"Fermeture" de London Calling
Après cinq années sur la toile, London Calling ferme ses portes. Toutes les infos par ici Showtime ♪ Alinael - Page 2 2979874845 Showtime ♪ Alinael - Page 2 1973890357


Showtime ♪ Alinael

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Nathanael E. Keynes
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() message posté Mer 20 Juin - 23:09 par Nathanael E. Keynes
- Un quart d'heure ? J'espère qu'il te reste une de cette excellente bouteille de scotch pour m'appâter, sinon je ne réponds plus de rien.
- Evidemment ! Qu'est-ce que tu crois, on est équipés ici !...

C'est dit sur le ton de la dérision, avec de grands gestes théâtraux et des éclats de rire communs, mais au fond, je suis assez sérieux. La vérité, c'est que mon bar me tient beaucoup trop à coeur pour qu'il soit jamais question de rupture de stock - encore moins quand il s'agit d'un des objets de consommation personnelle. Et puis je suis un garçon assez prévoyant, faut dire ce qui est. Dans bien des registres, mais c'est pas la question, passons.

Je le fais entrer, donc, et le laisse rejoindre son groupe comme je prends congé du mien. Je mentirais si je disais que je n'avais pas un peu les oreilles qui traînent vers la table où restent encore son chanteur et son batteur, même si je note que le bassiste s'est éclipsé, comme le mien. Je n'entends pas toute la conversation, musique d'ambiance et brouhaha ambiant obligent, mais je retiens tout de même que ceux qui restent lui font malgré tout faux bond... et j'en suis pas vraiment fâché. Un mot à l'attention de mes collègues, deux verres de scotch emplis, sous les regards insistants d'une latino et d'un tatoué, et j'entraîne un Alistair sans doute aussi impatient que moi vers le fond du bar.

Je suis pas plus conscient que lui du pari qui se trame à l'entrée, de ces billets claqués sur la table, et de l'enjeu qu'on représente, Pratt et moi. Et si je l'étais ? Je sais pas si je changerais de façon d'être. Je sais pas qui j'aurais envie de faire mentir dans l'histoire, non plus... Mais je crois pas que je me retiendrais juste pour faire perdre celui qui parie sur des galipettes dans les toilettes du Lucky Star. A vrai dire... A vrai dire, je crois qu'il a perdu d'avance, seulement parce que tout comme j'avais pas envie de perdre mon job au Barfly et mettais un point d'honneur à partir avec mes conquêtes plutôt qu'à assouvir nos pulsions communes sur place, j'ai pas vraiment envie de faire ça ici. Ou en tout cas, pas dans les chiottes. J'imagine que si ça devait se faire, j'emmènerai plutôt la personne dans mon bureau. Mais à tout prendre, il y a surtout toutes les chances pour que, comme d'ordinaire, je parte d'ici bien accompagné... Et je vais pas dire que l'idée  d'embarquer Alistair après la fermeture ne me semble pas séduisante, bien loin de là. Chez moi ? Peut-être. Je n'ai laissé personne passer le seuil de ma porte, depuis ma rupture, et pourtant, ce soir, ça ne me semble pas aussi inconcevable que d'ordinaire.

A l'observer par-dessus mon verre, en laissant le feu de l'alcool brûler ma gorge, je réalise l'attirance qu'il provoque, et je sais bien qu'elle n'est pas due qu'à son joli minois et à sa silhouette fine moulée dans son jean. Non... Il y a tout le passif commun qui nous lie, il y a cet amour commun de la musique, il y a ces joues qui s'empourprent légèrement - sûrement le whisky, n'est-ce pas ? - cette gêne qui s'empare de lui sous mon regard, attestée par ce sourire timide, ce pouce soudain mordillé nerveusement, ces yeux qui se détournent... J'aurais sans doute tenté une approche, si ça en était resté là, mais il ne m'en a pas vraiment laissé le temps, et comme il se rapproche, les paumes à plat sur la table, je sens bien que l'instant est passé... ou laissé de côté en tout cas. Et je me penche instinctivement en avant à mon tour, un peu comme pour nous mettre dans la confidence... ou juste me rapprocher de son visage, allez savoir.

- Alors, qu'est-ce que tu veux jouer ?
- Vaste question. Tout, n'importe quoi, mes goûts sont larges, et tant que je peux jouer... Bon, j'admets, je suis quand même plus réceptif au rock qu'autre chose, toutes variantes confondues, des vieux de la vieille comme Presley, Berry, ou les Stones, les Clash... en passant par Yes, Oasis... voire même des trucs plus "metal", moins connus et plus récents... Our Last Night, 30 Seconds to Mars, Paramore... Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? Au pire, je connais pas et je te suis...

Tu sens la ferveur dans ma voix ? L'envie de jouer prends le dessus, je pourrais suivre la mélodie sur n'importe quoi à peu près, de toute façon, de ce que j'ai pu constater, je serais assez surpris que tu proposes un registre qui me convienne absolument pas. Je veux "juste" jouer, tripper encore sur mon instrument, laisser la musique me porter, ma voix suivre la mélodie, me sentir vibrer, vivant... Et je connais vraiment pas quarante mille solutions pour ça. Marrant comme les deux qui me viennent à l'esprit se fondent assez bien avec son image dans mon esprit. Et puis un éclair de lucidité - pourtant embrumé d'alcool que je continue d'ingurgiter - me fait sortir mon téléphone, et je fais défiler ma playlist.

- Tiens, si y a des choses qui te parlent là-dedans... Sinon je t'écoute, vas-y, propose, je suis open...

