"Fermeture" de London Calling
Après cinq années sur la toile, London Calling ferme ses portes. Toutes les infos par ici don't lie to me ❧ inko&victoria 2979874845 don't lie to me ❧ inko&victoria 1973890357


don't lie to me ❧ inko&victoria

 :: It's over :: Corbeille :: Anciens RP
Anonymous
Invité
Invité
() message posté Sam 26 Jan - 18:25 par Invité
Depuis quelques jours Victoria est  en joie. En effet, un tigre  mis bas au zoo dans lequel elle travaille, une naissance attendue par tout le personnel à tel point que les semaines qui ont précédé la naissance avait mis Victoria dans tous ses états. La blondinette passe ses journées à se rendre dans l'enclos des tigres afin de jeter un rapide coup d'oeil aux nouveaux nés. Bien entendu, à côté de ça, elle doit effectuer son travail quotidien mais une naissance à son secteur, ce n'est pas tous les jours. Malgré le fait qu'elle soit de repos aujourd'hui, elle a décidé de se faire un court passage au zoo rien que pour pouvoir admirer les bébés tigres, qu'elle adore déjà. Elle dit bonjour à ses collègues, et échangent quelques mots, elle ne souhaite pas s'attarder ayant une journée bien remplie. Et sa journée commence par un jogging au St James' Park, puis un retour chez elle pour se changer et ainsi se rendre à un déjeuner avec une amie, sauf changement de programme et parait-il qu'avec son amie c'est fréquent. Victoria ne lui en tient cependant pas rigueur, elle a le coeur sur la main. Déjà une vingtaine de minutes qu'elle est dans les allées du parc zoologique alors sans perdre plus de temps, elle quitte le zoo et se rend directement au lieu où elle effectue son jogging. La Cavendish s'y rend en métro, il n'y a que peu de stations, c'est largement supportable pour elle. C'est donc pendant deux heures qu'elle court sur le chemin, musique dans les oreilles, l'aidant à se concentrer et ainsi être dans sa bulle. Courir, elle adore cela car ça lui permet de gagner en caractère. Elle met  d'ailleurs un point d'honneur à faire davantage de kilomètres à chaque nouvel entraînement. À bout de souffle, l'anglaise ralentit la course puis marche durant un kilomètres pour reprendre son souffle, et entreprendre ses étirements tranquillement, dans le calme. Fière d'elle, elle sait qu'elle a fait une bonne séance, ses joues empourprées le prouvent mieux qu'autre chose.
Revenir en haut Aller en bas
Anonymous
Invité
Invité
() message posté Sam 26 Jan - 21:39 par Invité
Don’t lie to me
@Victoria Cavendish & Inko R. Shedir


C’était un timide et capricieux Hélios, qui trônait dans les cieux londoniens aujourd’hui. A la manière des stars ou des plus imbuvables divas, il prenait un malin plaisir à se faire grandement désirer. Sporadiquement, l’astre solaire daignait tout de même réchauffer autant que faire se peut, les badauds pressés et courant aux quatre coins de la mégalopole. Emmitouflés dans des strates de pulls, de sous-pulls, de doudounes flashy, de manteaux en tweed cossus ou de bottines fourrées pour ces dames ayant revêtu leurs atours hivernaux. Le tout sous l’œil rieur du temps que tous, sans exception, voyaient filer impuissants d’entre leurs doigts telle une poignée de sable. De-ci de là, quelques vaporeux nuages faisaient écran à la lumière diurne et tentaient de contester à l’étoile du jour, le haut de l’affiche qu’elle s’évertuait à farouchement s’arroger. Malgré un déclin du zénith doucement amorcé, certains rayons dardés par la sphère solaire parvenaient tout de même à traverser le petit soupirail du Great Ormond Street Hospitall, donnant sur le bureau du très sémillant et suffisant Docteur Shedir situé au premier sous-sol. Tel des carreaux d’arbalète décochés du firmament, ils vinrent se planter et cribler sa joue à l’épiderme praliné, la dorant et la chauffant ainsi divinement.

