même manière qu’on traite un vieil amant qu’on ne connaît que trop bien. Les gens applaudissaient à tout rompre, un couple dansait même autour d’eux. L’adrénaline eut son emprise et le pauvre piano eut peine à soutenir ses doigts enflammés

Et puis les derniers rugissements retentirent dans sa gorge déjà épuisée et le gosse de riche éclata d’un rire joyeux presque enfantin. Il avait les joues rouges, il le savait et sentait les larmes lui picoter les yeux. Le soleil lui chauffait les épaules et la brise londonnienne raffraichissait son front en sueur. Depuis combien de temps ne s’était-il pas aussi en vie? Des mois…

Et puis l’autre, sans doute exécré, fit sa révérence sur une excuse des plus minables, pour un musicien, en tentant de pousser encore de l’avant sa foutue thèse à la con. Alistair éclata encore une fois de rire.

« Écoute, vieux, si tu me promet que ton Thatcher n’est pas le p’tit neveu de la Dame de Fer en personne, je t’en donnerai des nouvelles de son minimalisme de merde. Juste pour le beau moment qu’on vient de passer. »

Il lui fit gaiement un clin d’œil.

« Je te le promets. »
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