Dans certainement beaucoup trop de sens du terme, d'ailleurs... Je sens bien que l'excitation d'avant concert me gagne à nouveau, et sans doute que l'attrait de la nouveauté s'y ajoute encore, parce que je tiens difficilement en place, un peu trop agité, le regard trop plein d'étoiles à mon tour. Et j'observe ses réactions, attentif au moindre éclat témoin de son intérêt pour un morceau plutôt qu'un autre, espérant un peu qu'il trouve son bonheur... et que cette étincelle s'allume encore un peu plus dans ses yeux clairs, aussi.
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Alastair H. Pratt
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() message posté Jeu 21 Juin - 5:11 par Alastair H. Pratt
L’étincelle dans les yeux de Keynes alors qu’il proposait de jouer tout et n’importe quoi raviva celle dans les yeux d’Alistair. N’importe quoi, hein? Si ce type pouvait improviser, lui aussi. Il avala une autre gorgée de whisky et plissa les yeux pour mieux observer le visage qui s’était rapproché du sien. Il retint son souffle quelques instants avant de saisir doucement le téléphone portable qu’on lui tendait. Leurs doigts se touchèrent et Alistair leva les yeux vers l’autre, plus sérieux que jamais pour croiser son regard. Il n’était pas si dupe. Il savait que Nate le reluquait aussi. Les sourires, les regards en disaient long. Alistair avala sa salive, ses lèvres étaient sèches. Et s’il lui crachait en pleine gueule, juste comme ça qu’il avait vraiment envie de lui mais que ce n’était pas possible? Et si il lui disait qu’il était séropositif là, maintenant, tout de suite? Ça règlerait bien des choses, non? Les faux espoirs mourraient d’un part et autre…

Mais Alistair n’en eut pas le courage. L’instant était trop beau, trop parfait pour la casser d’une triste réalité. Il prit l’appareil entre ses mains et d’un air faussement gamin, pris le sien qu’il dévérouilla pour mieux afficher ses propres piste musicales et poussa l’objet électronique du bout des doigts vers Keynes.

« Presley, les Stones… Oasis? Oh là… là tu parles. J’arriverais même à chanter Wonderwall, s’il le fallait. Erwan dit que j’ai la voix pour. Nous aussi… enfin… moi aussi, je préfère le rock et le métal… Le rock des sixties, les Beatles, Bob Dylan, Led Zeppelin… Le folk aussi mais ils utilisent peu le piano alors… Et des trucs des fins années 90, là où ils croyaient que le monde allait s’écrouler sur lui-même à cause d’une putain de date… tu sais Moist, System of a Down…»

Il eut un petit rire avant de rougir un peu plus en faisant un sourire angélique au joli garçon en face de lui.

« Ne ris pas trop de moi si tu trouve des trucs un peu… cheesy? Je trouve que les pièces accoustiques de Sia, au piano sont excellentes. Bon, on a tous les deux pas tant le timbre de voix pour… J’écoute Hurt de Johnny Cash en loop…et… et ce cover d’Alex Goot me fait brailler à chaque fois…. Tu sais, le truc pop qui est sorti, en septembre dernier… »

Il reprit l’appareil de Keynes et fit défiler du pouce les titres, plus attentif que jamais. Son sourire s’élargit lorsqu’il vit American Pie de Don Mclean et les titres d’Oasis déferler devant ses yeux. Il leva la tête vers Keynes, le regard brillant. Il remit son téléphone à Keynes, repris doucement le sien qu’il serra nonchalamment dans la poche arrière de son jeans, avec un clin d’œil et prit son verre qu’il finit d’une seule gorgée. Il ferma les yeux un moment pour laissr la chaleur de l’alcool et l’excitation du moment à venir prendre possession de lui. La scéne l’appelait. Il réouvrit les yeux pour mieux englober Keynes dans son ensemble et les moments de pure magie qui allait suivre.

« Et si on commençait par Don Mclean, qu’on dérivait un peu sur Oasis… et on voyait où ça nous menait, lôôôve? »
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Nathanael E. Keynes
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() message posté Jeu 21 Juin - 18:03 par Nathanael E. Keynes
N'importe quoi, ouais. 'Tain mec, je vais pas réussir à attendre dix minutes de plus pour voir ce que t'as dans le ventre - ou dans les doigts plutôt - en dehors de ton groupe à ce rythme-là ! Surtout si la tension sexuelle reste aussi forte, parce que clairement, je suis pas le seul, là, hein ? Non, bien sûr que non. Il y a une réserve, mais je vois bien son regard, je vois bien qu'il retient son souffle un instant... Et quand nos doigts s'effleurent, j'ai toutes les peines du monde à empêcher les miens de revenir enlacer les siens. Alors quoi ? D'où ça vient ce mur qu'il dresse ? Est-ce que je me pose vraiment la question ? Un peu. Est-ce que je n'ai vraiment aucune réponse ? Pas vraiment, il y a une réponse dans les paroles de cette chanson inachevée qu'il a finalement jouée ce soir, et si je ne saisis pas forcément entièrement ce que ça représente pour lui, je conçois une partie du problème... même si à mon sens, c'en est pas vraiment un. Peut-être que je devrais crever l'abcès, entrer dans le vif du sujet... pourtant je me tais. Je continue de le regarder comme il consulte ma playlist, et peut-être que c'est un peu lâche, ou un peu intéressé, mais je voudrais pas gâcher la scène qui se profile. Pour rien au monde. D'autant moins qu'il tend son propre téléphone, rentre dans le jeu du partage musical, et je me fais pas prier pour faire défiler les titres sur l'écran.

« Presley, les Stones… Oasis? Oh là… là tu parles. J’arriverais même à chanter Wonderwall, s’il le fallait. Erwan dit que j’ai la voix pour. Nous aussi… enfin… moi aussi, je préfère le rock et le métal… Le rock des sixties, les Beatles, Bob Dylan, Led Zeppelin… Le folk aussi mais ils utilisent peu le piano alors… Et des trucs des fins années 90, là où ils croyaient que le monde allait s’écrouler sur lui-même à cause d’une putain de date… tu sais Moist, System of a Down…
- Ah System, mais tellement ! Même leurs balades, c'est une tuerie !
- Ne ris pas trop de moi si tu trouve des trucs un peu… cheesy?
- Seulement si tu te retiens aussi sur les miennes...!
- Je trouve que les pièces accoustiques de Sia, au piano sont excellentes. Bon, on a tous les deux pas tant le timbre de voix pour… J’écoute Hurt de Johnny Cash en loop…et… et ce cover d’Alex Goot me fait brailler à chaque fois…. Tu sais, le truc pop qui est sorti, en septembre dernier… »


Non mais sérieusement, j'en reviens juste pas. Ses goûts musicaux diffèrent pas tant des mieux et si j'écoute des comédies musicales avec un plaisir coupable, tout ce qu'on cite depuis tout à l'heure me rend plus impatient encore que trois minutes auparavant. Hurt. Raznor lui-même le confie à Cash, presque, et c'est peut-être le morceau qui me met le plus les larmes aux yeux de la terre musicale. Sia a des ambiances qui t'emportent tellement loin... Et les covers de Goot... Tellement de titres dans sa liste attirent mon regard, et par quelques coups d'oeil, je vois les miens briller dans le sien par moments.