En l’absence d’une vie sociale à laquelle il pouvait se consacrer, l’arrogant homme basané enchaînait les heures de gardes et vivait quasiment à demeure, dans les catacombes de la morgue. Comme la veille, l’avant-veille et le jour précédant, le forçât de travail s’était endormi à son bureau. La sonnerie sur-aiguë de son bipeur l’arracha à l’onctuosité du sommeil. Dans un grognement sourd, l’ours mal léché se redressa, retira le feuillet faisant l’état des lieux du foie de Monsieur Hartman, qu’un filet de bave séchée fit adhérer contre sa joue pileuse, et s’étira en grimaçant et maugréant. Un haut de cœur, qu’il tenta tant bien que mal de contenir et réprimer, l’empoigna. D’un revers de la main, l’orphelin de père éloigna le verre de whisky à moitié vide et les mégots écrasés dans le cendrier en céramique à moitié plein. La lumière s’immisçant par la petite lucarne, laissée entr’ouverte pour essayer d’éradiquer un tant soit peu l’odeur désagréable du tabac froid, lui apprit qu’il ne devait pas être loin de treize heures. Incommodé par la pestilence d’une fragrance nauséabonde, le docteur renifla tel un chien truffier afin de trouver la source de cette puanteur. Une main devant la bouche, il souffla sur sa paume et s’empressa de la plaquer sur son nez dans le but de mieux sentir. L’odeur venait bel et bien de là.

De son haleine fétide, qui à elle seule aurait pu réveiller tout les morts, reposant dans les casiers réfrigérés de la pièce d’à côté. Aussitôt, le beau minois du palyboy médical fut déformé par une moue traduisant un profond et vif dégoût, alors qu’il s’empara du petit appareil accroché à un passant de son jean pour voir ce qu’on lui voulait. Fausse alerte. Cette sonnerie et le texte défilant de droite à gauche sur le petit écran numérique, l’avertissaient simplement que la pile du gadget était presque à plat et qu’il serait judicieux de la changer, avant que le concentré de technologie ne tombe en rade. Courroucé d’avoir dû quitter les contrées de Morphée pour si peu, Inko poussa un énième feulement irascible et lança le petit engin sur son bureau, dans un geste rappelant celui employé pour faire des ricochets sur l’eau à l’aide d’un galet plat. Glissant tout schuss sur le bois vernis, le boîtier sonore vint achever sa course folle en entrant en collision avec une agrafeuse métallique dans l’angle en haut à droite. Ses dorsaux écrasés contre le dossier du fauteuil censé soulager et veiller au confort des lombaires, le médecin à la chevelure souple et soyeuse se contorsionna et dandina pour exhumer de la poche de son jean trop serré, son téléphone portable qui commençait à accuser quelques années d’obsolescence au compteur.

Outre un flux ahurissant de notifications, retraçant les réactions de ses lecteurs les plus connectés à propos de sa dernière publication en date sur les réseaux sociaux, ce fut surtout la réception d’un SMS qui éveilla et attira tout particulièrement son attention. Lorsqu’il prit connaissance du nom de l’émetteur, le coroner se redressa soudainement dans une certaine précipitation et s’installa convenablement avec davantage de droiture dans le maintien. Le Lieutenant Frye. Quelque peu fébrile, l’opiomane prit une longue et profonde inspiration, puis appuya sur « Lire ». Une goutte de sueur traduisant une appréhension laborieusement maîtrisée, sinua et traça son sillon le long de sa nuque ainsi que de son épine dorsale, avant qu’il ne prenne connaissance de cette missive électronique. « R.A.S dans les archives. Aucune affaire calquée sur un modus operandi similaire survenue à Londres et dans toute l’Angleterre depuis 1980. Navré Doc’. ».Navré. C’était le mot adéquat. L’homme à l’égo disproportionné était véritablement navré qu’il n’y ait aucun précédant sur le sol britannique, de désaxé ou de fan un peu trop zélé ayant assassiné quelqu’un en s’inspirant de l’intrigue d’un polar de leur auteur préféré.