Les téléphones à nouveau dans les mains de leurs propriétaires respectifs, il a fini son verre d'un trait, et fermé les yeux, tandis que je termine plus doucement mon whisky sans le quitter du regard.

« Et si on commençait par Don Mclean, qu’on dérivait un peu sur Oasis… et on voyait où ça nous menait, lôôôve ?
- Now we're talking !  »


C'est sûr que si tu me prends par les sentiments de ma playlist, je vais vraiment pas réfréner mes ardeurs. Mon verre vidé à son tour, je le repose sur la table, me redresse presque d'un bond en accrochant le regard de Javadd qui réagit aussitôt, et je prends la direction de la scène, sans m'inquiéter une seconde de sa suite : Alistair m'emboîte le pas, j'ai pas vraiment besoin de vérifier derrière moi pour en être assuré.

Et à peine sur scène, j'empoigne ma gratte, me cale devant le micro et m'adresse à la foule.

« Alors dites-moi, il reste des habitués dans la salle ?  »

Des réactions fusent d'une partie des clients, ceux qui se reconnaissent dans l'appellation et qui savent déjà ce qui les attend.

« Pour ceux qui le savent pas encore, je suis Nate, le chanteur des LuSt. On a joué en première partie ce soir... et ceux qui viennent régulièrement savent que je suis un peu scotché à cette scène, et que je suis jamais trop capable de m'en éloigner très longtemps.  »

Grand sourire à l'assemblée.

« Donc je finis toujours par revenir ici, devant vous, avec ma gratte, avec ou sans mes petits camarades, comme maintenant. La petite nouveauté du jour, c'est que je vais pas être tout seul ce soir. Alors je vous demande d'applaudir très chaleureusement mon pote Ali, le pianiste des Untitled, qui me rejoint pour finir la soirée en beauté !  »

Et la douche lumineuse cherche aussitôt la silhouette de Pratt, et le suit jusqu'au piano...

« Let the music flow, darling...  »

Je reprends volontairement ses mots de tout à l'heure, prêt à entamer le premier morceau qu'on a évoqué... et à ne plus m'arrêter avant un long, très long moment...
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Alastair H. Pratt
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() message posté Ven 22 Juin - 19:44 par Alastair H. Pratt

Let the music flow, darling.



Debout sur la scène, juste un peu derrière Keynes qui prenait le micro avec enthousiasme, Alistair se laissait inonder par la lumière du projecteur. Comme un ange déchu sur le point d’obtenir sa rédemption. Il le leva le bras pour saluer cette foule d’ombres qui l’adulait presque déjà et pianota une série de notes comme toute présentation. Les encouragements fusèrent de part et autre du bar et les premières notes solitaires d’American Pie résonnèrent accompagnées par la voix de Keynes. Le rythme endiablé de Don Maclean fit rugir la foule de plus belle et se mit à les accompagner en sourdine pour chanter avec eux le refrain.

Alistair jeta un coup d’œil à Nate lorsque le piano se tut pour laisser place toute à la guitare et à la voix du chanteur, dans une dernière strophe. Dieu qu’il jouait bien et suivait bien son rythme! Ou était-ce lui qui s’accordait à ce point à lui?

They were singing
Bye, bye Miss American Pie
Drove my Chevy to the levee but the levee was dry
Then good ole boys were drinking whiskey and rye
Singin' this'll be the day that I diiiiiiiiie



**


« J’y ai presque cru, John, lorsque je suis repassée devant. Ils étaient sur la banquette du fond, les yeux dans les yeux en train de s’échanger leurs téléphones. En tout cas, je suis sûre que l’autre… le chanteur était sur le point de craquer… Vous êtes réellement certains les gars que votre pianiste est gay? Vous nous faîtes pas un peu- marcher? Moi, je lui aurais déjà sauté dessus à l’heure qu’il est, ce Keynes!

La jeune brunette se rassit à côté de John et gloussa une nouvelle fois en se penchant vers son amie et pointa la scène d’un air extasié.

« Oh Agnès regarde-le!!! Avoue que tu craques aussi! Qu’il est beaaaau ce mec! Et il parait qu’il est hyper cool…»

La rousse prit une gorgée de son verre et esquissa un demi-sourire en haussant un sourcil.

«  Oui… oui… J’ai déjà entendu parler de lui… »


John fit la moue et Erwan s’esclaffa, en lui donnant un coup de coude amical.

« La prochaine fois, on parie sur quand le clavier d’Ali va finir par s’écrouler sur scène, en plein milieu d’une chanson… Non mais t’as vu le trépied trembler toi?! Il joue comme un déchaîné ce soir! »


La jeune femme rousse rigola de plus belle, entrechoqua son verre contre celui du batteur et sortit son téléphone portable de son sac à main pour cadrer la scène et filmer le spectacle.

« Dîtes les gars, vous avez une chaîne Youtube ou un compte Instagram pour vous suivre? »

**

Ils enchainèrent presque aussitôt sur Oasis, sur System of a Down – où le pauvre instrument malmené tint bon -  Sia et bien d’autres. Combien de morceaux avaient-ils joués, comme ça? Alistair ne comptait plus depuis longtemps. Le bar se vidait peu à peu et il avait crut entendre, dans un moment de silence, un des serveurs émettre le last-call.

Leur cover de Too Good at Goodbyes déchainèrent les acclamations. Pourquoi avait-il l’impression, au travers de la voix de Keynes qu’il exprimait sa propre détresse? Cette putain de chanson lui ressemblait bien trop lui-même. Combien de fois s’était-il défilé pour éviter de trop se dévoiler? Est-ce qu’Erwan était encore dans la salle? Est-ce qu’il comprendrait qu’il n’avait jamais voulu le blesser et que c’était simplement plus fort que lui? Et à Keynes qu’il n’était qu’un bon à rien corrompu? Il y joignit timidement sa voix et laissa la musique emporter ses doigts dans un solo encore plus passionné que jamais.