Même si cela n’aurait nullement pu la ramener ici-bas, le métis avait le curieux espoir qu’une tragédie semblable se soit déjà produite par le passé. Sans doute s’imaginait-il que cela contribuerait à dégonfler l’agrégat de culpabilité qui le rongeait de l’intérieur depuis de longs mois. Depuis que la police l’avait appelé sur une scène de crime. Au neuvième étage de cet immeuble à l’abandon au nord de la Tamise. Là où des toxicos de son espèce, venus se poser tranquillement pour prendre leur shoot, découvrirent Amy. Pendue par les pieds au plafond tombant en décrépitude. Entièrement nue et momifiée dans des couches de film plastique. Blême, livide, cadavérique. Les paupières découpées afin qu’elle soit contrainte de regarder son bourreau la torturer. Une seule et unique plaie au niveau du quatrième espace intercostal, par laquelle l’archéologue spécialisée en Egypte Antique s’est progressivement vidée de son sang. Une lente, cruelle et atroce agonie. Exactement comme Rajeev Amritaj, son alias, le dépeignit dans son tout premier roman. Si la référence londonienne en médecine légale, considérait que la mort de son père sous ses yeux inondés de larmes de gamin de cinq ans, était de loin le pire jour de sa vie ; la découverte du corps de celle qui fut son amour de la FAC, trustait aisément la seconde place de ce bien macabre podium.

En près de six ans de bons et loyaux services entant que légiste, marqués notamment par une brillante collaboration avec les forces de police de la capitale ; le Mozart de la Médecine, comme le surnommait son mentor, en avait vu des horreurs. C’était dur, souvent. Pénible, parfois. Pesant, bien des fois. Seulement, ce jour là …  c’était plus insupportable et insoutenable que tout ce qui lui fut donné de voir. D’une part car la fiction devenait réalité, mais aussi et surtout, parce qu’il était beaucoup trop impliqué sur le plan émotionnel. Frappé en plein cœur. Ce fut tel que le double doctorant dut quitter les lieux. A peine était-il sorti du bâtiment délabré qu’il se mit à vomir tripes et boyaux, avant de s’effondrer en une crise de nerfs mêlant sanglots et respirations haletantes entrecoupées par des cris. Il avait beau être un professionnel assidu et très consciencieux, Inko refusa de pratiquer l’autopsie. Il en était tout bonnement incapable. Comment aurait-il pu faire courir le scalpel le long du sternum de ce corps qu’il avait tant aimé ? Comment aurait-il pu plonger ses mains dans les viscères de cette femme, qui marqua sa vie de manière indélébile ? Elle qui paracheva de faire de lui un homme. Elle qu’il aima jusqu’aux confins de la déraison. Elle qui fut son premier, et probablement seul, grand amour.

Néanmoins, cela n’empêchait pas l’auteur de best-sellers de suivre de très près et de se tenir régulièrement informé, de l’avancement de l’enquête visant à retrouver le monstre ayant infligé à Amy cet effroyable calvaire. Dans un soupir à tout rompre, l’homme capable de faire parler les morts rangea son portable dans sa poche et farfouilla celle de sa blouse. Sa large main hâlée en ressortit avec un tube orangé de son bien aimé Fentanyl. La vive émotion qui sévissait en lui, exacerbait la sensation de manque. Son organisme totalement sous emprise, réclamait sa dose de bonheur chimique illusoire et éphémère. Quelques secondes passées à contempler le petit comprimé rond et blanc dans sa paume, puis le polytoxicomane goba finalement le caché en basculant la tête en arrière. Bien que toutes ces années de défonce avaient indéniablement alimenté chez lui une sorte de paranoïa, la camé d’hôpital était de plus en plus convaincu que c’était lui que l’assassin cherchait à atteindre, au travers du meurtre de son premier amour. Tout excès de narcissisme mit de côté : tout semblait converger dans la direction du presque trentenaire. Une personne qu’il connaît intimement et personnellement, morte conformément à des circonstances qu’il a lui même rédigé … .