**
« Hey… Mais Erwan, ça va?! Tu… »

Le batteur essuya maladroitement une larme, cligna des yeux en essayant de reprendre contenance et fit un sourire gêné à son pote inquiet. Il se leva, en chancelant un peu.

« Oh, tu sais, je suis un cœur d’artichaut et… j’ai trop bu, je vais y aller. Je vais chopper le bus de nuit et… »

Agnès se leva aussi et lui mit doucement une main sur l’épaule, avec une moue compatissante.

« Ma voiture est garée pas très loin. Si tu veux, je te reconduis chez toi, hein, qu’en dis-tu? »

**
Et puis les lumières du bars se tamisèrent pour annoncer la fin. Ils étaient maintenant seuls dans l’établissement hormis un ou deux serveurs qui montaient les chaises sur les tables. John et Erwan devaient avoir quitté depuis belle lurette. Vidé et rompu, Alistair glissa ses doigts sur les touches pour mieux les abandonner et poussa expira doucement. Il était trop épuisé maintenant pour ressentir le vide habituel qui le tiraillait. Il lança un regard à son complice. À son front en nage et à son beau visage couvert de sueur. Il semblait un peu dans le même état que lui et éclata d’un grand rire sonore. Jamais il ne s’était senti aussi bien, après un show.

« Tu crois qu’il est trop tard pour nous resservir clandestinement un dernier verre de ce délicieux scotch, pour conclure cette première soirée parmi tant d’autres au Lucky Star? »
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() message posté Sam 23 Juin - 0:36 par Nathanael E. Keynes
L'adhésion du public. Les acclamations de la foule. La musique qui m'envahit, en symbiose parfaite ou presque avec celle de l'autre. Bon Dieu que je suis bien, là, sur cette scène, avec lui au piano à côté ! Je kiffe les scène avec LuSt, je kiffe les scènes tout court, la question se pose pas. Mais comment ça peut être aussi jouissif avec ce presqu'inconnu pour toute compagnie ? C'est comme si ma guitare n'attendait que son piano, au fond, pour révéler une palette d'émotions qu'on ne fait qu'effleurer d'ordinaire. L'énergie dans nos instruments, l'enthousiasme dans nos voix... Il faut pas tant de morceaux pour que je me retrouve à nouveau en nage, complètement inconscient de ce qui se trame autour des tables de l'autre côté du bar... Tout ce que je sais, c'est que j'ai beau être tout le temps déchaîné sur ma guitare, j'ai l'impression que c'est pire encore que d'ordinaire ce soir, et si j'en juge par ce que j'entends à côté de moi, comparé à ce que j'entendais tout à l'heure, c'est pas mieux de son côté.

Combien de nos playlists respectives ? Je suis incapable de compter, de déterminer combien de temps même on est restés sur scène. Jusqu'à la fermeture, à l'évidence. Le bar se vide, même si d'irréductibles mélomanes restent jusqu'au bout pour nous écouter. Faut croire que notre dérive vers des morceaux plus poignants fait son effet. Des acclamations fusent sur Too Good at Goodbye, et si c'est essentiellement ma voix qui porte les paroles, je sens bien que le propos ne touche pas que moi. N'est-ce pas ? Cause everytime I open up it hurts... Tyler, moi... Ali ? On est beau, tiens, à se protéger au point qu'on en repousse tout le monde. Je suis peut-être le moins enclin à fermer la porte, et pourtant j'ai refusé de m'engager jusqu'à Tyler, et une part de moi refuse toujours de laisser quelqu'un s'approcher de trop près, de peur d'y laisser à nouveau beaucoup trop de plumes, encore une fois... Pourtant je suis pas si désespéré de la vie, juste de ma capacité à entretenir une relation amoureuse. Pour le reste...

Sing with me, sing for the year
Sing for the laughter, sing for the tear
Sing with me if it's just for today
Maybe tomorrow the good Lord will take you away


Les morceaux s'enchaînent encore jusqu'à ce que les lumières s'abaissent pour annoncer la fermeture du bar. Ceux qui font la close sont en train de finir de ranger le bar tandis que j'use de mes dernières forces pour débrancher la sono, avant de vraiment plus en être capable. Je me sens tellement bien, c'est juste indescriptible. Sur un petit nuage, littéralement. Un éclat de rire à côté de moi attire mon attention, et j'adresse un large sourire à mon acolyte de ce soir.  

« Tu crois qu’il est trop tard pour nous resservir clandestinement un dernier verre de ce délicieux scotch, pour conclure cette première soirée parmi tant d’autres au Lucky Star ?
- Il est tard, mais... tu t'en sors bien, c'est au patron que tu t'adresses... »


Un clin d'oeil plus tard, je termine de rouler un câble, et reviens vers lui, pose une main sur son épaule comme je nous guide vers le bar.

« Je risque déjà pas de refuser de base, mais si en plus t'actes que tu reviens jouer ici, je vais carrément être obligé d'accepter... »

Est-ce que j'aurais décliné autrement ? Certainement que non. La promesse de l'avoir à nouveau sur les planches n'est qu'un bonus, certes appréciable, mais... Mais ça n'est rien en comparaison avec ce qui vient de se passer ce soir, et ça vaut bien un whisky après la fermeture. Tous les whiskies du monde, même. Je salue les derniers employés à qui je confirme que je vais finir de fermer, et je les regarde tirer la porte derrière eux, nous laissant seuls Alistair et moi, dans le bar vide et faiblement éclairé par les lumières derrière moi, qui suis repassé derrière le zinc pour nous servir à nouveau. Mais je reste pas derrière mon bar, refais le tour pour venir poser mon postérieur sur le tabouret haut près du sien, parce que je suis, clairement, épuisé par le show, par l'énergie dépensée, par le trop plein d'hormones dans mes veines que le plaisir de la scène a généré. Et les coudes appuyés sur le zinc, la tête légèrement penchée sur le côté pour croiser son regard aussi fatigué mais extatique que le mien, je lève vaguement mon verre en sa direction.