Difficile d’y voir là uniquement l’œuvre d’une troublante coïncidence, ou d’une cruelle ironie du sort. Qui ? Qui pouvait bien lui en vouloir, au point d’ôter la vie à une personne qui occupait une place toute particulière dans son cœur endolori de junkie tourmenté ? La liste des personnes, qu’avait offensé d’une façon ou d’une autre le natif d’Hyderabad au cours de sa vie, avait de quoi donner le vertige. Autant dire que ce n’était pas les suspects potentiels qui manquaient. Une chose est sûre, celui ou celle ayant commis ce méfait connaissait suffisamment le romancier, pour savoir que même s’il ne voyait et n’entretenait plus de relations avec Amy ; il demeurait quoi qu’il en soit profondément attaché à elle. Il ou elle savait pertinemment, que sa disparation peinerait et affecterait considérablement, la grosse tête au QI stratosphérique. Qu’est-ce que ce petit con altier et arrogant avait bien pu commettre de si ignoble et impardonnable, pour qu’un individu fomente une si violente vendetta à son encontre et en arrive à de pareils extrêmes ? Qui pouvait lui vouer une haine aussi colossale ? Telles furent les questions auxquelles le tombeur de ces dames, et de ces messieurs aussi, tenta de répondre en flagornant sa barbe que moult jours sans voir la couleur d’un rasoir, avait rendu plus dense et drue que d’ordinaire.

La raideur et l’urtication des poils irritaient ses phalanges, qui rougissaient un peu plus à chaque flux et reflux sur sa mandibule. Les premiers principes actifs du Fentanyl commençaient déjà à agir, et rendaient les tréfonds de sa mémoire beaucoup plus difficile d’accès. Son travail d’investigation mentale s’acheva sitôt que la porte de la pièce adjacente claqua et qu’un raffut commença à aller crescendo. Apparemment, son confrère de garde pour la journée venait tout juste de prendre ses fonctions. Conclusion, et par voie de cause à effet, cela voulait donc dire que celle de l’ambitieux binationaux touchait à sa fin. Un rapide coup d’œil en direction de la pendule accrochée près du dernier rayonnage de la bibliothèque, où s’entassaient pléthore d’épais volumes traitant de médecine, vint conforter le très pédant spécialiste en immunologie qui vit sa supposition devenir une certitude. Inko termina de remplir et renseigner les quelques blancs du rapport d’autopsie de Monsieur Hartman, qui lui fit précédemment office d’oreiller de fortune. Une rapide relecture, deux fautes de syntaxe rectifiées, une signature apposée et le dossier fut clos. Au sens propre comme au sens figuré. Feu Monsieur Richard Hartman était officiellement décédé des suites d’une insuffisance cardiaque, due à l’obstruction de l’Aorte par un impressionnant caillot de sang.

Une triste fin qui aurait pu être évitée avec un peu d’Héparine et de Warfaride, pour dissoudre et fluidifier l’amas d’hémoglobine. Le stylo lâché et abandonné négligemment sur le bureau, le Docteur Shedir s’appuya davantage contre le dossier inclinable du fauteuil qui passa quasiment à l’horizontale. Sa journée de travail touchant donc à sa fin, l’homme un brin caractériel sur les bords déboutonna sa chemise, jusqu’au creux séparant ses pectoraux. Des muscles s’étant au fil des années développés et joliment dessinés, grâce à de nombreuses heures hebdomadaires passées à soulever de la fonte. Entre autre. Son cou affranchi de cette geôle de tissu lui donnant l’impression d’étouffer, l’enfant de Shiva goûta sa liberté fraîchement retrouvée en expirant de façon prononcée et en esquissant un fugace sourire. Les mains jointes et les paumes calées derrière son crâne, celui qui était également anthropologue fixa le plafond en songeant à la manière dont il allait bien pouvoir tuer l’après-midi qui l’attendait. Paupières verrouillées, sa tête pencha mollement en direction de son aisselle gauche. Cependant, et au lieu de repartir pour une sieste crapuleuse, le méridional rouvrit les yeux et accusa un mouvement de recul du chef aussi brusque que bref. Fragrance de mâle à l’état pur.