« A notre premier duo... j'espère bien loin d'être le dernier ! »

Je nous fais trinquer à nouveau, et à nouveau, me retrouve à avoir toutes les peines du monde à détacher mon regard comme je porte mon verre à mes lèvres. Déjà sur scène, bien que ça soit l'osmose musicale qui l'ait surtout emporté à ce moment-là, mes yeux ont régulièrement cherché son contact. Mais maintenant que l'euphorie commence tout doucement à retomber, je peux pas dire que l'attraction ne revienne pas à la charge. Et j'hésite, meurs d'envie d'attraper son menton pour approcher son visage du mien et poser mes lèvres sur les siennes, conscient qu'au moindre signe positif de sa part, je me laisserai tenter...
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Alastair H. Pratt
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() message posté Sam 23 Juin - 19:07 par Alastair H. Pratt
La main de Keynes sur son épaule aurait dû le secouer davantage. Le faire trembler, comme d’habitude. Réveiller ces démons qui lui soufflaient des atrocités et qui imitaient ceux qu’Alistair aimait. Pour mieux les repousser. Cette chaleur bienveillante lui manquait. Pourtant Alistair avait rageusement repoussé Erwan et ses maudites manies tactiles, pour moins qu’une main dans le dos, au cours des derniers mois. Même Max, son meilleur ami, n’osait plus aucun contact physique, de peur d’être houspillé.

Mais ce soir, son corps était trop rompu pour se rebeller et son esprit trop serein pour laisser les fantômes gâcher le moment. Après avoir rangé son clavier, débranché son ampli et roulé ses propres fils, il aida de bonne grâce son compatriote à remettre en place le reste de l’équipement, ainsi qu’à monter le reste des chaises sur les tables, sans un mot. Pour une fois, le silence ne le menaçait pas. Les sourires et les regards le réconfortaient, pendant qu’ils se mouvaient, de concert, pour faire un peu d’ordre dans cet espace, après y avoir fait déferler toute leur musique.

Il suivit paisiblement Keynes au comptoir du bar, comme un somnambule et s’affala en chute libre sur un tabouret. Les joues rosies par la chaleur et l’émotion, il détacha un ou deux boutons de sa chemise pour s’appuyer au bar, le visage dans la main, pour regarder avec un grand sourire son complice leur remplir deux grands verres de whisky. Alistair eut presque l’impression d’être au paradis. Il trinqua de plus belle, en riant, à l’extase musicale qu’il voulait reproduire et laissa l’alcool le réchauffer de plus belle.

« Écoute… tu ne peux pas imaginer le bien fou que cette soirée m’a fait. Je ne m’étais pas senti aussi vivant depuis… depuis…»

Alistair eut un moment d’hésitation, le verre suspendu dans les airs… Depuis qu’on l’avait abandonné meurtri et drogué dans cette maudite chambre d’hôtel. Ce soir, il était exténué et il savait que sa session avec Wilde, demain matin, serait pénible voire exécrable tant tout son corps lui ferait mal… Mais il serait en vie.

Lorsqu’il reposa son verre, il sentit le regard insistant de Keynes l’effleurer de nouveau. Il releva la tête et lui retourna doucement la pareille, en silence. Les cheveux de Nate étaient maintenant en bataille et une mèche rebelle lui collait au front. Le pianiste esquissa un geste pour la repousser mais s’arrêta net. Son sourire avait maintenant disparu, enseveli sous la tension et le doute. Alistair le savait. Il ne suffisait que d’un simple effleurement ou d’un autre sourire pour faire éclater le barrage invisible qui les séparait. Et pour faire déchainer les ardeurs qu’ils refoulaient tous les deux depuis tout à l’heure, sur la banquette. Et Dieu qu’il en rêvait, du corps de Nate fusionné au sien...

Alistair savait qu’il aurait pu ne rien dire et ouvrir les bras à Keynes comme si de rien n’était. Faire comme si toute la contagion et ses risques n’avaient pas d’importance. Ou trouver une excuse bidon et fuir, comme il le faisait bien depuis un an et demi.

Keynes ne méritait pas ça. Il ne méritait pas d’être dupé comme ça. Il n’était pas qu’une simple coquille vide et jetable. Pas avec la discussion qu’ils avaient eu, trois semaines plus tôt. Pas avec toute la musique qu’ils avaient partagée, ce soir. Il y a avait bien plus chez ce garçon qu’une jolie enveloppe. Alistair ne voulait pas que d’un simple échange mécanique qui durerait vingt minutes et qui n’aboutirait qu’à une mutuel désintéressement ou pire, à son lot de haine.

L’image de Derek lui vint à l’esprit. L’attraction et la répulsion qui s’étaient affrontées, dans cette ruelle sombre. Derek ne l’avait pas rejeté, lui. Sans doute parce qu’il avait largement sa part d’ombre, lui aussi. Ses problèmes et ses propres pulsions autodestructrices. Il se souvint de la panique qui lui avait pris à la gorge lorsque Baltes lui avait parlé de ses anciens ébats dans ce foutu hôtel glauque de l’est de la ville ou des types qui le pourchassaient toujours à cause de ses anciennes conneries. Un frisson lui parcouru l’échine. Il désirait encore Baltes mais leur chorégraphie morbide l’effrayait. Keynes, lui, paraissait si calme, si bien avec lui-même… Il ne semblait pas du genre à vouloir danser avec la mort.

Mais voir la déception et le dégoût sur le visage de celui avait qui avait si bien communié, ce soir…?

Alistair avala sa salive et baissa la tête pour éviter de voir l’expression de l’homme en face de lui. Il se leva doucement du tabouret pour détailler l’espace devant eux. C’était si étrange de voir cette salle aussi silencieuse et vide maintenant… si étrange. Il glissa les mains dans les poches et demeura silencieux un autre moment. Puis il fit une moue triste, en évitant les prunelles qui le transperçaient.

« Ce truc… la partition. J’ai commencé à l’écrire il y a trois mois quand on m’a annoncé que j’étais porteur du VIH. »

Il aurait presque voulu rester debout et attendre le verdict. Que Keynes lui dise de quitter et de ne plus revenir. Ou un truc du genre. L’autre restait là, immobile sur son tabouret à fixer le vide en face de lui. Sans réfléchir, Alistair se pencha et lui embrassa doucement la joue, avec affection et mélancolie pour mieux vouloir fuir de nouveau.