Un petit crochet par la maison s’imposait. Une longue entrevue avec un pommeau de douche également. Grignoter un morceau pour régénérer ses petites cellules grises, ne serait sans doute pas de trop non plus. Cela comblerait également cette subite et inexpliquée envie de savourer un Ceviche. L’écrivain à la plume sulfureuse et transgressive fronça les sourcils et se concentra, afin de passer mentalement en revue le contenu de son réfrigérateur et de son petit congélateur. Il allait malheureusement lui manquer deux ou trois ingrédients indispensables à la concoction de ce plat péruvien à base de poisson. Guère désireux de faire un détour du côté du supermarché en pleine rush hour méridienne pour seulement un ou deux articles, le barbu à la haute opinion de lui-même renonça à cette idée dans une moue de dépit et œuvra pour chasser cette lubie saugrenue. Idéalement, et si des monceaux de motivation l’habitaient, le bellâtre serait très inspiré d’aller brûler quelques calories en allant courir au parc ou amortissant son forfait à l’année pris à la salle de sport. Même si le passage de sa main sur sa ceinture abdominale le rassura et lui apprit que celle-ci demeurait bien ferme, saillante, tonique et vigoureuse ; l’éphèbe au regard de velours sentit qu’il avait quoi qu’il en soit grand besoin d’une petit séance de décrassage.

Ces derniers jours, le travail avait littéralement happé le beau-parleur, au point de ne pas lui laisser la moindre portion de temps libre à consacrer à l’entretien de sa plastique. Sa dernière session d’exercice physique en date digne de ce nom, commençait d’ailleurs à remonter à un petit moment déjà. Résolument décidé à y remédier dès à présent, l’adonis aux origines sud-asiatiques frappa à plusieurs reprises ses joues recouvertes d’une pilosité trop chaotique pour avoir quoi que ce soit d’esthétique. Histoire de se réveiller et se donner un sursaut de courage. Cependant, et malgré ses efforts pour se dynamiser, sa façon de se relever du siège dans lequel il était avachi et affalé tel un opulent Maharaja, ne fut pas exempte d’un zeste de nonchalance et de paresse. Dans la pièce attenante à son bureau, qui n’était autre que sa salle d’autopsie, il prit quelques instants pour remplir la to do list du tableau blanc à l’aide d’un feutre Velleda, afin que Tess, son assistante qui ne devrait plus tarder à arriver pour prendre la relève, s’occupe de ce qui devait être achevé en priorité. Des impératifs qui tenaient en quatre items. Un : Transmettre à l’Inspecter Barnes le rapport d’autopsie, du meurtre de ce trader de la City carburant à la coke, qu’ils avaient terminé la veille. Deux : Contacter le thanatopracteur pour qu’il puisse s’occuper de l’embaumement du corps de Madame Wilson.