« Merci pour cette soirée, vraiment. »
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Nathanael E. Keynes
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() message posté Sam 23 Juin - 22:17 par Nathanael E. Keynes
Je me doute pas une seconde que mon geste aurait eu toutes les chances d'être repoussé d'ordinaire. C'est juste venu naturellement, sans que j'y réfléchisse, de toute façon j'ai plus tellement de neurone en état de fonctionnement après cette soirée. Exit les réflexions interminables sur le moindre détail. Exit les questionnements sur les conséquences, sur mes propres sentiments, sur son ressenti, sur tout et n'importe quoi. Il ne reste que les sensations, et ce n'est pas plus mal, parce que pour l'heure, c'est l'extase de la scène et une fatigue presque sereine qui l'emportent. La salle rangée de façon presque mécanique, avec l'aide de bras que j'aurais sans doute jamais imaginé faire ce genre de choses jusqu'à maintenant, je nous sers deux verres pour finir cette super soirée comme elle s'est déroulée, en beauté, inconscient du trouble que je peux susciter. Le silence qui d'ordinaire me semble si oppressant nous enveloppe sans créer de malaise, cette fois, et c'est suffisamment rare pour être notable. Et tout autant parfaitement opposé au tumulte qui règne ici d'ordinaire, et qu'on a même causé il n'y a encore que quelques minutes. Le bruit de nos verres s'entrechoquant offre une mélodie presque irréelle, juste avant que la réalité nous rattrape.

« Écoute… tu ne peux pas imaginer le bien fou que cette soirée m’a fait. Je ne m’étais pas senti aussi vivant depuis… depuis…»

L'hésitation, cette phrase laissée en suspens, sonnent le glas de la magie précédente, et j'ai comme l'impression qu'un froid glacial s'engouffre dans le bar. Son verre reste suspendu un instant, son geste se meurt comme il lève une main vers moi, sans aller jusqu'au bout de la manoeuvre. Je garde le silence, immédiatement gagné par l'inquiétude comme son sourire extatique s'efface et qu'une tension s'installe. L'angoisse. Je ne le quitte plus des yeux pourtant, hésite à mon tour à l'interroger, mais aucun son ne passe mes lèvres, sans doute de peur de le voir prendre la fuite immédiatement si je posais la moindre question. Alistair détourne le regard, comme si le mien devenait soudain insoutenable, et se lève, prêt à partir j'imagine... Je repose mon verre à mon tour, me redresse, prêt à le retenir s'il amorçait un pas vers la porte. Je me rends compte que je ne peux pas, je ne veux pas, le laisser partir comme ça, sans une explication, sur des non dits qui viennent ternir le sublime de cette soirée.

Il a baissé la tête, peine à avaler sa salive, avant de fixer la salle vide comme mon regard s'attarde sur le mur de bouteilles face à nous. Et moi je suis incapable de dire quoi que ce soit, inquiet, et je reste dans l'attente d'une explication à cette soudaine tristesse qui nous enveloppe tous les deux.

« Ce truc… la partition. J’ai commencé à l’écrire il y a trois mois quand on m’a annoncé que j’étais porteur du VIH. »

Une seconde de silence, comme je m'attends à le voir tourner les talons, m'apprête à lever un bras pour le retenir, mais mon geste meurt avant même d'avoir été amorcé, car c'est au contraire vers moi qu'il s'est penché, pour déposer un baiser tendre sur ma joue, qui me surprend autant qu'il me touche, plus que de raison sans doute.

« Merci pour cette soirée, vraiment.
- Merci à toi... »


Le remerciement est sincère, parce que cette soirée était un pur bonheur pour moi aussi. Mais il va partir, je le sens. Est-ce qu'il croit que c'est ce que j'attends ? Je n'en sais rien, j'ai toutes les peines du monde à analyser l'ensemble. Tout ce que je sais, c'est que je n'en ai absolument aucune envie. Et tout ce que mon corps et mon esprit parviennent à faire, c'est se fier à l'instinct, et je me lève à mon tour. Ma main à présent libre vient chercher son visage, l'attire vers le mien jusqu'à ce que mes lèvres se posent sur les siennes, plus tendrement que j'aurais cru le faire jusqu'à cet aveu - il en aurait très certainement été autrement si on s'était laissés aller sur la banquette du fond tout à l'heure -, tandis que mon autre bras passe dans son dos, cherche à le garder près de moi.

L'aveu n'est pas une si grande surprise en soi, au fond : les mots prononcés ne font que confirmer ce que je suppose depuis que mon regard a suivi les notes de cette partition il y a trois semaines. Mais la façon de le faire, ce regard fuyant, son corps prêt à s'éloigner définitivement, me font plus mal que je n'aurais su le dire. Comment imaginait-il que j'allais y réagir ? Je me sens obligé d'éclaircir ce point, qui me semble pourtant évident, comme j'écarte légèrement mon visage du sien pour chercher son regard.

« Je me doutais que c'était quelque chose dans ce genre-là, tu sais... Ca change rien au fait que tu me plais. »

Que mon coeur se remet à battre la chamade, comme s'il se rappelait soudain des quelques heures d'union parfaite entre nos instruments et nos voix sur scène. Que mes lèvres ont envie de goûter les tiennes à nouveau, parce que ce baiser rapide, comme élan désespéré pour te retenir, leur semble parfaitement insuffisant. Que mon corps réclame le tien, malgré le risque que tu soulignes, parce qu'il existe des moyens de s'en prémunir, et que j'en suis parfaitement conscient.

« Je peux pas te forcer à rester... mais j'ai vraiment aucune envie que tu partes. »

Parce que je me suis rarement retrouvé aussi en phase avec quelqu'un sur scène, et qu'il y a qu'une seule autre personne qui m'ait jamais attiré au-delà d'une simple attraction physique éphémère. Parce qu'on a beaucoup trop de choses en commun, plus qu'il n'y paraîtrait sans doute à nous voir aujourd'hui, et que peu peuvent comprendre la lourdeur des chaînes qui nous ont emprisonnés toute notre enfance. Et parce qu'à côté de ça, je sens bien que ton esprit est déjà presque à la porte, et ça me tue : je sens bien que si tu pars maintenant, tu ne reviendras pas, et ça non plus, j'en ai aucune envie.

« Mais quoi que tu décides, tu seras toujours le bienvenu ici. »

Parce que je refuserais jamais que ta musique emplisse la salle, parce qu'elle dépasse tout le reste, même si tu me repousses à l'instant et que mon ego et mon coeur qui s'emballe le vivent mal. Quoi qu'il advienne maintenant, la scène te sera toujours ouverte, avec Untitled, seul... ou avec moi, comme tu le voudras.
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Alastair H. Pratt
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() message posté Dim 24 Juin - 19:04 par Alastair H. Pratt
« Merci à toi… »

Trois mots qui sonnait le glas d’une des plus belles soirées de sa vie. Alistair pinça les lèvres, hocha la tête tristement et se dirigea d’un pas ferme vers la porte. Bien sûr que ça s’arrêtait ici. Comment pouvait-il en être autrement, hein? Personne ne voulait jouer avec un risque pareil. Personne ne voulait vraiment enlacer quelqu’un qui pouvait les emporter dans la maladie avec lui. Sauf peut-être les désespérés et les suicidaires. Et ceux qui portaient la même tare, probablement. Il repensa au Docteur Taylor et à ses maudits groupes de soutien. À son sourire bienveillant quand elle lui redisait, à chaque putain de fois que son aiguille lui trouait le bras pour une prise de sang, qu’il pouvait avoir une vie normale, des relations amoureuses, des relations sexuelles s’il était prudent.

Prudent?! Qu’en était-il de cette putain d’inquiétude et de ce maudit frein, à savoir si on n’avait pas oublié les préservatifs, qu’on devait toujours ressentir lorsque les corps dénudés ne demandaient qu’à s’unir? Qu’en était-il de l’épouvante glaciale qui vous tombait dessus, lorsqu’on s’apercevait que la capote était déchirée et qu’on avait peut-être infecté celui ou celle qu’on aimait? Comment pouvait-on vivre une vie normale avec ça?

Il s’était inscrit sur Grindr ou une autre application à la con de ce style, juste pour voir si elle avait raison ou pas. Il avait affiché un nom bidon, une description vague et sommaire, l’image anonyme de son propre torse, comme tant d’autres. Les messages avaient déferlé sur la soi-disante beauté de son enveloppe charnelle… puis s’était stoppé net dès qu’on avait su son statut VIH.

“You’re poz? Sorry I take my Hi back.”*

L’expérience avait achevé de lui détruire le moral.

Même pas digne d’être salué. Et Nate n’était ni désespéré ni suicidaire. La main sur la poignée de la porte il repensa à son groupe. Serait-il capable de revenir ici, s’il poussait cette satanée porte? Probablement pas. Probablement que la honte et le désespoir seraient bien trop présent pour lui laisser refranchir le seuil de ce bar. Les Untitled perdrait une opportunité de plus à cause de lui et…

La main de Keynes lui prit le visage et lui rendit son baiser, sur les lèvres, cette fois. Il sentit la main de l’autre lui glisser dans le dos et le ramener contre lui, avec douceur. Il l’entendit lui murmurer qu’il s’en doutait déjà, quand il avait vu sa partition. Lui dire du même souffle qu’il voulait encore de lui et qu’il ne voulait pas qu’il parte et que sa musique serait toujours bien accueillie, même si rien ne se passait entre eux.

Alistair recula la tête pour mieux observer le visage fuselé qu’il avait en face de lui et les grands yeux limpides qui le regardaient avec calme et acceptation, peu importe ce qu’il déciderait de faire. Il n’y avait pas cette étincelle de folie morbide, dans ces prunelles-là. Seulement un accueil inconditionnel et un désir de partage et d’union. Alistair resta un moment abasourdi, suspendu au souffle accéléré de Nate. Lui même sentait son cœur battre plus fort et la chaleur lui revenir au visage. Les fantômes s’étaient tus pour de bon cette fois et seul les bruits lointains de la rue résonnaient entre eux. Alistair glissa une main sur la joue un peu rugueuse de Keynes et caressa du pouce cette bouchequi s’était posé sur la sienne et tenta un sourire timide avant de rapprocher lui aussi son visage et de réunir leurs lèvres une fois de plus, avec la même délicatesse. Le pianiste avala une fois de plus sa salive et sa voix un peu enrouée résonna dans le silence du bar.

« Tu me plais vraiment aussi, tu sais… On… on en était où, déjà? »


* Message reçu réel, selon le site queerty.com
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Nathanael E. Keynes
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() message posté Dim 24 Juin - 23:03 par Nathanael E. Keynes
La main sur la poignée de la porte. Il va partir, et je peux pas le laisser faire ça. Je peux pas le laisser sortir de ma vie et faire de cette soirée un mirage, malgré toutes les craintes qui m'assaillent comme je me sens irrésistiblement attiré par lui. Et aucune n'a de lien avec sa séropositivité, aussi inconscient que ça puisse paraître. Je suis pas vraiment remis de ma rupture, quand bien même c'est moi qui l'ai initiée, et je sens bien que je suis en train de m'enflammer, que je devrais pas. 'Cause everytime I open up it hurts. Mais je peux pas, je refuse de le laisser sortir de ce bar avec le risque que ça représente de plus jamais le voir passer le seuil.

Alors je l'ai rattrapé, je l'ai attiré à moi, je l'ai embrassé, m'attendant à chaque instant à une réaction répulsive qui n'est pas venue, à mon grand soulagement. Non, il est toujours là, sa main quittant la poignée de la porte, son regard plongé dans le mien, ses doigts effleurant ma joue, son pouce caressant mes lèvres. Je ferme les yeux un instant, juste avant que ses lèvres ne reviennent se poser sur les miennes, resserre mon étreinte sur son corps le temps que dure cet échange, mais m'écarte l'instant suivant, comme pour signifier que je ne cherche en aucun cas à l'étouffer ni à le forcer.

« Tu me plais vraiment aussi, tu sais… On… on en était où, déjà? »

J'esquisse un sourire, légèrement soulagé de le voir rester, finalement. D'avoir confirmation que l'attirance est partagée, aussi. Et si je fais le fier quand je reprends la parole, un peu, en me montrant plus assuré que je ne le suis réellement, je suppose que je laisse entrevoir mes doutes sur la question que je pose finalement.