Trois : Procéder à un examen préliminaire de la dépouille de Monsieur Powell et annoter ses premières constatations dans le classeur blanc prévu à cet effet. Quatre : Effectuer les prélèvements et lancer la sérologie ainsi que les analyses toxicologiques. Les orbes d’onyx du docteur relurent en toute hâte ces différents points, afin de s’assurer qu’il n’avait rien omis. Avant de reboucher et reposer le marqueur, il rajouta quelques mots, non sans avoir eu un bref moment d’hésitation. P.S : Abby a fait une marquise au chocolat et il en reste un peu en salle de repos. Ces quelques consignes laissées, le grand brun aux larges épaules fit une petite halte par la case toilettes pour se vider la vessie, avant de regagner le grand vestiaire mis à la disposition de tout les employés travaillant à la morgue de l’hôpital. Une grimace peu  gracieuse vint déformer son joli faciès, lorsqu’une désagréable brûlure mit à mal son bas-ventre. Visiblement, toutes ces années passées à s’évader à grand renfort de narcotiques, étaient en passe de détruire son système urinaire. Une bonne minute à se laver les mains avec ce zèle de professionnel de la santé plus tard, la sommité du microcosme médico-légale reprit le chemin du vestiaire où, sauf erreur de sa part, une tenue de sport devait végéter dans le casier lui étant alloué.

Quand bien même fut-elle nébuleuse et noyée sous un océan de psychotropes, la mémoire du junkie ne lui fit pas défaut sur ce coup là. Un débardeur noir, une veste de survêtement plus claire de trois tons, des baskets aux semelles quelque peu élimées, un short gris anthracite et … et même une de ces fameuses paires de leggings à mémoire de forme en microfibres, très prisées par les sportifs de tout poil. Homme comme femme ; chevronné ou du dimanche. Une véritable aubaine pour ce grand frileux et ses gênes d’indien, habitués aux fortes chaleurs équatoriales ainsi qu’à l’humidité et la lourdeur de l’atmosphère, quand vient la saison de la mousson. Ses doigts à la dextérité n’ayant rien à envier à celle de ses confrères chirurgiens, s’attelèrent à terminer le déboutonnage de sa chemise immaculée. Avant de revêtir sa « tenue de combat », le spécialiste en médecine forensique farfouilla dans sa petite trousse de toilette et se munit d’une brosse à dents et d’un tube de dentifrice. L’urgence numéro une étant d’éradiquer cette haleine de chacal qui l’écœurait lui-même. Brossant énergiquement sa dentition vierge de toute carie, Inko cogita de nouveau sur le meurtre de sa douce Amy. Ses amandes d’hématite rivées sur le reflet que lui renvoyait le miroir au-dessus du lavabo.

Le teint cireux, les cheveux en pagaille et par endroits poisseux, les yeux cernés, explosés, injectés de sang, les traits tirés et la barbe lui mangeant une grande partie du visage : le fieffé séducteur faisait amplement ses trente ans. Peut-être même qu’on lui en donnerait plus. La bouche rincée et gargarisée de manière fort peu élégante avec une gorgé d’eau, l’hédoniste ne se refusant aucun plaisir passa ses doigts dans son épaisse tignasse brune, afin de lui redonner une illusion de volume. Malgré le fait qu’il embaumait passablement le mâle alpha, le coroner fit l’impasse sur l’étape douche. Etant donné qu’il allait courir et se dépenser, il allait sentir tout aussi fort, si ce n’est plus, d’ici même pas dix minutes. Autant faire l’économie d’un toilettage et chasser les odeurs de transpiration dans l’intimité de sa douche, une fois qu’il sera rentré et bien tranquille chez lui. La panoplie du parfait joggeur revêtue, l’homme à la carnation chocolat entassa ses vêtements de ville dans un sac en toile fine, dont le contenu ira illico presto faire un tour en machine à laver, lorsqu’il le ramènera chez lui. Les lacets de ses baskets fermement noués et renoués, l’incorrigible cavaleur plaça ses écouteurs Bluetooth dans ses oreilles et cala son portable sur le brassard ceignant son proéminent biceps gauche.