« À finir un excellent scotch pour achever cette soirée en beauté - après je me calme, faut que je conduise jusqu'à chez moi encore... - et à planifier la suite, peut-être ? »

La suite... Pour nos groupes, le bar, la musique... Et pour nous ? Je suis complètement dans le flou, incapable de déterminer ce qui nous attend ne serait-ce que dans cinq minutes. Et pourtant, je ne me sens pas aussi inquiet que je devrais. Ma main glisse jusqu'à la sienne, nous ramenant vers nos verres sur le comptoir, que j'attrape d'une main et plutôt que de réintégrer le tabouret sur lequel je me suis laissé tomber peu avant, de nous diriger vers une banquette un peu plus loin.

« Je suis sérieux, tu sais ? Vous revenez quand vous voulez. »

Je choisis la programmation avec soin, même si ça n'empêche pas qu'on ait parfois des surprises, et les avoir, eux, sur scène à nouveau prochainement... j'ai hâte d'y être, en réalité, et certainement pas que parce qu'ils sont bons sur scène. Une gorgée de whisky approchant mon verre de la fin, et j'ajoute en plongeant mon regard dans le sien.

« Tu reviens quand tu veux. »

Mes doigts reviennent effleurer sa joue, et je résiste pas à l'envie de voler encore un baiser avant de caler mon front contre le sien.

« Même si comme ce soir, je risque d'avoir toutes les peines du monde à te laisser repartir... »

Je sais pas comment on va terminer cette nuit, j'ai terriblement envie de lui, mais j'ai bien compris que le sujet était complexe - ce qui semble logique vu la situation -, et je veux clairement pas faire de forcing. Mais même sans ça, j'ai pas envie de le voir s'en aller ; pourtant je veux pas non plus trop m'imposer.

« Ce qui m'amène à la question suivante... qu'est-ce qu'il se passe maintenant ? »

Entre nous, s'entend. Pour le groupe, je me doute qu'il doive voir avec eux les disponibilités futures et qu'il reviendra vers moi ultérieurement - en tout cas j'y compte bien, et j'ai pas l'intention de pas les relancer à ce sujet. Mais c'est un point assez facile à balayer. Ce qu'il se passe entre nous maintenant, ce qu'il veut faire des quelques heures nocturnes qu'il reste, c'est autre chose. Pour moi tout est envisageable, qu'on reste chaste ou non - parce que je sais que j'ai ce qu'il faut, je suis un garçon assez prévoyant, faut croire, mais je peux aussi faire taire ma libido si c'est sa décision -, qu'on aille chez moi, chez lui, ailleurs, n'importe quoi pourvu que je puisse rester encore un peu près de lui.

Même s'il faudra bien que je le laisse partir, tôt ou tard.
Juste... pas maintenant.
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Alastair H. Pratt
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() message posté Lun 25 Juin - 9:45 par Alastair H. Pratt
Le front appuyé contre celui de Keynes et le goût de ses lèvres encore sur les siennes, Alistair se sentait complètement perdu. Était-il en train de rêver? D’un geste hésitant, il entrelaça ses doigts dans ceux du guitariste et traça du doigt les veines qui saillaient sous la peau, avec l’impression d’être entré sur un sentier complètement inconnu.

Non. Il n’aurait jamais imaginé tout ça, quelques heures plus tôt. Il se terrait dans sa solitude et ses hantises depuis plus de 18 mois et ne croyait jamais en sortir. Derek avait surgi du néant pour briser à coup de massue une partie des murs qu’il avait érigé autour de lui. Nate, lui, était entré sans crier gare dans les ruines de tour d’ivoire avec grâce, comme s’il en avait toujours détenu la clé à son insu.

Oui… qu’allait-il arriver maintenant? Alistair ne savait plus. Il ne connaissait que les usages éphémères de ceux qui brûlait tout sur leur passage pour n’y laisser qu’une piste de cendres. Les relations volatiles qui s’embrasaient au crépuscule pour s’éteindre au petit jour. Les promesses creuses, les appels qu’on ne retournait jamais. Les bouts de papier qui se perdaient. Des filles, des garçons qu’il jetait aux ordures comme un préservatif usagé à la fin de la nuit. Un peu comme ce qu’on avait fait de son corps à Rome. Une ordure déchirée qui n’avait plus rien de bon à donner.

Il leva les yeux vers Keynes et serra la main dans la sienne. Il ne voulait plus de tout ça. Il ne voulait plus de ces relations jetables. Il ne pouvait plus se le permettre, de toute façon. Et il ne voulait pas de ça avec lui. Pas avec ce les atrocités qu’il avait entendu, dans le bureau de son père et qui lui rappelait trop ce que lui-même était et les chaînes dans lesquelles ils avaient vécus, tous les deux. Dans la froideur dans laquelle ils avaient été élevés et qu’ils essayaient de fuir, chacun à leur manière… pour se retrouver dans des harmonies toujours plus complexes.

Il sourit timidement. Lui non plus n’avait pas envie que Keynes l’abandonne avec cette chaleur qui s’emparait de lui. Il voulait être à ses côtés ce soir et se laisser emporter, pour une fois.

« Conduire?! À une heure pareille et avec tout cet alcool qu’on a bu? Tu habites où? À l’autre bout du monde? J'habite à deux minutes d'ici.»

Il se mordit la lèvre. Si avant Rome, il lui arrivait fréquemment de ramener des filles à l’appartement, il avait toujours évité d’y inviter ses conquêtes masculines. Par peur sans doute que quelqu’un découvre ce qu’il essayait de cacher à son père… Et il n’avait rien chez lui. Rien pour protéger leur union. Rien pour s’enfuir, si les angoisses remontaient… Mais son père et tous les fantômes qui le tenaillaient n’avaient plus d’importance, maintenant. Ils n’avaient plus autant leur emprise, avec la chute qui s’annonçait. Alistair inspira profondément et se mordilla le pouce et baissa le regard timidement.

« On peut… on peut s’installer sur le canapé chez moi, avec un verre, mettre un disque, discuter et… et voir où ça nous mène? »
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