La porte métallique du casier refermée avec une pointe d’indolence, l’écrivain au verbe souvent cru quitta la fraîcheur régnant au sous-sol, et regagna le monde des vivants. Il fallut, comme toujours, un petit temps d’adaptation à ses yeux pour faire la transition entre la lumière artificielle d’en bas, et l’intensité des rayons du froid soleil de Janvier qui traversaient les imposantes vitres du grand hall. Quelques bougonnements de Grinch pour la forme, et sa rétine fut accoutumée. A peine ses baskets, d’une célèbre marque au logo comportant trois bandes, eurent-elles effleurées le bitume londonien, que le Docteur Shedir se mit à arpenter les rues partiellement clairsemées de Bloomsbury en petites foulées, s’allongeant à mesure que ses jambes avalèrent les mètres. Les titres de sa playlist Feel Good pulsant dans ses tympans, pour le galvaniser et le gonfler à bloc. Tel un skieur de combiné nordique dévalant les pistes, l’hindou, qui se disait athée, slaloma entre les passants et les pièces de mobilier urbain se dressant sur son chemin. La respiration posée et le regard ancré sur la ligne d’horizon, l’ami des formules mathématiques et des figures de styles poursuivit ainsi durant un bon petit quart d’heure. Pas contre le fait d’évoluer sur parcours comportant moins d’obstacles, le monstre d’orgueil entra dans St James' Park.

Un vaste espace vert apprécié des jeunes parents et leurs marmailles, en bordure du cœur de la capitale. Les choses sérieuses purent commencer. Changement de playlist oblige. Quelques touch sur l’écran de son portable et une musique encore plus pêchue, électro et rythmée raisonna dans ses oreilles. L’allure et la cadence de sa course s’accéléra, et les tours du large et gigantesque plan d’eau se multiplièrent. Un. Puis deux, trois et bientôt quatre. Sans surprise, l’air lui parut plus difficile à aller chercher, à chaque fois que les kilomètres défilèrent. Ses jambes, bien à l’abri des froides et intermittentes bourrasques de vent dans son leggings de sport sombre à imprimés militaires, commencèrent à sérieusement piquer et le brûler sous l’effet du lactique qui montait de plus en plus. Faisant fi de la douleur, l’amoureux des mots rares serra les dents, fronça les sourcils et poursuivit de plus bel. Cinq tours et près de six kilomètres abattus plus tard, un violent tiraillement au mollet le fit se stopper net. La main plaquée sur le muscle de sa jambe endolorie, un léger cri d’affliction vint accompagner la moue grimaçante déformant son doux minois. Aussitôt, il mit le American Idiot de Green Day sur pause.

Index et majeur sur la carotide, le médecin hors d’haleine prit son pouls. Ses yeux s’écarquillèrent quand le résultat de cent-cinquante cinq pulsations minute tomba. Plié en deux, les poings agrippant le tissu grisâtre de son short et la bouche grande ouverte, Inko s’affaira à faire chuter sa fréquence cardiaque, ainsi qu’à retrouver un souffle digne d’un être humain et non d’un canidé. Dès que ce fut chose faîte, l’auteur au buste de statue en marbre hellénique s’étira à l’aide du dossier d’un banc non loin de-là, dans le but de faire taire cette désagréable sensation à la jambe qui ressemblait furieusement à une crampe. D’humeur maussade, l’indo-britannique se blâma en silence, convaincu que s’il avait débuté par cinq minutes d’assouplissements, cette légère douleur n’aurait absolument pas lieu d’être. Des rires extatiques de gamins vinrent s’imposer à son ouïe. En relevant la tête, le père de la saga « De chair et d’os » aperçut une cohorte de petites têtes blondes s’ébrouer avec leurs parents, dans une petite portion du parc aménagée en square. Cette vision fit s’étirer ses lippes en un sourire attendri, et il ne put s’empêcher de penser à appa. Son père, son héros. Appa pour qui, contrairement à sa mère, l’amour ne connaissait pas de quota, de limite et n’était en rien une monnaie d’échange. Une monnaie servant à rétribuer quelque action, le plus souvent ardue et complexe pour un bambin en si bas âge, menée à bien avec maestria.

Quand bien même était-il occis par la fatigue, après toute une journée de travail qui avait commencé bien tôt et fini affreusement tard, il trouvait toujours la force nécessaire pour consacrer du temps à l’unique trésor dont il était riche. Le plus souvent juste avant l’heure du dîner, quand maman faisait la caisse et s’occupait de quelques formalités. Ainsi tournait le petit commerce familial. Madame s’occupait de tout le volet administratif, financier et chapeautait l’intendance, tandis que Monsieur gérait la partie commerciale, le relationnel avec les clients et la manutention. Rares étaient les instants en journée, où il pouvait accorder à sa progéniture toute l’attention qu’elle lui réclamait. Alors quand les stores du magasin tombaient, ces poignées de minutes où il était pleinement disponible pour son fils devinrent très vite pour l’époux de la chef de famille, un rituel quotidien sacré. Le garçonnet montait sur les pieds de son paternel qui s’amusait à le faire danser, ou à tenter de le faire gentiment tomber à la manière d’un doux run de rodéo, en allongeant les enjambées. Il touchait les nuages et déployait ses petites ailes de toute leur frêle envergure en riant aux éclats, quand son héros le portait à bout de bras et le faisait tournoyer toujours plus vite.

Si le jour n’avait pas complètement décliné, et qu’il était parvenu à fermer plus tôt, Monsieur Amritaj se rendait volontiers avec la chair de sa chair au parc situé à quelques rues en amont de là où ils vivaient tous. Là-bas, petit Inko faisait de la balançoire et rigolait à s’en décrocher la mâchoire, tandis que papa poule poussait son poussin dans le dos afin qu’il aille toujours plus haut. Il lui apprit aussi à faire du vélo sans les petites roues. Soigna ses genoux écorchés et ses coudes égratignés, résultant de ses premiers gadins. Et quand vint le soir, il lui racontait à la manière d’un fabuleux conteur, mille-et-une fables et légendes de la mythologie hindoue, juste avant que le futur écrivain ne ferme ses petits yeux, encore noisette à l’époque, et ne s’endorme au pays de Krishna, des éléphants, des épices colorées, des saris chamarrés, des fakirs, des charmeurs de serpent et des temples millénaires. Des réminiscences d’un tout autre acabit empoignèrent par la suite le légiste, qui vit son sourire s’affaisser, son regard s’éteindre, son cœur se compresser dans sa poitrine et sa gorge se nouer. Celles du jour où tout bascula. Ce funeste jour de Février, où du haut de ses cinq ans, il recueillit le dernier râle de son père baignant dans son propre sang. Au milieu d’un paysage d’apocalypse fait de carcasses de taule froissée, d’éclats de verre éparpillés, d’asphalte verglacée et d’odeurs de caoutchouc brûlé. Les larmes et le cœur au bord des yeux, le grand brun leva la tête en direction des cieux barbouillés de gris et expira profondément, afin de tenter de conserver le contrôle et la maîtrise du maelström émotionnel qui sévissait en lui. Bien que convaincu de ne pas correspondre à l’image du fils qu’il rêvait d’avoir, le natif d’Hyderabad pria en son for intérieur afin que son modèle soit tout de même un peu fier de lui depuis l’au-delà. Puisse-t-il l’être. Puisse-t-il guider et veiller sur son petit homme, où qu’il soit désormais. Son Raja. Appa … si tu savais combien tu lui manques. Et combien il n’a pas cessé de s’en vouloir durant ces vingt-quatre années. Lui, qui est persuadé que toute la responsabilité de ce drame doit lui être imputée. Lui qui ne se le pardonnera jamais. Lui qui aimerait tant échanger sa place avec toi. Ad Vitam Æternam. Mujhe maaph kar do, appa.
                                                                                                                                                                                                                                 
 
(c) DΛNDELION
Revenir en haut Aller en bas
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
London Calling. :: It's over :: Corbeille :: Anciens RP

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-